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samedi, 25 février 2023

Bertrand de Jouvenel et le droit bestial aux siècles de la démocratie totalitaire

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Bertrand de Jouvenel et le droit bestial aux siècles de la démocratie totalitaire

Nicolas Bonnal

J’ai déjà cité Jouvenel et traité sa notion de la démocratie totalitaire. Mais en relisant son livre inépuisable Du Pouvoir j’y trouve, vers la page 510, cette notion étonnante de droit bestial. On a vu que le droit permet tout et justifie tout en démocratie totalitaire, comme les élections. Vous aurez la guerre et la tyrannie, avec la bénédiction du clergé et du prolétariat électoral. Le virus puis le vaccin puis la guerre – tout sera bon en démocratie pour justifier n’importe quelle horreur. Il me semble que le jeune avocat Gentillet a compris le problème.

impouvoirages.jpgJouvenel sur notre volubilité législatrice :

« Que tout doive toujours pouvoir être "remis en question, c'est probablement l'erreur capitale de notre époque. Aucune société, a dit Comte, ne peut subsister sans le respect unanime accordé à certaines notions fondamentales soustraites à la discussion. Et la vraie liberté ne peut consister que dans une soumission rationnelle à la seule prépondérance convenablement constatée des lois fondamentales de la nature, à l'abri de tout arbitraire commandement. »

Et de citer le toujours méconnu (et ici surprenant) Auguste Comte :

« La politique métaphysique a vainement tenté de consacrer ainsi son empire en décorant de ce nom de lois les décisions quelconques, si souvent irrationnelles et désordonnées, des assemblées souveraines, quelle que soit leur composition. Décisions d'ailleurs conçues, par une fiction fondamentale qui ne peut changer leur nature, comme une fidèle manifestation de la volonté populaire. »

Jouvenel complète cet élan sympathique de Comte :

« Comment ne pas voir qu'un délire législatif développé pendant deux ou trois générations, habituant l'opinion à considérer les règles et les notions fondamentales comme indéfiniment modifiables, crée la situation la plus avantageuse au despote! »

Puis il voit que la loi devient un monstre intellectuel ; avec le Grand Reset et l’interdiction de bouffer, de circuler ou de se loger, et l’obligation de se vacciner avec des produits suspects, nous sommes au cœur de ce problème (rappelons que Jouvenel écrit à la fin de la deuxième guerre mondiale – comme Hayek) :

« Le Droit mouvant est le jouet et l'instrument des passions. Qu'une vague porte au Pouvoir le despote, il peut déformer de la façon la plus fantastique ce qui déjà n'avait plus de forme certaine. Puisqu'il n'y a plus de vérités immuables, il peut imposer les siennes, monstres intellectuels comme ces êtres de cauchemar qui empruntent à tel être naturel sa tête, à tel autre ses membres. Établissant une sorte de « circuit alimentaire» il peut nourrir les citoyens d'idées que ceux-ci lui restituent sous forme de «volonté générale ». Cette volonté générale est l'engrais sur lequel poussent des lois de plus en plus divorcées non seulement de l'intelligence divine mais de l'intelligence humaine. Le Droit a perdu son âme, il est devenu bestial. »

Bestial ou robotique ?

Sources :

Bertrand de Jouvenel et la démocratie totalitaire- Nicolas Bonnal - Strategika

Www.liberaux.org_-_ebook_-_Bertrand_de_Jouvenel_-_Du_Pouvoir.pdf (catallaxia.org)

La Chine, l'Iran et le mouvement contre l'hégémonie occidentale

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La Chine, l'Iran et le mouvement contre l'hégémonie occidentale

Markku Siira

Source: https://markkusiira.com/2023/02/15/kiina-iran-ja-lannen-h...

Le président iranien Ebrahim Raisi effectue actuellement une visite d'État de trois jours en Chine, à l'invitation du président Xi Jinping. Au cours de ce voyage, un certain nombre de documents de coopération seront signés afin d'approfondir et d'élargir le partenariat stratégique entre les deux pays, l'"alliance du lion et du dragon".

Lors du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai qui s'est tenu l'année dernière à Samarkand, en Ouzbékistan, le président Xi a mentionné que la Chine envisagerait les relations Chine-Iran dans une "perspective stratégique et à long terme". Le gouvernement iranien a également déclaré que la visite de M. Raisi en Chine avait une "signification économique, politique et stratégique".

En tant que deux anciennes civilisations d'Asie, la Chine et l'Iran sont aujourd'hui des puissances industrielles et des producteurs d'énergie majeurs. Les deux pays se complètent économiquement et ont tous deux un fort désir de se développer; leurs besoins de développement sont compatibles dans de nombreux domaines.

La Chine est le premier partenaire commercial de l'Iran depuis de nombreuses années et l'Iran est l'un des marchés les plus importants pour les contrats de projets étrangers chinois, ainsi que pour l'exportation d'équipements complets et de modules technologiques. Dans le même temps, l'Iran est un pays important dans le processus de développement de l'initiative chinoise "Belt and Road Infrastructure".

La Chine et l'Iran sont également tous deux des adversaires de l'hégémonie anglo-américaine. L'Iran reste la cible de sanctions sévères, tandis que la Chine est la principale cible de la "répression stratégique" de l'Occident. Malgré ces revers, il y a de la place et du potentiel pour l'essor de pays comme la Chine et l'Iran en dehors du bloc occidental américain et de sa sphère d'influence.

L'interaction croissante entre la Chine et l'Iran présente également des caractéristiques qui vont à l'encontre de l'hégémonie occidentale. Pékin et Téhéran prônent une politique étrangère indépendante et défendent fermement le principe de non-ingérence des étrangers dans leurs affaires intérieures. La souveraineté dans le contexte international s'inscrit dans la tendance générale de l'époque et contribue au pluralisme mondial.

La Chine estime que le monde est actuellement en proie à des changements jamais vus depuis un siècle. En raison des actions de Washington, la structure internationale est de plus en plus divisée et changeante. Sans aucun doute, le plus grand défi pour l'avenir proche est de vaincre le modèle capitaliste de l'Occident et les politiques à courte vue basées sur la pensée à somme nulle.

Dans la situation actuelle, les pays émergents sont une fois de plus confrontés à des choix historiques. Pendant la guerre froide, de nombreux pays ont refusé de se joindre à la confrontation du bloc et ont créé le Mouvement des non-alignés afin de poursuivre un statut indépendant et souverain.

Il s'agit d'une force politique dominante qui est délibérément ignorée par les États-Unis et l'opinion publique occidentale ; deux tiers des membres de l'ONU - plus de la moitié de la population mondiale - vivent dans des pays non alignés. La Chine est le partenaire naturel de ces pays, qui ont partagé leur sort avec les pays en développement.

Par ses actions actuelles, la Chine cherche à contribuer à l'émergence d'un nouveau système de gouvernance mondiale, plus rationnel et peut-être plus équitable. Il semblerait qu'il y ait également de la place pour la République islamique d'Iran et de nombreux autres pays qui ont subi des épreuves aux mains de l'Occident.

La "bi-mondialisation" en marche - vers une nouvelle guerre froide?

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La "bi-mondialisation" en marche - vers une nouvelle guerre froide?

Peter Logghe

Source: Nieuwsbrief Deltapers, nr. 177, februari 2023

Le monde est de plus en plus divisé et les lignes de fracture passent cette fois-ci par les câbles de communication sous-marins, les serveurs de données et les usines de semi-conducteurs. La mondialisation, selon l'auteur Guillaume Travers, qui écrit désormais dans la revue Eléments (en l'occurrence dans son 200ème numéro), ne s'arrête pas, mais émerge en tant que bi-mondialisation, le monde globalisé tombant dans l'un des deux camps: l'américain ou le chinois. La position de l'Europe est faible. Guillaume Travers esquisse les défis stratégiques de demain dans sa contribution sur "la guerre des infrastructures".

Non sans raison, Travers cite l'exemple du système bancaire SWIFT, lancé en 1973, afin de suivre de manière fiable les comptes entre banques. Développé en Belgique, dans le seul but de ne dépendre d'aucune des grandes puissances de l'époque, SWIFT voulait ainsi créer un système neutre et apolitique pour faciliter les paiements internationaux. Le même raisonnement - faciliter le trafic international et le faire par le biais d'un intermédiaire neutre et apolitique - peut être fait en ce qui concerne l'internet, entre autres.

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Cet idéal de neutralité dans les infrastructures est en train de disparaître comme neige au soleil, écrit Travers. Au départ, les États-Unis ont espionné les données de SWIFT à la suite des attentats islamistes du 11 septembre 2001. Le ministère de la Justice belge a renoncé aux poursuites. En 2010, la situation a été "régularisée" et les États-Unis ont officiellement eu accès aux données de paiement. La neutralité avait, d'un coup, été supprimée, SWIFT n'avait plus de monopole "neutre" et était considéré comme une "infrastructure américaine".

Une "guerre des infrastructures" s'est engagée, un certain nombre de puissances politiques s'opposent à la domination américaine sur l'infrastructure mondiale et, par suite, développent la leur propre. Pourtant, une seule superpuissance parvient actuellement à proposer une alternative réelle et exploitable, la superpuissance chinoise. Pour Pékin, le développement massif de toutes sortes d'infrastructures pour rompre avec la dépendance à l'égard des États-Unis est un moment clé dans l'établissement d'un nouvel ordre mondial. Pour la Chine, ce développement des infrastructures est complémentaire de son initiative géopolitique "Belt and Road Initiatives" de 2013. La volonté de devenir technologiquement autonome est forte en Chine.

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En ce qui concerne les paiements internationaux, explique Guillaume Travers, la Chine a lancé son propre système, le China International Payments System (CIPS), en 2015. Le CIPS relie aujourd'hui environ 1300 banques dans 107 pays. Pas comparable à SWIFT, autrement dit, mais le CIPS gagne en volume chaque année et permet ainsi à la monnaie renminbi de circuler hors de Chine. La création du CIPS s'est accompagnée du développement de plusieurs réformes pour faciliter l'utilisation du renminbi au niveau international.

En informatique, on assiste au même scénario. En mai 2022, le gouvernement chinois a annoncé son intention de remplacer l'ensemble du parc informatique de l'État et des entreprises. Tous les ordinateurs de fabrication étrangère seront remplacés par des modèles et des ordinateurs chinois, soit un total de 30 millions d'ordinateurs. Cette politique et d'autres sont toutes le résultat d'une politique chinoise de réduction de la dépendance envers les pays étrangers (et surtout l'Amérique ) dans les semi-conducteurs, la téléphonie, les serveurs et les données. Dans le même temps, la Chine renforce le contrôle de sa propre production.

L'Amérique réagit à la politique chinoise

Pendant ce temps, de nombreuses grandes entreprises chinoises se sont retirées de la Bourse de New York, empêchant les autorités américaines de glaner des informations délicates sur les entreprises. Les États-Unis réagissent naturellement à ce changement de politique chinoise de bien des manières. Depuis le 25 novembre 2022, l'Amérique refuse aux entreprises de télécommunications chinoises des licences pour le marché américain. Les entreprises en question sont Huawei et ZTE. En ce qui concerne les semi-conducteurs, l'Amérique doit faire face à une concurrence chinoise acharnée. En août 2022, les États-Unis ont adopté la loi CHIPS and Science Act, annonçant que 280 milliards d'euros d'investissements sont prévus pour la fabrication et l'innovation sur le marché des semi-conducteurs et des puces.

DERNIER-VOL_couv.jpgAlice Ekman, spécialiste de la Chine, parle de "bi-mondialisation" dans un livre récent (Dernier vol pour Pékin, L'Observatoire, 240 p.). Car ce qui se profile n'est pas seulement la (vieille) confrontation entre deux superpuissances, l'Amérique et la Chine, mais plus encore la division de la planète en deux zones d'influence. La zone d'influence chinoise est, elle, en pleine expansion. Les initiatives "Belt and Road", déjà mentionnées, visent à relier la Chine à l'Europe, et sont donc désormais associées à des investissements massifs dans les infrastructures. L'Europe reste sous l'influence des États-Unis et montre jusqu'à présent peu de signes de vouloir s'éloigner de la dépendance technologique.

Le Japon abandonne sa politique de neutralité militaire

Pour l'Amérique, la politique étrangère et géopolitique se jouera principalement dans le Pacifique au cours des prochaines années - malgré la focalisation temporaire sur l'Ukraine et l'incursion russe. Il est clair que la partie de poker autour de Taïwan a accru la nervosité des États-Unis. Le Japon, qui a dû payer un lourd tribut en tant que puissance perdante après la Seconde Guerre mondiale, et a dû limiter sa politique militaire à un usage purement défensif, semble changer son fusil d'épaule. Dans l'ombre du Premier ministre japonais assassiné Shinzo Abe, le Japon semble mettre un terme à sa politique pacifiste et opter pour une politique militaire plus musclée.

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En raison de sa situation géographique unique, le Japon pourrait et peut continuer à jouer un rôle décisif dans de nombreux conflits. Le Japon est toujours à la tête de la troisième plus grande économie du monde et, ces dernières années - sous la direction du Premier ministre Abe, soit dit en passant -, il a augmenté ses dépenses militaires. Mais les commentateurs ne parlent pas d'une rupture révolutionnaire avec le pacifisme, qui a défini pendant des années la politique étrangère du Japon, mais d'un ajustement aux nouvelles circonstances. Le fait est que le nouveau Premier ministre japonais, Fumio Kishida, veut augmenter les dépenses dans le domaine militaire et aussi améliorer sérieusement la capacité des dispositifs contre-attaquants du Japon. Le Premier ministre Kishida veut porter les dépenses militaires, qui représentaient jusqu'à présent 1 % du PIB, à 2 % en cinq ans. Quant à la reconstitution des réserves militaires en vue de riposter militairement, il s'agit, selon Kishida, d'un processus qui prendra du temps. Par exemple, la constitution d'un stock de nouveaux missiles (Tomahawk et autres) risque de prendre des années.

De nombreux commentateurs voient donc la visite de Fumio Kishida à Washington fin janvier 2023 comme un nouveau départ, et un changement significatif dans l'alliance nippo-américaine. Le Japon et l'Amérique se préparent à l'éventualité d'un conflit militaire dans le Pacifique pour la première fois depuis des décennies. Alors que l'attention des États-Unis et du Japon pendant la première guerre froide était principalement concentrée sur le nord (la menace de l'URSS), l'attention se porte désormais sur le sud et les îles japonaises du sud-ouest, une région géographique située à 100 miles à peine des côtes taïwanaises.

D'un point de vue géopolitique, beaucoup de choses bougent dans le Pacifique, mais peu d'entre elles parviennent malheureusement à notre "presse de qualité" en Flandre.

Le tremblement de terre en Turquie dans un contexte géopolitique

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Le tremblement de terre en Turquie dans un contexte géopolitique

Leonid Savin

Source: https://www.geopolitika.ru/article/zemletryasenie-v-turcii-v-geopoliticheskom-kontekste

Toute catastrophe, qu'elle soit d'origine naturelle ou humaine, constitue toujours un défi pour les autorités au pouvoir - les victimes et le grand public attendent de leur gouvernement une action immédiate et, surtout, correcte, en surveillant de près tant les déclarations que les actions des autorités. Une situation similaire existe aujourd'hui en Turquie. L'énorme tragédie qui a fait des centaines de milliers de victimes (quelque 40.000 morts) a non seulement mis à l'épreuve l'ensemble du peuple turc, mais est également devenue un catalyseur de batailles politiques. Ce faisant, l'opposition a été proactive.

Des défis pour Erdogan

Avant qu'Erdogan n'apparaisse à la télévision pour s'adresser à la nation, Kemal Kılıçdaroğlu, chef du plus grand parti d'opposition turc, le Parti républicain populaire, a déclaré qu'il se rendrait à Hatay avec ses collègues, le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, le maire d'Ankara Mansur Yavas et le maire d'Izmir Tunç Soyer, qui ont remporté les élections de 2019 face aux candidats du Parti de la justice et du développement (AKP), actuellement au pouvoir. Kiliçdaroğlu a prononcé son discours devant les citoyens de Hatay tard dans la soirée du 7 février. En contraste frappant avec le discours d'Erdogan, Kiliçdaroğlu est apparu à la lumière d'un plafonnier de rechange dans la ville, toujours privée d'électricité, entièrement vêtu de noir, et a imputé la responsabilité de la catastrophe au régime sans grande cérémonie, en déclarant : "cet effondrement est entièrement le résultat d'une politique rentière systématique. Il n'y a pas de place pour qu'Erdogan, le palais ou ces bandes de rentiers se rencontrent."

La veille du tremblement de terre, la coalition d'opposition a également annoncé qu'elle désignerait son candidat pour se présenter contre Erdogan le 13 février. Alors que l'on avait craint une scission au sein de l'opposition en raison de différends sur le choix du candidat principal, les jours qui ont suivi le tremblement de terre ont montré une certaine unité. Cela présente certains risques pour l'AKP.

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La journaliste turque Ceyda Karan relève six aspects clés liés aux problèmes du tremblement de terre et de ses suites :

1) le long retard ou le manque d'assistance aux victimes de la part de l'État. Cela a été affecté par l'ampleur de la catastrophe, de sorte que l'État n'était tout simplement pas en mesure d'aider tout le monde en même temps ;

2) La réponse inadéquate de l'agence d'urgence, qui fait partie du ministère de l'intérieur. Manque d'équipement de sauvetage nécessaire et de personnel qualifié ;

3) Tentatives de censure des critiques du gouvernement formulées par l'opposition et blocage temporaire des médias sociaux ;

4) L'utilisation controversée des forces armées turques pour répondre au tremblement de terre. Seuls 3500 militaires ont été déployés au cours des 24 premières heures, alors que 50.000 soldats et officiers turcs se trouvent en Syrie. Les équipes de secours de Russie, d'Espagne et d'Israël ont eu le temps de déployer des hôpitaux de campagne plus tôt ;

5) La complexité des élections prévues en mai. Erdogan n'a le mandat de reporter les élections qu'en cas de guerre, et la catastrophe actuelle crée une toile de fond négative pour lui permettre de remporter une majorité de sièges parlementaires pour le parti de la justice et du développement ;

6) Les relations avec la politique étrangère, car les relations de la Turquie avec les pays de l'UE et de l'OTAN étaient tendues à la veille du tremblement de terre. À l'inverse, il y a eu un rapprochement avec la Syrie sous la médiation de la Russie.

Le cinquième point est le plus important à l'heure actuelle, car selon la loi, les élections ne peuvent être reportées. Mais les partisans du report affirment qu'il existe un autre moyen : le Haut Conseil électoral, connu sous le nom de YSK, arbitre final des litiges électoraux, peut décider qu'il n'est pas prêt à organiser des élections dans les 10 provinces durement touchées et dans un contexte de déplacement sans précédent des électeurs vers d'autres villes. En effet, en 1966, le YSK a décidé que les élections locales pouvaient être reportées après qu'un tremblement de terre ait frappé les provinces orientales deux jours avant le scrutin, rendant impossible la tenue des élections. Une décision devrait être prise prochainement, et les émissaires de l'AKP sont maintenant à l'écoute de l'opinion publique pour ne pas perdre leur réputation.

Toutefois, James Ryan, de l'Institut de recherche sur la politique étrangère basé aux États-Unis, établit généralement un lien entre les dégâts du tremblement de terre et le propre parti d'Erdogan. Il écrit que "la raison pour laquelle cela dérange tant Erdogan est que la nature de ces dizaines de milliers de morts - les immeubles d'habitation en béton détruits - frappe au cœur de la stratégie de gouvernement de son parti ... Dans sa hâte de construire un nombre énorme de nouveaux logements, le gouvernement turc a accordé des centaines de milliers de dérogations aux normes de sécurité sismique dans tout le pays, y compris pour 75.000 bâtiments dans la zone aujourd'hui touchée par ces tremblements de terre. Au cours de la dernière décennie, ce développement s'est emballé pour construire non seulement d'importants nouveaux projets de logements, mais aussi des "méga-projets" douteux, dont deux nouveaux ponts sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles, un nouvel aéroport majeur dans la banlieue d'Istanbul et un projet de canal destiné à contourner les détroits par la province turque de Thrace. Une grande partie de cette construction a été payée par des injections de dette étrangère, dont une grande partie provient des alliés de la Turquie dans le golfe Persique, à commencer par le Qatar et plus récemment des EAU et de l'Arabie Saoudite. Les visiteurs d'Istanbul ces dernières années n'ont pu s'empêcher de remarquer la vitesse à laquelle les gratte-ciel et les projets de développement sont apparus dans le paysage - un fait moins visible mais non moins vrai est que ce développement s'est produit à un rythme similaire dans tout le pays, et en particulier dans le sud-est de la Turquie qui s'urbanise rapidement, une région qui a également subi le tribut social et économique de l'afflux de millions de réfugiés syriens depuis 2011. En gros, le gouvernement AKP a investi du capital économique et politique dans cette région pendant dix ans, et il a été réduit à néant en quelques heures."

De toute évidence, Erdogan sera tenu pour responsable de tout cela. Si l'on sait déjà que les autorités ont procédé à la détention de représentants d'entreprises de construction dont les maisons se sont avérées moins sûres que d'autres, il ne faut pas oublier que ce commerce n'aurait guère été possible sans le patronage des élites au pouvoir. La recherche active d'un bouc émissaire sera entreprise par l'opposition, qui a été privée de divers privilèges en temps voulu.

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Erdoğan ne doit pas sous-estimer d'autres risques politiques, notamment une éventuelle escalade des conflits à l'intérieur du pays. Une étude sur l'impact des tremblements de terre sur les conflits intra-étatiques, basée sur une analyse statistique de 185 pays de 1975 à 2002, montre que les tremblements de terre "augmentent non seulement la probabilité d'un conflit, mais aussi que leur impact est plus important, les tremblements de terre de plus grande magnitude affectant des zones plus denses de pays ayant un produit intérieur brut plus faible ainsi que des conflits préexistants".

L'auteur de l'étude écrit que "si de nombreux universitaires, décideurs et organisations d'aide suggèrent que les catastrophes naturelles rassemblent les groupes et atténuent les conflits, les tremblements de terre peuvent en fait stimuler les conflits intra-étatiques en provoquant des pénuries de ressources clés, en particulier dans les pays en développement où la concurrence pour les ressources rares est la plus intense."

Évaluations externes

Erol Yaibok, du Centre for Strategic and International Studies (Washington DC), a affiné l'étude du problème social en Turquie. Au-delà de la première phase active de recherche et de sauvetage, souligne-t-il, l'impact physique et psychologique sur les personnes sera bien plus important et plus durable. Par conséquent, les donateurs internationaux et les ONG devront tirer les leçons d'autres catastrophes naturelles (par exemple, les tsunamis ou les ouragans) pour apprendre à coordonner l'aide, à renforcer la résilience locale et à utiliser et renforcer les structures de réponse locales.

En plus des pertes humaines causées par le tremblement de terre, l'ampleur de la dévastation signifie que tous les efforts de secours seront difficiles en raison des routes bloquées, des ponts endommagés, des coupures de communication et d'électricité, des pénuries de nourriture et d'eau et d'autres perturbations critiques ?

Gaziantep elle-même est le centre économique et politique d'une région qui est littéralement sur la ligne de front depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. Sur les près de 3,8 millions de réfugiés enregistrés en Turquie, plus d'un million de Syriens vivent près de la frontière turco-syrienne, près d'un demi-million dans la seule ville de Gaziantep. Et les conséquences du tremblement de terre ne feront qu'exacerber une situation déjà tendue. Pour les réfugiés syriens, le tremblement de terre crée un nouveau traumatisme en plus des anciens.

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Les experts de RAND qui examinent le tremblement de terre et ses conséquences sous l'angle de diverses options de politique internationale.

Jesse Riposo écrit que "les estimations actuelles de l'impact économique de la catastrophe comprennent près de 70 milliards de dollars de pertes de logements et 10,4 milliards de dollars supplémentaires de pertes économiques. Ces estimations préliminaires ne correspondent probablement pas à l'ensemble des dommages, car il faudra sans doute des mois pour évaluer et établir le coût total de la reconstruction. Ces coûts semblent être dus à la construction non conforme aux normes de nombreuses propriétés, ce qui pourrait conduire à des poursuites judiciaires et servir de rappel brutal de l'importance de mettre en œuvre des codes et des normes de construction plus durables. Alors que la Turquie prend des mesures pour reconstruire, elle devrait réfléchir à la manière dont elle fera respecter une mise en œuvre et une adhésion plus strictes à des règles de construction sûres."

 Howard Schatz aborde un sujet plus sensible sur le plan politique, en notant que "l'aide à la Syrie est une question beaucoup plus complexe. La plupart des dégâts ont été causés dans des zones de la Syrie qui sont en partie contrôlées par la Turquie et des groupes rebelles affiliés, y compris le groupe terroriste reconnu Hayat Tahrir al-Sham, une ramification d'Al-Qaïda.

Malgré cela, une aide est nécessaire. Schatz suggère d'impliquer le groupe connu sous le nom de Casques blancs. Les États-Unis font partie des nombreux pays qui soutiennent cette organisation. Cependant, ils sont connus pour être des provocateurs qui ont en fait porté de fausses accusations afin d'accuser le gouvernement Assad.

L'appel de Schatz n'est-il pas une tentative d'utiliser cette tragédie pour un autre sabotage ? C'est tout à fait possible. D'autant plus que Schatz appelle l'une de ses options de secours "le transport aérien de fournitures aux Casques blancs, coordonné à l'avance. Cela pourrait inclure de la nourriture vitale, de l'eau, des médicaments et des abris tels que des tentes isolées." Et probablement de nouveaux matériaux pour le sabotage et la provocation, y compris des armes.

Un couloir passant par le Kurdistan irakien et l'administration autonome dirigée par les Kurdes du nord et de l'est de la Syrie a également été proposé comme option alternative. Cela nécessite de négocier à travers les lignes de contrôle avec les groupes dirigés par la Turquie ou le gouvernement syrien.

L'incompréhension de Schatz de la situation réelle au Kurdistan est ici évidente. Les Kurdes irakiens ne coopèrent pas avec les Kurdes syriens. Et même lorsqu'il y avait une menace d'ISIS (une organisation interdite dans la Fédération de Russie), les Kurdes syriens ne coopéraient pas avec les Kurdes irakiens. Quel genre de couloirs pour l'aide humanitaire existe-t-il ? Bien que la question kurde elle-même doive également être soulevée, car en Turquie, non seulement les Turcs de souche mais aussi les Kurdes, qui vivent en grand nombre dans la partie orientale du pays, ont souffert. Dans la ville de Gaziantep, déjà mentionnée, environ un demi-million de personnes sont des Kurdes de souche.

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Et James Scheer observe que "la Turquie est confrontée au problème de la 'congestion des accès'. La Syrie y est certainement plus sujette ; mais les voies de transit aériennes, maritimes et terrestres de la Turquie sont submergées par l'énorme afflux d'aide humanitaire. Leur approche originale consistant à prendre les choses selon le principe du premier arrivé, premier servi n'a tout simplement pas fonctionné. Il semble également nécessaire de s'engager avec la Turquie sur des méthodes de récupération sûres. La Turquie devra peut-être commencer par évaluer l'habitabilité des bâtiments encore construits mais fragiles. Il y a aussi le problème de la surveillance et de l'application des codes de construction et de la mise à niveau sismique des structures existantes avant le prochain grand tremblement de terre.

Il est probable que certains États seront prêts à aider à résoudre ces problèmes à certaines conditions.

La diplomatie des tremblements de terre

Toute catastrophe naturelle montre bien sûr qui est un véritable partenaire et ami de la partie touchée, et qui profite de la situation pour servir ses propres intérêts.

Dans ce contexte, Fehim Tastekin écrit que "la diplomatie du tremblement de terre est également utilisée par Israël, qui a récemment rétabli ses liens avec la Turquie". Le président israélien Isaac Herzog a appelé Erdogan peu après le premier tremblement de terre, tandis que le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen a rencontré le président turc à Ankara mardi... Toutes ces mesures devraient donner un élan au processus de normalisation, qui a officiellement démarré fin décembre lorsque la nouvelle ambassadrice israélienne à Ankara a présenté ses lettres de créance à Erdogan. Les alliés de l'OTAN comme la France et les États-Unis, qui se sont souvent querellés avec Erdogan, ont également offert leur soutien, tout comme la Finlande et la Suède, dont les demandes d'adhésion à l'OTAN sont bloquées par la Turquie.

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La Chine, dont le traitement de la communauté ouïghoure a souvent jeté une ombre sur les relations bilatérales, a gagné le cœur de la Turquie en envoyant 467 sauveteurs et du matériel de haute technologie.

La Russie, dont les liens avec la Turquie ont été un mélange de coopération et de conflit, a envoyé une équipe de sauvetage de 401 personnes - la cinquième en importance après l'Azerbaïdjan, l'Espagne, la Chine et Israël. Nechirvan Barzani, président du gouvernement régional du Kurdistan irakien, qui a maintenu des liens étroits avec Ankara mais a souvent été affecté par les opérations militaires turques au Kurdistan, s'est également rendu dans la région touchée par le séisme pour montrer sa solidarité."

En diplomatie, cependant, ce ne sont pas seulement les faits qui comptent, mais aussi la présentation des informations. Avec leur avantage en matière de communication stratégique et leur contrôle des médias mondiaux, les puissances occidentales sont tout à fait capables de prendre leurs désirs pour des réalités. La diligence et l'aide gratuite des autres pays seront ainsi mises de côté.

De manière révélatrice, la catastrophe n'a pas entraîné d'assouplissement de la position de la Turquie en Syrie, dont les régions du nord, y compris Afrin, contrôlées par la Turquie, ont également été dévastées. Ankara a refusé de laisser les Syriens entrer en Turquie, mais a accepté de rouvrir deux postes-frontières pendant trois mois, en plus de celui situé à la frontière d'Idlib, pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire coordonnée par l'ONU. Ces trois postes frontaliers mènent à des zones contrôlées par les rebelles, tandis que ceux contrôlés par le gouvernement syrien et ceux menant à des zones contrôlées par les Kurdes restent fermés. Les convois d'aide humanitaire en provenance du nord-est contrôlé par les Kurdes ont été bloqués par les rebelles soutenus par la Turquie pendant des jours avant de pouvoir atteindre les zones touchées par le séisme dans le nord-ouest, les sources kurdes accusant spécifiquement la Turquie.

Ankara n'a pas non plus assoupli sa position à l'égard des pays occidentaux. En particulier, après le tremblement de terre, il a été annoncé que la Turquie ne ratifierait pas l'admission de la Suède et de la Finlande dans l'OTAN.

Des théories du complot circulent également, selon lesquelles le tremblement de terre serait le résultat d'armes sismologiques utilisées par les États-Unis. De tels récits ne doivent pas non plus être sous-estimés. D'autre part, les musulmans (et pas seulement en Turquie) voient des présages apocalyptiques dans le tremblement de terre. Selon l'Islam, de telles catastrophes sont une providence divine et servent à rappeler aux croyants leur existence. Le prophète Mahomet a déclaré que les tremblements de terre sont un avertissement du Tout-Puissant, les croyants doivent donc prier et demander sa miséricorde. Cela est également lié au fait que la catastrophe s'est produite l'année du centenaire de la formation de la République de Turquie.

Théoriquement, le problème actuel peut être décomposé en ses composantes et analysé avec soin. Il est beaucoup plus difficile d'agir dans la pratique, surtout si l'on parle des relations russo-turques sous l'angle des intérêts géopolitiques de Moscou. À tout le moins, l'aide humanitaire russe a apporté un soutien efficace directement pendant la phase chaude des opérations de sauvetage. L'heure est maintenant aux propositions diplomatiques et au travail de proximité dans cette partie difficile de la région.