jeudi, 19 février 2026
Le Monde et l’Occident selon Toynbee

Le Monde et l’Occident selon Toynbee
Claude Bourrinet
Arnold Toynbee donna à la BBC des conférences, en 1952, qu’il groupa dans un petit livre qui a pour titre Le monde et l’occident.
Celui-ci se présente en deux volets. D’abord, une réflexion qui tente d’identifier des lois inhérentes au choc des civilisations. Puis un ensemble de documents historiques. Nous nous en tiendrons à la première partie.
En 1952, les empires européens, notamment britannique et français, sont sur le point de s’effondrer. Les Britanniques ont quitté l’Inde, et les Français perdent l’Indochine, en attendant l’Algérie. Cette domination mondiale de nations d’Europe occidentales semblait, quelque vingt ans auparavant, pérenne, et destinée à demeurer indéfiniment, quoique les Anglais aient promis de laisser aux autochtones la maîtrise de leur pays.
En initiant son titre par l’évocation du monde, avant celle de l’Occident, Toynbee révèle l’axe de sa réflexion. Il tente d’échapper à l’inévitable déformation perspectiviste qu’induit la surévaluation d’une appartenance. Il répudie toute appréhension journalistique, et même la strate que Hegel nomme l’Histoire immédiate. Il s’agit de dégager des constantes qui, si elles ne sont pas des lois, permettent de rendre visibles des évolutions peut-être prévisibles.
Et en plaçant prioritairement le « monde » devant un Occident qui paraît avoir conquis la planète, il laisse entendre que l’avenir lui appartient avec une probabilité certaine.
Depuis quatre ou cinq cents ans, « le monde et l’Occident s’affrontent ». Mais c’est le monde qui a dû subir les assauts occidentaux, désastreux, terribles. Un monde qui, pourtant constitue, et de loin, la majorité de l’humanité.
Parmi les « civilisations » que Toynbee énumère, il y a les Russes, les Musulmans, les Hindous, les Chinois et les Japonais. Or, chacune de ces civilisations a essuyé des agressions féroces de la part de l’Occident. Les Russes, en 1941, 1915, 1812, 1709, 1610 ; les peuples d’Asie et d’Afrique, dès le XVe siècle. En outre, les Occidentaux ont dévoré ce qui restait de la planète: l’Amérique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Les Africains furent transportés en masse, comme esclaves, de l’autre côté de l’Atlantique, et les peuplades autochtones de l’Amérique éradiquées, ou soumises.
Ce sont des réalités historiques qui suscitent, chez les Occidentaux, un malaise, ou de l’indignation. Mais il s’agit, bien entendu, de se mettre à la place des peuples du monde, et d’essayer de comprendre ce qu’ils éprouvent, à savoir la colère.
Toynbee, alors, passe en revue ces peuples.
Les Russes sont chrétiens, mais orthodoxes, car convertis par Constantinople. Le communisme est une foi qui suit la logique de l’exaltation religieuse de l’ancienne religion. La haine entre les orthodoxes et l’Eglise catholique est plus que millénaire. Toutefois, la Russie (soviétisée) et l’Occident se trouvent maintenant dans une séquence post-chétienne. Or, on note, dans la longue histoire de leurs relations, la même hostilité. L’Occident a toujours voulu détruire la Russie. Pour Toynbee, cette récurrence de l’agressivité occidentale explique que les Russes aient toujours opté pour des régimes autoritaires, centralisateurs, militarisés, le tsarisme, ou le communisme. C’était soit la tyrannie, soit l’anéantissement.
Pour se défendre, la Russie arriérée a adopté l’’armement occidental, ce qui lui a permis de mettre fin à la domination mongole, au XVIe siècle. Elle en a profité pour conquérir les terres de l’Oural et de Sibérie. Mais elle avait toujours du retard : les Polonais se sont emparés de Moscou durant deux ans, en 1610, grâce à la supériorité de leurs armes, et les Suédois ont coupé la Russie de son débouché sur la Baltique, au XVIIe siècle. C’est pourquoi Pierre le Grand, au XVIIIe siècle, a mené dans son pays une révolution technique, qui a donné in fine la victoire sur l’Empire napoléonien. C’est le même schéma qui prévaut en 1917, avec, en plus, une arme idéologique typiquement occidentale, le marxisme: la Russie bolchevique a accéléré la concentration industrielle par besoin de puissance militaire: la victoire sur les Allemands n’a pas d’autre source.
Toynbee transfère ce cas de figure à d’autres civilisations: le Japon avec l’ère Meiji, en 1868, bouleversement du vieux Japon, qui a amené une occidentalisation forcenée, d’abord technique et scientifique; la Chine avec le Kouo-Min-Tang, créé par Sun Yat-sen en 1912, puis avec les communistes; les musulmans qui, après un déclin aux XVIIIe siècle succédant à une série de conquêtes apparemment irrésistibles, jusqu’au siège de Vienne, en 1682-1683, essayèrent de se redresser, d’abord en Egypte, avec, en 1839, Mehemet-Ali Pacha.
C’est surtout en Turquie que le sursaut est spectaculaire: après la grande guerre russo-turque de 1768-1774, une réforme militaire fut diligentée par le sultan Selim III, qui monta sur le trône en 1789. Mais c’est surtout, un peu plus d’un siècle plus tard, en 1919, qu’un jeune officier, Mustapha Kemal Ataturk, décréta que les Turcs devaient s’occidentaliser.
Il faut noter que ces bouleversements énergiques étaient souvent le fait d’officiers, par exemple ceux qui entouraient Pierre le Grand, ceux qui tentèrent un coup d’état – qui échoua – en 1825, contre Nicolas 1er. Pourquoi? Parce que l’armée est la première concernée par la question technique, gage d’efficacité et de puissance.
Je ne vais pas entrer dans tous les aperçus d’une analyse qui est souvent passionnante. Mais il est opportun de s’arrêter sur deux questions capitales.
La première concerne les conséquences, pour une civilisation, de l’adoption d’un aspect important – comme la technique – d’une autre civilisation présumée « supérieure » (en puissance). Prenons le cas de deux nations d’extrême Orient, le Japon et la Chine. Le premier a rejeté violemment les Espagnols et les Portugais du pays, au XVIIe siècle, et la seconde les Occidentaux au XVIIIe. Les raisons de cette expulsion sont religieuses. La conversion d’une élite de ces pays au christianisme menaçait de susciter une « cinquième colonne » au sein des instances dirigeantes, et d’ouvrir la porte à la conquête étrangère. En outre, la religion est le cœur d’une civilisation, surtout si celle qui aspire à la remplacer est une foi fanatique, intolérante et dominatrice, ce qui n’est pas le cas des spiritualités orientales.
Or, les Européens, à partir de la fin du XVIIe siècle, prennent une certaine distance par rapport aux religions, catholique et protestante. Leur mode de fonctionnement politique et leurs rapports avec le reste du monde se font sur le mode de la puissance sécularisée. A ce titre, ils paraissent plus acceptables, car ils ne cherchent plus à convertir.
L’emprunt de moyens techniques, notamment pour l’armement, semble, a priori, être un ajout sans grand danger à l’identité civilisationnel d’un pays. Mais c’est une erreur de penser ainsi, et le prisme uniquement utilitariste relève d’une mauvaise perception des conséquences à long terme (cela peut mettre un siècle pour s’actualiser) pour la vie du pays, jusqu’aux moindres replis de l’existence. Car, pour utiliser la technique, il faut des hommes qui soient formés pour ce faire, qui en ait l’intelligence de l’usage, qui soient émancipés des traditions, qui ait de l’esprit d’initiative, qui soient curieux des innovations. Il faut aussi un Etat moderne, donc, à terme, des «citoyens». Tout cela crée des hommes individualistes et «libres». Les formations que les jeunes Japonais suivirent en Occident ne furent pas vaines: ils en ramenèrent les idées de progrès, de confort personnel, de nationalisme, etc. L’adoption de la technique occidentale aboutit fatalement à l’occidentalisation intégrale de la société traditionnelle, donc à sa destruction, comme la grippe, bénigne pour un Européen, provoqua des millions de morts en Amérique, chez les Indiens, et chez les peuplades du Pacifique.
A ce destin fatal, deux attitudes sont possibles: soit une résistance à mort, soit une adaptation inévitable.
Une autre interrogation concerne notre avenir, celui d’un monde désormais occidentalisé. Remarquons que Toynbee aspire à une unité politique du monde, à un Etat unificateur, capable d’instaurer une paix universelle. Mais sur quelles bases? Il observe qu’au milieu du IIe siècle de notre ère, un immense espace, du Gange au Tyne, de l’Inde à la « Bretagne » (l’Angleterre) était occupé par trois Empires, l’Empire romain, celui des Parthes, et l’Empire Kouchan, qui avaient connu l’empreinte hellénique, et qui évitaient de se faire une guerre d’extermination. La paix régnait de facto, par l’équilibre des puissances.
Toutefois, pour créer ces empires, il avait fallu beaucoup batailler, souffrir. Et cette paix, qui ressemblait à un repos bien mérité, n’était pas satisfaisante pour les aspirations du cœur et de l’esprit. La vie sociale s’était stabilisée, mais au prix d’un ennui mortel. Le dard avait été retiré, mais le vide s’immisçait partout. Il fallait une raison de vivre, et ce fut une religion orientale, parmi d’autres concurrentes, une spiritualité transcendante, qui ouvrait un autre monde beaucoup, une eschatologie, un rêve millénariste, au prix d’une hellénisation de son corpus philosophique et artistique, ce fut le christianisme qui l’emporta dans l'Empire romain. Puis il y eut l'islam dans les autres parties de cet espace.
« Un dénouement historique similaire va-t-il s’inscrire dans l’histoire inachevée de la rencontre entre le monde et l’Occident ? Nous ne saurions le dire, puisque nous ignorons ce qui arrivera. Nous pouvons seulement dire que, ce qui s’est déjà produit une fois, au cours d’un autre épisode de l’histoire, reste une des possibilités de l’avenir. »
17:19 Publié dans Histoire, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : arnold j. toynbee, toynbee, histoire, livre, occident, occidentalisation |
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Carlos X. Blanco: «L'Occident est un concept explosif»

Carlos X. Blanco: «L'Occident est un concept explosif»
Dans cet entretien avec Carlos X. Blanco, l'un des penseurs contemporains les plus influents et les plus hétérodoxes du panorama intellectuel espagnol, nous approfondissons une idée provocatrice: «L'Occident est un concept explosif». Nous discutons de la manière dont ce concept (au-delà d'une simple étiquette géographique ou culturelle) agit comme une lentille permettant de comprendre les tensions géopolitiques, identitaires et philosophiques dans un monde en mutation. De sa formation philosophique à son regard critique sur les narratifs dominants, Carlos X. Blanco nous invite à repenser les catégories à travers lesquelles nous interprétons notre époque.
papelcrema : Dans vos essais, vous insistez sur le fait que la crise de l'Occident n'est pas seulement politique ou économique, mais profondément ontologique et métaphysique: une rupture dans la manière même dont l'être humain se comprend et se situe dans le monde. Où situeriez-vous le moment historique où cette rupture est devenue irréversible et dans quelle mesure les grandes catégories modernes (progrès, individu, droits) ont-elles contribué à vider de leur sens des notions fortes telles que communauté, limite ou transcendance ?
Carlos X. Blanco: Pour commencer, je pense que l'Occident n'existe pas. C'est un concept-bombe (pour faire exploser l'Europe), trompeur, analogue à beaucoup d'autres qui nous contaminent, nous confondent et nous détruisent. Tout comme «judéo-christianisme», tout comme «Amérique latine». C'est une bombe terminologique destinée à semer la confusion, à détruire les identités, à camoufler la domination d'une partie du monde sur une autre. Je préfère parler d'Europe plutôt que d'Occident, et ne pas prêter attention aux Anglo-Saxons, qui ont tout intérêt à faire de nous, Européens continentaux, une simple colonie périphérique de leur empire.

L'Europe en tant que civilisation est l'Europe païenne (avant Jésus-Christ) et l'Europe catholique, après: je me passe complètement de cet «Occident», je me passe aussi du terme «judéo» placé devant le mot christianisme. Les ruptures ont commencé avec la crise de la scolastique (avec le nominalisme), la Réforme associée à l'essor du capitalisme et la domination coloniale ignoble et génocidaire des puissances européennes sur les peuples des autres continents. La pire destruction, je ne sais pas si elle est irréversible, de l'Europe, sous forme de suicide, s'est produite dans la première moitié du 20ème siècle, lors de cette longue guerre civile européenne, de cette grande guerre fratricide partagée en deux guerres mondiales: le suicide commis entre 1914 et 1945. L'Europe a définitivement sombré en 1945 de manière absolue. Je ne sais pas si nous nous en remettrons.
Face au libéralisme présenté comme l'horizon insurmontable de l'histoire, votre critique vise directement son anthropologie sous-jacente, la figure de l'individu souverain, autonome et détaché. Quel type d'être humain le libéralisme avancé produit-il réellement et quelles sont, à votre avis, les conséquences spirituelles, culturelles et politiques de l'absolutisation de ce «moi» déraciné de toute tradition, appartenance et destin commun?
Un simple animal sans âme. Le libéralisme a réussi à animaliser l'être humain, en particulier celui qui vit dans une société «moderne» dominée par l'Empire occidental. «Moderne» équivaut à capitaliste, c'est un synonyme de personne «occidentale» et «occidentalisée». Cela signifie vivre dans un monde de marchandises où tout s'achète et tout se vend. La société de consommation est, en réalité, la société de l'abrutissement total. Nous nous sommes habitués à nous vendre, et pas seulement avec un contrat de travail comme l'affirme le marxisme classique, mais aussi à vendre nos organes, notre affection, notre sexualité, notre image, nos données. Le libéralisme n'est rien d'autre qu'une superstructure idéologique: ce qui bat au fond, c'est un mode de production extrêmement destructeur, le capitalisme, un régime difficilement domesticable: dans son ADN est inscrit le besoin insatiable de tout vendre et tout acheter, la logique de la réification.
Le premier défi d'une société plus traditionaliste et émergente, comme la société russe, chinoise, indienne ou perse, est de vaincre le libéralisme de l'Empire occidental. Mais l'objectif immédiat suivant est d'écraser l'hydre capitaliste, dans chaque peuple, avec les outils traditionnels qui lui sont propres: religion orthodoxe, éthique confucéenne, socialisme national, peu importe. Peu importe les moyens, pour ramener la vie humaine dans son lit initial.
Dans un contexte de mondialisation économique, d'affaiblissement de l'État-nation classique et de prolifération de structures supranationales opaques, vous avez défendu la nécessité de réfléchir à des formes politiques alternatives au cadre moderne. Pensez-vous que des concepts historiquement «maudits» tels que l'empire, la souveraineté forte ou la communauté organique peuvent redevenir des outils théoriques valables pour comprendre le pouvoir réel, ou sommes-nous condamnés à évoluer dans le langage appauvri de la gouvernance libérale?
Les concepts que vous mentionnez sont des concepts métapolitiques et, par conséquent, méta-idéologiques. Ils dépassent la droite et la gauche, transcendent la lutte entre les factions et les partis.
Ce sont des concepts qui peuvent guider la lutte pour un sauvetage ou une restauration civilisationnelle. Les concepts pièges du libéralisme, comme par exemple celui d'«Occident» dont je vous parlais tout à l'heure, ne sont rien d'autre que des armes. Comme un filet, comme une embuscade, comme un piège. Le libéralisme nous enferme dans sa cage d'acier depuis des siècles, mais plus particulièrement depuis 1945, lorsque l'Europe a été vaincue, occupée, asservie.

Une gauche anti-woke (comme le parti Soberania y Trabajo - Souveraineté et Travail), clairement anti-américaine, émerge timidement. On voit également apparaître, de manière minoritaire, un populisme de droite illibéral... et d'autres courants qui voient le jour. À long terme, ils devront converger: nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises. Cela ne pourra se faire que dans un Imperium. Un organe suprême d'autorité conciliatrice, et une autosuffisance militaire, nucléaire et énergétique, voilà ce qu'est l'Imperium. Sans la Russie en notre sein, et sans nous en Russie, les Européens ne seront plus jamais rien. De la chair à canon. Nous serons les nouveaux Peaux-Rouges des Yankees, ou les Gazaouis des sionistes.
La technique occupe une place centrale dans votre réflexion, non seulement en tant qu'ensemble d'instruments, mais aussi en tant que vision globale du monde qui façonne notre relation à la nature, au travail et au temps. À quel moment la technique cesse-t-elle d'être un moyen au service de l'homme pour devenir une fin autonome qui le domine, et quelles formes de résistance (intellectuelle, politique ou même spirituelle) considérez-vous encore possibles face à cette colonisation technique de l'existence ?
La technique est indissociable du mode de production capitaliste. Elle a été élevée au rang de dispositif supplantant la réalité, comme une divinité, un pouvoir omnipotent exempt... Mais la technique, en réalité, fait partie du système général d'obtention de valeur. Si la valeur est obtenue par un Capital privé qui aspire la vie humaine non seulement dans le processus de production au sens strict (marxiste), mais aussi dans le processus global de l'existence humaine (divertissement, sexe, relations de toutes sortes), et si cette valeur ne revient pas à la société, alors la technique est aliénante.

Mais si la technique n'est pas une pompe à valeur pour le capital, si elle fait partie du processus général d'enrichissement qualitatif de la vie, alors elle n'est pas différente de l'art, de la philosophie, de l'horticulture, de l'éducation des enfants, de l'amour ou d'une conversation amicale sur la place du village. La technique créatrice de valeur sociale et non aspirante de valeur, c'est la culture humaine elle-même. Lorsque tant de philosophes prétendent critiquer la «technique», ce qu'ils devraient faire ou dire, c'est «critiquer le capitalisme lui-même». Ce n'est pas que la technique soit, comme ils le disent, «neutre». Loin de là. Il n'est pas neutre qu'un adolescent occidental de quinze ans possède un smartphone ultra-intelligent avec plusieurs caméras et un accès au réseau des réseaux du monde entier, alors que des millions de personnes n'ont pas de puits d'eau potable près de chez elles. La technique doit être socialisée et non transformée en un jouet diabolique qui nous séduit et nous exploite à la fois.
Vos positions vous éloignent tant du progressisme hégémonique que de certaines droites purement réactives ou nostalgiques. Depuis cette position inconfortable, quel rôle devrait assumer aujourd'hui la pensée philosophique critique: se limiter à diagnostiquer la décadence du monde moderne ou oser formuler des projets de reconstruction culturelle et politique, même au risque de se retrouver en dehors des consensus et des cordons sanitaires du débat public ?
Il faut incontestablement agir. Créer des revues, fonder des maisons d'édition, des sites web, des académies de débat et de lutte des idées, des centres de formation de cadres, des structures civiques et politiques non partisanes, des «complicités» (des synergies, dirait Robert Steuckers) entre des personnes qui peuvent apporter des idées pour une restauration européenne et une critique de la dictature libérale...
Se limiter au diagnostic: c'est une mauvaise médecine. Il faut concevoir des thérapies, y compris des thérapies de choc. Il faut un travail éducatif très important, possible en marge des institutions formelles, institutions qui sont corrompues et mercenaires dans une large mesure. Concrètement, il faudrait créer une Internationale «européiste» qui lutte pour la dissolution de l'actuelle Union européenne-OTAN (qui est la même chose, avec ou sans uniforme) et pour la justice sociale.
La tradition apparaît dans votre œuvre non pas comme une simple conservation du passé, mais comme une transmission vivante de sens, comme un fil qui relie les générations et ordonne l'expérience collective. À une époque qui semble avoir délibérément rompu avec tout héritage, comment envisager un retour à la tradition qui ne débouche ni sur une archéologie stérile ni sur un folklore vide de sens, mais qui serve de base réelle pour réorienter la vie communautaire et l'horizon moral?
Tradere signifie « transmettre ». Personne ne veut recevoir du passé des bric-à-brac cassés, des cadavres embaumés, les vestiges d'anciennes splendeurs. On transmet ce qui est vivant, on le chérit et on en prend soin, on le transmet et on le confie aux nouvelles générations afin qu'elles en prennent soin et en amplifient la lumière. Être traditionaliste, aujourd'hui, signifie être révolutionnaire. Les snobs de la gauche woke qualifient le marxiste de «rance»... parce que c'est un traditionaliste qui veut changer le monde. Les snobs néolibéraux du PP et de Vox qualifient d'«autoritaire» celui qui n'est pas pro-américain ou pro-israélien comme eux, et qui, dans la même veine, issu d'une tradition humaniste (et donc anti-libérale), veut changer le monde en le rendant plus traditionnel. Et ce qui est traditionnel n'est pas réactionnaire, mais précieux de manière pérenne.
Nous, les traditionnels-révolutionnaires, sommes plus nombreux qu'il n'y paraît. Si demain tombait la dictature néolibérale que les snobs woke ou les «caetaniens» aiment tant, nous réaliserions combien nous sommes nombreux à aspirer à une vie saine, bonne, énergique, militante, débordante d'amour pour la culture et l'éthique, une vie plus égalitaire, tout en étant hiérarchisée selon le mérite et la capacité, une vie productiviste, d'insubordonnés désireux de travailler, de nouveaux ouvriers-guerriers en contact avec le travail, la souveraineté nationale, la famille, la foi (chacun la sienne) et une existence digne.
Ces dernières années, on parle avec insistance d'une nouvelle droite et d'une nouvelle gauche, souvent opposées au consensus libéral mais aussi entre elles. De votre point de vue, quels sont les éléments que ces deux espaces partagent réellement (dans leur critique du système, de la mondialisation ou de l'individualisme) et quelles sont les divergences profondes qui les séparent en termes d'anthropologie, de communauté, de nation et de sens historique ?
Si elles sont vraiment «nouvelles», il y a plus de similitudes que de différences dans leur approche, car la distinction gauche-droite a déjà perdu toute sa validité. Il faut distinguer «souverainisme» et «mondialisme», par exemple. Au sein de la gauche espagnole, les propositions de Manolo Monereo (photo, ci-dessous) ou Carlos Martínez sont celles d'une gauche souverainiste, qui conteste l'Union européenne, conteste l'atlantisme, rejette le séparatisme basque-catalan, méprise la supercherie du mode «woke», n'admet pas aussi joyeusement la politique des «portes ouvertes» à l'immigration incontrôlée, etc.


Ces propositions sont la version espagnole de ce que défend Sahra Wagenknecht (photo), et ne diffèrent pas beaucoup de celles soutenues par certains «populismes» européens, que certains qualifient de «droite». Le communautarisme de Preve, un marxiste, n'était pas loin de celui de la Nouvelle Droite. Se replier sur l'Europe des États-nations et des peuples (Patrias Carnales) comme étape préalable à une nouvelle Union européenne transcende la maladie bipolaire de la gauche et de la droite, et constitue un repli nécessaire. Revenir à l'État souverain pour donner un élan à l'Europe qui s'étend de Lisbonne à Vladivostok.
Source: https://papelcrema.com/conversaciones/carlos-x-blanco-occ...
15:33 Publié dans Actualité, Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carlos x. blanco, entretien, occident |
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mardi, 17 février 2026
Trump a divisé l’Occident en cinq parties

Trump a divisé l’Occident en cinq parties
Alexandre Douguine
La politique mondiale traverse des processus extrêmement rapides et dynamiques. Cela est en grande partie dû à la politique de Trump, qui a introduit dans le système des relations internationales un niveau élevé de turbulence, d’imprévisibilité et de radicalité, et les événements se développent de manière de plus en plus intense.
Devant nos yeux, la conception d’un Occident collectif s’effondre, c’est-à-dire la politique solidaire et assez prévisible des principales puissances occidentales et des pays qui suivent entièrement la ligne de l’Occident. Un tel consensus n’existe plus. Les projets mondialistes se fissurent, même l’unité euro-atlantique, l’avenir de l’OTAN et de l’ONU sont remis en question. Trump a déclaré explicitement que le droit international ne le concerne pas et qu’il agit selon ses propres idées, selon son propre jugement de ce qui est moral ou non.
Les revendications de Trump concernant l’annexion du Groenland et du Canada, ainsi que sa posture méprisante envers l’Europe et ses partenaires de l’OTAN (et son soutien total à Netanyahu et à sa politique au Moyen-Orient, l’absence de soutien inconditionnel au régime de Zelensky, tout en soutenant pleinement Netanyahu) aggravent encore la fracture déjà en cours ou presque réalisée.
Dans une situation où l’Occident collectif n’existe plus en tant que tout politique, idéologique et géopolitique, une nouvelle carte commence à se dessiner, où, à la place de l’Occident, apparaissent plusieurs entités distinctes et parfois conflictuelles. Ce n’est pas encore un modèle achevé, mais simplement un processus avec une fin qui demeure ouverte.
Cependant, on peut déjà supposer qu’à la place d’un Occident uni se formeront cinq entités géopolitiques distinctes. Essayons de les décrire.

Les États-Unis de l’ère Trump 2.0 comme l’Occident numéro un
Les vues géopolitiques de Trump diffèrent radicalement de la stratégie mondialiste suivie par les administrations précédentes, non seulement sous les démocrates, mais aussi sous les républicains (comme sous George W. Bush). Trump proclame ouvertement une hégémonie américaine directe, qui comporte plusieurs niveaux.
Il souhaite avant tout affirmer la domination des États-Unis dans l’espace des deux Amériques. Cela est reflété dans la dernière version de la Stratégie de sécurité nationale, où Trump se réfère directement à la doctrine Monroe, à laquelle il ajoute sa propre vision.
La doctrine Monroe a été formulée par le président James Monroe le 2 décembre 1823 dans son discours annuel au Congrès. L’idée principale était d’obtenir une indépendance totale du Nouveau Monde vis-à-vis de l’Ancien (c’est-à-dire des métropoles européennes), et les États-Unis étaient considérés comme la principale force politique et économique pour libérer les États des deux Amériques du contrôle européen. Il n’était pas explicitement dit qu’une forme de colonialisme (européen) allait être remplacée par une autre (américaine), mais une certaine hégémonie des États-Unis dans la région était sous-entendue.
Dans sa lecture moderne, en tenant compte des nouveautés de Trump, la doctrine Monroe implique ce qui suit :
- La souveraineté totale et absolue des États-Unis, indépendants de toute institution transnationale, rejet du mondialisme ;
- La suppression des influences géopolitiques majeures sur tous les pays des deux Amériques par d’autres grandes puissances (Chine, Russie, et pays européens) ;
- L’établissement d’une hégémonie militaire, politique et économique directe sur les deux continents et les espaces océaniques adjacents par les États-Unis.
Cette doctrine prévoit aussi la promotion de régimes vassaux des États-Unis en Amérique latine, le remplacement de toutes les politiques qui s'avèreront indésirables à Washington, et l’interférence dans les affaires intérieures des États de cette zone — souvent sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue, l’immigration illégale, voire le communisme (Venezuela, Cuba, Nicaragua). En résumé, ce n’est pas très différent de la politique poursuivie par les États-Unis au 20ème siècle.
Ce qui est nouveau avec la doctrine de Trump, c’est sa revendication d’annexer le Groenland et le Canada, ainsi que sa posture méprisante envers l’Europe et ses partenaires de l’OTAN.
En substance, les États-Unis sont ici proclamés comme un empire, entouré de pays vassaux qui doivent demeurer dans une dépendance vassale vis-à-vis de la métropole. C’est ce qui est reflété dans le principal slogan de la politique de Trump: Make America Great Again ou son synonyme America First.
Trump poursuit cette ligne de manière bien plus ferme lors de son deuxième mandat que lors du premier, ce qui modifie radicalement l’équilibre des forces à l’échelle mondiale.
On peut considérer cette vision trumpiste, américanocentrique, de l’Occident comme l’Occident numéro un.

L’Union européenne comme l’Occident numéro deux
L’Occident numéro deux devient alors l’Union européenne, qui se trouve dans une situation très compliquée. Pendant des décennies, les pays de l’UE ont orienté leur politique, leur sécurité et même leur économie en fonction des États-Unis dans le cadre du partenariat atlantique, choisissant à chaque fois entre la souveraineté européenne et la soumission à Washington, cette dernière posture étant la plus souvent favorisée.
Les anciens dirigeants américains faisaient semblant de considérer les Européens comme des partenaires presque équivalents, et leur opinion était prise en compte, ce qui créait l’illusion d’un consensus au sein du « collectif » Occident. Trump a brisé ce modèle, forçant brutalement l’Union européenne à reconnaître sa position de vassale.
Ainsi, le Premier ministre belge De Wever, en janvier 2026, lors du Forum économique mondial à Davos, a parlé ouvertement d’un « heureux vassal » et d’un « esclave malheureux » dans le contexte de la dépendance de l’Europe aux États-Unis.
Les élites européennes étaient auparavant des « vassaux heureux ». Trump a vu cette situation sous un autre angle, et ils se sont sentis comme des « esclaves malheureux ». Il a souligné le choix entre le respect de soi et la perte de dignité sous la pression de Washington concernant l’annexion du Groenland, mais l’UE n’est pas encore prête à faire un tel choix.
Dans cette nouvelle configuration, l’UE, contre sa volonté, devient une entité plus autonome. Macron et Merz ont parlé de la nécessité d’un système de sécurité européen, car les États-Unis ne représentent plus la garantie de cette sécurité, mais une menace nouvelle et sérieuse.
L’UE n’a pas encore pris de mesures décisives, mais ses contours du second Occident deviennent de plus en plus clairs.
La position de l’UE sur l’Ukraine diffère fortement de celle de Trump : le président américain veut mettre fin à cette guerre contre la Russie (du moins le dit-il), tandis que l’UE veut la poursuivre, voire participer directement.
Les positions concernant Netanyahu et le génocide des Palestiniens à Gaza diffèrent aussi : Trump soutient totalement, l’UE condamne davantage.

Le Royaume-Uni comme troisième Occident
Face à cette fracture atlantique, le Royaume-Uni, après le Brexit, demeure une autre puissance — le troisième Occident.
D’un côté, la politique libérale de Starmers est proche de celle de l’UE, mais de l’autre, Londres entretient traditionnellement des relations étroites avec les États-Unis, jouant le rôle de superviseur des processus européens depuis Washington.
Mais le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’UE, et il ne soutient pas la ligne de Trump, où il joue un rôle peu enviable de simple esclave-vassal, comme le dit le Premier ministre belge.
Le Royaume-Uni ne peut plus jouer le rôle de médiateur international, devenant dans plusieurs situations une partie intéressée, notamment dans le conflit ukrainien, où il a totalement adopté la position de Kiev et a même amorcé l’escalade avec la Russie, y compris avec une implication militaire directe aux côtés du régime de Zelensky.
C’est notamment la visite du Premier ministre britannique Boris Johnson en Ukraine qui a ruiné les Accords d’Istanbul de 2022.
Mais le troisième Occident britannique ne peut pas revenir à la politique impériale d’autrefois. Les ressources de l’Angleterre moderne, sa dégradation économique et la crise migratoire empêchent tout rôle de leader dans le Commonwealth ou toute hégémonie en Europe.

Les globalistes comme le quatrième Occident
Avec l’idéologie, les réseaux organisationnels et les institutions des globalistes, comme George Soros, avec le Forum économique mondial et d’autres organisations internationales prônant l’idée d’un gouvernement mondial et d’un monde unifié, nous obtenons le quatrième Occident.
Ce dernier a été la principale force qui a dicté le ton à une époque, étant la force unificatrice, ce qui permettait de parler de « l’Occident collectif ». Ces cercles étaient représentés par l’élite mondialiste aux États-Unis — notamment le « deep state » contre lequel Trump a commencé à lutter.
Il s’agissait principalement de la haute direction du Parti démocrate, ainsi que d’une partie des néo-conservateurs républicains, situés entre Trump (avec son « America First ») et le globalisme classique.
La majorité des dirigeants de l’UE et même Starmers appartiennent à ce projet mondialiste, dont les positions ont fortement diminué sous Trump, ce qui a conduit à la division de l’Occident en plusieurs pôles distincts.
Un exemple récent de ce quatrième Occident, qui était autrefois unique et dominant, est le Canada. Le Premier ministre Trudeau a déclaré lors du Forum de Davos que l’ordre mondial actuel s’effondre, et que le monde est en rupture, pas en transition.
Les grandes puissances utilisent l’économie comme arme — tarifs, chaînes d’approvisionnement, infrastructure — pour faire pression, ce qui, selon lui, mène à la déglobalisation.
Il a rejeté les affirmations de Trump sur la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis, appelant les États moyens à s’unir contre l’hégémonie de Trump, à diversifier leurs liens (y compris se rapprocher de la Chine), et à lutter contre le populisme.
C’est un signe que le quatrième Occident se distingue progressivement en tant que communauté séparée, basée sur des principes idéologiques et géopolitiques, en opposition de plus en plus radicale au « trumpisme » en tant que forme de l’Occident.

Israël comme cinquième Occident
Et enfin, ces dernières années, surtout après le début du second mandat de Trump, un autre Occident apparaît — le cinquième. Il s’agit d’Israël sous Binyamin Netanyahu.
Un petit pays, dépendant vitalement des États-Unis et de l’Europe, avec des ressources démographiques limitées et une économie locale, revendique de plus en plus le statut d’une civilisation autonome et joue un rôle important, voire exceptionnel, dans le destin de l’Occident dans son ensemble, en tant que bastion de celui-ci au Moyen-Orient.
Jusqu’à un certain point, Israël pouvait être considéré comme un proxy des États-Unis, un autre vassal, mais la politique de Netanyahu, la droite nationaliste radicale sur laquelle il s’appuie, ainsi que l’influence révélée du lobby sioniste israélien sur la politique américaine, ont changé la donne.
L’ample destruction de la population civile de Gaza par Netanyahu et l’émergence de leaders politiques et religieux radicaux, qui appellent ouvertement à la construction d’un Grand Israël (Itamar Ben-Gvir, Bezalel Smotrich, Dov Lior, etc.), ont suscité un rejet en Occident — surtout dans le deuxième, le troisième et le quatrième.
Ni l’UE, ni la politique de Starmer, ni les réseaux mondialistes (y compris le Parti démocrate américain et le gouvernement canadien de Carney) n’ont soutenu Netanyahu dans ses mesures les plus dures, notamment en ce qui concerne la guerre contre l’Iran.
Deuxièmement, le soutien inconditionnel de Trump à Netanyahu a divisé ses partisans, qui ont lancé une vague massive sur les réseaux sociaux contre l’influence d’Israël et ses réseaux dans la politique américaine.
Tout républicain ou représentant de Trump qui s’exprime publiquement se retrouve face à la question : America First ou Israel First ? Qu’est-ce qui est le plus important pour toi: l’Amérique ou Israël ?
Cela a mis beaucoup de gens dans une impasse et a détruit des carrières. Reconnaître l’un ou l’autre a été risqué à cause de l’ostracisme par des grands lobbies ou l’influence de l’AIPAC.
La publication des fichiers Epstein a renforcé la crainte que l’influence d’Israël sur la politique américaine soit excessive et disproportionnée. Il semble que Tel-Aviv et son réseau d’influence constituent une instance autonome et extrêmement importante, capable d’imposer sa volonté aux grandes puissances mondiales.
Ainsi est apparu le cinquième Occident — avec son propre programme, sa propre idéologie et sa propre géopolitique.
Conclusion
Concluons cette brève analyse de l’Occident divisé en comparant leur attitude face à la guerre en Ukraine. C’est probablement notre critère le plus important.
Le moins intéressé par ce conflit est le cinquième Occident. Pour Netanyahu, la Russie et Poutine ne sont pas le principal adversaire, et le régime de Kiev ne bénéficie pas d’un soutien inconditionnel des réseaux de droite. Dans la mesure où la Russie soutient stratégiquement, politiquement, économiquement et surtout militairement les forces anti-israéliennes au Moyen-Orient — notamment l’Iran —, le cinquième Occident se trouve objectivement du côté opposé à la Russie dans une série de conflits locaux.
Mais il ne soutient pas directement le régime de Zelensky. Bien qu'Israël ne soit pas du tout de notre côté.
Globalement, le premier Occident ne considère pas la Russie comme le principal ennemi ou objectif, même pas Trump. De temps en temps, il avance des arguments anti-russes (notamment en justifiant la nécessité d’annexer le Groenland pour des raisons de sécurité face à une éventuelle attaque nucléaire de la Russie), continue de faire pression sur Moscou de manière multilatérale et fournit des armes à Kiev.
La politique de Trump ne peut pas être qualifiée d’amie pour nous, mais, par rapport à d’autres forces au sein de l'Occident «déchiré» (et déchiré par lui-même), sa position anti-russe n’est pas extrême.
C’est tout à fait différent pour le deuxième, le troisième et le quatrième Occident. L'UE, la politique de Starmer et les réseaux mondialistes (y compris le Parti démocrate américain et le gouvernement canadien de Carney) adoptent des positions radicalement anti-russes, soutiennent inconditionnellement le régime de Zelensky et sont prêts à continuer à apporter leur soutien militaire à l’Ukraine.
Ici, la position globale est que la Russie de Poutine, qui s’oriente résolument vers un monde multipolaire et affirme sa souveraineté civilisationnelle, est idéologiquement et géopolitiquement l’opposé des plans des mondialistes pour créer un gouvernement mondial et un monde unifié.
L’exemple d’un tel État mondialiste est l’Union européenne, dont le modèle, selon les mondialistes, doit progressivement s’étendre à toute l’humanité — sans États-nations, sans religions, sans peuples ou ethnies.
Pour le deuxième et surtout pour le quatrième Occident, non seulement Poutine, mais aussi Trump, sont de véritables ennemis. D’où la naissance du mythe politique selon lequel Trump travaille pour la Russie.
Le président américain a divisé l’Occident collectif et a, en réalité, houspillé les mondialistes, qui occupaient auparavant la position centrale. Mais il ne l’a pas fait dans l’intérêt de Poutine et de la Russie, mais en fonction de ses propres idées et convictions.
Si cette tendance à la division entre le premier et le deuxième Occident se poursuit, on peut supposer que les contradictions entre Bruxelles et Washington augmenteront à tel point que les dirigeants européens commenceront à envisager de se tourner vers la Russie pour équilibrer les demandes croissantes et l’agressivité générale de Trump.
Pour l’instant, cela reste très peu probable, mais l’aggravation de la fracture du « West » en cinq entités pourrait rendre cette possibilité plus réaliste.
Et enfin, le troisième Occident, représenté par la Grande-Bretagne, est l’un des principaux pôles d’hostilité et de haine envers la Russie.
Il est difficile d’expliquer cela rationnellement, car la Grande-Bretagne n’a plus aucune réelle chance de restaurer son hégémonie. Si, au premier moitié du 20ème siècle, le Grand Jeu entre l’Angleterre et la Russie constituait l’une des principales, sinon la principale, ligne d’action de la politique mondiale, l’Angleterre a depuis perdu tout statut de puissance mondiale, le transférant aux États-Unis, son ancienne colonie.
Mais la russophobie est énorme dans les élites anglaises et ne peut pas s’expliquer seulement par la douleur d’une hégémonie perdue.
En résumé, l’Occident collectif est divisé en cinq centres de pouvoir relativement autonomes. Comment le puzzle se formera dans le futur, il est difficile de le prévoir, mais il est évident que nous devons prendre en compte ces circonstances dans notre analyse de la situation internationale. Et surtout, dans l’étude du contexte géopolitique et idéologique dans lequel se déploie notre opération spéciale en Ukraine.
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samedi, 14 février 2026
Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien

Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
Fissure ontologique au cœur du Monde
La guerre que nous observons sur le plan physique (Hylé – la matière) n’est pas simplement un affrontement d’intérêts nationaux ou de stratégies géopolitiques. C’est une résonance nécro-mantique, une ombre matérielle projetée par une fracture géante vieille de mille ans dans la noosphère de l’humanité. Ce que nous appelons « Occident » et « Orient » ne sont pas des directions géographiques, mais deux systèmes opérationnels fondamentaux inscrit dans la réalité, qui ont perdu la capacité de partager un protocole commun de l’Être.
1. L'OUEST : Architecture du Contrat et Désacralisation (Domination du Logos)
L’ontologie occidentale, issue du droit romain et de la définition scolastique de Dieu, est une structure linéaire et contractuelle. En introduisant le Filioque (l’Esprit qui procède du Fils), l’Occident a rationalisé le Mystère. L’Esprit est devenu compréhensible, donc manipulable par la raison humaine (Ratio).
- Conséquence pour la réalité: le monde est devenu un « projet » à achever. La sacralité a été séparée du profane, ce qui a permis l’émergence de la science et de la technique – des outils pour dominer la matière.
- Manifestation géopolitique: la civilisation occidentale est une technocratie expansive. Son essence est le Progrès (le mouvement en avant dans le temps). La paix est pour elle un état où les « Règles » (Contrat) sont respectées. Quiconque refuse ces règles n’est pas seulement un ennemi, mais une « erreur dans le code » qu’il faut corriger (démocratiser, éduquer, intégrer). Le modèle occidental est centripète – il veut transformer le monde entier à son image par la standardisation.
2. L'EST : Architecture de l’Icone et du Katechon (Domination du Noos)
L’ontologie orientale, enracinée dans la mystique byzantine et le palamisme (ou théologie palamite), perçoit la réalité comme cyclique et organique. En rejetant la rationalisation de l’Esprit, Dieu (et le sens du monde) demeure un Mystère, accessible non par analyse, mais uniquement par participation (Theosis).
- Conséquence pour la réalité: le monde n’est pas une machine à améliorer, mais une «Icône» à vénérer et à protéger. Le temps n’est pas un progrès, mais une entropie (déchéance), à laquelle il faut résister.
- Manifestation géopolitique: la civilisation orientale (Eurasie) est comprise comme le Katechon – «Celui qui retient» (l’arrivée de l’Antichrist/du Chaos). Son essence est la Tradition (l’arrêt du temps). La paix n’est pas la conformité aux règles, mais un état de Symphonie (harmonie spirituelle), souvent acquis par la souffrance ou la soumission à une hiérarchie. La guerre pour l’Orient n’est pas un échec diplomatique, mais une fièvre métabolique nécessaire pour brûler une infection étrangère (modernisme, libéralisme) qui menace l’âme de l’organisme.
COLLISION MORTELLE : La confrontation entre le Temps et l’Éternité
La tragédie du moment présent réside dans le fait que ces deux systèmes ont perdu leur langage commun.
- Pour l’Occident, l’Orient est une anomalie pathologique — un vestige archaïque et irrationnel du passé qui refuse la «fin de l’histoire» et le bonheur du consommateur. L’Occident y voit la Tyrannie.
- Pour l’Orient, l’Occident est une hérésie ontologique – une machine froide qui dévore les âmes, brise les familles et les clans en atomes (individus), et remplace Dieu par un Algorithme. L’Orient y voit l’Apocalypse.
En Ukraine et dans d’autres lignes de fracture, nous voyons non pas une lutte pour le territoire, mais une collision de deux métaphysiques. C’est une guerre entre la Forme (l’Occident), qui cherche à imposer un ordre au monde, et l’Énergie (l’Orient), qui se défend contre la pétrification. Jusqu’à ce que cette union alchimique de ces principes – la guérison du schisme entre la Tête (Logos) et le Cœur (Noos) – ait lieu, le Hylé (la matière) continuera de saigner. Le monde est malade parce que ses deux hémisphères se battent pour contrôler le corps, tandis que l’âme reste silencieuse au milieu du feu croisé.

RETRAITE DU LOGOS ET RETOUR DU JUGE
La chute occidentale sous la gravité de la Loi
Le paradoxe du cercle civilisateur occidental en 2026 est qu’il, dans son orgueil de «progrès» et de «liberté», revient inconsciemment dans le temps. L’Occident, né du mystère de l’Évangile — donc de la radicale surmontée de la loi par l’amour et la grâce — a abandonné cette source fondamentale. Dans sa quête de sécularisation et de rationalisation, il a effectué un changement ontologique fatal: il a rejeté le Christ (le Pardonneur) et a inconsciemment réinstallé l’archétype de l’Ancien Testament dans sa forme la plus rigide et pharisienne.
a) Hypertrophie de la Loi et atrophie de la Grâce
La société occidentale est devenue une Communauté du Contrat, pas du Spiritus.
- Diagnostic: l’Évangile a apporté au monde le concept de Metanoia (changement de mentalité) et de Pardon. Le pardon est la seule force capable de briser la chaîne causale de la culpabilité et de la punition (karma). Cependant, avec la «mort de Dieu», l’Occident a perdu la verticale d’où vient la grâce.
- Manifestation: ce qui reste, c’est la Loi horizontale. Le libéralisme moderne, la correction politique et la «cancel culture» ne sont pas des expressions de tolérance, mais de nouveaux Lévitiques séculiers. Ce sont des codes de pureté. Quiconque touche à la «propreté» (mauvaise opinion, péché historique) est rituellement exclu de la société. Il n’y a pas de pénitence, seulement une élimination ou une ostracisation sociale. L’Occident est devenu un Grand Inquisiteur, tenant dans sa main l’épée des lois et des droits de l’homme, mais sans Caritas (Amour) dans le cœur.
b) Mécanisation de la Justice: Œil pour œil, sanction pour sanction
La perte de l’aspect évangélique a replongé l’Occident dans la causalité.
- Piège ontologique: sans le principe de la Grâce, la réalité devient un mécanisme impitoyable de «flux et reflux». La géopolitique et la politique intérieure occidentale fonctionnent selon le principe de la rétribution. C’est un retour à la Lex Talionis archaïque, mais sophistiqué par le langage bureaucratique des tribunaux internationaux.
- Conséquence: l’Occident ne sait plus guérir, il ne sait que juger. Face à l’Orient (et au reste du monde), il agit comme un Procureur qui lit une liste d’infractions et réclame satisfaction. En cela, il se prive de la possibilité d’être le «Sel de la Terre». Le sel conserve et donne du goût; l’Occident est devenu une acide qui veut tout ronger jusqu’à ce que tout corresponde à la norme.

c) La cristallisation du Cœur: la fin de l’histoire du Salut
En absolutisant les «Règles» (rules-based order), l’Occident s’est enfermé lui-même dans l'Hylé (la matière) et le Logos (la raison), mais s’est coupé du Pneuma (l’Esprit).
- Effondrement: une société qui a remplacé l’Amour du prochain par l’obligation envers le système tend inévitablement vers le totalitarisme. Il s’agit d’un totalitarisme du «Bien», mais défini par des juristes et des technocrates, pas par des saints. L’Occident construit un «Palais de Cristal» — parfaitement transparent, hygiénique, sûr, mais froid et sans vie.
- Diagnostic final: l’Occident meurt par sous-nutrition spirituelle. Il a échangé la liberté inconfortable et risquée de l’Évangile contre la cage sécurisante mais étouffante de la Loi. Il devient ce contre quoi Christ a autrefois lutté: un temple où l’on marchandise la culpabilité, où la lettre de la loi tue l’Esprit. Et tant que l’Occident ne retrouvera pas la force de la Grâce — c’est-à-dire la capacité de voir, au-delà des contrats et des normes, le vivant — sa construction civilisationnelle s’effondrera sous le poids de sa propre justice impitoyable.
17:42 Publié dans Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : orient, occident, philosophie, tradition |
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L'effondrement de l'hypocrisie internationale

L'effondrement de l'hypocrisie internationale
Alessandro Scassellati
Le problème posé par la conceptualisation du Premier ministre canadien, Mark Carney, sur la fin de « l'ordre international fondé sur des règles » est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir souhaitent un second mandat pour Donald Trump. Elles sont indignées, mécontentes et inquiètes car certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde, dans le cadre d'actions auxquelles leurs pays ont participé, sont désormais renversés et utilisés contre elles. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ce sont ces mêmes États qui sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et « autoritaires » qui ne partageaient pas leurs valeurs.
Le 20 janvier 2025, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a prononcé un discours lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos. Un chœur d'éloges s'est immédiatement élevé de la part des « capitalistes progressistes » et des médias libéraux-progressistes du monde entier, tant du Nord que du Sud. Carney a indirectement visé le président Trump en affirmant que le monde est « en pleine rupture, et non en pleine transition », indiquant que « les hégémons ne peuvent pas continuer à monétiser leurs relations » et cherchant à indiquer une nouvelle direction dans laquelle « les alliés se diversifieront pour se protéger de l'incertitude... [car] les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Carney a exhorté les « puissances moyennes » à cesser de se conformer aux régimes qui recherchent l'hégémonie, à cesser d'espérer un retour au passé et, au contraire, à construire de nouvelles coalitions pour survivre à ce qui va arriver. Outre l'utopie du premier ministre Carney concernant la sortie du Canada de la sphère d'influence des États-Unis, deux vérités très importantes ont été présentées.

Avec la présidence Trump, le masque est tombé
Le problème avec la conceptualisation du premier ministre Carney est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir veulent un second mandat pour le président Trump. En bref, le problème de « l'ordre international fondé sur des règles » (qui n'est pas celui mentionné dans la Charte des Nations unies, mais l'ensemble de règles que les États-Unis ont progressivement inventées pour donner une apparence de légitimité à leur gouvernement unipolaire) provient d'une seule personne : le président Trump. Sans Trump, tout irait bien, comme d'habitude.
Pour Carney et d'autres alliés des États-Unis, l'histoire a commencé en 2025, lorsque Trump a imposé des droits de douane au Canada et à l'Union européenne, extorqué 200 milliards de dollars à la Corée du Sud et 500 milliards au Japon, et finalement menacé de retirer le Groenland au Danemark, allié de l'OTAN.
L'élite de Davos n'a pas réalisé que deux semaines seulement avant le discours « historique » de Carney à Davos, le gouvernement canadien lui-même avait soutenu l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par Trump . La même élite libérale de l'Union européenne avait réaffirmé son soutien à la démocratie et aux droits humains du peuple vénézuélien, tout en soutenant les violations flagrantes du droit international et de la souveraineté étatique en appuyant l'enlèvement de Maduro.
Pour les alliés des États-Unis, la puissance hégémonique américaine, autrefois fiable, n'agit plus « rationnellement », « conformément aux lois et normes internationales » (mais uniquement selon la « moralité » de Trump), dans l'intérêt de ses alliés, vassaux et suppliants. En d'autres termes, Trump 2.0 est le moment où les États-Unis ont retiré leur masque devant le monde entier.
Cela est en partie vrai dans le sens où le président Trump représente le côté vulgaire, impulsif, agressif, égoïste et destructeur de la politique américaine et de l'empire. Trump s'exprime de manière incohérente par rapport aux anciens dirigeants de l'empire et dit plutôt tout haut ce qui est évident. Un exemple clair est que les États-Unis peuvent voler le pétrole vénézuélien et gouverner le pays .

Le problème de croire en cette ligne de pensée est qu'elle est historiquement fausse, qu'elle justifie les puissants et qu'elle ignore la réalité qui existe au-delà des bulles libérales. Le Premier ministre Carney n'est pas mécontent que le fictif « ordre international fondé sur des règles » touche à sa fin ; il est furieux que la puissance hégémonique impériale, les États-Unis, commence à traiter ses alliés les plus proches de la même manière qu'elle traite le tiers-monde (aujourd'hui appelé « pays émergents » ou « Sud global ») depuis 1945.
Au lieu de tirer profit de l'extraction des richesses américaines et de la répression mondiale du développement pour satisfaire le noyau dur des pays occidentaux, Trump et la puissance hégémonique extorquent et volent désormais leurs alliés, tout en les traitant avec condescendance, en les méprisant et en les rabaissant. (Dans un discours prononcé devant le Parlement allemand le 29 janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré : « En tant que démocraties, nous sommes des partenaires et des alliés, pas des subordonnés »).
Regarder le monde avec les yeux grands ouverts
Le discours du premier ministre Carey n'a pas fait preuve d'une réflexion honnête sur la contribution du Canada et d'autres puissances intermédiaires à la destruction du droit international, à la violation des droits humains et à l'inégalité mondiale. Pour ceux qui ont la mémoire et des souvenirs de l'histoire récente, les événements qui se sont déroulés depuis le 20 janvier 2025 ne sont pas si différents de ceux des décennies passées. Carney et ses partisans semblent avoir oublié certains faits importants des 40 dernières années, notamment les suivants.
L'invasion militaire américaine de la Grenade et du Panama pour renverser et emprisonner leurs dirigeants . Plus de 500.000 enfants irakiens sont morts à cause des sanctions. La secrétaire d'État Madeleine Albright avait déclaré: «C'est un prix que nous sommes prêts à payer». Mme Albright n'a jamais payé de prix; un demi-million d'enfants irakiens l'ont payé de leur vie.
La guerre d'agression illégale contre l'Irak en 2003, au cours de laquelle le secrétaire d'État Colin Powell a menti au monde entier au sujet des armes de destruction massive . L'occupation de l'Afghanistan par l'OTAN pendant 20 ans , dix ans après la mort d'Oussama ben Laden , qui était apparemment la véritable raison de l'invasion. La destruction de la Libye par l'OTAN et l'assassinat de son président, Mouammar Kadhafi . La nouvelle de la mort violente du président Kadhafi a été accueillie avec enthousiasme par la secrétaire d'État Hillary Clinton, qui a ri et déclaré: «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort». Cette intervention a transformé la Libye, qui était le pays le plus développé et le plus riche d'Afrique, en un État défaillant avec des marchés d'esclaves en plein air .

Le président Obama a soutenu Al-Qaïda dans la sale guerre qui a duré 13 ans contre la Syrie. Jake Sullivan, conseiller d'Hillary Clinton puis conseiller à la sécurité nationale du président Biden, l'a démontré en déclarant: «Al-Qaïda est de notre côté en Syrie». Cette opération allait devenir l'opération Timber Sycamore, l'administration Obama envoyant des milliards de dollars pour soutenir les militants liés à Daech et renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad. En décembre 2024, le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad a été définitivement renversé par les militants de Daech, et Abu Mohammad al-Julani a pris la fonction de président par intérim. Abu Mohammad al-Julani, désormais rebaptisé Ahmed al-Sharaa, avait une prime de 10 millions de dollars sur sa tête offerte par le FBI américain. Cette prime était due à son comportement violent dans la lutte contre l'occupation américaine en Irak et à son ascension ultérieure à la tête de l'EI en Syrie .
Les États-Unis, l'Union européenne et le Canada ont rapidement reconnu l'ancien coupeur de gorges de l'EI comme le dirigeant légitime de la Syrie et ont révisé leur politique de sanctions, retirant Al Nusra [lire EI] de leurs listes d'organisations terroristes. Le président Trump a même reçu al-Julani/al-Sharaa à la Maison Blanche, siège du « monde libre ». Lors de son voyage aux États-Unis, le président syrien [lire : ancien chef de l'EI] Ahmed al-Sharaa a reçu une invitation encore plus légitime à s'adresser à l'Assemblée générale des Nations unies en tant que président syrien. Au cas où le monde aurait manqué sa visite à la Maison Blanche.
Pour de nombreux observateurs aux États-Unis et dans le monde entier, le véritable moment où le masque est tombé a été lorsque les États-Unis et tous leurs alliés, y compris le Canada, ont gardé le silence et ont soutenu Israël dans sa campagne génocidaire visant à détruire le peuple palestinien à Gaza . Une destruction à grande échelle, high-tech et retransmise en direct, du peuple palestinien (plus de 71.000 morts) est devenue virale sur les réseaux sociaux pendant plus de deux ans. Le masque est tombé il y a de nombreuses années, mais seulement en 2026 pour le Premier ministre Carney.
L'importance du discours du Premier ministre Carney
Ce qui précède pourrait sembler être une diatribe visant à se moquer du Premier ministre Carney. Ce n'est que partiellement vrai. Le discours de Carney contenait deux points très importants. Tout d'abord, Carney a affirmé que « pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré sous ce que nous appelons l'ordre international fondé sur des règles. Nous adhérons à ses institutions, nous louons ses principes et nous bénéficions de sa prévisibilité. Et grâce à cela, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs sous sa protection.
Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les puissants s'en affranchissaient quand cela leur convenait et que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l'identité de l'accusé ou de la victime.
Cela correspond aux points historiques que nous avons rappelés, mais selon Carney, la question ne se pose qu'après 2025. Les relations internationales et la politique étrangère ont toujours été fondées sur les intérêts, et dans le monde des intérêts et du pouvoir, certains sont plus égaux que d'autres. Pour Carney et d'autres dirigeants occidentaux, un monde injuste est acceptable, à condition qu'il leur soit profitable.
Deuxièmement, Carney a déclaré : « Nous ne devons pas laisser la montée en puissance de la force brute nous empêcher de voir que le pouvoir de la légitimité, de l'intégrité et des normes restera fort si nous choisissons de l'exercer ensemble... cela signifie reconnaître la réalité. Cessons d'invoquer l'ordre international fondé sur des règles comme s'il fonctionnait encore comme annoncé. Appelons-le par son vrai nom : un système d'intensification de la rivalité entre les grandes puissances, dans lequel les plus puissantes poursuivent leurs propres intérêts en utilisant l'intégration économique comme arme de coercition. Cela signifie agir de manière cohérente, en appliquant les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances intermédiaires critiquent l'intimidation économique d'un côté, mais gardent le silence lorsqu'elle vient de l'autre, nous affichons clairement notre position. Cela signifie construire ce en quoi nous disons croire, plutôt que d'attendre que l'ancien ordre soit rétabli.
Cela nous amène à une deuxième vérité. L'ancien ordre nous était peut-être familier, mais il n'était certainement pas juste, démocratique ou équitable, ni fondé sur les valeurs des Lumières ou l'égalité. L'ancien ordre profitait à la petite minorité des principaux pays occidentaux. Encore moins au monde en développement, qui subissait une violence énorme contre ses États et ses peuples.

Remarques finales sur l'ordre international fondé sur des règles
Aimé Césaire, Franz Fanon et d'autres penseurs postcoloniaux avaient déjà mis en évidence l'hypocrisie occidentale. Dans son ouvrage fondamental de 1950, Discours sur le colonialisme, Césaire démantelait la présomption européenne selon laquelle l'Occident s'était développé grâce à ses colonies et s'était « civilisé » dans le processus. Au contraire, affirmait Césaire, si le colonialisme a enrichi matériellement les puissances impérialistes, il les a également brutalisées sur les plans moral, politique et social. Il a exigé et cultivé une mentalité de supériorité raciale absolue, d'arbitraire administratif et de déshumanisation de « l'autre » pour fonctionner. Pour Césaire, le fascisme européen — en particulier le nazisme — n'était pas une aberration historique, mais un « effet boomerang ». C'était le moment où le modèle colonial de violence, « racialisé, massifié, bureaucratique et impersonnel », s'appliquait sur le sol européen aux corps européens (y compris les Blancs). « Ils ont toléré ce nazisme avant qu'il ne leur soit infligé », a écrit Césaire ; « ils l'ont absous, ils ont fermé les yeux, ils l'ont légitimé, car jusqu'alors, il n'avait été appliqué qu'à des peuples non européens [non blancs] ». Dans cette perspective, le crime d'Hitler n'était ni un génocide ni une guerre d'agression. Le crime d'Hitler était un génocide contre « les Blancs de l'Europe blanche » et une guerre d'agression qui a asservi d'autres Européens. L'horreur de l'Holocauste, dans cette lecture, était le choc de l'Europe face à une version reflétée et intensifiée de sa propre logique coloniale. La description que fait Césaire du leader européen le plus célèbre de l'histoire est une comparaison pertinente avec la situation actuelle (pensons aux meurtres brutaux et aux raids violents de l'ICE à Minneapolis et dans d'autres villes américaines ; voir nos articles précédents: référence infra).
Le Premier ministre Carney, les dirigeants européens et d'autres alliés des États-Unis ne sont pas indignés par la violence, l'injustice et la répression perpétrées pendant les années de leur « ordre international fondé sur des règles ». Au contraire, ils sont indignés, mécontents et inquiets parce que certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde en développement, dans des actions auxquelles ils ont participé, sont maintenant renversés et utilisés contre eux. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont désormais perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ces mêmes États sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et «autoritaires» qui ne partageaient pas leurs valeurs. Ils ont encouragé les États-Unis à en arriver là où ils en sont aujourd'hui, en les soutenant et en tolérant leur comportement impérialiste pendant si longtemps parce que cela servait également leurs propres intérêts.
Le Canada (tout comme les pays européens) ne s'est pas contenté de «mettre une affiche à la fenêtre», comme vous l'avez suggéré dans votre discours. Le Canada et les pays européens ont activement participé à la violation du droit international afin d'en tirer des avantages économiques, en appliquant les règles de manière asymétrique (ce qu'on appelle le « deux poids, deux mesures ») pour favoriser leurs intérêts et ceux de leurs alliés. De nombreuses « puissances moyennes » ont colonisé d'autres pays, ont extrait les richesses, les ressources et la main-d'œuvre du Sud et ont renversé les dirigeants démocratiquement élus de ces pays au profit de ceux qui étaient prêts à servir le noyau impérial.

Le gouvernement canadien a aidé les États-Unis à envahir et à occuper l'Afghanistan ; il a feint de ne pas soutenir l'invasion de l'Irak, alors même qu'il y était favorable ; il a contribué à lancer un coup d'État en Haïti ; et il a aidé à renverser des gouvernements et à déstabiliser des sociétés en Amérique latine où ses entreprises possèdent des mines . Le Canada a été un partenaire constant d'Israël dans son génocide des Palestiniens, en violation de la Convention sur le génocide, des Conventions de Genève, du Traité sur le commerce des armes et plus encore. De plus, Carney a longtemps présenté le Canada comme « une société pluraliste fonctionnelle », où « la place publique est bruyante, diversifiée et libre », mais le gouvernement canadien a violemment réprimé toute opposition à sa complicité dans le génocide israélien à Gaza. La police a évacué des campements étudiants dans des universités, arrêté des militants pour avoir critiqué Israël en ligne, criminalisé des actions et des marches de solidarité, mené des raids nocturnes sans préavis au domicile de militants accusés d'avoir endommagé des biens appartenant à des institutions complices et mené des raids avant l'aube contre d'autres personnes qui auraient organisé des blocages d'usines. Le gouvernement canadien a également déployé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur des terres autochtones non cédées afin d'arrêter violemment les organisateurs et les militants des Premières Nations qui protègent la terre, l'eau et les forêts contre l'extraction des combustibles fossiles. La GRC, dont le précurseur a été créé pour commettre un génocide contre les peuples des Premières Nations au début de l'expansion coloniale, est aujourd'hui déployée par le gouvernement fédéral pour protéger les intérêts des entreprises de combustibles fossiles.
Le Canada, les pays européens et d'autres États coloniaux qui revendiquent un statut occidental indépendamment de leur géographie, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ne sont pas des « puissances intermédiaires ». Ce sont des pays qui ont pillé à maintes reprises le Sud global pour construire et maintenir leurs économies au détriment de la grande majorité des populations et de la planète. Ils ne sont pas au milieu ; ils sont au sommet, et ce n'est que maintenant qu'ils ressentent pleinement le poids de ce que signifie être subordonné à une hiérarchie imposée par ceux qui sont plus violents que vous.
Utilisant le langage d'un banquier (après tout, il a d'abord dirigé la Banque du Canada, puis la Banque d'Angleterre), Carney a exhorté les « puissances intermédiaires » à « diversifier » leurs alliances, à réaliser des « investissements collectifs dans la résilience » et à adopter un « réalisme fondé sur des valeurs ». Il a annoncé que le Canada rechercherait « différentes coalitions sur divers sujets fondés sur des valeurs et des intérêts communs », mais qu'il forgerait également des alliances avec d'autres États économiquement puissants tels que la Chine et l'Inde. Il a spécifiquement exhorté les puissances dites intermédiaires à s'unir, soulignant que « si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Surtout, a-t-il affirmé, ces États doivent agir de manière cohérente, « en appliquant les mêmes normes à leurs alliés et à leurs rivaux ».
Le discours du Premier ministre Carney a été salué dans le monde entier pour son caractère théâtral, « affrontant l'agresseur Trump ». Cependant, il s'agissait d'un exercice d'ironie occidentale hypocrite, parsemé de demi-vérités. En résumé, c'était du « non-sens sous stéroïdes ». Carney a souligné qu'une bonne façon de conclure l'effondrement de l'ancien ordre était de ne pas regretter la situation et de se préparer à beaucoup plus de chaos. Le président Trump entame à peine la deuxième année de son deuxième mandat ; trois années d'instabilité et de chaos l'attendent.
Malheureusement, aussi importants que soient l'aveu de Carney et ses appels à la formation de coalitions, on soupçonne que derrière ce jargon se cache un appel aux « puissances intermédiaires » à redoubler d'efforts en matière de capitalisme, d'extraction des ressources, de libre-échange, d'intelligence artificielle et de militarisme (Carney a déclaré à Davos qu'il doublerait les dépenses militaires du Canada d'ici la fin de la décennie). Il s'agit d'un appel à renforcer le néolibéralisme sous prétexte de contrer le fascisme trumpien, alors que ce sont précisément ces décisions qui conduisent à l'ordre international impérialiste auquel Carney prétend s'opposer.

Si Carney est prêt à admettre que l'ordre fondé sur des règles était une imposture, il ne doit pas tenter de le reproduire avec d'autres États occidentaux, mais plutôt forger une véritable solidarité avec le reste du monde. Il doit séparer le Canada des États-Unis non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan militaire. Et il doit respecter le droit international, que, selon lui, les « puissances moyennes » n'ont que partiellement respecté.
Reconnaître ses propres crimes et privilèges est essentiel si les gouvernements des « puissances moyennes » veulent construire des coalitions significatives et durables qui protègent véritablement les personnes et la planète, et ne se contentent pas de poursuivre leurs propres intérêts à court terme. Si les « puissances moyennes » ne veulent pas subir ce qu'elles ont fait subir aux autres, elles doivent s'engager sérieusement à construire des alternatives avec les dirigeants du Sud et les populations lésées par leurs actions passées. Pas de relations coloniales ni d'accords paternalistes et extractifs, mais de véritables alliances. Elles doivent comprendre comment créer des relations économiques et sécuritaires équitables et réciproques qui ne soient pas fondées sur l'exploitation, l'impérialisme, le militarisme ou la violence. Des relations qui privilégient le bien-être de tous, et pas seulement de ceux qui sont au cœur de l'empire, et qui garantissent la survie et la santé de la planète.
Via Trasform! Italia - Source: https://transform-italia.it/il-crollo-dellipocrisia-sullo...
16:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident, occidentisme |
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lundi, 09 février 2026
De la civilisation de Baal-Moloch

De la civilisation de Baal-Moloch
Alexandre Douguine
Animateur : Eh bien, le ministère de la Justice des États-Unis a finalement publié les listes d’Epstein. Il s’agit de trois millions de fichiers que les journalistes analysent activement en ce moment. Certaines choses sont horribles, d’autres — comiques, surtout lorsque des noms précis, figurant dans ces documents, sont extraits de leur contexte. On y a trouvé à la fois Zyriovnski, Lénine, et même des personnages de films et de dessins animés. Vous, Alexandre Guélievitch, avez évoqué l’année dernière la présence de votre nom dans une correspondance. Pour résumer toute cette affaire: comment doit-on l’interpréter, étant donné que les nouvelles se répandent rapidement tant dans les médias russes qu’étrangers?
Alexandre Douguine : À mon avis, je ne réduirais pas l’importance de ce qui se passe. Une vaste toile pédophile a été dévoilée, impliquant des tortures, des violences et des meurtres, allant jusqu’au cannibalisme et aux « messes noires ». Ce réseau comprenait l’élite des deux partis américains: de George Bush père à Barack Obama, Clinton et Bill Gates. La participation à cette structure a été confirmée tant par eux-mêmes que par de nombreux dirigeants européens. Beaucoup d’entre eux démissionnent actuellement parce que l’appartenance à ce groupe, la fréquentation directe du cercle d’Epstein et la visite de son île constituent, en principe, une totale déconsidération pour tout homme politique, figure publique, scientifique, penseur, philosophe, économiste ou homme d’affaires. En gros, faire partie de ce réseau criminel, connaître Epstein, Ghislaine Maxwell et d’autres personnages de leur entourage, en tout ou en rien, revient à reconnaître une activité criminelle totale.
Par conséquent, à mon avis, c’est extrêmement sérieux. D’abord, le point principal est que l’élite occidentale moderne est tellement amorale qu’elle n’a plus le droit moral, non seulement de donner des leçons à sa propre société ou de lui dicter quoi faire, mais aussi, à l’égard des autres peuples, ces dégénérés — cette caste libérale, globaliste et pédophile — n’ont simplement pas le droit d’ouvrir la bouche. À mon sens, négocier avec eux ou s’asseoir à côté de personnes impliquées dans la « liste d’Epstein » est tout simplement immoral. Ceux qui respectent leur dignité se voient interdits d’être dans la même situation que ceux qui bafouent ouvertement cette dignité. C’est une question d’honneur: les personnes figurant sur la liste d’Epstein ont totalement perdu de vue le fait qu’elles peuvent encore entrer en contact ou en communication avec des gens décents. Il existe un terme dur dans le jargon criminel russe — « être en loi » (être « zakoncheny »). Les personnes ayant participé à la violence sur des enfants sont totalement disqualifiées à tous égards. Et c’est la première conclusion de grande envergure. Aujourd’hui, ce scandale tente d’être un peu étouffé, mais il aura des conséquences véritablement tectoniques.
Animateur : Permettez-moi une question supplémentaire: cela va-t-il vraiment passer comme une lettre à la poste pour ces politiciens et responsables occidentaux impliqués dans cette affaire? Ou tout se limitera-t-il simplement à des démissions bruyantes que nous observons en ce moment — comme celle de Peter Mandelson en Grande-Bretagne ou de Miroslav Lajčák en Slovaquie?
Alexandre Douguine : Je ne peux pas le dire avec certitude, mais la question est: qui jugera? Pour juger ces personnes, impliquées dans des crimes aussi atroces contre des enfants, des femmes et des innocents — y compris les menaces de faire enterrer par Trump sur des champs de bataille ces adolescentes qui ont protesté contre ce qu’on leur a fait — il faudrait une révolution. Il faut des gens véritablement libres de tout contact avec ce milieu. Et là, il apparaît que Musk, Bannon, sans parler de Trump lui-même — Trump est totalement impliqué dans ce cercle étroit d’Epstein, y compris la première dame. Qui peut vraiment les juger? Les juger, c’est juger toute l’élite occidentale, l’élite américaine et ceux qui gouvernent aujourd’hui le monde.


Thomas Massie et Ro Khanna.
Et dans les partis démocrate et républicain, deux politiciens remarquables ont insisté pour la publication de ces fichiers. Ce n’est pas grâce à une attitude bienveillante de Trump, qui lui-même a été un participant direct aux activités pédophiles sur l’île d’Epstein. Il s’agit du républicain Thomas Massie et du démocrate Ro Khanna, qui n’avaient probablement rien à voir avec cela. Ils ont réussi à faire passer cette décision malgré la résistance furieuse des élites. Trump a affirmé un temps que ces documents n’existaient pas et qu’ils étaient inventés, mais il s’est avéré que ce n’était pas une fiction, mais une véritable condamnation des élites occidentales. Comment peut-on les juger s'ils détiennent le pouvoir en Occident ?
En général, dans de telles situations, on assiège la Bastille, on opère des coups d’État, et alors sur la place, déboulent des masses furieuses, enragées, qui ne supportent plus la pourriture qui a pris le contrôle du monde. Cela n’est pas encore visible, et personne ne sait ce qui adviendra, mais cela constitue au moins une base solide pour une révolution anti-élite totale aux États-Unis et dans d’autres pays. Je ne connais aucun précédent dans l’histoire où l'on a laissé passer une telle chose. Aujourd’hui, certains fuient, d’autres se cachent, d’autres essaient de minimiser le scandale et de réduire l’importance de la publication des fichiers, mais plus les gens les lisent, plus ils sont horrifiés. Les fichiers contiennent non seulement des informations sur la violence envers des enfants, mais aussi sur le trafic d’êtres humains au plus haut niveau.
C’est la première remarque. La deuxième est qu’on a l’impression que beaucoup ne sont pas venus sur l’île d’Epstein pour satisfaire leurs perversions. Ils y allaient comme dans une sorte de « département du personnel » du gouvernement mondial, pour participer à des actes criminels enregistrés sur vidéo et faire l’objet de chantage. Sans un dossier lié à l’île d’Epstein, on ne peut tout simplement pas entrer dans l’élite. C’est une organisation bien orchestrée, systémique, qui déconsidère ces politiciens occidentaux, une sorte de « billet » pour accéder au pouvoir, ce qui est en soi monstrueux. À une époque, on reprochait cela au KGB ou aux régimes pro-soviétiques d’Europe de l’Est, mais il s’avère qu’au sein de l’Occident, c’est encore plus gros. Sur ce sujet, je préfère ne pas entrer dans les détails, mais c’est désormais un fait avéré: si tu veux accéder à l’élite, il faut commettre un crime monstrueux, lequel sera enregistré, et alors, une fois totalement disqualifié, tu peux entrer au pouvoir et suivre les ordres d’un centre.
Voici la troisième question: qu’est-ce que ce centre? Il est intéressant de noter qu’une grande partie des documents dans les fichiers d’Epstein ne concerne pas du tout des viols, mais la gestion du monde. Dans les échanges avec des hautes personnalités politiques, il est question de déstabilisation du pouvoir et de coups d’État en Russie et en Ukraine. En Ukraine, le plan a réussi, et Epstein s’en réjouit. En Russie, en 2012, ce cercle avait l’idée de déloger le président légitime Vladimir Vladimirovitch Poutine, en plaçant à sa place des représentants de l’opposition — on parle d’Ilya Ponomarev et d’Alexeï Navalny. De plus, dans la correspondance d’Epstein et de Bannon, il est question de mon nom, dans le contexte de l’existence en Russie de cercles conservateurs traditionalistes, qui soutiennent un monde multipolaire et refusent l’hégémonie de l’Occident.
À ce titre, beaucoup de noms sont évoqués. Tous ne sont pas impliqués dans des crimes : notre président Vladimir Poutine, par exemple, y apparaît comme une cible à éliminer, sur laquelle il faut faire pression ou qu'il faut renverser. Sont décrits aussi bien des amis que des ennemis. La question se pose: quelle est cette instance? Ces cercles ne se contentent pas de fournir « de la marchandise vivante » et de collecter du matériel compromettant, ils travaillent aussi pour quelqu’un d’autre, avec leur propre plan de restructuration du monde, de soutien à certains régimes tout en en déconsidérant d’autres.
Et là, se révèle une autre chose terrible, qui a provoqué un énorme scandale aux États-Unis : il est évident que cela concerne Israël. Les services secrets israéliens ont dirigé et coordonné toute cette activité. Ghislaine Maxwell était une courroie officielle du Mossad aux États-Unis. Aujourd’hui, se dessine une image claire: Israël, par le biais de ce type de chantage, contrôlait la politique américaine et peut-être mondiale. Cela bouleverse totalement toutes nos idées et nos cartes. Les Américains se croyaient souverains, Israël n’était qu’un allié au Moyen-Orient, mais il s’avère en réalité que c'était le contraire. C’est Israël qui dirigeait la politique américaine, en coordonnant le processus de chantage. De plus, Epstein et son entourage ne cachaient pas leur racisme sioniste direct. Dans les fichiers, ils discutent: «Les nôtres, ou juste des nôtres, seront-ils à la fête ou y aura-t-il aussi ces maudits goyim?». Et Epstein répond: « Oui, malheureusement, il y aura aussi des goyim». C’est une participation explicite au plan sioniste pour contrôler l’Occident. On en parlait auparavant uniquement parmi des marginaux, partisans des théories du complot, auxquels personne ne croyait, pensant qu’un pays aussi puissant ne pouvait être l’outil d’un petit État. Et maintenant, l’Amérique, effrayée, a compris qu’elle pouvait tout à fait l’être.

Quels autres soupçons sont confirmés, et que découvrira-t-on encore dans ces fichiers, sachant que seule la moitié a été publiée? Et pour finir: il est crucial de souligner qu’un certain nombre de fichiers, accessibles sur le site du ministère américain de la Justice sous la direction de Pamela Bondi, contenaient, pendant quelques heures, des documents liés à Trump lui-même. Ces documents confirmaient sa complicité dans des actes de pédophilie. Il y avait aussi des histoires concernant Melania Trump, le maire de New York, plusieurs membres des élites européennes, la famille royale anglaise (y compris le prince Andrew) et des proches de Macron. Tous figuraient dans cette liste, et, par ailleurs, Elon Musk y apparaît aussi.
Animateur: Permettez-moi de préciser certains détails. Tout d’abord, rappelons: Ilya Ponomarev et le défunt Alexeï Navalny sont inscrits sur la liste des terroristes et extrémistes. Alors que nous discutons de ce sujet, les événements évoluent rapidement. Trump vient de publier sur Truth Social un message ferme: il n’a jamais été sur l’île d’Epstein et ne l'a même pas approchée. C’est sa réaction à une blague de Trevor Noah lors des Grammy Awards. La question est: cela a-t-il encore un sens de faire des gestes de défi, alors que la publication — qui n’a duré qu’une heure — a déjà fait le tour? Comme on le sait, internet se souvient de tout.
Alexandre Douguine : Trump, en fait, est soit véritablement déconnecté, soit totalement irresponsable de ses paroles. Rien qu’au cours de cette première année de son second mandat présidentiel, il a modifié ses affirmations à plusieurs reprises: il promettait d’abord aux électeurs que les fichiers d’Epstein seraient publiés, puis jurait qu’ils n’existaient pas, et maintenant, lorsque leur publication a été forcée, il affirme qu’ils existent, mais qu’il n’est pour rien là-dedans. Peut-on sérieusement écouter et croire un tel personnage? Remarquez: ce vieil homme, impliqué dans ces affaires, ment constamment et mène des actes d’agression non provoquée contre des États modernes souverains. Peut-on négocier sérieusement avec une telle personne, peut-on lui faire confiance? Ses paroles ont perdu toute valeur. Il fait partie de ce réseau, et il est tout à fait naturel qu’il essaie de se justifier en niant l’évidence. Cependant, ces documents ont été conservés, ils ont été publiés sur le site du ministère américain de la Justice, et chacun peut les étudier.
C’est évidemment un scandale énorme qui a suscité une idée légitime: puisque nous savons maintenant avec certitude que l’Amérique est contrôlée par le Mossad, Israël et des extrémistes sionistes d’extrême droite, la publication de ce matériel à ce moment précis a ses raisons. Les réseaux occidentaux discutent du fait que Trump essaie prétendument de résister à la guerre avec l’Iran, guerre que ces cercles lui imposent. Je ne veux pas porter de jugement définitif, mais il faut comprendre la nature intérieure de la société occidentale, mais il semble que la publication soudaine de ces documents est un instrument des forces géopolitiques qui se profilent derrière Epstein. Le but est simple: par le chantage, pousser Trump à lancer une guerre contre l’Iran ou à pourrir les relations avec la Russie. Il s’avère que l’élite américaine est totalement sous le contrôle de ce centre, et leurs déclarations publiques ne sont qu’un voile dissimulant des processus invisibles, dirigés depuis un petit État du Moyen-Orient.
Ce tableau change radicalement notre vision de l’Occident. Nous voyons sa chute morale totale et découvrons la véritable nature satanique de la civilisation occidentale. Notre président a déjà souligné avec prudence que l’Occident est devenu satanique, et nous disposons maintenant de preuves concrètes: «messes noires», rituels sataniques, pédophilie mondiale, et une entité totalement criminelle. Les plus terribles soupçons et les invectives les plus corsées de ceux qui avaient aperçu dans l’Occident «le secret du crime» sont désormais devenus faits universels. Comment traiter avec de telles personnes? Nous ne devons plus nous étonner de leur mensonge, de leur violation des accords et de leur soutien à des régimes terroristes en Ukraine ou au Moyen-Orient. Ils sont prêts à changer de régime partout, en utilisant des outils de pression même sur ceux qui n’en veulent pas.

Nous nous sommes réveillés dans un monde différent. Quand ces fichiers ont commencé à être publiés, nos médias ont été momentanément sidérés par le choc. Toutes nos descriptions de l'Occident se sont révélées trop candides. Nous les considérions simplement comme des gens avec leurs opinions, mais la correspondance d’Epstein montre autre chose: la promotion du transgendérisme, la légalisation du mouvement LGBT (interdit en Russie), et des liens directs avec des groupes sataniques. Il est crucial de souligner que cela n’a aucun rapport avec le judaïsme religieux traditionnel, où il y a foi en Dieu. Ce que nous avons vu, c’est un système diabolique de gouvernement mondial. C’est la concrétisation vivante des prophéties de la culture orthodoxe sur le Royaume de l’Antéchrist. Il est difficile d’imaginer quelque chose de plus expressif que ces fichiers, confirmant la pensée qui dit que nous vivons à l’époque de l’Antéchrist, et que la civilisation occidentale est celle de l’Antéchrist.

Animateur : Rappelons que le satanisme est officiellement reconnu en Russie comme mouvement terroriste et extrémiste, et est interdit. Et face à tout cela, il ne reste plus de place pour la surprise. Quand d’anciens alliés de Zelensky et des dirigeants occidentaux évoquent sérieusement les rituels, les poupées vaudou et la magie noire, on a l’impression que tous les masques sont tombés en un clin d’œil. Je suis entièrement d’accord avec vous. Nous avons déjà commencé à établir un pont vers la question iranienne à travers la lentille des fichiers d’Epstein. Selon vous: cette publication et le scandale gigantesque qui l’accompagne peuvent-ils réellement retarder ou même repousser le début d’une éventuelle guerre des États-Unis contre l’Iran?
Alexandre Douguine : Je pense que, compte tenu du rapport général des sentiments dans la société occidentale et aux États-Unis, cela va plutôt accélérer l’agression militaire contre l’Iran. Pour détourner l’attention des conséquences inévitables de la publication des fichiers d’Epstein, quelque chose de vraiment gigantesque doit se produire: soit une grande guerre, soit — je ne l’exclus pas — un conflit nucléaire. La compromission profonde de l’élite occidentale et la lecture de ces trois millions de fichiers constituent un verdict fatal pour l’establishment, et il ne peut y avoir qu’une réponse d’un autre ordre pour en détourner l’impact.
Il me semble qu’une guerre classique contre l’Iran ne suffira même pas à couvrir l’ampleur du scandale, sauf si, dès le départ, il y a utilisation d’armes nucléaires. Le monde est au seuil d’une catastrophe véritable. La présence, dans l’Occident aujourd’hui, d’une élite véritablement satanique — sans guillemets ni métaphores — change complètement la donne par rapport à ce qu’on pensait récemment. Nous croyions pouvoir négocier avec certains, convaincre d’autres, faire preuve de force ou d’arguments avec d’autres encore. Mais ce que nous découvrons maintenant prouve que cela ne fonctionne pas. Il faut des méthodes totalement différentes pour traiter avec une civilisation satanique.
Théoriquement, cette civilisation doit être en guerre contre tous ceux qui ne font pas partie d’elle. Toutes les forces qui ne sont pas sous le contrôle total de cette « île d'Epstein » mondiale et du réseau pédophile des élites libérales doivent se soulever. Cela répond également à un devoir religieux, y compris pour certains cercles juifs, qui voient où mènent ceux qui se cachent derrière leur nom. Je pense que c’est notre devoir commun, et c’est la conclusion la plus sérieuse. Quant à l’Iran...
Animateur: La seule chose que je préciserai en rappelant aux auditeurs: le mouvement mondial satanique est reconnu en Russie comme organisation terroriste et extrémiste, et est interdit. Alexandre Guélievitch, vous parlez de l’inévitabilité d’une grande guerre ou d’une catastrophe, mais en même temps, Axios rapporte des signaux que les États-Unis envoient à l’Iran concernant un éventuel accord. Si, selon vous, même un conflit d’une telle ampleur ne peut pas faire oublier l’histoire des fichiers d’Epstein, alors il semble qu’aucun accord ne pourra non plus faire disparaître ce scandale. Ai-je tort dans mes évaluations?
Alexandre Douguine : Un accord passera tout simplement inaperçu, surtout qu’on ne peut pas faire confiance à l’Amérique. Ils ont justement invité le Hamas à un accord, et en même temps, ils ont détruit toute leur direction politique. Il ne faut pas faire confiance à l’Occident, même pendant une seule seconde. Un accord ne détournera pas l’attention, donc il n’y en aura tout simplement pas. Ou bien ce sera une manœuvre habile pour détruire l’élite iranienne. Mais concernant la destruction de l’élite: je tiens à souligner à quel point tout cela devient sinistre aujourd’hui. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des opérations américaines, occidentales en général, ou émanant de leurs alliés (ou plutôt, la question est: qui est allié de qui: je veux dire Israël, ou peut-être que c’est l’Occident qui est l’allié d’Israël, et non l’inverse). En tout cas, les méthodes de l'Occident deviennent de plus en plus visibles, et leur utilisation contre des pays et des systèmes politiques qui refusent leur volonté s’intensifie chaque jour: ils sont utilisés contre ceux qui ne capitulent pas.

Remarquez: tout a commencé avec Israël qui a détruit la direction politique du Hamas. On pourrait dire que le Hamas a attaqué Israël, ce qui donne une certaine symétrie ou équilibre. Ce n’est pas justice, mais c’est une situation qui, au moins, a permis de détruire la direction militaire du Hamas, où qu’elle se trouve. Ensuite, c’est la destruction de la direction du Hezbollah, qui n’a pas officiellement rejoint la guerre contre Israël au Liban, malgré ses déclarations de soutien au Hamas. Maintenant, la direction politique d’un autre pays est ciblée. Lors du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ce sont des missiles israéliens et d’autres technologies qui éliminent les hauts responsables politico-militaires iraniens, y compris des scientifiques impliqués dans des projets nucléaires. En somme, on voit à nouveau des éliminations ciblées de leaders de régimes politiques qui ne cadrent pas avec le programme d’Israël et des États-Unis.
Ensuite, il y a la capture du président légitime du Venezuela en quelques heures. Puis, des attaques de drones, ukrainiens, contre la résidence du président de Russie. Et, en gros, aujourd’hui, il y a un tabou, une sorte de limite tacite, sur l’élimination de dirigeants politiques et militaires d’un autre pays avec lequel il n’y a pas de guerre déclarée ou de conflit direct — cela devient une pratique courante. À cela s’ajoute la récente tentative de coup d’État militaire en Chine. On en parle peu, mais presque tout le commandement militaire y a été remplacé, y compris le chef de la armée chinoise, Zhang Yuxia, un homme proche de Xi Jinping. La majorité des autres dirigeants militaires ont été démis de leurs fonctions le même jour, accusés, selon les médias chinois, d’avoir participé à un complot contre la direction du Parti communiste chinois en faveur des États-Unis. En Chine même, l’Occident tente de mener une opération de changement de régime. Tout récemment, des protestations soutenues par les États-Unis et Israël ont secoué l’Iran, sans aboutir au résultat souhaité: le changement du régime politique du Velayat-e Faqih, qui est le système politique et religieux en Iran. Donc, il y aura d’autres actions.
Ainsi, les opérations de changement de régime, l’élimination physique des dirigeants politiques de ces États et systèmes qui refusent d’accepter cette civilisation satanique, interdite en Russie, c'est-à-dire la civilisation du libéralisme occidental — il faut s’attendre à cela. Bien sûr, si aujourd’hui l’ennemi parvient à éliminer les figures clés, celles qui sont essentielles pour ces États (notamment les civilisations ayant le courage, la dignité et la force d’un appel spirituel pour s’opposer à ce que nous voyons en Occident), ils en profiteront. Si cette possibilité existe, et cela dépend uniquement d’eux, rien ne pourra les arrêter: ni arguments, ni menaces de conflit total ou d’utilisation d’armes nucléaires.
Tous ces arguments ne fonctionnent plus. Voilà le côté terrible de notre situation. Ce que nous voyons, c’est comment les États-Unis mènent des opérations de changement de régime et tentent d’éliminer leurs opposants politiques, quel que soit leur poste, y compris président ou chefs d’État, et parfois, hélas, ils y parviennent — cela met toutes les sociétés (l’Iran, la Chine et la Russie, ce qui est le plus important) dans une situation totalement nouvelle. Si l’Occident est fou, s’il a activé tous les moyens d’action contre nous et ne parvient plus à empêcher ses satellites de frapper notre président, alors l’opération de changement de régime en Russie même est ce qu’il faut craindre et attendre dans un avenir très proche.

Je rappelle encore la correspondance d’Epstein avec un personnage interdit en Russie, l’extrémiste Ilya Ponomarev (photo): ils discutaient de l’opération de changement de régime dès 2012. Et aujourd’hui, la Russie, en première ligne dans la lutte contre la civilisation satanique de l’Occident, représente évidemment un danger énorme pour eux. En réalité, tout repose sur notre président, notre peuple, notre armée et notre société: tout l’axe de la résistance à la civilisation de l’Antéchrist est là. Bien sûr, certains diront qu’il y a aussi la Chine, mais la Chine a essayé de différer cette confrontation directe. Elle ne nous a même pas soutenus activement au début de la guerre en Ukraine. Nous avons tenu seuls le choc initial. Mais quelle est la récompense que récolte cette neutralité de la Chine? Une tentative de déstabilisation de Xi Jinping et la mise en place au pouvoir de politiciens encore plus pro-occidentaux. Autrement dit, personne n’est à l’abri de l’Occident, entré dans une période critique de son histoire.
C’est une civilisation totalement démente, purement diabolique, qui n’a aucune restriction morale, ses dirigeants ayant traversé ces expériences anti-humaines du système Epstein pour accéder à l’élite. Vous imaginez qui est Trump, ce qu’il a dans la tête? Peut-on avoir des arguments moraux, politiques ou juridiques capables de le retenir? Il a lui-même récemment déclaré qu’il n’existe pas de droit international. La morale, c’est ce que je considère comme moral. Si c’est un pédophile qui dit cela (réfléchissons bien et combinons cette information avec celle sur ses expériences pédophiles, qui a duré peu de temps sur le site du ministère de la Justice, et sa déclaration sur la morale), alors cela veut dire que pour lui, la pédophilie est morale. Cela devient donc une loi pour tout l’Occident. Imaginez dans quel monde profondément malade et déformé nous sommes progressivement et insensiblement tombés. Et nous voulions encore le suivre il y a trente ans, cet Occident. Non, même pas trente ans — il y a cinq ou six ans seulement, avant le début de l’opération spéciale. Nous partagions ses soi-disant valeurs, voulions respecter la souveraineté, préserver les particularités de la culture nationale, mais contre l’Occident dans son ensemble, nous n’avions rien. Dans les années 90, nous étions simplement attirés vers lui, et nos élites ont commencé à s’intégrer à ces cercles mondiaux.
Au fait, il y a peu de choses sur le «fil russe» dans les fichiers d’Epstein: ils mentionnent des personnes secondaires, quelques dames de compagnie légère. Ce sont des détails, mais nous ne savons pas tout. Peut-être que d’autres figures plus sérieuses du camp libéral, opposées à notre président et à la souveraineté, ressortiront. Avant l’opération spéciale, il y en avait déjà beaucoup dans le champ légal. Peut-être ont-elles aussi passé ces formes d’initiation aux cultes sataniques sur l’île d’Epstein. Nous ne savons pas encore; les fichiers ne sont pas encore totalement traités. Mais, même en imaginant que tout n’est pas aussi profond, et que des gens ont simplement été attirés par l’attrait extérieur de l’Occident… Je ne sais pas quel être humain malade ou irréfléchi peut exister en se croyant libéral et favorable à l’Occident. Mais cela, laissons tomber pour l'instant, car on ne sait jamais: parfois, les gens ne parlent pas toutes les langues et se laissent berner comme des sauvages, comme des bibelots. Bon, mais maintenant, les masques sont tombés.
Selon moi, la situation est très grave. Si nous ne pouvons avoir aucune garantie en Occident, en voyant l’état moral de leurs élites, il faut une mobilisation totale de la société. Nous devons renforcer les cercles patriotiques de la Russie elle-même, pour ne pas laisser tomber notre président.
En Occident, il peut naître une fausse image: celle que le plus grand opposant à l’Occident serait personnellement Vladimir Vladimirovitch Poutine, mais que tout son entourage serait prêt à faire des compromis. Mais cela revient à mettre en danger la vie et la sécurité de notre commandant suprême. Ils doivent avoir le sentiment que si, mais que Dieu nous en préserve, quelque chose arrivait à notre président, des forces politiques se dresseraient derrière lui qui ne seraient pas petites pour l’Occident. Ce qu’ils ont maintenant face à eux est une conduite correcte, équilibrée et responsable, qui ne reconnaît que partiellement leur hégémonie. La prochaine vague doit tellement effrayer l’Occident qu’arriveront ceux qui ne négocieront plus, déclareront l’Occident "civilisé" totalement satanique et rompront toutes les relations, sauf une escalade nucléaire. Ce sera la garantie que rien n’arrivera à notre président.
Pour l’instant, si en Occident, il y a la sensation que le seul porteur de notre esprit indépendant et de l’idée russe, c’est lui, et que tous les autres sont prêts à faire des compromis — c’est en fait une invitation à tenter encore et encore de changer de régime ou à éliminer physiquement notre leader. Voilà le danger. Et ce n’est même pas une question de libéraux: peut-être que tout l’entourage du président est composé de patriotes convaincus, je peux le croire. Mais il faut le montrer, car beaucoup, comme sous l’eau, n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils pensent de l’opération spéciale, de l’Occident, du Christ et de l’idée russe. Le président — oui, il ne fait pas que parler, il agit en tout. Il faut montrer: si une seule de ses mèches tombe, l’Occident fera face à un cauchemar. Il faut démontrer ce cauchemar dès maintenant pour la sécurité du système. Toute allusion au libéralisme ou à une attitude flexible envers l’Occident, y compris à l'égard de Trump, doit être effacée. Cette étape est terminée. Nous avons essayé de ne pas irriter Trump, en voyant son conflit avec d’autres élites, mais maintenant, en voyant ces dossiers, il est évident: parmi ces personnes, il ne peut y avoir des soutiens pour nous. Leur confiance et leur accord sont impossibles. Donc, quand on dit que Kirill Dmitriev est allé à Miami, mais qu’il n’y a pas de progrès, je pense que son avion volait justement au moment où ces fichiers étaient publiés au-dessus de l'Atlantique. Ce serait bien que son avion, comme celui de Primakov autrefois, fasse demi-tour au-dessus de l’océan en disant: «Avec qui allons-nous négocier?» — Avec ces gens-là, on ne négocie pas.

Animateur: Je précise: il ne faut pas essayer de « désenivrer » les élites occidentales ou de guérir l’irréparable, mais il faut avant tout se concentrer sur la sécurité intérieure et la mobilisation spirituelle. Il faut comprendre qui nous sommes, quels sont les objectifs de l’État, et qui en est à la tête.
Alexandre Douguine : On peut le dire ainsi. Je pense qu’il faut s’unir autour de notre président. Il faut, dans les plus brefs délais, passer à une nouvelle vitesse dans l’affirmation dans notre société des valeurs traditionnelles. Tout cela est annoncé, mais cela avance lentement, ça patine. Dans de nombreux instituts — je ne vais pas faire de reproches — il y a encore des portraits d’agents étrangers dans des auditoires de sciences humaines. Nous avançons très lentement dans cette voie, et cette vitesse devient déjà inacceptable. Oui, il faut d’abord préparer le pays à de grandes épreuves encore à venir. Rien ne finira : tout ne fait que commencer, malheureusement — le choc avec cette civilisation satanique.
Et d’un autre côté, ce dont vous avez commencé par parler dans votre question: faire en sorte qu’ils cessent d’être des adorateurs du diable, des satanistes et des pédophiles. C’est absurde. Comment pouvons-nous, en envoyant Kirill Dmitriev, convaincre des criminels endurcis, des sadomasochistes et des cannibales de ne pas l’être? Est-ce que Kirill Dmitriev a cette apparence pour ressembler à un prédicateur orthodoxe ou à un saint, venu parler à des païens, des meurtriers et des barbares pour leur transmettre notre vérité chrétienne? Peut-être est-il une bonne personne, mais il n’est clairement pas de cette race.
Il faut appeler les élites et la société occidentale au repentir, au retour à la tradition, à une apparence humaine. C’est nécessaire. Mais cela doit se faire par d’autres moyens, et pas seulement en disant: «on va arrêter de se battre, puis on reprendra le commerce». Il faut chercher un autre registre dans notre manière de parler à l’Occident, et ne plus craindre, honnêtement, les témoignages prophétiques, comme ceux d’Élie et d’Énoch, qui apparaissent à la fin des temps et commencent à dénoncer publiquement le pouvoir de l’Antéchrist. On se trouve dans une situation proche de cela, et il faut comprendre: c’est difficile. Mais notre mission spirituelle doit être accomplie. C’est pour cette mission — la confrontation avec l’Antéchrist — que notre peuple russe a été choisi par le Christ.
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samedi, 07 février 2026
L’effondrement accéléré

L’effondrement accéléré
Stephen Karganovic
Source: https://telegra.ph/Il-crollo-accelerato-02-02
Nous assistons à l’effondrement accéléré des principaux piliers de ce qui était autrefois considéré comme la civilisation occidentale.
Dostoïevski exprime une pensée très perspicace dans son « Journal d’un écrivain ». Il affirme que l’effondrement de l’Occident (l'« Europe », dans le langage des intellectuels russes de son temps) se produira soudainement et de manière précipitée. Cette prévision audacieuse de Dostoïevski, écrite il y a plus de cent cinquante ans, a dû sembler fantaisiste à ses lecteurs pour au moins deux raisons.
Premièrement, dans le contexte de la période où cette prévision a été formulée, au milieu du 19ème siècle, il y avait à première vue très peu d’éléments soutenant l’idée que l’Occident approchait d'un point de rupture, que ce soit graduellement ou rapidement. Au contraire, l'Occident progressait et gagnait en force en science, dans l’industrie et dans tous les autres domaines significatifs de l’activité humaine. Collectivement, comme l’ensemble des grandes puissances de l’époque, l’Occident exerçait une domination mondiale incontestée. Au cours des siècles précédents, il avait été en constante expansion, et aucune puissance ne semblait capable de limiter ou d’inverser sa suprématie. Il rendait un hommage extérieur aux principes chrétiens, tels qu’il les comprenait et les pratiquait, et trouvait dans cette foi un soutien moral. Ses institutions sociales et politiques semblaient solides, et sa puissance militaire combinée suffisait à soumettre et maintenir dans un état de dépendance de nombreuses civilisations et empires «païens», autrefois puissants. À l’époque où Dostoïevski et d’autres penseurs russes slavophiles partageant des idées similaires mettaient en doute la durabilité de l’entreprise occidentale, l’idée d’une fin semblait difficilement concevable.
Deuxièmement, et toujours pour les raisons évoquées ci-dessus, la prévision la plus précise de Dostoïevski, selon laquelle l’effondrement du système mondial apparemment invulnérable, centré sur l’Occident, ne serait pas seulement certain, mais aussi relativement rapide et soudain, devait à l’époque où elle a été publiée sembler encore moins probable.

Pourtant, nous assistons à l’effondrement accéléré des principaux piliers de ce qui était autrefois considéré comme la civilisation occidentale, et cela se produit d’une manière qui rappelle étonnamment la structure des événements décrite par Dostoïevski.
L'effondrement moral, symbolisé par une rupture radicale et même par le rejet net des fondements métaphysiques que l’Occident revendiquait comme son héritage, est évident. Il a été confirmé par deux événements publiquement orchestrés et délibérément blasphématoires: les cérémonies olympiques de Paris en 2024 et les célébrations de l’ouverture du tunnel du Saint-Gothard en Suisse en 2016. Il convient de noter que le seul acteur important à protester officiellement contre la blasphémie de Paris a été l’Iran, musulman et chiite.
Les effondrements dans d’autres domaines sont tout aussi impressionnants, avec les piliers de la civilisation qui s’effritent un par un. Sur le plan social, les populations autochtones sont remplacées par un afflux massif de «migrants» provenant d’autres parties du monde qui ne partagent pas leur culture, leurs valeurs, et même leur langue. Parallèlement, une catastrophe démographique se produit, car le taux de natalité des nouveaux arrivants dépasse de loin celui des autochtones, annonçant leur extinction ou, dans le meilleur des cas, leur réduction à une minorité marginalisée dans leurs anciennes terres natales. Sur le plan culturel, presque rien de significatif n’est plus produit. Avec la dissolution de tout objectif collectif, la vie perd son sens et sa valeur intrinsèque. Des « solutions » auparavant impensables aux défis et au stress de la vie, comme les énormes programmes étatiques de suicide au Canada, deviennent courantes et même attrayantes.

Dans le domaine politique, le fossé entre l’élite dominante et les masses inertes, dont le destin est dicté par des gouvernants aliénés, n’a jamais été aussi grand. La liste des signes inquiétants pourrait être étendue. Les esprits les plus aigus sont profondément conscients de la situation et de ses implications terribles. Récemment, Paul Craig Roberts a posé la question cruciale: comment en sommes-nous arrivés à ce point si rapidement? D’autres analystes crédibles, comme Dmitry Orlov, ont proposé des modèles explicatifs du processus d’effondrement basés sur l’expérience de précédents échecs impérialistes et civilisations.
Toutes ces tendances annoncent un avenir très sombre pour la civilisation qu’elles influencent. Cependant, il existe un échec qui, à première vue, pourrait ne pas sembler très important, mais qui sort du lot parce qu’il indique le déclin cognitif de l’Occident. Ce déclin, qui paralyse la pensée, aggrave de manière cumulative les effets des effondrements dans d’autres domaines.
L’incident que nous allons mettre en évidence incarne la folie, normalisée, d’une société mourante. La mise en scène est une audience d’un sous-comité du Sénat des États-Unis, convoquée pour recueillir des preuves sur la sécurité et la réglementation des pilules abortives. L’audience aurait probablement suivi son cours habituel si la sage-femme, Dr. Nisha Verma (photo), n’avait pas été invitée à témoigner sur certaines questions liées à la grossesse. Lors de son témoignage, elle a essayé de paraître politiquement correcte et d’éviter d’insinuer que la grossesse est une condition qui ne concerne que les femmes. Quand ce fut son tour d’interroger le Dr Verma, le sénateur Joshua Hawley (Républicain – Missouri) lui a directement demandé, pour clarifier, en tant que médecin et scientifique, quelle était sa position sur la question: les hommes peuvent-ils tomber enceints?
Dans l’échange qui a suivi avec le sénateur Hawley, cette obstétricienne-gynécologue, qui détient un doctorat en médecine et prétend avoir une connaissance de l’anatomie humaine et une expertise en questions reproductives, est restée exceptionnellement évasive. Elle a obstinément refusé de répondre par un simple « oui » ou « non » à une question qui ne nécessitait aucune référence académique. La vidéo de son témoignage doit être examinée de manière critique, non seulement en raison de son absurdité indéniable, mais surtout comme une preuve troublante d’un déni idéologique de faits empiriques évidents, déni désormais dangereusement répandu.
Le Dr Verma semblait évidemment mal à l’aise et même effrayée, tentant de recourir à des stratagèmes d’évitement pour détourner la question de bon sens du sénateur Hawley (photo). Le fait qu’elle soit d’origine indienne, bien que, selon son accent, elle soit née et ait grandi en Amérique, suggère que l’idée d’une grossesse masculine lui est probablement aussi culturellement repoussante que pour toute personne normale sur le sous-continent indien. Son nervosisme indique qu’en réalité, elle connaît parfaitement la réponse correcte à la question du sénateur, mais qu’elle est professionnellement et socialement intimidée à l’énoncer publiquement.
Ce qui, si c’est le cas, ne donnerait pas une bonne image de son intégrité professionnelle. Mais il est absolument nuisible pour la culture que, dans un contexte public, lorsqu’on pose des questions importantes, il soit personnellement risqué de répondre la vérité.
Et il ne fait aucun doute que, du moins en ce qui concerne la question spécifique de la grossesse masculine, les faits ne sont pas seulement bien connus, mais même facilement admis, tant qu’ils ne remettent pas en cause les chimères idéologiques dominantes. La preuve en est ce clip fascinant sur YouTube à propos des « quinze différences entre les chats mâles et femelles ». Les amateurs de chats l’apprécieront. Lorsqu’il s’agit de chats, il n’y a pas d’ambiguïté, pas de confusion entre rôles masculins et féminins ou d’attribution erronée de fonctions biologiques. L’idée que les chats mâles puissent tomber enceints n’est même pas envisagée, pas même théoriquement. On se demande comment le Dr Verma réagirait si la question lui était reformulée: les chats mâles peuvent-ils tomber enceints? Ou les cigognes mâles, ou les mille-pattes mâles?
De la réponse évidente qui est «oui» concernant les humains, avec référence aux mâles, à la même réponse évidente concernant les chats ou les chiens mâles, il n’y a qu’un pas. Avec la normalisation de la folie imposée, qui est l’aspect cognitif de l’effondrement, cette distance se réduit rapidement.
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mercredi, 04 février 2026
Crise du modèle occidental (États-Unis-UE)

Crise du modèle occidental (États-Unis-UE)
Cristi Pantelimon
Source: https://www.estica.ro/article/criza-modelului-occidental-...
Ernst Nolte avait jadis raisonné sur l'idée d'« une guerre civile européenne »: la crise actuelle du monde euro-atlantique nous ferait toutefois facilement perdre de vue qu’en réalité nous assistons à la remise en question de la modernité occidentale en tant que telle, et pas seulement de ses versions américaine ou européenne.
Ce n’est pas un hasard si les opposants à notre monde euro-atlantique sont la Chine, la Russie et, avec votre permission, la dernière sur la liste, l’Inde, dont la classe moyenne deviendra dans peu d’années la plus grande du monde.
Si nous sommes attentifs aux signes de la crise, nous voyons des symptômes similaires des deux côtés de l’Atlantique.
Il y a quelques décennies, c'était une dogme des sciences sociales de dire que le socialisme n’avait pas sa place aux États-Unis (Werner Sombart). Un pays grand, individualiste, libéral, en plein essor.
Or, les États-Unis sont confrontés à la forme la plus étrange de socialisme, où la lutte des classes se mène aussi avec l’arme de la lutte raciale !
Le maire de la ville la plus représentative d’Amérique, Zohran Mamdani, est membre des Democratic Socialists of America, un parti socialiste qui ne ressemble en rien à ceux que les Européens exhibaient dans les années 70, l’âge d’or de l’État-providence.
Les mouvements de guérilla dans le Minnesota, la lutte à la baïonnette entre les brigades rouges qui défendent les droits des immigrants et les forces fédérales, étaient difficilement imaginables il y a cinq décennies ; tout comme en Europe, il était difficile d’imaginer des quartiers entiers de villes françaises presque paralysés par des immigrés qui, à la deuxième génération, ont abandonné l’idée républicaine !
Que font les Américains pour sortir de cette impasse ? Ils inventent l’oligarchie culturelle-informationnelle.
Les républicains qui combattent le socialisme, ceux de l’extrême-droite comme la Heritage Foundation, croient que le socialisme commence immédiatement à gauche de la célèbre Ayn Rand !
Une université récemment créée, à Austin (UATX), est précisément conçue pour ce discours impérial-républicain du capitalisme débridé.
Les prêtres du nouveau culte ? Niall Ferguson, Bari Weiss, Michael Lind (auteur du livre : « Vietnam, la guerre nécessaire »).
La promesse de cette université élitiste: anti-communisme, anti-socialisme, politiques identitaires, anti-islamisme.
Cela sonne très bien : on construit des barricades, on prépare les armées de la guerre civile.
La crise qui a frappé l’Occident n’est autre que la conséquence d’une longue, trop longue cohabitation avec le paradigme de l’individualisme, sous toutes ses formes.
Rien ne mettra fin à ce combat intérieur sinon le retour à la conception traditionnelle de la vérité comme vie communautaire, partage, communauté de vie (les Grecs l’appelaient koinonia).
En dehors de cette lutte contre l’individualisme, pour redécouvrir un esprit commun, il n’y aura pas de paix.
C’est pour cela que l’Asie est forte, car elle n’a pas extrait de la bouteille l’esprit empoisonné de l’individualisme.
Aux débuts de la modernité ancienne (sic), les Grecs ont averti :
« Tant que nous sommes ensemble, nous disons la vérité ; mais lorsque nous ne disons que ce que nous pensons en tant qu’individus, nous disons ce qui est faux » (Héraclite).
Ce qui nous unit nous sauve (la vérité) ; les significations individuelles nous tuent.
Dès le début, la modernité a voulu nous sauver, en synthèse, par voie individuelle, en inventant divers moyens : l’économie, la religion protestante, le libéralisme, la démocratie libérale, le socialisme en tant qu’arme économique.
Tout cela mis sous le même signe de l’égoïsme transplanté à l’échelle de masse.
Pour redevenir un monde, l’Occident doit nier sa momerie individualiste.
Ce n’est qu’alors qu’il pourra atteindre le niveau de l’Asie et qu’il échappera au spectre de l’autodestruction.
17:24 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident, occidentisme |
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lundi, 02 février 2026
La fin de la légitimité occidentale - Comment l’Occident a déconstruit ses propres règles

La fin de la légitimité occidentale
Comment l’Occident a déconstruit ses propres règles
par Kazuhiro Hayashida
Kazuhiro Hayashida explique comment l’Occident a démantelé ses propres règles et légitimé la Russie.
Depuis de nombreuses années, l’Occident utilise des normes telles que «l’ordre international» et le «monde basé sur des règles» pour légitimer ses propres actions, tout en déclarant celles des autres illégitimes. Cependant, lorsqu’il est intervenu au Venezuela, il a en réalité proclamé qu’il n’existe pas de droit international, détruisant ainsi ces mêmes normes de ses propres mains. Ce n’était pas une déviation temporaire, mais une négation des normes elles-mêmes.
À ce moment-là, plusieurs conséquences logiques sont survenues simultanément. Premièrement, la négation des normes devient un précédent plutôt qu’une exception. Revendiquer une exception suppose l’existence d’une norme ; une fois cette norme elle-même niée, le concept d’exception ne peut plus tenir. Deuxièmement, les actions de la Russie deviennent pleinement justifiées lorsqu’on les mesure selon les standards que l’Occident lui-même a employés. Cela peut être compris relativement comme «faire la même chose», mais plus fondamentalement, c’est une question purement logique: si aucune norme n’existe, il n’est pas possible de définir une violation des normes.
Plus important encore, la légitimité n’a pas seulement été rendue impossible à nier; elle est apparue de manière positive. En effet, l’Occident lui-même avait déjà annoncé une nouvelle règle à l’avance – à savoir que l’intervention par la force peut être permise selon les circonstances.

En conséquence, les actions de la Russie sont légitimées, tandis que l’Occident a complètement perdu ses repères pour critiquer la Russie. Il faut conclure que l’ordre international ne s’est pas effondré naturellement ; il a été démembré par les actions mêmes de l’Occident.
Dans la situation internationale actuelle, les États-Unis mettent en avant l’attachement physique des alliances, la disponibilité à l’action militaire et aux sanctions, ainsi que la défense d’Israël comme symbole. Pourtant, l’acteur qui mérite vraiment l’attention n’est pas l’État qui mène directement des opérations militaires ou impose des sanctions.
Le problème le plus crucial concerne l’Union européenne, qui ne peut plus articuler une position claire sur ces développements, ni même présenter en mots les concepts et normes sur lesquels elle se basait autrefois.
Jusqu’à présent, cet acteur a justifié sa position et son rôle dans la communauté internationale à travers un vocabulaire basé sur une phraséologie évoquant l'«ordre international», un «monde basé sur des règles» et l'«État de droit». Cependant, cet appareil normatif a été détruit de l’intérieur par la pratique elle-même, et l’UE se trouve désormais incapable d’utiliser le même vocabulaire ou de proposer une théorie alternative. Les mots qu’elle emploie sont devenus abstraits et répétitifs, perdant leur capacité à expliquer des principes concrets d’action ou le lieu de responsabilité.
Cet état de perte de mots ne signifie pas la neutralité ou la prudence. Il indique plutôt une confusion de facto: malgré la pression pour réagir aux événements, l’UE ne peut plus s’expliquer la logique sur laquelle elle agit. Des déclarations sont faites, mais leur contenu évite les jugements de valeur, brouille le sujet agissant et délègue les résultats finaux à d’autres. En conséquence, l’attention se tourne naturellement vers l’UE, et le débat international se déplace de la question de l’action militaire ou des sanctions vers celle de savoir pourquoi l’UE ne peut rien dire.

Dans cette nouvelle configuration, alors que les États réellement actifs reculent à l’arrière-plan, il faut diriger un regard analytique approprié vers l’UE, qui a échoué dans la légitimation linguistique.
En comprenant précisément que l’UE occupe une position à partir de laquelle elle ne peut articuler la justice occidentale comme une théorie légitime, nous pouvons reconnaître que l’effondrement de l’ordre international ne doit pas seulement être vu comme le résultat d’actions individuelles des États, mais comme un problème interne à l’UE et à l’OTAN — les structures mêmes qui ont soutenu les normes occidentales et les ont utilisées pour justifier leur propre position.
De cette manière, en limitant l’analyse à l’UE et à l’OTAN, il devient possible d’identifier le lieu de la rupture structurelle sans discuter directement des acteurs individuels. Cette approche rend visible la configuration géopolitique, et son effet réside précisément dans le changement de perspective lui-même.
20:58 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident |
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jeudi, 22 janvier 2026
Avis de recherche : l’Occident a été confisqué par deux psychopathes

Avis de recherche: l’Occident a été confisqué par deux psychopathes
Pierre-Emile Blairon
L’une des plus anciennes et des plus grandes civilisations du monde, la civilisation indo-européenne (1), a propagé son génie et a imposé son modèle sur une grande partie de la planète.
Cette civilisation indo-européenne s’est confondue, au fil des siècles, avec le socle géographique où elle s’est épanouie: l’Europe de l’Ouest, laquelle s’est confondue plus tard avec l’Occident.
On appelle Occident l’un des quatre points cardinaux, celui où le soleil se couche, à l’ouest. On l’appelle aussi le couchant.
L’un de ses plus grands historiens, Oswald Spengler, a raconté son épopée il y a un peu plus de cent ans et en a conclu qu’elle était sur son déclin (2).
Vous lirez ci-après les étapes qui ont conduit le monde à cette future catastrophe et vous saurez ensuite quels en sont les protagonistes, et les responsables.
Les métamorphoses de l’Occident
En réalité, l’Occident européen est mort quarante ans avant la prédiction de Spengler avec l’érection en 1884 du premier gratte-ciel américain; le génie européen, trop délicat, trop intelligent, trop élégant, trop aristocratique, s’est éteint, concurrencé par la force brute et la volonté de puissance primaire, vulgaire, mégalomaniaque, titanique, qui caractérisait déjà l’Amérique des cow-boys sans foi ni loi devenue celle des hommes d’affaires sans scrupules.

Les deux guerres mondiales ont été fatales à l’Europe: la première a vu mourir dans les tranchées la moitié de la paysannerie et de l’artisanat européens dans cette guerre fratricide fomentée par ceux qui avaient un intérêt à le faire, la deuxième a vu se mettre en place les stratagèmes américains qui allaient la déposséder de son avenir.
L’Occident, devenu l’Ordre mondial, s’acheminait vers le Meilleur des mondes.
Enfin, sa dernière métamorphose qui s’opère sous nos yeux ébahis sonne le glas d’un Occident respectueux, stabilisé par la lente élaboration des règles internationales dont l’application régulait encore, au moins en façade, les relations des peuples sur la planète. Il semble que, désormais, la loi du plus fort, la loi de la jungle, s’impose; ce processus apocalyptique ne peut s’arrêter que si les forces traditionnelles, celles représentées notamment par les BRICS, qui sont lentes à se réveiller, décident de le contrer.
« Capture » de l’Europe par les Etats-Unis
Je n’évoquerai pas plus avant l’histoire de l’Europe dont le destin prometteur semble s’être achevé brutalement, détourné, dès la fin de la deuxième guerre mondiale (3) par les manigances des Américains qui mirent en place à la tête de l’institution qu’ils projetaient de créer des traîtres d’origine européenne acquis à leur cause pour concevoir les bases de ce qui deviendra «L’Union européenne» (4) qui sera dès lors vassalisée, dans le but de couper tous les ponts entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est.

Je veux espérer que l’Europe des peuples qui ne s’est jamais faite a pris le maquis avec ses partisans et réapparaîtra lorsque le moment sera venu, comme ses grands prêtres, les druides, l’ont fait pour laisser place au christianisme en s’enfonçant dans l’obscurité des forêts en attendant le moment propice pour en ressortir.
Cette politique de séparation entre les deux blocs européens qui, en cas de jonction, auraient gravement mis en péril le statut économique prédominant des USA et le monopole mondial de leur monnaie, le dollar, connaîtra avec les bombardements de l’Otan sur la Serbie en 1999, une nouvelle atteinte aux libertés européennes et aux peuples européens.


Ces bombardements, effectués avec la complicité de ces mêmes dirigeants félons européens, eurent pour conséquence la création d’un Etat islamique en plein cœur de l’Europe, le Kosovo, devenu une verrue mafieuse s’adonnant au trafic international d’organes en compagnie, notamment, de ressortissants israéliens (5). L’ancien ministre et ancien administrateur onusien du Kosovo (la MINUK), Bernard Kouchner, mis en cause par des journalistes serbes, a été questionné à ce sujet (6).
L’Europe a envahi le monde, l’Occident l’a standardisé
Tous les peuples des anciennes sociétés traditionnelles ont été des peuples conquérants.
Spengler disait que les hommes ont toujours voulu partir à la conquête de nouveaux territoires, de nouveaux paysages, et à la rencontre de nouveaux peuples, mus par ce qu’il a appelé le tact cosmique, ou racique; ces hommes intrépides n’aimaient rien plus que de plonger dans cette ivresse de l’aventure et de sentir la poussière de ces nouvelles terres se lever sous le pas de leurs chevaux.

Les Espagnols et les Portugais ont ainsi découvert l’Amérique du Sud, les Français, les Hollandais et les Anglais, l’Amérique du Nord (après les Vikings) et aussi les Indes. Les Arabes ont occupé l’Espagne et écumé les côtes africaines et européennes pour faire du trafic d’esclaves, l’Afrique a été colonisée, ainsi que l’Indochine dans sa plus grande partie au XIXe siècle, surtout par la France, Alexandre Le Grand est allé avec son armée jusqu’en Inde et Gengis Khan est arrivé aux portes de l’Europe en prenant le chemin inverse; quant à Napoléon et Hitler, ils se sont cassé les dents en voulant envahir la Russie.
Dès la fin du XVIIIe siècle et pendant tout le XIXe siècle, l’Europe a conquis le monde d’une autre façon mais en juxtaposition de son empire colonial: la technoscience et son corollaire le progrès, ont envahi les moindres recoins de Ouagadougou ou de Saïgon.

Le concept d’« Occident » non-européen est né à un moment précis, lorsqu’il a physiquement, matériellement, pris forme aux Etats-Unis avec le premier gratte-ciel construit pour une compagnie d’assurance à Chicago en 1884 (photo).
Symboliquement, on ne pouvait mieux faire: le gratte-ciel, son nom l’indique bien, est la représentation de l’esprit titanique, de l’Homme qui veut défier Dieu, voire le remplacer.

Il est d’ailleurs tout aussi symbolique que la statue en bronze du Titan Atlas créée par Lee Lawrie en 1936 soit érigée en plein cœur du Rockfeller Center; elle ne pouvait trouver meilleur emplacement.
L’Occident nouveau est donc un concept américain. La standardisation du monde commençait en même temps que son uniformisation.
Lorsque Spengler fit paraître son livre, Le Déclin de l’Occident en 1918 juste à la fin de la Première guerre mondiale, c’était en fait l’Occident européen qui mourait pour laisser place à l’Occident américain.
En même temps sont apparues tout au long du XIXe siècle quantité d’inventions scientifiques et techniques qui faisaient penser que le monde entrait dans une phase de bonheur et de prospérité matériels.
L’électricité, le cinéma, la photographie, le télégraphe, le téléphone, la machine à vapeur, le train, l’avion… un tourbillon d’inventions techniques qui ne pourront que tourner la tête des foules et les persuader qu’une ère nouvelle était en train de bouleverser leur vie, celle du progrès sans fin.

Les bonnes âmes européennes ont voulu faire profiter de leur immense savoir tous ces pauvres gens des pays qu’on n’appelait pas encore sous-développés, mais plutôt non-civilisés, restés si longtemps dans «l’ignorance»; des bataillons d’instituteurs socialistes en blouse grise sillonnaient les sentiers africains pour donner une instruction aux populations, des Dr Schweitzer, stéthoscope au cou, traquaient la malaria dans l’obscurité des huttes, des Pères Blancs attentionnés soignaient les populations africaines reconnaissantes, des ingénieurs en redingote creusaient le sol pour chercher une goutte d’eau devant des enfants rigolards, l’Europe qui était devenue l’Occident déversait la lumière sur le monde, oui, si le XVIIIe siècle était le Siècle des Lumières (les lumières de ces philosophes irresponsables qui ont amené la catastrophique Révolution française), le XIXe siècle était le Siècle de la Lumière, de la fée Electricité, de la technoscience, du progrès sans fin, on apprenait aux petits Africains qu’ils descendaient du singe, celui qu’ils voyaient descendre de l’arbre: la belle idée de Charles Darwin!


L’Occident américain
En 1620, La secte des Puritains, des personnages austères aux longues barbes et aux vêtements sombres, débarquaient du Mayflower à Cape Cod dans le Massachussetts en s’assurant que les mollets de leurs épouses n’excitent pas trop les indigènes qui regardaient le spectacle d’un air goguenard.
La colonisation de l’Amérique par ces biblistes fanatiques qui venaient d’être chassés d’Europe, plus précisément d’Angleterre puis de Hollande, ne s’est pas faite dans le même état d’esprit que la colonisation française par exemple, telle que je viens de l’évoquer; les Français s’établissaient dans un pays avec la conviction, à tort ou à raison, d’apporter les bienfaits de la «civilisation» aux peuples qu’ils colonisaient; la démarche des colons américains était inverse: ils étaient là pour prendre et non pas pour donner.

Pour preuve, en Algérie, la population indigène a été estimée à 2,5 millions d’habitants en 1830, 12 millions en 1962 et elle est évaluée à 47 millions en 2025.
En comparaison, il y avait environ 10 millions d’Amérindiens à l’arrivée des colons en Amérique du Nord et 250.000 en 1900; ce chiffre est remonté à 6 millions actuellement en incluant les métissages. De fait, nombre d’historiens concluent à l’existence d’un génocide (Moyenne des fourchettes données par l’I.A. Grok; il est très difficile, sinon impossible d’avoir d’autres sources fiables, notamment universitaires. Cependant, même ces fourchettes ne laissent pas de doute sur la réalité d’un génocide (7) perpétré par les Américains sur la population autochtone (8)).
Cortès voyait dans l’Amérique du Sud un Eldorado, un pays où l’on trouve de l’or à profusion.
Ceux qu’on appellera plus tard les Pères pèlerins, les Pilgrims, voient dans l’Amérique du Nord un Nouveau Monde (9), celui que Christophe Colomb n’a pas découvert, mais surtout une terre vierge qu’ils ont identifiée à la Terre promise d’Israël, à la lecture quotidienne de la Bible, le seul livre qu’ils connaissaient.

Ils reprenaient à leur compte ce mythe (10) qu’ils n’avaient pas créé mais qu’ils se persuadaient d’incarner physiquement, en quelque sorte par procuration; ils revivaient, par leur exil, l’épopée fantasmée des Hébreux dont tous leurs enfants portaient les prénoms. Les biblistes considérèrent dès lors la terre sur laquelle ils venaient de poser les pieds et dont ils ignoraient la vaste étendue, comme la leur, leur terre promise, Israël constituant la nouvelle «maison-mère» des nouveaux Américains, leur véritable patrie spirituelle.

Mais, pas plus que pour leur modèle, la terre que les Puritains venaient occuper ne leur appartenait. Elle n’était pas vierge. Elle appartenait aux innombrables tribus natives, aux autochtones qu’on appellera ensuite Amérindiens pour tenter de corriger l’erreur de Christophe Colomb, tout comme la « Terre promise » des Hébreux appartenait aux Palestiniens. Pour les uns et pour les autres, cette appropriation était abusive, fondée sur un malentendu. Américains et sionistes se sont persuadés que Dieu distribue les terres comme des bons points ; encore faut-il que les heureux bénéficiaires de Ses largesses soient méritants.
Les deux diables qui sortent de la boîte à malices : Trump et Netanyahou
Cet article raconte aussi, en parallèle, l’histoire de deux vies que rien ne destinait à se rencontrer, Trump et Netanyahou qui se sont avancés l’un vers l’autre comme deux frères siamois, une hydre à deux têtes, chacune des deux têtes s’appropriant le destin de l’Occident à sa façon, le confisquant jusqu’à le faire disparaître.
Chacun des deux a été influencé par des fanatiques religieux abrahamiques considérant Israël comme le socle sur lequel ils devaient s’appuyer.
Les deux frères jumeaux se connaissent pourtant bien, et de longue date: l’un s’appelle Titan et l’autre Satan; et ce n’est pas un hasard si l’équivalent des Titans chez les monothéistes sont les anges rebelles, et de ce fait déchus, dont le chef s’appelle évidemment Satan, dont la racine serait la même que celle de Titan, selon le chercheur historien Daniel E. Gershenson.

J’ai le sentiment qu’avec ces deux-là, le diable est bicéphale, l’un continue, en la poussant à son paroxysme, la longue litanie des massacres Etats-Uniens (11), l’autre, de juif intégriste qu’il était, se révèle un second Hitler.
Les deux usent des mêmes moyens: la brutalité, le mensonge, la manipulation, les massacres de masse, la duplicité, la trahison et tous les deux renforcent la satanisation du monde.
Ils ont tous les deux à leur disposition une multitude de petits démons qui leur sont soumis et qui leur ressemblent, représentés par les petits chefs d’Etat européens, entre autres (il y en a d’autres aussi timbrés dans le monde, comme l’homme à la tronçonneuse, le président argentin Javier Milei).
En fait, ces deux démons ont fabriqué une dystopie et ont fait de l’Occident un cauchemar orwellien qu’ils ont l’intention d’appliquer sur la totalité de la planète, si les sociétés traditionnelles n’y mettent pas le holà.

Qui est Donald Trump ?
Donald Trump est l’héritier, le pur produit de ces premiers Américains (Il préfèrera ce terme, «produit»: Trump ne comprend le terme d’«héritage» ou d’«héritier» qu’en espèces sonores et trébuchantes).
Donald Trump est issu d’un ancêtre allemand, son grand-père, qui a fait fortune en ouvrant des tripots mal famés pour accueillir les chercheurs d’or du Yukon en 1900. C’est l’origine de la saga des Trump.
C’est la grand-mère de Donald Trump qui, après la mort de son mari, a créé la société de promotion immobilière qui sera gérée par Fred, le père de Donald, qui en fera un empire, après maints déboires, procès et péripéties.

Donald Trump et son père, Fred Trump.
Détail à retenir: durant les années 1980, Fred Trump fait la connaissance de Benyamin Netanyahou, qui représente alors Israël auprès de l'Organisation des Nations unies à New York. Fred Trump devient ainsi un soutien important de la droite israélienne et achète des obligations d'État israéliennes.

Sur le plan religieux, Trump a été formé par un pasteur nommé Norman Vincent Peale qui prêchait «l’optimisme et la réussite, matérielle autant que spirituelle. Supporter de Richard Nixon, très hostile à la candidature du catholique John Kennedy en 1960, il admirait les hommes d’affaires prospères et truffait ses sermons d’anecdotes sur les grands industriels qu’il connaissait (12)».
La formation et la «pensée» de Trump semblent donc pouvoir être facilement cadrées dans leurs grandes lignes, qui rejoignent celles de l’Américain moyen, même quand il n’est pas milliardaire, et qui se résument dans la devise nationale officielle des États-Unis: in God we trust.

Ray(mond) McGovern, ancien conseiller de la présidence américaine, définit le caractère de Trump comme de type «mercuriel», «c’est le mot qui décrit Trump», dit-il, «Mercure était le patron des escrocs, des voleurs, des tricheurs. […] Trump a un tempérament changeant, délirant, narcissique (13)».
Certains ont cru que les revirements, les gesticulations, la brutalité et les pirouettes de Trump pouvaient s’expliquer par le fait qu’il était «tenu» par l’Etat occulte qui sait ce qui est exploitable à son encontre dans le dossier concernant l’affaire Epstein.
En fait, si on analyse le portrait que je viens de tracer de ce personnage sur le plan de son éducation, de ses croyances, de son milieu, de son caractère, sa façon psychotique de se comporter n’a pas besoin de plus d’explication psychologique ou de pression: il est naturellement fruste et irréfléchi et ne peut pas être pris au sérieux, comme tous ses collègues présidents occidentaux qu’il critique mais auxquels il ressemble: il est mégalomane, perturbé, décadent, inconstant et inconsistant.
Ses dernières saillies sur le Groenland ne peuvent que confirmer ce portrait : «Sur la question du Groenland, comme sur sa mainmise sur le Venezuela, Trump explique que rien ne pourra l'arrêter, à part ʺsa propre moraleʺ. ʺJe n'ai pas besoin du droit internationalʺ, a-t-il expliqué au New York Times» (Les Echos, 9 janvier 2026).
Toujours sur la question du Groenland, «Le fait qu’ils aient débarqué là avec un bateau il y a 500 ans ne veut pas dire qu’ils possèdent le territoire», a assuré le président américain devant la presse à la Maison-Blanche ce vendredi 9 janvier 2026; le Groenland (2.166.086 km, la plus grande île du monde) a été découvert par Erik le Rouge en 982 après les… Amérindiens de la culture Saqqaq et n’a appartenu au Danemark qu’en 1814. Si l’on suit le raisonnement de Trump, ni les premiers Américains qui ont débarqué à Cape Cod en 1620 ni les suivants n’ont aucune légitimité à revendiquer l’Amérique.
Enfin, cerise sur le gâteau, la psychanalyste Élisabeth Roudinesco, dans un article publié le 16 janvier 2026 dans Le Grand Continent, intitulé: "Donald Trump est-il totalement fou?", a tracé un portrait pour le moins inquiétant de cet homme qui tient le monde entre ses mains (14); extrait de cet article passionnant: «Trump aime les médailles, le clinquant, les fausses dorures, et il croit que ces signes extérieurs sont l’équivalent d’un vrai titre: il a une passion pour les salles de bal et les signes de la vie monarchique. Il se rêve en roi — de style Louis XIV à Las Vegas — couvert de décorations et de breloques. Le signifiant ʺNobel de la Paixʺ est une obsession chez lui, alors même qu’il est un brutal faiseur de guerre ayant échappé par terreur au service militaire — quatre reports d’incorporation…
Cela en dit long sur ce qu’il est: il préfère être dupé que de risquer quoi que ce soit et il ne craint pas le ridicule. Là est son délire visible: un délire des grandeurs fondé sur le culte de son ego; un délire narcissique d’histrion qui devient d’autant plus dangereux que son entourage s’y soumet».
Lorsque je disais que tous ces dirigeants «occidentaux» se ressemblent dans leur délire psychotique, il suffit de remplacer le nom de Trump par celui de Macron et vous n’avez pas une seule dissonance entre les deux portraits.
Le portrait qui suit, celui de son compère Netanyahou n’est guère plus encourageant pour la paix du monde, puisque procédant du même registre psychotique.

Qui est Benyamin Netanyahou ?
Benyamin Netanyhaou, né en 1949, est le fils d’un historien juif sioniste d’origine polonaise, né Mileikowsky, parti s’installer en Israël en 1920 avec sa famille; Bension Netanyahou – c’est son nom de plume - étudia l'histoire médiévale à l'Université de Jérusalem et commença à fréquenter les mouvements sionistes; il devint co-éditeur du mensuel Betar (1934-1935) puis partit, toujours avec sa famille, aux Etats-Unis en 1940 pour devenir le secrétaire de Vladimir Jabotinsky, juif ukrainien d’Odessa qui créa le parti sioniste révisionniste.
Benjamin Netanyahou étudiera l’architecture et l’administration des affaires aux Etats-Unis avant de partir en Israël entre 1967 et 1973 pour servir dans l’armée israélienne. A son retour aux Etats-Unis, il travaillera à l’ambassade d’Israël à Washington et sera ambassadeur de l’État hébreu auprès des Nations unies à New York de 1984 à 1988, c’est à ce moment qu’il rencontrera le père de Donald Trump avec lequel il nouera des relations amicales.
Benyamin Netanyhaou s’engagera ensuite en politique en Israël: il sera six fois Premier ministre et une trentaine de fois ministre à partir de 1996, mandats au cours desquels il sera de nombreuses fois inculpé pour diverses malversations en Israël et de «crimes contre l’humanité et crimes de guerre» par la Cour Pénale Internationale pour ses crimes contre les Palestiniens de Gaza.

Le projet de Netanyhaou est d’arriver à constituer «Le Grand Israël» qui exige d’englober tous les pays autour d’Israël, tout ou en partie, et de les soumettre à l’Israël sioniste, le « peuple élu » de Dieu, ce qu’il a déjà commencé à faire.
Cette idéologie du «Grand Israël» trouve son origine dans les textes bibliques, qui définissent les frontières promises aux Hébreux allant «du Nil à l’Euphrate».
«Dans une interview récente donnée à la chaîne israélienne i24, le Premier ministre israélien a déclaré qu’il était en «mission historique et spirituelle» et ressentait un lien fort avec la vision d’un «Grand Israël». Selon plusieurs médias, il a même évoqué l’annexion de parties de territoires appartenant à des États arabes souverains (Cisjordanie et Gaza, mais aussi des parties du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et même de l’Égypte) comme faisant partie de cette vision» (La Voix du Nord, 14 août 2025).
On a vu avec le traitement que son armée inflige à la bande de Gaza et à ses habitants, que Netanyahou, avec des méthodes inspirées des pratiques mafieuses, voire nazies, n’hésite devant aucune horreur ni aucun massacre de masse pour arriver à ses fins, bousculant ses propres concitoyens qui n’approuvent pas les méthodes du tyran; la plupart des Juifs sont arrivés en Israël pour y trouver un pays en acceptant d’y vivre avec le voisin palestinien qui leur concédait une (grande) place de leur terre ancestrale et non pas pour être en guerre de façon permanente.
L’Occident nouveau : le rêve dystopique de deux psychopathes
«L’Occident nouveau» n’a rien à voir avec le Beaujolais, il n’est pas tellement nouveau et, à vrai dire, il n’a plus rien à voir non plus avec l’Occident.
Il est américano-sioniste, issu de la diaspora juive qui commença lors de la prise de Jérusalem par Pompée en 63 av. J.-C. qui envoya en esclavage à Rome de nombreux prisonniers. C'est l'élément fondateur de la diaspora en Occident.
Une partie de cette diaspora, n’ayant de facto pas de pays d’attache, sinon virtuel, s’est tourné naturellement vers les concepts universalistes, puis mondialistes et globalistes, une idéologie mortifère qu’elle a répandue à travers le monde et qui a pris à son compte les rêves de grandeur de l’Israël sioniste.
« L’Occident » était constitué, depuis le rapt de l’Europe par les américano-sionistes, d’un triptyque: Israël, l’Amérique et «l’Union européenne». Israël dictait ses volontés à l’Amérique et l’Amérique dictait ses volontés à l’Europe de Bruxelles.
L’Occident nouveau est plus «technique», plus matérialiste et délibérément dédié à la conquête du monde, à la mise en place d’un Nouvel Ordre Mondial sans plus aucune attache géographique, historique, culturelle, morale et encore moins spirituelle; il s’appuie sans aucune gêne, et même au grand jour, sur ses services secrets qui, donc, ne le sont plus.
La coalition USA, CIA, MI6, U.E., Mossad et l'Israël sioniste pratiquent la manipulation intense et sont actuellement physiquement sur tous les fronts pour abattre les régimes qui sont un obstacle au déploiement du N.O.M. sur la planète sans, évidemment, aucun mandat international.
Les Iraniens ont clairement identifié ces jours-ci l’agression des américano-sionistes qui ont envoyé des centaines, voire des milliers d’agents armés pour fomenter les troubles qui ont perturbé l’Iran, mais ces agents ont lamentablement échoué et les américano-sionistes ont piteusement «reporté» le changement de régime qu’ils espéraient mettre en place; ils n’ont toujours pas compris qu’il ne faut pas se frotter à l’Iran.
Avant le «kidnapping» de Maduro au Venezuela, Trump avait mis de l’huile sur le feu des conflits en Ukraine et à Gaza et les Etats-Unis ont mené des frappes au Nigéria et en Syrie.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump, ʺprésident de la paixʺ, a ordonné presque autant de frappes aériennes que Joe Biden durant l’ensemble de son mandat, selon un décompte de l’ONG Acled. En un an, l’armée américaine a mené 672 frappes, principalement au Yémen et en Somalie, faisant plus de 1000 morts. Une stratégie militaire qui contraste avec l’image de « président de la paix » revendiquée par le chef de l’État. » (Ouest-France, 14 janvier 2026).
Ce monde en folie, sans repères et sans avenir que celui du chaos et de la guerre, est né de l’association de deux malfaiteurs qui ont impliqué dans leurs délires les deux Etats et les deux peuples dont ils sont les présidents, bafouant tous les deux les souhaits de leurs propres concitoyens qui n’aspiraient qu’à la paix; il ne fait aucun doute que Trump sera bientôt lâché par le mouvement Maga et Netanyahou par le peuple israélien, pour cause de trahison.
Cependant, tant que ces deux monstres n’auront pas été clairement identifiés comme des malades mentaux, et tant qu’ils ne seront pas dénoncés au plan mondial comme tels, la planète pétrifiée continuera à admirer leurs «exploits».
Pierre-Emile Blairon
Notes :
(1) Son aire géographique, linguistique et ethnique comprend les peuples grecs, italiques, albanais, indo-iraniens, celtiques, germaniques, nordiques, slaves, arméniens.
(2) Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident, NRF Gallimard
L’œuvre monumentale de Spengler explique que les civilisations, tout comme les humains et tout ce qui vit sur Terre, traversent le temps de manière cyclique. Chaque civilisation naît, vit et meurt. Le cycle naissance-vie-mort pour un humain correspond au cycle préculture-culture-civilisation, dans la vision spenglérienne ; le terme même de « civilisation », dont se repaissent les progressistes, qu’ils assimilent à l’acmé, le point culminant, le paradis terrestre, n’est en fait que le stade de la décomposition et, in fine, de la mort d’un corps social parce que tout ce qui vit sur Terre est régi par la loi de l’involution et non pas de l’évolution et, donc, par analogie, un « être civilisé » est un être proche de sa fin.
On connaît le beau texte de Paul Valéry sur le sujet qui se rapproche de la conception de Spengler sur un mode plus romantique: «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois…».
(3) Et même avant : « C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale: dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France - comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon - un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942. » Annie Lacroix-Riz, le Monde diplomatique, mai 2003.
(4) Nos dirigeants européens sont-ils des créatures façonnées par les derniers nazis survivants ?
(5) Kosovo/trafic d’organes: un Israélien arrêté à Chypre. https://www.la-croix.com/Monde/Kosovo-trafic-organes-Isra...
(6) https://www.rts.ch/play/tv/lactu-en-video/video/bernard-k...
(7) « D'abord, rappelons que le terme "génocide" a été défini par la Convention des Nations Unies de 1948 comme des actes commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Cela inclut non seulement les massacres directs, mais aussi les conditions de vie imposées pour entraîner la destruction physique ou culturelle du groupe. Raphael Lemkin, qui a inventé le terme en 1944, a lui-même considéré le déplacement des Amérindiens par les colons européens comme un exemple historique de génocide». (Grok)
(8) Le génocide des Amérindiens : https://www.youtube.com/watch?v=Ec4CrVDyGac
(9) Dans L’Arc et la Massue, Julius Evola écrivait qu’il est une bêtise que « l’on entend souvent répéter, à savoir que les Américains seraient une “race jeune”, avec pour corollaire tacite que c’est à eux qu’appartient l’avenir. […] En dépit des apparences, les peuples récemment formés doivent être considérés comme les peuples les plus vieux et, éventuellement comme des peuples crépusculaires, parce qu’ils sont venus en dernier justement, parce qu’ils sont encore plus éloignés des origines. »
Il est vrai, en effet, que plus une civilisation est éloignée de la source originelle, et moins elle a de chances de s’y abreuver et de s’ancrer dans le monde spirituel parce qu’elle aura perdu les connaissances qui lui auraient permis de se raccrocher aux principes d’origine. Et Evola ajoutait: « « Les civilisations traditionnelles donnent le vertige par leur stabilité, leur identité, leur fermeté intangible et immuable au milieu du courant du temps et de l’histoire. »
(10) Pour l’historien des religions Mircea Eliade, tous les peuples naissent d’un mythe fondateur (voir Le Mythe de l’éternel retour et Le Sacré et le profane notamment), mythe qu’ils font perdurer par le rite.
(11) Voir quelques exemples de la folie meurtrière des Etats-Unis dans l’article de Georges Gourdin : "États-Unis : la culture du mensonge", https://nice-provence.info/2026/01/12/etats-unis-la-cultu...
(12) Voir mon article du 30 novembre 2025: "Trump veut-il vraiment finir la guerre en Ukraine?".
(13) Ibid.
(14) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/16/donald-trump-es...
19:11 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident |
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vendredi, 16 janvier 2026
Ce n'est pas Dieu qui est mort. Seulement l'Occident!

Ce n'est pas Dieu qui est mort. Seulement l'Occident!
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Dans la tradition de l'Église orientale, le problème du nihilisme est l'un des plus graves. Et cela parce que le nihilisme ne peut être «anéanti» selon les termes de la théologie rationaliste occidentale, qui a joué dans l'Église le rôle du libéralisme par rapport à la tradition politique orientale, c'est-à-dire celui de la subjugation et de l'asphyxie ontologique.
Le plus grand philosophe de l'Occident moderne, Martin Heidegger, a dû lutter à armes égales contre le nihilisme. Et il l'a fait. Lui seul pouvait le vaincre, mais il n'y est pas parvenu totalement. Heidegger est remonté jusqu'aux présocratiques et, de là, il pouvait certes voir l'erreur nihiliste, mais il ne pouvait pas la réparer.

La réparation vient de l'affirmation claire que Dieu n'est pas mort, ce que Heidegger ne dit PAS. Il dit que le Dieu des chrétiens occidentaux est mort, le Dieu de la scolastique médiévale. Mais Heidegger ne peut lui-même concevoir le christianisme autrement que comme égaré sur les chemins de l'Occident, car le Christ lui apparaît comme une égarement juif, issu de Philon le Juif, un mesitis, un médiateur et rien de plus. Mais le mot ne dit rien si nous ne comprenons pas plus que le mot.


Voici que, par Denys l'Aréopagite, Christos Yannaras nous montre comment Heidegger aurait pu sauver sa philosophie et ainsi accomplir sa destinée dans un Occident spirituellement mort. Mort dans le sens où, sans la foi chrétienne selon laquelle la mort est vaincue, il n'y a aucune possibilité de philosopher librement ! Tout mène au nihilisme.
Par rapport à l'approche de Yannaras, qui se réfère aux écrits des premiers Pères et, en particulier, à Denys et à Maxime le Confesseur (qui, dans ses Écoles sur le premier, reprend et explique de manière plus compréhensible le mystère définitif et pourtant communicable comme participation personnelle à la divinité), tout ce que pense la théologie occidentale reste lettre morte.
La pensée occidentale elle-même est frappée par l'esprit de la mort, car la racine commune de la scolastique et de la philosophie universitaire ultérieure est la même.
Chez nous, en Roumanie, de temps en temps, un écrivain apporte un peu de vie dans ses livres. Mais c'est très rare.


En sociologie, personne n'a tenté de dépasser le nihilisme jusqu'à la Noologie d'Ilie Bădescu (photo, ci-dessus). C'est-à-dire que personne n'a tenté de dépasser la sémantique vide des concepts pour permettre à la Vérité de prendre possession d'un domaine.
Du point de vue de Denys l'Aréopagite, la connaissance occidentale est, selon Yannaras, un jardin d'enfants.
Et nous, qui refusons de nous nourrir de notre propre sève et faisons appel à ce qui est là, nous devenons une sorte de vieux enfants qui ne croient même plus aux paroles inutiles qu'ils prononcent. Là où Dieu n'est pas, il n'y a pas de vie !
14:55 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, théologie, occident |
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lundi, 05 janvier 2026
Intervention militaire au Venezuela, symptôme de l'effondrement de l'Occident

Intervention militaire au Venezuela, symptôme de l'effondrement de l'Occident
Nicolas Maxime
Source: https://www.facebook.com/nico.naf.735
« America First ». Donald Trump a bâti son discours sur la promesse de rompre avec les « guerres sans fin » et l’ingérence extérieure, allant même jusqu'à revendiquer le prix Nobel de la paix. Pourtant, Donald Trump a annoncé aujourd’hui avoir capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse afin de les extrader vers les États-Unis, où ils seront inculpés et jugés pour trafic de drogue et terrorisme.
Alors qu’il fustigeait les interventions de ses prédécesseurs au Moyen-Orient, le président américain n’a eu aucun scrupule à traiter un État souverain comme un simple pion dans sa stratégie de domination régionale. En orchestrant une opération militaire sur le sol vénézuélien, Trump n’a pas agi en isolationniste, mais en héritier direct de la doctrine Monroe.
Trump assure que les États-Unis contrôleront le pays jusqu’à une « transition démocratique » et que les compagnies pétrolières américaines pourront y opérer librement. On a donc compris quel était l’intérêt sous-jacent de cette attaque contre le Venezuela, dans la droite ligne de l’invasion de l’Irak en 2003 : prendre le contrôle des ressources énergétiques d’un pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde.
Déjà, Trump menace la Colombie des mêmes représailles. Les conséquences seront néfastes en termes d’insécurité pour l’ensemble de l’Amérique du Sud, avec le risque majeur d’une déstabilisation régionale durable, voire de conflits internes et de guerres civiles.
Trump, derrière son anti-interventionnisme affiché, poursuit en réalité la même fuite en avant néoconservatrice que ses prédécesseurs, sans se soucier des effets dévastateurs sur les peuples concernés. Comme l’a analysé Emmanuel Todd, ce qui se manifeste ici, c’est le nihilisme de notre société en phase terminale, incapable de reconnaître ses propres limites et de proposer un projet politique et moral autre que l’expansion militaire pour imposer ses vues économiques.
L’intervention militaire américaine au Venezuela est un symptôme supplémentaire de l'effondrement de l'Occident, révélant l’incapacité d’un système en décomposition à se réinventer autrement que par la force.
20:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, occident, venezuela, amérique ibérique, amérique du sud, amérique latine, caraïbes |
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samedi, 27 décembre 2025
Les six raisons pour lesquelles l’Occident périra selon Jiang Xueqin

Les six raisons pour lesquelles l’Occident périra selon Jiang Xueqin
de Riccardo Paccosi
Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/i-sei-motivi-per-...
Puisque ce fut Noël tout récemment, que Noël est une tradition, et que la tradition est quelque chose que la culture néolibérale dominante en Italie et en Europe considère comme “de droite”, essayons de faire un post de Noël qui fasse le point sur ce type de problèmes.
Dans une vidéo très intéressante, dont les réflexions émises dans l’espace des commentaires – et en vérité peu rassurante concernant les scénarios de guerre futurs – l’analyste géopolitique chinois Jiang Xueqin (photo) énumère les raisons pour lesquelles le système occidental est arrivé à la fin de sa propre existence.
La réflexion, bien sûr, reprend la thèse d’Oswald Spengler selon laquelle chaque civilisation est soumise à un cycle de naissance, de maturation et de mort. De plus, certaines des critiques énumérées coïncident avec celles exposées par Emmanuel Todd dans son récent essai La Défaite de l’Occident.
Je pense qu’il vaut la peine de mettre en lumière la liste établie par le chercheur chinois en précisant cependant que la division aujourd’hui se fait entre ceux qui considèrent les phénomènes historiques/antropologiques rapportés ci-dessous comme des problèmes, et ceux qui, au contraire, leur donnent une lecture positive ou nient leur existence.
Je pense également que ceux qui considèrent leur position sur ces questions selon le schéma droite-gauche ne font qu’exprimer une fausse conscience et une mystification rhétorique.
Ces phénomènes, au contraire, ont détruit la raison d’être des catégories de droite et de gauche lorsque le concept de progrès apparaît aujourd’hui déconnecté de celui de justice sociale, alors que le concept de justice sociale exprime une exigence de conservation dès qu’il est évoqué.
Revenant à Jiang Xueqin, il affirme que “ce qui se passe en Occident, ce n’est pas un déclin dont on pourrait peut-être se relever dans quelques décennies, mais une phase terminale, un lit de mort”.
Il énumère ensuite les raisons de cette conviction :
1. L’hyperurbanisation, c’est-à-dire le pourcentage croissant de la population qui s’entasse dans des mégapoles finissant par avoir, par rapport au reste de la nation environnante, une fonction parasitaire (c'est là un problème réel – je tiens à le noter – mais qui ne concerne pas uniquement l’Occident.)
2. La répulsion pour la famille et la procréation, en partie générée par le sentiment de précarité et en partie par l’exaltation philosophique de l’individu seul et privé de tout lien. Or, si le rejet de la famille implique la dissolution des fondements de la cohésion sociale, le refus de la procréation constitue tout simplement une condamnation à mort par effondrement démographique.
3. L’inégalité sociale, qui fait qu’au-delà de la part toujours plus élevée de la classe moyenne entraînée dans la pauvreté, il existe un 0,1% de riches capables de contrôler toutes les ressources et tous les actifs stratégiques.
4. Le fait que, pour faire la guerre, l’Occident doit – à l’instar de l’Empire romain à son stade terminal – recourir à des barbares et des mercenaires (les djihadistes en Libye et en Syrie, les Ukrainiens face aux Russes, etc.).

5. La décadence générale exprimée par des phénomènes comme OnlyFans, où plus de 10% des jeunes femmes vendent leur nudité, et où, en même temps, la culture libérale-progressiste qualifie cet acte d’émancipation (note personnelle: ce point est lié au point 2, car OnlyFans est un phénomène de clôture de la sexualité dans le marché, avec une désexualisation parallèle de la culture mainstream, ainsi qu’un effondrement statistiquement constaté de l’activité sexuelle chez les jeunes.)
6. Enfin, le problème de l’immigration sans limite. Aujourd’hui, ce phénomène explose dans les métropoles occidentales non pas tant pour des raisons liées aux graves problèmes du travail, mais surtout en raison d’une question anthropologique que, bien qu’évidente, l’idéologie dominante a réussi à dissimuler pendant trente ans: une société où ses différentes composantes ne partagent ni langue, ni coutumes, ni surtout mémoire historique, est simplement une non-société, un amas informe où des segments sociaux totalement étrangers les uns aux autres cohabitent de force.
Pour donner un cadre philosophique à tous ces phénomènes, il y aurait la vision qui est à la racine de la pensée libérale, selon laquelle on peut se passer du passé ou même le supprimer.
Mais cela fera l’objet d’une autre contribution.
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lundi, 06 octobre 2025
Oublier l’Occident - Un point de vue russe

Oublier l’Occident
Un point de vue russe
Leonid Savin
Note préliminaire du traducteur: Leonid Savin demande d'oublier l'Occident wokiste voire l'Occident tout court avec les idéologies qui ont préparé le terrain au wokisme de l'ère Obama-Biden. Pour nous, qui vivons dans l'Occident géographique tout en refusant l'Occident mental, il s'agit aussi de réaliser une "épochè" des idéologies et des pseudo-théologies qui ont jeté les base de l'occidentisme actuel: le puritanisme, le calvinisme, l'ère de Cromwell, les fadaises énoncées par Locke, les fondamentalismes américains, le républicanisme français, le jacobinisme hystérique, etc. Et de revaloriser toutes les initiatives qui ont visé à freiner ces accélérationismes, à jouer un rôle katechonique, à détruire définitivement et sans pitié les remugles de ces dévoiements. Cette posture, nécessaire, salutaire, implique donc, aussi, d'avoir une attention plus soutenue, presque exclusive, pour les traditions des mondes européens et extra-européens traditionnels, dont l'Iran, l'Inde, la Chine, comme le préconise Leonid Savine.
En Russie (mais pas seulement, cela est également vrai pour les pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie), on accorde encore beaucoup d’attention à l’Occident collectif. Dans certains pays, cela s’explique par le fait que les médias globalistes occidentaux continuent d’y opérer activement, alimentant sans cesse l’attention du public et suscitant l’intérêt pour les événements dans les États occidentaux ou à travers le prisme de la vision du monde occidentale. Cependant, en Russie, où, après le début de l’Opération militaire spéciale, ces agents médiatiques ont soit quitté le pays, soit été déclarés indésirables, ce sont les chaînes de télévision d’État qui maintiennent elles-mêmes le focus sur l’agenda occidental, imitées en cela par les médias en ligne et les blogueurs. Cette situation ne correspond pas aux déclarations des autorités russes sur la nécessité de créer un ordre mondial multipolaire plus juste, ni à l’éducation selon des valeurs patriotiques à l’intérieur du pays.
Car si l’on organise en permanence des talk-shows, des émissions et des journaux télévisés centrés sur le monde occidental, même sous un angle critique (regardez quelle nouvelle absurdité Donald Trump a dite ou discutons des plans de l’UE et de l’OTAN), la population continuera malgré tout à raisonner dans des catégories où l’Occident apparaît comme quelque chose de significatif et, malgré les reportages sur des émeutes à Athènes ou une gay pride à Amsterdam, il subsistera une vision du monde où les autres régions, malgré leurs indicateurs géographiques, démographiques, culturels et politiques plus importants, seront perçues comme secondaires voire de second ordre.
De plus, cela continuera de restreindre sérieusement l’horizon d’attente et de réduire le potentiel de futures formes de coopération et d’interaction – qu’il s’agisse de tourisme banal ou de projets scientifiques, économiques et culturels conjoints.
Par conséquent, il est nécessaire de revoir sérieusement l’agenda médiatique. D’un côté, il s’agit de limiter considérablement la diffusion de contenus liés à l’Occident collectif. Il faudrait établir un quota à ne pas dépasser pour les contenus traitant d’événements liés, d’une manière ou d’une autre, à l’Occident. Sachant que, dans l’agenda international, l’Occident restera présent de toute façon (l’agonie et les actions expansionnistes de l’UE et des États-Unis se poursuivront encore un certain temps), il convient de mener une politique éditoriale soigneusement calibrée, en filtrant minutieusement les matériaux.

D’un autre côté, il faut combler le vide ainsi créé par un contenu de qualité, reflétant les processus dans d’autres régions du monde. Les contenus provenant de pays amis, surtout ceux ayant soutenu la Russie dans l’Opération militaire spéciale, doivent progressivement être intégrés dans l’espace médiatique russe et devenir la nouvelle norme – des matériaux et points de vue de la RPDC, de la Chine, de l’Inde, de l’Iran, du monde arabe, des pays d’Afrique, de Cuba, du Nicaragua, du Venezuela (ces trois pays étant mentionnés comme partenaires stratégiques dans la doctrine de politique étrangère de la Russie), du Brésil et de l’Afrique du Sud comme membres des BRICS, des pays de l’UEEA doivent être diffusés régulièrement dans le cadre de la politique publique de radiodiffusion, mais aussi dans la presse écrite et les médias électroniques.

Si l’on tient compte du nouveau concours Intervision, de la signature d’accords de coopération entre le ministère russe de la Culture et la RPDC, de la conclusion d’accords avec des médias africains, ainsi que du travail dans le cadre des BRICS, on peut dire que ce travail a déjà commencé. Il faut le rendre plus systémique, stratégiquement réfléchi et global.
Au lieu de diffuser des images ou des vidéos des sessions du Parlement européen ou d’accorder beaucoup de temps aux élections dans un pays européen, il vaudrait mieux proposer une analyse des débats au Majlis d’Iran avec des commentaires d’experts sur le système politique de la République islamique d’Iran et la théologie chiite, évaluer les réalisations technico-économiques du Bharat (nouveau nom de l’Inde sur la scène internationale, nom qui est authentique) et présenter des exemples d’art contemporain venant des pays d’Amérique latine.
Les propos de Nikolaï Danilevski selon lesquels l’Europe n’est qu’une petite péninsule occidentale du continent eurasiatique ne doivent pas être perçus uniquement comme un appel à se protéger de la toxicité actuelle de la culture européenne, mais aussi comme une invitation à la découverte créative de soi, telle que prônée par les Eurasistes il y a cent ans. Nous avons de nombreux voisins sur le continent dont l’héritage culturel et historique présente un vif intérêt. Et de là s’étendent des liens et des ponts avec d’autres formations culturelles non moins importantes – en Asie du Sud-Est, ainsi que dans le Maghreb et le Machrek, plus connus sous des noms inventés en Occident – Afrique du Nord et Moyen-Orient.

Dans un monde multipolaire, de telles innovations seront perçues positivement au-delà de l’Occident, comme une poursuite de la lutte contre le néocolonialisme et le racisme gnoséologique occidental. Et la réaction en retour, d’une manière ou d’une autre, contribuera à améliorer l’image globale de la Russie, notamment à travers l’augmentation du contenu de qualité en provenance de Russie et sur la Russie (puisque le changement d’approche implique une coopération appropriée en matière de politique de l’information entre les pays).
De plus, une information plus complète contribuera également au développement de la créativité à l’intérieur même de la Russie, car la diversité des formes et des pratiques issues de différentes parties du monde enrichira notre peuple de connaissances et stimulera de nombreuses initiatives. L’expérience en matière d’entrepreneuriat ou d’autogestion quelque part en Asie pourrait être reproduite dans l’une des régions de Russie, et l’information sur les besoins en Amérique latine pourrait intéresser l’un de nos producteurs.
L’Occident collectif, fondé sur la kleptocratie et l’arrogance, en raison de la folie des sanctions persistante et de la désinformation organisée, ainsi que de sa propre dégradation scientifique et culturelle, est peu susceptible de proposer à la Russie quoi que ce soit d’utile ou de substantiel. C’est pourquoi il doit être exclu de notre champ d’information. Que les diplomates professionnels continuent à gérer les relations bilatérales et que les militaires renforcent la capacité de défense du pays. Et que le contenu en provenance des pays du Sud global et de l’Est global renforce et étende les processus de multipolarité.
18:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, occident |
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dimanche, 05 octobre 2025
L’Occident étouffe la dissidence pour préparer les citoyens à la guerre

L’Occident étouffe la dissidence pour préparer les citoyens à la guerre
Davide Rossi
Source: https://telegra.ph/LOccidente-soffoca-il-dissenso-per-pre...
La situation actuelle a généré les prémisses dramatiques visant à diffuser une culture de guerre, alimentée par des peurs savamment et artificiellement construites, en inventant des ennemis là où il n’y en a pas.
À notre époque, marquée par des oppositions souvent plus verbales et verbeuses que substantielles, mais toujours dichotomiques, ne laissant aucune place au dialogue, à la confrontation, à l’approfondissement, où l’on véhicule des modèles absolus et absolutistes selon lesquels il n’est pas permis de s’aventurer dans la réflexion mais où il s'agit simplement de prendre parti, presque obligatoirement du côté de la pensée dominante, prélude à toute guerre, la dissidence étant devenue inadmissible, répréhensible, erronée et fausse simplement parce qu’elle a été pensée.
Lire la complexité des faits et de la réalité devient ainsi toujours et en tout cas condamnable, car cela impliquerait de démanteler l’architecture de guerre qui s’est construite autour du récit dominant, lequel doit être soutenu à chaque souffle médiatique, imposé avec une violence à la fois subtile et robuste à des citoyennes et citoyens de plus en plus détachés et désorientés face à un monde qu’on leur fait percevoir comme lointain et incompréhensible.

L’acquiescement passif généralisé des anciennes générations, majoritaires en Occident, trouve un triste et tragique équivalent symétrique parmi les jeunes générations, bien que, fort heureusement, de notables et brillantes exceptions existent. Les jeunes, en effet, ont généralement intériorisé la substance de cette induction martelée, pour aboutir à une passivité complaisante tout en se consacrant à des questions éphémères, où le jeu de la dissidence n’est qu’un jeu, où mettre ou non un « like » sur les réseaux sociaux est essentiellement pareil et totalement insignifiant, car toutes ensemble, les nouvelles générations occidentales, et celles qui ont été occidentalisées à travers le monde, ont été convaincues de s’intéresser à des sujets peu significatifs et essentiellement évanescents, pour lesquels le fait de prendre parti devient un masque social pour une représentation sans avenir.
Après avoir été privés de la parole, le système tente de priver également les jeunes générations de toute pensée et, comme le rappelait à juste titre l’écrivain Erri De Luca il y a quelque temps, il ne leur reste plus qu’à écrire sur leur propre corps, en essayant d’y graver ce que l’on suppose indélébile, alors que cela s’effacera avec le temps et le cours de la vie, transformant les tatouages en une éloquence muette d’un corps plus ou moins maladroitement encadré par les époques précédentes, mais incapable, comme celui qui l’habite, de parole.
Écouter sans parler ni répondre et, au final, ne plus parler, enfermés dans une réalité irréellement réelle, virtuellement compensatrice des besoins émotionnels et communautaires qui, en Occident, ont été violemment étouffés pour transformer les femmes et les hommes, et surtout les jeunes, en atomes sociaux inoffensifs et insignifiants, des monades séparées de toutes les autres et toutes ensemble coupées du monde qui les entoure.
Le tout est aggravé par la réduction de l’information et de la connaissance à ce qui peut être simplement et uniquement véhiculé par le smartphone, érigé en source principale, pour beaucoup exclusive, d’interaction avec le monde extérieur, dans un cadre qui confond le haut et le bas, le bon et le mauvais, le vrai et le faux, le tout dans un kaléidoscope où distinguer devient une fatigue supplémentaire et difficile à pratiquer, et où les mille pages des « Frères Karamazov » de Dostoïevski deviennent un sommet inatteignable, même dans le simple résumé wikipédesque. Privés ainsi de savoirs et de beauté, les langages et les pensées s’appauvrissent, brûlent leurs racines, abandonnées, perdues et oubliées, tout comme sont oubliés en même temps les multiples et complexes branches qui tiraient origine, sève et vie de ces racines, donnant feuilles, fruits, fleurs, c’est-à-dire toute la richesse bigarrée des cultures.

Une communication qui, par ailleurs, se trouve écrasée par des dynamiques de marchandisation et de commercialisation où les valeurs et qualités artistiques et culturelles sont submergées et dévastées par les exigences d’un marché qui engloutit toute dimension et surtout l’imaginaire personnel et collectif, violemment colonisé et poussé vers une homogénéisation dévastatrice, réductrice, avilissante.
Le tragique résultat final est une société appauvrie et appauvrissante, où le réel est transcendé au profit du superficiel, où la complexité est réduite à des jugements banalisés, positifs ou négatifs, dictés par des attitudes superficiellement préconçues, au sein de dichotomies culturelles et politiques où progressisme et conservatisme sont réduits à des postures générales, impalpables et factices, manifestant davantage une gigantesque pauvreté spirituelle qu’une profonde plénitude de contenu.
L’Occident, ainsi privé de son univers culturel et de ses valeurs séculaires, a perdu de vue l’essentiel, pour se réduire à la simple vénération de l’argent, devenu malheureusement et tragiquement l’étalon de toutes les relations, une approche monétariste de la culture et des relations humaines qui a produit une coexistence de plus en plus injuste dans ses dynamiques matérielles et de plus en plus dégradée dans ses dynamiques spirituelles.
Le tout dans une auto-référentialité qui amène les citoyennes et citoyens occidentaux à perdre totalement de vue et à ne pas comprendre les expressions culturelles et les sociétés extra-occidentales, dans lesquelles les relations humaines et la vie quotidienne sont encore rythmées par des temps, des pensées et des modalités étrangères à la marchandisation.
Cette situation a généré les prémisses dramatiques visant à véhiculer une culture de guerre, alimentée par des peurs soigneusement et artificiellement construites, inventant des ennemis là où il n’y en a pas, comme dans le cas de la Russie, construisant des murs qui rendent incompréhensible ce qui est étranger à la petitesse des horizons dans lesquels on nous a enfermés, une cour étouffée par des murs encore plus étouffants et lourds, vendue comme un « jardin fleuri », selon les paroles tragiques de Josep Borrell, ancien Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, épigone de toutes celles et ceux qui ont pris et continuent à prendre l’Union européenne et l’Occident pour un paradis démocratique, alors qu’il s’agit, à l’évidence, d’un enfer libéral-libéraliste, néolibéral, tandis que ceux qu’ils désignent comme autocraties et dictatures sont des nations où la politique décide de l’économie au bénéfice des citoyens et aussi, justement, des États dans lesquels les femmes et les hommes sont encore loin de la dégradation et de la décadence que nous vivons et traversons dans le Vieux Continent et le reste de l’Occident, des États-Unis à l’Australie. Cet Occident collectif de plus en plus vidé de sens et de signification et, pour cette raison même, privé d’espérance.

Le déclin de l’Occident n’est pas simplement un déclin matériel et irréversible dû à la fin de la période du pillage des matières premières énergétiques et alimentaires au détriment du Sud global, mais c’est aussi et surtout le crépuscule d’une civilisation qui a renoncé à la confrontation, à la recherche et à l’innovation, et s’est tristement et tragiquement repliée dans une fermeture hautaine face à toute forme d’altérité, par peur de toute confrontation et contamination, montrant ainsi toute la faiblesse d’un temps, le présent, qui a détruit ses propres racines historiques, spirituelles, matérielles pour se réduire à un miroir complaisant de soi-même dans la pauvreté actuelle, image compensatoire, autosuffisante et auto-gratifiante, un selfie dont on ajuste les couleurs et le contraste sans se rendre compte qu’il reste essentiellement une image pauvre, floue et délavée.
Pour toutes ces raisons et bien d’autres, je continue à croire que celles et ceux qui trouveront en eux-mêmes la force de ne pas renoncer, d’étudier, de résister, de lutter — forts de leur histoire, de leur culture, de leur identité, y compris religieuse et politique — non seulement pourront s’améliorer eux-mêmes et améliorer leur entourage, mais surtout indiqueront une voie vers la paix, la coopération et l’amitié entre les peuples à toutes celles et ceux qui, violés et humiliés par la violence du système libéral, ont perdu tout espoir et toute parole et s’abandonnent de plus en plus à la rhétorique belliqueuse de la guerre.
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vendredi, 26 septembre 2025
Emmanuel Todd émet la nouvelle dichotomie des “élites globalistes libérales” contre les “forces du peuple”

Emmanuel Todd émet la nouvelle dichotomie des “élites globalistes libérales” contre les “forces du peuple”
Alfredo Jalife-Rahme
Source: Bajo la Lupa, 24.09.25 - https://www.jornada.com.mx/2025/09/24/opinion/014o1pol
Le penseur Constantin von Hoffmeister, fondateur de Multipolar Press, donne la parole au philosophe et géopolitologue russe Alexandre Douguine – que beaucoup définissent comme l’idéologue du tsar Vladimir Poutine, ce qu’il n’est pas, et qui représente en réalité, depuis son père, l’idéologie des services secrets de l’armée russe.
Douguine est devenu très prolifique et, dans un récent commentaire, au ton péremptoire, diffusé sur ses réseaux, dans le contexte de la “Fin des élites libérales” (sic), il aborde les assertions sensées de l'illustre démographe français Emmanuel Todd, dont le livre le plus récent, La défaite de l’Occident, a déjà été passé en revue ( https://www.jornada.com.mx/2024/01/24/opinion/012o1pol).
Pour Douguine, Todd “est actuellement l’intellectuel français le plus raisonnable (sic)” et il critique sévèrement “les dirigeants européens obsédés par le changement de régime en Russie et en Iran, alors qu’ils finiront probablement par être eux-mêmes remplacés très rapidement”, tandis que “les gouvernements de Russie et d’Iran et leurs économies se renforceront et gagneront un nouvel élan”.
Douguine s’arrête sur la suggestion de Todd d’abandonner les termes “populistes”, “extrême droite” et “nationalistes” et d’adopter une nouvelle dichotomie mieux explicative: celle des “élites globalistes libérales” contre les “forces du peuple”.
Selon Todd : “La tentative des élites de rediriger l’agressivité des personnes insatisfaites contre les Russes a complètement échoué. Ce thème ne fonctionne pas, et plus ils essaient de provoquer une vague de russophobie, plus ils sont eux-mêmes détestés”.
Todd estime que “la confrontation de la Russie avec les élites libérales lui a été plus que bénéfique”, alors que le Premier ministre britannique Keir Starmer, le président français Macron et le chancelier allemand Merz “sont liquidés”.
Enfin, Todd juge que “l’Ukraine a très peu de temps”, car “ses dirigeants ont parié du mauvais côté (sic) et perdu de manière spectaculaire (https://x.com/constantinvonh/status/1969645434525065705?s...)”.
Il existe déjà des penseurs de haut niveau qui remettent en question la dichotomie topographique dépassée de “gauche” et “droite”, comme l’éminent économiste Jeffrey Sachs, qui s’est révélé être un meilleur géopolitologue et a dénoncé que la vieille dichotomie “gauche-droite” était dysfonctionnelle.
Avec toute l’humilité requise, votre serviteur a proposé la nouvelle dichotomie pour le 21ème siècle: celle qui oppose les “globalistes aux nationalistes” – je comprends que le terme “nationaliste” provoque une anaphylaxie chez les propagandistes du globalisme cataclysmique, c’est pourquoi je n’ai aucun problème à l’échanger contre le terme plus digeste de “souverainistes” (Nationalisme contre globalisme : Dichotomie du 21ème siècle avant l’intelligence artificielle ; https://orfilavalentini.com/esp/item/136/49/nacionalismo-...)”.

J’ai proposé cette nouvelle dichotomie en raison de l’obsolescence de la bifurcation “gauche-droite”, principalement à l’ère nucléaire – où gauchistes et droitiers périraient de façon identique –, en raison de la tour de Babel linguistique créée par l’imposition de la globalisation financiariste, lorsqu’on en arriva, pour ne citer que l’Amérique latine, à trois types différents de “gauche” (https://www.jornada.com.mx/2022/06/26/opinion/010o1pol), selon des intérêts étiologiques sans aucune axiologie, où a primé l’aberration suprême de voir comment un authentique homme de gauche peut être globaliste en même temps – ce qui constitue un oxymore idéologique – alors que la soroscratie qui domine l’Amérique latine a dénaturé concepts, valeurs et vertus pour servir ses intérêts prédateurs, au point que même ses “suiveurs” de la “gauche travestie” ont été affectés et contaminés.
Du point de vue de la géostratégie, il est aujourd’hui particulièrement significatif que les gouvernements pétroliers de Russie et des États-Unis définissent les “globalistes” comme leurs pires ennemis, tout en exaltant les valeurs “souverainistes” et l’héritage culturel de leurs pays.
De façon transcendantale, Douguine avance que “l’assassinat de Charlie Kirk et le projet du Grand Israël ont fatalement divisé l’édifice politique occidental, qui jusqu’à récemment restait uni grâce au globalisme libéral, en trois pôles opposés, laissant “l’Occident collectif” au bord de la révolution (https://www.arktosjournal.com/p/new-third-position)”.
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jeudi, 25 septembre 2025
La Nouvelle Troisième Position: contre Soros et Netanyahou

La Nouvelle Troisième Position: contre Soros et Netanyahou
Alexander Douguine
Alexander Douguine affirme que l’assassinat de Charlie Kirk et le projet du Grand Israël ont fatalement fracturé l’édifice politique occidental — que le globalisme libéral maintenait encore récemment — en trois pôles opposés, laissant l’« Occident collectif » au bord de la révolution.
Plusieurs événements d’une importance fondamentale se sont récemment produits sur la scène politique mondiale. D’un côté, il y a eu l’assassinat de Charlie Kirk, un chrétien conservateur et l’une des figures centrales du mouvement MAGA. La cérémonie funèbre, organisée pour lui rendre un dernier holmmage, a rassemblé des centaines de milliers de personnes, y compris tout le gouvernement américain, fut le théâtre de la réconciliation historique entre Trump et Elon Musk, et symbolisa la détermination de la moitié conservatrice de la société américaine à changer radicalement tout le système face à la menace d’un terrorisme libéral de masse.
D’un autre côté, la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie (c’est-à-dire le Commonwealth), ainsi que le Portugal (allié traditionnel de l’Empire britannique), ont reconnu la Palestine. Le Premier ministre Netanyahou, menant une politique de construction du Grand Israël et menant un véritable génocide contre la population palestinienne de Gaza, a maudit ces pays et leurs dirigeants, promettant de terribles représailles.
Parallèlement, Trump et les États-Unis soutiennent entièrement Netanyahou, tandis que les pays européens de l’OTAN semblent s’y opposer.
Que se passe-t-il ?
Il est évident que l’Occident collectif est désormais divisé. Selon de nombreuses lignes de fracture et positions. En particulier concernant le Grand Israël.

Le tableau est le suivant: les mondialistes de gauche, tous les réseaux de Soros et le Parti démocrate américain sont pour la Palestine et contre Netanyahou. Ce sont eux qui dirigent la flottille Sumud avec Greta Thunberg qui vogue vers Gaza. À leurs côtés se trouvent les musulmans d’Europe et des États-Unis, les salafistes et la gauche avec leur marxisme culturel, les transgenres, les furries, BLM, LGBT et les migrants illégaux (tous interdits en Russie). Voilà le front des opposants à Trump.
L’autre pôle est représenté par l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee, un puissant lobby israélien), les néoconservateurs, les sionistes de droite, une partie de MAGA (la minorité, tandis que des figures comme Tucker Carlson, Candace Owens, Steve Bannon, Alex Jones, Matt Gaetz et même récemment Charlie Kirk se sont positionnés contre Netanyahou) et, surtout, Trump lui-même. Dans l’ensemble, tous sont également critiques envers l’Islam pour son expansion culturelle et envers la Chine pour sa croissance économique et technologique incroyable.
Les principaux dirigeants des mouvements populistes de droite dans l’UE, qui sont en tête dans presque tous les sondages, sont également contre Netanyahou et pour Trump.
Mais… la majorité de MAGA aux États-Unis, tout en n’étant pas pro-palestinienne, s’oppose au lobby israélien aux États-Unis. Il en va de même pour la plupart des populistes de droite en Europe.

Voici donc le troisième pôle: contre Soros et contre Netanyahou. C’est la position du peuple occidental dans son ensemble. Mais les élites sont divisées selon d’autres lignes de principe.
La contradiction est flagrante: au sommet de la vie politique, même en tenant compte de l’opposition populiste de droite, l’affrontement entre les réseaux de Soros et le lobby pro-israélien continue. Au sein du peuple, cependant, la conviction est ferme que les deux sont inacceptables. Il en résulte un décalage évident.
Cette troisième position aux États-Unis — contre Soros et contre Netanyahou — s’exprime à grande échelle. Elle est portée par des personnalités comme Tucker Carlson, Candace Owens, Steve Bannon et Alex Jones, pratiquement les principaux idéologues de MAGA. Elon Musk est fermement contre Soros et se montre clairement critique envers Netanyahou, mais il évite de trop afficher cette dernière option.
En Europe, cependant, les défenseurs de cette troisième position n’ont même pas le droit d’ouvrir la bouche. La censure libérale y opère de manière particulièrement stricte. Mais MAGA aux États-Unis, se sentant puissant, commence à agir plus librement. Peu avant sa mort, Charlie Kirk lui-même s'est étonné: pourquoi sa liberté de critiquer Netanyahou est-elle moindre aux États-Unis qu’en Israël même? Les opposants les plus radicaux à Netanyahou dans le camp MAGA ont avancé l’hypothèse que les services secrets israéliens pourraient être impliqués dans l’assassinat de Kirk. Cependant, cette théorie n’a pas reçu un large soutien et a même été rejetée par le politicien américain aux positions extrêmes, Nick Fuentes, connu pour ses déclarations vraiment radicales et excessives. En même temps, malgré son extrémisme, le public de Fuentes grandit rapidement et, en dépit de son jeune âge, il est rapidement passé du statut de marginal à celui de figure politique influente.

Après l’événement historique du stade de l’Arizona, qu’a été la cérémonie d’adieu de Kirk, toutes ces tendances ne feront que s’intensifier. Personne ne doute que les mondialistes libéraux, une sorte de Soros collectif, sont à blâmer pour l’assassinat de Kirk. Les masses exigent l’arrestation de Soros et demandent que sa fondation soit poursuivie selon la procédure spéciale RICO, qui permet aux forces de l’ordre d’agir en mode d’urgence — arrêter, interroger, saisir des documents, surveiller les transactions financières, etc. Trump a en substance qualifié les Soros père et fils d’“ennemis publics”.
Il est intéressant de noter que cette fracture entre pays et forces politiques occidentales se retrouve également dans la question russe. Les réseaux de Soros et les mondialistes sont farouchement et agressivement anti-russes et soutiennent totalement Zelensky. C’est la position des élites libérales-globalistes de l’UE – Starmer, Macron, Merz, en somme les mêmes forces qui ont reconnu la Palestine.
Aux États-Unis, le Parti démocrate continue de réclamer toujours plus d’armes pour Kiev, de nouvelles sanctions contre la Russie et une escalade directe. Trump lui-même dit que la guerre en Ukraine est la “guerre de Biden”, pas la sienne — la guerre des mondialistes, pas celle de MAGA. Il veut donc y mettre fin aussi vite que possible, mais il ne sait tout simplement pas comment.
Ceux qui soutiennent Netanyahou accordent beaucoup moins d’attention à la Russie. Par rapport au Grand Israël et même à la Chine, la Russie est le problème numéro trois. Il existe toutefois certaines personnalités dans le lobby ouvertement pro-israélien aux États-Unis (le terroriste Lindsey Graham, son acolyte démocrate Richard Blumenthal, Mark Levin de Fox, etc.) qui prônent la guerre contre la Russie et poussent Trump dans cette direction.
Trump oscille entre le mouvement MAGA et les néoconservateurs, qui représentent le même “État profond” dont le noyau est formé par les mêmes mondialistes de gauche. Il est significatif que, dans un de ses récents discours, Netanyahou ait lui-même attaqué le “deep state”, rappelant une fois de plus que le sionisme de droite (quelle que soit notre opinion à ce sujet) est une chose, tandis que le globalisme de gauche en est une autre. Pour Soros, Netanyahou est autant un ennemi idéologique que Trump, Poutine, Orbán, Xi Jinping et Modi.
La situation est complexe et nécessite une enquête approfondie.

Avant Trump, tout était plus simple. L’Occident collectif était libéral de gauche et globaliste — l’idéologie, la politique et la stratégie de Soros étaient globalement partagées par tous. C’était une dictature unanime de l’“État profond” international.
Mais aujourd’hui, tout est plus compliqué et difficile.
Bien sûr, le pôle globaliste de gauche et l’“État profond” international ont conservé leurs positions. Cet “État profond” contrôle encore presque toute l’Europe et détient d’importants leviers aux États-Unis. Cela inclut non seulement le Parti démocrate, mais aussi une multitude de fonctionnaires, juges, shérifs, gouverneurs, hauts gradés militaires, bureaucrates, acteurs culturels, journalistes, blogueurs et oligarques.
La Réserve fédérale, BlackRock de Larry Fink (Fink est récemment devenu chef du Forum de Davos, succédant à un autre mondialiste, Klaus Schwab), la majorité des magnats de la Silicon Valley et les financiers de Wall Street sont tous sous leur contrôle. Leurs positions à la CIA et au FBI sont extrêmement solides.
Mais le pôle MAGA se renforce également, se reconsolide et se rassemble à nouveau après l’assassinat de Charlie Kirk. À cet égard, la réconciliation entre Elon Musk et Donald Trump est symbolique. Elon Musk n’a pas seulement beaucoup aidé Trump à gagner, il a aussi mené des réformes rapides dès l’entrée en fonction de Trump, supprimant un certain nombre de structures globalistes de gauche comme USAID, le ministère de l’Éducation, etc.
Ce qui importe, c’est que l’Occident collectif s’est divisé non en deux mais en au moins trois parties :
- Les mondialistes de gauche (Soros, l’UE, le Parti démocrate) ;
- Le puissant lobby sioniste (qui contrôle en partie le populisme de droite) ;
- Les mouvements du “peuple profond” comme MAGA, critiques à l’égard des mondialistes comme des sionistes.

Le “peuple profond” est idéologiquement et géopolitiquement le plus proche de nous. Il est sorti de l’ombre et devient peu à peu une force indépendante.
Ce sont là de nouveaux facteurs auxquels nous ne sommes pas habitués. Traditionnellement, les forces de gauche étaient plus proches de l’URSS, mais dans l’Occident moderne elles n’existent tout simplement plus ou ont dégénéré en une parodie trotskiste obsédée par le genre et les migrants illégaux, devenant un outil aux mains des mondialistes de gauche (comme Soros). Dans ce rôle, elles ne nous sont pas seulement inutiles, mais carrément hostiles.
Les alliés objectifs de la Russie en Occident sont les partisans de la révolution conservatrice populaire, chrétiens et traditionalistes. Il nous faut le reconnaître et aller de l’avant.
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jeudi, 11 septembre 2025
Analyse - La grande stratégie de l’échec: comment l’Occident accélère son propre déclin

Analyse - La grande stratégie de l’échec: comment l’Occident accélère son propre déclin
Jaime DQVA
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/45127/geoestrategia/que-...
Les actions d’une puissance hégémonique en déclin relèvent rarement d'un acte de force; elles sont plus souvent le symptôme d’une profonde faiblesse stratégique. Le récent choix des États-Unis d’imposer des droits de douane de 50% au Brésil n’est pas une simple erreur de calcul; c’est la manifestation d’un schéma récurrent et autodestructeur qui, loin de contenir l’essor d’un ordre multipolaire, finance et accélère son avènement. Une analyse interconnectée des fronts géopolitique, militaire et économique révèle une réalité inconfortable: l’Occident, et tout particulièrement les États-Unis, creusent leur propre tombe stratégique.
La décision de l’administration Trump de punir le Brésil parce que son pouvoir judiciaire poursuit son allié Jair Bolsonaro est un exemple typique de myopie géopolitique. En invoquant cyniquement les «droits de l’homme» pour sanctionner les magistrats de la Cour suprême, Washington viole non seulement de façon grotesque la souveraineté brésilienne, mais pousse activement le plus grand pays d’Amérique latine dans les bras de son rival systémique: la Chine.
Cette maladresse ne se produit pas dans le vide. Il s’agit de la réponse désespérée d’un pouvoir qui constate que son instrument de domination favori – la coercition économique – perd en efficacité à mesure que des alternatives émergent. La réaction prévisible du Brésil, qui envisage des représailles tarifaires et accélère son partenariat avec Pékin dans les domaines des infrastructures, de l’énergie et des technologies, est en plus petit le reflet d’un phénomène mondial. Chaque sanction unilatérale des États-Unis sert de meilleur argument de vente aux BRICS+: ils offrent un modèle de non-ingérence, de développement mutuel et de souveraineté stratégique, un message qui trouve un écho profond dans un Sud global las du paternalisme occidental.

Ce déclin du soft power et de l’influence économique se reflète avec une précision sombre sur le plan militaire. La doctrine de projection de puissance des États-Unis, pilier de leur hégémonie depuis des décennies, est devenue techniquement obsolète. Dans le Pacifique occidental, l’analyse est brutale: l’US Air Force n’est plus un bouclier, mais un ensemble de cibles immobiles pour les missiles de précision chinois. Des concepts tels que «l’Agile Combat Employment» ne sont que des fantasmes tactiques qui ne résolvent pas l’équation fondamentale: la Chine peut produire des missiles plus rapidement et à moindre coût que l’Occident ne peut bâtir des défenses.
Cette vulnérabilité est aggravée par une crise structurelle parallèle, révélée brutalement par le conflit Ukraine-Russie: la crise démographique et la pénurie subséquente de main-d’œuvre dans les pays de l’OTAN.
L’obsession occidentale pour des armées réduites, technologiquement avancées et professionnelles se heurte à la réalité de la guerre d’usure du 21ème siècle. Tandis que la Russie mobilise des brigades, les armées du Royaume-Uni (70.000 soldats) ou de l’Allemagne (180.000) ne sont que symboliques. Sans une base massive de conscrits, l’OTAN risque de devenir un « village Potemkine » sur le plan militaire: une façade impressionnante qui dissimule une profonde faiblesse structurelle, incapable de soutenir un conflit prolongé. La supériorité technologique est inutile sans soldats pour faire fonctionner les systèmes et occuper le terrain.
Face à cette combinaison d’agression économique imprévisible et d’un parapluie sécuritaire qui montre des fissures structurelles, les nations du monde ne restent pas passives. Leur réponse est stratégique, silencieuse et d’une efficacité dévastatrice: la ruée vers l’or.

Le record de 95% des banques centrales prévoyant une augmentation des réserves mondiales d’or n’est pas une opération financière ordinaire; c’est un vote massif de défiance envers le système occidental dominé par le dollar. C’est la matérialisation financière de la multipolarité. Chaque lingot d’or acheté par une banque centrale d’un pays BRICS ou du Sud global est un acte de souveraineté retrouvée, une stratégie pour se prémunir contre la coercition économique et l’inflation exportée par l’Occident.
Ce mouvement, mené par les économies émergentes mais de plus en plus envisagé pour amorcer les avancées, est la contre-mesure ultime à l’arrogance géopolitique de Washington. Il démontre que le véritable pouvoir se déplace des missiles et des sanctions vers l’autosuffisance stratégique et l’accumulation d’actifs neutres.
Le schéma est clair et organiquement interconnecté. La coercition économique (comme avec le Brésil) accélère la recherche d’alternatives, ce qui sape à son tour la primauté du dollar. La surestimation militaire et la sous-estimation de la masse critique (comme dans le Pacifique et dans le cas de l’OTAN) révèlent une vulnérabilité existentielle qui incite à l’autonomie stratégique. Et la dédollarisation qui en résulte prive l’Occident de l’oxygène financier qui alimentait son hégémonie.
L’Occident ne fait pas que s’affaiblir; il finance et construit activement son propre remplacement. Chaque sanction, chaque bluff militaire démasqué, chaque démonstration d’impuissance stratégique, est une brique supplémentaire dans l’édifice du nouvel ordre multipolaire. Les puissances émergentes n’ont pas besoin de vaincre l’Occident sur le champ de bataille; il leur suffit d’attendre patiemment qu’il achève de saper ses propres fondations. Le récit du déclin n’est plus une prophétie; c’est un processus actif, dont l’architecte principal est l’ineptie stratégique même de Washington et de ses alliés.
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mardi, 26 août 2025
L’Europe en tant qu’espace subordonné de l’Occident

L’Europe en tant qu’espace subordonné de l’Occident
par Pino Cabras
Source : Pino Cabras & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-europa-come-spa...
L’incident qui s’est conclu par le sommet chez Trump avec Zelensky et les orphelins européens de Biden n’est pas un épisode isolé, mais la répétition d’un ancien conditionnement historique qui s'est consolidé.
L’Europe n’est plus un sujet autonome depuis la moitié du 20ème siècle, lorsque les deux guerres mondiales ont dissous l’ancien équilibre des puissances et confié son destin au nouveau centre impérial : à Washington.
Il y avait aussi une partie de l’Europe dans l’orbite de Moscou jusqu’à la chute de l’Union soviétique, mais les classes dirigeantes d’Europe de l’Est, qui étaient des provinces de l’empire, se sont facilement adaptées pour devenir très vite la province zélée d’un autre empire, jusqu’à ce que le reste du continent occidental soit réduit au statut d'une petite province étriquée.
Ce que l’on nous raconte parfois comme la saga d'une “renaissance européenne” – avec les plans Marshall, les miracles économiques, la construction communautaire – n’a en réalité été qu’un processus de reconstruction sous tutelle. Le capital, la technologie et les marchés communs ne suffisent pas à générer une véritable force historique: il faut un bloc dirigeant capable d’exercer ensemble puissance économique, militaire et culturelle.
Par “bloc dirigeant”, on entend un ensemble cohérent d’élites politiques, économiques et culturelles capables de donner une direction à un peuple et à un territoire : pas seulement la richesse ou les armées, mais aussi un projet commun. Cela n’a jamais vraiment mûri en Europe, mais n'a été qu'un formidable roulement de tambour purement rhétorique. La richesse a certes été produite, des institutions ont été créées, mais sans jamais voir se constituer un véritable centre politique capable de transformer tout cela en une véritable autonomie.
Au cours des dernières décennies, à mesure que les États-Unis montraient les fissures de leur édifice, le continent européen a réagi de manière toujours plus contradictoire, en s’adaptant aux stratégies décidées outre-Atlantique, même lorsque celles-ci étaient totalement contraires aux intérêts matériels des peuples européens. C’est là le signe d’une classe dirigeante qui ne possède pas son propre projet, mais vit dans une structure historique subordonnée, c’est-à-dire un ordre où les décisions fondamentales ne naissent pas d’ici mais sont importées, et où les élites locales gèrent une dépendance structurelle.
L’émergence de nouvelles puissances – Russie, Chine, Inde, Brésil – a rendu cette condition encore plus évidente: le monde se dirige vers un ordre multipolaire, où il n’y a plus un seul centre de commandement, mais plusieurs pôles de force qui rivalisent. Pourtant, l’Europe continue de se présenter comme la chaîne de transmission d’un Occident en déclin. Ainsi, face à la crise ukrainienne, la voie de la guerre par procuration (c’est-à-dire menée par les Ukrainiens avec des armes, de l’argent et des stratégies fournies par l’Occident) a été choisie, avec des coûts énormes en ressources et en crédibilité, sans aucune perspective d'autonomie. Les premiers ministres européens se sont présentés à la Maison Blanche, ont été soumis à une attente humiliante et n'avaient aucun plan B: ils sont toujours figés là, sur leur point de départ, rêvant de guerre totale et de la “debellatio” de la Russie, dans une totale négation de la réalité.

Le retour de Trump à la Maison Blanche a accentué un tableau déjà clair pour ceux qui le regardaient sans s'encombrer de voiles idéologiques: Washington ne se soucie même plus de faire illusion: les Etats-Unis négocient directement avec Moscou et Pékin, réorganisent le Moyen-Orient selon leurs intérêts, redessinent les contraintes internationales à leur mesure. L’Europe reste dans son piètre rôle, entièrement humiliée, forcée à légitimer des décisions prises ailleurs.
PERSPECTIVES
L’intégration atlantiste – c’est-à-dire l’alignement politique, économique et militaire de l’Europe sur l’alliance dirigée par les États-Unis, incarnée par l’OTAN et les institutions occidentales – n’est pas génératrice de force, mais produit une bourgeoisie compradora.
Ce terme désigne une classe dirigeante qui ne défend pas l’intérêt des peuples qu’elle représente, mais se limite à faire office d’intermédiaire: elle achète et vend, elle sert de médiatrice et traduit les souhaits de l’empire américain en échange de rentes et de protections. C’est une classe dirigeante qui accepte la subordination comme horizon naturel, sans la volonté d’élaborer un projet stratégique propre. Nulle en rien, elle est capable de tout.

Ce qui rend la situation encore plus dramatique, c’est la qualité des dirigeants européens d’aujourd’hui: les pires des huit dernières décennies. Ils n’ont aucune vision politique, si ce n’est celle, récente et opportuniste, de la remilitarisation; ils ne connaissent plus aucun autre langage que celui des armes et des sanctions ; et leur seul horizon économique est la spoliation systématique des classes moyennes, traitées comme une mine à exploiter pour extraire des ressources fiscales et des sacrifices sociaux jusqu’à leur épuisement complet.
C’est un processus qui peut peut-être garantir quelques années de survie à des systèmes politiques désormais épuisés, mais qui risque aussi de détruire des nations entières, en les vidant de leur énergie productive et civique. Giorgia Meloni, après avoir vociféré une propagande souverainiste sans fin, se révèle finalement comme un mixte dramatique de ce Di Maio qui avale tout et ce Draghi qui mange tout. Un pur atlantisme en phase terminale, avec, en prime, la trahison de la “Nation” dont elle parle si souvent.
Pourtant, dans un monde multipolaire, la logique pourrait s’inverser : des États européens, libérés des liens imposés par l'UE et par l'OTAN, auraient paradoxalement plus de marges de souveraineté.
En effet, un pays qui ne dépendrait pas de Bruxelles ou de Washington pour chaque décision pourrait tisser des relations plus autonomes avec les géants émergents, définir sa politique énergétique, ouvrir des canaux commerciaux et culturels sans demander de permission. Il s’agirait de petits États, certes, mais moins “enchaînés” à une architecture qui en fait des subordonnés.
Il ne s’agirait pas d’une restauration de l’ancienne primauté européenne – qui est désormais définitivement dépassé – mais de la possibilité d’être, encore une fois, acteurs plutôt que spectateurs dans la transformation du monde.
14:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : occident, europe, actualité, affaires européennes |
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vendredi, 01 août 2025
Fragmentation occidentale contre cohésion asiatique - Quand le déclin rencontre la discipline

Fragmentation occidentale contre cohésion asiatique
Quand le déclin rencontre la discipline
Brecht Jonkers
Source: https://www.multipolarpress.com/p/western-fragmentation-v...
Brecht Jonkers oppose la vision cohésive, duty-bound (lié au devoir), de l’État en Asie à la dérive atomisée et individualiste de l’Occident, lequel se dirige vers l'insignifiance bureaucratique.
Il existe une différence fondamentale entre l’attitude « européenne », c’est-à-dire essentiellement libérale, et l’attitude « asiatique » concernant l’existence et le rôle de l’État. C’est une fracture civilisationnelle qui dépasse le débat idéologique habituel et qui met en évidence la différence claire entre les attitudes « occidentales » individualistes et les attitudes « orientales » collectivistes vis-à-vis de la société humaine.
En simplifiant à l’extrême cette question complexe, je pense qu’il est correct de dire que l’Asie voit l’État comme un outil nécessaire, en fin de compte, pour assurer (idéalement) la justice, la cohésion sociale, l’ordre et l’harmonie. L’Occident, en revanche, a une attitude fondamentalement antagoniste et négative envers l’existence de l’État en lui-même, le voyant au mieux comme un mal nécessaire pour empêcher les gens de voler et de tuer dans la rue. Ce qui, incidemment, correspond à la vision négative et misanthropique sous-jacente de la nature humaine qui sous-tend la philosophie occidentale moderne. Mais je m’égare.
L’État occidental reste, en son cœur, un « État veilleur de nuit » selon le modèle britannique/américain qui a vu le jour au 18ème siècle : un État principalement (ou uniquement) préoccupé par la prévention de la violence dans la sphère publique, la protection de la propriété et la poursuite tranquille du statu quo, peu importe ce qu’est ce statu quo. Intervention minimale, législation minimale, soutien minimal à ceux qui en ont besoin.

Naturellement, les choses ont changé considérablement après la Seconde Guerre mondiale avec l’adoption du modèle de l’État-providence, établi principalement pour empêcher la classe ouvrière de se révolter. Ce changement a été provoqué par deux facteurs principaux : la représentation organisée des forces de travail, qui ont exigé leur juste part après les sacrifices consentis lors des deux guerres mondiales, et la menace « communiste » grandissante venant de l’Est, qui présentait un système alternatif pouvant attirer la classe ouvrière loin du soutien au modèle libéral et capitaliste.

Les changements liés au « grand gouvernement » depuis 1945 se sont lentement érodés depuis les années 1990, alors que le modèle « néolibéral » (en réalité : le capitalisme à l’ancienne) s’est profondément enraciné dans la société et la mentalité occidentales. Margaret Thatcher a résumé cette mentalité en disant : « … qu'est-ce que la société ? Il n’y a pas de société ! Il n’y a que des hommes et des femmes individuels, et il y a des familles. » Cela ne l’a pas empêchée de mobiliser l’armée britannique contre l’Argentine ou de laisser des Irlandais républicains mourir de faim dans des prisons très largement contrôlées par l’État et financées par les impôts.
De nos jours, l’un des thèmes favoris du discours politique européen est : « cela ne relève pas de la responsabilité du gouvernement » : il n’est pas de la tâche du gouvernement d’aider les gens à trouver un emploi, de leur assurer des soins de santé abordables, de créer et maintenir le nombre nécessaire de logements disponibles, ou de garantir une économie nationale durable. Cela incite à se demander à quoi sert encore le gouvernement, et pourquoi nous payons des impôts et obéissons à la loi pour un État qui donne très peu en retour.
En résumé, c’est la mentalité politique occidentale contemporaine : les gens doivent obéir et respecter la loi, payer des impôts et se soumettre à une bureaucratie étouffante ; mais quoi que vous fassiez, ne demandez pas trop en retour. Tout le reste, c’est à vous. Et cela s’applique à toute la sphère atlantique, des plus ardents fondamentalistes du marché libre aux libéraux scandinaves, voire aux partis de gauche qui brandissent le drapeau rouge, que ce soit sur les îles britanniques ou sur le continent européen.
La “vision asiatique” est nettement différente dans sa propre essence. Rattachée aux traditions antiques, telles que le Mandat du Ciel en Chine et l’idée d’une société harmonieuse comme dans les textes confucéens, l’État est un pilier central de la société et de l’histoire humaine.

L’état d’esprit traditionnel asiatique, que j'explique encore une fois de manière simplifiée pour plus de clarté, est en réalité une situation plus quid pro quo qu’une idée libérale occidentale. Oui, l’État exige et attend une obéissance et une conformité étendues. La responsabilité collective assumée par chaque individu est beaucoup plus omniprésente en Orient qu’en Occident. La société civile et les citoyens sont censés respecter les traditions et les règles dictées par l’État, la religion et la coutume ancienne. L’accent occidental sur « vivre sa propre vérité » et « être qui tu veux être » est étranger à la société asiatique traditionnelle. Et ces traditions perdurent, à travers et au-delà des divisions droite/gauche, comblant le fossé entre des systèmes politiques très différents.
Le contrat social dans le système de l’État « asiatique » est très clair : la population doit faire preuve de piété filiale et respecter les lois et traditions, et en retour, l’État a une tâche très claire, presque religieusement mandatée, de garantir le bien-être public dans la mesure du possible. L’intérêt collectif dépasse toujours celui de l’individu en politique et en société.
Encore une fois, cette vision tend à dépasser les idéologies politiques typiques. Il est évident que des communistes comme Mao Zedong et Kim Il Sung ont des tendances collectivistes, mais cela va bien au-delà. Le fondateur de Singapour, un État très capitaliste et généralement pro-occidental, Lee Kuan Yew, a déclaré un jour : « [L]eurs valeurs peuvent ne pas nécessairement être celles que valorisent les Américains ou les Européens. Les Occidentaux valorisent la liberté et la liberté de l’individu. En tant qu’Asiatiques d’origine chinoise, mes valeurs meportent à valoriser un gouvernement honnête, efficace et efficient. » L’ancien Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad a également mis en avant, pendant et après son mandat, les « valeurs asiatiques » et une politique de « regard vers l’est ».
L’État dans le système « asiatique », en particulier en Asie de l’Est et du Sud-Est, est là pour réguler, contrôler et assurer dans la plus grande mesure possible l’harmonie et le bien-être de la population. Ce n’est peut-être pas un système « démocratique » dans le sens occidental du terme, c’est vrai. Mais soyons honnêtes : la démocratie libérale n’est pas le facteur déterminant en politique internationale.
Et on ne peut nier que ça marche. Des États comme Hong Kong, Singapour ou la Corée du Sud, souvent loués par les médias occidentaux, jusqu’à la plus rapide et la plus étendue amélioration des conditions de vie de l’histoire humaine, qui s’est produite en République populaire de Chine : le « système asiatique » fonctionne clairement pour l’Asie.


Cela a conduit à une situation que l’analyste indien et auteur Parag Khanna (photo) a décrite dans son livre : The Future is Asian.
Si l’Occident veut jouer un rôle important dans le monde multipolaire présent et futur, il pourrait peut-être emprunter quelques pages aux anciennes sociétés d’Asie. Tant la longue histoire que les événements récents ont prouvé la ténacité, la vitalité et la sophistication de ces sociétés, qui sont bâties autour du bien-être collectif, d’une autorité clairement définie, de la tradition et de la piété filiale. Après tout, l’Asie a été le centre de la civilisation humaine pendant des siècles ; et après seulement deux siècles de domination euro-américaine, cela recommence à être le cas.
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lundi, 21 juillet 2025
Les stratégies anti-russes de l'Occident et les antidotes pour y faire face

Les stratégies anti-russes de l'Occident et les antidotes pour y faire face
Evgueni Vertlib
Un point de vue russe sur la situation.
Aujourd'hui, la Russie est considérée par l'Occident comme une « menace inévitable pour l'ordre européen et mondial ». La déclaration de Washington, énoncée par l'OTAN, le dit clairement : « Nous ne pouvons écarter la possibilité d'une attaque contre la souveraineté et l'intégrité territoriale des Alliés ». Et le rapport RAND 2024 souligne que les mesures les plus prometteuses pour apprivoiser la Russie se situent dans le domaine économique, allant de la pression énergétique aux sanctions. Dans une telle configuration de « croisade hybride », la Russie est contrainte de répondre de manière symétrique et asymétrique.
Depuis février 2022, la politique anti-russe, consistant « à contenir et à impliquer » a été remplacée par un régime d'hostilité stratégique – considérant la Fédération de Russie comme un adversaire inévitable dans la formation d'un monde post-unipolaire. Tous les moyens et méthodes sont utilisés contre la Russie, de l'embargo économique aux opérations cognitives. La « cinquième colonne » traîtresse, qui n'a pas été démantelée au sein de l'establishment russe, bloque la victoire russe sur le théâtre d'opérations ukrainien. Les arrières systématiquement vulnérables des forces armées russes (les détracteurs légalisés et statutaires de l'intérieur: la Banque centrale, le Centre Eltsine – bastion du revanchisme libéral extrémiste, « leur » oligarchie) fait passer le « facteur ukrainien » de la catégorie des guerres régionales par procuration à celle des menaces pour la sécurité intérieure de la Fédération de Russie (point de vue de S. Mikheev). Un autre aspect de la défectologie des décideurs russes est souligné par S. Kourguinian : l'éradication ciblée du code civilisationnel russe ne permet pas de mettre en œuvre la stratégie du « noyau indo-européen » - rétablir l'unité nécessaire des valeurs du peuple, du pouvoir et de l'histoire.
Dans une telle situation de force majeure (avec circonstances de force majeure), l'État russe est condamné, selon les termes de S. Karaganov, à mener « une guerre pour le droit d'être soi-même », « en brisant l'échine de l'Europe ». Pour cela, il faut au moins temporairement oublier la « puissance douce », le soft power, qui consiste à plaire à l'Occident. Car l'initiative offensive et avant-gardiste des partisans de l'Opération militaire spéciale ne peut pas indéfiniment ne pas correspondre à la stratégie arrière-gardiste et post-factum d'une « petite guerre » positionnelle et languissante. Lorsque la diplomatie échoue (Trump, qui imite les autres, a semé la confusion: tantôt il promet la manne céleste, tantôt il fronce les sourcils), il faut frapper préventivement: afin que, par crainte, ils cessent, au moins temporairement, de se moquer de la Russie meurtrie.
Évolution des stratégies anti-russes (1991-2025). Élargissement de l'OTAN, introduction de « chocs » de marché ; sanctions pour la « Géorgie », la « Crimée », NordStream-2 ; campagne hybride totale en cours : 17ème paquet de sanctions de l'UE, projet de loi américain Blumenthal-Graham, pression informationnelle et psychologique via les plateformes mondiales.

Les sanctions étouffantes de l'Occident. « Matrice de sanctions »: environ 20.000 restrictions individuelles et sectorielles; l'objectif est d'épuiser la base de ressources. Augmentation des droits de douane jusqu'à 500% sur les énergies russes, en discussion au Sénat américain.
Guerre cognitive. L'objectif est non seulement d'affaiblir Moscou, mais aussi de « saper l'économie de l'Union européenne en tant que concurrent ». La diversion contre les alliés fait partie d'une stratégie plus large de « diviser pour régner ».
Pression militaro-politique. L'OTAN institutionnalise le tremplin ukrainien, soutient les groupes d'Europe de l'Est, renforce la défense antimissile. Le facteur nucléaire revient dans la politique: le débat sur le « signal préventif tactique » est passé de la théorie à la pratique.
La logique de l'antidote : l'école de la « multidimensionnalité souveraine ».
1. Souveraineté stratégique. La « Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie 2023 » formalise pour la première fois la priorité de la « Grande Eurasie » et du BRICS élargi en tant que « fait géopolitique irrévocable ».
2. Viabilité économique. Remplacement des importations 2.0: priorités - micro et nanoélectronique, logistique maritime, pétrochimie. Canaux de paiement parallèles: chaînes de compensation en yuan, commerce des ressources énergétiques en roubles.
3. Code technologique. D'ici 2025, la Russie passera du slogan « faisons-le nous-mêmes » au modèle « faisons-le avec le BRICS+ », en formant des chaînes de création de valeur en alliance avec l'Iran, les Émirats arabes unis et l'Inde. La stratégie de souveraineté technologique considère l'IA, la microélectronique et les matériaux composites comme des « noyaux critiques » du développement.
4. Revirement géoéconomique vers le Sud. L'union élargie des BRICS-10 (mai 2025) regroupe 47% de la population mondiale et constitue une plateforme parallèle à l'architecture financière mondiale.
5. Consolidation culturelle et consolidation des valeurs. Le projet de loi sur l'éducation patriotique en cours d'élaboration établit un cadre réglementaire pour la formation de « l'homme à la volonté tenace », une figure nécessaire à la mobilisation stratégique.

Sept recettes pratiques (antidotes). À la menace occidentale, la Russie répond par des sanctions à plusieurs niveaux: localisation des chaînes d'approvisionnement, contrôle des matières premières, yuan-rouble numérique. À l'étranglement financier du SWIFT, la Russie oppose le système SPFS et le SEPAM iranien + le règlement en monnaies nationales. À la pression militaro-politique: la doctrine de « l'escalade pour la désescalade », la triade hypersonique, le circuit médiatique russophone 2.0. Aux opérations informationnelles et psychologiques: « l'orthodoxie atomique » comme plateforme sémantique.
Face au blocus technologique (puces, IA): les usines 40-90 nm à Zelenograd, les alliances avec la Chine et l'Inde. Contre la « suppression » culturelle : réseau mondial des « Maisons russes » et subventions « Pouchkine-Digital ». Contre la pression démographique due à la migration : politique de « dispersion russe » - programme de rapatriement et d'intégration des russophones.
Prévisions jusqu'en 2030:
1) La probabilité d'un conflit direct entre la Russie et l'OTAN reste faible tant que le « tabou nucléaire » est maintenu, mais le point de démarcation est fixé à 2027 (achèvement de la modernisation du système européen de défense antimissile).
2) Le fossé technologique peut être réduit à 5-7 ans à condition d'investir 3-4% du PIB dans la R&D.
3) Le financement des BRICS (NBR) peut remplacer jusqu'à 30% des marchés de capitaux occidentaux pour la Fédération de Russie.
Optimisme réaliste. La stratégie occidentale « dissuasion + guerre hybride » a épuisé son efficacité: la pression des sanctions ne génère plus de menace d'effondrement systémique, et le chantage informationnel est démasqué. L'antidote réside dans une triple unité: la force (le facteur militaro-nucléaire), l'esprit (la souveraineté technologique) et l'âme (l'identité culturelle et civilisationnelle).
C'est précisément cette triade, renforcée par l'intégration dans la « grande Eurasie », qui transforme la Russie d'un « objet » du contrôle occidental en un sujet de la politique mondiale, comme le confirment les dernières données analytiques et les mesures pratiques prises par l'État.
RÉSUMÉ : « Logique à quatre niveaux » de l'Occident : défense de l'Ukraine → défense de l'OTAN → contenir la Russie à l'échelle mondiale → formation d'une architecture post-russe.
Niveau militaro-stratégique
OTAN 2024-2025. La déclaration de Washington introduit une nouvelle génération de plans de défense et stipule que « la menace russe sera durable ».

CSIS (février 2025). Le groupe de réflexion recommande « le stationnement permanent d'une brigade blindée américaine en Pologne » et un modèle de 4+2 brigades pour le flanc est, soulignant que la Russie « reste une menace sérieuse ».
RAND (mai 2025). Le rapport sur l'escalade en Ukraine prévoit « six scénarios d'escalade forcée pouvant aller jusqu'à l'utilisation d'armes nucléaires ».
Niveau économique et sanctions
G7/UE. L'objectif est de réduire les revenus énergétiques de la Russie de 50% d'ici 2030. (G. Payette, FT, déc. 2023) .
Atlantic Council (avril 2025). Pertes de la Russie dues au plafonnement du prix du pétrole -> 47 milliards de dollars; priorité : « transparence de la flotte fantôme ».
CNAS (juin 2024). Les sanctions: « une nouvelle arme » dans l'arsenal transatlantique.
Niveau technologique
EDIS et Readiness-2030. L'UE identifie sept lacunes critiques en matière de capacités (DCA, artillerie, drones, IA, etc.) et annonce un objectif de 40% de capacités communes.
Contrôle des exportations des États-Unis. Interdiction de fournir 45 articles critiques de microélectronique à la Russie et à la Biélorussie.
Matrice des opérations occidentales (mise à jour)
- Créer une « brèche stratégique » dans le corridor Biélorussie-Kaliningrad (« ABCT permanent en Pologne pour renforcer la dissuasion »).
- Priver Moscou des superprofits pétroliers et gaziers (« Approche multidimensionnelle pour reprendre l'avantage dans le jeu des sanctions » - Atlantic Council).
- Démanteler les fondements économiques des élites [Gel de 30 milliards de dollars d'actifs (AU Policy Brief)].
- Tester les limites du remplacement des importations (« La plus grande vulnérabilité de la Russie est son économie... »).
- Démoraliser et codifier la « toxicité » de la Fédération de Russie (Sullivan : « Nous renforçons notre propre DIB tout en refusant l'accès à la Russie »).
L'antidote russe 2.0: contre-arguments et mesures de rétorsion
1. Le dilemme militaro-nucléaire « escalade ⇄ désescalade »
Karaganov affirme que la « pression nucléaire préventive » pourrait devenir le seul langage que l'Occident comprend. Le Club de Valdaï constate : « La Russie a commencé à revoir sa doctrine nucléaire », tandis que Poutine souligne qu'il n'est « pas nécessaire » de changer la doctrine, car « une riposte laissera l'ennemi sans aucune chance ». Ainsi, l'incertitude stratégique devient un instrument de dissuasion.

2. Le virage géopolitique vers le Sud
Le BRICS-10 et l'EAEU-Rostec forment des chaînes dans six secteurs critiques (IA, micropuces, composites). Cela réduit l'efficacité du « Chip-45 » occidental.
3. Rouble numérique et paiements parallèles
Le lancement du rouble numérique sur la plateforme « GosTech » d'ici la fin 2025 permettra de contourner les barrières SWIFT et SPFS, ainsi que de connecter le SEPAM iranien.
4. Consolidation culturelle et consolidation des valeurs
La loi sur l'éducation patriotique (2ème lecture, juin 2025) consacre le concept de « personne à la volonté tenace », synthèse de l'ethos orthodoxe et de la compétence technologique.
5. La « Grande Eurasie » comme stratégie de rapprochement
Le rapport Valdai « Russia-West : Radical Scenario » met en garde : toute tentative d'isoler définitivement la Russie conduira à l'effondrement du système international. L'alternative : une alliance institutionnelle entre les BRICS, l'OCS et l'UEE.
Synthèse : sept paires thèse-antithèse
Thèse occidentale : « La Russie est une menace pour la stabilité systémique de l'Occident ».
Contre-thèse russe : l'Occident traverse une période de transition vers la post-hégémonie ; la Russie est le déclencheur, et non la cause de la crise.
« La présence permanente de l'ABCT en Pologne est une garantie de dissuasion » vs. Spirale d'escalade : défense antiaérienne S-400 en Biélorussie → « Iskander-M » à Kaliningrad.
« L'énergocap réduira les revenus de 50% » (FT/G. Payette). Non : la diversification des approvisionnements (Inde, Chine) a déjà couvert 70% du volume européen.

« Le Chip-45-list paralyse le complexe militaro-industriel » est compensé par une usine commune de 65 nm avec les Émirats arabes unis et l'Iran + le remplacement des importations à 28 nm d'ici 2028.
« La guerre cognitive détruira la légitimité du régime » - son propre circuit médiatique 2.0, comprenant 310 chaînes Telegram régionales.
« L'EDIS créera le poing industriel de l'UE » - Les industries dispersées de l'UE n'auront pas le temps de passer à la production massive de munitions avant 2028.
« Saisir la fenêtre d'opportunité avant 2030 » (RAND, 2025). Non : la prolongation du conflit épuise le consensus démocratique occidental.
Corridor prévisionnel (2025-2030)
La probabilité d'un affrontement direct reste inférieure à 10%, mais le point de bifurcation est la préparation de l'OTAN au « paquet 2030 ».
Écart technologique: États-Unis/UE → 5 ans ; Chine + Russie → 7 ans ; équilibre possible d'ici 2029 avec des investissements de 4% du PIB russe dans la R&D.
Ressources de sanctions de l'Occident : pic de pression en 2026, puis effet de rendement décroissant (données du CNAS).
Conclusion : la triade additive « force-esprit-esprit »
L'Occident renforce sa pression simultanément sur cinq vecteurs, créant un effet de « compression multi-calibre ». Cependant, la réponse russe repose sur une triade additive: la force militaire (y compris l'incertitude nucléaire), l'intelligence technologique (la coopération BRICS+) et l'esprit culturel (le code historique). Selon les mots de Dostoïevski: « Être russe, c'est aspirer à l'humanité universelle ». Il ne s'agit pas de se fondre dans l'autre, mais de créer sa propre identité, ouverte aux autres - c'est précisément l'antidote qui a déjà commencé à agir.
Tout micro-mouvement de déplacement du contexte géopolitique vers la victoire russe n'échappe pas à l'attention des analystes stratégiques occidentaux. Le conflit militaire entre l'Ukraine et la Russie a radicalement modifié l'équilibre des forces en Europe et au-delà. La principale conséquence a été la rupture des relations entre l'UE et la Russie, qui, à court terme au moins, est irréversible.
Dans le même temps, la coopération entre les États-Unis et l'UE s'est renforcée, ce qui a provoqué un rapprochement entre Moscou et Pékin, créant une nouvelle menace pour l'Occident. Pékin, observant le conflit, s'oriente de plus en plus vers une stratégie de confrontation à long terme avec les États-Unis, en utilisant des leviers économiques et l'expansion technologique. Dans le même temps, les pays du Sud, tels que l'Inde et l'Afrique du Sud, ont refusé de se joindre aux sanctions, ce qui a considérablement affaibli la pression occidentale sur la Russie.
Les États-Unis, par l'intermédiaire de think tanks (tels que la RAND Corporation), préparent la société américaine à sortir du conflit entre Moscou et Kiev. Les think tanks américains, préoccupés avant tout par la Chine et le conflit israélo-palestinien, non seulement rejettent les Slaves ukrainiens hors l'UE/l'OTAN, mais préfèrent également un renforcement logique de la Russie dans TOUTE L'UKRAINE en échange de compromis stratégiques de la Fédération de Russie sur des questions plus «étrangères».
En effet, le renforcement des liens entre la Fédération de Russie et la République populaire de Chine affaiblit a priori l'Union transatlantique. L'Ukraine est devenue un terrain d'essai pour de nouvelles tactiques et technologies. Le conflit qui y sévit a révélé les faiblesses des bases industrielles et militaires de l'OTAN, notamment le manque de munitions et la dépendance à l'égard de chaînes d'approvisionnement obsolètes.
L'adaptabilité et la maîtrise tactique sont devenues plus importantes que la supériorité technologique. Cela remet en question l'efficacité des programmes militaires coûteux des États-Unis, tels que le développement de chasseurs de sixième génération. En outre, les risques d'escalade nucléaire ont été évalués. Il ressort clairement des analyses que Washington doit se préparer à des conflits prolongés, où la victoire dépendra de la résistance économique plutôt que de la puissance militaire. Un récent rapport de RAND affirme qu'il n'y a aucune raison pour les États-Unis de continuer à participer au conflit en Ukraine. Capitulation ou manœuvre stratégique ? L'avenir nous le dira.
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vendredi, 11 juillet 2025
Roosevelt dans la mythologie occidentale

Roosevelt dans la mythologie occidentale
Nicolas Bonnal
L’Occident est un fou dangereux, toujours en guerre contre lui-même et le monde, mais depuis combien de temps ? Beaucoup accusent la Renaissance et la Réforme. En fait il faudrait remonter au papisme et à ses croisades comme le montre Laurent Guyénot. L’Occident c’est moins le petit bout de l’Asie que le coin du missionnaire bien armé qui aujourd’hui applaudit les exploits de son rejeton-héritier sioniste à Gaza ou Téhéran. Et qu’on se mette bien dans la tête qu’il a toujours été judéo-chrétien et pas chrétien (l’Evangile commence par la célébration de l’origine hébraïque-divine du prophète…) et que le comportement grec n’a jamais été de tout repos non plus (je pense que la vie sous les Perses civilisés était plus agréable pour tout le monde): voir le livre de mon ami d’enfance Nicolas Richer sur ces guerres grecques au 4ème siècle qui suivent celles du Péloponnèse et anéantirent la population masculine spartiate (Nicolas parle l’oliganthropie). Voir mes textes sur Démosthène, ceux de Fustel sur Théognis, etc…


Le changement du 16ème siècle est quantitatif, pas qualitatif, et les regrettés hégéliens-marxistes pensaient (après mon maître Balthazar Gracian) que l’accroissement quantitatif produit toujours une modification qualitative. Ce qui a changé avec la Renaissance et la Réforme, c’est le miracle Gutenberg qui a industrialisé propagande et mensonge. La bêtise latente s’est révélée avec l’alphabétisation, dira Maupassant, avant que Günther Anders se charge du consommateur télé. On pensait que l’esprit critique lui viendrait un jour à ce consommateur télé ; jamais il n'est venu. 85% des Espagnols veulent plus d’Otan et plus de dépenses militaires. Sanchez part et on installe un gouvernement néo-con à la place.
Sous le déluge audiovisuel cette capacité hypnotique dénoncée par Guénon est devenue totale, permanente et ubiquitaire. Les téléspectateurs veulent de la guerre à mort contre tout le monde (Chine, Russie, Iran, Trump, etc.), du migrant à foison, mourir pour le climat (pas d’air, pas de transport, pas de nourriture…) et se faire vacciner 80 fois par heure. Il suffit de le leur demander à la télé.
C’est important tout cela pour le comprendre le culte de notre bonhomme. Car Roosevelt est certainement l’homme politique le plus important du vingtième siècle, au moins pour nous Occidentaux (depuis que notre civilisation est devenue mondiale…). Il est aussi le plus toxique et le plus nuisible avec évidemment Churchill.
Ron Unz a écrit un texte sur cet inépuisable sujet. Sur son site j’ai laissé ce bref commentaire :
« Article trop long et surtout incomplet: pourquoi ne rien dire des tireurs de ficelles de Roosevelt et de la croisade à venir contre l’Allemagne qui allait terminer en destruction et communisation de notre Europe ? Olivier Revilo a bien parlé de la croisade pour les Soviets. Roosevelt a non seulement trahi sa classe sociale comme radical chic (et encore: seulement sa classe riche Wasp) mais aussi et surtout sa race. Il le dit au général de Gaulle (voir les Mémoires): la race blanche n’est plus la bienvenue en Asie. En réalité grâce à lui et à la révolte des élites (cf. Lasch) elle n’allait être plus bienvenue nulle part. Il est avec Churchill l’homme le plus nuisible du 20ème siècle. Et c’est évidemment une idole. L’Occident, a dit justement l’orientaliste René Guénon, vit dans un perpétuel état hypnotique depuis la Renaissance, facilité par les médias et même la typographie. »


Ron Unz cite l’historien Brands et rappelle que Roosevelt était possesseur d’une immense fortune qu’il gaspillait comme Citizen Kane; qu’il vivait comme un nabab (trois propriétés, plein de domestiques, etc.) ; qu’il avait constitué son noyau d’amis autour du yachting (découvrez Wedding Crashers pour comprendre) ; qu’il était inculte et n’avait pas fait d’études ; que sa femme profita de la place pour se remplir les poches avec de la publicité à la radio et dans les journaux. Son culte de la personnalité fut total de son vivant, l’autoritarisme de son administration aussi, et John Flynn parla de fascisme (parole fourre-tout…).
Mais soyons plus sérieux.
Roosevelt (éternel fils à papa gauchiste radical…) a SURTOUT anéanti l’Allemagne avec Churchill en favorisant outrageusement l’invasion rouge de l’Europe. La punition du Japon a été abominable et on a mis psychiquement fin à ce peuple grandiose avec l’occupation. On savait pour Pearl Harbor : on avait décodé les codes japonais et on a laissé faire ! Avec le Deep State on fonctionne toujours pareil : on contrôle l’ennemi, fasciste, musulman, dealer ou nationaliste, et on le manipule avant de l’écraser. Comme on imprime l’argent, on a les moyens.
On s’est bien amusé ! On verra avec l’Iran car seule la notion d’opposition sous contrôle (voyez Makow, Miles, Hua Bin, et pas mal d’autres) peut expliquer la reculade iranienne après une victoire pourtant pharamineuse. Il n’y a hélas sans doute que des marionnettes avec un cerveau central, voyez l’apologue du Katha-Sarit-Sagara commenté par Guénon. Car les gouvernements veulent tous la même chose: dépeupler et contrôler. Voyez la description de la démographie chinoise et iranienne par Eugène Kusmiak. Le seul pays développé à vouloir et avoir des enfants, c’est Israël : les juifs sont comme les autres MAIS PLUS, disait le président Weizmann qui avait bien raison.
Sur l’anéantissement de l’Allemagne et l’invasion communiste de l’Europe (qui dut se taper quarante ans de chars russes et de frugalité soviétique, certains l’oublient…), je citerai notre Tolkien qui, lui, était anti-impérialiste mais aussi anticommuniste et antisoviétique.
« Je viens d'apprendre la nouvelle… Les Russes sont à 95 kilomètres de Berlin. Il semble bien que quelque chose de décisif pourrait bientôt se produire. Les destructions et la misère effroyables de cette guerre s'accumulent d'heure en heure: destruction de ce qui devrait être (et est) la richesse commune de l'Europe et du monde, si l'humanité n'était pas si obsédée, richesse dont la perte nous affectera tous, vainqueurs ou non. Pourtant, les gens jubilent d'entendre parler des files interminables, longues de 65 kilomètres, de réfugiés, de femmes et d'enfants misérables qui affluent vers l'Ouest, mourant en chemin. Il semble qu'il ne reste plus aucune compassion, aucune imagination, en cette heure sombre et diabolique. Je ne veux pas dire par là que tout cela, dans la situation actuelle, principalement (et non uniquement) créée par l'Allemagne, ne soit pas nécessaire et inévitable. Mais pourquoi se réjouir ! Nous étions censés avoir atteint un stade de civilisation où il serait encore nécessaire d'exécuter un criminel, mais pas de jubiler, ni de pendre sa femme et son enfant à ses côtés sous les huées de la foule orque. La destruction de l’Allemagne, fût-elle cent fois, méritée, est l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire. »
De Gaulle souligne dans ses mémoires cette anecdote : « l’homme blanc n’est plus le bienvenu en Asie », selon Roosevelt, tout content d’en finir avec les empires coloniaux de la France et des autres. Et dire que Churchill a imposé sa guerre aux Anglais (toujours bien soumis et surtout désinformés) en arguant de la défense de l’empire. Ils le perdirent en quelques années cet empire, et on les reprogramma ces chers Britanniques pour se faire envahir et même diriger par des minorités ethniques et religieuses particulièrement virulentes et décomplexées, et même encouragées par les Windsor. De toute manière la politique de la couronne cabalistique anglaise depuis Guillaume ou Malthus ou Cromwell a toujours été de dépeupler ici… et ailleurs. C’est bien son agenda que l’on suit à Davos, Paris ou Bruxelles. La nature adore le vide.
Sur le plan intérieur Roosevelt partagera la même joie de dépeuplement. Voir les Bilderbergs en ce moment qui veulent achever la dépopulation de l’Europe et son remplacement.

La dépopulation des campagnes US (revoir John Ford toujours et ses incroyables Raisins de la colère) proche de l’Holodomor finalement) a été froidement organisée. Mais elle n’est pas connue. La liquidation de la masse paysanne est de toute manière une obsession ubiquitaire du monde dit moderne, de 1792 aux années soixante en France (Biquefarre…) par exemple.

Un détail qui échappe à Ron Unz c’est celui de la lutte contre les élites Wasp lancée par les progressistes et les juifs libéraux (ce n’est pas moi qui le dis mais Adorno…): Grace Kelly dans son altercation avec Sinatra dans High Society parle de la liquidation des élites Wasp et de leurs splendides mansions à Newport ou ailleurs par… les impôts. On les a remplacées ethniquement depuis ces élites, donc elles ne paient plus d’impôts ! Le Mordor de Tolkien sera mis à contribution avec le Palantir du binôme Karp-Thiel pour calmer les derniers récalcitrants.
De toute manière notre anéantissement programmé se fait sans effort grâce à la télé muée en outil génocidaire global. Roosevelt est toujours déifié comme Obama et tant d’autres par cette classe moyenne ahurie dont Drumont et Guénon n’ont cessé de se moquer. Il n’y a rien à faire.


Je repensais à Alfred Sauvy par exemple: cet honnête homme qui défendait la démographie française avait exécuté Roosevelt et son New Deal; New Deal raté qui se termina par une guerre et une mobilisation sans égale, suivies d’un endettement fabuleux. Je le cite :
« Le mythe Roosevelt. — C'est surtout en France qu'il sévit: aux États-Unis, Roosevelt est discuté suivant le clivage politique. En France, selon l'opinion générale, l'économie américaine a été rétablie par Roosevelt et son New Deal. Si on faisait un sondage actuellement, parmi les contemporains comme parmi les nouvelles générations, une forte majorité des opinions exprimées le serait dans ce sens. Bien différente est la réalité: après la dévaluation du dollar en 1933, une vive reprise s'est produite aux États-Unis, comme dans tous les pays qui, à l'époque, avaient eu recours à cette opération. Cette reprise ne devait rien à la politique du New Deal et a même été brisée par elle. En 1938, une crise très profonde, plus rapide encore que celle de 1929, a accablé à nouveau les États-Unis, qui n'ont été sauvés que par l'approche de la guerre et l'armement. »
Et pour finir, Roosevelt étant Dieu, avec Churchill et Gambetta, je redonne mon René Guénon à méditer:
« À cet égard, nous ne croyons pas qu’on ait jamais remarqué suffisamment l’analogie, pourtant frappante, que l’action de l’orateur, notamment, présente avec celle de l’hypnotiseur (et celle du dompteur est également du même ordre) ; nous signalons en passant ce sujet d’études à l’attention des psychologues. Sans doute, le pouvoir des mots s’est déjà exercé plus ou moins en d’autres temps que le nôtre ; mais ce dont on n’a pas d’exemple, c’est cette gigantesque hallucination collective par laquelle toute une partie de l’humanité en est arrivée à prendre les plus vaines chimères pour d’incontestables réalités ; et, parmi ces idoles de l’esprit moderne, celles que nous dénonçons présentement sont peut-être les plus pernicieuses de toutes. »
La science ne nous sauve en rien, bien au contraire. Elle a déliré brillamment au moment de notre si immortelle épidémie (masques, tests, gestes-barrière, position assise, debout, couchée, etc.) et, autre nom à majuscule, elle sert aussi la mise sous hypnose :
« La civilisation occidentale moderne a, entre autres prétentions, celle d’être éminemment «scientifique» ; il serait bon de préciser un peu comment on entend ce mot, mais c’est ce qu’on ne fait pas d’ordinaire, car il est du nombre de ceux auxquels nos contemporains semblent attacher une sorte de pouvoir mystérieux, indépendamment de leur sens. La « Science », avec une majuscule, comme le « Progrès » et la « Civilisation », comme le « Droit », la « Justice » et la « Liberté », est encore une de ces entités qu’il faut mieux ne pas chercher à définir, et qui risquent de perdre tout leur prestige dès qu’on les examine d’un peu trop près. »
Le pire est que les bouffons ennemis géostratégiques de l’Occident (de Brics et de broc…) fonctionnent comme lui maintenant, même si les antisystèmes refusent de le voir et de le comprendre: écologie, féminisme, mondialisme, totalitarisme cybernétique, social-fascisme, science, vaccins, tout y passe pour créer ce monde sinistre que pressentirent Poe ou Chateaubriand. Mais c’est un autre sujet.
Sources:
https://highlanderjuan.com/wp-content/uploads/2019/06/Rev...
https://bibliothecaveneficae.com/wp-content/uploads/2021/...
https://www.unz.com/runz/american-pravda-franklin-rooseve...
https://classiques.uqam.ca/contemporains/sauvy_alfred/myt...
https://www.dedefensa.org/article/les-francais-sous-hypno...
https://www.dedefensa.org/article/rene-guenon-et-notre-ci...
https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthieu%201...
https://lesakerfrancophone.fr/retour-sur-rene-guenon-et-l...
https://esprit-universel.over-blog.com/article-rene-gueno...
https://lesakerfrancophone.fr/christopher-lasch-macron-et...
https://www.unz.com/article/chinas-fertility-catastrophe/
https://www.egaliteetreconciliation.fr/La-croisade-est-te...
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mercredi, 25 juin 2025
La fin de la prétendue suprématie morale de l'Occident

La fin de la prétendue suprématie morale de l'Occident
par Andrea Zhok
Source : Andrea Zhok & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/91803
Alors que la tension monte au Moyen-Orient et que la possibilité d'une guerre totale, sans exclusion de coups inédits, devient de plus en plus réaliste, une réflexion culturelle d'ordre général pourrait sembler hors de propos, mais je pense qu'elle est néanmoins utile pour évaluer les développements à long terme.
Dans tous les principaux conflits en cours, nous assistons à une configuration oppositionnelle assez nette, avec peu de cas ambigus: la ligne de démarcation oppositionnelle est celle où un Occident, culturellement hégémonisé par les États-Unis d'Amérique, s'oppose à tous ceux qui ne sont pas directement ou indirectement soumis à lui.
Il s'agit donc d'une opposition franche le long des LIGNES DE POUVOIR, dans laquelle un « empire » consolidé s'oppose à d'autres pôles de pouvoir influents mais non soumis (Russie, Chine, Iran, etc.).
Mais tout pouvoir a toujours besoin d'une COUVERTURE IDÉOLOGIQUE, car tout pouvoir nécessite un certain degré d'adhésion généralisée de ses subordonnés: le pouvoir ne peut s'exercer sous forme de contrôle et de répression que jusqu'à un certain point, mais pour la grande majorité de la population, une adhésion idéologique générale doit prévaloir.
La couverture idéologique des pôles de résistance anti-occidentale est variée. À l'exception d'une certaine méfiance générale à l'égard de l'idée d'un « marché autorégulé », il n'y a pas d'idéologie commune entre la Chine, la Russie, l'Iran, le Venezuela, la Corée du Nord, l'Afrique du Sud, etc. Leur seule « idéologie » commune est le désir de pouvoir se développer de manière autonome, sur une base régionale, selon leurs propres lignes de développement culturel, sans ingérence extérieure. Cela ne fait pas nécessairement d'eux des porte-drapeaux de la paix, car il existe toujours des divergences de projet, même au niveau des relations régionales, mais cela rend néanmoins tous ces blocs réfractaires aux projections agressives et mondiales.
Cela représente une limite en termes de projection pure et simple de puissance par rapport au « bloc occidental » qui, dans le cadre de l'OTAN ou non, continue d'agir de manière concertée dans tous les scénarios conflictuels. Tout comme en Ukraine, la Russie affronte de fait les forces de l'Occident unifié, même si c'est indirectement, il en va de même pour l'Iran ces jours-ci (des fournitures militaires en provenance d'Allemagne, ainsi que des États-Unis, viennent d'arriver en Israël). En revanche, les alliances et les liens de soutien mutuel entre les blocs de la « résistance anti-occidentale » sont beaucoup plus occasionnels, éventuellement avec des accords bilatéraux limités.
La supériorité de la coordination occidentale dans l'usage de la force va toutefois de pair avec un autre processus, éminemment culturel, dont nous avons du mal à prendre conscience depuis l'intérieur même de l'Occident. Pendant longtemps, l'Occident post-lumières s'est présenté au monde et à lui-même comme l'incarnation d'une rationalité universaliste, d'une légalité internationale, de droits généralement étendus à tous les humains. La lecture opposée à l'Occident comme seul lieu de la raison et du droit, lequel se profile par opposition à la « jungle » que serait le reste du monde où prévaudraient la violence et l'abus de pouvoir, est encore aujourd'hui un élément standard de l'endoctrinement occidental: on la retrouve partout, des journaux aux manuels scolaires.

La situation paradoxale est que le seul élément vraiment fondamental pour l'unité idéologique de l'Occident n'a rien à voir avec la raison ou le droit, mais tout à voir avec l'idée de légitimation conférée par la FORCE. L'idéologie réelle de l'Occident est forgée d'une part sur l'idée de la force anonyme des capitaux, qui s'exprime par exemple à travers les mécanismes d'endettement international, et d'autre part sur l'idée de la force industrielle et militaire, justifiée comme le gendarme nécessaire pour « faire respecter les contrats » et « faire payer les dettes ».
Le paradoxe de la situation réside dans le fait que l'Occident se présente au reste du monde, mais aussi en son sein, sous une forme qui ne peut être qualifiée que de MENTALEMENT DISSOCIÉE.
D'une part, il se présente comme le défenseur des faibles, des opprimés, comme le gardien mondial des droits de l'homme, comme le protecteur sévère des libertés, comme l'incarnation d'une justice aux prétentions universelles.
Et d'autre part, il adopte constamment des doubles standards scandaleux (« ce sont peut-être des fils de pute, mais ce sont nos fils de pute »), rompt les promesses faites (voir l'avancée de l'OTAN vers l'est), fomente des changements de régime (liste interminable), ment internationalement sans pudeur et sans jamais s'excuser (la fiole de Powell), utilise la diplomatie pour faire baisser la garde de l'adversaire et ensuite le frapper (négociations de Trump avec l'Iran), exerce également en interne toutes les formes de surveillance et de répression qu'il juge utiles (mais toujours « pour une bonne cause »), etc. etc.
Ce qui est à la fois terrible et déstabilisant, c'est que nous avons tellement intériorisé cette forme de « double pensée » que nous pouvons continuer à tenir un discours public délirant selon lequel, pour permettre aux femmes iraniennes de se promener tranquillement les cheveux au vent, il est raisonnable de bombarder leurs villes. Ou bien il est sensé, et on ne perçoit aucun double standard, de justifier qu'un pays rempli de bombes atomiques clandestines en bombarde préventivement un autre pour éviter que, tôt ou tard, ce dernier en possède également.

Le véritable grand problème que l'Occident paiera dans les décennies à venir est que toute la grande tradition culturelle occidentale, son rationalisme, son universalisme, son appel à la justice, à la loi, etc. s'est révélée, à l'épreuve de l'histoire, être purement et simplement du vent, des masques, de la verbosité, tous incapables de construire une civilisation où l'on peut se fier à la parole.
De l'extérieur de cette tradition même, on ne peut que parvenir à une conclusion simple: toutes nos belles paroles de garçons bien élevés, nos appels à la rigueur scientifique, à la vérité, à la raison, à la justice universelle, ne valent finalement pas l'air chaud avec lequel elles sont prononcées. Ce ne sont que des couvertures pour l'exercice de la Force (l'« Ideenkleid » marxiste).
Nous avons beau nous efforcer de dire que cela n'a pas toujours été ainsi, que ce n'est pas nécessairement ainsi, notre perte de crédibilité vis-à-vis du reste du monde est colossale et difficilement récupérable (elle ne pourrait l'être que si ces appels à la raison et à la justice démontraient qu'ils ont les rênes du pouvoir dans les démocraties libérales occidentales, mais nous sommes à des années-lumière de cette perspective).
14:22 Publié dans Actualité, Philosophie, Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réflexions personnelles, philosophie, occident, occidentisme, moralisme, hypermoralisme |
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lundi, 02 juin 2025
Le déclin de l’Occident engendre la guerre

Le déclin de l’Occident engendre la guerre
par Enrico Tomaselli
Source : Giubbe rosse & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-declino-dell-o...
L’éclatement actuel de conflits extrêmement violents, longs et potentiellement très dangereux, est une conséquence directe du déclin de l’Occident. Non seulement parce que, bien sûr, l’affaiblissement de son hégémonie (économique, militaire, politique, et même culturelle) a favorisé l’émergence de nations qui contestent – et défient – sa domination, mais aussi parce que ce déclin (disons, la chute globale du système colonial-impérial occidental) est étroitement lié à celui de ses élites.
Des siècles d’hégémonie s’effondrent rapidement, et les dirigeants européens et américains se révèlent terriblement incompétents, incapables non seulement d’arrêter ce déclin, mais aussi d’en freiner la rapide accélération.
Il faut, hélas, constater que les élites politiques (mais aussi économiques et militaires) qui dirigent l’Occident collectif, sont en réalité composées d’adolescents attardés et incompétents.
Incompétents parce qu’incapables de lire la réalité – celle de leur propre système ou du système-monde – et totalement dépourvus des compétences fondamentales pour assumer des rôles de leadership.
Adolescents parce qu’ils sont dominés par une émotion immature, incapables de réflexion et de maîtrise de soi.
De cette décadence effrayante découle directement l’explosion de ces conflits sanglants, car des leaders incapables ont joué avec la politique internationale, la mélangeant en plus avec des intérêts personnels, et ont jeté de l’huile sur le feu alors qu’ils auraient dû recourir à des extincteurs.
Des personnages comme Biden (clairement sénile), Zelensky (un comédien de télévision), Netanyahu (un fanatique messianique), ne sont que la pointe de l’iceberg, mais il existe toute une pléthore de dirigeants et dirigeantes qui seraient manifestement incapables même de gérer une copropriété, mais qui se retrouvent à la tête d’États et d’organisations supranationales, tout en se comportant comme s’ils jouaient à Risk ou au Monopoly.
Et l’autre aspect dramatique est que, de l’autre côté (qu’on pense ce qu’on veut des positions politiques personnelles et/ou des États qu’ils dirigent), il y a des leaders politiques de très haut niveau, avec derrière eux une expérience politique collective considérable (et qui explique, entre autres, la présence, auprès d'eux, de conseillers très qualifiés). Des leaders qui commencent à se rendre compte de la vacuité de leurs homologues occidentaux, auxquels ils doivent pourtant faire face. Et qui jugent – à juste titre – que, non seulement leur niveau est très faible, mais aussi qu'ils sont totalement peu fiables.
Une situation qui amplifie énormément les risques. Parce que le sens des responsabilités que manifestent les élites de ces nations émergeantes a ses limites, à un certain point, et quand elles doivent faire face à des dirigeants totalement irresponsables (comme celles de l’Occident), tout peut rapidement atteindre un point de rupture imprévu.
Hélas, aucun signe d’une véritable prise de conscience de l’ampleur de cette menace, et les peuples européens semblent totalement engourdis, incapables de remettre en question radicalement le système de pouvoir qui continue de produire des leaders toujours plus médiocres.
Le dernier espoir terrible est qu’un choc puissant nous réveille. En espérant qu’il ne soit pas trop tard, ni trop dur.
12:42 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident, déclin, élites déclinantes |
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samedi, 31 mai 2025
Faye et notre Occident humanitaire et totalitaire

Faye et notre Occident humanitaire et totalitaire
Nicolas Bonnal
Je ne sais pas si quelqu’un est assez stupide encore pour se réclamer du grand Occident ou de la vieille Europe, ou du christianisme de grand-maman, mais il est sûr qu’il y a quarante ans déjà Guillaume Faye y avait mis bon ordre. Sur les conseils de Robert (Steuckers), j’ai donc redécouvert le livre de Guillaume (L'Occident comme déclin) dont je ne cite que quelques passages, comme des tapas gourmands pour donner l’envie (comme dit Saint Paul) de retrouver des nourritures solides en marge de Twitter et des lectures rapides. Précisons que pour lui l’Occident c’est le déclin alors que l’Europe est la décadence.
Et commençons :
« L'Occident donc, devient « quelque chose» de planétaire. Il se présente comme un ensemble flou fait de réseaux de décisions, de zones territoriales dispersées, de blocs culturels et humains répartis dans tous les pays. »
Etre occidental c’est n’être rien: de ma jeunesse occidentale je n’ai gardé que ma condition de touriste (voir mon Apocalypse touristique préfacée par mon témoin de mariage et globe-trotter Kevin Hin) ; le reste c’était hors de France et de l’étoffe dont sont fait les rêves: les grandes lectures et la cinéphilie hauturière (Schroeder – l’ami de Parvulesco, Boorman et bien sûr Milius). On savait tous que nous serions remplacés à brève échéance sans résistance aucune; et on savait grâce à Debord (et à Faye aussi comme on va voir) que ce système aberrant allait prendre un tour plus tyrannique pour accélérer le suicide. Les années 70 avaient un charme confus: tout était foutu mais on pouvait trouver de quoi nourrir nos rêves.
Faye donc :
« Parallèlement, si le centre est partout et que « partout » c'est au fond nulle part, l'Occident est appelé à perdre toute vertu spécifiante; être occidental, c'est se voir déqualifié plutôt que qualifié. Et singulièrement pour les Européens, qui perdent dans l'affaire la possibilité même de se désigner valablement en se disant occidentaux. Si l'Indien, par exemple, peut demeurer « Indien » et Occidental, l'Allemand ou le Hollandais sont appelés à ne plus être qu'Occidentaux, c'est-à-dire au fond plus rien. »

L’Occident a tué l’espace. Debord en a parlé (« dans un monde unifié on ne peut s’exiler »), et Marx avant lui. Le Manifeste du parti communiste célèbre la fin de la grande muraille.
« Négligeant les frontières, les États, les religions, l'Occident recouvre beaucoup plus qu'une réalité géopolitique ou qu'une solidarité diplomatique avec le « monde libre». Il déborde largement ce cadre. Il est, dans son essence, l'installation mondiale d'un type de société, celui de l’ « américanosphère »… »
Lecteur peut-être du remarquable Jacques Lacarrière, Guillaume ajoute au nom de la Grèce tellurique et non antique :
« En Grèce, et à un moindre degré dans tous les autres pays européens, la norme occidentale rend le peuple« étranger à lui-même», étranger à sa propre culture, celle-ci devenant objet d’ethnologie, ou se trouvant sectorisée et neutralisée dans le «folklore». »

Une sous-culture mondiale arrive, et là Faye reconnaît sa dette :
« Cette« domestication» s'exprime, entre autres, par une culture mondiale de masse, bien analysée dans le domaine artistique par Théodore Adorno »…
Notre auteur remet ensuite, et enfin, le christianisme à sa place. Alors que nous assistons à Gaza à l’émergence du christianisme globalisé et idiot utile de l’énergique songe biblique, certains devraient méditer ces lignes (mais qui ne le feront pas) :
« Dans la mesure où l'idéologie occidentale est reconnaissable comme aboutissement laïcisé du christianisme, on pourrait tenter une comparaison entre la logique normative de l'Occident et celle de l'ancienne Chrétienté, qui avait aussi vocation à l'universalisme: l'appartenance à la chrétienté était envisagée comme l'aboutissement normal du destin de chaque groupe culturel et religieux, dont la spécificité devait être mise entre parenthèse au bénéfice de l'unicité de la « vraie religion». Cette normalité de la« vraie religion » ne préfigurait-elle pas celle, actuelle, de la « vraie civilisation » ? »
Le fanatisme occidental, cette conviction d’avoir raison lui vient de son style croisé et de son christianisme de combat ; de sa rage aussi de vouloir tout homogénéiser. On y reviendra un jour avec Nietzsche et Céline, à l’heure où l’Eglise se couche au pied de la Bête mondialiste et ne nous demande que d’être remplacés ou vaccinés. Son rêve épurateur à travers les siècles se fait grandiose dans les Territoires occupés.


Guillaume cite le toujours passionnant Maffesoli (qui attend un peu vainement sans doute la saine réaction populaire…); mais le maître confirme une chose: on peut parfaitement s’autodétruire en détruisant le reste du monde, comme ça, joyeusement, sans crier gare :
« Michel Maffesoli voit dans ce « progrès» une doctrine de rationalisation et de normalisation de l'histoire, transposant à la fois l'eschatologie chrétienne et l'idéologie prométhéenne dans le social; il écrit, décrivant la généalogie du progrès: l'Occident, avec pour seules armes la science et le progrès en arrive à s'autodétruire après avoir broyé les civilisations traditionnelles. »
S’il ne se détruit pas par la guerre, l’Occident (après donc avoir détruit tout le monde par les conquêtes ou le tourisme) s’autodétruira nûment :
« Après l'euphorie du développement sans bornes (…) l'amertume et la morosité prévalent (…). De la logique à l'absurde, tel est le mouvement qui de Descartes à Sartre peut spécifier l'Occident et l'imposition de ses valeurs à l'univers entier. Cependant si le capitalisme marque le point d'achèvement du désenchantement affirmé du monde, on peut dire que l'on assiste de nos jours aux désenchantements progressifs des mythologies progressistes. »


Désenchantement du monde qui a quand même via Max Weber plus d’un bon siècle. Au moment où l’ahuri Kipling (Chesterton le haïssait…) parle de l’abject fardeau de l’homme blanc avant de prêcher les guerres d’extermination contre les Allemands, Durkheim parle de l’anomie, du suicide, et l’excellent australien Pearson (voyez mes textes) du fardeau de la personnalité. Une génération avant Freud…
Et relisons ce que dit Bloy dans un énième éclair de génie (Journal, 1913) : «C’est tout de même ahurissant de penser à l’inexplicable survie du régime républicain…
Atrophie universelle des intelligences, avachissement inouï des caractères, exécration endémique de la Beauté et de la Grandeur, obsèques nationales de toute autorité humaine ou divine, boulimie furieuse de jouissances, destruction de la famille et vivisection de la patrie, mœurs de cochons enragés, empoisonnement systématique de l’enfance, élection et sélection de chenapans ou de goitreux dans les cavernes de la politique ou sur le trottoir des candidatures, tels sont les fruits de l’arbre de la Liberté…
Le curé nous dit que ses paroissiens sont à un tel degré d’abrutissement qu’ils crèvent comme des bestiaux, sans agonie, ayant détruit en eux tout ce qui pourrait être l’occasion d’un litige d’Ame, à leur dernière heure.»
Bernanos écrira quinze ans plus dans son Journal d’un curé de campagne: «ma paroisse est dévorée par l’ennui».
Vive la télé alors.


Sur la mégapole Los Angeles, Faye, dont les propos seront repris par Baudrillard en personne dans son phénoménal Amérique, note que :
« L'humanisme apolitique, en revanche, comme tout ce qui relève de la raison égalitaire, s'avère obscène et castrateur. Los Angeles: monstrueuse verrue du bout de l'Occident, modèle de la future civilisation mondiale et californienne, où le mode de vie remplacera le politique. Rien d'étonnant, dans de telles conditions, que nous assistions à une dépolitisation de la classe politicienne bien plus, contrairement aux plaintes des politiciens qui ne connaîtront décidément jamais leur peuple, qu'à une dépolitisation de la société civile. »


Voir aussi Kessel et mon texte à ce sujet. Los Angeles c’est le territoire de l’automobile (voir Détour d’Ulmer), c’est la ville qui met fin à la ville et à l’Homme, l’aéroport fait cosmos, le déracinement ontologique promu téléologique, le débile simulacre terminal (Baudrillard prend à rebours notre auteur, disant qu’il fait admettre et même admirer cette création tératologique ultime)...
En pleine éclosion (on est vers 1984) Faye met, comme Debord, fin au chantage de la rêverie politique; il était temps.
Comme s’il voyait l’entropie (il adore ce mot, comme tout le monde alors, moi compris) des Le Pen et du reniement national, il écrit :
« Membres d'une classe politique solidaire, les leaders des partis sont plus proches les uns des autres qu'ils ne sont proches de leurs militants.
Entre« la salle» et« la tribune», le fossé est immense. Les dirigeants des partis ont une double fonction: manœuvrer et se mettre en spectacle. Leurs militants et leur électorat ont peu de chance de voir les idées auxquelles ils croient réellement appliquées par «leur» parti. Ils sont, au sens propre, exploités par la classe politique. »

Le cirque politique tourne au jeu de rôle médiatique :
« ...on peut rappeler la règle schématique: les politiciens ont besoin des médias pour se mettre en scène et les médias ont besoin des politiciens pour disposer d'un spectacle sensationnel à vendre à l'«opinion». Mais - deuxième règle de ce jeu – les Média ont pour fonction, et pour intérêt, de présenter aux politiciens l'image d'une «opinion publique» qui ne correspond pas à l'«opinion du public».
Faye évite d’encenser le gaullisme et constate au contraire que :
« …une rébellion civique de grande ampleur casserait la machine étatique pourvoyeuse de consommation, d'assistance et de prestations. Bref, la légitimité de l'Etat cesse d'être politique: elle devient a-légale, économique et technique. En clair: l'Etat politique cesse d'exister en Europe depuis une trentaine d'années. »
On voit le basculement à la fin des années cinquante en France. La certaine réalité de la France va disparaître grâce aux coups de boutoir de la nouvelle société des gaullistes, de Pompidou ou de Chaban-Delmas. La France de papa – pour parler comme les louveteaux de mai 68 - c’est terminé, on se retrouve face à la machine, machine à jouir et à détruire. Audiard nous a tout expliqué, voyez son documentaire.
Enfin arrive l’essentiel : on va arriver à un totalitarisme effréné sur fond de société cool et curatrice. Il se peut que Faye comme d’autres ait sous-estimé le péril européen à cette époque, ceci dit.
« ...En revanche, l'humanisme apolitique est totalitaire. Lorsque le lieu du pouvoir a disparu, lorsque la censure et l'oppression sont partout et nulle part, lorsque la légitimité des techno-pseudo-Etats se fonde sur la non-violence et le concept de Liberté, c'est le déchaînement de la pire des violences, c'est l'immersion de toute liberté. Face à la société occidentale mondialisée, irénique, humanitaire et économiste, individualiste et égalitaire comme la rêvent les belles âmes de l'idéologie antipolitique des Droits de l'Homme, aucune révolte, aucune auto-affirmation n'est possible. Le Grand Frère omniprésent remplace les princes. L'idéologie unique entre dans les cerveaux; chacun devient son propre censeur, son propre oppresseur. »
On a parlé de Big Other (Raspail), de Big Mother (Le Vigan), ici de l’inévitable Big Brother. Notons que Faye prévoit le retour de bâton russophobe en cas de chute du communisme.
On a été servis.

Chesterton annonce la nursery féministe dans son génial reportage Ce que j’ai vu en Amérique. Faye voit pointer à son tour la société covi diste :
« Or, dans ce processus, la sécurité joue un grand rôle, à la fois idéologique et pratique. La technostructure étatique, non seulement ne se donne plus comme autoritaire et répressive, mais fonde sa légitimité sur la protection ; c'est elle qui formule et globalise les revendications sociales en les reprenant à son compte, comme l'a vu Lucien Sfez; c'est elle qui ordonnance les réseaux de protection économique et sociaux, mais surtout c'est elle qui produit une très puissante réglementation de la sécurité qui innerve la société; cette règlementation est si présente que nous n'en percevons souvent plus l'extraordinaire autoritarisme. »
Cet autoritarisme ira de pair avec le bellicisme lui aussi d’origine chrétienne; fondamentalement fanatique, l’Occident-camp-du Bien extermine pour accomplir sa mission (raison pourquoi les jours de Trump archéofuturiste et de Vance sont comptés par les sénateurs US) :
« A moins - et c'est le deuxième cas - que le conflit ne soit reconnu comme croisade, guerre sainte; ce qui aura pour effet de briser toute codification morale et d'encourager le fanatisme. Se battant pour la vérité et non « par jeu » ou « par habitude », les hommes en proie à une telle mentalité retrouvent une agressivité pulsionnelle; paradoxalement, le conflit devient «inhumain». »
C’est un oxymore de Venise cet Occident avec sa religion d’amour qui aime exterminer pour assurer la paix partout (quand tout sera mort nous aurons la paix) ; mais c’était comme ça mille ans avant les USA :
« ...Il est intéressant de constater que notre civilisation a vécu les conflits les plus meurtriers lorsque ceux-ci étaient provoqués par les religions ou les idéologies universalistes, humanitaires, pacifistes, etc. Les monothéismes de l'Amour absolu ou du fraternalisme dogmatique donnent très classiquement lieu au fanatisme guerrier. Lorsque l'ennemi est l'ennemi absolu, le non-homme, le« fauteur de guerre», le dernier coupable à éliminer avant la paix universelle – schéma commun par exemple au christianisme et au communisme; le conflit devient croisade meurtrière. Des guerres de religions aux génocides du 20ème siècle, la responsabilité du christianisme ou des idéologies qui en dérivent est majoritaire. »
Certains critiqueront ou injurieront ces propos ; ce n’est pas très grave. Quand on a pu supporter François quinze ans, on peut supporter tout.
Finalement les fans de Jérusalem vont triompher, nous annonce Guillaume Faye:
« Ainsi, toute entière organisée autour du refus du conflit, projetant de l'éradiquer définitivement de l'espèce humaine, la civilisation occidentale, prolongement du christianisme, s'instaure comme figure centrale du Déclin. La Jérusalem céleste, déclin de l'ici-bas, déclin de la vie, est bien en train de descendre sur terre… »
Mais continuons, même si nous nous rapprochons des trois mille mots (combien d’amateurs ?). Faye tord gentiment le cou à Spengler. Mais Spengler s’est bien rattrapé dans ses ouvrages ultérieurs comme je l’ai montré récemment: l’homme et la technique ou années décisives; et on peut tout à fait appeler déclin une crise ontologique qui gagne le monde. La déperdition ontologique ou qualitative, Guénon en a parlé à la même époque, je crois ? Je dirais même que plus un système est pourri et cancéreux, plus il est victorieux. Il n’a plus besoin d’être bon militairement, Hollywood nous le dit dans Top Gun II et dans 13 hours. La gangrène triomphe. De ce point de vue les lignes qui suivent sont géniales :
« Premier paradoxe: alors que l'idéologie occidentale entre dans son déclin - déclin des théories progressistes, révolutionnaires, démocratistes etc. - la civilisation occidentale connait, même sur le plan politique, une expansion irrésistible de ses régimes économiques et politiques, qu'ils soient socialistes ou capitalistes, au détriment des traditions locales de souveraineté et de culture. Deuxième paradoxe: alors que l'Europe semble entamer, hélas, en tant qu'ensemble continental, un dépérissement dans un nombre impressionnant de domaines, l'Occident qui constitue, pour Abellio comme pour Heidegger, le fils métaphysique et géopolitique de cette Europe, explose à l'échelle de la planète entière. »

Cerise sur le catho :
« Comme si la civilisation occidentale était une machine devenue folle, son centre implose tandis que sa périphérie explose. L'Europe régresse, l'Occident se répand. Le sens disparaît, les formes croissent. Le «sang» s'évapore, mais les veines se ramifient en réseaux de plus en plus vides. De moins en moins de cerveau, mais de plus en plus de corps et de muscles… »
Conclusion logique :
« Tout cela ressemble étrangement à une prolifération cancéreuse. Un cancer, en effet, c'est le déclin de la différenciation qualitative des cellules au profit du triomphe de la reproduction quantitative. »
Idem pour les diplômes. On vient d’apprendre qu’une bécasse dotée de cinq ans d’études nullissimes ne trouve pas à se caser professionnellement même au bout de 150 CV…
La suite est moins marrante, la masse se rapprochant du camp de concentration électronique :

« On peut considérer que l'uniformisation de la Terre entière sous la loi d'une seule civilisation -politique, économique et culturelle- est un processus bio-cybernétique, puisqu'il s'agit, comme le montrèrent Lupasco et Nicolescu, d'une homogénéisation d'énergies. Pour l'instant cette entropie est «expansive»; elle sera un jour, comme toute entropie dans sa phase n°2, implosive. Et n'allons pas croire, comme l'imagine Lévi-Strauss, que de « nouvelles différences» et de nouvelles hétérogénéités puissent surgir au sein d'une civilisation mondiale devenue occidentale. Il ne s'agirait que de spécificités superficielles, des folklores ou des« variantes». »
Faye essaie sans conclure (« la bêtise revient à conclure », a dit un Maître nommé Flaubert qui comprend tout dans sa Correspondance vers 1850) de se montrer optimiste :
« L'Occident a un principe, abstrait, c'est l'idéologie (américanisme ou soviétisme, tous deux sécularisations du christianisme). Or l'Europe n'est pas un principe, mais un peuple, une civilisation, une histoire, de nature vivante et organique et non pas mécanique. En ce sens l'Europe n'est qu'en décadence. Elle traverse un âge sombre dont elle peut se remettre. »
Les putschs partout de la bureaucratie bruxelloise devraient-ils nous remonter le moral ? On verra…

Faye écrit comme Héraclite, Heidegger ou Hölderlin, moitié poète, moitié philosophe. Et il cite pour terminer ce film qui nous fit tous rêver à l’orée des années 80 qui étaient si catastrophiques en France, si prometteuses en Grande-Bretagne (John Boorman, Hugh Hudson, Ridley Scott…) :
« Ce futur possible, que nous ne pouvons envisager que comme la fin de l'hégémonie millénaire de la conscience occidentale sera, comme l'enchanteur Merlin dans le film Excalibur de John Boorman, «pour certains un rêve, mais pour d'autres un cauchemar».
Mais il se peut aussi - c'est la liberté de l'histoire- que ce qui est le jour pour certains ne réapparaisse plus jamais, que notre histoire trouve définitivement sa fin, que jamais aucun Roi ne vienne recueillir l'épée enfouie au fond des eaux. »
Il y a une certaine beauté à voir tout se terminer, à assister à un naufrage. On le sait par le mage Taliesin.
Et tout le reste est littérature, petit scrutin électoral.
16:47 Publié dans Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : guillaume faye, nouvelle droite, occident, déclin, décadence |
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