lundi, 27 avril 2026
Nietzsche. Finalisme et histoire selon Pierre Chassard (entre l'éternel retour et la faible critique du christianisme)

Nietzsche. Finalisme et histoire selon Pierre Chassard (entre l'éternel retour et la faible critique du christianisme)
La réflexion du théoricien de la Nouvelle Droite française, avant tout, cherche à reconstituer la pensée originelle de Nietzsche au-delà de toute interprétation passée, intéressée, instrumentale.
par Luca Negri
Source: https://www.barbadillo.it/130002-nietzsche-finalismo-e-st...
Encore un livre sur Nietzsche ? Était-ce vraiment nécessaire ? Telles pourraient être les questions légitimes à la lecture de la publication en italien de Nietzsche. Finalisme et histoire, écrit par Pierre Chassard en 1998 (dernière version) et désormais disponible grâce aux Éditions Moira, traduit et édité par Stefano Vaj, avec une préface de Lorenzo Di Chiara. Pour toute commande: https://www.amazon.it/dp/B0GJFGLFFM?ref=cm_sw_r_ffobk_cp_...

Il est en effet bien connu que de nombreux essais ont été consacrés au penseur allemand, avec des interprétations franchement variées et souvent contradictoires. Certains le voient comme le parfait prototype du nazi, en raison de son exaltation de la « bête blonde » et du mépris qu’il adresse à la morale des esclaves propre au judéo-christianisme. Mais il existe aussi des lectures que l’on pourrait qualifier d’extrême gauche, inaugurées par Georges Bataille et culminant avec le post-structuralisme de Gilles Deleuze. On a tenté de récupérer son héritage dans une optique chrétienne, motivée par le ton prophétique et biblique via la bouche de Zarathoustra. Des ésotéristes comme Rudolf Steiner et Julius Evola ont vu en lui un mystique manqué, tombé dans la folie pour n’avoir pas supporté une tension spirituelle trop intense dans un corps trop faible. Elémire Zolla, autre auteur qui a fréquenté les univers métaphysiques, a vu en lui le dernier chaman de l’Occident. Et comment oublier les exégèses hautes en couleurs de deux géants du 20ème siècle, Carl Gustav Jung et Martin Heidegger ?
On pourrait penser que chacun a le Nietzsche qu’il mérite, et finisse par se retrouver surtout lui-même dans celui qui écrivait « pour tous et pour personne ».
C’est alors toute l’importance de l’œuvre de Chassard, jadis théoricien de la Nouvelle Droite française, décédé il y a dix ans. Car son essai, avant tout, cherche à reconstituer la pensée originelle de Nietzsche au-delà de toute interprétation passée, intéressée, instrumentale. L’opération a réussi à tel point que nous conseillerions ce livre à quiconque souhaite aborder pour la première fois le philosophe de Par-delà le bien et le mal, y trouvant les concepts authentiques, non défigurés par des approches réactionnaires, progressistes, religieuses ou ésotériques.
Et c’est à ce moment-là que, pour ce qui nous concerne, apparaît clairement à la fois la puissance de Nietzsche et une certaine superficialité philosophique. En effet, il fut plus poète (et l’un des plus grands) que philosophe.
La superficialité est déjà présente dans sa critique du christianisme. Car, dans ses invectives enflammées, Nietzsche finit par s’en prendre surtout, mais sans en avoir pleinement conscience, à l’environnement luthérien qui l’a vu grandir. Il était tout de même fils de pasteur et il ne serait pas totalement absurde d’en faire une lecture psychologique de compétition avec la figure paternelle dans le rejet de la foi de l’enfance (d’autant plus que la situation se reproduisit dans la rupture avec le père spirituel Wagner…).
Nietzsche, de la culture et de la philosophie catholiques, savait très peu de choses, notamment, sa confrontation avec Thomas d’Aquin est totalement superficielle. Pour citer un exemple significatif. Comme l’a souligné Alexandre Douguine, le philosophe du surhomme était totalement ignorant de la tradition chrétienne orthodoxe. En résumé, sa lutte, plus que contre le christianisme, qu’on pourrait difficilement réduire à un essai, était surtout déployée contre le christianisme dans lequel il était né et qu’il avait intégré. La mort de Dieu s’était produite sur la croix du Golgotha, et c’était la mort d’un Dieu placé à l’extérieur de l’être humain. Le Christ ressuscité divinisait donc l’homme, et dans les Évangiles, la morale apparaît comme profondément noble, parce qu’elle est posée verticalement au-dessus des pulsions humaines trop humaines.
Mais venons-en aux thèmes centraux de l’œuvre de Chassard, ceux qui sont réellement plus significatifs dans la philosophie nietzschéenne: la volonté de puissance et le rejet du finalisme historique.
Concernant la première, on pourrait penser qu’après avoir constaté la mort de Dieu et s’être inspiré de Schopenhauer, Nietzsche finit par mettre la même volonté à la place de Dieu, ne sortant en effet pas de la métaphysique, comme le suggérait Heidegger. Mais Chassard démontre que la volonté chez Nietzsche n’est pas unifiée (comme celle du philosophe qui écrivit Le Monde comme volonté et représentation) mais plurielle, multiple. Et à ce stade se pose une question logique majeure: peut-il exister un multiple incréé mais créant, dépourvu d’une seule source? Au moins Platon plaçait, à l’origine et au sommet de ses Idées incréées, celle du Bien, car il est philosophiquement difficile d’imaginer une pluralité originelle. Plus probablement, l’unité primordiale pourrait contenir en puissance toute la multiplicité qui se manifeste ensuite. Telle est la proposition de la pensée traditionaliste inaugurée par René Guénon et fidèle à la métaphysique indienne.
Le finalisme, c’est-à-dire l’idée que l’histoire a un sens et une direction univoque, est, selon l’interprétation commune, introduit par la pensée chrétienne, en particulier par saint Augustin, qui voit dans l’histoire terrestre un processus qui part de la Genèse et se terminera par l’Apocalypse. Cependant, les origines de cette vision remontent au monde perse et à la religion, paradoxalement tout aussi nietzschéenne, du prophète Zoroastre. Il est connu que les traditions pré-chrétiennes, comme celles de l’Inde et de la Grèce, interprétaient l’histoire de manière cyclique (de l’Âge d’or à celui du Fer, puis de nouveau après une conflagration répétée). Là aussi, nous sommes face à une forme de finalisme, voire de déterminisme cyclique.
Nietzsche évoque l’éternel retour et surtout l’amor fati, l'«ainsi voulu» pour fuir le finalisme. L’histoire n’a pas de sens et c’est au surhomme de lui en donner un. Mais en réalité, l’homme simple, sans forcément être surhumain, a toujours cherché à donner un sens à l’histoire, à la fois personnelle et collective. En somme, l’être humain est presque condamné (mais peut-être cela est une bénédiction…) à interpréter, à donner un but et un sens à ce qui advient. Que le finalisme soit imposé par le Dieu révélé, par l’Esprit du Temps hegelien ou par un philosophe solitaire en haute montagne, peu importe. Car il ne faut pas nier une finalité aux événements si l’on veut se lever le matin et ne pas sombrer dans le nihilisme.

En conclusion, l’inquiétude de Chassard est avant tout éthique et politique, en parfaite harmonie avec les thèmes fondamentaux de la Nouvelle Droite française : le refus de l’universalisme (dont le Dieu biblique et le finalisme historique seraient les principales causes historiques), donc le respect des différences ontologiques, du « polythéisme des valeurs » cher à Alain de Beonist. Sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord, même si, depuis des années, nous nous demandons si, plutôt que de trop se concentrer sur ce qui différencie hommes et civilisations, il ne serait pas plus sage d’équilibrer ces différences bénies par une idée et une origine communes. La génétique a montré qu’il n’existe pas deux ADN identiques à 100 %, la philosophie chrétienne a parlé d’âmes créées ex nihilo par la volonté de Dieu, chacune différente de l’autre.
Un Dieu commun, une cellule primordiale, un but commun aux habitants de la planète, ont encore beaucoup à nous apprendre.
21:00 Publié dans Livre, Livre, Nouvelle Droite, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : friedrich nietzsche, pierre chassard, nouvelle droite, philosophie, livre |
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Nationalisme et communisme: le front transversal sur les rives de la mer Noire - Entretien: «Nous nous appuyons sur la Front patriotique de Bulgarie»

Nationalisme et communisme: le front transversal sur les rives de la mer Noire
Entretien: «Nous nous appuyons sur la Front patriotique de Bulgarie»
Source: https://aufgewacht-online.de/nationalismus-und-kommunismu...
Sofia remplace-t-elle Budapest en tant que nouveau centre de résistance contre le centralisme de l’UE ? Dans notre magazine actuel, « Combat final pour la Hongrie – Orbán contre les mondialistes », nous analysons le modèle Orbán, qui, malgré sa défaite lors des élections législatives, a longtemps influencé la droite européenne. Commandez ICI ce magazine passionnant: https://aufgewacht-magazin.de/produkt/aufgewacht-4-26-end...

La majorité absolue obtenue par le critique de l’UE, Rumen Radev, lors des élections législatives en Bulgarie, ouvre à ce pays des Balkans, après des années de chaos, une perspective de stabilité politique. Comme un aspirateur, son alliance électorale «Bulgarie progressiste» a siphonné les voix des partis de gauche et de droite, balayant au passage le système politique bulgare jusqu’alors en place.
Une nouvelle entrée au parlement a été celle du parti nationaliste "Renaissance", qui siège dans le même groupe que l’AfD au Parlement européen. Sur la liste de "Renaissance", figuraient également des partisans du mouvement communiste-nationaliste du 23 septembre. Michael Brück, rédacteur d’Aufgewacht, a interviewé un de ses représentants, qui préfère garder l’anonymat. L’entretien a été mené pendant l’été 2025.
Quelles positions politiques défendez-vous et quel rôle jouez-vous dans le paysage politique bulgare ? Pouvez-vous présenter votre organisation à nos lecteurs ?
Le mouvement « 23 septembre » est une organisation marxiste-léniniste. Ses racines remontent aux protestations contre la guerre en Yougoslavie en 1999, et la participation de la Bulgarie, lorsque le gouvernement a ouvert l’espace aérien bulgare aux avions américains. Lorsqu’un groupe de jeunes, en 1989, a constaté quelles seraient les conséquences de la restauration du capitalisme dans le pays, ils ont cherché une alternative aux processus dévastateurs qui s'annonçaient pour la Bulgarie. Ils ont trouvé cette alternative dans la théorie et l’idéologie du marxisme. Peu de temps après, la date du 23 septembre a été choisie pour donner un nom à l’organisation, en référence à la révolte antifasciste de 1923 en Bulgarie. La révolte elle-même a échoué et a été brutalement réprimée par les autorités, mais elle a laissé des traces durables dans la société bulgare et a creusé un fossé entre la population active et le gouvernement réactionnaire. Plus tard, elle est devenue la référence première pour donner la victoire au socialisme dans notre pays.
Notre organisation a joué, au fil des ans, un rôle important dans la résistance contre l’impérialisme américain en Bulgarie, contre l’installation de bases militaires américaines, et contre la participation de notre pays dans les structures impérialistes de l’UE et de l’OTAN. Nous avons participé à de nombreux combats ouvriers, comme des protestations, des grèves et des manifestations. Enfin, nous défendons les principes et les idées du marxisme dans une situation qui est devenue extrêmement difficile. À l’époque de la restauration du capitalisme, l’anticommunisme est devenu une idéologie d’État, et la réhabilitation de l’ère fasciste dans notre pays est encouragée au plus haut niveau officiel.
Dans le cadre de notre activité militante, nous avons été soumis à diverses formes de répression. Nos membres ont été arrêtés et poursuivis en justice. Nos camarades ont été agressés physiquement par des groupes fascistes, qui bénéficiaient probablement d’un soutien clandestin des autorités. De nombreuses intrigues ont été ourdies contre nous pour affaiblir nos liens avec la classe ouvrière et d’autres organisations. Malgré cela, le mouvement « 23 septembre » reste la plus grande organisation marxiste-léniniste en Bulgarie.
« Créer une société sans exploitation »
Pouvez-vous nous citer les objectifs premiers de votre organisation ?
Le mouvement « 23 septembre » lutte pour la suppression du système capitaliste et la conquête du pouvoir par la classe ouvrière, afin de créer une société sans exploitation. En même temps, l’organisation s’oppose aux structures de l’impérialisme et à la position semi-coloniale dans laquelle végète la Bulgarie aujourd'hui, après qu’elle est tombée sous son influence.

Une alliance entre votre mouvement et le parti nationaliste « Renaissance » (bulgare: Възраждане) attire l’attention au-delà des frontières de la Bulgarie. Comment cela est-il arrivé, et quels plans concrets poursuivez-vous ensemble ?
Il n’existe pas d’alliance formelle entre notre mouvement et « Renaissance », mais une déclaration commune que les deux organisations ont signée sur certains des thèmes politiques les plus importants pour notre pays:
1. La lutte contre l’adhésion à la zone euro;
2. La résistance à la participation accrue de la Bulgarie à la guerre contre la Russie aux côtés de l’Ukraine;
3. La protection de la mémoire historique et des monuments des partisans et des antifascistes, constamment attaqués par les autorités (et les forces informelles qui leur sont associées);
4. La lutte pour la sauvegarde du secteur énergétique bulgare et contre le soi-disant « Green Deal » écologique.
La déclaration se termine par un appel à d’autres organisations et individus pour la signer. Nous sommes convaincus que le texte aborde des sujets d’importance nationale, et nous souhaitons mobiliser autant de forces que possible pour atteindre ces objectifs.
En ce qui concerne la coopération avec d’autres organisations, nous suivons les principes du grand communiste et révolutionnaire bulgare Georgi Dimitrov, afin de former un front commun face aux enjeux pressants de notre époque. Cela nécessite souvent de prendre contact avec des personnes et des organisations qui ne partagent pas entièrement nos vues politiques. L’unité sur tous les sujets n’est pas une condition préalable à la constitution d’un front commun. Les sujets les plus importants pour notre peuple sont ceux mentionnés dans la déclaration, et nous sommes prêts à œuvrer pour la création d’un front populaire commun pour défendre ces principes.
Quant au parti « Renaissance », nous connaissons bon nombre de ses activistes suite aux diverses actions politiques menées dans la rue. Avec des membres de cette organisation, nous avons passé de nombreux jours et nuits à défendre le monument de l’Armée soviétique au centre de Sofia. Ce monument, même s'il était soutenu par des institutions officielles, a été constamment la cible d’attaques des autorités et de divers groupes politiques d’extrême droite et fascistes. Le monument de l’Armée soviétique a été détruit par le gouvernement en décembre 2023, mais la lutte de plusieurs années pour sa préservation a créé de nombreux liens entre ceux qui le protégeaient. Pendant la résistance à sa démolition, le parti «Renaissance» a organisé une manifestation devant la mairie de Sofia, sous le slogan «Mort au fascisme».

Des membres du parti « Renaissance » ont grandement contribué à la lutte du peuple bulgare contre l’adhésion du pays à la zone euro, ainsi qu’à la collecte des signatures nécessaires pour un référendum sur cette question. Quatre de leurs membres et sympathisants ont été presque un mois en détention parce qu’ils avaient participé à une protestation contre l’adhésion à la zone euro, durant laquelle le bâtiment de la «Commission européenne» à Sofia a été attaqué avec des cocktails Molotov et de la peinture rouge.
Avec des membres du parti «Renaissance», nous avons participé à de nombreuses manifestations contre l’influence de l’impérialisme américain en Bulgarie, et contre les tentatives de faire de notre pays un acteur majeur dans le conflit avec la Russie.
En signant cette déclaration commune, nous espérons que les positions qu’elle expose recevront encore plus de soutien dans la société bulgare et seront reconnues par d’autres individus et organisations.
« Approche commune contre l’impérialisme »
La coopération entre activistes de gauche et organisations d’extrême droite suscite souvent des critiques, même parmi leurs propres partisans. Quel a été le retour des soutiens — tant du mouvement «23 septembre » que de «Renaissance»?
Signer une déclaration commune sur les problèmes les plus urgents pour nos pays ne signifie pas renoncer à l’autonomie des organisations ou abandonner leurs principes politiques. C’est plutôt un appel à lutter contre les plus grands enjeux de notre époque. Ainsi, dans les années 1940, la Bulgarie a créé le Front patriotique, qui a uni diverses organisations (certaines d'entre elles, évidemment, n'étaient pas de gauche) pour agir ensemble contre le fascisme, parce que c'était le problème le plus urgent à cette époque. C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui à une action conjointe contre l’impérialisme et ses institutions.
Les réactions de la majorité des supporters des deux organisations sont majoritairement positives. Seuls quelques-uns se laissent aller à du sectarisme, mais cette proportion reste peu significative parmi les militants des deux organisations. Beaucoup de Bulgares comprennent que la situation est extrêmement critique, et que le moment est venu de lutter ensemble contre l’injustice et l’impérialisme.
Merci beaucoup pour cet entretien !
L’interview a été menée par Michael Brück.
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20:14 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Entretiens, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : entretien, bulgarie, balkans, europe, affaires européennes, politique |
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