Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 19 mai 2021

L'air de la censure souffle: je crains le pire...

unnamcensurematraque.jpg

L'air de la censure souffle: je crains le pire...

par Diego Fusaro

Source : Diego Fusaro & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/soffia-aria-di-censura-temo-il-peggio

Le tournant autoritaire qui caractérise le mode de production capitaliste de ces derniers temps, et que l'urgence épidémiologique du coronavirus a renforcé avec un timing incroyable, trouve sa correspondance précise aussi et non pas secondairement dans la limitation croissante des espaces de liberté permis par l'ordre discursif dominant. There is no alternative, l'infâme devise de Thatcher, qui proscrit effectivement la possibilité ontologique de vivre autrement que selon le modus libéral, devient de plus en plus le critère des régimes de vérité: ou, mieux, du régime de vérité au singulier, c'est-à-dire du seul ordre de discours autorisé; celui, en fait, qui agit comme un complément idéologique aux relations de pouvoir dominantes dans le capitalisme technocratique et postbourgeois tardif. Notre époque est donc candidate pour devenir la première où la problématisation critique et le doute socratique en tant que tels sont ostracisés par la stupide catégorie dite de la "conspiration", répétée à la façon du perroquet par le troupeau domestiqué des derniers hommes de la civilisation de masse.

censure-facebook.jpg

Avec la catégorie du ‘’complot’’, en outre, on ne fait rien d'autre que de dénier le droit à l'existence à tout discours qui ne coïncide pas millimétriquement avec ce qui est prétendument vrai, parce que les groupes dominants en ont décidé ainsi. En bref, il est temps de s'en remettre et de l'admettre ouvertement: même l'ordre néolibéral peut s’avérer répressif et intolérant, tout comme les formes que l'on a l'habitude de définir, par rapport au XXe siècle, comme totalitaires.

L'année 2021, qui a commencé par l'exil forcé hors des réseaux sociaux même pour le président sortant des États-Unis d'Amérique Donald Trump, se poursuit maintenant de manière cohérente avec la censure des livres (interdits de librairie) qui osent critiquer le nouvel ordre érotique prôné par le projet de loi Zan, comme cela s'est produit ces jours-ci, et puis aussi avec la tempête à la Rai, dont on parle beaucoup ; une tempête provoquée par une émission de Raidue, qui avait l'audace de critiquer ce merveilleux paradis que l'on ne peut que louer et qui porte le nom glorieux d'Union européenne. "Intolérable, nous avons besoin d'un changement radical": ce n'est pas une phrase extrapolée d'un procès de la Sainte Inquisition, qui aurait culminé avec le bûcher du malheureux hérétique du moment ; c'est plutôt, selon ce que rapporte La Stampa de Turin, le commentaire éclairé du toujours lucide et réfléchi secrétaire du "parti démocratique" - jamais le nom n'a été plus orwellien - Enrico Letta. Lequel Enrico Letta, on s'en souvient, a écrit il y a quelques années un pamphlet intitulé sans équivoque Mourir pour Maastricht, qui méritera peut-être un jour une place à part dans les archives de l'histoire de l'idéologie politique: en effet, le titre prometteur n'a pas clarifié quel était le sujet de "mourir pour Maastricht" et maintenant surgit un doute plus que légitime que le sujet, rétrospectivement, était la libre pensée.

censure_cinema_et_television_-_kianoush_2012-02-14-4017bisok.jpg

En bref, un projet misérable comme l'Union européenne, né comme une contre-offensive impitoyable du capital vainqueur après 1989 contre les classes ouvrières d'Europe, ne pouvait que culminer avec la mort de la liberté de pensée et d'expression. La mort au nom du progrès et de la lutte contre toutes les discriminations, soyons clairs. Les mots de Letta, en réalité, laissent peu de place à la fantaisie: le changement radical qu'il invoque avec une fureur héroïque est, simplement, le réalignement immédiat et sans négociations possibles sur l'ordre du discours hégémonique; celui qui, précisément, vous laisse généreusement dire ce que vous voulez sur l'Union européenne, à condition que ce que vous voulez dire coïncide avec ce que les groupes dominants du bloc néolibéral oligarchique veulent faire dire. Nous n'en sommes qu'au début, remarquez bien. Il devient de plus en plus clair que la combinaison du capitalisme et de la démocratie n'était qu'une parenthèse éphémère de la seconde moitié du 20ème siècle: la Restauration du capital est en cours et est destinée à aller beaucoup plus loin, si elle ne rencontre pas des formes de résistance active par le bas. C'est à nous de décider ce que nous allons faire de notre histoire: continuer à souffrir en silence, en perdant un morceau de liberté et d’autonomie après l'autre, ou mettre de côté la "résilience" pour revenir à la pratique de formes saines et appropriées de résistance.

10:38 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, censure, néolibéralisme, diego fusaro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Christophe Dolbeau: «Lorsque je parle de parias, je pense aux intouchables, aux lépreux, aux pestiférés de la politique» [Interview]

cristophe_dolbeau1.jpg

Christophe Dolbeau: «Lorsque je parle de parias, je pense aux intouchables, aux lépreux, aux pestiférés de la politique» [Interview]

Ex: https://www.breizh-info.com/2021/05/16/164022/

Christophe Dolbeau, écrivain et correspondant de presse (il a collaboré à des journaux croates de l’émigration comme Studia croatica (Argentine), Hrvatska gruda, Nezavisna Država Hrvatska et Hrvatsko pravo), vient de publier une troisième édition de son livre « Les Parias », consacré aux fascistes, aux pseudos fascistes et aux « mal pensants ».

Un ouvrage édité chez Akribéia, qui nous emmène à la rencontre de figures maudites du 20ème siècle, non pas forcément en leur époque, mais surtout après eux…

Après Face au Bolchévisme, ou encore Des Gentlemens à part, voici donc un nouvel ouvrage à la rencontre d’hommes dont les parcours sont aujourd’hui inacceptables pour des hommes modernes parfaitement cernés par Xavier Eman dans sa dernière tribune libre.

E1iddGqWEAEmob5.jpg

Breizh-info.com : Il s’agit de la troisième édition de votre livre Les Parias. En quoi était-il important d’écrire ce livre, et de le rééditer ?

Christophe Dolbeau : Confronté, à propos du fascisme ou de la Collaboration, à un réquisitoire et des anathèmes quasi unanimes, il m’a semblé nécessaire, voire indispensable, de proposer aux jeunes lecteurs une autre approche, que je souhaite moins hostile et plus objective. Je crois qu’il est temps de considérer les choses différemment. Ayant constaté par ailleurs que le public français ne connaît pas toujours très bien certains personnages que l’historiographie officielle tient pour secondaires, j’ai choisi d’évoquer quelques-uns de ceux qui me paraissent avoir néanmoins joué un rôle intéressant.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qu’un paria ? Qu’est-ce qui réunit tous les hommes dont vous évoquez la vie et le parcours ? Comment avez-vous opéré la sélection, car le monde du XXe siècle notamment regorge de Parias ?

Christophe Dolbeau : Lorsque je parle de parias, je pense aux intouchables, aux lépreux, aux pestiférés de la politique. En 1945, toutes sortes d’individus se sont trouvés vilipendés puis exclus du débat et même de la société. Porteurs de toutes les tares et définitivement infréquentables, beaucoup furent physiquement éliminés, tandis que d’autres aboutissaient en prison et que d’autres encore devaient fuir à l’autre bout du monde et s’y terrer durant de longues années. Les intellectuels n’échappèrent pas à la stigmatisation et nombre d’entre eux payèrent le prix fort. Voilà en quelques mots ce que j’entends par parias. Quant au choix que j’ai opéré, il est un peu arbitraire et se fonde surtout sur le côté relativement peu connu de pas mal de personnages. Certains noms ne disent probablement pas grand chose aux néophytes. Plus célèbres, quelques autres semblent familiers, mais sans qu’on les connaisse bien pour autant. J’ai aussi privilégié les parcours les plus étonnants.

Breizh-info.com :  Vous avez choisi de faire le distingo entre « fascistes et pseudo-fascistes » et « mal-pensants ». Expliquez-nous ?

Christophe Dolbeau : Oui car si l’on peut sans doute considérer un Mussert, un William Joyce ou un James S. Barnes comme d’authentiques fascistes, tel n’est pas le cas de Mgr Tiso ou de l’Indien Bose, ni de René Benjamin ou Pierre Hubermont. À force d’être galvaudé, le terme de fasciste n’a souvent plus aucune pertinence factuelle. C’est pour cela que je trouve utile de faire le distingo.

Breizh-info.com : Pourquoi n’y a-t-il que des hommes parmi les personnages que vous avez sélectionné ? N’y avait-il pas quelques femmes elles aussi parias ?

Christophe Dolbeau : Ne voyez dans l’absence de parias féminins, aucune misogynie de ma part. Cela tient surtout au fait qu’à l’époque à laquelle je me suis cantonné, il y avait très peu de femmes politiques, en tout cas de premier plan. Mais ce pourrait être une idée de présenter, dans un autre ouvrage, des femmes comme Jeanne Coroller, Maria-Odile Maréchal-Van Den Berghe, Gertrud Scholtz-Klink, Olga Medici ou Clara Franceschini. Mais cette fois, nous traiterions de personnages carrément inconnus du grand public !

Eoin_O'Duffy.png

Breizh-info.com : Vous évoquez le parcours d’Eoin O’Duffy, militant irlandais qui intéressera particulièrement les lecteurs d’un journal au ton celte comme le nôtre. Pouvez-vous nous parler un peu de lui ?

Christophe Dolbeau : Fort peu connu chez nous, O’Duffy fut l’un des héros de l’indépendance irlandaise et l’un des principaux seconds de Michael Collins. Après s’être vaillamment battu contre les Britanniques, il sera le fondateur et le patron de la police de l’État Libre. Très attaché à l’héritage celtique de son île, il avait appris le gaélique grâce à des cours du soir. Grand partisan de la pratique du sport par les jeunes, il sera aussi, sa vie durant, l’infatigable promoteur du cyclisme et du handball dans son pays. Au plan politique, O’Duffy s’affichait comme un sympathisant avéré de l’Italie fasciste et de l’Espagne nationale. Après avoir offert à Mussolini de partir pour l’Éthiopie avec 1000 volontaires, il recruta une brigade de 700 hommes et s’en fut ferrailler contre les Rouges en Espagne. Honneur oblige, le contrat qu’il avait signé excluait explicitement tout engagement contre les Basques… Personnage courageux, idéaliste et très carré, le général est une figure sympathique. Énergique et charismatique, il était, hélas, dépourvu de la rouerie qui eut été nécessaire pour concurrencer Éamon de Valera.

05d50fe89e9cb25342d250079a0deb8b.png

Breizh-info.com :  Finalement parmi tous les parias dont vous dressez le portrait, n’est-ce pas Perón qui a le mieux réussi ? Pourquoi d’ailleurs l’ériger au rang de paria alors qu’il a tout de même régné deux fois en Argentine ?

Christophe Dolbeau : De tous les parias que je mentionne, Perón est effectivement celui qui a le mieux réussi puisqu’il fut élu deux fois à la présidence de son pays. Si je le tiens tout de même pour un pestiféré, c’est pour plusieurs raisons. D’abord parce que cet obscur colonel, né au fin fond de la pampa, et son épouse, qui avait fait des ménages, ne furent jamais du goût de l’oligarchie locale ni de l’establishment mondial. Baroque et trop extroverti, l’officier ne plaisait pas ; il n’était pas du sérail. Dans l’après-guerre du Plan Marshall et de l’antifascisme triomphant, son justicialisme agaçait les puissants. Ce mélange de populisme, de nationalisme, de protectionnisme, de dirigisme et de corporatisme était à la fois incongru et contrariant. Il fut donc accusé de complaisance pour le nazisme et dénoncé urbi et orbi pour avoir donné asile à des fugitifs « fascistes ». Pragmatique, cette politique lui permit en tout cas d’importer de nombreuses compétences – l’exilé français Dewoitine permit ainsi à l’Argentine de devenir, en 1947, le 5e pays au monde à fabriquer son propre avion à réaction ! Comme si ces accusations de collusion avec le fascisme ne suffisaient pas, il fut en outre excommunié et même traité de suborneur. En raison de ses choix et des avanies qui en résultèrent pour lui, je crois donc que l’on peut bien le compter au nombre des parias.

Breizh-info.com :  Vous avez énormément travaillé sur la Croatie. Sur les fascismes. Quels sont les prochains objets de travaux à venir ?

Christophe Dolbeau : Cette année 2021 marque mon « jubilé croate » : il y a en effet 50 ans que je soutiens les patriotes croates et à cette occasion, j’aimerais bien voir rééditer mon livre La Croatie, sentinelle de l’Occident. Dans une version revue et complétée, bien entendu. À part cela, je travaille à un ouvrage traitant de la Guerre de Sécession et de l’épopée sudiste.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

10:03 Publié dans Entretiens, Histoire, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christophe dolbeau, livre, histoire, entretien | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La Normandie à la rencontre de son héritage patrimonial par la reconnaissance de ses parlers traditionnels

drapeaux-normands-sur-le-pont-de-normandie-10-mai-2014_4896143.jpg

La Normandie à la rencontre de son héritage patrimonial par la reconnaissance de ses parlers traditionnels

par le RÉSEAU CITOYEN DU CERCLE NORMAND DE L’OPINION

Les parlers traditionnels en Normandie que l’on désigne couramment sous le nom de langue normande sont pratiqués encore par quelques dizaines de milliers de locuteurs actifs ou occasionnels.

L’UNESCO considère que cette langue est sérieusement en danger. La récente loi votée par le Parlement – qui marque un progrès notable en faveur des langues régionales – ne lui reconnaît pas une réalité suffisante pour qu’elle puisse être admise par l’État dans le Code de l’Éducation, lui permettant la possibilité d’un enseignement immersif dans les écoles publiques.

normandie-etretat.jpg

C’est une occasion manquée et c’est une faute. La Fédération des associations pour la langue normande (FALE) s’en émeut et a reçu l’appui d’Hervé Morin, président de la région Normandie : ils interpellent le président de la République à ce sujet, réclamant à tout le moins un traitement identique à celui accordé à toutes les autres langues d’oïl.

Ces dernières étant constitutives du Français officiel qu’elles ont fécondé, il serait certainement possible que, dans le cadre du grand projet de promotion de la francophonie en gestation au château de Villers-Cotterêts en cours de restauration, il fût fait une place de choix à la langue normande.

Pourquoi ?

Parce que, par deux fois au moins (XIIIe et XVIIe siècles), la Normandie donna le ton et la prééminence de son vocabulaire et de sa syntaxe à la littérature française et que – particularité insigne – elle fut aussi à l’origine de près de la moitié du vocabulaire de la langue anglaise. Ce que l’on appelle curieusement « l’anglo-normand » n’a d’anglais que l’origine insulaire du normand utilisé par l’élite de la société britannique depuis la conquête de notre Duc Guillaume.

En ces temps de Brexit, où des deux côtés du Norman Channel, on cherche de nouvelles affinités et de nouvelles accointances, il serait peut-être raisonnable que l’on se référât aux parentés linguistiques et historiques : la Normandie a, en ce domaine, plus que son mot à dire.

Drapeau-Normand.pngQuoi qu’il en soit – malgré le mépris affiché par certains milieux au jacobinisme dépassé (Nous pensons, on l’aura compris, au maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, qui s’insurgea contre la volonté régionale de promouvoir les panneaux et autres signalétiques en langue normande) – il convient de soutenir les efforts de la Région en faveur d’une redécouverte et d’une utilisation de la langue normande. Soutien aussi à la diffusion des dictionnaires bilingues franco-normands. Soutien encore à la création d’un Conseil scientifique pour la langue normande et la mise en perspective d’une bibliographie aussi complète que possible des œuvres littéraires en normand.

Quant à l’enseignement… Il suffirait déjà que les autorités académiques encourageassent l’enseignement toujours possible de la culture régionale, tel que prévu par la circulaire Savary de 1982…

Mais ceci est une autre histoire…

Réseau citoyen du Cercle normand de l’Opinion

• D’abord mis en ligne sur TVNC, le 16 avril 2021.

Le conflit en Ukraine se calme-t-il à nouveau?

529c5cdfc55f156cfa7d13c58d0d4978-1595262359.jpg

Le conflit en Ukraine se calme-t-il à nouveau?

Petru Romosan

Ex : https://flux.md/

Alors qu'aux États-Unis, le policier Derek Chauvin a été condamné pour la mort accidentelle de George Floyd (c'est ainsi que les violentes manifestations de BLM et d'Antifa ont débuté), en Russie, Vladimir Poutine a prononcé un long discours (une heure et demie) sur l'état de la nation lors de sa première apparition publique après le déclenchement de la pandémie. Poutine s'est montré longuement préoccupé, avec des chiffres et des plans, par le sort des familles, des enfants, des élèves et des étudiants (ce que Klaus Iohannis et Florin Câțu ne font pas), par la promotion de l'enseignement scientifique et technique, et a attiré l'attention sur les lignes rouges que la Russie n'acceptera pas de voir franchies. Les lignes rouges sont fixées par la Russie elle-même et elle ne se sent pas obligée de les annoncer à l'avance. Le président russe a menacé de riposter plus durement que jamais et s'est plaint que les attaques et les sanctions contre la Russie soient devenues un sport pour l'Occident, une banale habitude. Un commentateur de Moscou a souligné que les citoyens russes sont fatigués de la géopolitique et veulent avant tout augmenter leurs revenus.

Mais le conflit toujours gelé dans le Donbas (le bassin de Donetsk), dans l'est de l'Ukraine, prend de l'ampleur chaque jour. Joe Biden a proposé au président russe une rencontre dans un pays tiers, ce que Vladimir Poutine semble avoir accepté. Par ailleurs, une conférence sur le climat et l'écologie aura lieu à l'initiative des États-Unis, où le président américain veut faire oublier l'initiative de son prédécesseur Donald Trump de dénoncer le traité de Paris. Le président chinois Xi Jinping et, apparemment, le président russe Vladimir Poutine seront également présents (virtuellement, via Internet). Le président Joe Biden pourrait annoncer dans les prochains jours la reconnaissance du massacre des Arméniens en 1915-1916 en Turquie, un geste qui risque de faire exploser les relations des Etats-Unis avec son principal partenaire de l'OTAN, la Turquie.

imagManMN.jpg

Bien que le président ukrainien Volodimir Zelenski, son premier ministre Denis Shmihal et les groupes néonazis ukrainiens fassent tout leur possible pour déclencher un conflit ouvert avec la Russie, les Russes ne semblent pas vouloir se laisser entraîner aussi facilement dans une guerre avec l'Ukraine (soutenue par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'OTAN). Pour les Russes, il y a d'autres solutions que la guerre. Par exemple, la Russie, en plus d'accorder des passeports russes aux russophones orthodoxes de l'est de l'Ukraine (plus de 600.000 passeports pour une population de 4,6 millions d'habitants), peut organiser un important transfert de population à l'intérieur de ses frontières actuelles. Bien que la Russie ait signalé à plusieurs reprises qu'elle ne considérait pas l'Ukraine comme viable entre les frontières tracées par Lénine, Staline et Khrouchtchev (notamment à Bucarest lors du sommet de l'OTAN de 2008), elle peut attendre pour ajouter l'est de l'Ukraine (Donbass) et la côte de la mer Noire au sud de l'Ukraine, comme elle l'a fait avec la Crimée en 2014.

En tout cas, si l'Ukraine et son président "militariste" parviennent finalement à déclencher la guerre, il est certain que l'Ukraine actuelle ne restera pas entière. La Roumanie n'a aucune raison de signer de nouveaux traités avec l'Ukraine ou d'expulser (à une éventuelle demande britannique, américaine ou de l'OTAN) des diplomates russes, comme l'ont déjà fait les Polonais, les Tchèques et les Bulgares. Tant que les territoires roumains (Transcarpathie, Bucovine du Nord, région de Tchernivtsi, Bugev, région d'Odessa) seront habités par quelque 600.000 Roumains, dont l'identité et la langue ne sont plus respectées, la Roumanie ne devrait rien avoir à négocier avec l'Ukraine. Les politiciens qui signent de tels actes signent également leur propension à des compromis éternels, qui peuvent également être associés à des sanctions politiques assez concrètes dans un avenir pas trop lointain. Nous verrons à cette occasion si nos représentants servent les intérêts roumains ou appartiennent à des puissances étrangères, bien qu'elles soient "partenaires". Nous verrons si le "facteur interne" est submergé par le "facteur externe" ou, pire encore, si le "facteur interne" ne s'est pas entièrement métamorphosé en "facteur externe", comme il l'a fait dans les années 50, du côté des Soviétiques et des Russes. En tout état de cause, en tant que voisin direct, la Roumanie ne peut s'impliquer dans une guerre entre l'Ukraine et la Russie. Et n'oublions pas que l'Ukraine n'est pas membre de l'OTAN et, comme les Russes l'ont clairement indiqué, ne le sera jamais.

photo-1543357665.jpg

Des commentateurs avertis, comme l'analyste militaire italien Manlio Dinucci (directeur exécutif pour l'Italie de l'Organisation pour la prévention de la guerre nucléaire - prix Nobel de la paix en 1985 - et auteur de premier plan en matière de géopolitique), suivent également de près les mouvements militaires des États-Unis et de l'OTAN, et pas seulement ceux de la Russie, comme le fait la presse roumaine: "Ces manœuvres militaires et d'autres qui transforment l'Europe en une grande garnison provoquent une tension croissante avec la Russie, centrée sur l'Ukraine. L'OTAN, après avoir désintégré la Fédération yougoslave en enfonçant le couteau de la guerre dans ses fractures internes, se pose maintenant en chevalier de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Le président du Comité militaire de l'OTAN, le Britannique Stuart Perch, chef de la Royal Air Force, a déclaré, lors de sa rencontre à Kiev avec le président Zelenski et le chef d'état-major Homciak, que "les alliés de l'OTAN sont unis pour condamner l'annexion illégale de la Crimée par la Russie et ses actions agressives dans l'est de l'Ukraine". Il a ainsi répété la version selon laquelle la Russie avait annexé la Crimée par la force, ignorant le fait que les Russes de Crimée avaient décidé par référendum de se séparer de l'Ukraine et d'appartenir à la Russie afin d'éviter d'être attaqués, comme les Russes du Donbass, par les bataillons néonazis de Kiev. Les mêmes bataillons utilisés en 2014 comme troupes d'assaut lors de l'émeute de la place Maidan, amorcée par des snipers géorgiens tirant sur les manifestants et les policiers, puis dans les actions qui ont suivi : villages brûlés et ensanglantés, militants brûlés vifs dans la Maison des syndicats à Odessa, civils désarmés massacrés à Marioupol ou bombardés au phosphore blanc à Donetsk et Lougansk. Un coup d'État sanglant géré par les États-Unis et l'OTAN dans le but stratégique de provoquer une nouvelle guerre froide en Europe afin d'isoler la Russie et de renforcer en même temps l’influence et la présence militaire des États-Unis en Europe [...].

Ce n'est pas une coïncidence si le conflit au Donbass a été ravivé lorsque Antony Blinken est devenu secrétaire d'État au sein de l'administration Biden. D'origine ukrainienne, M. Blinken a été le principal organisateur de l'émeute de la place Maidan en vertu de son rôle de conseiller adjoint à la sécurité nationale dans l'administration Obama-Biden. Biden a nommé Victoria Nuland, coorganisatrice de l'opération américaine de 2014 qui a coûté plus de 5 milliards de dollars pour installer le "bon gouvernement" (de son propre aveu) en Ukraine, au poste de secrétaire d'État adjointe. Il n'est pas exclu qu'il y ait maintenant un plan: promouvoir une offensive des forces de Kiev dans le Donbass, soutenue de facto par l'OTAN. Cela placerait Moscou dans un choix qui donnerait de toute façon un avantage à Washington: laisser les populations russes du Donbas se faire massacrer ou intervenir militairement pour les soutenir. Quelqu'un joue avec le feu, et pas au sens figuré, en allumant la mèche d'une bombe au cœur même de l'Europe [...]" (cf. "Ukraine, bombe USA en Europe", mondialisation.ca, 13.04.2021).

armee_russe_pays_reuters.jpg

"L'escalade n'est pas seulement verbale. La veille du Conseil de l'Atlantique Nord, l'armée américaine en Europe a déclaré que, étant donné qu'elle devait recevoir deux nouvelles unités opérationnelles dans les mois à venir, elle conserverait trois bases en Allemagne qu'elle était censée rendre au gouvernement allemand. Le lendemain, au Conseil de l'Atlantique Nord, les États-Unis ont annoncé un accord avec la Norvège lui permettant de disposer de quatre bases aériennes et navales à sa frontière avec la Russie. Entre-temps, le destroyer américain Arleigh Burke est arrivé en Europe, après avoir été modernisé pour "augmenter sa portée et sa capacité d'armement". "L'Arleigh Burke est l'un des quatre lanceurs de missiles déployés à l'avant et appartenant à la 6e flotte, qui opère principalement en mer Baltique et en mer Noire sous le commandement des forces navales américaines en Europe (dont le quartier général se trouve à Naples-Capodichino). Ces navires sont équipés de lanceurs verticaux Mk 41 produits par Lockheed Martin. Ils peuvent envoyer (selon les spécifications techniques officielles) "des missiles avec toutes les missions possibles: anti-aériennes, anti-navires ou attaques sur des cibles terrestres". Ces derniers, qui comprennent les missiles Tomahawk, peuvent transporter des ogives conventionnelles ou nucléaires. Incapable de savoir lesquels, la Russie estime que des missiles d'attaque nucléaire se trouvent à bord de ces navires à proximité de son territoire. Alors que Londres indique également qu'elle enverra une unité de lancement de missiles en mer Noire, Moscou annonce qu'aucun navire de guerre étranger ne sera autorisé à traverser les eaux territoriales russes dans trois zones de la mer Noire entre le 24 avril et le 31 octobre. La situation sera encore plus tendue lorsque les manœuvres américano-ukrainiennes Sea Breeze auront lieu dans la mer Noire en été, avec la participation d'autres pays membres de l'OTAN avec plus de 30 navires et un soutien aérien (avions, hélicoptères et drones)" ("Les ordres des États-Unis contre la Russie: L'Italie au garde à vous", mondialisation.ca, 20.04 2021).

La guerre en Ukraine, bien que les Ukrainiens aient abandonné les accords de Minsk et attaquent par intermittence les régions séparatistes de Donetsk et de Lugansk, n'a pas encore commencé. L'Allemagne, par la voix d'Angela Merkel, a fermement annoncé qu'elle n'avait pas l'intention d'arrêter le projet Nord Stream 2 (l'une des principales raisons de la discorde). Et malgré tous les grands mouvements de troupes et d'armes, malgré les innombrables déclarations belliqueuses, la paix peut encore être sauvée. La diplomatie (ouverte ou secrète) n'a pas encore été totalement abandonnée. Vladimir Poutine et la Russie ont montré leur volonté de parler à tout le monde, en particulier à leurs adversaires. Mais peut-être moins avec le pouvoir de Kiev, qui est considéré comme manquant d'autonomie. Le ministre russe de la défense, le général Sergei Shigu, a révélé le 22 avril 2021 que la Russie avait ordonné au commandement de ses forces armées de ramener les troupes dans leurs bases permanentes à partir du vendredi 23 avril 2021, après des exercices militaires en Crimée et en mer Noire.

Petru Romosan.