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dimanche, 22 mars 2026

Entretien avec Robert Steuckers sur le recueil intitulé "Contre la Russophobie" dû à la plume de Guillaume Faye

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Entretien avec Robert Steuckers sur le recueil intitulé "Contre la Russophobie" dû à la plume de Guillaume Faye

Propos recueillis par Alexander Markovics (Vienne)

Les débats politiques auxquels nous assistons aujourd’hui en Europe sont dominés par le spectre de Poutine, que l’on agite à qui mieux mieux, et par le danger imaginaire d’une entrée des armées russes sur le territoire européen. A la fin de l’année 2025, les éditions anglophones Arktos ont publié le livre intitulé  „Against Russophobia“, un recueil de textes sur la Russie, dû à la plume du penseur politique français Guillaume Faye, recueil que vous avez-vous-même coomposé et préfacé. Pourquoi ce livre parait-il six ans après la mort de Guillaume Faye, avec ce titre-là ? Et quel rôle joue la russophobie, qui donne au livre son titre, dans la stratégie générale des Etats-Unis qui ne vise pas que la Russie mais aussi, en ultime instance, l’Europe ?  

Ce retard s’explique pour plusieurs raisons: le site où les textes de Guillaume Faye étaient affichés a disparu après son décès, ce qui est très dommage. J‘en avais heureusement repris un grand nombre surtout ceux qui concernaient la Russie et les rapports souhaitables entre celle-ci et l’Europe en général, et la France en particulier, puisque Guillaume Faye s’adressait principalement à un public français. Ensuite, les derniers éditeurs de Guillaume Faye, qui ne tenaient pas compte des ukases contre lui formulés dans les rangs de la „nouvelle droite, canal historique“ (comme il aimait à le dire), ont complètement disparu de la circulation, pour l’un, ou ont opté pour des gesticulations para-azovistes et russophobes, pour un autre, très bruyant et ennuyeux hâbleur, qui pense encore naïvement que Guillaume Faye était un défenseur de l’Occident parce qu’il n’admettait pas les désordres amenés par l’immigration de masse: à croire que ce dernier éditeur, un fanfaron gaulois qui ferait les délices d’un metteur en scène, ne s’était jamais informé sur son réel itinéraire intellectuel.

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Pour commander la version anglaise, utilisée par Markovics pour formuler ses questions: https://www.amazon.com/Against-Russophobia-Guillaume-Faye...

Depuis les années 1970, Guillaume Faye plaidait pour une indépendance énergétique de l’Europe; dans les années 1980, il avait bien pris conscience que cette indépendance énergétique, battue en brèche par les mouvements verts naissants, devait être complétée par une indépendance en toutes matières premières et que seul l’élargissement de l’espace stratégique européen à l’Eurosibérie (comme il disait) aurait permis de l’acquérir et de la consolider. Comme ses amis le savent, il a quitté la petite sphère néo-droitiste parisienne entre 1987 et 1998, si bien que quasi aucun texte de sa plume, datant de ces années-là, n’est disponible pour saisir l’éventuel jugement qu’il aurait porté sur l’effondrement de la Russie sous Eltsine.

Revenu à grand bruit dans la sphère néo-droitiste au printemps de 1998, avec son livre remarquable, intitulé „L’archéofuturisme“, on s’aperçoit toutefois qu’il avait parfaitement compris le danger que représentaient l’effondrement post-soviétique de la Russie et l’engouement anti-serbe des milieux de l’OTAN, qui préparaient le désastre de la guerre de 1999. Tout cela transparait dans les addenda qu’il ajoutera à la réédition de son livre de 1985, „Nouveau discours à la nation européenne“.

bd96be60c2e8ce132de9c9c1dcd3e54b.jpgDès 2000, il a approuvé les mesures de restauration impériale entreprises par Vladimir Poutine, en joignant sa voix à celle d’Yvan Blot, un ancien du GRECE qui avait quitté ce cénacle d’Alain de Benoist dès 1979 pour fonder, avec d’autres, le „Club de l’Horloge“. Le reproche qu'il adressait à Alain de Benoist était celui d’impolitisme. Les options de Faye, lisibles dès les premiers textes rédigés après son retour à la métapolitique en 1998, n’ont fait que s’affiner au fil des années, jusqu’à la mort de Blot en octobre 2018 et à celle de Faye en mars 2019. Faye a donc pu observer les premières mesures russophobes de l’UE et de l’OTAN mais n’a pas vécu à l’heure de leur crescendo après le déclenchement de l‘“Opération militaire spéciale“ de février 2022.

La politique de Biden et le sabotage de l’artère énergétique euro-russe qu’étaient les gazoducs de la Baltique confirment clairement que l’objectif de la thalassocratie américaine est de saboter tous les liens entre l’Europe et la Russie pour faire s’effondrer l’industrie allemande, affaiblir définitivement notre sous-continent, qui est le principal concurrent économique de Washington, quitte à accepter qu’une Russie se tourne vers la Chine et l’Inde que les Etats-Unis, minés par leurs contradictions internes, ne peuvent absorber. Avec l’Europe, Rimland atlantique, l’autre pays, du rimland sud-asiatique cette fois, qui doit être neutralisé, est l’Iran, lequel ne pouvait déjà plus, depuis la fabrication du golem khomeiniste, commercé sereinement avec l’Europe, ruinant notamment des projets tels l’EURATOM, avec participation allemande et française.

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Pour commander l'édition française chez Ars Magna à Nantes: https://www.editions-ars-magna.com/livre/faye-guillaume-c...

Pour bon nombre de « patriotes européens », Donald Trump fut d’abord perçu comme un espoir parce qu’il avait promis de mettre un terme aux opérations américaines de « regime change » et aux guerres menées par Washington. Pourtant, la guerre en Ukraine s'est poursuivie sous son règne et il se montre favorable à une attaque contre les installations nucléaires iraniennes, aux bombardements du Venezuela et a été le responsable de l’enlèvement de Nicolas Maduro. Il n’a pas assèché le « marais », c’est-à-dire le marigot de Jeffrey Epstein. Dans quelle mesure peut-on suivre le raisonnement de Guillaume Faye quand il nous disait que les Etats-Unis étaient l’ennemi géopolitique principal de tous les Européens qui aspirent à l’indépendance de leurs pays ?

Ceux que vous appelez les „patriotes européens“ ont applaudi les discours de Trump et se sont félicités de son élection parce qu’il mettait un terme au fatras idéologique et wokiste véhiculé par les démocrates américains, par Hillary Clinton en particulier. La population américaine, toutes catégories confondues, en avait assez, surtout que cela se doublait du mouvement BLM et de la vague de „Cancel Culture“ qui brisait ou maculait les monuments historiques ou les traces d’un passé que cette gauche américaine, inculte et hystérique, ne voulait plus assumer.

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Les guerres étrangères ne sont pas des éléments permettant la mobilisation politique lors des campagnes électorales: d’abord, les Américains, dans leur écrasante majorité, ne savent pas où se situe les pays présentés comme cibles à frapper. Le petit savoir géographique est quasi nul, même parmi les diplômés (et en Europe, quand on sort de la Méditerranée, zone de vacances, on n’est pas mieux loti, même quand il s’agit de la Mer Noire, du Don donc de l’Ukraine!). Ensuite, dans un pays qui n’organise pas un système de sécurité sociale comme le font les Etats européens, les guerres extérieures sont perçues par le bon peuple comme autant de tonneaux des Danaïdes, qui engloutissent des fonds colossaux qui pourraient servir à améliorer les infrastructures routières, ferroviaires et autres sur le territoire américain lui-même, notamment dans les „fly over States“, où Trump a fait un tabac.

Toute la rhétorique belliciste des néoconservateurs républicains et démocrates a donc fini par lasser le public qui a adhéré au fameux mouvement MAGA. Avec le retour d’une rhétorique belliciste chez Trump et Rubio, le mouvement MAGA se disloque et on revient à la case départ. On peut avancer l’hypothèse que les services intérieurs se sont aperçu à temps de la lassitude populaire face aux conflits d’Ukraine et de Méditerranée orientale, ont décidé de faire une pause pendant une grosse année puis de remettre le bellicisme à l’avant-plan.

0b71289236aaa693983cd02ac3cfde13.jpgLa géopolitique planétaire des Etats-Unis a été déterminée par l’Amiral Alfred Thayer Mahan, par Halford John MacKinder (qui l’avait élaboré pour l’Empire britannique), par Homer Lea (qui est certes moins connu aujourd’hui mais reste néanmoins une référence déterminante quand il s’agit de décider d’une guerre directe ou indirecte), par Nicholas Spykman (théoricien de la maîtrise des „Rimlands“ pour contenir la „Terre du Milieu“ ou „Heartland“) et, enfin, par Zbigniew Bezezinski. Les diverses applications pratiques de ces théories géopolitiques se repèrent dans les discours et les actions de tous les gouvernements américains, qu’ils soient démocrates ou républicains. Rien ne changera en ce donaine. Il faut être diantrement naïf pour croire (ou avoir cru) le contraire. Cette naïveté navrante était repérable dès le départ chez les nationalistes ou les droitards de tous poils qui entraient en transe en écoutant Trump dès son premier mandat. On pouvait certes se réjouir de voir imploser le wokisme ou d’assister au spectacle de la déconfiture de Madame Clinton, et je m’en suis réjouis, mais cela ne devait pas amener à croire que la géopolitique hégémoniste et unipolaire des Etats-Unis allait fondre comme neige au soleil et disparaître définitivement de nos horizons. Et voilà, la guerre en Ukraine continue, le soutien à Israël contre son environnement arabe se poursuit et la volonté de faire crouler l’Iran chiite est toujours là, bien vivante, parce que l’Iran est la pièce maîtresse des „rimlands“, la „plaque tournante“ du jeu géopolitique eurasien.

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Peu d’observateurs ont constaté que la fureur anti-iranienne s’est réactivée à partir de deux innovations infrastructurelles: la mise en oeuvre de la liaison ferroviaire Chine/Iran en direction de l’Océan Indien et le parachèvement du dernier petit tronçon de la ligne de chemin de fer qui relie le littoral iranien à la Caspienne et à l’Azerbaïdjan puis à la Russie, doublant ainsi le transport international qui passe par le canal de Suez.

L’affaire du Venezuela s’explique pour deux motifs: le pétrole et le repli sur l’hémisphère occidental. Le pétrole vénézuélien pourrait servir à d’autres stratégies commerciales que celles imposées par les Etats-Unis et par le principe de la dollarisation généralisée des échanges entre puissances. Il alimente déjà Cuba et alimentait la Chine: il aurait très bien pu alimenter l’Europe en lieu et place du Moyen-Orient ou de la Russie. Mais la lutte contre la Chine et la Russie est risquée et pourrait enclencher un processus de ressac pour les Etats-Unis: alors l’équipe autour de Trump a, apparemment, décidé de jouer une carte différente; à la place du mondialisme et de l’unipolarité hégémonique, souhaitée par Clinton dans les années 1990 avec l’appui théorique de Fukuyama qui imaginait une „fin de l’histoire“ libérale, on joue une carte autre, qui accepte en apparence la multipolarité voulue par les BRICS mais en créant, tant que l’on en a encore la force, un bloc américain englobant toutes les régions de l’hémisphère occidental qui permettraient, vu leurs immenses ressources, de subsister solidement en autarcie.

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Ce bloc, déjà imaginé par les technocrates américains au lendemain de la grande crise de 1929, comprenait le Mexique et toutes les petites républiques d’Amérique centrale, Panama, le nord de la Colombie et le Venezuela (pour son pétrole) et, enfin, le Canada et le Groenland (et nous y voilà!). C’est ce bloc que Trump vise à constituer afin de rendre les Etats-Unis autarciques, auto-suffisants et puissants dans le futur jeu conflictuel d’un monde devenu multipolaire.

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Faye était conscient de l’inimitié fondamentale que vouaient les Etats-Unis à l’Europe. Un moment, il a espéré l’avènement d’un Septentrion englobant l’Amérique du Nord et l’Euro-Sibérie, comme l’imaginent aussi certains cénacles américains, dont on a entendu à nouveau parler au moment des accords d’Anchorage entre Trump et Poutine, accords qui ne semblent pas avoir eu de lendemain. 

Dans les textes de ce recueil, Faye défend l’idée d’une Euro-Russie de l’Ibérie à la Sibérie qui serait l’alternative à l’atlantisme. Il argumente dès lors pour une alliance euro-russe, reposant sur une origine commune, ethnique et culturelle, et sur des intérêts géopolitiques communs, partagés par l’Europe et par la Russie ; de même, cette alliance se justifierait par la nécessité d’une coopération dans la lutte contre les migrations de masse venues du Sud global. Faye se réfère à vos travaux en géopolitique et au concept de « grand hérisson », métaphore d’une alliance militaire défensive entre l’Europe et la Russie. Quelques figures de l’extrême-droite européenne ont considéré, de concert avec les globalistes du Bruxelles eurocratique, que cette position relevait d’une trahison envers l’Europe et agitait le spectre d’une « Russie néostalinienne » et d’un « Poutine bolchevique ».  Ce sont notamment des figures de la droite néofasciste qui accusent les Européens, qui entendent faire la paix et amorcer une coopération avec la « Russie asiatique » d’être des « traitres à la race blanche ». Pourriez-vous, s’il vous plait, nous expliquer en quoi consistent le concept d’Euro-Russie et celui de « Grand Hérisson » ? Selon vous, quels sont les arguments en faveur de l’Euro-Russie et qu’avez-vous à dire à ces polémistes d’extrême-droite qui vous accusent de trahison envers l’Europe parce que vous défendez ces idées ?  

md31393978133.jpgFaye parlait au départ d’Euro-Sibérie, suite à un débat que nous avions eu, tous deux, un jour, à propos du livre de Juri Semjonow (Youri Semionov) sur la Sibérie, qu’il décrivait comme la „Schatzkammer Europas“ (la "chambre aux trésors de l'Europa"). Faye a pris conscience que l’avenir de l’Europe n’était possible que si l’on reprenait des relations normales avec l’URSS (à une époque antérieure à la glasnost et la perestroïka) car celles-ci auraient donné à notre sous-continent tout ce dont il avait besoin. Le duopole de Yalta, à ses yeux, n’était une anomalie que parce qu’il privait l’Europe de sa seule réserve potentielle de matières premières de haute importance.

Cette position, en porte-à-faux avec celles de la droite conventionnelle, l’amenait à une autre conclusion: toute forme de néo-colonialisme en Afrique, plus exactement en „Françafrique“, s’avérait une impasse. En effet, si l’Afrique francophone recèle évidemment des richesses énormes, utiles aux industries européennes, la gestion d’un empire colonial ou néo-colonial serait trop onéreuse: le territoire de l’URSS offrait déjà toutes les infrastructures nécessaires sans que l’on ait besoin d‘effectuer des transferts de population dans un sens comme dans un autre (colonisation de peuplement dans les zones génératrices de richesses, immigration en direction de l’Europe, omnicitoyenneté trop bigarrée, etc.).

Les mouvements de population au sein d’une „Euro-Sibérie“ auraient été limités à des élites techniciennes et, en règle générale, auraient été temporaires. Ils se seraient aussi déroulés entre des éléments de population plus homogènes.

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Réunion en Russie, probablement en 2007: de gauche à droite, Constantin von Hoffmeister, l'anthropologue russe Avdeev, le Dr. Pierre Krebs, une organisatrice, Guillaume Faye, Pavel Toulaev et trois autres personnes.

Plus tard, au début des années 2000, Faye est venu en Flandre pour prononcer quelques conférences: il y a rencontré l’auteur et professeur russe Pavel Toulaev qui lui a précisé que la Sibérie était un concept simplement géographique, encore qu’assez flou, et que le seul sujet de l’histoire dans cette immense région, qui nous mène aux rives du Pacifique, a été la Russie. Faye a donc accepté de parler dorénavant d’Euro-Russie.

La notion de „grand hérisson“ vient des débats houleux qui se sont tenus en Allemagne et dans les pays du Benelux au début des années 1980 lors de l’affaire des missiles américains que l’OTAN entendait déployer sur le territoire de la République fédérale. A cette époque, la notion de neutralité pour l’Europe centrale et danubienne, ainsi que pour les trois petits états du Benelux, est revenue sur le tapis. Pour que cette neutralité puisse être acceptée, il fallait qu’elle soit dépouillée de tout pacifisme bêlant. Les armées des pays qui seraient ainsi revenus à la neutralité devaient dès lors s’organiser selon les modèles helvétique et yougoslave.

8199WFpKLCL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgEn Allemagne, le Général Jochen Löser avait théorisé cette possibilité dans son ouvrage „Neutralität für Mitteleuropa“. En Autriche, un certain Général Spanocchi et, en France, le Général Brossolet avaient élaboré des plans pour créer des „nations armées“ sur le modèle suisse mais qui auraient aussi et surtout été adaptées aux configurations géographiques locales, ce qui n’est pas évident en régions de plaines.

En Flandre, le caricaturiste Korbo avait, lui, dessiné un charmant petit hérisson qui avançait en souriant en disant: „Vreedzaam maar weerbaar“ („Pacifique mais apte à me défendre“). Des auto-collants avec ce dessin, sur fond vert, avaient été imprimés: de là la théorie du „grand hérisson“.

Les russophobes du système ou de l’espace extrême-droitiste, raisonnent encore dans les termes de la seconde guerre mondiale. L’Opération Barbarossa a été déclenchée à la hâte, sans préparation à une éventuelle campagne d’hiver, et, malgré ses foudroyants succès initiaux, elle s’est d’abord enlisée devant Moscou en décembre 1941. La „Vormarsch“ de l’été 1942 pour atteindre le Caucase et son pétrole a été sidérante mais s’est heurtée à l’immensité du territoire: si elle a pu prendre Rostov-sur-le-Don, elle n’a pas atteint les champs pétrolifères du Caucase et n’a pas pu contrôler les rives de la Volga.

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Avec l’aide des puissances thalassocratiques anglo-saxonnes, l’Armée Rouge a résisté en étant alimentée depuis Mourmansk et Archangelsk par les flottes qui traversaient l’Atlantique (ce qui explique l’intérêt actuel de Trump pour le Groenland) et par la voie qui partait de l’Océan Indien pour emprunter le chemin de fer transiranien (construit par les Allemands et les Suisses pendant l’entre-deux-guerres!!), la Caspienne et le trafic fluvial de la Volga. L’Axe n’a pas pu couper cette ligne qui partait de l’Arctique pour aboutir au littoral de l’Océan Indien.

Cette ligne est reconstituée aujourd’hui par l’International North-South Transport Corridor, qui échappe au contrôle américain, ce qui explique aussi la rage anti-iranienne actuelle, car la thalassocratie hégémonique n’en contrôle plus les sites-clefs dans le Golfe Persique. L’Opération Barbarossa a été justifiée par les autorités nationales-socialistes de l’époque comme une nécessité pour acquérir le blé ukrainien et le pétrole caucasien qui avaient été préalablement fournis à l’Allemagne hitlérienne par l’URSS et pas seulement en vertu des clauses du pacte germano-soviétique d’août 1939.

Les fournitures soviétiques avaient permis la victoire rapide contre la France en mai-juin 1940: sans elles, aucune victoire de ce type ou aucune défense du territoire gallique conquis ne sont possibles. La seconde guerre mondiale nous enseigne que tous les territoires sur lesquels des combats se sont déroulés, à un prix exorbitant en vies humaines, sont devenus un même espace stratégique où une réédition de ces affrontements n’est plus possible ou, au moins, n’est plus rentable. Pour revenir au blé et au pétrole, il faut se rappeler que, déjà sous la République de Weimar, les liens économiques germano-soviétiques étaient solides.

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Après 1991, année de la disparition de l’URSS, les liens économiques entre l’Allemagne et l’Europe occidentale, d’une part, et la Russie d’Eltsine et de Poutine, d’autre part, ont été rétablis à la perfection surtout depuis les contrats gaziers, où Gerhard Schröder a joué un rôle-clef (photo). La restitution de ces liens économiques interdit toute réédition d’une nouvelle Opération Barbarossa, sous quelque forme que ce soit. Ceux qui en rêvent vivent dans le délire: ils ne raisonnent pas sur base de faits réels, attestés par l’histoire récente ou ancienne, mais au départ de catégories morales déconnectées de la réalité et médiatiquement instrumentalisées par les puissances hégémoniques (Carl Schmitt nous avait averti de cette déviance…!). Ou au départ de nostalgies anachroniques.

L’émotion prime dans ce type de discours, exactement comme dans les bandes du mouvement antifa, elles aussi manipulées pour des opérations inavouables, très souvent orchestrées par les mêmes maîtres ès-manipulation. Quant à la soi-disant „trahison de l’Europe“, qui ne serait perpétrée que par de paisibles russophiles, elle ne se situe que chez ceux qui adulent l’hegemon et ses courroies de transmission, un hegemon qui fait tout pour nous perdre ou chez ceux qui, sous des prétextes en apparence autres, finissent par mener une politique qui favorise l’Etat profond américain, le système ou l’un ou l’autre de ses pions placés puis sacrifiés sur l’échiquier international.

Dans les médias du système et dans les hautes sphères de l’UE, on diffame allègrement la Russie en déclarant qu’elle est un « Empire du mal », on colporte que Vladimir Poutine, selon les humeurs du moment, est tantôt posé comme un nouveau Staline tantôt comme un nouvel Hitler. Dans les textes qui composent ce recueil d’articles de Faye, celui-ci évoque déjà les récriminations de l’UE qui fustigeait la Russie conservatrice dirigée par Poutine, lequel, lors de son discours à Munich en 2007, avait plaidé pour un nouvel ordre mondial multipolaire et non plus unipolaire. L’UE percevait déjà le président russe comme un danger idéologique capable d’entraver leur projet globaliste. Dans quelle mesure pensez-vous que le jugement que Faye posait à ce moment-là, est toujours actuel ? Auriez-vous quelque chose à ajouter ?

Beaucoup d’analyses posées jadis par Guillaume Faye restent, mutatis mutandis, valables dans le contexte international. Son ouvrage récent, paru à titre posthume, intitulé „Contre la russophobie“, atteste de ses capacités visionnaires et prédictives. Guillaume Faye a développé sa russophilie rationnelle et bien étayée par des faits concrets comme la nécessité d’harmoniser les échanges d’énergie, de matières premières, de biens manufacturés ou de savoir-faire en haute technologie. Guillaume Faye est un disciple de Clausewitz via la lecture des deux volumes qu’avait consacrés Raymond Aron à ce militaire prussien du début du 19ème siècle. L’accès à Clausewitz s’est fait par l’intermédiaire d’Aron chez les Français de la génération de Faye. Aron oeuvrait pour donner des assises théoriques au système national mis en place par De Gaulle dans les années 1960, immédiatement après les événements tragiques d’Algérie qui avaient mené la France au bord de la guerre civile. Les Allemands, pour comprendre cette époque, devraient relire les textes d’Armin Mohler sur la France de De Gaulle, qu’il voyait comme un modèle pour les autres états européens si, du moins, ceux-ci souhaitaient s’émanciper de la tutelle américaine.

31154826515-918343448.jpgRappelons aussi que dans un manifeste concis, très court, rédigé en anglais et intitulé „Chicago Papers“, Mohler avait donné toutes les pistes à adopter pour dégager l’Europe de la constriction lente que lui imposait l’anaconda américain. Ces „Chicago Papers“ sont repris dans son recueil d’articles portant le titre de „Von rechts gesehen“. Ceux qui ont intériorisé ces mots d’ordre clairs ne peuvent que rire avec grande commisération et avec force sarcasmes, quand ils entendent les discours du système et de l’extrême-droite russophobe sur le Venezuela, l’Iran, la Chine ou la Russie. Faye a très bien saisi la teneur du discours du Président Poutine en 2007, au même titre que Günter Maschke qui, pour choquer et ébranler les perroquets de tous plumages qui répétaient les discours des médias mainstream, proclamait, de sa voix de stentor qu’il était non seulement un „Putin-Versteher“ mais aussi et surtout un „Putin-Anhänger“ (que non seulement il comprenait Poutine mais en était un partisan).

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