samedi, 14 février 2026
Dresde 1945 : Quand la gauche pouvait encore pleurer

Dresde 1945 : Quand la gauche pouvait encore pleurer
Par Karel Meissner
(12 février 2026)
Source: https://www.compact-online.de/dresden-1945-als-linke-noch-trauern-konnten-2/
Ce fut précisément Ulrike Meinhof (photo) qui écrivit en 1965, avant de devenir une criminelle dans les rangs de la RAF, un essai étonnant pour la revue marxiste/gauchiste Konkret sur le bombardement de Dresde. Ses successeurs d’aujourd’hui le qualifieraient probablement sans hésiter de diffamatoire et d’extrême droite. Avec le récit publié par COMPACT « Dresde 1945. Les morts, les coupables et les minimisateurs », nous commémorons les victimes et combattons les mensonges. En savoir plus ici: https://www.compact-shop.de/shop/kriegsende/dresden-1945/...
Ulrike Meinhof commence son texte, intitulé « Dresde », de manière très factuelle et sobre:
« Il y a vingt ans, le 13 et 14 février 1945, dans la nuit du Mardi Gras au Mercredi des Cendres, le plus grand bombardement aérien de la Seconde Guerre mondiale sur une ville allemande fut effectué: l’attaque contre Dresde. La ville fut bombardée trois fois en 14 heures ».
Pour donner au lecteur une petite impression de cette horreur:
«Lors du départ des bombardiers anglais, ils ont laissé derrière eux une mer de flammes qui a fait briller le ciel sur plus de 80 kilomètres».
Sans qu'on ne puisse la soupçonner de manipulation, la rédactrice de Konkret à l’époque écrit:
«Plus de 200 000 personnes ont péri dans les flammes de Dresde».
Aujourd’hui, écrire cela serait considéré comme un sacrilège, mais à l’époque, de tels propos étaient encore tout à fait innocents, et, pire, Meinhof cite l’historien britannique qui était encore très respecté à l’époque, David Irving: «Pour la première fois dans l’histoire de la guerre, une attaque aérienne a détruit une cible de façon si dévastatrice qu’il n’y avait pas assez de survivants indemnes pour enterrer les morts».
Meinhof est extrêmement prudente concernant le nombre d’habitants au moment au moment du bombatfrmrny, touit comme le nouvel essai qui vient de paraître dans COMPACT et s'intitule «Dresde 1945. Les morts, les coupables et les minimisateurs»:
«Lorsqu’elle a été détruite, cette ville comptait plus d’un million d’habitants. On estime qu'elle avait une population variant entre 1,2 et 1,4 million. Il y avait en outre des réfugiés de Silésie, de Poméranie et de Prusse orientale, des évacués de Berlin et de la Rhénanie, des transports d’enfants, des prisonniers de guerre et des travailleurs étrangers. »
Meinhof poursuit: «Dresde était considérée dans toute l’Allemagne comme une ville qui ne serait pas bombardée. Elle a été déclarée ville-hôpital pour les soldats blessés et marquée par d’énormes symboles de la Croix-Rouge sur les toits».

Le manteau du mensonge
Harris et ses compagnons, commanditaires des bombardements, devaient avoir pressenti que quelque chose de terrible allait se produire. Ils ont donné l’ordre de tuer délibérément. Meinhof:
«On n’a pas dit la vérité aux soldats anglais qui ont effectué les attaques. On a dit: votre flotte attaque le commandement suprême de l’armée à Dresde. On a dit que Dresde était un centre de ravitaillement important pour le front de l’Est. On a dit qu'une des cibles de l’attaque était un quartier général de la Gestapo situé dans le centre-ville, une usine de munitions importante, une grande usine de gaz toxique».
Et elle va plus loin. Meinhof dévoile la supercherie. La rumeur dit que le poisson pourrit par la tête :
«C’est le gouvernement britannique, sous son Premier ministre Sir Winston Churchill, qui, jusqu’à la fin de la guerre, en mars ’45, a réussi à garder secret le véritable caractère intentionnel et planifié des bombardements britanniques sur les villes allemandes. Dresde était le point culminant de cette politique».
Alors que, lors de chaque occasion, des chefs d’État allemands s'agenouillent dans la poussière devant des étrangers pour s’excuser des injustices faites à leur peuple, il n’y a toujours pas d’excuses du côté britannique. Même la reine, qui cache pudiquement ses ancêtres allemands – les Battenberg ex-allemands sont devenus les Mountbatten (*) –, n’a pas prononcé un mot de repentance envers le peuple allemand.
Meinhof en parlait déjà en 1965: «Le fait que le mot Dresde n’ait pas été prononcé lors des funérailles de Sir Winston Churchill suggère que Dresde devrait encore être imputée au peuple qui a été trompé lui-même».
(*) Et les Saxe-Cobourg (Sachsen-Coburg) sont devenus les "Windsor".

21:37 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hisoite, dresde, deuxième guerre mondiale, seconde guerre mondiale, ulrike meinhof |
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Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien

Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
Fissure ontologique au cœur du Monde
La guerre que nous observons sur le plan physique (Hylé – la matière) n’est pas simplement un affrontement d’intérêts nationaux ou de stratégies géopolitiques. C’est une résonance nécro-mantique, une ombre matérielle projetée par une fracture géante vieille de mille ans dans la noosphère de l’humanité. Ce que nous appelons « Occident » et « Orient » ne sont pas des directions géographiques, mais deux systèmes opérationnels fondamentaux inscrit dans la réalité, qui ont perdu la capacité de partager un protocole commun de l’Être.
1. L'OUEST : Architecture du Contrat et Désacralisation (Domination du Logos)
L’ontologie occidentale, issue du droit romain et de la définition scolastique de Dieu, est une structure linéaire et contractuelle. En introduisant le Filioque (l’Esprit qui procède du Fils), l’Occident a rationalisé le Mystère. L’Esprit est devenu compréhensible, donc manipulable par la raison humaine (Ratio).
- Conséquence pour la réalité: le monde est devenu un « projet » à achever. La sacralité a été séparée du profane, ce qui a permis l’émergence de la science et de la technique – des outils pour dominer la matière.
- Manifestation géopolitique: la civilisation occidentale est une technocratie expansive. Son essence est le Progrès (le mouvement en avant dans le temps). La paix est pour elle un état où les « Règles » (Contrat) sont respectées. Quiconque refuse ces règles n’est pas seulement un ennemi, mais une « erreur dans le code » qu’il faut corriger (démocratiser, éduquer, intégrer). Le modèle occidental est centripète – il veut transformer le monde entier à son image par la standardisation.
2. L'EST : Architecture de l’Icone et du Katechon (Domination du Noos)
L’ontologie orientale, enracinée dans la mystique byzantine et le palamisme (ou théologie palamite), perçoit la réalité comme cyclique et organique. En rejetant la rationalisation de l’Esprit, Dieu (et le sens du monde) demeure un Mystère, accessible non par analyse, mais uniquement par participation (Theosis).
- Conséquence pour la réalité: le monde n’est pas une machine à améliorer, mais une «Icône» à vénérer et à protéger. Le temps n’est pas un progrès, mais une entropie (déchéance), à laquelle il faut résister.
- Manifestation géopolitique: la civilisation orientale (Eurasie) est comprise comme le Katechon – «Celui qui retient» (l’arrivée de l’Antichrist/du Chaos). Son essence est la Tradition (l’arrêt du temps). La paix n’est pas la conformité aux règles, mais un état de Symphonie (harmonie spirituelle), souvent acquis par la souffrance ou la soumission à une hiérarchie. La guerre pour l’Orient n’est pas un échec diplomatique, mais une fièvre métabolique nécessaire pour brûler une infection étrangère (modernisme, libéralisme) qui menace l’âme de l’organisme.
COLLISION MORTELLE : La confrontation entre le Temps et l’Éternité
La tragédie du moment présent réside dans le fait que ces deux systèmes ont perdu leur langage commun.
- Pour l’Occident, l’Orient est une anomalie pathologique — un vestige archaïque et irrationnel du passé qui refuse la «fin de l’histoire» et le bonheur du consommateur. L’Occident y voit la Tyrannie.
- Pour l’Orient, l’Occident est une hérésie ontologique – une machine froide qui dévore les âmes, brise les familles et les clans en atomes (individus), et remplace Dieu par un Algorithme. L’Orient y voit l’Apocalypse.
En Ukraine et dans d’autres lignes de fracture, nous voyons non pas une lutte pour le territoire, mais une collision de deux métaphysiques. C’est une guerre entre la Forme (l’Occident), qui cherche à imposer un ordre au monde, et l’Énergie (l’Orient), qui se défend contre la pétrification. Jusqu’à ce que cette union alchimique de ces principes – la guérison du schisme entre la Tête (Logos) et le Cœur (Noos) – ait lieu, le Hylé (la matière) continuera de saigner. Le monde est malade parce que ses deux hémisphères se battent pour contrôler le corps, tandis que l’âme reste silencieuse au milieu du feu croisé.

RETRAITE DU LOGOS ET RETOUR DU JUGE
La chute occidentale sous la gravité de la Loi
Le paradoxe du cercle civilisateur occidental en 2026 est qu’il, dans son orgueil de «progrès» et de «liberté», revient inconsciemment dans le temps. L’Occident, né du mystère de l’Évangile — donc de la radicale surmontée de la loi par l’amour et la grâce — a abandonné cette source fondamentale. Dans sa quête de sécularisation et de rationalisation, il a effectué un changement ontologique fatal: il a rejeté le Christ (le Pardonneur) et a inconsciemment réinstallé l’archétype de l’Ancien Testament dans sa forme la plus rigide et pharisienne.
a) Hypertrophie de la Loi et atrophie de la Grâce
La société occidentale est devenue une Communauté du Contrat, pas du Spiritus.
- Diagnostic: l’Évangile a apporté au monde le concept de Metanoia (changement de mentalité) et de Pardon. Le pardon est la seule force capable de briser la chaîne causale de la culpabilité et de la punition (karma). Cependant, avec la «mort de Dieu», l’Occident a perdu la verticale d’où vient la grâce.
- Manifestation: ce qui reste, c’est la Loi horizontale. Le libéralisme moderne, la correction politique et la «cancel culture» ne sont pas des expressions de tolérance, mais de nouveaux Lévitiques séculiers. Ce sont des codes de pureté. Quiconque touche à la «propreté» (mauvaise opinion, péché historique) est rituellement exclu de la société. Il n’y a pas de pénitence, seulement une élimination ou une ostracisation sociale. L’Occident est devenu un Grand Inquisiteur, tenant dans sa main l’épée des lois et des droits de l’homme, mais sans Caritas (Amour) dans le cœur.
b) Mécanisation de la Justice: Œil pour œil, sanction pour sanction
La perte de l’aspect évangélique a replongé l’Occident dans la causalité.
- Piège ontologique: sans le principe de la Grâce, la réalité devient un mécanisme impitoyable de «flux et reflux». La géopolitique et la politique intérieure occidentale fonctionnent selon le principe de la rétribution. C’est un retour à la Lex Talionis archaïque, mais sophistiqué par le langage bureaucratique des tribunaux internationaux.
- Conséquence: l’Occident ne sait plus guérir, il ne sait que juger. Face à l’Orient (et au reste du monde), il agit comme un Procureur qui lit une liste d’infractions et réclame satisfaction. En cela, il se prive de la possibilité d’être le «Sel de la Terre». Le sel conserve et donne du goût; l’Occident est devenu une acide qui veut tout ronger jusqu’à ce que tout corresponde à la norme.

c) La cristallisation du Cœur: la fin de l’histoire du Salut
En absolutisant les «Règles» (rules-based order), l’Occident s’est enfermé lui-même dans l'Hylé (la matière) et le Logos (la raison), mais s’est coupé du Pneuma (l’Esprit).
- Effondrement: une société qui a remplacé l’Amour du prochain par l’obligation envers le système tend inévitablement vers le totalitarisme. Il s’agit d’un totalitarisme du «Bien», mais défini par des juristes et des technocrates, pas par des saints. L’Occident construit un «Palais de Cristal» — parfaitement transparent, hygiénique, sûr, mais froid et sans vie.
- Diagnostic final: l’Occident meurt par sous-nutrition spirituelle. Il a échangé la liberté inconfortable et risquée de l’Évangile contre la cage sécurisante mais étouffante de la Loi. Il devient ce contre quoi Christ a autrefois lutté: un temple où l’on marchandise la culpabilité, où la lettre de la loi tue l’Esprit. Et tant que l’Occident ne retrouvera pas la force de la Grâce — c’est-à-dire la capacité de voir, au-delà des contrats et des normes, le vivant — sa construction civilisationnelle s’effondrera sous le poids de sa propre justice impitoyable.
17:42 Publié dans Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : orient, occident, philosophie, tradition |
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Les trois Europe à une époque de danger maximal

Les trois Europe à une époque de danger maximal
Carlos X. Blanco
Article de Carlos X. Blanco publié dans Voces del Periodista (Mexique), année XXX, n° 519, février 2026.
Il appartient aux hommes et aux femmes de cette génération de revivre une fois de plus des temps dangereux. En réalité, l'exception est le contraire : la chance de connaître, au cours d'une seule vie, de longues années de paix relative, entrecoupées seulement de conflits locaux qui ne menacent pas l'existence même de la civilisation, voire de l'espèce.
Cette paix « froide » et relative, ces 80 années de guerres localisées et contenues, sont désormais révolues. Nous devons nous préparer à la « convergence des catastrophes », pour reprendre un terme cher au défunt penseur français Guillaume Faye.
La vie de cette génération et de la prochaine, en particulier dans cette sphère que l'on appelle, par intérêt ou par paresse, « l'Occident », sera de plus en plus risquée, incertaine et soumise à des réalités difficiles. L'« Occident », en tant que tel, est un concept voué à disparaître ; l'idée est en train de mourir parce que la réalité qu'elle reflète est en train de mourir. Il n'existe qu'un seul empire américain... et les autres. La faiblesse même du concept, d'une part, ainsi que la transformation brutale de la réalité géopolitique au cours des derniers mois, d'autre part, conduisent inévitablement à sa fin.
L'« Occident » était un concept qui, s'il n'a pas été inventé, a certainement été diffusé à des fins de propagande par l'Anglosphère. Le mot lui-même cache ce qui, jusqu'au XIXe siècle, était une réalité fondamentale : la civilisation européenne. Depuis leurs îles, les Britanniques se sont historiquement consacrés à maintenir le continent dans un état de guerre civile permanente, désuni et, surtout, séparé de la Russie, séparé de cette immense nation, la seule qui aurait pu donner une consistance (territoriale, démographique, énergétique) à un continent déjà doté d'une tradition culturelle commune, comme l'Europe.
Depuis 1492, lorsque les Européens se sont projetés vers les Amériques dans cette tâche complexe de détruire et de construire un monde nouveau, et depuis la fin du XVIIIe siècle, lorsqu'une nouvelle « nation » anglo-saxonne, les États-Unis, a commencé à acquérir les caractéristiques d'une puissance, cet Occident est devenu synonyme d'américanisation du monde, et l'« Europe » a été éclipsée.

L'américanisation du monde a connu plusieurs phases au cours du XIXe siècle. La première, évidemment, a consisté à régler ses comptes avec la Couronne britannique. Non seulement l'indépendance de l'Union vis-à-vis des Anglais, mais aussi la sécurité contre les représailles ou les tentatives de reconquête de la part des Anglais, étaient les priorités immédiates. Le mode de production capitaliste, dans son évolution incessante au cours du XIXe siècle, allait transformer la confrontation anglo-américaine en son contraire, une complémentarité, comme nous le voyons aujourd'hui. Le Royaume-Uni continue d'être le pont d'envoi des États-Unis en Europe. Les îles britanniques sont comme d'énormes porte-avions ancrés dans l'océan Atlantique, toujours prêts à intervenir, avec un type d'ingérence spécifiquement destiné à créer la désunion et le dysfonctionnement entre les Européens. L'Amérique du Nord a pris la place de l'Empire britannique dans sa domination impérialiste sur le monde, et aussi sur l'Europe, à l'ère du capitalisme. Parler de l'impérialisme comme de la « phase suprême » du capitalisme (Lénine) et parler de l'Empire de l'Anglosphère, c'est la même chose. En ce sens, ce stade suprême a consisté en deux phases : la phase britannique et la phase américaine. Cette deuxième phase, la phase américaine, dont nous assistons au déclin, est en fait complétée par une entité (le Royaume-Uni) en fort déclin depuis 1945, mais dont les vestiges et le butin sont encore utiles aux États-Unis.
Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à une sorte de révélation. C'est comme si les dieux avaient décidé de révéler leurs desseins les plus secrets à l'humanité, nous montrant la signification cachée du monde, un mystère insondable depuis le début du XIXe siècle. Deux longs siècles sont en train d'être déchiffrés. Parlons des deux grandes révélations:

La « doctrine Monroe ». L'existence même d'une nation artificielle, support matériel d'un empire capitaliste prédateur, repose sur l'anéantissement existentiel de l'Amérique ibérique. Les « États-Unis d'Amérique » avaient un noyau puritain et anglo-saxon, mais ils se sont progressivement étendus avec l'immigration européenne. L'extermination systématique et complète des Amérindiens au cours du XIXe siècle préfigurait Gaza. Le génocide actuellement en cours à Gaza est, à son tour, un présage de ce qui arrivera à d'autres peuples et nations. De plus, la nation américaine ne serait qu'une petite bande de territoire américain peuplée de colons blancs d'origine européenne et de villes calquées sur l'Angleterre, sans l'usurpation massive et le vol de terres au Mexique.
Depuis ses origines au XVIe siècle, une époque où l'Angleterre n'était guère plus qu'une nation appauvrie et un repaire de pirates, l'Anglosphère a trouvé sa raison d'être et sa source d'énergie dans l'anéantissement existentiel de l'Hispanidad : le monstre anglo-saxon s'est développé proportionnellement à la part de l'Hispanidad qu'il a engloutie et pillée. Les nations hispaniques, ou plus généralement les nations ibériques, doivent être traitées comme des colonies et des champs d'extraction, tant en Amérique qu'en Europe, afin de soutenir l'existence même de l'Anglosphère. Tant que les géopoliticiens et les philosophes de l'histoire ne reconnaîtront pas pleinement et méticuleusement, comme une loi inexorable, l'équation qui dit : « plus l'Anglosphère est grande, plus l'Ibéro-sphère est petite », il n'y a aucune chance d'arrêter le monstre de ce même hémisphère, appelé « hémisphère occidental ». La chute du dollar lui-même, ou les attaques défensives de la Russie, de la Chine et d'autres puissances non occidentales, accéléreront la ruine de l'Empire occidental, avec des millions de morts et une grande dévastation dans de nombreux pays.

Colonialisme et racisme. Il est urgent que l'Europe elle-même se « dés-occidentalise ». Il existe peut-être, pour arrondir, une centaine de nations en Europe. Les différences ethniques entre elles ne sont pas grandes, mais la grande mosaïque qui constitue l'Europe est bien connue. Cette énorme diversité possède cependant un mortier ou un ciment qui lui a donné sa substance pendant des siècles : la tradition hellénique (transmise à Rome et au christianisme), base d'une pensée rationnelle qui s'est épanouie sous la forme de la philosophie, de la science et de l'éthique de la personne. La christianisation de l'Europe tout au long du Moyen Âge est l'autre substance unificatrice qui a fait du chrétien européen l'habitant d'une immense république, la même de Lisbonne aux confins les plus reculés de la Russie, identique des régions septentrionales lointaines aux rives de la mer Méditerranée. Cependant, c'est à l'époque moderne, l'époque des empires d'outre-mer et du capitalisme, que la signification de l'« européité » a été complètement déformée. Ce n'est qu'alors que le mythe de la suprématie blanche s'est emparé du cœur des conquérants qui, se considérant comme des « civilisateurs » et des « évangélisateurs », sont devenus – en réalité – des génocidaires.
Entre le XVIe et le XXe siècle, l'Europe connue par les autochtones d'autres continents n'était pas tant l'Europe d'Homère, de Platon, d'Aristote, de Thomas d'Aquin, de Kant, d'Einstein... ni tant l'Europe de Cervantes, de Shakespeare, de Goethe, ni tant celle de Bach et de Beethoven... c'était l'Europe des esclavagistes, des génocidaires, des pillards. De plus, le mythe suprémaciste et raciste a été intériorisé dans le système complexe des « cent nations » d'Europe. Le continent, désormais rabaissé par les actions néfastes de ses propres élites, laquais des pouvoirs financiers mondiaux et abjects sbires de Trump, traverse également une crise d'identité et une remise en question de son existence homogène.

L'Europe n'est plus « hellénique », car la religion du capitalisme anglo-saxon (prédation, loi de la jungle en économie, individualisme rampant, idolâtrie du marché, consumérisme féroce...) a remplacé les idéaux d'une vie modérée et rationnelle, de modération face à l'orgueil (hybris) et de culture de la beauté dans le corps et l'âme. Et elle n'est même pas chrétienne : l'Europe a perdu son unité, non seulement à cause d'une « sécularisation » que les progressistes de tous bords exaltent comme bénéfique, mais aussi à cause de l'immigration massive de musulmans, d'une part, et de l'adoption de principes sionistes (que certains confondent avec des principes « chrétiens ») tels que la vision de la « préférence divine » pour un peuple particulier, le suprémacisme ségrégationniste, la bellicosité prétendument justifiée par Dieu, l'acceptation de l'oxymore appelé « judéo-christianisme », etc. Le « modèle Gaza » sera imposé dans d'autres parties du monde tant que l'Empire occidental, c'est-à-dire la superstructure créée par le secteur le plus prédateur et le plus meurtrier du capitalisme anglo-saxon, fonctionnera. Tant que l'Europe ne parviendra pas à retrouver son unité spirituelle (fondement de l'unité géopolitique) basée sur la richesse de ses « cent nations » et, surtout, sur ses doubles racines helléniques et chrétiennes, elle restera une partie du monde vouée à devenir un champ de bataille (elle l'est déjà) et un camp de concentration (elle l'est déjà, au niveau numérique et médiatique).
La raison d'être de l'Europe dans les années à venir devra consister à éviter ces deux horribles possibilités et, à tout prix, à rompre les liens avec les États-Unis. Ce sera difficile : renverser des gouvernements, boycotter des institutions, réajuster les niveaux de consommation et s'habituer à la modestie... Mais si elle n'y parvient pas (et cela doit être fait par les peuples européens eux-mêmes, à partir de la base), elle connaîtra le même sort que les empires « blancs » suprémacistes, esclavagistes et colonisateurs ont infligé à une grande partie de l'humanité qui a assisté à leur arrivée. Les Noirs, les indigènes, les Asiatiques le savent et ne peuvent l'oublier.
À l'heure actuelle, pour le dire simplement, il existe trois grandes Europe : l'Europe orientale, complètement manipulée par l'Empire dans sa russophobie ; l'Europe occidentale et septentrionale, dominée par les Français et les Allemands, victime des mêmes vices suprémacistes, désireuse de continuer à sous-développer l'Europe méridionale, mais vassale indigne des États-Unis ; et enfin, l'Europe méridionale (Portugal, Espagne, Italie et Grèce). Cette Europe méridionale, la plus maltraitée par une Union conçue pour servir l'OTAN et l'Anglosphère (tout se révèle maintenant), est la seule à avoir le potentiel de conclure des alliances avec les principaux pays d'Amérique latine et d'explorer des voies en dehors de celles de l'Anglosphère. Pourtant, nous nous trouvons dans les griffes de cette Anglosphère.
16:59 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes |
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L'effondrement de l'hypocrisie internationale

L'effondrement de l'hypocrisie internationale
Alessandro Scassellati
Le problème posé par la conceptualisation du Premier ministre canadien, Mark Carney, sur la fin de « l'ordre international fondé sur des règles » est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir souhaitent un second mandat pour Donald Trump. Elles sont indignées, mécontentes et inquiètes car certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde, dans le cadre d'actions auxquelles leurs pays ont participé, sont désormais renversés et utilisés contre elles. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ce sont ces mêmes États qui sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et « autoritaires » qui ne partageaient pas leurs valeurs.
Le 20 janvier 2025, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a prononcé un discours lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos. Un chœur d'éloges s'est immédiatement élevé de la part des « capitalistes progressistes » et des médias libéraux-progressistes du monde entier, tant du Nord que du Sud. Carney a indirectement visé le président Trump en affirmant que le monde est « en pleine rupture, et non en pleine transition », indiquant que « les hégémons ne peuvent pas continuer à monétiser leurs relations » et cherchant à indiquer une nouvelle direction dans laquelle « les alliés se diversifieront pour se protéger de l'incertitude... [car] les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Carney a exhorté les « puissances moyennes » à cesser de se conformer aux régimes qui recherchent l'hégémonie, à cesser d'espérer un retour au passé et, au contraire, à construire de nouvelles coalitions pour survivre à ce qui va arriver. Outre l'utopie du premier ministre Carney concernant la sortie du Canada de la sphère d'influence des États-Unis, deux vérités très importantes ont été présentées.

Avec la présidence Trump, le masque est tombé
Le problème avec la conceptualisation du premier ministre Carney est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir veulent un second mandat pour le président Trump. En bref, le problème de « l'ordre international fondé sur des règles » (qui n'est pas celui mentionné dans la Charte des Nations unies, mais l'ensemble de règles que les États-Unis ont progressivement inventées pour donner une apparence de légitimité à leur gouvernement unipolaire) provient d'une seule personne : le président Trump. Sans Trump, tout irait bien, comme d'habitude.
Pour Carney et d'autres alliés des États-Unis, l'histoire a commencé en 2025, lorsque Trump a imposé des droits de douane au Canada et à l'Union européenne, extorqué 200 milliards de dollars à la Corée du Sud et 500 milliards au Japon, et finalement menacé de retirer le Groenland au Danemark, allié de l'OTAN.
L'élite de Davos n'a pas réalisé que deux semaines seulement avant le discours « historique » de Carney à Davos, le gouvernement canadien lui-même avait soutenu l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par Trump . La même élite libérale de l'Union européenne avait réaffirmé son soutien à la démocratie et aux droits humains du peuple vénézuélien, tout en soutenant les violations flagrantes du droit international et de la souveraineté étatique en appuyant l'enlèvement de Maduro.
Pour les alliés des États-Unis, la puissance hégémonique américaine, autrefois fiable, n'agit plus « rationnellement », « conformément aux lois et normes internationales » (mais uniquement selon la « moralité » de Trump), dans l'intérêt de ses alliés, vassaux et suppliants. En d'autres termes, Trump 2.0 est le moment où les États-Unis ont retiré leur masque devant le monde entier.
Cela est en partie vrai dans le sens où le président Trump représente le côté vulgaire, impulsif, agressif, égoïste et destructeur de la politique américaine et de l'empire. Trump s'exprime de manière incohérente par rapport aux anciens dirigeants de l'empire et dit plutôt tout haut ce qui est évident. Un exemple clair est que les États-Unis peuvent voler le pétrole vénézuélien et gouverner le pays .

Le problème de croire en cette ligne de pensée est qu'elle est historiquement fausse, qu'elle justifie les puissants et qu'elle ignore la réalité qui existe au-delà des bulles libérales. Le Premier ministre Carney n'est pas mécontent que le fictif « ordre international fondé sur des règles » touche à sa fin ; il est furieux que la puissance hégémonique impériale, les États-Unis, commence à traiter ses alliés les plus proches de la même manière qu'elle traite le tiers-monde (aujourd'hui appelé « pays émergents » ou « Sud global ») depuis 1945.
Au lieu de tirer profit de l'extraction des richesses américaines et de la répression mondiale du développement pour satisfaire le noyau dur des pays occidentaux, Trump et la puissance hégémonique extorquent et volent désormais leurs alliés, tout en les traitant avec condescendance, en les méprisant et en les rabaissant. (Dans un discours prononcé devant le Parlement allemand le 29 janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré : « En tant que démocraties, nous sommes des partenaires et des alliés, pas des subordonnés »).
Regarder le monde avec les yeux grands ouverts
Le discours du premier ministre Carey n'a pas fait preuve d'une réflexion honnête sur la contribution du Canada et d'autres puissances intermédiaires à la destruction du droit international, à la violation des droits humains et à l'inégalité mondiale. Pour ceux qui ont la mémoire et des souvenirs de l'histoire récente, les événements qui se sont déroulés depuis le 20 janvier 2025 ne sont pas si différents de ceux des décennies passées. Carney et ses partisans semblent avoir oublié certains faits importants des 40 dernières années, notamment les suivants.
L'invasion militaire américaine de la Grenade et du Panama pour renverser et emprisonner leurs dirigeants . Plus de 500.000 enfants irakiens sont morts à cause des sanctions. La secrétaire d'État Madeleine Albright avait déclaré: «C'est un prix que nous sommes prêts à payer». Mme Albright n'a jamais payé de prix; un demi-million d'enfants irakiens l'ont payé de leur vie.
La guerre d'agression illégale contre l'Irak en 2003, au cours de laquelle le secrétaire d'État Colin Powell a menti au monde entier au sujet des armes de destruction massive . L'occupation de l'Afghanistan par l'OTAN pendant 20 ans , dix ans après la mort d'Oussama ben Laden , qui était apparemment la véritable raison de l'invasion. La destruction de la Libye par l'OTAN et l'assassinat de son président, Mouammar Kadhafi . La nouvelle de la mort violente du président Kadhafi a été accueillie avec enthousiasme par la secrétaire d'État Hillary Clinton, qui a ri et déclaré: «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort». Cette intervention a transformé la Libye, qui était le pays le plus développé et le plus riche d'Afrique, en un État défaillant avec des marchés d'esclaves en plein air .

Le président Obama a soutenu Al-Qaïda dans la sale guerre qui a duré 13 ans contre la Syrie. Jake Sullivan, conseiller d'Hillary Clinton puis conseiller à la sécurité nationale du président Biden, l'a démontré en déclarant: «Al-Qaïda est de notre côté en Syrie». Cette opération allait devenir l'opération Timber Sycamore, l'administration Obama envoyant des milliards de dollars pour soutenir les militants liés à Daech et renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad. En décembre 2024, le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad a été définitivement renversé par les militants de Daech, et Abu Mohammad al-Julani a pris la fonction de président par intérim. Abu Mohammad al-Julani, désormais rebaptisé Ahmed al-Sharaa, avait une prime de 10 millions de dollars sur sa tête offerte par le FBI américain. Cette prime était due à son comportement violent dans la lutte contre l'occupation américaine en Irak et à son ascension ultérieure à la tête de l'EI en Syrie .
Les États-Unis, l'Union européenne et le Canada ont rapidement reconnu l'ancien coupeur de gorges de l'EI comme le dirigeant légitime de la Syrie et ont révisé leur politique de sanctions, retirant Al Nusra [lire EI] de leurs listes d'organisations terroristes. Le président Trump a même reçu al-Julani/al-Sharaa à la Maison Blanche, siège du « monde libre ». Lors de son voyage aux États-Unis, le président syrien [lire : ancien chef de l'EI] Ahmed al-Sharaa a reçu une invitation encore plus légitime à s'adresser à l'Assemblée générale des Nations unies en tant que président syrien. Au cas où le monde aurait manqué sa visite à la Maison Blanche.
Pour de nombreux observateurs aux États-Unis et dans le monde entier, le véritable moment où le masque est tombé a été lorsque les États-Unis et tous leurs alliés, y compris le Canada, ont gardé le silence et ont soutenu Israël dans sa campagne génocidaire visant à détruire le peuple palestinien à Gaza . Une destruction à grande échelle, high-tech et retransmise en direct, du peuple palestinien (plus de 71.000 morts) est devenue virale sur les réseaux sociaux pendant plus de deux ans. Le masque est tombé il y a de nombreuses années, mais seulement en 2026 pour le Premier ministre Carney.
L'importance du discours du Premier ministre Carney
Ce qui précède pourrait sembler être une diatribe visant à se moquer du Premier ministre Carney. Ce n'est que partiellement vrai. Le discours de Carney contenait deux points très importants. Tout d'abord, Carney a affirmé que « pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré sous ce que nous appelons l'ordre international fondé sur des règles. Nous adhérons à ses institutions, nous louons ses principes et nous bénéficions de sa prévisibilité. Et grâce à cela, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs sous sa protection.
Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les puissants s'en affranchissaient quand cela leur convenait et que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l'identité de l'accusé ou de la victime.
Cela correspond aux points historiques que nous avons rappelés, mais selon Carney, la question ne se pose qu'après 2025. Les relations internationales et la politique étrangère ont toujours été fondées sur les intérêts, et dans le monde des intérêts et du pouvoir, certains sont plus égaux que d'autres. Pour Carney et d'autres dirigeants occidentaux, un monde injuste est acceptable, à condition qu'il leur soit profitable.
Deuxièmement, Carney a déclaré : « Nous ne devons pas laisser la montée en puissance de la force brute nous empêcher de voir que le pouvoir de la légitimité, de l'intégrité et des normes restera fort si nous choisissons de l'exercer ensemble... cela signifie reconnaître la réalité. Cessons d'invoquer l'ordre international fondé sur des règles comme s'il fonctionnait encore comme annoncé. Appelons-le par son vrai nom : un système d'intensification de la rivalité entre les grandes puissances, dans lequel les plus puissantes poursuivent leurs propres intérêts en utilisant l'intégration économique comme arme de coercition. Cela signifie agir de manière cohérente, en appliquant les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances intermédiaires critiquent l'intimidation économique d'un côté, mais gardent le silence lorsqu'elle vient de l'autre, nous affichons clairement notre position. Cela signifie construire ce en quoi nous disons croire, plutôt que d'attendre que l'ancien ordre soit rétabli.
Cela nous amène à une deuxième vérité. L'ancien ordre nous était peut-être familier, mais il n'était certainement pas juste, démocratique ou équitable, ni fondé sur les valeurs des Lumières ou l'égalité. L'ancien ordre profitait à la petite minorité des principaux pays occidentaux. Encore moins au monde en développement, qui subissait une violence énorme contre ses États et ses peuples.

Remarques finales sur l'ordre international fondé sur des règles
Aimé Césaire, Franz Fanon et d'autres penseurs postcoloniaux avaient déjà mis en évidence l'hypocrisie occidentale. Dans son ouvrage fondamental de 1950, Discours sur le colonialisme, Césaire démantelait la présomption européenne selon laquelle l'Occident s'était développé grâce à ses colonies et s'était « civilisé » dans le processus. Au contraire, affirmait Césaire, si le colonialisme a enrichi matériellement les puissances impérialistes, il les a également brutalisées sur les plans moral, politique et social. Il a exigé et cultivé une mentalité de supériorité raciale absolue, d'arbitraire administratif et de déshumanisation de « l'autre » pour fonctionner. Pour Césaire, le fascisme européen — en particulier le nazisme — n'était pas une aberration historique, mais un « effet boomerang ». C'était le moment où le modèle colonial de violence, « racialisé, massifié, bureaucratique et impersonnel », s'appliquait sur le sol européen aux corps européens (y compris les Blancs). « Ils ont toléré ce nazisme avant qu'il ne leur soit infligé », a écrit Césaire ; « ils l'ont absous, ils ont fermé les yeux, ils l'ont légitimé, car jusqu'alors, il n'avait été appliqué qu'à des peuples non européens [non blancs] ». Dans cette perspective, le crime d'Hitler n'était ni un génocide ni une guerre d'agression. Le crime d'Hitler était un génocide contre « les Blancs de l'Europe blanche » et une guerre d'agression qui a asservi d'autres Européens. L'horreur de l'Holocauste, dans cette lecture, était le choc de l'Europe face à une version reflétée et intensifiée de sa propre logique coloniale. La description que fait Césaire du leader européen le plus célèbre de l'histoire est une comparaison pertinente avec la situation actuelle (pensons aux meurtres brutaux et aux raids violents de l'ICE à Minneapolis et dans d'autres villes américaines ; voir nos articles précédents: référence infra).
Le Premier ministre Carney, les dirigeants européens et d'autres alliés des États-Unis ne sont pas indignés par la violence, l'injustice et la répression perpétrées pendant les années de leur « ordre international fondé sur des règles ». Au contraire, ils sont indignés, mécontents et inquiets parce que certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde en développement, dans des actions auxquelles ils ont participé, sont maintenant renversés et utilisés contre eux. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont désormais perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ces mêmes États sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et «autoritaires» qui ne partageaient pas leurs valeurs. Ils ont encouragé les États-Unis à en arriver là où ils en sont aujourd'hui, en les soutenant et en tolérant leur comportement impérialiste pendant si longtemps parce que cela servait également leurs propres intérêts.
Le Canada (tout comme les pays européens) ne s'est pas contenté de «mettre une affiche à la fenêtre», comme vous l'avez suggéré dans votre discours. Le Canada et les pays européens ont activement participé à la violation du droit international afin d'en tirer des avantages économiques, en appliquant les règles de manière asymétrique (ce qu'on appelle le « deux poids, deux mesures ») pour favoriser leurs intérêts et ceux de leurs alliés. De nombreuses « puissances moyennes » ont colonisé d'autres pays, ont extrait les richesses, les ressources et la main-d'œuvre du Sud et ont renversé les dirigeants démocratiquement élus de ces pays au profit de ceux qui étaient prêts à servir le noyau impérial.

Le gouvernement canadien a aidé les États-Unis à envahir et à occuper l'Afghanistan ; il a feint de ne pas soutenir l'invasion de l'Irak, alors même qu'il y était favorable ; il a contribué à lancer un coup d'État en Haïti ; et il a aidé à renverser des gouvernements et à déstabiliser des sociétés en Amérique latine où ses entreprises possèdent des mines . Le Canada a été un partenaire constant d'Israël dans son génocide des Palestiniens, en violation de la Convention sur le génocide, des Conventions de Genève, du Traité sur le commerce des armes et plus encore. De plus, Carney a longtemps présenté le Canada comme « une société pluraliste fonctionnelle », où « la place publique est bruyante, diversifiée et libre », mais le gouvernement canadien a violemment réprimé toute opposition à sa complicité dans le génocide israélien à Gaza. La police a évacué des campements étudiants dans des universités, arrêté des militants pour avoir critiqué Israël en ligne, criminalisé des actions et des marches de solidarité, mené des raids nocturnes sans préavis au domicile de militants accusés d'avoir endommagé des biens appartenant à des institutions complices et mené des raids avant l'aube contre d'autres personnes qui auraient organisé des blocages d'usines. Le gouvernement canadien a également déployé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur des terres autochtones non cédées afin d'arrêter violemment les organisateurs et les militants des Premières Nations qui protègent la terre, l'eau et les forêts contre l'extraction des combustibles fossiles. La GRC, dont le précurseur a été créé pour commettre un génocide contre les peuples des Premières Nations au début de l'expansion coloniale, est aujourd'hui déployée par le gouvernement fédéral pour protéger les intérêts des entreprises de combustibles fossiles.
Le Canada, les pays européens et d'autres États coloniaux qui revendiquent un statut occidental indépendamment de leur géographie, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ne sont pas des « puissances intermédiaires ». Ce sont des pays qui ont pillé à maintes reprises le Sud global pour construire et maintenir leurs économies au détriment de la grande majorité des populations et de la planète. Ils ne sont pas au milieu ; ils sont au sommet, et ce n'est que maintenant qu'ils ressentent pleinement le poids de ce que signifie être subordonné à une hiérarchie imposée par ceux qui sont plus violents que vous.
Utilisant le langage d'un banquier (après tout, il a d'abord dirigé la Banque du Canada, puis la Banque d'Angleterre), Carney a exhorté les « puissances intermédiaires » à « diversifier » leurs alliances, à réaliser des « investissements collectifs dans la résilience » et à adopter un « réalisme fondé sur des valeurs ». Il a annoncé que le Canada rechercherait « différentes coalitions sur divers sujets fondés sur des valeurs et des intérêts communs », mais qu'il forgerait également des alliances avec d'autres États économiquement puissants tels que la Chine et l'Inde. Il a spécifiquement exhorté les puissances dites intermédiaires à s'unir, soulignant que « si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Surtout, a-t-il affirmé, ces États doivent agir de manière cohérente, « en appliquant les mêmes normes à leurs alliés et à leurs rivaux ».
Le discours du Premier ministre Carney a été salué dans le monde entier pour son caractère théâtral, « affrontant l'agresseur Trump ». Cependant, il s'agissait d'un exercice d'ironie occidentale hypocrite, parsemé de demi-vérités. En résumé, c'était du « non-sens sous stéroïdes ». Carney a souligné qu'une bonne façon de conclure l'effondrement de l'ancien ordre était de ne pas regretter la situation et de se préparer à beaucoup plus de chaos. Le président Trump entame à peine la deuxième année de son deuxième mandat ; trois années d'instabilité et de chaos l'attendent.
Malheureusement, aussi importants que soient l'aveu de Carney et ses appels à la formation de coalitions, on soupçonne que derrière ce jargon se cache un appel aux « puissances intermédiaires » à redoubler d'efforts en matière de capitalisme, d'extraction des ressources, de libre-échange, d'intelligence artificielle et de militarisme (Carney a déclaré à Davos qu'il doublerait les dépenses militaires du Canada d'ici la fin de la décennie). Il s'agit d'un appel à renforcer le néolibéralisme sous prétexte de contrer le fascisme trumpien, alors que ce sont précisément ces décisions qui conduisent à l'ordre international impérialiste auquel Carney prétend s'opposer.

Si Carney est prêt à admettre que l'ordre fondé sur des règles était une imposture, il ne doit pas tenter de le reproduire avec d'autres États occidentaux, mais plutôt forger une véritable solidarité avec le reste du monde. Il doit séparer le Canada des États-Unis non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan militaire. Et il doit respecter le droit international, que, selon lui, les « puissances moyennes » n'ont que partiellement respecté.
Reconnaître ses propres crimes et privilèges est essentiel si les gouvernements des « puissances moyennes » veulent construire des coalitions significatives et durables qui protègent véritablement les personnes et la planète, et ne se contentent pas de poursuivre leurs propres intérêts à court terme. Si les « puissances moyennes » ne veulent pas subir ce qu'elles ont fait subir aux autres, elles doivent s'engager sérieusement à construire des alternatives avec les dirigeants du Sud et les populations lésées par leurs actions passées. Pas de relations coloniales ni d'accords paternalistes et extractifs, mais de véritables alliances. Elles doivent comprendre comment créer des relations économiques et sécuritaires équitables et réciproques qui ne soient pas fondées sur l'exploitation, l'impérialisme, le militarisme ou la violence. Des relations qui privilégient le bien-être de tous, et pas seulement de ceux qui sont au cœur de l'empire, et qui garantissent la survie et la santé de la planète.
Via Trasform! Italia - Source: https://transform-italia.it/il-crollo-dellipocrisia-sullo...
16:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident, occidentisme |
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Maître et esclave : l'erreur fatale de Marx - Pourquoi Marx a mal compris Hegel

Maître et esclave : l'erreur fatale de Marx
Pourquoi Marx a mal compris Hegel
Alexander Douguine
Alexander Douguine soutient que Marx a mal interprété Hegel, confondant une structure éternelle de la conscience avec un problème historique qui pouvait être aboli.
Le modèle de la relation entre le maître et l'esclave a été examiné en détail par Hegel. Il comporte un aspect intéressant. En fait, Marx a construit sa doctrine de la révolution sur ce passage précis. Le maître lutte, préférant la mort et la liberté (c'est-à-dire que pour lui, la liberté et la mort ne font qu'un), tandis que l'esclave choisit non pas la liberté, mais l'esclavage et la vie. Celui qui choisit la vie choisit l'esclavage ; celui qui choisit la mort choisit la liberté. Ainsi, la mort, la liberté et la maîtrise forment un côté, tandis que la vie, la survie, la production matérielle, le traitement des êtres et l'esclavage forment l'autre.
De cette manière, deux types philosophiques émergent. Notez que nous parlons de types philosophiques. Bien sûr, la tentation est immédiate d'appliquer cela à la sociologie, à l'anthropologie, à l'ethnologie, à la structure de la société et aux classes. C'est exactement ce qu'a fait Marx : il a posé l'existence de maîtres et d'esclaves et l'idée d'un soulèvement des esclaves. Le marxisme repose sur le postulat que l'esclave n'a pas de conscience propre et que, par conséquent, les masses exploitées de la société féodale (ou d'une société encore plus ancienne) ne vivent pas selon leur propre conscience, mais selon celle de la classe dominante. Elles ne se connaissent pas elles-mêmes et ne prennent conscience d'elles-mêmes qu'à travers la conscience des maîtres. Elles manquent de conscience de soi, tandis que les maîtres en sont dotés.
Hegel poursuit en disant que dans la lutte contre la mort, et dans les luttes de la mort elle-même avec ses reflets et ses échos, le maître n'atteint pas l'immortalité au sens plein du terme, bien que ce soit précisément ce qu'il recherche. Au lieu de cela, il acquiert l'esclave. Celui qui s'est enfui loin de lui, qui n'a pas pu supporter son vide et son regard, devient sa proie. Et l'esclave, devenu esclave, a la possibilité de ne pas regarder son maître dans les yeux, de baisser le regard, c'est-à-dire de ne pas regarder la mort en face, et il gagne ainsi la vie, bien qu'il ne soit plus libre. Et que signifie la liberté ? Pour Hegel, la liberté est la conscience de soi, et seule la conscience de soi est liberté. Celui qui est libre est conscient de sa propre conscience — Selbstbewußtsein. Celui qui n'est pas libre ne reconnaît pas son individualité: c'est précisément cela, le manque de liberté. La liberté n'a pas d'autres paramètres. La position sociale, par exemple celle des classes dépendantes exploitées ou des classes dominantes, n'est que la conséquence de la réalisation de certaines orientations et mouvements philosophiques qui se produisent au sein du sujet. Le sujet qui insiste jusqu'au bout sur sa conscience de soi périt ou devient dominant. Le sujet qui échappe à cette résistance, qui s'en retire, grossit les masses, comme le croyaient les Sarmates polonais ou les adeptes hongrois de l'idéologie scythe.
En philosophie, en particulier dans la philosophie hégélienne, tout cela est irréprochable. Bien sûr, en histoire, en sociologie et en anthropologie, on peut trouver des exemples qui confirment ou réfutent cette théorie. Il n'y a pas de projection directe de ces principes sur l'histoire des sociétés humaines. Pourtant, ces observations profondes nécessitent une réflexion approfondie ; elles ne doivent pas être appliquées immédiatement. Marx a tenté de les appliquer, mais dès qu'il s'est légèrement trompé dans les subtilités des modèles philosophiques, ne parvenant pas à mener à bien la réflexion de Hegel, nombre de ses notions sur la nature sociale des processus qui se déroulent dans la société humaine à travers l'histoire se sont révélées incorrectes et erronées.
La dialectique hégélienne de l'esclave et du maître concerne avant tout les structures de l'Esprit subjectif. On peut en tirer
- les conclusions tirées par Marx,
- les conclusions tirées par Gentile,
- et les conclusions tirées par Heidegger.

Si la topographie philosophique est correcte, elle possède un nombre illimité d'applications, de versions, de nuances, de réfutations et de confirmations. En même temps, elle est entièrement indépendante de ses aspects appliqués. La vérité de la philosophie n'est pas vérifiée par l'expérience, mais par une immersion totale dans ses structures et par l'habileté à les naviguer librement, en les corrélant prudemment avec d'autres systèmes métaphysiques.
En tout état de cause, quiconque renonce à la liberté renonce à la conscience de soi. Et quiconque renonce à la conscience de soi est immédiatement placé à la périphérie de la société, ce qui est logique. La conscience de l'esclave est dirigée vers l'extérieur, vers le monde sensoriel, vers les sensations, vers cette apparence (Schein) qui se fait passer pour l'être. Pas vers les phénomènes eux-mêmes, car les phénomènes résident dans le maître, et pour les atteindre, il faut d'abord briser l'immense pouvoir du négatif.
En général, la phénoménologie est l'affaire des maîtres, car affronter le mouvement de la pensée – en particulier la réflexion, le mouvement de la conscience vers elle-même – signifie, pour Hegel, acquérir l'expérience du contact avec la sphère du premier monde suprasensible, où le phénomène se révèle comme phénomène : Erscheinung als Erscheinung. Seul le maître peut se permettre cela, car il évolue vers sa propre maîtrise en lui-même. Puisque l'Erscheinung en tant que phénomène est l'affaire du sujet, la phénoménologie elle-même est l'affaire des maîtres, et non des esclaves. L'affaire des esclaves est la perception sensorielle, la conscience sans conscience de soi. L'esclave philosophique est destiné à être un instrument, une zone intermédiaire au sein de la culture humaine, un territoire frontalier entre le centre magistral et le monde de l'extériorité, une zone d'objectivité négative qui se désintègre et se disperse à mesure qu'elle s'éloigne du centre de la subjectivité radicale, le long des rayons dispersés des essences en déclin.

Ainsi, le maître, ayant acquis l'esclave, se concentre sur le contenu intérieur de la conscience, sur l'aperception, sur la réduction phénoménologique, sur le problème de la culture du sujet radical et royal. L'esclave, en revanche, est envoyé à la périphérie de la conscience afin d'organiser l'expérience sensorielle. Là, il passe à une interaction directe (pour parler en termes kantiens) avec les formes a priori de la sensibilité, avec l'espace et le temps, avec les aspects les plus externes de l'être. L'Esclave produit des choses parce qu'il les cultive. Bien sûr, il est le porteur d'une conscience importante et rationnelle. Il arrange et ordonne les choses ; il les produit, tandis que le Maître se contente de les consommer ou de les détruire. L'Esclave fournit la chose au Maître afin qu'elle cesse d'exister. Le Maître dit : « Apportez-moi ceci ou cela ; je vais maintenant le consommer ou le détruire. » Le maître consomme tout ce qu'il souhaite, puisqu'il apparaît effectivement comme le destructeur de tout ce qui existe et qu'il ne crée pas lui-même. L'esclave crée tout ; le maître ne fait qu'anéantir. Que ce soit dans la guerre, vers laquelle il est naturellement attiré, ou en dehors de la guerre, le maître est engagé dans la destruction. L'idée naïve selon laquelle le maître doit être gentil, aider ses ouvriers (ou ses travailleurs) à peindre les murs, par exemple, est peu réaliste. Le maître ne doit se préoccuper de rien ; il doit être absolument libre de toute prescription, et surtout des prescriptions de ce que pensent les esclaves, car les esclaves doivent faire ce que le maître leur dit, plutôt que de s'adresser à lui avec leurs propres considérations.
Telle est la dialectique de l'esclave et du maître. On peut également observer leur relation différente à la production : ce que le maître détruit ou consomme, l'esclave le crée. Cela a impressionné Marx, qui a décidé qu'à un moment donné, le maître rassemblerait de nombreux esclaves (une classe entière), les assujettirait et ne consommerait que ce qu'ils produisaient. En conséquence, à un moment donné, le maître deviendrait dépendant des esclaves, car s'il n'avait rien à détruire – c'est-à-dire à consommer –, il disparaîtrait, périrait. Il s'avérerait alors que les esclaves, inutiles en eux-mêmes, étaient devenus indispensables à sa survie.
Pourtant, même si nous admettons que cela ne se produira pas (contrairement à Marx) et que la conscience de soi du maître devienne une conscience de soi absolue, ne dépendant de rien, y compris de la classe des esclaves qui lui fournit son contenu ontique, elle deviendrait une concentration de négativité noire, une négation radicale anéantissant tout ce qui existe. Même l'illusion du nicht-Ich ne subsisterait plus, et par conséquent, il n'y aurait plus de monde subordonné, servile, soumis à la destruction par la conscience, c'est-à-dire à la compréhension ou à la connaissance.

Chez Hegel, la discussion porte sur la structure de la conscience qui nous est donnée de manière synchronique. Les phases de la bataille entre deux consciences de soi – la lutte héroïque avec la mort et la désertion qui transforme le guerrier en esclave, la préférence pour la vie au prix du renoncement à la conscience de soi – sont décrites comme séquentielles. Pourtant, dans la structure de Hegel, elles sont synchrones. Il s'agit de moments structurels dans le domaine de la conscience. Il serait tout à fait erroné d'interpréter cela du point de vue de la succession temporelle. Ce qui est présent ici est une séquence logique, et non chronologique ou diachronique. Supposer, comme l'a fait Marx, qu'un moment viendra où le maître deviendra trop dépendant de l'esclave, que la conscience de soi de l'esclave s'éveillera et qu'il se rendra compte que le maître ne peut ni manger ni boire sans lui, et que l'esclave, entrant dans sa conscience, détruira le maître et sa volonté nihiliste, mettra fin à ses efforts pour consommer et anéantir, et créera un monde magnifique pour les travailleurs du socialisme et du communisme, est théoriquement possible. Le libéral hégélien Kojève voyait la résolution de la dialectique maître-esclave dans la société civile, bien que Hegel lui-même ne la considérait possible que dans un État pleinement réalisé du futur, dans une monarchie constitutionnelle.
Néanmoins, sans une analyse structurelle minutieuse de la conscience et une compréhension claire de la nature de la conscience de soi, nous risquons d'obtenir non pas un hégélianisme authentique, mais un hégélianisme inversé, un hégélianisme renversé. L'idée de Marx selon laquelle la conscience prolétarienne reconnaîtra la dépendance du maître vis-à-vis des travailleurs, rejettera la conscience de soi empruntée au maître, renversera le pouvoir des classes exploiteuses et construira une société sans négation, sans conscience négative, fondée sur la pure constructivité et la sensibilité, sans ce sujet maître terrifiant qui constituait l'essence du problème fondamental dans la relation entre l'esclave et le maître, découle d'une compréhension profondément erronée (voire d'un rejet pur et simple) de l'Esprit subjectif et de ses structures, sans parler du Sujet radical.
En fin de compte, si nous adoptons la position de Marx et prenons le parti de l'esclave qui cherche à se libérer du maître, cela revient à reconnaître que la conscience ne peut exister que comme sa propre périphérie sans centre — qu'il n'y a pas de centre du tout et qu'il n'en faut pas, puisqu'il n'en émane que diverses impulsions terribles, dont la principale est la mort. La logique des marxistes est la suivante : si l'on ignore le contenu intérieur de la conscience et que l'on s'accroche à l'être extérieur — ou même plus loin encore, dans le domaine de « l'attitude naturelle » de Husserl, au-delà des limites de la conscience —, alors seulement le bonheur, l'immortalité et l'égalité peuvent être atteints, et le Moyen Âge, l'exploitation et la domination peuvent prendre fin pour toujours. En poussant cette logique jusqu'à sa conclusion, nous arrivons à la conclusion que dans un tel cas, il ne resterait non seulement aucune philosophie et aucun sujet radical, mais finalement aucun être humain.

Il est donc extrêmement important de concevoir toutes les phases et étapes de la formation du couple Maître (en tant que sujet et porteur de conscience de soi) et Esclave (en tant que porteur de conscience subordonnée) comme une configuration immuable – en un certain sens « éternelle » – de la structure anthropologique. En ce sens, un Hegel compris (lu) de manière synchronique peut s'appliquer aussi bien aux sociétés anciennes, médiévales que modernes. Parfois, cela apparaît de manière évidente, parfois sous une forme voilée (par exemple, à travers diverses procédures de la société civile, où l'on ne rencontre plus de revendication directe de maîtrise absolue), mais la domination elle-même – et Marx a tout à fait raison sur ce point ! – ne disparaît pas dans la démocratie et la société civile, dans le capitalisme ; au contraire, elle ne fait que devenir plus totale. En tout état de cause, si l'on examine de près ces sociétés, l'axe maître/esclave se révèle inévitablement. Derrière toutes les revendications d'égalité de la démocratie moderne – que les esclaves ont enfin pris le pouvoir et aboli les hiérarchies, qu'il n'y a plus de maîtres au-dessus d'eux et que, par conséquent, les esclaves ne sont plus des esclaves mais des membres respectés de la « société civile » – se cache une réalité tout autre, beaucoup plus proche du couple hégélien. Les élites dirigeantes de la démocratie – en particulier dans le contexte de la mondialisation – s'efforcent plus que jamais d'exercer un contrôle total sur la conscience des masses, en y projetant leur volonté, en la chargeant de faux substituts et en « annulant » sans pitié toute tentative des masses de s'éveiller et de remettre en question l'idéologie dominante (le plus souvent libérale ou libérale de gauche). Dans la société libérale, une autre édition du Maître remplace la classe dirigeante : il porte un nom différent, a une apparence différente, est d'un style nouveau. Pourtant, la domination ne peut être abolie sans abolir l'être humain, sans détruire la société, sans annuler la pensée et la philosophie. L'absence de domination nécessiterait l'absence de l'humain.
Le postmodernisme, ou le courant posthumaniste dans la culture, arrive progressivement à une conclusion aussi radicalement égalitaire. La libération de la hiérarchie est possible en même temps que la libération de l'humain. Là où il y a un être humain, la différenciation entre l'esclavage et la maîtrise apparaîtra inévitablement à un certain niveau, même au sein d'une seule et même entité. D'où la verticalité de l'humain ; d'où la domination de l'esprit (la tête) sur les autres organes. En effet, tout ce qui touche à l'humain est l'histoire de la dialectique de l'esclave et du maître, qui, en principe, n'a pas subi de changements majeurs tout au long de l'existence de l'humanité. Oui, elle se déploie sous différentes formes et combinaisons, mais les maîtres et les esclaves — sous diverses formes, combinaisons, sous différents masques, avec différents modèles d'institutionnalisation — existent toujours, qu'ils le sachent ou non, qu'ils le reconnaissent ou non. Les esclaves peuvent ne pas se douter qu'ils sont esclaves, mais les maîtres agissent toujours avec une image plus responsable, même s'ils la dissimulent souvent, la déforment ou même nient son existence.
A. G. Douguine, La phénoménologie de Hegel — Une expérience d'interprétations transversales, Projet académique, Moscou, 2024.
15:55 Publié dans Nouvelle Droite, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, hegel, karl marx, alexandre douguine |
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