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mardi, 16 juin 2026

Qui contrôle les semences contrôle l’alimentation: l’UE ouvre la voie à une nouvelle expansion des grands groupes

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Qui contrôle les semences contrôle l’alimentation: l’UE ouvre la voie à une nouvelle expansion des grands groupes

Plus de diversité? Non – Bruxelles réforme le marché des semences au profit des grands acteurs

Source: https://uncutnews.ch/wer-das-saatgut-kontrolliert-kontrol...

L’UE présente sa nouvelle réforme des semences comme une victoire pour la biodiversité, l’innovation et les variétés locales. Dans le communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne, il est question d’«agro-biodiversité», de «variétés de conservation» et de «plus de flexibilité». Mais derrière ce langage séduisant se cache une tout autre réalité:

Celui qui contrôle le marché européen des semences aura désormais la tâche encore plus facile. Les petits acteurs, eux, resteront en marge.

Le nouveau règlement sur les «matériels de reproduction des plantes» – c’est-à-dire les semences, boutures, plants et autres matériaux de multiplication – remplace un patchwork de dix directives par un cadre réglementaire unique pour toute l’UE. Officiellement, il s’agit de modernisation et de simplification. En réalité, cependant, le principe de base reste inchangé:

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Les semences devront toujours être enregistrées et certifiées avant de pouvoir être mises sur le marché. (consilium.europa.eu)

C’est précisément là que réside le cœur du problème.

Car si les grands groupes semenciers disposent de leurs propres services juridiques, d’experts en homologation et de budgets de plusieurs millions, l’enregistrement, les contrôles et les obligations de documentation représentent souvent un obstacle presque insurmontable pour les petits sélectionneurs.

Les gagnants sont déjà connus:

Bayer (Allemagne)

Corteva (États-Unis)

Syngenta (Suisse/Chine)

BASF (Allemagne)

Ces groupes contrôlent déjà aujourd’hui une part considérable du marché mondial des semences commerciales. Pour eux, un marché intérieur européen harmonisé signifie avant tout: une expansion facilitée au-delà des frontières nationales.

Bruxelles parle certes de «règles facilitées» pour les variétés de conservation et les plantes adaptées localement. Mais des organisations paysannes, des réseaux de semences et des associations de sélectionneurs mettent en garde depuis longtemps: la réforme risque de restreindre encore davantage les droits des petits producteurs. Déjà lors des phases de négociation précédentes, des organisations comme IFOAM, ARCHE NOAH et Via Campesina ont critiqué le fait que l’échange de semences entre agriculteurs serait limité et que la diversité serait corsetée par des réglementations. (IFOAM Organics Europe)

Le langage employé dans le communiqué de presse est particulièrement frappant. On retrouve sans cesse les expressions:

- documentation numérique,

- techniques biomoléculaires,

- traçabilité,

- contrôles harmonisés,

- cadres officiels de surveillance.

Cela sonne comme de l’efficacité. Mais cela signifie aussi :

Plus de contrôle centralisé sur quelles semences peuvent être vendues, par qui et sous quelles conditions.

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L’UE affirme que la réforme renforcera la biodiversité. Mais la véritable diversité ne naît pas de systèmes réglementaires toujours plus complexes, mais de milliers de paysans, de petits sélectionneurs et d’initiatives régionales qui peuvent travailler de façon indépendante.

La question gênante est donc la suivante:

Comment un petit conservateur de semences avec quelques employés peut-il rivaliser avec des groupes qui brassent des milliards et disposent de départements entiers pour la conformité et les autorisations?

La réponse est sans appel: il ne le pourra quasiment pas.

Le nouveau règlement semencier ressemble donc moins à une libération pour la diversité européenne qu’à une nouvelle étape d’un système hautement réglementé, dans lequel les grands peuvent continuer à croître tandis que les petits doivent se contenter d’exceptions.

Bruxelles parle d’harmonisation.

Les critiques parlent d’industrialisation et de centralisation rampantes de notre approvisionnement alimentaire.

Car celui qui contrôle les semences mises sur le marché contrôle, à terme, ce qui pousse dans les champs européens – et donc une part décisive de notre souveraineté alimentaire.

samedi, 08 février 2014

Privatisation des semences : une guerre de l’ombre se livre depuis un siècle

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Privatisation des semences : une guerre de l’ombre se livre depuis un siècle

Ex: http://fortune.fdesouche.com

L’Assemblée nationale examine aujourd’hui [NDLR : 4 février] un projet de loi qui élargit aux plantes le délit de contrefaçon. Ce projet, qui suscite une forte indignation, renforce un vaste arsenal réglementaire limitant le droit à échanger et reproduire les semences de ferme.

Depuis un siècle, « les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques pour assurer leur monopole sur la semence », rappelle Yves Manguy, co-fondateur de la Confédération paysanne. Tout commence aux États-Unis dans les années 20. Paysans et consommateurs sont progressivement devenus otages des grands semenciers. Sans jamais cesser de résister à la privatisation du premier maillon de la chaîne alimentaire.

La « guerre des semences » [1] s’intensifie. Un récent projet de loi considère la reproduction de semences à la ferme, ces graines issues de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, comme une « contrefaçon ».

Cette tentative d’appropriation de la semence n’est pas nouvelle. Elle remonte au début du 20e siècle et commence plus précisément aux États-Unis. En 1923, le ministre de l’Agriculture décide d’arrêter la sélection quasi naturelle du maïs [2] au profit d’hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement. Et pour cause : les paysans sont obligés de racheter chaque année leur semence ! Le fils du ministre de l’Agriculture, Henry Wallace, lancera d’ailleurs Pioneer Hi-Bred, l’un des principaux semenciers mondial, avant d’être lui-même nommé vice-président des États-Unis. Depuis ce moment-là, les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques – hybrides ou OGM – pour assurer leur monopole sur la semence.

Semences certifiées

En France, la première étape de cette guerre des semences date de 1961. Les semenciers créent, avec la caution des États, l’Union pour la protection des obtentions végétales (UPOV). Celle-ci va servir de bras armé aux semenciers pour instaurer leur monopole.

A l’époque, les agriculteurs se contentent d’acheter quelques quintaux de semences certifiées : ils les essaient et les reproduisent sur leur ferme plusieurs années consécutives. Rapidement, alors que les surfaces augmentent, le triage de la récolte à la ferme combiné à de faibles moyens matériels posent problème.

Les coopératives lancent alors une campagne en faveur des semences certifiées. Elles sont dans un premier temps échangées, avant d’être uniquement vendues. Au regard du prix garanti du blé, l’impact sur le coût de production est faible. Mais la tendance s’inverse à partir de 1983 avec des prix garantis à la baisse, et un prix de la semence à la hausse. Les agriculteurs se souviennent qu’ils peuvent faire eux-mêmes leurs semences pour diminuer leurs frais. Des entreprises en profitent pour proposer un nouveau service, le « triage à façon à la ferme ».

Contre-offensive des firmes semencières

La chute de l’utilisation des semences certifiées, qui représentent 60 % des surfaces, inquiète les semenciers et les amène à réagir. La première attaque a lieu en 1988. La SICASOV [3] – le percepteur des semenciers – intente un procès pour « contrefaçons » à la coopérative de Dijon qui fait du triage à façon pour ses adhérents. Elle s’appuie sur la loi de 1970 sur la propriété intellectuelle dans laquelle un amendement sur les semences a été tardivement introduit lors des débats à l’Assemblée nationale… La coopérative de Dijon est finalement condamnée par la Cour d’appel de Nancy. Une décision qui va pousser la SICASOV à multiplier les procès.

Juillet 1989, les moissons viennent de commencer. Les agriculteurs mettent de côté le grain pour les semis d’automne. « L’accord du 4 juillet » signé entre la FNSEA, le GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences) et le ministère de l’Agriculture, tombe comme un coup de tonnerre.

Il interdit aux paysans d’avoir recours à un prestataire de service – le trieur à façon – pour préparer sa semence. Or, il n’est pas question de ressemer ce qui sort de la moissonneuse batteuse sans le trier, du fait des impuretés et des mauvaises gaines. En clair, il faut acheter la semence du commerce.

Mobilisations pour le droit à multiplier ses semences

Le 8 août 1989, un milliers de paysans et d’entrepreneurs de triage à la ferme se mobilisent à Poitiers. Ils décident publiquement devant la Préfecture de passer outre l’interdiction, et déclarent que les trieurs seront dans les fermes dès le lendemain. Malgré les amendes du GNIS et un procès à Poitiers qui aboutit à un non-lieu, l’accord du 4 juillet n’est pas appliqué. Cette action commune donne naissance à la Coordination nationale pour la défense des semences fermières (CNDSF). Elle compte parmi ses membres la Confédération paysanne, la Coordination rurale, le Modef, le Syndicat des trieurs à façon et la Fédération nationale de l’agriculture biologique.

Deux ans plus tard, les délégations de 21 pays se réunissent à Genève pour la 4e Conférence diplomatique de l’UPOV. La France tente de faire adopter l’interdiction totale de la semence de ferme. Sans succès. Le règlement reconnait une dérogation au droit des obtenteurs « dans la mesure où cela ne nuit pas à leurs justes intérêts ». C’est sur cette base que sera instituée en 2001 la « cotisation volontaire obligatoire ». Une véritable dîme sur les semences !

Les semences, un sujet de société

Pour être appliquées, les décisions de l’UPOV doivent être ratifiées par les Etats. C’est ainsi qu’un projet de loi visant à instaurer la « cotisation volontaire obligatoire » sera soumis quatre fois au Sénat ou à l’Assemblée. Après avoir été rejeté en 1995, en 1997 et en 2006, le projet de loi est finalement adopté en 2011, malgré l’opposition de la gauche qui s’engage à le remettre en cause lorsqu’ils seront au pouvoir (lire à ce sujet : Le droit de planter et cultiver librement bientôt interdit ?). Les actions de la CNDSF puis du Réseau semences paysannes créé en 2003, auront été déterminantes dans ces rejets. Reste qu’à ce jour, la promesse de la majorité actuelle n’est pas tenue. Pire, l’introduction des semences dans la loi sur les contrefaçons votée par le Sénat le 20 novembre 2013 a comme un goût de provocation.

La récente occupation du GNIS par la Confédération paysanne a permis une ouverture qui, nous l’espérons, sera confirmée lors du vote au Parlement le 4 février prochain. Le ministère de l’Agriculture s’est en effet engagé à exclure les semences de ferme du champ de la contrefaçon. Quant à la loi de 2011, elle doit tout simplement être abrogée. Les semences jusqu’au siècle dernier étaient un bien public à disposition de tous. La confiscation de ce bien commun, sous couvert de la science, ne porte pas seulement atteinte aux paysans mais à l’ensemble des consommateurs qui deviennent des otages. La lutte contre cette mainmise sur le premier maillon de la chaine alimentaire n’est plus une question agricole. C’est un sujet de société.

Yves Manguy, agriculteur retraité, premier porte-parole de la Confédération paysanne, co-fondateur de la Coordination nationale pour la défense des semences fermières

[1] Cette notion est tirée de l’ouvrage La guerre des semences, de Jacques Grall et Bertrand Roger Levy, publié en janvier 1986.

[2] Appelée « sélection massale », la technique la plus proche de la sélection naturelle et la plus utilisée dans les sélections paysannes : les plantes qui semblent être les meilleures sont maintenues ensemble et celles indésirables sont éliminées.

[3] SICASOV est l’acronyme de Société coopérative d’intérêt collectif agricole anonyme des sélectionneurs obtenteurs

Bastamag

00:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : agriculture, semences, politique internationale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook