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lundi, 24 juin 2024

La fin de la société ouverte

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La fin de la société ouverte

Source: https://philosophia-perennis.com/2022/10/01/das-ende-der-offenen-gesellschaft/

La société occidentale est tout sauf ouverte et elle est ouvertement antidémocratique, car les principaux médias n'autorisent que les points de vue qui ne contredisent pas les intérêts des élites qui tiennent le pouvoir en arrière-plan.

Le système politique occidental se considère comme libre, libéral et bien sûr démocratique. Les élites occidentales utilisent toujours ces attributs avec un certain succès auprès des personnes qui ne connaissent pas le système occidental de l'intérieur.

Karl Popper

Karl Popper a fourni une sorte de base philosophique au système occidental en le décrivant comme une "société ouverte". Selon Popper, cette société serait ouverte parce que le discours politique y serait ouvert et ne serait pas déterminé par des objectifs idéologiques, des prétendues lois historiques (historicisme) ou des traditions. Dans l'idéal social de la "société ouverte", il n'y a donc pas de vérité absolue :

Par exemple, selon Popper, on ne peut pas déduire de l'observation de cygnes blancs, aussi nombreux soient-ils, que tous les cygnes sont blancs. Un seul cygne noir réfute cette affirmation. Ce genre de sophisme est dangereux. De même, on peut maintenant affirmer que l'observation de milliards et de milliards d'êtres humains divisés en hommes et femmes ne permet pas de conclure qu'il n'y a que deux sexes. Tout fou qui prétend maintenant appartenir à n'importe quel autre sexe devrait donc réfuter la constatation qu'il y a deux sexes.

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La "société ouverte" a pour objectif de libérer les capacités critiques des individus. Dans ce contexte, le pouvoir de l'État doit être partagé autant que possible afin d'éviter les abus de pouvoir. Le discours politique dans la "société ouverte" est bien entendu démocratique, ce qu'il ne comprend toutefois pas comme le règne de la majorité, mais comme la possibilité de révoquer le gouvernement sans violence.

Les points faibles du concept de Popper

La "société ouverte" se distingue ainsi du fascisme, du communisme, du nationalisme et de tout État de droit.

Il ne fait aucun doute que ce concept politique présente des aspects attrayants, en particulier pour tous les types de libres penseurs qui ne veulent pas être enfermés dans un concept idéologique quelconque. D'un autre côté, ce concept a aussi des points faibles dangereux (comme le montre l'exemple ci-dessus), car d'une part, il n'offre aucune perspective à long terme pour une société et, d'autre part, il rejette la tradition. Or, la tradition recèle souvent des siècles, voire des millénaires d'expérience sur la vie et ses lois. Popper rejette explicitement ces lois comme étant de l'historicisme. Or, ignorer ces lois devient tôt ou tard un piège mortel pour une société.

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C'est la porte ouverte à toutes sortes d'absurdités, comme l'obsession du genre, la glorification de toutes les déviances sexuelles possibles ou de n'importe quel mode de vie alternatif, qui signifient en fin de compte le déclin et la mort certaine de la société en question. Popper a développé ses idées pendant la Seconde Guerre mondiale, à une époque où les priorités étaient naturellement différentes de celles d'aujourd'hui.

L'absence de toute ligne directrice pour l'organisation de la vie rend de nombreuses personnes désorientées et donc particulièrement réceptives à la propagande de l'esprit du temps par le biais des médias, qui sont contrôlés en arrière-plan par les élites au pouvoir. C'est la raison pour laquelle George Soros est un adepte de cette philosophie, comme il l'a exprimé en créant son Open Society Foundation.

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Les purs intérêts du pouvoir dominent

A ce stade, les idées de la "société ouverte" sont contrecarrées par la pratique :

Le débat sur les objectifs actuels de la société occidentale n'a plus lieu en public depuis longtemps, mais dans des cercles de pouvoir quelconques qui se coupent du public. Il s'agit uniquement des intérêts des acteurs représentés dans ces cercles de pouvoir. Les résultats de ce débat sont présentés au grand public sous forme de récits bien-pensants qui sont ensuite communiqués par les médias. Un débat ouvert est une chose bien différente.

La société occidentale est donc tout sauf ouverte et elle est ouvertement antidémocratique, car ces médias n'autorisent que les opinions qui ne contredisent pas les intérêts des élites qui tiennent le pouvoir en arrière-plan.

L'intolérance des médias à l'égard de ceux qui ne pensent pas comme eux est devenue de plus en plus insupportable au cours des dix ou quinze dernières années. Le contexte est simple : depuis la crise financière de 2008, le monde occidental est en mode de gestion de crise permanente.

L'arrière-plan profond de cette crise permanente réside dans des changements tectoniques du pouvoir à l'échelle mondiale, au détriment des élites occidentales.

La guerre en Ukraine, un séisme pour les élites occidentales

Comme le système occidental était préférable à tout autre système politique avant la chute du rideau de fer, les élites occidentales pouvaient aisément faire face aux critiques, même fondamentales. En ce sens, elles étaient "libérales" au sens de Popper. L'effondrement du Pacte de Varsovie a marqué le zénith de la puissance de l'Occident. La défaite de l'Union soviétique était perçue comme une sorte de fin de l'histoire. Les élites occidentales se sont imaginées être durablement les maîtres du monde. Après cela, la situation s'est lentement mais sûrement dégradée. Les citoyens ordinaires l'ont également ressenti dans leur porte-monnaie. Des mouvements "populistes" ont alors vu le jour, remettant en cause le pouvoir des élites. Dès lors, les médias de masse dirigés sont devenus de plus en plus illibéraux vis-à-vis de ceux qui ne pensent pas comme eux.

Pour les élites occidentales, la guerre en Ukraine est une sorte de séisme qui a suivi les changements tectoniques du pouvoir mentionnés ci-dessus. Leur hégémonie est désormais remise en question. Avec l'hégémonie sur cette planète, tous les avantages économiques qu'elles en tirent seront bientôt révolus. Il ne s'agit pas seulement de la possibilité d'obtenir des avantages en faisant tourner la planche à billets. Il est également important, par exemple, d'imposer les droits de brevet à l'échelle mondiale, ce que seul un hégémon peut faire en fin de compte.

Dans cette situation, les élites ne tolèrent aucune contradiction. A partir de maintenant, elles ont définitivement arraché le masque libéral de leur visage et tentent d'éradiquer les dissidents. L'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder ou l'ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères Karin Kneissl, par exemple, peuvent témoigner de ce qui peut arriver aux amis de Poutine.

Popper se retournerait dans sa tombe !

La guerre culturelle est le baume pour imposer la concentration des richesses

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La guerre culturelle est le baume pour imposer la concentration des richesses

Par Wellington Calasans

Source: https://jornalpurosangue.net/2024/06/19/a-guerra-cultural-e-a-vaselina-para-a-imposicao-da-concentracao-de-riqueza/

L'idée que la " culture woke " est une arme occidentale pour ouvrir la voie au chaos économique issu du néolibéralisme est une approche qui fait son chemin dans les milieux les plus attentifs aux mouvements géopolitiques planétaires. Cet argument, bien que complexe, est réaliste pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, la "culture éveillée/woke" est une arme qui vise une cible vague et incohérente. La cible est si large qu'elle tente d'englober une variété de mouvements sociaux, d'idéaux et de pratiques, de la fausse recherche de quelque chose autour de la justice sociale et de l'égalité à la défense des identités et des droits LGBTQIA+, un mélange de désordre psychologique et de cas perdu de maladie psychiatrique.

Généraliser cette diversité sous la bannière de la "liberté occidentale" est réducteur et ignore la complexité des mouvements sociaux et de leurs motivations, en donnant la priorité à l'imposition de subdivisions minoritaires comme norme à suivre par tous.

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Deuxièmement, les indications évidentes que la "culture woke" est instrumentalisée pour promouvoir le chaos économique. Le néolibéralisme, en tant que système économique, a ses propres défauts intrinsèques, qui engendrent des crises et des inégalités.

Par conséquent, lier la crise du néolibéralisme à une "arme de l'humour" met en évidence cette pseudo-culture comme une dispersion, explicitement gonflée pour détourner l'attention des causes réelles et empêcher l'analyse critique du système.

Troisièmement, la "culture woke" est souvent utilisée par le néolibéralisme lui-même pour stimuler les attaques contre les groupes minoritaires et les mouvements sociaux. En utilisant la "culture woke" comme manœuvre pour déstabiliser l'ordre social, les néolibéraux cherchent à délégitimer la lutte pour la justice sociale et les droits, en stigmatisant ceux qui se mobilisent réellement pour l'égalité pour tous, tandis que la "culture woke" renforce les subdivisions, empêchant ainsi l'unité sociale.

Au lieu de chercher à victimiser les minorités, il est essentiel d'analyser le néolibéralisme comme responsable des causes de la crise économique mondiale. La concentration des revenus, la financiarisation de l'économie, la déréglementation des marchés et l'exploitation d'une main-d'œuvre bon marché ne sont que quelques-uns des facteurs qui contribuent à la crise du néolibéralisme.

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La recherche de solutions à cette crise exige une analyse critique du système économique et une attitude de dialogue et de respect envers les mouvements sociaux légitimes qui cherchent à construire une société plus juste et plus durable, loin des malades mentaux qui adhèrent à la "culture woke" pour échapper à leurs propres fantômes.

DANS LA PRESSE ALTERNATIVE AUX ÉTATS-UNIS

J'ai récemment regardé une vidéo de certains commentateurs de films préférés du public, tout en se lamentant sur la mort de l'industrie cinématographique.

Ils ont tenté d'expliquer les raisons pour lesquelles de nombreux films à succès perdaient de l'argent, en mentionnant l'essor des services de streaming et le comportement de certains clients dans les cinémas.

Ils ont rejeté l'idée que la guerre culturelle faisait partie du problème, agissant comme s'il s'agissait d'une simple distraction.

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Pourtant, la guerre culturelle joue un rôle important dans la société d'aujourd'hui, et ceux qui l'ignorent ne comprennent pas ce qui se passe aux États-Unis et dans certaines parties de l'Europe.

Certaines personnes choisissent de rester à l'écart des questions politiques et sociales, préférant éviter les conflits. Cependant, la civilisation subit des changements rapides et intentionnels, et tout le monde en sera affecté, que l'on croie ou non à la guerre culturelle.

Le monde du cinéma est une fenêtre sur les conflits culturels et peut refléter les influences idéologiques derrière les productions. Les grandes entreprises se sont engagées dans des guerres de mots depuis 2016, en essayant d'imposer l'idéologie d'extrême gauche comme dominante.

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Des entreprises comme Disney ont essuyé des échecs en essayant de promouvoir des idéologies politiques dans leurs productions, comme dans le cas de Star Wars.

Certaines entreprises adoptent une approche autodestructrice en aliénant les consommateurs qui ne sont pas d'accord avec leurs messages politiques, en reprochant au public de ne pas aimer leurs produits et en essayant d'imposer un programme politique.

Les entreprises ont traité les consommateurs comme des serfs qui doivent accepter les produits et les messages politiques sans poser de questions. Cela suggère que les entreprises ne se soucient plus de plaire aux consommateurs, mais attendent d'eux qu'ils acceptent n'importe quel message politique qui leur est imposé.

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Il existe différentes théories pour expliquer ce comportement, notamment la possibilité d'un effondrement économique imminent qui amènerait les gouvernements à intervenir et à sauver les entreprises, laissant les dirigeants d'entreprise moins préoccupés par les profits immédiats.

L'économie de partage, promue par le Forum économique mondial, suggère un scénario où le gouvernement fournit tout et où les gens perdent leur liberté de choix. Ce modèle pourrait conduire à une mentalité d'esclave, où les gens sont forcés d'accepter ce qu'on leur donne sans poser de questions.

La guerre culturelle est une bataille entre ceux qui veulent adopter le système dystopique proposé et ceux qui résistent et luttent contre lui. Les sceptiques qui restent ignorants de la guerre culturelle risquent de se retrouver sans liberté de choix à l'avenir s'ils ne s'impliquent pas activement.

NOTE D'UN OBSERVATEUR DISTANT

L'idée que la "culture woke" est une arme occidentale pour préparer le chaos économique éclaire un débat plus sérieux sur l'utilisation de personnes mentalement fragiles comme bouclier pour cacher l'agenda néolibéral nuisible.

Cette "culture" sert à détourner l'attention des causes réelles de la crise du néolibéralisme, à stigmatiser les mouvements sociaux et à alimenter les attaques contre les groupes minoritaires qu'elle prétend défendre.

Il est essentiel de garder un œil critique sur ces bizarreries et de chercher de vraies solutions aux problèmes socio-économiques que le néolibéralisme engendre.

mercredi, 10 avril 2024

Surveiller et punir au 21ème siècle

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Surveiller et punir au 21ème siècle

Alberto Giovanni Biuso

Source: https://www.aldousblog.it/single.php?id=191  

"Indépendamment de la volonté des hommes et des autorités qui les dirigent", écrit Fernand Braudel, "les phénomènes collectifs s'engendrent, se produisent, se transforment" (Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVe-XVIIIe siècles), vol. III, I tempi del mondo, traduit par C. Vivanti, Einaudi, Turin 1982, p. 65). Une fois enclenchées, les dynamiques sociales et politiques vivent une vie propre, selon des règles certes moins rigides que celles qui guident le monde physique, mais très fortes et parfois très proches des principes qui sous-tendent les transformations matérielles.

Les climats de guerre sont également dangereux pour cette raison, comme le démontrent amplement les événements de 1914, qui constituent un sinistre précédent pour l'hystérie anti-russe qui, créée à dessein par les États-Unis d'Amérique, provoque le massacre du peuple ukrainien, littéralement envoyé à l'abattoir, et prépare une catastrophe guerrière pour l'Europe occidentale, après avoir déjà produit une crise économique qui ne cesse de s'aggraver.

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La nature de l'Europe en tant que colonie, qui était claire depuis le suicide de 1939-1945, est maintenant tout à fait évidente et les gouvernements nationaux sont en réalité des gouvernements fantoches au service des États-Unis. Servilité dans laquelle se distinguent les exécutifs et les parlements italiens, qu'ils soient dirigés/majoritaires par le Parti démocrate (socialiste) ou par Fratelli d'Italia.

La doctrine de Brejnev sur les "pays à souveraineté limitée" décrit largement l'Europe contemporaine. Egalement parce que l'une des dynamiques les plus caractéristiques du premier quart du 21ème siècle est l'affaiblissement progressif des États et de leurs appareils politiques, qui mettent leurs structures administratives et leurs réserves économiques au service de puissances mondiales et multinationales, qu'elles soient aussi visibles que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) payant des impôts dérisoires, ou moins évidentes que la galaxie gravitant autour du magnat de la finance Soros et du Forum économique mondial (WEF) de Davos.

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L'une des innovations politico-technologiques les plus pertinentes financées et soutenues par le GAFAM et le WEF est le "Digital ID Wallet", le "portefeuille numérique" qui constitue l'une des expressions les plus claires du dispositif de contrôle que Michel Foucault a résumé par la formule "surveiller et punir".

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Le "portefeuille numérique", en effet, par le biais d'un simple programme dans les téléphones mobiles, unifie les documents d'identité, les données de santé et les données fiscales, ainsi qu'une géolocalisation implacable du porteur, dont les mouvements deviennent tous traçables. Le cabinet Frost & Sullivan, qui a primé cette invention, déclare qu'"en cas de suspension du droit d'un individu pour quelque raison que ce soit, le gouvernement peut l'invalider en temps réel sur la plateforme" (G. Travers, in éléments, n° 194, février-mars 2022), transformant brutalement le citoyen en étranger sans droits civiques et ne disposant plus de son argent. Une condition de servitude authentique et intégrale (prenons donc bien garde à "télécharger" de telles applications sur nos téléphones).

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Un soutien politique total à ces dynamiques liberticides et dictatoriales est offert par "la gauche néolibérale" (titre de la traduction italienne d'un livre de Sahara Wagenknecht, leader depuis quelques années du parti allemand Die Linke/La Gauche, qui porte dans l'original la dénomination plus efficace de Die Selbstgerechten, que l'on peut traduire par "les arrogants, les présomptueux, les satisfaits d'eux-mêmes"). Wagenknecht procède, dans ce livre, à une description plastique de l'idéalisme politico-anthropologique qui passe de l'internationalisme "communiste", répudié avec horreur, à l'internationalisme ultra-libéral d'un capitalisme (depuis toujours) sans patrie et sans identité, dans lequel triomphe l'ontologie fluxique et indéterminée d'un être humain qui, en se privant d'identité, nie aussi toute différence, un être humain n'existant que comme lieu de passage purement volontariste et sans racines territoriales, culturelles ou biologiques.

Une "gauche" "championne des quotas pour protéger toutes les minorités (diversité), du wokisme correctif à effet rétroactif de l'histoire, et du genderisme biffant le réel de la biologie" et qui au contraire adresse un "dénigrement constant ... quand ce n'est pas un mépris pur et simple pour les droits de l'homme...", quand ce n'est pas le mépris des valeurs défendues par les classes sociales les plus modestes et les habitants des périphéries urbaines et des petites villes de province", qui sont ainsi incités "à voter pour la droite anti-establishment même si elle propose alors des recettes néo-libérales dont ils ne tireront rien" (C. Nizzani, Diorama Letterario, n° 378, mars-avril 2024, p. 24).

Même la propagande écologique de cette "gauche" est en réalité tout à fait superficielle et factice, à la fois parce que la prétendue "transition écologique" est en réalité limitée à l'économie du continent européen, elle aussi vouée à succomber dans le marché mondial; et parce que les solutions qu'elle propose (comme la voiture électrique) sont en réalité encore plus polluantes que les technologies dérivées du charbon; et parce que le principe clé de l'approche écologique originelle et de la Deep Ecology d'Arno Næss et de Martin Heidegger est la défense des territoires, de leurs cultures, de leurs langues, de leurs traditions, et de leurs identités.

Aux fondements libéraux et aux résultats destructeurs de cette "gauche", on pourrait appliquer la formule de Michele Del Vecchio concernant le paradoxe de la "philanthropie de l'ambiguïté", transformée à l'envers, cependant, en ambiguïté de la philanthropie.

samedi, 24 février 2024

L'État managérial néolibéral et les organisations non gouvernementales (ONG)

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L'État managérial néolibéral et les organisations non gouvernementales (ONG)

Diego Fusaro

Source: https://posmodernia.com/el-estado-gerencial-neoliberal-y-...

La "managérialisation" de l'Etat, imposée avec grande arrogance après 1989, correspond en fait à sa neutralisation ou, plus précisément, à sa subsomption sous la dynamique économique qui a conduit à la réalisation de la prophétie de Foucault: "il faut gouverner pour le marché, au lieu de gouverner à cause du marché".

Le renversement du rapport de force traditionnel a finalement conduit au passage du marché sous la souveraineté de l'État à l'État sous la souveraineté du marché: en plein cosmopolitisme libéral, l'État n'est plus que l'exécutant de la souveraineté du marché.

Célébrée par la nouvelle gauche post-gramscienne et son programme (qui coïncide de plus en plus clairement avec celui de l'élite libérale), l'abolition de la primauté de l'État a contribué à libérer non pas les classes dominées, mais la "bête sauvage" qu'est le marché.

A l'ère de l'Etat à souveraineté limitée ou dissoute, la prérogative de superiorem non recognoscens est acquise de manière stable et directe par l'élite mondialiste qui prend le figure du seigneur néo-féodal, qui l'exerce à travers des organismes reflétant ses intérêts - de la BCE au FMI. L'économie planétaire a conquis le statut d'une puissance qui ne reconnaît rien comme supérieur.

Les entités privées et supranationales susmentionnées annihilent toute possibilité d'aborder avec des ressources publiques les questions sociales dramatiques et urgentes liées au travail, au chômage, à la misère croissante et à l'érosion des droits sociaux.

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En l'absence du pouvoir édificateur de l'État, les élites ploutocratiques libérales-libertaires prêchent ouvertement et pratiquent discrètement, dans leur propre intérêt, la modération salariale, le contrôle des comptes publics et, bien sûr, la sanction d'un éventuel non-respect. En même temps, elles peuvent récupérer tout ce qu'elles ont perdu dans les conflits de classe, c'est-à-dire tout ce que le mouvement ouvrier a réussi à obtenir au cours du 20ème siècle - le siècle des conquêtes ouvrières et sociales, et pas seulement des "tragédies politiques" et des totalitarismes génocidaires: de l'entrée du droit sur le lieu de travail à la formation des syndicats, de l'éducation gratuite pour tous aux fondements de l'État-providence.

En outre, le fanatisme économique de classe peut facilement utiliser les idéologies du passé, liées à des projets politiques ayant ignominieusement échoué, comme une ressource symbolique négative pour se légitimer. Il peut désormais se présenter comme préférable à toute expérience politique antérieure, ou liquider a priori tout projet de régénération du monde et toute passion utopique-transformatrice, immédiatement assimilés aux tragédies du 20ème siècle.

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La proclamation de la Fin de l'Histoire est proposée, depuis 1992, comme le condensé idéologique du monde d'aujourd'hui entièrement subsumé par le capital. Emblématique de la philosophie destinaliste du progrès capitaliste de l'histoire, elle a réussi à installer dans la mentalité générale la nécessité de s'adapter aux nouveaux rapports de force. Et cela, d'ailleurs, avec la conscience - cynique ou euphorique, selon les cas - d'être parvenu au terme de l'aventure historique occidentale, achevée avec la liberté universelle du marché planétaire et l'humanité réduite à l'état d'atomes consommateurs solitaires, à la volonté de puissance abstraitement illimitée et concrètement coextensive par rapport à la valeur d'échange disponible.

Fonctionnelle pour l'alignement général sur l'impératif du ne varietur, la démystification postmoderne des grands méta-récits a procédé de pair avec l'imposition d'un seul grand récit autorisé et idéologiquement naturalisé dans une seule perspective admise comme vraie: le storytelling usé et la vulgate libérale abusive de la Fin de l'Histoire destinaliste dans le cadre post-bourgeois, post-prolétarien et ultra-capitaliste, inauguré avec la chute du Mur et avec la cosmopolitisation réelle du nexus de la force capitaliste.

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Il suffit de rappeler ici, à l'aide d'un exemple concret tiré de notre présent, le rôle de ce qu'on appelle les "organisations non gouvernementales". Celles-ci, avec les entreprises multinationales et déterritorialisées, ont contesté la prédominance des Etats. Derrière la philanthropie avec laquelle ces organisations prétendent agir (droits de l'homme, démocratie, sauver des vies, etc.), se cachent les intérêts privés du capital transnational.

Les Organisations Non Gouvernementales, en réalité, revendiquent d'en bas et depuis la "société civile" les "conquêtes de la civilisation", les "droits" et les "valeurs" établis d'en haut par les Seigneurs du mondialisme niveleur qui "per sé fuoro" (Inferno, III, v. 39), les nouveaux conquérants financiers et les gardiens de la grande entreprise du marché supranational sous l'hégémonie de la spéculation capitaliste privée.

Ces conquêtes, ces droits et ces valeurs sont donc toujours et uniquement ceux de la classe mondiale compétitive, idéologiquement présentés comme "universels": démolition des frontières, renversement des États voyous (c'est-à-dire de tous les gouvernements non alignés sur le Nouvel ordre mondial unipolaire et américano-centré), encouragement des flux migratoires au profit du cosmopolitisme d'entreprise, dé-souverainisation, déconstruction des piliers de l'éthique bourgeoise et prolétarienne (famille, syndicats, protection du travail, etc.).

Dans cette perspective, sous le vernis humanitaire des ONG, on découvre le cheval de Troie du capitalisme mondial, le tableau de bord de l'élite cosmopolite, avec sa règle fondamentale impitoyable (business is business) et son assaut contre la souveraineté des Etats.

Si elles ne sont pas analysées selon le schéma imposé par l'hégémonie de l'aristocratie financière, les organisations non gouvernementales se révèlent être un moyen puissant de contourner et de saper la souveraineté des États, et de mettre en œuvre point par point le plan mondialiste de la classe dirigeante, en vue de la libéralisation définitive de la réglementation politique des États-nations souverains en tant que derniers bastions des démocraties.

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L'affrontement entre les ONG et les lois des Etats nationaux ne cache pas, comme le répètent les maîtres du discours, la lutte entre la philanthropie, celle de "l'amour de l'humanité", et l'autoritarisme inhumain; au contraire, on y trouve la guerre entre la dimension privée du profit des groupes transnationaux et la dimension publique des Etats souverains qu'ils assiègent.

Plus précisément, pour ceux qui s'aventurent au-delà du théâtre vitreux des idéologies et affirment la volonté de savoir de la mémoire foucaldienne, à l'horizon de la mondialisation comme nouvelle étape du conflit cosmopolitisé entre Seigneur et Serviteur (le Maître et l'Esclave, Hegel), les organisations non gouvernementales apparaissent comme les instruments idéaux pour l'imposition d'un agenda politique mûri en dehors de tout processus démocratique et protégeant exclusivement les intérêts concrets de la classe hégémonique.

Cette dernière, d'ailleurs, grâce au travail diligent des anesthésistes du spectacle, calomnie de "souverainiste" - énième catégorie frauduleuse inventée par la néo-langue des marchés - quiconque ne dit pas définitivement adieu au concept de souveraineté nationale. Bastion de la défense des démocraties développées au sein des espaces étatiques encore réfractaires au Nouvel Ordre Mondial (qui est post-démocratique au même titre qu'il est post-national), l'objectif est que la notion même de souveraineté nationale soit idéologiquement dégradée en un instrument d'agression et d'oppression, d'intolérance et de xénophobie.

mardi, 13 février 2024

C'est le néolibéralisme qui est criminel, pas l'État, cher Milei

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C'est le néolibéralisme qui est criminel, pas l'État, cher Milei

Stelio Fergola

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/primo-piano/e-il-neoliberismo-ad-essere-criminale-non-certo-lo-stato-caro-milei-274915/

Le néolibéralisme criminel

Rome, 13 fév - Le néolibéralisme criminel accuse l'Etat d'être criminel. Javier Milei ne se ménage pas lors de sa visite en Italie. Au terme d'une journée riche en rencontres (de la Première ministre Giorgia Meloni au Pape François), le président argentin, interviewé par Quarta Repubblica, a professé pour la énième fois son hostilité à pratiquement toute forme d'intervention de l'Etat dans l'économie.

Miléi: "L'Etat est une organisation criminelle"

L'interview sera diffusée ce soir mais promet déjà de faire du bruit. Pas aussi spectaculaire, visuellement, que les scènes de tronçonneuse auxquelles le président argentin s'est livré dans un passé récent, mais en termes d'impact, nous y sommes. Ce que rapporte Ansa est une nouvelle déclaration de guerre à l'économie sociale. "Philosophiquement, je suis un anarcho-capitaliste et j'éprouve donc un profond mépris pour l'État. Je pense que l'État est l'ennemi, je pense que l'État est une association criminelle", déclare Milei. Il ajoute ensuite : "En fait, l'État est une association criminelle dans laquelle un groupe de politiciens se réunit et décide d'utiliser le monopole pour voler les ressources du secteur privé. La méthode de l'État est le vol: chaque fois que vous allez acheter quelque chose quelque part, l'État vous vole par le biais des impôts; par conséquent, l'État vous vole tous les jours".

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C'est le néolibéralisme qui est criminel, et les 30 années passées à le mettre en oeuvre le prouvent pleinement

Il faudrait partir de la loufoquerie avec laquelle Milei radote sur un "État qui vole avec les impôts", alors que - au moins à long terme, pour l'instant en Argentine les proclamations sont bien sûr contraires et on parle surtout de réduction des dépenses publiques - il devra demander beaucoup à ses citoyens. Et pas qu'un peu. La dette extérieure se paie de deux manières: en taxant et en réduisant. Réduire indéfiniment est évidemment impossible, tout comme taxer indéfiniment. Nous, Européens, qui ne connaissons cette situation misérable que depuis quelques décennies, le savons très bien; ils le savent très bien en Amérique du Sud, où la tradition est malheureusement plus ancienne.

Le problème se situe, comme toujours, au niveau de la politique. Bien plus que dans l'économie, comme on l'a fait croire pendant des décennies. Pour mieux dire, l'économie est le reflet du pouvoir politique. Celui de l'Argentine est pratiquement nul, comme celui de la quasi-totalité des pays d'Amérique latine, d'Afrique et même d'Europe depuis trente ans. C'est alors que la "tenue des comptes" devient une priorité car les intérêts usuraires tiennent le pays, quel qu'il soit, sous contrôle (rappelons toujours qu'à Washington, pendant ce temps, il suffit d'une loi du Congrès pour les contourner, pour contourner, je précise, des faits de 2023, pas des faits d'il y a un siècle). Milei dit que l'État est criminel. Mais sa propre patrie a prouvé, pendant la brève période d'autonomie relative qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, que c'était exactement le contraire. Au contraire, l'État est devenu un fardeau lorsqu'il a été écrasé par l'"aide" du Fonds monétaire international, comme c'est souvent le cas dans ce genre de situation.

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Pensez aussi à la crise tunisienne: pourquoi le président Kais Saied s'est-il montré si hostile aux propositions financières des pays occidentaux et du Fonds lui-même? Tout simplement parce qu'il sait très bien qu'accepter des prêts peut signifier ne mettre qu'un frein momentané à la situation et continuer ensuite dans une spirale sans fin d'argent qui ne sera jamais remboursé et qui conduira à une plus grande immixtion sociale.

C'est ce que démontrent les économies mixtes de l'Europe occidentale jusqu'aux années 1990, dont le PIB n'est certes pas comparable à celui des superpuissances, mais qui se caractérisent par une richesse généralisée et un équilibre social sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Trente années de politiques néolibérales le démontrent, mais dans un sens négatif, pour l'Italie mais aussi pour l'Europe. Elles n'ont évidemment pas "accompli" le néolibéralisme italien, mais ont progressivement tué l'une des principales puissances industrielles et sociales du monde, la conduisant, par le biais de la vente du secteur public, à la désindustrialisation et à une augmentation disproportionnée de la pauvreté. Voilà pour les mensonges sur l'État criminel.

Stelio Fergola

21:23 Publié dans Actualité, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette, économie, actualité, néolibéralisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 15 janvier 2024

Jacques Delors a fait de l'Europe unie un dispositif néolibéral irréformable

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Jacques Delors a fait de l'Europe unie un dispositif néolibéral irréformable

par Alessandro Somma

Source: https://www.sinistrainrete.info/europa/27128-alessandro-somma-jacques-delors-ha-reso-l-europa-unita-un-dispositivo-neoliberale-irriformabile.html

Le plein emploi contre la stabilité des prix

Selon le récit dominant, l'Europe unie est née pour assurer un avenir pacifique au Vieux Continent. Elle a cependant vu le jour à une époque marquée par la guerre froide, et a donc été conçue pour renforcer le front des pays capitalistes luttant contre le bloc socialiste. Cela n'a pas empêché les États de promouvoir une condition préalable au maintien de la paix: une redistribution des richesses par les pouvoirs publics hors du marché par le biais de l'aide sociale, et dans le marché avec la protection du travail et le plein emploi.

Bref, l'Europe unie, dans ses premières années, n'était pas totalement hostile au compromis keynésien. C'est précisément le plein emploi qui est mentionné dans le traité instituant la Communauté économique européenne parmi les objectifs que la coordination des politiques fiscales et budgétaires nationales doit poursuivre. Mais parmi ceux-ci figurait également la stabilité des prix et donc la lutte contre l'inflation, c'est-à-dire un objectif centré sur le plein emploi: pour le poursuivre, il fallait soutenir la demande en augmentant les salaires et donc éviter les politiques monétaires visant à freiner la masse monétaire, nécessaires pour promouvoir la stabilité des prix.

Dans tout cela, on pensait que les pays participant à l'intégration européenne ne devraient pas se limiter à coordonner leurs politiques fiscales et budgétaires, c'est-à-dire qu'ils les céderaient tôt ou tard à Bruxelles. On a alors pensé que cette étape devait accompagner, voire précéder, la mise en place d'une politique monétaire commune.

En d'autres termes, le lancement de la monnaie unique devait être précédé du choix de l'objectif de politique fiscale et budgétaire à privilégier: il fallait décider si l'on accordait plus d'importance au plein emploi ou à la stabilité des prix, puis identifier une politique monétaire cohérente avec cet objectif.

Au cours des années 1980, cette feuille de route a été bouleversée par la décision d'adopter une politique monétaire commune en l'absence de politiques fiscales et budgétaires communes, et surtout de le faire avec un seul objectif: la stabilité des prix. Ainsi, bien que les politiques fiscales et budgétaires restent entre les mains des États membres, ceux-ci sont empêchés de rechercher le plein emploi [1].

L'architecte d'une telle transformation a été Jacques Delors, qui a d'abord provoqué l'échec d'une expérience gouvernementale hostile à l'orthodoxie néolibérale et a ensuite été récompensé par la présidence de la Commission européenne: un poste qu'il a occupé pendant trois mandats, de 1985 à 1995. Il ne s'agit donc pas d'un père éclairé de l'Europe unie, mais du principal responsable du montage qui l'a conduite à devenir un dispositif néolibéral irréformable, incapable d'endiguer la virulence des marchés et l'effondrement de la participation démocratique qui en découle. N'en déplaise à ceux qui pensent que la phase actuelle indique un renversement de tendance et non la consolidation définitive de l'ordre construit par Delors. Et surtout de ceux qui pensent que l'absence d'une politique fiscale et budgétaire commune est une anomalie et non un arrangement souhaité pour les effets qu'il produit inévitablement.

Ministre français des finances

On a parlé de l'expérience gouvernementale hostile à l'orthodoxie néo-libérale à l'échec de laquelle Delors a apporté une contribution fondamentale. Il s'agit d'une affaire qui a pris naissance en France au début des années 1980: lorsque s'ouvre la saison politique de François Mitterrand, élu président de la République en 1981 et reconduit pour deux septennats, il inspire la naissance d'une première coalition.

Il a inspiré la naissance d'un premier exécutif de coalition présidé par Pierre Mauroy, qui comprenait des socialistes, des radicaux de gauche et des communistes, engagés dans un programme comprenant la relance de la protection sociale, le renforcement de la protection des travailleurs, l'augmentation des salaires et la nationalisation des entreprises d'intérêt national en situation de monopole. La conséquence est une hausse de l'inflation, et avec elle le risque de remettre en cause la participation de la France au système monétaire européen [2], que l'on veut contrer par des instruments incompatibles avec l'élan keynésien du programme.

En effet, la stabilité des prix est devenue le point de référence des politiques décidées par la coalition, qui s'est ainsi trouvée dans l'incapacité d'alimenter des politiques de plein emploi. C'est le fil conducteur des initiatives prises par le deuxième et surtout le troisième exécutif présidé par Mauroy, dans lequel Delors, ministre des Finances d'emblée critique à l'égard de l'approche keynésienne, s'est distingué par le zèle avec lequel il a voulu imposer la modération salariale et limiter les dépenses publiques [3].

Tout cela n'a pas relancé l'économie française, en proie à un appauvrissement des familles et à une montée du chômage, auxquels il a voulu s'attaquer par de nouvelles mesures d'inspiration néolibérale: en premier lieu, le désengagement économique de l'État. Delors devait consolider le redressement en assumant le poste de premier ministre, mais sa carrière politique a pris une autre tournure: en 1985, il est devenu président de la Commission européenne, un poste qui, comme nous l'avons dit, a été renouvelé à deux reprises jusqu'en 1995.

Président de la Commission européenne

En tentant de dresser le bilan de cette décennie, beaucoup ont célébré la contribution de Delors au développement de l'intégration européenne en exaltant son profil de personnalité qui ne pouvait être rangée dans le camp des partisans du laissez-faire [4]. Pourtant, on doit à Delors l'ancrage définitif de la construction à l'orthodoxie néolibérale, ne serait-ce que par la réalisation d'un préalable à sa diffusion: l'élimination des obstacles à la libre circulation des capitaux. Tout cela comme un premier pas vers le lancement d'une politique monétaire commune, le principal héritage de Delors et l'événement pour lequel il est toujours célébré comme le père de la construction européenne.

Le premier acte politique de Delors à la tête de la Commission est la rédaction du Livre blanc sur "l'achèvement du marché", qui n'est plus défini comme "commun" mais comme "intérieur": une expression jusqu'alors utilisée pour le niveau national, dont l'emploi souligne la volonté de "souder les marchés individuels des États membres". Il s'agit d'intervenir dans la libre circulation des marchandises, compromise au cours des années 1970 par des politiques nationales protectionnistes, qui se sont multipliées en réaction à la crise économique et ont finalement été tolérées par le niveau européen [5]. Elle appelle ensuite à réaliser enfin la libre circulation des capitaux, pour laquelle il faut procéder à "l'harmonisation des dispositions nationales régissant les activités des intermédiaires financiers et des marchés financiers". Enfin, les distorsions de concurrence devaient être vigoureusement combattues et, en particulier, les aides d'État aux entreprises "non compétitives" [6] devaient être ciblées.

Libre circulation des capitaux

Le Livre blanc n'a pas été mis en œuvre dans toutes ses parties, mais sa structure a inspiré l'Acte unique européen de 1986. Celui-ci modifie le traité CEE en faisant notamment référence à la création d'un "espace sans frontières dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assurée" (article 8A).

En outre, l'Acte unique, contrairement au Livre blanc, prenait en compte un certain effet de la libre circulation des capitaux: celle-ci exacerberait la concurrence et provoquerait donc des tensions qu'il faudrait quelque peu apaiser au moyen d'instruments de pacification sociale [7]. C'est dans ce contexte qu'une disposition a été ajoutée au traité fondateur de la CEE concernant l'engagement de la Communauté à "réduire l'écart entre les diverses régions et le retard des régions les moins favorisées" (art. 130A).

À cette fin, l'utilisation des fonds structurels a été prescrite, ceux-ci étant conçus comme des instruments de redistribution des ressources [8]. Cependant, au fil des années, leur discipline a été capturée dans un mécanisme que l'on peut définir en termes de marché des réformes: le mécanisme par lequel toute aide financière fournie par le niveau européen est conçue comme une contrepartie pour l'adoption de réformes visant à consolider l'adhésion à l'orthodoxie néolibérale [9]. Il a ensuite été définitivement consacré par un règlement stipulant "qu'un lien plus étroit devrait être établi entre la politique de cohésion et la gouvernance économique de l'Union afin de garantir que l'efficacité des dépenses au titre des Fonds structurels et d'investissement européens repose sur des politiques économiques saines". Ce lien est associé à un système de sanctions conçu pour protéger ce marché de réformes spécifique: "si un État membre ne prend pas de mesures efficaces dans le cadre du processus de gouvernance économique, la Commission devrait soumettre au Conseil une proposition visant à suspendre, en partie ou en totalité, les engagements ou les paiements pour les programmes dans cet État membre" [10].

A y regarder de plus près, une telle issue était anticipée par une précision de Delors, selon laquelle "les instruments communautaires doivent cesser d'être considérés comme des éléments d'un système de compensation financière", "puisqu'ils sont destinés à jouer, parallèlement et de concert avec les politiques nationales et régionales, un rôle important dans la convergence des économies" [11]. Il n'est donc pas nécessaire d'évoquer le rôle de Delors en tant que défenseur de la monnaie unique pour documenter sa ferveur néolibérale, et plus précisément son rôle en tant que principal architecte de la construction d'une Europe unie sous la forme d'un dispositif néolibéral irréformable. Il suffit de reconstituer son engagement en faveur de la réalisation de la libre circulation des capitaux, c'est-à-dire le principal mécanisme visant à saper le compromis keynésien.

C'est précisément pour protéger ce compromis qu'un ordre économique international fondé sur la libre circulation des marchandises, mais aussi des capitaux, a été imaginé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces derniers, comme le précisent les statuts du Fonds monétaire international, doivent pouvoir être contrôlés par les États (art. 6). Et si pour relancer le commerce international, et en amont l'emploi, il fallait fournir des capitaux aux pays qui en avaient besoin, cela devait se faire par des prêts à faible taux d'intérêt et en tout cas identifiés à des dynamiques éloignées du marché: d'où l'institution de la Banque mondiale [12].

C'est à Delors que l'on doit le sabordage de ce schéma qui a tenu la route pendant quarante ans. Si les États, à la merci de la libre circulation des capitaux, ont été contraints de mettre en œuvre les seules politiques capables d'attirer les investisseurs internationaux: celles qui visent à précariser et à dévaloriser le travail, à alléger la charge fiscale des entreprises, et donc à détruire la protection sociale. C'est grâce à Delors que l'Europe unie est devenue un dispositif néolibéral irréformable, radicalement incompatible avec l'aspiration à restaurer le compromis keynésien.

Notes:

[1] A. Somma, L'Union européenne n'est pas un projet inachevé ni même réformable : c'est un dispositif néolibéral réussi, in Raison pratique, 2023, p. 161 et suivantes.

[2] Par exemple G. Mammarella et P. Cacace, Storia e politica dell'Unione europea, Rome et Bari 2008, p. 177 et suivantes.

[3] Par exemple G. Duby, Histoire de France. I tempi nuovi dal 1852 ai giorni nostri (1991), 3e édition, Milan 1997, p. 1388.

[4] Par exemple, J. Gillingham, European Integration 1950-2003 : Superstate or New Market Economy ?, Cambridge 2003, p. 160.

[5] L'achèvement du marché intérieur. Livre blanc de la Commission pour le Conseil européen du 14 juin 1985, Com/85/310 fin.

[6] Ibid.

[7] H.J. Glaesner, L'Acte unique européen, "Revue du marché commun", 29, 1986, p. 317.

[8] J.-P. Jacqué, L'Acte unique européen, "Revue trimestrielle de droit européen", 22, 1986, p. 602 s.

[9] A. Somma, Le marché de la réforme. How Europe became an unreformable neoliberal device, in E. Mostacci and A. Somma (eds.), Dopo le crisi. Dialogues sur l'avenir de l'Europe, Rome 2021, p. 229 et suivantes.

[10] Considérant 24 Règlement portant dispositions communes relatives au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion, au Fonds européen agricole pour le développement rural et au Fonds européen pour la mer et la pêche et portant dispositions générales sur le Fonds européen de développement régional, le Fonds social européen, le Fonds de cohésion et le Fonds européen pour la mer et la pêche du 17 décembre 2013, 1303/2013/UE.

[11] Réussir l'Acte unique : une nouvelle frontière pour l'Europe du 18 février 1987, Com/87/100 final.

[12] Par exemple, M.A. Clemens et M. Kremer, The new role for the World Bank, in 30 Journal of Economic Perspectives, 2016, p. 53 ff.

dimanche, 14 janvier 2024

Fin de la droite et de la gauche, triomphe du turbocapitalisme

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Fin de la droite et de la gauche, triomphe du turbocapitalisme

Diego Fusaro

Source: https://geoestrategia.es/noticia/42063/opinion/fin-de-la-derecha-y-la-izquierda-triunfo-del-turbocapitalismo.html

En suivant les "aventures de la dialectique", comme les appelait Merleau-Ponty, le passage au turbocapitalisme (ou capitalisme absolu-totalitaire) peut être interprété comme la transition historique d'une forme de capitalisme caractérisée par la présence de deux classes (bourgeoise et prolétarienne) à une forme inédite de capitalisme "post-classe", qui ne se distingue plus par l'existence de classes au sens strict (en tant que subjectivité in se et per se) et qui, en même temps, se caractérise par une inégalité maximale. Ce processus évolutif a également déterminé la raison profonde de l'obsolescence de la dichotomie gauche-droite, "deux mots désormais inutiles".

Par capitalisme "post-classe", c'est-à-dire littéralement "sans classe", il ne faut pas entendre un mode de production dépourvu de différences individuelles et collectives en matière de connaissance, de pouvoir, de revenu et de consommation. En effet, ces différences augmentent de manière exponentielle dans le contexte de la cosmopolitisation néolibérale (dont le mot d'ordre est précisément le slogan "Inégalités"). Mais pas en formant, en soi et pour soi, des "classes" en tant que subjectivités conscientes et porteuses de différences culturelles et idéelles. Car en tant que "classes", en soi et par soi, ni le Serviteur national-populaire ni le Seigneur mondial-élitiste ne peuvent être pris en considération. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, au moment où - à Berlin, en 1989 - le capital commence à devenir plus classiste que jamais et à donner lieu à des inégalités plus radicales qu'auparavant, les classes comprises comme des groupes dotés d'une "en-soi-ité" et d'une "pour-soi-ité" seront éclipsées. Plus concrètement, les prolétaires ne cessent pas d'exister et augmentent même en nombre, du fait de la concentration de plus en plus asymétrique du capital. Mais ils ne possèdent plus la "conscience de classe" antagoniste et, à proprement parler, le prolétariat lui-même devient un "précariat", condamné à la flexibilité et au nomadisme, à la mobilité et à la rupture de tout lien solide, en fonction des nouveaux besoins systémiques du turbo-capitalisme. La classe bourgeoise, quant à elle, perd sa conscience malheureuse et, avec elle, sa condition matérielle d'existence. Elle se prolétarise et, depuis 1989, plonge progressivement dans l'abîme de la précarité.

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Tant que le système capitaliste, dans sa phase dialectique, était caractérisé par la division en deux classes et deux espaces politiques opposés, il était, dès le départ, intrinsèquement, fragile. En effet, il était traversé par des contradictions et des conflits, qui se manifestaient dans la conscience bourgeoise malheureuse, dans les luttes prolétariennes pour la reconnaissance du travail, dans les utopies futuristes de réorganisation du monde et enfin dans le programme "rédempteur" de la gauche (qu'elle soit socialiste-réformiste ou communiste-révolutionnaire). D'un point de vue hégélien, le capital se trouve dans son propre être-autre-que-soi, dans son propre éloignement de soi qu'il doit dialectiquement "surmonter" afin de pouvoir coïncider pleinement avec lui-même sous la forme d'un dépassement de sa propre négation.

Le Capital, comme la Substance dont parle Hegel, coïncide avec le mouvement de dépossession de soi et avec le processus de devenir autre-que-soi-avec-soi. Il s'agit donc de l'égalité auto-constitutive après la division. Pour le dire encore avec Hegel, il s'agit de devenir égal à soi-même à partir de son propre être-autre. Son essence n'est pas la Selbständigkeit abstraite, l'égalité immobile avec elle-même, mais le "devenir égal à soi-même" : l'identité "avec soi-même" n'est pas donnée, mais est atteinte comme résultat du processus. C'est pourquoi, à l'instar de l'Esprit théorisé par Hegel, le Capital peut aussi être compris comme das Aufheben des/seines Andersseyns, "le dépassement de son propre être-autre". En se développant au rythme de son propre Begriff, c'est-à-dire - selon la Science de la Logique - comme une réalité ontologique en développement dialectique, le capitalisme produit un dépassement à la fois des classes antagonistes, de la dichotomie gauche-droite et, en perspective, de tout autre élément dialectique capable de menacer sa reproduction.

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En particulier, ce processus, sur la pente qui va de 1968 à 1989 et de là à aujourd'hui, se développe - comme l'a montré Preve - en subsumant sous le capital toute la sphère des antagonismes et des contestations, tant de la part de la droite (traditionalisme culturel in primis et protestations de la petite bourgeoisie contre la prolétarisation), que - surtout - de la part de la gauche, qu'elle soit démocratique, socialiste ou communiste (réformisme keynésien, pratiques redistributives, welfarisme, praxis révolutionnaire, utopie de la réorganisation égalitaire de la société). La droite et la gauche sont dialectiquement "dépassées" (aufgehoben), au sens hégélien du terme. Elles se transforment en parties abstraitement opposées et concrètement interchangeables de la reproduction capitaliste. Ils apparaissent comme des pôles qui, alternant dans la gestion du statu quo, nient l'alternative. Et ils trompent les masses sur l'existence d'une pluralité qui, en réalité, a déjà été résolue pour toujours dans le triomphe prédéterminé du parti unique articulé du turbo-capitalisme.

C'est pourquoi le dépassement du binôme gauche-droite ne doit être compris ni comme le simple résultat d'une "trahison" des leaders de la gauche, ni comme une subtile tentative contemporaine de la droite radicale d'infiltrer le "monde des gentils". Au contraire, il s'agit d'un processus en acte co-essentiel à la logique dialectique du développement du capital. Et en synthèse, l'incapacité à interpréter correctement le contexte réel constitue l'erreur des tentatives herméneutiques encore généreuses et naïves du vieux marxisme survivant, encore guidées par la prétention illusoire de superposer au turbo-capitalisme les contours du cadre dialectique précédent maintenant dissous, tombant ainsi dans le théâtre de l'absurde; un théâtre de l'absurde sur la scène duquel on continuerait à représenter le conflit entre la bourgeoisie et le prolétariat, et par conséquent, on pourrait "refonder" la gauche par un retour au passé injustement oublié (alors que la vérité crue est que le conflit réellement existant, aujourd'hui, est celui entre "le haut" et "le bas", entre le "haut" de l'oligarchie financière et le "bas" des classes moyennes et des travailleurs, de plus en plus réduits à la misère).

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La gauche ne peut se refonder principalement pour deux raisons: a) le cadre historique a muté (ce qui nécessite donc de nouveaux paradigmes philosophico-politiques qui comprennent et contestent opérationnellement la mondialisation capitaliste et le néolibéralisme progressiste); b) elle héberge depuis son origine dans une partie d'elle-même - comme l'a montré Michéa - un double vulnus fondamental : 1) la conception du progrès comme rupture nécessaire avec les traditions et les liens antérieurs, c'est-à-dire l'élément décisif qui le conduira infailliblement à adhérer au rythme du progrès néolibéral; et 2) l'individualisme hérité des Lumières, qui conduit nécessairement à la monadologie concurrentielle néolibérale. La défense de la valeur individuelle contre la société d'Ancien Régime s'inverse dans l'individualisme capitaliste et son anthropologie monadologique, de même que le renversement en bloc des traditions génère l'intégration de l'individu non plus dans la communauté égalitaire, mais dans le marché mondial des biens de consommation.

Le fondement du capitalisme absolu-totalitaire, dans le contexte socio-économique, n'est plus la division entre la bourgeoisie de droite et le prolétariat de gauche. Et ce n'est même pas, politiquement, l'antithèse entre la droite et la gauche. Le nouveau fondement du capitalisme mondial est la généralisation non-classiste et omni-homologisante de la forme marchandise dans toutes les sphères du symbolique et du réel. C'est précisément parce qu'il est absolu et totalitaire que le capitalisme surmonte et résout - au sens capitaliste du terme - les divisions qui menacent sa reproduction de diverses manières. C'est pourquoi le turbo-capitalisme n'est ni bourgeois ni prolétarien. Il n'est pas non plus de droite ou de gauche. En fait, il a dépassé et résolu ces antithèses, valables et opérantes dans sa phase dialectique précédente.

Avec l'avènement du turbo-capitalisme, le prolétariat et la bourgeoisie sont "dépassés" et "dissous" - non pas "in se" et "per se" (en soi et pour soi), dirait-on avec Hegel - dans une nouvelle plèbe post-moderne de consommateurs individualisés et résilients, qui consomment des marchandises avec une euphorie stupide et supportent avec une résignation désenchantée le monde subsumé sous le capital, c'est-à-dire un monde de plus en plus inhabitable écologiquement et déshumanisé anthropologiquement. D'où la société de Narcisse, le dieu postmoderne des selfies, des "autoportraits" de gens tristes qui s'immortalisent en souriant.

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De même, droite et gauche sont "dépassées" et "dissoutes" dans une homogénéité bipolaire, articulée selon la désormais perfide alternance sans alternative d'une droite néolibérale peinte en bleu et d'une gauche néolibérale peinte en fuchsia. Ils ne se battent pas pour une idée différente et peut-être opposée de la réalité, fondée sur des ordres de valeurs différents et sur leurs Weltanschauungen irréconciliables. Au contraire, ils rivalisent pour réaliser la même idée de la réalité, celle décidée souverainement par le marché et le bloc oligarchique néolibéral, par rapport à laquelle ils jouent désormais le rôle de simples majordomes, bien que dans une livrée de couleur différente. Au sommet, sur la passerelle de contrôle, il y a une nouvelle classe post-bourgeoise et post-prolétarienne, qui n'est ni de droite ni de gauche, ni bourgeoise ni prolétarienne. C'est la classe du patriciat financier cosmopolite qui, plus précisément, est de droite en économie (compétitivité sans frontières et marchandisation intégrale du monde), de centre en politique (alternance sans alternative du centre-droit et du centre-gauche également néolibéraux), et de gauche en culture (ouverture, dérégulation anthropologique et progressisme comme philosophie du plus jamais ça).

En bref, la transition vers la nouvelle figure du capitalisme absolu-totalitaire se développe le long d'une trajectoire qui nous suit de 1968 au nouveau millénaire, en franchissant la date fondatrice de 1989. En effet, de 1968 à nos jours, le capitalisme a dialectiquement "surmonté" (aufgehoben) la contradiction qu'il avait lui-même provoquée dans la phase antithétique-dialectique, représentée par le double nœud d'opposition entre bourgeoisie et prolétariat, et entre droite et gauche. Ainsi, le capitalisme actuel absolu-totalitaire se caractérise: d'une part, par l'éclipse du lien symbiotique entre les deux instances de la "conscience malheureuse" bourgeoise et des "luttes pour la reconnaissance du travail servile" prolétariennes ; et d'autre part, par l'élimination de la polarité entre la droite et la gauche, désormais convertie en deux ailes de l'aigle néolibéral. Le turbo-capital a "dépassé" ces antithèses, propres au moment de l'"immense puissance du négatif" (c'est-à-dire de l'être-autre-de-soi), et les a "subsumées" sous lui-même, en reconquérant sa propre identité avec lui-même à un niveau plus élevé que dans la phase thétique, comme le fruit du passage par son propre auto-étranglement.

mardi, 24 octobre 2023

Diego Fusaro: La mondialisation néolibérale, une nouvelle foi religieuse

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La mondialisation néolibérale, une nouvelle foi religieuse

Diego Fusaro

Source: https://geoestrategia.es/noticia/41653/opinion/globalizacion-neoliberal-una-nueva-fe-religiosa.html

Selon la syntaxe de Gramsci, il y a "idéologie" quand "une classe donnée réussit à présenter et à faire accepter les conditions de son existence et de son développement de classe comme un principe universel, comme une conception du monde, comme une religion".

Le point culminant esquissé par Gramsci est tout à fait pertinent si l'on se réfère à l'idéologie de la mondialisation comme nature donnée, irréversible et physiologique (globalismus sive natura). Dans le cadre du Nouvel Ordre Mondial post-1989 et de ce qui a été défini comme "le grand échiquier", elle se présente comme un "principe universel", parce qu'elle est indistinctement acceptée dans toutes les parties du monde (c'est ce qu'on pourrait appeler la globalisation du concept de globalisation) et, en même temps, elle est aussi assumée par les dominés, qui devraient s'y opposer avec la plus grande fermeté. Elle se présente comme une vérité incontestable et universellement valable, qui ne demande qu'à être ratifiée et acceptée sous la forme d'une adaequatio cognitive et politique.

La mondialisation apparaît ainsi comme une "vision du monde", c'est-à-dire comme un système articulé et englobant, parce qu'elle a été structurée sous la forme d'une perspective unitaire et systématique, centrée sur la dénationalisation du cosmopolitisme et sur l'élimination de toutes les limitations matérielles et immatérielles à la libre circulation des marchandises et des personnes marchandisées, aux flux de capitaux financiers liquides et à l'extension infinie des intérêts concurrentiels des classes dominantes.

Enfin, elle prend la forme d'une "religion", parce qu'elle est de plus en plus vécue comme une foi indiscutable, largement située au-delà des principes de la discussion rationnelle socratique : celui qui n'accepte pas sans réfléchir et avec des références fidéistes le nouvel ordre mondialisé sera immédiatement ostracisé, réduit au silence et stigmatisé par la police du langage et les gendarmes de la pensée comme un hérétique ou un infidèle, menaçant dangereusement la stabilité de la catéchèse mondialiste et de ses principaux articles de foi (libre circulation, ouverture intégrale de toute réalité matérielle et immatérielle, compétitivité sans frontières, etc. ). La mondialisation coïncide donc avec le nouveau monothéisme idolâtre du marché mondial, typique d'une époque qui ne croit plus en Dieu, mais pas au capital.

D'une manière générale, la mondialisation n'est rien d'autre que la théorie qui décrit, reflète et, à son tour, prescrit et glorifie le Nouvel Ordre Mondial de classe post-westphalien, qui a émergé et s'est stabilisé après 1989 et qui - pour reprendre la formule de Lasch - a été idéologiquement élevé au rang de vrai et unique paradis. Tel est le monde entièrement soumis au capital et à l'impérialisme américano-centré des marchés de capitaux privés libéralisés, avec l'exportation collatérale de la démocratie de marché libre et du désir libre, et de l'anthropologie de l'homo cosmopoliticus.

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Le pouvoir symbolique du concept de mondialisation est si envahissant qu'il rend littéralement impossible l'accès au discours public à quiconque ose le remettre en question. En ce sens, il s'apparente davantage à une religion au credo obligatoire qu'à une théorie soumise à la libre discussion et à l'herméneutique de la raison dialogique.

À travers des catégories devenues des pierres angulaires du néo-langage capitaliste, toute tentative de limiter l'envahissement du marché et de contester la domination absolue de l'économie mondialisée et américano-centrée est diabolisée comme "totalitarisme", "fascisme", "stalinisme" ou même "rouge-brunisme", la synthèse diabolique de ce qui précède. Le fondamentalisme libéral et le totalitarisme mondialiste du marché libre démontrent également leur incapacité à admettre, même ex hypothesi, la possibilité théorique d'autres modes d'existence et de production.

Toute idée d'un contrôle possible de l'économie et d'une éventuelle réglementation du marché et de la société ouverte (avec un despotisme financier intégré) conduirait infailliblement, selon le titre d'une étude bien connue de Hayek, vers la "route du servage". Hayek l'affirme sans euphémisme : "le socialisme, c'est l'esclavage".

De toute évidence, le théorème de von Hayek et de ses acolytes ne tient pas compte du fait que le totalitarisme n'est pas seulement le résultat d'une planification politique, mais peut aussi être la conséquence de l'action concurrentielle privée des règles politiques. Dans l'Europe d'aujourd'hui, d'ailleurs, le danger n'est pas à chercher du côté du nationalisme et du retour des totalitarismes traditionnels, mais plutôt du côté du libéralisme de marché hayékien et de la violence invisible de la matraque subtile de l'économie dépolitisée.

Il est donc impératif de décoloniser l'imaginaire des conceptions hégémoniques actuelles de la mondialisation et d'essayer de redéfinir son contenu d'une manière alternative. Cela nécessite une nouvelle compréhension marxienne des relations sociales comme étant mobiles et conflictuelles, là où le regard chargé d'idéologie n'enregistre que des choses inertes et aseptisées, rigides et immuables.

En d'autres termes, il est nécessaire de déconstruire l'image hégémonique de la mondialisation, en montrant son caractère de classe et non de neutralité.

Lorsqu'elle est analysée du point de vue des classes dirigeantes mondialistes, la mondialisation peut en effet sembler enthousiaste et très digne d'être louée et valorisée.

Par exemple, Amartya Sen la célèbre avec insistance pour sa plus grande efficacité dans la division internationale du travail, pour la baisse des coûts de production, pour l'augmentation exponentielle de la productivité et - dans une mesure nettement plus discutable - pour la réduction de la pauvreté et l'amélioration générale des conditions de vie et de travail.

Il suffit de rappeler, à l'aube du nouveau millénaire, que l'Europe compte 20 millions de chômeurs, 50 millions de pauvres et 5 millions de sans-abri, alors qu'au cours des vingt dernières années, dans cette même Europe, les revenus totaux ont augmenté de 50 à 70 %.

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Cela confirme, d'une manière difficilement réfutable, le caractère de classe de la mondialisation et du progrès qu'elle génère. Du point de vue des dominés (et donc vue "d'en bas"), elle s'identifie à l'enfer très concret du nouveau rapport de force technocapitaliste, qui s'est consolidé à l'échelle planétaire après 1989 avec l'intensification de l'exploitation et de la marchandisation, du classisme et de l'impérialisme.

C'est à cette duplicité herméneutique, qui préside à la duplicité de classe dans le contexte très fracturé de l'après-1989, que renvoie l'interminable débat qui a intéressé et continue d'intéresser les deux foyers de cette contraposition frontale : d'une part, les apologistes de la mondialisation ; d'autre part, ceux qui sont engagés dans l'élaboration des cahiers de doléances du mondialisme.

Les premiers (que l'on peut globalement qualifier de "mondialistes", malgré la pluralité kaléidoscopique de leurs positions) vantent les vertus de la marchandisation du monde. Au contraire, les seconds (qui ne coïncident que partiellement avec ceux que le débat public a baptisés "souverainistes") soulignent les contradictions et le caractère éminemment régressif du cadre antérieur centré sur les souverainetés nationales.

En bref, et sans entrer dans les méandres d'un débat pratiquement ingérable par la quantité des contenus et la diversité des approches, les panégyristes du mondialisme insistent sur la façon dont la mondialisation étend au monde entier la révolution industrielle, les progrès et les conquêtes de l'Occident ; ou, en d'autres termes, sur la façon dont elle "universalise" les réalisations d'une humanité en quelque sorte comprise comme "supérieure" et donc habilitée à organiser la "file unique" du développement linéaire de tous les peuples de la planète.

Même les auteurs les plus sobrement sceptiques quant à la valeur axiologique de la mondialisation, comme Stiglitz, semblent souffrir d'une attirance magnétique et finalement injustifiée pour le travail de transformation du monde en marché. Pour Stiglitz et son optimisme réformateur, ce processus, qui en même temps "planétarise" l'inégalité et la misère capitaliste, ne mérite pas d'être abandonné en raison des évolutions et des changements qu'il pourrait susciter.

samedi, 21 octobre 2023

Argentine: Milei, dit « La Perruque », bientôt à la Maison rose ?

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Argentine: Milei, dit «La Perruque», bientôt à la Maison rose ?

par Georges FELTIN-TRACOL

Le 22 octobre prochain va se dérouler en Argentine un scrutin présidentiel. Après un mandat chaotique de quatre ans miné par une inflation annuelle de 125 % et un taux de pauvreté avoisinant les 50 % de la population, l’actuel chef de l’État, Alberto Fernández, péroniste de centre-gauche, ne se représente pas. L’ancienne présidente péroniste de gauche de 2007 à 2015, Cristina Kirchner, qui est la vice-présidente, passe elle aussi son tour. Rappelons qu’en 2023, le péronisme a perdu tous ses axes fondamentaux et occupe tout le champ politique, de l’extrême gauche à la droite radicale sans oublier le centrisme. On attend cependant un écologisme péroniste ou un péronisme écologique…

Le candidat des dirigeants sortants est l’actuel ministre de l’Économie, Sergio Massa. Face à lui, le vieux parti Union civique radicale en coalition avec d’autres formations présente Patricia Bullrich, ministre de la Sécurité (de l’Intérieur si l’on veut) de 2015 à 2019 sous la présidence du libéral Mauricio Macri. Myriam Bregman porte les couleurs du Front de Gauche et des Travailleurs. Quant à l’actuel gouverneur de Córdoba, Juan Schiaretti, il incarne un centre-gauche modéré anti-kirchnériste et mécontent de la politique erratique de Macri. Mais ces quatre candidats à la « Maison rose », le siège de la présidence, craignent un cinquième que la presse surnomme « El Peluca » (« la Perruque ») en raison de sa coiffure excentrique : Javier Milei.

Aux élections primaires, obligatoires et simultanées du 13 août dernier, Javier Milei est arrivé en tête avec 29,86%. Ce député fédéral de Buenos Aires élu en 2021 met chaque mois à la loterie son indemnité parlementaire de  350.000 pesos (environ 2.900 euros). Les chaînes de télévision retransmettent en direct l’événement. C’est en 2014 que les animateurs radiophoniques et de télévision ont commencé à inviter cet économiste qui aborde la situation économique et politique du pays. Sa franchise et ses coups d’éclats verbaux en font vite une vedette médiatique.

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Né dans la capitale argentine en 1970 d’un père chef d’entreprise de transports et d’une mère au foyer, Javier Milei s’essaye d’abord au football, puis au rock avant de suivre des cours d’économie et de décrocher un diplôme. Dans un pays où l’héritage interventionniste péroniste demeure fort présent dans les esprits, Milei se veut iconoclaste. Ce lecteur attentif de l’« École de Vienne » (Hayek par exemple) aime dénoncer la « caste politicienne parasite ». Ainsi prône-t-il la libération de l’Argentine ou, plus exactement, sa « libéralisation » : réduction draconienne des dépenses publiques, baisse massive des impôts, suppression des ministères de l’Éducation, de la Santé, de la Condition féminine, des Travaux publics et du Développement social, abandon de la gratuité de l’instruction, dissolution de la Banque centrale argentine, fin du contrôle des changes, arrêt du protectionnisme économique et recours au libre-échange total. Si Javier Milei se réclame du président faussement péroniste Carlos Menem (1989 – 1999), il apprécie beaucoup ce grand humaniste d’Al Capone. Il déteste en revanche le « pape » Bergoglio en qui il voit un fourrier du communisme.

Plus que libéral, Javier Milei est en réalité libertarien. Les Européens connaissent mal cette pensée politique. En 1988, Pierre Lemieux publie aux PUF dans la célèbre collection « Que sais-je ? », n° 2406, L’anarcho-capitalisme, c’est-à-dire la théorie d’une société sans aucun État dans laquelle toutes les relations humaines dépendraient du contrat et du droit. En 2009, Sébastien Caré sortait encore aux PUF dans la collection « Fondements de la politique » La pensée libertarienne. Genèse, fondements et horizons d’une utopie libérale. Pour cet auteur, les libertariens quittent le milieu conservateur et tombent à gauche. Dans les faits, en minarchiste fidèle à l’enseignement de Murray Rothbard, d’Ayn Rand et de Robert Nozick, Milei conçoit un « État minimal » réduit à ses seules fonctions régaliennes. Ainsi veut-il la liberté du port d’arme, la vente des organes humains, la légalisation de toutes les drogues. Il ne s’oppose ni au mariage pour tous, ni au changement de genre à la condition que cela ne coûte rien aux finances publiques. Il propose la dollarisation de l’économie. Le dollar des États-Unis remplacerait le peso et deviendrait la seule monnaie officielle. En revanche, ce climatosceptique avéré rejette l’avortement et le féminisme. Pourtant, il a choisi pour la vice-présidence la députée Victoria Villarruel accusée de nostalgie envers la junte militaire (1976 – 1983). Âgée de 50 ans, Karina dirige d’une main de fer la campagne de son frère si bien que de mauvais esprits la décrivent comme la véritable cheftaine…

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Javier Milei a vécu en couple avec une célèbre chanteuse du cru. Désormais célibataire, il ne cache pas son hostilité à l’institution du mariage. Catholique de culture féru d’occultisme, il a déjà fait cloner l’un de ses chiens et a remercié les quatre autres décédés le soir de sa victoire aux primaires. Il organiserait des séances de spiritisme avec des tables tournantes afin de discuter avec ses chiens défunts.

Si existe depuis 2018 un Parti libertarien, Javier Milei a lancé son propre mouvement, La Libertad avanza (La Liberté avance), qui, pour l‘échéance présidentielle, s’est associée avec d’autres partis libéraux-conservateurs et des partis provinciaux assez anti-péronistes. Le système médiatique le soupçonne de proximité avec le parti espagnol Vox.

Suivi sur les réseaux sociaux par plus de cinq millions d’abonnés, Javier Milei considère que « la redistribution des richesses est un acte violent ». Il justifie sa chevelure exubérante en avouant être peigné par « la main invisible du marché ». En politique étrangère, ce super-atlantiste regrette l’entrée prochaine de l’Argentine dans les BRICS et soutient autant Israël que l’Ukraine. Il a enfin à plusieurs reprises mentionné devant micros et caméras son éventuelle conversion au judaïsme, bien sûr libéral. On est très loin d’une figure nationale-conservatrice, illibérale ou nationale-révolutionnaire...

Si Javier Milei devient le 54e chef d’État de l’Argentine, il est peu probable que son alliance électorale obtienne la majorité absolue au Congrès (Sénat et Chambre des députés). Dans un régime présidentiel tel que l’Argentine, le blocage risque alors de devenir permanent. Le chef de cabinet des ministres d'Argentine, soit l’équivalent du Premier ministre et du Secrétaire général de l’Élysée, devra pratiquer un art élevé de la séduction, du compromis et de la négociation auprès de parlementaires plus ou moins rétifs. Sa possible victoire peut aussi cristalliser l’activisme des forces de gauche et d’extrême gauche. En 2021, son slogan pendant la campagne législative était : « Je ne suis pas venu ici pour guider des agneaux mais pour réveiller les lions ! » Au pays des pumas, cette allusion féline relève de ses habituelles saillies.  

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 88, mise en ligne le 20 octobre 2023 sur Radio Méridien Zéro.

vendredi, 01 septembre 2023

9/11: Origines et développement du néolibéralisme

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9/11: Origines et développement du néolibéralisme

Carlos X. Blanco

Le néolibéralisme a commencé le 11 septembre. Mais ce n'est pas le 11 septembre 2001, date à laquelle ont été commis les attentats contre les tours jumelles de New York, causant des milliers de morts dans cette ville et, immédiatement après, des centaines de milliers d'autres dans le reste du monde, avec la pléthore des guerres "justifiées" par l'Empire, victime de ces attentats. Non : le libéralisme a commencé exactement trois décennies plus tôt : le 11 septembre 1973. Cette terrible date inaugurale a également eu lieu dans les Amériques, mais dans l'hémisphère sud : au Chili.

Dans une démocratie consolidée, dans l'une des républiques hispaniques les plus avancées sur le plan éducatif et social, dirigée par un gouvernement désireux d'exercer sa souveraineté sur les ressources du pays et au profit de son peuple, c'est-à-dire la démocratie chilienne, les néolibéraux de Chicago ont décidé d'entreprendre une expérience.

Leur premier 11 septembre destiné à changer le monde est, comme le second, sans subtilité. Bombarder le palais présidentiel, faire descendre des chars dans les rues, utiliser des troupes et des avions pour intimider la population. Arrêter, torturer et assassiner des milliers de personnes. Instaurer un régime de terrorisme d'État dans lequel l'État devient un instrument féroce contre son propre peuple, et où les forces armées - qui ont juré de défendre leur patrie et de défendre leur peuple, auquel elles appartiennent - sont transformées en gorilles et en voyous à la solde d'une mafia étrangère d'économistes yankees. Une mafia dirigée par les Friedman et les Hayek, loués et fêtés dans tout l'Occident, endoctrinés dans des théories ridicules de "liberté" qui, dans l'économie orthodoxe du monde capitaliste bourgeois lui-même, étaient minoritaires. Mais vous savez que les théories les plus anthropologiquement absurdes, si elles sont soutenues par la CIA, le Pentagone et des millions d'euros d'armes et de pots-de-vin, sont des doctrines qui sont souvent imposées.

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La dictature militaire, comme je l'ai lu ici chez de nombreux libéraux anglophiles, ferait partie de la "morbidité hispanique". Si l'on regarde l'Espagne en 1973, on y voit aussi un régime général né d'une violence originelle et sans démocratie dans le pays depuis 1939, ou même avant, si l'on considère le coup d'État ("soulèvement") de 1936. Si l'on remonte au moins jusqu'à la guerre d'indépendance contre Napoléon, tout le 19ème siècle espagnol, ainsi que celui de l'Amérique latine, n'est qu'une suite de "coups d'État" et de "soulèvements" militaires (les "espadones"). Il semble que les coups d'État et l'allergie à la démocratie soient dans le sang des Espagnols des deux hémisphères.

J'ai toujours trouvé ironique que les amis de la légende noire anti-hispanique dénoncent avec une telle régularité la "morbidité hispanique" des dictatures militaires et, en même temps, se taisent sur les machinations britanniques et yankees qui peuvent si souvent les expliquer. La prétendue "morbidité" de la race hispanique devrait plutôt être considérée comme une double morbidité : la morbidité des Anglo-Saxons, depuis qu'ils sont devenus un peuple de pirates, c'est-à-dire depuis le 16ème siècle, un peuple et un royaume de pirates consistant à briser des nations et à réduire des peuples en esclavage. L'idiotie hispanique, je veux bien le reconnaître, consiste à les laisser faire. Mais l'impitoyabilité pirate et prédatrice des deux empires anglo-saxons ne me semble pas pouvoir être sérieusement liée à un quelconque idéal de "liberté". Nos libéraux et néo-libéraux, même s'ils maltraitent la langue de Cervantès, le font.

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Ce premier 11 septembre a été terrible. Autour de lui, le continent américain était rempli de dictatures militaires. En 1976, la démocratie argentine survivait à peine, mais un coup d'État à cette date y mit fin et installa un régime de terreur, frère de celui du Chili en termes de férocité. La stratégie néolibérale des Américains était implacable : la liberté des marchés exigeait la réification et l'avilissement maximum du peuple. Torture, mort, disparition, extinction de la loi, vol d'enfants, techniques de terreur psychologique... Exactement ce que nous voyons aujourd'hui dans le "jardin" ukrainien de Zelensky et Borrell, mais que nous avons connu il y a plusieurs décennies en Amérique latine.

Comme le disent d'éminents philosophes italiens (Preve, Lazzarato, Fusaro), le néolibéralisme n'est pas exactement une phase ou un ornement idéologique du capitalisme. En réalité, le néolibéralisme est la méthode de "gouvernance" de l'empire américain, avec l'aide des vestiges mourants de l'empire britannique (non moins dangereux) pour préserver ses taux de profit et ses activités d'extraction prédatrices, même au prix du maintien du chaos. Son "ordre" n'est rien d'autre que la production croissante du chaos. Ce chaos grandit et se répand au sein même des populations des empires pirates. Les Américains "moyens" ne comprennent pas pourquoi tant de guerres à l'étranger, tant d'impérialisme et tant de pillage ne signifient pas une amélioration pour eux. Cette situation, qui pourrait être interprétée comme la situation habituelle dans l'histoire des empires (les bénéfices d'un empire prédateur vont principalement à une élite et le peuple est laissé à lui-même), est néanmoins différente et unique dans l'histoire : jamais un empire n'a généré autant de chaos autour de lui et dans ses propres entrailles, et ce non pas pour son propre bénéfice, mais pour les élites privées, anonymes et cachées qui le dirigent. Jamais l'État impérial n'a été instrumentalisé à ce point. L'Empire yankee est aujourd'hui un cheval emballé qui semble n'obéir qu'à un cavalier fou, fonçant tête baissée vers l'abîme. Le cheval détruit tout sur son passage et n'est efficace que dans ses effets destructeurs, jamais dans ses effets positifs.

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Lorsque Naomi Klein, au début du siècle, a développé sa Shock Doctrine (2007), elle a eu raison d'inclure les techniques psychologiques d'endoctrinement, de terrorisme et de vidage de conscience parmi les armes les plus efficaces des Américains (et des Anglo-Saxons) pour compléter l'action de leurs militaires - nationaux ou étrangers -, de la contre-guérilla et des politiciens autochtones perfides. L'École de Francfort elle-même avait proposé des résultats psychosociaux allant dans le même sens pendant une grande partie du siècle précédent. Des résultats sur les techniques mentales et médiatiques qui pouvaient être perçus de manière ambiguë : comme une dénonciation de ce que le capitalisme a l'intention de nous faire, ou comme des outils au service du capitalisme lui-même, qui, de manière suspecte, finançait une école "critique", oui, très critique, mais qui, en même temps, n'était pas une école "critique", mais une école "critique". Elle était ouvertement antisoviétique, et remplaçait la "science révolutionnaire" par une approche "critique" qui n'était en réalité qu'un nouveau conformisme, pas du tout mal à l'aise avec le dollar qui la payait.

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Vingt ans après la chute des tours jumelles et la croisade américaine contre l'"Axe du mal", et un demi-siècle après le coup d'État néolibéral confié à Pinochet et à sa junte militaire, il convient de faire le point et de dessiner un paysage conceptuel très fin et rigoureux du néolibéralisme. Le penseur franco-italien (fortement contaminé par le jargon philosophico-psychanalytique des penseurs français des années 1970), Maurizio Lazzarato (1955), est actuellement l'un des meilleurs analystes de l'"Empire du dollar". En se soumettant à cette monnaie, une grande partie des nations du monde finance le chaos consubstantiel au mode de "gouvernance" que l'empire yankee exerce sur la planète. Aucune des puissances qui existaient en 1898 n'a tenu tête au mastodonte yankee ; elles ont cru pouvoir trouver un modus vivendi avec la pseudo-engeance nationale qui était alors une puissance émergente ayant porté le coup de grâce à l'empire espagnol dans une guerre illégale contre la momie qui conservait encore des prolongements outre-mer en Asie et dans les Caraïbes.

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Le monde a fermé les yeux à la fin du 19ème siècle et n'a pas voulu comprendre ce qui se préparait : la combinaison des techniques journalistiques les plus sournoises (véritable "ingénierie sociale" de l'époque) avec la pratique du génocide de masse : camps d'extermination, terrorisme colonial par massacres systématiques, comme le million d'ex-espagnols philippins exécutés dès la "libération" de l'archipel.

Le monde se réjouit de la montée en puissance de la "jeune nation américaine" et de la ramification de ses tentacules, d'abord aux dépens de l'Espagne, puis aux dépens de tous les autres. L'ingénierie sociale et le terrorisme psychologique très efficaces des Américains gagneront les batailles les plus difficiles, celles que les marines, toujours douteux en termes de virilité et de qualité militaire professionnelle, ne pourront pas gagner à eux seuls.

L'Europe est tombée aux pieds de l'empire du dollar lorsque la guerre a éclaté en 1914. Lazzarato a tout à fait raison de qualifier cette catastrophe de "guerre civile". Les guerres du dollar sont toutes des guerres civiles, même si le carnage nécessite des drapeaux "nationalistes". Les ouvriers allemands tirent de leurs tranchées sur les ouvriers français ou anglais, et vice-versa : c'est la fin de l'internationalisme. Il n'y a plus d'histoire à raconter. Le socialisme a toujours été et sera toujours un socialisme national. Une autre chose est qu'un jour le moral des peuples atteindra des sommets et qu'une véritable solidarité entre les peuples s'établira au-dessus des machinations de leurs élites respectives, c'est-à-dire au-dessus des desseins et des machinations du Capital. Mais à quoi bon faire une "histoire de l'avenir", à quoi bon souhaiter une boule de cristal pour y voir, au fond, nos désirs les plus candides et non l'avenir réel ?

9782354800963_internet_w290.jpgLazzarato décèle dans la dette le principal mécanisme de domination de notre époque. Les individus et les peuples sont pris au piège d'un dispositif infernal, d'un véritable esclavage. L'"aide", si elle est acceptée, signifie une perte de souveraineté, une perte de décision sur les questions ultimes et transcendantales. L'économie mondiale, financiarisée à outrance, est un immense piège qui attire, comme les toiles d'une araignée mortelle, les unités susceptibles de s'endetter par des mécanismes financiers indépendants du degré de richesse ou de misère de l'entreprise ou du peuple endetté. Cela signifie que ce ne sont pas nécessairement ceux qui "n'ont pas" d'argent à payer qui s'endettent, mais ceux qui en ont déjà, mais qui ont "besoin de plus", qui s'endettent souvent. Beaucoup d'entreprises, d'individus et d'États atteignent cette catastrophe de l'endettement sans retour précisément parce qu'ils souffrent du "développementalisme", de la "croissance". Accroissant leurs besoins par l'accumulation de richesses et la nécessité d'une "croissance soutenue", ils se soumettent aux règles étrangères de la financiarisation de l'économie et perdent toute souveraineté.

À la souveraineté économique s'ajoute la souveraineté éducative, culturelle et diplomatique. Les pays et les peuples destinés à disparaître (l'Espagne en fait partie, ne vous y trompez pas) sont ceux qui s'obstinent à céder d'immenses pans de leur souveraineté dans toutes sortes de chapitres sous prétexte de "financer" un développement qui n'en est pas un. Tous les secteurs directement productifs sont détruits : agricoles, industriels. Il ne reste pratiquement plus rien du secteur des services où se nichent les pires larves de la surexploitation et du "précariat". Le néolibéralisme n'est donc pas le capitalisme. Le néolibéralisme est plutôt une certaine combinaison synergique de manipulations et de violences sociales et psychologiques permettant à quelques élites très déterminées d'imposer leur empire du chaos et de maintenir ainsi leur domination mondiale sur le plus grand nombre possible d'individus, d'entreprises, de peuples et d'États. Il est clair que l'analyse marxiste classique qui parle d'une dialectique bipolaire entre le Capital et le Travail est une analyse trop abstraite, qui ne mène en aucun cas à une "lutte finale", comme le chante l'Internationale. Il est clair, après ce premier 11 septembre qu'a été le coup d'Etat chilien, que le capitalisme pouvait (et peut d'ailleurs) suivre plusieurs voies d'évolution. Nous le verrons bientôt dans le feu des mouvements des Russes, des Chinois, des Indiens, de l'ensemble des pays BRICS. Le capitalisme est toujours le capitalisme, et cela inclut l'exploitation de la force de travail. Voilà pour ce qui est de l'analyse marxiste classique. Mais ce qu'il faut approfondir, voire bouleverser, c'est l'étude du capitalisme néolibéral. Cette sous-espèce est un conglomérat dans lequel, comme le disent Fusaro, Lazzarato, Douguine et d'autres, il n'y a pas de lignes de fracture entre la guerre, l'exploitation économique, la violence psychosociale. C'est une unité entière, granitique, qui étend ses griffes sur le globe et sur les hommes, quelle que soit leur condition. Le capital ainsi muté en néolibéralisme "hait tout le monde" et est une hyperbombe atomique : il est la menace permanente et définitive pour la vie - et pas seulement la vie humaine - sur cette planète.

17:45 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : actualité, néolibéralisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 09 août 2023

L'insaisissable catégorie libérale du totalitarisme

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L'insaisissable catégorie libérale du totalitarisme

Diego Fusaro

Source: https://posmodernia.com/la-escurridiza-categoria-liberal-del-totalitarismo/

Parmi les catégories philosophico-politiques qui rencontrent le plus de succès dans l'ordre du discours néolibéral, tant à droite qu'à gauche, figure celle de "totalitarisme", en particulier dans le sens conceptualisé jadis par Hannah Arendt dans son ouvrage Les origines du totalitarisme (1951). À travers cette catégorie, c'est toute l'histoire du "petit siècle" qui est réinterprétée de manière tératomorphique comme une succession de gouvernements despotiques et génocidaires, rouges et bruns, ennemis de la société ouverte prônée par Popper. L'horreur du siècle court serait cependant déterminée par le happy end capitaliste de la Fin de l'Histoire (brevetée par Fukuyama) et le triomphe de la liberté universelle (traduite en termes réels par celui du libre marché planétaire). Toute l'histoire humaine se déroulerait ainsi dans l'ordre néolibéral, assumé de manière tout sauf idéologiquement neutre, comme la fin (end) et comme la fin (finalité) de l'histoire en tant que telle - selon le double sens du terme grec τέλος.

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Le haut degré idéologique de ce récit apparaît quel que soit le point de vue dans lequel on l'observe. Tout d'abord, le vingtième siècle, qui fut - comme le rappelle Badiou - le "siècle des passions politiques", se résout entièrement dans le règne sinistre de la terreur et du génocide, des goulags et des barbelés des camps d'extermination; des horreurs bien présentes, ça va sans dire, mais qui ne peuvent certainement pas conduire à ignorer tout ce qui a été différent et mieux produit pendant le "siècle court". Grâce à l'identification, loin d'être neutre, entre 20ème siècle et Totalitarisme, il ne reste en effet aucune trace de la passion utopique pour le dépassement de la prose du capitalisme, ni des conquêtes sociales des classes laborieuses, ni même des acquis en termes de droits et de pratiques démocratiques obtenus grâce au cadre des États-nations souverains. Selon le théorème "publicitaire" des nouveaux philosophes - eux-mêmes célébrés en leur temps comme un produit commercial de l'industrie culturelle - le Goulag devient la vérité de toute aspiration authentiquement socialiste. Et, synergiquement, les barbelés d'Auschwitz deviennent la vérité de toute défense de l'État national, de la souveraineté et de la tradition.

En plus d'hypothéquer la dimension utopique ouverte à la projection de futurs meilleurs, la rhétorique antitotalitaire remplit une fonction apologétique à l'égard du présent lui-même. En effet, elle suggère que, bien que rempli de contradictions et d'injustices, l'ordre néolibéral est toujours préférable aux horreurs totalitaires rouges et brunes qui ont envahi le "siècle court". Ainsi, le présent réifié n'est plus combattu en raison des contradictions qui le sous-tendent (exploitation et misère, inégalités et hémorragie constante des droits); il est au contraire défendu contre le retour possible du fascisme et du communisme.

La victoire du rapport de force capitaliste (Berlin, 1989) peut ainsi être idéologiquement élevée au rang de fait définitif de la Weltgeschichte. Cette dernière, après l'"immense puissance du négatif", mènerait son propre processus autotélique de mise en œuvre de la libre circulation des marchandises et des personnes commercialisées. Celui qui, sans réfléchir, ne reconnaît pas l'identification entre la liberté et le libre marché, entre la démocratie et le capitalisme, en essayant peut-être même de faire revivre le rêve éveillé d'une meilleure liberté et d'un exode hors de la cage d'acier du techno-capital sans frontières, sera donc ostracisé et vilipendé comme "totalitaire", "antidémocratique" et "illibéral" ; ou, dirait Popper, comme "ennemi de la société ouverte" qui, soit dit en passant, est l'une des sociétés les plus fermées de l'histoire, si l'on considère le degré d'exclusion socio-économique, en termes de droits fondamentaux et de nécessités de base, auquel un nombre croissant d'êtres humains sont condamnés.

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La rhétorique antitotalitaire fonctionne à plein régime grâce à son activation symétrique par la droite bleue et la gauche fuchsia. La première accuse la gauche - dans tous ses gradations et dans toutes ses couleurs - d'être de connivence avec la "folie totalitaire rouge" du maoïsme et du stalinisme. Elle veille donc à ce qu'elle reste attachée au dogme néolibéral, sans ouverture possible à un plus grand contrôle politique du marché et à d'éventuelles extensions des droits sociaux, pratiques qui sont elles-mêmes immédiatement pointées du doigt comme un retour au totalitarisme rouge. De manière analogue, la gauche fuchsia accuse la droite bleue d'être en permanence tentée par la "folie totalitaire noire ou brune", mussolinienne ou hitlérienne. Elle veille ainsi à ce que la néo-droite libérale reste toujours aussi attachée au credo néo-libéral, en délégitimant immédiatement comme "fascisme" toute tentative de re-souverainisation de l'Etat national, de résistance à la globalisation marchande et de protection des identités culturelles et traditionnelles des peuples. Cela révèle, une fois de plus, comment la droite et la gauche ont introjecté le noyau du fondamentalisme néolibéral, selon lequel - dans la syntaxe de Hayek - toute tentative politique de contrer la libre concurrence et le marché déréglementé conduit inexorablement au "chemin vers la servitude".

En vertu de cette logique néolibérale, qui réciproquement est logique de surveillance (et qui reconfirme donc la fonction déployée aujourd'hui par le clivage droite-gauche comme simple simulacre idéologique au profit de la classe dominante), la droite bleue et la gauche fuchsia se garantissent mutuellement leur propre pérennité stable dans le périmètre de la matrice libérale politiquement correcte de la Pensée Unique. Celle-ci focalise l'ennemi suprême sur l'État souverain keynésien et régulateur de l'économie, l'identifiant automatiquement au totalitarisme rouge et brun ou, plus rarement, à l'ens imaginationis du "totalitarisme rouge-brun". Et comme résultat de tout ce processus, le capitalisme lui-même réapparaît, de plus en plus ennobli et légitimé idéologiquement: en effet, aujourd'hui il est présenté - tant par la droite que par la gauche - comme le royaume de la liberté, comme le meilleur des mondes possibles, ou en tout cas comme le seul possible dans le temps de désenchantement qui reste après les atrocités des totalitarismes rouge et brun.

mardi, 01 août 2023

La dictature de la ploutocratie financière

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La dictature de la ploutocratie financière

Diego Fusaro

Source: https://posmodernia.com/la-dictadura-de-la-plutocracia-financiera/

Grâce aux processus de supranationalisation et à l'ordre du discours dominant, les peuples eux-mêmes sont de plus en plus convaincus que les décisions fondamentales ne dépendent pas de leur volonté souveraine, mais des marchés et des bourses, des "liens extérieurs" et des sources supérieures s'inscrivant dans un sens transnational. C'est cette réalité que les peuples, c'est-à-dire ceux d'en bas, "doivent" simplement seconder électoralement, en votant toujours et seulement comme l'exige la rationalité supérieure du marché et de ses agents.

"Les marchés apprendront aux Italiens à voter comme il faut", affirmait solennellement, en 2018, le commissaire européen à la programmation financière et au budget, Günther Oettinger, condensant en une phrase le sens de la "démocratie compatible avec le marché". Et, en termes convergents, l'eurotechnocrate Jean-Claude Juncker avait catégoriquement affirmé qu'"il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" ("Le Figaro", 29.1.2015). Des thèses comme celles qui viennent d'être évoquées, concernant une séparation prétendument nécessaire entre la représentation populaire et la sphère de la décision politique, auraient été considérées jusqu'à récemment comme des attaques réactionnaires, autoritaires et inadmissibles contre la démocratie. Avec la "bifurcation" de 1989, en revanche, elles sont devenues hégémoniques dans l'ordre du logos dominant : à tel point que quiconque ose les contester de quelque manière que ce soit est répudié comme "populiste" et "souverainiste".

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La droite et la gauche néolibérales appliquent chacune aujourd'hui les mêmes recettes économiques et sociales. Et ces dernières ne sont plus le fruit d'une négociation politique démocratique, puisque la souveraineté économique et monétaire des États-nations souverains a disparu. Les recettes sont donc imposées de manière autocratique par des institutions financières supranationales, qui ne sont pas légitimées démocratiquement (BCE, FMI, etc.). Et comme la droite bleue et la gauche fuchsia ne remettent pas en question les processus de dé-démocratisation et de supranationalisation de la prise de décision (qu'elles facilitent d'ailleurs le plus souvent), toutes deux finissent par légitimer la souveraineté de l'économie post-nationale et, avec elle, celle de la classe apatride de la ploutocratie néolibérale, qui se cache toujours derrière l'anonymat apparent d'entités "raisonnablement suprasensibles" telles que les marchés, les bourses ou la communauté internationale.

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Déjà en 1990, Norberto Bobbio affirmait que "par gauche, nous entendons aujourd'hui la force qui est du côté de ceux qui sont en bas, et par droite la force qui est du côté de ceux qui sont en haut". Même alors, Bobbio décrivait en détail la nature du clivage dans le cadre du capitalisme dialectique moderne, dans lequel la gauche représentait les intérêts des dominés (ceux d'en bas) et la droite les intérêts des dominants (ceux d'en haut). Cependant, Bobbio n'a pas déchiffré l'obsolescence de ce schéma herméneutique dans le cadre du nouveau capitalisme absolu-totalitaire: dans son scénario, comme cela devrait être clair maintenant, la gauche, pas moins que la droite, représente la partie, les intérêts et la perspective de ceux qui sont au sommet.

Par conséquent, au-delà de la perfide dichotomie droite-gauche, il est impératif de re-souverainiser l'économie afin de rétablir la primauté de la décision souveraine et, enfin, d'établir la souveraineté populaire, c'est-à-dire la démocratie en tant que κράτος du δῆμος. Car la souveraineté populaire coïncide avec une communauté maîtresse de son destin, donc capable de décider de manière autonome des questions clés de sa propre existence. La dichotomie entre le socialisme et la barbarie n'a pas cessé d'être valable : avec la novitas fondamentale, cependant, que tant la droite que la gauche se sont ouvertement rangées du côté de la barbarie. Par conséquent, un nouveau socialisme démocratique d'après la gauche doit être façonné.

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Les intellectuels organiques au service du capital - le nouveau clergé post-moderne - et les politiques inféodés au pouvoir néo-libéral - droite bleue et gauche fuchsia - maintiennent les classes dominées, le Serviteur national-populaire, à l'intérieur de la caverne mondialisée du capital. Elles convainquent les dominés que c'est le seul système viable. Et ils les incitent à choisir entre des alternatives fictives, qui sont également basées sur l'hypothèse de la caverne néolibérale comme un destin inéluctable, sinon comme le meilleur des mondes possibles. Contre le nouvel ordre mental et la mappa mundi forgée par le clergé intellectuel à l'appui du pôle dominant, nous devons avoir le courage d'admettre que l'antithèse entre la droite et la gauche n'existe aujourd'hui que virtuellement, en tant que prothèse idéologique pour manipuler le consensus et le domestiquer dans un sens capitaliste, selon le dispositif typique de la "tolérance répressive" par lequel le citoyen du monde se voit offrir un choix "libre" d'adhérer aux besoins systémiques. En fait, le choix est inexistant dans la mesure où les deux options au sein desquelles il est appelé à s'exercer partagent, au fond, une identité commune: la droite et la gauche expriment de manière différente le même contenu dans l'ordre du turbo-capitalisme. Et c'est ainsi qu'elles provoquent l'exercice d'un choix manipulé, dans lequel les deux parties en présence, parfaitement interchangeables, alimentent l'idée de l'alternative possible, qui en réalité n'existe pas. Ainsi, l'alternance réelle entre la droite et la gauche garantit non pas l'alternative, mais son impossibilité.

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C'est pourquoi, pour réaliser la "réorientation gestaltiste" qui nous permet de comprendre le présent et de nous orienter dans ses espaces par la pensée et l'action, il est nécessaire de dire adieu sans hésitation et sans remords à la dichotomie déjà usée et inutile entre la droite et la gauche. C'est pourquoi l'abandon de la dichotomie ne doit pas s'échouer dans les bas-fonds du désenchantement et de l'apaisement de toute passion politique pour le rajeunissement du monde: la passion durable de l'anticapitalisme et de la recherche opérationnelle d'arrière-pensées ennoblissantes doit au contraire se déterminer dans la tentative théorico-pratique de théoriser et d'opérer de nouveaux schémas et de nouvelles cartes, de nouvelles synthèses et de nouveaux fronts avec lesquels revivre le "rêve d'une chose" et le pathos anti-adaptatif alimenté par les désirs d'une liberté plus grande et meilleure. Pour paraphraser l'Adorno de Minima Moralia, la liberté ne s'exerce pas en choisissant entre une droite et une gauche parfaitement interchangeables et également alliées au statu quo. Elle s'exerce en rejetant, sans médiation possible, le choix manipulé et en proposant de véritables alternatives qui pensent et agissent autrement, au-delà de l'horizon aliéné du capital. Il faut refuser l'alternance, pour redonner vie à l'alternative.

dimanche, 18 juin 2023

Diego Fusaro: Pourquoi l'Union européenne est-elle une tragédie pour les peuples et les travailleurs?

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Pourquoi l'Union européenne est-elle une tragédie pour les peuples et les travailleurs?

Diego Fusaro

Source: http://adaraga.com/por-que-la-union-europea-es-una-tragedia-para-los-pueblos-y-para-los-trabajadores/

Selon le traité de Maastricht de 1992 (article 104) et le traité de Lisbonne de 2007 (article 123), les États européens ont été privés de la possibilité d'emprunter auprès de leur banque centrale. En outre, l'État a renoncé au droit de battre monnaie. Les États ont transféré ce pouvoir souverain au secteur privé, dont ils sont devenus les débiteurs.

Grâce aux actions par lesquelles la crise de la dette privée des banques a été déguisée en crise de la dette publique des États, la souveraineté monétaire a été neutralisée et, avec elle, la relation entre l'État et l'économie a été complètement inversée. C'est cette dernière qui est souveraine, où l'État, quand il existe encore, devient le pur défenseur du capital et de sa logique, avec pour conséquence la reconfiguration de la politique comme simple continuation de l'économie par d'autres moyens.

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Le chômage par région en Europe.

Depuis le tableau économique avec lequel les physiocrates tentaient de diriger les politiques économiques du roi de France, la modernité est habitée par l'aspiration à substituer la politique à l'économie. C'est, on le sait, l'essence même du capital tel qu'il a été décrit par Marx et la galaxie de ses disciples hétérodoxes.

Depuis l'ère du laissez-faire, la figure du gouvernement frugal s'est imposée, destinée à s'inverser dans la dérégulation et la nouvelle gestion publique de l'État minimal avec une économie dépolitisée post-1989, avec la tyrannie de la dette, la dictature du marché et le chantage à la "confiance des investisseurs" et des gestionnaires du capital financier international.

Telle est l'essence de la nouvelle "démocratie sans peuple", c'est-à-dire du système globocratique qui, dans l'abstrait, se présente comme démocratique et, dans le concret, se détermine comme un plébiscite post-démocratique de marchés dépolitisés.

Dans ce panthéon des fonctions expressives du libéralisme, la figure de l'"État minimal" est centrale (avec le mot d'ordre privilégié par les bardes du cosmomercatisme, "moins d'État et plus de marché") : son but est de contrôler les règles du marché et la concurrence, ainsi que l'établissement d'une politique monétaire articulée sur la stabilité de la monnaie et le contrôle des prix.

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À cet égard, il convient de rappeler que le 2 février 2012, le MES (le Mécanisme européen de stabilité) est entré en vigueur, introduisant la règle de la "conditionnalité".

Selon cette dernière, l'aide financière n'est accordée qu'aux États de l'UE qui, en contrepartie, s'engagent à mettre en œuvre un programme de réformes et - donc dans le texte, avec un lexique nettement orwellien - d'"ajustement macroéconomique" conforme aux tendances néolibérales.

Ces tendances, ça va sans dire, coïncident toujours avec la privatisation des services publics, avec la réduction des salaires, avec la réduction des dépenses publiques, avec l'abolition de toutes les restrictions à la circulation des marchandises.

En d'autres termes, mutato nomine, le programme politique habituel de l'aristocratie financière sans frontières. Le chantage à l'aide financière conditionnelle est ainsi déployé, par lequel le "marché des réformes" voulu d'en haut est activé au profit de ceux d'en haut.

Avec le MES, les Etats "assistés" sont privés de leur autonomie politique : ils sont contraints, sous peine de pauvreté, d'accepter des réformes dictées de l'extérieur, toujours au profit de l'oligarchie financière et au détriment des immenses masses précarisées post-bourgeoises et post-prolétariennes.

La Banque centrale européenne peut, en effet, retenir discrétionnairement les liquidités des systèmes bancaires des Etats membres qui refusent de suivre ses préceptes en matière de politiques budgétaires, de secteurs publics et de structure des systèmes de formation des salaires.

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A cela s'ajoute le "Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance", signé à Bruxelles le 2 mars 2012. Les parlements nationaux sont privés de compétences en matière budgétaire. Ils perdent définitivement l'un des piliers des systèmes démocratiques nationaux.

De plus, sur la base du MES, le poids décisionnel des Etats membres de l'UE est proportionnel aux paiements et à la puissance économique : avec pour conséquence évidente que l'Allemagne peut à nouveau faire valoir ses intérêts face à l'ensemble de l'Europe et sans avoir recours à l'esthétique traditionnelle de la violence guerrière. Le nationalisme guerrier n'est pas vaincu : il est simplement sous une forme modifiée, sous le signe de la primauté de l'économique sur le politique.

Les immenses violences liées aux processus de mondialisation de l'Europe mis en œuvre par l'Union européenne sont, plus communément, désignées comme des "règles" par le néo-langage du cosmomarché. L'Europe est désormais sous la tutelle d'une autorité dépourvue de toute légitimité démocratique.

Le pouvoir est remis aux marchés financiers spéculatifs, libres d'imposer sans limites leurs besoins et leurs orientations. L'économie de marché est désormais la seule réalité concrètement souveraine, le politique devenant quant à lui une simple variable dépendante de l'économie financiarisée.

C'est dire combien le processus d'intégration européenne (qu'il serait plus juste de définir comme un projet d'intégration libérale et de révolution passive des élites financières) a parfaitement atteint son but, à savoir l'affaiblissement des classes populaires au profit des seigneurs du capital sans frontières (alias "les maîtres de la finance mondiale") et, plus généralement, dans la contraction des espaces démocratiques.

post-democratie_F.jpgEn effet, dans son essence même, l'Union européenne apparaît comme un système entièrement post-démocratique à tous les niveaux : un système qui a déconstruit la possibilité pour les masses nationales-populaires de peser sur les décisions politiques et qui remplace le gouvernement démocratique par la gouvernance, c'est-à-dire un gouvernement sans les peuples et orienté vers le seul fonctionnement des marchés libérés des contraintes keynésiennes des Etats-nations.

Les pratiques ordinaires sur lesquelles repose l'Eurosystème le confirment indiscutablement. Elles vont de la création d'États au contournement des parlements, pour aboutir au règne de technocrates non responsables et sans mandat démocratique.

L'union monétaire devient ainsi le pivot de la "nouvelle gouvernance européenne" libérale et post-démocratique, centrée sur des pratiques qui condamnent à terme les classes dominées à "mourir pour l'euro".

samedi, 17 juin 2023

Gauche verte, économie verte et environnementalisme néolibéral

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Gauche verte, économie verte et environnementalisme néolibéral

Diego Fusaro 

Source: http://adaraga.com/izquierda-verde-economia-verde-y-ambientalismo-neoliberal/

Tout comme les caprices arc-en-ciel des consommateurs, les impulsions écologiques de l'environnementalisme capitaliste sont elles aussi complètement subsumées par le capital. L'"avenir vert" est toujours conçu comme un produit commercial du pouvoir commercial, et ce afin que (comme le souligne Harvey) l'ordre néolibéral puisse "gérer la contradiction entre le capital et la nature en fonction de ses intérêts de classe les plus importants". L'économie verte et l'environnementalisme néolibéral sur lequel elle repose théoriquement révèlent clairement comment le capital parvient à transformer même ses propres contradictions en facteur de profit. Et à transformer tout en marchandise, même la protestation contre la marchandisation.

Dans l'apothéose de la critique conservatrice, la protestation contre l'aliénation se donne elle-même sous des formes aliénées, c'est-à-dire des formes qui finissent par renforcer les barreaux de la cage qu'elles voudraient aussi briser. En vertu d'une alchimie énigmatique, au moment de la réification planétaire, la dynamite se transforme toujours en ciment, ce qui fait de tous les "matériaux explosifs" et de tous les "esprits de la dynamite" possibles simplement "une brique de plus dans le mur", comme le dit le titre d'une chanson bien connue.

Le technocapital, en outre, fonctionne infailliblement selon la stratégie paradigmatique de la standardisation, de l'absorption et de la normalisation : l'expression la plus brillante en est le sort réservé à l'image révolutionnaire de Che Guevara, réduite à une icône pop inoffensive, vendue à bas prix sur des T-shirts dans le monde entier. La désactivation de la critique est produite par sa marchandisation intégrale et sa conversion normalisante en simple spectacle, garantissant ainsi le double objectif de sa neutralisation face à toute issue émancipatrice possible et de sa reconversion en marchandise circulante.

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La dévastation environnementale générée à son image par le techno-capital, par son "oubli de l'être" et par sa volonté de puissance pour une croissance incommensurable, devient en effet, grâce à l'économie verte, un phénomène par lequel la ruse de la raison capitaliste, d'une part, invente de nouvelles sources de profit ("voitures électriques", "bioproduits", etc.). Et, d'autre part, avec une fonction apotropaïque, il se sécurise par rapport à un véritable environnementalisme, c'est-à-dire un environnementalisme qui rejoint la lutte plus générale contre la contradiction capitaliste en tant que telle. En bref, les stratèges de l'ordre dominant parviennent à faire passer le message que les problèmes environnementaux, générés par le capital, peuvent être résolus non pas en changeant de modèle de développement, mais en réorganisant le modèle existant en vert. Même sur un plan strictement logique, il s'agit d'un véritable non sequitur: comme si l'on pouvait changer les effets en continuant à cultiver les causes.

L'existence d'un problème environnemental est évidente, comme l'atteste l'avalanche d'études scientifiques consacrées au sujet: nulla quaestio, donc, sur l'insoutenabilité des positions, même généralisées, de ceux qui soutiennent l'inexistence du problème. La question, en revanche, concerne les moyens concrets de l'aborder et, espérons-le, de le résoudre. De ce point de vue, si le technocapital se fonde essentiellement sur l'utilisabilité illimitée de l'entité en vue du renforcement incommensurable de la volonté de puissance, il s'ensuit que, de toute façon, il s'agit d'une forme de production destinée à provoquer sa propre fin: soit parce que, avec sa dévastation de la terre, elle provoquera finalement la fin de toutes choses (et donc aussi d'elle-même), soit parce que, pour éviter cet épilogue, elle devra s'arrêter et donc aussi, dans ce cas, déterminer sa propre disparition. Face à ces deux possibilités, le technocapital tente d'en poursuivre une troisième, verte, basée sur la technologie et la géo-ingénierie.

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En réalité, cette possibilité est intimement contradictoire et ne fait en vérité que proposer à nouveau - peut-être de manière différée - la première perspective, celle de la fin de toute chose provoquée par ce système, appelé capitalisme, qui, tel un cancer, anéantit le corps qui l'abrite. Et pourtant, aujourd'hui, elle semble être la vision dominante des choses, également pour les raisons déjà partiellement expliquées, rendant minoritaire la seule position rationnelle : celle qui propose, comme seule issue, le changement radical d'un modèle socio-économique, c'est-à-dire le dépassement du capitalisme. Le fait que la nouvelle gauche épouse les raisons de l'économie verte, désertant une fois de plus la voie de l'anticapitalisme, est une preuve supplémentaire de notre thèse de sa réabsorption dans les spirales du turbo-capitalisme. Le quid proprium de la gauche néolibérale, c'est le détournement de la question des droits sociaux vers celle des droits civiques et de la protection de l'environnement.

La progression de la gauche verte, de l'Allemagne à la Californie, constitue un autre exemple probant de l'essence gauchiste du néolibéralisme progressiste et de la métamorphose de la gauche elle-même. D'une part, la sensibilité verte, avec son besoin de protéger l'environnement, détourne le regard de la contradiction socio-économique et de la nécessité de protéger les travailleurs et les classes les plus faibles: pour les "militants" de la gauche verte, l'indignation face aux "bouteilles en plastique" ou aux "voitures polluantes" coexiste avec l'acceptation indifférente de l'exploitation du travail ou avec les armées de vagabonds et de sans-abri qui vivent aux marges des métropoles opulentes.

lundi, 05 juin 2023

Capitalisme néolibéral et politiques progressistes d'ouverture des frontières: un seul front, selon le Prof. em. Mark Elchardus

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Capitalisme néolibéral et politiques progressistes d'ouverture des frontières: un seul front, selon le Prof. em. Mark Elchardus

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

Dans l'édition du week-end dernier du journal De Morgen, le professeur Mark Elchardus a publié un article qui fait l'effet d'une bombe. Cette fois-ci, il traitait du troublant pacte migratoire de Marrakech et du rapport encore plus troublant de la Banque mondiale, ou de la fusion du néolibéralisme et des politiques progressistes en matière d'ouverture des frontières. On appréciera la suite: "Le réveil est brutal: la crise bancaire et financière, les récessions, la crise des réfugiés et de l'immigration, la corruption, la guerre, les pénuries d'énergie, l'inflation... Cependant, à chaque coup de poignard et de douleur, un peu de lumière filtre à travers l'aveuglement général.

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Les deux livres du Prof. Elchardus qui font un tabac en Flandre et qui mériterait d'être débattus dans les parties non néerlandophones du pays.

Cela permet de comprendre que si le salut est venu, c'est grâce à un effort commun de l'État et du gouvernement. Même lorsque tout va bien, ceux-ci se révèlent plus importants qu'on ne le pensait. Le libre-échange crée la prospérité, pour autant que vous ne croyiez pas à cette absurdité néolibérale selon laquelle les choses s'arrangent avec beaucoup de marché et peu de gouvernement, et que l'individualité et l'intérêt nationaux sont obsolètes. Ni les Chinois ni les Américains ne tombent dans ce piège. Leurs gouvernements misent beaucoup sur le soutien et l'innovation dans leurs propres entreprises et universités. Par rapport à eux, les Européens se sont ratatinés et sont devenus des acteurs industriels et numériques de troisième ordre.

Réussissons-nous encore la réindustrialisation, la souveraineté numérique ? Comment retrouver la foi dans le progrès ? Comment construire une communauté forte, sûre d'elle et capable de relever les défis ? Les ordres de marche qui semblaient clairs deviennent flous. Il ne suffit apparemment pas de fixer des objectifs climatiques ambitieux. Les progrès sont faibles, le soutien s'érode. La raison impose désormais de s'adapter au climat, d'établir des priorités et d'envisager une pause. Cela conduit à son tour à une escalade verte sous la forme d'une pensée type Pol Pot: la décroissance. Seul un régime dictatorial se lance dans une telle entreprise.

La politique devient à nouveau une confrontation entre rêves d'avenir qui s'affrontent. La contradiction centrale pourrait être la suivante: mon pays est celui où je peux gagner le plus d'argent, alors que je voudrais que tout le monde soit bien loti dans mon pays. La Banque mondiale vient d'annoncer de quel côté elle se situe.

Cette institution publie régulièrement un rapport sur le développement dans le monde, qui prétend montrer la voie à suivre. L'épisode 2023 traite des "Migrants, réfugiés et sociétés". Il préconise "la migration en tant que mouvement transfrontalier de travailleurs vers des pays où leur travail peut être utilisé de manière plus productive que dans leur pays d'origine" (p. 25). Les personnes sont ainsi réduites à la valeur marchande de leur travail et considérées comme globalement échangeables.

Le rapport ne s'arrête jamais sur les conséquences sociales et culturelles pour les communautés d'origine et de destination. Les divisions et les problèmes sont toujours là, le rapport s'attarde. C'est ainsi que les pères fondateurs du néolibéralisme voyaient les choses, un marché mondial, une terre plate, pas de pays ou de civilisations avec une individualité, rien qui donne du relief, juste un réservoir mondial de main-d'œuvre bon marché. "La libre circulation des personnes est l'élément clé du fonctionnement efficace de l'économie mondiale" (p. 25), selon la Banque mondiale. Les néolibéraux et les partisans progressistes de l'ouverture des frontières font front commun.

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Réduire les gens à la valeur marchande de leur travail est une noble cause, selon la Banque mondiale. Quiconque prend en compte les autres particularités des gens est un raciste (p. 197-198). En effet, selon la Banque mondiale, il n'y a aucune raison autre que le racisme pour que l'Europe soit plus clémente dans l'accueil des Ukrainiens que des Somaliens. Si vos voisins sont plus proches de votre cœur que des voisins lointains non reconnus, eh bien, vous êtes un raciste.

Une épine dans le pied de la Banque mondiale est la distinction entre migrants légaux et illégaux. Après tout, ces derniers sont une source de main-d'œuvre bon marché. C'est pourquoi elle ne parle pas de migrants illégaux, mais de "réfugiés climatiques", de "migrants de survie", de "réfugiés de la nécessité" et généralement de "migrants en détresse". Le rapport sait également avec certitude que ceux qui migrent illégalement le font parce qu'ils "n'ont pas d'alternative viable chez eux" (p.12). Toute tentative de contrôle des migrations est donc inhumaine, car elle prive les gens d'une chance de vivre.

Pour la Banque mondiale, la convention sur les réfugiés est obsolète. Elle fait une distinction arbitraire entre les motifs de protection fondés et non fondés (p.252). La Banque mondiale préfère le Pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, connu sous le nom de Pacte de Marrakech (p. 26-27). Celui-ci parle des migrants en situation de vulnérabilité et estime qu'ils méritent toujours une protection. De cette manière, toute forme de migration s'auto-légitime. En effet, en migrant illégalement et en donnant l'argent de sa famille aux trafiquants d'êtres humains, le migrant se met dans une situation difficile, il est en détresse. C'est alors une raison suffisante pour lui accorder l'asile. Ceux qui n'ont pas encore compris à quoi sert le pacte de Marrakech peuvent lire ce rapport de la Banque mondiale et comprendre de quoi il retourne.

Ce pacte ne nous engageait à rien, a-t-on prétendu. Pas plus qu'un rapport de la Banque mondiale ne nous engage à quoi que ce soit. En revanche, il érige en norme la politique migratoire prônée par le pacte de Marrakech et choisie par les partis de l'actuelle coalition Vivaldi (Belgique). Chaque fois que l'occasion se présentera, la Banque mondiale fera la promotion de cette politique en échange d'un soutien. Par exemple, les pays pauvres et à revenus moyens seront poussés à adapter leur éducation non pas à leur propre développement mais aux besoins des pays riches et à promouvoir l'émigration (p. 10, 16). La fuite des personnes les plus instruites comme nouvelle stratégie de développement ? Ce sera alors la version de la Banque mondiale de l'outgrowth".

Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec le professeur sur tous les points pour voir l'importance de sa contribution !

vendredi, 19 mai 2023

Le néolibéralisme ne meurt jamais

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Le néolibéralisme ne meurt jamais

Aucune catastrophe, financière ou sanitaire, ne semble pouvoir ébranler la capacité du système économique à surmonter les crises, à changer et à s'adapter aux circonstances.

Claudio Freschi

Source: https://www.dissipatio.it/il-neoliberismo-non-muore-mai/?...

Le terme "néolibéralisme" a été utilisé de manière si large et si diverse, parfois même de manière inappropriée, qu'il a été difficile d'en définir précisément la signification.

Comme nous le savons, le libéralisme est un système économique fondé sur la liberté absolue de production et d'échange, dans lequel l'intervention de l'État est autorisée dans de rares cas, essentiellement lorsque l'initiative privée ne répond pas aux besoins de la communauté. Bien que ses racines soient lointaines, cette école de pensée s'est développée grâce à ce que l'on appelle l'école autrichienne, avec des économistes comme Friedrich Hayek et Ludwig von Mises, et a connu une grande popularité au début du siècle dernier.

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Avec la grande crise de 1929 et la dépression qui s'ensuivit, le retour des politiques keynésiennes visant à atteindre le plein emploi (avec un recours important aux dépenses publiques), a éclipsé pendant quelques décennies l'idée d'un libéralisme absolu, qui a dû attendre les années 1970 pour revenir à la mode. Mais à cette époque, les choses ont changé : l'avancée politique des sociaux-démocrates en Europe a définitivement discrédité l'idée classique d'un libéralisme prêt à tolérer une pauvreté généralisée au nom d'une richesse croissante concentrée dans les mains d'un petit nombre.

C'est là que le terme néolibéralisme a commencé à faire son chemin, pour désigner ce courant de pensée qui acceptait volontiers la nécessité d'une intervention de l'État pour amener la plupart des gens au-dessus d'un certain seuil de revenu minimum. Mais une fois ce seuil atteint, il n'y aurait plus lieu de s'inquiéter des inégalités sociales, politiques ou économiques. La Grande-Bretagne de Margaret Thatcher, les États-Unis de Ronald Reagan et, dans une plus large mesure encore, le Chili de Pinochet, soutenus par de prestigieux économistes de l'école de Chicago, étaient des exemples d'un système combinant des degrés divers d'autoritarisme avec des politiques de libre-échange plutôt radicales. Rien à voir avec le souci légitime de la liberté d'expression qui animait les grands penseurs libéraux depuis John Stuart Mill, mais tout à fait dans la ligne de la pensée de Hayek pour qui l'enjeu fondamental était de préserver la liberté d'action de l'individu tout en minimisant l'ingérence des différents gouvernements.

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Malgré la fin de ces expériences plutôt "extrêmes", la conception néolibérale a dominé le monde occidental au cours des quarante dernières années. Une idée de l'économie de marché, avec le moins de régulation possible, sous des gouvernements déterminés à maîtriser les dépenses publiques et à assainir les budgets. En temps de crise, le dogme du petit État a été largement, voire temporairement, mis de côté au nom d'un pragmatisme politique souvent issu de calculs électoraux, mais l'idéologie de base est toujours restée.

La crise financière de 2009 a ébranlé les fondements du néolibéralisme. L'incapacité totale des économistes du courant dominant à prédire une catastrophe d'une telle ampleur a semblé mettre fin, sinon aux idées, du moins à la crédibilité de la plupart de ces universitaires, mais une fois que les marchés ont retrouvé un semblant de normalité, il est apparu clairement que l'idéologie néolibérale était loin d'être défunte.

Même la pandémie de Covid 19, récemment déclarée, a semblé mettre un terme à l'idée d'un marché tout-puissant qui, avec le temps, résout tous les problèmes en rétablissant l'équilibre sans aucune intervention extérieure. Des millions d'emplois ont disparu, des secteurs productifs entiers se sont effondrés, la bourse s'est effondrée, des milliards de crédits sont devenus progressivement irrécouvrables, créant une telle urgence que la nécessité d'agir dépassait largement le cadre des idéologies.

Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et même dans l'Union européenne austère, les politiques prudentielles ont été abandonnées avec de gigantesques injections de liquidités sur le marché et un recours massif aux dépenses publiques. Mais même dans ce cas, les annonces d'un renoncement définitif au néolibéralisme, suite aux événements déclenchés par la pandémie, ne se sont pas concrétisées. Au contraire, le retour de l'inflation a donné plus de force à tous ceux qui espéraient un retour à des politiques budgétaires strictes et, en général, à une réduction du rôle de l'État.

Certains pensent que le coup de grâce au néolibéralisme pourrait venir du pays même qui a fait du marché sa raison de vivre, les États-Unis d'Amérique. De nombreux analystes soulignent que le président Biden a passé les deux premières années de son mandat à promettre, comme l'ont souvent fait ses prédécesseurs, une expansion massive de la "protection sociale" et, en général, de puissants investissements publics. On se souvient que, dans l'un de ses premiers discours au Congrès, le président avait tenu à rappeler la centralité de l'intervention de l'État dans la construction des infrastructures qui ont permis à l'Amérique de devenir une grande puissance mondiale.

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Mais malgré ces déclarations d'intention, et l'antipathie naturelle des démocrates pour le reaganisme, aucune véritable stratégie économique alternative n'avait jamais été formulée. Le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a ouvertement parlé d'un nouveau "consensus de Washington", c'est-à-dire d'un principe directeur de la politique économique de la Maison Blanche qui tend à encourager l'intervention de l'État plutôt qu'à s'y opposer, à renforcer les protections des travailleurs plutôt qu'à déréglementer, et à réduire l'interdépendance économique entre les nations plutôt qu'à l'encourager. M. Sullivan a ensuite défini le nouveau modèle économique américain comme une critique ouverte du néolibéralisme, estimant que ce dernier repose sur trois hypothèses manifestement erronées. La première est que "les marchés alloueront toujours les ressources de manière productive et efficace", la deuxième est que "toute croissance est une bonne croissance" et la troisième que "l'intégration économique et la mondialisation rendront les nations plus responsables et favoriseront un processus de paix mondial".

Mais ce projet, qui, selon la plupart des enthousiastes, mettra fin à l'engouement des Américains pour le néolibéralisme, se heurte à un obstacle potentiellement insurmontable, à savoir que le "consensus de Washington" tant vanté pourrait manquer de... consensus. Ce n'est pas un mystère que l'idée d'augmenter les impôts et les dépenses publiques ne fait pas vraiment partie de l'agenda politique des Républicains. Et sans la coopération du parti de l'éléphant, il est fort probable que l'espoir de voir se concrétiser un nouveau paradigme économique allant au-delà du néolibéralisme reste lettre morte.

La vérité est que l'attrait du néolibéralisme, même s'il a été affaibli par diverses crises, reste fort parce qu'il est inhérent à la logique du capitalisme mondial. Sa nature est changeante, il évolue et s'adapte en fonction des situations. Nous pouvons donc nous attendre à ce qu'il continue à vivre comme il l'a toujours fait, en se transformant en fonction des différentes conditions, en surmontant les obstacles, en s'adaptant à la pensée commune, mais sans jamais changer ses paramètres de base. Pour paraphraser Mark Twain : "Désolé de vous décevoir, mais la nouvelle de la mort du néolibéralisme est largement exagérée".

A propos de l'auteur Claudio Freschi

Après des études d'économie, il est entré dans le monde des marchés financiers où il travaille depuis 30 ans. Passionné de voyages, d'échecs et de John Maynard Keynes, il collabore avec diverses publications imprimées et en ligne, écrivant sur la politique et l'économie.

jeudi, 18 mai 2023

Le néolibéralisme expropriateur de la mort et de la vie

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Le néolibéralisme expropriateur de la mort et de la vie

par Elisabetta Teghil

Source: https://www.sinistrainrete.info/neoliberismo/25409-elisabetta-teghil-il-neoliberismo-espropriativo-della-morte-e-della-vita.html

Là se révèle un système de classes si parfaitement en place qu'il est resté longtemps invisible.

Colette Guillaumin.

On parle beaucoup de la GPA, la soi-disant grossesse pour autrui, comme s'il s'agissait d'une question à part entière, abordée sous l'angle de la morale, de l'éthique, de la religion, du politiquement correct, ou de l'exploitation de classe et du néocolonialisme... il y a ceux qui luttent farouchement pour la famille traditionnelle et ceux qui luttent pour les familles arc-en-ciel, ceux qui évoquent le caractère sacré de la maternité, ceux qui veulent l'aborder d'un point de vue juridique et créer des législations ad hoc pour protéger la femme qui porte la grossesse et/ou les droits de l'enfant à naître et/ou pour définir des contrats qui protègent ceux que l'on appelle les parties...

Mais on oublie toujours que la question est politique et qu'elle doit être abordée en tant que telle, et qu'il faut donc revenir quelques années en arrière.

Le système de pouvoir s'est depuis longtemps approprié la mort avec ce qu'on appelle la mort cérébrale, une mort déclarée par l'État, par la loi.

Le concept de mort cérébrale a été introduit dans le monde scientifique en même temps que les premières transplantations d'organes de l'histoire de la médecine. Il est clairement déguisé en scénario par d'excellentes motivations, pour sauver des vies, pour le bien commun. La plupart des organes ne pouvant être prélevés sur des cadavres, les critères en vigueur de constatation de la mort ne permettaient pas ce type d'intervention. L'introduction du concept de mort cérébrale a donné une légitimité scientifique à la réalisation des transplantations.

Dans la législation italienne, la question est réglée par la loi n°578 du 29 décembre 1993 (règles pour la constatation et la certification de la mort), le décret n°582 du 22 août 1994 du ministère de la santé (règlement contenant les procédures de constatation et de certification de la mort) et le décret du 11 avril 2008 (G.U. n°136 du 12/06/2008, "Mise à jour du décret n°582 du 22 août 1994").

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Face à ce coup d'État du pouvoir en place, presque tout le monde s'est tu, voire a participé, y compris la gauche de classe, laissant un espace d'opposition à la droite réactionnaire, bigote et fondamentaliste, qui a commencé à pontifier sur la question de savoir si l'être humain en état de soi-disant mort cérébrale est à moitié mort ou à moitié vivant, plus mort que vivant ou plus vivant que mort. Les psychologues ont commencé à étudier si le transfert du cœur d'une personne à une autre pouvait avoir des effets négatifs sur l'équilibre psychique, et les militants de gauche ont commencé à dénoncer le commerce d'organes, qui proviennent justement des pays pauvres. Aujourd'hui, l'État envisage également d'introduire la déclaration de mort prématurée en cas d'arrêt cardiaque. Toujours par la loi.

De cette approche découle le mépris, la revendication de délégation, l'arrogance de l'État à l'égard de la mort des êtres humains, conduisant à la condition d'appropriation totale qui s'est manifestée à l'époque de ce que l'on appelle la pandémie.

Car le problème était et reste strictement politique. La mort se constate, elle ne se décrète pas. Vous ne pouvez pas mettre le pouvoir de décréter la mort entre les mains de l'État, car il s'agit d'un système basé sur le profit, l'oppression et l'exploitation.

La société civile débat actuellement du suicide assisté (avec lequel je suis également d'accord), mais je pense que nous devrions réfléchir attentivement avant d'ouvrir cette nouvelle possibilité pour l'État de faire main basse sur la mort. Combien de temps pensez-vous qu'il faudra au système de pouvoir pour convaincre les personnes âgées qu'il vaut mieux se suicider dans des conditions de sécurité que de vivre une vie pleine de maux et d'inconnus ? Ou pour convaincre les membres de la famille que leurs proches ont fait leur temps à un moment ou à un autre ? Moins de pensions, moins de soins de santé... n'est-ce pas Christine Lagarde qui a dit que nous sommes trop nombreux ? Nous sommes trop nombreux, eux, ils ne le sont pas....

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Et maintenant, parlons de la vie. Parlons du travail reproductif. Le féminisme a depuis longtemps mis en évidence que le travail reproductif est un vrai travail, extorqué gratuitement par le patriarcat, une structure socio-économique que le capitalisme a toujours utilisée à tour de bras et avec laquelle il entretient des rapports privilégiés. D'autre part, le patriarcat n'est rien d'autre qu'un modèle économique fondé sur la division hiérarchique et la spécialisation des rôles sexuels en vue d'une performance optimale des individus mis au travail.

Dans la société du capital, le corps des femmes est une marchandise, toutes les relations hommes-femmes sont marquées par un échange économico-sexuel, comme nous le dit Paola Tabet, toutes les relations avec le système de pouvoir sont des relations d'exploitation, alors pourquoi s'étonner de la GPA ? La grossesse pour autrui est une exploitation plus qu'évidente du genre et de la classe, ce sont et ce seront les femmes pauvres qui vendront leur capacité reproductive de cette manière. Une transformation des relations reproductives est en cours, de l'appropriation privée par un seul homme de la capacité reproductive d'une femme sous la forme du mariage, à l'appropriation sociale collective par la prise en charge du travail reproductif par la femme seule ou la mise en vente du travail reproductif de la femme en tant que "travailleur salarié", bien que pour une période définie, sans que l'État ne prenne en charge les services de soutien. D'une pierre deux coups.

La question concerne plutôt les subjectivités qui savent ce qu'est le stigmate social, qui savent ce que cela signifie d'en avoir fait l'expérience sur leur peau, qui savent ce que cela signifie d'être exploitées et/ou condamnées et/ou stigmatisées, et qui entreprennent d'acheter et d'exploiter le corps des femmes à leur tour, ou qui s'appuient sur des structures biotechnologiques pour les médicaliser et en faire des instruments vivants d'expérimentation.

Ce moment de transition est plein de contradictions au sein même du patriarcat. D'une part, les femmes ont explicité leur poids et leur présence sociale au fil d'années de lutte, d'autre part, le patriarcat a obtenu un résultat optimal, celui d'accabler les femmes de tâches reproductives et salariales et de les impliquer dans les fortunes du pouvoir.

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Les questions à poser sont donc : qui bénéficie de cette transformation, qui en supporte le fardeau, quel est le but ultime du système de pouvoir ?

Pour répondre à ces questions, nous avons, avec nos camarades de la coordinamenta, étudié le baliatico (= le salaire de la nourrice). Jusqu'aux années 1950, les paysannes pauvres acceptaient le travail de nourrice dans les maisons des riches parce que c'était le seul moyen d'apporter de l'argent à la famille. C'est la famille qui les poussait. Elles laissaient leur enfant nouvellement né à la maison pour allaiter l'enfant d'une autre. Souvent, leur enfant mourait parce qu'il avait été sevré très tôt et allaité avec du lait de vache dilué. En même temps, elles faisaient partie d'un monde qu'elles ne connaissaient pas, dans lequel elles étaient bien traitées, dans l'intérêt évident de leurs employeurs, les coraux et les grenats étaient les bijoux des nourrices, elles apprenaient souvent à lire et à écrire et ne retournaient pas dans leur famille d'origine, elles restaient des "nourrices sèches".

Quand le phénomène des nourrices a-t-il pris fin ? Lorsque dans les années 50, avec le boom économique, les paysannes pauvres ont préféré aller travailler dans les usines. L'Eglise a toujours fermement condamné la condition de la nourrice comme un problème moral, mais il est toujours nécessaire de s'éloigner des discours moralisateurs et stigmatisants et de se demander pourquoi les choses se passent ainsi. Qui sommes-nous pour décider de ce qui est bon ou mauvais pour une femme qui décide de vendre sa capacité de procréation en faisant, entre autres, un travail lourd, prenant et dangereux ? Personne ne peut donc rien interdire à personne, mais il est nécessaire de comprendre les raisons pour lesquelles ce système de pouvoir pousse à cette modalité et plus encore.

La question doit nécessairement être abordée de manière matérialiste, dialectique et essentiellement politique.

Le néolibéralisme veut nous convaincre que les prodiges de la science et de la recherche peuvent répondre aux désirs des femmes, et avec elles de tous les êtres humains, qu'elles peuvent être libérées des difficultés de la grossesse et de l'accouchement, et que même celles qui ne peuvent pas enfanter peuvent avoir des enfants, que tout est permis mais surtout simple et gratifiant pour tous, pour ceux qui donnent et pour ceux qui reçoivent : insémination artificielle, banques de sperme et d'ovules, expérimentation génétique, modification de l'ADN, GPA ... tout cela avec de nobles principes et à des fins meilleures comme le disait Totò, tout cela déguisé en bien pour l'humanité alors que le but inavouable mais en même temps très manifeste est de s'approprier la capacité de fabriquer des êtres humains pour les utiliser, les consommer et les adapter aux désirs du pouvoir. C'est la ligne de tendance du capitalisme néolibéral avec une autre ligne de tendance extrêmement marquée qui est celle de la guerre, des lignes qui marchent entrelacées parce que les expériences sur les corps qui sont menées par l'industrie de la guerre visent à construire des sujets résistants à la guerre biologique, aux transformations environnementales de plus en plus dévastatrices, à produire un être humain sur mesure pour le capital qui peut être utilisé et mis au rebut après avoir rempli la fonction qui lui a été assignée.

Le véritable objectif est de construire la grossesse dans une éprouvette et de la poursuivre dans un incubateur après avoir modifié les caractéristiques de l'ADN jugées négatives et/ou dangereuses. Il est clair que le public sera convaincu que les nouveaux bébés seront sains, parfaits et intelligents, alors qu'en réalité le but est d'avoir des êtres humains obéissants, volontaires et heureux dans leur servitude. Ce n'est pas si difficile, ils en font déjà l'expérience. Le jour n'est pas loin où, si l'on fera des enfants comme autrefois (je m'abstiens d'utiliser le terme naturel car il est extrêmement trompeur et ouvre la porte à des approches dangereusement moralisatrices; ce qui est naturel en ce monde n'est rien, pas même la nature), deviendra un crime parce que les enfants peuvent naître défectueux et ceux qui le font seront alors blâmés et stigmatisés sous les acclamations générales. Ce n'est pas très difficile à croire vu ce qui s'est passé pendant la période pandémique. Ou l'avons-nous oublié ? La pensée de l'ennemi est fortement introjectée.

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Il est vraiment paradoxal qu'en tant que féministe qui a vécu les années 70, qui a crié sur les places que les femmes donnent naissance à des idées, pas à des enfants, qui a toujours pensé que le travail reproductif était délétère pour une femme parce qu'il était extorqué, gratuit, un don de temps et de vie au patriarcat totalement injustifié, je sois obligée de me battre contre le vol de la maternité que l'on veut nous imposer. Car c'est une chose de refuser le travail reproductif, c'en est une autre de se voir arracher la possibilité de procréer.

Les développements de cette tendance sont imprévisibles, et bien que la prétention du capital à s'approprier les mécanismes de la vie et de la mort ne soit que trop claire, aucun d'entre nous ne dispose d'une boule de cristal. Il y a un positionnement qui peut nous aider. Le capital a occupé tous les interstices de nos vies et exerce à tout moment une hégémonie culturelle très forte et omniprésente, de sorte que nous disposons, au moins, d'un critère pour nous réguler: être contre et rejeter tout ce que le capital propose comme bon, utile, moderne, conforme à l'époque et aux désirs, que ce soit pour nous faire réussir ou pour sauver la planète, pour améliorer les communications ou pour nous maintenir en bonne santé, pour abolir l'argent liquide ou pour sauver nos démocraties... la réponse est NON ! Et il ne faut pas exiger des lois, il ne faut pas mettre plus d'instruments de répression dans les mains de l'ennemi, il faut de la clarté politique.

14:12 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, néolibéralisme, féminisme, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 11 mai 2023

La mort du paradigme libéral et la montée de la technocratie

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Comment sortir de l'impasse paradigmatique

La mort du paradigme libéral et la montée de la technocratie

par Iure Rosca

Je voudrais remercier notre ami d'Allemagne, Peter Töpfer, d'avoir noté mon intervention lors de la récente conférence internationale sur la multipolarité. Et si ma modeste contribution a été remarquée, c'est parce que j'ai essayé de souligner qu'en ce moment, malgré des conflits majeurs entre différents pays, ils suivent tous docilement le même agenda mondialiste. J'ai mentionné qu'il s'agit de ce qu'on appelle le Great Reset, Agenda 21 ou Agenda 2030 pour le développement durable, adopté au sein de l'ONU. Et si tous les pays, sans exception, suivent le même ordre du jour, le résultat qui sera atteint sera commun à toute l'humanité. C'est-à-dire la disparition de tout élément d'identité religieuse, civilisationnelle et culturelle collective. Il s'agit du vaste programme des élites mondialistes qui se résume à  deux priorités: DÉPEUPLEMENT et CONTRÔLE. Et les moyens pour atteindre ces objectifs démoniaques sont ceux fournis par la techno-science. Il s'agit du phénomène complexe de la destruction de l'homme en tant que création divine ou, pour ceux qui ne s'associent à aucune foi religieuse, de l'homme tel qu'il a existé à travers l'histoire.

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Et quiconque ignore cette évidence, préférant n'en rester qu'au niveau de la dilatation de certaines rivalités, même réelles, entre divers États et groupes d'États, commet au moins une erreur de perspective. De plus, au-delà des éléments d'uniformisation du monde, mentionnés dans le texte précédent (adhésion à la politique génocidaire de l'OMS, la numérisation totale de la société, l'élimination de l'argent liquide et l'imposition de la CBDC, l'introduction des documents électroniques, l'expansion du réseau 5G et l'acceptation du plan de développement technologique 6G, l'adhésion au mythe climatique, etc.), il faut aussi rappeler la guerre totale contre l'identité sexuelle et la famille (la théorie du genre et le féminisme faisant partie des conventions de l'ONU et les politiques de l'UE, de l'OTAN, etc.). Et le fait que les pays de l'Est et du Sud n'aient pas encore atteint le niveau de dégradation de l'Occident collectif est un état de fait provisoire, car aucun régime politique ne peut mettre un terme au réseau mondial de l'Internet, ni à l’immense offensive culturelle par l'hollywoodisation du monde.

Autrement dit, la guerre culturelle dévastatrice, la rupture des codes moraux, le dynamitage des traditions et l'homogénéisation rapide du monde prennent des rythmes et des proportions colossales. Et ce type d'agression identitaire généralisée et omniprésente nous ne pouvons pas nous opposer uniquement par des moyens économiques, technologiques et militaires à la disposition d'États prétendant constituer des pôles géopolitiques indépendants.

Un autre facteur qui doit être pris en compte dans nos analyses géopolitiques est le fait qu'aujourd'hui les États du monde ne représentent plus des acteurs internationaux indépendants. Les sociétés transnationales ont définitivement subordonné leurs États, et le facteur économique a pris le dessus sur le facteur politique. C'est une vérité connue depuis plusieurs décennies. Dans ces conditions, surestimer le rôle des hommes d'État aux postes clés est une exagération regrettable. Et si les États sont devenus des coquilles vides, manipulés par certains groupes privés, dans quelle mesure pouvons-nous ignorer un autre problème, bien connu dans la Modernité? Il s'agit du paradigme de la démocratie qui a triomphé après la Révolution française.

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Dans les conditions des avancées technologiques actuelles et de l'impact des médias de masse sur l'esprit collectif, l'idéologie libérale fondée sur le parlementarisme, le pluripartisme, l'électoralisme et la religion des droits de l'homme ne représente qu'une illusion majeure cultivée par les élites mondialistes. Mais c'est précisément ce système de référence qui est considéré partout comme la seule forme d'organisation politique de la société. C'est précisément pour cette raison que tous les pays membres de l'ONU, y compris ceux qui sont qualifiés d'illibéraux, sont contraints de simuler régulièrement certains processus électoraux et d'alimenter le mythe de la souveraineté du peuple. Ainsi, même ceux qui se disent conservateurs ou communistes sont victimes des mythes fondateurs de la Révolution française. Et pourtant, le libéralisme politique qui sous-tend la démocratie de masse, assurant la domination des usuriers et des marchands, apparaît à l'heure actuelle comme une réalité obsolète. Actuellement, les techniques de contrôle de l'esprit, de façonnage du comportement et de gestion de la perception permettent au système soi-disant démocratique de fonctionner dans l'intérêt des élites satanisées.

Les cercles occultes qui se cachent derrière des organisations telles que le WEF (Le Forum économique mondial), la Commission Trilatérale, le CFR (Council on Foreign Relations), le Groupe Bilderberg, le Club de Rome, etc. et qui opèrent par le biais d'organismes internationaux officiels tels que l'ONU, l'UE, l'OMS, l'OMC, le FMI, la Banque mondiale, la Banque des règlements internationaux, etc. ont des instruments de domination, devant lesquels aucun État ne peut résister. Il s'agit d'entités nébuleuses comme Big Money, Big Tech, Big Pharma, Big Media avec un impact mondial dévastateur. Face à un tel tsunami aux proportions diluviennes, toute revendication d'indépendance politique et d'autonomie civilisationnelle me paraît être soit une grossière naïveté, soit un simulacre.

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Les réalités mentionnées ci-dessus sont largement décrites dans une multitude de livres et d'études. Mais on ne peut s'empêcher d'admettre que, pour l'instant, il n'a pas été possible d'identifier des moyens efficaces de résistance face à ces tendances extrêmement puissantes. Le paradigme libéral comme expression de la religion politique de l'Occident exposé par une brillante pléiade d'auteurs, au premier rang desquels Alain de Benoist et Alexandre Douguine, appartient au passé. La « civilisation de l'argent » elle-même qui s'est affirmée au cours des derniers siècles dans l'Occident mondialisé est sur le point de disparaître. Dans une société sans numéraire, la fonction de ces unités conventionnelles attribuées électroniquement sera radicalement différente de celle d'aujourd'hui.

La théorie politique libérale a rempli sa fonction historique malheureuse, étant abandonnée à l'heure actuelle par les élites mondialistes qui l'ont utilisée pour dominer les masses, s'emparer des richesses mondiales, assujettir leurs États et concentrer tout le pouvoir politique à l'échelle mondiale. Les élites mondialistes n'ont plus besoin de ses outils théoriques ni de son expression politico-juridique et économique.

Mais la mort de l'Homo oeconomicus ne détermine pas la renaissance de l'Homo hierarchicus comme expression de la tradition. Louis Dumont a tout dit à ce sujet, mais ses excellentes recherches concernent néanmoins une époque arrivée à sa fin logique. La sacralisation des dogmes du capitalisme classique, la déification d'un Adam Smith, le caractère axiomatique du darwinisme social en économie, la libre concurrence et la propriété privée appartiennent au passé, ils ne sont plus aujourd'hui qu'un simulacre ou un camouflage de la propagande. L'histoire du capitalisme comme "destruction créatrice" (Werner Sombart) termine son cycle.

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Aujourd'hui l'oligarchie mondialiste ou la superclasse mondiale (David Rothkopf, Michel Geoffroy) s'approprie l'accomplissement complet d'une stratégie d'asservissement et de contrôle. La Ploutocratie établit une tyrannie mondiale absolue avec un autre nom - la Technocratie. Big Money assure la domination du monde grâce à Big Tech. Au triomphe de l'idéologie économique, excellemment décrit par Louis Dumont, succède le triomphe de l'idéologie technocratique. A l'heure actuelle, toute analyse géopolitique qui ferait abstraction de l'entrée en scène de l'histoire d'un nouveau phénomène - la Technocratie - est incomplète et implicitement déformante. L'auteur américain Patrick M. Wood est indispensable à la compréhension approfondie de ces réalités à l'impact mondial sans précédent dans l'histoire.

Une réalité complémentaire à celle décrite ci-dessus s'appelle le transhumanisme. Klaus Schwab nous a familiarisé avec ce concept en 2016 à travers son livre "La quatrième révolution industrielle". Et aucun pays au monde ne semble pouvoir résister à ce danger pour l'existence même de l'humanité. Au contraire, la technophilie et l'enchantement provoqués par l'émergence de l'Intelligence Artificielle, ainsi que la numérisation totale du monde, ont également affecté les masses comme les gouvernants. Le philosophe et théologien français d'origine roumaine, Jean Boboc, apporte une contribution fondamentale au décryptage du transhumanisme. Et toute analyse politique qui ignorerait ce phénomène d'une ampleur et d'une gravité écrasantes est partielle et donc incapable de saisir l'image globale du monde d'aujourd'hui.

La mort de l'Empire américain et la naissance de l'Empire chinois comme occasion de jubilation des adeptes de la multipolarité

L’autre lieu commun dans les analyses des auteurs de notre camp antimondialiste opposé à l'hégémonie américaine est la jubilation devant l'ascension de la Chine sur la scène mondiale comme leader économique et technologique incontesté. Détester l'Occident collectif comme expression du mal absolu et contester la domination américaine crée souvent la tentation de souscrire, consciemment ou non, à l'idée de domination chinoise. La nouvelle route de la soie ravit les tenants de la multipolarité, les empêchant souvent de voir une réalité frappante, à savoir que si ce gigantesque projet chinois réussit, le monde sera à nouveau unipolaire, avec un centre de commandement unique situé à Pékin. Nous vous rappelons que One Belt One Road est une stratégie globale de développement des infrastructures adoptée par le gouvernement chinois en 2013 dans le but d'investir dans plus de 150 États sur les 193 existants. Et puis, pourquoi l'unipolarité sous la baguette américaine est-elle contestée, et celle à la chinoise applaudie?

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Il conviendrait ici de rappeler la stratégie des élites mondialistes pour désindustrialiser les pays occidentaux et transformer la Chine non seulement en "usine du monde", mais aussi en un projet pilote, un modèle de société qui s'imposerait à tous les États. Il serait bon de se rafraîchir la mémoire sur le rôle d'Henry Kissinger (sa visite de juillet 1971 à Pékin) pour mieux comprendre quels facteurs ont assuré le saut économique et technologique de la Chine. Ignorer le fait que les élites sataniques ont des stratégies de longue date, ainsi que le fait qu'elles sont essentiellement apatrides, exerçant leur domination mondiale en tant qu'entités extraterritoriales, serait une erreur regrettable.

Nous ne mentionnons ici que quelques éléments qui aideraient les chercheurs qui souhaitent approfondir le sujet de la Chine en tant qu'outil des mêmes élites mondialistes qui se tenaient derrière l'Empire britannique, et après la Seconde Guerre mondiale - derrière les États-Unis.

1) Dans le rapport annuel de la Fondation Rockefeller de 2010 (https://www.rockefellerfoundation.org/wp-content/uploads/...), qui décrit une hypothétique pandémie qui a coïncidé étrangement - à cent pour cent - avec la plandémie Covid-19 lancée en 2020, les auteurs louent les performances de la Chine communiste pour avoir fait face au mieux à ce fléau inventé par les mondialistes. Ces éloges sont une preuve évidente du fait que les élites satanistes préfèrent un gouvernement totalitaire à un régime qui respecterait un minimum de droits civiques.

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2) Le 18 octobre 2019, le John Hopkins Center for Health Security à New York (créé et financé par le même clan Rockefeller) en partenariat avec le Forum économique mondial et la Fondation Bill et Melinda Gates a accueilli la réunion appelée Event 201, une soi-disant exercice pandémique (https://centerforhealthsecurity.org/our-work/tabletop-exe..., https://www.youtube.com/watch?v=AoLw-Q8X174). Parmi les participants figuraient des responsables américains de la santé publique et des représentants de l'industrie pharmaceutique, ainsi qu'un haut responsable chinois, à savoir le professeur George F. Fao, directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, président de la Société chinoise de biotechnologie et président de la Fédération asiatique de biotechnologie. Et le 27 décembre 2019, les autorités chinoises signalaient déjà le premier cas de Covid-19 découvert à Wuhan. Cet exercice de simulation de pandémie était un cas classique de programmation prédictive autour de l'opération spéciale des élites sataniques Covid-19 destinée à contribuer au dépeuplement massif du monde. L'événement a été financé par l'Open Philanthropy Project appartenant au sinistre magnat George Soros.

3) La prochaine réunion du Forum économique mondial aura lieu du 27 au 29 juin 2023 en Chine. (https://www.weforum.org/events/annual-meeting-of-the-new-...). Tout analyste avec un minimum de formation sait que cette institution est l'un des principaux outils des mondialistes.

Revenons maintenant à l'expansion économique qui se poursuit aux dépens des États-Unis. Même s'il en est exactement ainsi, pourquoi ce phénomène susciterait-il la satisfaction des antimondialistes? Je savais personnellement que les militants de la multipolarité sont par définition souverainistes, s'opposent à la domination étrangère et aspirent à restaurer l'indépendance de leur propre pays. Dans ces conditions, le rejet du colonialisme économique devrait être un élément clé de la pensée et de l'action d'un antimondialiste. L'école de pensée centrée sur le protectionnisme économique, conceptualisée par Friedrich List qui s'est inspiré des travaux d'Alexander Hamilton, n'a pas perdu selon moi de sa pertinence. Et si aux XVIIIe et XIXe siècles les deux auteurs s'opposaient à l'impérialisme britannique manifesté dans le cadre du régime de libre-échange, un patriote des temps modernes - même s'il est adepte de la théorie des «grands espaces» selon Carl Schmitt - n'ont-ils pas à s'inquiéter de l'impérialisme économique chinois qui s'impose à travers le même régime de libre-échange?

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On sait que la domination politique d'un pays est précédée et accompagnée de sa domination économique. Comme on le sait, la différence fondamentale entre une économie productive (la Chine) et une économie de consommation (les 150 pays qui seraient envahis par les investissements et les biens chinois). Avouons-le, être à la fois opposant à l'unipolarité américaine et partisan de l'unipolarité chinoise fait preuve d'une naïveté inquiétante. A la décolonisation économique des pays du monde, c'est-à-dire au rejet de la domination des capitaux et des biens d'origine occidentale, ne doit pas succéder leur recolonisation par la Chine.

De plus, la gigantomanie tant décriée sous le communisme et rejetée dans le cas de la domination mondiale de la corporatocratie occidentale ne devrait pas être traitée avec autant d'admiration et d'enthousiasme dans le cas de la Chine. Si les Chinois aspirent à rendre 150 pays heureux par leur présence économique, il s'ensuit implicitement que tous accepteront le rôle ingrat des « républiques bananières » chinoises. Le reste du monde ne fournirait au géant mondial chinois que des matières premières, des marchés et éventuellement de la main-d'œuvre. Dans ces conditions, quelle place reste-t-il à nos aspirations vers un ordre mondial multipolaire?

Actuellement, la Chine est le rêve d'or de tout dictateur de l'histoire, avec la médecine forcée, le confinement et l'incarcération de ses propres citoyens dans leurs maisons, une surveillance généralisée, un contrôle  social et aucune liberté politique et civile. C'est précisément pour cela que la Chine est louée par les représentants des élites mondialistes-sataniques telles que Klaus Schwab ou Bill Gates. Donc ceux qui veulent savoir à quoi ressembleront leurs sociétés demain doivent regarder la Chine d'aujourd'hui.

Le chemin de la liberté

A partir de l'année 2020, l’on a vu s’instaurer la tyrannie mondiale sous prétexte médical, et constaté ce que valent les principes démocratiques et la légalité. Dans le même temps, toute illusion sur l'existence de centres de pouvoir véritablement indépendants a disparu. La plandémie de Covid-19, annoncée par le patron du WEF comme une fenêtre d'opportunité pour le «Great Reset», a brisé toute illusion que la tyrannie numérique mondiale pouvait être stoppée en recourant aux méthodes traditionnelles de lutte politique: élections, rue protestations, recours en justice, critiques dans la presse alternative. Le monstre mondialiste n'a plus besoin de maintenir l'apparence de l'État de droit. Le terrorisme d'État et l'imposition de mesures génocidaires et liberticides sont devenus des pratiques quotidiennes partout dans le monde.

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Rappelons-nous que la gouvernance mondiale s'exerce sans entrave au moyen de gouvernements fantoches subordonnés aux élites lucifériennes. Et la succession au gouvernement n'apporte aucun changement substantiel, ne servant que de décor à ce sinistre spectacle. L'éventail politique dans tous les pays de la démocratie libérale s'est définitivement uniformisé. La classe politique est l'otage du même paradigme dominant. La subordination de tous les gouvernements de pays du monde entier à l'ONU et à ses agences (OMS, OMC, PNUD, UNICEF, etc.) en tant qu'expression du Gouvernement Mondial est évidente pour tout observateur attentif.

Alors que faire? Premièrement, toutes les illusions doivent être abandonnées. Présenter le désirable comme une réalité et cultiver le mythe des rivalités géopolitiques qui transcenderaient l'agenda globaliste-sataniste est non seulement contre-productif, mais suicidaire. C'est-à-dire qu'il faut un saut paradigmatique qui dépasserait les clichés d'interprétation politique et géopolitique. Une analyse profonde, réaliste et  sans limite circonstancielle des hiérarchies étatiques est le prélude à l'élaboration d'une plateforme de lutte idéologique et politique efficace.

Et puisqu'à l'heure actuelle il n'y a aucun pays qui dispose d'un leadership fort, déterminé à livrer un combat total, jusqu'à la mort, aux élites satanistes qui ont usurpé le pouvoir politique à l'échelle mondiale, il est impératif de révéler cet état de fait tragique. En ce moment historique, critique pour l'humanité, l'esprit de sacrifice et le courage des élites intellectuelles anti-Système est la condition indispensable de notre effort pour réveiller les nations. Toute tentative d'édulcorer la réalité et d'éviter les risques de confrontations directes avec des gouvernements asservis à des centres de commandement mondialistes peut être fatale pour le monde entier. L'histoire est mise en avant par des personnages forts et lucides. Le temps des marchands et de l'esprit petit-bourgeois doit rester révolu. Le temps des héros frappe à la porte. L'avenir dépend de la volonté de quelques minorités qui constituent les véritables élites des nations. L’on ne peut pas bâtir sur les fondations fragiles de la médiocrité et de la lâcheté. Notre futur sera compromis  si nous manquons le moment opportun.

Nous sommes tous d'accord pour dire que nous assistons à la fin d'un cycle historique que nous associons à la Modernité et au capitalisme. Les signes des temps font que certains chefs religieux chrétiens voient approcher le dénouement apocalyptique. Mais en recourant à l'interprétation de René Guénon, on espère toujours qu'il ne s'agit pas de la fin du monde, mais de "la fin de ce monde". Nous ne souscrivons pas à la conception hindoue de la cyclicité du temps, mais utilisons simplement cette figure de style pour dire que nous désirons tous la naissance d'un monde meilleur. Et le chemin qui y mène passe nécessairement par la rupture des schémas et la remise en cause du libéralisme, mais aussi de la technocratie qui tend à prendre sa place. A ce moment crucial de l'histoire, une révolte majeure, mondiale, inconciliable et victorieuse des nations s'impose. Un nouveau monde ne peut être construit que sur les ruines d'un ancien monde. La génération actuelle est destinée à devenir le fossoyeur du capitalisme mondialiste, mais aussi de la technocratie démoniaque.

Iurie Rosca,

Moldavie.

lundi, 08 mai 2023

Le néolibéralisme. Ou gouverner pour les marchés

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Le néolibéralisme. Ou gouverner pour les marchés

Diego Fusaro

Source: http://www.elespiadigital.com/index.php/tribuna-libre/40588-neoliberalismo-o-del-gobernar-para-los-mercados

Le fondement du turbo-capitalisme s'inscrit dans la vision néolibérale que Foucault a condensée dans la formule d'un gouvernement non pas "des marchés", mais "pour les marchés". Dans le langage de von Hayek, le gouvernement et l'État n'ont proprement qu'une seule tâche, qui n'est pas de "produire certains services ou biens pour la consommation des citoyens, mais plutôt de contrôler que le mécanisme de régulation de la production de biens et de services est maintenu en fonctionnement".

Droite et gauche, inféodées au capital, partagent désormais la même vision économique néolibérale, sous la bannière du fondamentalisme du libre marché, qui consiste à réduire simultanément l'État et le gouvernement au statut de simples serviteurs du marché. L'adhésion au dogme du libre cannibalisme, comme on pourrait définir le marché libre, est la revendication de la droite économique qui s'est tellement répandue qu'elle s'est transformée en Weltbild, la "vision du monde" omniprésente. Elle coïncide essentiellement avec la "liberté de s'envoyer mutuellement à la ruine" - selon la définition de Fichte dans L'État commercial fermé - et avec la suppression de toute limitation extérieure au pouvoir du plus fort (ius sive potentia). Si le keynésianisme pouvait être compris lato sensu comme la tentative de mettre le capitalisme au service des finalités sociales établies par la politique, on peut affirmer à juste titre qu'au contraire, le néolibéralisme marque la transition historique d'époque d'une politique économique à base keynésienne à une politique à matrice hayékienne : la justice sociale et la justice de marché ne coexisteront plus, car la seule qui survivra est la justice de marché, convertie - en accomplissement du théorème de Thrasymaque exprimé dans la République (338c) - en "droit du plus fort", τὸ τοῦ κρείττονος συμφέρον. Selon la vision canonique de Hayek, le concept de justice sociale est, du point de vue néolibéral, un simple ens imaginationis "vide et dénué de sens".

harvey_couv.jpgComme le souligne Harvey dans sa Brève histoire du néolibéralisme (2005), cette perspective trouve son origine dans le quadrant droit et notamment chez des théoriciens tels que von Hayek et von Mises, avant de trouver ses bastions opérationnels chez Reagan et Thatcher. L'idée générale, explique Harvey, est celle d'une dérégulation du marché, jugé capable de s'autoréguler ; une dérégulation par laquelle l'économie devient superiorem non recognoscens et l'État désouverainisé devient un simple "policier" qui surveille les marchés et les défend si nécessaire. L'ordo néolibéral a réinventé l'État avec une fonction anti-keynésienne, en tant que "garde armé" de l'ordre désordonné de la compétitivité et en tant que garant ultime des intérêts du bloc oligarchique néolibéral non frontalier et de son hégémonie.

L'État néolibéral intervient dans l'économie, mais - et c'est là la nouveauté - il est structuré de telle sorte qu'il peut être géré de manière unidirectionnelle par l'élite cosmopolite pour son propre bénéfice, grâce au changement de la relation entre la politique et l'économie ; cela va du sauvetage public des banques et des entreprises privées (avec la redéfinition de l'État comme une énorme compagnie d'assurance, émettant des polices au profit des loups cyniques de Wall Street) à la répression policière des mouvements de protestation menés par les esclaves du peuple et de la nation contre l'ordre mondialiste (du G8 à Gênes en 2001, aux places françaises occupées par les gilets jaunes en 2019).

La déresponsabilisation du politique par le marché est complétée par l'érosion progressive des bases de la légitimité de l'État démocratique et de ses fondements sociaux, issus du compromis keynésien entre le politique et l'économique : le politique doit désormais être soumis à un rôle subalterne, incapable d'interférer dans l'économie, agissant exclusivement comme son serviteur et son "garde du corps". C'est ce que nous proposons d'appeler la dépolitisation néolibérale de l'économie. A la base, le compromis keynésien était l'artifice délicat construit pour redistribuer les richesses du haut vers le bas et assurer ainsi un équilibre acceptable entre démocratie et capitalisme. Depuis la fin du socialisme réel et avec la subsomption absolue de la gauche sous le capital, la décomposition progressive de l'Etat-providence s'est poursuivie dans ses principales déterminations (des retraites aux indemnités, de la grossesse à la maladie), toutes évidemment incompatibles avec les "défis" de la compétitivité sans frontières, id est avec l'exigence de produire le plus possible au prix le plus bas possible.

Liée à la réorganisation verticale de l'équilibre des pouvoirs rendue possible par le triomphe du paradigme technocapitaliste en 1989, la dé-démocratisation se fonde, comme nous l'avons vu plus haut, sur la dé-souverainisation et, conjointement, sur la supranationalisation, c'est-à-dire sur le déplacement du centre du pouvoir de la dimension des États souverains démocratiques vers des entités transnationales post-démocratiques. Comme le souligne Costanzo Preve, "la décision politique 'publique' est vidée et rendue marginale par son transfert 'privé' vers les grands centres des oligarchies financières", avec pour conséquence le passage des parlements nationaux à des conseils d'administration privés. De cette manière, qui est légitimée comme une libération de la belligérance des États nationaux et qui, en réalité, vise à neutraliser la souveraineté démocratique (qui implique la citoyenneté et la représentation) et à renforcer de manière convergente l'oligarchie financière cosmopolite "pour les peuples superflus", la disjonction entre les mécanismes de représentation populaire et les décisions macroéconomiques est réalisée. L'économie se dépolitise en s'affranchissant de plus en plus du contrôle démocratique, de même que la politique - ou ce que l'on continue d'appeler ainsi - s'"économicise", dans la mesure où elle devient un simple suiveur des intérêts économiques des groupes dominants ("comité d'entreprise des classes dominantes", pour reprendre la formule de Marx). L'état c'est moi est aujourd'hui la formule prononcée non plus par le roi, mais par la classe oligarchique néolibérale dans son ensemble.

Cet horizon de sens inclut aussi, entre autres, les allégements fiscaux mis en œuvre par la gouvernance libérale au profit des seigneurs du capital, au motif non avéré qu'ils conduiraient à des hausses généralisées de l'emploi et des revenus. Les "requins financiers" apatrides - comme les appelait Federico Caffè - et les géants du capital sans frontières sont en fait des évadés fiscaux au sens de la loi - les géants du commerce électronique, par exemple, paient un impôt d'environ 3 % - tandis que les classes moyennes et populaires subissent une hyperpression fiscale qui, en fait, représente une expropriation permanente.

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A l'examen des rapports de force du turbo-capitalisme, il est clair que "marché" non seulement ne rime pas avec "démocratie", mais procède par vidange de son contenu et érosion de ses espaces. C'est là l'essence même de la "seconde restauration" post-1989, comme l'appelait Badiou dans Le Siècle : le capital victorieux s'empare de tout. Et il passe à l'offensive, dé-souverainisant les États-nations comme derniers bastions de résistance à la domination de l'économie mondiale, attaquant les classes moyennes et ouvrières et déconstruisant les espaces des démocraties nées au 20ème siècle, lesquelles étaient pourtant encore perfectibles. De plus en plus, surtout depuis les années 1990, la gouvernance néolibérale a avili la démocratie électorale au nom de l'expertise : et cette "expertise" à laquelle ils se réfèrent n'est jamais celle des travailleurs et des masses nationales-populaires, mais coïncide au contraire avec l'expertise exclusive des "techniciens", comme on appelle pieusement les banquiers et les top managers, en utilisant un terme anodin et faussement super partes.

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C'est Frank Fischer qui a ouvert la voie dans Technocracy and the Politics of Expertise (1990). Selon l'ordre du discours libéral, le pouvoir de décision ne sera pas dévolu au peuple souverain (ce qui est, après tout, une autre façon de dire "démocratie"), mais au "comité" - ou task force - d'"experts", c'est-à-dire de banquiers et de top managers. En d'autres termes, au-delà du théâtre des apparences, c'est l'économie, le marché et la classe dirigeante qui décident vraiment, et d'une manière qui n'a rien de démocratique. C'est également pour cette raison que le néolibéralisme peut être compris comme le détournement de l'expérience commune par le biais de l'expertise.

Comme on l'a déjà rappelé, même en ce qui concerne l'aversion pour le peuple en tant que sujet souverain (cristallisée dans la catégorie du "populisme"), la nouvelle gauche et le bloc oligarchique néolibéral font système. Et une telle involution serait synthétisée dans la formule suivante : puisque le peuple n'a pas la capacité de décider et de choisir, il faut l'annuler, pour que, sans le peuple - et c'est là le paradoxe - la démocratie puisse mieux fonctionner. C'est le résultat des conclusions tirées dans La crise de la démocratie : sur la gouvernabilité des démocraties - l'étude de 1975 préparée conjointement par Michel Crozier, Samuel Huntington et Joji Watanuki, commandée par la "Commission Trilatérale" - que les groupes dominants ont cherché de nouveaux outils conceptuels pour gouverner le peuple en régénérant la "juste distance" entre le haut et le bas, menacée à ce stade par la participation démocratique croissante et la capacité critique pas encore totalement anesthésiée des classes subalternes.

La réduction du pouvoir syndical, la réduction contrôlée de la participation populaire à la vie politique et la propagation d'une apathie généralisée ont été quelques-unes des stratégies privilégiées pour le réajustement vertical de l'équilibre des pouvoirs. La dévalorisation même du peuple en tant qu'élément essentiel de la vie démocratique a été, dans une mesure toujours plus grande après 1989, le point culminant de cette réorganisation post-démocratique caractéristique du néo-libéralisme.

samedi, 15 avril 2023

Libéralisme et société postmoderne

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Libéralisme et société postmoderne

de Blocco Studentesco : https://www.bloccostudentesco.org/2022/10/25/liberalismo-e-societa-postmoderna/

Par Andrea

Le modèle de société dans lequel nous sommes immergés et qui se trouve actuellement dans une situation de changement et de radicalisation de certains de ses aspects (plus grand contrôle individuel, suppression de nombreuses libertés, etc.) peut être inscrit dans le processus d'affirmation, au cours de l'histoire, de différentes instances, principalement le néolibéralisme et le postmodernisme philosophique mis en avant par les Français de Mai 68, processus qui a profondément influencé le développement de l'histoire actuelle, en observant comment un grand nombre de personnalités en accord avec cette sphère de valeurs ont occupé ou occupent des positions importantes.

Une généalogie complète et exhaustive de l'émergence de ces phénomènes nécessiterait du temps et une analyse difficile; en revanche, certains aspects intéressants peuvent être mis en évidence. Le néolibéralisme peut être considéré comme une évolution naturelle du libéralisme classique, qui s'est affirmé en raison de certaines contingences historiques et politiques autour des années 1970, mettant en relation étroite le capitalisme et la technoscience avec les effets désastreux que nous connaissons aujourd'hui.

Il en ressort que certains aspects présents à notre époque, tels que les droits civiques arc-en-ciel, l'individualisme absolu, les atteintes aux identités, peuvent être ramenés aux mêmes paradigmes de cette raison libérale qui a d'abord colonisé la sphère de l'économique pour ensuite conquérir tous les aspects de notre vie. La réflexion philosophique postmoderne, qui s'est développée dans l'intempérance culturelle du Mai 68 français, où ces questions se sont développées à l'origine, est en fait liée aux mêmes fondements que ce qu'elle prétendait nier. Des auteurs comme Foucault, Deleuze, Lyotard, Derrida et, dans une certaine mesure, Baudrillard ont mis en avant des conceptions fonctionnelles à l'appareil économique en place. Sans entrer dans les détails, on observe généralement une dissolution du sujet et une méfiance absolue à l'égard de toute forme de sens historique, avec une érosion complète, dans une pluralité de théorisations, de concepts tels que l'État, la société, l'histoire, l'essence et l'identité.

La dimension subjective n'est perçue que sous un angle négatif, tout comme la dimension historique. Des théories sont développées qui incarnent parfaitement les exigences du libéralisme classique, métabolisé par la dynamique du marché. Ces visions ont conduit aux conceptions qui imprègnent la société actuelle : l'assujettissement et la dissolution complète du sujet, la disparition de la dimension historique, l'absence d'un but qui unit et définit l'homme avec sa communauté et, en général, une chute continue vers la sphère du privé. Une réflexion que l'on croyait anti-système et révolutionnaire a en fait ouvert encore plus le champ à la domination des lois du marché sur l'homme, fruit de la raison libérale, dans son subjectivisme le plus radical, qui n'est rien d'autre que l'expression avancée du capitalisme le plus débridé.

 

lundi, 10 avril 2023

La politique de Macron : une révolution oligarchique contre le peuple

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La politique de Macron : une révolution oligarchique contre le peuple

par Pierre Le Vigan

« Liquidation », écrivait Frédéric Rouvillois dans son livre sur Macron comme définition de son prrojet (Liquidation. Emmanuel Macron et le saint-simonisme, Cerf, 2020). Le projet de Macron, c’est cela : liquider tout ce qui restait solide dans la société française, certaines mœurs et habitus, certaines structures, certains projets (devenir propriétaire d’une maison, la léguer, avoir un métier dont on est fier et pas seulement un ‘’job’’), rendre tout liquide, tout réversible, tout jetable (notamment les traces de notre histoire), tout interchangeable (les peuples, les gens, les sexes, les métiers, les territoires,  etc). Eparpillé façon puzzle : cela veut dire que notre pays et notre peuple ont été mis en morceaux. Dispersés et hachés menu.  Eparpillé : c’est le résultat de la politique de Macron. Un peuple dispersé, affaibli, atomisé.

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Loin de n’avoir « rien fait », comme on l’entend parfois, Macron a presque tout réalisé de son programme. Vendre l’industrie française : c’est le capitalisme de connivence. Conforter l’oligarchie : c’est le pacte de corruption lié au covid, c’est à dire à l’interdiction de traiter les malades du covid hors procédures de vaccin (ceux permettant des super profits aux membres de la caste – ceux qui ont propulsé  Macron et qui attendaient leur retour sur investissement).

Téléologie et domination du Capital 

Il faut ici faire appel à Marx. Et d’abord souligner son point faible : la téléologie, voire une certaine eschatologie. C’est ce qu’il y a de moins  convaincant chez Marx. « Pour nous, écrit Marx, le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement. » (L’idéologie allemande). On peut en douter. Pour le dire autrement, peut-on penser que le règne du Capital (entendons par là les rapports sociaux lié à un certain état et un certain agencement des forces productives) aboutisse nécessairement, même avec un coup de pouce politique, au communisme selon Marx, c’est-à-dire à la fin de l’aliénation ? Non. On ne peut valider la thèse de l’inéluctabilité historique de la marche vers le socialisme marxien comme travail conscient de la transformation de la nature et de soi-même. On peut craindre au contraire que le brouillard des âmes et le brouillage de la conscience de soi comme sujet historique ne s’étendent, par le développement du fétichisme de la marchandise.

Pas de marche assurée au dépassement du capitalisme donc. Par contre, le règne du Capital (de la Forme Capital) peut aboutir à une version apocalyptique du « communisme », cette fois au sens stalinien, ou au sens de la dictature chinoise, c’est-à-dire à l’étatisme absolu. Mais la différence entre le totalitarisme néo-libéral et  les totalitarismes communistes, c’est qu’il s’agit d’un étatisme antinational avec les néo-libéraux, l’Etat ayant fusionné avec les multinationales et la finance, qu’il a déjà sauvé en 2008 (cf. notamment Alain de Benoist, Au bord du gouffre. La faillite annoncée du système de l’argent, Krisis, 2015).  Nous vivons ainsi sous le « soleil noir du capital », comme écrit Anselme Jappe. Il est là, non pour nous chauffer l’âme, mais pour brûler nos vies et pour nous aveugler par le crétinisme télévisuel des médias de grand chemin.

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Quand Macron fait du saint-simonisme

Frédéric Rouvillois dit encore : « Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, Macron fait du saint-simonisme sans le savoir » (Figaro-vox, 27 septembre 2020). Cela va plus loin  que cela, et c’est encore plus grave que cela. L’utopie rationaliste et techniciste de Saint-Simon (le socialiste) se voulait un « nouveau christianisme » (1825). Avec Macron, c’est d’un anti-christianisme, ou d’un post-christianisme (car s’opposer suppose de connaître, ou d’être déçu, non d’être indifférent) qu’il s’agit. Ses mots d’ordre sont non seulement ceux du télétravail mais ceux de la télévie. Une vie désincarnée. « Eloignez-vous les uns des autres », « Suspectez tout le monde (de ne pas être vacciné, d’être ‘’un danger’’) », « Méfiez-vous de votre prochain », « Isolez-vous » et au final « Préparez-vous à la vraie vie dans le monde libéral : la guerre de tous contre tous ». C’est le refus de toute incarnation. C’est l’effacement de toutes les images fédératrices. C’est la destruction de toutes les formes instituantes : école, églises, histoire de France, élections prises au sérieux, fêtes solennelles. C’est la victoire de « ceux qui ont créé leur start up » sur « ceux qui ne sont rien » et qui pourtant sont tout le peuple. C’est la domination des arrogants improductifs voire nuisibles (les affairistes) sur les travailleurs, sur les producteurs. 

Les libéraux des deux rives contre le peuple et le politique

La politique Macron est le stade ultime du libéralisme et du capitalisme. Mais en quel sens ? C’est ici que nous voyions un tournant et une accélération dans les politiques libérales menées depuis 1983. Que s’est-il passé pour que le libéralisme devienne l’ennemi des libertés ? Il a fallu que le libéralisme fasse un constat. Le libéralisme se heurte à la résistance de la nature humaine. Qu’en conclut-il ? Qu’il faut changer la nature humaine. Tel est l’objectif de Macron et plus largement du Great Reset (la grande réinitialisation) de Klaus Schwab et Thierry Malleret (un livre publié en 2020).  Le libéralisme ne se remet pas en question. Il remet le réel en question. La société n’est pas conforme aux postulats libéraux ? Ne changeons pas le libéralisme, mais changeons la société. Les communistes ont parfois fonctionné de cette façon. En ce sens, les libéraux sont leurs élèves. Entendons : les élèves de ce que les communistes ont fait de pire.    

Les libéraux ont donc constaté que la société n’était pas entièrement conforme aux schémas libéraux. Il faut donc changer la société. C’est pourquoi le libéral-libertaire Macron, unissant les libéraux des deux rives, les fossoyeurs de la France des deux rives, les oligarques des deux rives (une affaire qui a mieux marché que la sympathique tentative de Jean-Pierre Chevènement en 2002 d’unir les « Républicains des deux rives »), appuyé sur le crétinisme et l’inculture des bobos,  veut donner au libéralisme un nouvel élan et ne peut le faire qu’en supprimant la démocratie, en la réduisant à des procédures hors sol, non représentatives.

C’est pourquoi la Ve République (qui n’était pas parfaite mais était un outil améliorable) a été vidée du   meilleur de son contenu, avec l’extension des pouvoirs du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’Etat, des juges, avec le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, avec la transformation du poste de premier ministre en simple poste  de collaborateur (et pas le premier) du Chef de l’Etat, et avec bien entendu la tutelle de l’UE (si utile car déresponsabilisante).

Bilan : des élites robotisées et les robots contre la France. Les élites peuvent se permettre d’être anti-patriotes et hors sol, de partout et de nulle part. Le peuple ne le peut pas. « A celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien. »[1].

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« Crise » du Covid et «crise » du climat comme moyen de tétanisation du peuple

En rendant les élections de plus en plus déconnectées du peuple (la grande majorité  des élus des chambres viennent des couches supérieures de la nation), en mettant dans les lois ordinaires toutes les lois d’exception  qui devaient être temporaires, liées au terrorisme, à la « crise » du covid[2], au « climat », la politique Macron vise aussi à sauver le capitalisme par une mutation totalitaire. Il s’agit de mêler fausse « urgence » écologique (alors que l’écologie sérieuse, c’est le long terme), réduite à ce qui intéresse le système, c’est-à-dire la « croissance verte » et non la relocalisation de nos économies et industries, et réformes sociétales consistant à mettre l’accent sur de faux problèmes (comme les inégalités de salaire homme-femme, qui sont depuis longtemps interdites par… le Code du travail).

S’ensuit tout un discours mensonger sur de soi-disant  « réfugiés » climatiques, prétexte à de nouvelles vagues migratoires, et sur un « changement » climatique d’origine seulement anthropique, hypothèse bien incertaine (le climat a tout le temps changé, et l’influence du soleil peut être infiniment plus importante que l’action humaine. Lire ou relire Emmanuel Le Roy-Ladurie sur le perpétuel changement du climat. En outre, un réchauffement n’a pas que des aspects négatifs). Tétaniser les hommes pour les neutraliser. Mondialiser tous les problèmes pour faire oublier que des solutions locales et démocratiques peuvent exister. Mais aussi préparer un nouvel âge du capitalisme. Voilà l’agenda Macron.

Vaccinations et lutte du Capital contre la baisse tendancielle du taux de profit

Nous avons souligné les limites de Marx quand il croit pouvoir déceler un mouvement téléologique dans l’histoire. Mais cela ne peut faire oublier que Marx est totalement pertinent quand il inscrit l’économie dans une anthropologie et une philosophie, inscription richement prolongé par de nombreux marxiens, tel Karel Kosik[3], Georg Lukacs, Tran Duc Thao, Roger Garaudy[4], Lucien Sève[5]… Il n’y a, comme le soutenait Raymond Abellio même après s’être détaché de certains aspects du marxisme, de solide théorie de la valeur que celle, marxienne, de la valeur-travail. En conséquence, est aussi pertinente la théorie de la plus-value et la loi de baisse tendancielle du taux de profit. Le jeu des tendances et contre tendances de cette loi garde une grande valeur explicative. Or, dans la mesure où l’économie capitaliste du monde occidental, et surtout européen est de moins en moins productive, le capitalisme a besoin d’être de plus en plus parasitaire, prédateur, improductif. Il a besoin de contrecarrer la baisse tendancielle du taux de profit. Et c’est là qu’arrivent les « vaccins ».

Un  vaccin obligatoire ou des vaccins obligatoires, et renouvelables plusieurs fois par an, constituent un formidable moyen de rétablir de hauts taux de profit dissociés de toute production socialement utile. Des profits sûrs avec la socialisation des risques et des éventuelles pertes (ou coûts de recherche), et avec la privatisation des profits. Processus classique d’un capitalisme de plus en plus ennemi de l’économie réelle, un capitalisme parasitaire et improductif qui a besoin de l’Etat pour restaurer ses profits, pour sauver les banques et les marchés financiers.

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Passe sanitaire, confinements et couvre-feu contre la révolte populaire

Le puçage généralisé de tous, et, au-delà de cela, le transhumanisme comme fabrication synthétique de soi et marchandisation de soi sont des moyens de relancer l’exploitation de l’homme en poussant l’aliénation jusqu’à la création d’un homme nouveau, simplifié, interchangeable, déshérité,  sans culture. Un homme en kit, dans lequel tout est amovible, y compris ses organes sexuels.  C’est ce qui se passe avec la stratégie dite « anti-covid », avec passe sanitaire puis passe vaccinal, couvre-feu et confinements (et pourquoi pas bientôt des confinements contre le réchauffement climatique, sachant qu’il y a déjà des interdictions de circulation ?).

Ce qu’ont entrepris Macron et l’Union européenne comme projet de long terme, c’est une guerre de liquidation anthropologique de l’homme comme lié à ses semblables c’est-à-dire d’abord à son peuple, et être d’héritage culturel, issu d’une histoire, bénéficiaire d’une transmission. Libéral, on pourrait penser que le pouvoir macronien est issu pourtant en ligne directe du libéralisme de Benjamin Constant. Mais il y a dans cela une cohérence : la logique du libéralisme est l’individualisme. Elle est le tout à l’ego. Sa logique est la dissociation et l’éclatement du lien social. Sa logique est l’atomisation des gens et des peuples. Sa logique mène donc à la mort des peuples et à l’individualisation de tout (d’où la destruction du Code du travail, la destruction de la Sécurité sociale, des retraites par répartition, etc). La logique du libéralisme comme individualisme et culte des idées abstraites est la suppression du passé. Voilà comment on tue une civilisation pour y substituer une sous-civilisation de gens pucés et sous surveillance continue. Voilà comment on crée un « parc humain », comme dit Peter Sloterdijk.  C’est pourquoi le libéralisme est contre les libertés et les peuples. Sa logique est orwellienne. 1984, nous y sommes.  

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Une nécessaire libération : se libérer du libéralisme pour se libérer du règne du Capital

Macron est l’actuel fondé de pouvoir de l’oligarchie. Un personnage anecdotique en un sens, mais si emblématique. Et c’est pourquoi il inspire les sentiments massivement hostiles que l’on peut constater chaque jour. Car la seule chose qu’il incarne, c’est justement l’abstraction, l’inhumanité et la brutalité de ce pouvoir oligarchique.

Le monde de Macron, c’est un libéralisme totalitaire au service de l’argent-roi. C’est pourquoi le réveil des solidarités locales et nationales est nécessaire. Il ne s’agit pas d’autre chose que d’une lutte de libération nationale et sociale.  « Il faut refaire des hommes libres. », disait Bernanos (La liberté, pour quoi faire ?, 1946). Cela ne se fera pas sans reconquérir nos libertés de peuple, nos libertés  nos libertés en commun.

PLV

Derniers livres de l’auteur : Eparpillé façon puzzle (Libres, 2022), La planète des philosophes (Dualpha, 2022), Métamorphoses de la ville (La barque d’or, 2021).

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Notes:

[1] Au moment où on débat des droits de succession sur les héritages, il faut savoir qu’un Français sur trois n’hérite de rien, et qu’un ouvrier et employé sur deux hérite de moins de 8000 (huit mille) euros (de quoi acheter une place de parking à Montélimar).

[2] le covid car c’est un virus et non la covid car qui dit virus ne dit pas forcément maladie]  (2 % seulement des entrées en hospitalisations en 2020 y sont liés, France-info 17-11-2021).

[3] La dialectique du concret, François Maspero, 1970, Les éditions de la Passion, 1988.

[4] Marxisme du XXe siècle, 10-18, 1966.

[5] Une introduction à la philosophie marxiste, éditions sociales, 1980.

lundi, 20 février 2023

Catastrophe écologique dans l'Ohio: quand les hedge funds gèrent les chemins de fer

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Catastrophe écologique dans l'Ohio: quand les hedge funds gèrent les chemins de fer

Source: https://zuerst.de/2023/02/18/umweltkatastrophe-in-ohio-wenn-hedgefonds-die-eisenbahn-verwalten/

Columbus/Ohio. Après le déraillement d'un train de marchandises chargé de produits chimiques hautement toxiques dans l'État américain de l'Ohio, une catastrophe écologique dévastatrice est peut-être en train de se produire. Les wagons ont brûlé pendant plusieurs jours et une explosion "contrôlée" par les autorités a également libéré des gaz dangereux dans l'environnement. Un champignon de fumée sombre était visible de loin. Entre-temps, les habitants mis en sécurité ont été autorisés à rentrer chez eux. Mais ceux-ci font état d'irritations de la peau et des voies respiratoires et déplorent de nombreux animaux morts.

Une cinquantaine de wagons du train de marchandises, dont certains étaient chargés de chlorure de vinyle cancérigène et d'autres produits chimiques, ont déraillé le 3 février dans la localité d'East Palestine, dans l'est de l'Ohio. Plusieurs des wagons-citernes ont pris feu. Afin d'éviter une explosion, les autorités locales ont décidé de vider le chlorure de vinyle. On craint désormais une catastrophe écologique à grande échelle, qui pourrait notamment affecter l'approvisionnement en eau potable de la région.

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L'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a annoncé que les autorités nationales et locales prélevaient des échantillons dans toute la rivière Ohio "pour s'assurer que les points de captage d'eau potable ne sont pas affectés". Parallèlement, la population doit être rassurée. Il n'y a pas de danger de mort imminent. Les écologistes avertissent cependant que la combustion du chlorure de vinyle a libéré du chlorure d'hydrogène et du phosgène. Ce dernier a été utilisé comme agent chimique pendant la Première Guerre mondiale. Dans l'Ohio, on craint que ces substances ne se retrouvent dans la nappe phréatique et dans le sol.

Les mesures de sécurité apparemment trop laxistes font également l'objet de vives critiques. Ainsi, le train n'aurait pas été équipé de freins pneumatiques électroniques. Pire encore, selon le gouverneur de l'Ohio, Mike DeWine, le train n'était même pas identifié comme transportant des matières dangereuses.

Les commentateurs américains soulignent également un lien possible entre la catastrophe ferroviaire et le conflit en cours entre les syndicats de cheminots américains et l'administration Biden. Les syndicats sont en grève depuis des mois, l'une des principales raisons étant les mesures de rationalisation associées à l'acronyme PSR: Precision Scheduled Railroading. Selon les cheminots, le PSR entraîne une réduction du personnel, des travaux de maintenance, des congés, implique des trains plus longs et suscite des pratiques commerciales douteuses, les compagnies ferroviaires étant contraintes, pour des raisons de rentabilité, de maintenir leurs trains en mouvement le plus longtemps possible.

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De nombreuses grandes compagnies ferroviaires américaines sont gérées par de grands fonds spéculatifs et des investisseurs financiers tels que Vanguard, JP Morgan et Black Rock, y compris le Norfolk Southern Railway, l'une des principales compagnies ferroviaires à l'est du fleuve Mississippi.

Le 3 février, le train catastrophe qui se dirigeait de l'Illinois vers la gare de Conway est passé sur un capteur qui a détecté de la chaleur sur les roues et les essieux du train et a signalé que les roues avaient pris feu. Ce que l'on sait maintenant, c'est qu'au lieu de s'arrêter, d'inspecter et de réparer les dommages, le personnel de bord a reçu l'ordre de continuer à rouler en direction de Conway, de sorte que le train a parcouru plus de 20 miles à une vitesse de 30 kilomètres par heure jusqu'à la gare d'East Palestine. Pendant ce temps, les roues surchauffaient. Des vidéos de caméras de surveillance montrant des étincelles jaillissant de certains essieux surchauffés sont apparues sur le web. Certains wagons ont déraillé, ce qui a provoqué un incendie. (mü)

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jeudi, 19 janvier 2023

Non à la société multiculturelle néolibérale! Oui à la communauté sociale identitaire!

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Non à la société multiculturelle néolibérale! Oui à la communauté sociale identitaire!

Enric Ravello

Source: https://euro-sinergias.blogspot.com/2023/01/no-la-sociedad-multicultural-neoliberal.html

L'immigration de masse, le multiculturalisme, la substitution démographique sont la conséquence du paradigme idéologique actuel, de la superstructure idéologique - comme dirait Marx - qui détermine la structure sociale et économique. Ce paradigme, que beaucoup appellent désormais mondialisme ou mondialisation, n'est rien d'autre que le développement logique des principes de l'idéologie libérale. Pour guérir une maladie, la première chose à faire est de poser un bon diagnostic, d'examiner les symptômes et de déterminer la cause. Soyons clairs: le libéralisme est la cause principale de tous les problèmes angoissants dont souffrent les sociétés européennes aujourd'hui. Par conséquent, il est le grand ennemi à détruire.

Pour le libéralisme, l'homme naît "ex novo". C'est-à-dire qu'il ne fait pas partie d'une communauté, d'une tradition ou d'une identité, il est simplement un individu qui est mû par son propre intérêt individuel et économique. D'une certaine manière, le libéralisme est la théorie de l'individualisme absolu, dans laquelle l'individu, sans racines, sans passé et sans mémoire, et donc égal et interchangeable avec le reste des hommes, s'associe à d'autres pour défendre ses propres intérêts, qui sont très majoritairement de nature économique. Cet amalgame d'intérêts particuliers crée la société, comprise essentiellement comme un marché.

Conçu comme un pacte minimal, l'État est un "moindre mal" qu'il faut réduire au maximum pour que ce soit le marché - le totem libéral - qui régule les relations entre les individus.

De cette même logique libérale découle le concept ambigu et liquide d'"intégration", qui, dans l'imaginaire libéral, se traduit par l'incorporation plus ou moins ordonnée dans la société marchande de nouveaux individus en tant que simples producteurs/consommateurs.

Nous, les identitaires, sommes l'antithèse, tant au niveau de ses principes que de son application, de la pensée libérale. Pour nous, la société n'est pas créée par un contrat commercial (principe libéral) mais par l'histoire, le patrimoine et la tradition (principe identitaire). Une personne naît avec un patrimoine et dans un environnement particulier, elle fait, dès le premier instant, partie d'un groupe, et ce sont ces groupes, les peuples, qui créent les États. Pour les identitaires, le "nous" précède et conditionne le "je", tandis que le "je", détaché du "nous", est la base de l'idéologie libérale, uniformisante et mondialiste.

C'est pourquoi nous soulignons que le concept d'intégration est un sophisme. Les cultures, qui ne naissent pas spontanément, sont l'expression mentale et formelle d'un peuple. Si ce peuple disparaît, sa culture disparaîtra également. Il ne faut pas confondre "intégration" et "imitation" (des formes extérieures et de l'accès au marché du travail) - ce qui est l'affirmation libérale. Une culture est quelque chose de beaucoup plus élevé, beaucoup plus large et beaucoup plus complexe.

Dans la Grèce classique, berceau de la démocratie (le pouvoir du peuple), le "demos" était lié-légitimé avec l'ethnos. Elle n'a rien à voir avec un agrégat d'individus qui sont en relation les uns avec les autres par intérêt économico-marchand. Il est temps de retrouver le vrai sens de la démocratie.

Si la société est comprise comme une communauté qui partage des liens historico-culturels profonds, nous sommes aux antipodes du libéralisme et de son idée de réduire l'État au minimum. L'État est l'instrument politique de la communauté historico-identitaire et assurera donc la protection de tous ses membres et ne l'abandonnera pas à l'arbitraire injuste du "marché".

C'est pourquoi nous défendons un secteur public digne et fort qui assure la santé, les droits sociaux et l'éducation pour tous les membres de notre communauté nationale et populaire. Être identitaire inclut nécessairement un fort élément social, sinon c'est, soyons clairs, une trahison du peuple lui-même en tant que communauté organique.

Nous désignons donc le libéralisme comme l'ennemi absolu, ses œuvres et ses dirigeants, qui ne pourront jamais être une référence pour quiconque s'identifie à nos postulats, à titre d'exemple nous désignons l'infâme Margaret Thatcher et ses politiques néolibérales de privatisation du secteur public; nous récupérons la citation de Géraldine Vaughan, docteur en histoire et civilisation britannique, qui dans le cadre du référendum sur l'indépendance de l'Écosse en 2014 disait: "l'idéologie thatchérienne s'est attaquée aux valeurs écossaises profondément ancrées dans l'idée de communauté". Les politiques néolibérales de Thatcher ont pulvérisé l'État, ce qui a été ressenti comme une attaque contre l'idée de communauté. Une tranchée idéologique et morale s'est ouverte entre les Écossais en conséquence.

Contre tout libéralisme, individualisme et mercantilisme. Nous luttons pour un "niveau de vie" décent dans la sphère socio-économique et un "mode de vie" qui nous est propre dans la sphère communautaire et nationale.

Enric Ravello

 

lundi, 16 janvier 2023

"Invasion Los Angeles"/"They Live" - L'idéologie néolibérale et la façon dont nous pouvons voir la vérité à travers ces lunettes

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"Invasion Los Angeles"/"They Live" - L'idéologie néolibérale et la façon dont nous pouvons voir la vérité à travers ces lunettes

Alexander Markovics

Source: https://www.geopolitika.ru/de/article/sie-leben-die-neoliberale-ideologie-und-wie-wir-durch-die-brille-die-wahrheit-erkennen

" Travaillez ! Consommez ! Obéissez !"

Ce qui semble être une description de la réalité sociale de l'Occident du 21ème siècle sont les ordres donnés par les extraterrestres dans le film "Invasion Los Angeles" de John Carpenter, sorti en 1988. Ce fait n'est pas non plus un hasard, mais bien intentionnel. Comme Carpenter l'a expliqué dans une interview, le film a été réalisé à partir de la nouvelle de science-fiction 8 o'clock in the morning (en français: Les fascinateurs) de Ray Faraday Nelson de 1963, qui a été adaptée en bande dessinée par Bill Wray en 1986 [1] , non pas dans l'intention de créer un film d'action ou de science-fiction, mais comme un documentaire [2] sur les États-Unis dans les années 1980 et en particulier sur la révolution "(néo)conservatrice" de Ronald Reagan.

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La révolution de Reagan et le néolibéralisme comme thème principal de "They Live" ("Invasion Los Angeles")

C'est à cette époque que le néolibéralisme s'est pleinement imposé en Occident. Alors que les élites occidentales s'efforçaient auparavant de dompter le capitalisme, dans le cadre de la lutte inter-systèmes qu'était la guerre froide, afin de maintenir la loyauté de leurs propres travailleurs envers le libéralisme, l'expérience sociale des "Chicago Boys", qui avaient tenté une expérience sur le terrain au Chili sous la dictature de Pinochet, et donc un capitalisme désormais débridé, s'est imposée. Les prestations sociales ont été supprimées, les marchés dérégulés, les entreprises publiques privatisées et des millions de personnes transformées en working poor, des travailleurs qui vivaient au jour le jour.

5841632.jpgLes restes de la société ont été détruits par l'accélération de l'individualisme, "Bowling alone" devenant ainsi de plus en plus une réalité, ce qui signifiait également l'uniformisation progressive dans le sens du programme néolibéral. Cette révolution de Reagan, diffusée en Europe par Margret Thatcher ("There's no such thing as society [3]"), s'est également caractérisée par une émergence (à l'époque surtout dans les milieux universitaires) du politiquement correct, de la théorie du genre, de l'idée d'une société "verte", "climatiquement neutre" de la société (pensez à la chanson "California over all" des Dead Kennedys), d'une société de consommation qui consomme ses consommateurs et d'un antiracisme universaliste pathologique, toutes choses qui se poursuivent encore aujourd'hui. Ou pour reprendre les mots de Carpenter: la révolution Reagan n'a jamais pris fin. Tout cela s'est produit, à ses yeux, parce que la droite est "confuse et perdue", tandis que la gauche a laissé ses propres racines derrière elle.

Apparemment, il n'y a plus d'alternative à l'ordre existant, nous pouvons imaginer une fin du monde plutôt qu'une fin du capitalisme, comme l'a proclamé Slavoj Zizek, disciple de Lacan. Idéologiquement, elle est le résultat d'une transformation du capitalisme, depuis la théorie de la convergence [4] portée notamment par le think tank mondialiste "Club de Rome", jusqu'à sa version 2.0 décrite par Alexandre Douguine [5] , qui veut que les richesses du monde ne soient accessibles qu'à une petite élite, tandis que le reste de l'humanité "ne doit rien posséder et être heureux". (selon le World Economic Forum).

Comment "vous pouvez vivre" si vous êtes mort ? Sur la représentation visuelle de l'aliénation sous le capitalisme

Le film lui-même s'ouvre sur l'arrivée du travailleur migrant Nada à Los Angeles, en Californie, où il est lui-même le témoin direct de la pauvreté rampante dans un bidonville de sans-abri (qui constitue par ailleurs un décor authentique). Comme son nom et l'absence d'antécédents l'indiquent, il est une tabula rasa et une surface de projection, chacun d'entre nous pourrait être Nada. Avec l'aide d'un groupe de résistance chrétien, il obtient des lunettes de soleil qui lui permettent de voir au-delà de l'illusion de la réalité qui lui fait face et de découvrir la vérité: les humains sont dominés par des aliens qui ressemblent à la fois à des insectes extraterrestres et à des versions mortes-vivantes de nous-mêmes.

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La première contradiction du film apparaît alors clairement: comment peuvent-ils "vivre" s'ils sont morts? Il semble que le réalisateur Carpenter veuille ainsi attirer l'attention sur l'abandon de l'homme par son intégration dans le système néolibéral, en le transformant lui-même en objet. L'homme est aliéné de ses racines culturelles et finalement de son humanité, il devient une machine pour pouvoir fonctionner dans le système. La dialectique de la domination et de la servitude - la philosophie hégélienne dans le film.

Pourtant, les humains collaborent avec les extraterrestres, qui les rendent dociles grâce aux commodités des sociétés de consommation. Les extraterrestres de "Invasion Los Angeles" exercent un pouvoir sur les humains, tant sur le plan politique que socio-économique. En regardant à travers les lunettes qui lui permettent de voir au-delà de l'idéologie néolibérale des aliens, Nada se rend compte que les journaux contiennent en réalité des ordres codés, mais que les aliens lisent eux-mêmes - "Obéissez ! Travaille ! Consommez ! Marie-toi et procrée !" ne s'adresse pas seulement aux humains, mais aussi aux aliens eux-mêmes. Même l'appareil policier et médiatique qui maintient le système en place n'est pas seulement composé d'aliens, mais aussi d'humains.

On pense immédiatement à la dialectique de la domination et de la servitude de Georg Wilhelm Friedrich Hegel quand on remarque que les aliens sont les plus attachés à ce système [6], car ils ont les postes les plus prestigieux, un peu comme les maîtres d'esclaves. Les humains, en revanche, à l'instar des esclaves, ne peuvent que gagner puisqu'ils n'ont rien à perdre si ce n'est leurs chaînes [7]. Mais ce sont justement les collaborateurs humains qui ont beaucoup à perdre, comme on peut le lire dans cette citation révélatrice [8] vers la fin du film :

" En réalité, il n'y a plus de pays - de gens qui sont bons, encore moins ! Ils contrôlent tout, tout leur appartient, toute cette planète de merde, ils peuvent faire ce qu'ils veulent ! Qu'est-ce qu'il y a de mal à être bien de temps en temps?! Et ils font en sorte que nous soyons bien si nous les aidons! Ils nous laisseront tranquilles et nous pourrons gagner notre vie! Vous aurez aussi une part du gâteau, c'est ce que vous voulez, je le sais, honnêtement, c'est ce que tout le monde veut après tout"!

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Alors que le "système extraterrestre" du néolibéralisme dépasse les frontières des États-nations, que le libre marché abolit toutes les frontières, les personnes qui vivent dans ce système deviennent elles aussi des objets et ne peuvent plus décider elles-mêmes de leur destin. Ils sont eux-mêmes corrompus, déshumanisés et transformés en extraterrestres, étrangers les uns aux autres. Ils échangent leur humanité et leur intégrité contre une participation au système qui leur promet "une part" du gâteau, du confort matériel et du prestige en échange de leur âme. On peut donc voir dans cette citation non seulement un aspect critique du mondialisme et du libéralisme du film, mais aussi son message de lutte des classes, qui va bien au-delà du contenu des nouvelles/de la bande dessinée [9].

Ne pas penser ! Critique du politiquement correct

Tant eux que les aliens reçoivent l'ordre "No thought!/Ne pensez pas ! - on peut interpréter ce message comme une pique au "politiquement correct", qui veut également nous interdire de penser. Nous pouvons à nouveau voir ici une magnifique parabole de notre société, qui fonctionne si bien parce que les gens ne la remettent pas en question, ne sont plus capables de réfléchir et de philosopher sur leur propre existence.

L'effet diabolique du politiquement correct est de "mettre sur les rails" notre pensée, en nous interdisant non seulement de dire certaines choses, mais en les déclarant crime de lèse-pensée, et en nous programmant quasiment comme des robots selon les désirs de leurs utilisateurs. Le personnage de Holly, qui a l'air d'un hybride alien/humain à cause de ses yeux, incarne à cet égard la collaboration des humains avec ce système inhumain. La lutte entre Nada et Frank nous prouve qu'il est loin d'être facile d'accepter la vérité et de quitter le royaume du mensonge. Ce dernier refuse de mettre ses lunettes et de regarder la vérité en face.

Regarder derrière le voile de l'idéologie bourgeoise : une entreprise douloureuse

Mais pourquoi Frank résiste-t-il ? Il le fait parce qu'il est douloureux de regarder derrière l'illusion de l'idéologie bourgeoise et de voir la vérité [10]. Cette expérience douloureuse, qui consiste d'une part à réaliser que l'on a menti toute sa vie et d'autre part à s'avouer que l'on n'a que trop volontiers cru à ces mensonges, attend tous ceux qui ont percé à jour les mensonges vitaux du libéralisme. Qui veut admettre qu'il a été l'instrument de puissances inconscientes? Qui peut admettre qu'il a participé à un système inhumain et qu'il a peut-être même collaboré avec lui? Qui peut s'avouer qu'il s'y sent bien, même si c'est moralement mauvais? Et surtout, qui veut s'exposer volontairement aux rigueurs de la résistance, du "non-fonctionnement", alors qu'il peut simplement s'installer et "fonctionner" dans le mensonge?

"Invasion Los Angeles" et notre réalité : celui qui ne croit pas en Dieu est capable de croire en tout

Chacun d'entre nous y a été confronté ces dernières années: que ce soit les mensonges de notre État concernant le co ronavir us ou ceux concernant la guerre en Ukraine. Mais même si l'on a reconnu la vérité, on peut la rejeter et s'installer dans le mensonge. L'humanisme, le libéralisme et les Lumières ont en effet rendu cela possible: celui qui ne croit pas en Dieu ne croit pas en rien, mais est capable de croire n'importe quoi. Que ce soit l'agnosticisme, l'athéisme, le satanisme sans fard, le transhumanisme, la religion patchwork New Age ou les trois idéologies de la modernité, l'absence de relation avec Dieu et la métaphysique rend l'homme capable de tout dans son délire prométhéen.

Le christianisme comme réponse au nihilisme

A ce nihilisme de notre époque, que dénonçait également le moine orthodoxe Séraphin Rose, nous pouvons opposer le message chrétien de la Bible [11] :

Jésus dit donc aux Juifs qui croyaient en lui: "Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes mes vrais disciples, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres".

Ronald Reagan et Margaret Thatcher sont arrivés au pouvoir, entre autres, en dénonçant le gouvernement en tant que tel et en stigmatisant toute forme de domination comme quelque chose de mal. Mais comme John Carpenter l'a justement fait remarquer dans une interview, il y a de bons et de mauvais gouvernements. Alors que le mauvais gouvernement est effectivement mauvais (ce qui inclut l'absence de domination), le bon gouvernement est bon et vrai.

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Nouvelle Droite et Quatrième Théorie Politique : nos lunettes pour voir la vérité

Face à un système qui, dans le cadre du Great Reset, est devenu encore plus inhumain et brutal que les extraterrestres néolibéraux de "Invasion Los Angeles", nous avons aujourd'hui plus que jamais besoin de lunettes pour voir et comprendre l'illusion dans laquelle nous vivons. Les idées de la Nouvelle Droite française et l'ouvrage d'Alexandre Douguine "La quatrième théorie politique" sont précisément des lunettes qui nous permettent de voir derrière les masques des mondialistes et de reconnaître la vérité en tant que telle, selon les paroles de Jésus, comme quelque chose qui nous rend libres et nous libère de l'esclavage. Si nous comprenons la modernité et ses racines, si nous comprenons l'anthropologie humaine et la philosophie sur lesquelles elle se fonde, nous serons non seulement en mesure de la déconstruire, mais aussi de formuler une alternative à la postmodernité qui rendra possible la liberté politique et spirituelle des peuples dans un monde multipolaire.

Notes:

[1] Vgl. Sie leben. Über Ideologiekritik und Verschwörungstheorien in der Science Fiction | TOR Online (tor-online.de) consulté le 14.01.2023
[2] Vgl. (15) They Live in John Carpenter's Own Words – YouTube, consulté le 14.01.2023
[3] Vgl. Margaret Thatcher: There’s No Such Thing as Society - New Learning Online, consulté le 14.01.2023
[4] Vgl. Konvergenztheorie • Definition | Gabler Wirtschaftslexikon , consulté le 14.01.2023
[5] Vgl. Dugin, Alexander: Das Grosse Erwachen gegen den Great Reset. Trumpisten gegen Globalisten. Arktos Media Ltd. 2021.
[6] Vgl. (15) THEY LIVE who is more enslaved? - YouTube , consulté le 14.01.2023
[7] Voyez, à ce propos, la citation de cet hégélien de gauche que fut Karl Marx: "Les prolétaires de ce monde n'ont rien à perdre, sinon leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!".  Citation de Karl Marx: “Die Proletarier dieser Welt haben nichts zu ver...” (goodreads.com) , consulté le 14.01.2023
[8] Vgl. Sie leben! - Filmzitate , consulté le 14.01.2023
[9] Dans l'édition en bande dessinée, on voit apparaître des aliens sans abri et, ainsi, les limites entre humains et occupants s'estompent encore davantage que dans le film.
[10] Vgl. The Pervert's Guide to Ideology. Présenté par Slavoj Zizek. 2009.
[11] Vgl. Johannes 8:32 ...und werdet die Wahrheit erkennen, und die Wahrheit wird euch frei machen. (bibeltext.com), Jean 8:32 ...et vous reconnaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres; consulté le 14.01.2023

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vendredi, 19 août 2022

La démocratie malade du libéralisme

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Les archives de "Synergies Européennes"

Pierre Le Vigan (Juin 2009):

La démocratie malade du libéralisme

Année 2009. Une fois de plus, le taux d’abstention aux élections européennes a battu des records. Il a été en France de près de 60 %, et de 57 % sur l’ensemble des pays de l’Union. Le taux de participation n’a cessé de baisser depuis 1979, la première date d’élection au suffrage universel des députés européens. Ce phénomène d’abstention, qui concerne surtout les milieux populaires, et d’autres phénomènes, tels l’importance des votes, du moins jusqu’en 2007, pour des partis éloignés de l’espérance de gouverner, ont amené beaucoup d’observateurs à parler de déclin de la démocratie.

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Guy Hermet (photo), politologue, professeur à l’Université de Montréal, parle de « crépuscule démocratique », d’ « hiver de la démocratie ».  La démocratie se viderait elle-même de sa substance. Les formes ne recouvriraient plus des pratiques et des engagements. Emmanuel Todd explique de son coté que notre époque est celle d’ « après la démocratie » : une post-démocratie. On peut bien sûr lier ce phénomène au contrôle social généralisé, au fichage et « flicage » sans précédent. Il serait l’effet d’une désaffection vis-à-vis des institutions. Mais ce ne sont là que des conséquences de l’atonie citoyenne. 

La démocratie est née libérale. La loi Le Chapelier de 1791 a interdit les coalitions c’est à dire les associations ouvrières en même temps que les corporations. Napoléon 1er, reprenant une disposition de la fin de l’Ancien Régime,  a soumis l’ouvrier à la possession d’un livret précisant ses différents patrons successifs et gardé par le patron tant qu’il était dans l’entreprise. La démocratie ne s’installe durablement qu’avec la IIIe République. Elle est préparée par le Second Empire avec, en 1864, le droit de coalition ouvrière et l’autorisation du droit de grève. Le droit d’association ouvrière ne sera complet – ce qui ne veut pas dire sans entrave – qu’en 1884 avec la loi Waldeck-Rousseau.  Le postulat dominant de la Révolution française n’était pas la démocratie au sens où nous l’entendons. C’était les droits de l’individu. Celui-ci était considéré comme préexistant à la société. La Révolution française, c’est d’abord  l’individualisme libéral, matrice de notre monde moderne. 

C’est dire que la démocratie était mal partie. Partie sur le mode de la négation de la notion de bien commun à construire par le politique et sur la négation de la régulation sociale. Les individus avant la solidarité : cela commençait mal. Il y eu certes, après des décennies de libéralisme sauvage, quelque 40 ans de libéralisme tempéré par des doses de démocratie sociale. Des années 40 aux années 80. Ce fut le fordisme (du nom d’Henry Ford) : régime économique et social marqué par l’idée que les salariés doivent participer aux fruits de la croissance et y être associés. Ainsi, la récupération sociale était associée à l’ouverture de nouveaux marchés. Le peuple devenait consommateur et oubliait un peu ses revendications de producteur.  Une façon de faire mentir la théorie marxiste de la lutte des classes. Avec le néo-libéralisme ou pour mieux dire avec le mondialisme et l’hyper-capitalisme, ce phénomène est accru. Sous l’effet de la vision libérale de la société qui marchandise tous les champs de l’activité humaine, le producteur et le citoyen ont été réduits au consommateur. « Le libéralisme met la démocratie en crise », remarque l’historien Marcel Gauchet.  

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Le fordisme a laissé la place à l’ultralibéralisme et à sa déréglementation dans le domaine économique à partir des années 1980, avec Thatcher en Grande–Bretagne, Reagan aux Etats-Unis, et Mitterrand en France. A partir de 1983, la politique s’est alors rabattue sur la surface extensible à l’infini des « droits de l’homme », des droits qui sont pour la plupart souhaitables mais dont l’affirmation répétée liquide en fait le droit lui-même. En effet, les droits de telles ou telles catégories finissent par se heurter et être tout simplement illisibles. En outre, ce ne sont pas l’affirmation des droits qui résolvent les problèmes mais les politiques réellement engagées. L’habitant d’une zone rurale a moins besoin d’une énième affirmation du droit à la santé sur papier à en tête de la République que d’un médecin à moins de 20 km de chez lui.  Ce régime de prolifération de droits parcellaires coupe l’individu lui-même en petits morceaux en fonction de caractéristiques qui n’épuisent pas pour autant la multitude des facettes de l’identité de chacun.

Si le droit lui-même se liquéfie sous l’effet de cette « sociétalisation » du droit c’est-à-dire son rabattement sur des enjeux,  voire des micro-enjeux de société, le politique s’effondre littéralement, ce dont donne la mesure les vagues d’abstentions massives aux élections qui déferlent régulièrement ou le vote pour des partis radicaux. « Une politique fondée sur l’addition des intérêts particuliers s’apparente plutôt à une anarchie, c’est-à-dire à une non-politique. La démocratie consiste au contraire à laisser définir plusieurs versions de l’intérêt général, que la souveraineté populaire hisse à la représentation alternativement », indique la philosophe Chantal Delsol (photo).

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Mais la politique actuelle a cessé d’être le lieu des décisions qui tranchent, à l’image de notre politique extérieure qui s’émeut de tout mais ne s’engage sur rien. La politique devient un « impouvoir » selon le mot de Marcel Gauchet. Le lieu de l’impuissance du pouvoir. La démocratie s’effondre ainsi sous son propre poids ou plutôt sous celui de ses excroissances qui l’ont en fait dénaturée. Les droits de l’individu ont remplacé ceux du peuple. L’universalisme abstrait des droits de l’homme a remplacé le droit concret des hommes réels. La démocratie dite libérale est devenue le fossoyeur de la démocratie réelle. « Elle s’en est prise au principe du pouvoir en général et partout. Elle a universellement sapé les bases de l’autorité du collectif au nom de la liberté. (...) Elle a fait passer au premier plan l’exercice des droits individuels, jusqu’au point de confondre l’idée de démocratie avec lui et de faire oublier l’exigence de maîtrise collective qu’elle comporte », écrit Marcel Gauchet (photo), qui a engagé la réalisation  d’une vaste fresque historique sur la démocratie.

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L’universalisme des droits de l’homme tend à dissoudre le citoyen dans une société d’ayant-droits. Citoyen devient un adjectif (« une conduite citoyenne », « un tri citoyen des ordures ») mais cesse d’être un sujet. La politique est réduite aux droits et ceux-ci sont réduits à de bonnes intentions morales. Il n’y a plus ainsi ni droite ni gauche ou du moins, droite et gauche ne se distinguent pas plus que Total et Shell. Ce sont des marques commerciales, des produits marketing. C’est ce que pointait le député P.S Manuel Valls dans une polémique cet été. « Nous ne sommes pas capables d'assumer théoriquement ce que nous faisons ensuite quand nous gouvernons » (…) « Avec Lionel Jospin au pouvoir, nous avons privatisé beaucoup d'entreprises ». « Mais ensuite, nous n'acceptons pas du tout le rôle de la nouvelle économie. » (Le Point, 28 juillet 2009). Cela avait un seul mérite : celui de la franchise. C’était une façon de dire que le PS est social-libéral mais ne l’assume pas. Il est vrai que la social-démocratie a cessé d’être une marche, fut-elle lente, au socialisme mais est au mieux un ralentissement de la marche au turbo-capitalisme voire – c’est arrivé – une accélération de cette marche, la caution de gauche servant d’alibi.

Dés lors que le citoyen n’a plus le choix entre diverses lignes politiques, il n’y a plus de démocratie. Face à cela certains mettent en cause, notamment du coté des anarcho-libertaires, ou chez les nostalgiques de droite (et parfois de gauche) d’un « ordre naturel », le principe même de la démocratie représentative. Toute délégation de pouvoir serait à proscrire. Au minimum, les élus devraient être liées par un mandat impératif, n’agir qu’en fonction de leurs engagements. Le maximum de questions devraient être réglées par la démocratie directe ou encore démocratie de base. Cela n’est guère réalisable.

Bien entendu, la démocratie la plus locale possible, la plus décentralisée possible est souhaitable. Mais le mandat ne peut être impératif sauf à imaginer que l’histoire s’arrête et qu’un programme puisse suppléer à tout. Les référendums d’initiative populaire sont sans doute très souhaitables mais ne sauraient s’appliquer à tout : aucun référendum n’aurait, en 1940,  mandaté de Gaulle pour qu’il anime la résistance à Londres. L’initiative personnelle et historique est à un moment donné irremplaçable. Le principe de la délégation de pouvoir reste indispensable. Ce qui pose problème, c’est la personnalisation excessive. Qu’un camp ait un leader qui se dégage comme dominant à tel moment, c’est bien naturel et c’est souhaitable. Mais qu’une élection se fasse sur une bataille d’image, voilà qui est devenu la norme et qui est le contraire d’une bonne pratique démocratique, car le choc des images supplée à l’affrontement des idées.  Ce sont alors les communicants qui prennent le pouvoir. Et chacun sait qu’ils sont interchangeables entre droite et gauche.

L’apparition du thème de la société civile et de la gouvernance (toujours « nouvelle », aurait écrit Gustave Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues) est significatif. A la base, la notion de « société civile » ne veut rien dire d’autre que « ce qui n’est pas la société militaire ».  Or, l’ouverture du politique à la « société civile » ne se traduit pas par autre chose que par l’ouverture au monde des affaires : hier, Bernard Tapie ou Francis Mer, aujourd’hui Christine Lagarde. Comme si le peuple ne faisait pas partie de la « société civile ».

De même, la notion de « gouvernance » envahit le champ politique alors que ce n’est pas son registre. Appliquée aux entreprises ou aux associations, la notion de gouvernance désigne une gestion qui a l’ambition d’être à long terme et d’être l’outil d’un projet. La notion de gouvernance est ainsi parfaitement légitime dans le domaine du tiers secteur économique comme l’économie sociale et solidaire (coopératives, associations, fondations, etc). Cette notion est beaucoup plus contestable dans le registre du politique ou il ne s’agit pas tant de « gérer » que d’incarner un peuple, d’assumer son destin, de maintenir le lien social.

9782711743384.jpgAvec le discours de la gouvernance, c’est encore la pensée unique, celle du « il n’y a qu’une seule politique possible » qui s’exprime, et ce d’une manière d’autant plus contraignante qu’il s’agit de faire « converger les gouvernances ». C’est-à-dire qu’il n’y a plus qu’une politique possible et que celle-ci est mondiale, c’est une toile unique qui enserre dans ses filets les libertés des hommes et des peuples.  There is no alternative. D’autant que cette gouvernance se veut concertée entre les Etats, les grandes entreprises, les institutions internationales telles le F.M.I.  Comme l’écrit l’ancien secrétaire d’Etat américain au travail sous Clinton, Robert Reich, auteur de Supercapitalisme – le sous titre est explicite : « Le choc entre le système économique émergent et la démocratie » – (Vuibert, 2007), « aucune compagnie ne peut sacrifier son rendement au bien commun ».

C’est l’hyper-économie, la chrématistique qu’Aristote, Sismondi et d’autres avaient déjà critiquée qui a tué à petit feu la démocratie. C’est pourquoi la renaissance de la démocratie ne peut venir que d’une autre économie. Le tiers secteur de l’économie sociale et solidaire participe de l’invention de cette autre économie, une économie réencastrée dans le social, selon le souhait de Karl Polanyi. Bien entendu, le tiers secteur est enserré dans une économie elle-même principalement capitaliste. Mais il montre qu’entre l’administration bureaucratique de l’économie et la gestion capitaliste cherchant avant tout la rétribution de l’actionnaire, il y a une autre voie non seulement possible mais porteuse d’espoir.

Toutefois, la nouvelle économie comme la renaissance de la démocratie sont soumises à une condition: retrouver les vertus du citoyen. Ces vertus sont été mises à mal par l’idéologie du désir lié à un « capitalisme de la séduction » (Michel Clouscard), capitalisme qui s’est mis en place à partir des années 1970. C’est l’état d’esprit libéral-libertaire qui est en cause : il est  jouisseur, hédoniste, et il dévalorise le travail. Or, un métier n’est pas un « job ». C’est bien plus et bien mieux que cela. C’est l’état d’esprit libéral-libertaire qui est arrivé en bout de course.

PLV

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■ Guy Hermet, L’hiver de la démocratie ou le nouveau régime, Armand Colin, 2007.

Selon l’auteur, nous sommes au crépuscule d’une époque. Un populisme « people », une sorte de bougisme donne encore l’illusion qu’il se passe quelque chose.  Mais la démocratie s’est vidée de son contenu. La question est de savoir ce qui sortira de la métamorphose  en cours.

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■ Emmanuel Todd, Après la démocratie, Gallimard, 2008.

L’auteur dénonce le vide idéologique des grands partis, l’isolement de la classe dominante (l’hyperclasse) et ne voit comme solution pour refaire une démocratie qu’un protectionnisme à l’échelle européenne.

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■ Marcel Gauchet, L’avènement de la démocratie, Gallimard, 2007

Sur quatre tomes prévus, deux sont parus : “La Révolution moderne” (tome I) et “La crise du libéralisme” (tome II). Une enquête rigoureuse sur l’émergence de la forme politique démocratique en Occident.

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■ Michel Clouscard, Néo-fascisme et idéologie du désir, 1973 et rééd. Delga, 2007.

Le premier livre de critique de l’idéologie « libérale-libertaire ». Il sera suivi par beaucoup d’autres – notamment ceux d’Alain Soral - sur le même thème. Malgré le caractère un peu systématique de la critique, qui sous-estime sans doute les aspirations vraiment émancipatrices de Mai 68, l’auteur montre bien la formidable capacité du système marchand à récupérer les aspirations à « vivre mieux » pour les réduire à « consommer plus ».