mercredi, 05 novembre 2008
Le parti turc de Bulgarie accusé d'attiser un conflit ethnique
Le parti turc de Bulgarie
accusé d’attiser un « conflit ethnique »
Ahmed Dogan
Trouvé sur : http://www.nationspresse.info
En Bulgarie, le LDP (Mouvement pour les droits et les libertés), le fameux parti turc, qui entretient des liens étroits avec l’AKP de l’islamiste turc Erdogan, est accusé d’attiser un « conflit ethnique ».
L’accusation ne vient pas de la mouvance nationaliste d’Ataka, mais du très européiste Boïko Borisov, maire de Sofia et figure emblématique du mouvement des Citoyens pour le Développement Européen de la Bulgarie (GREB). Ahmed Dogan, le chef du LDP, est ouvertement mis en cause depuis quelques jours. Il préparerait une sorte de stratégie de la tension, comparable à celle utilisée par les extrémistes albanais du Kosovo dans les années 80 contre les Serbes, afin de riposter contre sa possible mise à l’écart du pouvoir dans les mois à venir.
Cette affaire intervient après qu’Ahmed Emin, chef du cabinet politique du chef de file du LDP ait été retrouvé mort, vraisemblablement suicidé, le 17 octobre dernier. De son côté, Dogan a pour sa part accusé des proches du gouvernement de Sofia d’être à l’origine de ces tensions, voire d’un complot anti-turcs : « Le scénario monstrueux est en cours : une tension ethnique monte, une campagne anti-turque est attisée, on évoque l’idée des turcs voleurs opposés à l’Etat », a-t-il affirmé au journal Troud.
Voilà qui remet clairement en cause le « modèle ethnique bulgare » de « cœxistence intercommunautaire apaisée » avancé par les réseaux européistes comme la Fondation Robert Schuman. La Bulgarie, pays de plus de 6,6 millions d’âmes, présente une minorité turcophone musulmane forte d’environ 800.000 personnes, et qui revendique un statut ethno-religieux particulier.
08:13 Publié dans Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : turquie, bulgarie, balkans, europe, conflits ethniques, mer noire, danube |
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Crise ou fin d'un monde?
Crise ou fin d’un monde ?
Observateurs, exégètes et « experts » de tous poils livrent leurs analyses et commentaires sur l’évolution chaotique de la finance internationale et ses conséquences économiques. On y retrouve beaucoup de lieux communs et de rares vues originales. Seules ces dernières, évidemment, méritent l’intérêt.
Tout d’abord, est-on devant une crise liée à la nature même du système capitaliste spéculatif, basé sur le gain maximal des détenteurs de capitaux (à ne pas confondre avec le capitalisme productif, basé sur le réinvestissement des gains dans l’appareil de production, tant en ce qui concerne les salaires que les équipements). C’est ce que laisse entendre l’expression « la fin d’un monde » utilisée par Sarkozy… à ceci près que ce monde est le sien et qu’il fera donc tout pour le sauvegarder et le pérenniser. Alain de Benoist (entretien donné à L’Esprit européen le 10 octobre 2008) estime, lui, qu’ « avec la crise financière actuelle, il ne fait pas de doute que nous sommes devant une crise conjoncturelle, correspondant à une rupture de la pertinence logique et de la cohérence dynamique de l’ensemble du système ». Mais, précisément, une « rupture de la pertinence logique et de la cohérence dynamique de l’ensemble du système » n’est-elle pas le symptôme d’un échec dû à l’essence même du système, lequel doit être mis en accusation sur les effets pervers de son fonctionnement, certes, mais, plus encore, sur les causes non moins perverses qui donnent de telles conséquences ? Autrement dit, la crise, structurelle et non conjoncturelle, n’est-elle pas la démonstration de la nocivité profonde du capitalisme spéculatif en tant que tel, en raison même de sa nature ? C’est, en tout cas, notre point de vue. Ce qui conduit, bien sûr, à mener un combat sans concession, total et permanent, contre ce capitalisme spéculatif destructeur du destin des personnes, des communautés, des peuples.
Ce qui est fondamental dans la crise actuelle c’est qu’elle contraint, qu’on le veuille ou non, à ce que Daniel Cohen appelle un « révisionnisme » des dogmes du libéralisme tels qu’ils faisaient autorité jusqu’à date récente. Cohen, professeur d’économie à l’Ecole normale supérieure, auteur, entre autres, de Trois leçons sur la société post-industrielle (Seuil, 2006), a tiré la sonnette d’alarme dès le mois de mars dernier, après le rachat de la banque d’affaires Bear Stearns, en plein naufrage, par la banque JP Morgan. Il déclarait : « Le château de cartes s’effondre (…) La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux ». Constatant l’effondrement de l’édifice idéologique libéral (« le dogme de la main invisible et de l’autorégulation du capitalisme, la liquidation de l’Etat, le « laisser-faire » dans les marchés financiers ») Le Monde 2 (18 octobre 2008) a demandé à Cohen comment il interprétait la crise.
Celui-ci rappelle tout d’abord, à juste titre, comment le monde économique occidental fonctionnait, depuis les années 1980, sur le modèle de la « révolution financière » (la dérégulation du marché financier) voulue par Ronald Reagan et Margaret Thatcher (deux personnages adulés par certains hauts responsables de la « droite nationale » en France…). Ce choix d’orientation avait évidemment conduit à jeter aux oubliettes la politique de Keynes qui, après la tornade de 1929, avait permis de remonter la pente. En reposant sur quelques principes simples et clairs : « La politique économique, la politique monétaire, la politique budgétaire peuvent réguler les cycles économiques, soutenir la consommation et la demande donc la production, tendre à l’équilibre du plein emploi ». Des principes, soit dit entre parenthèses, qu’appliquèrent l’Allemagne nationale-socialiste et l’Italie fasciste – ce que nos économistes actuels oublient évidemment de rappeler…
La ligne keynesienne exige que la fonction politique joue son rôle de puissance souveraine pour contrôler et guider la fonction économique, afin que celle-ci reste dans son rôle d’outil au service de la communauté. Cette conception a été battue en brèche dans les années 1980 par les thèses de Milton Friedman et de l’école de Chicago, préconisant l’inactivité de l’Etat comme principe de régulation de l’économie puisque « le marché dérégulé est posé comme infaillible, le chômage comme naturel ». « Il est sûr », note Cohen, « que la vogue pour ces théories, ce « fondamentalisme du marché » (…) a beaucoup joué dans le développement d’un capitalisme financier laissé à lui-même ». Cette tendance a été largement favorisée par l’arrivée d’Alan Greenspan à la direction de la Réserve fédérale américaine : « Il va autoriser l’argent facile, libérer des liquidités considérables qui vont favoriser les opérations à haut risque financées à crédit. La finance du marché va fabriquer une nouvelle intermédiation financière totalement affranchie des règles qui pesaient sur le système financier classique ». Toute une mythologie s’est construite autour de Greenspan et de ses épigones, financiers et traders de Wall Street, présentés comme des génies de la finance, les héros d’un capitalisme triomphaliste, affichant un cynisme satisfait : « Ils se comportaient avec l’arrogance de nouveaux riches », constate Cohen, mariant « avidité » et « inconscience ». Notons au passage que, compte tenu des origines de Friedman, de Greenspan et de nombre des principaux acteurs de la vie financière américaine et internationale (y compris au FMI avec Strauss-Kahn), certains membres de la communauté juive, tant aux Etats-Unis qu’en France, s’inquiètent de voir surgir une éventuelle poussée d’antisémitisme, comme il y en eut à l’occasion de chaque grande crise.
Le résultat de ce gâchis est facilement prévisible. Si certains espèrent soit une rapide apocalypse frappant le système capitalisme soit, pour d’autres, une résorption rapide et complète de la crise, l’évolution la plus probable est une détérioration progressive de la situation économique, sociale et politique, la récession provoquant blocage des crédits, donc asphyxie de nombre d’entreprises, faillites, forte accélération du chômage, avec les conséquences désastreuses que cela implique sur la vie quotidienne d’un grand nombre de familles. Structures de production et de distribution défaillantes, tant sur le plan énergétique (électricité et carburants) qu’alimentaire, institutions aux abonnés absents (besoins dans le domaine de la santé ou de la sécurité n’étant plus assurés), affirmation croissante d’identités ethniques et de communautarismes se dressant contre une France perçue comme l’ennemi (voir la Marseillaise sifflée et les drapeaux africains brandis comme signes de reconnaissance) : une situation pré-révolutionnaire a de fortes chances de s’installer dans les mois et les années qui viennent.
Comment une telle réalité sera-t-elle vécue par les Gaulois ayant perdu leur statut de consommateurs repus enfermés dans leur tranquille égoïsme ?
Certains moutons vont-ils oser devenir loups ? Ce serait un effet éminemment bénéfique de la crise.
Pierre VIAL
Retrouvez toutes les Chroniques de Pierre Vial sur l’actualité :
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L'aréopostale ou l'esprit du désert

L'AéROPOSTALE OU L'ESPRIT DU DéSERT
Une figure littéraire et intellectuelle telle que celle de Joseph Kessel a trop peu souvent abordée, sauf, hélas, pour des commentaires trop conventionnels. Et pour cause, ce personnage, juif russe né en Argentine en 1898, ayant pris part dans le camp français lors du prernier conflit mondial, volontaire pour l'expédition française en Sibérie, grand-reporter lors de l'insurrection irlandaise de 1920, gaulliste aviateur dans les FFL à la carrière d'écrivain couronnée par sa réception à l'Académie Française en novembre 62, et mort en 1979 célébré dans toutes les écoles pour son Lion, laisse perplexe et désoriente. Et pourtant...
Et pourtant la récente réédition chez Gallimard (collection Folio) du document Vent de Sable, histoire d'une rencontre avec l'excellence humaine, incarnée par l'héroïsme au quotidien des pilotes à tout à faire de l'Aéropostale, totalise un éclatant message de nietzschéisme ordinaire, aisément assimilable et à la méditation fort profitable pour tous.
un éclatant message de nietzschéisme ordinaire
L'Aéropostale, une aventure française (la dernière peut-être...) inaugurée le 25 décembre 1918 par le projet apparemment fou pour l'époque de M. Latécoëre de rallier Toulouse au Maroc puis à Dakar afin d'acheminer le courrier vital à la liaison métropole- empire saharien. Il faudra quatre années et des souffrances indescriptibles pour assurer enfin le raccord tant espéré. C'est cette histoire que nous retrace Kessel, un voyage entre Casablanca et Dakar, auquel il prit part et qui lui fit rencontrer, pour mieux se révéler à lui-même, la phalange exceptionnelle des héros qu'étaient les «gars» de l'Aéro, anonymes pour la plupart: Lécrivain, Reine, Serre, Daurat, Riguelle, Nubade et tant d'autres, célébrissimes pour quelques rares élus: Mermoz, Saint-Exupéry. Traversant le Sahara, passant successivement par Casa, Agadir, Fort Luby, Villa Cisneros, Nouakchott, Kessel fera la découverte d'une véritable armée de chefs, mécanos, pilotes, ingénieurs, relais dans le désert, traducteurs, tous régis par la même discipline cruciale qu'impose le désert aveugle, guerriers sans armes, aventuriers mystiques menés par l'élan de la jeunesse et les souvenirs des «cadavres sacrés» des hommes disparus pour la ligne.
Des hommes dont la seule noblesse est le service
De fait, Kessel s'attache plus à immortaliser le style de ces hommes héritiers des Guynemer, Fonck ou Nungesser, qu'user sa plume à célébrer les charmes cruels des sables brûlants de l'Ouest Saharien. Des hommes, tout au plus âgés de trente ans, presque des enfants, emplis d'un lyrisme simple, purs, vierges de l'influence néfaste des villes surpeuplées, animés par un sentiment de devoir quasi-religieux d'acheminer à bon port les précieux sacs postaux. Une foi dénuée de toute réflexion, nourrie par l'expérience, la fascination des espaces immaculés que saura si justement restituer Saint-Exupéry dans Terre des hommes ou Vol de Nuit (un prochain portrait littéraire de NdSE sera consacré à la figure d'Antoine de Saint-Exupéry), et que Kessel ressentira comme une catharsis fiévreuse imposée par la peur de la panne, la mise à mort par les rebelles maures, la soif étouffante, le soleil implacable, l'immensité désertique, le Rio de Oro («fleuve d'or») chanté par les garnisons espagnoles du Sahara Occidental.
Dans cette nudité absolue, détaché du monde moderne, Kessel redécouvre les vertus nées de 14 qu'il avait déjà relatées dans son livre L'Equipage, la fraternité exempte d'intérêt, «la camaraderie immédiate qui est le propre des hommes qui vivent dans le danger», le charme des risque-tout «pour le coup», la franche gaieté de ceux qui en reviennent, le souvenir recueilli mais sans voyeurisme de ceux qui sont tombés. Une philosophie de l'être excluant tout sens du tragique car vécu par des hornmes dont la seule noblesse est le service, et le destin, si capricieux pourtant, sans cesse nargué, méprisé.
Certains passages, dans un esprit éminemment proche de celui de Saint-Ex (qui à l'époque venait de publier Courrier Sud), percent à jour dans un style fluide et épuré l'intimité de cette caste nouvelle ayant dormé une âme à la mécanique, à l'inconnu qui ne connaîtra jamais les mille périls encourus par ces postiers de l'impossible.
«Ici le vertige de la vitesse et, surtout, le magnétisme, le sens du danger troublent ceux qui sont attirés sur des sables ou des fleuves inconnus, par le jeu éternel de la vie et de la mort (...) Ils ne portaient pas d'uniforme, chacun était vêtu à son goût et selon ses propres moyens. Ils n'avaient pas à risquer le bombardement ou le combat aérien. Mais les différences avec ceux qui vécurent en escadrilles les armées de guerre étaient toutes superficielles_ Le même signe était sur eux, la même insouciance, la même habitude du danger et la même simplicité (...) S'ils n'avaient pas d'ennemis humains à combattre, ils affrontaient chaque jour les sierras d'Espagne, les brumes nocturnes, les vents de sable, la chaleur, le désert. S'ils menaient une apparence de vie civile, une discipline tout aussi rigoureuse que celle de l'armée les régissait (...) Ce qui les rendaient surtout pareils à ceux que j'avais connus au front, c'était leur étonnante liberté d'allure et d'esprit, leur quiétude morale».
Une belle et intemporelle leçon d'humanisme
Ce texte, court reflet d'une époque et d'une mentalité en finalité analogue à celle des corps-francs transfigurés par les frères Jünger ou Ernst von Salomon dans des circonstances bien plus troubles, peut aujourd'hui paraître désuet et Kessel le savait qui prévoyait dejà le perfectionnement exponentiel et oublieux de l'aéronautique moderne.Il nous lègue néanmoins une belle et intemporelle leçon d'humanisme, écrivant en hommage posthume à l'écrivain, qui devait bientôt disparaître englouti par l'Atlantique, cet appel sans réserve à la jeunesse: «sans cette flamme intérieure qui le brûle et le dépasse —qu'elle s'applique à une croyance, à une patrie, à un amour fou ou à leur métier— l'homme n'est qu'une mécanique indigne ou désespérée».
Laurent SCHANG.
Joseph KESSEL, Vent de Sable, Folio Gallimard, cat. 2, n°3004.
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