Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 20 juin 2022

Faye: une vie faustienne entre Evola et Marinetti

FNMnx1VXoAYDVl1.jpg

Faye: une vie faustienne entre Evola et Marinetti

Par Alfonso Piscitelli

Source: https://culturaidentita.it/faye-vita-faustiana-tra-evola-marinetti/

La vie de Guillaume Faye a été très haute en couleurs: provocations politiques, alcools forts, sexe, idées fortes même poussées à l'excès. Une vie de "sexe, de drogue et de nouvelle droite", pour paraphraser un vieil adage. Puis la mort est venue à lui dans toute sa gravité, s'annonçant comme l'ambassadrice de la douleur, au cours d'une longue maladie. Ceux qui le connaissaient disent qu'il a affronté son crépuscule avec le même esprit faustien qui l'animait lors de ses années vigoureuses: faire des plans jusqu'à son dernier jour, qui fut le 7 mars 2019.

Faye cultivait en lui ce que les romantiques appelaient le "Streben", une envie inépuisable d'aller toujours plus loin, de chercher à se surpasser, de se fixer un but dans l'infini. C'est cette même impulsion qu'Oswald Spengler voyait dans les cathédrales gothiques, avec leurs flèches projetées vers le ciel; et qu'Adriano Romualdi voyait dans les entreprises spatiales des années 1960. Dépassant le traditionalisme qui avait eu Guénon comme maître en France, Faye écrit dans son livre-manifeste L'Archéofuturisme qu'il faut réconcilier Evola et Marinetti, c'est-à-dire la référence à des racines profondes qui ne se figent pas, d'une part, avec un élan d'innovation et de créativité, d'autre part, celui de l'Homo Faber. En revanche, si notre tradition est celle des Européens apparus à l'aube de l'âge du fer sur des chars de combat (... les vaisseaux spatiaux de l'époque), alors il serait incohérent avec nos origines et donc "anti-traditionnel" de devenir immobilistes ou d'idolâtrer une quelconque période (figée) du passé comme le font les traditionalistes enfermés dans les nombreux cercles mentaux de la nostalgie (médiévistes, bourbonistes, néo-fascistes, papalistes, néo-païens...).

Certes, Faye édulcore son épopée historique par le haut degré de ses provocations: il imagine des mutations génétiques à la Marvel, il invoque le retour à des coutumes archaïques qui se concilient en même temps avec les technologies les plus audacieuses. Dans tout cela, il était également capable de faire des prédictions téméraires. Au milieu des années 1990, la Russie était à genoux, au bord de la dissolution, mais Faye a compris que le point cardinal qu'est l'Est pouvait devenir un point de référence pour la rédemption européenne et offrir un solide antidote à la crise de l'Ouest.

d0781aab6107ab09663a5b35f9583041_XL.jpg

Le jumeau italien de Faye était Giorgio Locchi, son maître et un auteur hélas oublié. Comme Locchi, Faye a cultivé le goût de briser les règles du langage "politiquement correct".  Dans Le Système à tuer les peuples, en 1981, Faye avait déjà déclaré que la mondialisation ouvrait la boîte de Pandore de tous les maux ; dans La colonisation de l'Europe, il a répété son refus catégorique du "remplacement ethnique" de l'Europe et de la création de zones densément islamisées sur le continent. Dans Avant-guerre, écrit au lendemain du 11 septembre, il annonce, avec une exagération polémique évidente, l'avènement d'une période hobbesienne de bellum omnium contra omnes : un conflit interethnique à la manière du Rwanda. D'accord, il exagérait....

Mais il faut aussi ajouté qu'il a exercé l'art de la provocation par rapport à son propre milieu initial, qui était fondamentalement l'extrême-droite plutôt que la nouvelle droite d'Alain de Benoist. À un moment donné, il a écrit que nous devons cesser d'accuser les Juifs de tous les maux du monde et mettre un terme au négationnisme. Cette sentence lui a apporté plus d'ennemis et - on peut l'imaginer - encore plus de plaisir de goliard.

FNKHpiKWUAIZbD8.jpg

Comment considérer un auteur qui, à chaque page, conteste l'équivalent français de la Loi Mancino et s'attire en même temps l'accusation d'être un "sioniste"? On serait tenté de le qualifier de farceur, au mieux de boute-en-train. Il suffit cependant de réfléchir à ce passage de L'Archéofuturisme pour comprendre qu'il y avait un Logos derrière son dionysisme politique: "Il faut se réconcilier", écrit Faye dans ce livre publié au seuil fatidique de l'an deux mille, "il faut réconcilier Evola et Marinetti ; il faut penser ensemble la techno-science et la communauté immémoriale, la communauté traditionnelle". Jamais l'un sans l'autre. Considérez l'homme européen à la fois comme le deinatatos ("le plus audacieux"), le futuriste et, simultanément, l'être de longue mémoire. À l'échelle mondiale, l'avenir exige le retour des valeurs ancestrales, et ce pour la "Terre entière".

Il est difficile pour quelqu'un comme Faye de formuler le souhait funéraire: "Repose en paix". On dirait plutôt : "Ruhe im Streben".

dimanche, 19 juin 2022

Le futur post-apocalyptique du fer et du feu

image00.jpg

Le futur post-apocalyptique du fer et du feu

Recension de : L'archéofuturisme de Guillaume Faye

Par Martín López Corredoira (2020)

Source: https://disidentia.com/el-futuro-postapocaliptico-de-hierro-y-fuego/

Aujourd'hui, le 7 mars, un an s'est écoulé depuis la mort de Guillaume Faye, un penseur politique au caractère révolutionnaire marqué et difficile à classer. Faye sauve l'esprit des grands réformateurs sociaux et abandonne les accommodements bourgeois placides de la politique démocratique d'aujourd'hui. Il est généralement classé comme appartenant à la droite radicale, en raison de ses origines et de ses propositions anti-progressistes agressives et politiquement incorrectes, mais il y a en lui des éléments qui vont bien au-delà des postulats de la politique néo-conservatrice, et il peut être classé comme un révolutionnaire qui se situe dans le monde des idées utopiques plutôt que comme un pragmatique politique qui vit dans la réalité d'aujourd'hui et cherche à attirer quelques millions de voix avec des propositions qui plaisent à certains secteurs de l'électorat.

22453921052.jpg

L'un de ses ouvrages les plus emblématiques parmi sa vaste production est un livre qui a été récemment traduit en espagnol sous le titre El arqueofuturismo ; il existe plusieurs éditions disponibles sur le marché ; je prends ici comme source de citations la traduction publiée par Ediciones Titania. L'original français, L'Archéofuturisme, a été publié en 1998 par l'Æncre à Paris. Il existe quelques critiques du livre publiées en espagnol, par exemple par Juan José Coca dans Posmodernia ou sur le site de la Fuerza Nacional Identitaria au Chili. L'impact de l'œuvre a néanmoins atteint beaucoup plus de langues et de régions de la planète, étant reconnu comme une menace parmi ceux qui jouissent de l'existence bourgeoise et atone des démocraties libérales.

Voyant venir la fin de notre forme de civilisation, qui succombera à des cataclysmes planétaires (crises financières, pollution incontrôlée, effondrement des systèmes éducatifs, stupidité générale croissante,...) l'auteur prépare le monde post-apocalyptique, le nouvel âge de fer et de feu: celui de l'archéofuturisme, synthèse dialectique des valeurs archaïques (famille, spiritualité, séparation sexuelle des rôles, hiérarchie,...) et de la technologie futuriste, des principes apolliniens et dionysiaques. Il prône une société future dans laquelle la société est divisée en deux groupes: un groupe majoritaire voué à une économie de subsistance rurale et artisanale pré-technique, liée à une religion et des superstitions primitives; et une élite minoritaire qui conserve le pouvoir économique techno-scientifique, au sein d'un agnosticisme païen. Sa méthode est la pensée radicale: "Seule la pensée radicale est fructueuse. Car elle seule peut créer des concepts audacieux qui brisent l'ordre idéologique hégémonique et sortent du cercle vicieux d'un système de civilisation défaillant".

71zL1LrvEGL.jpg

L'après-naufrage peut donner lieu à une guerre entre identités, mais il peut aussi s'agir d'une grande période de paix dans laquelle renaîtront d'autres cultures qui, au loin, regarderont l'Europe parmi ses ruines avec admiration et fascination, tout comme nous regardons aujourd'hui les vestiges de l'Empire romain ou de l'ère pharaonique en Egypte antiques.

À mon avis, il existe de nombreux éléments courageux qui révèlent l'intelligence de l'observateur pertinent que fut Faye. Quelques citations notables : "Greenpeace et les idéologues correspondants (...) politiquement ultra-corrects et totalement complices du système" ; "l'égalitarisme utopique et obstiné (...) conduit l'humanité à la barbarie et à l'horreur économique, par ses contractions internes" ; "Le paradigme de l'égalitarisme matérialiste dominant-une société de consommation démocratique pour dix milliards de personnes au XXIe siècle sans pillage environnemental généralisé-est une pure utopie" ; "la démocratie parlementaire moderne (...) dictature des bureaucraties (...) est une utopie". ) dictature des bureaucraties et des requins mercantiles" (pour paraphraser le politicien britannique Peter Mandelson) ; "l'introduction des hypertechnologies ne nous conduit pas vers un plus grand égalitarisme (comme le croient les apologistes imbéciles de la pan-communication, grâce à Internet), mais vers le retour de modèles sociaux archaïques et hiérarchiques" ; "Le levier de cette manipulation, dont la bourgeoisie intellectuelle et artistique naïve est la victime, est une hypertrophie monstrueuse et irresponsable de 'l'amour du prochain comme de soi-même', une apologie de la faiblesse, une dévirilisation et une auto-culpabilisation pathologiques. Il s'agit d'une sous-culture de l'émotion facile, un culte de la décadence destiné à débrider les esprits européens" ; "le sport (...) fait partie du monde du show-business et est le nouvel opium du peuple" ; "les fêtes (...) financées artificiellement par l'État, comme des explosions d'hybrides déstructurés qui agissent comme une drogue collective" ; "la civilisation occidentale s'est considérablement affaiblie lorsqu'elle a donné une valeur absolue à un sentiment névrotique : l'amour. (...) Aujourd'hui, la moitié des mariages se brisent parce qu'ils sont basés sur un sentiment d'adolescents amoureux, éphémère, qui disparaît rapidement. Les mariages durables sont ceux qui sont calculés".

Il a un relent de la "nouvelle droite" française, bien sûr, car l'auteur a appartenu à ce vivier, même s'il a fini par le désavouer. Plus encore, il désavoue la gauche, qu'il juge impuissante à affronter le capitalisme et qu'il accuse de devenir une classe bourgeoise qui ne défend pas les plus démunis, mais plutôt une classe moyenne de salariés et une série de valeurs égalitaires (féminisme, immigrés, homosexuels,...) qui nous mènent au désastre. Bien qu'avec des airs politiques plutôt que philosophiques, je vois en Faye un digne héritier de la philosophie au marteau de Nietzsche. Les mêmes éléments sont présents chez Nietzsche, Spengler ou les penseurs classiques qui ne se promenaient pas avec un bandeau sur les yeux. Les politiciens et les philosophes s'occupent d'idées sociales, mais les premiers connaissent peu la réflexion et beaucoup la démagogie; les politiciens parlent pour leur temps, les philosophes s'occupent de questions pérennes. En ce sens, c'est une bonne chose que certains penseurs politiques s'approchent de la pensée intemporelle de la philosophie, même si c'est dans son style, plutôt que de se soucier d'occuper quelques sièges dans un congrès.

171601dcd2e9d1765edbc3c97090329a9fe8bc50e0f5a77f7cc16844d98902ff.jpg

Faye va plus loin que les autres politiciens qui défendent l'identité européenne face à l'immigration débridée en prédisant un déclin imparable sans solution. Son rejet de l'immigration et, plus particulièrement, de la religion musulmane, me semble comporter certains éléments raisonnables: on entrevoit ce que sera le destin de notre continent, à savoir être le réceptacle migratoire de grandes hordes de barbares venus d'autres régions du globe, qui n'ont pas su se contenir sur le plan reproductif et fuient la misère. Cependant, d'autres éléments montrent une certaine animosité infondée envers le monde musulman. Je constate un manque d'objectivité dans l'évaluation de la valeur des différentes civilisations. Il considère comme acquis que l'histoire donnera raison à l'homme blanc européen et qu'il doit continuer à préserver son hégémonie comme il l'a fait au cours des derniers siècles, ce qui me semble partiellement myope.

Quant à sa proposition futuriste, elle relève à la fois de l'utopie et de la prédiction fataliste. Ce n'est pas l'avenir que nous souhaitons tous, mais l'un des futurs possibles. La spéculation sur une future civilisation économique euro-russe blanche à deux vitesses, imperméable à l'immigration d'autres peuples, est un projet politique possible, mais non sans conflit avant qu'il ne devienne réalité.

1462168089-mad-max-fury-road-thumbnail2-1pec.jpg

5f11edb6a33cf884c421d8c4afa52c55-1611826295.jpeg

Utopies mises à part, ce qui me frappe le plus est peut-être la prophétie dystopique d'un avenir post-apocalyptique de fer et de feu. Selon l'auteur, les temps difficiles qui s'annoncent ne seront guère meilleurs lorsque la tempête du chaos fera rage. Au-delà de ce que dit le livre de Faye, on devine derrière ses mots un monde Mad Max-esque, un monde dans lequel le do-gooderism de notre époque s'éteint une fois que les nigauds qui le défendaient se sont éteints par inadaptation, laissant place à la survie du plus fort. Ce n'est pas que le darwinisme social en tant que philosophie revienne à la mode, mais que la vie est au-dessus de toute idéologie et que, continuellement à travers l'histoire, elle coule à nouveau librement comme une rivière entre les montagnes qui refuse de se déplacer entre les canaux artificiels des ingénieurs sociaux. Il y a quelque chose de poétique, il y a un style épique, un esprit prométhéen, faustien dans la déclamation d'une vie future bien éloignée des misères bourgeoises et ennuyeuses de l'Européen moyen d'aujourd'hui.

Je suis d'accord avec Faye pour dire que la compétition entre les différents groupes ethniques sera féroce dans une course du plus fort pour la survie. Je pense, cependant, que Faye a tort de parier sur le cheval gagnant. Même si cela heurte sa fierté d'Européen blanc, ces nouveaux temps de fer et de feu ne sont plus pour l'homme de miel et de beurre qui habite désormais notre continent. L'avenir appartient aux autres peuples. Cela ne vaut pas la peine de se battre pour conserver cette Europe de végétariens et de cyclistes urbains (pour paraphraser le ministre polonais Witold Waszczykowski), de féministes criardes, de femelles porte-culottes et de tapettes, de bonnes volontés et de petites sœurs de la charité. Une culture qui a perdu la force de la lutte vitale ne mérite pas de vivre. L'après-naufrage peut donner lieu à une guerre entre identités, mais il peut aussi s'agir d'une grande période de paix dans laquelle renaîtront d'autres cultures qui, au loin, regarderont l'Europe parmi ses ruines avec admiration et fascination, tout comme nous regardons aujourd'hui les vestiges de l'Empire romain ou de l'ère pharaonique de l'Egypte antique.

samedi, 18 juin 2022

Dieux et pouvoir. Le prométhéisme de Guillaume Faye

9788832078398_0_424_0_75.jpg

Dieux et pouvoir. Le prométhéisme de Guillaume Faye

par Giovanni Sessa

Source: https://www.centrostudilaruna.it/dei-e-potenza-il-prometeismo-di-guillaume-faye.html

Une nouveauté importante est en librairie grâce aux éditions Altaforte. Il s'agit d'un volume dû à la plume de Guillaume Faye, Dieux et pouvoir. Textes et entretiens pour la reconquête européenne (1979-2019), publié sous la direction d'Adriano Scianca (pp. 284, euro 17,00). Il s'agit d'un recueil d'écrits du penseur français, pour la plupart inédits dans en italien jusqu'ici.

Le parcours intellectuel de Faye, pour une certaine part proche de celui de la Nouvelle droite, commence par sa fréquentation d'un Cercle Pareto à Paris. A la même époque, Dominique Venner lui fait découvrir le GRECE, qui a vu le jour en 1969. Les thèses de Jean Mabire et, surtout, de Giorgio Locchi, ont exercé sur lui une influence décisive, comme le rappelle opportunément Scianca dans sa préface bien documentée. En 1986, il rompt définitivement avec la Nouvelle Droite, non pas pour des raisons personnelles ou des conflits d'idées, mais simplement parce que ses recherches personnelles prennent une autre voie.

006724613.jpg

Provocateur intellectuel, mais aussi homme de caractère, Faye, qui est décédé en 2019, était doté de talents oratoires hors du commun avec lesquels il gagnait son public lors de conférences où les auditeurs se bousculaient. La lecture de ce recueil, qui couvre plusieurs décennies de sa production non romanesque, donne un aperçu clair de son monde idéal. On se souvient généralement de deux textes de cet auteur français, Le système à tuer les peuples, qui résume bien sa vision initiale du monde, et L'archéofuturisme, qui constitue au contraire son point d'arrivée théorique. Dans les pages de Dei e Potenza, il est clair, en premier lieu, qu'il avait : "une formation philosophique non triviale, une vision éclectique de la réalité marquée par la méditation des Fragments d'Héraclite. Sa pensée repose sur une ontologie non finaliste, non anthropocentrique et non rationaliste, ouvertement dionysiaque" (p. 8). Une position qui, dans le "paganisme", avait donc un point de référence indispensable, la métaphysique occidentale ayant présenté une conception de la réalité finaliste et ordonnée à l'idée de Dieu. Pour Faye, le trait ontologiquement constitutif de l'homme européen est : "Esprit de conquête, audace [...] construction de formes toujours nouvelles" (p. 9). L'homme, à ses yeux, est un transgresseur, un donneur de sens, qui vit en s'affranchissant de ses propres conquêtes. En cela, nous voyons une nette proximité avec l'individu absolu d'Evola.

Les dieux européens sont sujets à la métamorphose, accrochés à la possibilité dionysiaque de la liberté : "ils peuvent même mourir, dans le crépuscule cosmique d'un ordre qui en annonce un autre" (p. 10) et l'homme peut assumer le trait du "héros rebelle" à l'ordre donné. En ce sens, il est possible d'affirmer que, ab origine, la pensée de Faye avait un trait prométhéen. Cette tendance se manifeste clairement dans son exégèse de Heidegger. Notre auteur français s'attarde sur l'idée de l'homme que Heidegger déduit d'un passage de Sophocle, et lit au deinòtaton, comme le "formidable", "ce qui est le plus inquiétant, le plus audacieux". Un tel trait permettrait à l'homme de l'ère technologique d'affronter le "monstrueux" produit par l'implant, par une réponse capable de s'appuyer sur les forces "mobilisées" par la technique elle-même, jugée inattaquable (on pense aux positions non dénuées d'intérêt de Bernard Stiegler). Un tel pouvoir élimine de la scène de l'histoire les hypothétiques retours au passé. Faye montre également dans sa lecture de la technique une dette envers l'anthropologie de Gehlen. Contrairement à l'animal qui subit l'environnement, l'homme se change lui-même et change le monde "techniquement". Avec Robert Steuckers, le penseur français est convaincu que l'imaginaire authentiquement européen, contrairement à l'imaginaire occidental autrement structuré, est capable de faire la synthèse de l'enracinement et du déracinement. Nous sommes animés par le "cœur aventureux" jüngerien et l'attitude que Spengler appelait faustienne, nous tendons vers la conquête de l'infini. Le risque a toujours régi les relations de l'homme avec l'entité. Le paganisme post-chrétien de Faye se fonde, contrairement à celui de de Benoist, sur le dépassement de " l'idée du divin [...] Pour nous [...] l'idée de Dieu a pris une connotation qui tend à dévaloriser l'action humaine " et " toute divinité est définitivement morte, définitivement archéologique " (p. 53).

005790347.jpg

Après avoir également oeuvré dans le monde du divertissement, il revient dans l'arène intellectuelle en lançant un nouveau mot à la mode: l'archéofuturisme. Il "donne l'idée que les derniers modernes constatent l'épuisement de leur pensée et se contentent d'annoncer un "après"" (p. 16). Faye était fermement convaincue de l'implosion de la post-modernité: l'occurrence synchronisée de catastrophes allait miner sa stabilité structurelle. Il s'agit d'une thèse plutôt faible. Elle ne tient pas compte de la capacité du système à "gérer" les crises et à y survivre (docet la pandémie) et, de plus, elle implique une régression vers la vision déterministe de l'histoire, fondée sur la recherche des "signes des temps".

Plus intéressante est l'exégèse de l'Occident lu comme un paradigme du déclin : "un mécanisme acéphale, une toile dont toutes les articulations ne sont certes pas d'égale importance, mais dans laquelle il n'y a pas de marionnettiste, pas de Palais d'hiver à prendre d'assaut" (p. 19). Tout aussi significative est l'analyse, partagée plus tard par Guy Debord, sur les "sociétés du spectacle". Le spectacle "concentré" offert par le socialisme réel et le spectacle "diffus" propre au monde capitaliste, expressions du spectacle "intégré" offert par la Modernité.

La lecture de Dei e Potenza peut jouer un rôle important pour contrer l'une des maladies infantiles de la zone antagoniste, le modérantisme conservateur qui réapparaît aujourd'hui, mais elle nous semble insuffisante pour délimiter une voie politique véritablement révolutionnaire-conservatrice. Une telle voie doit impliquer la conciliation de Prométhée et d'Orphée, un duo inséparable. Privilégier l'un au détriment de l'autre donne lieu à une incompréhension fondamentale des potestats qui animent la physis. Se remettre à lire Bruno, Spinoza et Löwith pourrait être bénéfique.

Giovanni Sessa

Giovanni Sessa est né à Milan en 1957 et enseigne la philosophie et l'histoire dans les lycées. Ses écrits sont parus dans des revues et des journaux, ainsi que dans des ouvrages collectifs et des actes de conférences. Il a publié les monographies Oltre la persuasione. Saggio su Carlo Michelstaedter (Rome 2008) et La meraviglia del nulla. Vita e filosofia di Andrea Emo (Milan 2014). Il est secrétaire de la Scuola Romana di Filosofia Politica (École romaine de philosophie politique), collaborateur de la Fondation Evola et porte-parole du mouvement de pensée 'Per una nuova oggettività' (Pour une nouvelle objectivité).

vendredi, 17 juin 2022

Un passé ultérieur

4b3d2d24830518e0dfff3151e0dd400b.jpg

Un passé ultérieur

par Georges FELTIN-TRACOL

La conception monothéiste de l’histoire, d’où découlent les perceptions chrétiennes et marxistes, se résume par ce fameux « sens de l’Histoire » qui a commencé par une « anté-Histoire » et qui s’achèvera en « post-Histoire ». Inspiré pour sa part des anciens Grecs, Friedrich Nietzsche conçoit un jour de randonnée dans les alpages de l’Engadine suisse l’« Éternel Retour ». Il réintroduit dans la philosophie contemporaine européenne la cyclicité de l’histoire. D’autres visions historiques existent toutefois. Pensons par exemple à l’histoire sphérique de Giorgio Locchi.

En 1992, un historien français des techniques déclare que « l’histoire est cyclique. […] Peu d’historiens se sont penchés sur les mécanismes qui gouvernent l’évolution des cycles, et moins nombreux encore sont ceux qui se sont intéressés à l’évolution des techniques et des sciences dans les sociétés du passé ». Jean Gimpel (1918 – 1996) évalue « la notion de cycle historique » à une durée de « quelque deux cent cinquante ans en moyenne ». Son estimation se base sur les réflexions de l’historien arabe Ibn Khaldoun (1332 - 1406) et du chef de la Légion arabe en Jordanie, John Bagot alias Glubb Pacha (1897 - 1986), rédacteur en 1976 d’un article intitulé « The Fate of Empires ». Il reconnaît aussi toute sa dette à Oswald Spengler (1880 - 1936). « Ce qui m’a particulièrement sensibilisé à l’œuvre de Spengler, c’est sa profonde compréhension du génie technique et scientifique du Moyen Âge. Il est sans doute le premier historien à avoir compris que notre société s’est construite sur les travaux des ingénieurs et des savants de cette époque. »

AVT_Jean-Gimpel_4267.jpeg

La_fin_de_l'avenir_ _[...]Gimpel_Jean_bpt6k3355820r.JPEG

L’Occident comme décadence technique

Avec La fin de l’avenir. Le déclin technologique et la crise de l’Occident (1), Jean Gimpel commet une nouvelle polémique. Spécialisé dans les procédés industrieux et autres savoir-faire de l’âge médiéval et auteur des Bâtisseurs de cathédrales (1958), il fait sensation en 1975 en écrivant La révolution industrielle du Moyen Âge. Il y explique que l’Europe occidentale a connu entre la fin de l’Antiquité et les débuts de la Renaissance un essor proto-industriel malgré l’absence de la machine à vapeur et des manufactures. L’affirmation est osée d’autant que l’historiographie la plus récente remet en question le concept même de « révolution industrielle ». Apparue à la fin du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, la première « industrialisation » reposait sur la machine à vapeur et le charbon. La deuxième serait celle des hydrocarbures. La troisième en cours dépendrait de l’électricité et de l’informatique. Jean Gimpel se méfie de cette périodisation. Il pense plutôt dans La fin de l’avenir à la lumière du Déclin de l’Occident spenglérien que « l’Occident [est] parvenu, comme les sociétés qui l’ont précédé, à un plateau technologique ». L’auteur nuance immédiatement son propos en précisant que « le nucléaire rompt l’harmonie des cycles. Le cycle scientifique contemporain est [...] très différent des précédents parce que nous avons créé une technique capable de détruire le monde : la bombe atomique ».

c953b45bb8a5a6554e0fa8bc4742f2c0c2ab3399bac09d7cb3bd5163806d6f71.jpg

Guère perspicace, Jean Gimpel estime que « l’origine de la crise profonde que vit l’Occident aujourd’hui réside dans le très fort ralentissement de l’innovation technologique. Une innovation est une invention qui a été financée, testée, commercialisée et acceptée par le marché ». Quand il rédige ces lignes au début de la décennie 1990, l’informatique et le numérique ne sont qu’à leurs balbutiements. Les logiciels de traitement de texte qui remplacent avantageusement les machines à écrire mécaniques et électriques coûtent relativement chers. Un chapitre proclame : « L’informatique en panne ». On y lit que « le niveau d’investissement dans ce secteur ne serait plus jamais le même ». Il prévoit que « les années 90 ne devraient voir aucune relance dans le secteur informatique ». Le sursaut du monde des ordinateurs viendra de la démilitarisation décidée par le Pentagone du futur Internet. Ce n’est qu’à partir de 1995 que commence vraiment la « révolution néo-cybernétique ». Les téléphones portatifs existent déjà. Ils sont encore lourds, encombrants et peu maniables. En outre, les bornes de téléphonie sont rares. Et puis, rappelons-nous, parler à haute voix à un correspondant invisible en pleine rue vous fait passer pour un aliéné échappé du plus proche hôpital psychiatrique… Autre interprétation maladroite de Jean Gimpel qui annonce « le déclin des apprentis sorciers ». Il ignorait que viendraient sous peu le clonage de la brebis Dolly en 1996, les manipulations génétiques et le délire transhumaniste en attendant l’apparition fatidique des cyborgs et de l’intelligence artificielle quantique. L’auteur préfère se rassurer en expliquant benoîtement « ce qui permet à l’Occident de se maintenir provisoirement sur ce plateau technologique – avant le déclin inéluctable -, à savoir la résurgence de techniques traditionnelles modernisées et revitalisées par des techniques de pointe ».

L’avenir du passé

L’approche de Jean Gimpel n’est pas sans rappeler l’archéofuturisme de Guillaume Faye d’une part, et le « rétro-futurisme » d’autre part. Par « rétro-futurisme », il faut comprendre un courant littéraire de la science fiction dont l’intrigue se déroule dans un univers révolu avec des objets futuristes. Par exemple, un légionnaire romain d’Auguste affronte au sabre-laser un samouraï. Catégorie uchronique rétro-futuriste, le steampunk puise dans l’œuvre des écrivains français Jules Verne (1828 – 1905) et Albert Robida (1848 – 1926). Ce genre s’inscrit dans un XIXe siècle disposant d’ordinateurs fonctionnant à la vapeur et des dirigeables de transport. Paru en 1998, L’archéofuturisme marque le retour métapolitique flamboyant de Guillaume Faye au terme d’une décennie d’impostures téléphoniques jouées à la radio en tant que Skyman, et des collaborations à L’Écho des Savanes. Cet essai développe, prolonge et approfondit les thèmes soulevés dans son très méconnu Europe et modernité (2).

d0781aab6107ab09663a5b35f9583041_XL.jpg

L’archéofuturisme signifie « penser ensemble, pour les sociétés du futur, les avancées de la techno-science et le retour aux solutions traditionnelles de la nuit des temps. […] Rassembler, selon la logique du et, et non point du ou, la plus ancienne mémoire et l’âme faustienne car elles s’accordent. Le traditionalisme intelligent est le plus puissant des futurismes et inversement. Réconcilier Evola et Marinetti. […] Il ne faut pas associer les Anciens aux Modernes, mais les Anciens aux Futuristes (3) ».

Jean Gimpel anticipe volontiers cette démarche non-moderne. « Les fusées et les hélices connaissent une deuxième jeunesse ainsi que le dirigeable et les ballons-sondes, le train – le TGV -, les tramways, la céramique et la brique, la fonte et les structures métalliques, la craie et le tableau noir, le coton et la laine. Il est de la plus haute importance que les responsables économiques et les industriels soient pleinement conscients de cette orientation pour encourager la recherche et les investissements dans ce domaine lucratif et relativement peu exploité. Seule l’Italie montre la voie dans ce domaine. » L’auteur se réjouit du regain d’intérêt pour le bateau-bus, la voile et le vélo. Ce dernier a longtemps donné une image désuète et ancienne. Or, la « petite reine » entame au début de la décennie 1990 sa mue: « profilage des aciers, développement d’alliages acier – chrome molybdène dosés, études menées en soufflerie. Côté pneumatiques, Michelin a réalisé une génération de pneus pratiquement increvables ». Selon certaines sources bien informées, des unités de combat ukrainiennes utiliseraient des vélos électriques de fabrication locale (entreprises Delfast et Eleek) aptes à contrecarrer la progression des blindés russes. Par exemple, le modèle Defast Top 3.0 (foto) correspond à un vélo électrique aux allures de moto tout terrain qui aligne des performances impressionnantes (320 km d'autonomie, une vitesse de pointe de 80 km/h et une capacité à transporter de lourdes charges) (4). Jean Gimpel insiste enfin sur la nécessité de réaliser à l’échelle européenne un vaste réseau connecté de canaux, car « on a calculé qu’avec une puissance d’un cheval, on pouvait transporter 150 kg par la route, 500 kg par le train et 4000 kg par voie fluviale ».

delfast-top-3_130620.jpg

195d9cd168_50189726_delfast-ebike-ukraine.jpg

Demain, l’Italie

Jean Gimpel établit dans ce livre atypique et stimulant un parallèle troublant entre les temps médiévaux et les États-Unis d’Amérique. Il situe à 1971 le début de leur déclin quand le Congrès refuse d’accorder les crédits nécessaires au projet d’un « Concorde US ». Moins pessimiste pour l’avenir de la France, il craint néanmoins que l’Hexagone n’échappe pas à un naufrage « commun inévitable, dans la mesure où elle fait partie du monde occidental qui n’a plus […] de “ nation jeune en réserve “. D’ailleurs, elle est déjà atteinte par la “ sinistrose “ (5) qui touche le monde occidental dans son ensemble ». Sur lui plane dorénavant la menace d’« un krach de Wall Street ».

Pour lui, l’effondrement de notre système malade plongera l’Occident « dans un chaos politique et économique quelque peu semblable à celui que connaît aujourd’hui [en 1992] l’ancienne Union soviétique, nous assisterons à la désintégration de notre civilisation industrielle ». Serait-ce alors l’aurore d’un « nouveau Moyen Âge » ? Peut-être ? Jean Gimpel n’en considère pas moins que l’Italie « peut servir de modèle aux pays désireux d’améliorer leur performance économique globale », car elle « a su introduire les technologies de pointe dans des industries traditionnelles avec le plus de succès ». Il constate que « la réussite italienne est fondée sur les entreprises dites artigiano, qui trouvent leurs racines dans la famille, ancrées dans des communautés où valeurs, croyances, loyauté et intérêts sont partagés ». « Lorsque notre civilisation finira par s’effondrer […], lorsque les multinationales se désintégreront, les entreprises artigiano, qui sont beaucoup plus flexibles, s’adapteront aux nouvelles circonstances économiques. » N’y a-t-il pas ici un premier appel à un localisme alors inexistant ?

Par cet essai audacieux de Jean Gimpel, on comprend que l’avenir n’est pas fini à la condition que le futur sache se retourner et explore avec intelligence les voies du passé afin de mieux déterminer d’éventuels lendemains prometteurs.

Notes:

1 : Jean Gimpel, La fin de l’avenir. Le déclin technologique et la crise de l’Occident, Le Seuil, 202 p. Les citations en sont extraites.

2 : Guillaume Faye, Europe et modernité, Eurograf, 1986.

3 : Guillaume Faye, L’archéofuturisme, L’Æncre, 1998. On lira avec intérêt Robert Steuckers, « Guillaume Faye et la vision archéofuturiste », mis en ligne le 24 mai 2022 sur Euro-Synergies.

4 : Marc Zaffagni, « Les soldats ukrainiens utilisent de puissants vélos électriques pour neutraliser les chars russes » mis en ligne sur futura-sciences.com, le 23 mai 2022.

5 : Rappelons que l’expression « sinistrose » revient à Louis Pauwels dans sa période aristocratique païenne.

mardi, 24 mai 2022

Guillaume Faye et la vision archéofuturiste

ddfeea1299df0114dc8db63e8437ae33.jpg

Guillaume Faye et la vision archéofuturiste

Par Robert Steuckers

L’idée de coupler la tradition mythologique et philosophique grecque avec l’élan futuriste agitait l’esprit de Guillaume Faye dès le moment où je l’ai connu et ai travaillé avec lui entre 1979 et 1987. Ces années furent les plus fécondes de son itinéraire intellectuel. Guillaume Faye avait été profondément marqué par ses professeurs de grec et de latin lors de ses années de lycée. Il avait lu Platon, se réclamait du réalisme d’Aristote, lectures qu’il avait complétées par une immersion dans les travaux de Mircea Eliade, de Walter Otto et de Georges Dumézil. Faye était aussi un disciple du philosophe italien Giorgio Locchi qui fut le véritable mentor de ce que l’on allait appeler plus tard, par simplification journalistique, la « Nouvelle Droite ». Sans Locchi, elle n’aurait pas été ce qu’elle est, en dépit de l’ostracisme subi injustement par le penseur italien, après 1979, année de son retrait définitif. Pour Locchi, l’idée européenne véritable, malheureusement refoulée par la modernité, repose sur une solide assise mythique, notamment la structure trifonctionnelle des sociétés indo-européennes, mise en exergue par l’œuvre de Georges Dumézil et que les Allemands du 19ème siècle nommaient plus simplement le triplet de « Lehr- Wehr- und Nährstände ». Locchi, qui était aussi un très fin musicologue, estimait que la musique européenne, depuis Bach, contribuait à entamer et à fragmenter la chape étouffante sous laquelle le « mythe européen » était prisonnier. Pour Locchi, Richard Wagner, par le truchement du « Wort- und Tondichtung » de ses opéras, apportait les coups de marteau décisifs pour libérer le mythe européen de sa prison pluriséculaire, et pour faire enfin advenir une structuration des sociétés européennes conformes à la teneur de ce mythe et, partant, de rétablir une forme politique entièrement dégagée de la cangue chrétienne, scholastique, cartésienne et kantienne. Raisonnant au-delà de la querelle qui opposa Wagner à Nietzsche, Locchi puisait dans l’œuvre de Nietzsche tous les éléments susceptibles de conforter sa thèse libératrice, tandis que Pierre Chassard, qui sera également « épuré » et ostracisé dans les rangs de la « Nouvelle Droite », fustigeait, dans son ouvrage sur Nietzsche, les platonismes incapacitants qui avaient affaibli l’Europe au cours des siècles postérieurs à l’effondrement du monde antique. Faye aimait la République de Platon mais ne voulait pas pour autant laisser les Européens de la seconde moitié du 20ème siècle végéter dans la caverne et se contenter d’ombres sur les parois de celle-ci. Le retour du mythe européen, le retour au soleil des Européens prisonniers de la caverne, la philosophie au marteau de Nietzsche qui brisait les idoles vermoulues de la vieille Europe malade : tels étaient les aspirations du binôme Locchi/Faye et aussi de Chassard, retourné bien vite dans l’Eifel où il avait élu domicile.

005712418.jpg

La synthèse que proposait Faye n’a guère été explicitée par l’écriture, à l’exception toutefois d’un petit opuscule d’une rare densité, que ses « camarades » avaient négligé et méprisé, avaient jugé digne de la corbeille à papiers. J’ai sauvé ce tapuscrit de la destruction et mon ami Jean-Marie Simar, de Liège, en réalisa une édition modeste, artisanale avec les premiers ordinateurs personnels. Cet opuscule, introuvable aujourd’hui, était intitulé « Europe et Modernité » : Faye y constatait que la modernité, celle des Lumières du 18ème siècle, prenait fin et qu’une postmodernité s’annonçait qui allait mettre fin à tous les blocages, tous les platonismes incapacitants et toutes les formes de déclin que les Lumières et l’idéologie égalitariste de la révolution française avaient imposés à nos peuples. Armin Mohler, sur base des travaux de Wolfgang Welsch, pensait également qu’une postmodernité radicalement différente des Lumières allait émerger suite à la disparition du Rideau de fer. Il n’en fut rien. La postmodernité que l’on nous sert comme plat principal aujourd’hui est pire que les pires travers des Lumières. Pour Faye, au moment où il rédige son manuscrit qui sera boycotté, il y a implosion de la modernité, retour à des formes tribales et communautaires (comme le constate son ami le philosophe Michel Maffesoli), désaccords rédhibitoires entre les tenants autoproclamés des Lumières (Adorno, Horkheimer, Habermas, Lévy, etc.), etc. Faye et Mohler, chacun dans leur coin, croient que l’on peut impulser le mouvement postmoderne de désagrégation de la modernité dans le sens d’une sorte de restauration prémoderne, impliquant la restauration du politique (des Politischen) selon la définition qu’en donnaient Carl Schmitt et Julien Freund (par ailleurs ami de Faye et compagnon d’agapes mémorables… !).

41R8UcopCAL.jpg

La modernité officielle, pour le Nietzschéen Faye est la « conscience christianomorphe », c’est-à-dire la conscience qui est marquée par toutes sortes de gnosticismes déréalisants que le christianisme a véhiculés jusqu’à leur laïcisation par les lumières anglaises et françaises du 18ème siècle et que l’église, parfois, a combattu en réclamant, via le thomisme, un retour au réalisme d’Aristote, mais tout en asséchant la pensée du Stagirite. Ces formes gnostiques se sont superposées à un inconscient païen qui subsiste, surtout dans le folklore populaire de nos campagnes. Mais la conscience christianomorphe et l’inconscient païen subjugué arrivent, dit Faye, à un point de dissociation en rencontrant un inconscient prépaïen/pré-néolithique. La dissociation s’opère en créant : 1) une conscience moderne techno-scientifique (reposant sur des postulats naturwissenschaftlich, non assimilables à la logique cartésienne ou scholastique) et innervée par l’inconscient païen politique et romain, obéissant à l’impératif de créer de la puissance politique : 2) La conscience occidentale de masse, héritière de la conscience christianomorphe tout en en constituant un nouvel avatar, non plus religieux (sauf aux Etats-Unis dans les sectes protestantes) mais idéologisé (nous dirions aujourd’hui le politiquement correct). Cette conscience s’oppose aux idéaux de puissance de la techno-science européenne comme l’attestent les idées de Horkheimer, Adorno et Habermas qui percevaient en elle un « néo-fascisme ».

D1Dy8PeWkAETZ7M.jpg

Dans ce même contexte de la dissociation, l’inconscient pré-néolithique va innerver 1) la conscience moderne, lui donner une vitalité, comme Faye l’explicitera dans son ouvrage intitulé L’archéofuturisme, car son archéofuturisme est effectivement une forme de vitalisme, inspirée par ailleurs par le philosophe espagnol José Ortega y Gasset qui parlait, lui, de « constructivisme vitaliste » ; 2) la conscience occidentale de masse à laquelle cet inconscient pré-néolithique apportera un néo-primitivisme, héritier de la mentalité hippy et de certaines sectes californiennes dites du « New Age ». Parmi les impacts du retour de l’inconscient pré-néolithique, il faut ajouter la théorie du nomadisme, revalorisée par Bernard-Henri Lévy et Jacques Attali qui s’en serviront pour étayer leur version de la modernité et du libéralisme occidental. Le pré-néolithique est effectivement nomade, relève de la chasse et de la cueillette. Le nomadisme de la conscience moderne, en ce qu’elle a de positif et d’européen, est, lui, un nomadisme abstrait : il implique la désinstallation volontaire par esprit d’aventure, que Faye appelle la « désinstallation aventureuse », celle des pionniers, des explorateurs, des soldats de fortune, etc. Le nomadisme dans la « conscience occidentale de masse » est, quant à lui, un nomadisme marchand cosmopolite ou un nomadisme forcé, notamment dans l’immigration de masse. Ce nomadisme forcé et/ou cosmopolite est l’idéal de Lévy et d’Attali. Ce nomadisme forcé a aussi pour caractéristique d’être créé de toutes pièces pour parfaire l’aspiration pathologique à l’abstraction que véhiculent les Lumières depuis leur avènement dans la pensée européenne : ce nomadisme vise donc l’effacement de tous les ancrages, le déracinement général, la désinstallation déracinante, non seulement dans le phénomène des migrations sud-nord mais aussi dans la répartition des populations autochtones (en Europe comme en Afrique) qui ont connu ou connaissent l’exode rural vers les villes puis l’exode des migrants urbains vers les petites villes et les villages (le néo-ruralisme que connait la France aujourd’hui). Le nomadisme de la conscience occidentale de masse implique l’avènement fabriqué d’une errance généralisée, perpétuellement chantée comme un idéal indépassable par l’idéologie médiatique.

Ainsi se construit la Cosmopolis occidentale, qui fait de l’Occident un « non lieu », sans ancrage, sans racines. En Allemagne, Hans-Dieter Sander appelait cela l’Entortung. Le projet planétaire de Cosmopolis et de l’Entortung vise la disparition de tout oikos, de tout espace centré sur lui-même, administré et géré par une communauté d’hommes enracinés. La disparition de tout oikos implique la mort de toute économie réelle (oikos/nomos) puisque tout sera dé-territorialisé et dé-contextualisé, selon les vœux mêmes de Madame Thatcher qui affirmait péremptoirement et à tour de bras : « There is no society ». Nous subissons les effets de cette affirmation répétée à satiété aujourd’hui dans tous les pays européens. Faye voyait toutefois des résistances en Europe méditerranéenne (comme Ernst Jünger avant lui), en Grèce par l’église orthodoxe, en Europe centrale et orientale avant la chute du Rideau de Fer. Mais un danger sournois guettait les résistances, celui de la folklorisation. Les résidus de nos enracinements se voyaient « folklorisés » (exemple : la télévision au Pays Basque était heureuse de pouvoir passer les feuilletons américains comme Dallas en langue basque !).

snapshotGFTVL3.jpg

Guillaume Faye lors de sa dernière internvention à TV-Libertés (Paris).

L’archéofuturisme constitue donc un système de pensée, et Faye, sur base de très nombreuses lectures, en indique les fondements, sur lesquels devront bâtir les générations futures. Il s’agit donc, d’une part, de préserver les réflexes mentaux grecs et romains du paganisme antique, tant dans ses aspects mythologiques (Iliade) que philosophiques (Platon, Aristote), les réflexes celtiques, germaniques et slaves que nous connaissons encore par la mythologie ; d’autre part, de tabler sur le vitalisme de ces antiques vertus et de ne retenir du nomadisme pré-néolithique que la propension à l’aventureux. Pour le reste, vu le changement d’échelle entre la polis grecque, l’empire romain et les aires civilisationnelles actuelles, il convient de penser l’indépendance énergétique, l’autarcie économique et la puissance militaire à des niveaux désormais continentaux (comme le voulait aussi Jean Thiriart). La première conférence de Faye, à laquelle j’ai assisté à Lille en 1975, évoquait l’indépendance énergétique de l’Europe, sujet de la plus brûlante actualité, aujourd’hui en 2022 ! Faye en ce sens était un futuriste disciple de Clausewitz. Pour Clausewitz, en effet, qui raisonnait essentiellement sur base de l’adage romain « Si vis pacem, para bellum », l’autarcie énergétique et alimentaire, l’excellence du tissu industriel, la production de biens techniques de la plus haute qualité étaient autant de garantes de l’indépendance politique. Clausewitz raisonnait au départ de l’Etat prussien, anticipait peut-être une Allemagne étendue à l’espace du Zollverein : deux siècles après lui, il convient de penser le « grand espace » (Carl Schmitt) sur base des mêmes atouts autarciques. Faye, dans sa vision grand-spatiale (Russie/Sibérie comprises), était également tributaire des écrits de l’économiste François Perroux (auteur d’un ouvrage remarqué sur l’indépendance nationale au temps du De Gaulle anti-américain des années 1960). Perroux avait théorisé l’idée d’un grand continent pour l’Amérique latine et avait préconisé l’autarcie énergétique, visée par le programme nucléaire de la France de De Gaulle. Ensuite, la création d’un grand espace euro-russe et donc euro-sibérien, en lequel les enracinements seraient protégés, encouragés et préservés, nécessitait l’organisation d’un système de communications rapides et terrestres (à l’abri des flottes anglo-saxonnes). Faye était fasciné par les projets ferroviaires : l’aérotrain Paris-Orléans, projet avorté de la France de De Gaulle, la Breitspurbahn de l’Allemagne national-socialiste qui devait joindre Berlin à Téhéran, la réalisation soviétique Baïkal-Amur-Magistral. Il aurait approuvé les projets de la nouvelle route de la soie de Xi Jinping, le « Belt & Road Initiative ». En annexe de son ouvrage sur l’archéofuturisme, on trouve une petite nouvelle, traduite désormais en allemand, qui met en exergue sa vision archéofuturiste de l’avenir : des communautés bretonnes enracinées, capables de produire une musique originale d’inspiration celtique et d’organiser une économie vivrière en terre armoricaine ; une instance impériale qui arbitre les différends surgissant entre communautés enracinées, représentée par le Commissaire Oblomov ; des pôles civilisationnels autarciques et séparés qui met succinctement en relief les conversations entre Oblomov et la jeune représentante de l’aire indienne ; une technologie de haut vol avec un système de train ou d’hyperloop qui permet de voyager ultra-rapidement entre la Bretagne et l’Ile de Sakhaline dans le Pacifique.

L’idéologie archéofuturiste qui devrait logiquement découler de la pensée laissée en jachère par ce cher Guillaume Faye est un chemin difficile : car, en apparence, des continents de la pensée très différents les uns des autres sont appelés à s’entremêler dans une pensée restauratrice du politique, de la double idée de puissance et d’autarcie. Elle est toutefois l’antidote parfait à l’idéologie dominante de l’Occident américano-centré. Elle entend préserver les racines, appelle l’autarcie et donc l’indépendance européenne et russe, refuse les désignations d’ennemis que véhicule les médias inspirés par les boites à penser américaines, rejette l’anti-technicisme des Verts, désormais meilleurs alliés de Washington. Une œuvre à traduire et à diffuser le plus largement possible.

22453921052.jpg

Que lire pour comprendre le concept d’archéofuturisme chez Guillaume Faye?

  • GF, Europe et modernité, Eurograf, Méry/Lüttich, 1985.

Sur l’échec de la première modernité, qui a véhiculé un eudémonisme incapacitant qui empêche de gérer correctement les innovations scientifiques et techniques qui contredisent ses postulats ; sur les notions d’enracinement et de « désinstallation ».

  • GF, L’Occident comme déclin, Agir pour l’Europe, Embourg/Lüttich, 1985.

Sur l’avènement de la Cosmopolis occidentale, où tout est Entortung et où le christianisme, en ultime instance, n’a pas fortifié la conscience religieuse mais a généré un athéisme laïcisé, pratiquant, sans Dieu, les travers du christianisme tels que Nietzsche les a définis ; sur l’avènement d’Antipolis, la cité qui refuse le politique, au sens où l’entendaient Carl Schmitt et Julien Freund ; Faye annonce non pas la fin de l’histoire, comme le fera Fukuyama quelques années plus tard, mais la « métamorphose de l’histoire ».

  • Guillaume Faye, Les nouveaux enjeux idéologiques, Le Labyrinthe, Paris, 1985.

Sur l’esprit faustien comme « tradition européenne » ; sur la technique moderne comme expression de l’identité européenne.

  • Guillaume Faye, L’archéofuturisme, L’AEncre, Paris, 1998 /Archeofuturism – European Visions of a Post-Catastrophic Age, Arktos, London, 2010.

Définition complète de l’archéofuturisme comme constructivisme vitaliste, seule réponse possible à la convergence des catastrophes qui s’annonce en Europe ; Faye y définit l’essence de l’archaïsme et l’essence du futurisme, deux essences qui doivent se coaguler pour former la grande synthèse nouvelle, qui est aussi l’alliance de l’apollinien et du dionysiaque ; panorama des applications pratiques induites par la nouvelle synthèse archéofuturiste ; Faye présente son idée d’économie à deux vitesses, face à l’effondrement de l’économie néo-globale.

  • Guillaume Faye, Avant-Guerre – Chronique d’un cataclysme annoncé, L’AEncre, Paris, 2002 / Prelude to War – Chronicle of the Coming Cataclysm, Arktos, London, 2021.

Lire surtout le chapitre 19 sur la pensée vitaliste contre la pensée dégénérée, complément de lecture indispensable pour saisir ce que Faye entend par « constructivisme vitaliste ».

  • Michael O’Meara, Guillaume Faye and the Battle of Europe, Arktos, London, 2013.

mardi, 19 avril 2022

Ancestrale et révolutionnaire. La nouvelle Europe selon Guillaume Faye

dei-potenza-faye.jpg

En français, l'article en hommage à Guillaume Faye paru le 16 avril 2022 dans le quotidien italien Il Giornale !

Ancestrale et révolutionnaire. La nouvelle Europe selon Guillaume Faye

Plus cité que lu, loin de la gauche et de la droite, l'auteur français Guillaume Faye a proposé des scénarios audacieux

Luigi Iannone

Source: https://www.ilgiornale.it/news/spettacoli/ancestrale-e-rivoluzionaria-nuova-europa-secondo-faye-2026856.html

Guillaume Faye (1949-2019), intellectuel excentrique, à la production magmatique et presque indéfinissable, est autant cité que peu lu, notamment en raison de la rareté des traductions italiennes. À l'exception du Système à tuer les peuples et Archéofuturisme, il y a très peu de choses à trouver. Adriano Scianca tente de combler cette lacune en rassemblant les essais, articles et interviews les plus significatifs de ces quarante dernières années dans Dei e potenza (Altaforte Edizioni, p. 290, euro 17).

ebookwcom000000002198fa.png

Deux livres de Faye traduits en italien et parus dans la collection "Sinergie" des Editions Barbarossa de Milan.

Bien que ses intérêts tournent autour de thèmes et de références issus du monde identitaire (critique de la société de consommation et de l'occidentalisme, nationalisme continental, révolution conservatrice, Nietzsche, mythe indo-européen, paganisme, question de la technologie), le premier tournant de Faye est sa rupture avec la nouvelle droite. Des divertissements ininterrompus l'ont même conduit à entrer dans le monde du show-business, en tant qu'animateur d'une émission de radio humoristique et, de son propre aveu, en tant qu'acteur dans un film porno. Une fois cette phase également passée, il a repris avec vigueur son activité de conférencier et d'écrivain jusqu'aux derniers mois de sa vie, marqués par un cancer.

faye.jpgLe Système à tuer les peuples, un livre publié en 1981, représente le mieux la partie destructive de sa pensée. Il cloue au pilori la société globale, ses représentations massives et unificatrices et l'idéologie égalitaire occidentale structurée comme un véritable système, bien que le récit général tente de nous dire autre chose : "L'opinion publique est l'alibi. Le Système l'utilise pour démontrer à quel point il est démocratique, comment il est basé sur le consensus et l'assentiment général". Sous couvert d'un cosmopolitisme tolérant, nous assisterions en fait à la destruction de toute spécificité et à l'affirmation d'une idéologie mondiale "qui arpente les couloirs des institutions internationales et s'exprime dans les programmes de tous les partis politiques importants de la planète".

Avec L'archéofuturisme, Faye fait un pas en avant et tente de trouver une issue. L'idée est de combiner les valeurs médiévales (archaïques), des concepts tels que la hiérarchie et la virilité, avec le progrès scientifique; les archétypes avec le prométhéisme technologique. Une telle démarche serait possible pour deux raisons que l'on peut déduire des pages mêmes de Dei e Potenza: la reconquête de l'Europe par un conflit aux proportions énormes qui devra impliquer tout le continent, et la renaissance de la figure du révolutionnaire.

DEI-E-POTENZA_DEF.png

Selon Faye, la modernité touche à sa fin et avec elle ses fétiches libéraux et humanitaires. Notre époque ne s'achèverait pas avec la civilisation libérale dirigée par un État universel, le village planétaire prophétisé par MacLuhan, mais ouvrirait plutôt une phase où les peuples et les identités ethniques seraient en compétition: "Les peuples vainqueurs seront ceux qui resteront fidèles ou reviendront aux valeurs et aux réalités ancestrales - qui sont culturelles, éthiques, sociales et spirituelles - et qui, en même temps, domineront la technoscience. Le XXIe siècle sera le siècle où la civilisation européenne, à la fois prométhéenne et tragique, se métamorphosera ou se dirigera vers un déclin irrémédiable. Ce serait alors le moment de reprendre les anciennes valeurs, sans toutefois chercher à les réintroduire à la lettre, car elles ont été modifiées au cours des siècles, et cela pourrait se faire sous le double signe de Mars, le dieu de la guerre, et d'Héphaïstos, le dieu qui forge les épées, le seigneur de la technologie des feux chtoniens.

Et voici l'autre point. Pour Faye, l'idée de révolution, abandonnée par les intellectuels progressistes qui sont désormais réduits à des gardiens du pouvoir, ne serait même pas celle avancée par les intellectuels de droite dont les actions semblent toujours se terminer par des poses esthétiques. La figure du rebelle, plus ou moins sur le modèle de Dominique Venner, qui s'est suicidé dans la cathédrale Notre-Dame en 2013, leur semble inutile. Ce rebelle-là aspire à être une minorité, perdue dans le rêve littéraire, comblée par l'auto-exil et jamais prête à se battre. Des intellectuels comme Cioran, Debord ou Baudrillard (qu'il définit comme des "rebelles pessimistes"), ou comme Céline, Jean Mabire et Venner ("rebelles joyeux") reculeraient devant l'idée malsaine qu'ils n'ont qu'à semer.

006724613.jpgFaye les assimile à des simulateurs de dissidence, fonctionnels à un néo-totalitarisme qui a besoin de ces faux concurrents et les nourrit presque. C'est pourquoi il espère l'entrée en scène du révolutionnaire qui - contrairement au rebelle - considère les idées comme des moyens et non comme des fins, qui n'ont donc de véracité que si elles sont subordonnées à leur efficacité. Et sur le terrain, il n'identifie que deux projets révolutionnaires, tous deux archéo-futuristes mais incompatibles: celui des musulmans (le "partisan" sans frontières, pour citer Schmitt) qui vise la conquête planétaire et avec le même rôle que le révolutionnaire marxiste du 20ème siècle, et celui qui œuvre pour la reconquête européenne.

En fin de compte, même dans un cadre analytique riche en stimuli et en provocations, certains nœuds non résolus demeurent. Tout d'abord, on ne voit pas comment il est possible de concilier, dans l'ordinaire le plus banal de nos vies, des instances archétypales, des valeurs qui ont été dépassées et le prométhéisme de la civilisation technique. Deuxièmement, pourquoi une société globale et massifiée qui s'est abandonnée à la conformité devrait-elle soudainement se retourner ? Et enfin : d'où doit venir cette nouvelle figure de révolutionnaire ?

samedi, 19 mars 2022

"Dieux et pouvoir" de Guillaume Faye: esprit et technique pour la renaissance européenne

DEI-E-POTENZA_DEF.png

"Dieux et pouvoir" de Guillaume Faye: esprit et technique pour la renaissance européenne

par Giorgio Nigra

SOURCE : https://www.ilprimatonazionale.it/cultura/ecco-dei-e-potenza-di-guillaume-faye-spirito-e-tecnica-per-la-rinascita-europea-227365/

Guillaume Faye (1949-2019), l'écrivain et polémiste français décédé il y a trois ans, est surtout connu du public identitaire italien pour avoir créé le terme d'archéo-futurisme : une expression au charme incontestable, entrée de force dans le langage courant de tout un espace politique, même si le livre correspondant, paru à la fin des années 90, a certainement été plus cité que lu. Mais ceux qui ont quelques années de plus, ou simplement une plus grande passion pour l'histoire des idées, se souviendront aussi de sa "vie antérieure", lorsqu'il incarnait le courant faustien et prométhéen de la nouvelle droite, même s'il rejetait fermement cette étiquette. À l'époque (nous parlons d'une période allant du milieu des années 1970 au milieu des années 1980), plusieurs des écrits de Faye ont été publiés dans les journaux de la nouvelle droite italienne, en plus de son œuvre la plus importante de cette époque, Le système à tuer les peuples, qui a connu plusieurs éditions.

Guillaume-Faye.jpg

006724613.jpg

image003.jpg

"Dieux et pouvoir", un recueil d'écrits plein de bonnes pistes

Néanmoins, on peut dire que Faye reste à bien des égards méconnu dans notre pays. La plupart du temps on se réfère - pour le louer ou le blâmer, selon les sensibilités - à ses polémiques contre l'Islam ou à quelque formule irréfléchie. La publication par la maison d'éditions Altaforte de Dei e Potenza, un recueil d'écrits et d'entretiens largement inédits de Faye couvrant la période entre 1979 et 2019, est donc particulièrement bienvenue. Quarante années au cours desquelles le monde a profondément changé, mais où Faye lui-même a connu des évolutions souvent désorientantes, avec peut-être, cependant, plus d'éléments de continuité qu'on ne voudrait le faire croire rétrospectivement.

Précédé d'un vaste essai introductif d'Adriano Scianca, qui est également l'éditeur du volume, Dei e Potenza contient de véritables joyaux. C'est le cas, par exemple, des deux critiques de Faye sur les livres païens d'Alain de Benoist, Come si può essere pagani ? (Comment peut-on être païen ?) et L'eclisse del sacro (L'éclipse du sacré), critiques dans lesquelles notre auteur critique le chef de file de la nouvelle droite, cependant sans jamais cesser de faire son éloge. Il ne cesse de lancer des piques à l'auteur des deux essais, qui était alors son compagnon de combat dans les rangs de la nouvelle droite. Ou pensons aux deux longs et denses articles sur la société multiraciale, datant du début des années 1980, dans lesquels on découvre d'une part la clairvoyance de Faye dans la compréhension du danger de l'immigration de masse et d'autre part l'incohérence de la vulgate qui voudrait que notre auteur français ait été immigrationniste jusqu'à la "révélation" des années 1990.

Nous trouvons également un Faye décidé à se confronter au meilleur de la pensée philosophique du vingtième siècle, également pour réfuter cette réputation qu'on lui fit, celle d'être un penseur "pas très sérieux", réputation qui entoure encore notre polémiste français. On lira, en ce sens, ses articles sur Adorno, Baudrillard, mais surtout la dense étude sur Heidegger, auquel un long essai est consacré dans Dei e Potenza sur le "dépassement du christianisme". Sont également intéressants des extraits de certains livres de Faye, encore inédits en italien : Nouveau discours à la nation européenne, Les Nouveaux Enjeux idéologiques, Avant-guerre : chronique d'un cataclysme annoncé ou le surprenant et original Les Extraterrestres de A à Z.

Guillaume Faye et quelques interviews éclairantes

Quant aux textes qui se réfèrent à la deuxième phase de la vie de Faye, celle où l'auteur fait ses adieux à la nouvelle droite et découvre le combat contre l'Islam, les entretiens méritent une attention particulière, comme Les Titans et les Dieux, très long et très intéressant, entièrement consacré au paganisme, mais voir aussi celui sur Nietzsche, tout aussi brillant. Illuminantes, enfin, sont ses considérations sur le sacrifice de Dominique Venner, l'homme qui, dans les années 70, avait amené Faye du Cercle Pareto universitaire au G.R.E.C.E., l'organisation qui deviendra plus tard le moteur de la nouvelle droite. En fin de compte, Dei e Potenza est un échantillon d'écrits et de réponses, émanant d'une longue période de la vie de Faye qui a façonné la pensée nationale-révolutionnaire européenne d'une manière souvent inconnue aujourd'hui des représentants mêmes de ce courant. Et c'est aussi une façon de revenir à ce que nous sommes, à une époque où, malheureusement, cela ne va plus de soi.

Giorgio Nigra.

17:22 Publié dans Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guillaume faye, nouvelle droite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 15 janvier 2022

Contre-culture archéofuturiste

3730fd9623dabf3935909d02ba0579c0.jpg

Contre-culture archéofuturiste

Par Luca Leonello Rimbotti

Source: https://www.centroitalicum.com/controcultura-archeofuturista/

"Polemos", une revue écrite par une poignée de kinésithérapeutes audacieux, habitués à discipliner le corps et l'âme, passionnés par les sons insolents et les idées antagonistes, une mine culturelle à ne pas négliger. Des perspectives archéofuturistes, une volonté de "combiner tradition et techno-science afin de créer une vision du monde alternative à la vision dominante".

L'espace laissé libre par la pensée unique et la dictature des médias est désormais très réduit, il s'amenuise de jour en jour. Il n'y a pratiquement plus de contradicteurs officiels. Tout le monde, un peu plus, un peu moins, se plie en quatre pour exécuter les diktats des médias. Aucune exception. Ceux qui ne se prosternent pas occupent encore quelques coins plus ou moins perdus, aux marges de l'espace public, entre un interstice et un autre, le peu qui échappe au Panopticum du pouvoir usurocratique et qui est immédiatement occupé par l'intelligence, est un élément dialectique en grand danger d'extinction. Cette intelligence doit être agile, élastique, et frapper l'imagination par des bonds en avant. Action envisagée, volonté de graver, clou qui gratte la surface lisse de l'information homologuée, et y laisse gravés des mots insurgés, en forme de runes impressionnistes, d'archaïsme retrouvé. Faire de la contre-culture aujourd'hui, alors que nous vivons dans un régime de conformisme de masse, est une mission spéciale, c'est un positionnement de lutte qui mérite tous les éloges.

Nous savons tous que la politique, comprise comme une participation active à la vie de la communauté, est morte depuis longtemps, tuée par le chantage utilitaire, par la paix sociale imposée par le conformisme passif, par l'ennui inintelligent. Et pourtant, parmi les morts-vivants anéantis par la narcose libérale, quelque chose bouge, quelques ondulations, si l'on regarde bien, agitent la surface de la chape funèbre qui recouvre tout. La démocratie libérale, exaltée par son esprit mercantile et encombrée par le vacarme incommunicatif qui l'intoxique, dans son ignorance structurelle n'entend pas le bourdonnement du contraste qui naît, ici et là, qui se forme, qui prend racine parmi la mousse de la résistance humide et fertile contre le pouvoir ploutocratique nationalisé.

En parcourant un cas symptomatique de culture d'agression et d'opposition, la revue Polemos, rédigée par une poignée de kinésithérapeutes audacieux, habitués à discipliner le corps et l'âme, fans du ton insolent et de l'idée antagoniste, on se rend compte que nous avons entre les mains une mine culturelle non négligeable. Les idées sont lancées comme des éclats d'obus modernes qui illuminent l'horizon sombre du régime, activant des éclairs de lumière qui enchantent quiconque demande la nourriture aigre des lions, au lieu des bouillons d'eunuques que le courant principal télévisuel administre à la plèbe.

045c32229ea65f92df4aecf9a0ed9680.jpg

Ici, messieurs, nous parlons de "perspectives archéofuturistes". La référence est bien sûr au texte de Guillaume Faye, sorti il y a des années comme un marqueur de l'insurrection anti-mondialiste, comme un phare de la théorie et de l'action, un texte qui faisait briller - et brille encore aujourd'hui - les valeurs comme instruments de lutte, les idées comme armes de défense et d'attaque, bonnes à ouvrir la brèche.

Cela fait maintenant plusieurs années, depuis la sortie en 2015 du premier numéro, consacré aux "généalogies du conflit", que Polemos distribue les idées comme la nourriture essentielle d'un Widerstand têtu et absolu en tous points, mobilisant le meilleur de la force du fer qui tourbillonne dans le poing du rebelle, de l'homme qui ne se laisse pas vaincre par la violence qui est dans le nombre, la majorité, la quantité. Et donc de repenser Faye, avec sa proposition libératrice d'engager la bataille au nom de l'archaïsme à venir.

c8257bd4ffef75a9ea265cce3b8dd554.jpg

Le primordial répudié par le progrès revient comme but et finalité futuriste, c'est l'objectif à conquérir pour donner une logique à la vie, un sens à la survie, une force au lendemain. Faye, face à l'hypothèse loin d'être périlleuse d'une prochaine convergence mondiale de toutes les crises (écologiques, économiques, démographiques, sociales, etc.) en une seule grande catastrophe. ) en une seule grande catastrophe d'époque, a suggéré de réactiver une ancienne instrumentation de guerre - pòlemos, précisément - consistant à penser simultanément à l'archaïque et au futuriste, initiant ainsi la dernière phase du conflit général, celle qui doit et qui verra la désintégration de la société mondialiste, sa désintégration orgiaque en mille ruisseaux de destruction, ouvrant des scénarios néo-médiévaux de nouvelle agrégation tribale, clanique et identitaire.

Ce récit fantastique réaliste dissimule la vérité contenue dans le possible. Les territoires libérés par la disparition des idéologies doivent être remplis par les raisons de vivre des peuples. L'avant-garde de ces personnes doit être, à la manière de Spengler, "éveillée", juste assez pour saisir les idées au bon moment, tout comme le maître artisan saisit la hache pour tailler le bois brut et en faire un navire Viking agile. La terribilité du geste est toute dans sa potentialité. C'est l'inexorable, celui que les anciens connaissaient bien, lié au destin, et dont les contemporains, au contraire, dans leur ignorance tronquée du bas empire, ne soupçonnent même pas l'existence.

b0efddbdbe013462864e4b5db7586d76.jpg

L'unification d'Evola et de Marinetti - lit-on dans l'éditorial du dernier numéro de Polemos - doit représenter la volonté d'"unir la tradition et la techno-science afin de donner vie à une vision du monde alternative à la vision dominante". Cette nouvelle et définitive "révolution conservatrice" doit porter en elle une puissance d'agrégation/mobilisation centrée sur des desseins de réanimation des identités, afin d'entrer dans le grand jeu avec la possibilité donnée au grain de sable d'arrêter le mouvement du char. Le discours est exigeant, l'analyse est de celles qui donnent corps à un véritable manifeste politique d'action possible.

Face au "Great Reset" mené par les multinationales bien connues, qui sont à l'œuvre pour numériser le contrôle planétaire et figer la planète en un format unique, phase dont le Covid-19 n'est qu'un des aspects les plus flagrants, face à ce spectacle non plus occulte mais ensoleillé de machination psycho-politique et d'ingénierie sociale, Polemos prend le risque de l'éthique des Arditi, et vise l'attaque plutôt que la défense. Il préfigure la possibilité d'infléchir dans une certaine mesure le changement vers une hétérogénéité positive des fins, en insérant la notion d'une approche alternative à la transformation à venir.

La préparation de l'événement comprend l'établissement d'une forme intérieure adaptée à l'épreuve, l'activation d'une culture de la révolution possible:

"C'est le premier pas vers une perspective historique archéo-futuriste, qui récupère la forma mentis européenne intégrale sans reculer de peur face aux défis inquiétants et énigmatiques posés par la technologie".

C'est pourquoi, d'une certaine manière, il faut des yeux pénétrants, capables de capter les lueurs dans lesquelles peuvent être projetés les faisceaux de lumière de la nouvelle pensée de l'action :

"A partir du moment où l'on accepte l'ouverture du devenir, le risque que constitue le défi historique, alors se déploie aussi la possibilité d'horizons alternatifs, de nouvelles affirmations qui attendent dans l'ombre des grands événements. L'imprévu est au coin de la rue et il ne fonctionne pas nécessairement selon les valeurs dominantes.

Des mesures sont donc prises pour rassembler dans les cultures d'opposition tous les outils qui peuvent être utilisés le plus rapidement possible pour former l'idée qui déclenchera l'action.

En dehors de l'intellectualisme - dans lequel se morfond souvent une impolitique nostalgie de l'ailleurs: souvenez-vous du Mythomodernisme de Stefano Zecchi ? - Avec Polemos, la pensée et la culture deviennent des banques pour la collecte de la volonté active, des réservoirs d'événements et des réserves de l'avenir.

f6ebdf8453c1a8717d403e198ef200d6.jpg

Polemos conçoit le moment présent comme une sonde dans le primordial, pour en extraire des valeurs d'actualité et de lutte, intérieures et extérieures. La réflexion prépare l'action, le champ est ouvert à la vraie et grande révolte des cœurs et des caractères:

"L'excavation dans la pensée antique et la lecture des événements actuels à travers le mythe ne sont pas des exercices intellectuels stériles, mais doivent fournir les axes sémantiques sur lesquels configurer une présence au monde, une action concrète, qui ne se laisse pas influencer par la mono-pensée conformiste".

L'ambition est grande, comme il se doit. Les matériaux idéologiques de rupture adaptés à cette sacro-sainte Hybris se trouvent partout dans les territoires infinis de la culture européenne. Les maîtres de la subversion pluto-quaker ne sont soutenus, en revanche, que par des lambeaux d'inculture maçonnique et cosmopolite.

Dans la meule de la techno-science, le proscripteur jüngerien qui éclaire la réaction reconnaît l'ancien "feu créateur qui brûle depuis des millénaires et qui a fait ses premiers pas avec les peuples indo-européens". Aucune crainte d'être écrasé par le caractère monolithique du gigantisme technocratique, qui déchire les peuples et les nations dans la paralysie générale de toute opposition.

Les jeunes qui mènent la résistance politico-culturelle de Polemos brandissent des instruments archaïques, aiment l'ancestral et le trouvent intégré dans le grand avenir, vers lequel ils regardent avec fermeté et certitude. Parmi eux, il y a ceux qui, comme Francesco Boco, avec l'envergure d'un philosophe heideggerien, ont déjà écrit des mots droits, à la Spengler, sur l'ardente nécessité de récupérer l'identité au bord de l'abîme, et avec elle l'origine. Les peuples doivent retrouver leurs racines, chacun leur origine, qui est la vie, la diversité, la richesse, la noblesse, pour s'opposer au déshonneur de l'amoncellement mondialiste:

"L'origine est alors inépuisable. Elle peut être oubliée, méconnue, remplacée, déformée, mais elle peut toujours réapparaître dans l'histoire en devenir, en régénération. A chaque instant, le projet futur et la richesse vitale du passé sont enfermés dans la décision présente".

51P+VQOH3LL._SX354_BO1,204,203,200_.jpg

Vouloir avoir son mot à dire dans les projets sociobiologiques du futur, dans les événements liés aux biotechnologies, opposer des arguments et une force mentale à la dictature sanitaire-numérique qui prépare l'assaut final pour désintégrer les peuples; essayer de s'inscrire dans la dynamique de la domination oligarchique internationaliste; persister à vouloir comprendre si le mondialisme est un rocher ou une poupée gonflable: tout cela engage les extrémistes du conflit créatif à considérer la destruction programmée de l'Europe comme quelque chose de plus qu'un drame d'époque, quelque chose de mieux, c'est-à-dire une opportunité. Puisque le mouvement crée la possibilité, c'est dans le mouvement et le bouleversement que le choix de la minorité radicale identifie l'éclair de la possibilité.

Ces collecteurs rebelles d'idées contradictoires, tout comme un autre des rédacteurs de Polemos, Andrea Anselmo, se souviennent volontiers que Jünger suggérait "d'utiliser à leurs propres fins même les dynamiques les plus paroxystiques de la contemporanéité et de les plier pour créer des espaces d'autonomie et de liberté". La liberté de croire, d'agir, de faire enfin bouger les terribles ailes du célèbre papillon confucéen.

 

1 Francesco Boco, La catastrofe dell'Europa. Saggio sul destino storico del Vecchio Continente, Éd. Idrovolante, 2018, p. 130.

La catastrofe dell’Europa

L’occidentalizzazione del mondo che ha accelerato il proprio avanzamento nei primi anni del XX secolo conosce uno sviluppo tale da fagocitare ogni cultura e ogni storia. Oggi però alcune nazioni consapevoli e gelose della propria bio-specificità cercano di tenere testa a un processo che da più parti viene presentato come ineluttabile e irreversibile.

Nel momento in cui risulta sempre più evidente che gli attori della storia mondiale sono le civiltà o i grandi agglomerati continentali, l’Europa sembra collocarsi ai margini degli eventi, in posizione di soggezione.
L’intero Mediterraneo è attraversato da guerre, rivolte, instabilità, crisi e flussi immigratori che sembrano senza precedenti ed è chiaro che tutto ciò finisce col riflettersi sul Vecchio Continente. L’incapacità dell’Europa di spezzare tutti i condizionamenti esterni dipende da un vuoto ontologico che si è andato approfondendo nel corso della sua storia. Offuscato e smarrito il legame con il suo essere autentico, l’Europa si è allontanata da se stessa divenendo qualcos’altro. Il destino storico però è fatto dalle decisioni degli uomini e niente è fissato una volta per sempre. Tutto è ancora possibile.

L’Europa è il passato?
Più precisamente, è un passato, che ci corre incontro dall’avvenire come uno dei destini possibili che si aprono alla nostra scelta storica.
Anzi, in realtà è proprio quello della scelta storica, perché in che altro consiste la specificità europea se non in una scelta-per-la-Storia, rispetto alle culture astoriche, le culture che ne sono state semplicemente preda, e soprattutto il Sistema che oggi vuole la sua fine, in vista di un Brave New World volto a porre l’ultima parola sull’avventura umana?

dalla postfazione di Stefano Vaj

 

vendredi, 07 janvier 2022

Guillaume Faye et la vision de l'archéofuturisme

guillaume_faye_par_claude_truong-ngoc.jpg

Guillaume Faye et la vision de l'archéofuturisme (I)

par Adriano Erriguel

Source: https://posmodernia.com/guillaume-faye-y-la-vision-del-arqueofuturismo-i/

Des temps nouveaux, des temps sauvages.

L'avenir est un pays étrange : les choses s'y font différemment. Cette phrase - inspirée d'un célèbre roman - est plus vraie aujourd'hui que jamais [1].

Juin 1914 

Juin 1914, le dernier été de la Belle Époque. Une ère de science et de progrès. À Aulnay-sous-Bois, charmant village des environs de Paris, un groupe de jeunes aristocrates et bourgeois désœuvrés - la "jeunesse dorée" de l'époque - s'adonne à un passe-temps à la mode : la consultation d'une voyante. Que sera ce lieu - ce café, cette petite place paisible - dans vingt-cinq, cinquante ou cent ans ? 

La voyante, dont la réputation repose sur le fait de ne pas garder pour elle les choses désagréables, est à la hauteur de sa réputation. Dans trois ans, il ne restera qu'un squelette de l'une des personnes présentes, à cinq mètres sous terre dans la campagne de Verdun. Un début peu prometteur. Les visions se succèdent les unes après les autres. Dans quinze ans (1930), tout le monde semble heureux : il y a une danse sur la place et des modèles de voitures inconnus envahissent le terrain. Dix ans plus tard (1940), une grande colonne de réfugiés semble traverser l'endroit. En juin 1964 - cinquante ans après les retrouvailles insouciantes - les choses semblent avoir changé : les anciennes maisons ont été démolies et de gigantesques blocs de béton - des masses grises en forme de cube avec une multitude de trous - sont érigés à leur place. 

A partir de là, les visions deviennent plus étranges. En juin 2014 - cent ans après la rencontre - une mosquée a été érigée sur le site du café. Les femmes portent un foulard ou se couvrent le visage d'un tissu noir, au milieu de nuées d'enfants à la peau sombre. À proximité se trouve un bâtiment ressemblant à un marché, dont les fenêtres sont brisées, comme s'il avait été pillé. Il y a des hululements, comme des sirènes d'alarme. ....       

"Une mosquée, des femmes voilées, vous parlez de la France ou des colonies ? ". - s'exclame l'un des jeunes hommes présents. Définitivement, l'humeur du groupe semble être ruinée. 

Juin 2114, deux cents ans plus tard. Le soleil brille au milieu du murmure des oiseaux. La végétation s'élève au-dessus de ce qui semble être d'immenses ruines. Sur ce qui devait être la petite place d'Aulnay-sous-Bois se dressent des habitations rudimentaires, une sorte de bicoque faite de bois et de tôle. Des groupes bruyants de personnes à la peau très foncée prennent racine parmi eux.

"Sont-ils... noirs ?" demande l'une des femmes présentes.

"Oui, Madame la Vicomtesse ; ils sont noirs".   

C'est le début du livre "Archéofuturisme 2.0", de l'écrivain et théoricien français Guillaume Faye.  Un damné parmi les damnés, dans une "famille" de pensée déjà damnée. 

61ZV+xJIBqL.jpg

Total sinistre 

Le monde moderne ressemble à un train de munitions fonçant dans le brouillard par une nuit sans lune, toutes lumières éteintes.

ROBERT ARDREY

Dans la pensée critique, anticiper l'avenir est toujours la chose la plus risquée à faire: soit vous vous ridiculisez, soit vous gagnez l'aura d'un prophète, généralement à titre posthume. Pour éviter ce risque, les écrivains visionnaires se réfugient dans les domaines permissifs de la science-fiction. Georges Orwell (1984), Aldous Huxley (Brave New World) et Ray Bradbury (Fahrenheit 451) en sont les exemples les plus marquants. Qu'il s'agisse d'essai ou de fiction, notre époque est propice à de tels exercices. Quels sont les scénarios récurrents?

D'une part, l'invasion de la technologie dans toutes les sphères de la vie laisse entrevoir un futur transhumaniste, définitivement géré, régulé par des algorithmes prédictifs, gouverné par un dôme de contrôle des big data. D'autre part, les prévisions sur le changement climatique ont donné naissance à la collapsologie: une "science de l'effondrement" aux accents apocalyptiques. Pour compléter le tableau, la crainte que le capitalisme ne dépasse les limites physiques de la planète a conduit certains à envisager un avenir post-capitaliste. Ici, les cauchemars dystopiques des uns - une planète dévastée, gouvernée par une élite extractive - alternent avec les désirs utopiques des autres : un "écosocialisme" aux accents moralisateurs, ou - dans les cas d'optimisme aigu - un scénario d'automatisation totale, de transhumanisme émancipateur et de revenu de base universel ; un "communisme de luxe", en somme [2]. Dans ce contexte varié, où se situe l'œuvre de Guillaume Faye ? 

Guillaume Faye est connu pour son idée d'"archéofuturisme", qui est souvent catégorisé comme "une utopie d'extrême droite". Cependant, il est très difficile de considérer le monde décrit par Faye comme une "utopie". Aucune personne saine d'esprit - aussi extrémiste de droite soit-elle - ne voudrait connaître un tel monde. Les visions de Faye ne sont pas faites pour les peureux, et elles ne sont pas à prendre à la légère. Il s'agit en fait d'une dystopie carrément sinistre qui, si l'on devait noter l'échelle apocalyptique sur une échelle de un à dix, serait un vingt ou un trente. Mais l'approche de Faye n'est ni pessimiste ni optimiste. Son point de vue est celui de l'accélérationnisme, qui signifie en termes vulgaires "le pire, le meilleur". L'accélérationniste part du principe que, lorsqu'une situation est pourrie, il est préférable qu'elle explose le plus rapidement possible. Une ligne d'argumentation - celle des accélérationnistes - qui suscite la méfiance.

Guillaume-Faye-in-a-friends-gallery-in-Paris..jpg

La position de Faye n'est-elle pas une forme de millénarisme, un aveu d'impuissance ? Pour l'essayiste français Romain D'Aspremont, l'attitude de Faye dénote "l'impuissance de l'homme de droite qui déteste tellement ce monde - l'image de sa défaite perpétuelle - qu'il a le fantasme de sa destruction apocalyptique, d'une sorte de déluge universel qui balayerait la civilisation de gauche de la surface de la terre, lui permettant de faire triompher son programme réactionnaire" [3]. Une explication psychologique qui semble plausible. Suffisant pour nous faire oublier Faye ?

En fait, lorsqu'un prophète a raison une fois, cela peut être une coïncidence, mais lorsqu'il a raison plusieurs fois, cela peut nous faire réfléchir. Guillaume Faye a publié son livre "Archéofuturisme" en 1999, dans l'intervalle optimiste de la "mondialisation heureuse". Deux ans plus tard, les attentats du 11 septembre (2001) ont eu lieu ; 2008 a vu la crise financière mondiale ; en 2015, une crise migratoire sans précédent a éclaté ; dans le même temps, la montée du populisme a commencé à récupérer des valeurs "fortes" dans un contexte marqué par le conflit entre l'Islam et l'Occident, par un retour de la géopolitique et par un retour du leadership charismatique. Au cours de ces années, les preuves du changement climatique se sont accentuées et, en 2020, la pandémie de COVID a éclaté. D'une manière ou d'une autre, tous ces phénomènes avaient été prédits par Guillaume Faye depuis les années 1990. Mis en perspective : qui s'est avéré être le meilleur prophète, Guillaume Faye ou Fukuyama ?  

Le cœur des ténèbres

Penseur "culte", à l'écart des modes et du grand public, Guillaume Faye est, depuis les années 1970, une référence pour le monde intellectuel que l'on a appelé la "Nouvelle Droite" française. Faye était un penseur aux intuitions fulgurantes, aux idées chocs dans lesquelles il alliait la provocation et un certain caractère prémonitoire. Favorisée par une indéniable accroche personnelle - un dandy à la française - Faye combine le sens de la formule, un don d'éloquence et une large formation intellectuelle. Mais comme cela arrive parfois, une surabondance de cadeaux peut être une malédiction. Il est difficile de savoir ce qui lui est arrivé, peut-être a-t-il été victime de son désintérêt pour "faire carrière", ou peut-être a-t-il appliqué à la lettre la maxime de William Blake - "le chemin de l'excès mène au temple de la sagesse" - et en a-t-il fait trop. Quoi qu'il en soit, dans les années 1980, il a quitté la Nouvelle Droite - qu'il avait modulée de manière décisive - et s'est lancé dans diverses activités. Il était animateur sur la radio Skyrock, où il est devenu populaire pour ses farces outrancières (canulars, en français) basées sur des fake news (précurseurs des fake news actuelles) et des imitations irrévérencieuses [4].

gfsky.jpg

Il était également scénariste comique et - à l'en croire - acteur porno occasionnel, mais on ne sait jamais ; sa facette situationniste l'a conduit vers le théâtre et la farce. À la fin des années 1990, il est revenu à l'écriture politique et l'a fait sans gants de velours ; l'un de ses livres a été condamné par une décision de justice. Aujourd'hui, il est plus facile de le lire en anglais. Ses anciens camarades de la Nouvelle Droite prétendaient qu'il était devenu fou (comme une sorte de Kurtz dans Au cœur des ténèbres). Ses proches ont dit qu'il n'était pas un intellectuel typique, mais ce que les Français appellent un éveilleur, ce qui se traduit en anglais par awakener et en espagnol par quelque chose comme un "réveilleur" ou un "gardien". Le terme le plus approprié est peut-être celui d'"inspirateur".  

"Les inspirateurs, écrit un ami de Faye, sont des hommes qui viennent d'un monde immuable, immanent et permanent, d'une sorte d'"autre monde" parallèle au nôtre, et qui ont une mission à accomplir. Ces hommes n'ont d'autre souci que de transmettre leur savoir et leur énergie, toute leur vie est consacrée à cette transmission (...) Un inspirateur est un réaliste, même s'il peut apparaître comme un mystique. Il est normalement un homme simple et modeste, il n'est pas vaniteux et ne souffre pas de narcissisme ou d'un ego démesuré" [5]. Quelle mission Guillaume Faye s'est-il fixé ? Sans doute celui de secouer, de bousculer, de faire honte aux consciences de ses compatriotes européens ; celui de dénoncer la maladie de l'âme qui ronge leur civilisation. Peut-être pour les préparer à quelque chose.

Malheureusement, de nombreuses intuitions de Faye sont trop bien adaptées au climat vital - au Zeitgeist - de notre époque : comme dans le film "A Clockwork Orange", Faye nous oblige à garder les paupières ouvertes sur des choses que nous préférerions ne pas voir. 

Les prophéties de Corvus

In girum imus nocte et consumimur igni [6]

Attribué à VIRGIL

Le livre le plus proprement "prophétique" de Faye s'intitule "La convergence des catastrophes", et a été publié en 2004 sous un pseudonyme inquiétant (Guillaume Corvus) [7]. Dans le sillage du mathématicien René Thom - spécialiste des effondrements systémiques - Faye a mis en garde contre la conjonction d'une série de lignes dramatiques qui couvaient depuis longtemps, et qui aboutiront à une rupture décisive dans l'histoire humaine. Quelque chose de dix fois plus terrible que la chute de l'Empire romain. 

71aoo964AVL.jpg

Guillaume Faye prend la question du changement climatique très au sérieux, même si, selon lui, ce n'est pas la seule catastrophe qui se profile à l'horizon, ni même la plus grave. L'explosion d'une économie financière fondée sur l'endettement marquera, selon lui, l'effondrement de la mondialisation, ainsi qu'une récession économique sans précédent à laquelle s'ajoutera une escalade de crises parallèles : le retour des épidémies à l'échelle mondiale, la crise énergétique et la raréfaction des combustibles fossiles, l'insuffisance des ressources agricoles et halieutiques, les crises migratoires de grande ampleur, la montée des nationalismes, la prolifération du terrorisme, le déclenchement de conflits armés - peut-être nucléaires - et une inimitié croissante entre l'Islam et l'Occident. En Europe, les perspectives sont particulièrement sombres : une population dramatiquement vieillissante facilitera une invasion migratoire qui débouchera - pour le dire crûment et simplement - sur une série de guerres civiles raciales sur le continent. Contrairement aux collapsologues qui se concentrent sur le changement climatique et l'épuisement des ressources énergétiques, Faye considère les conflits ethniques comme l'un des principaux scénarios d'effondrement. Principalement en Europe.  

Une guerre civile raciale ? Le paradigme du "métissage universel" et du "citoyen du monde", selon Faye, ne verra jamais le jour. L'avenir sera celui d'une géopolitique faite de blocs ethniques se disputant les terres, les mers et les ressources rares de la planète. L'Europe péninsulaire est un morceau convoité par les Etats-Unis, mais aussi par le Sud, sous la bannière de l'Islam. Les jeunes issus de l'immigration ne soutiendront pas les progressistes qui leur ouvrent aujourd'hui la porte - vaine illusion de la "belle gauche" - mais les partis confessionnels de leur propre camp. Le choc des civilisations (prédit par Huntington) aura lieu au sein de l'Europe : une catastrophe bien plus grande que tous les fléaux et les guerres qu'elle a connus jusqu'à présent.        

Il y a des petits détails chez Faye qui surprennent parfois ; comme le fait qu'en 2002, il avait prédit une vague de camions-kamikazes dans les villes européennes, et avait recommandé de placer des cairns dans les zones fréquentées (une mesure généralisée depuis 2016). À cheval entre l'essai et le roman d'anticipation, Faye déroule son catalogue particulier d'horreurs : gazage de tunnels de métro, déraillement de trains à grande vitesse, attaques d'installations électriques, attaques d'aéroports avec des dards portables, bombes radiologiques dans les capitales, cyber-attaques... tous les scénarios de l'apocalypse, du macro-terrorisme sans explosifs au terrorisme avec objets incendiaires, en passant par les attaques avec des moyens balistiques, les avions suicides et le giga-terrorisme nucléaire. Qui oserait aujourd'hui dire qu'aucun de ces scénarios n'est possible? 

La grande rupture, selon Faye, ne se produira pas brusquement, mais sera une réaction en chaîne de plusieurs années. Dans un exercice d'anticipation risqué, Faye propose plusieurs scénarios alternatifs. Dans le plus dur des cas, il prévoit une contraction démographique mondiale, une régression technologique brutale et une économie de subsistance en dehors des villes (qui disparaissent pour l'essentiel). Il y aura alors une coexistence de "niveaux de civilisation": un retour au néolithique dans une grande partie du monde, un retour à une sorte de haut Moyen Âge (scénario européen) et la persistance de quelques "îlots de civilisation", avec une technologie proche de celle du début du XXe siècle. Ce scénario "Mad Max" aboutit à une stabilisation de plusieurs centaines de millions d'habitants sur la planète ; l'humanité est confirmée comme une "variante ajustable" dans la transition d'un système non viable à un système viable. Une conclusion qui n'est pas sans rappeler la célèbre "hypothèse Gaia", mais sans la dimension mystique et les artifices du New Age.

Comme le dirait Lénine, que faire ?

7178A7kd0hL.jpg

L'ère du citoyen-soldat 

Ce qui est intéressant chez Guillaume Faye, ce n'est pas le péplum apocalyptique qu'il propose, mais les petits caractères qui l'entourent. Son point fort réside dans la dénonciation des maux qui, selon lui, rongent la civilisation européenne - vieillissement, ethnomasochisme, migration de repeuplement, dissolution de son tissu social, entre autres - et la laissent sans défense face aux épreuves à venir. Parmi les scénarios qu'il traite, celui de la guerre se détache : guerre des rues, guerre civile ethnique, guerre terroriste généralisée, guerre des civilisations, conflits nucléaires peut-être... Illusions d'un extrémiste de droite éclairé ? On pourrait le voir comme tel. Mais en soulevant toutes ces questions, il ne faisait qu'anticiper un état d'esprit qui allait se répandre dans les décennies à venir.     

France, avril 2021. Une vingtaine de généraux à la retraite - avec le soutien supposé d'une centaine de commandants en activité - publient une lettre commune dénonçant le communautarisme ethnique, la désintégration progressive du pays et le danger d'une guerre raciale. La réaction du gouvernement et de la presse grand public est prévisible : "discours d'extrême droite visant à attiser la haine". Des sanctions sont annoncées contre les responsables. Un mois plus tard - en mai 2021 - une nouvelle lettre, émanant cette fois de militaires actifs anonymes, réitère qu'"une guerre civile se prépare". Les soldats rappellent leurs sacrifices à l'étranger "pour détruire cet islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol" et annoncent une "période de chaos et de violence" qui "ne viendra pas d'une déclaration militaire mais d'une insurrection civile". Plus de 160.000 signatures soutiennent la lettre. Le scandale politique et médiatique - en France et à l'étranger - est énorme. Le tout dans le contexte d'une controverse nationale déclenchée par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, après avoir assuré que "la France est malade de l'insécurité" et que sa société se dirige vers "l'ensauvagement". Des mots qui, selon les progressistes, "font le jeu de l'extrême droite". Peut-être que certains d'entre eux se sont souvenus de ce qu'un certain Guillaume Faye disait depuis longtemps. Il l'a dit dans des livres tels que "La colonisation de l'Europe" (condamné en 2000 pour "incitation à la haine raciale") et "Avant-guerre : chronique d'un cataclysme annoncé" (2002). Ces livres avaient des années d'avance sur les best-sellers de journalistes réputés tels que Walter Laqueur, Christopher Caldwell et Douglas Murray [8], à une différence près : Faye ne nourrit pas l'illusion que, par une sorte de miracle final, la situation peut être réglée à la satisfaction de tous. Son pronostic est sombre : le problème n'est pas celui de l'"immigration" ou de l'"invasion", mais celui de la colonisation : le processus par lequel des personnes allogènes repeuplent un territoire et en délogent les autochtones. La démographie est implacable : tôt ou tard, un pouvoir islamique s'installera en France, d'abord au niveau municipal, puis - éventuellement - au niveau national. Ce qui est pieusement dissimulé sous le nom de "délinquance juvénile" n'est que le prolégomène d'une guerre civile ethnique. Guillaume Faye a écrit ce texte plusieurs années avant que Michel Houellebecq ne publie "Soumission". Incitation à la haine ? 

4100RM9CQYL.jpgLa libanisation violente du continent est un scénario envisagé depuis des années dans les perspectives stratégiques des deux côtés de l'Atlantique. Cette thèse a inondé le débat public et a même donné naissance à un genre littéraire : le roman dystopique de guerre civile. Sans parler des innombrables essais décrivant un avenir de sang et de chaos [9]. L'Europe entre - écrit Bernard Wicht, professeur à l'Université de Lausanne - "dans une spirale de conflits chaotiques et de violence anarchique à la manière africaine". C'est ce que l'historien Ferdinand Braudel appelait les "zones de désordre prolongé" [10]. Un scénario que l'Allemand Hans Magnus Enzensberger a esquissé en 1992, lorsqu'il a annoncé que la mondialisation des marchés entraînerait une mondialisation des migrations [11]. En 1998, le politologue suisse Eric Werner dénonçait la complicité du pouvoir dans la propagation du désordre, une thèse développée à sa manière par Naomi Klein dans "The Strategy of Shock" (2008) (12).

Dans ces scénarios, les mégapoles sont configurées - comme en Bosnie et au Liban - comme le champ de bataille par excellence. La division mafieuse des zones urbaines et la division en territoires ethniques deviendront irréversibles, tandis que l'État perdra son monopole de la violence légitime et que les citoyens s'organiseront en groupes d'autodéfense. C'est la notion de "citoyen-soldat 2.0" (Bernard Wicht) [13]. C'est l'idée de "guerre civile moléculaire" (H.M. Enzensberger) qui prend la forme d'une violence permanente dite de "basse intensité" en raison de son caractère diffus. À long terme, des confrontations entre États et ONG de plus en plus agressives, ainsi que l'utilisation d'armes nucléaires de faible intensité, ne sont pas exclues. Dans ces scénarios limites, les zones qui n'ont pas une culture locale solidaire et homogène (comme le Japon, qui s'est comporté de manière exemplaire lors du tsunami de janvier 2011) seront pénalisées. Dans les zones "multiculturelles", le pillage sera à l'ordre du jour et les grandes villes deviendront des pièges mortels. 

L'avenir est archaïque

Pour situer le contexte, il faut savoir que, si les tendances démographiques ne changent pas, en 2060, les Européens autochtones seront minoritaires et en 2100, la population européenne autochtone - y compris la Russie - représentera moins d'un tiers sur le vieux continent: 170 millions d'individus contre une écrasante majorité d'origine allogène [14]. Dans un monde de pénurie et d'indigence, les constantes anthropologiques se manifesteront dans toute leur crudité: lutter pour les ressources, contrôler le territoire, assurer la reproduction, protéger la progéniture. Les valeurs que la modernité avait cherché à éliminer vont revenir en force. Nous allons assister à une ethnicisation définitive des relations sociales. Le paradigme libéral sera impuissant à penser les temps nouveaux. Dans la phase actuelle, le lien social continue de se fragmenter et la société se tribalise selon des lignes néolibérales. Mais cette diversité postmoderne - les "minorités sexuelles" en premier lieu - est un artifice. La fausse diversité ne résistera pas à l'assaut des vraies "tribus", celles organisées selon des critères ethniques et religieux (et non sociologiques). La tribu qui connaît la croissance la plus rapide, souligne Faye, est l'islam. 

Quelle est la recette officielle ? Nous ne le connaissons que trop bien: égalité devant la loi, tolérance, laïcité, "la diversité est notre force", etc. En d'autres termes: le recours à des valeurs abstraites qui cimentent la coexistence. La prospérité individuelle et le culte de la consommation sont censés faire le reste. Mais cela cache une vérité essentielle : il n'y a pas de "valeurs" si elles ne sont pas sous-tendues par un sentiment d'appartenance commune, une conscience nationale, une culture. Si tout ce qui nous lie est une promesse de consommation illimitée, que se passera-t-il lorsque cette promesse ne pourra être tenue ? 

Le temps passe et les masques tombent. Les critiques "conservateurs" posent souvent le bon diagnostic, mais ils s'obstinent à nourrir une illusion: que tout le monde peut être "occidental" s'il le veut, que tout le monde veut être occidental, sans autre horizon que celui de la consommation. C'est un déni de la réalité au sens freudien du terme. Il y a des années, l'essayiste espagnol Álvaro Delgado-Gal écrivait: "la terrible notion d'un ennemi mortel entre les formes de vie bouche l'horizon. Elle nous laisse littéralement abasourdis et stupéfaits (...) Les Occidentaux aiment à penser que leurs ennemis acharnés sont victimes d'un malentendu. Mais la douleur finira par les éveiller à la réalité" [15].  

Discours de haine ? En lisant Faye, il faut souligner qu'il n'y a aucun appel à la haine, aucun dénigrement des ethnies ou des croyances, mais une froide observation éthologique. Nous ne devons dénier à l'ennemi ni sa noblesse ni sa cohérence humaine", souligne Faye, "il ne fait qu'occuper le terrain que les autres abandonnent". L'avenir sera plus archaïque, c'est-à-dire plus humain au sens éthologique du terme, que le passé récent.

Un autre scénario est-il possible ? Faye appelle ça une "symphonie espagnole". De la résistance à la reconquête.

517h25d94ZL.jpg

Métapolitique de la fin-de-siècle

Que faire des trompettes de l'apocalypse ? Que faire de Guillaume Faye et de sa "convergence des catastrophes" ?

La "fin du monde" est à la mode. Le catastrophisme climatique et la crise du COVID n'ont fait qu'accélérer cette vague de pessimisme. Avec sa théorie de la convergence des catastrophes, Guillaume Faye anticipe un débat qui, dix ans plus tard, s'installera en France sous le nom de "collapsologie" ou "science des effondrements". L'idée, promue par les chercheurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens, est d'agréger toutes les données fiables sur l'évolution des écosystèmes terrestres afin d'anticiper les catastrophes (16). Leur champ de vision est élargi en intégrant la théorie dite de la "complexité", qui étudie les vulnérabilités systémiques résultant de l'interaction de différents facteurs.  Cette théorie nous dit que plus une société devient complexe, plus elle devient vulnérable. À cet égard, le passé regorge d'exemples. 

8d1d3ed747_50171976_273pablo-servigne-raphael-stevens.jpg

Comment-tout-peut-s-effondrer.jpg

Appliquant la "théorie de la complexité" à l'histoire, l'anthropologue américain Joseph Tainter a étudié - dans un ouvrage désormais classique - l'effondrement de l'Empire romain, de la civilisation maya et de la civilisation Chaco, entre autres (17). Plus récemment, le biologiste évolutionniste Jared Diamond a développé cette analyse dans un livre à succès (18). De son côté, l'historien américain Eric H. Cline souligne qu'à l'âge du bronze tardif, il existait déjà "un système mondialisé avec de multiples civilisations en interaction, partiellement dépendantes les unes des autres (...) Les parallèles - ou comparaisons - entre cette époque et la nôtre peuvent être intrigants". L'effondrement final de cette époque s'est produit vers 1177 avant J.-C. (19). Eric H. Cline écrit qu'en travaillant à la révision de son livre (2020), il a été frappé par un titre du Guardian : "L'humanité est menacée par une tempête de crise parfaite". Selon une enquête menée auprès de 22 scientifiques de 52 pays", écrit la journaliste scientifique Fiona Harvey, "la combinaison d'une série d'urgences (pénurie d'eau, changement climatique, disparition d'espèces, crise de la production alimentaire) pourrait culminer en une "tempête parfaite" qui engloutirait l'ensemble de l'humanité". M. Cline souligne que "la question n'est pas tant de savoir si tout cela peut arriver, mais quand cela arrivera". Quelques mois plus tard, la crise du COVID a éclaté [20].

M00691208018-large.jpgLes estimations de la collapsologie se heurtent à de multiples objections. Par exemple, ceux qui dénoncent les erreurs de calcul dans la corrélation des facteurs. La vulnérabilité - disent ces critiques - coexiste avec la résilience, et les systèmes complexes ont toujours tendance à se rééquilibrer : tout le contraire de ce que disent les collapsologues. Ils sont également accusés de faire un usage sélectif des données, de ne choisir que celles qui soutiennent leur thèse. La pertinence de certaines prévisions est également contestée (par exemple, la controverse sur le changement climatique n'est pas close). Ces objections sont fondées. Mais en tout état de cause, il ne faut pas oublier qu'il n'y a aucune civilisation dans l'histoire qui ne se soit effondrée, et il n'y a aucune raison de croire que la nôtre devrait faire exception. La différence aujourd'hui réside dans le fait que la mondialisation enferme tous les peuples du monde dans un système complexe. Le plus grand danger - selon Nassim N. Taleb, auteur de la célèbre théorie du "cygne noir" - survient lorsque la connectivité est trop importante. Tout événement négatif peut créer une réaction aux conséquences fatales [21]. Selon cette idée, nous vivons à l'ère du plus grand danger. Devons-nous en être obsédés ?

Le thème de la "fin du monde" est aussi vieux que l'humanité. Ceux qui insistent trop sur ce sujet doivent être suspectés. Le catastrophisme véhicule trop souvent une "rage contre le monde" très caractéristique des perdants de l'histoire: la "catastrophe rédemptrice, purificatrice, refondatrice, présente dans les grands récits religieux" (22). Le problème de cette pensée réside dans son caractère anti-politique: "En pariant trop sur la catastrophe, écrit François Bousquet, on l'érige en un absolu indépassable et on la condamne ainsi à n'avoir aucune application pratique". En d'autres termes, l'obsession de l'effondrement réduit à néant le sens de la politique, qui est l'art du possible appliqué aux situations réelles. Les "préparationnistes" (qui attendent une apocalypse qui ne viendra jamais), les accélérationnistes (qui souhaitent que la catastrophe arrive), les moralistes (qui se réfugient dans des modes de vie utopiques): tous sont des exemples extrêmes d'anti-politique. Mais rien n'est écrit dans l'histoire. Même si les scénarios d'Armaggeddon sont possibles, le rôle de la politique est d'essayer de les éviter [23]. Guillaume Faye les connaissait certainement tous.

Guillaume Faye savait sûrement tout cela. Il savait probablement aussi que notre civilisation technologique est trop résiliente, que les connaissances accumulées sont trop importantes, qu'il est très difficile d'envisager - même en cas de cataclysme majeur - une régression de l'ampleur qu'il envisageait (et qu'il prévoyait pour 2010-2025). Même s'il s'est laissé emporter par son imagination, il est étrange qu'à un moment donné, il n'en ait pas eu conscience. Quelle était alors son intention ?

e5abf018ea439dab429bc97f60b89122.jpg

Apollo reviendra

Grèce, été 1979. Une scène insolite se déroule dans le sanctuaire de Delphes, devant les ruines de la Stoa. Un groupe de jeunes gens, venus de différentes régions d'Europe, prononcent un étrange serment. Le ton est solennel et résolu. "Nous jurons de travailler, de toute notre énergie et de toute notre volonté, à la renaissance de la culture européenne (...). Nous jurons d'être fidèles à la plus longue mémoire pour construire le plus grand avenir (...) par la lyre d'Apollon, dont le chant accompagne nos pas: le Soleil reviendra". La formule n'est pas sans rappeler la dernière prophétie attribuée à la Pythie de Delphes au VIe siècle de notre ère: "Un jour, Apollon reviendra, et ce sera pour toujours". Le jeune Guillaume Faye - l'un des meneurs du groupe - sera marqué par ces mots. La scène - avec sa vague saveur sectaire - illustre une impulsion idéologique qui a pris beaucoup de poids dans la droite radicale de l'époque: le (néo-) paganisme. Le "serment de Delphes", promu par l'association culturelle GRECE (le noyau de la soi-disant "Nouvelle Droite" française), a solennisé l'affiliation culturelle néo-païenne d'une génération de cadres et de militants. C'est le contexte idéologique qui permet d'interpréter la vision post-apocalyptique de Faye, de l'encadrer philosophiquement.

Le "néo-paganisme" de droite a été une grande erreur métapolitique: il n'y a pas de pire "guerre culturelle" que celle qui se réfugie dans des univers parallèles. Dans sa pire version, le néo-paganisme de droite n'était qu'un antichristianisme déguisé, ou un kitsch culturel confinant au folklorisme du plus mauvais goût. Issu d'un milieu très positiviste, Faye s'intéressait à la sociologie, à la philosophie, à l'économie, aux sciences politiques, domaines bien éloignés des aléas ésotériques qu'il méprisait ouvertement. Pourtant, son travail véhicule une attitude clairement païenne. Quel genre de paganisme était-ce ? 

Le paganisme de Guillaume Faye est lié à une tradition classique de scepticisme et de réalisme politique. "Aux yeux de Faye", écrit son ami Robert Steuckers, "le seul paganisme viable est celui qui renoue avec l'antiquité grecque et sa philosophie bien structurée: l'ardeur dynamique d'Héraclite, l'élitisme de Platon, la logique et la rigueur affichées dans la Politique d'Aristote" (24). Un paganisme sobre, rationnel, philosophique, très proche de Thucydide, Machiavel et Nietzsche ; une attitude vitale à des années-lumière de l'"Empire du Bien" post-moderne. Face au normativisme moral qui envahit l'espace politique, le paganisme revendique le "bien" comme ce qui renforce l'individu, comme ce qui facilite à la fois sa survie et celle du groupe, surtout dans les temps de fer et de feu. Dans la vision de Faye, un jour viendra où les fétiches idéologiques d'aujourd'hui - l'idéologie de l'émancipation, de la communication illimitée, du métissage sans limite, des identités fluides - disparaîtront du jour au lendemain dans les poubelles de l'histoire. Le progressisme des Lumières se révèlera alors comme ce qu'il a toujours été: un stade éphémère, une illusion, comme l'ont été en leur temps le libéralisme et le marxisme, avec leur prétention à faire de la rationalité économique la source de toute raison. Nous n'aurons pas un monde pacifié par la déesse Raison, mais la "guerre des dieux" annoncée par Max Weber (La politique comme profession, 1919). Nous n'assisterons pas à la "fin de l'histoire" mais au début d'un nouveau cycle. Les lignes de conflit seront ethno-culturelles, religieuses, territoriales. Le "monde d'hier" perdurera sous la forme d'un mythe: celui d'un "âge d'or" qui aurait précédé l'âge des ténèbres.

Évidemment, il y a toute une épopée dans tout cela, une certaine poésie post-apocalyptique. Ce n'est pas un "intellectuel" mais un "inspirateur" qui parle ici. Ce qui intéresse le plus Faye, ce n'est pas que nous croyions ses pronostics, mais que nous générions une certaine attitude mentale: celle d'un ethos païen. À partir de cette attitude, le pessimisme n'est pas une option, pas plus que le désespoir, mais plutôt un optimisme tragique. "La vie - écrit Faye - est un jeu tragique mais nécessaire ; le "salut" dans la fin de l'histoire et dans la paix perpétuelle ne sont que des illusions" [25]. Faye s'adresse à ses compatriotes européens, les appelant à réagir in extremis, comme ils l'ont fait à d'autres moments de leur histoire. En fin de compte : Amor fati, acceptation résolue du destin. C'est le stoïcisme d'un Marc Aurèle. La préparation à l'Ernstfall dont parlait Carl Schmitt : la manifestation de ce qui est vital et catastrophique.  

"Le terme de catastrophe - écrit Faye - ne doit pas être perçu en termes d'apocalypse, mais de transformation ou de métamorphose (...) Se préparer à la catastrophe et à la renaissance implique de commencer à se transformer de l'intérieur"(26). Dans un ultime rebondissement spenglérien, Faye rend hommage aux conceptions cycliques de l'histoire, celles qui savaient qu'après la fin de la nuit, le soleil revient toujours: Sol Invictus, comme dans l'Iliade, les dieux jouent indifféremment avec le destin des hommes, mais ne les anéantissent jamais complètement. Après tout, que seraient les dieux sans les hommes ?

6a00d8342e8a5353ef0240a4faf53a200b.jpg

Un mythe sorelien

Dans un enregistrement privé qui a circulé il y a des années, Faye a affirmé qu'il n'avait jamais pensé qu'il était possible d'expulser les immigrants d'Europe, que tout cela n'était qu'une blague (un canular) destinée à un public de "mongoliens": des militants d'extrême droite. Implicitement, Faye s'est reconnu comme un producteur de "biens culturels" destinés à un public spécifique. Faye était-il lui-même victime d'un canard radio ? Il a ensuite affirmé qu'il avait simplement joué le jeu de ses interlocuteurs, sachant que l'interview était un piège. Une explication confuse. Avec Faye, on ne sait jamais. Mais franchement, il est difficile de voir ce qu'il recherchait en produisant tous ces "biens culturels" qui ne lui ont apporté aucun gain matériel, et pas mal de désagréments. Que voulait-il vraiment ? Croyait-il à tout ce qu'il disait ?

Guillaume Faye se déclare admirateur de l'antiquité classique et des catégories de la pensée aristotélicienne: modération, expérience et bon sens. C'est pourquoi il est surprenant qu'il ait insisté avec autant de force sur quelque chose d'aussi anti-politique - aussi éloigné de toute modération - que la "convergence des catastrophes". Que faire de ses visions apocalyptiques ? 

gs.jpgOn peut penser que la "convergence des catastrophes" est, avant tout, une provocation. Que ce qu'il visait était de forger un "mythe" mobilisateur, au sens, par exemple, du mythe de la "grève générale révolutionnaire" dans l'œuvre de Georges Sorel. Ce n'est pas pour rien que Sorel lui-même a écrit sur l'importance du mythe apocalyptique pour les premiers chrétiens, un mythe qui les a aidés à supporter la persécution et le martyre. Les mythes politiques mesurent leur importance non pas à leur fausseté ou à leur certitude, mais aux images qu'ils génèrent et inspirent aux gens. En plaçant les Européens face à une épreuve existentielle suprême, Faye les incite à mettre les pieds au mur, à corriger - ici et maintenant - une série de tendances qui laissent présager le pire des avenirs.

Les livres récents de Faye sont décousus. Son langage est clair et parfois ampoulé, plus pour être entendu que pour être lu. Les idées coulent avec éloquence, à la hâte et en rafales. Ce sont les œuvres d'une personne dénuée de vanité. Sans doute aurait-il été capable de produire des textes soignés, de beaux essais. S'il avait adopté une approche académique pour ses premiers textes, il aurait pu s'imposer comme un intellectuel prestigieux. Mais cela n'en valait pas la peine pour lui. Faye n'était pas un penseur du "système" - le genre qui passe sa vie à gloser sur la "doctrine" ou à commenter le "maître". Il était un partisan, un partisan des pistes, pas des dogmes. Il ne voulait pas imposer ses thèses, mais provoquer un débat. Il était un forgeur de concepts, d'idées-force, de provocations. Il procédait par intuition, par approches indirectes, par éclairs. Son objectif : briser la "pensée faible" post-moderne et se concentrer sur les questions essentielles. 

Son intuition la plus retentissante - le mythe qu'il a cherché à forger - est l'archéofuturisme. Son contenu - écrivait-il - "peut sembler idéologiquement criminel aux yeux de l'idéologie hégémonique et au cœur pseudo-virginal des bienpensants. Ils le sont".

Notes de la première partie:

[1] "Le passé est un pays étranger, on y fait les choses différemment". Début du roman de L. P. Hartley, The Go-Between (1953). 

[2] Aaron Bastani, Fully Automated Luxury Communism : A Manifesto. Verso Books 2020. James Bridle, New Dark Age : technology and the End of the Future. Verso Book 2019. Peter Frase, Four Futures : Life after Capitalism. 2016 Verso Book. Murray Bookchin, Post-Scarcity Anarchism, AK Press 2004. 

[3] Romain D'Aspremont, "Archéofuturisme ou droite prométhéenne ?", https://rage-culture.com/archeofuturisme-ou-droite-prometheenne-partie-1/.

[4) Dans l'un de ses canulars les plus célèbres, Faye se rend avec deux amis dans une prestigieuse galerie d'art contemporain, se faisant passer pour un artiste-performeur lituanien, ami du président de cette République. Faye et ses acolytes - inspirés par l'alcool - ont peint vingt tableaux de pénis en érection en une seule journée, qui ont été exposés et vendus à des prix élevés les jours suivants. Un scandale retentissant qui a mis une fois de plus en évidence l'imposture de l'art contemporain.

[5] Pierre-Émile Blairon, "Guillaume Faye, un éveilleur du XXIe siècle", in Guillaume Faye, vérités et hommages. Arktos 2020, p. 123-124. 

[6] "Nous tournons en rond dans la nuit et brûlons dans le feu".

[7] Nous utilisons ici l'édition anglaise : Guillaume Faye, Convergence of Catastrophes. Arktos Media 2012.

[8] Walter Laqueur, Les derniers jours de l'Europe. Epitaph for an old continent, St Martin Press 2007. Christopher Caldwell : Reflections on the Revolution in Europe : Immigration, Islam and the West- Allen Lane 2009. Douglas Murray, The Strange Death of Europe : Immigration, Identity, Islam, Bloomsbury Continuum 2017. Guillaume Faye, La colonisation de l'Europe. Discours vrai sur l'immigration et l'Islam. L'Aencre 2000. Avant-Guerre. Chronique d'un cataclysme annoncé. L'Aencre 2002. 

[9] Jean Rolin, Les Événements(Folio-Gallimard 2016) ; Laurent Obertone, Guerilla, Le Jour où tout s'embrasa(La mécanique générale 2018) ; Franck Poupart, Demain les Barbares. Chroniques du grand effondrement (Amazon 2021). Yvan Riouffol, La guerre civile qui vient (Pierre-Guillaume de Roux 2016). 

[10] Bernard Wicht, Europe Mad Max demain ? Retour à la défense citoyenne, Favre 2013. 

[11] Hans Magnus Enzensberger, La grande migration. Vues sur la guerre civile, Gallimard 1995. 

[12] Eric Werner, L'avant-guerre civile. Le chaos sauvera-t-il le système ? Xenia 2015 (deuxième édition).

[13] Bernard Wicht et Alain Baeriswyl, Citoyen-soldat 2.0. Astrée 94. 

[14] "Enquête sur le tabou de l'immigration. Laurent Obertone enterre le "vivre ensemble". In Éléments por la civilisation européenne n° 174, octobre-novembre 2018, p. 6-9. 

[15] Álvaro Delgado-Gal, "Occidente Ignaro". ABC 10/7/2005.

[16] Alexandre Lacroix, "La fin du monde, vous la voulez comment ?" In Philosophie Magazine n° 136, février 2020. 

[17] Joseph A. Tainter, The Collapse of Complex Societies. Cambridge University Press 1990. 

[18] Jared Diamond, Colapso, Por qué algunos sociedades perduran y otras desaparecen. Debolsillo 2007

[19) Eric H. Cline retient la date symbolique de 1177 avant J.-C. comme date de l'invasion des "peuples de la mer" sur le royaume d'Égypte, qui a marqué le début d'un enchaînement de circonstances qui ont provoqué l'effondrement dramatique de la civilisation de l'époque. 

[20] Eric H. Cline, 1177 B.C., L'année où la civilisation s'est effondrée. Edition révisée et mise à jour 2020. Pp.xv-xvii (introduction). 

[21] Conversation entre N.N. Taleb et B. Avishai. Avishai : "La pandémie n'est pas un cygne noir mais le présage d'un système mondial plus fragile".  New Yorker, avril 2021  

[22] François Bousquet, "Impolitique de la catastophe. La fin du monde, une histoire sans fin". In Éléments pour la civilisation européenne n° 175, décembre-janvier 2019, p. 69-72. 

[23) Si une apocalypse devait se produire - comme le souligne Romain D'Aspremont - elle pourrait plutôt correspondre au sens grec du terme ("Révélation"), comme une révolution scientifique qui nous ouvrirait à de nouvelles perceptions de la nature de notre réalité (l'espace-temps comme illusion, par exemple).

[24] Robert Steuckers, "Adieu, Guillaume Faye, après quarante-quatre ans de lutte commune", in Guillaume Faye, vérités et hommages. Arktos 2020, p.50.

[25] Guillaume Faye, Avant-Guerre. Chronique d'un cataclysme annoncé. Éditions de L'Aencre 2002, p. 303.

[26] Guillaume Faye, Convergence des Catastrophes. Arktos Media 2012, p. 216.


Guillaume Faye et la vision de l'archéofuturisme (II)

Adriano Erriguel

"Dans le monde que je vois, tu traqueras l'élan dans les bois humides du canyon autour des ruines du Rockefeller Center. Tu porteras des vêtements en cuir qui dureront toute ta vie. Vous escaladerez les vignes de kudzu de l'épaisseur d'une poupée qui s'enroulent autour de la Sears Tower. Et quand vous regarderez en bas, vous verrez de minuscules silhouettes écrasant du maïs, des bandes de cerfs suspendues dans la voie vide d'une super-autoroute abandonnée".

12972-gf.jpgCes lignes tirées du film Fight Club - adapté d'un roman de Chuck Palahniuk - expriment un Zeitgeist apocalyptique très actuel. Ils sont une image de l'année zéro, du big bang vers un monde nouveau. Le monde de l'archéofuturisme.

Paradigme ou mythe ?

L'idée de l'"archéofuturisme" peut sembler grotesque au premier abord. Comme dans toute coïncidence des contraires (coincidentia oppositorum), cette idée nécessite une perspective radicale, une perspective de rupture avec l'idéologie hégémonique. La pensée radicale n'est pas nécessairement une pensée "extrémiste" - d'idées fixes et de tranchées doctrinales - mais une remise en question des piliers de l'ordre existant. Une pensée radicale aspire à créer son propre langage, car elle est consciente que les mots - comme l'a souligné Foucault - "sont le fondement des concepts qui sont, en eux-mêmes, l'impulsion sémantique des idées, et ceux-ci forment le moteur des actions. Nommer et décrire, c'est déjà construire" [1]. L'archéofuturisme aspire non seulement à interpréter la réalité, mais aussi à la construire, et a les contours d'un mythe. 

La science politique officielle tourne normalement le dos au mythe. Il sait que les mythes sont au-delà de la démonstration logique, qu'ils sont au-delà du vrai et du faux. C'est pourquoi, plutôt que de prouver leur fausseté, ils tentent de les dépouiller de leur aura. Ils essaient de les déconstruire. Mais les mythes ont une vie difficile. Ils peuvent disparaître pendant un certain temps, mais seulement pour réapparaître sous de nouvelles formes. "Les mythes éclatent généralement à des moments critiques de la vie sociale de l'homme, lorsque les forces rationnelles qui résistent à la résurgence des anciennes conceptions mythiques perdent confiance en elles-mêmes. A ces moments-là, l'occasion du mythe se présente à nouveau" [2]. C'est le moment archéofuturiste. 

Tous les grands mythes reposent sur un couple antithétique : le déclin et le progrès, le civilisateur et le bon sauvage, l'élu et le réprouvé, l'espace et le temps, le vrai et le faux. Le mythe archéofuturiste unit l'archaïque et le futur. Il nous dit que les valeurs "archaïques" - celles que la modernité avait tenté d'éradiquer - reviennent toujours en force. Et il exprime - comme tous les mythes - ce que beaucoup de gens ressentent et désirent sous une forme vague, inconcrète et diffuse. L'archéofuturisme fournit une clé d'interprétation - un paradigme - de l'époque dans laquelle nous vivons. 

Archéofuturisme : signes précurseurs

Pour aborder l'archéofuturisme, il est nécessaire de commencer par une précision sémantique. Le mot "archaïque" vient du grec Arché, qui ne désigne pas quelque chose d'ancien, de vieux ou de périclité, mais signifie à la fois "fondement" et "commencement"; en d'autres termes, "élan fondateur". L'archaïque renvoie à des constantes anthropologiques qui assurent la continuité des communautés humaines, au moins depuis que l'homme a cessé d'être un chasseur-cueilleur. L'archéofuturisme n'est donc pas la formulation d'une nostalgie, d'une idéologie ultra-conservatrice ou d'une pulsion réactionnaire. Est-ce une forme de traditionalisme? Seulement dans la mesure où elle favorise la transmission de valeurs "fondamentales", mais elle considère aussi qu'il y a des traditions qu'il vaut mieux jeter par-dessus bord. L'archéofuturisme n'est pas synonyme de tradition mais de vitalité. Elle ne fait pas appel à un retour du passé, mais à l'émergence de configurations "archaïques" dans un nouveau contexte. "L'archéofuturisme - écrit Faye - est une vision métamorphique du monde. Projetées dans le futur, les valeurs de l'arché sont réactualisées et transfigurées. L'archéofuturisme est aussi une pensée de l'ordre (...) mais selon la vision platonicienne exprimée dans La République : l'ordre n'est pas l'injustice, toute pensée de l'ordre est révolutionnaire, et toute révolution est un retour à la justice de l'ordre" [3].

Des signes précurseurs de l'archéofuturisme ? La révolution iranienne de 1979 a marqué le début d'un nouveau cycle : celui du retour intempestif des valeurs archaïques. L'idole du progrès - l'idée que les valeurs séculaires des Lumières allaient se répandre dans le reste du monde - a été brisée. Un fossé qui n'a fait que se creuser. L'Islam est aujourd'hui un bélier d'archaïsme à l'échelle mondiale ; une religion théocratique, prosélyte et communautaire, contrairement au harakiri théologique de l'Eglise catholique. Ce phénomène est également palpable dans la racialisation des discours culturels, qui prend aujourd'hui la forme postmoderne du wokisme. Le communautarisme ethnique - écrit Faye - injecte une logique archaïque dans le monde postmoderne : "séparation des rôles sexuels, transmission des traditions ethniques et populaires, spiritualité et organisation sacerdotales, hiérarchies sociales visibles et vertébrales, culte des ancêtres, rites de passage et épreuves initiatiques, désindividualisation du mariage - comme affaire de la communauté et des époux - et fin de la confusion entre mariage et érotisme". Spontanément, "les Maghrébins et les Noirs légalement français qui raisonnent en termes d'ethnicité (et non de nationalité) sont des archaïsants sans le savoir" [4]. Ce n'est pas pour rien que le sociologue français Michel Maffesoli a défini la post-modernité comme "la synergie de l'archaïsme et du développement économique". Pour le dire très simplement, la synergie, c'est la multiplication des effets entre l'archaïque (la tribu) et l'Internet" [5].

712d0q2UgJL.jpg

D'autres exemples ? Nous assistons à une réémergence du prestige des castes guerrières, bien que sous une forme chaotique et antisociale. A l'heure où l'Etat n'est plus qu'un distributeur d'aides et de subventions - explique le politologue suisse Bernard Wicht - "le capital guerrier des jeunes n'est plus investi dans les institutions étatiques (principalement l'armée) mais tend à migrer vers des activités et des groupes marginaux, où ils trouvent un code de valeurs, une forte discipline, la loyauté envers un leader et d'autres éléments de socialisation similaires" (6). L'aura sociale de certaines organisations criminelles, des djihadistes et des groupes extrémistes de toutes sortes sont des exemples de cette pulsion tribale de violence qui ne trouve aujourd'hui d'autre forme d'expansion que le recours à la marginalité. Mais c'est dans le domaine de la géopolitique que l'on assiste à un retour des pulsions archaïques par la grande porte. 

Règles de survie

Lorsque Huntington a proposé le paradigme du "choc des civilisations" (en 1993), il décrivait déjà, sans le nommer, le monde archéofuturiste. Après le mirage de la "fin de l'histoire", les tensions idéologiques de la guerre froide ont été remplacées par la rivalité séculaire entre blocs ethnoculturels, par une course aux territoires et aux ressources. En effet, l'essence de l'histoire n'est pas une lutte d'idéologies ou une lutte des classes - comme on l'a cru au XXe siècle - mais "la lutte multiforme des peuples - contestataires ou non - sous les angles superposés de l'ethnicité, de la religion, de la territorialité et de l'économie" (7). Le défi religieux de l'Islam ; les batailles pour les ressources agricoles, pétrolières, minérales et halieutiques ; le conflit Nord-Sud ; la ruée migratoire vers l'hémisphère nord ; la rivalité géostratégique dans l'Arctique ; la pollution de la planète ; le choc entre les désirs de l'idéologie du développement et les réalités physiques : autant de questions immémoriales qui laissent les débats quasi théologiques des 19e et 20e siècles insignifiants. La prolifération de leaderships forts - Russie, Chine, Turquie, Inde, Amérique (Trump), pays de Visegrad - témoigne de cette nécessité de penser en termes stratégiques et à long terme, au-delà du court-termisme des politiciens libéraux. 

Raymond_Ruyer_1973.jpg

L'archaïsme n'est pas d'hier mais de toujours, et il a plus d'avenir que l'idéologie progressiste. Le philosophe français Raymond Ruyer (photo, ci-dessus) expliquait dans les années 1970 que les peuples "religieux" l'emporteront sur les peuples "émancipés", et les empires "vénérateurs" sur les démocraties libérales. Sans surprise, les acteurs et les institutions des premiers sont orientés vers la durée dans le temps, tandis que les seconds sont orientés vers l'utilité quotidienne et immédiate. Mais la vie complexe des êtres vivants - rappelle Ruyer - est au service de la reproduction, et ce qui est vrai pour une plante ou un animal l'est aussi pour les sociétés humaines. Un peuple obsédé par son confort et sa préservation plutôt que par sa reproduction "n'est rien d'autre qu'une multitude ("population") sur le chemin de la destruction ; un peuple assassiné ou suicidaire". Assurer la reproduction est la première règle de survie, une règle qui se moque des idéologies, des morales et des "anti-morales" contemporaines. Les valeurs archaïques découlent de cet impératif de sélection naturelle qui sera toujours plus fort que les sélections - ou anti-sélections - artificielles ; en d'autres termes, les questions soulevées par Darwin et Malthus l'emporteront sur toutes les autres idéologies qui finissent en "ismes" [8].

Guillaume Faye écrit : "la parenthèse des 19e et 20e siècles se referme, et après les hallucinations de l'égalitarisme - qui ont plongé le monde dans la catastrophe - l'humanité revient à des valeurs archaïques, c'est-à-dire biologiques et humaines au sens anthropologique. Les valeurs archaïques "sont justes - au sens des Grecs anciens - parce qu'elles prennent l'homme pour ce qu'il est : un zoon politikon ("animal social intégré dans une cité communautaire") et non pour ce qu'il n'est pas : un atome asexué et isolé doté de pseudo-droits universels et imprescriptibles. Les valeurs anti-individualistes permettent l'épanouissement personnel, la solidarité active et la paix sociale, là où l'individualisme pseudo-émancipateur des doctrines égalitaristes ne mène qu'à la loi de la jungle" [9]. Pas étonnant que, expulsé par la porte, l'archaïsme rentre par la fenêtre. 

Archaofuturisme et Islam 

9782246674313-200x303-1.jpgDans un brillant essai publié en 2005, l'islamologue française Martine Gozlan s'interrogeait sur le "désir d'islam" qui semble triompher chez tant d'individus éduqués et tant de jeunes occidentaux en crise d'identité [10]. Un exemple anecdotique: il est curieux que le port du voile prenne une patine libératrice dans le discours de certaines féministes. Ils semblent désireux de disculper l'Islam de toute charge patriarcale, au nom de la lutte contre le "mâle blanc colonial et raciste". L'idéologie décoloniale, avec sa mascarade académico-foucaldienne, se consolide comme un alibi (plus ou moins conscient) à ce "désir d'islam" qui se niche dans le cœur de tant de progressistes, et qui semble véhiculer un désir de soumission non avoué [11]. Un phénomène qui se prête à une analyse quelque part entre le freudisme et l'archéofuturisme.  Martine Gozlan note que le "désir d'islam" répond au "sentiment d'immersion" qu'il procure, à ce "désir d'appartenance" que nos sociétés désenchantées et nihilistes ne parviennent pas à satisfaire. Une réponse, en somme, au déficit d'archaïsme dans les sociétés post-modernes. 

L'Islam est une force archéofuturiste, dit Guillaume Faye. "Comprendre l'islam", écrit-il, "c'est admettre son pouvoir historique, fondé sur des siècles d'intimidation et de conquête" [12]. Contrairement à ceux qui le méprisent en le qualifiant d'"archaïque" et de "rétrograde", Faye affirme qu'il n'y a rien de méprisable dans l'islam, mais beaucoup de choses dangereuses. Ce qui pour certains sont des défauts sont pour Faye les qualités qui la rendent forte, du moins pour le moment. L'Islam se radicalise, et cette radicalisation n'est pas un extrémisme mais un retour aux sources. Il existe certes des musulmans "modérés", mais ils donnent l'impression de prôner une religion réformée, interprétative, européanisée, en rupture philosophique avec la majorité de l'umma. Nous devons leur souhaiter bonne chance, mais l'Islam dans son ensemble est autre chose. Contrairement aux illusions des progressistes occidentaux, "l'islam s'est engagé dans un vaste mouvement de désoccidentalisation des esprits et des modes de vie. C'est l'inverse du mouvement qui a eu lieu tout au long du 20ème siècle". Mais les élites occidentales entretiennent un esprit d'apaisement, qui rappelle celui des démocraties face au nazisme dans les années 1930.

Comme dans une loi pendulaire du développement historique, les valeurs archaïques sont de retour. L'alternative - pour Faye - est la suivante : soit laisser l'Islam les imposer à l'Europe (ce qui se produit déjà subrepticement), soit laisser les Européens se les imposer à eux-mêmes, en s'appuyant sur leur propre bagage culturel. Une partie décisive est sur le point de se jouer et les Européens ne sont pas au mieux de leur forme. Le déclin démographique mis à part, leur principale faiblesse réside dans un état avancé de ramollissement et de crétinisation de l'esprit. Le diagnostic de Faye ne pardonne pas. L'archéofuturisme est sa thérapie de choc [14].

travesti.jpg

Dé-virilisation 

Nous vivons sous la dictature du superflu. Le charabia idéologique masque les vrais problèmes. Le système promeut une panoplie de mesures symboliques qui touchent de très petites couches de la population, mais qui captent le bruit des médias et l'attention du public. C'est le dernier recours d'un système privé d'idées, épuisé de propositions, qui ne peut compter que sur la sidération collective pour masquer sa vacuité. Quelle meilleure forme de sidération que de placer les questions de l'ombre au centre du débat public ? Les "guerres culturelles" de la gauche postmoderne ont une fonction : imprégner les imbéciles d'un sens de la mission, leur donner l'impression d'être de dangereux subversifs, les aider à monopoliser le centre du débat. Mais les pseudo-réformes progressistes et le charabia culturel des universités anglo-saxonnes disparaîtront dans les égouts, lorsque les vraies questions déborderont. Viendra alors ce que les polémologues appellent "le point de rupture", le moment où tout se rejoint à un moment critique. L'avenir appartiendra alors à ceux qui ont vraiment quelque chose à dire, à ceux qui soulèvent les vraies questions. 

543x840.jpg

Quels sont les "vrais problèmes" ? Parmi les "lignes de catastrophe" identifiées par Faye, il y a tout d'abord ce qu'il appelle "la cancérisation du tissu social européen". Il s'agit de facteurs tels que l'échec de la société multiraciale, la métamorphose ethno-anthropologique de l'Europe (en raison des politiques migratoires), le retour de la pauvreté, l'augmentation de la criminalité et de la consommation de drogues, la dissolution des structures familiales, le déclin de l'éducation et de la qualité des programmes scolaires, la disparition de la culture populaire, l'imbroglio audiovisuel, le manque de transmission des disciplines sociales et la corruption politique endémique.

Tout cela dans le cadre d'un modèle fiscal extractif et d'un système de surveillance généralisée qui - comme le souligne l'essayiste français Guillaume Travers - n'est rien d'autre que le stade ultime du libéralisme (15). Petit à petit, une société de plus en plus égoïste et sauvage se dessine, de plus en plus infantile et primitive, droguée par le sirop de la morale empathique, angélique et pseudo-humaniste. Il s'agit, en somme, d'un processus de décivilisation (Renaud Camus) qui continuera - s'il n'y a pas de changements majeurs - à atteindre un point de rupture.

Un aspect non négligeable de "l'adoucissement de l'esprit" évoqué plus haut est ce que Guillaume Faye appelle "la féminisation et la dévirilisation de la société". Ce phénomène a déjà été dépeint par une série de penseurs tous plus maudits et sulfureux les uns que les autres (Philippe Muray, Alain Soral, Eric Zemmour).  Pour le philosophe Peter Sloterdijk, la féminisation de la société "va de pair avec l'évolution du système politique vers la primauté des fonctions thérapeutiques" [16]. C'est parfaitement logique : dans une société de plus en plus infantilisée et violente, il est normal que le pouvoir prenne la forme soit d'une nourrice maternelle et empathique, soit d'un souverain strict et castrateur.

Il faut préciser que la féminisation de la société n'est pas le résultat de l'accès des femmes aux postes de pouvoir, ni des progrès de l'homosexualité, mais de la dévirilisation des hommes. Cette féminisation est en réalité une caricature des valeurs féminines, et consiste en la promotion hypocrite des valeurs de fragilité, de tolérance, d'émotivité et d'empathie, avec le culte de la "victime" comme couronnement de l'idéologie post-moderniste. Les ateliers sur les "nouvelles masculinités" et la lutte contre la "masculinité toxique" témoignent du fait que la dévirilisation devient une véritable politique d'État. La féminisation est une domestication idéologique qui promeut une pensée "intuitive", empathique et psychologisante, basée sur les sentiments individuels, dépourvue de vision collective, visant à nourrir la confiance dans les vertus balsamiques du système. Curieusement - et c'est là le poison caché de l'archaïsme - tout cela s'accompagne d'une résignation (voire d'une fascination non avouée) face aux attitudes machistes et testostéroniques de nombreux migrants extra-européens, souvent pratiquants d'une religion virile s'il en est. Il est compréhensible qu'ils ne veuillent pas s'intégrer dans un système où les hommes deviennent fluides et les femmes plus masculines que les hommes. Dé-virilisation, ethno-masochisme et xénophilie : les trois grumeaux mentaux qui annoncent la mort de l'Europe. 

Guillaume Faye écrit: "Les Européens n'ont jamais été aussi peu préparés à l'approche des tempêtes: envahis, dévirilisés, physiquement et moralement désarmés, prisonniers d'une culture de l'insignifiance et de la culpabilité masochiste. Les Européens n'ont jamais été aussi faibles qu'en ce moment, alors que la grande menace se profile à l'horizon". 

000743740_896x598_c.jpg

Un monde hyper-technologique et inégalitaire

Nous avons souligné plus haut que l'archéofuturisme n'est pas une perspective rétrograde. Une caractéristique constante de la mentalité européenne - écrit Faye - est son rejet de tout ce qui est immobilisant. L'Europe est "faustienne" (Spengler), c'est une création et une invention incessantes, c'est un élan inépuisable vers de nouvelles formes de civilisation. Le fond culturel européen est aventureux, volontariste, transformateur, une mentalité de projets et de représentations anticipatrices du futur. "Quelle est l'essence du futurisme ? Celle de tracer l'architecture du futur, pas celle de faire table rase du passé. Le futurisme, c'est penser la civilisation comme une œuvre en mouvement" [17]. Mais le futurisme comporte un danger : celui de donner lieu à des dérives utopiques. C'est l'idée progressiste du "changement pour le changement", c'est l'hybris de l'absence de limites, qui s'avère finalement suicidaire.  "Le futurisme", conclut Faye, "doit donc être modéré par l'archaïsme ; en d'autres termes, l'archaïsme doit purifier le futurisme" [18]. On peut aussi penser à l'inverse : le futurisme doit purifier l'archaïsme. Il ne peut y avoir de place en Europe pour les normes archaïques qui sapent l'égalité juridique (comme celles qui subordonnent les femmes aux hommes), ni pour celles qui suppriment les libertés fondamentales de l'individu. L'égalité devant la loi et les libertés individuelles sont aussi des règles de survie de la communauté, clés des sociétés créatives et compétitives de l'Occident. L'archéofuturisme européen exige une voie qui lui est propre.

Archeofuturisme-quadri.jpg

L'archéofuturisme est une pensée du concret. Dans ses livres, Guillaume Faye déballe une batterie de propositions pour donner chair à l'idée, pour l'appliquer aux défis de la civilisation européenne. Il y a un peu de tout dans ce brainstorming : des intuitions suggestives et des spéculations risquées, des approches raisonnables et des divagations chimériques. Dans sa vision de la "convergence des catastrophes", Faye tombe dans une sorte de déterminisme. Il ne tient pas compte du fait que, si une crise économique majeure est hautement probable, le capitalisme est après tout construit sur des cycles de croissance, de crise et de dépression (les cycles de Kondratiev et la "destruction créatrice" de Schumpeter). Elle déprécie également la capacité des avancées technologiques à contrer les limites physiques de la croissance. En cela, il est incohérent, étant donné son exaltation enthousiaste de la techno-science. Faye s'insurge contre la "technophobie" qui affecte historiquement la pensée de droite. Dans ce domaine, il avait des idées brillantes.

L'expansion des hypertechnologies - selon Faye - ne nous conduit pas vers un monde plus égalitaire, mais vers des modèles sociaux plus archaïques et hiérarchiques. Il écrivait cela en 1998, à l'apogée de l'ère optimiste des idéologues de l'internet. Aujourd'hui, nous pouvons déjà constater que les technologies conduisent non seulement à une "démocratisation de la connaissance", mais aussi à des formes spécifiques d'aliénation, voire à une brutalisation généralisée. En revanche, une véritable éducation de qualité est de plus en plus inaccessible pour les gens ordinaires. Dans le monde hyper-technologique, les personnes ayant les "blocs d'élite" les plus forts et les mieux sélectionnés et les masses les plus organiquement intégrées gagneront. La concurrence technologique et la guerre pour les ressources rares favoriseront les sociétés les plus traditionnelles et holistiques, celles capables de produire en masse des produits de haute technologie comme tremplin vers l'innovation. N'est-ce pas déjà le cas en Chine ? Dans tous les cas, il faudra se libérer de l'orgueil de la modernité : de cette illusion égalitaire qui distribue titres et diplômes et fait croire à chacun qu'il peut s'élever au sommet. Cependant, les jours de cette illusion sont comptés. La nouvelle ère numérique va accélérer le processus. A ce stade, nous entrons pleinement dans "l'utopie d'extrême-droite" de Guillaume Faye. 

Depasser-archeofuturisme.jpg

"Le monde que voit Faye est un monde de grands États, d'empires qui englobent les grandes régions de la civilisation. Après la catastrophe, la science et la technologie n'auront d'autre choix que d'être confinées à certaines zones géographiques, abandonnant le rêve égalitaire d'une civilisation universelle. Les élites de ces empires "bénéficieraient de toutes les technologies hypermodernes et les utiliseraient comme instruments pour établir une puissance planétaire indestructible. Le reste de la population renouera avec la terre, aura un mode de vie agraire et développera une culture populaire, stable et éternelle. L'archéofuturisme est donc archaïque, agraire et écologique pour la grande masse des gens, et hyper-technique et futuriste pour les élites" (Robert Steuckers) [19]. Une vision brutale d'une humanité à deux vitesses, qui contraste avec la vision alternative - également inquiétante - d'une société de consommation illimitée pour 10 milliards de personnes dans le monde.

Rêves pour certains, cauchemars pour d'autres.

Du côté des Titans

Guillaume Faye ouvre une porte qui passe rarement par la pensée "de droite", et le fait avec un coup de pied. La droite doit penser techno-science: cette "alliance infernale" entre informatique et biologie, biotechnologie et biogénétique. Un monde qui est à notre porte et qui entraînera une impuissance éthique sans précédent, aux effets dévastateurs. C'est cette réalité qui mettra fin à la modernité (et non le post-modernisme bon marché des universités anglo-saxonnes). La communauté scientifique est désormais prise dans un dilemme : aller jusqu'au bout ou céder au "terrorisme intellectuel de l'égalitarisme", qui cherche à maintenir "les mythes canoniques de la religion des droits de l'homme, comme celui de l'égalité génétique des groupes humains". La cartographie complète du génome humain a annoncé la démolition de ces mythes il y a plusieurs décennies. Pour résister au choc global de la génétique du futur, écrit Faye, "il faudra une mentalité archaïque" [20]. La science et la technologie sont pour lui les alliées de l'archaïsme.

La méditation sur la technologie est le cœur même de la conception archéofuturiste. Dans une étude éblouissante sur Heidegger - publiée en 1982 - Faye a offert une réinterprétation originale du maître de la Forêt-Noire, généralement considéré comme un penseur peu enclin à la technique. Il y a écrit : 

"C'est par un projet fier et assumé d'un monde hyper-technifié - et non par une régression vers une civilisation non-technique - que l'Europe, pour Heidegger, redonnera un sens à son existence historique. Une spiritualité immanente prendra alors le relais d'une spiritualité transcendante, devenue impossible dans la mesure où elle est épuisée". Faye croit avoir décelé un moyen de réintroduire la technique - de manière positive - dans le système de Heidegger [21]: "la science au service de la technique : cette dernière constitue un destin historique dont l'objet n'est pas la connaissance, mais l'action". L'essence de la technologie révèle une caractéristique historique de la civilisation européenne: la maîtrise est plus importante que la connaissance". Selon cette interprétation, la technologie entraînerait un réenchantement du monde et un dépassement du nihilisme: "au monde désespérant de l'humanisme rationnel, Heidegger oppose l'avènement, au cœur de la science moderne, du sacré (das Heilige)". Comme le soulignait Hölderlin: "là où il y a du danger (dans la technique), il y a aussi ce qui sauve" [22]. Une interprétation de Heidegger qui n'est peut-être pas philologiquement correcte, mais qui est pleinement cohérente, et qui contient potentiellement toute la conception de l'archéofuturisme.

Guillaume Faye a franchi un seuil que d'autres, de "droite", ont depuis suivi. Évidemment, ce seuil mène à un abîme. Pour la première fois de son histoire, l'humanité a accès aux moyens de se transformer en tant qu'espèce. Les risques sont immenses. Celles de la réification des personnes - à travers, par exemple, la création de brevets sur les êtres humains - en font partie, surtout dans un système qui n'est mû que par la logique de l'argent. C'est un débat difficile et immense, surtout pour les familles de pensée fondées sur une tradition religieuse. Mais qu'on le veuille ou non, la question "biopolitique" est déjà au cœur du débat idéologique. Il serait souhaitable de l'aborder au-delà des jugements sommaires et des admonestations sentencieuses. L'essayiste Romain d'Aspremont - également très critique à l'égard de Faye - prône un "droit prométhéen" résolument engagé dans le génie génétique. Le transhumanisme ne peut être arrêté", écrit-il, "et ce seront les pays les plus audacieux qui en prendront le contrôle, laissant derrière eux les plus timorés et les plus conservateurs" (23).

Un autre intellectuel de droite, Julien Rochedy, affirme que " la clé du transhumanisme réside avant tout dans le sens dans lequel l'humanité doit l'utiliser, plutôt que dans la question de savoir s'il faut l'interdire ou non (...) Si la pensée traditionaliste ne lui donne pas ce sens, si elle échappe au débat et ferme les yeux, ce seront des individus aux instincts médiocres qui se le procureront, des apprentis sorciers aux instincts médiocres" (24). Le débat est lancé sur un terrain - celui de la droite dissidente - qui n'était a priori pas très fertile. 

Des objections importantes sont soulevées dans ce débat. À propos de l'archéofuturisme, Alain de Benoist écrivait: "il est frappant de constater que la seule chose que l'on puisse opposer à l'époque actuelle est une intensification de toutes ses tendances: plus de volonté de domination ; plus de frénésie technologique ; plus d'exclusion ; plus de fuite en avant". Un processus accéléré avec tous les ingrédients de l'autodestruction. Prométhée contre Zeus ; prendre le parti des Titans" [25].

Mettre fin au conservatisme 

Guillaume Faye oblige le lecteur à changer constamment de registre. On ne sait pas très bien ce qu'il est : un visionnaire, un prophète, un pamphlétaire, un journaliste, un philosophe social ou un auteur de science-fiction. Avec son talent pour la formule et la synthèse, il est capable de glisser, en une seule phrase, une leçon complète de philosophie politique. Il est peut-être l'inventeur d'un nouveau genre: la fan-science politique. Il est facile de le rejeter comme un droitier éclairé, ou comme l'idéologue d'une utopie sinistre. Mais c'est une fausse fermeture, car les stigmates ne sont pas des arguments. Indifférentes aux condamnations morales, les idées maudites continuent leur course. Que faire des idées et des visions de Guillaume Faye?

Comme c'est souvent le cas en science-fiction, Guillaume Faye a travaillé avec la matière à partir de laquelle les mythes sont forgés. Ayant rompu ses amarres avec la pensée conventionnelle, Faye a formulé un diptyque - la "convergence des catastrophes" et l'"archéofuturisme" - qui est mal assemblé et dans lequel les contradictions abondent. De plus, son exaltation de la techno-science est idéaliste et accélérée. Il est inutile de chercher une réflexion sérieuse sur les dangers du transhumanisme. Mais il faut toujours s'attendre à des incohérences de la part des artistes. Qui se soucie du fait que la chronologie d'Orwell dans 1984 était fausse, ou que l'"État mondial" prophétisé par Huxley ne se réalisera jamais? Cela n'enlève rien à la nature prémonitoire de ses visions, dont beaucoup se réalisent avec une précision étonnante. Les visions de Faye peuvent sembler absurdes, parfois délirantes, mais elles sont pleines d'intuitions valables et de vérités dures. "Les choses doivent être dites une fois pour toutes", a-t-il écrit, "car il n'y a pas de temps à perdre". Faye dit tout ce que presque personne d'autre n'ose dire aujourd'hui - y compris ceux qui se présentent comme "politiquement incorrects" - et le fait sans euphémisme ni complaisance. Les dogmes de l'idéologie occidentale sont décortiqués comme une collection d'absurdités pieuses, comme une propagande intimidante face à la nature et à la vie. Universalisme, égalitarisme, pacifisme, multiculturalisme, théorie du genre, métissage, déconstruction, postmodernisme... Faye ne fait pas de prisonniers. Quelques conclusions peuvent être tirées de ce feu de joie purificateur. 

D'abord, que les illusions politiquement correctes devront céder la place, à plus ou moins brève échéance, à une série de réalités primordiales. Un test de réalité attend ce modèle économique, social et culturel qui se croyait à l'abri du vent de l'histoire, comme s'il pouvait marcher sur l'eau. Mais l'histoire n'est pas un long fleuve tranquille, mais un courant tumultueux prêt à déborder dans une direction ou une autre.

Deuxièmement, l'intuition que l'archaïsme est toujours à l'affût et revient tôt ou tard en force. Civilisation et archaïsme entretiennent une sorte de relation dialectique. Ce que nous gagnons en civilisation - en maximisant le confort individuel - nous le payons en instincts de survie fondamentaux, y compris l'instinct de reproduction. Mais comme l'a souligné Raymond Ruyer, la nature est instinctive, non hédoniste. Seul l'instinct - et non le "désir" - est "naturel" au sens strict. C'est pourquoi toutes les civilisations, dans la mesure où elles privilégient la raison calculatrice, sont en un certain sens "dysgéniques" (elles contredisent les schémas de la sélection naturelle) et sont en un certain sens "suicidaires". Il y a alors un moment de rééquilibrage - le retour de l'archaïsme - qui pourrait bien être une "invasion des barbares". Guillaume Faye propose de ne pas attendre les barbares. Les Européens - souligne-t-il - doivent se tourner vers leur fond ancestral, le métamorphoser et le projeter dans l'avenir.

Troisièmement, Faye - qui se trouve être "de droite" - propose de faire table rase des grandes familles de droite: "traditionalistes", "réactionnaires" et "conservateurs". Surtout ces derniers. Se proclamer "conservateur" dénote, dès le départ, une attitude médiocre. Toute personne qui n'a que le désir de "conserver" mérite de perdre pour cette seule raison. La vie est une invention, un défi, un saut dans l'inconnu. Dans le domaine culturel, c'est presque toujours la gauche qui innove - bien que dans des directions désastreuses - et les conservateurs se contentent de suivre, généralement au ralenti. L'éternelle dynamique du conservatisme: le "progressiste" d'aujourd'hui sera le "conservateur" de demain. Le conservateur est un progressiste à effet retard. Comme le disait Chesterton, "l'occupation des progressistes est de faire des erreurs, et l'occupation des conservateurs est de les empêcher d'être corrigées". Être conservateur - a écrit Michael Oakeshott - est "une façon de nous accommoder aux changements et aux activités qui sont imposés à tous les hommes" [26]. Y a-t-il une plus grande déclaration de passivité? Une question d'adaptation, donc. Aucune philosophie politique ne s'enorgueillit d'autant de blasons dorés que le conservatisme: une philosophie d'éminents doctrinaires et de polémistes étincelants, à déguster dans la chaleur d'une cheminée en fumant une pipe et en étant vêtu de tweed. Mais le paysage extérieur n'est pas celui d'une paisible campagne anglaise, mais un paysage post-industriel sous les pluies acides, avec des gangs ethniques qui se bousculent pour le territoire. C'est le monde de l'archéofuturisme. 

005790347.jpg

D'un autre point de vue, l'archéofuturisme pourrait être considéré comme une radicalisation des "conservateurs-révolutionnaires" du XXe siècle, ceux qui, plutôt que de "conserver", voulaient transformer les valeurs ancestrales en une synthèse révolutionnaire. 

En définitive - et malgré ses sinistres prédictions - Guillaume Faye n'était pas un pessimiste, bien au contraire. Il est diamétralement opposé, par exemple, au fatalisme de Michel Onfray, qui prétend que les jours de la civilisation occidentale sont comptés, que le "judéo-christianisme" ne survivra pas à la menace islamique et qu'il ne reste plus qu'à "disparaître avec style et élégance" [27]. Bien au contraire : l'archéofuturisme est un cri d'insurrection contre la fatalité, un appel à la confiance: en la Providence, en la Fortuna romaine, en la Moira grecque. L'archéofuturisme est conscient que, finalement, l'histoire est tragique et incertaine, que les mouvements sociaux ne sont pas rationnels et que la volonté humaine peut pousser l'histoire dans de multiples directions. Guillaume Faye avait une confiance absolue dans la capacité de réaction de l'homme européen. Mais nous n'en sommes pas encore là. L'homme européen est trop attaché aux biens de la civilisation, trop bourgeois, trop mou. Ce n'est que lorsqu'il n'aura presque plus rien à perdre qu'il réagira. 

Pourquoi lire Guillaume Faye aujourd'hui ? 

Pour le meilleur ou pour le pire, nous vivons un "printemps des idéologies". Populisme, extrême gauche, extrême droite, islamisme, néo-féminisme, wokisme... les visions les plus étranges et les propositions les plus incroyables prolifèrent partout. Ce qui semble clair, c'est que l'ordre d'après-guerre garanti par l'hégémonie américaine appartient au passé, et ne reviendra jamais. Dans ce contexte, écrit le journaliste britannique Aris Roussinos, nous devons accepter l'idée qu'une idéologie émergera tôt ou tard pour succéder à un ordre libéral de plus en plus déconnecté de la réalité. Peut-être une telle idéologie existe-t-elle déjà, tapie dans un obscur secteur marginal (comme le communisme a existé avant de prendre le pouvoir). Il convient donc de garder un œil sur ce qui bouge en marge, là où pourrait se trouver le véritable ferment idéologique du XXIe siècle. Dans cette atmosphère de changement d'époque, "l'existence d'excentriques est cependant largement positive, car elle montre qu'il y a des gens qui réfléchissent sérieusement à ce qui devrait remplacer le cadre intellectuel et politique qui se meurt autour de nous" [28].

Y a-t-il un plus grand excentrique que Guillaume Faye ? Son "archéofuturisme" est présenté comme un mythe, mais avec un contenu extraordinairement politique. Si l'on s'en tient à la littéralité de ses visions, beaucoup d'entre elles paraîtront farfelues et absurdes. Mais le "mythe" qu'ils présentent n'en est pas un du tout, pour ceux qui savent le comprendre. C'est là que résident l'ambiguïté et la puissance du mythe, ainsi que sa capacité à créer un langage qui lui est propre, ce que fait Guillaume Faye. Après tout, la "vérité" peut prendre une multiplicité de formes, et les grands projets sont souvent annoncés sous la forme d'une vision ou d'un mythe [29]. En définitive, les mythes ne sont pas des descriptions des choses, mais l'expression d'une volonté d'agir.

Jeune-Bretagne-Crise-européenne-12-1.jpg

Pour qui Guillaume Faye écrivait-il ? Principalement pour les jeunes. Il avait déjà annoncé que le système les enfermerait dans une cage: celle des sous-cultures juvéniles, de la fausse rébellion, du cirque des identités [30]. C'est le monde artificiel de "la nouvelle bourgeoisie sauvage, dont l'esprit est limité par le pragmatisme technologique, et dont la sensibilité est émoussée par le contact avec une sous-culture américaine". Et il a écrit :

"Mais l'artifice peut se retourner contre son propre maître. Que les créateurs de fausse jeunesse se méfient : tant qu'il y a des "inspirateurs", tout est possible. Peut-être qu'un jour les jeunes pourront les écouter. Comme le "fleuve de la vie", la jeunesse revient toujours avec chaque nouvelle génération. Et les "inspirateurs" sèment. Pas pour ce monde. Non pas pour cette jeunesse, mais pour la jeunesse à venir" [31].

Guillaume Faye est mort en mars 2019 ; un an avant une catastrophe qu'il avait annoncée: le retour des pandémies. Dans les jours qui ont suivi sa mort, une rumeur surprenante a été lancée. Dans un texte émouvant, l'un de ses amis a rapporté que, durant ses derniers jours, Faye a reçu l'aide spirituelle d'un prêtre dominicain et qu'il est mort - selon les termes de ce dernier - "dans la foi de son enfance et en toute simplicité de cœur" [32]. Certains de ceux qui l'ont connu ont déclaré que cela ne pouvait pas être possible. Un canular posthume ? Avec Guillaume Faye, on ne sait jamais....

Notes de la deuxième partie:

[1] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales, L'Aencre 2011, p. 55.

[2] Ernst Cassirer, Le mythe de l'État (1947). Cité par Manuel García Pelayo dans Los Mitos Políticos. Alianza Editorial 1981, p. 19. 

[3] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales. L'Aencre 2011, p. 73. Le terme grec Archés signifie " commencement/origine " mais aussi " mandat " ou " ordre ", ainsi que la relation nécessaire établie entre les deux termes. En effet, l'"origine" est toujours la source de l'autorité, et elle marque de son empreinte tout ce qui suit. Ce n'est pas pour rien que la notion d'Arché - rappelle le philosophe Baptiste Rappin - est au cœur de tout le système métaphysique conçu par les Grecs anciens. L'Arché est donc la cible principale à détruire par les tenants de l'an-archie, c'est-à-dire par ceux qui prônent une pensée déconstruite, sans origine ni autorité. En tant que revendication de l'Arché, l'archéofuturisme apparaît ainsi comme un ennemi absolu de la pensée postmoderniste et de son idée de déconstruction. (Baptiste Rappin, Abécédaire de la Déconstruction. Les Editions Ovadia 2021, pp. 13-20).   

[4] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales, L'Aencre 2011, pp. 67 et 151.

[5] "Max Weber : entre relativisme et individualisme méthodologique. Entre vista con Michel Maffesoli". Rafael Arriaga Martínez. http://www.scielo.org.mx/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S1870-11912012000200006

[6] "Aux armes, citoyens ! L'autodéfense 2.0 selon Bernard Wicht et Alain Baeriswyl". Éléments por la civilisation européennenº 173, août-septembre 2018, p. 69.

[7] Guillaume Faye, Comprendre l'Islam, Éditions Tatanis 2015, p. 277. 

[8] Raymond Ruyer, Les cent prochains siècles : le destin historique de l'homme selon la nouvelle gnose américaine. Fayard 1977. 

[9] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales, L'Aencre 2011, p. 68.

[10] Martine Gozlan, Le désir d'Islam. Grasset 2005. 

[11) En novembre 2021, le Conseil de l'Europe - sancta sanctorum des "valeurs européennes" - a fait l'éloge du port du voile islamique comme symbole de "liberté" dans une campagne publicitaire (bien qu'il ait dû se rétracter partiellement face aux protestations de plusieurs femmes musulmanes). Cette campagne du Conseil de l'Europe - une sinécure bien rémunérée pour des politiciens amortis - illustre la pusillanimité des institutions européennes, qui trouveront toujours un moyen de s'abandonner à des valeurs archaïques lorsqu'elles estiment avoir le dessus. 

[12] Guillaume Faye, Comprendre l'Islam. Éditions Tatamis 2015, p. 10.

[13] Guillaume Faye, Comprendre l'Islam. Dans cet ouvrage, Guillaume Faye décrit la fascination réciproque entre l'islam et le nazisme : culte de la violence guerrière, antijudaïsme, antichristianisme et goût pour une société unidimensionnelle et totalitaire. Contrairement à ceux qui associent le néonazisme à l'islamophobie, Faye rappelle l'islamophilie qui prévaut chez de nombreux néonazis (comme on peut le voir, par exemple, dans les travaux de l'islamologue allemande Sigrid Hunke : The Sun of Allah Shines on the West) et leur utilisation de l'atout pro-palestinien pour attaquer les Juifs. Comme le raconte Albert Speer dans ses mémoires, Hitler a affirmé que l'Islam était "parfaitement adapté au tempérament allemand" en tant que religion "qui glorifie l'héroïsme et ouvre les portes du ciel aux guerriers audacieux" et sous laquelle "les races germaniques auraient conquis le monde". Guillaume Faye a été attaqué par l'extrême droite comme "pro-sioniste".

[14) La vision de Faye de l'Islam est, à long terme, concluante : même si aujourd'hui il navigue à la faveur de l'histoire - écrit-il - il finira par être victime de lui-même : de sa rigidité morale, de son manque de solutions, du fait qu'il se situe en dessous du niveau intellectuel et culturel moyen de l'humanité. Il y aura alors " un mouvement de désaffection, de lassitude, de déception et de révolte (...) son flux sera éphémère et finira par se dessécher dans les sables dont il est issu " (Comprendre l'Islam. Editions Tatamis 2015, pp. 286-287). Cette conclusion semble s'accommoder d'une vision " progressiste " de l'histoire qui, curieusement, serait en contradiction avec les prémisses idéologiques de Faye. D'autre part, son identification de l'islamisme à l'islam est également problématique. Il ne fait aucun doute que l'aversion de Faye pour l'islam européen le fait tomber dans une vision simpliste, dans la mesure où il semble ignorer la pluralité du monde islamique et les réalisations de sa civilisation.

[15] Guillaume Travers, La société de surveillance, stade ultime du libéralisme, La Nouvelle Librairie 2021. Shoshana Zuboff, L'ère du capitalisme de surveillance. Le combat pour un avenir humain à la nouvelle frontière du pouvoir.Profile Books 2019. 

[16] Peter Sloterdijk, interview pour Point (avril 2007). Cité par Guillaume Faye dans Sexe et déviance. Arktos 2011, p. 90-91. 

[17] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales, L'Aencre 2011, p. 69.

[18] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales, L'Aencre 2011, p. 70.

[19] "Guillaume Faye et l'Archéofuturisme". Entretien avec Robert Steuckers, par Philip Stein". En version espagnole: https://www.elinactual.com/p/guillaume-faye-y-el-arqueofuturismo.html

[20] Guillaume Faye, L'Archéofuturisme. Techno-science et retour aux valeurs ancestrales, L'Aencre 2011, p. 108-109.

[21] Robert Steuckers, "Adieu, Guillaume Faye, après quarante-quatre ans de lutte commune", in : Guillaume Faye, Vérités et hommages, Arktos 2020, pp. 52-53. 

[22] Guillaume Faye et Patrick Rizzi, "Pour en finir avec le nihilisme. Lectures de Heidegger". Nouvelle Ecole n° 37, printemps 1982, pp. 12-46. 

[23] Romain D'Aspremont, Penser L'Homme nouveau. Pourquoi la droite perd la bataille des idées.Amazon 2018, p. 235. 

[24] Julien Rochedy, "Penser le transhumanisme à partir de la tradition". Elinactual.com

https://www.elinactual.com/p/blog-page_615.html

[25] Alain de Benoist, Dernière Année. Notes pour conclure le siècle. L'Age d'Homme 2001, p. 183. 

[26] Michael Oakeshott, "On being Conservative", in : Rationalism in politics and other essays.Liberty Fund 1992, p.410. 

[27] Michel Onfray, Décadence : vie et mort de l'Occident, Éditions Paidós 2018.

[28] Aris Roussinos, "L'homme qui a prédit 2020".

https://unherd.com/2020/05/the-man-who-predicted-2020/

[29] Michael O'Meara, "Pourquoi lire Guillaume Faye", in :  Guillaume Faye et la bataille de l'Europe. Arktos 2013, édition Kindle. 

[30] Guillaume Faye, La Nouvelle Société de consommation, Le Labyrinthe 1984,

[31] Guillaume Faye "Les héros sont fatigués". Dans : Alain de Benoist-Guillaume Faye, Les idées de la "Nouvelle Droite". Une réponse au colonialisme culturel, Editions Nouveau Art Thor 1986, p. 324. 

[32] http://www.contre-info.com/la-mort-chretienne-de-guillaume-faye

mercredi, 01 décembre 2021

Une avant-garde faustienne

3d3a857920d06a4ceba3856a95638485.jpg

Une avant-garde faustienne

par Georges FELTIN-TRACOL 

Le public français cultivé connaît le dadaïsme et le surréalisme. En revanche, le futurisme lui semble toujours un mystère. Pourtant, le Manifeste du futurisme de Filippo Tommaso Marinetti paraît dans Le Figaro du 20 février 1909. Au contraire du surréalisme curieux de la révolution bolchevique, le futurisme qui créa après 1918 un éphémère Parti futuriste, constitue une des bases du fascisme italien avec le syndicalisme révolutionnaire et l’interventionnisme de gauche.

c9f820cdbe954add9c9cafc792201eb6.jpg

Les éditions Auda Isarn viennent de publier un ouvrage qui contient, outre le texte fondateur, un second manifeste (Tuons le clair de lune !!), un virulent tract intitulé Contre Venise passéiste, Le Mépris de la femme que goûteront avec un rare plaisir toutes les hystériques féministes d’Occident et d’ailleurs, Ce qui nous sépare de Nietzsche et Destruction de la syntaxe (manifeste technique de la littérature futuriste). Le futurisme ne se limite pas aux seuls domaines littéraire et pictural. Il incite aux expériences architecturales, musicales, photographiques et culinaires !

marfut.png

Le futurisme surgit dans une Italie inachevée, en quête de ses terres irrédentes (Trentin, Istrie, Dalmatie) et d’une unité intérieure précaire. Réaction ultra-moderne à la Modernité, cette ferme volonté ouvre des pièces remplies de naphtaline. On sait que les futuristes s’enthousiasment pour la mécanique, l’aéroplane et l’automobile. « Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte. » Par-delà « une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace », ils revendiquent leur dromophilie puisque « nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse ». Plus loin, le manifeste fondateur assure que « nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente ».

28d6d9167599b2c5992e96e96d374df2.jpg

À travers les différents écrits présentés dans ce recueil à la belle couverture, on devine l’ombre du comte de Lautréamont et de ses Chants de Maldoror avec en surplus une patine « technicisée »… Le futurisme entend choquer la bienséance bourgeoise, d’où sa volonté de « démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires ».

3753d442834e5e06bbf4d1fdb9010952.jpg

Avant-garde annonciatrice des « orages d’acier » et du déchaînement de l’élémentaire titanesque pendant la Grande Guerre, le futurisme a eu une postérité qui ne se restreint pas au seul fascisme. Vers 2007 – 2008, Radio Bandera Nera, la Web-radio de CasaPound Italie, émettait depuis le Québec une émission francophone intitulée « Tuons le Clair de Lune » animée par Sébastien de Boëldieu et son épouse Chiara. En 2010, quand elle s’arrête, une autre reprend aussitôt le créneau horaire : « Méridien Zéro » qui deviendra plus tard une bien belle radio sur Internet. La conclusion de Destruction de la syntaxe donne une résonance singulière à ce qu’écrivait le jeune Guillaume Faye dans les années 1980. « Après le règne animal, voici le règne mécanique qui commence ! Par la connaissance et l’amitié de la matière, dont les savants ne peuvent connaître que les réactions physico-chimiques, nous préparons la création de l’homme mécanique aux parties remplaçables. Nous le délivrerons de l’idée de la mort, et partant de la mort elle-même, cette suprême définition de l’intelligence logique. » Outre que Marinetti prévoit le cyborg, on ne peut que se rappeler les dernières cases de la bande dessinée dont le scénario revint à Guillaume Faye, Avant-guerre (Carrere, 1985). Le narrateur, citoyen de Cosmopolis, ne termine pas son enquête, car son corps est détruit et son cerveau, gardé intact, est transféré dans « une machine de guerre… La plus infernale, la plus totale ».

a71ad26ffd8562051e25e78f2fed686d.jpg

Dans cet album dessiné par les frères Simon et qui est à bien des égards prémonitoire, les pilotes de chasse de Squaline, en s’installant dans leur poste de pilotage, adressent une prière à leur redoutable appareil à l’instar des futuristes qui exaltaient l’automobile, l’usine et le chemin de fer. On entend ces incantations néo-européennes dans Scène de chasse en ciel d’Europe, la pièce radiophonique écrite et jouée par Guillaume Faye et Olivier Carré sur les ondes d’une radio libre à Paris au début de la décennie 1980. Avant que les Squaline de la Fédération impériale euro-sibérienne ne détruisent un Jumbo d’une compagnie aérienne occidentale, les pilotes saluent là encore leurs engins, célèbrent leurs fusées et enfilent leur combinaison de combat en respectant un rituel spécifique, librement inspiré du précédent marinettien.

609da1be31c264372e430df2332d7942.jpg

Guillaume Faye n’a jamais apprécié le traditionalisme quand bien même il s’ouvrira à l’archaïque dès son essai méconnu de 1985, Europe et Modernité (Eurograf). Cet essai constitue une véritable transition entre sa récente période néo-droitiste, son moment d’impostures téléphoniques en tant que Skyman et son retour fracassant à partir de 1998. L’archéofuturisme qu’il théorise dans  un ouvrage éponyme relie le futurisme aux principes archaïques renaissants. Fortement influencé par Giorgio Locchi, le surhumanisme fayen tend parfois avec son appel à développer des chimères (les combinaisons génétiques entre l’homme et les animaux) vers un transhumanisme faustien, c’est-à-dire orienté vers le tragique. Or, Marinetti n’écrit-il pas dans Le Mépris de la femme que « nous avons même rêvé de créer un jour notre fils mécanique, fruit de pure volonté, synthèse de toutes les lois dont la science va précipiter la découverte » ? N’est-ce pas là une anticipation des utérus artificiels à venir ?

a978671e413e04be13da2a426876f119.jpg

Le futurisme italien a marqué non seulement les arts européens, mais aussi et surtout l’histoire des idées. Son volontarisme exacerbé couplé à ses provocations répétées enflammèrent la Péninsule ainsi qu’une grande partie du Vieux Monde. Et si le futurisme n’exprimait-il pas finalement le retrait d’Apollon à Thulé, le dédain envers l’humanitariste Prométhée, l’ère de Dionysos et l’avènement de Faust ?

GF-T

  • F.T. Marinetti, Tuons le clair de lune !, introduction de Pierre Gillieth, Auda Isarn, 2021, 68 p., 12 €.
  • D’abord mis en ligne sur Terre & Peuple, le 25 novembre 2021.

17:56 Publié dans art, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, italie, futurisme, marinetti, guillaume faye, avant-gardes | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 03 octobre 2021

L’Occident comme déclin (Guillaume Faye)

4222495833.jpg

L’Occident comme déclin (Guillaume Faye)

Dans cette vidéo, nous aborderons une œuvre capitale de Guillaume Faye, bien que moins connue des nouvelles générations: « l’Occident comme déclin ». Écrit durant la première partie de sa vie intellectuelle, il s’agit d’un texte aussi incisif que profond, opérant une distinction fondamentale entre l’Occident comme idéologie et mode de vie à part entière et la civilisation européenne. Si l’Occident est né de l’Europe, il s’est depuis longtemps constitué comme une force opposée à elle. La réflexion de Faye embrasse donc l’évolution historique de l’Occident, les caractéristiques fondamentales de « l’idéologie occidentale » ainsi que l’épineuse question du déclin, déjà abordée par Oswald Spengler. Bien que la pensée de Faye ait évolué par la suite et qu’il ait apporté certaines nuances à ses critiques de l’Occident, ce texte n’en demeure pas moins le cœur de sa pensée politique et philosophique, qui constitue la matrice de ses développements ultérieurs.
 
 
Pour me suivre sur les réseaux sociaux :
- Mon canal Telegram : https://t.me/EgononOfficiel
- Mon compte Twitter : https://twitter.com/egonon3
- Mon compte Instagram : https://www.instagram.com/ego.non
 
Pour me soutenir sur tipeee : https://fr.tipeee.com/ego-non
 

D1Dy8PeWkAETZ7M.jpg

Pour se procurer les livres de Guillaume Faye :
- L’Occident comme déclin (pdf) : https://www.revue-elements.com/produi...
- Contre l’économisme (pdf) : https://www.revue-elements.com/produi...
- La nouvelle société de consommation (pdf) : https://www.revue-elements.com/produi...
- Guerre civile raciale : https://danielconversano.com/product/...
- L’Archéofuturisme, Avant-Guerre et Pourquoi nous combattons : https://nouvelle-librairie.com/?s=gui...
 
Musique :
- Richard Wagner : Faust – Ouverture
- Franz Schubert : Der Müller und der Bach
- Franz Schubert : Impromptu 3 in G-flat major, D. 899 (Op. 90) no. 3
- Franz Schubert : Fantasy in F minor D. 940
- Antonio Vivaldi : Concerto for Strings in D minor, RV 128
- Richard Strauss : Also sprach Zarathustra

mercredi, 14 juillet 2021

Nederland de Guillaume Faye: un roman posthume prenant et déjanté

mGFNLsdefault.jpg

Nederland de Guillaume Faye: un roman posthume prenant et déjanté

Par Johan Hardoy

Ex: https://www.polemia.com/nederland-de-guillaume-faye-un-roman-posthume-prenant-et-dejante/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=la_lettre_de_polemia&utm_term=2021-07-14

Découvrez la dernière histoire « foutraque » d’un penseur original : Nederland de Guillaume Faye. À noter que ce roman posthume est édité par Daniel Conversano via sa maison d’édition Alba Léone.
Avant toute chose, il convient de présenter brièvement l’auteur, disparu en 2019 à l’âge de 70 ans, pour comprendre comment cet ouvrage posthume s’inscrit dans son œuvre.

Un intellectuel original

Né en 1949 à Angoulême, dans un milieu bourgeois, Guillaume Faye a tout d’abord appartenu au premier cercle des jeunes théoriciens de la Nouvelle Droite réunis autour d’Alain de Benoist.

Il développait alors une théorie politique favorable à une lutte commune des Européens et des ressortissants du « Tiers-monde » contre l’américanisme et le sionisme, visant à combattre le système capitaliste néolibéral et son corollaire, le déracinement des populations (cf. son excellent livre, « Le Système à tuer les peuples », paru en 1981 aux Éditions Copernic).

Après un début de carrière fulgurant, Guillaume Faye a quitté ce milieu dans les années 1980 pour exercer diverses activités parfois surprenantes. Il est ainsi devenu, entre autres, un animateur pourvoyeur de canulars en tout genre dans une radio libre très populaire auprès des jeunes !

À la fin des années 1990, il est revenu dans le débat culturel et politique en publiant plusieurs ouvrages très remarqués dans les milieux nationalistes. En rupture avec certaines de ses idées de jeunesse, il a adopté un discours très virulent à l’encontre de l’Islam, tout en se proclamant tout d’abord « judéo-indifférent » puis partisan d’une alliance de raison avec les « sionistes ». Selon lui, les musulmans constituent en effet les « ennemis » d’une « Eurosibérie » destinée à s’unir de l’Atlantique au Pacifique, les impérialistes américains n’en étant que des « adversaires ».

Guillaume Faye a également proposé divers concepts, dont celui d’« ethnomasochisme » qui a rencontré un succès certain au-delà même des groupes identitaires et radicaux.

Nederland-portrait-femme-532x500.png

Par ailleurs, il s’est beaucoup intéressé à la dimension « faustienne » de la civilisation européenne et aux avancées et promesses de la techno-science. Un autre de ses concepts, l’« archéofuturisme », exprime une volonté de dépassement des idéologies de la modernité par le biais d’un retour à des « valeurs archaïques » conjuguées à la plus franche modernité technologique. Une réaction jugée nécessaire devant la « convergence des catastrophes » qui s’annonce sur le continent européen…

Un roman posthume prenant et déjanté

Son dernier livre n’est pas un essai ou un pamphlet, mais un récit rocambolesque dont le protagoniste principal est un triste sire prénommé Bartholomé. L’action se passe dans un univers parallèle et sur une planète qui ressemble beaucoup à la nôtre.

Cet anti-héros, qui réside dans la capitale d’un pays qui rappelle trait pour trait les États-Unis, tombe fou amoureux d’une voisine qu’il observe régulièrement de la fenêtre de son appartement, car elle habite en face de chez lui. Après avoir remarqué une présence masculine chez la belle, il décide de se procurer une arme de chasse et un silencieux pour éliminer son rival, ce qui lui permettra d’adresser la parole à la jeune femme pour la première fois en allant la consoler. L’occasion se présente bientôt lorsqu’il aperçoit les deux tourtereaux qui prennent l’air sur le balcon. Il passe immédiatement à l’acte en tuant l’homme, tout en cherchant à effacer les traces de son crime.

Très vite, d’importants moyens policiers et même militaires sont mis en œuvre, car, ô surprise !, la victime s’identifie au Président de la République Franck Nederland !

Interrogé lors de l’enquête de voisinage, l’assassin lance spontanément les enquêteurs sur une fausse piste qui les oriente vers un groupe subversif connu. En outre, la presse révèle que sa voisine, qui recevait en secret le Président chez elle, est une journaliste dont les « sympathies dissimulées et implicites » sont favorables à ce mouvement révolutionnaire, ce qui conduit à sa mise en détention provisoire.

Bartholomé est alors invité au journal de 20 heures de la chaîne télévisée la plus regardée, car son témoignage, qui a évidemment « fuité », se révèle déterminant. Parmi les téléspectateurs, une détective privée décide pourtant de reprendre l’enquête parce qu’elle est intuitivement convaincue que c’est lui le tueur.

tumblr_nh60nxtAZb1slzegfo2_1280.jpg

En attendant, la voisine est rapidement condamnée, en première instance, à la peine de mort pour complicité et incitation au meurtre sur la personne du Chef de l’État.

De son côté, la détective avance vite, puisqu’elle a déjà retrouvé l’arme du crime cachée maladroitement.

Quelques jours plus tard, c’est donc au tour de Bartholomé d’être arrêté et incarcéré. Des preuves matérielles l’accusent désormais, notamment après la découverte chez lui des douilles des balles utilisées pour tuer le Président.

Son avocat, un ténor pénaliste du Barreau qui le défend gratuitement parce que son procès lui assurera une grande notoriété, lui explique quel doit être son système de défense : il doit plaider le crime passionnel en affirmant que sa voisine l’a séduit en vue de l’inciter à tirer sur un homme qu’elle lui a présenté comme un harceleur violent sans lui révéler sa véritable identité.

Cette version, appuyée par deux faux témoignages commandités par son défenseur, emporte la conviction du jury et la sentence prononcée ne s’élève qu’à vingt ans d’emprisonnement.

En détention, le condamné, qui entend depuis longtemps une voix lui parler, devient pieux et reçoit la visite d’un prêtre.

Pendant ce temps, le successeur du Président doit contrecarrer les rumeurs qui l’accusent d’avoir fomenté un complot pour éliminer son prédécesseur…

La suite de l’histoire réserve encore de multiples rebondissements mais pas question de les « divulgâcher », comme disent plaisamment nos cousins québécois !

Au-delà de l’histoire d’un pauvre hère devenu assassin par jalousie et pris dans un engrenage qui le dépasse, Guillaume Faye met en scène la conduite de gouvernants qui n’hésitent pas à enfreindre la légalité, par le biais d’assassinats si nécessaire, pour protéger leurs positions. Quelques-uns d’entre eux peuvent bien être plus légalistes, mais leurs convictions sont vite contrariées par des menaces de révélation de dossiers en possession des services secrets, à moins qu’elles ne leur coûtent tout simplement la vie…

L’auteur s’est manifestement beaucoup amusé à enchaîner les péripéties et les clins d’œil ironiques, dans un style qui rappelle celui d’un scénario de film, loin des exposés philosophiques et politiques auxquels il nous avait habitués.

Il est bien possible qu’au soir de sa vie, il ait voulu nous proposer une leçon de sagesse : partir sur un éclat de rire !

Johan Hardoy
12/07/2021

Nederland, Guillaume Faye, Éditions Alba Leone, 289 pages, 25 euros

jeudi, 11 mars 2021

Dépasser l’Archéofuturisme

Cet article est extrait du livre de Romain D’Aspremont The Promethean Right (La Droite Prométhéenne) également auteur de Penser l’Homme Nouveau. Nous avions déjà publié un extrait de son premier livre portant sur le transhumanisme ici. Nous vous invitons à lire la première partie de cet article avant d’initier votre lecture.

Les femmes et la Tradition

image_1398130_20210121_ob_2c6413_the-promethean-right-2.jpgFaye aspire à ressusciter certaines institutions, dans la mesure où elles incarnent la Tradition. Or, si certaines de ces institutions méritent effectivement d’être rebâties, c’est moins en raison de leur caractère traditionnel que parce qu’elles renforcent le groupe et l’individu et maximisent leur potentiel. Ainsi, éduquer les garçons dans une perspective d’endurcissement est davantage compatible avec leur tempérament masculin que le fait de récompenser leurs émois. Toutefois, l’éducation devrait moins être adaptée au sexe de l’enfant qu’à son caractère : c’est seulement dans la mesure où les filles sont statistiquement plus féminines que les garçons que leur éducation valorise moins le courage physique et davantage ce que les gauchistes appellent l’intelligence “émotionnelle” (qui est par ailleurs corrélée au QI, comme tous les autres types d’intelligence : les individus à faible quotient intellectuel tendent à être moins sensibles et empathiques).

En revanche, contrairement à la tradition, les femmes devraient se voir offrir les mêmes opportunités de carrière, à condition qu’elles possèdent les compétences requises (à l’inverse du concours de la gendarmerie qui requiert une moindre aptitude physique de leur part). Il en va de même pour les droits politiques. Une société productive et créative nécessite une méritocratie asexuée, libérée de toute discrimination injustifiée, positive comme négative. Au nom de la compétition et de l’excellence.

Faye a raison lorsqu’il écrit que “l’avenir n’est pas la négation de la tradition et de la mémoire historique d’un peuple, mais plutôt sa métamorphose, par laquelle il en sort renforcé et régénéré”. Cette métamorphose est précisément ce qui s’est produit concernant le rôle des femmes dans la société. Le féminisme de la première vague (entre le XIXe siècle et le début du XXe siècle) aspirait à l’égalité des droits. Il s’agissait d’un mouvement à la fois nécessaire (motivé par les changements économiques et technologiques) et positif (car l’égalité des droits permet une authentique concurrence).

Unir la droite autour de la Tradition ?

Le concept d’archéofuturisme est censé unir notre famille politique, en transcendant ses contradictions internes. Faye écrit :

“Notre courant de pensée a toujours été déchiré et affaibli par une distinction artificielle opposant les « traditionalistes » à ceux qui « regardent vers l’avenir ». L’archéofuturisme peut réconcilier ces deux familles via un dépassement dialectique.”

DgcBkd-XkAAmPd9.jpgLa droite peut et doit être unifiée sur le plan électoral : partout, il nous faut nous rallier au principal parti de droite nationaliste (en France, le “Rassemblement national”). En revanche, il serait chimérique de croire que l’unité idéologique peut être atteinte : être attiré par une droite transhumaniste est moins une question de raisonnement qu’une question de tempérament. Les personnalités de droite orientées vers le passé seront naturellement portées vers le conservatisme, et celles orientées vers l’avenir (la minorité) embrasseront la droite prométhéenne. Cette dernière manquera toujours de séduire les conservateurs, mais elle peut toutefois devenir un mouvement de pensée influent.

Faye a raison de nous mettre en garde contre l’orgueil prométhéen :

“[…] Lorsqu’elle est laissée à elle-même – en particulier dans le domaine des sciences technologiques – la mentalité futuriste peut s’avérer suicidaire, notamment en raison de son impact sur l’environnement, étant donné le risque de déifier la technologie comme une solution miracle.”

Mais il ajoute :

“Voilà pourquoi le futurisme doit être tempéré par l’archaïsme…”

Faye soutient, à raison, que les valeurs de droite que sont la hiérarchie, l’amour de la lutte et l’excellence doivent perdurer dans le contexte d’un avenir hautement technologisé. Mais il va plus loin :

“S’agit-il alors d’ “abolir la liberté” ? Paradoxalement, c’est la modernité “émancipatrice” qui a détruit les libertés concrètes en proclamant une Liberté abstraite. […] Face à cet échec, ne vaudrait-il pas mieux rétablir des institutions concrètes et médiévales, telles les franchises, les pactes communautaires locaux et les formes de solidarité organique entre voisins ?”

Pourtant, ce sont précisément les droits de l’individu et cette “liberté abstraite” qui ont, entre autres, permis l’explosion de la croissance économique et technologique. Croire que ces libertés abstraites puissent être découplées du capitalisme et de ses créations est illusoire. C’est cette même illusion qui empêche Faye d’admettre qu’une société technologiquement innovante n’est pas compatible avec une mentalité traditionnelle. Le fait que la révolution industrielle ait eu lieu au siècle des Lumières et non à l’époque médiévale, où “les anciennes institutions telles que les franchises, les pactes communautaires locaux et les formes de solidarité organique” étaient la règle n’est pas une coïncidence.

vanityfinal.JPGLa liberté individuelle (ce que Faye appelle la “liberté abstraite”) peut même être considérée comme un principe de droite. Ce n’est pas la liberté ni l’égalité qui sont de gauche, mais l’égalitarisme. Si l’égalité juridique est de droite, c’est qu’elle permet une véritable concurrence, facteur de progrès. L’égalité des résultats est de gauche, car elle supprime la concurrence et l’allocation des ressources aux plus talentueux, ce qui est facteur de déclin.

On ne peut que partager la lecture de Faye lorsqu’il affirme :

“Les modes de pensée modernes et égalitaires, pris dans le piège culpabilisant de l’éthique des droits de l’homme, sont incapables de faire face aux progrès biotechnologiques et se heurtent à des obstacles moraux qui sont en fait de nature para-religieuse.”

Le libéralisme peut en effet s’opposer, ou du moins entraver, le transhumanisme au nom du caractère sacré de la personne humaine. Cette sacralisation est un vestige du christianisme, le libéralisme en étant une version sécularisée. Un retour à la mentalité païenne, pré-chrétienne, pourrait résoudre ce problème spécifique, mais ruinerait du même coup la mentalité rationaliste et moderne qui a permis le progrès technologique en premier lieu. Certains aspects de la modernité font obstacle au transhumanisme, mais un retour à la tradition serait facteur de déclin technologique.

Quant à la relation entre technologie et tradition, Faye développe cette métaphore :

“Qu’est-ce qu’un sous-marin nucléaire lanceur de missiles balistiques a en commun avec une trirème athénienne ? Rien et tout : l’un représente la métamorphose de l’autre, mais tous deux, à des époques différentes, ont précisément servi le même objectif et incarnent les mêmes valeurs (y compris les mêmes valeurs esthétiques).”

Il signifie par là qu’il serait stupide de revenir à la construction de trirèmes, quand bien même elles incarneraient plus fidèlement la tradition. Le sous-marin à propulsion nucléaire est le bienvenu dans la mesure où il sert les mêmes objectifs tactiques et les mêmes valeurs guerrières. Il y a toutefois une faille dans ce raisonnement. Le jour viendra où la guerre navale changera si radicalement de visage qu’aucune arme ne ressemblera plus à une trirème. La guerre navale n’existera peut-être même plus, rendue obsolète par les essaims de nanorobots et autres armes encore impossibles à envisager. Faye est trop attaché à la continuité, or l’évolution technologique est le plus souvent discontinue. De même, il n’envisage pas la possibilité d’autres valeurs que celles traditionnelles. Son archéofuturisme est essentiellement un archaïsme.

hommeAi.jpg

La nature humaine a évolué afin d’améliorer l’adaptabilité de notre espèce et de résoudre des questions de survie bien spécifiques. Or, du fait de l’évolution de notre environnement, l’humanité n’est plus confrontée aux mêmes défis. Les valeurs traditionnelles sont une réponse à des défis historiquement datés. C’est pourquoi il faut se garder de sanctifier la nature humaine et les valeurs traditionnelles. La valeur “hiérarchie”, qui a toute sa place dans la société médiévale, devient un frein  au progrès dans le contexte d’une société favorisant de plus en plus les structures horizontales et réticulaires, et qui intègre l’intelligence artificielle dans la boucle décisionnelle. Une société transhumaine ne pourrait qu’intensifier l’obsolescence des structures autoritaires.

Enfin, Faye a raison de substituer l’européisme au nationalisme, obsolète. Pourtant, il reproduit la même erreur à une autre échelle en excluant les États-Unis d’Amérique de la Fédération européenne qu’il envisage. Expulser la Russie de la famille occidentale est une folie ; considérer les États-Unis comme membres d’une civilisation non-européenne est une folie plus grande encore. Il nous faut raisonner en terme de “Grande Europe” : l’Occident, de Seattle à Vladivostok, en passant par l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Vers une droite prométhéenne

La seule valeur qui transcende les époques et les sociétés est le dépassement. Toutes les autres valeurs doivent être adoptées, conservées ou abandonnées, seulement dans la mesure où elles servent cette valeur suprême. La volonté de dépassement est l’essence de la vie et de la conscience ; elle s’oppose aux idéaux égalitaires, régressifs et conservateurs de la gauche.

prometheus-bate.jpg

Lorsque Prométhée offre la technique aux humains, il leur fournit les moyens de comprendre et de dominer la nature, autant qu’il les confronte au spectre du dysgénisme. Il existe une coévolution entre notre génome et nos techniques : notre capacité à fabriquer des vêtements de fourrure a accéléré la diminution de notre pilosité, dont l’avantage évolutif s’est érodé. Cette coévolution tend à être facteur dysgénisme : la diffusion des techniques réduit la pression sélective jusqu’à annihiler la sélection naturelle. Heureusement, Prométhée nous a façonné à son image : des entités rebelles et créatives, en perpétuelle réinvention, capables de développer de nouvelles techniques tout en conjurant la dégénérescence génétique via le transhumanisme. A ce que la technique engendre en termes de changements négatifs (génétiques, climatiques, environnementaux), la technique fournit également la solution – par le haut.

En s’acharnant à préserver la nature humaine, les bio-conservateurs trahissent l’essence même de l’Homme (et de l’Occidental), ce pont entre la bête et le Surhomme. En cela, ils sont les alliés de Zeus et les ennemis de Prométhée.

Retrouvez Romain D’Aspremont sur twitter @R_Aspremont est son ouvrage d’où cet extrait est tiré à partir du lien ci-dessous.

NB : Toutes les citations de Guillaume Faye ont été traduites par nos soins depuis l’anglais. Par conséquent, il pourrait y avoir quelques inexactitudes par rapport à la version française originale de L’Archéofuturisme.

FRÉQUENCE OCCIDENT

Entretien: Penser l'Homme Nouveau

avec Romain D'Aspremont, D. Conversano & J. Marr...

Pour écouter: https://www.bitchute.com/video/q2Dk_2DHFR4/

Entretien CHOC de Romain d'Aspremont (qui souhaite rester anonyme) avec Daniel Conversano & Joffrey Marrot, sur son livre "Penser l'Homme Nouveau: Pourquoi la droite perd la bataille des idées", disponible sur Amazon : https://amzn.to/2QjsWCd

Téléchargez le MP3 de l'émission ici: http://radio.suavelos.eu/download/32/

Posez vos questions sur :
frequenceoccident@protonmail.com

 

dimanche, 07 mars 2021

GUILLAUME FAYE, HÉROS DE L'EUROPE

FAYE 1.png

GUILLAUME FAYE, HÉROS DE L'EUROPE

Le Soleil se lève

avec Jean-Yves Le Gallou, Robert Steuckers, Daniel Conversano, Thomas Ferrier

Hommage à Guillaume Faye (Le Soleil se lève - ECP)
 
Bienvenue pour le dix-septième podcast du Soleil se lève, l'émission mensuelle de l'ECP avec comme invités spéciaux @Jean-Yves Le Gallou, @Daniel Conversano, @Thomas Ferrier et Robert Steuckers .
 
Autre intervenant : Lucien Lachance​.
Chroniqueurs : @Dal Dec ​.
TELEGRAM : t.me/LSSLoff
Likez, partagez et commentez aussi au maximum cette vidéo pour nous soutenir ! Rejoindre l'ECP : paris.equipe@gmail.com
 
 
Pour se communautariser hors-IDF avec nos partenaires : https://lesbraves.org/​
 
THÈME DU MOIS : HOMMAGE À GUILLAUME FAYE
Guillaume Faye, cet esprit fusée : http://www.librairiefrancaise.fr/fr/h...
 
LIENS UTILES
Institut Iliade : https://institut-iliade.com/
Super Danny Live : https://superdannylive.com/
La chaine de Thomas Ferrier : https://www.youtube.com/channel/UCEP3...
Le canal Telegram de Thomas : t.me/LePartiDesEuropeens
Le livre "Fascismes d'Europe" : http://www.librairiefrancaise.fr/fr/h...
La chaine Ego Non (avecuneprésentation de "L'archéofuturisme" de G.Faye : https://www.youtube.com/channel/UC5fz...
Le blog de Robert Steuckers : http://euro-synergies.hautetfort.com/
La Chaine de Dal Dec : https://www.youtube.com/channel/UCFzx...
Le Canal Telegram de Dal Dec : t.me/daldec
 
SOMMAIRE 00:00:00
Introduction 00:02:09
Hommage à Guillaume Faye 01:05:31
Les imitations de Dal Dec 01:16:31
Zemmour 2022 01:28:58
Rubrique communautaire : Epona (ECP) 01:34:54
Conclusions et présentations des initiatives des invités
 
REMERCIEMENTS
Un grand merci à experts audiovisuels : Juigi di Pesto et @Pourquoi Ça Craint ?
Un grand merci aussi à tous ceux, connus ou non, qui nous ont partagés.
Merci à tous ceux qui nous soutiennent sur Tipeee (notamment Witold Krauze, Le Korrigan Salt Piotr, Marquis Turbolibéral, Factoriel 41, Féfé, Raphaël, Victor, Epona, Anders, Saint Louis, Purple...) et sans qui ce travail ne serait plus possible. Enfin, merci à vous tous pour votre soutien et votre confiance !
 
 

sexe-et-devoiement-Faye.jpg

Pour commander Sexe et dévoiement:
http://www.ladiffusiondulore.fr/documents-essais/320-sexe-et-devoiement-9782353520299.html?search_query=faye&results=8
 

Guillaume-Faye-cet-esprit-fusée.png

Pour commande Guillaume Faye, cet esprit-fusée:
http://www.ladiffusiondulore.fr/home/765-guillaume-faye-cet-esprit-fusee-hommages-verites.html?search_query=faye&results=8
 

unnamedGFaf.jpg

Pour commander L'archéofuturisme:
http://www.chire.fr/A-139771-l-archeofuturisme-techno-science-et-retour-aux-valeurs-ancestrales.aspx
 
Nostalgie:
 

51eCAsfPBLL._SX312_BO1,204,203,200_.jpg

 
 
 
 
 
 

samedi, 13 février 2021

Archéofuturisme : un dynamisme vitaliste

fe9d6491f46664cbdfaaa0df7c72fb78.jpg

Archéofuturisme : un dynamisme vitaliste

Conférence donnée au Pérou sur l'archéofuturisme selon Guillaume Faye

Traduction d’une conférence donnée au Pérou, par Israel Lira, directeur du centre des études Crisolistes – Le 24 décembre 2020

«…Les formes politiques et sociétales de la modernité se brisent. Les voies archaïques émergent dans tous les domaines politiques, la résurgence d’un Islam conquérant en est un parfait exemple. Finalement les futures altérations de la technoscience -principalement en génétique – tout comme le retour tragique à la réalité que le 20ème siècle a préparé, va demander un retour vers une mentalité archaïque. C’est le modernisme qui est une tendance passagère. Il n’y a aucun besoin de revenir au classique traditionalisme, imprégné de folklore et rêvant à un retour au passé. La modernité est déjà obsolète. Le futur doit être archaïque, c’est à dire, ni moderne ni passéiste.(Faye, 1998:15). (revoir d’après l’original, p43)

Cette citation de Faye montre le flou dans lequel il laissait les principes consubstantiels à son système théorique, pour éviter précisément qu’ils puissent être confondus avec d’autres théories ayant aussi la technoscience dans le champ de leur réflexion. Dans le cas particulier de Faye, sa proposition, dans ce qu’elle a d’universel, relève de la catégorie du constructivisme vitaliste, tandis que sa conceptualisation spécifique prend la forme du néologisme « archéofuturisme ». 

product-image.jpgCette nouvelle doctrine a influencé un large éventail d’écoles de pensées théoriques à ce jour, dans le cadre de propositions anti-globalistes, anti-individualistes et anti-libérales, face au monde postmoderne qui porte l’estampille du nihilisme culturel, dont les principales expressions phénoménales s’expriment dans la laïcité nihiliste, la globalisation néolibérale, le narcissisme hyper-individualiste et l’extrême relativisme culturel.

La trichotomie centrale de l’archéofuturisme (TCAf)

L’archéofuturisme a trois thèses principales à l’intérieur desquelles nous devons remarquer son rejet absolu – par Guillaume Faye – des positions techno phobiques (le traditionalisme classique et le conservatisme) ainsi que les positions technophiles acritiques (technicisme et transhumanisme), et elles peuvent être résumées ainsi :

Première thèse (T1): la civilisation contemporaine qui est la fille de la modernité et de l’égalitarisme, termine déjà son cycle historique, ainsi, « la vieille croyance dans le miracle de l’égalitarisme et de la philosophie du progrès, qui affirmait qu’il était toujours possible d’obtenir plus, est morte. Cette idéologie angélique a créé un monde qui devient moins viable chaque jour. » (Faye, 1998: 2-3)

Seconde thèse (T2) : Les idéologies contemporaines qui émergent comme un fait symptomatique du retour des structures psycho-bio-sociales à un état très moderne sont caractérisées par le rejet de l’individualisme et de l’égalitarisme, ce dernier comme expression maximal du nihilisme culturel. Pour affronter le futur il faut reproduire une mentalité archaïque, c’est-à-dire, pré-moderne, non égalitaire et non humaniste, qui restaurera les valeurs ancestrales d’ordre des sociétés. Maintenant, les découvertes en techno science, particulièrement dans le domaine de la biologie et de l’informatique, ne peuvent être administrée à travers les valeurs humaniste et les mentalités modernes.

Aujourd’hui les événements géopolitiques et sociaux sont dominés par des problèmes religieux, ethniques, alimentaires et épidémiologiques. Revenons à la question principale. Je (Guillaume Faye) propose donc, une nouvelle notion, l’archéofuturisme, qui nous permettra de rompre avec les dogmes modernes, égalitaire, humaniste et individualiste, inadaptés pour penser au futur, et qui nous permettrait de survivre dans le siècle de feu et de fer qui vient. (Faye, 1998:4-5)

Troisième thèse (T3) : l’avènement d’un nouveau type de scénario dans un cadre qui est totalement différent du monde égalitaire régnant et actif, dans la mesure où il est clair pour nous que « nous devons nous projeter et imaginer le monde post-chaos, le monde après la catastrophe, un monde archéofuturiste, avec des critères radicalement différent de ceux utiliser dans la modernité égalitaire.»

Ces trois thèses centrales constituent les fondamentaux de l’archéofuturisme, configurant sa trichotomie centrale (TCAf) comme système théorique qui s’exprime de la façon suivante :

Af = <T1,T2,T3>

Où,

Af = Archéofuturisme comme proposition théorique.

T1 = Thèse de la mort du mythe du progrès.

T2 = Thèse de l’éternel retour et la sombre illumination.

T3 = Thèse du nouveau paradigme existentiel.

Qui plus est, il faut mentionner qu’une partie du discours de Guillaume Faye doit être comprise dans le cadre littéraire qu’il se donne afin d’illustrer son travail, et/ou d’élaborer une sorte de projection hypothétique en forme d’utopie et de dystopie, que l’on voit se refléter dans son œuvre, l’Archéofuturisme V2. 0 ( 2016).

Archéofuturisme et transhumanisme : un antagonisme irréconciliable

Aux antipodes de TCAf, on peut présenter le transhumanisme tel qu’il ressort de manière claire et nette des travaux de Max More et Anders Sandberg, et de cette déclaration de la World Transhumanist Association, qui réaffirme la systématisation faite par ces deux auteurs : 

9781907166099-fr.jpg«Le transhumanisme est une sorte de philosophie qui tente de nous guider vers une condition post-humaine. Le transhumanisme a de nombreux points communs avec l’humanisme, tel que son respect de la raison et de la science, son acceptation du progrès et la priorité donnée à l’existence humaine (et transhumaine) dans cette vie au lieu d’une vie future surnaturelle. Le transhumanisme diffère de l’humanisme dans la reconnaissance et l’anticipation d’altérations radicales dans la nature et notre potentiel biologique grâce à différentes sciences et technologies telles que les neurosciences et la neuropharmacologie, l’extension de la vie, la nanotechnologie, l’ultra-intelligence artificielle, la vie dans l’espace, combinées à une philosophie rationnelle et un système de valeur rationnel.» (More, 1990)

Dans la même veine : « les philosophies de vie qui recherchent la continuation et l’accélération de l’évolution de la vie intelligente au-delà de la forme humaine actuelle et de ses limitations au travers de la science et la technologie, sont guidées par des valeurs et des principes qui promeuvent la vie. » (More et Sandberg 2001)

De ce qui précède, il ressort clairement, littéralement et explicitement que le transhumanisme se trouve dans la logique narrative de la modernité, dans la mesure où il implique la continuation et l’expansion de la philosophie du progrès linéaire, compris comme une perfectibilité indéfinie du genre humain et qui n’admet aucun recul que ce soit (Canguilhem, 1999 :669). C’est ce principe névralgique du transhumanisme,  celui sur lequel il repose entièrement et que même l’histoire de la science a démystifié, qui apparaît comme l’antagoniste de la trichotomie centrale de l’archéofuturisme (TCAf).

Très contraire à l’idée de la modernité du progrès linéaire,l’ archéofuturisme met devant lui une idée de mouvement synergique, qui est plus intégrale, un dynamisme vitaliste, dans la mesure où l’archéofuturisme rejette l’idée de progrès comme fin en soi. Car tout ce qui découle de la vision du monde d’un peuple doit être fondée sur des bases immémoriales, et parce que depuis 50 000 ans, Homo sapiens n’a que très peu changé, mais aussi parce que le modèle archaïque pré-moderne des organisations sociales a donné des preuves de son efficacité. À la fausse idée de progrès, nous devons opposer l’idée de mouvement ( Faye, 1998: 89) (revoir d’après l’original, p71)

De ce qui vient d’être exposé il peut être réaffirmé que l’archéofuturisme ne penche aucunement vers le système théorique du transhumanisme contemporain, comme le voit Michael O’Meara (2013) et, plus explicitement encore, Roberto Manzocco (2019), et ce système de pensée ne peut pas non plus être considéré comme une branche conservatrice du transhumanisme, un transhumanisme conservateur, erreur encore pire que toutes celles qu’on pourrait faire. A l’appui de cette idée, on ne peut trouver d’explication que dans la prétention totalitaire du transhumanisme international de s’annexer tout projet qui ferait allusion à l’utilisation de technologie pour l’amélioration de la qualité de la vie et de la condition humaine, initiatives qui ont été présentes depuis la révolution industrielle, étant donné que comme pour tout système théorique, les idées qui lui ont servi de base, et les premières pensées apparentées, ont pu être retracées comme esquissé dans les travaux de Hugues (2002) et Bostrom (2005).

Mais on ne peut en déduire que toute idée qui préconise l’utilisation des technologies pour l’amélioration de la qualité de la vie et de la condition humaine, est en soi du transhumanisme, même si cela est validé par les transhumanistes eux-mêmes, dans la mesure où « l’Homme +» (l’Homme Af) a des particularités qui le différencient précisément comme philosophie et comme proposition théorique, aussi bien par exemple de la pensée futuriste (artistiques et technologiques), et de l’utopisme technoscientifique.

futur13.jpg

Le terme transhumanisme est apparu en 1957 sous la plume du biologiste Julian Huxley, tout comme le terme «transhumain» en 1966 dans la bouche de l’Américain futuriste F.M. Esfandiary, sans qu’on puisse parler de transhumanisme à proprement parler avant l’usage systématique du terme par la World Transhumanist Association (WTA) fondée par Nick Bostrom. Il fallait éviter de tomber dans une anarchie sémantique et méthodologique, sous peine de voir le transhumanisme se perdre lui-même dans l’imprécision. Dans cette mesure, «… l’affirmation qu’il est éthique et souhaitable d’utiliser les moyens technoscientifiques pour améliorer fondamentalement la condition humaine…(…) est simplement le plus petit dénominateur commun du transhumanisme et peut être adopté et adapté à ses propres besoins, par la majorité des idéologies politiques à l’exception des idéologies bio-conservatrices et néo luddites.(…)

Bildschirmfoto-2020-05-14-um-11-39-36_720x600.pngLes fondateurs du transhumanisme moderne, conscients de ces risques, essayèrent d’orienter le Central Axis of Transhumanism (CAT) vers des concepts tels que le respect des individualités, liberté, tolérance et démocratie, faisant remarquer que les racines du transhumanisme reposent sur la philosophie des lumières, l’humanisme et le libéralisme. Les extropiens sont allés encore plus loin, essayant d’imposer au CAT, des concepts tels que « l’ordre spontané » et, plus tard, les principes de l’Open society de Soros (Estropico, 2009).

Cependant, dans la pratique, il est clair que ces incitations n’ont pas été totalement couronnées de succès, étant donné qu’à ce jour, tel que nous le voyons, il n’est pas nécessaire d’adhérer au transhumanisme pour pouvoir prétendre que grâce à la technoscience, la qualité de vie et la condition humaine peuvent être améliorées. Cet impératif de précision téléologique et catégorique est partagé par la WTA , pour ne pas tomber dans ce qu’ils appellent le futur fascisme racialiste et eugéniste ou dans l’utopisme technoscientifique du socialisme classique.

Ainsi, il est clair que le transhumanisme et ses courants marginaux (extropianisme, techno-progressisme, singularitarisme, transfigurisme etc.), jusqu’à aujourd’hui, représentent les antithèses des propositions de l’archéofuturisme…

Le mythe de la quatrième révolution industrielle

Faye lui-même notait déjà tout ce qui est exposé dans cet article, dans un court essai publié sur son blog le 23 mai 2016, qui partageait de nombreuses similarités avec les récents commentaires que Mario Bunge a apportés sur le sujet. Il englobait en effet le transhumanisme dans le cadre plus large des réactions quasi religieuse issues de la foi en l’idée du progrès et du développement linéaire, y voyant un fait symptomatique de l’effondrement économique mondial à venir.

«L’optimisme forcé, assez irrationnel, sur la ”nouvelle économie numérique”, avec le big data, la blockchain, l’impression 3D, le ”transhumanisme”, etc. qui préfigureraient une “quatrième révolution industrielle” et un nouveau paradigme (et paradis) économique mondial, relève probablement de l’utopie et de l’auto-persuasion. Et de la croyance aux miracles» (Faye, 2016).

La première révolution industrielle – début du XIXe siècle– s’organisait autour de la machine à vapeur, la deuxième (fin du XIXe) autour de l’électricité, la troisième autour de l’informatique (milieu XXe). La quatrième révolution (début XXIe), issue des deux dernières, l’électrique et l’électronique, concernerait la généralisation d’Internet et des connections universelles numériques par le web. Le concept de « 4ème révolution industrielle » est né après la foire de Hanovre en 2011, où l’on a célébré la naissance de l’ ”usine connectée” ; cette dernière, entièrement ”webisée” et branchée directement sur les clients, est robotisée et emploie de moins en moins de salariés. On a créé l’expression abstraite d’” industrie 4.0”. C’est un concept assez creux : à quand, l’ ”industrie 5.0” ?

Le néo-scientisme et l’écologisme

Les prophéties sur la révolution de l’économie numérique, avec ses mots fétiches, cloud, big data, transhumanisme, etc, appartiennent à une idéologie néo-scientiste qui risque de déboucher sur des désillusions terribles. Or, ce néo-scientisme sans prise de recul, comme celui de la fin du XIXe siècle, cohabite curieusement, chez les mêmes, avec un anti-progressisme écologiste. Il est aussi stupide que les théories de la décroissance : il relève du même extrémisme.

pack-faye-5-ouvrages-a-prix-reduit-.jpgCe romantisme néo-scientiste est l’exact pendant de celui de la fin du XIXe siècle – relisez Jules Vernes et Victor Hugo – où l’on s’imaginait l’avenir en rose sous l’influence du concept magique et au fond peu rationnel de ”Progrès”. À la fin de son poème La légende des siècles, Victor Hugo brossait une vision idyllique du XXe siècle.

Les erreurs des pronostics technologiques sont une habitude. Jules Vernes prévoyait qu’en 1960, les habitants des villes se déplaceraient en engins volants individuels. Mais il n’avait pas prévu l’automobile. Et, dans les années 60, on pronostiquait des bases humaines nombreuses sur la Lune et sur Mars, astronomiques et d’extraction minière, la généralisation des transports aériens supersoniques et hypersoniques stratosphériques ainsi que la diffusion de l’énergie de fusion nucléaire. Bien des pronostics sur le futur de la ”révolution numérique” relèvent probablement des mêmes erreurs utopiques de jugement.

L’utilité marginale déclinante de l’économie numérique

Le téléphone, l’électrification, le chemin de fer et l’automobile, l’aviation comme la radio et la télévision, la pénicilline, l’anesthésie, etc. ont été des bonds technologiques énormes, de par leurs conséquences, bien plus qu’Internet ou l’économie numérique. Le binôme numérique/informatique offre moins de facilités qu’on ne croit ; parce qu’il complique les processus autant qu’il ne les simplifie. Les innovations technologiques de la ”révolution numérique” ne répondent pas dans la pratique quotidienne, à leurs promesses. Elles sont inférieures en terme d’avantages marginaux aux innovations des précédentes mutations techno-industrielles» (Faye, 2016).

Archéofuturisme et Crisolisme

L’archéofuturisme, selon ce que nous venons de voir, est une position équilibrée, qui intègre dialectiquement deux catégories : l’archaïsme et le futurisme. C’est une théorie critique de la modernité mais aussi des traditions.

crisolisme.jpgL’héritage fayen est à la base de l’archéofuturisme péruvien dans le cadre de la Théorie Crisoliste, laquelle prévoit une harmonie entre la vision traditionnelle de diverses ethnies, dont la Péruvienne, et l’idée d’une synergie technoscientifique ainsi qu’un mouvement socio-économique harmonieux, sans affecter les environnements, par exemple, les communautés Andine et Amazonienne, face au danger d’un idéal de progrès infini représenté par une vision d’exploitation de la nature, qui jusqu’à ce jour n’a apporté que des exploitations minières illégales dans la région de Madre de Dios, des effondrement minier à Ancash, des marées noires en Amazonie, la déprédation dans les réserves écologiques telle que Chaparri, augmentant le risque d’extinction d’espèces menacées, et la déforestation exacerbées provoquant la perte de 164 662 hectares de forêt tropicale amazonienne en 2016, ce qui mit en danger la santé et l’équilibre environnemental.

L’archéofuturisme donc, n’est pas la misanthropie cachée du transhumanisme, nourri par l’idée d’un progrès infini, qui déteste l’être humain ordinaire, limité par ses faiblesses biologiques. L’archéofuturisme n’est pas non plus, et ne sera jamais, un transhumanisme conservateur. L’archéofuturisme est la réaffirmation d’un amour authentique des potentialités de l’humain originel en tant que tel, dans la mesure où il est évident que l’idée moderne du progrès, tel qu’il fut dénoncé par Rousseau (1750), génère un être riche matériellement et techniquement puissant, mais moralement répugnant.

Source


Un grand merci à Olivier Dubuis pour la traduction

dimanche, 31 janvier 2021

Archeofuturisme ou droite prométhéenne ? Partie 1

img-7.jpg

Archeofuturisme ou droite prométhéenne ?

Partie 1

Par Romain D'Aspremont,

auteur de The Promethean Right (La Droite Prométhéenne) et de Penser l'Homme nouveau.

L'archéofuturisme de Faye est souvent présenté comme un remède à l'approche trop conservatrice de la droite en matière de changement social et technologique – une soi-disant synthèse harmonieuse de la tradition et de la technophilie. Cet article soutient que l'Archéofuturisme est en réalité davantage archaïque que futuriste, comme si le tempérament droitard de Faye le poussait à équilibrer son éloge du progrès technologique par un retour aux valeurs médiévales. Il s'agit d'un archaïsme déguisé en futurisme : un pas vers l'avenir et deux pas vers le passé. Faye a toutefois l’immense mérite d’affirmer une ligne technophile au sein d’une famille politique minée par la technophobie.

Antonio_Sant_elia-Art_-_920_.JPGL'archéofuturisme reflète fidèlement la psychologie des conservateurs peu enclins au risque et au changement. La droite dispose de valeurs saines (la volonté de vaincre, la méritocratie, l'amour de la lutte, la loyauté) mais son conservatisme la prive de toute victoire à long terme. En lieu et place de l'archéofuturisme, cet article plaide pour une droite prométhéenne : une droite qui prône une créativité radicale, même au prix d'une rupture avec le passé, à condition que cette rupture soit synonyme de surcroît de puissance. Gardons à l'esprit que le concept de « haute technologie » est relatif : seule compte la capacité d'innovation perpétuelle et seul un état d'esprit moderne est en mesure d'honorer cette promesse. Au mieux, une société hautement technologisée mais disposant d'une mentalité traditionaliste stagnerait sur tous les plans ; au pire, elle déclinerait. Aussi, une droite moderne et prométhéenne est-elle requise, aux antipodes de cette tentative de rafistolage de la tradition au moyen de la technologie.

Une « convergence de catastrophes » ?

Faye prédit une « convergence de catastrophes » qui entraînerait la fin du monde « progressiste ». Il est représentatif de ces hommes de droite qui haïssent tant ce monde – qui est l'image de leur défaite perpétuelle – qu'ils fantasment sa destruction apocalyptique. Incapables de remporter la bataille des idées, ils espèrent une intervention divine, un déluge qui rayerait la civilisation gauchiste de la surface du globe, leur permettant de faire triompher leur programme réactionnaire. Ce déluge divin est rationalisé comme étant une « convergence de catastrophes, semblable à la prophétie marxiste de l'effondrement nécessaire du capitalisme ». Cette vision apocalyptique est symptomatique de l'impuissance de la droite. C'est une rationalisation post-hoc de la haine envers la modernité (et la post-modernité). Faye écrit :

"Ce n'est probablement qu'après que [cette série de] catastrophes ait détruit la modernité, avec son mythe et son idéologie globalisée, qu'une vision alternative du monde s'affirmera, en vertu de la nécessité. Personne n'aura la prévoyance ou le courage de la mettre en œuvre avant que le chaos ne se déchaîne".

qTkccrG06F5RNw9TVMKesGbtZrs.jpgUne telle théorie de l'effondrement n'est qu'un malheureux substitut à un programme réaliste, proactif et orienté vers l'avenir. Nous ne pouvons espérer qu'un chaos nous dispense de combattre nos adversaires idéologiques. Prier pour que les quatre cavaliers de l'Apocalypse anéantissent nos ennemis est un appel à l'inaction. Un effondrement mondial a peu de chances de se produire. Il se peut, en effet, que survienne une apocalypse au sens grec du terme (une « révélation »). Cependant, elle prendra plus certainement la forme d'une révolution scientifique nous offrant un nouvel aperçu de la nature de notre réalité (l'espace-temps comme illusion, par exemple). Notre civilisation technologique est bien trop résistante, et la soi-disant renaissance religieuse bien trop archaïque et déconnectée de la science, pour que l'humanité entre dans un nouvel âge sombre.

L'Europe occidentale est certes progressivement colonisée, africanisée et islamisée, mais l'Occident est bien plus vaste que ce « petit cap de l'Eurasie », selon la formule du général de Gaulle. Les Européens de l'Ouest pourraient migrer vers l'Amérique du Nord et du Sud, l'Australie et l'Europe de l'Est. L'Occident survivrait à ce Grand Remplacement localisé, et une Reconquista pourrait éventuellement survenir.

Quant à l'effondrement démographique prophétisé par Faye, c'est une préoccupation importante. Cependant, croire qu'une population vieillissante menace le fondement même de nos économies capitalistes est excessif. Le Japon démontre qu'il existe une solution technologique à ce problème. Faire face au vieillissement démographique est un défi bien moindre que celui de nourrir l'ensemble de la société avec seulement 3 % de nos travailleurs. La droite doit se débarrasser de sa mentalité malthusienne. La démographie des pays asiatiques est bien pire que celle des nations occidentales. Certes, ils ne sont pas colonisés comme le sont la France ou l'Allemagne, mais l'Europe occidentale n'est qu'une portion de l'Occident.

71Dzg-wq3nL.jpgFaye associe notre faible taux de natalité à de l' « anti-natalisme » et de l' « ethno-masochisme ». C'est exact, mais seulement dans une certaine mesure. Comment expliquer que les taux de natalité les plus faibles soient le fait de pays asiatiques ? Autrement dit, de sociétés collectivistes qui ne partagent pas nos valeurs individualistes ? La principale raison de nos faibles taux de natalité est que, jusqu'à la révolution industrielle, les sociétés humaines ont été confrontées au spectre de l'extinction démographique, du fait de la famine, de la maladie et de la guerre. Les progrès technologiques nous en ont largement prémuni. Au XXe siècle, pour la première fois dans l'histoire, l'impératif biblique « Soyez féconds, multipliez et remplissez la Terre » a été remplacé par une volonté de décroissance démographique.

Tous nos maux ne sont pas imputables aux idées modernes. Bien entendu, si nos faibles taux de fécondité devaient se maintenir, nos sociétés en viendraient mécaniquement à disparaître. Pourtant, il est fort probable que, bien avant que ce point d'extinction ne soit atteint, les taux de fécondité en viennent à croître à nouveau : le spectre de la disparition qui était le propre des sociétés traditionnelles reviendra nous hanter. Les sociétés sont des organismes autorégulés. Le vieillissement démographique est le dommage collatéral de notre formidable capacité de survie collective. Une Europe de 550 millions d'habitants et un Japon de 126 millions ne sont pas au bord de l'extinction. Pas encore, du moins.

Faye prévoit également un effondrement économique. Il commet ici la même erreur que les marxistes, qui ne saisissent pas que le capitalisme est construit sur des cycles de croissance, de crise et de dépression (les cycles de Kondratiev et la destruction créatrice de Schumpeter). Faye a prédit un « désastre économique en Europe d'ici 2010, en raison du déficit croissant des budgets sociaux, causé par le vieillissement démographique ». Or la crise de la dette de 2010 peut difficilement être considérée comme un désastre économique équivalant à un effondrement. Si l'on observe l'évolution du PIB par habitant de la France et des pays européens, on constate à quel point cette soi-disant catastrophe est exagérée.

Faye ne semble pas croire au principe du gagnant-gagnant en matière économique. La prospérité des uns ferait la misère des autres :

61ZV+xJIBqL.jpg« Ces catastrophes attendues sont la conséquence directe de la foi incorrigible de la modernité dans les miracles : il suffit de considérer le mythe selon lequel il serait possible de parvenir à un niveau de vie élevé à l'échelle mondiale…»

Ce point de vue est pour le moins inexact. Le niveau de pauvreté mondial (en terme absolu, c'est-à-dire moins de 1,25 dollars par jour) n'augmente pas proportionnellement à l'enrichissement d'une fraction de la population mondiale. Il s'est au contraire effondré : 90 % de la population mondiale vivait sous le seuil de pauvreté absolue en 1820, 70 % en 1950 et 9,2 % en 2017... La croissance mondiale du niveau de vie moyen n'est pas un mythe mais une réalité statistique. Le capitalisme est un système basé sur la concurrence, qui tend à récompenser les personnes les plus talentueuses : il est pour le moins étrange qu'un tel système soit condamné par des personnes se revendiquant de droite. Naturellement, du fait même du rythme de création de richesses, l'impact environnemental du capitalisme peut se révéler dramatique, quoiqu'il soit moins destructeur que ne le fut le communisme et ses grands projets visant à se rendre maître de la nature. C'est pourquoi le capitalisme doit être réglementé afin de combattre les externalités négatives.

Selon Faye, la croissance économique atteindra des « limites physiques » au-delà desquelles elle ne pourra plus se maintenir. Un tel malthusianisme s'est systématiquement révélé faux. Les limites physiques sont toujours repoussées par les percées technologiques. La conquête du monde quantique par les nanotechnologies repousse encore plus loin cette limite. Pourtant, Faye estime que l'effondrement économique serait accéléré par « la vulnérabilité accrue des systèmes techno-économiques, causée par la technologie informatique ». Cette soi-disant vulnérabilité est souvent utilisée pour prédire l'effondrement économique et civilisationnel. Des défaillances temporaires sont en effet possibles mais, grâce à de multiples dispositifs de sécurité et de redondances, le réseau cybernétique mondial est bien plus résistant qu'il n'y paraît. L'image d'un ordinateur qui « plante » ne correspond pas au World Wide Web, précisément parce qu'il s'agit d'un système non centralisé.

L'Archéofuturisme

Faye croit en un ordre immuable issu de la nature humaine et dont les « valeurs archaïques » sont la meilleure traduction. Il écrit :

Archeofuturism-2-0.jpg« […] L'humanité reviendra à ses valeurs archaïques, qui sont purement biologiques et humaines (c'est-à-dire anthropologiques) : la séparation des rôles entre les sexes ; la transmission des traditions ethniques et folkloriques, de la spiritualité et de l'organisation sacerdotale ; des hiérarchies sociales visibles et structurantes ; le culte des ancêtres ; les rites et les épreuves d'initiation ; le rétablissement de communautés organiques [...] ; la désindividualisation du mariage (les unions doivent être l'affaire de toute la communauté et pas seulement du couple marié) ; la fin de la confusion entre érotisme et conjugalité ; le prestige de la caste des guerriers ; l'inégalité entre les statuts sociaux – non pas une inégalité implicite, injuste et frustrante, que l'on retrouve aujourd'hui dans les utopies égalitaires, mais une inégalité explicite et idéologiquement légitimée... »

 Faye rêve d'un ordre éternel baptisé « archaïsme » qu'il définit comme étant « ce qui crée et demeure immuable ». Pourtant, rien dans l'univers n'est immuable et certainement pas la nature humaine. Même les lois de la nature pourraient, théoriquement, être soumises à une très lente évolution ; notre univers lui-même est peut-être que le résultat d'un multivers en évolution, chaque univers ayant ses propres lois physiques. L'ordre social de l'Antiquité et du Moyen Âge ne reflètent pas une harmonie éternelle, mais résultent de la nature humaine (qui n'est pas fixe mais évolue sur une très longue période) et de l'état technologique de l'époque. Faye peut marteler que « la modernité est rétrograde, tandis que l'archaïsme est futuriste », cette affirmation n'en sera pas moins fausse. Comment quelque chose d'éternel et d'intemporel (l'archaïsme, selon la définition de Faye) peut-il également être « futuriste » ? En outre, le retour aux traditions médiévales ou antiques est un choix arbitraire. Pourquoi ne pas revenir aux valeurs des chasseurs-cueilleurs, sensiblement  plus égalitaires, sans stricte hiérarchie ? L'homme a été chasseur-cueilleur durant plus de 200 000 ans, et agriculteur sédentaire depuis 10 000 ans seulement. Notre nature a été façonnée au cours de ces dizaines de milliers d'années où les humains vivaient en petits groupes dépourvus des « castes guerrières » et de l'« organisation sacerdotale » que Faye regrette tant.

Faye pense que, paradoxalement, les technologies futures conduiront « à un retour à des modèles sociaux archaïques et hiérarchisés [car] ceux qui gagneront seront les peuples ayant les 'blocs d'élite' les plus forts et les mieux sélectionnés, ainsi que les masses les plus organiquement intégrées ». La concurrence technologique favoriserait donc les sociétés traditionalistes et holistes, comme celles d'Asie de l'Est. Ces sociétés sont en effet capables de produire en masse des produits à haut contenu technologique, même si le modèle chinois n'a pas encore fait ses preuves en matière de réelle innovation. L'Occident doit toutefois se garder de considérer que la Chine est incapable d'inventer : une percée dans le domaine des ordinateurs quantiques, de l'IA, de l'ingéniérie génétique, de la fusion à froid et de la 6G sont de l'ordre du possible. La menace technologique chinoise doit être considérée avec sérieux. La puissance n'est pas qu'une question de technologie ; elle est avant tout une question de caractère. Selon Faye, si les immigrés musulmans sont si combatifs et dominateurs, c'est grâce à leur mentalité archaïque. Par conséquent, nous devrions « revenir à un état d'esprit archaïque ». Il est tentant de reproduire l'agressivité de nos ennemis, mais il est insensé de croire que leur mentalité d'un autre temps puisse nous renforcer. Leur archaïsme n'est une force que dans le contexte de la faiblesse morale européenne. Ces immigrés du Tiers-Monde seraient bien incapables de nous égaler technologiquement. L'erreur de Faye est de séparer leur mentalité guerrière et archaïque de leur irrationnalisme : leur archaïsme va de pair avec leur anti-scientisme. Le chevalier médiéval bardé de technologies est une antinomie.

Lorsque Faye affirme que nous devrions nous débarrasser et de notre pacifisme et de notre mentalité moderne, il jette le bébé avec l'eau du bain. La détermination, la ténacité et la volonté de puissance ne sont pas synonymes de tradition, mais de vitalité. Le chemin à suivre n'est pas un détour vers la tradition mais un raccourci vers l'avenir. Les valeurs viriles (honneur, force, ténacité) doivent être réintroduites, mais certaines valeurs traditionnelles se doivent d'être délaissées, à l'image de ces droitards qui rêvent de rétablir l'autorité masculine sur les femmes. Ce sont parfois ces mêmes hommes qui, faute d'attirer le sexe opposé, pensent qu'ils auraient davantage d'opportunités au sein d'une société patriarcale – ils somment la société de les aider à trouver une compagne. Les femmes doivent rester libres car la liberté engendre le progrès intellectuel, économique et technologique.

4056507lpw-6234566-article-prague-horloge-jpg_3903233_660x281.jpg

Faye présente son retour à l'archaïsme comme étant fidèle au concept nietzschéen de l'Éternel retour. Il s'agit là encore d'une erreur : l'Eternel retour est un modèle cosmologique et non pas une vision de l'Histoire. Pour Nietzsche, si l'éternité existe, toute configuration matérielle (et donc tout événement) doit nécessairement se reproduire à l'identique. L'Eternel retour n'est pas celui décrit par Faye (« le retour d'une situation 'comparable', mais dans un lieu différent »). La vision de Nietzsche est censée conduire les faibles au suicide, tout en enhardissant les forts et en accélérant l'avènement du surhomme. De même, Faye se trompe lorsqu'il écrit que « l'archéofuturisme est basé sur l'idée nietzschéenne d'Umwertung – le renversement radical des valeurs modernes – et sur une vision sphérique de l'histoire ». La « réévaluation de toutes les valeurs » de Nietzsche n'est pas un retour aux valeurs traditionnelles (même si certaines valeurs considérées comme traditionnelles, ou plutôt intemporelles, sont vouées à être préservées). Nietzsche ne définit pas précisément les valeurs du surhomme – les forger est précisément la tâche de ce dernier – mais il précise qu'elles seront « par-delà bien et mal », aux antipodes des valeurs chrétiennes et éloignées de la tradition. Lorsque Faye encourage « la réémergence de configurations sociales archaïques dans un nouveau contexte [et] l'application de solutions séculaires à des problèmes complètement nouveaux », il tourne le dos à la philosophie de Nietzsche, orientée vers l'avenir. Nietzsche prophétise une nouveauté si radicale qu'il ne parvient qu'à esquisser la condition post-humaine. De même, nous ne pouvons anticiper les caractéristiques de notre future société transhumaine ; nous ouvons seulement créer les conditions de son avènement.

NB : Toutes les citations de Guillaume Faye ont été traduites par nos soins depuis l'anglais. Par conséquent, il pourrait y avoir quelques inexactitudes par rapport à la version française originale de L'Archéofuturisme.

 

jeudi, 14 janvier 2021

L'homme qui a tué le président des États-Unis d'Amérique - Présentation du roman posthume de Guillaume Faye

GFNL.jpg

L'homme qui a tué le président des États-Unis d'Amérique

Présentation du roman posthume de Guillaume Faye

Duarte Branquinho

Guillaume Faye (1949-2019) s'est fait connaître comme un penseur et un essayiste de la droite radicale française et de ce que l’on appelle désormais le ‘’réseau identitaire européen’’, mais son imagination et sa fascination pour la technoscience se sont révélées assez tôt. Il n'est donc pas surprenant qu'il nous ait donné cette surprise posthume, un roman qui est une incursion dans l'histoire alternative, ou plutôt, dans un univers parallèle.

Déjà en 1985, Faye, qui s'était fait remarquer par ses essais politiques, notamment le brillant ouvrage intitulé Le Système à tuer les peuples (1981), écrit le scénario d'une bande dessinée, faisant ainsi ses débuts dans la fiction. Avant-guerre, illustré par Jean-Marc et Éric Simon et publié par Carrère, était un "thriller" qui mêlait la science-fiction et le fantastique, mais où, surtout, le décor nous montrait le monde qu'il entendait prophétiser, celui de la Grande Fédération Européenne, dans laquelle se mêlaient des éléments archaïques et futuristes. En 1998, dans son livre L'Archéofuturisme, en annexe de cet essai provocateur et révolutionnaire, Faye a aussi illustré son monde par la fiction, dans une nouvelle intitulée Un jour dans la vie de Dimitri Léonidovitch Oblomov, qui a été traduite en allemand et publiée de façon autonome par les éditions Jungeuropa l'année dernière. Ensuite, dans L'Archéofuturisme V2.0: nouvelles cataclysmiques (Editions du Lore, 2012), il a à nouveau utilisé la fiction pour illustrer ses idées et présenter l'avenir qu'il espérait.

Nederland

Bartholomé est un homme d'âge moyen, chef de ventes dans une entreprise de nouilles et soupes asiatiques, solitaire dont la vie est inintéressante. Un jour, depuis son nouvel appartement, il observe une belle voisine sur un balcon voisin et tombe immédiatement amoureux. Il devient obsédé par cette femme qui correspond exactement à son type et lui rappelle un amour passé, achète de puissantes jumelles et commence à l'observer quotidiennement, à contrôler ses mouvements et à imaginer sa vie, présente et future - avec lui, bien sûr. Jusqu'au jour où elle voit un homme la rencontrer dans son appartement. L'existence d'un rival est insupportable et Bartholomé, sur les conseils de Barthélémy, son "double" qui vivait comme un parasite dans son cerveau depuis l'enfance, décide de le tuer et, sans le savoir, assassine le président des Etats-Unis, Frank Nederland, à coups de carabine.

Dès lors, la "solution" qui allait ouvrir la voie à son grand amour se transforme en une course où les événements se précipitent et où les vents changent soudainement de direction.

L'intrigue a tous les ingrédients d'un roman policier, d'un thriller politique et d'un roman de science-fiction, sans oublier les touches d'humour.

Il y a des références que l'on a repéré dans des ouvrages antérieurs, comme la firme géante Typhoone, qui figurait déjà dans Avant-guerre, ainsi que des jeux de mots amusants sur des noms propres, comme le procureur Silvester Schwarzenegger et l'agent Arnold Stallone, mais aussi des noms fictifs dans lesquels on reconnaît des auteurs pour lesquels Guillaume Faye n'est pas toujours amical et en profite parfois pour régler des comptes, comme Bernard Loogan, Albin Delanoist, John-Yvan Legallooblow ou Peter Krebs. Il y a également une référence à un sport populaire, le "rollerball", en hommage au film culte du même nom réalisé en 1975 par Norman Jewison.

Le texte se réfère à l'annexe des notes à la fin du livre, et c'est là que nous trouvons un indice qui nous dit où l'action de ce roman se déroule à Washita D.C., où l'on paie en "thalers" et où il existe une religion officielle avec ses déesses, où les gens communiquent par le réseau Intertronic avec leurs PED, boivent des boissons comme la "vodschkaïa" ou le "café salé" et où il y a des animaux comme la "chepulavanka" ou le "sanglion". Dans la note sur le professeur Josef Stiin, on nous dit que cet astrophysicien, adepte de la théorie des "pluri-verses", a révélé dans son ouvrage Pluridimensional Journey qu'il a réussi à voir une planète semblable à la sienne, appelée par ses habitants Terre, et située dans une dimension cosmique parallèle dans la soi-disant Voie lactée.

Nederland, publié par Alba Leone en septembre de l'année dernière, se lit comme un film d'action, avec son rythme rapide, ses descriptions passionnantes, une scène bien construite et des personnages nombreux et variés. Mais au final, ce que l'histoire anticipe bientôt, il y a un sentiment de manque car l’étrangeté du lien entre cet univers et le nôtre demeure. Serait-ce vraiment "le nôtre", ou serait-ce un monde différent ? La réponse se trouve dans une suite que Faye, enlevé par les dieux trop tôt, n'a pas eu le temps d’écrire.

Texte publié dans l'hebdomadaire O Diabo, 8 janvier 2021.

Pour commander le roman: https://danielconversano.com/product/nederland-guillaume-faye/

Cinq livres de Faye pour 80 euros: http://www.ladiffusiondulore.fr/home/851-pack-faye-5-ouvrages-a-prix-reduit-.html?search_query=faye&results=8

Archéofuturisme 2.0 : http://www.ladiffusiondulore.fr/documents-essais/368-l-archeofuturisme-v20-nouvelles-cataclysmiques.html?search_query=faye&results=8

 

00:10 Publié dans Livre, Livre, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, nouvelle droite, roman, guillaume faye | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 07 janvier 2021

Archeofuturism: A Vitalist Dynamism

D0PR_A0WkAAM0DJ.jpg

Archeofuturism: A Vitalist Dynamism

By Israel Lira,

Director of the Center for Crisolist Studies – Peru

Translated by Zero Schizo

«…the political and societal forms of modernity shatter; the archaic ways remerge in all political dominions, the rebirth of a conquering Islam, is a perfect example. Finally, the future alterations of technoscience –mainly in genetics–, just as the tragic return to reality which the 20th Century is preparing, will demand the return to an archaic mentality. It is modernism the one which is a passing trend. There is no need to go back to classic “traditionalism”, impregnated of folklore and dreaming of a return to the past. Modernity is already obsolete. The future has to be “archaic”, meaning, neither modern nor passing by» (Faye, 1998:15).

Following Faye’s quote, it is pretty clear that he was always diaphanous in establishing the co-substantial principles of his theoretic system, in order to avoid, precisely, that it could be confused with other theories which also have technoscience inside of their considerations. In Faye’s particular case, the universal approach for his proposal is understood under the category of vitalist constructivism[1], meanwhile his specific conceptualization under the form of the neologism archeofuturism[2]. This new doctrine has influenced a wide array of theoretic schools of thinking up to date[3], inside of the framework of anti-globalist, anti-individualist, and anti-liberal proposals, facing a post-modern world which is shown to us under the narrative of Cultural Nihilism, whose main phenomenal expressions are expressed in nihilist secularism, neoliberal globalization, hyper-individualistic narcissism and extreme cultural relativism[4].

The Central Trichotomy of Archeofuturism (TCAf)

Archeofuturism has three main theses from which we must remark, insofar as starting from these, its absolute rejection of technophobic stances (classic traditionalism and conservatism) and acritical technophile stances (technicism and transhumanism), and can be inferred as:

First Thesis (T1): Contemporary civilization which is daughter of the modernity and of egalitarianism is already fulfilling its historic cycle, and thus, «the old belief in the miracles of egalitarianism and the philosophy of progress, which affirmed that it was always possible to obtain more, has died. This angelical ideology has created a world which becomes less viable each day» (Faye, 1998: 2-3)

Second Thesis (T2): Contemporary ideologies that emerge as a symptomatic fact of the return of psycho-bio-social structures to a pre-modern state are characterized by a rejection of individualism and egalitarianism, these last ones as maximum expressions of cultural nihilism. «In order to face the future, one must be recur to an archaic mentality, meaning, pre-modern, un-egalitarian and non-humanist[5], which will restore the ancestral values of order from societies. Now, the discoveries from technoscience, particularly in the topics of biology and informatics, cannot be administered through modern humanist values and mentalities; today the geopolitical and social events are dominated by religious, ethnic, alimentary and epidemic matters. Going back to the main questions. I propose, then, a new notion, Archeofuturism, which allows us to break with the obsolete philosophy of progress and with the egalitarian, humanist and individualist dogmas of modernity, un-adapted to think of the future, and allow ourselves to survive in the century of fire and iron about to come» (Faye, 1998: 4-5).

Third Thesis (T3): The advent of a new type of scenario under a framework which is totally different from the reigning and active egalitarian world, insofar as it is clear to us that, «we have to project and to imagine the post-chaos world, the world after the catastrophe, an archeofuturist world, with radically different criteria from those of the egalitarian modernity» (Faye, 1998: 5-6).

These three central theses conform the solid core of Archeofuturism, configuring its Central Trichotomy (TCAf) as theoretical system, which is expressed as it follows:

Af = <T1, T2, T3>

Where,

Af = Archeofuturism as a theoretical proposal

T1= Thesis of the death of the mythoids of progress

T2= Thesis of the eternal return and dark enlightenment[6]

T3= Thesis of the new existential paradigm

8d735b0de4981f6b3a2839710bf0d259.jpg

To the aforementioned, it is no less important to mention that, a part of Faye’s narrative must be understood inside the literary frameworks which he gives to his work in order to exemplify it and/or elaborate a sort of hypothetical projection, under the genres of utopia and dystopia, something that is seen reflected in his work Archeofuturism 2.0 (2016).

Archeofuturism and Transhumanism: an irreconcilable antagonism

In the antipodes of the TCAf, Transhumanism (H+) is presented, from what it is clearly and explicitly concluded from the works of Max More and Anders Sandberg, and the same declarations of the World Transhumanist Association[7], which reaffirm the systematization done by the quoted authors:

«Transhumanism is a class of philosophies which seek to guide us towards a post-human condition. Transhumanism shares many elements of humanism, including the respect for reason and science, the compromise with progress and the appreciation of human existence (or transhuman existence) in this life instead of a supernatural “future life”. Transhumanism differs with humanism in recognizing and anticipating the radical alterations in nature and the possibilities of our lives as the result of diverse sciences and technologies such as neuroscience and neuropharmacology, the extension of life, nanotechnology, artificial ultra-intelligence and space inhabiting, combined with a rational philosophy and a rational system of values» (More, 1990).

In that same vein: «Philosophies of life which search for the continuation and acceleration of the evolution of intelligent life beyond their actual human form and its human limitations through science and technology, guided by principles and values which promote life» (More in Sandberg, 2001).

From the above it is exposed, clearly, literally and explicitly that, transhumanism is found in the logical narrative of modernity, insofar as it means the continuation and expansion of the philosophy of lineal progress understood as indefinite perfectibility of the human genre which does not admit any recession whatsoever (Canguilhem, 1999:669), it is this neuralgic principle of transhumanism and the one which its entire proposal is built on, quid that the very same history of science has debunked[8] and which is shown to be antagonistic to the Central Trichotomy of Archeofuturism (TCAf).

10fe9fd4699b5f33176a17629cec3530.jpg

Very contrary to modernity’s idea of lineal progress, Archeofuturism puts an idea of synergic movement in front of it, which is more integral, a vitalist dynamism, «insofar as Archeofuturism rejects all idea of progress. Because everything that proceeds from the worldview of a people has to be founded over immemorial bases (even though the forms and formulations vary), and because from 50 000 years ago, homo sapiens has changed very little, and also because the archaic and pre-modern models of social organization have given proof of their efficiency. To the false idea of progress, we must oppose the idea of movement» (Faye, 1998:89).

From the exposed above it can be reaffirmed that, Archeofuturism has no flirting nor inclination with the theoretical system of contemporary transhumanism, as Michael O’Meara[9] (2013) sees minimally and in a more explicit way by Roberto Manzooco[10] (2019), and this thought system can’t neither be considered a conservative branch of transhumanism (conservative transhumanism), which is worse. To affirm the latter one can only find an explanation in a totalitarian pretension of international transhumanism in monopolizing any project which would make allusion to the use of technologies for the betterment of the quality of life and of human condition, initiatives that had been present ever since the Industrial Revolution, given that, just as with any theoretical system, the ideas that served for it as its basis the first of these related thoughts can be traced, such as is portrayed in the works of Hughes (2002) and Bostrom (2005). But from there, it cannot be inferred that any idea which advocates on behalf of using technologies for the betterment of the quality of life and the human condition, is per se, transhumanist, such as it is countersigned by, once again, the transhumanists themselves, insofar as – the H+ – has some particularities which differentiate it as a philosophy and as a theoretical proposal, precisely, for example from the futurist thought (artistic and technological) and from the technoscientific utopianism.

The term transhumanism does not appear until 1957 by the hand of the biologist Julian Huxley, such as the term «transhuman» in the year 1966 in the mouth of American futurist F. M. Esfandiary, not being able to properly speak of transhumanism until the systematization established by the World Transhumanist Association (WTA) founded by Nick Bostrom in order to not fall into a semantic and methodological anarchy, otherwise transhumanism would delude itself into imprecision, insofar as «…the affirmation that it is ethical and desirable to employ technoscientific means to fundamentally better the human condition… (…) is just the lowest common denominator of transhumanism and can be adopted, and adapted to its own needs, by the majority of political ideologies, excluding the bio-conservative and neo-ludist ones. (…) The founders of modern transhumanism, conscious of these risks, tried to pin down the Central Axis of Transhumanism (CAT) to concepts like respect of the individual, liberty, tolerance and democracy, remarking that transhumanism’s roots are found in the enlightenment, in humanism and liberalism. The extropians have gone even further, trying to pin down the CAT to concepts such as spontaneous order to the principle of the open society later…» (Estropico, 2009). However, in praxis, it is clear that this pinning down was not completely successful, given that up to date, and as it has been seen, it is not necessary to agree with transhumanism in order to claim that through technoscience the quality of life and human condition can be bettered. This imperative teleological and categorical precision is shared by the WTA to the effects of not falling in, that which they call the racialist and eugenicist futures of fascisms[11] or technoscientific utopianisms of classic socialism.

1110c60d30f5bc8fb765e20653e3f2d6.jpg

It is clear then, that transhumanism and its marginal currents (extropianism, techno-progressivism, singularitanism, transfigurism, etc), up to today, are configured into the antithesis of the archeofuturist proposal. If there is any similarity between Transhumanism and Archeofuturism it is in that denominator so weak that, as it has been exposed, it is not exclusive of transhumanism and which can be also manifested in pre-cautionist currents[12] which are antagonistic to H+, such as our present case.

The mythoid of the Fourth Industrial Revolution

Faye himself is the one who remarks all which is exposed in this article*, in a short essay published in his very same blog on May the 23rd of 2016[13], that shares a lot of similarities to the recent commentaries which Mario Bunge[14] has brought regarding the topic[15], given that it encompasses transhumanism inside of the quadrant of almost-religious reactions product of the faith in the idea of progress and lineal development, as symptomatic fact of a worldwide economic collapse which is soon to come:

«Forced optimism, pretty irrational, about the “new numeric economy”, with big data, blockchain, 3D printing, “transhumanism”, etc. Which preface a “fourth industrial revolution” and a new worldwide economic paradigm (and paradise), shows probably just utopia and self-convincing. And believing in miracles».

71Dzg-wq3nL.jpg

In the same manner, Faye judges that the Fourth Industrial Revolution is more a mythoid derived from a magical thought than from rational one[16]:

«The first industrial revolution, from the beginnings of XIX Century, was organized around the vapor machine, the second (by the end of the XIX Century) around electricity, the third around the computer (mid XX Century). The Fourth Industrial Revolution (by the beginning of the XXI Century), result of the last two, the electric and electronic one, would refer to the generalization of Internet and universal digital connections throughout the web. The concept of the “4th Industrial Revolution” was born after the Fair of Hannover in 2011, where the birth of the “connected factory” has been celebrated; the last one, totally “connected to the web” and directly connected to clients, is robotic and employs less workers each time. The abstract expression “Industry 4.0” was born. This is a very void concept: “Industry 5.0” when? The neo-romantic gurus of this “4th Industrial Revolution” is –as it was pointed out previously– professor Klaus Schwab, founder and leader of the Global Economic Forum of Davos… The conference of January of 2016 is dedicated to the 4th Industrial Revolution. In the agenda: artificial intelligence, robotics, linked objects, nanotechnologies, “revolutionary” innovations, why not? What is interesting at the same time but comic all the same, is that the media, without backing down, has taken his word on the conclusions (more ideological than scientific) from this Davos Forum. No one asked what concrete improvements has brought this miraculous digital economy parallel to the detriment of the global situation. The migratory invasion destabilized Europe, augmented the Islamic Jihad, the collapse on oil prices, the global acceleration of every kind of contamination, were not up for discussion. The “digital revolution” is supposed to resolve all problems. It is the belief in miracles, which is more a magic thinking than a rational reflection.

(…)

The prophecies about the revolution of digital economy, with its favorite words, cloud, big data, transhumanism, etc, now belong to a Nano-scientific ideology which runs the risk of leading to terrible delusions. Now, this non-stopping techno-scientificism, as that of the end of the XIX Century, coexists, curiously, between itself, and an anti-ecological progressivism. It is so stupid as the theories of decrease: it is the same extremism».

Archeofuturism and Crisolism

Archeofuturism, according to what we have seen, is a balanced stance, which integrates dialectically two categories: Archaism and Futurism. It is a theory critical of modernity, but also of tradition.

The Fayean legacy is the basis of a Peruvian Archeofuturism under the framework of the Crisolist Theory, which foresees a harmony between the traditional vision of diverse ethnicities which conform Peruvianess and the idea of a synergic technoscientific and socio-economic harmonic movement, without affecting the existential spaces of, for example, Andean and Amazonian communities, in the face of the dangers of an ideal of undefined progress portrayed in an instrumentalist vision of nature, which up to date has only left: illegal mining in Madre de Dios, collapse of mining tailings in Ancash, oil spilled in the Amazonas, depredation of ecological reserves such as Chaparrí, increasing the risk of extinction of endangered species, and exacerbated deforestation which determined the loss of 164,662 hectares of the Amazonian rainforest in 2016, which put in danger a healthy and balanced environment.

Archeofuturism then, is not the hidden misanthropy of transhumanism, fed by the idea of undefined progress, that hates the common human being, limited by his biological weaknesses. Archeofuturism is not, and will never be, conservative transhumanism either. Archeofuturism is the reaffirmation of an authentic love to the original human potentiality as such, insofar it is conscious that, the modern idea of progress, such as was denounced by Rousseau (1750), generates materially rich and technically powerful beings, but morally disgusting.

Bibliography

FAYE, Guillaume. (1998). «El Arqueofuturismo». Editorial Libropolis.

FAYE, Guillaume. (1998). «La Colonización de Europa: discurso verdadero sobre la inmigración y el islam». Editorial Libropolis.

ERRIGUEL, Adriano. (2015). «Rusia, Metapolítica del otro mundo». Cuarta Teoría Política en Español. En: https://4tpes.wordpress.com/2015/11/02/rusia-metapolitica...

WOLFHEZE, Alexander. (2018). «The Archaeo-Futurist Revolution». En: https://www.geopolitica.ru/en/article/archaeo-futurist-re...

FAYE, Guillaume. (2016). «El Arqueofuturismo 2.0». Editorial Libropolis.

PEÑA CABRERA, Antonio. (1994). «Racionalidad y Racionalidades». UNMSM. En: http://sisbib.unmsm.edu.pe/bibvirtual/publicaciones/Logos...

BLUMENBERG, Hans. (1979). «Arbeit am Mythos», Frankfurt, p. 14. Cf. también: Christoph Jamme, Einführung in die Philosophie des Mythos, Darmstadt 1991, p. 5.

MORE, Max. (1990). «Transhumanism: Towards a Futurist Philosophy». Extropy, 6, Summer 1990, 6-12.

SANDBERG, Anders. (2001). «Transhuman Terminology Sub-Page».

O’MEARA, Michael. (2013). «Guillaume Faye and the battle of Europe». Editorial Arktos.

MANZOCCO, Roberto. (2019). «Transhumanism: engineering of the human condition. History, Philoshopy and Current Status». Springer.

HUGHES, James. (2002). «The Politics of Transhumanism». Originally Presented at the 2001 Annual Meeting of the Society for Social Studies of Science. Cambridge, MA.

BOSTROM, Nick. (2005). «A History of Transhumanist Thought». Journal of Evolution and Technology ‐ Vol. 14 Issue 1 ‐ April.

ESTROPICO. (2009). «The Political Roots of Overhuamanism». Online Transhumanist Resource. http://www.estropico.com/id329.htm

CANGUILHEM, Georges. (1999).«La decadencia de la idea de progreso». En: Rev. Asoc. Esp. Neuropsiq., vol. XIX, n.º 72, pp. 669-683. En: http://documentacion.aen.es/pdf/revista-aen/1999/revista-...

MARCOS, Alfredo. (2018). «Bases filosóficas para una crítica al transhumanismo». En: Revista de estudios de la ciencia y la tecnología eISSN: 1989-3612 Vol. 7, No. 2, 2ª Época, 107-125. Universidad de Salamanca. En: http://revistas.usal.es/index.php/artefactos/article/down...

ROUSSEAU, Jean-Jacques. (1750). «Discurso sobre las ciencias y las artes».

Notes

[1]«…que es un cuadro de pensamiento global que alía la concepción orgánica e hipotética de la vida con las visiones del mundo complementarias de la voluntad de poder nietzscheana, del orden romano y de la sabiduría realista helénica. Leitmotiv: “un pensamiento voluntarista concreto, creador de orden» (Faye, 1998:25).

[2]«Pensar conjuntos, para las sociedades del futuro, los descubrimientos de la tecnociencia y la vuelta a las soluciones tradicionales e inmemoriales. Tal es quizás el nombre verdadero de la posmodernidad, lejos del pasadismo y del culto estúpido de lo “actual”. Reunir, según la lógica del “y”, y no del “o”, la memoria más antigua y el alma faústica, pues pueden combinarse perfectamente. El tradicionalismo inteligente es el futurismo más potente, y a la inversa. Reconciliar Evola y Marinetti. Es el concepto de “modernidad”, nacido de la ideología del Aufklärung, el que debe ser desechado. No se tienen que asociar los Antiguos a los Modernos, sino los Antiguos a los Futuristas» (Faye, 1998:25-26).

[3] «La aportación del neo-eurasismo es precisamente ésa: la de situarse en la reacción mundial frente a la globalización. El neo-eurasismo transforma la especificidad rusa en “un modelo universal de cultura, en una alternativa al globalismo atlantista, en una visión también global del mundo”. El neo-eurasismo retoma así uno de los rasgos más genuinos del pensamiento tradicional ruso: su carácter escatológico y mesiánico. El eurasismo deviene un arqueofuturismo, una “apología de la barbarie” que no duda en afirmar que, ante los estragos del desarrollismo occidental y el futuro postindustrial de nuestras sociedades, el “arcaísmo” de Rusia constituye en realidad una ventaja. Ante los obstáculos insalvables, los bárbaros prefieren siempre cortar el nudo gordiano. Tal vez sea en las estepas de Eurasia donde se resuelva el destino de la modernidad. En el Heartland de los geógrafos, en el corazón de la Isla mundial» (Erriguel, 2015:5). Disponible en: https://4tpes.wordpress.com/2015/11/02/rusia-metapolitica...

[4] «In metapolitical terms, Jorjani’s work represents yet another – very substantial – breach in the dominant Post-Modern ideological discourse of Cultural Nihilism, which is characterized by secular nihilism, globalist neoliberalism, narcissist hyperindividualism and extreme cultural relativism. Metapolitically, Jorjani’s work can be located in the – admittedly rather vague – spectrum of ‘Archaeo-Futurism’, a philosophical school historically related to what is most ironically termed the ‘Dark Enlightenment’. Both terms are essentially misnomers, most frequently applied in a disparaging way by ideological critics of the supposedly ‘anti-democratic’ and ‘reactionary’ thinkers and movements that they are meant to cover – but these terms are nonetheless useful as provisional markers. From a Traditionalist perspective, both movements are – inevitably, given of their Post-Modern subsoil – ideological hybrids. They tend to engage with particular aspects of Modernity (technological achievement, scientific exploration, futurist aesthetics) while rejecting its nihilistic, materialistic and relativistic ideologies and attitudes. It would be more accurate to say that these movements tend to be interested in ‘timeless’, rather than ‘archaic’ alternatives to these ideologies and attitudes. They tend to reject the Enlightenment premises of Modernity precisely because they associate these premises with spiritual and intellectual darkness rather with light. In this regard, Archaeo-Futurism and the Dark Enlightenment share considerable ground with Traditionalist thought, which views the Modern Age as the equivalent of a cosmic Dark Age (the Christian ‘End Times’, the Hindu ‘Kali Yuga’, the Spenglerian ‘Winter Time’). They differ from Traditionalism, however, in as far as their metapolitical discourse tends to be operational: it provides a basis not only for activist consensus-breaking, but also for revolutionary politics. In other words, Archaeo-Futurism and the Dark Enlightenment have the potential to expand into fully operational socio-political ideologies and into effective political programs. This potential is visible in the manifold crossovers from Archaeo-Futurist and Dark Enlightenment thought into the Western identitarian movement». Disponible en: https://www.geopolitica.ru/en/article/archaeo-futurist-re...

[5] Cuando Faye hace referencia a un rechazo al humanismo, no se refiere a cualquier humanismo, sino específicamente al que surge a fines de la Edad Antigua y el resto de la Edad Moderna, al que diferencia del humanismo clásico helénico con el que si se muestra conforme: «Esta philia helénica se opone evidentemente a los preceptos evangélicos impracticables del “todos los hombres son mis hermanos”. La philia helénica es humanista, porque es inegualitaria, jerarquizada, conforme a la naturaleza. Prefiero mi hermano de sangre al extranjero, pero jamás desearé hacer mal al extranjero pacífico. Y él actuará del mismo modo que yo, en su propia comunidad, en su país. El humanismo inegualitario respeta el orden natural; no miente. El humanitarismo igualitario y utópico miente. Desemboca en la tiranía, en este infierno pavimentado de buenas intenciones» (Faye, 2001).

[6] Categoría antitética de la Ilustración antropocéntrica. Si la Ilustración en el siglo XVIII significó el asentamiento de la fe en el progreso infinito y en la razón instrumental como único criterio de aproximación a la realidad, la Ilustración oscura representa el rechazo de la idea del progreso lineal, anteponiendo la idea de movimiento sinérgico y de la visibilización del carácter multívoco del conocimiento humano, en donde su forma racional conceptual es solo una de sus manifestaciones últimas y la más compleja ciertamente, pero no la única, bajo la teoría de la tres grandes racionalidades del filósofo peruano Gustavo Flores Quelopana que sostiene que la racionalidad es universal, como aptitud innata del género humano que trasciende el tiempo y que se ve manifiesto en todas las épocas de la humanidad, a través de 3 grandes manifestaciones, la de carácter empiriocrática(basada en lo sensible), mitocrática (basada en lo mítico) y logocrática (basada en los conceptos). Dado que la racionalidad bajo la forma de logos es solo una de las manifestaciones de la psique humana, es por ello que hasta el día de hoy la racionalidad de sustrato mítico como la racionalidad de sustrato sensible, subsisten y conviven, el logos no ha reemplazado a lo sensible, el mito no ha reemplazado al logos. El hombre en lugar de reducir su racionalidad, solo la ha ampliado y perfeccionado. «Si se buscan los orígenes del mito se descubre siempre sólo etapas de diferentes formas de afirmación racional del ser y de la vida. No hay mito pre-racional arcaico y, en consecuencia, ningún camino que conduzca del mito al Logos: ‘sólo hay -como dice Hans Blumenberg- una racionalidad y simbolización cambiante en el curso del tiempo. Lo que cambia es únicamente la percepción de la realidad a través del hombre’» (Peña Cabrera, 1994). La Ilustración por ello configura un reduccionismo logocrático y antropocéntrico mientras que la Ilustración oscura –semántica reaccionaria al siglo de las luces– propone un holismo gnoseológico más integral y sistémico.

[7] «Transhumanism is a way of thinking about the future that is based on the premise that the human species in its current form does not represent the end of our development but rather a comparatively early phase.

Transhumanism is a loosely defined movement that has developed gradually over the past two decades. “Transhumanism is a class of philosophies of life that seek the continuation and acceleration of the evolution of intelligent life beyond its currently human form and human limitations by means of science and technology, guided by life-promoting principles and values.” (Max More 1990)

Humanity+ formally defines it based on Max More’s original definition as follows:

(1) The intellectual and cultural movement that affirms the possibility and desirability of fundamentally improving the human condition through applied reason, especially by developing and making widely available technologies to eliminate aging and to greatly enhance human intellectual, physical, and psychological capacities.

(2) The study of the ramifications, promises, and potential dangers of technologies that will enable us to overcome fundamental human limitations, and the related study of the ethical matters involved in developing and using such technologies.

Transhumanism can be viewed as an extension of humanism, from which it is partially derived. Humanists believe that humans matter, that individuals matter. We might not be perfect, but we can make things better by promoting rational thinking, freedom, tolerance, democracy, and concern for our fellow human beings. Transhumanists agree with this but also emphasize what we have the potential to become. Just as we use rational means to improve the human condition and the external world, we can also use such means to improve ourselves, the human organism. In doing so, we are not limited to traditional humanistic methods, such as education and cultural development. We can also use technological means that will eventually enable us to move beyond what some would think of as “human”». Disponible en: https://humanityplus.org/philosophy/transhumanist-faq/

[8] «Pero resulta todavía más irónico que la historia de la ciencia fuese a destruir la imagen lineal del progreso científico mediante el replanteamiento de esa propiedad postulada para la línea recta de no admitir más que una paralela trazada por cualquier punto fuera de ella. Dado que las simulaciones de revolución en geometría euclidiana, ensayadas por Saccheri y Lambert, han sido ignoradas por sus contemporáneos matemáticos, los filósofos del siglo XVIII desconocían la idea, hoy banal, de la fecundidad teórica del No. Todavía más que la geometría no euclidiana, la mecánica no newtoniana ha contribuido a introducir en la historia de las ciencias la idea de rectificación dialéctica. El progreso continuo es un concepto de epistemología conservadora. Quien anuncia el progreso hace del hoy un mañana. Ahora bien, solamente es mañana cuando podremos hablar del día anterior. En cuanto a la crisis de las nociones fundamentales de la geometría y del análisis, a principios del siglo XIX, y la utilización de los números complejos y de las series infinitas, Jean Cavaillès escribió, «los resultados obtenidos gracias a los nuevos instrumentos son los que llevan a transformar todo el sistema matemático: modelos no euclidianos y geometría proyectiva construidos con la ayuda de los números complejos, teorías de las funciones arbitrarias representadas por series trigonométricas…, las matemáticas reales iniciales no son más que un caso particular, situado en el seno de las nuevas matemáticas y explicado por ellas mismas» (Canguilhem, 1999:675).

[9]«What are the problems in Faye’s vision? From my admittedly parochial perspective (‘I should be dissatisfied in Heaven’), there are four major ones. The first has to do with his understanding of archeofuturism, which tends to emphasize the futuristic at the expense of the archaic. Dismissing (at time disdaining) Traditionalist and Heideggerian reservations about technology, Faye favors numerous techno-scientific tendencies he thinks necessary to European survival Foremost of these are nuclear power, genetic engineering, and a more general inclination to what is called ‘transhumanism’. This ‘ism’ favors transforming the human condition by developing technologies that enhance human capacities and overcome human limitations. I find this ‘transhumanism’ potentially nihilistic, not only from the perspective of a ‘Christian-European rationality’, which distrusts man’s ability to improve on nature (for ‘the sleep of reason brings forth monsters’), but also from a metahistorical perspective that sees the techno-scientific basis of our sensate culture as having fixated on theories of truth that grasp only a narrow aspect of human reality and consequently dismiss the most important things» (O´meara, 2013: 18).

[10]«We have said before that Transhumanism can be mixed with any kind of ideology that accepts its principles; this applies, above all, to progressive ideologies, but not excusively. This is the case, for example, of Italian “Superhumanists”, who refer to the Nouvelle droite by Alain De Benoist , to the thought of Giorgio Locchi and to the Archeofuturism of Guillaume Faye- essentially to the radical right» (Manzocco, 2019:45).

[11] «WTA STATEMENT ON RACIALISM

Any and all doctrines of racial or ethnic supremacy/inferiority are incompatible with the fundamental tolerance and humanist roots of transhumanism. Organizations advocating such doctrines or beliefs are not transhumanist, and are unwelcome as affiliates of the WTA. (adopted 02/25/2002)».

[12] «la política futura se estructurará en función de la actitud de cada cual hacia las antropotecnias. Los ejes tradicionales, izquierda-derecha, o conservadores-liberales, quedarán obsoletos y serán sustituidos por el eje precaucionistas-proaccionistas (precautionaries-proactionaries) (Fuller y Lipinska, 2014), valgan los neologismos. Los unos defenderán un uso restringido o nulo de las antropotecnias, mientras que los otros abogarán por la implantación irrestricta, o casi, de las mismas. Y el TH ya ha tomado posición en el debate: lidera las propuestas más favorables a las antropotecnias, es decir, a la intervención técnica profunda sobre el propio ser humano. El objetivo declarado de esta intervención consiste en lograr la llamada mejora humana (human enhancement)» (Marcos, 2018:109).

[13] «L’optimisme forcé, assez irrationnel, sur la ”nouvelle économie numérique”, avec le big data, la blockchain, l’impression 3D, le ”transhumanisme”, etc. qui préfigureraient une “quatrième révolution industrielle” et un nouveau paradigme (et paradis) économique mondial, relève probablement de l’utopie et de l’auto persuasion.  Et de la croyance aux miracles» (Faye, 2016). Disponible en: http://www.gfaye.com/vers-un-crash-economique-mondial/

[14] Físico, epistemólogo y filósofo de la ciencia argentino. Sus obras son internacionalmente reconocidas en el mundo de la ciencia. Sentó las bases de su propio sistema teorético bajo el nombre de hylerrealismo o realismo científico, también ha sido uno de los principales propulsores de la lucha contra las modas intelectuales, dentro de estas últimas el transhumanismo.

[15] «El transhumanismo es un cuento, y tal vez una religión solapada» (Bunge, 2019).

[16] «Le mythe de la ”quatrième révolution industrielle”.

La première révolution industrielle – début du XIXe siècle– s’organisait autour de la machine à vapeur, la deuxième (fin du XIXe) autour de l’électricité, la troisième autour de l’informatique (milieu XXe). La quatrième révolution (début XXIe), issue des deux dernières, l’électrique et l’électronique, concernerait la généralisation d’Internet et des connections universelles numériques par le web. Le concept de « 4e révolution industrielle » est né après la foire de Hanovre en 2011, où l’on a célébré la naissance de l’ ”usine connectée” ; cette dernière, entièrement ”webisée” et branchée directement sur les clients, est robotisée et emploie de moins en moins de salariés. On a créé l’expression abstraite d’ ” industrie 4.0”. C’est un concept assez creux : à quand, l’ ”industrie 5.0” ?

Un des gourous néo-romantiques de cette « 4e révolution industrielle » est – comme indiqué plus haut – le Pr. Klaus Schwab, fondateur et animateur du forum économique mondial de Davos. Le colloque de janvier 2016 a été consacré à la 4e révolution industrielle. Au programme : l’intelligence artificielle, la robotique, les objets connectés, les nanotechnologies, des innovations « révolutionnaires ». Pourquoi pas ? Ce qui est à la fois intéressant mais par ailleurs comique, c’est que tous les médias, sans aucun recul, ont cru sur parole les conclusions (idéologiques plus que scientifiques) de ce forum de Davos. Personne ne s’est posé la question de savoir quelles améliorations concrètes apportait cette miraculeuse économie numérique qui est pourtant parallèle d’une dégradation de la situation mondiale. L’invasion migratoire qui déstabilise l’Europe, la montée du djihad islamique, l’effondrement des cours du pétrole, l’accélération planétaire de tous les types de pollution ne furent pas des sujets abordés. La ”révolution numérique” est censée résoudre tous les problèmes. C’est la croyance aux miracles, qui relève plus de la pensée magique que de la réflexion rationnelle.

Le néo–scientisme et l’écologisme

Les prophéties sur la révolution de l’économie numérique, avec ses mots fétiches, cloud,big data, transhumanisme, etc, appartiennent à une idéologie néo–scientiste qui risque de déboucher sur des désillusions terribles. Or, ce néo-scientisme sans prise de recul, comme celui de la fin du XIXe siècle, cohabite curieusement, chez les mêmes, avec un anti–progressisme écologiste. Il est aussi stupide que les théories de la ”décroissance : il relève du même extrémisme.

Ce romantisme néo-scientiste est l’exact pendant de celui de la fin du XIXe siècle – relisez Jules Vernes et Victor Hugo – où l’on s’imaginait l’avenir en rose sous l’influence du concept magique et au fond peu rationnel de ”Progrès”. À la fin de son poème La légende des siècles, Victor Hugo brossait une vision idyllique du XXe siècle.

Les erreurs des pronostics technologiques sont une habitude. Jules Vernes prévoyait qu’en 1960, les habitants des villes se déplaceraient en engins volants individuels. Mais il n’avait pas prévu l’automobile. Et, dans les années 60, on pronostiquait des bases humaines nombreuses sur la Lune et sur Mars, astronomiques et d’extraction minière, la généralisation des transports aériens supersoniques et hypersoniques stratosphériques ainsi que la diffusion de l’énergie de fusion nucléaire. Bien des pronostics sur le futur de la ”révolution numérique” relèvent probablement des mêmes erreurs utopiques de jugement.

L’utilité marginale déclinante de l’économie numérique

Le téléphone, l’électrification, le chemin de fer et l’automobile, l’aviation comme la radio et la télévision, la pénicilline, l’anesthésie, etc. ont été des bonds technologiques énormes, de par leurs conséquences, bien plus qu’Internet ou l’économie numérique. Le binôme numérique/ informatique offre moins de facilités qu’on ne croit ; parce qu’il complique les processus autant qu’il ne les simplifie. Les innovations technologiques de la ”révolution numérique” ne répondent pas dans la pratique quotidienne, à leurs promesses. Elles sont inférieures en terme d’avantages marginaux aux innovations des précédentes mutations techno–industrielles» (Faye, 2016). Disponible en: http://www.gfaye.com/revolution-numerique-miracle-ou-impo...

 

Translator’s Note:

*This short essay is also available in his book “Why We Fight” (Arktos, 201), see Chapter 2: Preliminary Elements, The Imposture of the ‘New Economy’.

 

Source:

https://www.facebook.com/notes/israel-lira/arqueofuturism...

Also available at:

https://www.academia.edu/39811541/Arqueofuturismo_un_dina...

https://archive.org/details/arqueofuturismoundinamismovita...

dimanche, 27 décembre 2020

Ni réactionnaire ni progressiste mais archéofuturiste ! Hommage à Guillaume Faye

926744033.jpg

Ni réactionnaire ni progressiste mais archéofuturiste !

Hommage à Guillaume Faye

Dans cette première vidéo, nous voyons le concept d'archéofuturisme, tel qu'il fut pensé par Guillaume Faye pour échapper au clivage réactionnaire/progressiste. Peut-être une troisième voie judicieuse pour penser l'avenir ?
 
 
Les premières réactions à la création de ce nouveau compte "youtube":
La tradition (européenne), c’est l’innovation, disait-il. Merci pour cet exposé synthétique et cristallin qui fait honneur à la pensée et l’œuvre de feu Faye.
Très bel exposé d'un concept novateur et d'un excellent auteur, par ailleurs. Félicitations pour ce premier travail !
Merci pour cette synthèse du concept de Guillaume Faye. Maintenant, je n'attend que de le lire pour approfondir le sujet. Je suis tombé sur votre chaîne au hasard de mes recherches, et je penses que vos futures vidéos seront tout aussi intéressantes !
Bel exposé, intelligemment présenté et construit ! Bonne chance pour la suite !
Une chaîne qui promet... à suivre !!!

Excellent travail. Merci de revenir sur ce concept d'une importance capitale. L'idée archéofuturiste dépasse l'opposition conservateur / progressiste par une troisième voie ; celle de l'innovation et de la conquête tout en préservant notre identité, notre Germen, notre substrat biologique. Une position qui transcende celle des partisans d'une décroissance radicale (Kaczynski) autant que celles des progressistes fous qui détruisent faune et flore au nom d'une vision hégélienne de l'Histoire. Hâte de voir tes prochaines vidéos.

vendredi, 06 novembre 2020

UPCOMING: 'Guillaume Faye: Truths & Tributes' by Pierre Krebs, Robert Steuckers and Pierre-Émile Blairon

124126456_3966981019996185_8332400168526006978_n.jpg

UPCOMING: 'Guillaume Faye: Truths & Tributes' by Pierre Krebs, Robert Steuckers and Pierre-Émile Blairon
 
Guillaume Faye was a visionary and a prophet. Like the damned poets for which romantic France is famous, he saw what others refused to see, and he named what others pretended did not even exist.
 
He was certainly no saint and like a true artist liked to imbibe and paint imposing mental images of the future with a brushstroke unmistakably his own. His character was consistently rebellious in the service of a higher ideal: the defense of his race and culture against the onslaught of self-imposed ethnomasochism, forced multiculturalism and aggressive Islamization.
 
In this book, important personages from the Right pay tribute to Faye’s outstanding career as a speaker, writer and pro-European activist. With all its ups and downs and in its lyrical grandeur, Faye’s life truly inspires all of us who strive to make a difference in our motherland — Eurosiberia. Faye was an awakener, who paved the way on which we must march to final victory and liberation.
 
 
La traduction et la diffusion mondiale dans langue de Shakespeare du petit livre d’hommage à Guillaume, avec les contributions de « l’oncle Bob » Steuckers, Pierre-Émile Blairon et Pierre Krebs, véritable témoignage pour l’histoire où on remet salutairement beaucoup de pendules à l’heure.

mardi, 27 octobre 2020

Star Trek vs. the Radical Right: Visions of a Better World - About Guillaume Faye's futurism

c3b672a8f1b64e3e27da7333e168bd49.jpg

Star Trek vs. the Radical Right: Visions of a Better World

About Guillaume Faye's futurism

Guillaume Faye’s writing is a prime example of how radical-right fictional accounts imagine the transformation toward what the radical right considers a better world.

Science fiction has a long history of progressive politics. Probably the best-known example is the Star Trek franchise that started in the 1960s with an Asian helmsman, a navigator from Russia and a black woman as a communications officer and features non-binary and transgender characters in the upcoming third season of “Star Trek: Discovery.” Such politics are not that of the radical right, be they communicated through doctrinaire texts or (science) fiction(s) of a “better world,” the latter being arguably more persuasive due to their emotive nature and a good story’s ability to psychologically transport the reader away from reality and into the world of a hero’s fictive journey.

An occasion where these two modes meet is Guillaume Faye’s “Archeofuturism: European Visions of the Post-Catastrophic Age,” which was originally published in French in 1998. Faye recently featured on these pages, and it is thus sufficient to say that this key thinker of the radical right puts forward a specific argument against egalitarianism and the philosophy of progress.


Did a French Far-Right Thinker Predict 2020?

READ MORE


Following an introduction, “Archeofuturism” starts with an assessment of the Nouvelle Droite (the New Right), including criticism of “ethno-cultural relativism” that prevented the affirmation of “the superiority of our own civilization.” This is followed by a chapter on archeofuturism; an “Ideologically Dissident Statements”; Faye’s discussion of a two-tier world economy; a chapter entitled “The Ethnic Question and the European”; and, finally, a short science fiction story to which I now turn.

indexGFconv.jpgThe Great Catastrophe

Concerning archeofuturism, Faye introduces archaism in terms of the unchangeable “values, which are purely biological and human,” meaning separated gender roles, defending organic communities and “explicit and ideologically legitimated inequality” among social statuses, while futurism is described as “the planning of the future,” a “constant feature of the European mindset” that rejects “what is unchangeable.” Hence, “Archeofuturism” celebrates technological advancements such as genetic engineering from a distinctly radical-right ethos.

Not quite Star Trek’s message, but why bother? Although Faye presents “Archeofuturism” in a classic intellectual style, he also attempts to increase its appeal by fictionalizing his ideas. That is, a story at the end of the book conveys not simply its key points, but an entire, alternative future. This final chapter is not simply dystopian, as is the case with so many radical-right fiction novels, but utopian — not foregrounding decadence and catastrophe, but “the good life” and a happy rebirth of “our folk — whether in Toulouse, Rennes, Milan, Prague, Munich, Antwerp or Moscow.” Thus, the story facilitates emotional identification with a not so distant future, warranting a closer look at this fictionalization of radical-right politics.

The short story is entitled “A Day in the Life of Dimitri Leonidovich Oblomov: A Chronicle of Archeofuturist Times” and introduces the reader to Faye’s future through the eyes of the Plenipotentiary Councillor of the Eurosiberian Federation Dimitri Leonidovich Oblomov on a day in June 2073. It describes what happened following the “Great Catastrophe,” a convergence of catastrophes central to Faye’s theory that allegedly manifests the end of the “fairytale ideology” of egalitarianism and progress underpinning modernity.

gf-sssssss.jpg

According to Faye, this is the convergence of seven main crises: a demographic colonization of Europe; an economic and demographic crisis; the chaos in the South; a global economic crisis; the rise of religious fanaticism, primarily Islam; a North-South confrontation; and environmental pollution, which, interestingly, includes an unambiguous acceptance of anthropogenic climate change. Faye assumed this convergence to take place between 2010 and 2020. The story speaks of 2014-16 and tells the reader that, consequently, 2 billion people had died by 2020.

Readers furthermore learn that following this Great Catastrophe, the Eurosiberian Federation, resulting from the fusion of the European Union and Russia, was founded. Indeed, the idea of a federal Europe is central to Faye’s approach. In contrast to most of his fellow travelers on the radical right, Faye views the contemporary European Union as an insufficient but necessary step toward this federation. Such an imperial block — like India, China, North America, Latin America, the Muslim world, black Africa and peninsular Asia — would be a semi-autarky and an actor on the world stage while simultaneously enabling strengthening of regional identities across the federation.

gf-ppppppppp.jpg

Another key element of Faye’s theory, its unrestricted celebration of technoscience, is also present throughout the story. For example, Oblomov speaks of a base on Mars and spends most of the story on a “planetary train” from Brest to Komsomolsk, a journey which takes only about three hours.

However, within the federation, only 19% cent of the population participate in the technoscientific economy and way of life which “solve[ed] the problems of pollution and energy waste – the planet could finally breathe again. … Still, it was too late to stop global warming, the greenhouse effect and the rise of sea levels caused by wide-scale toxic emissions in the Twentieth century. Science had made rapid progress, but it only affected a minority of the population; the others had reverted to a Medieval form of economy based on agriculture, craftsmanship and farming.”

Not only is this program manifestly inegalitarian, Faye also simply assumes that the vast majority, in fiction and reality, will enjoy a pre-industrial, neotraditional way of living. Faye’s technoscientific vision includes chimeras and the genetic manipulation of children, the benefits of which will only be available to a minority.

Extra-European

Turning to the representation of women, the story introduces three in particular and not untypical ways: Oblomov’s wife, who looks after the children and who only really enters at the end of the story; a virtual female secretary — not “a fat and repulsive old hag” but one who “had perfect measurements, always appeared in scanty dresses and made suggestive remarks from time to time”; and a “dark-skinned and very beautiful girl.” In fact, it is through the conversation between this Indian girl and Oblomov during the train ride that the reader learns much about Faye’s archeofuturist vision.

gf-ttttttttttt.jpg

Finally, Faye’s vision of the post-catastrophic age includes the cleansing of Europe from its “extra-European” population. In Faye’s writing, Islam is the main enemy and, consequently, the story reports an invasion of Europe by an Islamic army in 2017 that teams up with ‘“ethnic gangs”’ before a Reconquista (with the help of Russia) leads to victory and the deportation of millions of descendants of extra-European immigrants. Unsurprisingly, deportation is driven by archaic criteria as Faye talks about the “right of blood” and the “collective biological unconscious.” 

A radical-right publisher in Germany recently released the story as a stand-alone book, and the piece is particularly notable due to its direct transformation of theory into science fiction. Indeed, the story is a prime example of how radical-right fictional accounts “imagine the unimaginable” — the transformation toward what the radical right considers a “better world.” Not only fans of Star Trek should take notice of such worlding as the latter can have real-world consequences.

*[Fair Observer is a media partner of the Centre for Analysis of the Radical Right.]

The views expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect Fair Observer’s editorial policy.

dimanche, 04 octobre 2020

Nederland, roman posthume de Guillaume Faye

NEDERLAND.jpg

Nederland, roman posthume de Guillaume Faye

25,00

Bartholomé est obsédé par cette nana. Tous les jours, il la regarde dans l’immeuble d’en face avec des jumelles. Qu’est-ce qu’elle est bonne… Elle ne sait pas qu’il la regarde, mais il la regarde. Il la désire. Il l’aime.


Mais cette nana se fait baiser par un autre mec. Putain, c’est insupportable ! Les Dieux sont en colère mais ne font rien pour l’aider. Ils attendent que Bartholomé se comporte comme un homme. Il DOIT buter ce sale fils de pute, il n’a pas le choix.


Cette ordure qui lui vole sa vie, c’est Nederland. Alors Nederland doit mourir. NEDERLAND – DOIT – MOU – RIR !


Le truc, c’est que Nederland… c’est le président des Etats-Unis.
Et ça, Bartholomé ne le sait pas encore.

Vous connaissiez le Guillaume Faye essayiste et pamphlétaire, mais connaissez-vous le romancier ? À travers cette oeuvre posthume, découvrez l’univers ténébreux et satyrique de feu Faye, le plus rock’n roll des idéologues de la droite européenne.


Suspens, humour noir, sexe, méli-mélo politique, futurisme pop, décadence sublimée, tout y est.


Le talent de Faye survit à sa mort. Nederland est là pour le prouver.

Pour toute commande: https://danielconversano.com/product/nederland-guillaume-faye/

548714864.jpg

11:41 Publié dans Livre, Livre, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guillaume faye, nouvelle droite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 20 août 2020

Entretien sur Guillaume Faye et l’archéofuturisme - Robert Steuckers répond aux questions de Philip Stein

517h25d94ZL.jpg

Entretien sur Guillaume Faye et l’archéofuturisme

Robert Steuckers répond aux questions de Philip Stein

Monsieur Steuckers, vous êtes de nationalité belge et je suis Allemand mais nous pouvons réaliser cet entretien en langue allemande, sans avoir besoin de traducteur. Si je ne m’abuse, j’aurais pu poser mes questions en espagnol, en français ou en anglais. Comment êtes-vous parvenu à maitriser autant de langues européennes?

Ce n’est nullement étonnant: je ne suis pas le seul dans ce cas en Belgique. Le Prof. David Engels écrit tout aussi bien en français qu’en allemand (et en polonais!), sûrement parce qu’il est originaire d’Eupen; mon collègue linguiste et journaliste Lionel Baland, qui s’est spécialisé dans l’étude des partis et mouvements non-conformistes et populistes, qui est natif de Liège, travaille, lui aussi, en quatre langues (français, allemand, néerlandais et anglais); le Dr. Frank Judo a également eu l’occasion de prendre la parole en allemand lors d’un symposium dans la „Bibliothek des Konservativismus“, etc. Dans un groupe d’amis, à Louvain, nous utilisons très souvent la langue allemande et tous les membres de ce petit club sont invités à bien la connaître pour continuer à en faire partie. Par ailleurs, je suis diplômé de l’école des traducteurs. On peut aussi dire qu’entre néerlandophones et germanophones, la différence est mince: nous ne sommes séparés que par deux mutations consonantiques. Ensuite, j’ai suivi les cours de latin en secondaire à une époque où cela valait encore la peine d’étudier une langue morte, car ce n’était pas inutile, comme le racontent à l’envi tous les adeptes de la jactance néolibérale et festiviste. Sur base de ce savoir scolaire, les langues romanes sont d’un accès facile, du moins à la lecture. Finalement, mon épouse est née à Madrid, au pied du monticule où se trouve le palais royal. Cela aide.

Bildschirmfoto-2020-05-14-um-11-39-36_720x600.pngMalgré vos innombrables activités éditoriales et métapolitiques, nous n’allons pas parler de vous aujourd’hui mais de Guillaume Faye, plus précisément de sa brève nouvelle intitulée „Une journée dans la vie de Dimitri Léonidovitch Oblomov“ qui est parue en traduction allemande dans notre maison d’édition il y a quelques semaines. Sur votre compte Twitter, vous avez annoncé cette parution avec enthousiasme, sinon de manière euphorique. Révélez-nous pourquoi un tel enthousiasme ?

Le grand espoir de Faye était de voir ses travaux édités en allemand. Vous êtes donc ceux qui, post mortem, ont réalisé ce voeu très cher de mon vieux camarade décédé. En étalant cet enthousiasme euphorique, comme vous dites, j’ai voulu exprimer la joie que Faye aurait ressentie s’il avait pu savoir qu’un petit livre de lui était enfin paru en allemand, du moins après tant d’années. L’éditeur Wigbert Grabert avait certes fait traduire quelques-uns de ses textes mais non ses brochures théoriquement si importantes sur l’économie, la sexualité, la nouvelle société de consommation, la modernité, etc. Ces petits travaux, très denses, ont vraiment été pionniers dans notre mouvance. Faye a toujours essayé, dans les années 1980, d’être actif dans des cercles avant-gardistes. Récemment, j’ai découvert sur Facebook une brève allusion à ses „Soirées Avant-Guerre“ de Paris. Pierre Robin, un compagnon de Faye à cette époque, en est l’auteur.

Robin nous révèle, très exactement, ce que Faye concoctait dans ces années-là. Robin écrit, avec pertinence, que Faye, in petto, n’était pas vraiment intéressé par les musiques et les modes dites de la „New Wave“ mais, en revanche, il savait très bien que sans une „mise à jour“, rien ne serait plus possible. Dans ses souvenirs des „Soirées Avant-Guerre“ de Paris, Robin nous dit que, pour Faye, il n’était pas possible de réanimer la Weltanschauung classique, grecque et aristotélicienne, ni même le dionysisme des anciens Hellènes en répétant de manière scolaire les cours donnés jadis dans les classes d’humanités classiques. Il fallait donc d’autres moyens, d’autres instruments, pour tenter de sortir de l’étau de la modernité mortifère.

Ce n’est pas un secret de dire que cette petite nouvelle, que nous avons éditée en allemand, n’est qu’une annexe à son épais volume titré „L’archéofuturisme“, où il expose ses idées sur le monde futur après la „grande catastrophe“. Pouvez-vous nous esquisser ce que Faye entendait par „archéofuturisme“ et quel en était le noyau idéologique?

La réponse à votre question se repère aisément dans la nouvelle: on y décèle parfaitement ce qu’il a voulu dire. L’élite de l’Etat, de l’Empire, les dirigeants de la „Fédération“, avec leur formation pluridisciplinaire, les chefs des armées futures, seront futuristes, bénéficieront de toutes les technologies hypermodernes et les utiliseront comme instruments pour asseoir une puissance planétaire indestructible. Le reste de la population sera à nouveau lié à la terre, aura un mode de vie agraire, et développera une culture populaire stable et éternelle. L‘“archéofuturisme“ est donc archaïque, agraire, écologique pour la grande masse des populations et hyper-technique et futuriste pour les élites.

9781907166099-fr.jpgFaye s’intéressait très fort aux projets de chemins de fer, surtout pour la ligne transsibérienne „Baïkal-Amour“, aussi pour les anciens projets allemands de la „Breitspurbahn“, pour l’aérotrain de la France de De Gaulle, pour les projets japonais similaires, etc. Voilà pourquoi Oblomov passe sa journée dans un train, partiellement souterrain. Pour Faye, la tâche première de tout Etat ou de tout Empire était d’organiser des communications ultra-rapides, exactement comme l’empire romain reposait sur ses routes et en dépendait. Mon fils et moi-même fumes un jour très étonné de constater qu’il lisait avec grand intérêt des revues de vulgarisation scientifique traitant de toutes les nouvelles technologies et biotechnologies, comme Science & Avenir, Sciences & Vie, etc. Même si quelques gros malins, croyant tout savoir et se piquant d’être omniscients, considéraient que ce genre de préoccupation était ridicule, je persiste à croire, avec le recul, que les diplômés en sciences humaines, littéraires ou sociologiques, doivent se donner pour hygiène mentale de glaner du savoir sur les révolutions en cours dans les sciences naturelles, physiques, et dans les domaines des hautes technologies (comme la nanotechnologie par exemple), afin de ne pas énoncer des théories boiteuses et incomplètes.

Pourquoi Faye s’est-il décidé à ajouter cette petite nouvelle, un travail purement littéraire, à son livre sur l’archéofuturisme? Pour donner une teneur littéraire à la matière? Ou doit-on émettre l’hypothèse qu’il y a un „plus“ derrière cette décision, l’enthousiasme de Faye pour la littérature?

Faye, tout comme Jean Thiriart d’ailleurs, n’était pas tellement intéressé à la pure littérature, du moins pendant les années où je l’ai connu (car sa culture littéraire n’est pas négligeable pour autant). Il lisait essentiellement des ouvrages de sociologie (Maffesoli, Lipovetsky), de philosophie (Heidegger), de sciences politiques (Freund), d’économie (List, Perroux, Grjebine), d’histoire et de géographie, comme le prouve les recensions qu’il publiait dans éléments ou dans des feuilles internes du G.R.E.C.E. Une exception toutefois chez ces deux penseurs politiques non-conformistes: Louis-Ferdinand Céline, que tous deux appréciaient grandement. L’objectif de cette petite nouvelle bien ficelée de Faye, que vous venez de traduire et d’éditer, est d’éveiller l’attention de ses lecteurs sur le double aspect que porte en lui son concept d’archéofuturisme, notamment la nécessité de penser simultanément hypertechnicisme et archaïsme organique. Faye regrettait que les cercles de la nouvelle droite n’évoquaient jamais de telles thématiques ou les refoulaient. Cette attitude négative face aux hautes technologies ou aux biotechnologies était l’indice, à ses yeux, d’une attitude impolitique, contemplative et „muséale“, ce qu’il explique d’ailleurs très clairement, et avec emphase, dans son livre intitulé L’archéofuturisme. Il a très certainement souhaité créer un monde de science-fiction pour obliger les „littéraires“ de la nouvelle droite (comme les appelait Thiriart en se foutant d’eux copieusement!) à s’intéresser enfin à des thématiques porteuses d’avenir. Ce souhait englobait également les biotechnologies, thème choisi, pour l’un de ses livres, par son vieil ami italien, le juriste Stefano Sutti Vaj. Le futurisme de Faye doit être pensé simultanément avec le biotechnologisme de Sutti Vaj. Les deux approches, celle de Faye et celle de Sutti Vaj, sont malheureusement restées dans une impasse dans le petit univers néo-droitiste franco-italien.   

9781910524923-fr.jpgL’intérêt de Faye pour ce type de littérature se repère également dans le livre qui fait suite à L’archéofuturisme, soit L’Archéofuturisme V2.0: Nouvelles cataclysmiques, un volume constitué seulement de courtes historiettes, qui se focalisent toutes sur la thématique de l’archéofuturisme? Mais en 1985 déjà, Faye s’était profilé comme l’auteur d’une bande dessinée intitulée Avant-Guerre, où plusieurs éléments de ses futures nouvelles apparaissent, comme l’idée d’une „Fédération euro-sibérienne“. Faye a-t-il inventé un grande histoire, un monde qui lui était propre, auquel il a réfléchi pendant de longues années, qu’il a peaufiné en sa tête… ?

Oui, c’est certain. Il s’est aussi toujours intéressé à la conquête spatiale, aux projets européens Ariane. C’est aussi le résultat qu’un intérêt enthousiaste, depuis son enfance et son adolescence, pour la bande dessinée franco-belge, pour les „romans graphiques“ comme disent les Anglais aujourd’hui. Deux séries ont été déterminantes pour l‘engouement que Faye a eu, pendant toute sa vie, pour la conquête spatiale, pour les sciences et la haute technologie, soit pour le „futurisme“.  D’abord la série „Spirou et Fantasio“ de Franquin où deux scientifiques entrent en concurrence: d’une part, Zorglub, qui conçoit et construit d’étonnantes machines volantes puis envoie des centaines de fusées sur la lune pour y inscrire une publicité pour Coca-Cola; d’autre part, Pacôme, Comte de Champignac, qui est chimiste et crée des armes organiques inouïes au départ de champignons, comme, par exemple, le „Metamol“, qui ramollit et liquéfie tous les métaux. Le „Métamol“ détruit ainsi une armée sud-américaine et des tanks chinois. La base de Zorglub dans la jungle amazonienne est détruite par quelques grenades au „Métamol“ contenant un extrait de champignon capable de tout dévorer: toutes les constructions humaines sont alors englouties dans un magma vert et organique, à une vitesse inimaginable.

61sIMJwhfPL._SX380_BO1,204,203,200_.jpgEnsuite, il y a la série „Blake et Mortimer“ d’Edgard P. Jacobs, où l’on trouve un „roman graphique“, qui nous décrit et nous dessine un royaume d’Atlantide se situant sous les flots au beau milieu de l’Océan Atlantique, juste en dessous des Açores. Ce royaume sous-marin est dirigé avec sagesse par un vieux Basileus, inspiré par l’harmonie grecque antique, mais, il est simultanément menacé par des barbares surexcités qui entendent prendre le pouvoir et massacrer les Atlantes. Ces barbares finissent par vaincre mais détruisent les barrages qui protègent des flots la cité sous-marine d’inspiration platonicienne qui est alors engloutie par l’océan. Mais les Atlantes et leur Basileus peuvent quitter la Terre à temps à bord de centaines de fusées pour se donner un avenir sur une autre planète.

Faye était ensuite fasciné par les avions que Jacobs avait dessinés pour sa trilogie de la série „Black et Mortimer“, intitulée Le secret de l’Espadon, notamment „l’aile rouge“ du Colonel Olrik, incarnation du mal, et l’Espadon de ses adversaires anglais. Cet appareil a très nettement inspiré Faye quand il imaginait ses propres chasseurs „Squalines“, fers de lance des forces aériennes de la „Fédération“. On peut également ajouter que Faye a lu, avec beaucoup d’attention, les deux albums de „Tintin et Milou“, où Tintin s’embarque pour la lune avec le Capitaine Haddock dans une fusée qui ressemble aux V2 allemands de la seconde guerre mondiale. Les armes à ultra-sons inventées par le Professeur Tryphon Tournesol dans L’Affaire Tournesol l’intéressaient beaucoup, elles aussi.

6151weT+qiL.jpgLa fascination de Faye pour les technologies futuristes, pour l’exploration spatiale et les armes biologiques découle certainement d’une connaissance profonde des „romans graphiques“ belges de Franquin, Jacobs et Hergé. Dans la mouvance en France, il n’était d’ailleurs pas le seul dans ce cas: le musicien et dessinateur Jack Marchal, qui avait inventé le petit peuple des rats noirs néofascistes, avait à l’évidence puisé son inspiration chez le dessinateur wallon Raymond Macherot qui, lui aussi, avait créé un peuple de méchants rats vivant dans les égouts d’une ville imaginaire et en sortaient pour commettre mille méfaits. Ensuite son ami le peintre Olivier Carré et son camarade de combat (du moins au début de sa carrière) Grégory Pons étaient également „tintinophiles“, tout comme l’avocat genevois Pascal Junod (toujours très actif en Suisse romande) et moi-même. Cette influence de la bande dessinée belge ne se perçoit quasiment pas dans les milieux politiques germanophones. Je pense en outre qu’il aurait trouvé cela fantastique si des dessinateurs avaient utilisé les thèmes de son oeuvre métapolitique pour lancer de nouvelles séries de BD sur le marché !

Je serai direct: combien de science-fiction y a-t-il dans „Une journée dans la vie de Dimitri Leonidovitch Oblomov“ et dans les autres courtes nouvelles de Faye? Il affirme cependant qu’il s’agit d’une vision d’avenir très réaliste…

Oui, de fait, Faye rêvait d’un partenariat euro-russe où les distances immenses entre la Bretagne  -qu’il aimait parce que son meilleur ami, le nationaliste culturel breton Yann-Ber Tillenon lui avait communiqué le sens de la „bretonnitude“ tout en demeurant son plus fidèle soutien-   et la Sibérie orientale, plus exactement le Kamtchatka, auraient été surmontées par des moyens de communication hyperrapides. Dans sa courte nouvelle, une telle „Fédération“ euro-russe ou euro-sibérienne est devenue réalité. Et, comme je viens de le dire, l’élite de cette „Fédération“ est marquée et formée par une praxis hypertechnicisée et futuriste tandis que les masses populaires vivent à un rythme agraire et conservent, de manière vivante et créative, leurs vieilles racines culturelles celtiques, germaniques ou slaves. Faye réconcilie, dans cette nouvelle, les deux pôles, en apparence foncièrement différents, qui s’opposent au sein des mouvances conservatrices-révolutionnaires voire nationales-révolutionnaires et qui existaient déjà au temps de Weimar: le monde du „Travailleur“ d’Ernst Jünger et l’anti-technicisme de son frère Friedrich-Georg.  

En publiant L’archéofuturisme, Faye opère son retour dans la mouvance néodroitiste en 1998, après avoir passé de nombreuses années dans une sphère apolitique, où il a été animateur de radio et avait tourné le dos à la (méta)politique. Juste avant cette parenthèse, il s’était détaché de la „Nouvelle Droite“ d’Alain de Benoist ou, plutôt, en fut expulsé de manière particulièrement inélégante. Vous avez subi un sort analogue. Aviez-vous des contacts à cette époque? Comment, à votre avis, faudrait-il interpréter le retour de Faye, avec, pour arrière-plan, cette utopie archéofuturiste? Comment caractériser Faye à ce moment-là de son existence?

Le processus de rupture avec Benoist a duré environ huit mois, entre l’été 1986 et mars 1987, avant de devenir définitif. L’université d’été du G.R.E.C.E. de 1986 avait été un fiasco total. Faye a ensuite exprimé ses griefs à l’occasion du colloque annuel de l’association en novembre 1986. En mai 1987, il publie sa lettre d’adieu, rédigée en des termes courtois et modérés. Je l’ai traduite en allemand pour le bulletin de la D.E.S.G. (Deutsch-Europäische Studien-Gesellschaft), qui paraissait à Hambourg. A cette époque-là, grâce au soutien de Jean van der Taelen et de Guibert de Villenfagne de Sorinnes, j’étais parfaitement indépendant de la clique parisienne rassemblée autour de Benoist. Jean-Marie Simar, un ami de Liège, avait édité trois brochures de Faye avec de très modestes moyens: Europe et modernité (à coup sûr, l’essai le plus profond que Faye ait jamais écrit), Petit lexique du partisan européen (la première mouture de Pourquoi nous combattons ?) et L’Occident comme déclin (autre essai magistral qui, hélas, n’a jamais été traduit, pas même en anglais).

index.jpgAprès la rupture entre Faye et Benoist, je n’ai évidemment pas eu les réflexes imbéciles de la secte, en excommuniant à mon tour mon vieux camarade Guillaume Faye. Nous nous sommes vus en août 1987 en Suisse, où Pascal Junod, qui n’était pas encore un avocat renommé, avait organisé une fête paneuropéenne. Faye y a distribué sa lettre d’adieu et y a rencontré un bon paquet d’amis venus des quatre coins de la France et d’ailleurs. J’ai profité de l’occasion pour l’inviter en septembre à Bruxelles, dans les salons de l’Hôtel Métropole (aujourd’hui fermé pour cause de faillite suite au confinement de ce printemps 2020), afin qu’il puisse y présenter un livre et un thème, La soft-idéologie, qu’il avait travaillé et rédigé avec le grand analyste et stratégiste français des médias et des guerres de quatrième dimension, François-Bernard Huyghe. Faye, à l’époque, avait des contacts avec les cercles académiques les plus prestigieux. Sa conférence à Bruxelles sur la soft-idéologie fut la dernière qu’il fit à une tribune de la mouvance dite de „nouvelle droite“. Ensuite, pour moi, il a disparu, sans traces et sans donner signe de vie, dans le labyrinthe des médias alternatifs, polissons mais toutefois notoirement connus sur la place de Paris, où il joua, entre autres facéties, le rôle de Skyman, une sorte de superman vengeur des opprimés, capable d’organiser les plus désopilants des canulars.     

skyman.png

Son retour, dans un premier temps, a été discret mais, selon sa bonne habitude, percutant. Il accorda un entretien à la rédaction d’une jeune revue à l’époque, Réfléchir & Agir (que l’on trouve dans tous les kiosques de France aujourd’hui). Le thème principal qu’il aborda dans cet entretien était les courants musicaux de l’époque qui auraient pu provoquer un effet de rupture salutaire dans la société et l’espace politique, du moins s’ils étaient impulsés dans la bonne direction par une élite porteuse d’une véritable Weltanschauung alternative. De cette manière, un monde alternatif aurait pu émerger. Un ami commun, qui militait pour diffuser Réfléchir & Agir, nous organisa une rencontre à Bruxelles, parce que Faye souhaitait me revoir avant de réapparaître pour de bon dans la mouvance. Un beau jour du printemps 1998, Faye sonna à la porte de ma maison. Il avait certes pris un coup de vieux car la vie dans le petit monde du „Showbiz“ n’est bien sûr ni paisible ni sobre. Cela avait laissé des traces. Mais nous avons entamé la conversation comme si la dernière réunion de son département „Etudes & Recherches“ avait eu lieu une semaine auparavant. Il était resté joyeux, espiègle et polisson, son rayonnement intellectuel était intact. Il nous expliqua ce que signifiait son concept d’archéofuturisme et annonça à tous les amis présents la parution imminente de son livre sur le sujet. Quelques membres de la section hambourgeoise de „Synergon“ étaient présents, de même que le Dr. Tomislav Sunic. Ce fut l’une des journées les plus inoubliables de mon existence !

Le terme central: „Fédération euro-sibérienne“: Faye, en fait, prend une position dans sa nouvelle, qui s’oppose à la conception que se fait Douguine de l’Eurasie. Faye plaide pour une „Euro-Sibérie“ qui ne comprend que la partie européenne de la Russie. Comment jugez-vous cette position aujourd’hui, en tenant compte de l’arrière-plan des querelles qui se sont faites jour dans les rangs de la nouvelle droite française?

Je pense qu’il ne faudrait pas prendre trop au sérieux les différences perceptibles dans les emplois des termes „Eurasie“ et „Euro-Sibérie“. Certes, Douguine est politiquement plus conséquent car il est derechef ancré dans les réalités de l’histoire russe, ce qui l’oblige à tenir compte des anciennes frontières de l’URSS défunte, où Staline a été, volens nolens, un successeur de Catherine II, la « rassembleuse des terres ». Douguine n’escamote pas de manière simpliste l’histoire de l’Union Soviétique. Faye, en fait, développe et élargit une perspective que l’on trouve tout à la fois chez De Gaulle et chez Thiriart: il espère ainsi faire émerger un „grand-espace continental“ qui serait suffisamment autarcique pour pouvoir résister aux entreprises malveillantes d’autres grands espaces impériaux. Faye est ici disciple de Friedrich List et de François Perroux, lequel avait esquissé des plans pour donner de la cohérence au continent latino-américain afin qu’il puisse s’affirmer contre les menées impérialistes de Washington. Pour Faye, pour Thiriart ou pour Perroux, les Etats, petits et moyens, de l’Europe sont trop exigus et l’Europe seule, sans la Russie-Sibérie, n’est pas suffisamment autarcique pour simplement survivre sur le long terme. La Russie, de son côté, est trop peu densément peuplée pour avoir un poids démographique suffisant, face à des adversaires potentiels.

hqdefault.jpg

Le débat Faye/Toulaev à Moscou.

A Moscou et à Termonde (Dendermonde, Flandre orientale, une petite ville à proximité de Bruxelles), Faye a mené des débats intéressants avec un idéologue national russe, hispaniste et historien de l’art: Pavel Toulaev. Ce dernier critiquait le concept d’Euro-Sibérie dans la mesure où la Sibérie n’a jamais été un sujet de l’histoire et que, dans l’espace sibérien, seule la Russie l’a été et l’est restée, puisque l’empire mongol de Gengis Khan et de ses successeurs a définitivement disparu. C’est la raison pour laquelle Toulaev et l’activiste flamand russophone Kris Roman parlent plutôt d’Euro-Russie. On voit ici qu’il y a une différence notable entre cette perspective euro-russe, qui table sur des peuples de souche purement européenne, et la perspective „touranienne“ que Douguine a faite sienne, suite à d’autres eurasistes du 20ème siècle russe, qu’ils aient été « blancs » ou « rouges ». Quoi qu’il en soit, Faye a toujours été partisan d’une alliance euro-soviétique ou euro-russe, comme l’attestent ses très nombreux articles, parus sur son site, sur celui de Thomas Ferrier ( http://thomasferrier.hautetfort.com ) ou sur mon blog http://euro-synergies.hautetfort.com.

unnamed.jpgIl était, sur ce plan, sur la même longueur d’onde qu’Yvan Blot, un très ancien animateur de la nouvelle droite qui avait aussi rompu avec l’inénarrable de Benoist et qui est, hélas, décédé quelques mois avant Guillaume Faye, laissant un vide énorme dans la mouvance, qui n’est guère perçu dans l’espace germanophone, alors que Blot parlait parfaitement l’allemand. Il n’y a guère de querelles sur ce sujet dans les rangs de la nouvelle droite française actuelle: la plupart des activistes et sympathisants sont plutôt pro-russes, y compris bon nombre de catholiques de la vieille droite, bien que quelques-uns, et non des moindres, soutiennent l’ultra-droite ukrainienne (PS d’août 2020: les événements tout récents de Biélorussie modifieront sans doute quelque peu la donne, wait and see).  

Les Etats-Unis, dans sa nouvelle, connaissent un sort peu enviable, celui d’une implosion. Or Faye, à la fin de sa carrière, a pris parti pour Israël et a défendu une vision très négative de l’islam, qui correspond à celle des néoconservateurs américains, théoriciens du „Contre-Djihad“. Comment expliquez-vous cette mutation dans son discours? Est-ce une posture à prendre au sérieux?

De concert avec d’autres observateurs de la société américaine de ses dernières décennies, comme, par exemple, James Howard Kunstler ou Dmitry Orlov, Faye était convaincu que la trépidance qui sous-tend le dynamisme erratique de la société américaine ne pouvait se maintenir sur le long terme. En plus, pensait-il, les Etats-Unis sont marqués par une idéologie libérale incapacitante, un biblisme irréaliste et anti-scientifique et un moralisme agressif. Ces idéologèmes ne peuvent constituer de véritables fondements politiques, au sens où Carl Schmitt et Julien Freund entendaient et définissaient „le politique“. Sans fondements véritablement politiques, un Empire ne peut durer. Il est alors condamné à entrer en décadence. Dès lors, quand a émergé un gigantesque empire, fictif mais peut-être réel demain, comme la „Fédération“, les Etats-Unis se sont automatiquement ratatinés sur le plan de la puissance parce que, contrairement à la figure mythologique grecque d’Antaios, ils ne puisent pas leur force dans un terreau culturel „tellurique“, en entrant à intervalles réguliers en contact avec la Terre, ne se revigorent pas au contact d’un sol à eux. L’avenir appartient à des empires liés à leurs propres sols, qui construisent leur avenir à partir des forces vives de leur „arkhè“. La „Fédération“ euro-russe, tout comme la Chine ou l’Inde, est un empire de ce type, ancré sur son propre sol. La jeune femme indienne, qui voyage en compagnie d’Oblomov dans la nouvelle de Faye, appartient, elle aussi, à un empire ancré dans ses fondements védiques, comme elle le dit d’ailleurs dans la conversation qu’elle a engagée avec le haut fonctionnaire russe de la „Fédération“. Elle voyage en direction d’un autre empire traditionnel, la Chine, dont elle étudiera les fondements traditionnels sans s’y immiscer.

Couv-elements-53.jpgFaye a été dans les années 80, le fougueux avocat d’une coopération euro-arabe anti-impérialiste. Un colloque euro-arabe, visant un tel objectif, a eu lieu à l’université de Mons en Hainaut en 1985, auquel deux Allemands de la mouvance nationale-révolutionnaire, autour de la revue Wir Selbst,  ont participé: Siegfried Bublies et Karl Höffkes (et, moi, j’étais leur interprète). C’était au temps où le monde arabe était dominé par le nationalisme militaire (Algérie), par le laïcisme, le nassérisme, le baathisme ou l’idéal de la „troisième théorie universelle“ de Khadafi. Depuis lors, la donne a considérablement changé. Les réseaux salafistes et wahhabites saoudiens ont oblitéré toute la scène politico-religieuse arabe. Or le salafisme, le frèrisme et le wahhabisme sont des instruments de l’impérialisme américain tout comme le sionisme. Le salafisme a ébranlé durablement l’Algérie et, plus tard, a déstabilisé l’Egypte et meurtri la Syrie, qui se trouve aujourd’hui dans un bien triste état. Chacun sait aujourd’hui que Brzezinski a soutenu les moudjahiddins afghans et leur a fourni des missiles Stinger, tout en recrutant Ben Laden comme mercenaire saoudien pour combattre les Soviétiques dans les montagnes de l’Hindou Kouch. La situation n’est plus aussi simple, aussi gérable, que dans les années 1980.

Entre 2000 et 2004, Faye s’était lié d’amitié avec le géopolitologue Alexandre Del Valle, qui s’était posé comme l’avocat d’une orientation pro-sioniste. La plupart des observateurs de la mouvance nationale-révolutionnaire et néodroitiste en ont conclu que Faye avait opté pour un pro-sionisme radical. Ce qui est plus patent, ce qu’il serait plus pertinent de dire, c’est qu’il a réagi de manière trop émotionnelle et trop passionnelle, notamment dans son livre La nouvelle question juive parce qu’il en avait marre, plus que marre, d’entendre pérorer un certain Arnaud Guyot-Jeannin, satellite de l’inénarrable de Benoist, qui, avec une jactance aussi débile qu’insupportable, tentait de nous vendre un islamisme superficiel, caricatural et schématique. Les thèses de Del Valle se sont étoffées aujourd’hui et sont présentes dans bien des débats en France et en Italie. Dans son dernier livre, Le projet, il met l’accent sur le rôle des Frères musulmans dans l’émergence d’un indescriptible chaos au sein du monde arabe : la thèse est évidemment pertinente, on ne peut le nier. Del Valle avait commencé sa carrière, vers 1999, en dénonçant très clairement, et à très juste titre, l’alliance secrète entre les fondamentalistes islamistes et les faucons néoconservateurs américains. Sur ce plan, on ne peut pas dire qu’il s’est trompé. Son analyse de la situation en Syrie est également correcte. Mais, ce qu’il ne veut pas dire (ou ne peut pas dire), c’est que le sionisme est aussi un instrument de l’impérialisme américain. Les baathistes de Syrie, les Russes, les Chinois et les Chiites d’Iran ou du Liban forment ensemble, eux aussi, une alliance „contre-djihadiste“. Sans les salafistes, les wahhabites et les sionistes.

maxresdefaultadvprojet.jpg

Alain de Benoist s’est exprimé de manière très négative dans la recension qu’il a consacrée au livre de Faye L’archéofuturisme. De Benoist écrivait en conclusion: „Faye esquisse un univers fictif dans lequel je ne voudrais pas vivre“. Puis-je vous demander, tout en restant neutre et objectif, ce qui distingue Faye, le penseur et le provocateur, de ses anciens compagnons du G.R.E.C.E et ce qui rend la lecture de ses textes particulièrement intéressante?

Benoist ne s’intéresse pas du tout à la géopolitique, aux communications (terrestres et aériennes) ou aux hautes technologies (il est tenaillé par un affect anti-techniciste finalement très puéril). Ces désintérêts pour les thèmes concrets expliquent sa réaction négative, outre la haine viscérale qu’il portait à Faye. La vie idéale, pour le bonhomme de Benoist, se déroulerait dans des espaces intérieurs étroits et confinés, bourrés de bouquins et noyés dans un âcre brouillard de fumée de cigarettes, où erreraient aussi quelques chats discrets et fantomatiques qui compisseraient allègrement tapis et fauteuils (j’en ai fait la malodorante expérience dans un certain appartement sis dans une impasse parisienne à proximité du cimetière du Père Lachaise). Bien sûr, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je n’ai rien contre les chats (à condition qu’ils puissent grimper aux arbres avant de venir ronronner près de mon poêle à bois). Je trouve que les chats sont des animaux formidables. Mais, je vous l’avoue, je préfère me promener dans la forêt avec un chien.

102399920_135290054817270_4131420164048551936_o.jpg

Une planche "publicitaire' dans la BD de Faye, intitulée "Avant-Guerre": la fascination pour les grands projets ferroviaires transparait ici nettement !

Mais, trêve de plaisanterie, je vais, comme vous, essayer d’être neutre et objectif: des centaines de gens ont été actifs dans les cercles et unités régionales du G.R.E.C.E. Chacune de ces femmes et chacun de ces hommes avaient derrière lui un itinéraire personnel, un vécu spécifique, un bagage intellectuel précis, des engouements particuliers voire des dadas agaçants. Beaucoup appréciaient Faye comme homme et, après qu’il eut quitté l’association, beaucoup la quittèrent aussi, remplacés notamment par de très jeunes éléments qui ont gobé tous les ragots vomis par le pontife Benoist. En gros, nous pourrions dire que Faye, comme il l’écrit du reste dans L’archéofuturisme, moquait copieusement le paganisme naïf et rejetaient les dadas (droitiers) sempiternellement répétés. Ceux qui ne pratiquaient pas ce paganisme de pacotille, ceux qui ne cultivaient ni dadas ni obsessions incapacitantes (ce terme est de Faye!) étaient ses camarades. Il faut répéter ici, pour dissiper les méchants ragots, que Faye était un personnage affable, toujours à l’écoute d’autrui pourvu que cet autrui racontait des choses pertinentes, lui faisait découvrir de nouveaux territoires intellectuels ou culturels; il n’aimait pas les polémiques personnelles. Moi, que voulez-vous, je suis un vieux Bruxellois, moqueur et sarcastique, cru et caustique, et je ne peux m’empêcher de me foutre de parigots arrogants et prétentieux qui dissimulent mal leur vide intellectuel derrière leurs vilaines grimaces. C’est ainsi et je paraphraserais volontiers Luther en disant: „Me voici, je ne peux autrement“ (Hier bin ich, ich kann nicht anders).

Guillaume Faye est mort en mars 2019. Vous l’aviez connu pendant des décennies. Quel type d’homme était-il? Quels livres lisait-il en privé? Quelles anecdotes pouvez-vous nous rappeler?  

91dD1-WQymL.jpgJ’ai connu Faye au début de l’année 1976 (ou fin 1975), une journée où il faisait très froid et où il prononçait une conférence à Lille sur l’indépendance énergétique de l’Europe (toujours des thèmes concrets !). Comme je viens de le dire, il était un homme très aimable, amical, toujours bienveillant, jamais agressif. Quand quelqu’un venait à lui en lui faisant entrevoir des perspectives nouvelles, il l’écoutait toujours attentivement (ce fut mon cas, alors que j’étais encore un gamin). Faye avait étudié dans un collège des Jésuites à Angoulême, où il avait reçu une solide formation classique, gréco-latine. De fait, sa culture antique était époustouflante. Il avait lu tout Platon et tout Aristote, avait intériorisé leur savoir et leur sagesse. Plus tard, quand il est venu à Paris pour étudier et qu’il s’est rapproché des cercles premiers de la „nouvelle droite“ dans la capitale française, c’est-à-dire les Cercles Vilfredo Pareto et Oswald Spengler, il s’est mis à lire Jouvenel, Freund, Schmitt et Raymond Ruyer. Plus tard, il découvrit les premiers livres, fondamentaux, de Michel Maffesoli. Ses axes de recherche étaient essentiellement politiques, au sens du politique tel que défini par Aristote, Schmitt et Freund, du politique au sens le plus noble du terme.

Quant aux anecdotes, il y en aurait des centaines à raconter ! Je n’en évoquerai qu’une. Immédiatement après son retour, lors de l’université d’été de Synergies Européennes 1998 qui se déroulait dans le Trentin, Faye est arrivé avec un léger retard à un séminaire sur l’oeuvre de Bertrand de Jouvenel. Le jeune conférencier expliquait très en détails tous les aspects que pouvaient revêtir les concepts forgés jadis par Bertrand de Jouvenel dans ses nombreux ouvrages. C’était complexe et assez fastidieux. Tout d’un coup, Faye a dit: „Minute, j’ai assisté jadis aux cours de Jouvenel en 1967. C’est ainsi qu’il expliquait ces notions…“. Et Faye commença à répéter magistralement les leçons de Jouvenel, comme s’il les avait entendues la veille. Il faut aussi ajouter qu’il avait la faculté de pratiquer ce que l’on appelle désormais „l’art de la mémoire“, soit une méthode que l’on a utilisée en Europe jusqu’au 18ème siècle, pour retenir les lignes d’un discours à prononcer. Comme les orateurs de jadis, Faye griffonnait quelques mots-clefs et quelques flèches sur des bouts de papier minuscules, concevait ainsi ce que les anciens nommaient un „chemin“, ce qui lui permettait, comme eux, de tenir un discours continu pendant deux heures ou plus. Je l’ai vu faire à Bruxelles, le jour où il a présenté son livre prophétique La convergence des catastrophes. Le tout tenait sur le côté pile d‘un sous-bock, le verso étant une réclame pour une cervoise quelconque. J’ai été posément étonné et ai admiré d’autant plus son savoir-faire.

Et pour terminer, cher Monsieur Steuckers, quels projets comptez-vous poursuivre, quelles idées entendez-vous défendre dans un avenir proche?

D’abord, il faut tenir. Je veux maintenir intact le rythme avec lequel je travaille aujourd’hui en gérant les sites et les comptes à mon nom ou à celui de Synergies européennes. Ensuite je souhaite publier et compléter mes archives et les éditer sous forme de livres, avec le concours de mes éditeurs. Ce sera beaucoup de travail. Enfin, je souhaite sillonner l’Europe (mais pas trop!) pour rencontrer ceux et celles qui travaillent avec assiduité pour faire triompher la même Weltanschauung.

81s92DONdrL.jpg

Pour commander la traduction allemande de la nouvelle de Faye: https://www.jungeuropa.de/buecherschrank/192/ein-tag-im-leben-des-dimitri-leonidowitsch-oblomow?c=37

guillaume-faye-cet-esprit-fusee-hommages-verites.jpg

Pour commander "Guillaume Faye, cet esprit-fusée" auprès des éditions du Lore: http://www.ladiffusiondulore.fr/home/765-guillaume-faye-cet-esprit-fusee-hommages-verites.html

jeudi, 30 juillet 2020

Robert Steuckers: »Faye hat die Gebrüder Jünger versöhnt«

guillaume-faye-e1474882864154.jpg

Robert Steuckers: »Faye hat die Gebrüder Jünger versöhnt«

Ex: https://podcast.jungeuropa.de

Mit Guillaume Fayes Novelle Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow haben wir die erste, dezidiert rechte Science-Fiction-Erzählung in deutscher Sprache publiziert. Martin Lichtmesz, der das Buch aus dem Französischen übersetzte, nennt sie eine von »schwarzem Humor durchzogene Erzählung von erheblichem Reiz«. Um mehr über diese einzigartige Novelle, ihre Entstehungsgeschichte sowie ihren streitbaren und durchaus sonderbaren Autor zu erfahren, haben wir mit dem belgischen Publizisten Robert Steuckers gesprochen, der Faye mehrere Jahrzehnte kannte und sein politisches Werk stets genau beobachtet hat.

ein_tag_im_leben_des.jpgSehr geehrter Herr Steuckers, ein Belgier und ein Deutscher führen ein Interview in deutscher Sprache, ganz ohne Übersetzer. Wenn ich richtig liege, hätte ich Ihnen meine Fragen jedoch auch auf Spanisch, Französisch oder Englisch stellen können. Wie kommen Sie zu diesem beeindruckenden europäischen Sprachschatz?

Das ist eigentlich nicht erstaunlich, hierzulande bin ich nicht der Einzige. Professor David Engels schreibt ebenfalls sowohl auf Französisch als auch auf Deutsch. Gewiss, weil er aus Eupen (nahe dem Dreiländereck) stammt. Einer meiner Kollegen, der Journalist Lionel Baland aus Lüttich, der sich auf nonkonforme populistische Parteien und Verbände spezialisiert hat, arbeitet auch mit vier Sprachen (Französisch, Deutsch, Niederländisch und Englisch). Dr. Frank Judo, ein guter Bekannter, hat im Zuge eines Symposiums in der Bibliothek des Konservatismus das Wort auf Deutsch ergriffen. Es gibt zahlreiche weitere Beispiele. In meinem Freundeskreis in Löwen ist die deutsche Sprache sehr oft in Gebrauch und alle Mitglieder sind sogar dazu angehalten, sie gut zu beherrschen, um beitreten zu dürfen. Ich bin ja auch Diplom-Übersetzer. Man könnte also sagen, dass uns nur zwei Lautverschiebungen trennen. Außerdem habe ich noch Latein studiert. So sind die romanischen Sprachen einfach zu lernen und zu beherrschen. Dazu kommt, dass meine Frau in Madrid (am Fuß der Hügel, an denen sich der Königliche Palast befindet) geboren wurde. Das ist natürlich auch hilfreich.  

Ihren vielfältigen publizistischen und politischen Tätigkeiten zum Trotz soll es heute nicht um Sie gehen. Wir wollen über Guillaume Faye sprechen – genauer gesagt über seine Novelle Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow, die kürzlich bei uns erschienen ist. Auf Twitter haben Sie die deutsche Erstveröffentlichung sehr wohlwollend, regelrecht euphorisch kommentiert. Verraten Sie uns, wieso?

Fayes große Hoffnung war es, dass seine Texte einmal in die deutsche Sprache übersetzt werden. Sie sind also diejenigen, die post mortem diesen allertiefsten Wunsch erfüllt haben. Mit dieser Euphorie – wie Sie es nennen – habe ich im Grunde die Freude, die er bei Erscheinen dieses Buches auf Deutsch nach so langer Zeit empfunden hätte, stellvertretend zum Ausdruck gebracht. Der Verleger Wigbert Grabert hat in der Vergangenheit einige Texte von Faye übersetzen lassen, doch leider nicht seine so wichtigen Werke über Wirtschaft, Sexualität, Konsumgesellschaft, Moderne, die wirklich als Pionierarbeit innerhalb unserer Kreise bezeichnet werden müssen. Faye versuchte in den 1980er Jahren sehr aktiv in avantgardistischen Kreisen mitzuwirken.

Kürzlich habe ich auf Facebook eine kurze Erwähnung seiner Pariser »Avant-Guerre«-Abende gefunden. Pierre Robin, ein Kumpan von damals, ist der Autor. Robin beschreibt sehr genau, was eigentlich in Fayes Kopf konzipiert wurde. So schreibt er treffend, dass Faye überhaupt nicht von der »New Wave«-Mode oder deren Musik fasziniert war, doch er wusste sehr wohl, dass ohne ein »Update« der eigenen Ausdrucksformen keine neue Politik zu machen war. Faye habe es, so schreibt es Robin in seinen Erinnerungen, für unmöglich gehalten, die klassische griechisch-aristotelische oder eben die dionysische Weltanschauung wieder lebendig zu machen; vor allem nicht mit einer bloßen »schulmeisterlichen« Lobpreisung des gymnasialen, bürgerlichen Humanismus. Deshalb hat Faye stets nach anderen Werkzeugen gesucht, um der modernen Misere zu entkommen.  

imagesGFAF.jpgEs ist kein Geheimnis, dass die Novelle eigentlich »nur« ein literarischer Anhang zu Fayes umfassendem Buch L’Archéofuturisme ist, in dem er seine Ideen einer zukünftigen Welt nach der »Großen Katastrophe« beschreibt und ausführt. Können Sie umreißen, was Faye unter dem Begriff »Archäofuturismus« versteht und was seinen ideologischen Kern ausmacht?

Die Novelle macht eigentlich schon sehr gut deutlich, was er damit meint. Die Staatselite bzw. die Elite des Imperiums, die vielseitig gebildeten Köpfe der Föderation und letztendlich auch die Armeen sind futuristisch geprägt, verwenden hypermoderne Technologien und benutzen sie als Werkzeuge einer scheinbar unzerstörbaren geopolitischen Macht. Der Rest der Bevölkerung ist derweil wieder erdgebunden, agrarisch geprägt und entwickelt eine ewig bleibende, gewissermaßen auch »völkische« Kultur. Archäofuturismus bedeutet sozusagen ein archaisch-agrarisch-ökologisches Leben für das breite Volk und ein hypertechnisches und futuristisches für die ausgewählte Elite.

Faye war seinerzeit stark an Eisenbahn-Projekten interessiert, insbesondere an der Transsibirischen Baikal-Amur-Eisenbahn, der damaligen deutschen Breitspurbahn, dem gaullistischen Aérotrain und ähnlichen japanischen Projekten usw. Deshalb verbringt Oblomow seinen Tag in einem überwiegend unterirdisch fahrenden Zug. Hauptaufgabe des staatlichen Wesens war es für Faye, superschnelle Kommunikationen zu ermöglichen, genauso wie das Römische Reich straßengebunden und straßenabhängig war. Mein Sohn und ich waren eines Tages erstaunt, als wir beide feststellten, dass Faye eifrig Magazine über allerlei neue Technologien, auch Biotechnologien, las, wie Science et AvenirScience & Vie usw. Auch wenn Besserwisser eine solche Beschäftigung als skurril erachten mögen, verschafft es nichtsdestoweniger Geisteswissenschaftlern eine nötige mentale Hygiene, sich oberflächlich mit den Revolutionen in den Naturwissenschaften und Hochtechnologien (wie etwa Nanotechnologie) auseinanderzusetzen.  

Wieso hat Faye sich entschieden, seinem Buch noch eine Novelle, also ein literarisches Werk, anzuhängen? Um den Stoff zu verdichten? Oder steckt mehr dahinter – etwa Fayes Begeisterung für die Literatur? 

Faye war, genauso wie Jean Thiriart, nicht wirklich an reiner Literatur interessiert. Er las querbeet Soziologie (Maffesoli, Lipovetsky), Philosophie (Heidegger), Politikwissenschaft (Freund), Volkswirtschaft (List, Perroux, Grjebine), Geschichte und Geographie. Eine Ausnahme bei diesen beiden nonkonformen Autoren war sicherlich Louis-Ferdinand Céline, den sie beide sehr schätzten. Ziel dieser kleinen, aber gut abgerundeten Novelle war es, seine Leser für den Doppelaspekt zu begeistern, den der von ihm konzipierte Archäofuturismus in sich trägt, nämlich die Notwendigkeit, zu gleicher Zeit hypertechnisch und archaisch-organisch zu denken. Er bedauerte, dass neurechte Kreise solche Themen nie erwähnten oder sogar ablehnten. Diese negative Haltung den Hochtechnologien oder den Biotechnologien gegenüber war für ihn Indiz einer unpolitischen, kontemplativen, musealen Anschauung, was er auch sehr deutlich und umfangreich im Kern seines Buches L’Archéofuturisme erklärt.

Er hat sich gewünscht, eine Science-Fiction-Welt zu schaffen, um die Literaten (so wie sich Thiriart spöttisch ausdrückte!) der Neuen Rechten dazu zu bewegen, sich endlich für zukunftsfähige Themen zu interessieren. Das gilt natürlich auch für Biotechnologien, was übrigens sein langjähriger italienischer Freund und Jurist Stefano Sutti Vaj als Thema für eines seiner Bücher gewählt hat. Der Futurismus Fayes muss zusammen mit dem »Biotechnologismus« Suttis gedacht werden. Aber beide Annäherungen sind leider innerhalb der neurechten Kreise unbeachtet geblieben.       

61ZV+xJIBqL.jpgFür seine literarische Begeisterung spricht auch die Ausgestaltung des »Nachfolgebuches« L’Archéofuturisme V2.0: Nouvelles Cataclysmiques, ein ausschließlich aus Kurzgeschichten bestehender Band, der den Archäofuturismus erneut in den Fokus rückt. Doch schon 1985 beteiligte sich Faye als Autor an dem Comic-Band Avant-Guerre, in dem viele Motive seiner späteren Novellen, etwa die »Eurosibirische Föderation«, angelegt sind. Hat Faye gewissermaßen eine große Geschichte, eine eigene Welt, erfunden, die er über Jahre ausgestaltete und fortführte?

Ja, das stimmt. Schon immer hat er sich für Raumfahrt und für das europäische Ariane-Projekt interessiert. Diese Begeisterung war auch das Resultat einer kindlichen und jugendlichen Sympathie für belgische Comics oder, besser gesagt, für Graphic Novels, wie die Engländer heute sagen. Zwei Serien waren entscheidend für die lebenslange Neigung Fayes, wissenschaftlich-technologisch, also futuristisch, zu denken. Zu nennen wäre hier die Serie Spirou & Fantasio von Franquin, in der zwei Wissenschaftler konkurrieren: zum einen Zorglub, der erstaunliche fliegende Maschinen konzipiert, baut und dann hunderte Raketen zum Mond schickt, um Werbung für Coca-Cola zu machen; zum anderen Pacôme, Graf de Champignac, der Chemiker ist und verblüffende organische Waffen aus Pilzen entwickelt, wie etwa das »Metamol«, das alle Metalle weich und flüssig werden lässt. 

515ChugwT8L._AC_UL320_SR226,320_.jpgDas »Metamol« vernichtet eine südamerikanische Armee und chinesische Panzer, Zorglubs Stützpunkt im Dschungel Amazoniens wird mit Handgranaten zerstört, die ein allesfressendes Pilzextrakt enthalten, womit alle menschlichen Konstruktionen buchstäblich aufgelöst werden. Weiter in der Reihe Blake und Mortimer von Edgard P. Jacobs, findet man eine graphische Novelle, in der sich ein Atlantis-Reich unterseeisch in der Mitte des Atlantischen Ozeans direkt unter den Azoren befindet. Dieses unterseeische Reich wird von einem alten ehrwürdigen Basileus sanft geleitet, aber zur gleichen Zeit von aufgehetzten Barbaren bedroht. Die Barbaren siegen und zerstören die schützenden Deiche, wobei die musterhafte Polis platonischer Prägung überflutet wird. Aber die Atlanten und ihr Führer Basileus können rechtzeitig unsere Erde an Bord von hunderten Raumschiffen verlassen, um eine Zukunft auf einem anderen Planeten zu schaffen.

blake-et-mortimer-secret-espadon-jacobs-prestige.jpg

Zudem war Faye auch von Jacobs gezeichneten Flugzeugen fasziniert, die in der Black und Mortimer-Trilogie Le Secret de l’Espadon erschienen, etwa die »Rote Flügel« vom bösartigen Colonel Olrik und der »Espadon« von seinem englischen Gegner. Letzteres ist deutlich die Inspirationsquelle für Fayes »Squaline«-Jets. Überdies hat er auch mit großer Aufmerksamkeit die zwei graphischen Novellen aus der Reihe Tim und Struppi verfolgt, in denen Tim und Kapitän Haddock in einer V2-ähnlichen Rakete zum Mond fliegen. Auch die Ultraschall-Waffen von Professor Baldwin Bienlein (Tryphon Tournesol auf Französisch) im Album Der Fall Bienlein interessierten ihn. Und so weiter, und so fort. 

9782266030892_1_75_1.JPGDie Faszination Fayes für futuristische Technologien, für Raumfahrt und Biowaffen entstammt sicherlich seiner tiefen Kenntnis der belgischen graphischen Novellen von Franquin, Jacobs und Hergé. Er war in der französischen Szene nicht allein: Der Musiker und Zeichner Jack Marchal, der das Völkchen der schwarzen neofaschistischen Ratten erfunden hat (man denke an das GUD-Symbol!), ließ sich eindeutig und bewusst von den bösen Ratten des wallonischen Zeichners Raymond Macherot inspirieren. Dann sein Freund, der Maler Olivier Carré, und dessen Bekannter Grégory Pons. Auch sie waren »Tintinophil« (= »Tim-Freaks«), so wie noch heute der Genfer Anwalt Pascal Junod (hyperaktiv in der Schweiz) und ich selbst. Dieser Einfluss ist im deutschsprachigen Raum freilich nicht zu spüren. Ich glaube aber, er hätte es toll gefunden, hätten Zeichner seine Themen aufgegriffen, um neue Serien auf den Markt zu bringen.     

Hand aufs Herz: Wie viel Science-Fiction steckt in Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow und Fayes anderen Novellen? Der Autor behauptet jedenfalls, es handele sich um eine durchaus realistische Zukunftsvision…

Faye träumte von einer »eurorussischen« Partnerschaft, wobei die riesigen Entfernungen zwischen der Bretagne, die er abgöttisch liebte, weil sein bester Freund, der bretonische Kulturnationalist Yann-Ber Tillenon, ihm die bretonnitude beigebracht hatte und immer sein treuester Unterstützer geblieben ist, und Ostsibirien, etwa Kamtschatka, durch hyperschnelle Kommunikationsmittel überbrückt würden. In der kurzen Novelle ist eine solche »Föderation« Wirklichkeit geworden. Und wie ich bereits gesagt habe, ist die Elite hochtechnisiert und futuristisch geprägt, weil das Volk agrarisch wirkt und seine alten keltischen, germanischen oder slawischen Wurzeln lebendig bewahrt. Eigentlich versöhnt er hier zwei vollkommen unterschiedliche Orientierungen im konservativ-revolutionären bzw. national-revolutionären Lager, d. h. er löst den Widerspruch zwischen Ernst Jüngers Arbeiter-Welt und Friedrich Georg Jüngers Anti-Technizismus.  

Mit L’Archéofuturisme feierte Faye 1998 sein publizistisches Comeback, nachdem er viele Jahre als »unpolitischer« Radiomoderator arbeitete und der Politik gewissermaßen den Rücken gekehrt hatte. Zuvor hatte er sich von der Nouvelle Droite um Alain de Benoist gelöst bzw. wurde dort unsanft entfernt. Ihnen erging es ähnlich. Hatten Sie beide damals Kontakt? Wie ist das Comeback Fayes, vor allem vor dem Hintergrund einer solchen archäofuturistischen Utopie, einzuschätzen? Und wie würden Sie Faye zu dieser Zeit charakterisieren?

Acht Monate hat es ungefähr gedauert, zwischen Sommer 1986 und März 1987, bevor er sich definitiv von Alain de Benoist getrennt hatte. Die Sommer-Uni 1986 war diesbezüglich ein Fiasko. Seinen Unmut hatte er anlässlich des jährlichen Symposiums im November 1986 deutlich zum Ausdruck gebracht. Seinen öffentlichen Abschiedsbrief – in sehr versöhnlichen Tönen – veröffentlichte er im Mai 1987. Die deutsche Fassung davon habe ich selbst bearbeitet; sie ist in der Zeitschrift DESG-Inform aus Hamburg erschienen. Damals war ich dank der Unterstützung von Jean van der Taelen und Guibert de Villenfagne de Sorinnes Teil des Pariser Klübchens geworden. Jean-Marie Simar aus Lüttich hatte drei Broschüren von Faye mit sehr geringen Mitteln herausgegeben: Europe et Modernité (sicherlich der tiefschürfendste Essay, den er je verfasst hat), Petit Lexique du Partisan européen (erster Entwurf von Wofür wir kämpfen) und L’Occident comme déclin (ein ausgezeichneter Essay, der leider nie übersetzt worden ist, noch nicht mal auf Englisch).

Nach dem Bruch habe ich natürlich nicht sektiererisch meinen alten Freund Faye exkommunizieren wollen. Wir haben uns im August 1987 in der Schweiz getroffen, wo Pascal Junod, der noch kein Rechtsanwalt war, ein gesamteuropäisches Fest organisiert hatte. Faye verteilte dort seinen Abschiedsbrief und traf eine Menge Freunde, die aus allen Gegenden Frankreichs angereist waren. Ich nutzte die Gelegenheit, ihn im September nach Brüssel ins Métropole-Hotel einzuladen, um ein Buch (La soft-idéologie) und ein Thema vorzustellen, das er zusammen mit dem berühmten französischen Strategen und Medien-Analysten François-Bernard Huyghe geschrieben hatte. Faye pflegte damals Kontakte zu höchsten akademischen Kreisen. Sein Vortrag über die »Soft-Ideologie« war der letzte, den er vor neurechtem Publikum gehalten hatte. Danach ist er für mich spurlos im Labyrinth von alternativen Medien verschwunden.

index.jpgSein Comeback war diskret, aber, wie üblich, gekonnt umgesetzt. Er gab der Redaktion der damals jungen Zeitschrift Réfléchir & Agir (die man heute in allen Kiosken Frankreichs kaufen kann), ein Interview. Hauptthema des Gesprächs war eine Darstellung der neuen zeitgenössischen Musikströmungen, die einen durschlagenden Effekt auf Gesellschaft und Politik hätten, wenn sie zur gleichen Zeit auch in eine solche Richtung durch eine weltanschauliche Elite gelenkt würden. So könnte eine alternative Welt geschaffen werden.

Ein gemeinsamer Freund, der Réfléchir & Agir vertrieb, organisierte ein Treffen in Brüssel, weil Faye es wünschte, mich einmal wiederzusehen, bevor er in der Szene wieder öffentlich auftauchen konnte. Und eines Tages, im Frühling 1998, klingelte Faye an der Tür. Natürlich war er etwas älter geworden, da das Leben in der Welt des »Showbiz« nicht besonders ruhig und nüchtern verlief. Das hinterließ natürlich Spuren. Aber wir haben das Gespräch so angefangen, als ob die letzte Versammlung seiner »Etudes & Recherches«-Gruppe erst eine Woche vorher stattgefunden hätte. Er hatte noch immer ein frohes Gemüt und einen hellwachen Geist. Er legte seinen Begriff des Archäofuturismus dar und kündigte unserer Versammlung das Erscheinen seines Buches an. Einige Mitglieder der Hamburger »Synergon«-Sektion sowie Dr. Tomislav Sunic waren mit dabei. Ein unvergesslicher Tag. 

Faye-guide-seducteur-min.jpg

Stichwort »Eurosibirische Föderation«: Faye nimmt in seiner Novelle eine Position ein, die dem »Eurasien-Konzept« Alexander Dugins entgegensteht – Er plädiert nämlich für ein »Eurosibirien«, das nur die »europäischen« Teile Russlands miteinbezieht. Wie bewerten Sie diese Position – auch vor dem Hintergrund der einstigen Streitigkeiten in der französischen Neuen Rechten zu dieser Frage – heute?

Tja, man sollte, glaube ich, die Differenzen zwischen »Eurasien« und »Eurosibirien« nicht allzu ernst nehmen. Dugin ist konsequenter, da er wirklich in der russischen Geschichte eingebettet ist. Dugin übergeht auch nicht einfach die Geschichte der Sowjetunion. Faye indes entwickelt eigentlich eine erweiterte gaullistische bzw. thiriartische Perspektive und hofft so einen interkontinentalen Großraum zu schaffen, der autark genug sein könnte, um Widerstand gegen andere imperiale Großräume leisten zu können. Faye ist hier ganz Schüler von Friedrich List und von François Perroux, der Pläne skizziert hatte, um dem lateinamerikanischen Kontinent eine großräumliche Kohärenz zu geben, damit er sich gegen den Imperialismus Washingtons behaupten könnte.

indexGFPT.jpg

Faye und Tulaev in Moskau.

Für Faye, Thiriart oder Perroux sind die einzelnen Staaten Europas zu klein und ist Gesamteuropa nicht autark genug, um langfristig zu überleben. Russland seinerseits ist zu dünn bevölkert, um demographisch genug Gewicht zu haben. In Moskau und in Dendermonde (eine flämische Stadt in der Nähe Brüssels) führte Faye interessante Gespräche mit dem »neurussischen« Ideologen, Hispanisten und Kunsthistoriker Pavel Tulaev. Tulaev erhob Kritik dem Begriff »Eurosibirien« gegenüber, aus dem Grund, dass Sibirien nie ein Subjekt der Geschichte gewesen war und dass im sibirischen Raum nur Russland Subjekt der Geschichte war und ist, da das Mongolische Reich Dschingis Khans und seiner Nachfolger unwiderruflich verblichen ist. Deshalb sprachen Tulaev und der flämische Aktivist Kris Roman eher von »Euro-Rus«.

Hier liegt natürlich ein Unterschied zwischen dieser rein russisch-europäischen Perspektive und der gewissermaßen auch turanischen Perspektive, die Dugin eigen ist. Faye war immer Anhänger einer europäisch-russischen Allianz, wie zahlreiche Texte beweisen, die ich für die Euro-Synergies-Webseite übernommen habe. Streitigkeiten innerhalb der französischen Neuen Rechten gibt es diesbezüglich eigentlich kaum. Jeder ist eher pro-russisch, obwohl einige die ukrainischen Rechten unterstützen. 

Die USA kommen in seiner Novelle hingegen nicht gut weg. Später ergriff er dann jedoch Partei für Israel und postulierte ein Islambild, das an die stark neokonservativ gefärbte Counterjihad-Bewegung angelehnt war. Wie ist dieser Wandel zu erklären? Und ist er, mit Verlaub, politisch ernst zu nehmen?

Mit anderen Beobachtern der amerikanischen Gesellschaft, wie etwa James Howard Kunstler, teilte Faye die Überzeugung, dass die Hektik, die grundlegend für die irre Dynamik der amerikanischen Gesellschaft ist, langfristig nicht andauern kann. Dabei sind die USA durch eine lähmende liberale Ideologie, unrealistischen bzw. unwissenschaftlichen Biblismus und einen aggressiven Moralismus geprägt. Dies sind keine echten politischen Grundlagen, wie Carl Schmitt und Julien Freund sie definiert haben. Ohne solche Grundlagen kann ein Imperium nicht überdauern. Es ist dazu verurteilt unterzugehen.

Deshalb sind, in einem fiktiven künftigen Superreich wie der »Föderation« Fayes, die USA machtpolitisch marginalisiert, weil sie, im Gegenteil zu Antaios in der griechischen Mythologie, keine Kraft aus der tellurischen Berührung mit ihrem eigenen Boden schöpfen können. Die Zukunft gehöre erdgebundenen Reichen, die eine Zukunft (»Futurum«) aus den Kräften ihrer arkhè aufbauen. Die »Föderation« sowie China und Indien stellen jeweils ein solches erdgebundenes Reich dar. Das indische junge Mädchen, das mit Oblomow reist, gehört einem Reich an, das auf vedischen Grundlagen fußt. Sie reist in ein anderes traditionelles Reich, nämlich China. 

Faye war in den 1980er Jahren der leidenschaftliche Anwalt einer euro-arabischen, anti-imperialistischen Zusammenarbeit. Ein euro-arabisches Colloquium in diesem Sinn fand an der Universität Mons (Bergen) in Hennegau statt, wo für die deutsche Seite Siegfried Bublies und Karl Höffkes teilnahmen (ich war Dolmetscher). Aber seitdem haben salafistische und saudi-wahhabitische Kreise die ganze arabische Szene verändert. Salafismus und Wahhabismus sind genauso Instrumente des US-Imperialismus wie der Zionismus. Der Salafismus hat Algerien schwer getroffen und, später, Ägypten destabilisiert und Syrien in seinen heutigen traurigen Zustand manövriert. Jeder weiß heute, dass Brzezinski die afghanischen Mudschahiddin mit Stinger-Waffen unterstützen ließ und Bin Laden als saudischer Söldner gegen die Sowjets in den Hindukusch schickte. Die Lage ist nicht mehr so überschaubar wie in den 80er Jahren.

Unknown-1.jpeg

Faye war zwischen 2000 und 2004 mit dem Geopolitiker Alexandre del Valle befreundet, der damals Kopf einer pro-zionistischen Orientierung war. Deshalb haben die meisten Beobachter der neurechten Szene den Eindruck, dass er eine radikale pro-zionistische Wende durchlaufen hatte. Tatsächlich hat er, besonders in seinem Buch La nouvelle question juive, gewissermaßen überhitzt reagiert. Die Thesen von del Valle sind mittlerweile umfangreich in der französischen und italienischen Debatte verbreitet, wobei er jetzt die Muslimbruderschaft als Urheberin des Chaos in der arabischen Welt betrachtet. Del Valle begann seine Karriere, indem er die heimliche Allianz zwischen islamischen Fundamentalisten und amerikanischen neokonservativen »Falken« andeutete. Seine Analyse der Lage in Syrien ist ebenso korrekt. Aber was er vielleicht nicht sagen will (oder darf), ist, dass der Zionismus ebenfalls eine Art Instrument des US-Imperialismus ist. Die Baathisten Syriens, Russen, Chinesen und Schiiten aus dem Iran oder aus dem Libanon bilden ja auch jetzt gewissermaßen ein »Counter-Dschihad«-Bündnis. Ohne Salafisten, Wahhabiten oder Zionisten. 

Guillaume Faye ist 2019 gestorben. Sie kannten ihn seit Jahrzehnten. Was war er für ein Mensch? Welche Bücher hat er privat gelesen und welche Anekdoten können Sie mit uns teilen?

Ich habe Faye Anfang des Jahres 1976 in Lille kennengelernt. Als Mensch war er immer freundlich und wohlwollend, nie aggressiv. Wenn jemand ihm neue Perspektiven eröffnete, hörte er immer aufmerksam zu. Faye studierte in einem Jesuiten-Gymnasium in Angoulême, wo er eine stark griechisch-lateinisch geprägte Bildung erhielt. Seine Bildung in klassischer Kultur war verblüffend. Platon und Aristoteles hatte er gelesen und verinnerlicht. Später, als er in Paris studierte und sich in den Arbeitskreisen zu Vilfredo Pareto und Oswald Spengler engagierte, las er besonders Vilfredo Pareto, Bertrand de Jouvenel, Julien Freund, Carl Schmitt und Raymond Ruyer. Später entdeckte er die ersten Schriften Michel Maffesolis. Seine Forschungen waren durchaus politisch, rein politisch im edlen Sinn des Wortes. 

Anekdoten gibt es in Hülle und Fülle. Nur eine will ich hier erwähnen. Unmittelbar nach seinem Comeback, während der Sommer-Uni 1998 im Trentino, kam er mit kurzer Verspätung zu einem Seminar über das Werk Bertrand de Jouvenels. Der junge Referent erklärte in allen Einzelheiten die Begriffe, die Jouvenel in seinen zahlreichen Büchern geprägt hatte. Es war ein bisschen peinlich. Faye sagte dann plötzlich: »Moment, ich habe mit Jouvenel in 1967 studiert. So erklärte er diese Begriffe …«. Und er fing an, die Lektionen Jouvenels musterhaft zu wiederholen, als ob er sie am Vorabend erst gehört hatte. Er hatte noch die Fähigkeit, die »Kunst des Gedächtnisses« zu praktizieren, d. h. eine Methode anzuwenden, die man bis ins 18. Jahrhundert in Europa anwandt, um Vorträge zu halten. Er kritzelte einige Stichwörter und Pfeile auf ein winziges Stück Papier, konzipierte so einen »Weg« und konnte dann einfach zwei Stunden pausenlos reden. So hat er zum Beispiel einen Vortrag über sein Buch La convergence des catastrophes in Brüssel vorbereitet. Ich war erstaunt und bewunderte ihn umso mehr.  

Abschließend, sehr geehrter Herr Steuckers, welche Projekte und Ideen verfolgen Sie aktuell?

Erstens, beharren. Ich will das Tempo halten, mit dem ich die verschiedenen Webseiten und Accounts derzeit organisiere. Zweitens will ich mein Archiv in Büchern publizieren. Da gibt es viel Arbeit. Drittens wünsche ich durch Europa zu reisen, um diejenigen zu treffen, die ebenso fleißig arbeiten und die gleiche Weltanschauung teilen. 

Das Gespräch führte Philip Stein.

EBIIZo3XkAEubxu.jpg

Ein Buck voll Anekdoten. Lieferbar bei "éditions du Lore", sowie "La nouvelle question juive", "Sexe et dévoiement" und "Archéofuturisme V2.0":

http://www.ladiffusiondulore.fr

jeudi, 11 juin 2020

Produktinformationen "Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow"

EUSsSETXkAMZ5lT.jpg

Produktinformationen "Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow"

Ethnische und religiöse Bürgerkriege, Wirtschaftskrisen, Umweltkatastrophen, Umverteilungskämpfe, verursacht durch Liberalismus, Multikulturalismus, Humanitarismus, Globalismus, Masseneudämonie, Umweltverschmutzung und Ressourcenraubbau: der französische Vordenker Guillaume Faye (1949–2019) prophezeite das apokalyptische Ende der modernen Welt in einer »Konvergenz der Katastrophen«, die nicht mehr aufzuhalten sei.

Doch wie könnte eine Welt nach dem großen Zusammenbruch aussehen? Hat Europa eine Chance auf eine Wiedergeburt?

Faye entwirft in seiner Science-Fiction-Erzählung eine aus der Asche wiedergeborene Welt jenseits der egalitären Irrwege der Neuzeit, in der sich Europa mit Russland zu einem mächtigen, ethnopluralistischen Kontinental-Imperium vereinigt hat, das sich von der Bretagne bis an die Beringstraße erstreckt, und in der der faustische Geist eine nie dagewesene Synthese zwischen Mensch, Technik und Natur, Tradition und Wissenschaft, ewiger Wiederkehr und titanischer Grenzüberschreitung, zwischen dem Ur-Alten und dem Immer-Neuen entwickelt hat: den Archäofuturismus.

Der Übersetzer Martin Lichtmesz konstatiert: 

»Guillaume Faye hat eine von schwarzem Humor durchzogene Erzählung von erheblichem Reiz geschaffen, die noch lange in der Fantasie des Lesers fortleben wird, der sich selbst die Frage stellen kann, ob er in einer solchen Welt leben will oder ob er sie überhaupt für möglich oder wünschenswert hält.«

Mit einem Nachwort von Martin Lichtmesz.

Dieses Buch erscheint am 5. Juni 2020. Bitte vormerken!

ein_tag_im_leben_des.jpg

Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow

15,00 € *

inkl. MwSt. zzgl. Versandkosten

Bestellung: https://www.jungeuropa.de/buecherschrank/192/ein-tag-im-leben-des-dimitri-leonidowitsch-oblomow

Lieferzeit 2 Werktage

    • Artikel-Nr.: 978-3-948145-06-4
    • Info: 128 Seiten, Klappenbroschur, Fadenbindung
    • Info: Erscheint am 5. Juni 2020

Vorteile

  • Kostenloser Versand ab einem Bestellwert von 50 €
  • Versand innerhalb von 2-4 Werktagen
  • Zahlreiche Zahlungsmöglichkeiten
  • EaKNR_vWkAgqfIZ.jpg

00:50 Publié dans Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle droite, guillaume faye | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook