jeudi, 18 juin 2026
La guerre hybride contre l’Iran ne cessera pas

La guerre hybride contre l’Iran ne cessera pas
par Daniele Perra
Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-guerra-ibrida-...
Je reste assez sceptique quant à l’accord Iran–États-Unis. Sans même évoquer le fait qu’Israël est déjà prêt à le faire échouer (avec l’aide de ses nombreux hommes placés au sein de l’administration américaine), ce document (qui, pour l’instant, n’est qu’un simple mémorandum) représente la plus grave défaite stratégique de l’histoire récente des États-Unis, pire encore que celle du Vietnam. D’autant que, lors de ce conflit, les États-Unis avaient réussi à en atténuer les coûts en profitant de la «fenêtre dorée» et en imprimant plus de dollars qu’ils n’avaient d’or en réserve.
Quelques jours après le début du conflit, j’avais rédigé un article, publié sur le site « Eurasia », intitulé de manière évocatrice: «La dernière guerre de l’Empire américain». Certes, il ne s’agira peut-être pas exactement de cela (et le complexe militaro-industriel américain continuera de produire/d'attiser des foyers de conflit), mais j’ai tout de même l’impression qu’il s’agit là du dernier affrontement réel hors de l’hémisphère occidental pour Washington.
Observons désormais dans le détail ce que prévoit le mémorandum. Il est question d’un cessez-le-feu au Liban. En toute honnêteté, le cessez-le-feu était déjà en vigueur depuis 2024, même si, en l’espace d’un an (plus ou moins), les FDI l’avaient violé un millier de fois.
Fondamentalement, peu de choses changent. Israël n’abandonnera pas les positions acquises jusqu’à présent et poursuivra sa guerre comme et quand il le voudra (et il est difficile, sinon impossible, d’imaginer que les États-Unis cesseront de le soutenir). Il ne semble pas non plus être question du programme balistique iranien.
Le détroit d’Ormuz rouvre, mais reste sous contrôle iranien. Voilà la véritable humiliation pour la thalassocratie américaine. Et c’est la preuve que les États-Unis (surtout leur économie), indépendamment de la tant vantée autosuffisance énergétique, dépendent du commerce international du pétrole, qui permet au dollar de survivre.
La Chine, une fois de plus, s’est montrée être une puissance responsable sur le plan international, réduisant ses importations de cette ressource et maintenant des prix bas, tout comme d’autres pays qui ont puisé profondément dans leurs réserves stratégiques. Elle a aussi démontré aux États-Unis que leur stratégie d’interruption des approvisionnements pour freiner sa croissance n’est pas viable (la Chine, contrairement à ce que l’on pense à tort, est autosuffisante sur le plan énergétique à hauteur d’au moins 80% de ses besoins).
Les sanctions contre l’Iran seront très probablement en partie levées, du moins en ce qui concerne le secteur pétrolier. Par ailleurs, environ 25 milliards d’actifs iraniens seront débloqués (Obama avait été vivement critiqué pour avoir donné à l’Iran bien moins que cela).
Enfin, la question du nucléaire sera débattue dans le cadre d’un accord à conclure, après de nouvelles négociations, au cours des 60 prochains jours. À ce sujet, il convient de rappeler que, déjà dans le cadre du JCPOA, l’Iran avait déclaré ne pas vouloir développer d’armes nucléaires. À ce jour, il semble plutôt improbable que Trump puisse obtenir de meilleures conditions que son prédécesseur. Il faut ajouter à cela qu’il n’y a eu en Iran aucun changement de régime. Bien au contraire.
Comme indiqué précédemment, je reste sceptique. Déjà en 2015, les États-Unis, à la différence de la partie iranienne, n’avaient en rien respecté l’accord. Et même dans la situation actuelle, une éventuelle signature ne signifiera en rien la fin de la guerre hybride, alternant entre basse et haute intensité, contre Téhéran.
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Après l’Ukraine: Bruxelles mène-t-elle l’Arménie à sa perte ?

Après l’Ukraine: Bruxelles mène-t-elle l’Arménie à sa perte?
Elena Fritz
Source: https://www.compact-online.de/nach-ukraine-treibt-bruesse...
La victoire électorale de Nikol Pachinian en Arménie est considérée par les médias occidentaux comme la confirmation d’un changement historique de cap: s’éloigner de Moscou, se rapprocher de l’UE, se tourner vers l’Occident. Mais ces réjouissances occultent la question essentielle: qui protège l’Arménie si les promesses européennes se brisent sur la réalité du Caucase?
Proximité, mais pas de sécurité
L’Arménie n’est pas un projet de réforme abstrait, conçu sur une table stratégique bruxelloise. Elle ne se situe pas entre la Belgique et le Luxembourg, mais entre la Turquie et l’Azerbaïdjan – au cœur de l’une des régions les plus sensibles de l’Eurasie. Le pays dispose de ressources limitées, d’une profondeur stratégique réduite et de lignes de conflit non résolues avec ses voisins. Quiconque veut soustraire l’Arménie à l’architecture de sécurité existante doit expliquer quelle nouvelle garantie pour sa protection viendra la remplacer.

L’UE peut accueillir Pachinian, le féliciter, envoyer des missions d’observation et allouer quelques millions d’euros d’aides. Elle peut rédiger des résolutions, organiser des séances de photos et hisser des drapeaux européens. Mais, en cas d’urgence, elle ne pourra pas protéger l’Arménie.
C’est là que réside le véritable danger. Bruxelles offre la proximité, mais pas la sécurité. De la symbolique, mais pas de bouclier. Des gestes politiques, mais pas de garantie stratégique. Et dans le Caucase du Sud, la situation peut devenir grave à tout moment: à cause de l’Azerbaïdjan, des ambitions turques, de la question du soi-disant corridor de Syunik et d’un nouvel ordre régional qui ne se dessine pas à Bruxelles, mais à Bakou et à Ankara.

Le risque pour l’Arménie
Le corridor de Syunik (ou du Zangezour) illustre parfaitement les véritables enjeux. En Europe, il est souvent perçu comme une simple voie de communication ou un projet économique d’avenir. Pour la Turquie et l’Azerbaïdjan, il représente bien plus: un levier géopolitique. S’il est mis en œuvre selon les conditions de Bakou et d’Ankara, l’Arménie ne deviendra pas bénéficiaire d’une nouvelle architecture commerciale, mais se réduira à un simple pays de transit – économiquement dépendant, politiquement vulnérable et sous pression territoriale.
C’est la dure réalité de la géographie. Sur le plan économique aussi, le rêve européen est dangereusement naïf. Beaucoup d’Arméniens espèrent que le rapprochement avec l’Europe ouvrira de nouveaux marchés, favorisera les investissements et apportera la prospérité. Mais l’expérience de l’Ukraine montre que, souvent, entre les promesses occidentales et le développement économique, il n’y a pas l’essor, mais la dépendance. Parfois même la guerre.
L’UE n’intègre pas par charité. Elle retient ceux qui servent ses propres intérêts. Une petite économie comme celle de l’Arménie n’a pas le poids de l’Ukraine, de la Pologne ou de la Turquie pour Bruxelles. Elle peut être utile politiquement – comme symbole contre la Russie. Mais cette valeur symbolique ne remplace ni une base industrielle, ni une politique énergétique, ni une garantie de sécurité, ni un bouclier stratégique.
Le véritable risque pour l’Arménie ne réside donc pas uniquement à Moscou, Bakou ou Ankara. Il réside dans le décalage entre espoirs et réalité. Pachinian vend à son pays l’idée que l’Europe apportera à la fois investissements, protection, soutien politique et perspectives économiques. Mais l’expérience prouve que l’UE est généreuse en paroles – et parcimonieuse dès que cela devient réellement coûteux.
Qui paiera ?
Au final, une question simple se pose: qui paiera pour la sécurité de l’Arménie? Ni les journalistes européens qui célèbrent aujourd’hui un «changement historique de cap». Ni les bureaucrates bruxellois qui applaudissent Pachinian. Ni les stratèges occidentaux qui voient l’Arménie comme une pièce de plus dans le jeu anti-russe.
C’est l’Arménie qui paiera. Par l’endettement. Par la perte de prospérité. Par l’émigration. Par une dépendance accrue. Peut-être par de nouvelles concessions territoriales. Et, dans le pire des cas, par la vie de ses citoyens. Tel est l’enseignement de l’Ukraine, et il semble que l’Arménie soit en train de le rejouer à ses propres dépens.
21:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géopolitique, actualité, caucase, arménie, union européenne, europe, affaires européennes |
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La perfide Albion et la Troisième Rome: la guerre hybride entre la Grande-Bretagne et la Russie

La perfide Albion et la Troisième Rome: la guerre hybride entre la Grande-Bretagne et la Russie
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/petollinen-albion-ja-k...
Les historiens et analystes géopolitiques russes qualifient depuis longtemps la Grande-Bretagne de « perfide Albion » (en anglais Perfidious Albion). Le terme est né en France dans les années 1790 pour désigner la duplicité diplomatique et l’opportunisme britannique.
Dans l’usage russe, il est devenu une désignation péjorative consacrée pour un pays qui, depuis des siècles, chercherait à affaiblir la Russie par des intrigues diplomatiques, des moyens indirects, des opérations de renseignement et une pression économique. Les tensions actuelles autour de la guerre en Ukraine, des sanctions et des menaces hybrides sont vues comme la continuation de cette longue trajectoire historique.
Même si le récit russe comporte des interprétations sélectives et des aspects propagandistes, il s’appuie sur de véritables antagonismes géopolitiques entre puissances maritimes et continentales. Les grands théoriciens de la géopolitique, tels que Halford Mackinder et Alfred Thayer Mahan, ont souligné que le contrôle de l’Eurasie continentale menaçait la domination globale des puissances maritimes. La Grande-Bretagne a incarné cet archétype du pouvoir maritime.

Le concept de guerre hybride est récent, mais ses manifestations sont anciennes. Les politologues russes, comme Igor Panarin (photo), considèrent la guerre de l’information et les opérations indirectes comme des outils essentiels par lesquels la puissance maritime anglo-américaine a tenté d’affaiblir ses concurrents continentaux sans recourir à une guerre conventionnelle à grande échelle. Selon Panarin, la dissolution de l’URSS fut avant tout une défaite dans une longue guerre de l’information, dont les racines remontent aux premières actions britanniques.
Dans la rhétorique des dirigeants russes, les « Anglo-Saxons » apparaissent régulièrement comme adversaires systématiques. Le président Vladimir Poutine et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ont, à plusieurs reprises, décrit les Anglo-Saxons comme des acteurs agressifs utilisant des moyens hybrides, des sanctions et la subversion pour affaiblir la Russie.

Au cœur des antagonismes historiques se trouvent la volonté russe d’accéder aux mers chaudes et le souci britannique de protéger son empire des Indes et l’équilibre des puissances en Europe. Déjà à la fin du XVIIIe siècle, le gouvernement de William Pitt le Jeune (portrait) s’est opposé à l’expansion russe lors de la crise d’Ochakov.
Le point culminant fut la guerre de Crimée (1853–1856), où la Grande-Bretagne et la France s’allièrent à l’Empire ottoman pour empêcher la montée de l’influence russe en mer Noire et dans les Balkans. Le siège de Sébastopol est resté dans la mémoire collective russe comme une défaite humiliante, perçue comme une agression injustifiée en faveur du « malade de l’Europe ».

S’ensuivit le classique « Grand Jeu » en Asie centrale, où agents britanniques et russes rivalisèrent pour l’influence en Afghanistan, en Perse et au Tibet. Il s’agissait d’un conflit hybride typique, mêlant renseignement, intrigues diplomatiques et alliés locaux – le tout sans guerre directe entre grandes puissances. Du point de vue russe, la Grande-Bretagne utilisait systématiquement des moyens indirects pour empêcher l’expansion naturelle de la Russie.
Ironie de l’histoire, les dynasties régnantes de Russie et de Grande-Bretagne étaient très liées: Nicolas II et George V étaient cousins germains (leurs mères étaient sœurs), et l’épouse de Nicolas était une petite-fille de la reine Victoria. Le roi George V refusa à la dernière minute d’accorder l’asile à son cousin Nicolas II après la révolution de 1917, ce qui, du point de vue russe, symbolise la perfidie britannique allant jusqu’à primer sur les liens du sang.
Les guerres napoléoniennes puis les guerres mondiales ont donné naissance à des alliances temporaires entre la Grande-Bretagne et la Russie, mais la confiance n’a jamais été solide.

Pendant la guerre civile russe (1918–1920), la Grande-Bretagne intervint en soutenant indirectement et matériellement les Blancs (photo, ci-dessus). Dans l’historiographie bolchevique, il s’agissait d’une tentative impérialiste d’étouffer la révolution socialiste à la racine. Pendant la guerre froide, le MI6 britannique fut un acteur central du renseignement et de la subversion contre l’URSS.
L’affaire des « Cinq de Cambridge » – un groupe d’espions soviétiques opérant en Grande-Bretagne entre les années 1930 et 1960 – illustra la réciprocité de cette guerre de l’ombre. La Grande-Bretagne fut également un membre clé de l’OTAN et participa à la politique de containment américaine. Malgré l’alliance de la Seconde Guerre mondiale, le projet britannique « Operation Unthinkable » – planifiant une guerre contre l’ancien allié – a renforcé la méfiance russe vu ce genre de trahison récurrente.

La pensée géopolitique britannique est fortement institutionnalisée. Le Royal United Services Institute (RUSI), considéré comme le plus ancien think tank de défense au monde, et Chatham House (Royal Institute of International Affairs) furent essentiels dans l’élaboration de la politique occidentale vis-à-vis de la Russie. Chatham House a publié de nombreux rapports sur la « menace russe » et soutenu une ligne dure, tandis que le RUSI s’est concentré sur les menaces militaires et hybrides. Dans ces cercles, la Russie est souvent perçue comme une menace continentale qui exige un front maritime uni.

D’anciens chefs du MI6 comme John Sawers (ci-dessus) ont rejoint ces institutions, illustrant le lien étroit entre le renseignement et les think tanks. Ce réseau perpétue la tradition selon laquelle le renforcement de la Russie en Eurasie est une menace pour l’ordre mondial dominé par les puissances maritimes occidentales. La théorie du Heartland de Mackinder – selon laquelle celui qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle l’« île-monde » – anime toujours ces analyses.
Selon les Russes, le schéma d’après-guerre froide se poursuit : élargissement de l’OTAN vers l’est, révolutions de couleur et soutien à l’Ukraine. La Grande-Bretagne s’est imposée comme l’un des adversaires les plus résolus de la Russie au sein de l’alliance militaire atlantique. Les affaires Skripal et Litvinenko sont interprétées, dans les analyses russes, comme des provocations ou des opérations sous fausse bannière britanniques.
Le sabotage de Nord Stream, les sanctions et le soutien en renseignement à l’Ukraine sont vus comme des manifestations concrètes de la guerre hybride. Selon le Kremlin, les Anglo-Saxons recourent au sabotage et aux actions hybrides en plus des sanctions. De son côté, la Grande-Bretagne accuse la Russie de cyberattaques, de désinformation et d’ingérence politique. Le RUSI et Chatham House publient des rapports présentant les actions russes comme une guerre systématique de la « zone grise ».
Un précédent aux événements actuels peut être trouvé à la fin de la Grande Guerre du Nord (1700–1721). Alors que la Russie était sur le point d’écraser la Suède, la Grande-Bretagne tenta surtout d’inciter la Suède et la Pologne à attaquer de nouveau la Russie – l’objectif étant d’empêcher le nouvel équilibre européen instauré par Pierre le Grand. Ces plans échouèrent cependant lorsque le krach de la Bourse de Londres (la bulle des mers du Sud) força la Grande-Bretagne à se recentrer sur ses problèmes économiques internes en 1720.

L’histoire se répète : au printemps 2022, quelques semaines après l’attaque russe, des négociations de paix eurent lieu à Istanbul entre l’Ukraine et la Russie, qui, selon des rapports ultérieurs, étaient proches d’aboutir. Selon des sources diplomatiques occidentales, le Premier ministre britannique de l’époque, Boris Johnson, s’est rendu à Kiev et a fait savoir clairement que l’Occident ne soutenait pas un accord de paix mais la poursuite de la guerre. Peu après, les négociations ont échoué.
Qu’il se soit agi d’un blocage direct de la paix ou d’une position coordonnée de l’Occident, le rôle britannique dans l’échec des négociations s’est enraciné dans le récit russe.
Les tensions soulignées dans la rhétorique publique n’empêchent cependant pas l’élite russe de s’installer ou d’envoyer ses proches précisément dans ces pays occidentaux que la rhétorique du Kremlin présente comme les principaux ennemis. Les enfants d’oligarques, qui naviguent entre Westminster et le Kremlin, étudient et résident en Grande-Bretagne, et de nombreux proches de dirigeants de sujets de la Fédération et de députés de la Douma vivent en Autriche, en France et en Grande-Bretagne.
Cette double vie systématique est un phénomène hybride en soi, rarement intégré dans l’analyse des luttes entre grandes puissances. À l’intérieur, on présente l’Occident comme l’ennemi juré, alors qu’en pratique, les membres des familles vivent aussi en Occident. Cela en dit long sur le caractère superficiel de l’affrontement pour ceux qui peuvent choisir leur propre réalité.
Le développement rapide des technologies a cependant profondément changé la nature de la compétition géopolitique. L’opposition classique mer/terre est en partie dépassée : aujourd’hui, le contrôle du « Heartland » nécessite aussi la maîtrise de l’espace, la protection des routes maritimes n’est possible qu’avec une cyberdéfense efficace, et les armes hypersoniques contournent les cartes de Mackinder ainsi que les théories de Schmitt et Mahan.

L’intelligence artificielle, les systèmes satellitaires, les cyberopérations, les drones et les armes de précision à longue portée ont ajouté de nouvelles dimensions à la guerre hybride, où l’avantage ne dépend plus exclusivement de la situation géographique.
Les deux camps utilisent des moyens hybrides modernes – information, économie, opérations indirectes, cyberactivités et outils technologiques – dans la rivalité traditionnelle des grandes puissances.
Le récit russe contient des exagérations et une posture victimaire, présentant l’action britannique et occidentale comme un complot unifié et ignorant les propres problèmes internes ou décisions agressives de la Russie. À l’inverse, l’interprétation britannique et occidentale occulte souvent comment la logique maritime – empêcher l’hégémonie continentale – a constamment accru les préoccupations sécuritaires russes.
La compétition géopolitique ne relève pas de la morale, mais des intérêts. La guerre hybride n’a pas commencé en 2014, ni même en 1945, mais fait partie de la pratique étatique depuis des siècles. Au sommet de son empire, la Grande-Bretagne excellait dans l’utilisation de méthodes indirectes, et la Russie a adapté ces principes à ses propres circonstances. Au final, les États et les réseaux de pouvoir qui les soutiennent utilisent tous les moyens à leur disposition pour garantir à la fois des avantages à court terme et leur sécurité à long terme.
Le récit de la perfide Albion renforce la vision sécuritaire russe et possède assez de fondement historique pour demeurer un élément de l’influence informationnelle du Kremlin. De même, les think tanks britanniques et le MI6 perpétuent la tradition de considérer la Russie comme une menace, même si la position de puissance de la Grande-Bretagne n’est plus ce qu’elle était et que la réalité est aujourd’hui plus complexe que jamais.
19:37 Publié dans Actualité, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, grande-bretagne, actualité, histoire |
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L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents

L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents
Jeanne Delahaye
Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7
Depuis des années, l’Union européenne explique à ses citoyens que tout candidat à l’adhésion doit remplir des conditions strictes. L’État de droit, la lutte contre la corruption, des institutions démocratiques stables, la protection des minorités, la viabilité économique et l’adoption complète du droit européen sont officiellement considérés comme des critères indispensables.
Mais lorsqu’on regarde du côté de l’Ukraine, une question gênante se pose :
Ces critères s’appliquent-ils encore aujourd’hui ?
L’Ukraine est en guerre. Des parties de son territoire reconnu internationalement ne sont pas sous son contrôle. Le pays dépend de façon exceptionnelle de l’aide financière étrangère. Les organisations internationales soulignent depuis des années de graves problèmes de corruption. L’UE elle-même réclame sans cesse des réformes dans le domaine de la justice, de l’administration et de l’État de droit.
Pourtant, à Bruxelles, on parle déjà comme si l’adhésion n’était plus qu’une question de volonté politique.
C’est précisément là que le problème commence.
Quiconque prend au sérieux les critères officiels d’adhésion doit constater que l’Ukraine est encore loin de ce que les candidats précédents ont dû accomplir. Aucun autre pays n’aurait été mené sur la voie de l’adhésion à l’UE avec la même détermination politique dans des conditions comparables.
À cela s’ajoute un autre aspect dont on parle étonnamment peu.
Alors qu’en Europe de l’Ouest toute forme de nationalisme est surveillée de près, des évolutions comparables en Ukraine sont souvent évaluées de façon beaucoup plus indulgente. La vénération de personnalités nationalistes controversées, les tensions autour des droits linguistiques et des minorités ainsi que les conflits de longue date entre différents groupes de population sont souvent passés sous silence ou minimisés dans le débat européen.
Pourtant, la protection des minorités devrait justement faire partie des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

Ceux qui pointent ces contradictions sont vite classés politiquement. Mais la véritable question demeure sans réponse :
Pourquoi faudrait-il appliquer à l’Ukraine des critères différents de tous les autres candidats à l’adhésion ?
Les conséquences économiques sont elles aussi à peine débattues ouvertement. L’Ukraine dispose d’immenses terres agricoles, d’un besoin d’investissement colossal et aura besoin d’une reconstruction massive après la guerre. Une adhésion aurait des conséquences profondes sur les subventions agricoles, le budget de l’UE, les fonds structurels et les marchés du travail. Beaucoup de citoyens européens devront finalement en assumer les conséquences financières.
Néanmoins, le débat est souvent mené sur le plan moral plutôt que factuel.
Celui qui exprime des doutes est vite considéré comme manquant de solidarité. Celui qui pose des questions est soupçonné de soutenir le mauvais camp. Or, la démocratie vit précisément du fait qu’on puisse poser les questions qui dérangent.
La solidarité ne doit pas signifier fermer les yeux sur les problèmes.
La vraie question n’est donc pas de savoir si l’Ukraine mérite du soutien.
La véritable question est :
L’Ukraine remplit-elle réellement les conditions d’une adhésion à l’UE – ou bien s’engage-t-on ici, pour des raisons géopolitiques, sur une voie particulière qui n’aurait été acceptée pour aucun autre candidat ?
Tant que cette question n’aura pas reçu de réponse honnête, l’impression restera que l’UE adapte ses propres règles dès que les intérêts politiques prennent le dessus sur les critères qu’elle a elle-même définis.
Des règles identiques pour tous – ou pas de règles du tout.
* * *
Le site de Mme J. Delahaye: www.sichtwechsel.lu
19:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, ukraine, affaires européennes, union européenne |
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