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samedi, 04 avril 2026

Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945

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Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945

Jeroným Černý

Source: https://deliandiver.org/carl-schmitt-plettenberske-miniat...

Contexte

Ces notes de journal datant de 1945 sont tirées de l'édition critique des archives littéraires de Schmitt, préparée dans le cadre d'un projet d'édition à long terme financé par la Communauté allemande de recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft, DFG). Le texte s'appuie sur les manuscrits originaux et les notes sténographiques (sténographie de Gabelsberger) conservés dans les archives littéraires de Carl Schmitt à Plettenberg. L'édition a été préparée sous la supervision scientifique de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V. dans le cadre de la collection Plettenberger Miniaturen.

La publication des notes de journal de Carl Schmitt prises à Schlachtensee, près de Berlin, au printemps 1945, constitue une réalisation éditoriale remarquable qui met à la disposition du lecteur un texte né de l’expérience immédiate d’un tournant historique, et non d’une réflexion rétrospective. Il ne s'agit ni d'un document de repentance ni d'une justification a posteriori du passé, mais de la poursuite de la pensée de Schmitt sous forme de journal, caractérisée par la distance, l'observation et une réflexion sur le présent, concise sur le plan linguistique. La critique ne vise donc pas à porter un jugement moral sur l’auteur, mais à examiner la nature du texte lui-même, son cadre éditorial et son importance pour la réception contemporaine de l’un des penseurs politico-juridiques les plus controversés du 20ème siècle.

La critique est structurée en blocs thématiques qui ne suivent pas la succession mécanique des entrées du journal, mais la logique interne de la réflexion de Schmitt.

Berlin 1945 : l'effondrement du monde

Les notes du journal de Carl Schmitt, datant de mars à mai 1945, ont été rédigées alors que Berlin se trouvait dans un état de décomposition effective de l'ordre politique, juridique et civilisationnel. La ville, où Schmitt réside dans le quartier de Schlachtensee, est certes éloignée des combats les plus violents du centre, mais elle est néanmoins pleinement entraînée dans la logique de la guerre totale: bombardements, chaos, mouvements de réfugiés, effondrement de l’approvisionnement, présence de forces armées et menace constante de violence. Le journal de Schmitt n’est pas une chronique des événements militaires, mais le récit d’une expérience existentielle de la fin du monde, dans laquelle les catégories politiques se désagrègent en une réalité nue faite de peur, de faim et d’incertitude.

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Un thème récurrent est le rétrécissement de l’horizon de la vie humaine à des actes élémentaires: la recherche de nourriture, d’eau, de combustible, la quête d’un espace relativement sûr, l’attente de l’arrivée des troupes, l’interprétation des bruits de tirs. Schmitt remarque comment la réalité quotidienne se réduit à la survie biologique, tandis que tout ce qui revêtait auparavant une signification « d’ordre supérieur » – la culture, l’éducation, l’État, les institutions – apparaît comme vide ou impuissant. Selon lui, cette expérience révèle la véritable nature de la civilisation moderne: sa capacité à diriger le monde se transforme, en temps de crise, en une incapacité à protéger qui que ce soit. En même temps, il y a une peur permanente, qui n’est pas seulement la peur de la mort, mais la peur de l’imprévisibilité de la situation. Schmitt souligne à plusieurs reprises que ce ne sont pas des règles qui décident de la vie et de la mort, mais le hasard, l’instant, la rencontre avec un soldat ou un officier en particulier. Cette expérience revêt une profonde signification théorique : elle montre l’effondrement de la distinction entre légalité et illégalité, entre guerre et criminalité, entre décision et arbitraire. Le pouvoir ne se manifeste pas ici comme un acte souverain, mais comme un simple fait de violence, dépourvu de toute forme de légitimation.

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L’attention de Schmitt se porte à plusieurs reprises sur la figure du soldat, notamment russe, mais pas dans un sens idéologique. Les Russes ne sont pas décrits dans le journal comme des ennemis avant tout, mais comme les porteurs d’un rapport au pouvoir et à la réalité différent, étranger à Schmitt, mais compréhensible. Il déduit de leurs agissements une combinaison de brutalité et de pragmatisme qui contraste avec la décomposition de l’autorité étatique allemande. Alors que l’État allemand s’effondre dans les formules toutes faites, les ordres vides de sens et l’obéissance formelle, le vainqueur apparaît comme une puissance brutale, mais d’autant plus efficace. Une caractéristique importante de ces notes est l’absence de pathos lié à la défaite. Schmitt évite les formulations héroïques ou tragiques. Il ne voit pas la fin du Reich comme une chute dramatique, mais comme un épuisement qui révèle le vide des constructions idéologiques. Il se moque à plusieurs reprises des clichés linguistiques qui, il y a peu encore, légitimaient la violence, et constate leur totale futilité face à la menace réelle.

C'est également à cette phase du journal qu'apparaît le motif du silence. Schmitt constate que tout discours sensé devient impossible. Le langage de la politique, du droit et de la philosophie fait défaut ; il ne reste que de brèves notes, des bribes, tantôt ironiques, tantôt résignées. Le silence n’est pas ici l’expression d’un vide, mais un geste de défense, un simple refus de poursuivre un discours qui s’est révélé faux. Le premier bloc thématique du journal dépeint ainsi Berlin en 1945 non pas comme une toile de fond historique, mais comme un laboratoire de l’effondrement de l’ordre moderne. Schmitt n’y propose pas encore de réflexion systématique sur la culpabilité ou la responsabilité ; ces questions viendront plus tard. Pour l’instant, nous en sommes à l’expérience fondamentale: le monde, qui était perçu comme juridiquement et politiquement ordonné, s’est effondré en une succession de situations où règnent la force, le hasard et la capacité de survivre.

Culpabilité, nihilisme et effondrement du sens

Après une première expérience de la menace physique et de l'effondrement de l'ordre quotidien, le journal de Schmitt évolue progressivement vers une réflexion plus profonde sur la culpabilité et le sens, ou plutôt vers la question de savoir s'il est encore possible, dans une situation de défaite totale, de parler de responsabilité dans les catégories morales et juridiques traditionnelles.

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Chez Schmitt, le thème de la culpabilité n'apparaît pas sous la forme d'une confession autocritique explicite, mais comme un problème théorique et théologique qui émerge de la confrontation avec le nihilisme de l'époque moderne. Schmitt constate à plusieurs reprises que l’effondrement de l’ordre politique est en même temps un effondrement du contenu significatif, dans lequel se sont vidés de leur sens les concepts par lesquels la guerre, l’État et la nation étaient légitimés. Le langage qui, il y a peu, servait encore à justifier les décisions et à mobiliser la société, apparaît désormais vide de sens. C’est précisément dans ce vide que se révèle, selon Schmitt, le cœur du nihilisme: non pas comme une négation active des valeurs, mais comme une situation dans laquelle les valeurs cessent d’avoir un caractère contraignant.

Dans ce contexte, des motifs théologiques apparaissent de plus en plus souvent dans le journal, notamment des références à la conception chrétienne de la culpabilité, du jugement et de la rédemption. Schmitt ne revient pas ici au christianisme sous la forme d’une piété personnelle, mais comme au dernier cadre conceptuel capable de nommer une situation dénuée de sens. Alors que la morale moderne échoue selon lui, le langage théologique de la culpabilité et du jugement conserve la capacité de structurer l’expérience de la catastrophe.

La distinction entre culpabilité personnelle et culpabilité politique joue ici un rôle fondamental. Schmitt refuse de réduire la défaite et les crimes du régime à des défaillances morales individuelles, tout en évitant d’assumer directement sa propre responsabilité politique. Dans son interprétation, la culpabilité est plutôt structurelle: elle découle de la participation à un ordre qui s'est effondré plutôt que d'une action concrète. Ce mode de réflexion permet à Schmitt de garder ses distances tant par rapport à une introspection moralisatrice qu'à une simple auto-justification. Dans son journal, le thème du jugement revient à plusieurs reprises, mais il n’est pas compris avant tout comme un jugement humain, mais comme un jugement historique ou divin. Schmitt remarque qu’après l’effondrement de l’État, l’instance capable de statuer avec autorité sur la culpabilité et l’innocence disparaît. C'est précisément cette absence d'autorité décisive qui, selon lui, constitue l'un des traits les plus profonds du nihilisme: un monde où personne ne peut légitimement juger est un monde sans ordre.

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Une caractéristique marquante de ces passages est la critique du moralisme d'après-guerre, que Schmitt anticipe avant même la fin de la guerre. Il craint que la défaite ne soit interprétée non pas comme un fait politique, mais comme un drame moral dans lequel les vainqueurs se présenteront comme des juges sans responsabilité propre. Cette critique n’est pas formulée ouvertement, mais transparaît dans des remarques ironiques sur la « morale des vainqueurs » et la condamnation universelle des vaincus. Parallèlement, cependant, apparaissent dans le journal des moments d’incertitude existentielle qui ne peuvent être réduits à une construction théorique. Schmitt note des sentiments de vide, de désespoir et de silence qui ne sont surmontés par aucune foi claire. Le christianisme fonctionne ici plutôt comme un langage permettant de parler de ce vide, et non comme une source de réconfort ou d’espoir.

Le deuxième bloc thématique montre ainsi Schmitt dans la position d’un penseur confronté à l’échec radical de l’ordre politique et moral moderne, sans disposer d’une alternative convaincante. La culpabilité n’est pas résolue ici, le nihilisme n’est pas surmonté et la théologie n’offre pas le salut, mais seulement un cadre conceptuel dans lequel cette situation peut être réfléchie. Le journal devient ainsi le récit d’une pensée en situation limite, où les anciennes catégories se sont effondrées et où les nouvelles ne font que se chercher péniblement.

L'État, la légalité et l'effondrement de la souveraineté

Dans le troisième niveau des notes du journal, Carl Schmitt revient sur les concepts qui constituent le cœur de sa propre théorie politico-juridique: l'État, la souveraineté, la légalité et la décision. Pour lui, l’année 1945 ne représente pas seulement la défaite historique de l’Allemagne, mais aussi un test empirique de la validité de ces concepts. En ce sens, le journal se lit comme une réévaluation silencieuse, mais fondamentale, des catégories théoriques à travers lesquelles Schmitt a analysé la politique moderne pendant des décennies.  Schmitt constate que l’État, en tant que garant de l’ordre, a de fait cessé d’exister avant même sa capitulation formelle. Les institutions continuent d’émettre des ordres, mais ces ordres n’engagent plus personne; les normes subsistent sur le papier, mais perdent leur force normative. La légalité se détache de la réalité et se transforme en une forme vide. C'est précisément cette situation qui, selon Schmitt, révèle la faiblesse de l'État de droit moderne: sa dépendance à l'égard d'un pouvoir de fait qu'il n'est pas en mesure de garantir lui-même.

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Schmitt accorde une attention particulière à l'effondrement de la décision souveraine. Dans ses travaux antérieurs, il définissait le souverain comme celui qui décide de l’état d’exception. En 1945, cependant, aucune décision de ce type n’est prise. L’état d’exception existe, mais sans souverain. Le pouvoir se désagrège en fragments que personne ne rassemble, et la prise de décision bascule dans le domaine du hasard et de l’arbitraire local. Cette expérience est paradoxale pour Schmitt: l’état d’exception, qui devait confirmer la souveraineté, devient la preuve de son inexistence.

Dans ce contexte, le journal formule une critique virulente de l'État bureaucratique. Schmitt constate que c'est précisément en temps de crise que la bureaucratie se révèle totalement impuissante. Elle est capable de produire des documents, des ordres et des actes formels, mais pas de véritables décisions; l'État se réduit ainsi à un appareil administratif dépourvu de noyau politique, ce qui, selon Schmitt, représente la phase finale de son évolution moderne. Schmitt réfléchit également à la relation entre le droit et la victoire. Il prend conscience que l’ordre d’après-guerre ne reposera pas sur la continuité des normes juridiques, mais sur le fait de la victoire. Le droit n’apparaît pas ici comme un système neutre de règles, mais comme un instrument de légitimation du pouvoir des vainqueurs. Cette perspective conduit Schmitt à un profond scepticisme à l’égard de l’idée d’un droit international universel et neutre sur le plan des valeurs, qui, selon lui, présuppose toujours un porteur politique concret.

Le journal laisse également entrevoir une autocritique implicite de la théorie de Schmitt lui-même. Si l’État échoue précisément au moment où il doit décider, il faut alors repenser la relation entre la décision, les institutions et la légitimité. Schmitt ne formule certes pas ces questions de manière systématique, mais ses remarques révèlent qu’après 1945, il n’est plus possible de s’en tenir sans autre forme de procès à l’ancien schéma conceptuel.

Schmitt apparaît ainsi non pas comme un théoricien de la souveraineté, mais comme un auteur dont les propres catégories sont mises à l’épreuve par une réalité implacable. L’État, la légalité et la souveraineté n’apparaissent pas dans le journal de 1945 comme des concepts stables, mais comme des constructions problématiques dont la validité est conditionnée par des circonstances historiques et de pouvoir concrètes. C’est précisément cette expérience qui fait de ce journal l’un des documents les plus intéressants et les plus contradictoires de la pensée tardive de Schmitt.

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Vainqueurs, vaincus et nouvel ordre mondial

Dans ce cadre conceptuel, le journal de Schmitt passe de l’expérience immédiate de l’effondrement de l’État à une réflexion plus large sur l’ordre mondial d’après-guerre. La victoire des puissances alliées n’est pour lui pas seulement un fait militaire, mais le signe d’une transformation plus profonde de l’ordre politique mondial. Schmitt ne raisonne toutefois pas en termes de restauration de la vieille Europe, mais dans la perspective de la fin définitive d’une époque où l’Europe constituait le centre de la prise de décision politique. Il accorde une attention particulière à l’Union soviétique, qui n’apparaît pas dans ses notes principalement comme un adversaire idéologique, mais comme le porteur d’un autre type de pouvoir, radicalement différent. Pour lui, la Russie incarne une forme d’existence politique qui n’est pas encombrée par les fictions juridiques libérales ni par l’universalisme moral. Son pouvoir s’exprime directement, sans besoin d’être légitimé par des valeurs abstraites. C’est précisément cette « sincérité du pouvoir » qui, selon Schmitt, rend la présence soviétique effrayante, mais en même temps politiquement compréhensible.

À l’inverse, l’Occident, principalement sous la forme des puissances anglo-américaines, apparaît dans le journal comme une force qui combine la supériorité militaire avec le langage moral des valeurs universelles. Schmitt voit dans cette alliance entre pouvoir et morale un danger fondamental: les vainqueurs se stylisent en juges de l’humanité, masquant ainsi leurs propres intérêts politiques et transformant le conflit politique en condamnation morale. Cette critique anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la « notion discriminatoire de la guerre » et sur la rhétorique humanitaire en tant qu’instrument de pouvoir. Dans cette configuration, l’Europe apparaît comme un espace sans voix propre. Schmitt remarque que le vieux continent a perdu la capacité de formuler son propre projet politique et devient l’objet des décisions d’autrui. L’Allemagne, qui était encore récemment considérée comme un acteur clé de la politique européenne, se réduit désormais à un territoire conquis dont le destin sera déterminé de l’extérieur. Schmitt interprète cet état non pas comme une défaite temporaire, mais comme le symptôme d’un épuisement plus profond de la tradition politique européenne.

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Le journal aborde le thème de la fin du nomos européen, c’est-à-dire de l’ordre spatial et juridique qui a structuré la politique mondiale pendant des siècles. L'effondrement de l'Allemagne est ici compris comme faisant partie d'un processus plus large, dans lequel se désagrège la conception européenne de l'ordre fondée sur la souveraineté étatique, le territoire délimité et l'équilibre des pouvoirs. Selon Schmitt, le monde d'après-guerre se caractérisera par une asymétrie, dans laquelle les grandes puissances mondiales, agissant avec des prétentions universalistes, auront le dernier mot. Dans le même temps, Schmitt rejette toutefois toute nostalgie simpliste. Il n’appelle ni au retour de la vieille Europe, ni à la réhabilitation de l’État vaincu. Il constate plutôt que la politique s’est déplacée vers un autre plan, où les catégories européennes traditionnelles cessent de fonctionner. Ce glissement est pour lui source d’angoisse intellectuelle, mais non d’espoirs illusoires.

À ce niveau, le journal s’étend du domaine de l’expérience personnelle à un diagnostic géopolitique, où le réalisme du pouvoir se mêle à un profond scepticisme envers l’universalisme moral des vainqueurs. Schmitt apparaît ici comme un penseur qui tente de comprendre le nouvel ordre mondial au moment de sa naissance, sans se faire d’illusions ni sur la position des vaincus ni sur l’avenir de l’Europe.

Autoréflexion, silence et « système Plettenberg »

Dans les derniers passages de son journal, l'attention de Carl Schmitt s'éloigne progressivement des événements immédiats et des réflexions géopolitiques pour se tourner vers sa propre existence après la défaite. Le journal se transforme alors en un espace d’introspection, caractérisé toutefois par la retenue, le caractère fragmentaire et le refus de toute confession explicite. Schmitt n’écrit ni confession ni plaidoyer; ses notes prennent plutôt la forme d’une cartographie silencieuse de nouvelles conditions d’existence. Le silence est l’un des thèmes clés. Schmitt suggère à plusieurs reprises que parler signifie s’exposer à un danger, non seulement physique, mais aussi moral et politique. Les mots perdent leur fonction protectrice et deviennent des éléments de preuve. Le silence est donc compris non pas comme un vide, mais comme une forme d’autodéfense et, en même temps, comme un moyen de préserver son autonomie intérieure dans une situation où l’espace public cesse d’être sûr.

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La maison de Carl Schmitt à Plettenberg.

C’est dans ce contexte qu’apparaît l’embryon de ce que des interprétations ultérieures qualifieront de «système Plettenberg»: un retrait de la vie publique, universitaire et politique, vers une vie privée qui reste toutefois intensément intellectuelle. Le journal laisse entendre que ce retrait n’est pas seulement une réaction forcée face à la défaite et à l’ostracisme, mais aussi une stratégie consciente. Schmitt prend conscience que la possibilité de poursuivre sa réflexion est subordonnée à une prise de distance par rapport au discours public, désormais dominé par les vainqueurs et leurs catégories morales. Chez Schmitt, l’auto-réflexion ne se situe pas au niveau du regret face à des décisions politiques concrètes, mais au niveau du destin d’un penseur qui faisait partie d’un ordre effondré. Il revient sans cesse à l’idée que l’intellectuel est inévitablement impliqué dans des structures de pouvoir qu’il ne peut pas entièrement contrôler. Cette perspective lui permet de concevoir son propre passé comme tragique, mais pas nécessairement criminel, évitant ainsi une nouvelle fois toute auto-évaluation morale univoque.

Le temps joue un rôle important dans ces passages. Schmitt est conscient qu’un jugement immédiat est inévitablement injuste, tandis qu’une véritable compréhension exige du recul. Le journal travaille ainsi implicitement avec l’idée d’un décalage historique, dans lequel le sens des événements ne se révèle qu’a posteriori. Cette orientation vers la réception future de sa propre œuvre est manifeste dans les notes sur ce qui doit être conservé, ce qui doit être oublié et ce qui doit rester tu. Les dernières parties du journal ne montrent aucun signe d’optimisme ni d’espoir de restauration de l’ordre politique. Pourtant, elles ne sont pas l’expression d’une résignation. Elles signalent plutôt un glissement de la réflexion vers un autre plan, où il n’est plus question de décisions politiques, mais d’interprétation du monde après la catastrophe. C’est précisément sur ce plan que naît le Schmitt d’après-guerre – un auteur dont l’influence va paradoxalement croître au cours des décennies suivantes depuis la périphérie, depuis l’espace du silence et de la correspondance privée.

Le dernier bloc de réflexion de cette recension conclut ainsi le journal non pas par une conclusion, mais par une transition. La défaite ne conduit pas à une conclusion théorique, mais à une transformation de la manière de penser et d’exister. Le journal de 1945 apparaît en ce sens comme un tournant : la fin d’un monde et, en même temps, le début d’une longue période de réflexion qui façonnera l’œuvre tardive de Schmitt ainsi que sa réception ambivalente.

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Le journal de 1945 dans l’œuvre de Schmitt

Les notes du journal de Carl Schmitt de 1945 constituent, dans son œuvre, un document exceptionnel qui se distingue tant de ses écrits théoriques systématiques que de ses textes essayistiques ultérieurs. Il ne s’agit ni d’une révision théorique au sens strict du terme, ni d’une confession personnelle, mais d’un enregistrement de la pensée dans une situation limite, où l’appareil conceptuel existant s’avère insuffisant, mais encore irremplaçable. C’est précisément cette ambivalence qui fait du journal une source essentielle pour comprendre la pensée tardive de Schmitt.

Le journal de 1945 est avant tout un document sur l’effondrement de l’ordre politique moderne, vu du point de vue de l’auteur qui a analysé et articulé théoriquement cet ordre pendant des décennies. Schmitt ne présente pas ici un nouveau concept d’État, de souveraineté ou de droit, mais observe leur effondrement effectif dans une situation où l’état d’exception ne conduit plus à une décision, mais à la dissolution du pouvoir dans la réalité nue de la violence et du hasard.

Cette désintégration est à la fois une confirmation et une réfutation empiriques de sa propre théorie: une confirmation en ce sens que la politique se réduit effectivement au conflit et à la décision, une réfutation en ce sens que la décision cesse d’avoir un caractère souverain. Le journal revêt également une importance particulière pour la compréhension du rapport de Schmitt à la culpabilité et à la responsabilité. Au lieu d’un règlement moral direct avec le passé, le texte propose une réflexion structurelle et théologique qui permet de nommer la catastrophe sans la condamner ni la clore définitivement. La culpabilité n’est ici ni individualisée ni pleinement externalisée; elle reste un problème non résolu, repoussé à l’horizon d’un jugement historique ou transcendant. Ce caractère inachevé est l’une des caractéristiques les plus problématiques, mais aussi les plus éloquentes du journal.

Sur le plan géopolitique, le journal anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la fin du nomos européen et l’émergence d’un nouvel ordre mondial, dans lequel le pouvoir se légitime par le biais de valeurs universalistes.

La critique de l’universalisme moral des vainqueurs, associée à une reconnaissance réaliste du fait de la victoire, prend ici la forme d’un diagnostic discret mais rigoureux, qui sera réinterprété et instrumentalisé à maintes reprises au cours des décennies suivantes. De plus, elle est plus que jamais d’actualité en 2026.

Le journal de 1945 marque ainsi la transition vers l’existence d’après-guerre de Carl Schmitt, caractérisée par un repli sur la vie privée, le silence et une influence indirecte par le biais de la correspondance et des visites. En ce sens, il ne s’agit pas de la fin de la pensée de Schmitt, mais de sa transformation. L’expérience de la défaite ne conduit pas à un nouveau projet politique, mais à une réflexion de longue haleine sur un monde où la politique s’est définitivement dissociée de la tradition européenne de l’État. Dans l’ensemble, le journal de 1945 peut être lu comme un texte « frontalier » qui révèle les possibilités de la théorie politique de Schmitt au moment même de sa vérification historique. Son importance ne réside pas dans les réponses qu’il apporte, mais dans les questions qu’il laisse ouvertes et qui restent d’actualité dans les débats actuels sur la crise de l’État, du droit et de la légitimité politique.

Sources: 

Édition : Carl Schmitt – Opuscula (Miniatures de Plettenberg, volume 18)

Carl Schmitt, Berlin-Schlachtensee mars–mai 1945, Éd. Martin Tielke et Gerd Giesler, 26 pages, ISBN 978-3-9820020-7-1, Publié à la demande de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V.  (2025)

samedi, 10 mai 2025

Réflexions sur la catastrophe de 1945

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Réflexions sur la catastrophe de 1945

Jordi Garriga

La date du 9 mai devrait être, pour tout Européen conscient d’en être un, qui conserve son instinct de survie et une certaine lucidité, une Leçon d’Histoire.

La catastrophe dans laquelle l’Europe a sombré, la plus grande de toute son histoire, reste méconnue. La génération qui a survécu à la guerre qui s’est terminée en 1945 a dû apprendre à survivre entre deux blocs. Les générations européennes suivantes se sont habituées à végéter sans autre horizon ni but que le bien-être artificiel, prélude à une nouvelle Catastrophe à laquelle nous sommes irrémédiablement condamnés si nous ne tirons pas les leçons historiques du 9 mai.

C’est cela : l’Europe a réussi à se détruire elle-même après des siècles de guerres internes. C'est désormais un champ de bataille où des nations étrangères s'installent et livrent une partie de leurs batailles.

Depuis un siècle, nous coulons. À nos risques et périls. Pour ne pas avoir accepté que le monde avait changé. Pour avoir ignoré les lois inattaquables de la démographie ou de la géopolitique. Pour avoir adoré des idoles telles que le matérialisme, le progressisme ou le racisme.

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Le 9 mai devrait être une date de réflexion. Nous ne pouvons pas revenir sur le chemin de l’histoire, mais nous pouvons choisir judicieusement la direction à suivre. Et nos dirigeants actuels de l’Union européenne semblent déterminés à répéter la même erreur qui nous a conduits à 1945.

Quelle erreur nous a conduit jusqu’à l'année fatidique de 1945 ? L'impérialisme nationaliste, lorsqu'une partie voulait être le tout, encouragé par la stratégie britannique d'alors (aujourd'hui l'Empire est américain) de domination mondiale, basée sur le démembrement et la dévastation du continent eurasien.

Cet impérialisme puisait sa force dans les meilleures et les plus grandes traditions européennes qui, tout en rejetant furieusement les doctrines fondées sur le progrès économique, donnèrent naissance à leur tour à des colosses aux pieds d'argile, sur des idées de sang et de terre, caricatures modernes des vieilles philosophies.

La réaction nationaliste en Europe dans la période 1919-1939 était légitime. Cela a mal fini, et c’est là sa grande responsabilité: elle a fini par être détournée vers des intérêts extérieurs, ce qui a conduit à sa défaite et à un discrédit qui persiste encore aujourd’hui. Il est vrai qu’en Europe, il y avait plusieurs tendances nationalistes opposées, mais à la fin, c’est la tendance racialiste, de tradition anglo-saxonne, qui a prévalu, ignorant fatalement la réalité géopolitique et ce nouveau moment historique.

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Grâce à cela, toute tentative de souveraineté européenne se réduit à un discours de haine. L’association automatique entre génocide et nationalisme sert de bouc émissaire, dans les situations de crise, à l’idéologie hégémonique du XXIe siècle. Vouloir Être (= vouloir revenir) nous ferait culpabiliser devant les autres.

Le discours sur la culpabilité de l’Europe, tant pour ce qui s’est passé au XXe siècle que pour ce qui s’est passé au cours d’autres siècles, est inacceptable. Nous devons faire appel au sens des responsabilités plutôt qu’au sens de la culpabilité. Un phénomène naturel, un enfant ou une personne handicapée mentale peuvent être coupables de quelque chose, mais ils ne seront jamais responsables de quoi que ce soit. Les Européens ne doivent pas être traités comme des irresponsables ni être contrôlés par des puissances étrangères à leurs intérêts. Nous avons l’obligation d’assumer nos responsabilités et de tirer les leçons historiques du 9 mai.

Le mirage de 1945 revient en 2025, sous la forme d’une doctrine supérieure, le mondialisme, pour racheter les peuples jugés inférieurs, en utilisant la Raison et l’Humanisme, qui font également partie de notre culture ancestrale, comme justification.

Ne tombons pas dans le piège.

Ce 9 mai, nous devons dire NON au bellicisme imposé, une fois de plus, par un Empire étranger aux véritables intérêts de l’Europe. Il faut dire NON à une autre Catastrophe, qui sait si elle sera définitive.

vendredi, 22 février 2013

Menschenverbesserung durch Bombenterror

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"Menschenverbesserung durch Bombenterror"

 

Dr. Tomislav Sunic

www.tomsunic.com

 

 

Dresden ist nur ein einziges Symbol des alliierten Verbrechens, ein Symbol - das ungern von heutigen Systempolitkern erwähnt wird. Die Zerstörung Dresdens und seine Opferzahl sind stets in der Systemhistoriographie relativiert und als Kollateralschaden im Kampf gegen das absolute Böse, bzw. den Faschismus geschildert. Das Problem besteht jedoch in der Tatsache, dass es nicht nur die Weltverbesserungskollateralschaden in der Stadt Dresdens gab, sondern auch in anderen Dresdens in allen Ecken Deutschlands, in allen Teilen Europas. Die Topographie des Todes, die von den damaligen Antifaschisten verursacht wurde, ist ein sehr problematisches  Anliegen für ihre Nachfahren. 

 

Im heutigen „Weltwettkampf um die historische Erinnerung“ haben nicht alle Opfer das gleiche Recht alle gleich zu sein. Manche Opferlehren müssen Vorrang haben, und manche sollen total in Vergessenheit geraten. Unsere Systempolitiker sind sehr eifrig, wenn es darum geht, Denkmäler für Völker und Stämme zu errichten, besonders für jene die zu Opfern der Europäer wurden. Immer mehr Gedenktage, immer mehr Wiedergutmachungstage vermerken unseren Wandkalender. Immer wieder zollen die europäischen und  amerikanischen Systempolitiker finanziellen Tribut an nichteuropäische Opfer. Selten, fast nie, gedenken sie der Opfer ihrer eigenen Völker, die untern den sogenannten kommunistischen und liberalistischen  Weltverbessern gelitten haben. Als böse Tätervölker gelten immer die Europäer, besonders die Deutschen, die daher stets zu Bußritualen genötigt werden.

 

Dresden ist nicht nur eine deutsche Stadt, oder das Sinnbild eines deutschen Schicksals. Dresden ist auch das allgemeine Sinnbild von zahllosen deutschen und zahllosen europäischen, bzw. kroatischen, ungarischen, italienischen, belgischen und französischen Städten, die von den Westalliierten entweder bombardiert oder gar zerbombt worden waren. Was mich mit Dresden verbindet, verbindet mich mit Lisieux, einem kleinem Pilgerort in Frankreich, der von den Alliierten im Juni 1944 zerbombt war, oder auch mit dem italienischen Pilgerort Monte Cassino, welcher ebenso im Februar 1944 von den Alliierten zerbombt wurde. In Lisieux, einer Kleinstadt - die der Heiligen Theresa gewidmet wurde,  wurden am 10. Juni 1944, 1200 Leute verbrannt, das Benediktkloster wurde auch total verbrannt, darinnen 20 Ordensfrauen. Eine Liste der zerbombten europäischen Kulturstädte hier anzuführen, würde eine ganze Bibliothek erfordern -- vorausgesetzt, dass diese Bibliothek nicht einmal wieder von den Menschenverbesserern zerbombt würde. Vorausgesetzt, dass die Bücher und die Dokumente drinnen nicht mal beschlagnahmt werden.   

 

In Frankreich, während des Zweiten Weltkrieges starben ca 70.000 Zivilsten unter den angloamerikanischen demokratischen Bomben, die Zahl die ungern von den Systemhistorikern erwähnt wird. 600.000 Tonnen Bomben wurden auf Frankreich von 1941 bis 1944 abgeworfen, 90.000 Gebäude und Häuser zerstört.

 

Die heutigen Systempolitiker benutzen heute häufig das Wort Kultur und Multikultur. Aber deren kriegerische Vorgänger haben sich besonders durch die Zerstörung der verschieden europäischen Kulturdenkmäler ausgezeichnet.

 

 

Deswegen mussten die europäischen Kirchen und die Museen zerstört werden, da diese Orte dort unten in Dresden nicht der Kategorie von Kulturmenschen hineinpassten. Weiter südlich, im Wien wurde im März 1945 das Burgtheater von den amerikanischen Luftbombern gebombt; weiter westlich in Norditalien wurde  auch das Opernhaus 'La Scala' in Milano bombardiert, so wie hunderte von Bibliotheken überall in Mitteleuropa.  Weiter südöstlich in Kroatien wurden Kulturstädte  Zadar und Split in 1944 von den westlichen Menschenverbesserern gebombt und dieses Horrorpanorama hat kein Ende. Die deutschen Politiker und deutsche Touristen machen oft  Urlaub an der kroatischen Küste, aber der Küste entlang gibt es zahlreiche Massengräber  deutscher Landser. Auf der  kroatischen  Insel Rab, wo die deutschen Nudisten gerne Spaß haben, gibt es ein riesiges Massengrab mit den Knochen mehreren Tausend Deutschen, die von der Jugo- Kommunisten ermordet wurden. Die deutschen Diplomaten in Kroatien haben gar nichts getan um die Denkmäler für diese gemarterten Soldaten zu errichten. Vor kurzem hat die demokratische Wertegemeinschaft eine große Sorge um die ethnische Säuberung in ehemaligem Jugoslawien zur Schau gestellt und sich eifrig bemüht die jugoslawischen und die serbischen Täter vor Gericht in den Haag zu bringen. Aber diese jugoslawischen Täter hatten perfekte  Vorbilder in ihren jugo-kommunistischen Vorgängern und ihren angloamerikanischen Verbündeten. Ende 1944, Anfang 1945 gab es eine massive kommunistische ethnische Säuberung an den Volksdeutschen aus dem jugoslawischen kommunistischen Raum. Im Mai 1945 haben sich hunderttausende flüchtende Kroaten, meistens Zivilisten an die  angloamerikanischen Alliierten in Südkärnten, Klagenfurt, in Südösterreich ergeben. In den folgenden Tagen wurden sie alle an die Jugo-kommunistischen Schergen ausgeliefert. 

 

Über die Millionen vertriebenen Deutsche aus Schlesien, Pommern, aus dem Sudetenland und Donauraum kann ich jetzt stundelang reden. Da diese Opfer in die Kategorie der kommunistischen Gewalttäter fallen, werde ich sie nicht den demokratischen und westlichen Menschverbesserern momentan zurechnen. Im Rückblick sehen wir jedoch, dass die westlichen Weltverbesserer nie ihre Menschenverbesserungsprojekte hätten erfüllen können - ohne die Beihilfe der kommunistischen Schergen, auch der sogenannten Antifaschisten. Klar, die größte deutsche und nicht nur deutsche Völkerwanderung in europäischer Geschichte aus Mittel und Osteuropa geht auf das Konto der Kommunisten und der Roten Armee, aber nie hätte dieses gigantische kommunistische Völkerverbrechen gegen die deutschen und andere europäischen Völker stattfinden können - ohne die massive Lufthilfe der westlichen Menschenverbesserer. Also, es gelten immer noch zweierlei Maßstäbe, wenn wir der Toten des Zweiten Weltkrieges gedenken.

 

 

Was ging den Menschenverbesserern durch den Kopf während der Zerstörung europäischer Städte? Diese demokratischen  Piloten hatten alle ein perfektes und gutes Gewissen; sie dachten wahrlich, dass sie eine gottauserwählte Mission durchzuführen hatten. Ihre Zerstörungsmission wurde in dem Namen der  Menschenrechte und Toleranz und Weltfrieden geführt. Ihrer messianischen Gesinnung nach, lebten da unten in Mitteleuropa - ganz zu schweigen von hier unten in Dresden, keine Menschen sondern eine besondre Abart der Monster ohne Kultur. Demzufolge, um ihrem demokratischen Dogma treu zu bleiben, hatten diese Luftsamariter immer ein gutes Gewissen um die Monster hier unten zu zerbomben.

 

 

 

Wie uns der große deutsche Staatsrechtler Carl Schmitt lehrte, liegt hier eine gefährliche Problematik mit dem modernen Völkerrecht und der Ideologie der Menschenrechte vor. Sobald man seinen militärischen Gegner als Monster oder als Ungeziefer beschreibt sollen die Menschenrechte für diesen Gegner bzw. diesen Monster und dieses Ungeziefer keine Gesetze mehr gelten. Das ist der Hauptbestand des  heutigen Systems. Gleichfalls, sobald ein europäischer Intellektuelle, Akademiker oder Journalist, kritisch die heutigen Systemmythen anzweifelt, begeht er das Risiko als Rechtsradikal oder als Faschist, bzw. als Unmensch gekennzeichnet zu sein. Folglich kann dieser  Rechtsradikal oder Faschist, bzw. dieser Unmensch  nie mehr ein Mensch sein; dann hilft ihm gesetzlich keine Ideologie der Menschenrechte. Er wird ausgegrenzt und beruflich mundtot gemacht. Das System prahlt heute mit seiner Toleranz gegenüber allen Menschen und allen Völkern der Erde, jedoch nicht gegenüber jenen die vorerst als als Rechtsradikale bzw. Unmenschen etikettiert werden. In den Augen der Menschenverbesserer waren die deutschen Zivilsten hier auf diesem Platz im Februar 1945 keine Menschen - sondern eine ganz besondere Art des Ungeziefers das man zusammen mit ihren Gehäusen auslöschen sollte. Wir finden solche Gesinnungen auch heute bei den Weltverbesserern, besonders in ihrem militärischen Einsatz in Irak, oder Afghanistan.      

 

Man wirft uns vor, die Dresdener Opferlehre hochzuspielen um die faschistischen Verbrechen zu relativieren. Das ist Unsinn. Diese These kann leicht umgekehrt werden. Die Systemmedien und die Meinungsmacher brauchen, 70 Jahre nach dem Kriege, immer wieder die faschistische Gefahr um damit ihre eigenen katastrophalen wirtschaftlichen Fehler und ihre eigene Kriegsverbrechen besser zu verbergen, vertuschen und verschleiern.

 

Darüber hinaus wollen die Systemhistoriker und die Meinungsmacher uns nicht sagen  dass jede Opferlehre in heutigem Multikultisystem konfliktstiftend ist: jede Opferlehre beharrt auf ihrer eigenen Einzigartigkeit und beruht immer auf den Kosten der Anderen. Hier sieht man die Schwäche des Multitkultisystems – letztendlich führt es zur Balkanisierung, zum Bürgerkrieg und dem Zusammenbruch des Systems.  Ein Beispiel:  Die heutige viktimologische Atmosphäre in heutigem Multikultisystem verleitet jeden Stamm, jede Gemeinschaft, jeden nicht-europäischen Zuwanderer zu der Annahme, nur seine Opferlehre sei wichtig und einzigartig. Das ist ein gefährliches Phänomen, da jede Einzigartigkeit die andere Opferlehre diskriminiert und mit den anderen Opferlehren im Wettbewerb steht und letztendlich zusammenstößt. Solche Opferrollenmentalität dient nicht der Konfliktverhinderung und dem Frieden. Sie führt zur multiethnischen Gewalt und macht den künftigen Konflikt unausweichlich.

 

Mit  heutiger Verharmlosung und Relativierung der liberal-kommunistischen Verbrechen gegen das deutsche Volk, vor, während und nach dem Zweiten Krieg, entsteht kein Klima gegenseitigen Verständnisses und der Versöhnung, sondern ein Klima der falschen Mythologien und kollidierenden Opferlehren, wobei sich jeder Mensch, und jeder Stamm als Opfer seines jeweiligen Nachbars fühlen muss.      

     

Das Schulbeispiel ist wieder der Zusammenbruch des ehemaligen Kunststaates Jugoslawien, wo verschiedene Völkerschaften fünfzig  Jahre hindurch die Opfer der kommunistischen Historiker und Propaganda  waren und wo das kroatische Volk stets als Nazivolk dämonisiert wurde. In 1991, nach dem Ende des Kommunismus, nach dem Ende der kommunistischen Propaganda, die Folge war nicht ein gegenseitiges Verständnis der Völker, sondern gegenseitiger Hass und furchtbarer Krieg wo sich alle Seiten gegenseitig als Faschisten beschimpften. Was uns bald in der EU erwartet ist keine exotische multikulturelle Spaßgesellschaft, sondern ein ähnlicher balkansicher Zyklus der Gewalt und Buergerkriege.

    

Geben wir uns - liebe Kollegen und Kameraden - keinen Illusionen hin. Dresden ist ein verdienter Mahnort gegen alle Kriege, und der Ort wo wir der unschuldigen Opfer gedenken. Aber Dresden kann morgen zum Sinnbild für  titanische Katastrophen sein. Was uns in den folgenden Jahren erwartet kann man sich schon jetzt vorstellen. Manche von euch, manche von uns, die ein verlängertes Geschichtsbewusstsein haben, wissen gut, dass eine Welt seit langem zu Ende ist. Das liberale Zeitalter ist seit langem tot.  Die heranrückenden Zeiten werden schlimm sein. Aber die kommenden und  die heranrückenden Zeiten bieten uns allen auch eine Chance.   

L’amélioration humaine par le bombardement de terreur

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« L’amélioration humaine par le bombardement de terreur »

par Tomislav Sunic

www.tomsunic.com

Discours qui devait être prononcé à Dresde, le 13 février 2013, lors de la commémoration annuelle des victimes de Dresde, le 13 février, 1945 (« Menschverbesserung durch Bombenterror“). Traduit en français par l’auteur.

Dresde n’est pas le seul symbole des crimes alliés –  symbole qui est d’ailleurs mentionné à contrecœur par les politiciens du Système. La destruction de Dresde et le nombre des victimes sont toujours relativisés dans historiographie du Système, étant souvent dépeints comme « un dommage collatéral dans lutte contre le mal absolu, à savoir le fascisme. » Or le problème réside dans le fait qu'il n'y a pas eu un seul dommage collatéral dans une seule ville nommée Dresde, mais aussi des dommages collatéraux dans d'autres Dresde, dans tous les coins de l'Allemagne, et dans toutes les parties de l'Europe. La topographie de la mort, tracée par les anciens antifascistes, reste une donnée fort problématique pour leurs descendants d’aujourd’hui.

Dans « la concurrence mondiale pour la mémoire historique»,  toutes les victimes ne bénéficient pas des mêmes droits.  Maintes victimologies l'emportent sur les autres tandis que beaucoup d'autres sont censées tomber dans l'oubli total. Les politiciens du Système sont très zélés quand il s'agit d'ériger des monuments aux peuples et aux tribus, en particulier à ceux qui furent victimes des Européens. Un nombre croissant de dates anniversaire et de jours de réparation apparaissent sur nos calendriers muraux. De plus  en plus, les dirigeants du Système européen et américain rendent hommage aux victimes non-européennes. Rarement, presque jamais, ils se souviennent des victimes de leurs propres peuples qui ont souffert sous la terreur communiste et libérale. Comme mauvais auteurs de crimes figurent toujours les Européens, et surtout les Allemands, qui sont donc toujours contraints aux rites de repentance.

Non seulement Dresde est une ville allemande, ou bien le symbole d'un destin allemand, mais elle est aussi le symbole européen d'innombrables villes croates, hongroises, italiennes, belges et françaises qui furent bombardées par les Alliés. Ce qui m’attache à Dresde m’attache également  à Lisieux, un lieu de pèlerinage en France, qui fut bombardée par les Alliés en Juin 1944, comme un autre lieu de pèlerinage, italien celui-là, Monte Cassino, qui fut également bombardé par les Alliés en février 1944. A Lisieux, cette petite ville dédiée à sainte Thérèse, le 10 Juin 1944, 1200 personnes furent tuées, le monastère bénédictin fut complètement détruit et 20 religieuses perdirent la vie. Pour dresser la liste des villes européennes de haute culture qui ont été détruites, il nous faudrait une bibliothèque - à condition toutefois que cette bibliothèque ne soit pas une nouvelle fois bombardée par les "world improvers". Et à condition que les livres et les documents qu'elle contient ne soient pas confisqués ni interdits de circulation.

En France, pendant la Seconde Guerre mondiale, environ 70.000 civils trouvèrent la mort sous les bombes anglo-américaines et démocratiques, chiffe qui est mentionné avec réticence par les historiens du Système. 600.000 tonnes de bombes furent larguées sur la France de 1941 à 1944, 100.000 bâtiments et des maisons furent détruits.  Dans le Système actuel, les politiciens utilisent souvent les mots « culture » et « multiculture ». Or force est de constater que leurs prédécesseurs militaires se sont distingués dans la destruction des divers monuments culturels européens.

Ces églises et ces musées européens devaient être détruits car ces endroits, y compris Dresde, n’entraient pas dans la catégorie de la culture. Plus au sud, à Vienne, en mars 1945, le Burgtheater fut bombardé par les avions américains. Plus à l'ouest, au nord de l'Italie, l'opéra de « La Scala » de Milan fut  bombardé, ainsi que des centaines de bibliothèques à travers toute l'Europe centrale. Plus au sud, en Croatie, des villes de grande culture, telles que Zadar et Split, furent  bombardées en 1944 par les "world improvers",  et ce panorama d’horreur n'a pas de fin. Des politiciens allemands et des touristes allemands prennent souvent des vacances sur la côte croate, alors que le long de la côte, il y a de nombreux charniers de cadavres de soldats allemands. Sur l'île croate de Rab, où les nudistes allemands aiment bien s'amuser, il y a une énorme fosse commune contenant les ossements de centaines d'Allemands assassinés par les communistes yougoslaves. Les diplomates allemands en Croatie n'ont rien fait pour ériger des monuments à ces soldats martyrisés. Récemment, la soi-disant communauté de valeurs démocratique s'est montrée très préoccupée du nettoyage ethnique en ex-Yougoslavie et s’est donnée beaucoup de mal pour traduire les accusés serbes et yougoslaves devant le Tribunal de la Haye. Mais ces accusés yougoslaves avaient eu des modèles parfaits parmi leurs ancêtres yougo-communistes et leurs alliés anglo-américains. Vers la fin de 1944, et au début de 1945, il y eut, en Yougoslavie, un énorme nettoyage ethnique des Allemands de souche par les communistes yougoslaves. En mai 1945, des centaines de milliers de refugiés croates, pour la plupart des civils, se sont rendus aux autorités anglo-américaines au sud de la Carinthie, à  coté de Klagenfurt en Autriche méridionale. Dans les jours qui suivirent, ils furent tous livrés aux bouchers yougo-communistes.

En ce qui concerne les millions d’Allemands de souche chassées de Silésie, de Poméranie, des Sudètes et du bassin du Danube vers la fin de la guerre, je pourrais parler pendant des heures. Vu que ces victimes sont dues aux bourreaux  communistes, je ne vais pas pour le moment les attribuer aux "world improvers" occidentaux. Rétrospectivement, nous voyons toutefois que les réformateurs occidentaux n'auraient jamais pu réaliser leurs projets de rénovation du monde sans aide des bourreaux communistes, y compris les soi-disant antifascistes. Certes, la plus grande migration de l'histoire du peuple allemand et des autres peuples non-allemands en Europe centrale et en Europe de l'Est  fut suscitée  par les communistes et l'Armée rouge, mais jamais ces gigantesques crimes communistes n’auraient pu avoir lieu sans l’aide aérienne massive des "world improvers". Donc, on utilise deux poids et deux mesures quand on commémore les morts de la Seconde Guerre mondiale.

Comme le grand spécialiste de droit international, l’Allemand Carl Schmitt, nous l'a enseigné, nous faisons face ici à un problème dangereux quant au droit international moderne et quant à l'idéologie des droits de l'homme. Une fois l’adversaire militaire déclaré « monstre » ou « vermine », les droits de l'homme ne s’appliquent plus à lui. Les monstres et  les vermines ne sont protégés par aucune loi.  C'est la composante principale du Système actuel. De même, dès qu’un intellectuel européen, un  universitaire ou un journaliste non-conformiste, commence à contester les mythes du Système actuel, il court le risque d’être traité comme un « homme d’extrême droite », c'est-à-dire comme « un monstre fasciste ». Par conséquent, ce monstre d’extrême droite ou ce fasciste et cette espèce inhumaine ne peut jamais devenir un homme ; par conséquent, aucune idéologie des droits de l'homme ne peut lui venir en secours. Il devient sujet à l’ostracisme social et à la mort professionnelle. Le Système se targue de sa tolérance envers toutes les personnes du monde et envers toutes les nations du monde, mais non envers ceux qui sont a priori étiquetés comme inhumains, à savoir les pseudo extrémistes de droite. Aux yeux des "world improvers", les civils allemands de Dresde, ici sur cette place, en février 1945, n’étaient pas perçus comme des êtres humains mais comme un genre spécial de vermine qu’on devait supprimer. On trouve des sentiments similaires aujourd'hui chez les "world improvers" dans leurs opérations militaires en Irak ou en Afghanistan.

On nous accuse parfois d’exagérer le chiffre des victimes de Dresde dans le seul but de banaliser les crimes fascistes. Cela n'a pas de sens. Cette proposition mensongère  peut facilement être inversée. Les medias du Système et ses faiseurs d'opinion ont besoin, même  70 ans après la guerre, du danger fasciste, dans le seul but de mieux cacher leurs propres désastres économiques et leurs propres crimes de guerre d’antan.

Par ailleurs, les historiens du Système ainsi que les faiseurs d’opinion ignorent que le Système multiculturel actuel est par force conflictuel : chaque doctrine victimaire persiste dans sa propre unicité et ne se propage qu’aux dépens des autres. Cela montre la fragilité du Système multiculturel. En fin de compte, cela conduit à la balkanisation, à la guerre civile et à l'effondrement du Système. Voici un exemple : l'atmosphère victimaire d’aujourd’hui, dans le système multiculturel, conduit chaque tribu, chaque communauté, chaque immigré non-européen à croire que sa doctrine victimaire doit être unique. Il s'agit là d'un phénomène dangereux, car chaque unicité victimaire exclut les autres victimes qui se trouvent en concurrence avec elle. Une telle mentalité victimaire ne contribue ni à  la prévention des conflits ni à la paix. Elle conduit à la violence multiethnique et rend le conflit inévitable.

 Suite à  la banalisation et la relativisation des crimes libéralo-communistes contre le peuple allemand, avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, il n'y a pas eu de climat de compréhension mutuelle ni de réconciliation. Au lieu de cela, un climat de fausses mythologies et de victimologies conflictuelles est né,  où chaque homme, et chaque tribu se perçoit comme la victime de son voisin.

L'exemple classique est à nouveau l'effondrement de l'ancien état artificiel de Yougoslavie où les différents peuples furent pendant cinquante ans victimes des historiens communistes et où la propagande communiste dépeignait le peuple croate comme une « nation nazie ». En 1991, après la chute du communisme et après la fin de la propagande communiste, le résultat ne fut pas la compréhension mutuelle entre les divers peuples yougoslaves mais la haine mutuelle et la guerre terrible où toutes les parties s’insultèrent en se traitant de « fascistes ». Ce qui nous attend bientôt dans l'UE n'est pas le plaisir exotique d’une société multiculturelle, mais un nouveau cycle similaire et balkanique de violence et de guerres civiles.

Ne  nous faisons pas, Mesdames et Messieurs, chers amis, d'illusions. Dresde est certes un endroit symbolique contre toutes les guerres, et également l'endroit où nous devons nous incliner devant les victimes innocentes. Mais demain, Dresde peut facilement devenir le symbole de catastrophes titanesques. On peut déjà imaginer ce qui nous attend dans les prochaines années. Certains parmi nous qui possèdent une longue conscience historique savent fort bien qu’un monde a pris fin. L'âge libéral est mort depuis longtemps. Les temps qui viennent seront mauvais. Mais ces mauvais temps nous offrent à nous tous une chance.