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samedi, 09 novembre 2013

Révolte de « bonnets rouges » bretons : la vraie cause

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Révolte de « bonnets rouges » bretons : la vraie cause

par Guillaume Faye

Ex: http://www.gfaye.com

La révolte des Bretons contre l’écotaxe (un impôt de plus parmi les milliers que comporte le Code le plus kafkaïen de la planète) est emblématique : toutes les professions réunies, agroalimentaires, pêche , agriculture ; les patrons et les employés, tous ligués contre l’État français spoliateur (on est loin du stupide schéma cégétiste et ”mélanchonien” de lutte des classes, des salauds de patrons capitalistes qui licencient pour maximiser leurs profits). La cause apparente, c’est la disparition progressive du tissu industriel des PME bretonnes, les difficultés des marins pêcheurs, la disparition des exploitations agricoles. Mais quelle est la vraie cause de ce naufrage, qui touche d’ailleurs toutes les autres régions de France ? 

Voyons voir…Les cyniques allemands qui font du dumping social, par exemple en refusant le salaire minimum et qui emploient à 5 € de l’heure  des travailleurs issus des pays de l’Est ?  Oui, mais comment se fait-il que seule la France soit victime de cette concurrence allemande ? C’est peut-être aussi la mondialisation et le libre-échangisme ? Ou les réglementations de la technocratie européenne ? Toutes ces raisons sont partiellement valables. Mais on oublie la cause principale des délocalisations, des fermetures d’usines et de PME, des licenciements, des absences d’embauches, en Bretagne notamment et ailleurs aussi : le fiscalisme délirant de l’État français bureaucratique.  Ce dernier, pourtant animé de bons sentiments ”socialistes” et redistributifs, voire écologistes, mène une politique objectivement anti-sociale dans ses résultats. Comment ? En étranglant les entreprises privées (des TPE aux filiales des groupes internationaux en passant par les PME) par les taxes et le harcèlement administratif. Ce qui tue leur compétitivité, les empêche de vendre, d’investir, d’innover et, évidemment, d’embaucher.

Le président de la FDSEA du Finistère, Thierry Merret, déclarait le 3  novembre, en marge de la révolte des « bonnets rouges » : « l’urgence, c’est de lever les contraintes fiscales, administratives, environnementales qui pèsent sur l’économie et empêchent les chefs d’entreprise, qu’ils soient agriculteurs, artisans ou dirigeants de PME  de travailler ou d’investir ». La cause première des faillites, des fermetures d’usine, des licenciements, ce n’est pas la ”crise”, ni la mondialisation, ni l’Europe ni la méchante Allemagne, c’est l’État-Providence français qui ponctionne, taxe, et qui, au lieu d’aider les entreprises créatrices d’emplois, est, en toute bonne conscience, leur pire ennemi. Bien pire que leurs concurrents.

Il ne s’agit pas d’être contre l’État ou de céder aux excès de l’idéologie libertarienne. Mais l’État français actuel a perdu son rôle d’initiateur, au sens gaullien ou…américain du terme : aider l’économie nationale et non pas la racketter. L’État français est aujourd’hui dirigé par une caste pléthorique de mandarins et de fonctionnaires qui n’ont jamais fait le lien mental entre leur salaire garanti à vie et la productivité de leur travail, imprégnés (même à droite, sans le savoir) par une vulgate socialiste qui enchante et fait rire tout le monde, même les ”communistes” chinois . Cette caste étatico-politique française (y compris chez les élus comme chez les apparatchiks des partis et des cabinets ministériels) ignore le fonctionnement d’une entreprise et n’a pas reçu de formation économique sérieuse. Elle n’est pas méchante, elle est ignorante et naïve.

La révolte des Bretons contre cet État français qui perd les pédales a puisé une certaine force dans l’identité bretonne (la vraie, pas celle des gauchistes), ce qui n’est pas le cas dans d’autres régions. Bien sûr, au départ, la rébellion est économique. Mais les Bretons doivent se poser la question suivante : à qui va l’argent que leur ponctionne l’État français ? 

Mile Budak : itinéraire d’un réprouvé

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Mile Budak : itinéraire d’un réprouvé

par Christophe Dolbeau

Lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève, au printemps de 1945, l’épuration « anti-fasciste » qui lui succède ne se montre pas tendre envers les intellectuels qui ont fait le « mauvais choix » : les écrivains français Georges Suarez, Robert Brasillach et Paul Chack finissent au poteau d’exécution, tout comme leur collègue belge José Streel, des dizaines d’autres s’en vont croupir dans d’obscurs cachots, le philosophe italien Giovanni Gentile est abattu au coin d’une rue, tandis que le Norvégien Knut Hamsun (prix Nobel 1920) et l’Américain Ezra Pound se retrouvent bouclés pour de longues années dans des asiles psychiatriques. En Croatie où, adossés à l’Armée Rouge, les Partisans de Tito ont finalement triomphé, cette épuration s’apparente carrément à un véritable carnage dans lequel disparaît la majeure partie de l’intelligentsia (1) : les communistes veulent faire place nette. Comme le dira cyniquement Simone de Beauvoir, « certains hommes n’avaient pas leur place dans le monde qu’on tentait de bâtir » (2)… Pris dans les tourbillons de cette époque où « les règles élémentaires du droit furent littéralement foulées aux pieds » (3), l’écrivain Mile Budak fait figure de victime emblématique : romancier, poète, mais aussi avocat, ministre, ambassadeur et surtout dignitaire oustachi, il polarise toutes les haines des vainqueurs. Jugé en quelques heures par un trio de reîtres mal dégrossis, exécuté à la va-vite la nuit suivante et enseveli en catimini, il sera ensuite effacé des anthologies et exclu de la littérature nationale au prétexte de turpitudes imaginaires sur lesquelles il n’est pas inutile de revenir aujourd’hui.

Premiers pas

Originaire de la province de Lika, c’est le 30 août 1889, six jours après la mort de son père, que Mile Budak vient au monde à Sveti Rok, au sein d’une famille qui compte déjà huit enfants. D’abord élève de l’école primaire du village, il intègre ensuite le lycée de Sarajevo où il obtient, au printemps de 1910, son baccalauréat. Issu d’un milieu très modeste, le jeune homme a pu effectuer sa scolarité grâce à une bourse de l’institut catholique Napredak ; il a également travaillé ici et là comme commis aux écritures. Bachelier, il rejoint dès lors Zagreb et s’inscrit à l’université en vue d’y poursuivre des études d’histoire et de géographie, une option qu’il abandonne toutefois assez rapidement pour s’orienter finalement vers le droit.

Dès ses années de lycée, Mile Budak milite au sein des jeunesses patriotiques croates et donne ses premiers articles aux revues Pobratim, Behar et Mlada Hrvatska. À Zagreb, cet engagement peut s’exprimer plus librement (4) et dès la rentrée de 1910, le jeune homme adhère officiellement à l’association des étudiants nationalistes. Élu secrétaire du groupe, il en compose l’hymne et collabore désormais assidûment au journal Mlada Hrvatska, ainsi qu’à diverses publications – Hrvatsko Pravo, Hrvatska Prosvjeta, Savremenik – proches du Parti du Droit. Si dans ses articles, Mile Budak réclame fermement la fin de la tutelle que Vienne et Budapest exercent sur sa patrie, il aborde aussi souvent la question serbe qui est au cœur de nombreux débats en Croatie ; en disciple d’Ante Starčević (5), il souligne notamment que beaucoup de ceux qui se disent serbes, en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, ne le sont pas vraiment, il distingue entre vrais Serbes et Zinzares (6), soutient que beaucoup de soi-disant Serbes sont en fait de souche croate (7) et affirme avec force qu’en Croatie, il ne peut y avoir de pouvoir légitime que celui qui émane du peuple croate. Déjà bien ancré dans sa personnalité, ce sourcilleux nationalisme le conduit à fréquenter les éléments les plus radicaux, ce qui lui vaudra quelques démêlés avec la police, au lendemain des attentats qui visent, en 1912, le Ban Slavko Cuvaj.

Parallèlement à ses études, au journalisme et au militantisme politique, la vie de Mile Budak est bien remplie puisque le jeune homme trouve encore le temps d’exercer un petit emploi de gratte-papier au Bureau Municipal des Statistiques et d’effectuer une préparation militaire. Au plan privé, sa situation évolue également puisqu’il se marie et que son épouse, Ivka, ne tarde pas à lui donner un premier enfant (20 juillet 1914).

De l’uniforme à la toge d’avocat

Les événements ne laissent que quelques jours à Mile Budak pour fêter la naissance de son fils Zvonimir (8) car la guerre éclate (4 août 1914) et le jeune aspirant est appelé à rejoindre son régiment. Engagé sur le front de Mačva, il s’y bat quelques semaines avant d’être sérieusement blessé et d’aboutir à l’hôpital militaire de Valjevo où les Serbes le font prisonnier (8 décembre 1914). Sa captivité va durer quasiment cinq ans. Elle l’amènera à traverser à pied la Macédoine et l’Albanie aux côtés de ses geôliers puis à séjourner dans les camps italiens de Muro Lucano et d’Asinara. Ce n’est que le 18 août 1919, huit mois après la cessation des hostilités qu’il débarque enfin à Gruž, dans un pays qui s’appelle désormais le « Royaume des Serbes, Croates et Slovènes » : il témoignera plus tard de ses tribulations de prisonnier de guerre dans Ratno roblje (Otages de guerre), un livre qui paraîtra en 1941.

Sitôt de retour à Zagreb, Mile Budak entreprend de terminer ses études et le 31 juillet 1920, il soutient avec succès sa thèse de doctorat. À 31 ans, il peut désormais envisager d’avoir un emploi décent et en rapport avec ses ambitions. Avocat stagiaire au cabinet du Dr Ante Pavelić, il collabore également avec ce dernier au sein du Parti du Droit, collabore aux publications (Hrvatski Misao, Pravaš, Hrvatsko Pravo) qui soutiennent cette formation et participe aussi aux activités du Hrvatski Sokol (9). Au terme de sa période probatoire (1923), il accède au plein statut d’avocat, ouvre son propre cabinet et se fait vite connaître en plaidant quelques affaires politiques retentissantes : en mai 1925, il défend par exemple son ami de jeunesse Vladimir Ćopić (10), un activiste communiste, pour lequel il a déjà témoigné en 1922, et quatre ans plus tard, il plaide pour Josip Šunić, un militant du Parti Paysan que l’on accuse d’avoir occis le journaliste serbe Vlada Ristović. Élu au conseil municipal de la capitale (4 septembre 1927), Mile Budak y siège durant deux ans, jusqu’à l’instauration de la dictature – à compter de janvier 1929, les conseillers sont en effet nommés par le roi, ce que refusent Budak et ses collègues du Parti Paysan.

Avec l’instauration de la dictature (6 janvier 1929), l’action politique légale devient impossible. Ante Pavelić quitte donc le pays, non sans avoir auparavant fondé l’Oustacha, mouvement révolutionnaire et clandestin qui se propose de libérer la Croatie de l’oppression étrangère et de proclamer l’indépendance. Moins exposé que son confrère, Mile Budak reste à Zagreb où les patriotes se lancent, sous la houlette de Stipe Javor, dans l’action subversive et la résistance armée. En mars, le journaliste pro-serbe Tony Schlegel est abattu par de jeunes nationalistes, ce qui entraîne une vague d’arrestations et la fuite à l’étranger de plusieurs militants (11) ; le 29 et le 31 août, Mile Budak et Stipe Javor sont eux aussi arrêtés. Accusé d’être le cerveau de la subversion, Stipe Javor se verra bientôt condamné à 20 ans de détention (12). Pour sa part, Mile Budak, sur lequel ne pèse aucune charge précise, passe sept mois derrière les barreaux avant d’être remis en liberté sans qu’aucune procédure ne soit ouverte à son encontre !

N’étant pas poursuivi, Mile Budak peut prendre part à la défense des patriotes et lors du procès que l’État yougoslave intente à Stipe Javor, Matija  Soldin, Marko Hranilović (13) et une vingtaine de leurs camarades, il figure d’ailleurs parmi les avocats des inculpés, au côté du Dr Vladko Maček (14) avec lequel il se lie d’amitié. Faute d’avoir pu légalement le réduire au silence, le pouvoir royal décide alors de le faire taire définitivement et par des moyens plus expéditifs. Le 7 juin 1932, Mile Budak est assailli dans une rue par deux ou trois individus qui le blessent d’un coup de feu et l’assomment à coups de gourdin, l’expédiant pour trente-huit jours à l’hôpital ! L’intention était clairement de le tuer et il n’en réchappe que grâce à l’intervention rapide de quelques passants qui devront eux-mêmes faire face à mille tracasseries. Identifiés comme des agents de la police secrète, ses agresseurs n’écoperont que de trois ans de prison, ce qui soulève, à Zagreb, une tempête d’indignation : une pétition de soutien à Mile Budak réunit en quelques jours 209 signatures (dont celles des archevêques Bauer et Šarić et celles des communistes August Cesarec et Božidar Adžija), tandis que des parlementaires interpellent violemment le ministre de l’Intérieur.

Malgré ce climat délétère, Mile Budak participe, en novembre 1932, aux discussions qui préludent à la signature de ce que l’on appellera la « Déclaration de Zagreb » (Zagrebačka Punktacija), un document dans lequel les principales forces politiques croates (Parti Paysan, Parti du Droit, Parti Démocrate Serbe) dénoncent ensemble l’hégémonisme serbe et réclament l’instauration du fédéralisme. À peine remis de l’attentat qu’il a subi, Budak se sent encore menacé et il envisage désormais d’émigrer afin de mettre quelque distance entre sa famille, lui-même et les hommes de main du régime. L’arrestation de Vladko Maček (31 janvier 1933) achève de le convaincre et après avoir cédé les rênes de ce qu’il reste du Parti du Droit à son confrère Lovro Sušić (15), il quitte le royaume le 2 février 1933. Officiellement, il part en cure à Karlsbad (Karlovy Vary) avec son épouse et laisse ses filles (16) à Zagreb, aux bons soins de son ami Ivan Werner (17) ; elles rejoindront discrètement leurs parents quelques semaines plus tard.

L’émigration

Après une brève escale à Graz, Mile Budak et les siens gagnent ensuite Modène où ils sont hébergés par la famille Pavelić, puis Turin où ils vont demeurer jusqu’en décembre 1933. C’est à cette époque que Budak adhère formellement à l’Oustacha dont il prête le serment. C’est également durant ce court séjour qu’il rédige une petite brochure, Le peuple croate et son combat pour un État libre et indépendant (Hrvatski narod u borbi za samostalnu i nezavisnu hrvatsku državu), dont il confie le manuscrit au Père Stipanovic (18). Venu des Etats-Unis pour remettre un mémorandum à la Société des Nations, cet ecclésiastique invite Budak à l’accompagner au Vatican (24 octobre 1933) où ils rencontrent tous deux Sa Sainteté Pie XI lors d’une audience privée, avant d’être reçus à la Secrétairerie d’État.

Outre la brochure que nous avons mentionnée, Mile Budak commence également à collaborer à la presse oustachie : sa première contribution, signée Velebitski, est un poème à la gloire des combattants du mouvement qui paraît aux alentours de Pâques dans Grič et Ustaša. « L’ennemi piétine ta mère », s’écrie l’auteur, « Il crache sur les autels et souille les tombes des tiens » mais la Croatie attend impatiemment la venue de l’Oustacha (19). Associé à la rédaction de l’almanach « de l’État Indépendant Croate » qui réunit les signatures des intellectuels émigrés (20), il y publie ensuite « quelques réflexions » (21) qui lui permettent d’exprimer son attachement à la terre natale et aux paysans, et d’exposer sa vision essentiellement agrarienne du futur État croate. C’est à la même époque, enfin, qu’il compose pour les militants une marche belliqueuse où il chante « le héros Ante » qui s’élève comme un aigle sauvage des sommets du Velebit pour « chasser le diable au-delà de la Drina »… [Crûment intitulée « Bježte, psine ! » ou « Fichez-le-camp, chiens ! », cette marche serbophobe sera souvent reprochée à Mile Budak. Il faut toutefois la replacer dans le contexte d’extrême tension des années 1930. Au moment où Budak écrit ces paroles, il y a des attentats, des tortures, des pendaisons, une répression terrible et les passions sont exacerbées. Cette marche traduit peut-être de façon un peu radicale l’exaspération des patriotes croates mais elle reste néanmoins sensiblement moins acrimonieuse que La Marseillaise…].

À la fin de l’année 1933, Mile Budak et son épouse partent pour Berlin où l’écrivain doit superviser l’édition du bimensuel Nezavisna Hrvatska Država et de l’almanach du même nom, deux publications que dirige Branimir Jelić (22). À cette époque, le gouvernement allemand ne veut plus que ces titres soient imprimés à Berlin : ils le seront donc à Dantzig avant que l’imprimerie italienne de l’Oustacha n’en reprenne l’édition. La cohabitation à la tête d’une même entreprise éditoriale de deux personnalités aussi fortes que celles de Mile Budak et Branimir Jelić se révèle vite orageuse et une brouille profonde opposera durablement les deux hommes. Dans l’immédiat, ce différend est mis entre parenthèses car Jelić se rend en Amérique où Pavelić l’a chargé d’implanter l’Oustacha (23). De son côté, Budak ne reste pas non plus en Allemagne car au début du mois d’octobre 1934, le Poglavnik l’appelle d’urgence en Italie. Entre les deux hommes, Pavelić a, semble-t-il, fait son choix puisqu’en mai 1934, il a écarté Jelić des instances dirigeantes du mouvement et promu Budak au rang supérieur de conseiller (doglavnik).

Arrivé à Bologne le 8 octobre 1934, veille de l’attentat de Marseille [dans lequel il ne joue aucun rôle], Mile Budak se rend ensuite à Turin auprès des Pavelić. Pour les émigrés croates commence alors une période difficile car d’énormes pressions s’exercent maintenant sur leurs pays d’accueil et notamment sur l’Italie. Le 17 octobre, le chef de l’Oustacha et son bras droit, Eugen Dido Kvaternik (24), sont incarcérés par les autorités fascistes qui interceptent peu après (8 novembre) Branimir Jelić qui arrive des Etats-Unis. Les camps oustachis sont fermés et la plupart de leurs occupants (plus de 500 hommes) assignés à résidence sur l’île de Lipari. Placé par Pavelić à la tête de toutes les bases de l’organisation (10 janvier 1935), Mile Budak devient dès lors le principal interlocuteur du gouvernement fasciste et le responsable en chef des internés, une position qui s’avère vite inconfortable. Contesté par de nombreux militants qui lui reprochent de se montrer trop conciliant avec les Italiens et qui contreviennent ouvertement à ses ordres, Mile Budak peine à imposer son autorité. Ces conflits internes lui vaudront des rancunes tenaces et lui laisseront un souvenir amer.

À partir de 1936, son épouse Ivka s’établit à Messine où il la rejoint en février 1937, la direction du groupe de Lipari étant désormais assurée par Eugen Dido Kvaternik ; il ne s’agit cependant que d’une étape de plus puisque trois mois plus tard, le couple déménage encore, cette fois pour Salerne. Libéré des exténuantes chamailleries de Lipari, Mile Budak peut enfin se remettre à écrire. Ponctuée par la parution successive de Pod gorom (Au pied des montagnes – 1930), Raspeće (La mise en croix – 1931), Na ponorima (Au bord des abîmes – 1932) et Opanći dida Vidurine (Les mocassins de Pépé Vidurina – 1933), sa carrière littéraire s’est brutalement interrompue lorsqu’il a pris le chemin de l’exil, et ses nombreuses obligations ultérieures ne lui ont guère laissé le temps de renouer avec la littérature. À Messine puis à Salerne, c’est donc avec ferveur qu’il reprend la plume. Dans Na vulkanima (Au bord des volcans), qui ne paraîtra qu’en 1941, il raconte tout d’abord les péripéties de sa mission aux îles Éoliennes, puis il s’attelle à ce que beaucoup de critiques considèrent comme son œuvre majeure, le roman Ognjište (L’Âtre). Dans ce livre, dont il rédige les 850 pages en 43 jours, enfermé dans une chambre d’hôtel, Mile Budak – que certains tiennent pour un émule de Dostoïevski et d’autres pour un épigone de Wladislaw Reymont – trace un tableau fidèle et vivant de la vie des paysans de sa province natale de Lika. Avec cette œuvre, il prend place, aux côtés de Jean Giono, Stijn Streuvels, Dezsö Szabó et quelques autres, parmi les grands noms de la littérature du terroir et du courant que les Allemands nomment le Blut und Boden.

Le retour

Suite à l’accord intervenu entre l’Italie et la Yougoslavie (25 mars 1937), la branche italienne de l’Oustacha est dissoute (1er avril 1937) et les émigrés se voient fermement invités à rentrer au pays. Au cours des douze mois qui suivent, un premier contingent de 161 personnes regagne d’ailleurs la Yougoslavie (25). Dans ce contexte, Mile Budak, dont l’épouse supporte de plus en plus mal les rigueurs de l’exil, commence à envisager sérieusement l’hypothèse d’un retour. Il est difficile d’établir, aujourd’hui, s’il agit en accord avec Pavelić ou de son propre chef mais le fait est qu’il rencontre à deux reprises le célèbre policier yougoslave Vladeta Miličević afin d’évoquer les conditions de son retour, et qu’il s’entretient même, sur les bords du Lac de Côme, avec le Premier ministre yougoslave Milan Stojadinović. En tout état de cause, ces discrètes négociations finissent par aboutir puisqu’au bout de cinq mois, Mile et Ivka Budak quittent Salerne pour Zagreb où ils arrivent le 6 juillet 1938, quelques semaines seulement après la sortie en librairie de Ognjište

Pour l’homme de lettres, ces retrouvailles avec la Mère Patrie marquent un regain d’activité. Peu de temps après la publication de Ognjište paraît le roman Direktor Križanić, suivi en 1939 de Na Veliki Petak (Le Vendredi Saint) et de Rascvjetana trešnja (Le cerisier en fleurs), puis en 1940 de San o sreći (Songe de bonheur). Cette créativité littéraire n’empêche pas Mile Budak de redescendre dans l’arène politique en prenant tout d’abord la direction du nouvel hebdomadaire nationaliste Hrvatski Narod et en patronnant ensuite l’association Uzdanica. [Animé par des sympathisants de l’Oustacha, ce groupe a pour objectifs de fournir une assistance morale et financière aux victimes de la répression et de concurrencer dans toutes les communes l’appareil du Parti Paysan]. Alors que la Seconde Guerre mondiale vient d’éclater, les patriotes croates sont encore loin d’avoir gagné la partie : la Croatie a certes obtenu un semblant d’autonomie (24 août 1939) mais la répression anti-indépendantiste ne faiblit pas. Au cours de l’année 1940, le journal Hrvatski Narod est d’ailleurs suspendu, tandis que les dirigeants nationalistes sont arrêtés les uns après les autres et incarcérés au camp de Krušćica, en Bosnie centrale. Figure de proue de la contestation anti-yougoslave, Mile Budak n’est, bien sûr, pas épargné par la rafle : appréhendé le 27 février 1940, il ne sera élargi que cinq semaines plus tard, non sans avoir observé deux grèves de la faim. L’écrivain n’est pas épargné non plus par le destin puisque le 11 avril 1940, le jour même où s’achève sa détention, son épouse Ivka décède à leur domicile de Zagreb. Retrouvée noyée dans un bassin de jardin, on ne saura jamais si elle a mis fin à ses jours ou si elle a été victime d’un homicide…

Ministre de l’Instruction

Au moment où se déclenche l’offensive allemande contre la Yougoslavie (6 avril 1941), Mile Budak se trouve dans un hôpital de Zagreb où il se remet d’une opération de la vésicule biliaire (et où il échappe de peu à une nouvelle tentative d’attentat). C’est donc depuis son lit de douleur qu’il apprend, le 10 avril 1941, la proclamation par Slavko Kvaternik (26) de l’État Indépendant Croate. Même si ses problèmes de santé l’ont tenu à l’écart des événements du 10 avril et s’il n’appartient pas au noyau dur de l’Oustacha, l’écrivain demeure cependant l’un des personnages les plus en vue du mouvement et à ce titre, le Poglavnik lui offre bientôt d’entrer dans le premier gouvernement du nouvel État. Le 16 avril 1941, Mile Budak est donc nommé ministre des Cultes et de l’Instruction (27), un poste qu’il va occuper durant un peu plus de six mois.

La création du nouvel État implique la mise en place d’un nouveau système scolaire et universitaire, ce qui constitue la tâche prioritaire du nouveau ministre. Ce dernier procède à quelques promotions et mutations chez les enseignants et directeurs de lycée, il fait réaliser de nouveaux livres de lecture pour les écoles primaires et de nouveaux manuels pour les établissements secondaires. Dans le domaine universitaire, il installe une commission de réforme et supervise l’attribution des postes [contrairement aux clichés souvent répandus, le nouveau régime ne déclenche aucune chasse aux sorcières et seuls 14 ou 15 professeurs sont placés en situation de retraite]. Dans le même temps, Mile Budak ordonne (9 août 1941) la création de l’Institut d’Édition Bibliographique (HIBZ) qui aura pour mission de rédiger et de publier une encyclopédie croate ; son champ d’action dépassant le strict domaine scolaire pour s’étendre à celui de la culture en général, il s’intéresse également à la fondation (12 juillet 1941) de l’Académie Croate des Sciences et des Arts (HAZU) ainsi qu’aux travaux de l’Association des Écrivains et à l’avenir du Théâtre National. Parallèlement à ces activités qui relèvent de son ministère, il poursuit d’autre part l’édition de ses propres œuvres et notamment de Ratno roblje (Otages de guerre), Na vulkanima (Au bord des volcans) et Musinka qui paraissent durant l’année.

Globalement, ce semestre à la tête du ministère de l’Instruction est une période plutôt positive pour Mile Budak au crédit duquel il faut encore porter de discrètes interventions en faveur des écrivains Miroslav Krleža (28) et Ivo Andrić (29). La seule ombre au tableau mais elle est de taille, ce sont les quelques discours que Budak prononce au cours de l’été et dans lesquels il s’en prend maladroitement aux Serbes, ce que la propagande ennemie ne manquera pas de monter en épingle. Pour se faire une idée objective des propos du ministre, il faut bien les replacer dans le contexte de la libération du pays et bien comprendre aussi l’état d’esprit de Mile Budak. Il ne faut pas oublier que ce dernier a eu à subir deux attentats et un emprisonnement arbitraire du fait du pouvoir serbe, qu’il a dû passer cinq ans en exil et que son épouse a peu ou prou succombé à cette pression ; il faut aussi se souvenir que Mile Budak n’est pas un politicien de métier mais un écrivain et un artiste, qu’il ne possède pas la traditionnelle cautèle des hommes politiques confirmés et qu’il n’est pas rompu à ce langage convenu que les Russes nommaient autrefois la « langue de chêne ». Lorsqu’il lance, presque à son corps défendant (30), la fameuse formule « Srbe na vrbe » ou « Les Serbes dans les saules », il ne s’agit donc nullement, comme on l’a prétendu, d’un mot d’ordre invitant les Croates à pendre les orthodoxes haut et court. Il s’agit simplement, dans la liesse et la chaleur communicative d’un meeting fêtant l’indépendance, d’une allusion – plutôt inopportune, il est vrai – à un slogan d’avant la Première Guerre mondiale, et plus précisément à un poème composé en juillet 1914 par le Slovène Marko Natlačen. Notons au passage que les Serbes n’en tinrent pas vraiment rigueur au dit Natlačen puisque le roi de Yougoslavie le nomma plus tard gouverneur de la Banovine de la Drave… À l’occasion d’une autre réunion publique, Budak aurait également annoncé au sujet des Serbes qu’il fallait en chasser un tiers, en tuer un second tiers et en convertir le dernier tiers. Cette fois encore, tout sera fait pour accréditer la thèse que le ministre énonçait là le monstrueux programme génocidaire de l’État Croate. En réalité, cela ne correspond ni aux projets de l’État (31), ni à la pensée d’Ante Pavelić (32) et encore moins à celle de Budak lui-même (33). Il s’agit tout au plus et dans le feu d’un discours, du pastiche d’une vieille déclaration faite au siècle précédent et au sujet des musulmans par le général et ministre serbe Milivoje Blažnavac (34). On parlerait aujourd’hui, au pire, d’un dérapage verbal ou d’une incongruité, et il semble tout à fait exagéré d’y voir autre chose qu’une maladresse et un manque d’expérience. Outre que Budak n’aurait probablement pas fait de mal à une mouche, il n’était aucunement concerné par les questions raciales, ne possédait aucune influence en la matière et n’a d’ailleurs jamais signé le moindre document officiel y ayant trait.

Ambassadeur à Berlin

Le 2 novembre 1941, Mile Budak quitte le ministère de l’Instruction pour devenir ambassadeur de Croatie en Allemagne, une nomination qui ne s’est pas faite sans difficultés car la Wilhelmstrasse le soupçonne d’être favorable à l’Italie et même d’appartenir à la franc-maçonnerie. Aux yeux de beaucoup d’observateurs, cette affectation a tout d’un exil doré. Personnage un peu marginal et jugé parfois fantasque, il ne jouit peut-être pas de la totale confiance du Poglavnik et compte de féroces détracteurs parmi les hiérarques de l’Oustacha. À Berlin, il sera loin de la scène politique croate et ne fera de l’ombre à personne…

Arrivé le 8 décembre dans la capitale du Reich, Mile Budak présente ses lettres de créance à Hitler le 28 février 1942. Il dispose à Grunewald d’une belle ambassade et fait l’objet de quelques prévenances mais de toute évidence, son rôle politique est tout à fait minime car les affaires importantes se négocient directement à Zagreb, entre Pavelić, le plénipotentiaire Siegfried Kasche et le général Glaise von Horstenau. Le seul sujet de quelque relief dont il aura à s’occuper sera la création et l’équipement d’une gendarmerie croate. Faute d’être associé aux débats de fond, le nouvel ambassadeur se consacre donc aux travailleurs croates qui résident en Allemagne (environ 150 000), à l’établissement de relations cordiales avec le corps diplomatique et au renforcement de la coopération culturelle germano-croate. On sait, par exemple, qu’il établit de fructueux contacts avec les ambassadeurs de Turquie (Rizvanbegović) et du Japon (Hiroshi Ōshima)-(35), ainsi qu’avec le Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini (36), et l’influent général Gottlob Berger. Sur le plan culturel, il prépare la venue à Vienne de l’Opéra Croate et organise à Berlin une grande exposition où sont présentées, en janvier 1943, 460 œuvres d’artistes croates (76 peintres et 19 sculpteurs). Au bout d’un an et demi de séjour en Allemagne (où plusieurs de ses livres ont été traduits) et à l’heure où sa mission s’achève, on peut dire que Mile Budak a parfaitement tenu son rang et qu’il a sensiblement amélioré l’image de la Croatie auprès du grand public.

Ministre des Affaires Étrangères

Des difficultés ayant surgi avec l’Italie en raison du soutien de certains militaires fascistes aux Tchetniks de Dalmatie, Ante Pavelić se trouve contraint de procéder à un remaniement et le 23 avril 1943, Mile Budak se voit désigné pour prendre la succession de Mladen Lorković à la tête du ministère des Affaires Étrangères. Sur le papier, il s’agit d’une promotion mais dans les faits, l’écrivain ne dispose de guère plus de latitude qu’à Berlin car la politique étrangère demeure l’une des chasses gardées du chef de l’État. Concrètement, le rôle de Mile Budak se borne le plus souvent à accompagner le Poglavnik puis à répercuter les décisions prises ou les orientations choisies aux légations diplomatiques. Ainsi, le 27 avril 1943, le nouveau ministre est-il au château de Klessheim où il assiste aux entretiens entre Pavelić et Hitler, apparemment sans intervenir ; le 5 mai, il est également présent lors de la rencontre entre Himmler et le Poglavnik, et le 26 juillet, lors des entretiens au cours desquels Pavelić et Siegfried Kasche évoquent la chute de Mussolini. À aucun moment au cours de ces trois rendez-vous importants, Mile Budak n’intervient de façon notable. Ses premiers gestes, plus symboliques que vraiment significatifs – et qu’il n’effectue certainement pas sans un feu vert préalable du chef de l’État – consistent, au mois d’août 1943, à établir des relations diplomatiques avec la Birmanie puis, le 17 octobre, avec les Philippines… On ne peut pas dire qu’il s’agisse de décisions majeures.

Le 8 septembre 1943, l’Italie capitule et dès le lendemain, Ante Pavelić annonce que les Accords de Rome sont abrogés et que la Croatie va récupérer ses frontières historiques. Les choses sont néanmoins plus complexes qu’il n’y paraît et Mile Budak se retrouve au cœur des tractations qui s’engagent. Se posent, en effet, de nombreux problèmes car dès le 10 septembre, Hitler ordonne la création d’une « Zone d’opération du littoral adriatique » (OZAK) qui englobe Rijeka et les îles du Kvarner et où il désigne un haut commissaire ; d’autre part, la République Sociale Italienne (fondée par Mussolini, le 23 septembre 1943) revendique toujours la souveraineté sur cette région ainsi que sur Zadar. Au sud se pose aussi la question de Kotor que le Monténégro entend disputer à la Croatie. Très engagé dans la défense des intérêts territoriaux et militaires de la Croatie, Mile Budak se montre beaucoup plus actif que durant les mois précédents : il multiplie les interventions, tente de faire pression et n’hésite pas à critiquer ouvertement les choix de Berlin, ce qui finit par fragiliser sa position au sein du gouvernement. Devenu plus ou moins importun, l’écrivain se voit alors proposer le portefeuille de la Justice mais il décline cette offre et demande, le 5 novembre, à être déchargé de ses fonctions.

Un dénouement tragique

Rendu à la vie civile, Mile Budak peut à nouveau se consacrer pleinement à son œuvre littéraire. En 1943 paraît une sélection de ses nouvelles, Izabrane pripoviesti (Textes choisis), tandis que l’écrivain s’attelle désormais à la rédaction d’une grande saga en six volumes, Kresojića soj (Le sang des Kresojić), dont les trois premiers récits, Kresina, Gospodin Tome (Maître Thomas) et Hajduk (Le Haïdouk) paraîtront en 1944.

Ce travail d’écriture ne l’écarte cependant pas totalement de la vie politique puisqu’il conserve son rang de doglavnik et reste donc membre du Grand Conseil de l’Oustacha (37). En cette qualité, il prend d’ailleurs part à toutes les réunions du Conseil, certaines se déroulant même à son domicile. Cette participation, il faut le préciser, est assez symbolique car le Conseil ne possède qu’un rôle consultatif ; elle démontre en tout cas que Mile Budak demeure fidèle à ses engagements et qu’il n’abandonne pas le combat.

Au printemps de 1945, ce combat entre toutefois dans sa dernière phase car l’Armée Rouge et les Partisans progressent irrésistiblement en direction de Zagreb où l’on ne se fait plus beaucoup d’illusions sur l’avenir de l’État Indépendant Croate. Le 6 mai, les membres du gouvernement et les notables du régime quittent d’ailleurs la capitale et prennent la direction de Turracher Höhe, en Autriche : Mile Budak est du voyage, avec sa fille Grozdana et sa nièce Ana. Arrivés le 7 au soir, les fugitifs, qui sont sous l’autorité formelle du Premier ministre Nikola Mandić, prennent ensuite le chemin de Turrach, Predlitz et Tamsweg où Mandić prend contact avec l’armée britannique (14 mai 1945). Au bout de trois jours, le groupe – qui comprend 69 personnes, femmes et enfants compris – est transféré au camp de Spittal, puis à Rosenbach où il est remis aux Partisans qui emmènent les captifs à Škofia Loka. Là, Mandić, Budak, Ademaga Mešić et une douzaine d’autres dignitaires sont séparés de leurs compagnons pour être acheminés sur Zagreb où ils arrivent entre le 21 et le 25 mai. Des 54 prisonniers restés à Škofia Loka, seuls quelques jeunes enfants survivront : les autres, dont la fille et la nièce de Budak, ainsi que la fille aînée du ministre Ivica Frković et le frère du Poglavnik, sont tous exécutés le 25 mai, sans aucun jugement préalable.

Incarcéré à Zagreb, Mile Budak est interrogé le 26 mai et son « procès » s’ouvre le 6 juin devant le tribunal militaire de la IIe Armée. Il s’agit bien entendu d’un grossier simulacre de justice : les inculpés sont dix (38) et ils n’ont qu’un seul avocat que l’on a prévenu la veille… La pseudo cour se compose du colonel Hrnčević, du major Divjanović et du capitaine Ranogajec, et quant à l’accusation, elle a été confiée au Vychinski de Tito, le sinistre Jakov Blažević (39). Bien que la procédure vise dix personnes dont cinq anciens ministres, les débats sont vite expédiés et le verdict tombe dans la soirée : Mile Budak est condamné à mort par pendaison, pour haute trahison et crimes de guerre (40). Il sera exécuté dans la nuit, aux petites heures du 7 juin 1945, treize ans jour pour jour après l’attentat qui avait failli lui coûter la vie en 1932 !

Un homme d’honneur

Exécuté à la hâte parce que ses idées et son talent étaient insupportables aux nouveaux maîtres de la Yougoslavie reconstituée et parce qu’il fallait décapiter l’intelligentsia croate, Mile Budak n’a bien sûr perpétré aucun « crime de guerre » ni commis la moindre « trahison ». Homme de lettres, il a écrit et parlé en faveur de son peuple, de l’indépendance de sa patrie et du parti dont il était membre mais il n’a jamais attenté à la vie de quiconque ni ordonné à qui que ce soit de commettre un quelconque méfait (41). Ministre de l’Instruction et des Affaires Étrangères, ambassadeur et conseiller supérieur de l’Oustacha, il n’est jamais entré dans ses attributions de commander des troupes sur le terrain, ni de leur fixer une ligne de conduite et encore moins de leur assigner des objectifs. Eut-il même voulu commettre un crime de guerre qu’il n’eut pas vraiment été en situation de le faire. Par ailleurs, on ne voit pas comment on peut décemment l’accuser de trahison au vu des trente-cinq ans qu’il a consacrés à servir la Croatie, son pays. À l’égard de la Yougoslavie, entité artificielle, imposée de force et par l’étranger, il ne devait aucune allégeance et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que ce sont ceux-là mêmes qui ont tout fait pour étouffer l’indépendance de la Croatie et asservir son peuple qui ont osé le condamner au motif d’une pseudo trahison. L’honneur était de son côté, pas du leur.

Romancier, poète, militant, avocat, ministre et diplomate, Mile Budak fut à la fois un artiste et un homme d’action auquel il semble juste de reconnaître un certain panache. On peut, certes, ne pas apprécier son œuvre ou désapprouver son engagement mais ce n’était sûrement pas une raison pour l’expédier à la potence !

Christophe Dolbeau

Notes

(1) Voir C. Dolbeau, « Croatie 1945 : une nation décapitée », in Tabou, vol. 18 [version croate in Hrvatski list du 12 mai 2011, « Hrvatska 1945 : obezglavljeni narod (komunistički aristocid nad Hrvatima) »] et « Bleiburg, démocide yougoslave », in Tabou, vol. 17.

(2) Cf. La force des choses, Folio-Gallimard, Paris 1963, p. 36.

(3) Cf. Gabriel Marcel, Les hommes contre l’humain, La Colombe, Paris 1951, p. 185.

(4) En Bosnie-Herzégovine, les activités de Mlada Hrvatska étaient proscrites alors qu’elles ne l’étaient pas en Croatie.

(5) L’écrivain Ante Starčević (1823-1896), fondateur du Parti Croate du Droit, fut un partisan déclaré de l’indépendance croate ; il est considéré par les patriotes croates comme le Père de la Patrie.

(6) Les Zinzares ou Aroumains sont une peuplade romanophone des Balkans ; on les appelle également Morlaques, Valaques, Mauro-Valaques, Latini Negri, Blahoï, Kara-Martoloži, Eflakan, Aromounes, Olaks ou Čiči. Selon certains spécialistes dont le Père D. Mandić, 50 à 52% des Serbes de Bosnie-Herzégovine seraient de lointaine origine zinzare – voir D. Mandić, Hrvati i Srbi, dva stara različita naroda, KHR, Barcelone 1971, p. 212.

(7) Cf. D. Mandić, op. cit., p. 212.

(8) Né le 20 juillet 1914, Zvonimir Budak quitte la Croatie en 1933 pour les Etats-Unis où il deviendra citoyen américain sous le nom de Frank M. Berger. Vétéran de la Guerre de Corée, il est décédé à Memphis, le 13 novembre 1994.

(9) Le Hrvatski Sokol est une organisation patriotique (40 000 membres) qui promeut et encourage la pratique du sport. Mile Budak en sera le vice-président.

(10) Ancien cadre de Mlada Hrvatska (Jeune Croatie), Vladimir Ćopić (1891-1939) a rejoint les bolcheviks durant la Première Guerre mondiale. Fondateur du Parti Communiste Yougoslave, il sera délégué au Ve Congrès du Komintern avant de commander la XVe Brigade Internationale au cours de la Guerre d’Espagne (1937-38) ; rappelé à Moscou, il y a été liquidé lors de la Grande Purge.

(11) dont Mijo Babić, Zvonimir Pospišil et Mladen Lorković.

(12) Incarcéré à Lepoglava et Srijemska Mitrovica où il fait la grève de la faim, Stipe Javor (1877-1936) succombe le 27 mars 1936 des suites d’une pneumonie et des tortures qu’on lui a infligées.

(13) Matija Soldin et Marko Hranilović seront condamnés à mort et exécutés par pendaison le 25 septembre 1931. L’un et l’autre avaient été sévèrement torturés durant l’instruction de leur affaire.

(14) Vladko Maček (1879-1964), avocat, député, chef du Parti Paysan Croate.

(15) Lovro Sušić (1891-1972), avocat, député, futur ministre de l’État Indépendant Croate et secrétaire général (postrojnik) de l’Oustacha.

(16) Outre son fils Zvonimir, Mile Budak a eu deux filles : Neda, née le 4 février 1921, et Grozdana, née le 17 mars 1924. Épouse de Krešimir Puk (fils d’un célèbre dignitaire oustachi), Neda émigrera aux Etats-Unis où son mari prendra le nom de Peter Poock ; elle est décédée le 16 mars 1995 dans l’Iowa. Grozdana sera quant à elle assassinée par les Partisans, le 25 mai 1945.

(17) Industriel de la viande, Ivan Werner (1887-1944) sera nommé maire de Zagreb en 1941.

(18) Cette brochure sera éditée en mai 1934 par une association croate de l’Ohio. Une version espagnole paraîtra à Buenos Aires en 1937 mais en revanche, les traductions allemande et italienne seront jugées « inopportunes » par les gouvernements de Berlin et Rome.

(19) « Ustašo moj » – texte cité dans « Prilog životopisu dra Mile Budaka » par Jere Jareb, in Hrvatska Revija, N° 1 [157], mars 1990, p. 104.

(20) À savoir Ante Pavelić, Marko Došen, Joža Milković, Ivan Perčević, Stanko Hranilović, Ante Brkan, Ante Valenta, Stijepo Perić, Ante Bubalo, Mijo Bzik, etc.

(21) « Nekoliko misli o uređenju slobodne i nezavisne hrvatske države ».

(22) Branimir Jelić (1905-1972), médecin de profession, avait été le chef des jeunesses du Parti du Droit. Arrêté à Gibraltar en 1941, alors qu’il revenait des USA, il sera incarcéré durant quatre ans sur l’île de Man et ne jouera donc aucun rôle dans l’État Indépendant Croate.

(23) L’opération est un succès puisque selon J. Sadkovich, le Hrvatski Domobran des USA (fondé le 21 août 1933 par B. Jelić) regroupe, en 1935, 15 000 adhérents répartis en 30 sections – voir « La composizione degli ustascia : una valutazione preliminare », in Storia Contemporanea, N° 6 (décembre 1980).

(24) Principal organisateur de l’attentat de Marseille contre le roi Alexandre Ier, Eugen Dido Kvaternik (1910-1962) sera Commissaire à l’Ordre Public et à la Sécurité au début de l’État Indépendant Croate.

(25) En 1938-39, cent dix-sept autres sont renvoyés en Yougoslavie, et en 1939-40 quatre – voir P. Iuso, Il Fascismo e gli Ustascia 1929-1941, Gangemi Editore, Roma 1998, pp. 119-125.

(26) Ancien colonel de l’armée austro-hongroise, Slavko Kvaternik (1878-1947) sera le premier ministre de la Défense de l’État Indépendant Croate ; promu maréchal des armées et général oustachi, il s’exile en Slovaquie et prend quelque distance avec le régime à partir d’octobre 1942.

(27) Le 9 octobre 1942, le ministère changera de dénomination : de ministère de l’Instruction et des Cultes il deviendra ministère de l’Éducation Nationale.

(28) Proche du Parti Communiste, le romancier Miroslav Krleža (1893-1981) se voit proposer, à l’initiative de Mile Budak, un poste d’intendant du Théâtre National, puis une chaire à l’université et enfin une mission en Suisse, afin de le mettre à l’abri de la répression. Il déclinera ces offres.

(29) Ancien diplomate yougoslave, le futur prix Nobel Ivo Andrić (1892-1975) se verra proposer, à l’initiative de Mile Budak et avec l’assentiment de Pavelić, un poste dans la diplomatie croate. Il ne donnera pas suite à cette offre.

(30) Il confiera au Dr Mate Frković que l’expression « lui a spontanément échappé » – cité par Jere Jareb, « Prilog životopisu dra Mile Budaka ; drugi dio », in Hrvatska Revija, N° 2 [158], juin 1990, p. 315.

(31) Si l’État Croate est hostile à l’existence d’une cinquième colonne serbe, il est en revanche favorable à l’intégration des « orthodoxes croates ». À cette fin, Ante Pavelić fonde même une Église Orthodoxe Croate autocéphale (3 avril 1942) qu’il place sous l’autorité du métropolite russe Germogen. Par ailleurs, le gouvernement compte dans ses rangs un ministre orthodoxe (Savo Besarović) et le Sabor (Diète) quelques parlementaires de cette religion. Plusieurs généraux orthodoxes (Fedor Dragojlov, Milan Uzelac, Đuro Dragičević, Mihajlo Lukić, Đuro Gruić, Jovan Iskrić, Miroslav Opačić, Dušan Palčić, Milan Desović) exercent des commandements importants dans l’armée régulière ; quelques orthodoxes, comme le célèbre colonel Delko Bogdanić, servent également dans la milice oustachie.

(32) Si l’on en croit le général oustachi Ante Moškov, « Pavelić ne s’est jamais prononcé sur un quelconque anéantissement du peuple serbe » – voir Pavelićevo doba, Laus, Split 1999, pp. 204-206. Selon l’historien Stefan Sipić, « Pavelić affiche ouvertement son anti-yougoslavisme aussi bien idéologique que politique et son opposition au régime de Belgrade, mais cet antagonisme ne prend jamais un caractère racial qui pourrait se généraliser à l’ensemble du peuple serbe » – voir « L’idéologie du mouvement oustachi de 1930 à 1941 », in Cahiers balkaniques, 38-39/2011, 3-18.

(33) Si l’on en croit Luka Fertilio (cité par J. Jareb, op. cit., p. 316), Mile Budak apporte son aide à plusieurs orthodoxes et juifs croates lorsqu’il est en poste à Berlin. Si l’on s’en réfère à Marko Čović, il fait de même à Zagreb avec certains intellectuels serbes.

(34) Voir D. Pavličević, « Nije Budak nego Blažnavac », in Vijenac, 423, du 20 mai 2010.

(35) C’est notamment grâce aux bonnes relations de Budak avec l’ambassadeur Ōshima que le Japon nommera un chargé d’affaires (Kazuichi Miura) à Zagreb.

(36) En avril 1943, le Grand Mufti effectuera une visite officielle en Croatie.

(37) Ce Grand Conseil ou Doglavničko Vijeće compte douze membres. Mile Budak en a fait partie du 6 mai 1934 au 10 mai 1943 puis du 20 juillet 1943 au 6 mai 1945.

(38) À savoir Nikola Mandić, Mile Budak, Julije Makanec, Nikola Steinfel (Steinfl), Pavao Canki, Juraj (Jućo) Rukavina, Ivan Vidnjević, Ademaga Mešić, Lavoslav Milić et Bruno Nardelli.

(39) Le même qui requerra contre le Bienheureux Alojzije Stepinac, cardinal et archevêque de Zagreb.

(40) Des dix accusés, seuls trois échappent à la peine de mort : Ademaga Mešić est condamné à la réclusion à perpétuité, Lavoslav Milić et Bruno Nardelli à vingt ans d’emprisonnement.

(41) Mile Budak était catholique pratiquant et cela eut été en totale contradiction avec sa foi.

Bibliographie

        V. Nikolić, « Mile Budak : pjesnik i mučenik Hrvatske », Hrvatska Revija, N° 4 [156], décembre 1989, pp. 647-659.

        Jere Jareb, « Prilog životopisu dra Mile Budaka », Hrvatska Revija, N° 1 [157], mars 1990, pp. 92-122, N° 2 [158], juin 1990, pp. 311-355.

        P. Iuso, Il fascismo e gli Ustascia 1929-1941, Gangemi Editore, Roma 1998.

        Collectif, Tko je tko u NDH, Minerva, Zagreb 1998.

        T. Jonjić et S. Matković, « Novi prilozi za životopis Mile Budaka uoči Drugoga svjetskog rata », Časopis za suvremenu povijest, vol. 40, N° 2 (octobre 2008), pp. 425-452.

        D. Pavličević, « Nije Budak nego Blažnavac », Vijenac, N° 423, 20 mai 2010.

        S. Sipić, « L’idéologie du mouvement oustachi de 1930 à 1941 », Cahiers balkaniques, N° 38-39/2011, pp. 3-18.

        T. Jonjić et S. Matković, « Presuda protiv Mile Budaka i družine pronađena je i objavljena », Društvena istraživanja, vol. 22, N° 2, juillet 2013, pp. 369-375.        

Wall Street & the November 1917 Bolshevik Revolution

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Wall Street & the November 1917 Bolshevik Revolution

By Kerry Bolton 

Ex: http://www.counter-currents.com

My last article [2] documented the funding of the March 1917 Revolution in Russia.[1] The primary financier of the Russian revolutionary movement 1905–1917 was Jacob Schiff, of Kuhn Loeb and Co., New York. In particular Schiff had provided the money for the distribution of revolutionary propaganda among Russians prisoners-of-war in Japan in 1905 by the American journalist George Kennan who, more than any other individual, was responsible for turning American public and official opinion against Czarist Russia. Kennan subsequently related that it was thanks to Schiff that 50,000 Russian soldiers were revolutionized and formed the cadres that laid the basis for the March 1917 Revolution and, we might add–either directly or indirectly–the consequent Bolshevik coup of November. The reaction of bankers from Wall Street and The City towards the overthrow of the Czar was enthusiastic.

This article deals with the funding of the subsequent Bolshevik coup eight months later which, as paradoxical as it might seem to those who know nothing of history other than the orthodox version, was also greeted cordially by banking circles in Wall Street and elsewhere.

Apologists for the bankers and other highly-placed individuals who supported the Bolsheviks from the earliest stages of the communist takeover, either diplomatically or financially, justify the support for this mass application of psychopathology as being motivated by patriotic sentiment, in trying to thwart German influence over the Bolsheviks and to keep Russia in the war against Germany. Because Lenin and his entourage had been able to enter Russia courtesy of the German High Command on the basis that a Bolshevik regime would withdraw Russia from the war, Wall Street capitalists explained that their patronage of the Bolsheviks was motivated by the highest ideals of pro-Allied sentiment. Hence, William Boyce Thompson in particular stated that by funding Bolshevik propaganda for distribution in Germany and Austria this would undermine the war effort of those countries, while his assistance to the Bolsheviks in Russia was designed to swing them in favor of the Allies.

These protestations of patriotic motivations ring hollow. International banking is precisely what it is called–international, or globalist as such forms of capitalism are now called. Not only have these banking forms and other forms of big business had overlapping directorships and investments for generations, but they are often related through intermarriage. While Max Warburg of the Warburg banking house in Germany advised the Kaiser and while the German Government arranged for funding and safe passage of Lenin and his entourage from Switzerland across Germany to Russia;[2] his brother Paul,[3] a partner of Jacob Schiff’s at Wall Street, looked after the family interests in New York. The primary factor that was behind the bankers’ support for the Bolsheviks whether from London,[4] New York, Stockholm,[5] or Berlin, was to open up the underdeveloped resources of Russia to the world market, just as in our own day George Soros, the money speculator, funds the so-called “color revolutions” to bring about “regime change” that facilitates the opening up of resources to global exploitation. Hence there can no longer be any doubt that international capital a plays a major role in fomenting revolutions, because Soros plays the well-known modern-day equivalent of Jacob Schiff.

Recognition of Bolsheviks Pushed by Bankers

This aim of international finance, whether centered in Germany, England or the USA, to open up Russia to capitalist exploitation by supporting the Bolsheviks, was widely commented on at the time by a diversity of well-informed sources, including Allied intelligence agencies, and of particular interest by two very different individuals, Henry Wickham Steed, editor of The London Times, and Samuel Gompers, head of the American Federation of Labor.

On May 1, 1922 The New York Times reported that Gompers, reacting to negotiations at the international economic conference at Genoa, declared that a group of “predatory international financiers” were working for the recognition of the Bolshevik regime for the opening up of resources for exploitation. Despite the rhetoric by New York and London bankers during the war that a Russian revolution would serve the Allied cause, Gompers opined that this was an “Anglo-American-German banking group,” and that they were “international bankers” who did not adhere to any national allegiance. He also noted that prominent Americans who had a history of anti-labor attitudes were advocating recognition of the Bolshevik regime.[6]

What Gompers claimed, was similarly expressed by Henry Wickham Steed of The London Times, based on his observations. In a first-hand account of the Paris Peace Conference of 1919, Steed stated that proceedings were interrupted by the return from Moscow of William C. Bullitt and Lincoln Steffens, “who had been sent to Russia towards the middle of February by Colonel House and Mr. Lansing, for the purpose of studying conditions, political and economic, therein for the benefit of the American Commissioners plenipotentiary to negotiate peace.”[7] Steed also refers to British Prime Minister Lloyd George as being likely to have known of the Mission and its purpose. Steed stated that international finance was behind the move for recognition of the Bolshevik regime and other moves in favor of the Bolsheviks, and specifically identified Jacob Schiff of Kuhn, Loeb & Co., New York, as one of the principal bankers “eager to secure recognition”:

Potent international financial interests were at work in favor of the immediate recognition of the Bolshevists. Those influences had been largely responsible for the Anglo-American proposal in January to call Bolshevist representatives to Paris at the beginning of the Peace Conference—a proposal which had failed after having been transformed into a suggestion for a Conference with the Bolshevists at Prinkipo. . . . The well-known American Jewish banker, Mr. Jacob Schiff, was known to be anxious to secure recognition for the Bolshevists . . .[8]

In return for diplomatic recognition, Tchitcherin, the Bolshevist Commissary for Foreign Affairs, was offering “extensive commercial and economic concessions.”

Wickham Steed with the support of The Times’ proprietor, Lord Northcliffe, exposed the machinations of international finance to obtain the recognition of the Bolshevik regime, which still had a very uncertain future.

Steed related that he was called upon by US President Wilson’s primary adviser, Edward Mandel House, who was concerned at Steed’s exposé of the relationship between Bolshevists and international financers:

That day Colonel House asked me to call upon him. I found him worried both by my criticism of any recognition of the Bolshevists and by the certainty, which he had not previously realized, that if the President were to recognize the Bolshevists in return for commercial concessions his whole “idealism” would be hopelessly compromised as commercialism in disguise. I pointed out to him that not only would Wilson be utterly discredited but that the League of Nations would go by the board, because all the small peoples and many of the big peoples of Europe would be unable to resist the Bolshevism which Wilson would have accredited.[9]

Steed stated to House that it was Jacob Schiff, Warburg and other bankers who were behind the diplomatic moves in favor of the Bolsheviks:

I insisted that, unknown to him, the prime movers were Jacob Schiff, Warburg, and other international financiers, who wished above all to bolster up the Jewish Bolshevists in order to secure a field for German and Jewish exploitation of Russia.[10]

Steed here indicates an uncharacteristic naïveté in thinking that House would not have known of the plans of Schiff, Warburg, et al. House was throughout his career close to these bankers and was involved with them in setting up a war-time think tank called The Inquiry, and following the war the creation of the Council on Foreign Relations, in order to shape an internationalist post-war foreign policy. It was Schiff and Paul Warburg and other Wall Street bankers who called on House in 1913 to get House’s support for the creation of the Federal Reserve Bank.[11]

House in Machiavellian manner asked Steed to compromise; to support humanitarian aid supposedly for the benefit of all Russians. Steed agreed to consider this, but soon after talking with House found out that British Prime Minister Lloyd George and Wilson were to proceed with recognition the following day. Steed therefore wrote the leading article for the Paris Daily Mail of March 28th, exposing the maneuvers and asking how a pro-Bolshevik attitude was consistent with Pres. Wilson’s declared moral principles for the post-war world?

. . . Who are the tempters that would dare whisper into the ears of the Allied and Associated Governments? They are not far removed from the men who preached peace with profitable dishonour to the British people in July, 1914. They are akin to, if not identical with, the men who sent Trotsky and some scores of associate desperadoes to ruin the Russian Revolution as a democratic, anti-German force in the spring of 1917.[12]

Here Steed does not seem to have been aware that some of the same bankers who were supporting the Bolsheviks had also supported the March Revolution.

Charles Crane,[13] who had recently talked with President Wilson, told Steed that Wilson was about to recognize the Bolsheviks, which would result in a negative public opinion in the USA and destroy Wilson’s post-War internationalist aims. Significantly Crane also identified the pro-Bolshevik faction as being that of Big Business, stating to Steed: “Our people at home will certainly not stand for the recognition of the Bolshevists at the bidding of Wall Street.” Steed was again seen by House, who stated that Steed’s article in the Paris Daily Mail, “had got under the President’s hide.” House asked that Steed postpone further exposés in the press, and again raised the prospect of recognition based on humanitarian aid. Lloyd George was also greatly perturbed by Steed’s articles in the Daily Mail and complained that he could not undertake a “sensible” policy towards the Bolsheviks while the press had an anti-Bolshevik attitude.[14]

Thompson and the American Red Cross Mission

As mentioned, House attempted to persuade Steed on the idea of relations with Bolshevik Russia ostensibly for the purpose of humanitarian aid for the Russian people. This had already been undertaken just after the Bolshevik Revolution, when the regime was far from certain, under the guise of the American Red Cross Mission. Col. William Boyce Thompson, a director of the NY Federal Reserve Bank, organized and largely funded the Mission, with other funding coming from International Harvester, which gave $200,000. The so-called Red Cross Mission was largely comprised of business personnel, and was according to Thompson’s assistant, Cornelius Kelleher, “nothing but a mask” for business interests.[15] Of the 24 members, five were doctors and two were medical researchers. The rest were lawyers and businessmen associated with Wall Street. Dr. Billings nominally headed the Mission.[16] Prof. Antony Sutton of the Hoover Institute stated that the Mission provided assistance for revolutionaries:

We know from the files of the U.S. embassy in Petrograd that the U.S. Red Cross gave 4,000 rubles to Prince Lvoff, president of the Council of Ministers, for “relief of revolutionists” and 10,000 rubles in two payments to Kerensky for “relief of political refugees.”[17]

The original intention of the Mission, hastily organized by Thompson in light of revolutionary events, was ‘”nothing less than to shore up the Provisional regime,” according to the historian William Harlane Hale, formerly of the United States Foreign Service.[18] The support for the social revolutionaries indicates that the same bankers who backed the Kerensky regime and the March Revolution also supported the Bolsheviks, and it seems reasonable to opine that these financiers considered Kerensky a mere prelude for the Bolshevik coup, as the following indicates.

Thompson set himself up in royal manner in Petrograd reporting directly to Pres. Wilson and bypassing US Ambassador Francis. Thompson provided funds from his own money, first to the Social Revolutionaries, to whom he gave one million rubles,[19] and shortly after $1,000,000 to the Bolsheviks to spread their propaganda to Germany and Austria.[20] Thompson met Thomas Lamont of J. P. Morgan Co. in London to persuade the British War Cabinet to drop its anti-Bolshevik policy. On his return to the USA Thompson undertook a tour advocating US recognition of the Bolsheviks.[21] Thompson’s deputy Raymond Robbins had been pressing for recognition of the Bolsheviks, and Thompson agreed that the Kerensky regime was doomed and consequently “sped to Washington to try and swing the Administration onto a new policy track,” meeting resistance from Wilson, who was being pressure by Ambassador Francis.[22]

The “Bolshevik of Wall Street”

Such was Thompson’s enthusiasm for Bolshevism that he was nicknamed “the Bolshevik of Wall Street” by his fellow plutocrats. Thompson gave a lengthy interview with The New York Times just after his four month tour with the American Red Cross Mission, lauding the Bolsheviks and assuring the American public that the Bolsheviks were not about to make a separate peace with Germany.[23] The article is an interesting indication of how Wall Street viewed their supposedly “deadly enemies,” the Bolsheviks, at a time when their position was very precarious. Thompson stated that while the “reactionaries,” if they assumed power, might seek peace with Germany, the Bolsheviki would not. “His opinion is that Russia needs America, that America must stand by Russia,” stated the Times. Thompson is quoted: “The Bolsheviki peace aims are the same as those of the Untied States.” Thompson alluded to Wilson’s speech to the United States Congress on Russia as “a wonderful meeting of the situation,” but that the American public “know very little about the Bolsheviki.” The Times stated:

Colonel Thompson is a banker and a capitalist, and he has large manufacturing interests. He is not a sentimentalist nor a “radical.” But he has come back from his official visit to Russia in absolute sympathy with the Russian democracy as represented by the Bolsheviki at present.

Hence at this time Thompson was trying to sell the Bolsheviks as “democrats,” implying that they were part of the same movement as the Kerensky regime that they had overthrown. While Thompson did not consider Bolshevism the final form of government, he did see it as the most promising step towards a “representative government” and that it was the “duty” of the USA to “sympathize” with and “aid” Russia “through her days of crisis.” He stated that in reply to surprise at his pro-Bolshevik sentiments he did not mind being called “red” if that meant sympathy for 170,000,000 people “struggling for liberty and fair living.” Thompson also saw that while the Bolsheviki had entered a “truce” with Germany, they were also spreading Bolshevik doctrines among the German people, which Thompson called “their ideals of freedom” and their “propaganda of democracy.” Thompson lauded the Bolshevik Government as being the equivalent to America’s democracy, stating:

The present government in Russia is a government of workingmen. It is a Government by the majority, and, because our Government is a government of the majority, I don’t see how it can fail to support the Government of Russia.

Thompson saw the prospects of the Bolshevik Government being transformed as it incorporated a more Centrist position and included employers. If Bolshevism did not proceed thus, then “God help the world,” warned Thompson. Given that this was a time when Lenin and Trotsky held sway over the regime, subsequently to become the most enthusiastic advocates of opening Russia up to foreign capital (New Economic Policy) prospects seemed good for a joint Capitalist-Bolshevik venture with no indication that an upstart named Stalin would throw a spanner in the works.

The Times article ends: “At home in New York, the Colonel has received the good-natured title of ‘the Bolshevik of Wall Street.’”[24] It was against this background that it can now be understood why labor leader Samuel Gompers denounced Bolshevism as a tool of “predatory international finance,” while arch-capitalist Thompson lauded it as “a government of working men.”

The Council on Foreign Relations Report

The Council on Foreign Relations (CFR) had been established in 1921 by President Wilson’s chief adviser Edward Mandel House out of a previous think tank called The Inquiry, formed in 1917–1918 to advise President Wilson on the Paris Peace Conference of 1919. It was this conference about which Steed had detailed his observations when he stated that there were financial interests trying to secure the recognition of the Bolsheviks.[25]

Peter Grose in his semi-official history of the CFR writes of it as a think tank combining academe and big business that had emerged from The Inquiry group.[26] Therefore the CFR report on Soviet Russia at this early period is instructive as to the relationship that influential sections of the US Establishment wished to pursue in regard to the Bolshevik regime. Grosse writes of this period:

Awkward in the records of The Inquiry had been the absence of a single study or background paper on the subject of Bolshevism. Perhaps this was simply beyond the academic imagination of the times. Not until early 1923 could the Council summon the expertise to mobilize a systematic examination of the Bolshevik regime, finally entrenched after civil war in Russia. The impetus for this first study was Lenin’s New Economic Policy, which appeared to open the struggling Bolshevik economy to foreign investment. Half the Council’s study group were members drawn from firms that had done business in pre-revolutionary Russia, and the discussions about the Soviet future were intense. The concluding report dismissed “hysterical” fears that the revolution would spill outside Russia’s borders into central Europe or, worse, that the heady new revolutionaries would ally with nationalistic Muslims in the Middle East to evict European imperialism. The Bolsheviks were on their way to “sanity and sound business practices,” the Council study group concluded, but the welcome to foreign concessionaires would likely be short-lived. Thus, the Council experts recommended in March 1923 that American businessmen get into Russia while Lenin’s invitation held good, make money on their investments, and then get out as quickly as possible. A few heeded the advice; not for seven decades would a similar opportunity arise.[27]

However, financial interests had already moved into Soviet Russia from the beginning of the Bolshevik regime.

The Vanderlip Concession

H. G. Wells, historian, novelist, and Fabian-socialist, observed first-hand the relationship between Communism and big business when he had visited Bolshevik Russia. Travelling to Russia in 1920 where he interviewed Lenin and other Bolshevik leaders, Wells hoped that the Western Powers and in particular the USA would come to the Soviets’ aid. Wells also met there “Mr. Vanderlip” who was negotiating business contracts with the Soviets. Wells commented of the situation he would like to see developing, and as a self-described “collectivist” made a telling observation on the relationship between Communism and “Big Business”:

The only Power capable of playing this role of eleventh-hour helper to Russia single-handed is the United States of America. That is why I find the adventure of the enterprising and imaginative Mr. Vanderlip very significant. I doubt the conclusiveness of his negotiations; they are probably only the opening phase of a discussion of the Russian problem upon a new basis that may lead it at last to a comprehensive world treatment of this situation. Other Powers than the United States will, in the present phase of world-exhaustion, need to combine before they can be of any effective use to Russia. Big business is by no means antipathetic to Communism. The larger big business grows the more it approximates to Collectivism. It is the upper road of the few instead of the lower road of the masses to Collectivism.[28]

In addressing concerns that were being expressed among Bolshevik Party “activists” at a meeting of the Moscow Organization of the party, Lenin sought to reassure them that the Government was not selling out to foreign capitalism, but that, in view of what Lenin believed to be an inevitable war between the USA and Japan, a US interest in Kamchatka would be favorable to Soviet Russia as a defensive position against Japan. Such strategic considerations on the part of the US, it might be added, were also more relevant to US and other forms of so-called “intervention” during the Russian Civil War between the Red and the White Armies, than any desire to help the Whites overturn the Bolsheviks, let alone restore Czarism. Lenin said of Vanderlip to the Bolshevik cadres:

We must take advantage of the situation that has arisen. That is the whole purpose of the Kamchatka concessions. We have had a visit from Vanderlip, a distant relative of the well-known multimillionaire, if he is to he believed; but since our intelligence service, although splendidly organized, unfortunately does not yet extend to the United States of America, we have not yet established the exact kinship of these Vanderlips. Some even say there is no kinship at all. I do not presume to judge: my knowledge is confined to having read a book by Vanderlip, not the one that was in our country and is said to be such a very important person that he has been received with all the honors by kings and ministers—from which one must infer that his pocket is very well lined indeed. He spoke to them in the way people discuss matters at meetings such as ours, for instance, and told then in the calmest tones how Europe should be restored. If ministers spoke to him with so much respect, it must mean that Vanderlip is in touch with the multimillionaires.[29]

Of the meeting with Vanderlip, Lenin indicated that it was based on a secret diplomacy that was being denied by the US Administration, while Vandrelip returned to the USA, like other capitalists such as Thompson, praising the Bolsheviks. Lenin continued:

. . . I expressed the hope that friendly relations between the two states would be a basis not only for the granting of a concession, but also for the normal development of reciprocal economic assistance. It all went off in that kind of vein. Then telegrams came telling what Vanderlip had said on arriving home from abroad. Vanderlip had compared Lenin with Washington and Lincoln. Vanderlip had asked for my autographed portrait. I had declined, because when you present a portrait you write, “To Comrade So-and-so,” and I could not write, “To Comrade Vanderlip.” Neither was it possible to write: “To the Vanderlip we are signing a concession with” because that concession agreement would be concluded by the Administration when it took office. I did not know what to write. It would have been illogical to give my photograph to an out-and-out imperialist. Yet these were the kind of telegrams that arrived; this affair has clearly played a certain part in imperialist politics. When the news of the Vanderlip concessions came out, Harding—the man who has been elected President, but who will take office only next March—issued an official denial, declaring that he knew nothing about it, had no dealings with the Bolsheviks, and had heard nothing about any concessions. That was during the elections, and, for all we know, to confess, during elections, that you have dealings with the Bolsheviks may cost you votes. That was why he issued an official denial. He had this report sent to all the newspapers that are hostile to the Bolsheviks and are on the pay roll of the imperialist parties . . .[30]

This mysterious Vanderlip was in fact Washington Vanderlip who had, according to Armand Hammer, come to Russia in 1919, although even Hammer does not seem to have known much of the matter.[31] Lenin’s rationalizations in trying to justify concessions to foreign capitalists to the “Moscow activists” in 1920 seem disingenuous and less than forthcoming. Washington Vanderlip was an engineer whose negotiations with Russia drew considerable attention in the USA. The New York Times wrote that Vanderlip, speaking from Russia, denied reports of Lenin’s speech to “Moscow activists” that the concessions would serve Bolshevik geopolitical interests, with Vanderlip declaring that he had established a common frontier between the USA and Russia and that trade relations must be immediately restored.[32] The New York Times reporting in 1922: “The exploration of Kamchatka for oil as soon as trade relations between this country and Russia are established was assured today when the Standard Oil Company of California purchased one-quarter of the stock in the Vanderlip syndicate.” This gave Standard Oil exclusive leases on any syndicate lands on which oil was found. The Vanderlip syndicate comprised sixty-four units. The Standard Oil Company has just purchased sixteen units. However, the Vanderlip concessions could not come into effect until Soviet Russia was recognized by the USA.[33]

The Vanderlip syndicate holds concessions for the exploitation of coal, oil, and timber lands, fisheries, etc., east of the 160th parallel in Kamchatka. The Russian Government granted the syndicate alternate sections of land there and will draw royalties amounting to approximately 5 percent on all products developed and marketed by the syndicate.[34]

It is little wonder then that US capitalists were eager to see the recognition of the Soviet regime.

Bolshevik Bankers

In 1922 Soviet Russia’s first international bank was created, Ruskombank, headed by Olof Aschberg of the Nye Banken, Stockholm, Sweden. The predominant capital represented in the bank was British. The foreign director of Ruskombank was Max May, vice president of the Guaranty Trust Company.[35] Similarly to “the Bolshevik of Wall Street,” William Boyce Thompson, Aschberg was known as the “Bolshevik banker” for his close involvement with banking interests that had channeled funds to the Bolsheviks.

Guaranty Trust Company became intimately involved with Soviet economic transactions. A Scotland Yard Intelligence Report stated as early as 1919 the connection between Guaranty Trust and Ludwig C. A. K. Martens, head of the Soviet Bureau in New York when the bureau was established that year.[36] When representatives of the Lusk Committee investigating Bolshevik activities in the USA raided the Soviet Bureau offices on May 7, 1919, files of communications with almost a thousand firms were found. Basil H. Thompson of Scotland Yard in a special report stated that despite denials, there was evidence in the seized files that the Soviet Bureau was being funded by Guaranty Trust Company.[37] The significance of the Guaranty Trust Company was that it was part of the J. P. Morgan economic empire, which Dr. Sutton shows in his study to have been a major player in economic relations with Soviet Russia from its early days. It was also J. P. Morgan interests that predominated in the formation of a consortium, the American International Corporation (AIC), which was another source eager to secure the recognition of the still embryonic Soviet state. Interests represented in the directorship of the American International Corporation (AIC) included: National City Bank; General Electric; Du Pont; Kuhn, Loeb and Co.; Rockefeller; Federal Reserve Bank of New York; Ingersoll-Rand; Hanover National Bank, etc.[38]

The AIC’s representative in Russia at the time of the revolutionary tumult was its executive secretary William Franklin Sands, who was asked by US Secretary of State Robert Lansing for a report on the situation and what the US response should be. Sands’ attitude toward the Bolsheviks was, like that of Thompson, enthusiastic. Sands wrote a memorandum to Lansing in January 1918, at a time when the Bolshevik hold was still far from sure, that there had already been too much of a delay by the USA in recognizing the Bolshevik regime such as it existed. The USA had to make up for “lost time,” and like Thompson, Sands considered the Bolshevik Revolution to be analogous to the American Revolution.[39] In July 1918 Sands wrote to US Treasury Secretary McAdoo that a commission should be established by private interests with government backing, to provide “economic assistance to Russia.”[40]

Armand Hammer

One of those closely associated with Ludwig Martens and the Soviet Bureau was Dr. Julius Hammer, an emigrant from Russia who was a founder of the Communist Party USA. There is evidence that Julius Hammer was the host to Leon Trotsky when the latter with his family arrived in New York in 1917, and that it was Dr. Hammer’s chauffeured car that provided transport to Natalia and the Trotsky children. The Trotskys were met on disembarkation at the New York dock by Arthur Concors, a director of the Hebrew Sheltering and Immigrant Aid Society, whose advisory board included Jacob Schiff of Kuhn, Loeb and Co.[41] Dr. Hammer was the “primary owner of Allied Drug and Chemical Co.,” and “one of those not so rare creatures, a radical Marxist turned wealthy entrepreneur,” who lived an opulent lifestyle, according to Professor Spence.[42] Another financier linked to Trotsky was his own uncle, banker Abram Zhivotovskii, who was associated with numerous financial interests including those of Olof Aschberg.[43]

The intimate association of the Hammer family with Soviet Russia was to be maintained from start to finish, with an interlude of withdrawal during the Stalinist period. Julius’ son Armand, chairman of Occidental Petroleum Corporation, was the first foreigner to obtain commercial concessions from the Soviet Government. Armand was in Russia in 1921 to arrange for the reintroduction of capitalism according to the new economic course set by Lenin, the New Economic Policy. Lenin stated to Hammer that the economies of Russia and the USA were complementary, and in exchange for the exploitation of Russia’s raw materials he hoped for America’s technology.[44] This was precisely the attitude of significant business interests in the West. Lenin stated to Hammer that it was hoped the New Economic Policy would accelerate the economic process “by a system of industrial and commercial concessions to foreigners. It will give great opportunities to the United States.”[45]

Hammer met Trotsky, who asked him whether “financial circles” in the USA regard Russia as a desirable field of investment? Trotsky continued:

Inasmuch as Russia had its Revolution, capital was really safer there than anywhere else because, “whatever should happen abroad, the Soviet would adhere to any agreements it might make. Suppose one of your Americans invest money in Russia. When the Revolution comes to America, his property will of course be nationalized, but his agreement with us will hold good and he will thus be in a much more favorable position than the rest of his fellow capitalists.[46]

The manner by which Russia fundamentally changed direction, resulting eventually in the Cold War when Stalin refused to continue the wartime alliance for the purposes of establishing a World State via the United Nations Organization, traces its origins back to the divergence of opinion, among many other issues, between Trotsky and Stalin in regard to the role of foreign investment in the Soviet Union.[47] The CFR report had been prescient in warning big business to get into Russia immediately lest the situation changed radically.

Regimented Labor

But for the moment, with Trotsky entrenched as the warlord of Bolshevism, and Lenin favorable towards international capital investment, events in Russia seemed to be promising. A further major factor in the enthusiasm certain capitalist interests had for the Bolsheviks was the regimentation of labor under the so-called “dictatorship of the proletariat.” The workers’ state provided foreign capitalists with a controlled workforce. Trotsky had stated:

The militarization of labor is the indispensable basic method for the organization of our labor forces. . . . Is it true that compulsory labor is always unproductive? . . . This is the most wretched and miserable liberal prejudice: chattel slavery too was productive. . . . Compulsory slave labor was in its time a progressive phenomenon. Labor obligatory for the whole country, compulsory for every worker, is the basis of socialism. . . . Wages must not be viewed from the angle of securing the personal existence of the individual worker [but should] measure the conscientiousness, and efficiency of the work of every laborer.[48]

Hammer related of his experiences in the young Soviet state that although lengthy negotiations had to be undertaken with each of the trades unions involved in an enterprise, “the great power and influence of the trade unions was not without its advantages to the employer of labor in Russia. Once the employer had signed a collective agreement with the union branch there was little risk of strikes or similar trouble.”

Breaches of the codes as negotiated could result in dismissal, with recourse by the sacked worker to a labor court which, in Hammer’s experience, did not generally find in the worker’s favor, which would mean that there would be little chance of the sacked worker getting another job.[49]

However, Trotsky’s insane run in the Soviet Union was short-lived. As for Hammer, despite his greatly expanding and diverse businesses in the Soviet Union, after Stalin assumed power Hammer packed up and left, not returning until Stalin’s demise. Hammer opined decades later:

I never met Stalin—I never had any desire to do so—and I never had any dealings with him. However it was perfectly clear to me in 1930 that Stalin was not a man with whom you could do business. Stalin believed that the state was capable of running everything without the support of foreign concessionaires and private enterprise. That is the main reason I left Moscow. I could see that I would soon be unable to do business there and, since business was my sole reason to be there, my time was up.[50]

Foreign capital did nonetheless continue to do business with the USSR[51] as best as it was able, but the promising start that capitalists saw in the March and November revolutions for a new Russia that would replace the antiquated Czarist system with a modern economy from which they could reap the rewards was, as the 1923 CFR report warned, short-lived. Gorbachev and Yeltsin provided a brief interregnum of hope for foreign capital, to be disappointed again with the rise of Putin and a revival of nationalism and opposition to the oligarchs. The policy of continuing economic relations with the USSR even during the era of the Cold War was promoted as a strategy in the immediate aftermath of World War II when a CFR report by George S Franklin recommended attempting to work with the USSR as much as possible, “unless and until it becomes entirely evident that the U.S.S.R. is not interested in achieving cooperation . . .”

The United States must be powerful not only politically and economically, but also militarily. We cannot afford to dissipate our military strength unless Russia is willing concurrently to decrease hers. On this we lay great emphasis.

We must take every opportunity to work with the Soviets now, when their power is still far inferior to ours, and hope that we can establish our cooperation on a firmer basis for the not so distant future when they will have completed their reconstruction and greatly increased their strength. . . . The policy we advocate is one of firmness coupled with moderation and patience.[52]

Since Putin, the CFR again sees Russia as having taken a “wrong direction.” The current recommendation is for “selective cooperation” rather than “partnership, which is not now feasible.”[53]

The Revolutionary Nature of Capital

Should the fact that international capital viewed the March and even the November Revolutions with optimism be seen as an anomaly of history? Oswald Spengler was one of the first historians to expose the connections between capital and revolution. In The Decline of the West he called socialism “capitalistic” because it does not aim to replace money-based values, “but to possess them.” H. G. Wells, it will be recalled, said something similar. Spengler stated of socialism that it is “nothing but a trusty henchman of Big Capital, which knows perfectly well how to make use of it.” He elaborated in a footnote, seeing the connections going back to antiquity:

Herein lies the secret of why all radical (i.e. poor) parties necessarily become the tools of the money-powers, the Equites, the Bourse. Theoretically their enemy is capital, but practically they attack, not the Bourse, but Tradition on behalf of the Bourse. This is as true today as it was for the Gracchuan age, and in all countries . . .[54]

It was the Equites, the big-money party, which made Tiberius Gracchu’s popular movement possible at all; and as soon as that part of the reforms that was advantageous to themselves had been successfully legalized, they withdrew and the movement collapsed.[55]

From the Gracchuan Age to the Cromwellian and the French Revolutions, to Soros’ “color revolutions” of today, the Russian Revolutions were neither the first nor the last of political upheavals to serve the interests of Money Power in the name of “the people.”

 Notes

[1] K. R. Bolton, “March 1917: Wall Street & the March 1917 Russian Revolution,” Ab Aeterno, No. 2 (March 2010).

[2] Michael Pearson, The Sealed Train: Journey to Revolution: Lenin–1917 (London: Macmillan, 1975).

[3] Paul Warburg, prior to immigrating to the USA, had been decorated by the Kaiser in 1912.

[4] Col. William Wiseman, head of the British Secret Service, was the British equivalent to America’s key presidential adviser, Edward House, with whom he was in constant communication. Wiseman became a partner in Kuhn, Loeb & Co. From London on May 1, 1918 Wiseman cabled House that the Allies should intervene at the invitation of the Bolsheviks and help organize the Bolshevik army then fighting the White Armies in a bloody Civil War at a time when the Bolshevik hold on Russia was doubtful (Edward M. House, ed. Charles Seymour, The Intimate Papers of Col. House [New York: Houghton, Mifflin Co., 1926], Vol. III, p. 421).

[5] Olof Aschberg of the Nye Banken, Stockholm, the so-called “Bolshevik banker” who became head of the first Soviet international bank, Ruskombank, channeled funds to the Bolsheviks. On September 6, 1948 The London Evening Star commented on Aschberg’s visit to Swiss bankers that he had “advanced large sums to Lenin and Trotsky in 1917. At the time of the revolution Mr. Aschberg gave Trotsky money to form and equip the first unit of the Red Army.”

[6] Samuel Gompers, “Soviet Bribe fund Here Says Gompers, Has Proof That Offers Have Been Made, He Declares, Opposing Recognition. Propaganda Drive. Charges Strong Group of Bankers With Readiness to Accept Lenin’s Betrayal of Russia,” The New York Times, May 1, 1922. Online at Times’ archives: http://query.nytimes.com/gst/abstract.html?res=9E00E3D81739EF3ABC4953DFB3668389639EDE [3]

[7] Henry Wickham Steed, “Through Thirty Years 1892–1922 A personal narrative,” The Peace Conference, The Bullitt Mission, Vol. II.  (New York: Doubleday Page and Co., 1924), p. 301.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Charles Seymour, 165–66. House was assigned by Wilson to draw up the constitution for the League of Nations, and in 1918 formed a think tank at Wilson’s request, called The Inquiry, to advise on post-war policy, which became the Council on Foreign Relations. House was the US chief negotiator at the Peace Conference in Paris, 1919–1920.

[12] Henry Wickham Steed, “Peace with Honor,” Paris Daily Mail, 28 March 1922; quoted in Steed (1924).

[13] Crane was a member of a 1917 Special Diplomatic Mission to Russia, and a member of the American Section of the Paris Peace Conference in 1919.

[14] H. W. Steed, 1924, op. cit.

[15] Antony Sutton, Wall Street and the Bolshevik Revolution (New York: Arlington House Publishers, 1974), p. 71.

[16] Ibid., p. 75.

[17] Ibid., p. 73.

[18] William Harlan Hale, “When the Red Storm Broke,” America and Russia: A Century and a Half of Dramatic Encounters, ed. Oliver Jensen (New York: Simon and Schuster, 1962), p. 150.

[19] Ibid., p.151.

[20] “Gives Bolsheviki a Million,” Washington Post, 2 February 1918, cited by Sutton, ibid., pp. 82–83.

[21] A. Sutton, op.cit., p. 8.

[22] W. Harlan Hale, op.cit., p. 151.

[23] Trotsky while still in the USA had made similar claims. “People War Weary. But Leo Trotsky Says They Do Not Want Separate Peace,” New York Times, March 16, 1917. This was why he became the focus of British intelligence efforts via R. H. Bruce Lockhart, special agent to the British War Cabinet in Russia.

[24] “Bolsheviki Will Not Make Separate Peace: Only Those Who Made Up Privileged Classes Under Czar Would Do So, Says Col. W. B. Thompson, Just Back From Red Cross Mission,” New York Times, January 27, 1918.

[25] Robert S. Rifkind, ‘”The Wasted Mission,” America and Russia, op. cit., p. 180.

[26] Peter Grose, Continuing The Inquiry: The Council on Foreign Relations from 1921 to 1996 (New York: Council on Foreign Relations, 2006). The entire book can be read online at: Council on Foreign Relations: http://www.cfr.org/about/history/cfr/index.html [4] (Accessed on February 27, 2010).

[27] Ibid. Chapter: “Basic Assumptions.”

[28] H. G. Wells, Russia in the Shadows, Chapter VII, “The Envoy.” Wells went to Russia in September 1920 at the invitation of Kamenev, of the Russian Trade Delegation in London, one of the leaders of the Bolshevik regime. Russia in the Shadows appeared as a series of articles in The Sunday Express. The whole book can be read online at: gutenberg.net.au/ebooks06/0602371h.html [5]

[29] V. I. Lenin, December 6, 1920, Collected Works, 4th English Edition (Moscow: Progress Publishers, 1965), Volume 31, 438–59 http://www.marxists.org/archive/lenin/works/1920/dec/06.htm [6] (Accessed on August 4, 2010).

[30] Ibid.

[31] A. Hammer, Witness to History (Reading, England: Hodder and Stoughton, 1988), pp.151-152.

[32] “Vanderlip’s Empire,” The New York Times, December 1, 1920, 14.

[33] “Standard Oil Joins Vanderlip Project,” The New York Times, January 11, 1922, p. 1.

[34] Ibid.

[35] Antony Sutton, Wall Street and the Bolshevik Revolution (New York: Arlington House Publishers, 1974), pp. 62–63.

[36] “Scotland Yard Intelligence Report,” London 1919, US State Dept. Decimal File, 316-22-656, cited by A. Sutton, ibid., p. 113.

[37] Basil H. Thompson, British Home Office Directorate of Intelligence, “Special Report No. 5 (Secret),” Scotland Yard, London, July 14, 1919; cited by Sutton, ibid., p. 115.

[38] A Sutton, op.cit., pp. 130–31.

[39] Sands’ memorandum to Lansing, p. 9; cited by Sutton, ibid., pp. 132, 134.

[40] A. Sutton, ibid., p. 135.

[41] Richard B Spence, “Hidden Agendas: Spies, Lies and Intrigue Surrounding Trotsky’s American Visit, January-April 1917,” Revolutionary Russia, Vol. 21, #1 (2008).

[42] Ibid.

[43] Ibid.

[44]  A. Hammer, Witness to History, op. cit., p. 143.

[45] Ibid.

[46] Ibid., p. 160.

[47] K. R. Bolton, “Origins of the Cold War: How Stalin Foiled a New World Order,” Foreign Policy Journal, May 31, 2010, http://www.foreignpolicyjournal.com/2010/05/31/origins-of-the-cold-war-how-stalin-foild-a-new-world-order/all/1 [7]

[48] Leon Trotsky, Third All-Russian Congress of Trade Unions, April 6th, 1920. http://www.marxists.org/archive/brinton/1970/workers-control/05.htm [8] (Accessed on August 4, 2010).

[49] A. Hammer, op. cit., p. 217.

[50] Ibid., p. 221.

[51] Charles Levinson, Vodka-Cola (West Sussex: Biblias, 1980). Antony Sutton, National Suicide: Military Aid to the Soviet Union (New York: Arlington House, 1973).

[52] Peter Grose, op. it., “The First Transformation,” http://www.cfr.org/about/history/cfr/first_transformation.html [9]

[53] Jack Kemp, et al., Russia’s Wrong Direction: What the United States Can and Should do, Independent Task Force Report, no. 57 (New York: Council on Foreign Relations, 2006) xi. The entire publication can be downloaded at: http://www.cfr.org/publication/9997/ [10]

[54] Oswald Spengler, The Decline of The West (London: George Allen & Unwin, 1971), Vol. 2,  p. 464.

[55] Ibid., p. 402.

Source: Ab Aeterno, no. 5, Fall 2010

 


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[3] http://query.nytimes.com/gst/abstract.html?res=9E00E3D81739EF3ABC4953DFB3668389639EDE: http://query.nytimes.com/gst/abstract.html?res=9E00E3D81739EF3ABC4953DFB3668389639EDE

[4] http://www.cfr.org/about/history/cfr/index.html: http://www.cfr.org/about/history/cfr/index.html

[5] gutenberg.net.au/ebooks06/0602371h.html: http://www.counter-currents.comgutenberg.net.au/ebooks06/0602371h.html

[6] http://www.marxists.org/archive/lenin/works/1920/dec/06.htm: http://www.marxists.org/archive/lenin/works/1920/dec/06.htm

[7] http://www.foreignpolicyjournal.com/2010/05/31/origins-of-the-cold-war-how-stalin-foild-a-new-world-order/all/1: http://www.foreignpolicyjournal.com/2010/05/31/origins-of-the-cold-war-how-stalin-foild-a-new-world-order/all/1

[8] http://www.marxists.org/archive/brinton/1970/workers-control/05.htm: http://www.marxists.org/archive/brinton/1970/workers-control/05.htm

[9] http://www.cfr.org/about/history/cfr/first_transformation.html: http://www.cfr.org/about/history/cfr/first_transformation.html

[10] http://www.cfr.org/publication/9997/: http://www.cfr.org/publication/9997/

L’OCCIDENT MET LA MAIN SUR L’EAU

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L’OCCIDENT MET LA MAIN SUR L’EAU
Le grand enjeu du XXIème siècle


Auran Derien
Ex: http://metamag.fr

Parmi les produits fondamentaux pour la vie humaine on trouve l’eau, bien collectif pour les groupes humains, mais les congrégations multinationales la commercialisent désormais. Cette privatisation de l’eau est susceptible de servir de détonateur à des conflits entre groupes multinationaux et populations autochtones, puisque l’eau de qualité est de plus en plus difficile à obtenir. La chaîne allemande de télévision DW a produit un reportage dans lequel est exposé comment trois entreprises commercialisent 70% de l’eau qui se vend sur la planète. Le groupe Nestlé - puis Coca Cola et Pepsi Cola - est propriétaire de 73 marques et il en résulte à la fois une destruction de la qualité des eaux thermales lorsque le groupe a pu s’approprier l’exploitation de celles-ci et une spoliation de la population chaque fois que des accords ont été passés avec les politiciens locaux pour que le groupe Nestlé utilise l’eau déjà traitée par le pays. 

Un débat sans fin

 
Deux positions prétendent synthétiser les attitudes possibles à l’égard des droits de consommation et d’usage de ce produit indispensable. Certains Etats et des ONG affirment qu’il s’agit d’un bien public auquel chacun doit accéder ; le secteur “privé” considère qu’un produit alimentaire comme l’eau n’a rien qui justifie une modalité d’administration publique. Si des individus ne peuvent la payer, il appartient à l’Etat dont ils dépendent de prendre les mesures nécessaires. 

De temps à autre, on arrive à entendre la voix de Maude BARLOW, la spécialiste mondialement reconnue du thème, auteur du livre “l’or bleu”. Elle explique que les quelques entreprises qui ont accaparé le marché de l’eau se retrouvent dans plus de cent pays et dominent 70 % du marché. Elles utilisent pour arriver à leurs fins une méthode bien huilée. D’abord, elles demandent une concession et, en échange, fournissent prébendes, gratifications et soultes aux décideurs qui ont donné cette autorisation. Puis les prix augmentent car chaque activité est soumise à une tarification spéciale : la distribution, la purification, etc., Tout processus est calculé et justifie une hausse. Comme il est fréquent que des pays n’aient pas la technologie dont disposent ces multinationales, le discours en faveur de la privatisation - et des prix de pillage - en est facilité.
 
Le fait que des zones entières manquent d’eau ou en nécessitent pour l’agriculture justifie des évolutions comme le transport par tankers, soit dans des cuves soit dans des sacs plastiques gigantesques. On envisage cette dernière solution pour déplacer par remorquage de grandes quantités d’eau depuis le lieu d’origine jusqu’au pays de destination. Il y a aussi les nouvelles constructions d’aqueducs  prévues par exemple à partir des Alpes pour l’Europe ou vers la Californie,aux Etats-Unis.

Il y a quelques années, à l’époque où le FMI avait à sa tête le français Camdessus, qui fut aussi un bon serviteur des néantologues mondialistes, il fut mis en avant le principe de la désalinisation de l’eau de mer. Mais le coût en limite la pratique à quelques pays aux revenus pétroliers plantureux. Les multinationales comme Nestlé, Coca-Cola, Pepsi-Cola, … préfèrent vider les nappes phréatiques que les techniques actuelles ont détectées. Un exemple très significatif se trouve en Amérique Latine avec la “quadruple frontière”.

Le cas de la quadruple frontière 

 
La nappe phréatique “Guaraní”, dans le sous-sol de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay est une justification à la présence de militaires étrangers qui disposent de bases, comme celle des USA au Paraguay, lieu où s’entraînent aussi des commandos aux fonctions douteuses. Il a déjà été évoqué, dans les années écoulées, la possibilité de transporter l’eau de cette réserve vers des pays demandeurs en utilisant les voies des fleuves Parana et Paraguay. Cela est susceptible de démarrer à n’importe quel moment car la corruption est aussi facile à mener à bien là-bas qu’ici.
 
L’été dernier, entre le 1 juillet et le 31 août, l’armée du Paraguay et les forces américaines ont mené de concert des exercices, dans la zone du “Chaco Paraguayo”, connue pour être un terrain très inhospitalier. Les trompettes de la propagande assurent que l’empathie et la camaraderie entre les militaires des Etats-Unis et du Paraguay est parfaite, aussi parfaite que l’était celle qui régnait en 1960 entre les pays bolchéviques et leur grand frère.  L’astuce, quoique grossière, continue à s’utiliser avec succès : nous sommes tous camarades et le pouvoir infâme aime tout le monde, à condition d’être son esclave obéissant. 

Depuis le 5 mai 2005, le Paraguay a autorisé le gang des néantologues à s’installer de manière permanente dans le pays. Les étatsuniens entrent et sortent sans contrôle, avec toutes les cochonneries qu’ils veulent, sous forme d’armes et autres...Ils ne sont responsables de rien vis à vis de la population ou du milieu ambiant. Leur base militaire est établie dans la province de Boqueronen à l’Ouest du Paraguay, soit à 250 Km de la Bolivie et proche de l’Argentine. Elle est dotée d’une piste d’atterrissage pour les avions B52 et autres Galaxie. De là, elle surveille les réserves de gaz et de pétrole de la Bolivie, puis la réserve d’eau douce, seconde en importance sur la planète, la nappe Guarani.

Les Israéliens aussi

Le Président Horacio Cartes est protégé par 5 gardes du corps israéliens, auxquels il conviendrait d’ajouter ceux qui veillent sur ses filles, sa femme, sa mère, etc., lesquels profitent de leur position pour inviter des coreligionnaires à arpenter le pays et ses frontières, afin de connaître et combattre l’Armée du Peuple Paraguayen. D’un bout à l’autre de l’Occident, les mensonges se ressemblent. Cette Armée du Peuple n’existe que dans l’imagination de ceux qui en ont besoin pour camoufler leurs infamies. Elle justifie une militarisation du pays et surtout la mise sous tutelle israélienne des ressources en eau. La nappe Guarani n’est pas une ressource pour les populations, mais un butin que les pillards de la planète veulent s’approprier.

Tout prendre, tout contrôler

 
La spécialiste de la question de l’eau en Argentine, Elsa Bruzzone, a rappelé qu’en 2004, le Pentagone avait adressé un rapport au gouvernement des Etats-Unis pour proposer de prendre le contrôle militaire des ressources en eau de la planète. Le rapport s’appuyait sur l’analyse des experts de l’ONU affirmant qu’entre 2020 et 2030, 90% de la population n’aura plus accès à une eau vraiment saine. Laissera-t-on piller l’eau de la réserve Guarani et organiser le contrôle de l’accès à l’eau un peu potable à travers quelques congrégations multinationales.
 
Comment tolérer cette infamie?