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lundi, 13 avril 2026

Implacable technocratie proche-orientale

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Implacable technocratie proche-orientale

par Georges Feltin-Tracol

Pour bien des personnes, le mot «technocratie» est un synonyme de «bureaucratie». Un technocrate ne serait qu’un expert fonctionnaire docile qui pond directives, décrets, règlements et normes afin de meubler une journée vide en labeur… Il s’agit hélas d’une confusion sémantique facile, car « technocratie » porte aussi une autre signification. En se penchant sur l’étymologie, il faut la comprendre comme pouvoir de la technique. Technique dans son acception heideggérienne? Pas du tout! L’élasticité de ce dernier terme le définit en recours politique décisif des moyens techniques d’information et de communication à l’ère liquide de la Modernité tardive. En clair, l’État emploie l’informatique, Internet et la cybernétique à ses propres fins.

35263.jpgLe politologue et juriste français, Maurice Duverger (1917–2014), a aussi mentionné dans ses travaux la « techno-démocratie », soit le système politique démocratique formel où techniciens et spécialistes administratifs côtoient les représentants élus des citoyens dans l’exercice du pouvoir. C’est le cas des régimes occidentaux libéraux qui procèdent in fine d’« États profonds » tentaculaires. Dès les années 1970, la Commission Trilatérale, Zbigniew Brzezinski en tête, parlait dans ses documents officiels de « technétronique », c’est-à-dire la complémentarité obtenue entre la technologie et l’électronique, l’ancêtre immédiat de l’informatique et du numérique.

Dans ce domaine peu connu, force est de constater qu’en pleine actualité brûlante, l’État d’Israël est sans aucune contestation possible une puissance technocratique et/ou technétronique de premier plan. Il s’en vante d’ailleurs, en particulier en matière sportive. Les amoureux de la « petite reine » savent qu’aux différentes compétitions cyclistes participe une équipe qui soulève la controverse. À la fois israélienne et suisse, Israel Start-Up Nation Team, naguère appelée Israel Premier Tech, est un groupe professionnel cycliste financé par un milliardaire israélo-canadien, Sylvan Adams, intime de Benjamin Nétanyahou.

La présence de cette équipe au Tour d’Espagne 2025 a déclenché l’indignation et la colère des Espagnols pro-palestiniens qui interrompirent certaines étapes dont la dernière par des manifestations et des blocages virulents. De gré ou de force, Israel Start-Up Nation Team œuvre en agent d’influence culturelle du régime de Tel-Aviv qui excelle dans les arcanes d’Internet.

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La guerre se déploie désormais sur sept cadres opérationnels tactiques précis : terre, mer, air, espace sous-marin, domaine sidéral, médiasphère et univers numérique. Les Israéliens y sont en pointe, car ils n’ont jamais admis leur échec partiel face au Hezbollah libanais lors de la guerre de 2006. Fondé sur le principe de la nation armée qui mobilise la population et ses ressources, l’État d’Israël parie beaucoup sur les nouvelles techniques informatiques, y compris dans la vie privée.

Sait-on que le paiement en espèces y est presque proscrit? Une loi de 2018 entrée en vigueur au 1er janvier 2019 en restreint l’usage. L’interconnexion est totale, ce qui devient un grave problème éthique. Sans cesse sur le qui-vive, d’où une hypertrophie sécuritaire obsessionnelle, les autorités israéliennes pratiquent une transparence intrusive envers leurs compatriotes qui n’ont plus qu’une vie privée virtuelle…

La performance technocratique de l’État hébreu se vérifie aussi dans ses opérations de subversion et d’assassinats ciblés. Puissance nucléaire qui ne le confirme pas afin de ne pas provoquer une course à l’armement régionale déstabilisatrice avec l’Arabie Saoudite, la Turquie, voire l’Égypte, Israël écarte toute impatience dans ses projets et mise sur la longue durée. On se souvient de l’incroyable et minutieuse opération des bipeurs et talkies-walkies piégés acquis par de nombreux cadres du Hezbollah, les 17 et 18 septembre 2024. Il a fallu concevoir au préalable un projet complexe, capable d’atteindre le but recherché.

Les assassinats de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, le 27 septembre 2024, et du Guide suprême iranien Ali Khamenei, le 28 février 2026, démontrent que le renseignement israélien concilie le terrain (l’information humaine) et l’examen des flux électroniques. Des commentateurs occidentaux évoquent le piratage du réseau de caméras d’observation routière des axes de communication de Téhéran. Le renseignement israélien organiserait ainsi la filature à distance des dignitaires iraniens ! En outre, des micros d’espionnage et de géolocalisation auraient été posés dans le plombage dentaire de plusieurs responsables de la République islamique d’Iran et des Gardiens de la Révolution. Si ce fait ne relève pas de la désinformation sciemment diffusée, ce serait un acte fort audacieux qui impliquerait une connivence logistique sophistiquée étroite et prouverait l’existence manifeste d’une « cinquième colonne » traîtresse. Pour diverses raisons (politiques, personnelles ou vénales), des membres des entourages concernés serviraient Tel-Aviv. Les journalistes ont rapporté que des photographies de la dépouille sans vie du Guide suprême auraient été transmises, authentifiées et vues par les gouvernements israélien et étatsunien. Intoxication médiatique ou réel savoir-faire?

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En dehors de la guerre secrète, Israël accroît son emprise sur la technique. Certes, ses «Dôme de fer», «Fronde de David» et Arrow 3, trois systèmes de défense aérienne contre les missiles balistiques, montrent parfois d’indéniables fragilités, surtout face aux missiles à sous-munitions. Toutefois, l’aviation militaire israélienne s’assure de la suprématie de l’espace aérien iranien alors que les deux belligérants ne sont pas voisins. La Palestine occupée, la Jordanie, la Syrie et l’Irak les séparent ! La superficie de l’Iran (1.648.195 km²) représente près de quatre-vingt fois le territoire officiel d’Israël (20.770 km²). Mais cet effort de guerre si intense peut-il durer très longtemps? Lieu propice d’une Silicon Valley hébraïque malgré le départ des cadres pour l’étranger ou le front, Israël ne dispose pas d’une solide industrie d’armement capable de soutenir la demande croissante en munitions, ses alliés occidentaux non plus… Israël pense néanmoins aux guerres du futur et investit ce créneau à travers des entreprises dynamiques dont XTEND (illustration), qui conçoit des systèmes d’exploitation permettant le pilotage immersif et coordonné de drones et de robots assistés par l’intelligence artificielle. L’armée israélienne s’en sert dès à présent.

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Le conflit post-moderniste de la coalition Washington–Tel-Aviv contre l’Iran et ses mandataires régionaux témoigne de l’utilisation de la technique la plus avancée par un état d’esprit tribal. Dans son recueil d’essais, Interpellations. Questionnements métapolitiques (Dualpha, 2004), le président du GRECE de 1987 à 1991, Jacques Marlaud, rappelle que «le nationalisme est une idée juive». Le gouvernement israélien profite des circonstances pour réaliser son dessein mortifère de «Grand Israël». Il s’empare du Liban méridional où vivent toujours des chrétiens, et dénie toute légitimité au peuple palestinien.

Dans une tribune intitulée «Israël contre les juifs» parue dans Le Monde du 9 août 2018, la sociologue franco-israélienne des sentiments et de la culture Eva Illouz prévenait déjà que « Nétanyahou a une vision que l’on pourrait qualifier de schmittienne: créer un bloc politique qui lutterait contre l’ordre international libéral, avoir les mains libres pour annexer les territoires occupés, réaffirmer l’identité nationale et religieuse des Israéliens, et désigner des ennemis là où il devrait mener une diplomatie».

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L’agression contre l’Iran accélère les visées de Nétanyahou, à savoir consacrer Israël en super-puissance régionale de la Méditerranée jusqu’à l’Asie Centrale. Nétanyahou n’est pas pour rien le fils cadet de Bension Mileikowsky, le secrétaire particulier du théoricien du sionisme révisionniste, Vladimir Zeev Jabotinsky (1880 – 1940), «notre Mussolini» selon David Ben Gourion lui-même. L’actuelle technocratie israélienne échafaude ainsi une redoutable «Muraille d’Acier» séparant les Juifs des non-juifs. Elle cherche enfin à fragmenter la région, y compris l’Iran et l’Irak, sur des bases ethniques et religieuses. Au-delà d’une zone tampon inhabitée au Sud-Liban, Tel-Aviv soutient en Syrie la cause druze contre le nouveau régime islamiste proche d’Ankara. Seuls les Druzes d’Israël effectuent leur service militaire au contraire des autres minorités religieuses - dont les juifs ultra-orthodoxes -, qui détiennent pourtant la citoyenneté israélienne, en sont exemptées.

L’État hébreu ne possède pas de constitution écrite formelle, mais une série de quinze lois fondamentales. La plus récente remonte à 2018; elle proclame Israël «État-nation du peuple juif». Or, entre les Ashkénazes, les Séfarades, les Falasha (juifs d’Éthiopie), les russophones, ou les juifs de Cochin, les Bene Israel et les Baghdadi (trois communautés présentes en Inde), le peuple juif est-il vraiment uni?

Capture-decran-2026-01-09-a-15.49.03.pngGuillaume Erner en doutait dans Charlie Hebdo du 14 août 2018. Pour lui, «Nétanyahou […] accomplit une prophétie: le judaïsme cesse d’être une religion pour devenir une nationalité». Il ne devinait pas la portée métaphysique de cette nouvelle loi fondamentale stato-nationale. Dans son ouvrage, Politique de la guerre. Essai de polémologie tragique (Le Polémarque, 2026), Cédric Milhat remarque que cette mentalité propre à « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur (Charles De Gaulle à sa conférence de presse du 27 novembre 1967)» «puise, finalement, ses racines dans une reconstruction mythifiée d’un lointain passé – que l’on appellera le “nationalisme eschatologique”, dont le sionisme politique de Benjamin Nétanyahou semble être la plus manifeste illustration. Brièvement, ce nationalisme pourrait être défini comme un prétexte collapsologique à tendance paranoïaque fondée sur l’obsession sécuritaire d’Israël, en vue de réaliser politiquement la promesse messianique (se nourrissant lui-même aux plus anciennes sources vétérotestamentaires du judaïsme) d’un grand Eretz, du Nil à l’Euphrate ». Loin d’être le katéchon d’un Occident supposé judéo-chrétien, en fait éclaté, affaibli et divisé, Israël attise par son bellicisme exacerbé l’incontestable réveil des jeunes nations non-européennes dans le reste du monde.    

 GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 188, d’abord mise en ligne le 11 avril 2026 sur Synthèse nationale.

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La Hongrie a voté

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La Hongrie a voté

Björn Höcke

Source: https://www.facebook.com/Bjoern.Hoecke.AfD

La défaite électorale de Viktor Orbán marque une étape importante – non seulement pour la Hongrie, mais pour l’ensemble de l’ordre politique en Europe. Elle résulte d’un jeu complexe d’interactions économiques, politiques, structurelles et psychologiques, ainsi que d’une influence propagandiste massive venant de l’extérieur. Il ne s’agit pas d’un échec isolé d’un seul politicien.

Quelles sont les causes de ce résultat électoral ?

1. L’économie l’emporte sur la politique. L’inflation, la perte du pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie sont, selon l’expérience, les facteurs déterminants les plus puissants dans le choix électoral. Historiquement, il apparaît constamment que les gouvernements – quelle que soit leur orientation politique – sont sanctionnés en période de tension économique. En ce sens, Viktor Orbán n’a pas été autant victime de sa ligne nationaliste que du fonctionnement classique des cycles démocratiques, stimulés par les cycles économiques.

2. La promesse de prospérité relativise, pour la majorité des électeurs hongrois, un facteur souvent présenté par les patriotes comme décisif: la migration de masse. Alors que ce sujet est aujourd’hui déterminant dans de nombreux pays d’Europe occidentale, il ne joue pas le même rôle en Hongrie, simplement parce que l’expérience réelle des effets négatifs de la migration fait défaut. Les récits politiques déconnectés de la vie quotidienne ont peu de force mobilisatrice.

3. Il ne faut pas sous-estimer le cadre international: Orbán s’est retrouvé face à un champ d’adversaires exceptionnellement large – sur le plan politique, médiatique et institutionnel. La tension entre la souveraineté nationale et les intérêts supranationaux, notamment dans le cadre de l’UE, s’est considérablement accentuée ces dernières années. La Hongrie est devenue de plus en plus le théâtre visible de ce conflit, incarnant la défense ferme de la souveraineté nationale face aux prétentions supranationales de Bruxelles. Une élection dans de telles conditions n’est plus une simple décision purement intérieure.

4. Orbán est l’un des rares politiciens européens à avoir une approche digne d’un homme d’État. Pour permettre à son petit pays d’emprunter un chemin identitaire particulier et, dans les circonstances présentes, d’ouvrir des marges de manœuvre, il a dû chercher de puissants partenaires. La Hongrie entretenait sous Orbán des liens étroits avec Israël. On suppose que l’attaque du groupe Pager contre le Hezbollah en septembre 2024, menée à l’aide d’appareils de communication manipulés en Hongrie, en est une preuve. Alors qu’un rapprochement avec Benjamin Netanyahou était longtemps un atout pour Orbán et sa formation, le Fidesz, il s’est récemment mué en désavantage. La politique de plus en plus religieuse du Premier ministre israélien, ainsi que l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, ont sans doute causé à Orbán des dégâts sur le plan intérieur.

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5. Seize années à la tête du gouvernement ont transformé le Fidesz en un parti d’État – dans le sens négatif du terme. Nombre de jeunes Hongrois m’ont parlé d’un népotisme excessif. Cette culture du favoritisme, même si dans la majorité des cas elle s’inscrivait dans un cadre légal, est devenue pour un nombre croissant de Hongrois une véritable source d’agacement. Pour la jeune génération, elle était souvent décisive lors du vote. Non sans raison, l’AfD collabore au Parlement européen avec un parti patriotique hongrois (Mi Hazánk Mozgalom / Mouvement Notre Patrie), qui, pour diverses raisons, est explicitement critique vis-à-vis de Orbán.

6. Le temps lui-même est un acteur politique. Depuis 2010 au pouvoir, Orbán a été l’un des chefs de gouvernement les plus durables d’Europe. Mais une longévité politique entraîne presque inévitablement des effets d’usure. Une tension prolongée, qui serait très productive, ne peut être maintenue indéfiniment par une communauté ou un individu. C’est aussi pour cette raison que les électeurs recherchent cycliquement un changement, dans l’espoir d’impulsions nouvelles – souvent avec une amère déception.

Que signifie la défaite de Viktor Orbán pour nous, patriotes, et pour l’Europe?

À court terme, c’est sans aucun doute un affaiblissement des forces patriotiques en Europe. Avec Orbán, nous perdons une figure nationale symbolique au sein de l’UE, un acteur qui a systématiquement défendu la marge de manœuvre nationale face au centralisme européen, et qui a au moins freiné la grande transformation démographique. Après le changement politique en Pologne et les instabilités dans d’autres pays, la relation de force se déplace encore davantage en faveur de l’establishment anti-national de l’UE. La confrontation avec la Russie pourrait également s’intensifier, ce qui m’inquiète profondément en tant que patriote pacifiste.

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Ce qui me donne de l’espoir, c’est que Péter Magyar (photo) n’a pas été élu comme un simple agent de l’UE, mais surtout pour rompre avec l’immobilisme partisan du cercle dirigeant du Fidesz. Magyar a plaidé lors de la campagne en faveur de frontières fortes, n’a pas exclu à court terme une coopération énergétique avec la Russie, et a agit avec légèreté en levant le drapeau hongrois. Il s’est présenté comme un patriote. Reste à voir s’il le sera vraiment. Les doutes sont légitimes. Mais il a tout de même critiqué Orbán pour ne pas avoir suffisamment défendu la minorité hongroise en Slovaquie. Dans ce contexte, il a également appelé à l’abrogation des décrets Beneš. Si Magyar renforçait ces positions, cela pourrait même ouvrir la voie à un débat historique fécond pour toute l’Europe.

Regard vers l’avenir : confiance plutôt que résignation

En tant que patriotes européens, nous pouvons rester optimistes malgré le « choc électoral en Hongrie ». Pour notre programme de renouveau, nous avons besoin d’une longue respiration. Et les éléments porteurs de l’avenir au sein des courants politiques ne disparaissent pas à cause de défaites électorales partisanes — ils se transforment. Le soutien constant aux partis patriotes dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche repose sur le fait, qui ne peut être dissimulé même avec le déploiement d'une propagande des plus sophistiquées, que les montagnes de problèmes accumulés — migration, souveraineté, déclin économique — ne peuvent plus être résolus par la classe politique au pouvoir, car l’aveuglement idéologique et l’incapacité technique empêchent un changement de cap fondamental. Le seul problème est que, sans ce changement, tous les pays européens devront d’abord continuer leur descente. Et les dégâts s’amplifient chaque jour vers le bas, la bulle de scories se remplit sans cesse jusqu’à éclater. Les rénovateurs politiques devront à l’avenir accomplir des tâches herculéennes.

Dans cette situation, une pensée d’Albert Camus prend toute son importance: l’alternative fondamentale entre résignation et révolte. Pour nous, patriotes européens, cela ne peut signifier qu’une chose : une recomposition stratégique vaut mieux qu’un recul résigné. Les défaites électorales ne doivent pas forcément signifier une perte de signification, mais peuvent, malgré toutes les déceptions, devenir le point de départ d’une nouvelle orientation. Et plus la voiture s’enlise profondément dans la boue, et cela dans tous les pays, plus le potentiel de renouveau s'avèrera fondamental, prêt à être activé par un esprit pionnier déterminé.

Les élections de Hongrie doivent donc être considérées non pas comme une annulation du projet patriotique de changement, mais comme un indicateur enrichissant la compréhension des phénomènes: les limites de la durée d'une conception particulière de la politique, le pouvoir des réalités économiques — et la dynamique persistante d’une Europe qui doit encore trouver sa propre voie vers l’avenir.

La grande faille de notre époque: le snobisme du diplôme au lieu de la conscience de classe

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La grande faille de notre époque: le snobisme du diplôme au lieu de la conscience de classe

Eric Feremans

Source: https://www.facebook.com/eric.feremans

Pendant longtemps, la politique a été comprise comme une lutte entre le travail et le capital. Les employés votaient à gauche, les détenteurs de capital à droite. Ce schéma a aujourd’hui fondamentalement évolué. La ligne de fracture centrale dans notre société n’est plus principalement économique, mais socioculturelle: elle se situe entre ceux qui sont hautement qualifiés contre ceux qui sont peu qualifiés.

Ce changement explique pourquoi de vastes segments de la population active aux États-Unis ont massivement soutenu Donald Trump. Non pas parce qu’ils sont soudainement devenus capitalistes, mais parce qu’ils ne se sentent plus représentés par la gauche politique qui, historiquement, défendait leurs intérêts.

La première cause réside dans la réalité économique des dernières décennies. La mondialisation et le changement technologique ont fragilisé le travail industriel. Les usines ont disparu, la sécurité aussi. Mais au lieu de répondre fermement à cette désorganisation, la gauche a été de plus en plus associée à un autre programme: celui des classes moyennes urbaines, des thèmes culturels et de la politique identitaire. Pour de nombreux travailleurs, cela a semblé être une rupture.

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S’ajoute à cela un profond sentiment d’aliénation culturelle. Les milieux hautement qualifiés dominent les universités, les médias et la politique. Leur langue, leurs valeurs et leurs normes deviennent la norme. Ceux qui n’y correspondent pas ne vivent pas cela comme une neutralité, mais comme une exclusion. Ce qui représente une avancée pour un groupe, est vécu par un autre comme une perte de reconnaissance et de respect.

La politique traduit cela par un déplacement des intérêts vers l’identité. La question « que vais-je gagner ? » n’est plus la question centrale, mais « suis-je encore vu ? ». Trump a parfaitement compris ce mécanisme. Son discours ne proposait pas de solutions économiques cohérentes, mais autre chose: la reconnaissance, des images d’ennemis claires, et la promesse de défier les élites. Cela semblait plus convaincant pour beaucoup que des propositions politiques complexes.

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De l’autre côté, se trouvent les hautement qualifiés. Ils profitent en moyenne davantage de l’économie globalisée, travaillent plus souvent dans des secteurs de la connaissance et ont plus confiance dans les institutions. Leurs valeurs sont cosmopolites, leur cadre de référence est international. Ils votent donc plus souvent pour la gauche progressiste ou la droite modérée, et s’opposent à la disruption populiste.

Cette opposition n’est pas un détail, mais le cœur de la politique contemporaine. Le diplôme est devenu une forme d’identité. Il ne détermine pas seulement les chances économiques, mais aussi la vision du monde, les valeurs et les préférences politiques.

La Belgique ne fait pas exception à cette évolution. En Flandre, les groupes moins instruits votent de plus en plus pour des partis qui se positionnent comme anti-establishment et mettent fortement l’accent sur l’immigration et l’identité. Parallèlement, les électeurs hautement qualifiés se tournent vers des partis qui mettent en avant le climat, la coopération internationale et la stabilité institutionnelle.

Pour la gauche traditionnelle, c’est un problème structurel. Elle tente de représenter deux mondes en même temps: d’un côté, la base historique composée d'ouvriers et d’employés, et de l’autre, une nouvelle base urbaine hautement qualifiée. Ces deux groupes ne partagent pas toujours les mêmes priorités. Ce qui est une nécessité morale pour l’un peut être perçu comme une menace par l’autre.

Le résultat est une paralysie politique. La gauche perd en cohérence, tandis que la droite parvient à rassembler diverses frustrations dans une seule narration simple. Ce n’est pas parce que la droite est moins divisée, mais parce qu’elle réagit mieux au sentiment de perte et d’aliénation.

Le véritable défi ne consiste donc pas à répéter les anciens schémas, mais à comprendre cette nouvelle ligne de fracture. Tant que la distinction entre hautement qualifié et peu qualifié sera ignorée, la gauche restera divisée et perdra du terrain. Ceux qui prennent cette réalité au sérieux comprennent que l’avenir de la politique progressiste n’est pas dans plus de discussions internes, mais dans la reconstruction d’un projet sociétal partagé, où reconnaissance, sécurité et solidarité se rejoignent à nouveau.

Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

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Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Le scénario des élections en Roumanie s’est répété à Budapest. La différence est que là-bas, les choses ont été négociées plus simplement, et Viktor Orban a désigné son successeur, avec l’aide des nouvelles forces qui mettent la Hongrie sous tutelle, cette fois, beaucoup plus facilement.

A première vue, nous sommes face à une victoire du « mondialisme » contre le « souverainisme » — Alex Soros a salué le résultat des élections, ce qui, beaucoup le pensent, constitue un signe clair et définitif. En réalité, les choses sont, à coup sûr, beaucoup plus compliquées.

En substance, il s’agit de ce qui suit :

1. La victoire de l’UE contre la tentative des États-Unis de contrôler l’Europe de l’Est par le biais de simulacres de mouvements MAGA.

2. La repositionnement géopolitique de la Russie dans le camp européen, après la pause d’Anchorage. Probablement que, sans la guerre contre l’Iran, que la Russie et la Chine ne peuvent tolérer sur le plan géopolitique, les États-Unis auraient été laissés gagnants, du moins symboliquement, en Hongrie.

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3. L’Europe se rouvrira à une coopération énergétique avec la Russie, car Donald Trump cherche des solutions pour bloquer le détroit d’Ormuz. L’Europe n’a pas d’alternative à l’énergie russe, et l’ingérence américaine en Europe de l’Est signifiait bloquer tout lien avec la Russie (l’apparence est que l’UE veut se détacher de la Russie à ce sujet — nous verrons si ce n’est pas plutôt le contraire !).

4. La Russie est, d’une certaine manière, obligée de tenir compte du désir de l’Europe de se libérer de la tutelle américaine, ce qui n’est que dans son intérêt.

5. La Chine a également intérêt à ce que les États-Unis soient écartés symboliquement de l’Europe de l’Est (« la menace » d’envoyer des troupes américaines de l’Ouest vers l’Est est une comédie géopolitique que seul le déclin de la puissance militaire américaine peut engendrer — si l'on tient compte du contexte iranien).

6. L’adhésion de l’Angleterre à ce concert eurasiste et anti-atlantiste constitue la véritable surprise géopolitique mondiale, mais ce n’est pas du tout inexplicable, car… le capital sent mieux que quiconque d’où viendra la prochaine vague de « choc » qui apportera de la prospérité.

7. La relation entre la Russie et la Chine reste plussolide que jamais; la Russie a cherché un équilibre, face au duo UE-Grande-Bretagne, en tentant un rapprochement avec les États-Unis, mais face à l’évidence que la politique américaine ne peut s’adapter au multipolarisme, elle a adopté une position de neutralité, ce qui a permis aux forces «européennes» de conquérir pacifiquement la Hongrie.

8. L’Ukraine sera simplement « intégrée » au même courant européen général, et la guerre avec la Russie sera menée en façade. Le conflit géopolitique majeur s’est déplacé en Iran, tandis que les dernières évolutions dans la zone Taiwan-Chine ne présagent rien de bon pour les États-Unis. D’autant plus qu’Orban… aurait dû perdre !

9. En Hongrie, ce n’est pas l’UE qui a gagné, mais l’alliance entre la Chine, la Russie et l’Europe anti-américaine. C’est-à-dire la même alliance qui résiste aux États-Unis en Iran !