vendredi, 27 février 2026
La justice sans vérité: Rawls et la neutralisation morale du libéralisme post-métaphysique

La justice sans vérité: Rawls et la neutralisation morale du libéralisme post-métaphysique
Santiago Mondejar Flores
Source: https://posmodernia.com/la-justicia-sin-verdad-rawls-y-la...
Alors que la théorie politique contemporaine célèbre avec un rituel académique l'œuvre de John Rawls comme l'aboutissement d'une réflexion libérale raisonnable et modérée, nous devons considérer cette jubilation pour ce qu'elle est à bien des égards: la cristallisation philosophique d'une époque moralement affaiblie, d'une civilisation qui a remplacé la recherche du bien par la gestion prudente des préférences, la vérité par le consensus, la dignité par la neutralité (MacIntyre, 1981 ; Taylor, 1989).
Rawls fait sans aucun doute preuve d'une grande et brillante technique, mais il adopte également une attitude épistémologique et morale qui renvoie à ce que l'on pourrait appeler l'hypostase de la justice: la transformation de la justice en un fétiche, qui n'est pas très différent du fétiche libéral de la liberté absolue, promu dans d'autres contextes comme la sphère inviolable de l'individu et la transaction rationnelle sans poids moral ultime (Deneen, 2018). C'est cette hypostase que nous devons soumettre à la critique, car il ne s'agit pas d'une erreur mineure, mais d'un renoncement profond à une dimension incontournable de la vie morale humaine.
Le projet rawlsien, tel qu'il se déploie dans A Theory of Justice et ses développements ultérieurs, repose sur une décision méthodologique qui est en même temps une déclaration de foi: la justice n'a pas besoin d'être ancrée dans une conception substantive du bien, il suffit qu'elle soit acceptable pour des agents rationnels placés dans des conditions idéales d'impartialité (Rawls, 1971).
La célèbre « position originelle » et son voile d'ignorance ne sont donc pas des outils heuristiques neutres permettant de découvrir une vérité morale; ils constituent un artifice conceptuel conçu pour balayer sous le tapis toute question gênante sur ce qui constitue une bonne vie, une nature humaine orientée vers le bien ou une hiérarchie de valeurs qui transcende le consensus contingent d'une société libérale avancée (Sandel, 1982).
Chez Rawls, la justice se légitime par son acceptabilité, et non par sa vérité. Et si la justice se définit par son acceptabilité, et non par sa vérité, alors nous ne sommes plus face à une éthique, mais à une technique de stabilisation sociale (Williams, 1985).
Cette neutralité axiologique — que Rawls présente comme une vertu — est, du point de vue d'une réflexion morale plus exigeante, un symptôme d'épuisement philosophique. Car renoncer à une conception substantive du bien n'équivaut pas à une ouverture pluraliste compréhensive, mais à un silence délibéré sur les tensions morales les plus profondes (Taylor, 1992). La tradition classique concevait la justice comme une vertu orientée vers la réalisation de possibilités humaines objectivement valables.
Pour Aristote, la justice et le bien commun étaient intrinsèquement liés; pour Kant, la moralité — y compris la justice — repose sur des impératifs catégoriques qui ne peuvent dépendre d'accords contingents. Rawls, en faisant abstraction de ces fondements, confie la force normative de la justice au consensus entre agents rationnels. Mais le consensus n'est pas la vérité, et l'acceptabilité n'est pas la correction morale (MacIntyre, 1988). L'universalisme que proclame Rawls est un universalisme formel, un vide qui peut accueillir des conceptions incompatibles du bien à condition qu'elles s'ajustent à ses conditions procédurales.
La position originelle, conçue comme l'appareil justificatif des principes de justice, révèle clairement cette renonciation. Sous le voile de l'ignorance, les agents ne savent rien de leur personne concrète: ils ne connaissent pas leur talent, leur statut social, leurs priorités vitales. Cette abstraction extrême élimine du jugement moral tous les facteurs qui font de la vie humaine un événement moralement significatif (Sandel, 1982).
Il n'y a pas de passions, pas d'histoire, pas de conflit tragique entre le devoir et le désir. Il n'y a qu'une rationalité calculatrice qui tente d'équilibrer les attentes dans des conditions artificielles. Dans ce panorama, la justice ne répond plus à une urgence morale — comme elle répondrait à la fragilité, à la vulnérabilité, à l'inégalité réelle des vies incarnées — mais à une prudence rationnelle qui cherche à atténuer les risques (Walzer, 1983). Ainsi conçue, la justice devient un contrat destiné à protéger ses propres intérêts potentiels, et non une exigence morale qui transforme la vie des sujets.
Le caractère appauvri de cette conception apparaît de manière paradoxale si on la compare à l'élaboration contemporaine de la liberté comme totémisme. Dans l'analyse culturelle de notre époque, la liberté absolue — la revendication de l'autodétermination sans sanction morale ou sociale — a été élevée au rang de mythe qui fonctionne comme un placebo face à la désorientation morale de la modernité tardive (Taylor, 2007).

Cette liberté sans ancrage dans une compréhension du bien devient une illusion, un masque qui cache le vide de notre orientation éthique. De manière analogue, chez Rawls, la justice devient une idolâtrie: une structure formelle technocratique vénérée pour sa neutralité, même si, au fond, elle ne fait qu'administrer des préférences sans soutenir aucune vie morale au-delà de la simple coexistence pacifique (Mouffe, 2005).
Si ce diagnostic culturel peut être identifié comme le mal de notre époque – une foi dans la liberté comme absolu, dans l'économie comme critère ultime de sens, dans la transaction comme modèle d'interaction humaine –, alors Rawls n'en est pas l'antidote, mais sa synthèse la plus raffinée. Sa théorie ne sauve pas la moralité de l'indifférence postmoderne, mais l'intègre dans un schéma de légitimation rationnelle (Deneen, 2018).
La neutralité axiologique, célébrée comme le respect de la pluralité, est, d'un autre point de vue, le même renoncement qui se répand aujourd'hui sous la forme de célébrations culturelles du choix personnel: la suspension des jugements sur le bien au profit du respect procédural des décisions subjectives (Taylor, 1992).

L'égalitarisme de Rawls ne sauve donc pas la justice de cette renonciation; il la reconfigure simplement. La priorité des principes de justice n'est pas de nier les inégalités en elles-mêmes, mais de s'assurer que les inégalités sont acceptables selon des critères procéduraux (Rawls, 1971). Ce résultat est-il préférable à une inégalité arbitraire ? Peut-être. Mais moralement, la question de savoir pourquoi nous devrions le préférer implique de faire appel à une conception du bien humain que Rawls a exclue de sa théorie. La justice rawlsienne devient ainsi une justice fonctionnelle: elle sert à administrer des sociétés complexes, mais ne donne aucune indication sur les vies qui méritent d'être vécues ni sur les raisons pour lesquelles certains biens ont plus de valeur que d'autres (Walzer, 1983).
Cette désactivation n'est pas un accident marginal, mais est inhérente au projet de neutralité post-métaphysique que Rawls assume dans Political Liberalism (Rawls, 1993). Là, l'idée que la société doit être légitime pour les citoyens porteurs de doctrines compréhensives diverses semble, à première vue, être une défense contre la tyrannie morale.
Cependant, une telle neutralité n'est pas une suspension de la moralité, mais une consécration tacite d'une morale libérale particulière, historiquement située et rarement soumise à un examen critique (Sandel, 1998). L'exigence critique est suspendue sur l'autel de l'acceptabilité et de la stabilité sociale.
Cette suspension ne reste pas confinée au plan théorique et n'est pas politiquement inoffensive. Lorsque la légitimité de l'ordre politique repose exclusivement sur la correction procédurale et non sur une conception substantive — bien que contestée — du bien commun, l'autorité morale des institutions s'affaiblit progressivement (Williams, 2005).
Là où la justice ne peut plus faire appel à des vérités normatives fortes, le pouvoir recourt à la légalité formelle, à l'efficacité administrative et à l'expertise technique pour maintenir l'obéissance. Ce déplacement n'est pas accidentel, mais structurel.

Une société qui a renoncé à délibérer publiquement sur les fins de la vie en commun n'élimine pas le conflit moral, mais le réintroduit sous la forme d'une gestion technocratique, d'une réglementation intensive ou d'une décision exceptionnelle (Mouffe, 2005 ; Schmitt, 1922/2005).
En ce sens, le libéralisme rawlsien ne fonctionne pas comme un rempart contre l'autoritarisme, mais comme l'un des cadres qui affaiblissent les défenses morales contre celui-ci. En réduisant la politique à la bonne application de procédures par des institutions supposées impartiales, il déplace la légitimité de l'orientation vers le bien commun vers la conformité à des règles abstraites (Williams, 1985).
Lorsque ces procédures cessent de générer la loyauté civique – en raison d'inégalités persistantes, de crises sécuritaires ou de fragmentation culturelle –, le procéduralisme manque de ressources internes pour se renouveler. Le vide normatif laissé par la neutralité est comblé par des formes de pouvoir qui promettent l'ordre, la décision et l'efficacité là où le libéralisme ne peut offrir que des garanties formelles (Deneen, 2018).
Les expressions contemporaines de l'illibéralisme et de l'autoritarisme démocratique formellement irréprochable ne doivent pas être comprises comme de simples régressions pré-libérales, mais comme des réponses symptomatiques à l'appauvrissement moral de l'ordre libéral.
Là où la justice a été réduite à une technique de stabilisation et la liberté à un choix sans orientation, la revendication de sens revient sous des formes plus brutales: décision sans délibération, autorité sans légitimité morale partagée, ordre sans justice substantive (Mouffe, 2018). La coercition apparaît alors comme un substitut à la persuasion morale que le libéralisme neutre lui-même a désactivée.
Bibliographie
Deneen, P. J. (2018). Why liberalism failed. Yale University Press.
MacIntyre, A. (1981). After virtue: A study in moral theory. University of Notre Dame Press.
MacIntyre, A. (1988). Whose justice? Which rationality? University of Notre Dame Press.
Mouffe, C. (2005). On the political. Routledge.
Mouffe, C. (2018). For a left populism. Verso.
Rawls, J. (1971). A theory of justice. Harvard University Press.
Rawls, J. (1993). Political liberalism. Columbia University Press.
Sandel, M. J. (1982). Liberalism and the limits of justice. Cambridge University Press.
Sandel, M. J. (1998). Liberalism and the limits of justice (2nd ed.). Cambridge University Press.
Schmitt, C. (2005). Political theology: Four chapters on the concept of sovereignty (G. Schwab, Trans.). University of Chicago Press. (Original work published 1922)
Taylor, C. (1989). Sources of the self: The making of the modern identity. Harvard University Press.
Taylor, C. (1992). The ethics of authenticity. Harvard University Press.
Taylor, C. (2007). A secular age. Harvard University Press.
Walzer, M. (1983). Spheres of justice: A defense of pluralism and equality. Basic Books.
Williams, B. (1985). Ethics and the limits of philosophy. Harvard University Press.
Williams, B. (2005). In the beginning was the deed: Realism and moralism in political argument. Princeton University Press.
15:24 Publié dans Philosophie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john rawls, justice, théorie politique, sciences politiques, politologie, philosophie, philosophie politique |
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Ésotérisme, néo-athéisme et Epstein

Ésotérisme, néo-athéisme et Epstein
par Bruna Frascolla
Source: https://telegra.ph/Esoterismo-neoateismo-ed-Epstein-02-19
Les documents Epstein ont révélé l'implication de figures de proue du néo-athéisme auprès du pédophile. Le néo-athéisme étant lié au sionisme, la relation entre Jeffrey Epstein, juif pratiquant, et le néo-athéisme ne peut se limiter à un soutien utilitaire visant exclusivement les découvertes scientifiques. Examinons les figures de proue du néo-athéisme.
Le néo-athéisme, en tant que mouvement organisé et phénomène Internet, a émergé dans les années 2000. Il s'adressait à un public jeune, intéressé par la science et, en effet, il est difficile de trouver un vulgarisateur scientifique qui ne soit pas au moins agnostique. Cette catégorie, telle que nous la connaissons aujourd'hui – le vulgarisateur scientifique expert en médias – a probablement eu son premier représentant en la personne de Carl Sagan (1934-1996) (photo), un scientifique médiocre à la recherche d'OVNI qui avait un accès privilégié aux médias et se présentait comme une sorte d'incarnation de la rationalité, ce qui implique d'être un athée scientiste qui explique la religion comme une simple conséquence de l'ignorance et des peurs humaines. Cependant, ce grand prêtre de la rationalité s'est enthousiasmé pour le projet de la NASA visant à enseigner l'anglais aux dauphins sous l'influence du LSD et a même fondé l'« Ordre du Dauphin », une société secrète composée de scientifiques intéressés par les extraterrestres. Au lieu d'être un athée agressif (il convient de rappeler qu'il était américain et que les États-Unis ont des préjugés à l'égard des athées), Sagan a adopté une philosophie spinozienne et a cité Einstein. Il n'était donc qu'un athée juif parmi d'autres.
Les personnages principaux
Les étapes historiques du néo-athéisme sont éditoriales. En 2004, le jeune journaliste californien Sam Harris (né en 1967) a publié The End of Faith: Religion, Terror, and the Future of Reason, une diatribe contre la « religion organisée » comme cause de tous les maux. Le livre fut un best-seller, un résultat impressionnant compte tenu du fait qu'il s'agissait des États-Unis, mais explicable par le traumatisme récent de l'attaque des tours jumelles. Selon l'argumentation du pionnier, le simple fait d'être religieux suffit pour commettre des attentats terroristes. En ce qui concerne son parcours religieux, Sam Harris est le fils d'un père quaker et d'une mère juive, ce qui fait de lui un juif selon la Halacha.
Il convient de noter que Sam Harris n'est pas un athée compatible avec le rationalisme typique des vulgarisateurs scientifiques, car il est adepte de l'ésotérisme, s'est ouvert à la « spiritualité » grâce aux drogues et s'est même rendu au Tibet pour étudier la méditation avec le Dalaï Lama. Peut-être que le problème de Harris réside exclusivement dans la « religion organisée », c'est-à-dire la religion avec des institutions et des doctrines solides, plutôt que dans les religions désorganisées qui vénèrent des gourous ésotériques. En 2009, après avoir atteint la célébrité, sa recherche de la moralité scientifique lui a valu un doctorat en neurosciences (pas en philosophie : en neurosciences !), mais il n'a pas poursuivi de carrière universitaire.
Le deuxième nom important dans la chronologie est celui de l'Anglais Richard Dawkins (né en 1949), professeur à Oxford, qui mène une vie indépendante de l'activisme athée. Dawkins incarne au mieux l'idéal du néo-athée : c'est un véritable scientifique avec une œuvre reconnue, il présente le darwinisme comme la preuve que la science contredit la religion (qu'il considère tacitement comme synonyme de créationnisme), il est athée depuis son adolescence et considère toutes les personnes religieuses comme des fanatiques.
Après le succès éditorial de Sam Harris, l'éditeur a accepté sa vieille proposition d'écrire un livre contre la religion. En 2006, The God Delusion trouve éditeur, un livre radical selon lequel quiconque croit en Dieu est littéralement délirant. Quant à ses origines, Dawkins est né au Kenya britannique, fils de parents anglicans. C'est lui qui a lancé la mode de se définir comme « culturellement chrétien » ou « culturellement anglican » (Pinker se définit comme « culturellement juif ») – et puis on se demande comment un scientifique super-scientifique peut être culturellement délirant.
Le philosophe américain Daniel Dennett (1942-2024) est le personnage le plus intéressant quand on examine ses origines. Son père était titulaire d'un doctorat en études islamiques et il a passé son enfance au Liban parce que son père y travaillait pour l'OSS (un précurseur de la CIA). Le nom complet de Daniel Dennett était Daniel Clement Dennett III, et son père était Daniel Clement Dennett Jr. Il a écrit trois livres importants en rapport avec notre sujet: Consciousness Explained (1991), dans lequel il propose une explication matérialiste de l'esprit ou de l'âme (toute conscience et toute pensée coïncideraient avec l'activité cérébrale) ; Darwin’s Dangerous Idea (1995), qui fonde la moralité sur le darwinisme (en accord avec la thèse de Harris) ; et, pendant le phénomène du néo-athéisme, il a publié Breaking the Spell (2006), dans lequel il tente de trouver des explications évolutionnistes à l'existence de la religion.
Dans ce livre, au lieu de se définir comme athée, il se déclare « bright » et encourage un mouvement appelé The Brights, composé de « naturalistes philosophiques ». Cela inclurait à la fois des athées radicaux comme Dawkins et des personnalités nuancées comme Einstein (Daniel Dennett, photo, ci-contre).
Enfin, il y a le journaliste anglais Christopher Hitchens (1949-2011). Il a suivi un parcours libéral de gauche pendant la majeure partie de sa vie, avec une parenthèse au sein du Parti travailliste et du trotskisme. Il était ami avec d'importantes figures de l'antisionisme tels qu'Edward Said, Israel Shahak et Noam Chomsky. Cependant, son parcours change en 2001, lorsqu'il soutient l'invasion de l'Irak, encouragé par l'attaque des tours jumelles. En 2007, en pleine vague de néo-athéisme, il publie God is Not Great, dans lequel il rejette la phrase arabe « Allahu Akbar ». Quant à ses origines, il a été élevé dans la religion chrétienne et ce n'est qu'à l'âge de 38 ans qu'il a découvert que sa mère était d'origine juive, après quoi il a commencé à s'identifier comme juif. Selon la nécrologie publiée par le magazine identitaire juif Tablet Mag, Hitchens considérait l'athéisme comme un remède juif pour éviter le totalitarisme. Dans le même article, nous apprenons que sa mère était une fanatique du New Age qui s'est suicidée avec son amant, un ancien pasteur qui l'avait conduite vers la secte d'un gourou indien. Loin de rejeter la folie comme un bon athée rationaliste, Hitchens considérait l'adhésion de sa mère à cette mode comme une caractéristique dialectique du judaïsme.


Considérations
Une chose qui m'a toujours frappé dans le néo-athéisme, c'est l'invraisemblance de sa thèse principale: que toutes les personnes religieuses sont ignorantes, et que seuls les athées sont scientifiques et intelligents. L'athéisme était très rare avant le siècle dernier, et le seul grand scientifique dont nous sachions qu'il était sans équivoque athée est Darwin. Le fait que cette idée se soit répandue dans le pays d'Isaac Newton est encore plus absurde, car ce génie scientifique, en plus d'être un exégète biblique obstiné enclin au mysticisme, était aussi une sorte de proto-créationniste, qui croyait en un Créateur expert en mathématiques et qui a inspiré les Boyle Lectures. Il ne serait pas exagéré d'affirmer que le néo-athéisme visait à combattre le fantôme de Newton afin de séparer le christianisme de la science, en faisant croire aux gens que si l'on est chrétien, on est stupide. Si l'on est juif, cependant, il existe de nombreuses preuves scientifiques que le QI est lié à la race – preuves fournies, entre autres, par James Watson, prix Nobel et énième scientifique à apparaître dans les Epstein Files.
Eh bien, en regardant ces courtes biographies, je constate que seul l'un des « quatre cavaliers » correspond à l'image de l'athée sans équivoque qui méprise tout ce qui n'est pas un miroir. L'initiateur de cette tendance, Sam Harris, est un ésotériste qui croit que la science peut remplacer la religion en fournissant un guide moral scientifiquement correct. Il pourrait être considéré comme un spinoziste, un type qui croit que Dieu est la même chose que la nature. Hitchens considérait l'athéisme comme une vertu juive, son athéisme est donc lié à cette religion ethnique. Celui qui se rapproche le plus du radicalisme du gentil Dawkins est le tout aussi gentil Dennett. Tous deux partagent une agressivité darwinienne qui ne semble pas ouverte à la déification de la nature, que Darwin décrit comme un monde réel où règne la loi du plus fort. Cependant, Dennett suit l'aspect moins médiatisé de Darwin, qui considère la solidarité sociale comme un mécanisme évolutif de l'espèce : alors que Dawkins fragmente les individus pour parler d'un gène égoïste, Dennett préfère prêter attention à la sélection des collectivités altruistes. De plus, au lieu de se positionner simplement comme athée, il a préféré rejoindre un mouvement de brillants « naturalistes » autoproclamés. À l'exception de Dawkins, tous indiquent une zone ambiguë entre athéisme et déisme, ouvrant la voie à toute charlatanerie de type New Age dans laquelle on peut insérer des chiffres et affirmer qu'il s'agit de science. Rien de très différent de Sagan qui s'émerveille devant les dauphins sous l'effet du LSD.


Or, la divinisation de la nature expliquerait également la vénération d'un juif religieux comme Epstein pour les mécanismes de la sélection naturelle. Il est courant de souligner la relation entre le calvinisme et le darwinisme en raison du concept de prédestination. Cependant, un déisme spinoziste et matérialiste conduirait à une divinisation du mécanisme même de la sélection naturelle.
Une question qui est un éléphant dans la pièce est le sionisme. D'un point de vue rationnel, le sionisme devrait être rejeté par les athées qui détestent la « religion organisée », car Israël est un État religieux fondé sur une promesse faite par Dieu à Abraham.
Cependant, les trois néo-athées ont pour habitude de se concentrer sur l'islam : c'est comme si Israël était un État laïc et que le conflit existait uniquement parce que les musulmans sont fanatiques, et non parce que leurs biens (ainsi que ceux des chrétiens) ont été volés. Dennett ne semble pas avoir commenté le sujet, mais il n'était pas très versé dans les médias. Hitchens, bien qu'il se définisse comme antisioniste et argumente sur la base du libéralisme, soutenait en pratique l'État d'Israël car il appuyait avec enthousiasme l'invasion de l'Irak. Les Juifs sont représentés comme des êtres rationnels et éclairés (même si le fanatisme religieux juif n'est pas absent en Israël) ; seuls les Palestiniens sont des personnes religieuses, obscurantistes et pleines de haine.
Et puisque Epstein nous a amenés à ce point, il convient de rappeler une fois de plus que deux des personnalités mentionnées se trouvaient à bord du Lolita Express d'Epstein (Dawkins et Dennett) et que Sam Harris a reçu des fonds d'Epstein pour son ONG d'athées qui se considèrent comme géniaux (Edge Foundation, ou Edge.Org).
Nous avons également discuté des convictions d'Epstein dans un article précédent, et ici réapparaît le matérialisme psychique, qui fait de l'âme une chose matérielle située dans le cerveau, même si nous ne pouvons pas la voir. Dennett fournit les bases philosophiques de cette conviction. En ce qui concerne les correspondances avec la Renaissance, l'idée darwinienne d'une moralité inhérente à la nature trouve un précédent dans De rerum natura, car ce ne sont pas seulement les corps biologiques qui sont composés selon un ordre, mais aussi les corps sociopolitiques, qui se constituent spontanément et se désintègrent lorsqu'ils souffrent d'un désordre interne.
Un autre sujet intrigant que nous n'avons pas encore abordé (car je suis encore en train de me mettre à jour) est la tentative, pendant la Renaissance, de dépasser la division du christianisme occidental par une nouvelle religion fondée sur les révélations d'Hermès Trismégiste. Les hermétistes croyaient que Moïse, Pythagore et Platon s'étaient rendus en Égypte pour apprendre toute leur sagesse de ce personnage, Hermès. De cette manière, le christianisme aurait pu revenir à ses véritables racines avec le judaïsme, car Hermès était le maître de Moïse. C'est de là que proviennent l'hermétisme, la kabbale chrétienne et le début du mouvement occultiste.

Enfin, une question demeure : si l'occultisme ne professe pas publiquement tout ce en quoi il croit, est-il possible que l'athéisme militant soit la couche exotérique d'une religion hermétique ? Se pourrait-il qu'avec l'essor du scientisme, le surnaturel (ou pré-naturel) ait été privatisé pour de petits cercles d'initiés qui fréquentent d'étranges fêtes dans des temples situés sur des îles privées, tandis que toutes les institutions affirment que rien de surnaturel n'existe ?
14:52 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ésotérisme, athéisme, néo-athéisme, actualité |
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