vendredi, 24 février 2023
Le discours de Poutine - Une mauvaise nouvelle pour l'Occident ?

Le discours de Poutine - Une mauvaise nouvelle pour l'Occident ?
Markku Siira
Source: https://markkusiira.com/2023/02/21/putinin-puhe-huonoja-uutisia-lannelle/
Le président russe Vladimir Poutine a prononcé son discours de politique générale cette année et, comme d'habitude, il a été critiqué par les agences de presse occidentales. Le discours a réitéré des points de vue déjà entendus auparavant sur l'opération spéciale en Ukraine, l'Ouest de l'OTAN, les valeurs russes, la politique intérieure, l'économie et l'avenir.
Dans les médias finlandais, le discours de Poutine a été qualifié de "propagandiste et de mensonger', mais un auditeur critique ne peut en dire autant. La Russie n'a pas déclenché la guerre en attaquant unilatéralement l'Ukraine en février de l'année dernière, mais la responsabilité principale du déclenchement et de l'escalade du conflit incombe effectivement aux élites des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'"Occident collectif".
L'Occident a provoqué la Russie en élargissant l'OTAN et en transformant l'Ukraine en une plateforme d'agression anti-russe. Les préoccupations de la Russie en matière de sécurité ont été ignorées parce que l'Occident voulait une escalade : dans le grand jeu géopolitique, la Russie devait perdre et être détruite militairement, politiquement et économiquement.
Aujourd'hui, les eurocrates ont révélé leur crainte que, en raison d'une pénurie critique de munitions, la guerre en Ukraine puisse se terminer dans quelques mois. Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a également souligné que l'Ukraine consomme plusieurs fois plus de munitions que l'industrie de la défense de l'Occident ne peut en produire.
L'Occident ne veut pas la paix, et les peuples d'Europe sont eux aussi depuis longtemps poussés à la frénésie de la guerre. L'image de Poutine en tant que dictateur désespéré et éloigné de la réalité a (avec succès ?) été instillée dans l'esprit des Finlandais également. Ailleurs, par exemple dans le Sud global, les gens comprennent ce qu'est ce jeu sombre : la tentative des États-Unis de maintenir leur position hégémonique dans un monde en mutation.
Selon Poutine, l'Occident voudrait transformer "un conflit local en un conflit mondial". Comme en réponse à cela, il a déclaré que la Russie suspendrait sa partie de l'accord de non-prolifération nucléaire avec les États-Unis. C'est une mauvaise nouvelle pour l'Occident, mais la plupart des analystes estiment que la probabilité que la Russie utilise des armes nucléaires reste très faible.
Le discours de Poutine a été critiqué pour avoir dit peu de choses nouvelles. Qu'attendaient donc les auditeurs d'ici et d'ailleurs ? Les stratégies militaires ne sont pas abordées dans les discours, mais il est clair que Poutine et les autorités russes préparent depuis un certain temps leurs citoyens à un conflit prolongé dans lequel les Ukrainiens ne sont pas l'ennemi, mais des "otages du régime de Kiev et de ses maîtres occidentaux", des otages de substitution du plan de guerre anti-russe.
Selon les Russes, l'opération en Ukraine se poursuivra jusqu'à ce que les programmes d'aide occidentaux soient épuisés et que plus aucune menace anti-russe n'émerge de Kiev. Comment cet objectif sera-t-il atteint, en continuant à mener une bataille qui épuise les ressources et les soldats, ou en faisant quelque chose de plus spectaculaire ? Quoi qu'il en soit, l'anniversaire du réchauffement du conflit approche.
Pour le reste du monde, ce "conflit local" est de moindre importance, et les apparitions de Zelensky ne suscitent pas beaucoup d'émotion (tout au plus, un frisson de dégoût ?). Bien sûr, de nombreux pays aimeraient voir l'Occident dirigé par les États-Unis gravement humilié ; la "fuite de l'Afghanistan" de Washington serait-elle un avant-goût de la défaite à venir en Ukraine ?
21:26 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique internationale, vladimir poutine, russie, europe, affaires européennes |
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Remarques sur la position du RN et de Bardella face à la guerre européenne

Remarques sur la position du RN et de Bardella face à la guerre européenne
Nicolas Bonnal
On a vu que, sur l’Ukraine, la position du RN était tout bonnement celle de Macron (pendant la pandémie aussi, ils ont tout gobé, masque et vaccin compris) ; on ne voit donc pas ce qui peut les séparer de l'eurocratie bruxelloise ou du Grand Reset de Schwab qui, à court terme maintenant, fera de notre quotidien un rituel zombi. Philippot et Asselineau, qui se réclament souvent d’un gaullisme imaginé (rappelons que la décennie gaulliste fut synonyme d'américanisation, de construction européenne, de défiguration du pays et d'une société de gauchisme culturel et surtout de consommation), et ne représentent qu’1% des voix (comme Michel Debré en son temps – 1981), poussent des cris d’orfraie. « Fausse opposition » crient-ils, comme tous ceux qui se croient malins, comme si une vraie opposition était possible dans cette société néo-totalitaire qui a nom démocratie-marché (Serge Halimi). Je laisse de côté tout le mal que Georges Sorel (avec un « e ») ou Roberto Michels ont pu dire des partis politiques et des aristocraties démocratiques (voyez mes textes) ; je rappellerai Debord qui écrit dans ses inépuisables Commentaires :
« C’est la première fois, dans l’Europe contemporaine, qu’aucun parti ou fragment de parti n’essaie plus de seulement prétendre qu’il tenterait de changer quelque chose d’important. »
On comprend dès pourquoi la couarde et grotesque Meloni ou les autres ligueurs lombards en Italie achèvent de se ridiculiser. C’est Debord aussi qui disait que le monsieur (ou la demoiselle en tout) météo à la télé devrait plutôt réussir comme amuseur : il en est de même des hommes et des flemmes (si j’ose dire) politiques.
Mais voyons le fond du problème : sur à peu près tous les sujets la Régane (ou Goneril) du FN a trahi le message du père – du roi Lear donc. Il y a quelques années, j’ai interviewé pour mes amis russes de Pravda.ru Jean-Marie Le Pen (une vieille connaissance – cf. Lucky Luke pour les distraits qui me font ici ou là des remarques : « je naviguais sur le Mississipi que tu volais encore aux étalages ! ») : il fut magnifique. Rêvant d’un arc boréal, il voyait lui l’Europe de Brest à Vladivostok. Le rêve, comme toujours ou presque, accouche d’une souris et le cauchemar mondialiste et bureaucratique d’Ursula a bouffé le rêve européen de Nietzsche et d’autres.
C’est comme ça. La masse n’a rien trouvé à y redire.
Puis avec Tetyana (découvrez son recueil sur le patriotisme ukrainien pour comprendre pourquoi ils résistent – et pourquoi leur patriotisme n’est pas une invention des services secrets austro-hongrois…) nous avons interviewé (par internet, ne vivant pas en France) Marion Le Pen; elle aussi était parfaite et comprenait les enjeux du moment. Comme on sait, elle a dû quitter le parti et, comme on sait aussi, la ligne molle (ce sont toujours les lignes molles qui s’imposent, surtout en France lisez Tocqueville – ses Souvenirs qui expliquent mieux que la Démocratie en Amérique la France moderne) a gagné.
Sources:
L'interview de Marion Maréchal-Le Pen:
https://english.pravda.ru/opinion/125235-marion_le_pen_in...
L'interview de J. M. Le Pen:
https://english.pravda.ru/world/122938-le_pen_interview_p...
Un article de N. Bonnal sur la décennie gaullienne:
http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2023/02/04/d...
21:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rn, france, actualité, europe, affaires européennes, jordan bardella |
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Sahra Wagenknecht: pour un nouvel ordre économique

Sahra Wagenknecht: pour un nouvel ordre économique
Par Sven Reuth
Source: https://www.compact-shop.de/shop/buecher/sahra-wagenknecht-die-selbstgerechten/
Toute l'Allemagne parle de Sahra Wagenknecht avant la grande manifestation pour la paix de samedi. Ses positions sur la création d'un nouvel ordre économique méritent notamment d'être approfondies. La porteuse d'espoir de nombreux opposants est synonyme de clarté. Son livre "Die Selbstgerechten" (Les bien-pensants) règle ses comptes avec le mainstream de gauche. En savoir plus ici: cliquez sur le lien ci-dessus.
Avant la grande manifestation pour la paix à laquelle Sahra Wagenknecht et Alice Schwarzer ont appelé samedi prochain, toute l'Allemagne parle à nouveau de la politicienne controversée d'Iéna. Depuis des années, Sahra Wagenknecht est considérée comme une "provocatrice" ou une "populiste" qui formule ses positions en dehors de la géographie politique de droite et de gauche et qui, ce faisant, enfreint parfois les règles du politiquement correct. Cela conduit parfois à des déclarations d'hostilité drastiques dans son propre camp, qui ont encore augmenté depuis que la députée envisage de fonder son propre parti.
"Mettez en marche la machine à diffamation"
Pourtant, il y a six ans et demi, une partie de la gauche organisait déjà une véritable chasse à l'homme contre cette femme politique, il suffit de penser à l'attaque au gâteau au chocolat perpétrée par des antifascistes lors du congrès de Die Linke à Magdebourg en mai 2016. Déjà à l'époque, malgré cette attaque vraiment méchante, de nombreux membres de la gauche n'étaient pas solidaires de Wagenknecht.
Il suffit de se souvenir de l'explosion de colère écrite de Claudia Roth, alors vice-présidente du Bundestag et aujourd'hui ministre fédérale, dans le journal Die Zeit du 27 juillet 2016. Roth y bave sa colère (sic) :
"Lorsque la présidente du groupe parlementaire d'un parti qui s'appelle lui-même 'Die Linke' (La Gauche) met de l'ambiance avec les slogans des Trump, Seehofer et Petry, on peut se demander si un parti avec une telle femme à sa tête peut encore vraiment revendiquer l'étiquette de gauche. (...) A l'instar de l'AfD, elle met en marche la machine de la haine et spécule ainsi également sur son propre avantage à obtenir dans les urnes. Elle ne se soucie guère du fait que, à l'instar du populisme original de la CSU, elle déclare en bloc que l'accueil des réfugiés est une erreur et que les réfugiés eux-mêmes sont tous un problème (de sécurité)".
L'auto-abolition du capitalisme
Mais il y a une chose que personne ne pourra ni ne voudra contester à Wagenknecht : Auteur d'ouvrages politiques très lus, elle parvient toujours à rendre compréhensibles des contextes économiques complexes tout en restant exigeante dans son analyse et son argumentation, qu'il s'agisse de la crise financière des années 2007/2008, de la politique des plans de sauvetage de l'euro ou de l'érosion de l'économie sociale de marché due à la mondialisation. Un coup d'œil à son dernier livre, consacré en premier lieu à un thème économique, le montre clairement. Dans Reichtum ohne Gier (= Richesse sans cupidité), paru en 2016, Wagenknecht part aussi tout d'abord des principes fondamentaux. Dans la lignée d'un penseur ordolibéral comme Walter Eucken, elle constate l'auto-abolition de la concurrence dans le capitalisme, qui tend naturellement à la formation de monopoles et à la prise de pouvoir.

Au terme de ce processus, un petit nombre de grandes entreprises se partagent les marchés et empochent les bénéfices du monopole, tandis que la productivité et l'innovation sont négligées. Selon Wagenknecht, cette tendance, qui existe de toute façon dans la vie économique contemporaine, s'est seulement particulièrement bien masquée sous la forme d'une "diversité fictive", qui dissimule une propriété unique malgré l'existence, en apparence, de nombreuses marques.
La "diversité fictive du capitalisme monopolistique"
Wagenknecht constate ainsi que les marques automobiles VW, Audi, Porsche, MAN, Scania, Seat et Skoda "appartiennent plus ou moins aux familles Porsche et Piëch". Si le pouvoir de marché est suffisant, poursuit Wagenknecht, il est tout à fait possible que ce ne soit pas le fournisseur de meilleure qualité qui s'impose.
Wagenknecht ajoute :
"Un exemple récent d'utilisation d'une position clé pour éliminer des concurrents potentiels est la guerre des navigateurs entre Microsoft et Netscape au début du millénaire, que Microsoft a pu remporter malgré la qualité inférieure de son Internet Explorer. L'astuce était simple: Microsoft a utilisé son monopole déjà existant sur les systèmes d'exploitation pour PC. L'entreprise a semé le doute sur la compatibilité avec le navigateur Netscape et a programmé des messages d'erreur qui apparaissaient de manière non systématique dès que ce navigateur était installé sur un ordinateur Windows. Dans de telles conditions, Netscape n'avait aucune chance, tout comme aucun fournisseur de systèmes d'exploitation sur le marché des PC n'avait eu depuis longtemps la moindre chance contre Microsoft, quels que soient les défauts et les erreurs de ses programmes".
L'exemple de la fondation Carl Zeiss
Wagenknecht considère comme particulièrement dangereux les monopoles naissants sur les données des grands groupes comme Google ou Facebook, qui s'assurent ainsi "l'accès à des trillions de données sur nos préférences, nos intérêts et nos habitudes d'achat, sur notre cercle d'amis, notre forme physique ou notre mobilité".
À cette féodalité économique, Wagenknecht oppose son concept d'économie d'intérêt général qui, selon elle, devrait être dominée par des formes juridiques d'entreprises totalement différentes des sociétés anonymes et des SARL actuellement en usage. Là encore, Wagenknecht s'appuie sur une tradition spécifiquement allemande, celle de la "fondation porteuse d'entreprise".
Orientation vers Ernst Abbe
Son modèle originel est la fondation Carl-Zeiss créée en 1889 à Iéna par Ernst Abbe, à laquelle Abbe et les autres coactionnaires de l'époque ont transféré leurs parts afin de créer une "dépersonnalisation" de la structure de l'entreprise et de pouvoir donner à l'entreprise une sorte de constitution "dont les statuts régissaient les priorités de la gestion de l'entreprise et de nombreux détails de l'organisation des relations de travail dans l'entreprise".
La fondation garantissait également que le risque d'entreprise et le contrôle de l'entreprise étaient assumés par une entité indépendante, et non par l'État. Selon Wagenknecht, cela a eu de nombreux effets secondaires positifs. Elle écrit à ce sujet dans Reichtum ohne Gier (= Richesse sans cupidité) :
"Le statut a toutefois permis à l'université d'Iéna, mais aussi à de nombreuses institutions sociales de la ville, de bénéficier des revenus. Ainsi, la fondation Carl Zeiss d'Iéna a financé, outre la construction du nouveau bâtiment de l'université, le musée de la phylétique, un institut d'anatomie, plusieurs cliniques et la maison du peuple avec une grande bibliothèque publique".
Contre une économie numérique monopolisée
Wagenknecht cite comme autre exemple de politique d'entreprise pour ses idées l'entreprise Saarstahl, qui se trouve également entre les mains d'une fondation d'entreprise d'intérêt général, qui se consacre par exemple aux tâches de promotion de la science dans la recherche et l'enseignement ainsi qu'à la promotion de mesures de qualification professionnelle dans le but d'éviter le chômage, et qui parvient néanmoins à se maintenir sur le marché de l'acier en crise.
La proposition la plus spectaculaire de Wagenknecht est sans doute son idée de confier "l'infrastructure de l'économie numérique" à "une société d'intérêt général à but non lucratif" et de garantir ainsi la fourniture d'Internet, de services téléphoniques et de télévision.
L'orientation de telles approches est très clairement exprimée par Wagenknecht :
"En revanche, si notre vie est stockée de manière de plus en plus complète et exhaustive sur les serveurs des monopoles de données sous la forme de big data, nous perdrons encore plus : notre liberté et notre vie privée".
On ne sait certainement pas dans quelle mesure de telles propositions sont réellement réalisables, car il faudrait sans doute rien de moins qu'une révolution pour détrôner des entreprises mondiales telles que Google ou Facebook. Le point positif de la publication de Wagenknecht est qu'elle explique ses projets d'avenir de manière très détaillée et qu'elle ne se contente pas de vagues déclarations d'intention. Il est également clair que parmi les politiciens allemands de premier plan, aucun autre ne serait capable de rédiger un travail de politique économique aussi ambitieux. La lecture de Reichtum ohne Gier (= Richesse sans cupidité) est en tout cas recommandée à tous ceux qui cherchent des alternatives à l'ordre économique actuel - et qui veulent savoir dès maintenant à quoi pourrait ressembler le programme économique d'un futur parti dirigé par Wagenknecht.
Wagenknecht choisit des mots clairs, notamment dans son livre "Die Selbstgerechten. Mein Gegenprogramm", qui mérite d'être largement diffusé. Pour en savoir plus : https://www.compact-shop.de/shop/buecher/sahra-wagenknech...
21:07 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, actualité, allemagne, europe, affaires européennes, sahra wagenknecht |
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Entretien avec Constantin von Hoffmeister - Discussions sur l'œuvre de Spengler et les traductions récentes

Le projet Oswald Spengler
Entretien avec Constantin von Hoffmeister
Discussions sur l'œuvre de Spengler et les traductions récentes
Source: https://spergler.substack.com/p/interview-with-constantin-von-hoffmeister?utm_source=cross-post&publication_id=1021314&post_id=104100913&isFreemail=true&utm_campaign=1305515&utm_medium=email
Je suis ravi de m'entretenir avec Constantin von Hoffmeister. Constantin a récemment produit un certain nombre de traductions des œuvres de Spengler. Il s'agit notamment d'une révision de la traduction de Charles Francis Atkinson de The Decline of the West et de deux traductions récentes Prussianism and Socialism de Spengler et de son œuvre Early Days of World History, qui n'avait jamais été traduite auparavant. Ce dernier ouvrage a suscité un vif intérêt sur Twitter, avec de nombreux fils de discussion qui ont permis d'introduire cet ouvrage dans l'anglosphère pour la première fois. Après l'avoir lu, j'ai décidé d'entrer en contact avec Constantin pour une interview. Nous avons discuté de l'œuvre de Spengler ainsi que des traductions de Constantin dans l'entretien qui suit ici. Les deux ouvrages Early Days of World History et Prussianism and Socialism peuvent être achetés auprès de Legend Books via Amazon.

Cliquez ici pour voir Early Days of World History sur Amazon: https://www.amazon.com/Early-Days-World-History-Reflections/dp/8367583027

Cliquez ici pour voir Prussianisme et socialisme sur Amazon:
https://www.amazon.com/Prussianism-Socialism-Oswald-Spengler/dp/8367583272
Acolyte de Spergler : Constantin, merci de vous joindre à moi sur The Oswald Spengler Project.
Constantin von Hoffmeister : C'est un plaisir d'être ici. Merci de me recevoir.
SA : Pouvez-vous parler un peu de vous aux lecteurs et leur expliquer comment vous vous êtes intéressé aux œuvres d'Oswald Spengler ?
CVH : J'ai étudié l'anglais et les sciences politiques à l'université de la Nouvelle-Orléans. J'ai vécu et travaillé dans divers pays, notamment en Inde, où j'ai écrit des articles pour des journaux indiens de langue anglaise, en Ouzbékistan, où j'ai enseigné dans une école primaire privée britannique, et en Russie, où j'ai dispensé des formations en anglais commercial aux directeurs et aux gestionnaires de diverses entreprises.
Mon exposition à différentes cultures et langues m'a donné une perspective unique et une capacité à naviguer avec aisance dans des situations interculturelles complexes. Ma fascination pour les œuvres d'Oswald Spengler a commencé lorsqu'un ami du lycée m'a offert une version abrégée de The Decline of the West. Cette expérience s'est avérée transformatrice, déclenchant une passion pour les idées de Spengler qui m'a poussé à rechercher et à dévorer toutes les éditions allemandes originales. Mon intérêt pour les œuvres de Spengler n'a cessé d'inspirer et d'éclairer ma réflexion, surtout lorsqu'il s'agit de questions concernant le destin de la civilisation occidentale.
SA : Qu'est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans les traductions ?
CVH : En tant que perfectionniste dans l'âme, je me suis parfois trouvé insatisfait des traductions existantes de diverses œuvres, y compris celles d'Oswald Spengler et d'autres auteurs célèbres. Poussé par mon amour de la langue et mon désir de partager ces textes importants avec les lecteurs anglophones, j'ai décidé de me lancer dans la traduction.
Avec un sens aigu du détail, je me suis plongé dans le travail, déterminé à produire des traductions qui rendraient justice aux textes originaux. Mes efforts m'ont non seulement permis de satisfaire mes propres exigences, mais ont également contribué à faire connaître à un public plus large des œuvres jusqu'alors non traduites.
Je suis très fier de la qualité de mes traductions, et il est immensément gratifiant de savoir que mon travail a contribué à rendre ces œuvres importantes accessibles à une nouvelle génération de lecteurs. Pour moi, l'art de la traduction n'est pas seulement un travail, mais une passion qui me pousse à continuer à repousser les limites de ce qui est possible dans le domaine de la traduction littéraire.
SA : Charles Francis Atkinson (CFA) a longtemps été considéré comme la "référence" pour les traductions de Spengler. Grâce à votre travail avec Arktos, vous avez produit une traduction révisée de The Decline of the West. Quel genre de changements avez-vous apporté à la traduction de CFA ?
CVH : Je n'ai fait aucun changement. J'ai simplement corrigé des coquilles évidentes et d'autres erreurs, qui n'avaient apparemment jamais été corrigées depuis la première publication, il y a presque cent ans.
SA : J'ai remarqué que, dans la préface du traducteur, CFA mentionne combien la traduction de certains passages peut être difficile. Quelles sont certaines des difficultés à capturer le style de Spengler en anglais ?
CVH : Capturer le style de Spengler en anglais peut être un défi pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, Spengler était connu pour son style d'écriture dense et complexe, qui incorpore de nombreux termes techniques, néologismes ainsi que des métaphores difficiles à traduire directement en anglais. Son utilisation du vocabulaire philosophique et scientifique allemand ajoute également une couche supplémentaire de complexité à la tâche de traduction de ses œuvres. Trouver des termes et des phrases équivalents qui transmettent le même sens en anglais peut être une tâche difficile.
Deuxièmement, les écrits de Spengler emploient souvent un style hautement métaphorique et poétique, profondément ancré dans la culture et la littérature allemandes. Il est donc difficile de saisir tout le sens et les connotations de son langage dans la traduction, car nombre de ses métaphores et références culturelles sont propres à la langue et à la culture allemandes.
Troisièmement, les œuvres de Spengler intègrent souvent un style très idiosyncrasique et personnel, ce qui rend difficile pour les traducteurs de séparer la voix de l'auteur du contenu de ses idées. Cela exige une compréhension profonde des idées philosophiques et historiques de Spengler et une capacité à transmettre ces idées d'une manière qui préserve le sens et le ton voulus par l'auteur.
Dans l'ensemble, la traduction des œuvres de Spengler exige non seulement une connaissance approfondie de l'allemand et de l'anglais, mais aussi une compréhension profonde du style unique de Spengler, de sa philosophie et de son contexte culturel.
SA : Dans l'introduction, Spengler emploie la phrase de Goethe "exakte sinnliche Phantasie" pour décrire son approche de la détermination des formes historiques. La traduction de CFA rend cette expression par "flair intellectuel". Ce n'est que lorsque j'ai relu l'allemand que j'ai réalisé que Spengler citait directement les écrits scientifiques de Goethe en utilisant cette expression. Une traduction plus littérale pourrait être "imagination sensorielle exacte". Dans la préface du traducteur, Atkinson mentionne cette phrase particulière comme étant difficile à traduire. Je l'ai excusé car je me suis dit qu'il n'était pas trop familier avec les écrits philosophiques de Goethe et que, par conséquent, l'intention littérale de Goethe derrière cette phrase était un peu perdue pour Atkinson. Mais cela m'a fait me demander : la traduction de CFA a-t-elle d'autres rendus inhabituels ou même inexacts en anglais ?
CVH : Il est possible que la traduction de CFA de Spengler contienne d'autres interprétations anglaises inhabituelles ou même inexactes, car la traduction est un processus complexe et souvent subjectif. Dans toute traduction, il y a toujours le risque de perdre une partie du sens ou de la nuance d'origine, en particulier lorsqu'il s'agit d'idées complexes et de références culturelles.
Dans le cas de l'expression "exakte sinnliche Phantasie", il est clair que la traduction de CFA a choisi d'utiliser "flair intellectuel" comme une approximation de l'idée, tout en reconnaissant dans la préface du traducteur qu'une traduction plus littérale pourrait être difficile à réaliser. Même si cette traduction ne rend pas entièrement le sens de la phrase allemande originale, c'est au lecteur de décider si le rendu anglais est adéquat.
Comme pour toute traduction, il est important d'aborder la traduction de CFA des œuvres de Spengler avec un œil critique, et de consulter d'autres traductions ou le texte original allemand en cas de doute sur l'exactitude ou la pertinence d'un rendu particulier.
SA : Maintenant, je veux déplacer la conversation vers vos travaux plus récents. Vous avez récemment produit deux traductions de Spengler : Prussianism and Socialism et Early Days of World History. La publication de Early Days of World History a suscité beaucoup d'intérêt sur Twitter au cours des derniers mois. Pour ceux qui l'ignorent, Early Days of World History n'avait jamais été traduit en anglais auparavant. Votre traduction inaugure une ère nouvelle dans la recherche sur Spengler car c'est la première fois que le monde anglophone a pu se mettre sous la dent les enquêtes de Spengler sur la préhistoire. Pouvez-vous nous donner quelques informations sur le contexte de cette œuvre ? Dans quel état était-elle au moment de la mort de Spengler et comment a-t-elle été publiée à l'origine?
CVH : Early Days of World History était l'un des principaux ouvrages sur lesquels Oswald Spengler travaillait au moment de sa mort en 1936. C'est une œuvre fragmentaire, et de nombreuses sections consistent en des notes ou des phrases incomplètes. Spengler a laissé derrière lui de nombreuses notes et fragments pour le livre, mais il n'a pas eu l'occasion de les organiser et de les compléter avant sa mort. En conséquence, le texte est souvent difficile à lire et n'a pas la cohérence et la structure des autres œuvres de Spengler. Cependant, malgré sa nature fragmentaire, Early Days of World History reste une source importante des idées de Spengler sur la première période de l'histoire mondiale et de sa philosophie de l'histoire en général.
SA : Étant donné que l'œuvre a été laissée comme une série inachevée de notes, j'imagine qu'il a dû y avoir de nombreux défis associés à sa traduction. Pouvez-vous en décrire quelques-uns ?
CVH : Traduire une œuvre fragmentaire et inachevée comme Early Days of World History est un défi à plusieurs égards. Tout d'abord, le texte est lacunaire ou incomplet, ce qui peut rendre difficile la saisie du sens voulu. Deuxièmement, le manque de contexte dans certaines parties de l'œuvre rend difficile la traduction précise de certaines phrases ou passages. En outre, la nature inachevée de l'œuvre peut entraîner un manque de clarté ou de cohérence dans certaines sections, ce qui peut être difficile à transmettre dans la traduction. En outre, le style et le ton de l'écriture peuvent être non conventionnels, ce qui rend plus difficile la capture du ton et du sens voulus par l'auteur dans une autre langue. Enfin, en tant que traducteur, j'ai également dû effectuer des recherches approfondies sur les contextes historiques et culturels de l'œuvre afin d'exprimer avec précision le sens voulu pour le public cible.
SA : En tant que traducteur, comment décidez-vous quand et où apporter des changements susceptibles d'améliorer la lisibilité de l'œuvre tout en restant fidèle à l'état du matériau source ?
CVH : Les traducteurs sont souvent confrontés à un équilibre difficile entre rester fidèle au matériau source et apporter des changements qui améliorent la lisibilité de l'œuvre. S'il est important de transmettre avec précision le sens et le style voulus par l'auteur, il arrive que le matériau source soit difficile à comprendre ou à lire dans la langue cible en raison de différences de grammaire, de syntaxe ou de contexte culturel. Dans de tels cas, il peut être nécessaire d'apporter des modifications pour améliorer la lisibilité de l'œuvre, à condition que le traducteur ne modifie pas le sens ou l'intention du texte original. En fin de compte, l'objectif de toute traduction devrait être de rendre l'œuvre accessible à un public plus large sans sacrifier l'intégrité du matériau source. Si Spengler était peu clair ou vague dans l'original, j'ai reproduit cette ambiguïté dans la traduction. Si sa formulation est maladroite dans l'original, je voulais également montrer cette maladresse dans la traduction.
SA : Quelles sont les principales idées que Spengler présente dans Early Days of World History?
CVH : Dans Early Days of World History, Spengler présente un certain nombre d'idées sur les débuts de l'histoire de la civilisation humaine. Voici quelques-unes des principales idées :
1) Le concept de "culture-amibe". Spengler suggère que les civilisations sont comme des amibes : elles sont mobiles et ne sont pas ancrées en un endroit spécifique. Il identifie trois principales cultures-amibes : l'Atlantide (l'Ouest), le Kash (le Sud-Est), et le Turan (le Nord). Atlantis, Kash, et Turan sont des cultures morphologiquement distinctes dans la religion et les arts. L'Atlantide vénère les morts et met l'accent sur le domaine ultra-tellurique avec une relation obsessionnelle aux ancêtres. Son art est centré sur les constructions en pierre avec un sentiment de complaisance inerte. Kash a une religion tropicale et contenue, où les mathématiques du cosmos dominent et la vie après la mort est une question qui laisse indifférent. Le symbole central de Kash est le temple, où les prêtres scrutent les mathématiques célestes. Le Turan valorise le pouvoir des lignées royales et l'héroïsme individuel et a un amour pour la beauté et l'ornementation.
2) La notion de cultures "primitives" : Spengler suggère qu'il existe un certain stade dans le développement des cultures humaines qui se caractérise par une pensée primitive et magique, qui se distingue de la pensée plus rationnelle et scientifique des civilisations ultérieures.
3) Le rôle du mythe et de la religion dans les premières civilisations : Spengler affirme que le mythe et la religion ont joué un rôle crucial dans le façonnement des premières civilisations et qu'ils sont intimement liés à l'identité culturelle et spirituelle d'un peuple.
SA : Dans le monde anglophone, John Farrenkopf a soutenu que les idées présentées ici ainsi que celles contenues dans L'homme et la technique représentent une "métamorphose" de la philosophie de l'histoire de Spengler. Alors que Le Déclin de l'Occident met en avant une vision non linéaire de l'histoire, le dernier Spengler semble modifier quelque peu cette perspective. Comment la vision de l'histoire de ce dernier Spengler a-t-elle évolué ? Et en quoi est-elle restée la même ?
CVH : Dans Le Déclin de l'Occident, Spengler présentait une vision cyclique de l'histoire dans laquelle les cultures passent par un cycle de vie prévisible de naissance, de croissance, de maturité et de déclin. Cependant, dans ses œuvres ultérieures telles que L'homme et la technique et L'heure de la décision, Spengler semble s'écarter de cette vision cyclique de l'histoire et adopter une perspective plus linéaire.
En outre, les œuvres ultérieures de Spengler (ndt: aujourd'hui disponibles en anglais), notamment Man and Technics et Prussianism and Socialism, se concentrent davantage sur l'impact de la technologie et de la montée de la machine sur la civilisation humaine. Dans ces œuvres, Spengler soutenait que la machine n'était pas simplement un outil, mais une nouvelle forme de vie qui transformait le monde d'une manière sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Il croyait que la technologie ne changeait pas seulement les conditions matérielles de la vie, mais qu'elle transformait également la nature humaine elle-même.
Cependant, si les derniers travaux de Spengler se sont davantage concentrés sur l'impact de la technologie, ils n'ont pas complètement abandonné sa vision cyclique antérieure de l'histoire. Au lieu de cela, ils présentaient une sorte de synthèse entre les visions cyclique et linéaire de l'histoire, dans laquelle les cultures continuaient à passer par un cycle de vie de naissance, de croissance et de déclin, mais étaient également soumises à des forces externes telles que les changements technologiques qui pouvaient accélérer ou décélérer ce cycle de vie.
Dans l'ensemble, si la vision de l'histoire de Spengler a quelque peu évolué dans ses dernières œuvres, il est resté attaché à l'idée que les cultures passent par des cycles de vie prévisibles de naissance, de croissance et de déclin. Cependant, il a également reconnu l'importance des facteurs externes tels que les changements technologiques dans le façonnement du cours de l'histoire humaine.
SA : Les idées exprimées dans Early Days of World History ont-elles eu un impact direct sur les domaines de l'anthropologie, de l'archéologie et/ou de l'histoire ? Ou bien la mort prématurée de Spengler les a-t-elle laissées relativement inconnues et non étudiées ?
CVH : Il est difficile de savoir dans quelle mesure les idées de Spengler dans Early Days of World History ont eu un impact direct sur les domaines de l'anthropologie, de l'archéologie et de l'histoire. La mort prématurée de Spengler en 1936, avant l'achèvement du livre, peut avoir contribué à son obscurité relative par rapport à The Decline of the West. Cependant, certains chercheurs ont noté l'influence des idées de Spengler sur les penseurs ultérieurs dans ces domaines. Par exemple, certains ont suggéré que l'accent mis par Spengler sur l'unité de la culture et la nécessité de comprendre les cultures selon leurs propres termes a anticipé les tendances ultérieures de l'anthropologie et des études culturelles. Spengler était en fait un précurseur du relativisme culturel. En outre, l'accent mis par Spengler sur l'importance des cycles historiques et la nécessité de comprendre les phénomènes historiques dans leur contexte culturel et civilisationnel plus large a été considéré comme influent dans les études historiques et comparatives. Dans l'ensemble, bien que l'impact des idées de Spengler dans Early Days of World History puisse être difficile à mesurer, elles restent un sujet d'intérêt et de débat parmi les chercheurs en histoire, en anthropologie et en études culturelles.

SA : En plus de Early Days of World History, il existe un autre volume posthume de l'œuvre inachevée de Spengler intitulé Urfragen (= Primordial Questions). Celui-ci n'a pas encore été traduit en anglais. Prévoyez-vous de traduire cette œuvre ? Pouvez-vous nous dire quelque chose sur Urfragen ?
CVH : Oui, c'est sur ma liste de traductions futures. Le livre se compose de notes et d'essais que Spengler a écrits au cours de sa vie, mais qu'il n'a pas organisés en une œuvre cohérente. Le titre du livre fait référence aux questions fondamentales qui, selon Spengler, sont à la base de toutes les cultures humaines, telles que le sens de la vie et de la mort, la nature de l'existence et le but de l'histoire.
Urfragen est considéré par certains comme l'aboutissement de la pensée de Spengler, car cet ouvrage reflète ses idées les plus mûres et les plus développées sur ces questions fondamentales. Cependant, comme le livre est resté inachevé au moment de la mort de Spengler, on ne sait toujours pas comment il avait l'intention de développer davantage ces idées, ni comment il les aurait finalement synthétisées en un système philosophique cohérent.
SA : Vous avez également traduit récemment le tract politique de Spengler, Prussianité et Socialisme. Pouvez-vous nous donner un aperçu de certaines des idées contenues dans ce texte ?
CVH : Le prussianisme est un phénomène culturel et politique qui a émergé en Prusse au cours du 18ème siècle, caractérisé par un sens aigu du devoir, de la discipline et de l'ordre. Il met l'accent sur l'importance de l'État et la supériorité de la culture germanique. Le socialisme, tel qu'il s'est développé en Allemagne, a également été influencé par les valeurs prussiennes. Spengler affirme que le socialisme allemand n'était pas un mouvement prolétarien, mais plutôt un mouvement des classes moyennes et supérieures désillusionnées par la démocratie libérale de la République de Weimar.
Selon Spengler, le prussianisme et le socialisme font tous deux partie d'un phénomène historique plus vaste qu'il appelle "le socialisme prussien". Ce socialisme est enraciné dans l'expérience culturelle et historique unique de la Prusse et de l'Allemagne. Spengler soutient que l'avenir de l'Allemagne dépend de la réussite de la fusion du prussianisme et du socialisme. Il plaide pour un gouvernement fort et autoritaire, capable de mettre en œuvre des politiques socialistes pour atteindre les objectifs nationaux. Selon Spengler, cela nécessite un rejet de la démocratie libérale et la priorité de l'État sur les droits individuels. Il affirme que cette synthèse mènera à une Allemagne puissante et unifiée, capable de rivaliser sur la scène mondiale.
SA : Quel genre d'impact ce texte a-t-il eu dans les cercles intellectuels et politiques de l'Allemagne de Weimar ?
CVH : Prussianité et Socialisme a eu un impact significatif sur les cercles intellectuels et politiques de l'Allemagne de Weimar. Il a été largement lu et discuté parmi les intellectuels et les politiciens, et ses idées ont influencé le développement de la pensée conservatrice et nationaliste dans le pays.
Le texte était particulièrement influent parmi les groupes conservateurs et nationalistes qui étaient désillusionnés par la démocratie libérale de la République de Weimar et recherchaient une vision alternative pour l'avenir de l'Allemagne. L'appel de Spengler en faveur d'un gouvernement fort et autoritaire capable de mettre en œuvre des politiques socialistes a trouvé un écho auprès de nombre de ces groupes, et ses idées ont contribué à façonner le développement des mouvements politiques conservateurs et nationalistes dans le pays.
En même temps, les idées de Spengler étaient également controversées et contestées. Certains intellectuels et politiciens ont critiqué sa vision du socialisme prussien comme étant autoritaire et anti-démocratique et ont affirmé qu'elle représentait une menace pour les principes de la démocratie libérale et de la liberté individuelle.
SA : Il semble que ce texte soit l'un des nombreux produits de la révolution conservatrice dans la République de Weimar. En quoi les idées exprimées dans Prussianité et Socialisme diffèrent-elles de celles qui sont apparues plus tard avec le National Socialisme ? Je me souviens que la sœur de Friedrich Nietzsche a écrit une lettre à Spengler ne comprenant pas le désaccord de Spengler avec le national-socialisme. Elle écrit : "Notre Führer que nous honorons sincèrement n'a-t-il pas les mêmes idéaux et valeurs pour le Troisième Reich, que vous [Spengler] avez exprimés dans le Prussianité et socialisme ?". Comment lui répondriez-vous ?
CVH : Les idées exprimées dans Prussianité et Socialisme de Spengler sont souvent associées au mouvement intellectuel plus large de la Révolution conservatrice. Ce mouvement était caractérisé par un rejet de la démocratie libérale et des valeurs des Lumières, et une adhésion à l'autoritarisme, au traditionalisme et à un fort sentiment d'identité nationale.
S'il existe certainement des similitudes entre les idées exprimées dans Prussianité et socialisme et celles qui sont apparues plus tard avec le national-socialisme, il existe également des différences importantes. La vision de Spengler d'un gouvernement fort et autoritaire mettant en œuvre des politiques socialistes n'était pas nécessairement liée à l'idéologie raciale ou au type de militarisme agressif associé au national-socialisme.
Les idées de Spengler étaient ancrées dans une compréhension culturelle et historique plus large de la place de l'Allemagne dans le monde, alors que le national-socialisme s'appuyait fortement sur des théories raciales et une vision mythifiée du passé de l'Allemagne. En outre, Spengler était critique du type de politique de masse qui caractérisait le national-socialisme et croyait en l'importance d'un leadership fort et autoritaire plutôt qu'au type de mouvement populiste qui était au cœur de la montée des nazis.
En réponse à la lettre de la sœur de Nietzsche, il est important de noter que, bien qu'il ait pu y avoir un certain chevauchement en termes de certaines valeurs et objectifs, Spengler n'était pas un partisan du national-socialisme et ne le considérait pas comme une solution viable aux problèmes de l'Allemagne. Au lieu de cela, ses idées étaient plus étroitement alignées avec le mouvement intellectuel et politique plus large de la Révolution conservatrice, dont beaucoup de partisans étaient également opposés au national-socialisme.
SA : Il semble que la vision du monde du libéralisme anglais ait dominé le globe dans les années qui ont suivi la mort de Spengler. Pensez-vous qu'il existe un avenir dans lequel un "esprit prussien" pourrait revenir ?
CVH : Les idées et les valeurs des différentes périodes historiques et cultures sont souvent en constante évolution, et leur pertinence et leur attrait peuvent changer avec le temps. Si les idées de Prussianité et socialisme ont eu un impact significatif sur l'Allemagne de Weimar, elles ont également été confrontées aux critiques et à l'opposition d'autres mouvements intellectuels et politiques. Il est possible que ces idées refassent surface et gagnent en popularité à l'avenir, mais il est également possible qu'elles ne le fassent pas. En fin de compte, l'avenir est façonné par une interaction complexe de facteurs sociaux, politiques et culturels qu'il est difficile de prévoir avec certitude.
SA : Votre édition de Prussianité et Socialisme comprend également l'essai de Spengler "Le double visage de la Russie et les problèmes allemands à l'Est". Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet essai et pourquoi il a été inclus dans cette édition ?
CVH : "Le double visage de la Russie et les problèmes allemands à l'Est" est un essai écrit par Spengler en 1922. Dans cet essai, Spengler examine la relation entre la Russie et l'Allemagne, ainsi que les problèmes politiques et culturels complexes qui existent entre les deux pays.
Spengler affirme que la Russie a un "double visage". D'une part, c'est une nation dotée d'un patrimoine culturel riche et unique, profondément liée à la terre et aux rythmes de la nature. D'autre part, il s'agit également d'une nation fortement autoritaire, avec une tendance à la centralisation bureaucratique et à l'ingénierie sociale.
Spengler explore également les questions historiques et géopolitiques qui ont conduit au conflit entre l'Allemagne et la Russie, notamment la compétition pour la domination de l'Europe centrale et orientale, ainsi que le choc entre les cultures des deux nations. Il soutient que l'Allemagne a historiquement été prise entre les deux pôles de la culture occidentale et orientale, et que cela a rendu difficile pour l'Allemagne de trouver une identité politique et culturelle stable.
Dans l'ensemble, "Le double visage de la Russie et les problèmes allemands à l'Est" est un document important pour comprendre la vision de Spengler sur la géopolitique et l'histoire culturelle, ainsi que ses idées sur les défis auxquels sont confrontées les nations modernes à la suite de l'effondrement des structures culturelles traditionnelles.
J'ai inclus cet essai en raison de sa pertinence dans le climat géopolitique actuel de tensions entre l'Occident et la Russie.

SA : Quel a été, selon vous, l'héritage à long terme des œuvres politiques de Spengler ?
CVH : L'héritage à long terme des travaux politiques de Spengler est complexe et controversé. D'une part, ses idées ont été adoptées par certains mouvements politiques au début du 20ème siècle, en particulier ceux associés à la Révolution conservatrice. Ces mouvements ont cherché à redéfinir le sens du conservatisme, rejetant les valeurs libérales des Lumières et prônant un retour aux valeurs traditionnelles et à un État fort et autoritaire.
Cependant, l'œuvre de Spengler a également été critiquée pour son pessimisme, son déterminisme culturel et son rejet de la démocratie. Nombre de ses idées ont ensuite été reprises par les nazis, qui prétendaient réaliser la prophétie de Spengler sur le "déclin de l'Occident" et la montée d'un nouvel ordre autoritaire.
Malgré ces critiques, l'œuvre de Spengler continue d'être étudiée et débattue par des chercheurs dans divers domaines, notamment la philosophie, l'histoire et les sciences politiques. Certains chercheurs ont affirmé que ses idées sur les cycles culturels, l'importance de la tradition et les limites de la raison sont toujours d'actualité, notamment face à la mondialisation et à l'érosion des valeurs traditionnelles. D'autres ont affirmé que son travail est trop profondément ancré dans le contexte historique spécifique de son époque, et que ses théories sont trop déterministes et essentialistes.
SA : Pour conclure, je voudrais vous poser quelques questions sur l'influence de Spengler aujourd'hui. Il semble qu'il y ait une nouvelle génération de personnes intéressées par les œuvres de Spengler. Ces dernières années, nous avons assisté à la naissance d'organisations comme la Oswald Spengler Society. Elles commencent à organiser des conférences qui présentent des analyses spengleriennes de l'histoire, de la culture et de la politique. De plus, j'ai remarqué que l'Internet s'intéresse de plus en plus aux idées de Spengler. Il semble y avoir beaucoup d'intérêt autour de Spengler. Pourquoi y a-t-il un tel regain d'intérêt pour Spengler ?
CVH : Il y a plusieurs raisons pour lesquelles il y a eu un regain d'intérêt pour Spengler ces dernières années. L'une d'entre elles est la crise perçue de la civilisation occidentale, notamment à la suite de la crise financière de 2008 et des changements politiques, économiques et sociaux en cours au XXIe siècle. Les vues pessimistes de Spengler sur le déclin de la civilisation occidentale et la nature cyclique de l'histoire ont trouvé un écho chez certains qui voient des parallèles entre la situation actuelle et le déclin des civilisations passées.
Une autre raison du regain d'intérêt pour Spengler est son analyse de la montée de l'autoritarisme et du rôle de la technologie dans la société moderne. Les œuvres de Spengler anticipent bon nombre des développements qui ont eu lieu aux 20ème et 21ème siècles, notamment la montée des régimes totalitaires, l'impact des médias de masse et des technologies de communication, ainsi que le déclin des valeurs et des institutions traditionnelles.
Enfin, on constate également un regain d'intérêt pour le style littéraire de Spengler et la manière dont il mêle l'analyse historique à la critique culturelle et à la réflexion philosophique. Certains chercheurs considèrent Spengler comme une figure importante dans le développement du modernisme littéraire et l'utilisation de techniques littéraires dans l'écriture de non-fiction. L'accent mis par Spengler sur la relativité des valeurs culturelles et son rejet des vérités universelles et des absolus anticipent dans une certaine mesure le postmodernisme.
SA : Quelle est l'importance de lire Spengler aujourd'hui ?
CVH : Lire Spengler aujourd'hui peut être important pour plusieurs raisons. Tout d'abord, son œuvre offre une perspective unique sur l'histoire et la culture qui remet en question les vues occidentales traditionnelles. La vision cyclique de l'histoire de Spengler, par exemple, remet en question l'idée de progrès et l'inévitabilité de la domination occidentale. Cela peut aider les lecteurs à réfléchir de manière plus critique à leurs propres hypothèses et à développer une compréhension plus nuancée du monde.
SA : Après avoir passé autant de temps à lire et à traduire Spengler, votre point de vue sur sa pensée a-t-il changé d'une quelconque manière ?
CVH : Pas du tout. Cela n'a fait que cimenter mon opinion sur sa philosophie. Après toutes ces années, il reste toujours l'homme du jour !
SA : Constantin, je tiens à vous remercier de vous être joint à moi pour The Oswald Spengler Project.
CVH : Merci de me laisser participer. Je l'apprécie énormément.
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20:38 Publié dans Entretiens, Philosophie, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oswald spengler, constantin von hoffmeister, révolution conservatrice, philosophie, philosophie de l'histoire |
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