vendredi, 28 août 2026
Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps
Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps
Un livre de Nuccio D’Anna
Giovanni Sessa
Source: https://ilfondo.org/i-cicli-cosmici-le-dottrine-indiane-s...
Nuccio D’Anna enquête sur les doctrines indiennes du temps cyclique, du symbolisme du mont Meru aux yuga et à la précession des équinoxes, reconstituant une cosmologie traditionnelle complexe à travers la méthode comparative.
Nuccio D’Anna a récemment enrichi sa bibliographie d’un ouvrage important, qui sera tout bénéfice pour les lecteurs intéressés par les études historico-religieuses et traditionnelles. Il s’agit du volume Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps, distribué en librairie par Arỹa éditions.
Dans ces pages, l’auteur fait preuve d’une maîtrise peu commune de l’immense littérature critique et guide avec sagacité le lecteur dans l’exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique. La tâche est accomplie en s’appuyant sur la méthode comparative. Les thèmes abordés sont si vastes qu’il serait difficile de les résumer dans le cadre d’une simple recension. Nous nous attarderons donc uniquement sur certains ensembles théoriques.

D’Anna débute par la présentation du sens et de la signification du «Centre» dans le monde traditionnel. Il le fait en s’attardant sur la valeur du mont Meru: «considéré comme le reflet du pôle céleste qui soutient, gouverne et oriente l’ensemble du mouvement du cadran cosmique» (p. 3). La structure axiale de la montagne amène à la voir comme «le véhicule des bénédictions divines dispensées sans cesse [...]. Le Meru apparaît comme “l’arbre du cosmos”» (p. 4).

Selon la tradition védique, de ses branches descendirent les rayons de Sūrya qui transmirent à l’humanité la “loi de Varuṇa”, le Ṛta, l’Ordre qui est Vérité. Le Ṛta «a une relation directe avec la stabilité de la constellation des sept étoiles de la Grande Ourse» (p. 5).

La montagne sacrée est étroitement liée à Agni, dieu du feu prototypique qui brûle de splendeur au centre du monde, et à Brahma, divinité formatrice assimilable au «Rocher indestructible», d’où rayonnent des «qualités» divines.
Le Meru se dresse au centre d’une île circulaire, elle-même subdivisée en sept «régions», autour desquelles se trouvent sept océans, en correspondance «avec l’organisation planétaire structurée ordinairement sur sept niveaux» (p. 10). La dernière étendue marine est appelée «Océan de Lait».
L’auteur guide le lecteur dans l’exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique.
L’auteur précise: «Au cours du déroulement cyclique, sur chacune de ces “îles”, la Tradition [...] devra nécessairement arriver à son développement intégral, ce qui aura pour conséquence inévitable l’épuisement de toutes les possibilités spirituelles véhiculées dans le monde» (p. 13). Il dévoile ainsi le lien de cette symbolique avec le développement cyclique. Chacun des points cardinaux, dans cette cosmosophie, est gardé par une divinité: le cosmos même revêt une forme mandalique. L’éon actuel, dans la liste des 30 kalpa, occupe la 26e place (Varaha-Kalpa) et est précédé du Padama-Kalpa. Selon l’enseignement traditionnel, la manifestation s’est involuée à cause du «poids des hommes», qui ont provoqué une manipulation du Dharma.

Lors du kalpa précédent au nôtre, Viṣhṇu «Dormant» a opéré «sa propre intervention cosmogonique sous la forme d’une fleur de lotus émergeant de son propre nombril» (p. 20), ce qui a permis la continuité doctrinale et rituelle parfaite entre le sixième et le septième Manvantara de notre kalpa.
Brahma fit émerger la «terre primordiale»: «l’archétype ou modèle pré-formel d’une réalité encore immaculée» (p. 21). Chaque fois que le Principe descend dans le devenir, selon la perspective traditionnelle de l’Inde, il donne lieu à un véritable «sacrifice universel». Il s’agit d’un acte capable de lutter contre les «puissances des ténèbres».
D’Anna attribue en ce sens un rôle essentiel à Prajapati (illustration, ci-contre), qui s’unit à la Terre immaculée émergeant des Eaux. Il «symbolise l’Unité ineffable d’où ont découlé tous les autres dieux et dans laquelle ils retourneront» (p. 28).
Cette potestas porte son regard vers toutes les directions spatiales. Les eaux primordiales ne sont rien d’autre que la transcription symbolique du «murmure» de l’écoulement du temps, puisque le Principe, à la lumière des études de Marius Schneider, souvent cité par l’auteur, n’est que son-lumière. Les chantres sacrés «entendent l’essence sonore et pré-sensible [...] qui se déverse “naturellement” dans la vie cosmique» (p. 31). Le chant solaire des sept Ṛṣi forma la tête de Prajapati qui, harmonisant son et rythme, «permit la formulation des phonèmes et des syllabes» (p. 33).
Les eaux primordiales sont la transcription symbolique du “murmure” de l’écoulement du temps.
L’auteur rappelle que le septième Manvantara commença après le déluge. L’ère actuelle est divisée en 4 yuga, dont le développement est ordonné autour du symbole de la décade, qui rythme l’appauvrissement spirituel progressif induit par les puissances catagogiques de Koka et Vikoka (Gog et Magog).
Le premier âge est «l’Âge de la Vérité» et de la plénitude spirituelle. Sa couleur est le blanc, révélatrice de son essence sapientielle et de celle de la caste Haṃsa: «Dans le jeu indien des dés [...] ce premier âge [...] correspond au “lancer” réussi» (p. 112).
Dans le deuxième âge agit la «dynastie solaire», qui vise à préserver la tradition «non humaine», exerçant une fonction conservatrice, analogue à celle attribuée en Occident à Saturne. La valeur rituelle du jeu de dés, bien connue à Rome (pratiquée lors des Saturnales, au solstice d’hiver), était liée à certaines conjonctures astronomiques. Les « points » gravés sur les faces des dés étaient appelés «yeux», car ils renvoyaient aux «luminaires» qui brillaient «dans le ciel des origines védiques» (p. 115). Lorsque le roulement désordonné des dés était observé, on l’attribuait à l’alourdissement spirituel du cycle, correspondant au tourbillon frénétique du monde. Le lancer de dés où apparaissait le trois indiquait le deuxième âge, où le monde reposait sur les «trois quarts» du dharma. Sa couleur était le rouge.

Le deux dans le jeu de dés renvoyait au troisième âge, où le monde se développait selon le rapport lumière/ténèbres, qui tendait de plus en plus à opposer ces deux puissances. Dans cet âge, le sattva se retire, rajas et tamas prédominent. Sa couleur est le vert.
Enfin, le début du kali-yuga «a été fixé en coïncidence avec la conjoncture aurorale commencée à 6 heures du matin le 18 février 3102 av. J.-C.» (p. 118). Ce yuga est également divisé en 4 sous-âges: c’est l’âge du réveil des forces magmatiques et chaotiques qui submergent la perfection de l’Origine. Même Śiva se retire des apparences phénoménales.
Pour comprendre le déroulement cyclique, il est nécessaire de se référer à la précession des équinoxes, où l’obliquité de l’écliptique et de l’équateur dessine une «toupie» cosmique. Cette précession «continue à s’accomplir autour d’un véritable “souverain” qui en dirige le cours: c’est Dhruva» (p. 131 - ill. ci-contre), le pôle fixe, garant du retour à l’ordre à la fin du kali-yuga.
D’Anna enrichit la présentation des cycles indiens par de nombreux rapprochements érudits avec les traditions grecque, mésopotamienne, taoïste et éclaire, entre autres, la faiblesse des exégèses «naturalistes» du temps cyclique, même celle d’Eliade, fondée sur la référence aux cycles lunaires. L’essai de D’Anna est véritablement exhaustif.
Fiche du livre
Titre : Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps
Auteur : Nuccio D’Anna
Éditeur : Arỹa éditions
Année : 2023
Pages : 240
Prix : 26,00 €
21:04 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycles cosmiques, traditions, hindouïsme, doctrines indiennes |
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jeudi, 14 décembre 2023
Le Kali Yuga a toujours existé...

Le Kali Yuga a toujours existé...
par Michele (Blocco Studentesco)
Source: https://www.bloccostudentesco.org/2023/11/29/bs-il-kali-yuga-e-sempre-stato-qui/
Il n'y a pas de doute sur le poids qu'a eu un certain ésotérisme et une pensée traditionnelle dans le monde bigarré du fascisme et surtout du néo-fascisme. L'une des thèses centrales consiste à associer le concept de kali yuga au sentiment européen de décadence - résultat de la révolution industrielle et de la sécularisation engendrée par la modernité (la fameuse "perte de l'auréole" de Baudelaire) - et à son pendant philosophique, à savoir le nihilisme. Le cas le plus illustratif à cet égard est peut-être celui de Chevaucher le Tigre d'Evola. Dans les toutes premières pages du livre, il en explique la signification :
"dans le monde classique, il était présenté comme une descente de l'humanité depuis l'âge d'or jusqu'à ce qu'Hésiode appelait l'âge de fer. Dans l'enseignement hindou correspondant, l'âge terminal est appelé kali-yuga (= l'âge des ténèbres), et l'idée essentielle est ici clarifiée en soulignant que le kali-yuga est précisément un climat de dissolution, le passage à un état libre et chaotique des forces individuelles et collectives, matérielles, psychiques et spirituelles, qui étaient auparavant contraintes de diverses manières par une loi venue d'en haut et par des influences d'un ordre supérieur".
En d'autres termes, la phase terminale que nous vivons actuellement ne peut s'expliquer uniquement dans une perspective historico-politique, mais s'inscrit dans un cycle cosmique. Elle touche non seulement les cordes intimesde l'humain, mais aussi celles du divin. Une image - même si ce n'est pas précisément le cas d'Evola (Chevaucher le Tigre lui-même est une tentative, certes plus existentielle que politique, de trouver une voie et une direction au sein du kali yuga) - qui pourrait conduire à un certain défaitisme et à un certain fatalisme. En tout cas, ce n'est pas très encourageant pour ceux qui doivent faire face à la réalité qui les entoure. Au contraire, penser que tout est en proie à la décrépitude et donc intimement lacunaire peut conduire à un étrange snobisme, où l'erreur de l'époque dans laquelle nous vivons devient l'alibi de nos propres erreurs et de nos propres manques.

Cette tentation est encore plus forte lorsque nous idéalisons et exagérons comme les heures les plus sombres les derniers siècles de notre histoire où tout est perdu, ou lorsque nous ignorons tout simplement l'étendue du kali yuga. En dehors de la tradition hésiodique, qui reconnaît une renaissance de l'âge d'or juste avant l'âge de fer, l'âge des héros se terminant à peu près avec la guerre de Troie, dont nous avons quelques documents historiques en plus des poèmes homériques, l'ensemble de l'histoire humaine que nous connaissons se situe dans l'âge sombre du kali yuga. Dans la plupart des mythes, ce dernier commence avec le déluge universel.
Savoir cela peut être encore plus désespérant pour certains, mais il est utile d'éviter de se créer de fausses illusions sur le passé. Les traditions ne sont que l'écho d'une sagesse primordiale, elles ne sont pas ce savoir exact. De Sparte à Rome, même les références politiques les plus anciennes que nous pouvons prendre comme exemple idéal sont encore plongées dans l'imperfection et l'obscurité, même si elles brillent de leur propre lumière. Il s'agit précisément de modèles qui naissent de et avec leur époque. En approfondissant la doctrine des cycles cosmiques, les humanités qui peuplent les différents âges sont métaphysiquement différentes les unes des autres. La nostalgie d'un âge d'or a donc quelque chose de paradoxal ; elle est d'ailleurs le plus souvent utilisée comme mythe politique par les forces progressistes qui s'imaginent pouvoir racheter le monde et trouver un nouvel âge d'or dans l'utopie, qui ressemble d'ailleurs le plus souvent à une sorte de tranquillité animale.
La doctrine des cycles cosmiques est-elle donc à jeter aux oubliettes ? Pas du tout, à condition de savoir la comprendre. On pourrait la comparer à cette forme d'étrange pessimisme existentiel qu'est l'esprit tragique des Grecs. La contemplation lucide de la souffrance, de l'imperfection et de l'absence de sens de l'existence ne conduit pas à une acceptation passive, ni à l'idée qu'il s'agit d'une sorte de péché à éradiquer ou d'erreur à corriger. Il en résulte au contraire une volonté de s'affirmer, une exaltation de la vie et du destin comme amor fati, car "s'il y a quelque chose de plus puissant que le destin, / c'est le courage qui le porte inébranlablement". Penser à cela dans une époque sombre, sinon dans les temps les plus sombres, doit donc être pris comme une invitation au courage et à l'affirmation de soi malgré tout.
21:13 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : traditions, cycles cosmiques, kali yuga, traditionalisme |
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samedi, 21 octobre 2023
Sur les cycles cosmiques et les rythmes du temps en Inde: un nouvel essai de Nuccio D'Anna

Sur les cycles cosmiques et les rythmes du temps en Inde: un nouvel essai de Nuccio D'Anna
Giovanni Sessa
Source: https://www.paginefilosofali.it/sui-cicli-cosmici-e-ritmi-del-tempo-in-india-un-nuovo-saggio-di-nuccio-danna-giovanni-sessa/
Nuccio D'Anna a récemment ajouté un ouvrage important à sa production de livres. Il sera particulièrement utile aux lecteurs intéressés par les études historico-religieuses et traditionnelles. Il s'agit du volume I cicli cosmici. Le dottrine indiane sui ritmi del tempo (= Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps), que l'on trouve désormais dans les librairies grâce aux éditions Arỹa (pour commander : arya.victoriasrl@mail.com, pp. 240, euro 26.00). Dans ces pages, l'auteur fait preuve d'une maîtrise peu commune de la vaste littérature critique, il accompagne aussi avec sagacité le lecteur dans l'exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique. Cette tâche est accomplie en se référant à la méthode comparative, qui permet de déduire la valeur universelle des mythes et des symboles. Les contenus abordés sont si vastes qu'il est difficile de les résumer dans l'espace d'une revue. Nous ne nous attarderons donc que sur quelques plexus théoriques.

Nuccio D'Anna commence par présenter le sens et la signification du "Centre" dans le monde traditionnel. Pour ce faire, il s'attarde sur la valeur du mont Meru: "considéré comme le reflet du pôle céleste qui tient, gouverne et oriente tout le mouvement du quadrant cosmique" (p. 3). La structure axiale de la montagne incite à la considérer comme: "le véhicule des bénédictions divines dispensées sans cesse [...] le Meru apparaît comme l'"arbre du cosmos"" (p. 4). Selon la tradition védique, de ses branches sont descendus les rayons de Sūrya qui ont transmis à l'humanité la "loi de Varuṇa, le Ṛta, l'Ordre qui est la Vérité". Le Ṛta : "a une relation directe avec la stabilité de la constellation des sept étoiles de l'Ourse" (p. 5). La montagne sacrée est étroitement liée, d'une part, à Agni, le dieu du feu prototypique qui brûle avec éclat au centre du monde, et, d'autre part, à Brahma, la divinité formatrice qui peut être comparée au "rocher indestructible", d'où rayonnent les "qualités" divines. Le Meru se dresse au centre d'une île circulaire subdivisée en sept "régions", autour desquelles se trouvent sept océans en correspondance "avec l'ordre planétaire habituellement structuré sur sept niveaux" (p. 10). La dernière étendue de mer est appelée "Océan de lait".
L'auteur précise : "Au cours du déroulement cyclique dans chacune de ces "îles", la Tradition [...] devra nécessairement trouver son propre développement intégral, ce qui aboutira inévitablement à l'épuisement de toutes les possibilités spirituelles véhiculées dans le monde" (p. 13). C'est ainsi que se révèle le lien d'un tel symbolisme avec le développement cyclique. Dans une telle cosmosophie, chaque point de pivot est gardé par une divinité : le cosmos lui-même prend des traits maṇḍaliques. L'éon actuel, dans la liste des 30 kalpas, occupe la 26ème place (Varaha-Kalpa) et est précédé par le Padama-kalpa. Selon l'enseignement traditionnel, la manifestation a régressé à cause du "poids des hommes", qui ont manipulé le Dharma. Durant le kalpa précédant le nôtre, Viṣṇu "l'Endormi" a effectué "sa propre intervention cosmogonique sous la forme d'une fleur de lotus qui émergea de son propre nombril" (p. 20), ce qui a permis une parfaite continuité doctrinale et rituelle entre les sixième et septième manvantaras de notre kalpa.
Brahma a donné naissance à la "terre primordiale" : "l'archétype ou le modèle préformel d'une réalité encore immaculée" (p. 21). Chaque fois que le Principe descend dans le devenir, selon la perspective traditionnelle indienne, il donne lieu à un véritable "sacrifice universel". C'est un acte capable d'agir contre les "puissances des ténèbres". Un rôle essentiel, en ce sens, est attribué par D'Anna à Prajapati, qui a rejoint la Terre immaculée qui a émergé des Eaux. Il "symbolise l'Unité ineffable dont tous les autres dieux sont issus et à laquelle ils retourneront" (p. 28). Cette potestas s'étend dans toutes les directions de l'espace. Les eaux primordiales ne sont rien d'autre que la transcription symbolique du "murmure" du temps qui passe, puisque le Principe, à la lumière des études de Marius Schneider, citées à plusieurs reprises par l'auteur, n'est que son-lumière. Les chanteurs sacrés : "Ils haïssent l'essence sonore et présensible [...] qui se déverse "naturellement" dans la vie cosmique" (p. 31). Le chant solaire des sept Ṛṣi formait la tête de Prajapati qui, en harmonisant le son et le rythme, "rendait possible la formulation des phonèmes et des syllabes" (p. 33).
L'auteur rappelle que le septième Manvatara a commencé après le Déluge. L'époque actuelle est divisée en quatre yugas, dont le développement est ordonné autour du symbole de la décennie, qui marque l'appauvrissement spirituel progressif, induit par les pouvoirs catagogiques de Koka et Vikoka (Gog et Magog). Le premier âge est l'"âge de la vérité" et de la plénitude spirituelle. La couleur qui le connote est le blanc, révélant son essence sapientielle et celle de la caste des Haṃsa : "Dans le jeu de dés indien [...] ce premier âge [...] correspond au "jet" réussi" (p. 112). Dans le deuxième âge, la "dynastie solaire" agit, visant à préserver la tradition "non-humaine", en accomplissant une action conservatrice, similaire à celle attribuée en Occident à Saturne. La valeur rituelle du jeu de dés, bien connue à Rome (il pouvait être pratiqué pendant les Saturnales, à l'occasion du solstice d'hiver), était liée à des conjonctures astronomiques particulières. Les "points" gravés sur les faces des dés étaient appelés "yeux", car ils renvoyaient aux "luminaires" qui brillaient "dans le ciel du primordial védique" (p. 115).
Lorsque le lancer de dés était désordonné, on l'attribuait à la lourdeur spirituelle du cycle, correspondant au tourbillon frénétique du monde. Le lancer de dés, où le trois apparaissait, indiquait le deuxième âge, dans lequel le monde reposait sur les "trois quarts" du dharma. Sa couleur était le rouge. Le deux du jeu de dés faisait référence au troisième âge, dans lequel le monde se développe sur la relation lumière/obscurité, qui tend de plus en plus à cristalliser ces deux puissances dans un sens oppositionnel. Dans cet âge, sattva se retire, rajas et tamas prédominent. Sa couleur est le vert.

Enfin, le kali-yuga, dont le début : "a été fixé pour coïncider avec la conjoncture aurorale qui a commencé à 6 heures du matin le 18 février 3102 avant J.-C.". (p. 118). Ce yuga est également divisé en quatre sous-âges : c'est l'âge de la résurgence des forces magmatiques et chaotiques qui submergent la perfection de l'Origine. Śiva se retire également des apparences phénoménales. Pour comprendre le déroulement cyclique, il faut se référer à la précession des équinoxes, dans laquelle l'obliquité de l'écliptique et de l'équateur dessine une " toupie " cosmique. Cette précession : "continue à se déployer autour d'un véritable "chef" qui en dirige le cours : c'est Dhruva" (p. 131), le pôle fixe, garant du retour à l'ordre à la fin du kali-yuga. D'Anna enrichit la présentation des cycles indiens par de nombreuses références érudites aux traditions grecques, mésopotamiennes et taoïstes, dont il trouve des échos jusque dans l'astronomie de Kepler. Il aborde également le symbolisme complexe qui sous-tend la vision cyclique et clarifie, entre autres, la faiblesse de l'exégèse "naturaliste" du temps cyclique, même celle formulée par Eliade, basée sur la référence aux cycles lunaires : "Seule cette (la) dimension cosmique-triomphale peut faire contempler la profondeur, la hauteur et l'ampleur du substrat spirituel qui nourrit la relation intime existant entre les phonèmes, les sons, les couleurs, les langages animaux [...] les scansions célestes [...] les moments saisonniers" (p. 209), la relation entre le macrocosme et le microcosme. L'essai de D'Anna est véritablement exhaustif.
Giovanni Sessa
23:53 Publié dans Livre, Livre, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : traditions, traditionalisme, cycles cosmiques, nuccio d'anna, livre |
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