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samedi, 10 février 2024

IA : la tentation transhumaniste

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IA : la tentation transhumaniste

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Ce que l'on appelle l'intelligence artificielle (IA) commence à peine à envahir notre monde du travail, mais aussi tous les autres domaines de notre vie quotidienne. Nous ne parlons encore que de programmes vocaux de plus en plus sophistiqués - c'est-à-dire de robots textuels comme ChatGPT ou "Alexa" d'Amazon - et de générateurs d'images comme Image Creator, Midjourney ou Leonardo. Mais comme le développement est exponentiel à l'ère du numérique, l'IA deviendra de plus en plus puissante dans un avenir proche, effectuera de plus en plus de tâches jusqu'ici réservées à l'intelligence humaine et se rapprochera encore plus de nous, au sens littéral du terme. L'assistant vocal d'Amazon, Alexa, et une foule d'appareils ménagers "intelligents" nous indiquent la direction à prendre. Nous nous entourons d'un cocon de plus en plus dense de vampires de données numériques qui ne font rien de moins que de s'emparer de notre identité.

Il ne faut pas oublier que tout cela n'a rien à voir avec "l'intelligence", c'est-à-dire la compréhension de relations complexes. En réalité, il ne s'agit que de processus complexes de calcul (algorithmes) qui reposent sur la probabilité avec laquelle, par exemple, un mot donné est suivi d'un autre dans le flux de texte, ou avec laquelle certains éléments structurels sont associés les uns aux autres dans la structure des graphiques ou des images. L'IA "apprend" ces probabilités mathématiques au fur et à mesure de son optimisation, pour finalement fournir, après un nombre infini d'heures de travail, des résultats qui doivent se rapprocher le plus possible des opérations du cerveau humain, c'est-à-dire de la pensée. On peut s'attendre à des améliorations drastiques des performances dans ce domaine à l'avenir.

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Un autre aspect important, que l'on perd facilement de vue, est que tous les petits "bots", qu'il s'agisse de programmes de texte, de dialogue ou de graphisme, font partie de l'agenda transhumaniste. En fin de compte, il s'agit de rendre le cerveau humain "lisible" pour les ordinateurs et de pouvoir transférer des données dans les deux sens - du cerveau à l'ordinateur (ou aux supports de stockage), mais aussi de l'ordinateur au cerveau, par exemple au moyen d'une puce implantée. Des fichiers d'images et de textes calculés à grands frais pourraient un jour devenir le support intermédiaire décisif. L'objectif final est - outre la possibilité de contrôle total de l'humanité - la possibilité de mémoriser la conscience humaine, afin de la rendre indépendante de son existence physique et finalement immortelle. Hollywood en parle depuis de nombreuses années, et des intervenants tels que le journaliste israélien Yuval Harari ("Homo Deus", 2017), qui est également un invité apprécié du Forum économique mondial de Klaus Schwab, font des déclarations sans équivoque à ce sujet.

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L'un des chercheurs les plus en vue dans la recherche de l'"interface homme-machine" est d'ailleurs Elon Musk. Depuis 2017 déjà, il fait étudier, sous l'égide d'une société spécialement créée à cet effet, Neuralink, les possibilités de relier le cerveau humain aux ordinateurs. Il s'agit d'une "interface directe avec le cortex cérébral". En 2020, en pleine année Corona, Musk a présenté au public le prototype de sa puce cérébrale : huit millimètres d'épaisseur, 23 millimètres de diamètre.

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Pour l'implantation de haute précision dans le cerveau, Neuralink a spécialement développé un robot spécial. Officiellement, la puce doit surveiller la santé et, grâce à ses capteurs, donner l'alerte en cas de risque d'infarctus ou d'attaque - pour l'instant. Musk défend depuis longtemps le point de vue visionnaire selon lequel "les hommes devront à l'avenir relier leur cerveau à des ordinateurs afin de pouvoir suivre le rythme de l'intelligence artificielle à venir".

C'est là que la boucle est bouclée. Les programmes d'IA de plus en plus sophistiqués ne vont pas seulement révolutionner notre quotidien et notre monde du travail. Ils seront tôt ou tard capables de communiquer directement avec le cerveau en comprenant son "langage", qui repose sur des calculs et des algorithmes incroyablement nombreux et incroyablement complexes. Des millions d'utilisateurs dans le monde entier contribuent à l'entraînement et à l'optimisation de ces programmes.

Le linguiste et journaliste américain Noam Chomsky évoque un autre aspect dans ce contexte. En mars 2023, il a appelé dans le New York Times à cesser d'appeler les programmes d'IA pertinents "intelligence artificielle", mais plutôt : "(...) appelons-les ce qu'ils sont et ce qu'ils font, des "logiciels de plagiat", car ils ne "créent" rien, mais copient des œuvres existantes d'artistes existants et les modifient au point d'échapper aux lois sur le droit d'auteur de l'auteur. Il s'agit du plus grand vol de propriété intellectuelle depuis l'arrivée des colons européens sur les terres des Amérindiens".

Et : bien sûr, chaque petite image, chaque brouillon, chaque saisie de l'utilisateur reste enregistré par Google, Microsoft et les autres "Grands Frères". En plus de toutes les autres traces de données que chacun laisse chaque jour sur son ordinateur ou son téléphone portable, cela constitue un profil assez significatif des intérêts, des préférences individuelles, en un mot : de la personnalité de l'utilisateur. Bien entendu, les instances de surveillance gouvernementales en tirent profit depuis longtemps, et pas seulement en Chine.

La récompense pour la participation est une belle image de synthèse colorée sans valeur intellectuelle ou politique. C'est déjà bien assez pauvre. Chacun devrait décider jusqu'à quel point il souhaite collaborer avec le moloch de l'IA. L'un dans l'autre, les images et les textes obtenus de manière prétendument "intelligente" sont risqués. Il faut les utiliser de manière réfléchie.

19:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : atualité, intelligence artificielle, ia | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La Boétie et la servitude volontaire via la crétinisation et les jeux

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La Boétie et la servitude volontaire via la crétinisation et les jeux

Nicolas Bonnal

La Boétie: « Mais cette ruse de tyrans d’abêtir leurs sujets ne se peut pas connaître plus clairement que Cyrus fit envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de Sardis, la maîtresse ville de Lydie, et qu’il eut pris à merci Crésus, ce tant riche roi, et l’eut amené quand et soi: on lui apporta nouvelles que les Sardains s’étaient révoltés; il les eut bientôt réduits sous sa main; mais, ne voulant pas ni mettre à sac une tant belle ville, ni être toujours en peine d’y tenir une armée pour la garder, il s’avisa d’un grand expédient pour s’en assurer: il y établit des bordels, des tavernes et jeux publics, et fit publier une ordonnance que les habitants eussent à en faire état. Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d’épée ».

Il n’y a pas besoin de théorie de la conspiration. Le peuple n’est pas un gentil innocent, une victime naïve. Le peuple, cette somme d’atomes agglomérés, de « solitudes sans illusions » (Debord) aime naturellement être mené à l’étable ou à l’abattoir. Telle est la leçon de la Boétie qui s’extasie devant la capacité des hommes à s’aplatir devant l’autorité. Idole des libertariens et de Murray Rothbard, l’adolescent s’écœurait lui-même en écrivant ces lignes, en rappelant ces faits:

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« Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force; mais ceux qui viennent après servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. »

Dostoïevski observe dans sa Maison des morts (qui est plutôt une maison des vivants, son roman le plus drôle) que l’on s’habitue en effet à tout. La Boétie:

 « C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance ».

C’est la vraie conspiration dont parle aussi en prison le fasciste non repenti Rebatet: nous nous soumettons au joug de la bagnole, de la salle de bains américaine, des artefacts électroniques. La Boétie explique ensuite comment on développe les jeux, l’esprit ludique, et dans quel but politique :

« Mais cette ruse de tyrans d’abêtir leurs sujets ne se peut pas connaître plus clairement que Cyrus fit envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de Sardis, la maîtresse ville de Lydie, et qu’il eut pris à merci Crésus, ce tant riche roi, et l’eut amené quand et soi : on lui apporta nouvelles que les Sardains s’étaient révoltés ; il les eut bientôt réduits sous sa main ; mais, ne voulant pas ni mettre à sac une tant belle ville, ni être toujours en peine d’y tenir une armée pour la garder, il s’avisa d’un grand expédient pour s’en assurer : il y établit des bordels, des tavernes et jeux publics, et fit publier une ordonnance que les habitants eussent à en faire état. Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d’épée. Ces pauvres et misérables gens s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux, si bien que les Latins en ont tiré leur mot, et ce que nous appelons passe-temps, ils l’appellent ludi, comme s’ils voulaient dire Lydi».

Les bordels et les tavernes: comptez le nombre de sites porno sur le web pour voir un peu (Snyder parle de quatre millions); et comparez aux sites anti-conspiration. Vous verrez que nous sommes peu de chose. Un milliard de vues pour une chanson de la Gaga, un million de commentaires…

La Boétie dénonce, politiquement incorrect, l’efféminisation des cités et des Etats soumis à la tyrannie. Elle croît avec la société de services qui nous dévirilise.

« Tous les tyrans n’ont pas ainsi déclarés exprès qu’ils voulussent efféminer leurs gens ; mais, pour vrai, ce que celui ordonna formellement et en effet, sous-main ils l’ont pourchassé la plupart… Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes étranges, les médailles, les tableaux et autres telles drogueries, c’étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, rendus sots, trouvent beaux ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s’accoutumaient à servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enluminés, apprennent à lire. »

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Puis La Boétie compare les méthodes éducatives, et ce n’est pas piqué des vers. Lui aussi promeut et aime Sparte – comme Rousseau et comme d’autres.

« Lycurgue, le policier de Sparte, avait nourri, se dit-on, deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités de même lait, l’un engraissé en la cuisine, l’autre accoutumé par les champs au son de la trompe et du huchet, voulant montrer au peuple lacédémonien que les hommes sont tels que la nourriture les fait, mit les deux chiens en plein marché, et entre eux une soupe et un lièvre : l’un courut au plat et l’autre au lièvre. « Toutefois, dit-il, si sont-ils frères ». Donc celui-là, avec ses lois et sa police, nourrit et fit si bien les Lacédémoniens, que chacun d’eux eut plus cher de mourir de mille morts que de reconnaître autre seigneur que le roi et la raison. »

Ensuite La Boétie est encore plus révolutionnaire, il est encore plus provocateur et méprisant pour le populo ; il remarque que, comme sur Facebook, on aime jouer à Big Brother, qu’on aime participer à son propre emprisonnement (empoisonnement) moral et physique – et qu’on paierait même pour. C’est le Panopticon de Bentham à la carte :

« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes ? »

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Le citoyen participe à sa propre aliénation. Il est collabo, pas victime. On n’a jamais autant payé d’impôts en Amérique ou en France en 2016. L’Etat n’a jamais été aussi dominateur. Quant au monstre froid européen… No comment.

Mais on en redemande.

Puis le jeune auteur parle des réseaux de la tyrannie qui sont sur une base de six, comme le web (WWW_666, voyez mon livre republié). On pense à Musset et à Lorenzaccio qui eux-mêmes répètent déjà la redoutable antiquité gréco-romaine :

« Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevé en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps…".

Nicolas Bonnal

Bibliographie:

La Boétie _ Discours sur la servitude volontaire

Nicolas Bonnal – Les grands auteurs et la théorie de la conspiration ; internet et les secrets de la globalisation (amazon.fr)

18:54 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tyrannie, philosophie, la boétie, nicolas bonnal | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook