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vendredi, 30 octobre 2026

Le Pakistan est désormais la porte d’entrée méridionale de l’Eurasie. Saura-t-il en exploiter le potentiel?

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Le Pakistan est désormais la porte d’entrée méridionale de l’Eurasie. Saura-t-il en exploiter le potentiel?

Gul.i.Ayesha Bhatti

La guerre déclenchée le 28 février ne s’est pas limitée à frapper l’Iran. Elle a redessiné la carte des corridors eurasiatiques. Avec l’interruption du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et le blocus des ports iraniens, les itinéraires méridionaux traversant l’Iran ont vu leur vulnérabilité mise à nu, et les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Europe se sont déplacés vers le Corridor médian, qui contourne à la fois la Russie et l’Iran.

Au bout du compte, il ne reste, en dehors de l’Iran, qu’un seul débouché nord-sud vers les mers chaudes: l’itinéraire passant par l’Afghanistan et le Pakistan. Le Pakistan est devenu, presque par la force des choses, la porte d’entrée méridionale de l’Eurasie que les puissances se disputent. La Russie a besoin de cet itinéraire, la Chine a besoin de sa stabilité, les États-Unis veulent ses ressources minières et les pays du Golfe veulent ses soldats.

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Voilà qui donne la mesure de la valeur du Pakistan. Cela ne donne pas encore celle de sa puissance. La question est de savoir si Islamabad parviendra à transformer sa géographie stratégique en capacité d’action stratégique, ou si son avenir sera déterminé par la compétition entre les autres.

Commençons par Washington. Les discours sur un retrait américain du Moyen-Orient témoignent d’une mauvaise lecture de la situation actuelle. La guerre a mis à nu la vulnérabilité des bases fixes dans le Golfe et, selon les informations rapportées, le Pentagone envisage une présence plus réduite et plus dispersée. Il s’agit d’un changement d’instruments, non d’intérêts.

En Asie centrale, ces instruments sont de nature commerciale: le dialogue C5+1 sur les minerais critiques s’est tenu pour la première fois en présentiel à Astana en juin, et un seul envoyé spécial pour l’Asie du Sud et l’Asie centrale, Sergio Gor, couvre désormais les deux régions. Un envoyé unique pour deux régions en dit long sur la manière dont Washington interprète la situation. Les ressources minérales sont bien réelles.

L’Asie centrale possède au moins 32 des 60 minerais que les États-Unis classent comme critiques, et le projet pakistanais de Reko Diq a attiré des financements américains à l’exportation. Mais les minerais ne deviennent un instrument de puissance que lorsqu’ils sont transformés et transportés, et la Chine domine leur transformation. La compétition pour les minerais est, en définitive, une compétition pour les itinéraires.

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Or, c’est précisément sur le terrain des itinéraires que la Russie et la Chine sont les plus exposées. Il manque toujours au Corridor Nord-Sud de Moscou la liaison Rasht-Astara, à l’intérieur de l’Iran, dont la construction n’est pas prévue avant 2027.

D’où le nouvel intérêt de la Russie pour une ligne transafghane et la toute première visite à Islamabad d’un ministre russe de l’Intérieur, effectuée ce mois-ci. Pékin a, pour sa part, accueilli à Ürümqi, au Xinjiang même, une médiation entre le Pakistan et l’Afghanistan: la diplomatie comme moyen d’autodéfense. Aucun mur n’entoure Moscou et Pékin, mais leur itinéraire le plus sûr vers l’océan Indien passe désormais par le Pakistan. Cela accroît la valeur du Pakistan. Mais cela accroît aussi sa vulnérabilité.

La menace suit la valeur stratégique. Le Groupe de surveillance des Nations unies signale la présence de plus de 20 groupes terroristes actifs en Afghanistan, dont Al-Qaïda, l’État islamique dans la province du Khorassan (ISKP) et le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), dont les quelque 6000 combattants jouissent d’une liberté de mouvement. Lorsque, ce mois-ci, le «format de Moscou» a cherché à nommer explicitement le terrorisme en Afghanistan, la délégation talibane s’y est refusée.

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Ce n’est pas seulement un problème pakistanais. Le Mouvement islamique du Turkestan oriental menace le Xinjiang; le Mouvement islamique d’Ouzbékistan et le Jamaat Ansarullah menacent l’Asie centrale; l’ISKP a frappé la Russie elle-même. Tous les États concernés par ces corridors partagent ce risque.

Sur le front oriental du Pakistan, le partenariat entre l’Inde et Israël passe de l’acquisition à la coproduction de drones, d’armes de précision et de capteurs. Lors du conflit de mai 2025, l’armée pakistanaise a signalé l’utilisation par l’Inde de munitions rôdeuses Harop de fabrication israélienne. Islamabad soutient depuis longtemps que New Delhi appuie le TTP et les militants baloutches depuis le territoire afghan; il en résulte, pour les planificateurs pakistanais, un véritable dilemme sur plusieurs fronts.

Depuis l’année dernière, Islamabad a répondu en élargissant ses alliances. L’Alliance de défense de La Mecque, signée le 7 août, s’appuie sur le pacte saoudo-pakistanais de 2025 et engage l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan à considérer une attaque contre l’un d’eux comme une attaque contre tous. Elle a été invoquée pour la première fois le 5 octobre, avec des déploiements en Arabie saoudite pour contrer les attaques des Houthis.

La portée du pacte dépasse largement le Golfe. La position du Pakistan, qui consiste à défendre le territoire saoudien sans participer à aucune action offensive, lui permet de se tenir aux côtés de Riyad tout en maintenant un canal de communication avec Téhéran. Des systèmes de défense aérienne d’origine chinoise, servis par du personnel pakistanais, font déjà partie du dispositif de défense saoudien. Et, pour l’Inde, la rivalité bilatérale se heurte désormais à un réseau d’alliances pakistanaises avec Riyad, Ankara et Pékin.

Toutefois, cette alliance soulève une question de capacité: un État confronté à une insurrection sur sa frontière occidentale peut-il assumer des engagements dans le Golfe? Le même paradoxe assombrit la présidence pakistanaise de l’Organisation de coopération de Shanghai, centrée sur le thème de la connectivité. Le principal itinéraire transafghan entrerait au Pakistan par le Kurram, dans le Khyber Pakhtunkhwa, le territoire le moins sûr du pays. Cette présidence sera jugée sur sa capacité à faire de la sécurité un préalable aux corridors.

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Que devrait faire le Pakistan? Premièrement, considérer la connectivité comme un portefeuille d’options, et non comme un pari unique. Il dispose de quatre voies d’accès potentielles: la ligne ferroviaire Ouzbékistan–Afghanistan–Pakistan, l’itinéraire proposé par le Kazakhstan via Hérat et Kandahar, le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et les liaisons passant par l’Iran. Mais les vulnérabilités sont plus concentrées que ne le laisse penser la diversité des options disponibles. Les deux itinéraires septentrionaux traversent l’Afghanistan, où les principaux postes-frontières sont fermés au commerce depuis octobre 2025 — une année entière sans aucune date de réouverture; le CPEC dépend de la sécurité au Baloutchistan, où des militants ont pris pour cible des ressortissants chinois; l’itinéraire occidental traverse un pays en guerre. Une porte d’entrée dépendante d’un itinéraire unique est un otage, pas un atout.

Deuxièmement, assortir les corridors de conditions. Les engagements ferroviaires à travers l’Afghanistan devraient être liés à des objectifs de sécurité vérifiables, et la Structure régionale antiterroriste de l’Organisation de coopération de Shanghai devrait accueillir un mécanisme permanent de lutte contre le terrorisme en Afghanistan, fondé sur les conclusions du Groupe de surveillance des Nations unies.

Troisièmement, maintenir le caractère défensif de l’Alliance de La Mecque, tant sur le papier que dans la pratique. Diversifier les partenaires de sécurité, et non se substituer aux États-Unis: telle est la bonne interprétation et la politique à suivre.

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Quatrièmement, mener à bien les engagements signés. Des projets tels que le gazoduc Pakistan Stream, longtemps reporté, devraient être soumis à des échéances d’achèvement plutôt que reconduits dans de nouveaux protocoles d’accord. Les engagements relatifs aux corridors devraient être inscrits dans la législation et reposer sur le consensus des provinces, afin de survivre aux gouvernements.

La carte de l’Eurasie passe désormais par le Pakistan. Que le Pakistan en détienne la clé ou se contente de rester sur le seuil dépendra moins des ambitions des grandes puissances que de sa propre capacité à gouverner, à assurer la sécurité et à tenir ses engagements.

L’Europe appelée à payer la facture ukrainienne tandis que Washington se désengage

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L’Europe appelée à payer la facture ukrainienne tandis que Washington se désengage

Par Giulio Chinappi

Source : Strategic Culture Foundation & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-europa-chiamata...

Le Conseil européen des 15 et 16 octobre a mis en évidence la nouvelle réalité financière de la guerre : tandis que Washington réduit progressivement son engagement, Kiev fait état auprès de l’Europe d’un besoin supplémentaire d’environ 70 milliards d’euros pour la seule année 2027.

Le Conseil européen des 15 et 16 octobre a eu le mérite, peut-être involontaire, d’expliciter une question qui planait depuis des mois sur l’avenir du conflit ukrainien : qui continuera à payer la guerre si les États-Unis réduisent encore leur implication ? La réponse qui se dessine à Bruxelles est de plus en plus clairement : « l’Europe ». Mais entre l’affirmation politique selon laquelle l’Union européenne serait prête à prendre la place de Washington et sa capacité effective à le faire, il existe un écart considérable, qui concerne non seulement l’argent, mais aussi la structure même de la puissance européenne.

Intervenant lors du sommet, Volodymyr Zelensky a chiffré à 155 milliards d’euros le coût total de la guerre pour l’Ukraine en 2027, demandant aux partenaires européens de trouver au moins 70 milliards supplémentaires « pour la défense, pour les armes et pour notre résilience ». Ursula von der Leyen a ensuite confirmé l’existence d’un déficit de financement de l’ordre de 70 milliards, précisant qu’en revanche les besoins pour 2026 étaient couverts.

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Cette demande intervient alors que l’Union européenne est encore en train de mettre en œuvre le gigantesque prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine pour la période 2026-2027, décidé par le Conseil européen en décembre 2025, puis transposé dans le cadre législatif correspondant. Sur cette somme, 30 milliards sont destinés au soutien macroéconomique et au budget de l’État ukrainien, tandis que pas moins de 60 milliards sont réservés aux besoins militaires ainsi qu’au développement et à l’acquisition de capacités industrielles de défense. Le financement repose sur des émissions de dette de l’Union sur les marchés, garanties par le budget européen, tandis que le remboursement par l’Ukraine ne devrait intervenir qu’une fois obtenues d’éventuelles réparations de la Russie — autrement dit, jamais.

Le problème est qu’une somme qui paraissait énorme à la fin de 2025 s’est révélée insuffisante moins d’un an plus tard. Les conclusions officielles du Conseil européen du 16 octobre se bornent à constater que les ressources nécessaires pour couvrir les besoins budgétaires et de défense de l’Ukraine en 2026 ont été identifiées, et renvoient à une nouvelle évaluation de la Commission européenne et du Fonds monétaire international pour les années suivantes. Mais le langage diplomatique ne dissimule pas le fond du problème : pour poursuivre la guerre, Bruxelles doit trouver une nouvelle somme considérable, et doit le faire rapidement.

Dès la veille du sommet, le commissaire européen à l’Économie et à la Productivité, Valdis Dombrovskis, avait expliqué que l’Union disposait d’environ 45 milliards d’euros déjà prévus pour 2027, mais que cette somme ne suffirait pas. Bruxelles entend couvrir approximativement les deux tiers des besoins ukrainiens, laissant le tiers restant à d’autres partenaires, tels que le Royaume-Uni, la Norvège, le Canada, le Japon et la Suisse. La Commission elle-même envisage de débloquer par anticipation une partie des fonds déjà programmés afin de gagner du temps, en attendant que d’autres gouvernements apportent de nouvelles ressources.

Malgré la contribution éventuelle de partenaires extérieurs à l’UE, le changement par rapport aux premières années du conflit reste considérable. Selon les données de l’Ukraine Support Tracker de l’Institut de Kiel, l’Europe a désormais dépassé les États-Unis en volume total d’aide militaire allouée à l’Ukraine et a sensiblement accru sa contribution en 2025 pour tenter de compenser la réduction drastique des nouvelles allocations américaines. Au premier semestre 2026, les institutions européennes ont en outre encore augmenté les crédits alloués grâce au nouveau prêt de 90 milliards.

Les institutions de l’UE estiment désormais à plus de 220 milliards d’euros le soutien total mobilisé par l’Union et ses États membres depuis le début de la guerre, en incluant les aides financières, économiques, militaires et humanitaires, ainsi que l’aide aux réfugiés. Un chiffre qui montre que l’Europe est déjà devenue, toutes catégories confondues, le principal bailleur de fonds de l’Ukraine.

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Dans le même temps, l’analyse des données fait apparaître une contradiction flagrante. Le même Institut de Kiel relève qu’environ 30 % des achats effectués par les pays européens pour soutenir militairement l’Ukraine au premier semestre 2026 provenaient de l’industrie américaine. Dans le cadre du mécanisme PURL de l’OTAN, destiné à répondre aux besoins prioritaires ukrainiens, plus de 90 % des armements prélevés sur les stocks existants étaient d’origine nord-américaine. L’Ukraine Support Tracker a résumé le problème en soulignant que l’Europe continuait de dépendre de l’accès aux systèmes d’armes américains, mettant à nu les vulnérabilités tant économiques que militaires de Bruxelles.

Le problème concerne surtout les capacités qui ne peuvent pas être simplement remplacées par une augmentation des crédits budgétaires : missiles intercepteurs Patriot, renseignement satellitaire, alerte avancée contre les missiles balistiques, communications militaires par satellite, maintenance et munitions destinées aux plateformes d’origine américaine. Même les F-16 fournis par des pays européens restent largement tributaires de composants, d’armements et d’une assistance technique nord-américains.

Parallèlement, le désengagement progressif de l’administration Trump place l’UE face au problème stratégique qui a été repoussé pendant des années. Les États-Unis peuvent en effet réduire leurs transferts financiers et militaires directs vers Kiev tout en sachant qu’ils détiennent certaines des capacités technologiques décisives dont leurs alliés continuent de dépendre; l’UE, en revanche, peut augmenter les sommes engagées sans acquérir automatiquement la capacité de remplacer Washington dans les fonctions les plus sophistiquées de la guerre.

Les évolutions de ces dernières semaines rendent cette vulnérabilité encore plus manifeste. Les relations entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky se sont encore détériorées, tandis que Washington a considérablement réduit ses livraisons directes d’armes et a laissé entendre qu’il souhaitait utiliser certains instruments de soutien — du renseignement aux systèmes satellitaires, en passant par les fournitures militaires — comme leviers dans les négociations avec Kiev et Moscou. Les États-Unis n’ont pas disparu du conflit, mais leur rôle évolue : de moins en moins bailleur de fonds inconditionnel de l’Ukraine, et de plus en plus puissance extérieure conservant les instruments indispensables pour peser sur ses choix.

À Bruxelles, pendant ce temps, il reste surtout une facture salée à payer.

Toutefois, même sur le plan purement financier, le passage de relais est loin d’être simple. Le prêt européen de 90 milliards a été rendu possible par un nouveau recours à l’endettement commun garanti par le budget de l’UE. Le Premier ministre estonien Kristen Michal a déjà indiqué ouvertement qu’un nouveau prêt européen semblait être la solution la plus probable pour couvrir les besoins supplémentaires de 2027. Mais le précédent dispositif avait déjà été approuvé dans le cadre d’une coopération renforcée, avec la participation de 24 États membres et l’exemption de la République tchèque, de la Hongrie et de la Slovaquie des obligations financières correspondantes.

Autrement dit, même le consensus sur le financement de l’Ukraine est moins homogène que ne le laisse entendre le langage des déclarations finales.

À cette division politique s’ajoute une fracture économique. L’Europe doit simultanément faire face à une faible croissance, à un endettement public élevé, à des coûts énergétiques toujours lourds pour les ménages et l’industrie, à une hausse des dépenses de défense et aux pressions liées au vieillissement de la population. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de la zone euro de seulement 1,2 % en 2027 et signale que la dette publique moyenne pourrait passer de 88,7 % du PIB en 2025 à 91,2 % en 2027. Au vu de ces chiffres, le FMI lui-même demande à une grande partie des gouvernements européens de nouveaux efforts d’assainissement budgétaire.

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Il en résulte une contradiction politique difficilement soutenable indéfiniment. On demande simultanément aux États membres de respecter les règles budgétaires, d’augmenter considérablement leurs dépenses militaires, de financer la transition énergétique et industrielle, de protéger des systèmes sociaux soumis à une pression croissante et de trouver chaque année des dizaines de milliards supplémentaires pour soutenir l’État ukrainien.

La réponse des institutions européennes est que le coût d’un abandon du soutien à Kiev serait supérieur à celui de l’aide : une victoire russe rendrait l’Europe moins sûre et imposerait des dépenses militaires encore plus importantes à long terme. C’est l’argument fondamental utilisé pour justifier le transfert progressif de la charge financière des États-Unis vers le continent européen. Mais précisément parce que cet engagement est désormais présenté comme structurel et potentiellement pluriannuel, la question de l’adhésion de l’opinion publique devient incontournable.

Les tensions politiques sont déjà visibles : en France, Marine Le Pen a remis en question la possibilité de continuer à augmenter indéfiniment la contribution française aux programmes européens en faveur de l’Ukraine ; en Hongrie et en Slovaquie, l’opposition à de nouveaux engagements est désormais bien ancrée. Et 2027 sera une année électorale particulièrement délicate dans plusieurs pays européens, ce qui explique pourquoi certains gouvernements souhaitent conclure un nouvel accord financier avant que le sujet ne se retrouve au cœur des campagnes électorales.

À la lumière de ces considérations, la question n’est donc plus seulement de savoir qui paiera pour l’Ukraine en 2027. Il s’agit de savoir jusqu’à quand l’Europe et les Européens seront disposés à payer, quelle part de ce coût sera répercutée sur les budgets et les contribuables des États membres, et quel sera le prix politique d’une stratégie dans laquelle Washington conserve une grande partie du pouvoir de décision tandis que Bruxelles assume une part toujours plus importante des charges économiques.

La mort d’une justice indépendante - Quand les tribunaux font de la politique

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La mort d’une justice indépendante

Quand les tribunaux font de la politique

Source: https://derstatus.at/politik/wenn-gerichte-politik-machen...

Les juges doivent rendre la justice, non faire de la politique. Mais que se passe-t-il lorsque les tribunaux deviennent eux-mêmes des acteurs politiques? Les procédures engagées contre les responsables politiques de l’AfD Wilko Möller et Petr Bystron soulèvent des questions sur la neutralité de la justice allemande. L’avocat Markus Haintz parle d’un jugement politique. L’exemple du Salvador montre jusqu’où peut aller la lutte de pouvoir entre la politique et la justice.

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Wilko Möller, en haut; en bas, à gauche, l'affiche de l'Afd; à droite, une affiche très similaire de la CDU des Merkel et Merz !

Une affiche sur le thème de la famille devient une affaire pénale. Deux adultes tiennent leurs bras au-dessus de trois enfants dans un geste protecteur. Le tribunal y voit une représentation ressemblant à un salut hitlérien au point de pouvoir être confondue avec celui-ci. Wilko Möller, député de l’AfD au parlement d’un Land, est condamné à une amende de 11.600 euros. La Cour fédérale de justice rejette son pourvoi en cassation. Möller a désormais un casier judiciaire.

Des motifs similaires ont également été utilisés par la CDU et les Verts, sans conséquences pénales comparables. Le tribunal a toutefois estimé que Möller avait reconnu la ressemblance avec un salut hitlérien et avait malgré tout fait diffuser l’affiche.

Jusqu’où peut aller l’interprétation pénale d’un geste? Et comment garantir que l’appartenance politique ne joue aucun rôle dans de telles décisions?

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Qui contrôle les juges?

L’avocat Markus Haintz (photo) a critiqué la décision de la Cour fédérale de justice en termes explicites: «Cela n’a plus rien à voir avec le droit». Il parle d’un «jugement politique, et non juridique».

La justice possède un pouvoir qui s’étend bien au-delà de la salle d’audience. Ses décisions peuvent mettre fin à des carrières politiques, ruiner des personnes et influencer les débats de société.

En Allemagne, les juges sont indépendants. Mais l’indépendance ne signifie pas l’infaillibilité. C’est pourquoi il faut des procédures publiques, des motivations de jugement compréhensibles, des voies de recours et la possibilité de demander la récusation d’un juge pour partialité.

Quand l’accusation devient déjà une peine

L’eurodéputé de l’AfD Petr Bystron a qualifié le jugement contre Möller de «folie». Il accuse la justice allemande de s’en prendre délibérément à l’opposition.

Bystron connaît par expérience les conséquences d’une procédure pénale. Pour un mème satirique montrant l’ancienne chancelière Angela Merkel faisant un signe d’adieu à l’ancien ambassadeur ukrainien Andrij Melnyk, il a d’abord été condamné à une amende de 11.250 euros. En appel, il a été relaxé. Le parquet s’est pourvu en cassation.

Même une relaxe n’efface pas les conséquences d’une procédure. Les frais d’avocat, les soupçons exprimés publiquement et les procès qui durent des années peuvent causer des dommages considérables. L’accusation fait les gros titres; la relaxe reçoit souvent moins d’attention.

L’utilisation délibérée de procédures judiciaires pour affaiblir des adversaires politiques est appelée lawfare. Elle peut mettre les concurrents politiques sous pression sans qu’il soit nécessaire d’interdire un parti.

Le pouvoir des parquets

Contrairement aux juges, les procureurs allemands sont en principe soumis au pouvoir d’instruction des ministres. L’exécutif dispose ainsi de moyens prévus par la loi pour influer sur les poursuites pénales.

Cela rend particulièrement importants des contrôles efficaces et la transparence. Dans les procédures visant des responsables politiques de l’opposition, il faut tout particulièrement exclure que des intérêts politiques influencent les décisions relatives aux enquêtes.

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Bukele: quand le pouvoir politique a remplacé les juges

En 2021, le Salvador a montré à quel point les rapports entre la politique et la justice peuvent devenir explosifs.

Le président Nayib Bukele (photo) accusait certains secteurs de l’appareil judiciaire de bloquer des réformes nécessaires. Après la victoire électorale de son parti, le Parlement a destitué les cinq juges de la chambre constitutionnelle de la Cour suprême ainsi que le procureur général.

Bukele a défendu cette mesure comme une décision conforme à la Constitution, prise par une majorité démocratiquement élue. Ses détracteurs y ont vu une attaque contre la séparation des pouvoirs. Les juges nouvellement nommés étaient considérés comme proches du gouvernement.

Ce cas illustre le dilemme: qui doit intervenir lorsque la justice agit politiquement? Et qui empêche un gouvernement de prendre lui-même le contrôle des tribunaux sous prétexte de les dépolitiser?

Le déplacement insidieux du pouvoir

Les évolutions autoritaires ne commencent pas nécessairement par l’abolition des élections. Elles peuvent également apparaître là où les institutions de l’État perdent leur neutralité et où la concurrence politique est restreinte par des mesures juridiques.

La question décisive est de savoir si des situations comparables sont traitées selon les mêmes critères. Une opposition systématiquement désavantagée ne peut plus exercer pleinement sa fonction de contrôle démocratique.

Rendre la justice plutôt que faire de la politique

L’article 3 de la Loi fondamentale allemande garantit l’égalité devant la loi. L’article 97 protège l’indépendance des juges. Ces deux principes sont indissociables.

Un juge ne doit ni rendre ses décisions en fonction des attentes du gouvernement, ni faire de ses convictions politiques personnelles le critère de ses décisions.

Les affaires Möller et Bystron ont déclenché un débat qui ne saurait être clos par la simple référence à des jugements définitifs. Même les décisions des plus hautes juridictions doivent pouvoir résister à la critique publique.

Le véritable danger commence là où les tribunaux ne tranchent plus les conflits politiques de manière indépendante, mais prennent eux-mêmes parti. La justice devient alors une politique de pouvoir. Et la justice, qui est censée protéger le citoyen contre l’arbitraire de l’État, peut devenir l’instrument de ce même arbitraire.

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Considérations sur l'actualité politique du Brésil

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Considérations sur l'actualité politique du Brésil

Alexandre Douguine

Présentateur: Tournons-nous vers l’Amérique latine. Que se passe-t-il au Brésil? Le président Lula da Silva — un homme qui a connu la prison, ce qui est déjà révélateur en soi — est non seulement revenu au pouvoir lors du précédent cycle électoral, mais maintient aussi fermement ses positions, façonnant autour de lui une nouvelle réalité politique.

Alexandre Guelievitch [Douguine], que signifie le cas brésilien pour l’Amérique latine elle-même, pour la dynamique des BRICS et pour l’architecture mondiale dans son ensemble?

Alexandre Douguine : En ce qui concerne les BRICS, je pense que c’est globalement une bonne nouvelle pour le groupe. La lettre «B» ne disparaîtra pas de l’acronyme, et le Brésil restera dans notre orbite.

Du point de vue de la gauche latino-américaine, la victoire de Lula est un facteur positif, car nous assistons dans toute la région à une offensive agressive des forces de la droite libérale. Je tiens à le souligner: il ne s’agit pas d’une véritable droite conservatrice ou traditionaliste, mais d’une droite libérale — ce qu’il y a de pire — qui s’oriente non pas simplement vers les États-Unis, mais littéralement vers la «civilisation Epstein» à l’état pur. Lula da Silva n’en fait pas partie.

Cela dit, les Brésiliens sont manifestement très las de lui, ce qui explique l’ampleur du mécontentement contestataire. Au fond, on trouve d’un côté Lula, l’homme de gauche, et de l’autre son principal adversaire, le fils de Jair Bolsonaro — lequel purge lui-même une peine de prison —, le sénateur Flávio Bolsonaro. Et ce dernier est un protestant convaincu. Songez à ce que signifie être protestant dans un Brésil traditionnellement catholique et, plus largement, en Amérique latine. C’est une anomalie; c’est l’introduction d’une culture totalement étrangère, venue de l’extérieur. La tentative d’imposer un changement d’identité religieuse est une catastrophe spirituelle pour la région.

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En ce moment même, sous nos yeux, une doctrine Monroe actualisée est mise en œuvre en Amérique latine: le projet de Donald Trump visant à rétablir par la force le contrôle des États-Unis sur des territoires autrefois subordonnés. Dans ces conditions, Lula da Silva au Brésil et Claudia Sheinbaum au Mexique restent, littéralement, les deux derniers bastions et piliers du mouvement souverainiste et anticolonial.

Mais, même ici, rien n’est simple. Tout récemment, Alexander Soros — le fils de ce même George Soros qui dirige les réseaux interdits et bloqués en Russie, organisateurs de « révolutions de couleur » à travers le monde — s’est ouvertement réjoui et a publié à trois reprises sur les réseaux sociaux: «Lula, Lula, Lula! Formidable, bravo, nous avons gagné!».

C’est véritablement inquiétant. Si Soros et ses structures mondialistes estiment avoir gagné, alors nous sommes face à des configurations hybrides totalement inédites. Et cela prouve une fois de plus que nous devons radicalement changer notre manière même d’analyser les processus à l’œuvre dans la politique mondiale.

Je pense que la situation au Brésil est globalement claire: nous savons parfaitement comment Lula s’est comporté pendant toutes ces années, et il est peu probable qu’il se mette à agir d’une manière fondamentalement différente.

Cette confrontation aiguë entre les bolsonaristes et les partisans de Lula pourrait-elle dégénérer en un conflit encore plus violent et de grande ampleur ? C’est tout à fait possible. Les tensions y sont à leur comble. Bolsonaro était sincèrement convaincu d’avoir gagné lorsqu’il avait pris quelques points de pourcentage d’avance au premier tour, avant que Lula ne le dépasse au second.

Comment expliquer cela? Selon toute apparence, les Brésiliens qui étaient opposés à Bolsonaro et qui, dans le même temps, étaient profondément las de Lula ont tout de même fini par aller voter pour Lula — selon le principe: «N’importe qui sauf lui! La dernière chose dont nous avons besoin, c’est que des protestants dirigent le pays!».

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Le fait est que le Brésil est fondamentalement un pays catholique. Bien entendu, les deux branches du christianisme occidental — le catholicisme et le protestantisme — sont, pour ainsi dire, tout aussi inacceptables l’une que l’autre de notre point de vue orthodoxe. Et, pour moi, ce basculement religieux en Amérique latine n’est pas une question de sympathie pour les catholiques, mais relève d’un simple diagnostic: il s’agit d’une perte rapide de l’identité traditionnelle.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons laisser de côté le dossier brésilien pour le moment. Nous suivrons attentivement l’évolution des événements dans ce pays.