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samedi, 03 octobre 2026

Repenser 1789: entre capitalisme, Révolution conservatrice et faux mythe de l’erreur napoléonienne

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Repenser 1789: entre capitalisme, Révolution conservatrice et faux mythe de l’erreur napoléonienne

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/ripensare-il-1789-capital...

J’estime que le jugement historique porté sur la Révolution française exige désormais de dépasser la dichotomie entre l’apologie démocratique et la diabolisation réactionnaire, en intégrant les catégories de l’économie politique et de la sociologie historique.

Comme l’ont mis en évidence des historiens de l’envergure de Jean Jaurès, dans sa monumentale Histoire socialiste de la Révolution française, puis Albert Mathiez, 1789 ne saurait être compris sommairement comme une simple conjuration ourdie par la franc-maçonnerie ou comme une catastrophe politique, mais bien comme le coup de force par lequel la bourgeoisie productive et les classes urbaines déracinèrent un système oligarchique profondément corrompu.

L’élite financière et aristocratique de l’Ancien Régime, vouée à la rente parasitaire et à la spéculation sur la dette publique, finit par mériter cette déflagration radicale qui, par la justice sommaire et la guillotine, frappa non seulement les nobles oisifs, mais aussi les notables compromis dans la banqueroute de l’État.

Du reste, la crise morale de la noblesse résidait précisément dans la perte de sa raison d’être historique: la mission originelle de la classe aristocratique n’était certainement pas d’accumuler des richesses matérielles, de rivaliser dans l’ostentation esthétique ou de se disputer le port de la perruque la plus somptueuse, mais de défendre la nation par les armes. C’est précisément de ce devoir suprême de sang et de sacrifice que découlait à l’origine son privilège; dès lors que l’aristocratie s’était transformée en une caste parasitaire uniquement vouée au luxe et étrangère à sa propre fonction guerrière, elle avait de facto légitimé sa dissolution.

Toutefois, la critique formulée par les théoriciens de la Révolution conservatrice allemande — d’Oswald Spengler à Arthur Moeller van den Bruck — touche à un point névralgique du processus révolutionnaire lorsqu’elle en dénonce la dissolution du sacré, l’atomisation de la communauté organique et la désacralisation du pouvoir. Au sein de cette grande tradition critique de la pensée antirévolutionnaire, la confrontation entre les deux principaux pères du conservatisme moderne, Edmund Burke et Joseph de Maistre, se révèle décisive et nous conduit à privilégier nettement la radicalité métaphysique du second.

imageedbs.jpgEdmund Burke, bien qu’il condamnât avec force les excès jacobins dans ses célèbres Réflexions sur la Révolution de France, conservait néanmoins une perspective gradualiste, liée au constitutionnalisme britannique et incapable de saisir la profondeur de la rupture ontologique ouverte par 1789.

C’est au contraire Joseph de Maistre qui, dans ses Considérations sur la France, offre la clé d’interprétation la plus profonde: la Révolution ne fut pas un simple événement politique ni un accident de parcours, mais un châtiment providentiel.

Attribuer exclusivement à la Révolution française la responsabilité du nihilisme moderne constitue par conséquent une erreur de perspective. Le véritable agent de dissolution de la Tradition ne fut pas la guillotine de Robespierre, mais, en définitive, l’industrialisation anglo-saxonne et l’essor du capitalisme.

Comme l’ont également soutenu des penseurs proches de la critique de la modernité économique, ce fut le modèle capitaliste britannique — fondé sur la marchandisation totale de la terre, du travail et de l’être humain — qui désintégra, plus que tout autre événement, les liens communautaires que l’Europe avait préservés pendant des siècles. À cela s’ajoute l’impossibilité d’écarter le facteur humain et social: la Révolution française ouvrit la voie à la mobilité sociale, brisant les chaînes d’une caste figée et permettant pour la première fois au mérite de s’affirmer.

Jacques-Louis_David_-_The_Emperor_Napoleon_in_His_Study_at_the_Tuileries_-_Google_Art_Project.jpg.jpgC’est dans cette vaste fresque historique que s’inscrit l’analyse, à notre avis partielle et trompeuse, formulée par Julius Evola à l’égard de Napoléon Bonaparte. Dans la perspective du traditionalisme intégral évolien, Napoléon est sommairement écarté comme un « fils de la Révolution », vecteur d’idées niveleuses et démocratiques qui aurait porté le coup de grâce aux hiérarchies traditionnelles européennes par la centralisation bureaucratique et le Code civil. Cette lecture présente cependant des limites évidentes. Napoléon ne fut pas le continuateur de l’égalitarisme destructeur des jacobins de la dernière heure, mais celui qui neutralisa militairement et politiquement les excès de la Révolution, en canalisant les énergies de la nation au sein d’une structure étatique hiérarchisée.

En d’autres termes, plutôt que de niveler la société par le bas, Bonaparte substitua aux privilèges héréditaires de l’ancienne caste une nouvelle noblesse fondée sur la valeur, le courage et la compétence dans les domaines civil et militaire, mettant concrètement en œuvre le principe de la carrière ouverte aux talents. Son ambition de restaurer un Empire et de dialoguer avec l’Église démontre en outre sa volonté de refonder une souveraineté verticale, en opposition radicale au parlementarisme amorphe et sans âme qu’Evola critiquait à juste titre. Réduire Napoléon au rôle de simple serviteur de la modernité bourgeoise revient enfin à oublier que l’ensemble de son projet stratégique, qui culmina dans le Blocus continental, constitua la plus grande tentative géopolitique de l’histoire moderne visant à étouffer dès sa naissance l’hégémonie financière et industrielle de l’Angleterre capitaliste.

La modernité ne constitue donc pas un bloc monolithique, et la Révolution française ne saurait se réduire à une simple erreur ou à une conjuration. Reconnaître la validité de la dénonciation conservatrice face à la perte du sacré propre à la modernité impose par ailleurs de diriger la critique non vers Paris, mais vers les brumes de l’industrialisme anglo-saxon.

10:51 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : histoire, révolution française, 1789 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 18 mars 2020

"Nouvelle histoire de la Révolution française" par Jean-Clément Martin

Jean-Clément Martin, avec le talent qu’on lui connaît, arrive à décortiquer les passionnants faits historiques qui marquent encore durablement la société française du XXIe siècle. En France, il demeure toujours difficile d’aborder sereinement les nombreuses questions soulevées par les événements liés à la Révolution.

Pourquoi, plus de deux cents ans après 1789 et la mort du roi Louis XVI survenue le 21 janvier 1793, en sommes-nous encore là ? Dès les premières lignes l’auteur livre une intéressante réflexion : « La Révolution fascine ou dérange. Qu’elle soit morale, sexuelle, économique ou politique, elle porte un imaginaire qui séduit ou révulse mais ne laisse jamais indifférent ».

En même temps, comment en serait-il autrement ? 1789 semble être l’horizon indépassable pour l’écrasante majorité des acteurs de la vie politique française, comme si de 496 – date du baptême de Clovis – au 5 mai 1789 – ouverture des États Généraux –, il n’y avait presque rien eu entre-temps. Pourtant, Martin rappelle que « même si la France continue de se dire Patrie des droits de l’homme, elle se réclame moins de son héritage révolutionnaire qu’elle ne le fit jusqu’au milieu du XXe siècle. »

9782262081515ORI.jpgLes raisons de ce relatif abandon intellectuel sont multiples : mondialisme, faiblesses intellectuelles et historiques chez la grande majorité du personnel politique et l’inventaire de la Révolution est de plus en plus connu… Cela étant, un homme situé à l’extrême gauche de l’échiquier politique républicain n’a pas hésité, tout récemment, à commettre une œuvre dans laquelle il assume se reconnaître dans l’héritage jacobin.(1)

Quoi qu’il en soit, la France républicaine reste imprégnée par la Révolution, et l’auteur écrit, avec selon nous une pointe d’ironie, que « son hymne national, qui revendique de faire couler le sang de ses ennemis dans les sillons, est toujours chanté dans les stades du monde entier ». Nous citerons également, entre autres : la Marianne, la devise Liberté-Égalité-Fraternité inscrite aux frontispices de nombreux bâtiments, officiels ou non, autant de symboles qui démontrent tous la mainmise idéologique de la Révolution sur la France contemporaine.

De fait, ce n’est donc pas un hasard si « la force de cet imaginaire est telle que l’année zéro des temps modernes français est toujours identifiée à 1789. Tous se rejoignent sur ce point, qu’ils regrettent la monarchie idéalisée, qu’ils voient 1789 ou 1793 comme la première marche vers le totalitarisme, ou bien au contraire qu’ils demeurent convaincus que 1789 jette les bases d’une ère nouvelle pour l’humanité, ou qu’ils puisent plus simplement dans les rebondissements des événements révolutionnaires des enseignements pour aujourd’hui. »(2)

Pour comprendre les bouleversements historiques, encore faut-il prendre le temps de les analyser loin des passions. Effectivement ces dernières obscurcissent souvent la vue et embrument les capacités de réflexion. Martin estime que « c’est le processus révolutionnaire lui-même qui est à examiner pour ce pour quoi il se donne : une inventivité politique, économique, sociale, religieuse, culturelle, qui commence sous l’effet des expériences européennes et américaines dans les années 1785-1787 et qui est accompagnée, en permanence, par les contre-courants provoqués en retour. »

Pour saisir l’essence de la Révolution, il faut constamment avoir à l’esprit comme le dit Martin que « la Révolution est dans cette optique une création et une affirmation ininterrompue d’expériences, créant une attente à jamais insatisfaite et une angoisse de l’échec. »

Très rapidement, les révolutionnaires en sont venus à se poser la question suivante : « Comment finir la révolution ? », car le vide institutionnel créé par la mort de Louis XVI fut en définitive difficile à combler, comme beaucoup s’en aperçurent, souvent à leurs dépens.

La période Révolutionnaire fut marquée par la guerre intérieure et aux frontières, par des exécutions officielles – approuvées par l’État de droit(3) – et non officielles – violences des populations non encadrées par les différents gouvernements révolutionnaires – ainsi que par des rivalités politiques très puissantes. Martin n’entend bien sûr pas fermer les yeux sur ces nombreux épisodes : « Il ne s’agit pas d’exonérer les acteurs de leurs responsabilités. Ce qui est en jeu est la compréhension des moments révolutionnaires, de ces périodes pendant lesquelles des façons de voir s’imposent, des groupes s’emparent du pouvoir, des personnalités sont reconnues et suivies. »

L’intention de Martin ne repose pas sur la volonté de défendre ou d’attaquer la Révolution : « Le but du livre a été d’inscrire ces moments dans la période révolutionnaire tout entière – ce que Maistre appelait l’époque – en respectant les engrenages minuscules qui ont régi les rapports entre les individus et les groupes. »

Après une lecture attentive et critique, nous pouvons dire que l’objectif est atteint, même si nous ne suivons pas l’auteur dans toutes ses intuitions et analyses.

Martin nous présente en effet une étude passionnante et réellement originale sur la Révolution française. Nous saluons son érudition et surtout son grand talent de pédagogue pour expliquer des situations complexes dont le profane ne mesure pas toujours les implications puissantes. La bibliographie se montre conséquente et exhaustive. Elle permet de repérer d’excellents ouvrages pour creuser les sujets qui nous intéressent. L’auteur ne se départit jamais de son rôle d’historien et, quand il analyse les faits historiques, il ne défend pas une cause politique. Il énonce même que la révolution – mais par le haut ! – fut initialement lancée par Louis XV, et maladroitement reprise par Louis XVI…

La suite est connue : révoltes, Révolution, espoirs de la mise en place d’une société nouvelle et d’un Homme nouveau, libéralisation de la violence, stabilisation des institutions qui restent malgré tout fragiles, pour finir par Bonaparte prenant le pouvoir. Onze ans après avoir tué leur roi, les Français voyaient à Paris un étrange paradoxe : un général de la Révolution – soupçonné un temps d’avoir été jacobin – devenir Empereur en présence du Pape Pie VII. Quel roman que l’histoire française, pour reprendre une phrase très connue de Napoléon…

Pour conclure, rappelons que dès le début des émotions populaires, l’attente exprimée par les Français vivant à l’heure de ces soubresauts politiques atteignait des sommets. Martin note qu’il n’y a «  pas lieu de s’étonner que nombreux soient ceux qui, au moment de l’ouverture des États Généraux en France et surtout après la prise de la Bastille, parlent de l’heureuse révolution qui se déroule sous leurs yeux ». Leurs espoirs seront douchés. Cela arrive généralement quand on accorde – trop légèrement ? – sa confiance aux politiques.

Nous laissons le mot de la fin à l’auteur : « Le scandale de la Révolution tient depuis la fin du XVIIIe siècle à ce qu’elle a été « une promesse dont l’échec est inscrit dans la nature même de la promesse » pour reprendre une formule saisissante de M.-C Blais. »

Rien à ajouter !

Notes

(1) Alexis Corbière, Jacobins !, Paris, Éditions Perrin, 2019

(2) Jean-Clément Martin, Robespierre : la fabrication d’un monstre, Paris, Éditions Perrin, 2016

(3) État de droit révolutionnaire, notion difficile à discerner, à défendre et à légitimer au vu des différents coups de force (parfois meurtriers) opérés par les révolutionnaires pour s’approprier le pouvoir et le garder…

 

dimanche, 09 octobre 2016

1789: Révolution ou coup d’Etat?

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1789: Révolution ou coup d’Etat?

par Antonin Campana

Ex: http://www.autochtonisme.com

     Le naufrage de la situation financière, la dette qui augmente, l’échec de ministres successifs (Necker, Calonne, Brienne…) vont forcer Louis XVI, mis dans l’impossibilité de gouverner, à réunir les « Etats Généraux ».

     Les Etats Généraux font partie du système politique du Royaume. Ils sont convoqués par le Roi, notamment en période de crise. C’est une institution monarchique importante qui s’est réunie plus de 30 fois depuis Philippe le Bel, souvent pour traiter des finances, pour voter des subsides extraordinaires, pour approuver une guerre ou simplement donner un avis.

     Les Etats Généraux se réunissent une nouvelle fois à Versailles le 05 mai 1789. Le Roi parle refonte des impôts, budget : il faut trouver une solution à la dette. Ce n’est cependant pas la préoccupation première d’un certain nombre de député du Tiers.


    Sansculottesxx.jpg Ceux-ci, dans le sillage de Sieyès, vont très vite s’affirmer « représentants de la nation ». Cela est faux : juridiquement et statutairement ils ne représentent pas la « nation » mais l’Ordre qui les a élus (la Noblesse, le Clergé ou le Tiers Etat). De fait, les trois Ordres délibèrent séparément et chaque député vote au sein de son Ordre. Celui qui représente la nation, qui incarne le Royaume, c’est le Roi (théorie des deux corps : le Royaume est un corps mystique incarné par le corps du Roi). Cependant le 15 juin, passant outre, les députés décident illégalement de la délibération en commun et du vote par tête. Le 17 juin, ils se constituent même, tout aussi illégalement, en « Assemblée nationale ». Leur objectif ? : marquer, au nom du peuple français qu’ils disent représenter, leur prééminence sur le Roi, affirmer que ce n’est plus le monarque qui incarne le Royaume mais la « représentation nationale ». Dès lors, les députés de l’Assemblée captent la légitimité pour légiférer et gouverner en lieu et place du Roi. Il s’agit véritablement d’une prise illégale de pouvoir, le corps de l’Assemblée remplaçant celui du Roi à la tête du Royaume.

     Le 23 juin, le Roi semble vouloir réagir et casse les décisions du 17. Mais le 27 juin, il recule et entérine le fait accompli : le Roi vient alors de perdre sa légitimité, il perdra bientôt sa tête. L’Assemblée dite « nationale » prend alors le nom de Constituante et s’apprête à changer le régime. Le 14 juillet c’est la prise de la Bastille, le 17 le Roi accepte la cocarde tricolore, c’est le début de la Grande Peur et la fin proche de la Monarchie.

     Que s’est-il passé ? Si l’on s’en tient objectivement aux faits, nous constatons qu’un groupe de personnes exerçant des fonctions à l’intérieur de l’appareil étatique (ils sont députés), transgressent la loi en vigueur pour renverser l’autorité en place et prendre illégalement le pouvoir. C’est exactement la définition du coup d’Etat ! On aurait parlé « révolution » et non « coup d’Etat », si ces personnes avaient été extérieures à l’appareil étatique, ce qui n’était évidemment pas le cas puisqu’elles en étaient un rouage important.

     Pour légitimer le coup d’Etat, la théologie républicaine affirme que les députés étaient les représentants de la nation. Répétons-le, cela est faux : les députés, élus au sein de leur Ordre, sont les représentants de leur Ordre. Juridiquement, c’est le Roi, et lui seul, qui représente alors la nation.

     Sieyès (Qu’est-ce que le Tiers-Etat ?) conscient par avance de la supercherie décrète que les Nobles ne font pas partie de la Nation et que le  Tiers étant « Tout », les députés du Tiers sont fondés à se vouloir non pas représentants d’un Ordre mais ceux de toute la nation. Juridiquement, avant le coup de force tout au moins, cela ne tient pas. Et puis quelle hypocrisie ! En quoi ces députés du Tiers, conseillers d’Etat, avocats (plus de 200 sur 598 !), négociants, marchands, procureurs, notaires, receveurs des finances, greffiers, notables…. représentent-ils une France agricole ?  Combien de laboureurs et de vignerons ?

Le coup d’Etat va instituer une « représentation nationale » qui sera surtout celles des notables, bientôt des trafiquants de biens nationaux, puis de la grande bourgeoisie d’affaire. Elle va donner de nouvelles règles au jeu politique. Sous prétexte de droit on va décomposer le peuple en individus, puis on va le recomposer mécaniquement, en emboîtant des éléments standardisés.  Le sujet concret du Roi, devient sujet abstrait de droit. L’homme enraciné dans un terroir devient une catégorie juridique interchangeable (le citoyen), la nation devient un corps politique atomisé, une communauté civique composée juridiquement d’individus esseulés.

     Rationalisation politique dira-t-on. Bien plutôt désintégration d’un peuple qui laisse l’individu, privé des « corps intermédiaires » qui le protégeaient, seul face à un Etat omnipotent. Il faudra se battre pour faire admettre à la « représentation nationale », aux mains d’affairistes, ces nouveaux corps intermédiaires que sont les syndicats, ou même les « conventions collectives » dans le droit du travail.

     La « Révolution française» relève donc de la mythistoire racontée par un Pouvoir qui entend se perpétuer. La réalité est qu’il y a eu un coup d’Etat qui visait les autorités en place. Quelles ont été les motivations profondes de ce coup d’Etat ? L’influence des Lumières (théorie du contrat), la composition sociale des députés du Tiers (principalement des hommes de loi), expliquent sans doute cette volonté originelle de ramener l’appartenance à une catégorie juridique (la citoyenneté) et le peuple français à un « corps d’associés » (Sieyès) dont la souveraineté (toute théorique) serait subtilement déléguée à une pseudo « représentation nationale ».

La République, en ces fondements, est négatrice des peuples identitaires. Elle ne connaît que des masses composées d’individus si bien calibrés et standardisés qu’on peut les empiler à l’infini, qu’ils soient d’ici ou qu’ils viennent de l’autre bout de la terre. Le creuset républicain, cette machine à désintégrer des identités pour intégrer des citoyens, n’est pas une perversion de la République : c’est l’essence même de la République. La raison d’être du coup d’Etat ?

 

Antonin Campana

10:34 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1789, histoire, france, révolution française, coup d'etat | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook