Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 11 février 2026

Nouvelle arme dans la guerre du 21ème siècle: canon à ondes acoustiques en opération

web1_LRAD-100X-G2-summit.jpg

Nouvelle arme dans la guerre du 21ème siècle: canon à ondes acoustiques en opération

Minnesota / Caracas. Lors des récents troubles dans le Minnesota ainsi que lors de l’intervention militaire américaine au Venezuela début janvier, des «canons à ondes acoustiques» ont été utilisés. Dans des rapports concernant l’action des autorités migratoires américaines contre des manifestants dans le Minnesota, on voyait des véhicules avec des structures rectangulaires. Il s’agit de dispositifs appelés Long Range Acoustic Devices (LRAD) — en français: dispositifs acoustiques à longue portée. Les patrouilles de l’État du Minnesota ont utilisé un tel système pour faire des annonces, comme l’a rapporté CBS News. Des images montrent des personnes qui reculent dès qu'une annonce est prononcée en guise de test. Les effets sont décrits par des experts militaires comme exceptionnellement intenses, «comme si l’on entendait la voix de Dieu dans sa tête».

ENlrad.jpg

LRAD-weaponized-cone-of-sound.png

Contrairement aux haut-parleurs classiques, les systèmes LRAD concentrent le son en un faisceau étroit, semblable à la lumière d’un projecteur. Cette technique produit, par l’interaction de nombreux transducteurs acoustiques, un cône sonore très focalisé avec une intensité extrême. La parole ou les signaux d’avertissement peuvent ainsi être transmis sur de longues distances, jusqu’à plusieurs kilomètres.

Ces systèmes ont été développés il y a plusieurs décennies en réponse à l’attaque contre le «USS Cole» (1996). Le fabricant Genasys les commercialise comme un moyen de «communication claire, de sécurité et de contrôle — à tout moment et partout». Ils disposent de deux modes: le mode communication pour les annonces et un mode dissuasif, qui émet des sons intenses. Les fiches techniques indiquent des niveaux jusqu’à 160 dB. La technologie est optimisée pour la bande de fréquences particulièrement sensible de l’audition humaine.

Initialement conçus pour les navires et la gestion de catastrophes, les LRAD trouvent de plus en plus d’usage dans la police et la surveillance des frontières. Genasys explique que les LRAD jouent «désormais un rôle essentiel dans la gestion des troubles». Les forces de sécurité les utilisent pour diriger la foule, l’armée aussi mais pour une influence psychologique. La source invisible des voix peut provoquer de la confusion.

L’inconvénient est le risque pour la santé. Dans le faisceau direct, les sons peuvent provoquer de fortes douleurs et des nausées. Le manuel d’utilisation d’un modèle avertit du risque de perte auditive. Des groupes de défense des droits humains, comme Amnesty International, critiquent leur utilisation lors de rassemblements, dénonçant un abus potentiel.

En tant que tel, ces armes LRAD ont apparemment été utilisées lors de l’intervention militaire américaine au Venezuela. Par la suite, des interviews ont circulé où des personnes témoignent et affirment que l’arme à son a été déployée par des hélicoptères ou des drones.

Un prétendu agent de sécurité vénézuélien a été cité: «Je ne sais pas comment le décrire (…) c’était comme une onde sonore très intense. Soudain, j’avais l’impression que ma tête allait exploser de l’intérieur. Nous avons tous commencé à saigner du nez. Certains ont vomi du sang». Heureusement, l’utilisation du LRAD a évité aux forces américaines d’avoir recours à une violence létale. Le nombre de morts du côté vénézuélien a été limité. Selon les informations disponibles, il s’agissait principalement de mercenaires cubains (mü).

Source: Z uerst, Février 2026. 

20:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, armement, canons à ondes acoustiques | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’éveil du Japon à la multipolarité - L'archipel se soustrait à l’ombre américaine

b850cb6f-25ff-4ecb-93a2-45974cfe673b_1536x1024.jpg

L’éveil du Japon à la multipolarité

L'archipel se soustrait à l’ombre américaine

Constantin von Hoffmeister

Les élections pour la Chambre des représentants du Japon ont rendu un verdict d’une clarté sans pareille. Le centre-gauche s’est effondré, ses rangs se sont réduits à de simples fragments. Plus des deux tiers de ses sièges ont disparu, un événement de portée historique. Le Parti libéral-démocrate nationaliste (PLD), dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi, est sorti de la compétition électorale pour devenir une force dominante après s'être conquis une part record des votes. Le public a choisi la fermeté politique plutôt que la dérive, la souveraineté plutôt que la tutelle, et la continuité identitaire plutôt que les abstractions alambiquées, prônées par les idéologues atlantistes.

518058.jpg

Dans les derniers jours avant le scrutin, des commentateurs libéraux ont lancé les alarmes habituelles. Des colonnes, dans les journaux, évoquaient le spectre de l'autoritarisme et utilisaient un langage rituel autrefois employé dans toute la sphère occidentale chaque fois qu’un pays sortait du cadre convenu. Mais ces avertissements se sont dissous au contact de la réalité. Le PLD est passé de 198 à 316 sièges. Avec son allié, le Parti de l’innovation du Japon, la majorité gouvernementale a obtenu 352 mandats et une super majorité des deux tiers dans la chambre de 465 sièges. De tels chiffres confèrent une autorité sur la législation, le budget et le rythme de la vie nationale. La procédure parlementaire reflète désormais la volonté d’une population prête à agir en tant qu’État-civilisation plutôt qu’en tant que province administrative au sein d’une structure de sécurité américaine.

Ce résultat revêt une signification bien au-delà de l’arithmétique partisane. Une ère multipolaire avance à grands pas dès que les cultures anciennes retrouvent une capacité stratégique. Le Japon prend sa place parmi les pôles de grande profondeur historique et se prépare à l’émergence d’un concert de puissances souveraines. Washington a longtemps considéré le Pacifique comme un lac géré par ses soins, par ses alliances structurées autour de la dépendance, par ses bases disposées comme des rappels permanents de 1945. L’électorat japonais a signalé sa fatigue face à cet arrangement. Une nation avec des millénaires de mémoire cherche un partenariat entre égaux, que ce soit à travers l’Eurasie ou dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique, plutôt que la subordination à un ordre occidental unipolaire en déclin.

87203.jpg

La constitution japonaise de 1947.

La nouvelle majorité détient les voix nécessaires pour ouvrir le débat sur une révision de la Constitution de paix de 1947. Cette charte est née durant l’occupation, façonnée par les impératifs américains, et a enfermé le Japon dans un cadre de retenue stratégique. Une révision marquerait un tournant psychologique : le passage du pacifisme supervisé vers une souveraineté mature. La théorie multipolaire considère de telles transitions comme essentielles. Chaque pôle doit disposer d’une défense crédible, d’une autonomie industrielle, d’une confiance culturelle et de la capacité à dissuader la coercition. La réarmement, dans cette optique, devient moins un geste d’agression qu’une déclaration qui affirme que l’histoire a repris son rythme pluriel.

L’énergie politique s’est concentrée autour de Takaichi elle-même. Elle a convoqué les élections en avance sur le calendrier, demandé au peuple son jugement, et l’a reçu en plénitude. Sa présence — directe, vive et indiscutablement distincte du ton gestionnaire de ses nombreux prédécesseurs — a captivé l’imaginaire public. Les foules ont répondu avec l’ardeur autrefois vue lors de la montée insurgée de Junichiro Koizumi (photo, ci-dessous) deux décennies plus tôt. Le leadership, en période de recalibrage civilisationnel, se condense souvent en une figure. L’électorat reconnaît dans une seule personne la possibilité d’un réveil national.

1208haken.jpg

Les critiques qualifient cette personnalisation de dangereuse. Leur anxiété révèle un attachement plus profond à la neutralité procédurale, une doctrine exportée dans le monde entier durant l’ère libérale. Pourtant, la politique, dans chaque culture durable, puise sa force dans les mythes, les symboles et les émotions collectives. Le réalisme multipolaire soutient que les nations prospèrent lorsque leur classe dirigeante parle dans l’idiome de leur propre tradition plutôt que dans le dialecte standardisé d’une technocratie mondiale. Une idée du nation émotionnellement résonante renforce la cohésion à une époque marquée par des blocs continentaux et la compétition entre grandes puissances.

Les débats sur la sécurité tournent de plus en plus autour de la Chine, présentée dans les commentaires occidentaux comme la menace du siècle, la mieux organisée. Le Japon aborde cette question d’un point de vue plus complexe. La géographie garantit la proximité ; l’histoire encourage la prudence ; la stratégie exige un équilibre. Un Tokyo souverain peut poursuivre la fermeté parallèlement à la diplomatie, cultivant l’équilibre à travers l’Asie plutôt que servant d’instrument avancé pour l'endiguement voulu par les Américains. La multipolarité prospère par des relations calibrées entre puissances voisines, conscientes que la stabilité se manifeste par la reconnaissance mutuelle plutôt que par la pression hégémonique.

L’expansion fiscale, la volatilité monétaire et la hausse des rendements obligataires font partie du paysage économique. De telles pressions accompagnent tout État qui choisit l’autonomie stratégique, car les marchés financiers reflètent souvent les préférences du noyau atlantiste. Pourtant, le Japon dispose de ressources internes redoutables: maîtrise technologique, discipline sociale, culture de l’épargne, rares dans les économies avancées. Une politique économique axée sur le développement national, le renouvellement des infrastructures et la résilience industrielle peut transformer la turbulence à court terme en force à long terme.

L’élection a également porté au pouvoir le Parti de la participation politique, dont la présence parlementaire est passée de deux à quinze sièges, tandis que l’Alliance réformatrice centriste a connu une chute spectaculaire, passant de 167 à 49 sièges. Le Parti communiste a perdu la moitié de ses représentants. Ce schéma suggère une consolidation plus large autour des questions de souveraineté, d’identité et d’orientation stratégique. Les systèmes de partis dans le monde entier montrent des réalignements similaires à mesure que les électeurs s’adaptent à la fin de l’uniformité idéologique imposée durant les décennies de la prépondérance unipolaire.

imaspjapges.png

2951762.png

Les observateurs qui craignent pour la démocratie assimilent souvent le pluralisme à une conformité aux normes libérales occidentales. La pensée multipolaire propose une définition plus riche: une démocratie authentique est l’expression authentique d’un peuple façonné par sa propre dynamique civilisatrice. La poussée du Japon s’inspire de la continuité impériale, du devoir communautaire, de la retenue esthétique et d’une éthique guerrière raffinée au fil des siècles. Ces éléments coexistent avec des institutions modernes et donnent naissance à une forme politique distincte des modèles américains.

e3f5ab21ef54a1c802ee5d669ce17151.jpg

Le poète samouraï Yukio Mishima évoquait la beauté associée à la discipline, d’une nation dont la vitalité émane de l’unité de la culture et de la défense. Son acte final, dramatique, présenté comme un appel à la restauration de l’honneur, résonne encore comme un avertissement contre une prospérité purement matérielle. Il imaginait un Japon conscient de son âme, prêt à la protéger. À l’ère multipolaire, sa vision acquiert une actualité renouvelée. La souveraineté culturelle, en plus de l’indépendance militaire et économique, constitue l’un des piliers du pouvoir durable.

Derrière le langage mesuré des comités et de la stratégie, vit un autre Japon, où le soleil brille clairement et où l’épée reflète sa lumière. La force apparaît comme une beauté disciplinée dans la forme ; la souveraineté comme une posture de l’esprit avant qu’elle ne devienne un instrument de l’État. Pendant des décennies, l'archipel nippon s'est reposé sous un parapluie nucléaire étranger, la prospérité s’est étendue alors que l’instinct guerrier dormait d'un sommeil léger et ne s'éteignait pas. Maintenant, l’histoire le remue à nouveau. La nation sent que la dignité exige plus que le confort ; elle appelle à la préparation, à l’autodiscipline et à la volonté de durer. Comme une lame doucement dégainée de son fourreau, le pouvoir acquiert du sens par la retenue, la mémoire et la résolution silencieuse de rester debout plutôt que de s’agenouiller sous son propre ciel.

À travers l’Eurasie et au-delà, le schéma se répète. Les États-civilisations émergent, chacun ancré dans la mémoire, la langue et l’ethnie. Le siècle américain recule devant l’histoire qui se remet en marche; un ordre polycentrique prend forme. Le Japon, longtemps limité par l’architecture de la dépendance d’après-guerre, signale désormais sa volonté de s’affirmer comme un pôle pleinement réalisé: autodirigé, enraciné culturellement et engagé avec le monde par la réciprocité plutôt que par la soumission.

Edward Joris: anarchiste, terroriste et activiste flamand

630201748_1493088819483363_1398123574125027181_n.jpg

Edward Joris: anarchiste, terroriste et activiste flamand

Jan Huijbrechts

Source: https://www.facebook.com/jan.huijbrechts.9

Le 11 février marquera le 150ème anniversaire de la naissance d’Edward Joris. Edward qui? me demandez-vous déjà… Aujourd’hui, cet Anversois est une note de bas de page oubliée dans les livres d’histoire, mais il a été un jour connu et surtout redouté dans le monde entier en tant que « terroriste ».

Il vit le jour en tant qu’unique enfant dans une famille modeste du quartier populaire de Sint-Andries. Ce quartier était connu comme la « Paroisse de Misèrerie », ce qui s’appliquait certainement à la famille Joris, qui ne roulait pas sur l’or, surtout après le décès de son père peu après la naissance d’Edward. Peut-être était-ce la raison pour laquelle le curieux Edward a dû quitter l’école à 13 ans pour travailler dans diverses entreprises maritimes. Très tôt, il s’intéressa à la politique, et à 19 ans, Edward Joris, qui avait déjà déménagé à Borgerhout, devint secrétaire de la section locale du Parti Ouvrier Socialiste belge.

De plus, il était aussi un syndicaliste énergique de la confédération de travailleurs « l’Unitas ». Jeune et radical, il était attiré par l’anarchisme et fréquentait régulièrement la Chapelle (de Kapel), un ancien lieu de culte, dit Lantschot, dans le Schipperskwartier ("le quartier des bateliers"). Cette Chapelle abritait un groupe éclectique d’avant-gardistes comprenant notamment les écrivains Emanuel De Bom, Lode Baekelmans, l’historien de l’art Ary Delen et les amateurs d’art libéraux, les frères Franck. Edward se sentait comme un poisson dans l’eau dans cette compagnie artistique et engagée, et il devint ami avec le futur beau-frère de Baekelmans, le libraire-éditeur flamand-libéral Victor Resseler, qui publiait la revue anarchiste Ontwaking, sympathisante du mouvement flamand.

Ontwaking_devb.jpg

Entre 1901 et 1904, Edward Joris publiait régulièrement dans « Ontwaking » sous les pseudonymes Edward Greene et Garabed, traitant des tensions politiques dans l’Empire ottoman turc. Et ce n’était pas un hasard: en 1901, cherchant de nouveaux horizons, l'aventure et peut-être aussi une meilleure rémunération, il avait quitté le sable de Sint Anneke et les rives de l’Escaut pour aller se fixer sur le Bosphore, à Constantinople. Il obtint un poste de correspondant anglophone et francophone pour la Deutsche Levante Linie, mais le 14 août 1902 — moins d’un mois après son mariage avec sa fiancée d’Anvers, Anna Nellens — il fut mis à la porte. Heureusement pour le jeune couple, il trouva rapidement du travail et s’intégra à la filiale ottomane de la Singer Company, célèbre fabricant de machines à coudre. C’est dans cette entreprise qu’il rencontra Vramchabouh Vram Kendirian, nationaliste arménien, et fut impliqué dans ce que l’on appelait alors « la Question arménienne ».

L’Empire ottoman, immense, était un État multi-religieux et multi-ethnique où, avant la Première Guerre mondiale, les Arméniens occupaient une position protégée mais clairement subordonnée. Au fur et à mesure que s'affaiblissait le pouvoir central à Constantinople et que montait en puissance économique la communauté arménienne, les tensions entre chrétiens arméniens et Ottomans musulmans s’intensifièrent. Au milieu des années 1890, ces tensions entraînèrent le massacre de Hamidié. Ces massacres, nommés d’après le sultan Abdul Hamid II, qui avait réintroduit le pan-islamisme comme idéologie d’État, furent en partie ciblés contre les Arméniens, mais dégénérèrent parfois en pogroms antichrétiens arbitraires. Le nombre de victimes estimé de ces massacres varie entre 100.000 et 300.000.

010.jpg

Les récits de Vram Kendirian, qui était devenu le meilleur ami d’Edward, laissèrent une profonde impression sur lui. Vram était un membre éminent de la « Dashnaktzutium », la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA). Lors d’un congrès à Sofia, en Bulgarie, en 1904, cette organisation décida d’assassiner le sultan. La personne chargée de cette mission était Christapor Mikaelian (photo, ci-dessous), l’un des fondateurs de la FRA, présenté à Edward par Vram.

Db_1a_Chrisdapr1.jpg

Ils eurent peu de mal à convaincre Joris que seule la violence pouvait résoudre la Question arménienne. Vram et Mikaelian trouvèrent la mort en mars 1905 en expérimentant des explosifs en Bulgarie. Sur le corps déchiqueté de Vram, la police retrouva le passeport d’Edward Joris, utilisé par les terroristes présumés pour faire passer des explosifs, mais heureusement pour Joris, cette piste ne fut pas suivie. La mort de Vram radicalisa sans aucun doute Joris. Il apporta son aide à l’opération visant à éliminer le sultan. Dans sa maison, on ne se réunissait pas seulement pour discuter, mais il y hébergea aussi les conspirateurs, et comme si cela ne suffisait pas, 140 kg de poudre explosive, emballés comme si c'était du savon français, furent dissimulés dans sa résidence. Ces explosifs furent utilisés le 21 juillet 1905 lors de l’attentat contre le sultan, alors qu’il se rendait à la mosquée Yildiz pour la prière. L’explosion fit 26 morts et en blessa 58. Le sultan en sortit indemne. Les deux auteurs échappèrent à la police, et la femme de Joris réussit à se réfugier en Suisse. Cependant, Joris resta à Constantinople, ce qui le plaça dans une situation précaire, car une semaine plus tard, il fut arrêté. Le 25 novembre 1905, le procès débuta sous une large attention médiatique, et le 18 décembre, Joris et trois Arméniens furent condamnés à mort. Sa femme fut également condamnée à mort par contumace. Contrairement à ses co-condamnés arméniens, Joris ne fut pas torturé et fut plutôt bien traité. Cependant, l’isolement pesait psychologiquement, et à la mi-1907, il commença à élaborer des plans sérieux pour réussir une évasion…

Nellens_Joris_1896.jpg

Edward Joris et son épouse Anna Nellens.

Grâce à une campagne de solidarité internationale organisée par Emanuel De Bom et Victor Resseler, et à la pression diplomatique notamment des gouvernements belge et allemand, Joris fut libéré le 22 décembre 1907, contre toute attente. Après son retour à Anvers, il reprit « ’t Kersouwke », la librairie et maison d’édition de Resseler sur la place Saint-Jacques. Pendant la Première Guerre mondiale, il joua un rôle de premier plan dans la mouvance socialiste de l’activisme, aux côtés de Jef Van Extergem et Antoon Jacob. Les activistes voulaient, avec l’aide de l’occupant allemand, réaliser les revendications de la mouvance flamande d’avant-guerre, mais des figures plus radicales comme Van Extergem et Joris aspiraient se séparer de la Belgique et à créer une république flamande. Son activisme lui valut, après la guerre, cinq années de détention, mais il put y échapper en fuyant vers les Pays-Bas. Après la loi de suspension, il retourna à Anvers en 1929 et travailla à la Radio ouvrière socialiste. Il n’est pas clair si son travail comme directeur de la publicité pour le journal collaborateur « De Dag » à Anvers lui causa à nouveau des problèmes après la Seconde Guerre mondiale.

Edward Joris mourut le 20 décembre 1957 à Anvers.

 

L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique

5e10e032f6b695c6d3429c8e3a148593.jpg

L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique

Enric Ravello

Bron: https://euro-sinergias.blogspot.com/2026/01/la-argentina-...

Il existe l’idée pertinente selon laquelle l’Argentine est le pays qui nous ressemble le plus, ou – ce qui revient au même – le pays le plus européen d’Amérique. Ce n’est pas une impression, c’est une réalité – incluant également l’Uruguay. Je voyage fréquemment dans ce pays du sud, avec lequel je suis lié par des liens profonds de toutes sortes. Lors de ces voyages, je visitais souvent la zone située entre Buenos Aires et la fameuse « Pampa gringa ». A une occasion, j’ai visité Tucumán, et lors de mon dernier séjour, j’étais à Córdoba ville et dans la partie centrale de cette province.

Ces voyages, ainsi que de nombreuses lectures sur l’histoire, la culture et l’identité argentine, m’ont conduit à écrire cet article – avec l’idée de l’étoffer à l’avenir – sur la réalité ethno-démographique de l’Argentine.

composicion-genetica-argentina-segun-la-uba-v0-uwsij3s5vi4c1.jpg

Reprenons l’idée initiale : « L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique. »

C'est un fait, sans aucun doute – insistons – mais cela n’a pas toujours été le cas, et cela aurait pu ne pas l’être. Comme nous le verrons dans ces lignes, sans l’immigration massive d’Européens entre 1890 et 1930, la physionomie de l’Argentine aurait été très similaire à celle du Pérou actuel.

arton201971.jpg

Cordoba.jpg

eyJidWNrZXQiOiJ1dGEtaW1hZ2VzIiwia2V5IjoicGxhY2VfaW1nL2JiMzA4YjZjMzhmODQ1OGVhMmU2ZjRhZDI2Zjc3YjNmIiwiZWRpdHMiOnsicmVzaXplIjp7IndpZHRoIjo2NDAsImhlaWdodCI6NjQwLCJmaXQiOiJpbnNpZGUifSwicm90YXRlIjpudWxsLCJ0b0Zvcm1hdCI6ICJ3ZWJwIn19.jpg

À l’époque hispanique, la grande ville argentine était Córdoba, fondée en 1573 par l’Espagnol Jerónimo Luis de Cabrera. Cabrera désobéit aux ordres du vice-roi du Pérou et fonda une ville qu’il nomma Córdoba de la Nueva Andalucía, bien plus au sud de ce qui lui avait été ordonné, en plein territoire des Indiens Comechingón. Le vaillant conquistador espagnol pénétra dans un territoire encore non colonisé par la Couronne et fonda une ville selon les modèles castillans de l’époque, avec une grande place où étaient présents le pouvoir politique (le cabildo) et le pouvoir religieux (la cathédrale). La ville mérite d’être visitée rien que pour apprécier la richesse de cet héritage hispanique. Un lieu particulièrement remarquable est la maison du marquis de Sobre Monte. Le bâtiment, en plein centre de la ville, conserve la cour intérieure typique avec des pièces tout autour, très répandue en Andalousie, et qui est l’héritage direct de la domus romaine ; c’est aussi cela, l’Espagne a transmis l'héritage de Rome en Amérique.

Aujourd’hui, Córdoba conserve – comme aucune autre ville argentine – une empreinte hispanique impressionnante, visible dans son architecture monumentale et très riche. La ville porte le nom de « la docta » car c’est là que fut fondée la première université du pays. Elle possède également une démographie claire, et la majorité de population est indigène et métissée, avec une fine strate albo-européenne. Comme nous le disait un professeur d’histoire, Córdoba a maintenu la structure de la société de castes qui fut la réalité ethno-démographique de l’Amérique hispanique. Jusqu’à ce jour, la vague migratoire européenne des 19ème et 20ème siècles n’a pas atteint Córdoba.

Nous pouvons affirmer avec certitude que cette réalité ethno-démographique de la capitale régionale qu'est Córdoba aurait été celle de tout le pays si ce flux européen n’avait pas eu lieu.

On retrouve cette même réalité dans des villes plus au nord-ouest comme Salta, où la composante indigène est beaucoup plus importante qu’à Córdoba ou Tucumán, la ville où l’indépendance de l’Argentine a été proclamée.

L’empreinte hispanique dans ces régions est le résultat de l’action conquérante et civilisatrice des Espagnols depuis le 16ème siècle.

Nous appelons cet élément par son nom correct: les criollos, c’est-à-dire les Espagnols nés en Amérique.

0000459056.jpg

Fundación-de-Buenos-Aires-I.jpg

Buenos Aires – Santa María del Buen Ayre – fut provisoirement fondée en 1536 par Pedro de Mendoza, puis définitivement en 1580 par Juan de Garay. C’était un petit port. Fondée selon la logique hispanique de défense du littoral fluvial du Paraná et du Río de la Plata, depuis le centre géo-historique d’Asunción, au Paraguay, en créant une ligne défensive contre les Portugais et les Britanniques: Asunción – Buenos Aires – Montevideo. La ville portuaire grandit, et après l’indépendance du pays, et suite aux affrontements entre unionistes et fédéralistes, elle devint le centre politique de la nouvelle réalité politique indépendante: la République argentine.

En tant qu’État indépendant, dirigé par une élite criolla, l’Argentine lança une grande expansion territoriale, dont l’événement principal fut la fameuse «Conquête du Désert» menée par le général Roca. La conquête permit à la jeune Argentine de disposer d’un vaste territoire sous sa souveraineté, mais il restait un problème fondamental à résoudre: celui de la population – un problème qui perdure encore aujourd’hui, car l’Argentine pourrait accueillir environ 200 millions d’habitants supplémentaires. 

Juan_Bautista_Alberdi.jpgDeux présidents argentins d’origine criolla, Juan Bautista Alberdi (photo) et Nicolás Avellaneda, ainsi que Domingo Sarmiento, virent la nécessité de combler ce vide démographique – ce sont là leurs marques historiques. Pour que l’Argentine devienne le grand pays qu’ils envisageaient, cette immigration devait être européenne. C’est ainsi que commença l’arrivée massive d’Européens, qui changea à jamais la physionomie et la réalité de l’Argentine.

Entre 1880 et 1930, plus de 7 millions d’Européens arrivèrent dans un pays qui comptait en 1895 seulement 4 millions d’habitants. Ce flux migratoire européen se poursuivit pratiquement jusqu’en 1960, avec des chiffres quelque peu moindres. Ces données démographiques expliquent parfaitement la profonde transformation de la société, de la culture, de la physionomie, de l’architecture et de l’identité argentine. L’Argentine que nous connaissons aujourd’hui est en grande partie le fruit de cette émigration européenne, dans un cadre étatique créé par une population criolla d’origine hispano-européenne.

Par nationalités, le groupe principal des arrivants fut celui des Italiens avec 59%, suivis par les Espagnols avec 40% – appelés les «gallegos», à la différence des «criollos» – eux aussi d’origine espagnole mais arrivés bien antérieurement – auxquels il faut ajouter d’autres groupes d’origines européennes diverses: Français, Allemands, Irlandais, Anglais, Écossais, Ukrainiens, Gallois, Polonais, Suisses, Scandinaves, et même des Boers venus d’Afrique du Sud après leur guerre contre l'Empire britannique. 

Pour désigner ce contingent européen, nous utiliserons le terme couramment employé en Argentine, même si sa signification est floue: «gringo». Bien que «criollo» soit un terme clairement défini, «gringo» est une expression populaire dont la signification a évolué au fil du temps. Au début, il désignait principalement des immigrés italiens, notamment du Nord de l’Italie (pour les Italiens du Sud, on disait «Tano»). Par la suite, il a été élargi pour englober non seulement tous les Italiens, mais aussi tous les Européens d’origine non espagnole, y compris les Espagnols qui faisaient partie de cette vague migratoire (les «gallegos»). Il y a donc deux groupes de population blanche en Argentine: les «criollos», espagnols arrivés à partir du 16ème siècle, et le groupe beaucoup plus large des « gringos », Européens arrivés aux 19ème et 20ème siècles.

jpbag.jpg

Ce flot démographique européen est entré par le port de Buenos Aires – les Argentins étaient aussi à bord des navires – et a rapidement transformé la capitale en une ville à l’aspect européen, connue au début du siècle dernier comme « le Paris du Sud ». En réalité, c’est une synthèse de Paris, Madrid, Rome, Gênes et des bâtiments rappelant l’Italie de la Renaissance. Le poète euro-argentin Juan Pablo Vitali l’a brillamment décrite comme «la capitale des Blancs du Sud».

Cette immense immigration européenne s’est également étendue à la province de Santa Fe, où la physionomie de ses deux villes principales, Rosario et Santa Fe, ainsi que Rafaela, en témoigne. Et elle s’est répandue dans toute la Pampa gringa. Si l’on devait fixer une limite géographique précise à cette expansion, on pourrait citer Villa María, dans la province de Córdoba. Il suffit de visiter des villages comme Marcos Juárez (Pampa gringa – sud de Córdoba) et de s’asseoir dans un café pour voir les mêmes visages que dans la ville de Turin.

Ainsi, le principal noyau de population européenne se trouve entre Buenos Aires et Villa María, où environ deux tiers de la population totale du pays est concentrée.

Quatre points géographiques méritent une attention particulière:

Misiones, une province au nord-ouest du pays, limitrophe du Paraguay et du Brésil, où une grande population d’origine italienne, scandinave, suisse-allemande et polonaise réside. Récemment, Maribel Ivaciuta est devenue célèbre, élue reine de la fête locale de la Mojarrita, avec une apparence tout-à-fait nord-européenne, tout comme Azul Antolinez, «reine» de San Rafael.

IMG_9063.jpg

La Patagonie, intégrée pleinement à l’Argentine après la Campagne du Désert menée par le grand général Roca, est peuplée encore de quelques communautés indigènes et de rares Européens s’y étant installés. Les Gallois de Puerto Madryn, qui ont su préserver leur identité et leur culture, font aujourd’hui de l’Argentine le troisième pays au monde avec le plus grand nombre de locuteurs de la langue galloise, après le Royaume-Uni et l’Australie.

Mendoza possède quelques caractéristiques propres. Intégrée à la Vice-Royauté du Río de la Plata en 1776, elle faisait partie du Chili depuis sa fondation en 1561, ce qui explique l’origine des criollos mendociens. En raison de sa situation géographique, elle est éloignée des routes d’immigration européennes, mais le développement du chemin de fer à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle a attiré beaucoup d’Italiens et d’Espagnols dans la région.

360_F_671045381_xWCxfH4oFPFF5EKMfsrMhZFMhlFx4leO.jpg

La Sierra de Córdoba (photo)

Si l’on parle du sud de cette province comme partie de la Pampa gringa, et de la ville comme exemple d’une ville fondée par des criollos avec une majorité d’indigènes, la « Sierra cordobesa » représente une réalité démographique très différente. On y trouve des villages avec une forte empreinte britannique comme La Cumbre, ainsi que d’autres – plus nombreux et connus – fondés par des Allemands, tels que La Cumbrecita et Villa General Belgrano. En novembre dernier, j’ai eu l’occasion de visiter ces deux lieux, lors de la célébration de l’Oktoberfest à General Belgrano, où l’ambiance, les gens et la fête étaient typiques d’un village allemand.

Cette réalité historique, démographique, culturelle et identitaire fait de l’Argentine – le grand acteur géopolitique de l’Amérique du Sud – un pays clé avec une opportunité unique d’établir des relations privilégiées avec l’Europe par deux voies: son héritage historique et culturel criollo qui la lie à l’Espagne, et son héritage identitaire et démographique «gringo» qui la relie à plusieurs pays européens, notamment l’Italie, mais aussi l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, les Pays-Bas, l’Irlande, et même le Royaume-Uni, que la chancellerie argentine devrait traiter avec un soin particulier, étant donné la composition de sa population. Aujourd’hui, dans un monde où l’Europe et l’Amérique du Sud semblent être exclues en tant qu’acteurs géopolitiques, cette potentialité argentine serait doublement précieuse.