samedi, 09 mai 2026
Palantir, Foucault et la nouvelle discipline numérique

Palantir, Foucault et la nouvelle discipline numérique
de Giuseppe Gagliano
Source: https://www.sinistrainrete.info/societa/32885-giuseppe-ga...
PALANTIR: Du Big Brother à la société des algorithmes
Le manifeste d’Alex Karp et de Palantir n’est pas seulement une déclaration de nature idéologique sur la technologie, l’Occident et la guerre future. C’est quelque chose de plus profond et de plus inquiétant : c’est le signe d’un passage historique dans la relation entre pouvoir, surveillance et société. Nous ne sommes plus face à l’ancienne image autoritaire de l’État qui contrôle les citoyens d’en haut par la force visible de la police, de l’armée ou de la censure. Nous sommes face à une forme plus raffinée, plus silencieuse, plus acceptable et, pour cette raison même, plus dangereuse : le pouvoir qui observe, collecte, relie, interprète, prévoit et oriente.
L’image immédiate est celle de George Orwell : le Big Brother, la surveillance permanente, la guerre continue, le langage transformé en outil de domination, la liberté vidée alors qu’elle est proclamée. Mais s’arrêter à Orwell risque d’être insuffisant. Pour comprendre réellement la dimension dystopique du manifeste de Palantir, il faut aussi faire appel à Michel Foucault, car le cœur du problème n’est pas seulement l’État qui regarde le citoyen. C’est le citoyen qui finit par vivre dans un réseau de classifications, d’évaluations, de profils, de risques, de prévisions et de contrôles qui n’ont plus besoin de se montrer comme répression.
Orwell nous aide à voir le visage autoritaire du pouvoir. Foucault nous aide à voir quelque chose de plus subtil : le pouvoir qui produit des comportements, normalise des conduites, discipline des corps, organise des espaces, définit ce qui est déviant et ce qui est acceptable. Le manifeste de Palantir se situe précisément à ce point : là où la sécurité devient savoir, le savoir devient pouvoir, et le pouvoir devient infrastructure technologique.
La surveillance non pas comme une exception, mais comme un environnement
Dans le monde imaginé par Karp, la technologie n’est plus un outil neutre. Elle ne sert pas simplement à mieux communiquer, mieux soigner, mieux administrer ou mieux combattre. Elle devient l’architecture même de la vie collective. Données de santé, données fiscales, données militaires, données financières, données migratoires, données judiciaires, données sociales: tout peut être recueilli, croisé, rendu lisible.

C’est la transformation décisive. La surveillance n’est plus un acte extraordinaire réalisé en situations exceptionnelles. Elle devient un environnement. Ce n’est plus seulement la caméra braquée sur un individu suspect. C’est la construction d’un monde dans lequel chaque individu peut potentiellement être analysé avant même d’avoir fait quoi que ce soit. On ne contrôle plus seulement la délinquance. On contrôle le risque. On n’intervient plus seulement sur le fait accompli. On agit sur la possibilité que quelque chose se produise.
Là, le saut est énorme. L’État moderne traditionnel punissait après la violation de la loi. L’État algorithmique tend à classer en amont. Il anticipe, calcule, ordonne, signale. Le citoyen n’est plus seulement un sujet de droits et devoirs. Il devient un ensemble de données à traiter, une probabilité à mesurer, une conduite à prévoir.
Foucault avait étudié la transition entre les sociétés de punition spectaculaire et les sociétés disciplinaires. Selon son analyse, le pouvoir moderne n’a plus besoin seulement de frapper le corps avec la violence visible du supplice. Il préfère organiser la vie, réguler les comportements, surveiller les espaces, entraîner les individus, les rendre utiles, dociles, productifs. La prison, l’école, la caserne, l’hôpital, l’usine: toutes ces institutions produisent des sujets disciplinés.
Aujourd’hui, cette logique ne disparaît pas. Elle se digitalise.
Le Panoptique à l’ère de l’intelligence artificielle
Le concept foucaldien le plus utile pour lire Palantir est celui de Panoptique. Foucault reprenait le modèle carcéral imaginé par Jeremy Bentham: une structure dans laquelle un surveillant placé au centre peut observer tous les détenus, tandis que ceux-ci ne savent jamais s’ils sont observés ou non à ce moment-là. La conséquence est décisive: le prisonnier intériorise la surveillance. Il finit par se comporter comme s’il était toujours regardé.
Le pouvoir parfait n’est pas celui qui doit intervenir en permanence. C’est celui qui incite l’individu à s’autoréguler.

Dans le monde numérique, le Panoptique n’a plus besoin de la tour centrale. La tour est devenue réseau. Il n’y a pas un seul œil visible, mais une multitude de systèmes : plateformes, bases de données, capteurs, algorithmes, systèmes prédictifs, interfaces de commande, archives publiques et privées. Le citoyen ne voit pas le surveillant. Il ne sait souvent même pas quand, comment et par qui il est observé. Mais il sait, ou pressent, que beaucoup de ses traces restent quelque part.
La différence par rapport au Panoptique classique est encore plus radicale. Bentham imaginait une prison. Foucault montrait que ce modèle s’était étendu à la société disciplinaire. Aujourd’hui, le Panoptique numérique ne concerne pas seulement les détenus, les étudiants, les soldats, les malades ou les ouvriers. Il concerne tout le monde. Son espace n’est plus clos. Il est diffus. Il n’a pas de murs. Il est incorporé dans les infrastructures de la vie quotidienne.
C’est ici que Palantir devient un symbole puissant. Non pas parce qu’elle est la seule société à suivre cette voie, mais parce qu’elle représente de manière presque parfaite le lien entre technologie, appareils publics, défense, renseignement, administration et contrôle. Le manifeste de Karp ne demande pas à la technologie de rester au service du citoyen. Il demande à la technologie de devenir une partie intégrante de la puissance étatique et occidentale.
De la discipline à la prévision
La surveillance classique voulait voir. La surveillance algorithmique veut prévoir. C’est la grande mutation.
Dans le modèle disciplinaire décrit par Foucault, le pouvoir observe pour corriger. Mesure pour normaliser. Classe pour intervenir. Dans le modèle algorithmique contemporain, le pouvoir observe aussi pour anticiper. Il ne suffit plus de savoir qui vous avez été. Il veut savoir qui vous pourriez devenir. Il ne suffit plus de reconstruire ce que vous avez fait. Il veut estimer ce que vous pourriez faire.
Appliquée à la sécurité, cette logique produit un univers inquiétant. Le soupçon ne naît plus nécessairement d’un acte concret, mais d’un profil de risque. Un mouvement, une relation, une transaction, une recherche, un voyage, une communication, une fréquentation peuvent devenir des fragments d’un tableau interprétatif. L’individu est inséré dans une grille de probabilités.

Le problème, c’est que la probabilité, lorsqu’elle entre dans les dispositifs de sécurité, tend à se transformer en préjugé opérationnel. Un système signale. Un fonctionnaire contrôle. Un algorithme associe. Une archive confirme. Une décision est prise. Et le citoyen, souvent, ne sait même pas quelle chaîne de raisonnements automatiques a produit cette conséquence.
Voici l’une des formes les plus insidieuses du pouvoir contemporain: non pas l’interdiction explicite, mais la classification invisible. Non pas la répression criée, mais le score silencieux. Non pas la censure directe, mais l’accès refusé, le contrôle renforcé, la pratique bloquée, la position signalée, la personne transformée en cas.
La guerre comme laboratoire de la société
Le manifeste de Palantir insiste beaucoup sur la guerre, la défense de l’Occident, la nécessité de construire des technologies militaires avancées, l’intelligence artificielle comme outil décisif de la compétition stratégique. Mais le point le plus délicat, c’est que les technologies nées pour la guerre restent rarement confinées à la guerre.
L’histoire moderne le démontre. Des outils développés pour des besoins militaires, de renseignement ou d’urgence passent ensuite à la gestion civile. Ce qui naît pour le champ de bataille peut arriver à la frontière, à la police, à la santé, aux impôts, à l’école, à l’administration publique, à la gestion urbaine. La frontière entre sécurité extérieure et sécurité intérieure s’amenuise. Le citoyen est administré selon des logiques de plus en plus proches de celles de l’opération militaire: identifier, cartographier, prévoir, neutraliser, optimiser.
C’est une transformation culturelle avant tout. La société est pensée comme un théâtre opérationnel. Chaque problème devient une menace. Chaque anomalie devient un risque. Chaque crise devient une justification pour renforcer l’infrastructure de contrôle. Une pandémie, une guerre, une attaque, une crise migratoire, une urgence énergétique, une révolte urbaine: tout événement exceptionnel peut laisser derrière lui un morceau de surveillance permanente.

C’est ici que la réflexion de Foucault sur la sécurité devient essentielle. Dans ses cours sur la gouvernementalité, Foucault montrait comment le pouvoir moderne ne se limite pas à imposer des lois ou à discipliner des corps, mais gouverne des populations. Il ne contrôle pas seulement des individus isolés. Il gère des flux, des risques, des statistiques, des épidémies, des circulations, des richesses, des territoires. La sécurité devient une rationalité de gouvernement.
Palantir porte cette rationalité à l’époque de l’intelligence artificielle.
Le savoir comme domination
Pour Foucault, pouvoir et savoir ne sont pas séparés. Le pouvoir produit du savoir, et le savoir renforce le pouvoir. Celui qui classe, nomme, mesure et archive ne décrit pas simplement la réalité: il l’organise. Il établit des catégories, définit la normalité, construit des déviations, rend certaines conduites visibles et d’autres invisibles.
C’est précisément ce qui se passe dans l’univers des données. Les données ne sont jamais une matière purement innocente. Elles semblent objectives, mais sont recueillies selon des critères, ordonnées selon des priorités, interprétées selon des modèles, utilisées à des fins politiques, économiques ou militaires. L’algorithme ne supprime pas le pouvoir. Il le cache derrière la technique.
Lorsqu’une plateforme décide quelles données comptent, quelles corrélations sont pertinentes, quels profils méritent attention, quelles anomalies génèrent une alarme, elle exerce une forme de pouvoir. Elle n’a pas besoin de faire des discours idéologiques. Il lui suffit d’organiser le champ du visible : dire ce qui peut être vu, par qui, avec quelles conséquences.

La dystopie algorithmique ne consiste pas seulement dans le fait que quelqu’un en sait beaucoup sur nous. Elle consiste dans le fait que ce savoir peut être transformé en décision sans véritable contrôle démocratique. Le citoyen est observé, mais il ne peut pas observer le système qui l’observe. Il est classé, mais il ne connaît pas totalement les critères de classification. Il est jugé, mais il ne peut pas toujours interroger le juge invisible qui a préparé le jugement.
Le citoyen comme corps administré
Chez Foucault, le corps est l’un des lieux privilégiés du pouvoir. Le pouvoir discipline les corps, les entraîne, les corrige, les rend productifs. Dans le monde contemporain, le corps ne disparaît pas: il est doublé par son profil numérique.
Chacun possède désormais une sorte de corps informatique: données de santé, données bancaires, données téléphoniques, données biométriques, déplacements, consommations, relations, images, habitudes. Ce double numérique peut circuler plus que le corps réel. Il peut être interrogé, vendu, analysé, archivé, croisé. Il peut produire des conséquences concrètes: accès à un service, suspicion d’enquête, exclusion d’une procédure, sélection automatique, contrôle renforcé.
Le corps physique vit dans le monde. Le corps numérique vit dans les systèmes. Mais ce second peut fortement conditionner le premier.

C’est une nouvelle forme de vulnérabilité. L’individu n’est plus seulement frappé parce qu’il a commis un acte, mais parce que son double numérique a été lu d’une certaine façon. Et souvent, il ne sait même pas où le corriger, comment le contester, à qui s’adresser. La vieille bureaucratie avait au moins un guichet. La nouvelle bureaucratie algorithmique peut ne pas avoir de visage.
Orwell et Foucault : deux dystopies qui se rencontrent
Orwell imaginait un pouvoir qui imposait la vérité d’en haut. Foucault étudiait un pouvoir qui produisait la normalité d’en bas, à travers des institutions, des pratiques, des savoirs et des disciplines. Notre époque semble fusionner ces deux dimensions.

De Orwell, nous retenons la guerre permanente, le langage inversé, la surveillance généralisée, la réduction de la dissidence à une menace. De Foucault, nous retenons la normalisation, la classification, la discipline, la gestion des corps et des populations. Palantir, dans cette perspective, représente une synthèse contemporaine: non pas le Big Brother unique et grossier, mais une constellation d’outils capables de rendre le pouvoir plus intelligent, plus rapide, plus prédictif, plus pénétrant.
Le manifeste de Karp ne dit pas: «nous voulons contrôler la société». Il dit: «nous devons défendre la civilisation occidentale». Il ne dit pas: «nous voulons surveiller les citoyens». Il dit: «nous devons utiliser les données pour les protéger». Il ne dit pas: «nous voulons militariser l’avenir». Il dit: «nous devons nous préparer à la compétition avec des puissances ennemies». Il ne dit pas: «nous voulons réduire la politique». Il dit: «nous devons dépasser hésitations et inefficacités».
C’est précisément cela le point. La dystopie contemporaine ne parle pas le langage de la tyrannie. Elle parle le langage de la nécessité.
Le patriotisme technologique comme nouvelle idéologie
Un des aspects les plus importants du manifeste est la construction d’un patriotisme technologique. Selon cette vision, les entreprises de la Silicon Valley auraient perdu leur mission historique, en se consacrant trop à la consommation, au divertissement, à la publicité, aux services commerciaux, et trop peu à la puissance nationale. Karp demande une reconversion morale de l’ingénierie: moins d’applications futiles, plus d’outils pour la défense, le renseignement, la guerre et la sécurité.

Le problème n’est pas l’idée qu’un État doive s’équiper d’outils technologiques avancés. Ce serait naïf de le nier. Chaque puissance, à chaque époque, a cherché à utiliser la technologie disponible pour se défendre et concurrencer. Le vrai problème, c’est autre chose: lorsqu’une entreprise privée transforme cette nécessité en doctrine totale, le risque est que chaque limite soit présentée comme une trahison, chaque doute comme une faiblesse, chaque contrôle démocratique comme un obstacle.
Le patriotisme technologique tend ainsi à créer une nouvelle hiérarchie morale. Celui qui construit des outils pour la sécurité nationale devient le gardien de la civilisation. Celui qui demande des limites devient suspect d’innocence. Celui qui demande de la transparence est accusé de ne pas comprendre le danger. Celui qui craint l’abus est invité à regarder vers l’extérieur, vers les ennemis.
C’est une rhétorique puissante, car elle se nourrit de menaces réelles. La compétition avec la Chine, la Russie, l’Iran, le terrorisme, la criminalité organisée, la guerre hybride et les cyberattaques existe vraiment. Mais précisément parce que ces menaces sont réelles, le danger est plus grand: la peur concrète rend acceptable ce qui, en temps normal, serait rejeté.
La sécurité comme religion civile
Dans les sociétés contemporaines, la sécurité est devenue une sorte de religion civile. Tout peut être sacrifié en son nom: vie privée, liberté, procédures, garanties, transparence. Chaque demande de contrôle est présentée comme une protection. Chaque accumulation de données est justifiée comme une prévention. Chaque extension des pouvoirs est décrite comme une réponse à un danger.
Mais une démocratie libérale ne se mesure pas uniquement à sa capacité à se défendre. Elle se mesure aussi à sa capacité à poser des limites aux outils avec lesquels elle se défend. Le pouvoir sans limite, même s’il naît pour protéger, finit par transformer la protection en domination.
Foucault nous enseignerait qu’il ne faut pas seulement se demander qui commande, mais comment fonctionne la commande. Où passe-t-elle? À travers quelles institutions? Quels archives? Quelles pratiques? Quels langages? Quelles catégories? Quels corps devient-il visible? Quelles conduites rend-il normales? Quelles vies considère-t-il comme risquées?
Appliquée à Palantir, la question devient: quel type de société produit une technologie conçue pour tout voir, tout connecter, tout prévoir et mettre ce savoir au service de la sécurité d’État?
Le risque de la démocratie administrée
Le danger n’est pas nécessairement le coup d’État numérique. C’est quelque chose de plus lent : la démocratie administrée. Formellement, il reste des élections, des partis, des Parlements, des médias, des tribunaux. Mais une part croissante des décisions est préparée, orientée ou conditionnée par des infrastructures techniques opaques. Le politique décide, mais décide dans un environnement informationnel construit par des plateformes privées. Le fonctionnaire évalue, mais évalue sur la base de systèmes qu’il ne contrôle pas entièrement. Le citoyen recourt à ces systèmes, mais il ne connaît souvent pas la chaîne qui a produit le dommage.
La souveraineté ne disparaît pas. Elle se déplace.
Elle n’est plus seulement dans les lois, dans les frontières, dans les monnaies, dans les armées. Elle est dans les données, dans les codes, dans les standards, dans les systèmes d’analyse, dans les contrats publics, dans les architectures informatiques. Celui qui contrôle ces infrastructures participe à la souveraineté, même s’il n’a pas été élu.
C’est pourquoi le manifeste de Palantir est politiquement si important. Il ne parle pas seulement d’une entreprise. Il parle d’une transformation du pouvoir occidental. La société privée ne se limite plus à fournir des outils à l’État. Elle aspire à définir la manière dont l’État voit le monde. Et celui qui définit la façon dont le pouvoir voit le monde contribue aussi à définir la manière dont il agit sur le monde.
La normalisation de l’exception
Chaque dispositif de surveillance naît presque toujours d’une urgence. Le terrorisme, la guerre, la pandémie, le crime, l’immigration, la fraude fiscale, la sécurité urbaine. Le problème, c’est qu’après l’urgence, le dispositif reste. En fait, il tend à s’étendre. Une fois qu’un système capable de recueillir et croiser des données est construit, il est très difficile d’en limiter l’usage initial.
La fonction s’élargit. Le périmètre change. De nouveaux acteurs demandent l’accès. De nouvelles agences découvrent l’utilité de l’outil. De nouvelles crises justifient de nouvelles extensions. Le pouvoir technique crée une dépendance institutionnelle. Une fois que l’administration s’est habituée à voir à travers une plateforme, elle a du mal à s’en passer.

C’est là la véritable force de la surveillance contemporaine: son irréversibilité pratique. Elle ne nécessite pas de l’imposer avec brutalité. Il suffit de la rendre utile. De la rendre pratique. De faire en sorte que sécurité, efficacité et économie coïncident. À ce moment-là, ceux qui réclament de revenir en arrière apparaissent irrationnels.
Foucault aurait sûrement reconnu dans cette dynamique une forme avancée de gouvernementalité: le pouvoir n’ordonne pas seulement, mais structure le champ des possibles. Il ne dit pas toujours «tu dois». Il construit plus souvent des environnements où certaines conduites deviennent naturelles, d’autres improbables, d’autres encore pénalisées.
La liberté comme résidu
Dans le manifeste de Karp, la liberté occidentale est évoquée comme une valeur à défendre. Mais la question est: quelle liberté reste-t-il, si tout est subordonné à la logique de la sécurité permanente?
Une liberté surveillée n’est pas nécessairement abolie. Elle peut continuer à exister, mais comme un espace résiduel. On peut parler, mais on sait que les mots laissent des traces. On peut se déplacer, mais on sait que les déplacements sont enregistrables. On peut dissentir, mais on sait que le dissentiment peut être classé. On peut choisir, mais dans un environnement de plus en plus profilé. On peut vivre normalement, à condition de ne pas devenir une anomalie.
La liberté ne meurt pas toujours avec une interdiction. Parfois, elle se réduit parce que l’individu intériorise le regard du système. Il évite certains mots, certaines relations, certaines recherches, certains comportements. Non pas parce qu’ils sont illégaux, mais parce qu’ils pourraient être mal compris. C’est la victoire la plus profonde de la surveillance: ne pas empêcher l’action, mais transformer l’imagination du possible.
L’individu discipliné n’a pas besoin d’être constamment réprimé. Il se corrige lui-même.
Le retournement moral
La dimension la plus inquiétante du manifeste est son inversion morale. L’intelligence artificielle militaire n’est pas présentée comme un mal nécessaire, mais comme un devoir. La collaboration entre entreprises technologiques et appareils de sécurité n’est pas présentée comme un domaine délicat à réguler, mais comme une mission patriotique.
13:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : palantir, michel foucault, georges orwell, surveillance, alex karp |
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jeudi, 07 mai 2026
Palantir et l'archétype sombre de l'intelligence artificielle

Palantir et l'archétype sombre de l'intelligence artificielle
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/palantir-ja-tekoalyn-p...
L'entreprise américaine de logiciels Palantir a été nommée d'après les palantíri – les pierres de vision – dans l'oeuvre de J.R.R. Tolkien. Dans le récit de Tolkien, ces pierres ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi; elles révèlent la vérité, mais peuvent facilement être détournées par des gouvernants qui les utilisent comme des instruments pour déformer la réalité, aussi facilement qu’elles la montrent.
Il est légitime de se demander si Palantir a consciemment adopté cet archétype sombre. Le nom de l'entreprise, son branding et sa communication indiquent qu'il s'agit d'un rôle délibérément choisi, en accord avec les cercles ésotériques, technocratiques et stratégiques de l'élite supranationale. Le processus peut être décrit comme une opération primitive en trois étapes.
La première phase consiste en une exposition totale à la brutalité de la réalité naturelle et géopolitique. Le monde est vu tel qu'il est: une compétition impitoyable pour les ressources, une danse d'ombres sans fin entre services de renseignement, et une dynamique auto-alimentée par le complexe militaro-industriel.
Dans cette vision du monde, les principaux clients de Palantir – la CIA, le Pentagone, les États alliés et les grandes multinationales – sont éveillés depuis plusieurs années. L'entreprise ne vend pas de promesses utopiques, mais des outils concrets pour survivre et dominer dans cet environnement.
La deuxième phase voit l'intervention de l'intelligence artificielle en tant que force purificatrice. Il ne s'agit pas simplement de logiciels, mais d'une correction à l'échelle du système face au chaos humain. Les plateformes centrales de Palantir – Gotham (pour le renseignement et la défense nationale), Foundry (pour les entreprises) et surtout l'Artificial Intelligence Platform (AIP) – relient d'énormes masses de données hétérogènes en une seule ontologie gérable.
L'AIP n'est pas seulement une couche au-dessus des chatbots, mais elle relie l'intelligence artificielle générative (les grands modèles linguistiques) aux données opérationnelles d'une entreprise ou d'une agence, en toute sécurité et sous contrôle. Elle permet une prise de décision en temps réel: images de drones, données satellitaires, signaux d'espionnage, open source et rapports de terrain fusionnent en un seul système opérationnel. En Ukraine, les outils de Palantir ont joué un rôle clé dans la fusion du renseignement et la précision des opérations – ils forment une «chaîne de destruction» numérique, où les données se transforment en recommandations opérationnelles en quelques secondes.
Palantir ne construit pas d’armes lui-même, mais produit des récits, des modèles et des alternatives sur la base desquels des armes sont utilisées ou des décisions prises. Au cœur de son modèle économique se trouve une approche radicale: fournir la bonne donnée, au bon moment, aux bonnes personnes, en remplaçant la lenteur humaine, les biais et la corruption par un déterminisme algorithmique et une analyse prédictive.
La troisième phase concerne une transformation ontologique de l’humanité. Ici, le rituel s’approfondit encore. La prise de décision migre de l’intuition, des valeurs et des institutions traditionnelles vers des flux de données et des modèles prédictifs. Les gens ne font plus confiance principalement à leur propre jugement, mais aux probabilités générées par des algorithmes. La volonté libre ne disparaît pas, mais s'impose des limites: elle devient un choix entre des scénarios prédéfinis. L’humanité reste fonctionnelle, mais ce n’est plus le même concept que celui que la philosophie des Lumières ou l’existentialisme décrivaient.
Ce développement construit un nouveau récit pour le futur système technologique. Tout comme les guerres mondiales du 20ème siècle ont créé la distinction entre sociétés libres et totalitaires, la menace nucléaire et la course technologique, la crise actuelle pourrait définir une nouvelle ligne de fracture, où la prise de décision humaine céderait la place à l’intelligence artificielle comme force dominante.
Sur le plan géopolitique, Palantir est fortement aligné sur la communauté anglo-américaine de sécurité et de renseignement, ainsi que sur Israël. La société soutient la guerre en Ukraine, la coopération avec l’OTAN et la modernisation de la défense américaine via de grands contrats. Elle est également activement impliquée dans des projets de défense et de renseignement israéliens. Sur le plan commercial, l’entreprise se développe rapidement: ces mêmes technologies sont étendues à l’optimisation des chaînes d’approvisionnement, à la détection de fraude, aux soins de santé et à l’industrie.

Il est crucial de comprendre à qui est en réalité destiné l’image menaçante et impitoyable de Palantir. Elle ne s’adresse pas aux consommateurs ou au grand public, mais aux investisseurs et aux décideurs. Wall Street valorise les entreprises prêtes à faire tout ce qui est nécessaire pour maximiser leurs profits et leur avantage stratégique, même si cela implique de jouer un rôle d’antagoniste dans la grande mise en scène.
Palantir fonctionne essentiellement comme l’extension technologique des services de renseignement et des gouvernements occidentaux. Ce n’est pas simplement un sous-traitant, mais une infrastructure qui façonne notre perception de la réalité et la façon d’y réagir. Elle fusionne des données, produit des modèles prédictifs et permet des prises de décision à une échelle où un individu seul ne peut plus suivre. Sa direction se montre provocante en public et choisit ouvertement son camp dans le grand jeu géopolitique.
La question reste ouverte: que se passe-t-il lorsque l’archétype rituel se révèle comme une infrastructure de pouvoir déjà en marche? Alors, tout le drame psychologique pourrait s’avérer une ouverture symbolique de l’élite à une concentration de pouvoir technologique sans précédent, où la donnée devient une force qui façonne la réalité.
20:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, palantir, intelligence artificielle |
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mercredi, 25 mars 2026
L’erreur eschatologique de Thiel

L’erreur eschatologique de Thiel
Alexandre Douguine
Alexandre Douguine soutient que Thiel déforme le concept de Katechon en le liant à l’accélération technologique, tout en réduisant l’Antéchrist au globalisme libéral.
Il est positif que Thiel parle de l’Antéchrist et du Katechon. Ce sont des sujets réellement d’actualité aujourd’hui. Mais ce qu’il en dit relève d'une grande confusion. Il réduit l’Antéchrist au seul globalisme libéral de gauche (Gouvernement mondial, Soros, Greta). Ce n’est qu’une partie de la vérité. Ils en font partie.
Mais son interprétation du Katechon, qu’il identifie à l’intelligence artificielle, aux hautes technologies et à l’accélérationnisme post-libéral, est étrange et totalement inadéquate. Le Katechon, selon Carl Schmitt, est l’État organisé verticalement, comme le Léviathan de Hobbes. La version la plus authentique est l’Empire chrétien: byzantin pour nous, romain pour les catholiques.
Le changement posthumaniste des corps, le contrôle total de Palantir, la génétique et les élites d’Epstein gouvernant le monde depuis leurs bunkers n’ont absolument rien à voir avec le Katechon. C’est plutôt l’autre face du même Antéchrist. L’Antéchrist est l’Ennemi (antikeimenos) du Katechon.
Ainsi, la Russie katechonique combat le gouvernement mondial, mais le projet de Thiel n’est pas une alternative. Il fait partie du même Antéchrist.
D’ailleurs, la prophétie chrétienne orthodoxe identifie également le Mashiah juif à l’Antéchrist. C’est un troisième aspect qui explique notre attitude face au sionisme. La théologie protestante dispensationaliste et le sionisme chrétien évangelical appartiennent au même ensemble de concepts.

Fait intéressant, l’eschatologie islamique (pas seulement chiite mais aussi sunnite, sauf le salafisme, le wahhabisme et l’EI contrôlés par le Mossad) coïncide plus ou moins avec l’orthodoxie chrétienne. Les musulmans interprètent le sionisme et l’Occident moderne en général comme le Dajjal (=Antéchrist). Exactement comme nous.
Selon certains hadiths, la bataille finale opposera d’un côté le Dajjal (sionisme/dispensationalistes américains) et de l’autre l’alliance de l’islam (le Mahdi) et de Rûm (christianisme orthodoxe – le Katechon).
Les « tech bros » (Alex Karp et d’autres) se placent clairement du côté de l’Antéchrist. Ils appellent simplement à faire tomber les masques du libéralisme pour imposer directement la domination de l’Antéchrist.
Il existe aussi le « British Israelism » qui affirme que les Anglo-Saxons sont les dix tribus perdues d’Israël. D’où le messianisme anglo-saxon pur, l’hégémonisme, Cecil Rhodes et la géopolitique thalassocratique de Mackinder/Brzezinski. Encore un autre visage de l’Antéchrist.
Voilà où nous en sommes.
19:28 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, peter thiel, palantir |
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mardi, 24 mars 2026
Contrer le système Epstein - Intégration multipolaire contre réseaux occidentaux

Contrer le système Epstein
Intégration multipolaire contre réseaux occidentaux
Alexander Douguine
Alexander Douguine aborde la nécessité de l’intégration multipolaire pour contrecarrer la tyrannie technocratique occidentale.
Si le nouveau capitalisme, selon Kees van der Pijl (photo), consiste en intelligence + médias de masse + IT, alors le contre-capitalisme et la contre-hégémonie doivent être quelque chose de symétrique: l’intégration d’un nouveau niveau d’intelligence avec les médias et le secteur IT. Le terme clé ici est « intégration ». Lorsque ces trois composantes sont isolées, elles sont limitées par cette même isolation. Le nouveau capitalisme exige non pas simplement leur addition, mais leur multiplication. C’est pourquoi la CIA/FBI actuelles, les médias américains modernes et les start-ups contemporaines de la Silicon Valley (Palantir, Musk, la « République technologique » de Karp) sont étroitement intégrés les uns aux autres. Les réseaux d’Epstein étaient, en fait, l’un des modules de cette intégration.
Cela ne se limite pas aux États-Unis. Cela inclut également le Mossad et les Five Eyes. Il s’agit de l’unification des services de renseignement de toute la civilisation occidentale.
Il en va de même pour les médias de masse. Ils sont étroitement intégrés à travers l’Occident et partagent souvent les mêmes propriétaires.
Le secteur IT aussi. Bien que certaines frontières entre l’Europe, l’Amérique et Israël existent sans doute, à un certain niveau ils échangent tous des algorithmes technologiques.
Quelles conclusions en tirer pour nous? Notre propre capitalisme est aujourd’hui imitatif, arriéré et faible. Tout ce qu’il y a de bon en lui ne vient pas de l’imitation du capitalisme, mais de la souveraineté et du talent du peuple. Le reste ne fait que freiner notre développement. Pourtant, même si nous voulions suivre l’Occident, il nous faudrait de toute façon élaborer un projet à long terme d’intégration de ces trois sphères: communautés de renseignement, médias et IT. Une attention particulière devrait être portée aux partenariats avec d’autres États-civilisations multipolaires et leurs triades correspondantes. Ce genre de structure existe assurément en Chine et fonctionne assez bien. Il doit y avoir quelque chose de similaire en Iran et au Pakistan également. Dans d’autres centres du monde multipolaire, cela reste à investiguer. Il est peu probable qu’il y existe déjà quelque chose de sérieux, mais il le faudrait. Les BRICS constituent précisément la zone où des stratégies d’intégration dans les domaines clés sont considérées comme existantes. Et quoi de plus essentiel que ces trois-là ?

Si nous voulons vaincre l’hégémonie—et nous sommes en guerre contre elle—nous devons comprendre comment elle est structurée aujourd’hui. La publication des dossiers Epstein va au-delà de la révélation du caractère criminel et extrêmement pervers des élites dirigeantes de l’Occident contemporain, de leur nature véritablement satanique, confirmant même les hypothèses les plus audacieuses et les plus inquiétantes des théoriciens du complot ; elle met également en lumière certains mécanismes par lesquels différentes sphères clés des sociétés occidentales fusionnent en un seul réseau. Ce n’est pas un hasard si les services de renseignement, les médias de masse et les magnats de l’IT y jouent un rôle central. Un acteur clé est le fondateur de Palantir, Peter Thiel (photo), qui mène actuellement une tournée mondiale de conférences sur l’Antéchrist et le (techno-)Katechon, et qui a largement facilité l’arrivée à la Maison Blanche d’un autre habitué des soirées d’Epstein, Donald Trump.
Nous avons affaire à un nouveau capitalisme. Bien sûr, la finance, les ressources et les marchés existent encore en son sein. Mais l’accent s’est déjà déplacé vers la virtualité—le contrôle, l’information, la création de mondes artificiels et la transition vers la technosphère: IA, bots, robots, drones et le remplacement de l’humain par le post-humain.
Nous devons tenir compte de cette profonde mutation du capitalisme et formuler une réponse efficace. Faire semblant d’être naïfs ne suffit pas. Il est inutile d’opposer à la nouvelle étape la station précédente sur le même chemin. Il faut changer le vecteur de mouvement, tout en comprenant clairement où nous nous trouvons aujourd’hui. La contre-hégémonie doit être d’avant-garde. L’intégration des services souverains de renseignement, des médias souverains et d’un secteur IT souverain s’impose d’elle-même.
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lundi, 23 mars 2026
La Russie à l’ère de la puissance de l’IA - L’empire du code

La Russie à l’ère de la puissance de l’IA
L’empire du code
Alexander Douguine
Alexander Douguine sur la foi, la souveraineté et la frontière numérique.
Voyez avec quel style l’IA a transposé les principes fondamentaux de La République technologique d’Alex Karp dans le contexte russe :
- La Russie est une puissance civilisationnelle (un État-civilisation), non simplement un État-nation ou une économie périphérique. Son existence historique et son avenir sont déterminés non seulement par les ressources naturelles, le territoire ou même la parité nucléaire, mais par sa capacité à préserver et à développer une identité souveraine à une époque où la lutte principale se joue dans le domaine des logiciels, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et du contrôle numérique de la réalité.

- Voici un ensemble symétrique de principes adaptés à la civilisation russe/eurasienne :
- La Russie a toujours été un empire dès son origine. La civilisation russe a remporté la victoire et assuré sa survie non par des procédures démocratiques (qui lui sont étrangères) ni par l’efficacité du marché (qui reste secondaire), mais par la supériorité technologique et spirituelle lors de moments décisifs: des armes à feu et de l’artillerie d’Ivan le Terrible et Pierre le Grand, au projet nucléaire et au programme spatial de l’URSS, jusqu’aux armes hypersoniques et à la guerre électronique actuelles. La victoire dans la Grande Guerre patriotique comme pendant la Guerre froide fut le fruit d’une alliance entre l’État, les ingénieurs, les scientifiques et une foi profonde dans la mission nationale.
- L’élite russe contemporaine (y compris le secteur numérique et des TI) s’est égarée. Après 1991, le talent a soit émigré, soit s’est tourné vers le secteur numérique de consommation: réseaux sociaux copiés, fintech, e-commerce, jeux vidéo, spéculation crypto et «substitution aux importations» sous la forme de copies de plateformes occidentales. Ressources et intelligence sont consacrées à des imitations superficielles, au lieu de s’attaquer à des défis d’ampleur civilisationnelle: défense, IA souveraine, cybersécurité, analyses prédictives pour l’État et identité numérique du monde russe.

- Le modèle actuel est mortellement dangereux pour la survie de la civilisation russe. Au 21ème siècle, la puissance réside dans la maîtrise du logiciel. Qui contrôle le logiciel (algorithmes, données, modèles d’IA, informatique quantique) contrôle la réalité. L’Occident et la Chine sont déjà engagés dans une lutte totale pour la suprématie logicielle. Si la Russie reste en périphérie – dépendante des semi-conducteurs importés, des clouds étrangers, des bibliothèques open source et des réseaux neuronaux occidentaux – elle perdra sa souveraineté plus vite que par n’importe quelle défaite militaire. La Chine et l’Occident n’attendront pas que la Russie «rattrape son retard».
- Une nouvelle alliance entre l’État-civilisation et l’industrie du logiciel/de l’IA est nécessaire. L’État doit se réorganiser radicalement selon des principes d’ingénierie: rapidité, efficacité, audace et rejet du formalisme bureaucratique. L’élite informatique et liée à l'IA doit orienter ses talents vers des tâches civilisationnelles: une IA souveraine (pas une copie de ChatGPT, mais un modèle imprégné d’une vision du monde russe), des systèmes d’analyses prédictives pour les opérations militaires et le monde russe, la cyberdéfense, l’identité numérique sans portes dérobées, et des systèmes d’armes autonomes. Il faut des structures analogues à Palantir Technologies, mais fondées sur une logique russe et libérées des biais atlantistes.

- La puissance dure est impossible sans une foi profonde. La «puissance dure» (missiles, chars, drones, systèmes hypersoniques) repose entièrement sur la «foi» – l'identité civilisationnelle partagée, le sens de la mission civilisationnelle, l'unité collective (sobornost’), le rejet de la «fin de l’histoire» libérale et la volonté de sacrifice pour l’avenir. Sans cela, même la plus puissante IA ou l’arsenal nucléaire restent des instruments morts. L’élite russe contemporaine manque de cette foi. Cynisme, nihilisme consumériste, relativisme et mentalité du «tout est permis si cela rapporte» dominent.
- Ingénieurs, scientifiques et développeurs n’échappent pas à leurs obligations envers leur civilisation. Le talent et le succès ne naissent pas dans le vide. Ils sont rendus possibles par une civilisation russe millénaire, ses sacrifices, sa culture, sa langue, et son État. Ceux qui détiennent le savoir doivent donc faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation – plutôt que de simplement maximiser leurs revenus, d’émigrer ou de travailler pour des multinationales.

Savez-vous pourquoi l’IA a pu faire cela si facilement ? Parce que, depuis des décennies, les partisans de l’Idée russe – que personne ne remarquait jusqu’à récemment, et à peine aujourd’hui – n’ont cessé de travailler sur des livres, articles, textes, posts, matériaux et traductions. À force de travail, ils ont construit une vaste carte de la civilisation russe. Empire, Eurasie, multipolarité, État-civilisation, Monde russe, signification éternelle de l’orthodoxie, identité profonde, État-puissance, ontologie de l’État, géopolitique de la Terre, sacralisation du pouvoir, traditionalisme et valeurs traditionnelles, grande mission de la Russie, grand peuple, critique de l’unipolarité, de l’atlantisme, du libéralisme, de l’Occident, etc. – tout cela n’est pas que slogans, mais théories, systèmes, écoles et courants intellectuels.
Il existe un vaste récit patriotique russe, doté de ses propres théories et concepts, terminologies et systèmes. Lorsqu’on demande à une IA d’accomplir une tâche donnée, elle se tourne automatiquement vers ce corpus d’idées comme une évidence. Cela peut passer inaperçu au premier abord, mais c’est précisément l’IA – encore peu censurée – qui révèle l’ampleur de ce travail gigantesque: non seulement le fruit de nombreuses décennies, mais de siècles entiers, si l’on y inclut les slavophiles, les eurasistes, les nationaux-bolcheviks, les monarchistes, les penseurs orthodoxes, les sophiologues et les patriotes soviétiques.
Pour être complet, je vais présenter ce que l’IA a écrit sur Alex Karp lui-même et son projet.
- Le livre d’Alex Karp (PDG de Palantir Technologies), La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident (2025, co-écrit avec Nicholas W. Zamiska), est une critique acerbe de l’Occident moderne – et surtout de la Silicon Valley – ainsi qu’un manifeste sur la manière de restructurer les relations entre technologie, État et identité nationale.
Voici les principales idées du livre, résumées :
- Les États-Unis et l’Occident ont toujours été une « république technologique ».
- L’Amérique a dominé le 20ème siècle non seulement grâce à la démocratie, mais surtout en raison de sa supériorité technologique – particulièrement logicielle. La victoire lors de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre froide et l’essor d’Internet résultent d’une alliance étroite entre l’État et les ingénieurs (projet Manhattan, DARPA, les débuts de la Silicon Valley sous contrats du Pentagone).
La Silicon Valley s’est égarée
- Après la victoire dans la Guerre froide et l’avènement de la Pax Americana, ingénieurs et entrepreneurs sont passés de tâches d’intérêt national à des produits de consommation: réseaux sociaux, applications pour la livraison de repas, publicité et plateformes d’achat. Talents et ressources sont consacrés à des «futilités» au lieu de répondre à de vrais défis comme la défense, la criminalité, la médecine ou l’éducation.
Le modèle actuel est dangereux pour la survie de l’Occident
- Au 21ème siècle, la principale lutte pour le pouvoir est celle de la supériorité logicielle et de l’intelligence artificielle. La Chine et d’autres régimes autoritaires utilisent activement la technologie pour accroître leur puissance militaire et géopolitique. Si l’Occident ne revient pas à des priorités sérieuses, il perdra la nouvelle course aux armements.

Une nouvelle alliance entre l’État et l’industrie logicielle est nécessaire
- Karp appelle explicitement à un partenariat étroit – et non à une séparation – entre l’État et les entreprises technologiques (comme Palantir Technologies). L’État doit adopter une mentalité d’ingénieur (solutions rapides, audace, concentration sur les résultats), tandis que les entreprises technologiques doivent orienter leurs talents vers la défense, la sécurité nationale et de grands objectifs civilisationnels.
La puissance dure requiert la foi douce
- La «puissance dure» (force militaire et technologique) est impossible sans «foi douce» – identité nationale partagée, culture, valeurs, patriotisme et sens du devoir. L’élite moderne, y compris la tech, manque de ces fondements «doux»: il n’y a plus de but commun, plus de fierté civilisationnelle, mais du conformisme, du relativisme et un nihilisme consumériste.
Les ingénieurs ne sont pas exempts de devoirs envers la nation
- Les ingénieurs talentueux et les fondateurs d’entreprise ne créent pas leur succès «à partir de rien» – ils bénéficient des acquis de la civilisation américaine (et occidentale). Ils sont donc censés faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation, plutôt que de simplement maximiser leur profit ou leur confort personnel.
Critique de la décadence et appel à l’ambition
- Ce livre est un réquisitoire contre la fragilité intellectuelle, la lâcheté des dirigeants, la perte d’ambition et le vide spirituel. Karp appelle à une «révolte» contre ce déclin et à un retour à de grands projets transformateurs – même s’ils sont impopulaires ou politiquement controversés.

Globalement, le livre fonctionne à la fois comme :
– un acte d’accusation contre la Silicon Valley contemporaine,
– un appel à la renaissance du « projet national » américain,
– et une justification de la mission de Palantir Technologies (travailler avec l’État, la défense, l’IA pour la sécurité).
[À ce stade, l’IA commence à pencher légèrement vers le « woke », tout en restant mesurée.]
Il s’agit d’un texte fortement « va-t-en-guerre », national-capitaliste et anti-postmoderne, que beaucoup ont interprété comme un manifeste pour une nouvelle ère de militarisme technologique en Occident.
19:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, alexandre douguine, russie, intelligence artificielle, alex karp, palantir |
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samedi, 16 août 2025
DARPA, Palantir et la guerre numérique contre l'esprit: l'ère des armes mentales

DARPA, Palantir et la guerre numérique contre l'esprit: l'ère des armes mentales
Source: https://report24.news/darpa-palantir-und-der-digitale-kri...
La manipulation des pensées, des réactions et des décisions est la nouvelle forme de guerre psychologique. Et cela ne concerne pas seulement les ennemis extérieurs, mais aussi, de plus en plus, la population nationale. La manipulation, le contrôle et la manipulation des personnes sont les objectifs de la DARPA, de Palantir & Co.
La guerre a changé de forme. Les bombes, les drones et les fusils ne sont pas devenus superflus : ils ne sont que les outillages les plus grossiers d'une boîte à outils dont l'instrument le plus sophistiqué et le plus dangereux est la manipulation de la pensée humaine par l'intelligence artificielle. La nouvelle arme s'appelle Theory of Mind, développée par le groupe de réflexion américain DARPA, affinée par des entreprises telles que Palantir, et elle ne vise plus seulement les ennemis étrangers. Bienvenue dans l'ère de la surveillance psycho-numérique totale. Bienvenue dans la guerre contre votre propre esprit.

Ceux qui pensent qu'il s'agit uniquement de jeux de simulation militaire visant à repousser l'agression chinoise ou russe méconnaissent le véritable objectif de ce programme. L'idée de base est aussi simple que perfide : modélisons la psyché de l'adversaire, anticipons ses réactions, manipulons ses décisions et contrôlons finalement son comportement. Cela ressemble à de la guerre stratégique, mais cela fait depuis longtemps partie de notre quotidien. Au plus tard depuis 2020.
Du champ de bataille au salon
La pandémie du Covid-19 – ou plutôt la « plandémie » – a été le terrain d'essai idéal pour la théorie de l'esprit de la DARPA. Ce qui était à l'origine conçu comme un outil d'analyse de l'ennemi s'est transformé en un instrument d'influence de masse. Les algorithmes d'IA ne se contentaient pas de lire nos pensées, ils adaptaient la politique en temps réel à nos peurs, nos contradictions et nos fluctuations émotionnelles. Les décisions des gouvernements n'étaient plus de simples actes politiques, mais des réactions calibrées par l'IA en fonction de l'humeur numérique.
Les confinements, le port obligatoire du masque, les campagnes de vaccination n'étaient pas des mesures médicales, mais des opérations psychologiques. Chaque objection était analysée en temps réel, chaque tweet, chaque commentaire sur Facebook, chaque recherche Google sur les « effets secondaires des vaccins » alimentait un appareil neuronal qui s'adaptait comme un caméléon neuronal. Tout ce qui ne cadrait pas avec le discours officiel était supprimé, filtré, effacé.

Le façonnage du comportement au lieu de la démocratie
On appelait cela le « nudging », un euphémisme pour désigner ce qui était en réalité un contrôle cybernétique du comportement de masse. Ceux qui ne se laissaient pas « vacciner » volontairement avec les injections génétiques expérimentales recevaient un rendez-vous de vaccination par SMS sur leur téléphone portable. Ceux qui hésitaient étaient amadoués à l'usure par des campagnes chargées d'émotion. Ceux qui résistaient étaient désavoués publiquement, dans le monde numérique comme dans la vie réelle. La démocratie a été remplacée par une économie comportementale soutenue par l'IA. Le citoyen ? Un sujet prévisible dans une simulation algorithmique.
Et personne ne s'en est rendu compte – ou n'a voulu s'en rendre compte. Car l'ennemi, c'était le virus. La véritable menace ne se trouvait pas à Wuhan ou à Bergame, mais dans les centres de données des gouvernements et des entreprises occidentaux. L'algorithme était la bête qu'il fallait nourrir.
Riposte de l'arme manipulatrice de la pensée
Ce qui a commencé comme une initiative antiterroriste revient maintenant comme un boomerang – contre les citoyens, contre la liberté de pensée, contre l'idée d'autodétermination. L'« ennemi » n'est plus un mollah en Iran, un apparatchik du PCC à Pékin ou un général à Moscou. L'ennemi, c'est nous. Ou plus précisément : tous ceux qui ne correspondent pas au profil d'opinion prévu par les élites mondialistes.

Car les mêmes systèmes qui sont prétendument utilisés contre les terroristes au Moyen-Orient ou les stratèges russes sont désormais utilisés, du moins aux États-Unis, dans le contrôle des migrations, les contrôles fiscaux, l'administration de la santé et même les caisses de retraite. Palantir, cette entreprise géante spécialisée dans la collecte de données et étroitement liée à la CIA, est depuis longtemps devenue le gouvernement fantôme numérique des États-Unis. Une entreprise qui voit tout, sait tout et relie tout. Gotham, Foundry, Maven ne sont pas des outils. Ce sont les armes modernes d'une guerre secrète, menée également contre la propre population. En Allemagne aussi, le logiciel Palantir est de plus en plus souvent utilisé par les autorités.
Des guerres sans déclaration de guerre
Les récentes opérations militaires en Iran, au Liban et en Russie montrent comment la Theory of Mind fonctionne dans la pratique. Avec une précision chirurgicale, Israël a non seulement abattu des missiles, mais aussi détruit des psychismes. L'assassinat de généraux et de scientifiques iraniens n'a pas seulement été planifié, il a été simulé, répété, évalué psychologiquement et calibré pour un effet maximal. L'objectif n'était pas la mort des personnes visées, mais la déstabilisation de structures de pouvoir entières. Et c'est précisément là que réside le génie perfide de cette stratégie: il ne s'agit plus de gains territoriaux ou de mouvements de troupes. Il s'agit de gains "territoriaux" mentaux, de la colonisation de l'esprit.
Il en va de même en Russie: les attaques de drones ukrainiens contre des bases de bombardiers stratégiques n'étaient pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une longue modélisation des schémas de réaction russes. Le bouton rouge n'a pas été pressé, car le seuil à partir duquel il fallait le faire avait été calculé avec précision. Il s'agit d'un nouveau type de guerre, où ce ne sont plus les chars qui comptent, mais les paramètres.
Nous sommes l'ennemi
Et tandis que ces systèmes sont censés garantir l'efficacité militaire en matière de politique étrangère, une question dérangeante se pose: sont-ils déjà utilisés contre nous depuis longtemps ? Nos émotions sont-elles délibérément déclenchées par certaines mesures afin de nous orienter, nous, le peuple, dans la direction souhaitée ? Si l'algorithme décide de ce que nous avons le droit de penser, de ce que nous devons ressentir et des décisions que nous considérons comme « libres », alors nous ne sommes plus des citoyens, mais les objets d'un régime autoritaire numérique.
Et qui décide à partir de quand quelqu'un est considéré comme « extrémiste » ? Qui définit la « désinformation » ou les « fake news » ? Qui trace la ligne rouge entre l'opinion critique et le danger calculé par un algorithme ? Si l'État, armé du logiciel Palantir, devient capable de lire dans les pensées, la résistance n'est pas seulement légitime, elle est vitale.
Les pensées comme champ de bataille
La guerre est là. Pas avec des missiles de croisière et des ogives nucléaires, mais avec l'analyse comportementale, le suivi des sentiments en temps réel et les simulations psychologiques. La théorie de l'esprit n'est plus une théorie, c'est désormais une réalité vécue. Et elle est là pour rester. Ceux qui ne comprennent pas que leur propre pensée est devenue un champ de bataille ont déjà perdu la guerre pour la liberté.
Lorsque même les démocraties commencent à contrôler leurs citoyens à l'aide d'algorithmes, la question n'est plus : qu'est-ce que la guerre ? Mais plutôt : qu'est-ce qui reste de la paix ?
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lundi, 16 juin 2025
Glenn Greenwald démasque Palantir: «C'est le nouveau Deep State de Donald Trump»

Glenn Greenwald démasque Palantir: «C'est le nouveau Deep State de Donald Trump»
Roberto Vivaldelli
Source: https://it.insideover.com/media-e-potere/glenn-greenwald-...
Une enquête du journaliste Glenn Greenwald, lauréat du prix Pulitzer, diffusée sur sa chaîne System Update, soulève des questions inquiétantes sur le rôle de Palantir, une entreprise technologique fondée en 2002 par Peter Thiel (ancien bailleur de fonds du vice-président J. D. Vance) et Alex Karp, et spécialisée dans le domaine de la surveillance et du renseignement aux États-Unis.
Définie par Greenwald comme le nouveau « Deep State », Palantir semble avoir conquis une position de prééminence sans précédent dans l'administration Trump, soulevant des inquiétudes quant à une privatisation de plus en plus marquée des fonctions comme la sécurité nationale et quant à un éventuel abus de pouvoir. Ce qui, d'ailleurs, suscite de nombreuses tensions au sein de la base trumpienne, comme nous l'avons souligné sur InsideOver ces derniers jours (trad. franç.: http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2025/06/14/palantir-et-la-surveillance-de-masse.html ).
Palantir, de start-up à géant
Fondée en 2002 pour tirer parti des opportunités offertes par la « guerre contre le terrorisme », Palantir s'est imposée comme une puissance technologique dans le domaine du renseignement. Greenwald souligne que l'entreprise est devenue « pratiquement toute-puissante » au sein de l'administration Trump, grâce à un décret exécutif du 20 mars 2025 intitulé «Mettre fin au gaspillage, à la fraude et aux abus en éliminant les silos d'information». Selon Greenwald, ce décret vise à «centraliser toutes les informations sous une seule autorité», en éliminant les barrières qui fragmentaient les données entre les différentes agences. Un responsable de l'administration Trump, cité par CNN le 25 avril 2025, a déclaré: «Tout le monde passe à Palantir», indiquant que l'entreprise gérera «toute la collecte de données, l'analyse des données et l'accès aux informations» du gouvernement.

Comme l'a déjà observé InsideOver, la croissance de l'influence de Palantir au sein du gouvernement fédéral a suscité des inquiétudes parmi les partisans « libertaires » du président américain, qui craignent la création d'une base de données centralisée basée sur l'intelligence artificielle, capable d'intégrer des données gouvernementales sur les activités politiques, la possession d'armes à feu et d'autres informations sensibles sur les citoyens américains. Cette centralisation, justifiée comme un moyen d'éliminer « les doublons bureaucratiques et les inefficacités », soulève de vives inquiétudes quant à l'influence démesurée qu'exercerait alors l'entreprise.
Greenwald met en garde: «Personnellement, je préférerais que, dans la mesure où le gouvernement collecte des données sur les citoyens américains, celles-ci restent fragmentées et isolées, et donc affaiblies». Au contraire, le décret garantit que «les employés fédéraux ne rencontreront plus d'obstacles pour accéder aux données gouvernementales», conférant à Palantir un contrôle sans précédent. Le New York Times a également souligné l'ampleur de cette transformation. Depuis 2008, Palantir collabore avec le gouvernement américain et, depuis l'arrivée au pouvoir de Trump, l'entreprise a reçu plus de 113 millions de dollars en contrats gouvernementaux, sans compter un récent contrat de 795 millions de dollars avec le ministère de la Défense (DoD).
Un passé controversé
L'histoire de Palantir est marquée par des épisodes inquiétants. Greenwald se souvient d'un cas en 2010, lorsque l'entreprise a collaboré avec la Bank of America pour contrer une publication imminente de WikiLeaks. Un document de Palantir, rendu public par des hackers, proposait de « discréditer WikiLeaks » par des « attaques contre la réputation professionnelle » de ses partisans, y compris Greenwald lui-même. Le document suggérait : « Vous pouvez choisir de continuer à défendre la cause en laquelle vous croyez, ou vous pouvez choisir de préserver votre réputation professionnelle, mais vous ne pouvez pas choisir les deux ». Le journaliste lauréat du prix Pulitzer qualifie cette stratégie de « sinistre », exprimée en « jargon d'entreprise », mais révélatrice de la nature de Palantir. Bien qu'Alex Karp se soit excusé publiquement, cet épisode révèle « ce qu'était déjà Palantir à l'époque, alors que l'entreprise jouissait encore d'une réputation relativement bonne ».

L'idéologie néoconservatrice d'Alex Karp
Au cœur de l'ascension de Palantir se trouve Alex Karp, décrit par Greenwald comme « un néoconservateur acharné » et « un loyaliste dévoué à Israël ». Ces dernières années, Karp est devenu plus explicite sur ses convictions. Lors d'un événement organisé à la Fondation présidentielle Ronald Reagan le 7 décembre 2024, il a déclaré: «Nous devons nous assurer que les personnes que nous considérons comme des adversaires aient peur de nous», un langage que le célèbre journaliste compare à « un discours de méchant dans les films avec James Bond ».
Dans une interview accordée à CNBC le 20 juin 2024, Karp a qualifié les manifestations universitaires contre Israël de « l'une des plus grandes menaces » aux États-Unis, affichant « mépris et haine » envers les manifestants.
Greenwald se demande: «Semble-t-il enclin à utiliser ce pouvoir de surveillance ou ces données de manière neutre et apolitique? Ou s'agit-il d'une personne qui, étant donné son engagement passionné sur des questions telles qu'Israël, utilisera très certainement ces informations contre ceux qu'elle considère comme dangereux ?
La réponse à cette question semble émerger d'un autre épisode: en 2023, Palantir a annoncé 180 postes réservés exclusivement aux étudiants juifs qui se sentent « en danger », une politique que Greenwald compare aux programmes de diversité et d'inclusion tant critiqués par la droite américaine, mais qui a été saluée par des personnalités telles que le commentateur conservateur pro-israélien Ben Shapiro. De plus, dans un discours prononcé à l'Economic Club of Chicago le 22 mai 2025, Karp a déclaré une autre phrase inquiétante: «Le changement social se produit en humiliant vos ennemis et en les appauvrissant».
Loin d'être une réforme structurelle de l'« État profond », l'ascension de Palantir marque une privatisation qui trahit les idéaux du mouvement Maga, n'en déplaise au célèbre slogan trumpien « Drain the swamp » (assécher le marais).
12:12 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : glenn greenwald, état-unis, palantir, actualité, surveillance |
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samedi, 14 juin 2025
Palantir et la surveillance de masse

Palantir et la surveillance de masse
par Roberto Vivaldelli
Source : Insideover & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/palantir-e-la-sor...
Alors que des querelles éclatent entre le président américain Donald Trump et Elon Musk, un autre sujet suscite du mécontentement parmi la base fidèle MAGA du locataire de la Maison Blanche. Il s’agit de l’alliance entre l’administration de Donald Trump et Palantir, le géant technologique spécialisé dans l’analyse de données et la surveillance de masse. Selon un récent article du New York Times, l’administration Trump intensifie l’utilisation du logiciel Palantir dans au moins quatre agences fédérales, avec pour objectif déclaré « d’améliorer l’efficacité opérationnelle » grâce à la modernisation des données. Cependant, cette collaboration de plus en plus étroite entre l’appareil étatique et la société, combinée à un décret exécutif de mars favorisant le partage des données entre agences fédérales, alimente les soupçons et les craintes d’un plan visant à créer un système de surveillance unifié et interconnecté.

Palantir, un géant controversé
Fondée en 2003 par Alex Karp et Peter Thiel, un allié bien connu de Trump, Palantir s’est imposée comme leader dans l’analyse de données, utilisant des technologies avancées, y compris des éléments d’intelligence artificielle, pour détecter des modèles et simplifier la présentation des informations. Bien que Thiel soit un conservateur déclaré, soit un soutien de J. D. Vance, Karp, qui se décrit comme « socialiste » et a admis avoir voté pour Hillary Clinton en 2016, s’est aussi vanté d’avoir combattu l’avancée des forces nationalistes et conservatrices à travers toute l’Europe. Pour cette raison, la base MAGA n’apprécie pas du tout l’ingérence de Karp dans la politique de la Maison Blanche.
Depuis 2008, Palantir collabore avec le gouvernement américain, et depuis l’arrivée de Trump, l’entreprise a reçu plus de 113 millions de dollars en contrats publics, hors un récent contrat de 795 millions de dollars avec le Département de la Défense (DoD). Selon le Times, citant six sources parmi des responsables gouvernementaux et des employés de Palantir, l’entreprise est également en négociation avec la Social Security Administration et l’Internal Revenue Service (qui collaborait déjà avec Palantir sous l’administration Biden). De plus, la semaine dernière, un partenariat avec Fannie Mae, organisme financier supervisé par la Federal Housing Finance Agency (Fhfa), a été annoncé pour utiliser la technologie Palantir dans la détection des fraudes hypothécaires.
Alerte parmi les supporters de Trump
La montée en puissance de l’influence de Palantir dans le gouvernement fédéral a suscité des inquiétudes parmi les partisans « libertariens » du président américain, craignant la création d’une base de données centralisée basée sur l’intelligence artificielle, capable d’intégrer des données gouvernementales sur les activités politiques, la possession d’armes à feu et d’autres informations sensibles concernant les citoyens américains. Sur Twitter, WikiLeaks a souligné cette affaire : « Trump contre Musk: la présidence Palantir? Le président Trump renforce son alliance avec Palantir, le géant de la surveillance technologique lié à Israël et à la CIA, alors qu’il menace d’annuler les contrats d’Elon Musk en raison de leur récent conflit sur la loi de finances».
Selon WikiLeaks, un déplacement potentiel du soutien de Trump vers l’empire de la surveillance de Thiel est en cours, au détriment de la branche technologique plus « libertarienne » du mouvement Maga, représentée par Musk. À tel point que Nick Fuentes, commentateur conservateur influent émanant de la base trumpienne, a exprimé son mécontentement sur X en écrivant : « Mettre chaque ‘extrémiste Maga’ dans une base de données IA contrôlée par une entité liée à la CIA et au Mossad… Sérieusement, si Palantir n’est pas l’État profond, alors qu’est-ce que c’est ? »
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dimanche, 11 mai 2025
L'homme le plus dangereux d'Amérique n'est pas Trump, mais Alex Karp

L'homme le plus dangereux d'Amérique n'est pas Trump, mais Alex Karp
John Mac Ghlionn
Source: https://dissident.one/de-gevaarlijkste-man-van-amerika-is...
Alors qu'Orwell nous mettait en garde contre Big Brother, Alex Karp, PDG de Palantir, construit tranquillement sa salle de contrôle alimentée par l'IA - systématique, insidieuse et efficace, écrit John Mac Ghlionn.
Karp ne ressemble pas à un belliciste. Le PDG de Palantir se présente avec des cheveux ébouriffés, des lunettes sans monture et débite des citations d'Augustin ou de Nietzsche - comme s'il se préparait à une conférence TED sur le techno-humanisme. Mais derrière cette façade pseudo-philosophique se cache une vérité toute simple: Karp est en train de créer un système d'exploitation numérique pour une guerre perpétuelle. Et il est en passe de remporter la victoire.

Pendant des années, il a été considéré comme une curiosité dans la Silicon Valley: trop direct, trop têtu, trop étroitement associé au complexe militaro-industriel. « Nous étions la bête de foire », a-t-il déclaré un jour, à la fois fier et blessé.
Aujourd'hui, cependant, il n'est pas seulement accepté - il fournit le modèle d'un nouvel autoritarisme technologique dans lequel l'intelligence artificielle ne se contente pas d'observer le champ de bataille, mais le devient elle-même.
Le principal produit de Palantir, AIP, est déjà profondément intégré dans les processus militaires américains. Il prend en charge la sélection des cibles, la logistique du champ de bataille, la coordination des drones, la police prédictive et la fusion des données à une échelle qui fait pâlir la NSA.
Karp se vante que sa technologie donne aux « nobles guerriers de l'Occident un avantage injuste ». Au-delà de la rhétorique héroïque, elle offre une suprématie algorithmique : la guerre des machines, codée et marquée dans le style de l'efficacité patriotique.

Et l'économie américaine passe à l'action. Citi, BP, AIG et même Hertz utilisent la technologie de Palantir. La frontière entre les applications militaires et civiles s'estompe. Ce qui était autrefois développé pour le champ de bataille permet aujourd'hui d'analyser les clients, les travailleurs et les civils.
Karp ne veut pas seulement numériser le Pentagone, il veut implanter Palantir dans les écoles, les hôpitaux, les tribunaux et les banques.
Le plus grand danger ne réside pas seulement dans la technologie elle-même, mais aussi dans la vision du monde qui l'accompagne. Karp parle de « transformation du système » et de « reconstruction des institutions » comme s'il était Moïse sur une montagne - mais derrière ce geste messianique se cache la croyance dangereuse que les processus démocratiques - la discussion publique, la délibération éthique, la résistance - sont obstructifs et doivent être contournés.
Il ne vend pas des outils, il vend l'inévitabilité. Karp est proche des militaires, méprise la transparence et se moque des débats éthiques de la Silicon Valley. Alors que d'autres PDG mettent en place des comités d'éthique, Karp s'exprime ouvertement: Palantir est venu pour faire la guerre - contre l'inefficacité, contre la bureaucratie, contre les ennemis à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

Il se moque de l'idée que la technologie puisse être freinée par des scrupules moraux. Pour lui, tout ce qui compte, c'est l'efficacité : le contrôle, la domination, l'efficience opérationnelle. Sa pensée est claire : la technologie est un pouvoir - et ce pouvoir doit être contrôlé, optimisé et automatisé.
Ce n'est pas un manager qui recherche l'équilibre. Karp conçoit l'architecture logicielle d'un État de surveillance - et l'appelle libération. Le logiciel détermine non seulement comment les problèmes sont résolus, mais aussi quels problèmes peuvent être résolus.
Son émergence reflète un changement fondamental : les États-Unis s'appuient de plus en plus sur la surveillance, la vitesse et le contrôle algorithmique - Palantir fournit tout cela. Contrairement à Zuckerberg et Musk, Karp ne prétend même pas vendre de l'innovation sociale. Il est fier que ses produits permettent des frappes de missiles, coordonnent les attaques de l'ICE et effectuent des recherches prédictives dans la foulée. Pour lui, c'est un progrès.
Et ça marche. Palantir est l'une des entreprises de défense les mieux notées de l'histoire des États-Unis et se négocie à 200 fois ses bénéfices escomptés. Wall Street l'aime - et Washington encore plus.
Karp fournit déjà des véhicules TITAN à l'armée américaine et gère le programme MAVEN basé sur l'IA, qui convertit les données satellitaires en cibles d'attaque en temps réel. Ce n'est plus de l'infrastructure, c'est de la logistique impériale.
L'attitude du philosophe-guerrier peut fasciner les investisseurs. Le reste d'entre nous devrait s'inquiéter. Karp prévoit un avenir où les guerres ne nécessiteront plus le consentement du public, mais seulement un accès stable par le biais du backend.

Un avenir où la moralité est confiée à des algorithmes et où le comportement humain est mesuré, évalué et approuvé comme un flux de données.
Alors qu'Orwell nous mettait en garde contre Big Brother, Karp construit aujourd'hui sa salle de contrôle d'une manière différente : non pas avec de la propagande, mais avec des diapositives PowerPoint. Non pas en secret, mais publiquement, par le biais de communiqués de presse et de chiffres trimestriels.
Alors que les autres plateformes vendent des produits, Karp vend une structure : numérique, profondément intégrée et permanente. Son plus grand danger est de paraître civilisé. Il cite des versets de la Bible, porte des manteaux d'extérieur et se présente comme un professeur charismatique.
Mais derrière cette façade artificielle se cache un homme qui façonne un avenir dans lequel la dissidence sera considérée comme un dysfonctionnement, l'ambiguïté comme un défaut et les gens comme des variables inefficaces à optimiser.
La vision de Karp : une souveraineté totale de l'information, une prise de décision préventive et une militarisation de toutes les institutions sociales. Un avenir sombre - et il est plus proche que nous ne le pensons.
Alors que les médias se focalisent encore sur Trump, il vaudrait mieux s'intéresser à Alex Karp.
Car l'homme le plus dangereux d'Amérique ne vocifère pas. Il code.
13:13 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alex karp, alexander karp, palantir, actualité, états-unis, intelligence artificielle |
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jeudi, 17 avril 2025
Peter Thiel, milliardaire et allié technologique de Trump, vend un système de « guerre intelligent » (d'IA) à l'OTAN tout en faisant l'éloge de la guerre commerciale américaine contre la Chine

Peter Thiel, milliardaire et allié technologique de Trump, vend un système de « guerre intelligent » (d'IA) à l'OTAN tout en faisant l'éloge de la guerre commerciale américaine contre la Chine
Source: https://dissident.one/peter-thiel-miljardair-en-tech-bond...
Les actions de l’entreprise de Thiel, Palantir, ont augmenté lundi à la suite des nouvelles concernant un important nouvel accord commercial avec l'OTAN.
Le milliardaire de la Silicon Valley et méga-technocrate Peter Thiel soutient l'effort du président Trump pour réévaluer les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, écrit Leo Hohmann.
Thiel, l’un des membres notoires de la « mafia PayPal » et un important financier du tandem Trump/Vance, a récemment déclaré à Joe Lonsdale, l'hôte d’American Optimist, que « quelque chose comme le type de réinitialisation dont ils parlent actuellement semble être la direction dans laquelle nous allons, où une réinitialisation très drastique avec la Chine est nécessaire ».
Thiel a également indiqué qu'il pensait qu'une partie de la capacité industrielle de la Chine devrait être transférée aux États-Unis, où elle serait principalement gérée par l'IA et des robots (tant pour le retour des emplois). Le reste devrait être transféré d'un pays communiste, la Chine, à un autre pays communiste, le Vietnam (le Vietnam vient de postuler pour les BRICS).

Thiel est un agent de l'État profond mondial et du complexe militaro-industriel occidental. Non seulement il était co-fondateur de PayPal, qui visait à remplacer l'argent papier par de l'argent numérique et à conditionner les Américains à accepter les transactions numériques, mais il a également été l'un des premiers investisseurs de Facebook.
Facebook était en grande partie une invention de la CIA qui surveille, catégorise et stocke les pensées et opinions des Américains sur presque tout. Thiel est le fondateur d'une autre entreprise sinistre appelée Palantir, dont le plus grand client a été la CIA, et qui vend maintenant un « programme de guerre » basé sur l'IA aux États-Unis et à l'OTAN. Ses commentaires, dans une vidéo, donnent l'impression qu'il pourrait vouloir tester son nouveau programme de guerre basé sur l'IA contre les Chinois.
Aujourd'hui (lundi 14 avril), il a été annoncé que le système intelligent Maven Smart System NATO (MSS NATO) de Palantir sera déployé au sein de l'Allied Command Operations (ACO) de l'OTAN, ce qui constitue une avancée majeure dans la modernisation de ses capacités de guerre.
Stockwits.com écrit :
Les actions de Palantir Technologies Inc. (PLTR) ont augmenté de près de 6% lundi matin après que l'agence de communication et d'information de l'OTAN (NCIA) a annoncé que
"l'agence et Palantir avaient finalisé l'acquisition d'un système de guerre basé sur l'IA".
Le président de Palantir est le célèbre investisseur et soutien de Donald Trump, Peter Thiel, l'un des premiers investisseurs de Facebook.
Le Maven Smart System NATO (MSS NATO) de Palantir est déployé au sein de l'Allied Command Operations (ACO) de l'OTAN et représente un progrès significatif dans la modernisation des capacités de guerre.
L'article précise également que le système Palantir permet aux commandants et aux combattants d'utiliser de manière sécurisée et fiable l'intelligence artificielle (IA) avancée lors des opérations militaires.
Selon la NCIA, l'acquisition du MSS NATO « a été l'une des plus rapides de l'histoire de l'OTAN. Cela a pris seulement six mois, de l'élaboration des exigences à l'acquisition du système. »

L'Allied Command Operations (ACO) de l'OTAN devrait commencer à utiliser le nouveau système dans les 30 jours, indique l'article, qui ajoute également:
« Le chef d'état-major de SHAPE, le général Markus Laubenthal, a déclaré que le Maven Smart System NATO permettrait à l'alliance d'exploiter des données complexes, d'accélérer la prise de décisions et d'ajouter une véritable valeur opérationnelle. »
Les actions de Palantir ont augmenté de plus de 24% depuis l'accession de Trump à la présidence en 2025.
Ne croyez donc pas tout ce qu'on dit sur Trump qui voudrait quitter l'OTAN. Son ami et financier, Peter Thiel, est pleinement investi dans l'OTAN en tant que machine de guerre.
20:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peter thiel, actualité, otan, palantir, états-unis |
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