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jeudi, 26 mars 2026

L’Europe dans le piège énergétique qu’elle s’est elle-même construit

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L’Europe dans le piège énergétique qu’elle s’est elle-même construit

Giuseppe Gagliano

Source: https://it.insideover.com/energia/leuropa-nella-trappola-...

Sanctions, guerre et dépendance: le bilan stratégique d’une erreur politique.

La crise énergétique européenne n’a pas surgi soudainement et ne peut être expliquée uniquement par la dernière escalade militaire au Moyen-Orient. La guerre liée à l’Iran a eu, si l’on veut, le mérite brutal de rendre visible une fragilité que l’Europe traînait depuis des années, et que les élites dirigeantes du continent ont longtemps préféré masquer par des formules idéologiques, des slogans moraux et des décisions politiques dépourvues de réelle profondeur stratégique.

Aujourd’hui, le résultat est sous les yeux de tous: au moment où l’énergie redevient le fondement matériel de la puissance, l’Europe découvre qu’elle est le seul grand espace économique dépourvu d’autonomie suffisante et de réelle capacité à protéger ses propres intérêts.

Ce n’est pas la dépendance à la Russie, mais à l’énergie

Pendant des années, le débat européen a été déformé par une représentation simpliste: on disait que l’Europe devait se libérer de la dépendance à la Russie, comme si le problème était exclusivement politique et non structurel.

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En réalité, le vrai enjeu n’était pas Moscou en soi, mais la dépendance européenne à une énergie bon marché, continue et abondante, quelle qu’en soit la provenance. Lorsque cette architecture s’est brisée, le continent n’a pas construit de véritable alternative: il a simplement remplacé une vulnérabilité par une autre, souvent plus coûteuse, plus instable et plus exposée aux tensions géopolitiques mondiales.

La rupture avec la Russie n’a donc pas permis une libération stratégique, mais a placé l’Europe dans une position subordonnée au sein d’un marché énergétique plus incertain. Moscou, de son côté, a constaté que son avenir économique se jouerait de moins en moins sur le marché européen et de plus en plus dans l’espace eurasiatique. Cela signifie que l’Europe n’a pas seulement perdu une source d’approvisionnement: elle a également perdu le pouvoir d’être le centre naturel de gravité d’une relation énergétique fondamentale.

Le retour de la géographie face aux illusions européennes

La crise a remis au premier plan un fait élémentaire que les élites européennes ont tenté d’ignorer: on n’efface pas la géographie par des sanctions ou des déclarations politiques. Russie, États-Unis et Chine disposent, sous des formes diverses, de leviers énergétiques, d’une masse territoriale, d’une capacité industrielle ou d’outils pour assurer leur accès aux ressources. L’Europe, non. Et lorsque la sécurité des routes est menacée, lorsque le Golfe s’agite, lorsque les prix explosent et que le marché réagit au risque avant même le dommage réel, le continent découvre qu’il ne dispose pas de marges de manœuvre équivalentes à celles de ses concurrents stratégiques.

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L’effet économique est immédiat. L’énergie chère se répercute sur les coûts industriels, déprime la compétitivité, érode les marges des entreprises, réduit la consommation et accentue les fractures sociales. L’effet géo-économique est encore plus grave: une Europe qui paie son énergie plus cher que ses rivaux devient une Europe moins capable de défendre sa base productive et plus vulnérable à la désindustrialisation. La rhétorique de la transition verte, si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de puissance, risque alors de devenir un accélérateur de dépendance plutôt qu’une issue de secours.

Sanctions: l’arme qui a blessé celui qui la maniait

C’est ici que surgit le point politique le plus gênant. Les sanctions devaient frapper l’adversaire et affaiblir sa capacité de résistance. En partie, elles ont eu des effets, mais elles ont aussi engendré des conséquences inverses à celles recherchées. Elles ont accéléré le détachement de la Russie vis-à-vis de l’Europe, favorisé de nouveaux liens économiques en Eurasie et contraint le continent européen à payer un prix interne bien plus élevé que prévu.

Voilà la véritable leçon stratégique: la guerre économique n’est jamais un exercice abstrait. Si celui qui la mène ne dispose pas de ressources, de résilience industrielle, de contrôle logistique ni d’alternatives crédibles, il risque de se blesser lui-même avant même d’atteindre la cible. L’Europe a cru pouvoir utiliser le marché comme un instrument de coercition, mais elle a fini par découvrir que le marché énergétique est avant tout un champ de forces gouverné par ceux qui possèdent les matières premières, les routes, les capacités militaires et une vision à long terme.

Le scénario qui s’ouvre

À court terme, l’Europe restera exposée à la volatilité du Moyen-Orient, aux tensions sur les routes maritimes et à la concurrence mondiale pour le gaz et le pétrole. À moyen terme, elle devra choisir entre continuer à subir les prix et les décisions venues d’ailleurs ou se doter d’une politique énergétique réellement stratégique, fondée non sur des moralisations sélectives, mais sur la sécurité des approvisionnements, l’investissement dans les infrastructures et la protection de la capacité industrielle. À long terme enfin, la question énergétique décidera d’une partie essentielle du destin géopolitique du continent : celui qui ne contrôle pas au moins partiellement son énergie ne contrôle pas son économie, et celui qui ne contrôle pas son économie n’a pas de souveraineté politique réelle.

L’erreur européenne, en somme, a été celle-ci: confondre la posture morale avec la stratégie, la déclaration avec la puissance, le désir avec le rapport de force. Maintenant, la facture arrive. Et ce n’est pas seulement une facture économique. C’est le prix géopolitique de l’impuissance.

mercredi, 17 mars 2021

Pour un environnementalisme harmonieux: ni Greta ni Trump, une troisième position

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Pour un environnementalisme harmonieux: ni Greta ni Trump, une troisième position

Dans cette phase de chaos politique général, dans laquelle il manque une vision forte de l'avenir européen, il est toutefois possible de promouvoir une industrie européenne écologique innovante, qui exploite les ressources dans une perspective d'économie circulaire, et où l'Italie serait un leader.

Les activités de recyclage, de production de biométhane à partir de déchets organiques, d'éco-conception, de rénovation urbaine peuvent générer de nouveaux emplois (jusqu'à 800.000 en un an) et augmenter le PIB, bien plus que les manœuvres financières réalisées par des gouvernements improvisés.

par Sergio Bisaccia,

Responsable environnement

Ex : https://www.centrostudipolaris.eu/

Il est difficile de ne pas se sentir nauséeux si l'on suit les débats actuels sur le "green new deal", le "plastic free", l'économie verte, etc. : d’une part, il y a ceux qui exploitent l'écologie de manière opportuniste pour récupérer d'anciennes positions politiques gagnantes, et, d’autre part, ceux qui veulent sauver des entreprises et des portefeuilles amis en niant le problème écologique, et en jetant (dans le pétrole et le gaz) le bébé avec toute l'eau du bain.

Écologistes mondialisés contre souverainistes fossilisés: les deux camps s'affrontent, et le cracheur de feu est à la caisse...

Notre nausée continue de croître quand on voit la gamine Greta Thunberg aller devant les tribunaux des puissants pour leur dire qu'ils lui volent son avenir, tandis qu'ils s'écorchent les mains pour l'applaudir, l'inviter, en parler à leurs petits-enfants, sans rien faire ; et la nausée ne s'estompe pas quand on entend un Trump nous dire que le changement climatique est "un mensonge inventé par les Chinois pour lutter contre la croissance économique des États-Unis d'Amérique".

Tout d'abord, il serait bon de nous apercevoir que nous sommes au cœur d'une guerre géopolitico-économique mondiale autour de l'énergie, et que le souci de la Planète et les thèses environnementalistes sacrées ne sont qu'une toile de fond sur laquelle se joue une immense bataille d'intérêts. Les écologistes et les fossilistes sont des chevaux de Troie qui agissent, souvent à leur insu, en faveur de l'une ou l'autre armée présente sur le terrain.

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Deux armées transversales

L'une de ces armées est celle des énergies fossiles : le pétrole (dont dépendent encore 95% des transports dans le monde), le charbon (première source de production d'électricité dans le monde) et le gaz, et c'est une armée que nous connaissons : nous savons très bien et depuis des décennies entre quelles mains elle se trouve. Ceux qui peuvent alors se permettre l'énergie nucléaire pour des raisons militaires la conservent. Plus évanescente à identifier, mais déjà très puissante, est au contraire l'autre armée, celle des terres et minéraux rares (nécessaires aux batteries des voitures électriques et aux accumulateurs d'énergie), des éoliennes, des panneaux solaires, de la capture du carbone, du biogaz et, surtout, de la 5G et de l'intelligence artificielle, les nouveaux moteurs de l'"économie verte".

La nouveauté est que ces armées sont transversales et agissent au sein des mêmes États. Elles réagissent ensuite à des logiques (et des ordres) qui ne sont pas automatiquement identifiables pour les intérêts nationaux : par exemple, les États-Unis soutiennent les combustibles fossiles, mais la Californie et de nombreuses entreprises de la Silicon Valley jouent depuis longtemps dans l'autre camp ; la Chine a les pieds fermement ancrés dans les deux armées ; les Arabes sont parmi les leaders de la coalition fossile, mais en réalité ils préparent leur prochain saut dans l'autre camp. La Russie est le seul État qui semble lié à une seule armée, mais nous ne pouvons pas en être sûrs pour les prochaines décennies.

Et qu'en est-il de l'Europe ? Perdue dans sa crise d'identité et assottée par son masochisme anti-historique, l'Europe n'a même pas de véritable politique énergétique commune, et se contente de mener une bataille en coulisse, dans les deux armées, en prenant parti pour l'une ou l'autre faction, mais jamais pour elle-même.

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Un environnementalisme européen futuriste ?

Dans ce contexte, peut-on identifier une troisième position potentielle et efficace, plus proche d'une forme de bon sens et peut-être plus connaturelle au génie italien et européen ? Une nouvelle position, fondée sur une vision à moyen et long terme, qui puisse assurer la stabilité énergétique et économique des générations futures, en la libérant de l'héritage des lobbies passés et en alliant tradition et innovation ? Un environnementalisme futuriste européen, qui récupère l'esprit des années vingt du siècle dernier et l'applique concrètement aux années vingt de ce siècle ? C'est possible. A condition de suivre quelques principes fondamentaux et de renverser certaines conceptions qui, dans le passé, ont dérouté même les tenants de la droite radicale.

Voici quelques idées :

1) L'autonomie énergétique de l'Europe et de l'Italie doit passer par le soleil, le vent, l'eau et la biomasse. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ce que le pétrole et le nucléaire représentaient en 1920 (c'est-à-dire la possibilité d'un développement innovant et d'une intelligence créative entre nos mains), les énergies renouvelables l'offrent aujourd'hui. Il n'y a pas de source d'énergie plus "souveraine" que celle, libre et naturelle, que l'Italie et l'Europe possèdent en abondance et qu'elles peuvent fournir en permanence sans dépendre de pays lointains. Un Mussolini, aujourd'hui, viserait une autarcie énergétique et régénératrice basée sur nos énergies renouvelables, qui, entre autres, redonnerait à la Méditerranée un rôle central et briserait toute subordination énergétique, plutôt que de faire dépendre notre avenir du prix du baril ou du caprice de Poutine ou d'un émir. Pourtant, les souverainistes obtus préfèrent les énergies fossiles et snobent les énergies renouvelables... menant à leur insu un combat masochiste, allez savoir pourquoi. ENEL l'a compris, ENI non.

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2) Dans cette phase de chaos politique général, où une vision forte de l'avenir européen fait défaut, il est au contraire possible de promouvoir une industrie européenne écologique innovante, qui exploite les ressources dans le cadre d'une économie circulaire, et qui considère l'Italie comme un leader. Les activités de recyclage, de production de biométhane à partir de déchets organiques, d'éco-conception, de rénovation urbaine peuvent générer de nouveaux emplois (jusqu'à 800.000 en un an) et augmenter le PIB, bien plus que les manœuvres financières faites à tâtons par des gouvernements improvisés. Aujourd'hui déjà, l'Italie (certainement pas grâce aux gouvernements) est la première économie "verte" parmi les cinq grands pays européens : ce sont des données que nous ignorons souvent et que nous n'utilisons pas. Nos entreprises excellent dans le monde et la Chine offre des passerelles de collaboration. Nous devrions nous concentrer encore davantage sur cette nouvelle forme d'économie et en exporter les fruits, plutôt que de la critiquer et de l'écraser.

3) L'économie circulaire, si à la mode, n'est rien d'autre qu'une évolution du concept d'autosuffisance régénératrice, qui s'applique aussi et surtout à l'agriculture, mais qui est applicable à presque tous les processus de production.

4) Étant donné qu'aujourd'hui, même l'Allemagne (par commodité et par nécessité) soutient que la contrainte budgétaire européenne de 3 % ne doit plus être appliquée, en particulier aux investissements verts nationaux, nous qui sommes les premiers dans l'économie verte, ne nous préoccupons pas des vieilles badernes et des vieux chnoques et investissons, même en plongeant le budget dans le rouge, pour donner de l'énergie et de la force aux entreprises italiennes qui misent sur l'environnementalisme du futur.

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5) Grâce à de nouvelles formes de taxation au niveau européen (ne les appelons pas des droits), par exemple un mélange de taxe sur le carbone et de taxe aux frontières, renforçons la primauté écologique européenne en limitant l'importation de biens et de services asiatiques et américains à faible coût et ayant des effets négatifs sur l'environnement, et en favorisant, également sur une base écologique, les produits italiens et européens.

Jetons par-dessus bord la vieille croyance erronée selon laquelle l'environnement est de gauche et créons un nouvel environnementalisme futuriste européen. Le moment est propice.

Tiré de "Polaris - le magazine n.23 – ‘’POUR UN ENVIRONNEMENTALISME FUTURISTE".