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mercredi, 19 décembre 2018

1941 : le viol de la neutralité iranienne

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1941 : le viol de la neutralité iranienne

Les Britanniques et les Soviétiques ont envahi l’Iran pour s’emparer des champs pétrolifères

Par Klaus Gröbig

Les frontières de l’Iran actuel ont une importance géostratégique remarquable. Leur tracé barrait hier la route de l’Union Soviétique vers tout accès direct à l’Océan Indien ; il empêchait également la liaison territoriale que les Britanniques voulaient établir entre l’Inde, leur principale colonie, et les émirats du Golfe arabique, qu’ils dominaient.

L’Iran, contrairement aux Arabes, avec qui il partage la religion islamique, abrita un très vieux peuple de culture. Déjà en 600 avant J.C., existait un vaste empire persan, qui cherchait à s’étendre. Lors des guerres contre les Perses, les Européens, en l’occurrence les Grecs, firent pour la première fois connaissance avec cette puissance asiatique montante. A Salamis, en 480 avant J.C., les Perses sont battus sur mer par Thémistocle ; un an plus tard, Pausanias les bat sur terre à Platée. Les Perses ne reviendront plus jamais en Europe. La caractéristique la plus remarquable de cet empire antique fut sa tolérance. Lorsque Thémistocle fut chassé d’Athènes, les Perses lui offrirent l’asile, à lui, leur vainqueur.

Le Shah Reza Pahlavi, père du dernier empereur d’Iran, avait compris que seule une armée puissance pouvait garantir la souveraineté de l’Iran. Sous son règne, l’Iran a orienté sa politique sur les réformes préconisées par Mustafa Kemal Atatürk en Turquie. Comme l’ « Anglo-Persian Oil Company » (l’APOC), pillait sans vergogne les richesses minières de l’Iran et ne payait que de bien chiches dividendes, les moyens financiers du Shah étaient réduits. Il a fallu attendre le 15 mars 1951 pour que l’APOC soit nationalisé.

En 1925, l’Iran était quasiment en faillite parce que les recettes fiscales s’étaient avérées insuffisantes. En 1926, le Shah décrète que le service militaire sera une obligation pour tous les Iraniens. En 1927, le Shah Reza ordonne la création d’une marine de guerre. Le 20 mars 1928, le Parlement approuve ce plan. Dès 1928, des firmes allemandes participent à la construction du chemin de fer transiranien. Les relations entre l’Allemagne et l’Iran étaient bonnes, même cordiales.

Sans avoir été provoqués d’aucune façon, les Britanniques et les Soviétiques envahissent l’Iran en août 1941. Quelques temps auparavant, les Britanniques et les Français avaient déjà envisagé de violer la neutralité iranienne pour pouvoir attaquer l’Union Soviétique ou lui nuire. En effet, l’Union Soviétique s’était de facto alliée à l’Allemagne nationale-socialiste en août 1939. Mais suite à des discussions orageuses avec le ministre soviétique des affaires étrangères, Molotov, le 12 novembre 1940 à Berlin, les protagonistes de l’alliance germano-soviétique entrent virtuellement en conflit, ce qui amènera les Allemands à attaquer l’Union Soviétique le 22 juin 1941.

Jusqu’à ce moment-là, l’intégrité territoriale et la neutralité de l’Iran reposait sur le simple fait que les deux agresseurs d’août 1941 étaient des adversaires : ce facteur disparaît en juin 1941.

Lorsque le Shah Reza Pahlavi s’est rendu compte que les Britanniques préparaient l’invasion de l’Iran, il s’est adressé par écrit, le 25 août 1941 au Président américain Franklin D. Roosevelt. On y trouve ces mots : « …. En concordance avec la déclaration de Votre Excellence quant à la nécessité de défendre les principes du droit international et du droit des peuples à la liberté, je demande à Votre Excellence d’entreprendre incessamment et en urgence les mesures d’ordre humanitaires qui s’imposent, pour mettre un terme à cet acte d’agression. Le cas qui nous préoccupe entraîne un pays pacifique et neutre dans une guerre alors que ce pays ne veut pas autre chose que le maintien de la paix pour pouvoir poursuivre les réformes entamées ».

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Roosevelt répondit avec un cynisme consommé : « Si l’on examine la problématique dans son ensemble, on ne peut pas seulement tenir compte des question qu’évoque Votre Majesté impériale, il faut aussi poser des questions quant aux ambitions de Hitler, lesquelles entendent conquérir le monde. Il faut donc partir du principe que l’Allemagne voudra poursuivre ses campagnes conquérantes, au-delà même des frontières européennes, en Asie, en Afrique et même en Amérique, sauf si on l’empêche par la force des armes. Il est certain aussi que les pays, qui entendent conserver leur indépendance, devraient unir leurs forces dans un effort commun, s’ils ne veulent pas tomber les uns après les autres, comme cela s’est déjà passé pour un grand nombre de pays en Europe. Au vu de tous ces faits, le gouvernement et la population des Etats-Unis d’Amérique intensifient, comme cela est notoirement connu, non seulement les efforts défensifs voulus de leur propre pays mais participent également à des programmes d’aide de grande ampleur, destinés aux pays qui s’opposent activement aux orgueilleux buts de guerre des Allemands qui veulent dominer le monde ».

Et Roosevelt ajoutait que l’attaque contre l’Iran ne visait pas son indépendance ou son intégrité territoriale. Les réticences à l’égard des Etats-Unis, qui sont vivaces en Iran aujourd’hui, s’expliquent pour partie par l’attitude qu’adopta jadis Roosevelt. De tels faits ont un impact sur le très long terme. Les peuples ont la mémoire parfois très longue.

Le même jour, le 25 août 1941, les armées rouge et britannique entrent en Iran. Il n’y eu qu’une résistance sporadique. L’objectif avéré des alliés, dans ce viol de la neutralité iranienne, était de sécuriser une voie non exposée aux coups des Allemands ou des Italiens pour livrer des armes et du matériel américains à l’Union Soviétique.

La Royal Navy n’a pu aligner que des unités de seconde classe, très faibles sur le plan militaires, lorsqu’elle attaqua les ports iraniens d’Abadan et Khorramshar. La guerre en Méditerranée contre les Italiens et dans l’Atlantique contre les Allemands ne lui laissait, à ce moment-là, qu’une marge de manœuvre très réduite.

Le Premier Ministre britannique Winston Churchill voulait, immédiatement après l’occupation du territoire iranien, exciter le mécontentement populaire et le tourner contre le Shah. Il a noté dans son journal : « Comme nous l’avons fait à l’époque, nous pouvons aujourd’hui le chasser ». Le 17 septembre 1941, les Britanniques obligent le Shah à abdiquer en faveur de son fils.

Klaus Gröbig.

(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°36/2018, http://www.zurzeit.at ).

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L’Axe anglo-soviétique

L’invasion de l’Iran par les forces armées soviétiques et britanniques conjointes lors de la seconde guerre mondiale a duré du 25 août au 17 septembre 1941. Elle se déroula sous le nom de code « Operation Coutenance ». L’objectif de l’invasion était de sécuriser les champs pétrolifères iraniens et de créer une ligne d’approvisionnement logistique au bénéfice de l’Union Soviétique, qui était en guerre avec l’Allemagne depuis le 22 juin 1941. L’état-major britannique, cependant, a concocté son plan d’invasion de l’Iran dès le 11 juin 1941, onze jours avant l’Opération Barbarossa. Le général iranien Haj Ali Razmara voulaient défendre toute la partie septentrionale de l’Iran dans les régions frontalières et bloquer les troupes soviétiques à la frontière.

 

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