samedi, 23 mai 2026
Mondialisation: Gauche et Droite atlantistes

Mondialisation: Gauche et Droite atlantistes
Diego Fusaro
Source: https://posmodernia.com/anglobalizacion-izquierda-y-derec...
Le pouvoir découlant du dispositif idéologique néolibéral, son omniprésence intrusive, capable d'imprégner intégralement l’imaginaire général de notre époque et, par conséquent, de subordonner sous lui-même les deux quadrants que sont la Droite et la Gauche, apparaît clairement à travers la capacité performative dont il fait preuve, en tout contexte, pour se légitimer en délégitimant toute expérience différente, qu’elle soit réellement existante ou idéalement possible. L’utilisation de la mémoire historique à sens unique, mais aussi de la catégorie du totalitarisme, en sont de brillants exemples.
À leurs côtés, et reliées à ces deux fonctions expressives, demeure la diabolisation toujours omise, par l’ordre discursif néolibéral, du lancement des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, qui constitue le dernier acte de la Seconde Guerre mondiale et, en même temps, le premier de la Guerre froide. L’absence de repentir et de traitement collectif du crime qui fut alors commis, et qui n’a même pas été défini comme « crime », mais comme un acte légitime de guerre ou, si l'on se place d’un point de vue différent, comme un « mal nécessaire » (contre un Japon déjà vaincu et réduit à l'impuissance), est emblématique de ce qui a déjà été souligné: pour l’ordre néolibéral américano-centré, le génocide et la violence, les bombardements et le totalitarisme sont toujours, par définition, ceux qui ne sont pas directement liés à la mise en œuvre de leur propre ordre néolibéral.

L’origine fondatrice de l’impérialisme atlantiste actuel réside, sur le plan de la Weltgeschichte (de l'histoire universelle), dans la justification des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki: et, par conséquent, dans ce déséquilibre de la culpabilité, en vertu duquel la juste condamnation des camps de concentration et des goulags n’a pas été suivie par une condamnation analogue du lancement de ces deux bombes atomiques, et avec elles, de la pratique des «bombardements pour faire le bien». Le résultat de cette asymétrie évaluative est bien connu: en tant que «mal nécessaire», le bombardement légalisé a pu être de nouveau pratiqué, comme en témoignent, entre autres, les événements du Vietnam (1965), de Yougoslavie (1999), d’Irak (1991 et 2003), de Libye (2011) ou d’Iran (2026).
Si la droite a historiquement maintenu un rapport constant et crédible avec l’impérialisme et a été, en fait, l'espace premier de sa propulsion et de sa légitimation, la nouveauté idéologique, digne d’être mentionnée, semble être la récente reconversion de la Nouvelle Gauche fuchsia qui accepte les «justifications» avancées pour banaliser les "bombardements éthiques", l’interventionnisme humanitaire et les embargos thérapeutiques: en un mot, cette gauche fuchsia accepte les raisons inviquées par le « mal universel » qu'est l’impérialisme américain, lequel coïncide de facto avec le «bras armé» de la mondialisation marchande. Et c’est, de plus, la preuve que l’ordre néolibéral n’emploie la violence que là où le pouvoir persuasif de la manipulation et la puissance intellectuelle de la domestication ne lui suffisent plus, et qu’il réapplique alors cette violence, « en versant – pour le dire avec Marx – sang et immondice de la tête aux pieds », là où il rencontre résistance et opposition.
L’impérialisme américain repose sur un « syllogisme de guerre » (Domenico Losurdo), qui stipule ce qui suit: étant donné qu’il existe des valeurs universelles, dont l’Occident atlantiste est l’interprète et le gardien exclusif, il en découle logiquement que l’Occident lui-même détient le droit d’exporter ces valeurs universelles, éventuellement en recourant à une guerre souverainement déclarée «préventive»; une guerre qui, selon ces présupposés, sera par définition et en tout cas – si on laisse de côté ses conséquences plus ou moins catastrophiques – une guerre juste, menée au nom des droits de l’homme et de la liberté universelle. Et, parce que, de l’erreur, tout découle (ex falso sequitur quodlibet): la torture et les morts violentes n’auront pas la même signification si elles sont commises par un terroriste non aligné sur l'idéologie globaliste ou par un promoteur du libre-échange sous l’égide de l'atlantisme.

La structure économique des droites (l'imposition du marché et des intérêts des groupes dominants) trouve désormais son complément dans la superstructure culturelle des gauches (l'idéologie interventionniste des droits de l'homme). En effet, l’impérialisme du Léviathan au drapeau étoilé procède toujours, dans ses justifications, selon un double registre: celui du cynique de droite et celui de la «belle âme» de la gauche. Le cynique soutient ouvertement l’invasion impérialiste au nom de «l'intérêt du plus fort» – selon le théorème de Trasymaque – et au nom de l’intérêt économique et géopolitique brut de la force dominante. La belle âme, qui se déclare de gauche, cherche, quant à elle, à justifier l’invasion impérialiste par la rhétorique tonitruante des droits de l'homme ou, même, en feignant d’adopter le point de vue des plus faibles que l’opération impérialiste elle-même serait censée défendre.
C’est uniquement sous cette perspective que l’on peut pleinement expliquer le positionnement des principales forces de la «gauche impériale» de l’Occident dans le cadre de la «Quatrième Guerre mondiale», tel que l’a interprété et défini Costanzo Preve. Ce conflit coïncide avec la guerre globale que la civilisation du dollar, victorieuse de la Troisième Guerre mondiale (c'est-à-dire la Guerre froide), a déclarée en 1989 à tous les gouvernements de la planète qui ne s’étaient pas encore alignés sur le consensus de Washington ni intégrés dans les espaces protégés du (dés)ordre de la mondialisation néolibérale américano-centrée.
L’objectif principal de la Quatrième Guerre mondiale, et de ses tentatives techniques pour mettre fin à l’humanité, consiste à maintenir le monde unipolaire du leadership atlantiste (la gouvernance globale), à détruire militairement les forces qui lui résistent encore, à prévenir l’émergence de concurrents (en particulier la Russie et la Chine), à dévaluer le droit international et à mondialiser une économie de marché déterritorialisée, dépolitisée et dé-souverainisée. C’est le prix de la guerre – ou plutôt, du bellum iustum – que mène la monarchie de type néo-Léviathan fondée sur le dollar (après la fin du bloc soviétique et son rôle, jamais assez loué, de frein à l’impérialisme atlantiste); elle mène cette guerre: a) pour soumettre le monde entier, orphelin de la bipolarité protectrice d’avant 1989 (c'est le projet du Nouvel Ordre Mondial); et b) pour garantir sa propre sécurité globale, en diabolisant immédiatement toute résistance ou opposition, et en la traitant en conséquence de «terroriste».

Parmi les nombreux épisodes de la Quatrième Guerre mondiale, visant à américaniser le globe, il suffit de rappeler, une fois de plus, le cas de la Serbie en 1999. N’étant pas aligné sur la volonté de Washington et fermement attaché à la défense de l’État serbe, le socialiste Milosevic a été copieusement vilipendé par la rhétorique atlantiste et mis au rang de «nouvel Hitler». Et cela afin que, en second lieu, l’opinion publique manipulée accepte le traitement qui lui était réservé à l'avance, et célèbre, en tant que «libération» du nouveau «nazisme» de Milosevic, l’occupation impérialiste pré-ordonnée des Balkans.
D’ailleurs, cette occupation – abstraitement menée au nom des droits de l'homme – s’est traduite par la création, dans la province yougoslave du Kosovo, du « Camp Bondsteel », la plus grande base américaine construite à l’étranger depuis l’époque de la guerre du Vietnam. Elle a ainsi aussi révélé le véritable objectif de l’attaque contre la Serbie, comme un moment clé de la Quatrième Guerre mondiale.
Elle coïncidait principalement avec l’américanisation intégrale d’une partie de la région balkanique, traditionnellement moins influencée par l’atlantisme et culturellement plus proche de Moscou que de Washington. D’ailleurs, même l’ambassade de China a été bombardée par la monarchie du dollar, qui justifiait ce qu’elle qualifiait de « dommage collatéral indésirable » – terme officiel désignant les principaux crimes commis par Washington – ce qui pourrait peut-être mieux se comprendre comme un avertissement clair lancé à la Chine, l’un des principaux – sinon le principal tout court – obstacle à l’atlantisation du monde dans le contexte postérieur à 1989.
Dans ce cas aussi, la gauche néolibérale s’est tenue fermement aux côtés de l’impérialisme américain – comme dans tous les autres épisodes de la Quatrième Guerre mondiale – parfois même avec plus de ferveur que la droite bleue. De plus, elle a joué un rôle crucial dans la justification superstructurelle de ce conflit mondial devant l’opinion publique. Et ce en utilisant le discours politiquement correct du fondamentalisme des droits de l'homme, exportés par missiles et de l’exigence morale de renverser les «nouveaux Hitler» ainsi que les nouveaux totalitarismes disséminés à travers le monde. La guerre en Ukraine, qui a éclaté en 2022, confirme ces tendances, avec une « nouvelle gauche » de plus en plus solidement alignée en une seule file pour défendre les motifs de l’impérialisme américain (dans la phase de l’occupation des espaces post-soviétiques) et même en première ligne pour favoriser l’envoi d’armes aux ennemis de la Russie.

L’universalisme émancipateur qui motivait jadis la lutte contre l’impérialisme et la défense du patriotisme sous-tendant les luttes de libération nationale a été rapidement remplacé, chez les militants de gauche, par la servilité à l'égard du «mal universel», par la rhétorique creuse des droits de l'homme et de la démocratie, c’est-à-dire par l’idéologie que nous – avec Chomsky – qualifierions comme the umbrella of U.S. power (le parapluie du pouvoir américain). La réhabilitation intégrale de l’impérialisme et du colonialisme après 1989 pourrait être considérée comme définitivement accomplie: «Colonialism is back» fut le titre sans ambiguïté proposé par le New York Times le 18 avril 1993. Cette réhabilitation s'effectue par la redéfinition, dans le style parfait de la novlangue, de l’impérialisme atlantiste sous les noms rassurants mais perfides de peacekeeping (maintien de la paix) et d’exportation des droits et de la démocratie. Et elle survient toujours – en Serbie, en Irak ou en Libye – accompagnée d’un oubli bien opportun des exterminations clairement totalitaires qui sont menées par le bras armé de la puissance capitaliste mondialiste, avec ses "bombardements humanitaires" à l'aide d'armes non conventionnelles, avec ses camps de concentration "éthiques et libéraux" (de Guantánamo à Abu Ghraib), ses guerres préventives pour le plus grand Bien, ses embargos génocidaires posés comme thérapeutiques (de Cuba à l’Irak), sa déstabilisation de gouvernements légitimes remplacés par de néfastes dictatures.
Dans le cadre de cette économie politique des droits de l'homme, la réduction à Hitler – selon la figure conceptuelle théorisée par Leo Strauss – joue un rôle de premier plan dans la légitimation du Nouvel Ordre Mondial. Comme cela a été montré dans Il futuro è nostro, la réduction idéologique des gouvernements non alignés sur l'Amérique et l'atlantisme à la catégorie de «nouveaux Hitler» et de «nouveaux totalitarismes rouges et noirs» permet, en fait, l’activation automatique du «modèle Hiroshima», c’est-à-dire, du bombardement éthique présenté comme un «mal nécessaire» (ou comme un «dommage collatéral»), avec des conséquences dévastatrices mais, en tout cas, justifiées au nom de la chute nécessaire de l’abominable dictateur.
C’est pour cette raison que l’ordre discursif libéral-atlantiste a transformé en « nouveaux Hitler » tant Kadhafi, Saddam, Assad que Milosevic – et, en général, tous ceux qui, condamnés a priori pour se trouver du mauvais côté de l’histoire, oseraient s’opposer à l’américanisation impérialiste du monde.
En 2022, même Poutine, dirigeant du pays qui a pris de jure la succession de l’ancienne Union soviétique qui avait combattu en Europe contre le nazisme, a été ouvertement présenté comme un « nouvel Hitler » – dans une extrême manipulation et hypocrisie; et cela, en plus, par une civilisation du dollar qui n’hésitait pas à soutenir, en Ukraine, les nazis réellement existants du «Bataillon Azov» et toutes les forces russophobes qui sont ouvertement nazies dans leurs idées et symboles affichés de manière outrancièrement ostentatoire.

La leçon à en tirer est inflexible: contre les « nouveaux Hitler », non seulement la négociation et le dialogue sont par définition impossibles. Au-delà de cela, toute opération militaire dépasse les limites et la régulation du jus in bello et du jus ad bellum: l’attaque impérialiste, déguisée en «libération» des peuples opprimés, peut être menée jusqu’à ses conséquences extrêmes, donc au-delà de toute prétendue légitimité du jus in bello. La dérégulation du marché s’accompagne ainsi de la dérégulation de la guerre et de l’idée convergente d’une guerre totale, que les hérauts de l’Empire – autoproclamés « forces du Bien » – se déclarent appelés à conduire, par tous les moyens et sans limites, contre les forces diaboliques du Mal: l’Operation Infinite War fut, d’ailleurs, le projet de guerre globale lancé par le président Bush en 2002.
La «Quatrième Guerre mondiale» (Preve) se distingue des précédentes, qui se sont déroulées dans le cadre du capitalisme dialectique, également à cet égard. Elle est également portée par la droite et la gauche impérialistes, toutes deux colonisées par l’idéologie – constitutive de la conscience de la fausse conscience occidentale – avec laquelle le monde capitaliste impérialiste parvient à se légitimer comme le seul monde libre.
La droite bleue et la gauche fuchsia néolibérales apparaissent ainsi comme les deux intendants au service de l’impérialisme américain: c’est-à-dire, de la violence avec laquelle la mondialisation marchande – en tant que phénomène politique, économique, social et culturel – s’impose dans les zones du monde encore résistantes à accepter les « destinées magnifiques et progressistes » du capital.
18:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gauche, gauche fuchsia, droite, néolibéralisme, actualité, diego fusaro, quatrième guerre mondiale |
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dimanche, 23 juin 2024
La gauche fuchsia. Ou de la métamorphose kafkaïenne

La gauche fuchsia. Ou de la métamorphose kafkaïenne
Diego Fusaro
Source: https://posmodernia.com/la-izquierda-fucsia-o-de-la-metamorfosis-kafkiana/
Les lys qui pourrissent sentent bien plus mauvais que les mauvaises herbes [1] . Ces vers, tirés des Sonnets de William Shakespeare, pourraient à juste titre être considérés comme la description la plus réaliste du sort qui a impitoyablement englouti la gauche dans le quadrant occidental du monde après la chute du mur de Berlin.

Pour évoquer une autre figure littéraire, les néo-gauchistes ont subi une Verwandlung, une "métamorphose" semblable à celle décrite par Kafka. Une métamorphose qui les a fait plonger dans l'abîme où ils se trouvent depuis 1989 et, plus encore, depuis l'arrivée du nouveau millénaire. La situation peut sembler parfois tragicomique, si l'on considère qu'aujourd'hui les slogans du Capital et les desiderata des classes dominantes (moins d'État et plus de marché, moins de liens et plus de fluidité, moins d'appartenance communautaire et plus de libéralisation individualiste) trouvent dans les programmes et le lexique de la néo-gauche arc-en-ciel une réponse ponctuelle, une défense énergique et une célébration ininterrompue. Sans hyperbole, l'ordre des dominants, dans le cadre de la mondialisation capitaliste, présente, dans la néo-gauche décaféinée, une apologie et une sanctification non moins radicales que celles qu'elle trouve dans la droite, siège traditionnel de la reproduction culturelle et politique du nexus hégémonique du pouvoir.

La régression et la barbarie, qui n'ont pas cessé d'accompagner le Capital, ne sont plus contestées par la gauche en faisant appel au désir de plus grandes libertés et d'avenirs anoblissants ; au contraire, elles sont obstinément défendues et présentées par la gauche elle-même comme la quintessence du mouvement de ce progrès de claritate in claritatem qui - pour le dire avec Marx - n'a pas cessé de ressembler à "cette horrible idole païenne qui ne voulait boire le nectar que dans le crâne des sacrifiés" [2]. Non plus "socialisme ou barbarie", mais "capitalisme ou barbarie", tel semble être le nouveau et magnétique mot d'ordre d'une gauche qui, en se reniant elle-même et en reniant sa propre histoire, est devenue la plus fidèle gardienne du pouvoir néolibéral.
Nous appelons la Nouvelle Gauche post-moderne et néo-libérale, ennemie de Marx, de Gramsci et des classes laborieuses et, en même temps, amie du Capital, de la ploutocratie néo-libérale et du Nouvel Ordre turbo-capitaliste mondial, la New Left comme on dit en "anglais des marchés", cet anglais-là qui lui est si cher. Nous utilisons cette terminologie pour distinguer soigneusement la néo-gauche fuchsia de la vétéro-gauche rouge qui, à différents degrés et avec différentes intensités (du réformisme au maximalisme révolutionnaire, du socialisme au communisme), a tenté de différentes manières, au 19ème siècle et plus tard au cours du "siècle court", de "prendre d'assaut les cieux", de modifier l'équilibre des pouvoirs, de réaliser le "rêve d'une seule chose" et de mettre en pratique la "simplicité insaisissable".

Plus la vieille gauche traditionnelle, socialiste et communiste semble noble, avec ses succès et ses réalisations, mais aussi avec ses échecs et ses défaites, plus elle suscite l'effet désagréable des "lys flétris" dont parlait Shakespeare, la Nouvelle gauche fuchsia réduite au statut de gardien de la cage de fer du Capital (avec le polythéisme des valeurs de consommation qui y est incorporé) ; une garde sui generis cependant, qui, pour préserver sa propre identité - en réalité perdue depuis longtemps - et l'ancien consensus de force du côté des droits et des faibles, et donc pour pouvoir conduire les masses à l'acceptation silencieuse du pouvoir du néo-capitalisme, doit en permanence se ressusciter à nouveau. Elle doit sans cesse ressusciter des ennemis définitivement éteints (l'éternel fascisme) ou inventer de nouvelles luttes annexes (les micro-luttes identitaires pour le genre et l'économie verte), qui lui permettent d'apparaître comme partie prenante de l'offensive contre les maux d'un existant auquel il a prêté allégeance sans l'avouer.
C'est là que réside l'élément vraiment trash de la gauche néolibérale. En particulier, l'élément le plus abject de la Nouvelle Gauche post-moderne arc-en-ciel consiste à se considérer, avec une fausse conscience nécessaire, comme le front avancé du développement et du progrès universels, sans réaliser que le développement et le progrès qu'elle promeut coïncident avec ceux du Capital et de ses classes ; un développement et un progrès qui, par conséquent, s'accompagnent de la déresponsabilisation, de l'appauvrissement et de la régression des classes nationales-populaires, c'est-à-dire celles que la gauche néolibérale "anti-populiste" considère aujourd'hui ouvertement comme ses principaux ennemis. Et que la vieille gauche rouge a assumé comme son propre sujet de référence social et politique, dans l'empressement de provoquer l'émancipation de la prose de l'aliénation capitaliste. Il n'y a pas de doute : pour la Nouvelle Gauche libérale-progressiste, l'ennemi principal n'est pas la mondialisation capitaliste, mais tout ce qui ne s'est pas encore incliné devant elle et lui résiste encore.
L'antifascisme en l'absence de fascisme et les micro-luttes identitaires pour les droits arc-en-ciel ou, en tout cas, pour des questions sidéralement éloignées de la contradiction capitaliste, permettent à la Nouvelle Gauche de bénéficier d'un triple avantage: (a) disposer d'un alibi pour justifier son adhésion désormais intégrale au programme de la civilisation néolibérale postmoderne ; (b) maintenir sa propre identité et son propre consensus, à travers la fiction de la lutte contre des ennemis morts et enterrés (le fascisme) ou contre des instances qui, de toute façon, ne remettent pas en cause la reproduction globale de la société techno-capitaliste ; (c) conduire les masses de militants - qu'il conviendrait souvent d'appeler "militants" - tout droit vers l'adhésion à l'anarchie efficace du néo-cannibalisme libéral, présenté précisément comme progressiste et "de gauche".

Le consensus inertiel dont bénéficie encore la néo-gauche fuchsia, grâce à un passé glorieux du côté du travail et de l'émancipation, sert ainsi à exploiter et donc à légitimer ce que la vieille gauche rouge avait combattu. A l'appui de la thèse de ce processus de métamorphose, qui a commencé avec les soixante-huitards et s'est manifesté sous sa forme la plus radicale après l'annus horribilis de 1989, il suffit de rappeler que, depuis les années 90 du "petit siècle", chaque succès de la gauche en Occident tend à coïncider avec une défaite retentissante des classes laborieuses.
Au nom du Progrès, la gauche s'est faite, avec encore plus de zèle que la droite, le promoteur de la libéralisation et de la privatisation consuméristes, de la précarisation du travail et de l'exportation impérialiste des droits de l'homme ; en d'autres termes, elle a réalisé, avec une méthode scientifique et une rigueur admirable, le tableau de bord du bloc oligarchique néolibéral. Et elle l'a fait en soutenant toujours - et en ennoblissant comme un Progrès - l'extension de l'impitoyable logique marchande à toutes les sphères du monde de la vie, à tous les coins de la planète, à tous les recoins de la conscience, en délégitimant symétriquement (comme "régression", "fascisme", "totalitarisme", "populisme" et "souverainisme") tout ce qui pourrait encore contribuer, selon les mots de Walter Benjamin, à tirer le frein d'urgence, à arrêter la "fuite éperdue" vers le néant de la barbarie et du nihilisme.

Dans le lexique politique postmoderne de la Nouvelle Gauche arc-en-ciel, il n'y a aucune trace des droits des travailleurs, des peuples et des opprimés: au contraire, le "populisme" est l'étiquette péjorative, de plus en plus en vogue, qui - en maîtres de la néo-langue brevetée par Orwell [3] - délégitime a priori toute revendication nationale-populaire des classes laborieuses et du peuple souffrant, tout écart par rapport au "Progrès", c'est-à-dire au programme de développement de la civilisation néolibérale. Il ne fait aucun doute que le discours du capitaliste, comme l'appelait Lacan, et la "nouvelle raison du monde" néolibérale [4] ont également saturé l'imaginaire d'une gauche désormais philo-atlantiste et orientée vers le marché, qui est passée cyniquement et sans complexe de la lutte contre le Capital à la lutte pour le Capital.
Cette intégration dans le capitalisme mondial est rarement admise ouvertement pour ce qu'elle est réellement: un alignement conscient sur le monde en opposition auquel les politiques de la gauche socialiste et communiste ont été légitimées pendant la majeure partie du 20ème siècle. De manière diamétralement opposée, la nouvelle gauche est presque toujours justifiée par le recours à la formule hypocrite, libératrice et déresponsabilisante de "il n'y a pas d'alternative" ou à sa variante - sur laquelle se fonde la nouvelle théologie économique - selon laquelle "c'est ce que le marché exige". Il n'est pas rare que cette formule soit louée par la gauche comme une adhésion au rythme du progrès, en oubliant de souligner que le progrès en cours coïncide avec celui du capital et de sa marche triomphale vers l'affirmation de soi.
Cette obscène adhésion apologétique à la prose réifiante de l'inégalité capitaliste parmi les hommes et à son augmentation vertigineuse est prétextée dans le quadrant gauche par le recours au théorème de l'identification du statu quo intrinsèquement antidémocratique avec la "démocratie" parfaitement complète qui doit être protégée des dangereuses tentatives de "subversion fasciste", qui à leur tour sont faites pour coïncider idéologiquement avec toute prétention à mettre en marche l'exode de la cage de fer néolibérale.

La rhétorique antitotalitaire, comme l'ont montré Losurdo [5] et Preve [6], joue un rôle décisif dans la consolidation du consensus vers la civilisation néolibérale : elle permet de glorifier le mode de production capitaliste comme le royaume de la liberté, en liquidant comme " totalitaire " le communisme historique des 19ème et 20ème siècles et, en perspective, tout mouvement qui pourrait proposer des voies alternatives d'émancipation par rapport au capitalisme lui-même. D'une part, le seul totalitarisme réellement existant aujourd'hui - celui de la société totalement administrée du techno-capital - est vénéré comme la société ouverte de la liberté parfaitement mise en œuvre ; et, d'autre part, l'idée de socialisme est condamnée sans appel, induisant l'adaptation, euphorique ou résignée, à la " cage de fer " néolibérale.


Achille Occhetto et Giorgio Napolitano.
L'adoption du paradigme antitotalitaire a contribué de manière décisive à la métamorphose de la Nouvelle Gauche en une force libérale-atlantiste complétant le rapport de force hégémonique. Il ne faut pas oublier que dès mai 1989, c'est-à-dire quelques mois avant la chute du mur, Achille Occhetto et Giorgio Napolitano - figures de proue du Parti communiste italien - se trouvaient à Washington (c'était d'ailleurs la première fois dans l'histoire qu'un secrétaire du PCI se voyait accorder un "visa"). Occhetto avait mis le PCI sur la voie d'une métamorphose kafkaïenne ("svolta della Bolognina") en Nouvelle Gauche, c'est-à-dire en un parti radical de masse. Napolitano, quant à lui, occupera deux fois de suite la fonction de président de la République (de 2006 à 2015), sans s'opposer ni à l'intervention impérialiste en Libye (2011) ni à l'avènement du " gouvernement technique " ultralibéral de Mario Monti (2011).
Dans ce même sillage métamorphique, sous le signe de la rhétorique antitotalitaire, il faut lire la déclaration du secrétaire du Parti de la refondation communiste, Paolo Ferrero, dans le journal Liberazione du 9 novembre 2009, à propos du "jugement politique sur la chute du mur de Berlin": "ce fut un événement positif et nécessaire, à célébrer". Les propos de Ferrero auraient pu être ceux de n'importe quel homme politique d'obédience libérale-atlantiste.
La métamorphose kafkaïenne de la Nouvelle Gauche apparaît d'autant plus clairement si l'on considère que, pour sa part, le communisme a été la promesse la plus séduisante d'un bonheur autre que celui disponible, mais aussi la critique la plus glaçante de la civilisation de la marchandise: il a été, au moins en théorie, la plus grande tentative jamais faite dans l'histoire des opprimés pour briser les chaînes, sans rien à perdre et avec seulement un monde à gagner.
C'est aussi pour cette raison que la gauche post-marxiste et néolibérale figure parmi les réalités les moins nobles qui soient: elle a déterminé opérationnellement ou, en tout cas, favorisé docilement le silence du "rêve d'une chose", sa triste conversion en "rêve des choses" et la réconciliation avec le monde de l'exploitation et de l'inégalité, de la réification et de l'aliénation.
Pour reprendre la formule bien connue de Benedetto Croce à propos du christianisme [7], il fut un temps où il était impossible de ne pas se déclarer "de gauche", tout comme aujourd'hui, pour les mêmes raisons, il est impossible de se dire "de gauche". Essayer de réformer ou de refonder la gauche est une opération intrinsèquement impossible et inutilement énergisante, puisque - comme nous essaierons de le montrer - son paradigme est contaminé dès le début par cette contradiction, qui explose complètement en deux phases: la première avec les soixante-huitards, et la seconde avec 1989. A partir de Marx, de Gramsci et de l'anticapitalisme, le chemin à la recherche de la communauté émancipée pourrait être repris, sous la bannière des relations démocratiques entre individus également libres.

Mais pour ce faire, il faudra en même temps dire adieu au paradigme de la gauche, animé - comme nous l'ont appris les études de Boltanski et Chiapello, celles de Michéa et Preve - par une adhésion irréfléchie au mythe du Progrès et à la croyance erronée que l'approbation du monde bourgeois et de sa culture produit par elle-même l'émancipation. Il faudra "déconnecter" le paradigme de Marx de la gauche et de ses apories internes, repartir de Marx lui-même et s'aventurer vers un communautarisme anticapitaliste nouveau - et à imaginer - au-delà des colonnes d'Hercule de la droite et de la gauche.
Nous considérons donc qu'il est inutile et, de surcroît, contre-productif de s'obstiner à "hurler avec les loups", pour reprendre l'heureuse formule que Hegel utilisait à Francfort pour expliquer qu'il n'était pas possible de réformer quoi que ce soit chez les Francfortistes [8]. Nous vivons à l'époque de la "gauche impossible". Si, comme Preve aimait à le dire, "le message est irrecevable quand le destinataire est irréformable", il faut aller plus loin, sans se soucier du chœur vertueux des loups hurlants. Ces derniers, plongés dans l'agoraphobie intellectuelle, s'opposeront à toute innovation théorique et à toute éventuelle production théorico-pratique de nouveaux paradigmes ayant la capacité - pour reprendre les hendíadis explosifs mis en cause par Marx - de critiquer théoriquement et de changer pratiquement l'ordre des choses.
La néo-gauche glamour, en effet, semble définitivement figée dans son propre paradigme. Et, à la merci de son agoraphobie intellectuelle permanente, elle ne veut pas s'exposer à un dialogue sur les questions et les problèmes qui la concernent et qui concernent sa propre vision : son indisponibilité pour la discussion rationnelle et problématisante fait que celui qui ose la critiquer est, pour cette raison même, ostracisé comme un ennemi à expulser et comme un infiltré fasciste qui - nouvel hérétique - tente de pénétrer dans la citadelle "pure" pour la corrompre.

Même ici, la Nouvelle Gauche joue une fonction apologétique non négligeable vis-à-vis de la globocratie néolibérale : plus précisément, une fonction apotropaïque.
En effet, dans le sillage de son passé, la gauche continue à se présenter perfidement comme le camp de l'émancipation, à l'heure où elle ne défend que les raisons du bloc oligarchique néolibéral : et par ce biais, en se prétendant monopolistiquement du côté de la défense des dominés (qu'en réalité elle contribue quotidiennement à déresponsabiliser), elle contribue à délégitimer toute tentative de critique et de dépassement du capitalisme, en la qualifiant immédiatement de "pas de gauche" et donc de réactionnaire par définition.
En bref, le paradoxe réside dans le fait que si la droite incarne pleinement le paradigme de ceux qui, de diverses manières, s'accommodent du statu quo, la nouvelle gauche prétend représenter exclusivement toute instance critique possible, dans l'acte même par lequel - pas moins que la droite - elle est organique à l'ordre des marchés. Ce faisant, elle garantit sa fonction de gardien de la meilleure façon possible.
Notes:
[1] William Shakespeare. Sonnets. Éd. Cliff, 2013
[2] Karl Marx. "Future Results of British Rule in India", 1853 http://www.marxist.org/espanol/m-e/1850s/1853-india.htm
[3] George Orwell. 1984. Signet Classic, 1961
[4] Pierre Dardot et Christian Laval. La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. Ed. Gedisa, 2015

[5] Domenico Losurdo. La gauche absente. Crise, société du spectacle, guerre. Ediciones de Intervención Cultural, 2015
[6] Costanzo Preve. Destra e Sinistra. La natura inservibile di due categorie tradizionali. Petite Plaisance, 2021.
[7] Benedetto Croce. Perché non possiamo non dirci <cristiani>. Ed. Laterza, 1959
[8] Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Enciclopedia delle scienze filosofiche in compendio. Ed. Laterza, 1963
14:48 Publié dans Actualité, Philosophie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diego fusaro, fauche, gauche fuchsia, nouvelle gauche, philosophie, philosophie politique, théorie politique, politologie, sciences politiques |
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jeudi, 28 septembre 2023
Le livre noir de la nouvelle gauche

Le livre noir de la nouvelle gauche
par Michele Fabbri
Source: https://www.centrostudilaruna.it/marxismo-missione-compiuta.html
La première forme d'oppression qui se manifeste dans l'histoire est celle exercée par les hommes sur les femmes. Ce concept, évoqué par Marx et approfondi par son camarade Engels, est le fondement des démocraties "avancées" d'aujourd'hui, c'est-à-dire des sociétés fémino-centriques et homosexualisées du 21ème siècle. Nous pouvons donc constater aujourd'hui que les systèmes fondés sur la "politique du genre" sont ipso facto marxistes. Cette prise de conscience est nécessaire pour imaginer une alternative à l'état actuel des choses, et certaines avant-gardes intellectuelles commencent à attirer l'attention sur cette question. C'est le cas de deux jeunes et brillants universitaires hispanophones, Agustin Laje et Nicolás Márquez, qui ont publié une étude traduite en italien en 2023 : Le livre noir de la nouvelle gauche.


Cette étude, axée sur l'idéologie du genre, analyse la montée irrésistible du lobby gay et du pouvoir féministe dans le monde occidental. Il en ressort notamment que dans les pays où le socialisme réel a été mis en œuvre, le statut des femmes n'a pas particulièrement progressé: aucun pays du bloc communiste n'a connu de leadership féminin. Quant aux homosexuels, ils ont souvent été persécutés par la loi dans les régimes marxistes. Les auteurs du livre s'interrogent sur ces contradictions inconciliables dans le monde socialo-communiste et estiment que les marxistes ont en tête le vieil objectif de l'abolition de la propriété privée, qu'ils voudraient atteindre en s'appuyant sur la Sainte Alliance entre le féminisme et l'homosexualisme. Le monde homosexuel, bien que négligeable en nombre, jouit d'une puissance médiatique globale. L'homosexualisme servirait alors de bélier pour casser le capitalisme, dit hétéro-capitalisme, avec l'objectif habituel de détruire la famille.
Le livre fait particulièrement référence au monde latino-américain, que les auteurs connaissent très bien, où l'homosexualité est en général organisée au sein de groupes d'extrême gauche. Cependant, la réalité en Europe et en Amérique du Nord montre une image différente: le capitalisme avancé semble être le liquide amniotique de l'homosexualité, qui jouit souvent d'un consensus politique unanime. Fondamentalement, le système occidental est animé d'une haine viscérale à l'égard du mâle hétérosexuel, tenu pour responsable des maux du monde. La criminalisation du genre masculin est l'exercice quotidien des grands médias, et les frustrations de toutes sortes se coagulent dans la misandrie d'État, devenue aujourd'hui une religion civile interclassiste.
Quelle que soit l'interprétation que l'on souhaite donner aux pulsions qui se manifestent dans l'opinion publique, le livre de Màrquez et Laje regorge d'informations utiles et de citations mettant en lumière les piliers de l'idéologie arc-en-ciel, dans laquelle les invitations explicites à la pédophilie, à la coprophilie, à l'inceste, aux pratiques sexuelles extrêmes telles que la roulette russe du SIDA, et même la théorisation d'une démocratie sexuelle post-humaine basée sur l'orifice anal, ne manquent pas... Autant de sujets qui n'ont jamais été abordés par les médias généralistes et qu'il est juste de porter à la connaissance d'un public non averti qui se plie désormais à la rhétorique gay de manière inconsciente, presque par réflexe conditionné.
Les deux chercheurs, qui s'expriment avec une franchise très rare et vraiment louable de nos jours, sont des auteurs d'origine catholique, et de nombreux catholiques italiens, chloroformés par la rhétorique bien-pensante du pape Bergoglio, seront certainement choqués par un langage aussi explicite. C'est une autre raison pour laquelle il vaut la peine de s'attaquer à cette lecture, qui offre, parmi de nombreuses informations intéressantes, des statistiques indicatives pour une évaluation du phénomène LGBT. Les lecteurs trouveront des données sur la prévalence exceptionnelle des maladies vénériennes chez les homosexuels: ces informations sont soigneusement cachées au public et contrastent fortement avec les programmes de santé souvent mis en œuvre par les politiciens (pensez aux campagnes antitabac). On détourne les citoyens du vice de la cigarette, tout en les poussant à des formes de promiscuité sexuelle extrêmement dangereuses du point de vue de la santé !
Une partie du livre est consacrée à l'idéologie de l'avortement, qui est la question anthropologique la plus importante. En outre, l'ouvrage décrit des propositions politiques qui apparaissent dans les publications de la région et qui sont susceptibles d'être mises en œuvre dans un avenir proche: homosexualité obligatoire, hétérosexualité interdite, camps de concentration pour les hommes...

Mais au-delà des observations du livre, on peut dire que le marxisme a gagné avec l'effondrement du mur de Berlin. La haine sociale que le communisme prônait dans les années 1900 s'est transformée en un conflit permanent des sexes entre hommes et femmes ainsi qu'entre homosexuels et hétérosexuels. Le changement de mentalité s'est opéré grâce à l'endoctrinement généralisé des marxistes pendant la période de la guerre froide: sous l'égide de l'école de Francfort, ils ont commencé à comprendre que le capitalisme, tout en générant de grandes inégalités dans la répartition des richesses, réalisait en même temps l'émancipation des femmes, ce qui était évidemment pour les marxistes un objectif bien plus attrayant que la "justice sociale". Le capitalisme a favorisé le travail des femmes pour accroître la consommation, ce qui a également permis d'augmenter les revenus imposables: en bref, les capitalistes ont secoué l'arbre et les marxistes ont récolté les fruits... Après tout, ce n'est pas la première fois que les deux côtés de la modernité collaborent amoureusement !
À long terme, la disponibilité accrue de la main-d'œuvre a généré un chômage de masse et maintenu les salaires à un bas niveau, tandis que le relâchement des liens du sang a fragmenté les patrimoines familiaux. Sans parler du déclin démographique qui conduit les sociétés "avancées" au suicide... Un scénario d'appauvrissement généralisé s'est ainsi mis en place, rendant les travailleurs facilement accessibles au chantage. Ainsi, avec la dématérialisation progressive de l'institution familiale, tout sens de la communauté a été éliminé, ce qui a conduit à un individualisme radical et à la guerre de tous contre tous qui en découle. Le résultat est un modèle social qui tend vers le dystopisme, très proche du communisme puisqu'il vise à l'homologation des modes de vie : aujourd'hui, même les "conservateurs" autoproclamés ont intériorisé le langage arc-en-ciel et l'utilisent sans même s'en rendre compte
Le chef-d'œuvre des progressistes a donc été de féminiser la psychologie de masse. La mentalité de la société contemporaine reflète l'attitude typique des femmes : soumises, obéissantes, serviles... Ainsi, les velléités de rébellion sont facilement absorbées et la classe politique a beau jeu de conditionner des individus castrés, devenus incapables de réagir aux injustices dont ils sont eux-mêmes victimes !
Le livre de Laje et Màrquez se limite à l'aspect idéologique et propagandiste de la question, mais il serait intéressant d'approfondir les thèmes des manipulations biologiques qui ont permis d'établir le Gender; cependant, ces sujets nécessitent une expertise scientifique qui dépasse la formation des deux auteurs, formés en droit et en sociologie. Pour toutes ces raisons, la bataille politique se joue aujourd'hui sur le front du Gender, que l'on peut désormais définir comme le communisme du 21ème siècle. Les arguments ne manquent pas pour démontrer les contradictions du système. Les apories manifestées dans le socialisme réel suffisent déjà largement à discréditer le cadre conceptuel du progressisme, mais l'idéologie du genre est encore plus inconcevable. S'il est vrai, comme le disent les genderistes, que le genre sexuel est un choix psychologique et non un fait biologique, alors tout le monde peut se déclarer femme et tous les problèmes du monde seront résolus: il n'y aura plus de raison d'élaborer des politiques spécifiques pour les femmes ! Le fait que les oligarchies se renforcent au fur et à mesure que l'arc-en-ciel se lève ne fait que confirmer le caractère contre-initiatique du progressisme, historiquement soutenu et financé par des noms bien connus des "complotistes"...
Nicolas Màrquez, Agustin Laje, Il libro nero della nuova sinistra. Ideologia di genere o sovversione culturale, (= Le livre noir de la nouvelle gauche. Idéologie du genre ou subversion culturelle), Editions Eclectica 2023, p.284.
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jeudi, 03 août 2023
Lifestyle-Left: la gauche selon les modes de vie commercialisés

Lifestyle-Left: la gauche selon les modes de vie commercialisés
Diego Fusaro
Bron: https://posmodernia.com/lifestyle-linke-la-izquierda-de-l...
Des phénomènes comme la gay pride sont présentés par l'ordre dominant du discours comme des moments essentiels d'émancipation face à un patriarcat résiduel et homophobe. En réalité, ils ne sont que des manifestations d'adaptation sociale à l'American way of life propre au capitalisme postmoderne, complété par la substitution de la lutte des classes par un conflit de genre et d' "engouements sexuels", par définition interclassiste et donc fonctionnel au maintien de l'ordre dominant. Ce dernier réussit, à chaque fois, à évacuer complètement la priorité politique des classes dominées de la sphère des apparences, c'est-à-dire qu'il supprime, ou du moins atténue, la contradiction asymétrique entre le capital et le travail. Cette contradiction est idéologiquement évacuée au profit d'un conflit de genre totalement abstrait, dans lequel l'homosexuel riche et l'homosexuel pauvre convergent du même côté dans la lutte fictive pour la conquête des droits individuels des consommateurs.

La domestication de tout élan révolutionnaire anti-systémique est obtenue par la distraction, où l'on réoriente les énergies positives vers des conflits issus de la "diversité" et par l'adhésion aux modules de la coolitude post-moderne. Cela se traduit par l'ostentation de l'extravagance et de l'excentricité qui, tout en confirmant la rupture avec l'ancien ordre de valeurs bourgeois et prolétarien, sont pleinement compatibles avec la logique du turbo-capitalisme postmoderne et néo-hédoniste, qui promeut toute transgression fonctionnelle à la conquête de nouveaux espaces pour le marché et tout anticonformisme conforme au nouveau schéma de dérégulation économique et consumériste. La vie entre les barreaux de la cage technocapitaliste n'a cessé de se dégrader entre extravagance et aliénation. Et la gauche, en tant que parti du mouvement et de la transgression, se reconfirme comme partie prenante de la sanctification théorico-pratique de la marche triomphale du capital et des classes dominantes.
Il ne faut pas non plus oublier que l'ère post-héroïque a depuis longtemps remplacé le héros par la victime : être une victime - c'est-à-dire un sujet qui n'a rien fait, mais à qui on a fait quelque chose - confère prestige et immunité contre la critique. Qu'il s'agisse d'un groupe, d'un individu ou de l'environnement lui-même, la victime est le sujet passif par excellence ; elle coïncide avec celui qui a souffert et mérite donc le respect, dans le triomphe de cette résilience qui, ce n'est pas un hasard, est la "vertu" que les magnats cosmopolites apprécient le plus dans les masses subalternes. De plus, la victime a un droit par définition, dans la mesure où on lui a pris quelque chose : de la faiblesse d'avoir souffert, on passe, sans interruption, à la revendication et au désir de compensation.
Enfant de la "culture du narcissisme", de l'égocratie galopante et de la nouvelle culture de la victime vindicative, le jus omnium in omnia apparaît comme le fondement ultime de la civilisation de la libéralisation individualiste tous azimuts de la consommation et des mœurs. Les fantasques batailles arc-en-ciel qui, dans le quadrant gauche, ont remplacé les luttes "rouges" contre le capital et l'impérialisme, se résolvent en fin de compte en revendications pour le capital et l'impérialisme: pour le capital, puisqu'il s'agit, de facto, de batailles libérales-progressistes contre toute limite traditionnelle encore résistante à la libéralisation individualiste de la consommation et des coutumes; pour l'impérialisme, puisqu'elles passent sans réserve au soutien direct de la "mission civilisatrice" - avec le bombardement intégré de la civilisation du dollar et son interventionnisme moralisateur commis au nom de la suppression des droits civils - dans les régions du monde qui ne sont pas encore soumises au mode de production et d'existence capitaliste.
Conformément au nouveau régime de pouvoir postmoderne, caractéristique de la civilisation nihiliste de l'arc-en-ciel, ce sera le désir individuel - et lui seul - qui assumera le statut de loi en l'absence de loi. Une fois de plus, la rébellion anarchique de la gauche arc-en-ciel post-marxiste ne s'oppose pas au pouvoir néolibéral, mais le soutient et le sanctifie idéologiquement. En même temps, comme cela est devenu évident depuis le tournant post-bourgeois et ultra-capitaliste de 1968, elle n'est plus autoritaire et focalisée sur l'hypertrophie de la loi, mais est elle-même devenue anarcho-capitaliste et laxiste, permissive et hédoniste.

D'une part, à travers les batailles de caprices arc-en-ciel, la néo-gauche glamour abandonne définitivement le terrain de la lutte anticapitaliste contre l'exploitation et le classisme, qu'elle accepte désormais comme physiologique, sinon comme fécondante et "créative": elle ne s'occupe que de problèmes hors sujet faisant ainsi l'impasse sur la question du travail, de l'économie et du social, dont s'occupe souverainement la droite de l'argent.
En revanche, avec les caprices de la consommation arc-en-ciel, la gauche du costume, outre qu'elle favorise la distraction des masses de la question sociale et de la lutte contre le capital, promeut la dissolution de la société en un atomisme de "machines désirantes" - pour reprendre la définition de Deleuze - : les machines désirantes exigent que chacun de leurs caprices de consommation individuels soit légalement reconnu comme une loi. La gauche devient ainsi une Lifestyle-Left, qui met l'accent non pas sur le travail et les droits sociaux, mais sur la libéralisation des modes de vie individuels. Au lieu du peuple et de la classe ouvrière, dans l'ordre discursif de la néo-gauche patronale, il n'y a plus que des individus conçus comme des machines à désirer. Ils doivent être "orthopédiqués", libérés de tout lien résiduel avec les communautés et les traditions et, dulcis in fundo, écrasés sous le modèle du consommateur, qui a autant de droits que ses caprices peuvent être transformés en marchandises en fonction de l'argent dont il dispose.
En ce sens, le cas de l'"utérus de substitution", que le néo-langage politiquement correct a pieusement rebaptisé "maternité de substitution", reste emblématique. Dans la plupart de ses actions, la gauche néolibérale n'est plus capable de reconnaître dans une telle pratique l'aboutissement de l'aliénation, de l'exploitation et de l'objectivation, résultant du fait que le ventre de la femme est dégradé en "stock à vendre", que l'enfant à naître est souillé en tant que marchandise à la demande, et que les femmes des classes inférieures sont dégradées et condamnées à recourir à ces pratiques en raison de leur propre condition économique. Ayant intériorisé le regard omniprésent du capital et l'anthropologie du libre désir, la gauche trash défend vigoureusement l'abomination de l'utérus de substitution comme une expression de la "liberté de choix" et comme un "droit civil", comme une "opportunité" et comme un "désir" qui doit être légalement protégé. Une fois de plus, dans le triomphe du néolibéralisme progressiste, la conquête mercantile de l'ensemble du monde de la vie ne trouve plus dans la gauche un rempart d'opposition, mais une de ses justifications théoriques ; et ce, une fois de plus, sur la base de la forma mentis selon laquelle tous les tabous et toutes les limites doivent être brisés parce que c'est précisément la raison ultime du progrès.

Comme le montre notre livre intitulé Difendere chi siamo (Ed. Rizzoli, 2020), le système globocratico-financier vise à déconstruire toute identité collective (Nation et Classe, Peuple et Etat, Communauté et Patrie) et, en général, toute identité ut sique. En effet, il reconnaît dans le concept même d'identité un rempart inopportun de résistance à la généralisation de la culture du néant caractéristique de la marchandise et de son nihilisme relativiste post-moderne. Plus concrètement, la dynamique dialectique du développement du capital procède en détruisant les identités collectives résistantes et, en même temps, en protégeant et en " inventant " des identités organiques à la société de consommation, d'autant plus si elles parviennent à diviser horizontalement le front des offensés. Les seules identités autorisées et célébrées à l'heure de la désidentification omnihomologisante coïncident avec celles des minorités capitalistes globales : c'est-à-dire avec celles des acteurs sociaux dont l'idéologie représente l'enveloppe de légitimation morale du nouvel ordre social, centré sur le capitalisme financier sans frontières pour atomes-consommateurs libéraux-libertaires.
Quel plus grand succès du pouvoir néo-capitaliste que celui obtenu en provoquant la lutte des exploités homosexuels et des exploités hétérosexuels au lieu de la coopération par le bas contre l'exploiteur, qu'il soit homosexuel ou hétérosexuel ? Les micro-conflits sectoriels promus par le nouvel ordre symbolique des gauches postmodernes sont par définition horizontaux et interclassistes, donc fonctionnels à la reproduction du pouvoir néolibéral : ils évacuent complètement les priorités politiques, sociales et économiques des classes dominées de la sphère d'apparition. Et elles les remplacent, de manière distrayante et compensatoire, par des luttes abstraites et horizontales ; des luttes grâce auxquelles l'homosexuel riche et l'homosexuel pauvre, la femme exploiteuse et la femme exploitée, le ploutocrate noir et l'homme noir démuni, convergent fictivement du même côté de la lutte.
La lutte de classe de la base contre le sommet est ainsi fragmentée et rendue invisible par la production artificielle de luttes internes - de luttes " diversitaires " - sur le front des offensés, désormais divisés selon des différenciations promues ad hoc par l'ordre du discours hégémonique. Et la gauche, qui - pour le dire avec Bobbio - était à l'origine du côté de l'égalité, prend de plus en plus le parti des différences et de la défense de la diversité; et ce non seulement parce qu'en adhérant au néolibéralisme elle défend la vision compétitive et asymétrique de la société, mais aussi dans la mesure où elle assume comme son propre front de lutte et d'organisation politico-culturelle la bataille "diversitaire" pour les différences et les minorités.

De plus, ces combats revendicatifs et différentialistes - des mouvements féministes aux gay pride - ne visent pas à renverser les structures dominantes, mais à y être pleinement reconnus en tant que minorités. Les exclus se montrent inclus de la même manière qu'ils dénoncent leur exclusion: en effet, ils ne contestent pas un système fondé sur l'exclusion (et qui, à ce titre, mérite d'être aboli), mais se reprochent égoïstement de ne pas avoir été inclus dans ce système. Lequel est littéralement all inclusive, puisqu'il aspire à inclure tout et tous dans son périmètre aliéné en n'affirmant qu'une seule distinction : la distinction économique. C'est là que réside le faux interclassisme homogénéisant de la civilisation marchande, qui brise toutes les différences pour que la différenciation économique, fondement du classisme, puisse régner partout, sans limite.
Le phénomène de protestation Black Lives Matter, que la gauche trash a élevé à sa propre conception, peut également être interprété de la même manière. L'objectif déclaré de cette révolte protestataire, qui a éclaté en 2020, n'était pas la reconnaissance sacro-sainte de l'égale dignité et de l'égalité de tous les hommes, qu'ils soient noirs ou blancs. Il s'agissait au contraire de créer - ou de renforcer - un conflit "sectoriel" développé horizontalement entre les Noirs et les Blancs, en laissant entendre, sans trop de déguisement, que les hommes blancs étaient, en tant que tels et sans exception, à blâmer.
14:19 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lifestyle-left, gauche postmoderne, gauche trash, diego fusaro, gauche fuchsia, définition, philosophie, théorie politique, politologie, sciences politiques, philosophie politique |
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