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mardi, 17 août 2021

Afghanistan, le jeu des ombres. Un livre pour comprendre

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Afghanistan, le jeu des ombres. Un livre pour comprendre

par Marco Valle

Ex: https://www.destra.it/home/afghanistan-il-gioco-delle-ombre-un-libro-per-capire/

Rudyard Kipling a dédié ses plus beaux poèmes - The Barrak Room Ballads - aux humbles soldats de la reine Victoria, aux pauvres Tommies qui défendaient les limes de Britannia, le grand royaume de la veuve Windsor. Les vers racontent le labeur et la misère, l'héroïsme et la tragédie: le fardeau de l'empire à travers les yeux de la fine ligne rouge, cette fine ligne rouge qui s'étend de l'Afrique et de Hong Kong jusqu'aux portes de l'Afghanistan, la frontière du Nord-Ouest. Une fine ligne rouge de fusils, d'uniformes, d'hommes.

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Une "ballade" en particulier frappe par sa crudité. Dans Le jeune soldat britannique, le vétéran donne à la recrue de précieux conseils, qu'ils soient d'ordre pratique ou comportemental, jusqu'à l'horrible vérité finale: "Et quand tu seras blessé et abandonné,/et que les femmes afghanes viendront découper ce qui reste,/Tire ton fusil et tire-toi une balle dans la tête/et va vers ton Dieu de soldat".

Un avertissement qui n'est pas anodin et qui confirme combien le souvenir des guerres anglo-afghanes (1839-42 et 1878-80) était encore brûlant à l'aube du 20ème siècle. Pour les Britanniques, ce fut un véritable cauchemar, synonyme de terribles défaites - bien pires, pour la tranquillité de nos anglophiles, qu'Amba Alagi ou Adua... - dont le point culminant fut la folle retraite de Kaboul en 1842: une marche vers la mort qui engloutit 4500 soldats et plus de 14.000 civils.

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Mieux vaut oublier. Rien d'étrange: les Britanniques (et leurs historiens...) sont des spécialistes de l'effacement, de l'amnésie. Les guerres afghanes (comme les défaites devant les Zoulous et les sanglantes escarmouches du Soudan avec les Mahdistes) ne sont que des détails. Minimaux. Sans importance. Pour l'édition britannique, donc, l'épiphanie de l'empire mort est toujours une bonne affaire. Ceux d'outre-Manche, comme l'intendance de la mémoire napoléonienne, suivent le mouvement.

Heureusement, un historien écossais, William Dalrymple, s'est enfin attaqué au désastre de l'armée anglo-indienne en Asie centrale. Avec un regard neuf. Dans son livre Return of a King. The battle for Afghanistan (Bloomsbury, 2013), l'universitaire calédonien a enquêté sur l'échec des expéditions d'Albion en Asie centrale. Il a essayé de comprendre les raisons, les motifs et les contextes.

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Le diagnostic de Dalrymple est impitoyable. Pour Londres, aux XIXe et XXe siècles, l'Afghanistan était le bastion avancé contre l'avancée des Russes tsaristes (le Grand Jeu décrit par Kipling dans Kim) vers les mers chaudes et l'Inde, le joyau de la couronne. D'où l'idée irréfléchie de conquérir une terre invincible. Une folie militaire et une folie politique. L'auteur souligne méticuleusement l'inexpérience des généraux et leur sous-estimation des capacités militaires des tribus pachtounes et tadjikes, sans oublier l'incapacité des politiciens à comprendre la complexité de la réalité tribale afghane.

Les histoires d'avant-hier sont terriblement similaires à celles d'hier (l'invasion soviétique) et d'aujourd'hui (la "mission" occidentale). Les similitudes sont pressantes, les coïncidences surprenantes. Les mêmes frontières, les mêmes clans, les mêmes routes, les mêmes lieux. Le résultat est identique: la retraite, la descente du drapeau. Une défaite, aujourd'hui, qui est malheureusement aussi italienne. L'Afghanistan, une fois de plus, se confirme comme le "tombeau des empires".

D'où les questions. Pourquoi ce pays inhospitalier et extrêmement pauvre a-t-il toujours été la cible de conquêtes et le théâtre de conflits ? Pourquoi cette terre désolée et désolante est-elle incontrôlable et ses peuples - une mosaïque d'ethnies, un puzzle de clans et de familles - indomptables? Depuis Alexandre le Grand, l'Afghanistan reste pour les étrangers une énigme, une équation impossible. Pourquoi?

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Eugenio Di Rienzo apporte une réponse sérieuse, articulée et non conventionnelle dans son livre Afghanistan, il Grande Gioco. Ce professeur, qui enseigne l'histoire moderne à l'université Sapienza de Rome et dirige la glorieuse Nuova Rivista Storica, reconstitue les événements d'Afghanistan avec une formidable impertinence, les replaçant magistralement dans les processus géopolitiques de l'époque. S'appuyant sur une excellente documentation (fruit d'un remarquable travail d'archivage), Di Rienzo explique les événements actuels en nous ramenant en 1914. Aux "canons d'août". Quand tout a commencé.

Quelques jours après l'assassinat à Sarajevo de l'héritier de François-Joseph, l'Europe explose. La longue vague meurtrière a également atteint le lointain émirat de Kaboul, la destination la plus ingrate (hormis le Tibet théocratique et les divers confettis de la péninsule arabique) pour tout diplomate de carrière. Soudain, cet État asiatique reculé est devenu partie intégrante d'un conflit mondial. Au milieu de mille difficultés, une mission germano-ottomane atteint la capitale pour convaincre l'émir Habibullah de rejoindre un hypothétique mouvement panislamique et de déclencher une guerre contre l'Inde britannique et la Russie tsariste. Un choix stratégique et géopolitique intelligent mais irréaliste. La grande révolte musulmane reste une illusion et les lignes de front se stabilisent loin, trop loin, du regard du monarque.

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Le prudent souverain - bien qu'anglophobe et russophobe - fait la sourde oreille, se met à l'affût des armées turco-germaniques et, finalement, éconduit poliment le Lawrence teutonique avec beaucoup de belles paroles mais sans engagement. La mission est un échec - comme toutes les autres tentatives insurrectionnelles pro-germaniques au Moyen-Orient et en Asie - mais Berlin n'a pas oublié Kaboul. Après la chute du Kaiser, la République de Weimar - un État beaucoup plus sérieux que l'image fatale qui l'entoure encore - a relancé une politique asiatique aussi dénuée de préjugés qu'ambitieuse, fixant l'Afghanistan comme l'un de ses repères géo-économiques.

Entre 1923 et 1939, l'Allemagne, redevenue une puissance industrielle sans appétit territorial, se propose comme le partenaire idéal de l'émirat misérable mais fier et investit des capitaux importants pour la modernisation du Pays. Une présence dynamique qui a immédiatement alarmé ses encombrants voisins: le gouvernement britannique à Delhi et l'Union soviétique. Au fil des ans, les deux puissances ont cherché à marginaliser les Allemands envahissants et ont tenté de satelliser le pays à leur avantage. Dans un inquiétant "jeu d'ombres", les Soviétiques et les Britanniques ont à plusieurs reprises fomenté des troubles internes et menacé d'invasion et de chantage économique. En vain. Chose incroyable, malgré les crises dynastiques, les querelles de clans et la terrible misère du peuple, Kaboul a su préserver sa liberté d'action et une politique étrangère autonome, apparemment ambiguë, mais payante.

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À cette époque, comme le rappelle le Prof. Di Rienzo, l'Italie de Mussolini tentait également de se tailler un espace politique et économique en Asie centrale. Avec des résultats mitigés. Malgré les efforts de nos diplomates - au premier rang desquels l'ambassadeur Piero Quaroni (photo) - les relations et les échanges sont restés modestes. La faute, une fois de plus, à des visions étroites et dépassées. Passatiste. Le mot de l'auteur: "Comme cela s'est produit pour l'affaire de l'exploitation des ressources pétrolières irakiennes, la politique étrangère italienne, ancrée au dogme de l'"acquisition territoriale" et incapable de comprendre le concept moderne de "sphère d'influence", s'est révélée inadéquate pour affronter la diplomatie expérimentée des anciens États coloniaux, en écartant l'absence d'un dessein stratégique différent de la protection des intérêts de l'"arrière-cour méditerranéenne". Un retard culturel qui marquera (et pénalisera) l'intervention guerrière italienne de juin 1940 et les événements ultérieurs. Un fait important sur lequel Mme Mogherini devrait réfléchir.

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Passons à l'année 1939. Cette année-là, les inquiétudes britanniques atteignent leur paroxysme avec l'annonce du pacte Molotov-Ribbentrop. L'accord entre les deux principales puissances totalitaires - un processus complexe, admirablement étudié par le professeur et Eugenio Gin dans Le potenze dell'Asse e l'Unione Sovietica (Rubbettino editore) - a bouleversé le cadre géopolitique de l'époque. Partout. Même en Afghanistan. Comme le souligne Di Rienzo, "grâce à cet accord, les anciennes ambitions russes d'atteindre les Dardanelles, le golfe Persique et le golfe du Bengale se sont combinées à celles du Troisième Reich, qui était déterminé à démanteler les positions de suprématie acquises par la France et l'Angleterre au Moyen-Orient, en Asie et en Inde, en utilisant l'accord construit entre l'irrédentisme arabe, l'extrémisme islamique et le nazisme".

Une opportunité unique, pleine d'implications extraordinaires mais incroyablement perdue. Gaspillée. Quoi qu'il en soit, au cours de ces mois, l'Afghanistan est redevenu central. La cour poussiéreuse de Kaboul était au centre de mille manœuvres, complots et conspirations; le col de Khyber, la frontière, se transformait soudain en un petit front de la grande guerre mondiale. Les tribus (bien payées par les agents de l'Axe) se soulèvent, les nationalistes indiens attendent fébrilement les ennemis de la Grande-Bretagne. Un jeu inconnu mais mortel dans lequel l'Italie, grâce à Quaroni, a joué un rôle important. Ensuite, tout s'est enchaîné rapidement: la rupture entre Hitler et Staline, la campagne de Russie, Stalingrad, l'effondrement de l'Allemagne. En 1943, avec pragmatisme, les seigneurs afghans oublient leurs sympathies hitlériennes et reprennent leur politique d'équilibre entre l'URSS et l'Occident. Les Britanniques n'étant plus dans le coup, c'est au tour des Américains et (à nouveau) des Soviétiques. Le roi Zaher Shah (un homme cultivé et désenchanté, amoureux de l'Italie) et son Premier ministre (ainsi que son beau-frère) Mohammed Daoud demandent à tous de l'argent, des armes et la tranquillité. Un équilibre précaire, mais fonctionnel. Pour l'Afghanistan et le monde.

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En haut, Zaher Shah; en bas, Mohammed Daoud qui le renversa en 1973.

Tout s'est arrêté en 1973. Daoud détrône son parent royal et proclame une république bizarre avec le soutien de généraux pro-soviétiques. En 1978, en guise de remerciement, les communistes locaux ingrats l'ont massacré, lui et toute sa famille, ont inventé une improbable révolution ouvrière afghane, puis ont immédiatement commencé à se massacrer entre eux. En décembre 1979, dégoûté par les camarades afghans, le sénescent secrétaire général du Parti communiste soviétique, Leonid Brejnev, ordonne l'invasion. Ce qui devait être une simple opération de police (l'aide habituelle à un "parti frère") est devenu une tragédie qui a déclenché la (sacro-sainte) rébellion contre l'Armée rouge et déterminé - encadré dans les manœuvres ambiguës des Saoudiens et des Pakistanais - le soutien des USA aux fondamentalistes de partout (y compris le jeune et "fiable" milliardaire saoudien d'alors, Oussama Ben Laden).

Tout s'est terminé en 1989 avec l'implosion de l'URSS. Une victoire pour l'Occident. Du moins, apparemment. Peu, très peu ont compris (et comprennent) les risques et les dangers que réservent le "scorpion afghan" et cette tranche aride et vide du globe. L'incroyable myopie des chancelleries, l'étrange insouciance des services secrets doivent faire réfléchir.

Eugenio Di Rienzo ne fait aucune concession. Lorsque l'"empire du mal" soviétique s'est effondré, aucun président, aucun analyste et aucun général "n'a prévu à ce moment-là que la même force qui avait écrasé l'Armée rouge violerait, un matin de septembre 2001, le ciel de New York, transformant pour des milliers d'Américains la guerre des autres en une guerre chez eux".

En conclusion, l'heure est au réalisme politique. D'analyse et de froideur. De projets historiques. Malheureusement, depuis des décennies, le monde occidental est à court de "nouveauté", il a cessé de penser en termes de grande politique. Les erreurs sont lourdes, peut-être sans remède. Au Levant, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale. En Afghanistan. L'auteur est pessimiste. Nous avons peur à juste titre.

"Et les femmes afghanes viennent couper ce qui reste,/ Te traîner jusqu'à ton fusil et te tirer dans la tête/ Et aller à ton Dieu comme un soldat".

Eugenio Di Rienzo, AFGHANISTAN, il Grande Gioco, Salerno editrice, Rome 2014, 189 p., 12,00 euros

lundi, 16 août 2021

Afghanistan : le nouveau Vietnam américain

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Afghanistan: le nouveau Vietnam américain

Les Talibans s'empressent de prendre le contrôle de toutes les villes afghanes, avec l'objectif non encore déclaré de prendre Kaboul. Des nouvelles déchirantes nous parviennent du pays, où des multitudes fuient devant l'avancée des milices islamiques.

Il convient de noter que les informations sur ce qui se passe sont dramatiques, contrairement à d'autres guerres, comme celle du Yémen, où les raids aériens de l'alliance dirigée par l'Arabie saoudite, qui massacrent des civils et des enfants depuis des années, n'ont pas obtenu un millième de la couverture médiatique accordée à la guerre contre les Talibans.

Mais ce n'est pas sur l'habituelle myopie des médias que nous voulons nous concentrer, mais sur les nouvelles elles-mêmes.

Comme d'habitude, il est difficile de s'extraire du chaos informationnel, et le bombardement médiatique empêche souvent de poser les questions les plus banales.

En particulier, sur la férocité des milices en question. Si vous remarquez, il n'y a pas de reportages sur les massacres de civils, qu'ils soient massifs ou plus limités.

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Tout au plus, les médias font-ils état de mariages forcés, les talibans entrant dans les maisons et mariant les femmes de force. Une pratique odieuse, mais qui pourrait aussi être le fruit de la propagande, qui utilise des événements réels en les amplifiant au-delà de toute proportion.

En ce sens, la réitération automatique de telles nouvelles, qui rebondissent sur les médias toujours de la même manière, comme cela se passe pour les nouvelles diffusées sur le réseau par les bots, est suspecte.

Il ne s'agit pas d'une campagne à la Isis

Mais au-delà de la véracité de la nouvelle, il reste qu'il s'agit de la pratique la plus féroce dénoncée à ce jour. On ne parle pas de massacres aveugles, même si les morts ne manquent pas.

Compte tenu de l'emphase médiatique ci-dessus, cela signifie simplement que, du moins pour le moment, aucun massacre n'a lieu. C'est-à-dire que les milices islamiques, lorsqu'elles prennent le contrôle d'une zone, n'infligent pas autant de violence à la population.

Nous ne disons pas qu'ils distribuent des fleurs en arrivant à un endroit, ni que la guerre en cours est une bonne chose, que toutes les guerres ont leurs horreurs, mais que c'est une guerre comme une autre et surtout complètement différente de celle menée en Syrie et en Irak par Isis et al Nusra - milices auxquelles les talibans sont souvent associés - dont les conquêtes ont été émaillées d'horreurs innommables.

Ce à quoi nous assistons est, avec toutes les limites de l'affaire, une guerre de libération: après vingt ans d'occupation américaine, les Afghans reprennent leur pays.

Bien sûr, elle est dirigée par des milices islamiques, mais ceux qui voulaient combattre l'envahisseur n'avaient pas d'autre choix qu'eux. Et de nombreux Afghans ordinaires, qui considéraient la présence américaine comme une honte, se sont joints à eux.

Parmi ceux-ci, certainement aussi beaucoup qui ont vu leurs proches exterminés par des drones de fabrication américaine (" accidents " qui peuvent arriver, surtout si des centaines de milliers de bombes sont larguées du ciel, comme le titre du magazine du MIT: "Life in the most bombed country in the world").

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En outre, les rebelles n'ont pas l'exclusivité de la férocité, étant donné que Rashid Dostum, un ancien chef de guerre au CV jonché de crimes innommables, a été appelé à diriger l'armée de Kaboul (si ce n'est sur la suggestion des États-Unis, en tout cas avec leur placet).

L'Afghanistan comme le Vietnam

Dans les médias américains, la guerre afghane trouve souvent des parallèles avec celle du Vietnam, qui s'est également terminée par le retrait précipité des troupes américaines.

Si précipité que lorsque les marines se sont retirés de l'aéroport stratégique et symbolique de Bagram, ils l'ont fait de nuit, sans même en informer les Afghans stationnés sur la base.

Les médias américains s'interrogent sur la défaite, car c'est bien de cela qu'il s'agit, comme cela est désormais clair pour tous. Et sur le fait que ce résultat était clair depuis un certain temps.

À tel point qu'Ishaan Tharoor, dans le Washington Post, explique que les présidents américains étaient au courant dès 2005-2006, mais ont décidé de fermer les yeux. C'est exactement ce qui s'est passé avec le Vietnam.

Car, comme pour le Vietnam, aucun d'entre eux ne veut entrer dans l'histoire comme le président qui a perdu une guerre, ni surtout n'a eu le courage de défier frontalement les faucons, sauf Trump à la fin de son mandat.

Biden a eu ce courage et s'est retiré, réalisant la promesse de Trump (et s'attirant la haine des faucons, qui montent une campagne pour rester dans le pays: l'emphase médiatique ci-dessus sert à cela).

Des engagements violés. Par qui ?

Bien sûr, les pactes prévoyaient que les Talibans concluent un accord avec Kaboul. Mais quelqu'un a rompu les pactes, et peut-être pas seulement les talibans, puisque la campagne d'opposition à la décision présidentielle s'est accompagnée de quelques bombardements effectués par des B-52, dont les bombes sont encore moins intelligentes que les autres (et qui ne sont probablement que la partie émergée de l'iceberg d'opérations plus obscures et secrètes).

De plus, l'accord était très difficile. Si l'on se met à la place des talibans - mutatis mutandis - c'est comme si, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on avait demandé à Paris de trouver un accord avec Vichy.

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Ainsi, la parole reste aux armes, à l'armée afghane, armée et entraînée par les Etats-Unis, qui fond comme neige au soleil, alors qu'elle est trois fois supérieure à l'ennemi.

L'effondrement de l'armée a été décrété par les défections massives, qui indiquent le taux d'adhésion à la prétendue "démocratie" afghane créée par Washington, mais qui ont également permis d'éviter des affrontements plus féroces.

Pour l'instant, Biden maintient son point de vue, étant même capable d'afficher l'immense coût de la guerre en Afghanistan (1,5 trillion de dollars) face à des résultats aussi minimes. Mais la situation est magmatique et évolutive: comme pour les autres pays dévastés par des guerres sans fin, le chaos variable produit par ces guerres défie toute prévision et tout contrôle.

Source: https://piccolenote.ilgiornale.it/52685/afghanistan-il-nuovo-vietnam-americano

jeudi, 12 août 2021

Les Etats-Unis se retirent d'Afghanistan: nouveaux scénarios géopolitiques en Asie centrale

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Enric Ravello Barber:

Les Etats-Unis se retirent d'Afghanistan: nouveaux scénarios géopolitiques en Asie centrale

Ex: https://www.enricravellobarber.eu/2021/08/eeuu-se-reita-de-afganistan-nuevos.html#.YRQgx0A6-Uk

La folie interventionniste des "néo-con" - des ex-trotskystes pour la plupart - sous l'administration de George Bush a provoqué un irréalisme belliciste qui a eu pour point d'orgue les invasions de l'Irak et de l'Afghanistan.

En réalité, la présence américaine en Afghanistan remonte à bien plus loin, avant même l'intervention soviétique, comme le reconnaît lui-même Zbigniew Brzezinski : "C'est le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants au régime pro-soviétique de Kaboul. Et j'ai écrit une note au Président expliquant qu'à mon avis, une telle assistance provoquerait une intervention militaire soviétique" (1).

Après 20 ans de présence militaire et, selon un récent rapport du Watson Institute de l'Université Brown (Providence, Rhode Island), une dépense économique estimée à 2261 milliards de dollars et un bilan humain de 238.000 morts, tués dans des opérations anti-talibans tant en Afghanistan qu'au Pakistan, le président américain Joe Biden a déclaré le 8 juillet: "Nous avons mis fin à la plus longue guerre de l'histoire" (2).  Si l'objectif de la guerre était de mettre fin au règne des talibans, et que Biden annonce le retrait tout en reconnaissant le contrôle des talibans sur l'Afghanistan, il est clair que le bilan de la guerre est la défaite des États-Unis, qui après de nombreuses années de présence militaire n'ont pas atteint leur objectif, bien au contraire.

Les interventions américaines en Irak et en Afghanistan, qui ont toutes deux échoué, ont conduit les États-Unis à une impasse géostratégique pendant deux décennies clés. Son erreur lui a permis de passer du stade où ils étaient la seule puissance mondiale hégémonique à celui de l'ascension imparable de la Chine et de la réémergence de la Russie en tant que puissance mondiale - après l'effondrement de l'URSS -, notamment après la deuxième guerre de Tchétchénie, un tournant dans l'ascension militaire de Moscou.

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Ayant accepté leur défaite militaire, les États-Unis ont convenu avec les talibans de se retirer d'Afghanistan. Washington est conscient que dans quelques mois, les talibans renverseront le gouvernement actuel et domineront l'ensemble du territoire afghan, et pas seulement celui de la majorité pachtoune - à laquelle ils appartiennent.  Les talibans ont tiré les leçons des erreurs du passé et ont désormais pris le contrôle militaire de toutes les frontières du pays, laissant les seigneurs de guerre non pachtounes totalement isolés de tout contact extérieur et rendant leur position militaire aussi ridicule qu'intenable.

Les négociations de l'administration Biden avec les talibans se concentrent sur les deux points que la Maison Blanche entend continuer à contrôler après son retrait militaire.

- Contrôle du commerce de l'opium. Comme l'administration américaine l'a répété à plusieurs reprises, "nous ne sommes pas venus en Afghanistan pour lutter contre le commerce de l'opium", non seulement ils l'ont toléré, mais, de surcroit, ils ont collaboré avec ce commerce de l'opium tout au long du processus interventionniste. L'opium afghan représente 80 % de l'opium mondial et est principalement contrôlé par les talibans et accessoirement par le gouvernement actuel, en phase terminale, de Kaboul.

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Washington y a toujours été impliqué, prenant une part importante en échange de la non-intervention. L'argent de la drogue est utilisé pour payer les services de renseignement et les opérations spéciales "secrètes". Le contrôle de l'opium présente un second intérêt dans la mesure où l'opium atteint, entre autres, la Russie, où la consommation d'opium chez les jeunes Russes constitue un problème majeur de santé publique.  Une autre branche de la route de l'opium atteint l'Europe occidentale via la Turquie, mais la consommation de ces opiacés en Europe occidentale est assez faible.

- L'Afghanistan, sous le contrôle des talibans, est un centre d'expansion du djihadisme islamique, en particulier dans deux directions : dans la province chinoise du Xianjang, ce qui pose des problèmes à Pékin, et en Asie centrale et dans les républiques musulmanes de Russie, ce qui pose des problèmes à Moscou. En fait, les Talibans ont soutenu le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, qui a attaqué l'ancienne république soviétique depuis ses bases afghanes. Cette attaque a été la seule occasion où il a été nécessaire de mobiliser l'Organisation du traité de sécurité collective (une alliance militaire défensive dont la Russie est le noyau) pour repousser une agression extérieure contre l'un de ses États membres.

La Chine et la Russie ont défini leurs stratégies.

Ni la Russie ni la Chine n'ont la moindre intention de laisser les talibans faire de l'Afghanistan le déstabilisateur islamiste de l'Asie centrale, ce que la Maison Blanche souhaite en revanche. Moscou et Pékin ont leur propre stratégie et les deux gouvernements ont organisé des rencontres avec les chefs talibans, qu'ils reconnaissent déjà comme des interlocuteurs valables, en ignorant l'actuel gouvernement terminal de Kaboul.

Du côté russe, le 9 juillet à Moscou, un entretien a eu lieu avec une délégation de talibans dirigée par Abadul Latif Mansur (3). La Russie s'intéresse à l'Asie centrale pour étendre la Communauté économique eurasienne et contrôler l'islamisme dans la région. Elle n'est pas disposée à laisser le nouveau gouvernement taliban faire dérailler ses plans, ni à permettre aux talibans de s'allier à la Turquie pour renforcer la présence de cette dernière dans cette région clé de l'Asie centrale. La Russie a clairement fait savoir qu'elle n'était pas disposée à répéter des situations telles que l'attaque naguère lancée par le Mouvement islamique d'Ouzbékistan. Moscou, qui a fait plusieurs démonstrations récentes de son énorme puissance militaire, a clairement exprimé sa position.

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Le géopolitologue russe Alexandre Douguine a écrit dans un article (4) que "la Russie doit agir activement pour empêcher la situation en Asie centrale de dégénérer en chaos et en instabilité, et à cette fin, Moscou doit agir en coopération avec l'Iran, le Pakistan, mais aussi avec la Chine, l'Inde et les États du Golfe, en accordant un rôle crucial dans la stabilité de la région à la coopération avec la Turquie". Douguine poursuit en affirmant que "l'Occident", c'est-à-dire les États-Unis et l'Union européenne, devrait être exclu du théâtre de l'Asie centrale. La vérité est que l'UE n'a aucune chance d'agir sur cette scène clé pour la stabilité mondiale, et - comme dans le cas de la Syrie - son seul rôle sera celui d'une victime de l'instabilité créée dans cette région. Le retrait chaotique des États-Unis provoquera une nouvelle crise des réfugiés en Europe occidentale. En d'autres termes, l'erreur stratégique de la Maison Blanche sera payée de cette manière par l'Europe (5).

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Du côté chinois, la rencontre entre la délégation des talibans, conduite par le mollah Abul Ghani, et le ministre des affaires étrangères de Pékin, Wang Yi, a eu lieu le 28 juillet dans la ville chinoise de Tianjin. Pékin a pu imposer aux Afghans l'engagement que Kaboul ne soutiendrait pas le Mouvement islamique du Turkestan oriental, un groupe musulman ouïghour actif dans la région chinoise du Xinjiang, peuplée de musulmans. D'autre part, le départ des États-Unis et une nouvelle situation politique en Afghanistan permettront d'importants investissements économiques chinois, principalement dans les infrastructures, qui seront très bien accueillis par le futur gouvernement taliban (6). Car, comme le rappelle la journaliste italo-suisse Chantal Fantuzzi, il est clair pour la Chine que le retrait de ses troupes est une défaite pour les Etats-Unis, et Pékin va profiter de cette défaite (7).

Enric Ravello.

Notes:

(1) https://www.voltairenet.org/article185558.html

(2) https://www.larazon.es/internacional/20210708/q3wuztib55h4pcmmlel4cwvw7a.html

(3) https://asiatimes.com/2021/07/for-russia-the-taliban-a-necessary-evil/

(4) http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/07/20/la-russie-retourne-en-afghanistan.html

(5) https://www.elmundo.es/internacional/2021/07/07/60e4948621efa06a468b4593.html

(6) https://elpais.com/internacional/2021-07-28/china-y-los-talibanes-consolidan-su-acercamiento.html

(7) https://www.ticinolive.ch/2021/07/30/la-cina-convoca-i-talebani-biden-ha-fallito/

vendredi, 06 août 2021

La politique de pression maximale contre l’Iran a échoué - Que va donc faire Biden ?

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La politique de pression maximale contre l’Iran a échoué

Que va donc faire Biden ?

Par Moon of Alabama

Il y a une semaine, j’ai écrit sur l’échec de la politique étrangère de Biden. En ce qui concerne l’accord nucléaire (JCPOA) avec l’Iran, j’ai fait cette remarque :

Pendant sa campagne, Biden avait promis de rejoindre l'accord nucléaire avec l'Iran. 
Mais aucune action n'a suivi. Les pourparlers avec Téhéran ont commencé trop tard et
ont été remplis de nouvelles exigences que l'Iran ne peut accepter sans diminuer
ses défenses militaires. L'arrogance de l'administration Biden est à son comble lorsqu'elle croit pouvoir
dicter ses conditions à Téhéran : ... Ce n'est pas l'Iran qui a quitté l'accord JCPOA approuvé par l'ONU. Ce sont les
États-Unis qui ont quitté cet accord et ont réintroduit une campagne de sanctions
"pression maximale" contre l'Iran. L'Iran a déclaré qu'il était prêt à réduire
à nouveau son programme nucléaire dans les limites de l'accord JCPOA si les
États-Unis supprimaient toutes les sanctions. C'est l'administration Biden
qui refuse de le faire tout en formulant de nouvelles exigences. Il est évident
que cela ne fonctionnera pas.
... Si les États-Unis ne reviennent pas dans l'accord JCPOA, sans autres conditions,
l'Iran finira par quitter l'accord et poursuivra son programme nucléaire comme
il l'entend. Ce serait l’échec total de la tactique dure choisie par Biden.
On peut se demander ce que l'administration Biden a prévu de faire lorsque
cela se produira.

L’administration Biden pense pouvoir renforcer les sanctions contre le commerce pétrolier entre l’Iran et la Chine :

La secrétaire d'État adjointe Wendy Sherman devait évoquer la perspective d'un 
durcissement des sanctions américaines contre les entités chinoises qui importent
du pétrole iranien lors de sa rencontre avec le ministre chinois des Affaires
étrangères Wang Yi et d'autres responsables à Tianjin, en Chine, lundi 26 juillet,
si un accord sur le retour au pacte nucléaire ne pouvait être trouvé.

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"Nous avons espéré pouvoir lever les sanctions" sur les secteurs énergétique et 
bancaire iraniens, y compris sur les entités chinoises achetant du pétrole iranien,
si les États-Unis et l'Iran pouvaient se mettre d'accord sur un retour mutuel au
pacte nucléaire, a déclaré le diplomate américain. Mais "s'il n'y a pas de retour
au JCPOA... et si nous nous installons dans une longue période de non-retour au JCPOA"
,

nous examinerons d'abord notre politique d'application des sanctions, a-t-il ajouté.

Mais nous ne sommes plus en 2012. À l’époque, la Chine et la Russie avaient convenu avec les États-Unis de faire pression sur l’Iran. Cette pression a conduit à l’accord nucléaire. Mais aujourd’hui, la situation est bien différente. Ce sont les États-Unis qui ont quitté l’accord. L’Iran, la Chine et la Russie sont tous dans une position plus forte qu’il y a dix ans. Pourquoi ces deux derniers accepteraient-ils de soutenir la politique étrangère malveillante de Biden et les sanctions unilatérales des États-Unis contre l’Iran ?

L’ancien ambassadeur indien M. K. Bhadrakumar dresse un tableau similaire :

Les négociateurs américains ont négocié avec intransigeance à Vienne. Ils ont 
sous-estimé la volonté de l'Iran de protéger ses intérêts fondamentaux. Ils ont
supposé qu'étant donné les difficultés économiques de l'Iran, ce dernier se
plierait en quatre pour obtenir la levée des sanctions. Et ils ont commencé
à dicter leurs termes et leurs conditions. ... Khamenei, qui a le dernier mot sur les questions d'État en Iran, a déclaré
mercredi dernier que Téhéran n'accepterait pas les demandes "obstinées" de
Washington dans les négociations nucléaires et a de nouveau rejeté catégoriquement
l'insertion de toute autre question dans l'accord. ...  

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Après avoir résisté à la "pression maximale" de Trump, Téhéran est aujourd'hui 
dans une meilleure situation. La situation internationale joue également en sa
faveur. L'Iran a gagné en profondeur stratégique grâce à l'approfondissement de
son partenariat avec la Russie et la Chine. Il n'est désormais ni possible
d'"isoler" l'Iran ni prudent d'exercer l'option militaire à son encontre.

L’ancien diplomate britannique Alastair Crooke partage cet avis :

La récente liste d'obstacles sur la voie des négociations dressée par l'envoyé 
de l'Iran auprès de l'AIEA ressemble en effet à un catalogue décourageant
d'objectifs versatiles des États-Unis et de l'UE : De la doctrine initiale
de "non-enrichissement de l'uranium" à une "sortie" moins d'un an plus tard,
et maintenant à cette même demande de seuil, plus la demande d’assurances que
l'Iran entrera immédiatement dans des discussions régionales et avec les
États-Unis sur ses missiles, avant tout retour au JCPOA. Une analyse post-mortem complète des erreurs qui ont conduit jusque-là se
fera plus tard. Pour l'instant, les responsables américains insistent sur
le fait que c'est l'Iran qui interprète mal la situation ; mais on peut
également affirmer que les États-Unis ont mal interprété l'évolution de
la situation stratégique dans la région - et même dans le monde - et la

mesure dans laquelle l'humeur du peuple iranien a évolué vers le point de
vue des principalistes, au cours des quatre dernières années. ... Dès lors, la menace américaine d'un consensus international contre l'Iran
- semblable à celui de 2012 - est-elle plausible ? Consensus ... ? ... Washington n'a-t-il pas remarqué qu'il n'y en a pas : pas même pour
l'aspiration de Washington à empêcher la Russie d'amener son gaz en
Europe, via Nordstream 2 ? N'ont-ils pas remarqué la fracture dans la
politique mondiale ? Oui, l'Europe est veule et suivra les États-Unis,
quoi qu'il arrive, mais cela ne constitue pas un consensus mondial.

La tentative des États-Unis de faire pression sur l’Iran pour qu’il signe un accord plus strict que l’accord nucléaire que l’Iran avait accepté et que les États-Unis ont abandonné a échoué.

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Si l’administration Biden ne revient pas sur ses exigences, l’accord nucléaire avec l’Iran sera mort. La pression intérieure pour « faire quelque chose » au sujet de la technologie nucléaire croissante de l’Iran augmentera alors.

Mais il n’existe pas de consensus mondial pour sanctionner l’Iran. La Russie et la Chine résisteront à toute pression visant à soutenir ces sanctions et l’Iran n’aura aucune raison de changer ses habitudes. Il n’existe pas non plus d’option militaire. L’Iran dispose d’armes sérieuses qui peuvent atteindre n’importe quel coin du Moyen-Orient.

L’administration Biden a conduit sa politique iranienne dans une impasse. Le mur devant lequel elle se trouve est solide. Comment fera-t-elle pour reculer ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

samedi, 31 juillet 2021

Biden ne mettra pas fin aux « guerres sans fin ». Il en prépare même de nouvelles

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Biden ne mettra pas fin aux « guerres sans fin ». Il en prépare même de nouvelles

Par Moon of Alabama

Daniel Larison écrit que la politique étrangère de Joe Biden est probablement pire que celle de Trump :

Le bilan de la politique étrangère de Joe Biden en tant que président au cours 
de ses six premiers mois a été aussi mauvais que ses critiques non-interventionnistes
et anti-guerre le craignaient. Biden a pris une décision importante et correcte
qu'il semble suivre jusqu'au bout, à savoir le retrait des dernières troupes
américaines d'Afghanistan, mais même dans ce cas, il y a des raisons de s'inquiéter
que les forces américaines soient relocalisées dans d'autres pays voisins et que
la guerre contre les talibans se poursuive de loin. Sur presque tous les autres
fronts, Biden n'a pas seulement échoué à défaire certaines des politiques les
plus mauvaises et les plus destructrices de son prédécesseur, mais dans de
nombreux cas, il les a ancrées et renforcées.

Biden n’a pas réussi à arrêter la guerre américano-saoudienne au Yémen. Il maintient des troupes en Irak et en Syrie. Son retrait d’Afghanistan s’avère être un leurre. Il sabote le retour aux accords sur le nucléaire iranien.

Les États-Unis, en contradiction avec leur accord avec les Talibans passé à Doha, ont relancé une campagne de bombardement aérien les visant et vont probablement la poursuivre pendant des années :

Le plus haut général américain chargé de superviser les opérations en Afghanistan 
n'a pas voulu dire dimanche soir si les frappes aériennes américaines contre les
talibans prendraient fin le 31 août, date que les responsables avaient précédemment
fixée comme limite pour ces attaques. Le général Kenneth F. McKenzie Jr, chef du Commandement central des États-Unis,
a refusé de s'engager à mettre fin au dernier levier militaire qu’ont les États-Unis
contre les talibans : les frappes aériennes. ...  

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Les talibans ont réagi furieusement aux frappes, affirmant que c’étaient une 
violation de l'accord négocié entre le groupe militant et les États-Unis en 2020. L’intensité des frappes contre les talibans reflète un nouveau sentiment d'urgence
à Washington qui considère que le gouvernement afghan est en danger. "Je ne suis pas en mesure de faire des commentaires sur l'avenir des frappes
aériennes américaines après le 31 août"
, a déclaré le général McKenzie aux

journalistes après avoir rencontré le président afghan, Ashraf Ghani, et ses
collaborateurs plus tôt dans la journée.

Les talibans ont récemment fait un gros travail de diplomatie en se rendant à Moscou, Pékin et Téhéran. Avec le Pakistan, qui continue à fournir aux talibans des armes et de la main-d’œuvre, ces pays préparent un avenir où les talibans auront le contrôle total du gouvernement afghan, ou du moins un rôle important dans celui-ci. Ils ont promis d’investir en Afghanistan, même si le pays est dirigé par les talibans.

Mais les États-Unis s’opposeront à la reconstruction de la Route de la soie entre la Chine et l’Iran. Ils n’autoriseront pas que ces investissements en Afghanistan soit en sûreté. Au lieu de contrôler l’Afghanistan pour leurs propres besoins, comme ils l’ont fait pendant leur occupation, les États-Unis feront désormais tout leur possible pour empêcher les autres de profiter du pays.

Après avoir fait pression sur le président afghan pour qu’il laisse la place à un gouvernement provisoire, Biden le soutient à nouveau. Lors d’un appel téléphonique vendredi dernier, Biden s’est engagé à soutenir pleinement la ligne intransigeante maintenue par Ghani :

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Le président Joseph R. Biden, Jr. s'est entretenu aujourd'hui avec le président 
Ashraf Ghani d'Afghanistan. Le président Biden et le président Ghani ont discuté
de la situation en Afghanistan et ont réaffirmé leur engagement envers un partenariat
bilatéral durable. Le président Biden a insisté sur le soutien continu des États-Unis,
notamment en matière de développement et d'aide humanitaire, au peuple afghan, y
compris aux femmes, aux filles et aux minorités. Le président Biden et le président
Ghani ont convenu que l'offensive actuelle des talibans est en contradiction directe
avec la prétention du mouvement à soutenir un règlement négocié du conflit.
Le président Biden a également réaffirmé l'engagement des États-Unis à continuer
d'aider les forces de sécurité afghanes à se défendre.

Mais le gouvernement de Ghani n’a aucune chance de survie. Les talibans contrôlent les frontières de l’Afghanistan et peuvent se financer grâce aux droits de douane et aux taxes. Ghani n’aura donc pas les revenus nécessaires pour faire fonctionner l’État. Maintenant, Biden lui promet de donner 4 milliards de dollars par an à l’armée afghane tout en ayant peu de contrôle sur la façon dont cet argent sera dépensé. Ghani et son entourage feront de leur mieux pour piller cet afflux d’argent.

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Au lieu de laisser l’Afghanistan tranquille pour se trouver un nouvel équilibre, Biden est en train de réorganiser le Grand Jeu, dont l’Afghanistan sera à nouveau la première victime.

Pendant sa campagne, Biden avait promis de rejoindre l’accord nucléaire avec l’Iran. Mais aucune action n’a suivi. Les pourparlers avec Téhéran ont commencé trop tard et ont été remplis de nouvelles exigences que l’Iran ne peut accepter sans diminuer ses défenses militaires.

L’arrogance de l’administration Biden se manifeste pleinement lorsqu’elle croit pouvoir dicter ses conditions à Téhéran :

Si les États-Unis déterminent que l'Iran n'est pas prêt à revenir à la mise en œuvre 
complète de l'accord, ou que le programme nucléaire iranien a progressé à un point
tel que les limites de non-prolifération de l'accord ne peuvent pas être récupérées,
ils exploreront d’autres options, y compris pour renforcer l'application des sanctions
économiques, mais ils espèrent ne pas en arriver là, a-t-il dit. "Nous verrons s'ils sont prêts à revenir", a déclaré le haut diplomate américain.

Ce n’est pas l’Iran qui a quitté l’accord JCPOA approuvé par l’ONU. Ce sont les États-Unis qui sont revenus sur cet accord et ont réintroduit une campagne de sanctions « pression maximale » contre l’Iran. L’Iran a déclaré qu’il était prêt à réduire à nouveau son programme nucléaire dans les limites de l’accord JCPOA si les États-Unis supprimaient toutes les sanctions. C’est l’administration Biden qui refuse de le faire tout en formulant de nouvelles exigences. Il est évident que cela ne fonctionnera pas.

Aujourd’hui, le guide suprême iranien Ali Khamenei a rencontré le gouvernement sortant du président Rohani et a mis en garde le gouvernement entrant contre tout espoir que les États-Unis changent leur position déraisonnable :

Khamenei.ir @khamenei_ir - 9:20 UTC - 28 juil. 2021

Les autres devraient utiliser l'expérience du gouvernement de M. Rouhani. L'une 
de ces expériences est la méfiance envers l'Occident. Pour cette administration,
il est devenu clair que faire confiance à l'Occident n'est pas utile. Ils n'aident
pas et ils frappent partout où ils peuvent. Quand ils ne le font pas, c'est parce
qu'ils ne peuvent pas. Les administrations devraient absolument éviter de lier leurs plans à des négociations
avec l'Occident, car celles-ci échoueront certainement. Cette administration aussi, lorsqu'elle s'est appuyée sur des négociations avec
l'Occident et les États-Unis, elle a échoué, et lorsqu'elle s'est appuyée sur le
potentiel national, elle a réussi. Lors des récentes négociations nucléaires, les Américains sont restés obstinément
sur leur position. Lorsqu'ils font des promesses ou sur le papier, ils disent qu'ils
vont lever les sanctions, mais dans la pratique, ils ne l'ont pas fait et ne le
feront pas. Puis ils disent que de nouveaux articles doivent être ajoutés à un
accord qui a déjà été signé. L'Occident et les États-Unis sont totalement injustes et malveillants dans leurs
négociations. Ils n'hésitent absolument pas à violer leurs engagements. Dans l'accord
précédent, ils ont violé leurs engagements et ils ne donnent aucune garantie qu'ils
respecteront leurs engagements à l'avenir non plus.

Si les États-Unis ne reviennent pas dans l’accord JCPOA, sans imposer d’autres conditions, l’Iran finira par quitter l’accord et poursuivra son programme nucléaire comme il l’entend. Cette tactique intransigeante de Biden sera un échec total. On peut se demander ce que l’administration Biden a prévu de faire lorsque cela se produira.

Comme le résume Larison :

La politique étrangère de Biden est jusqu'à présent largement constituée d'échecs 
à atteindre ses objectifs déclarés et d'échecs à renverser les pires politiques
qu'il a héritées de Trump. Dans certains cas, Biden n'a même pas fait l'effort de
d’inverser les choses. L'administration Biden aime utiliser l'expression "America
is back" comme devise de sa politique étrangère. À en juger par les six premiers
mois de Biden, cela signifie simplement que l'Amérique est de retour aux mêmes
politiques destructrices et inhumaines que celles que nous avons menées pendant
des décennies.

Au lieu de mettre fin aux « guerres sans fin », comme Biden l’avait promis pendant sa campagne, il prolonge les anciennes tout en préparant le terrain pour de nouvelles.

C’est un choix qui ne sera pas bon pour les États-Unis d’Amérique.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

jeudi, 01 juillet 2021

Iran: perspectives post-électorales

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Iran: perspectives post-électorales

Par Ali Reza Jalali

Ex : https://www.eurasia-rivista.com/

Le treizième tour des élections présidentielles en République islamique d'Iran a eu lieu le vendredi 18 juin. Le candidat de l'aile révolutionnaire ("ultra-conservatrice" selon les schémas occidentaux), Ebrahim Reisi, qui était jusqu'à présent à la tête du pouvoir judiciaire, a triomphé avec plus de 60 % des voix ; derrière lui, à une distance infranchissable, le conservateur modéré Rezai et le réformateur modéré Hemmati.

Sur le plan intérieur, le gouvernement dirigé par Ebrahim Reisi devra faire face à la grave crise économique qui frappe le pays (avec une inflation officielle en permanence à deux chiffres, avec des pics à plus de 50% ces dernières années). Fondamentalement, le nouveau gouvernement devra essayer de ramener l'inflation en dessous du seuil de 20 %, un chiffre qui, bien qu'élevé, représente la normalité pour une nation qui, depuis plusieurs décennies, est aux prises avec les sanctions de la soi-disant "communauté internationale" et qui, ces derniers temps, a vu la situation s'aggraver davantage en raison de l'affrontement avec les États-Unis, qui s'est radicalisé avec l'administration Trump. Le rial, la monnaie nationale, a tellement perdu par rapport aux devises étrangères ; par exemple, si en 2016 un euro valait 50.000 rials, il en vaut aujourd'hui au moins 280.000.

Le deuxième problème auquel le nouvel exécutif devra faire face sur le front intérieur est l'éloignement progressif des Iraniens de la politique. Depuis le milieu des années 1990 du siècle dernier, les élections présidentielles avaient toujours enregistré un taux de participation supérieur à 60 %, avec des pics à 85 % en 2009; entre 2013 et 2017, elles avaient enregistré un taux de participation supérieur à 70 %. Depuis l'année dernière, avec les élections législatives de 2020, le taux de participation a soudainement chuté à 50 %; selon les données du ministère de l'Intérieur, ce tour-ci, le pourcentage était juste au-dessus de 48 %.

Pourquoi cette soudaine désaffection des Iraniens pour les élections ? Certains pointent la situation économique comme cause, d'autres accusent le coronavirus, qui n'incite certainement pas à participer à des événements publics, surtout s'ils sont bondés. Selon une autre analyse, il s'agirait d'un symptôme de refroidissement qui obligerait le nouveau président à prendre des mesures décisives. En d'autres termes, la tâche d'Ebrahim Reisi consistera à renforcer la confiance des Iraniens dans les institutions de la République islamique, afin d'éviter que cette forme de gouvernement ne risque de se dégrader - à Dieu ne plaise - au niveau d'une vulgaire autocratie du Moyen-Orient. Dans un système où la participation au vote est considérée par certains comme un devoir religieux et par d'autres comme une sorte de référendum permanent sur la forme du gouvernement (les prêcheurs du vendredi disent souvent que la participation aux élections est une manifestation de consentement envers la République islamique), un taux de participation inférieur à 50% des personnes éligibles n'est pas un bon signe.

En améliorant les conditions de vie des Iraniens, Reisi pourra se présenter aux électeurs dans quatre ans comme une sorte de sauveur du pays et de la République islamique, également parce que dans cette mission il pourra se prévaloir du soutien du chef de l'Etat, Ali Khamenei, de celui du Parlement, qui est dirigé par le conservateur Ghalibaf, et de la solidarité des Pasdarans. En bref, Reisi a toutes les cartes en main pour remettre les choses en ordre, compte tenu également de la disparition de Trump de l'administration américaine.

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A cet égard, il faut rappeler que les orientations de la politique étrangère iranienne relèvent de la responsabilité du Guide et non de l'exécutif au sens strict. Mais il y a une différence décisive entre le mandat de quatre ans pendant lequel M. Raisi siégera en tant que président de la République islamique et le mandat de quatre ans du modéré Rohani, qui a maintenant expiré: dorénavant, le Guide et le président sont en harmonie, dans la mesure où ils partagent la même orientation; par conséquent, les politiques générales seront appliquées à la lettre par le gouvernement, alors qu'auparavant, en raison des divergences entre Khamenei et Rohani, la ligne du chef de l'État était, pour ainsi dire, freinée par le gouvernement. Aujourd'hui, cependant, tout semble indiquer un tournant eurasiste décisif, qui pourrait peut-être inclure une certaine détente également en Occident, puisque ce dernier ne semble pas dédaigner un rééquilibrage par rapport à la politique ouvertement pro-saoudienne de ces dernières années.

C'est peut-être un paradoxe, mais le gouvernement révolutionnaire, en raison de l'uniformité idéologique qui s'est installée au sein des institutions, a plus de chances de parvenir à un bon accord avec les acteurs internationaux que le gouvernement de Rohani.

Quoi qu'il en soit, le front interieur est désormais le plus délicat. Malgré la crise économique, la puissance régionale de l'Iran n'a nullement été entamée par les huit années de présidence de Rohani, également parce que les acteurs incisifs de la politique de force de la République islamique dépendent du Guide, qui a désormais un homme de confiance à la tête du gouvernement. Cependant, il est bon de rappeler qu'un État puissant n'est pas seulement celui qui dispose d'une armée forte et de missiles précis, mais c'est aussi celui qui sait répondre aux besoins populaires dans chaque situation et qui sait s'adapter aux différents contextes sociaux.

Ali Reza Jalali

Ali Reza Jalali, diplômé en droit à l'université de Brescia, a obtenu son doctorat en droit constitutionnel à l'université de Vérone. Il enseigne actuellement le droit constitutionnel et international au département de jurisprudence de la faculté des sciences humaines de l'université islamique de Shahrud (Iran). Il préside le Centre d'études international Dimore della Sapienza, dont il est également responsable de la section consacrée aux études juridiques et politiques. Il a publié de nombreux essais dans Eurasia. Rivista di studi geopolitici et dans le site web correspondant. Dans ses recherches, il traite principalement de sujets liés au droit public, au droit international, aux relations entre l'Islam et les sciences politiques et aux relations internationales, en particulier en ce qui concerne l'espace islamique.

 

lundi, 12 avril 2021

Le cœur de l'Asie espère la paix, la stabilité et la prospérité pour l'Afghanistan

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Le cœur de l'Asie espère la paix, la stabilité et la prospérité pour l'Afghanistan

Zamir Ahmed Awan

Ex: https://www.geopolitica.ru/it/article/

Le processus Heart of Asia-Istanbul (HoA-IP), établi le 2 novembre 2011 à Istanbul, en Turquie, est une initiative partagée par l'Afghanistan et la Turquie. Il s'agit d'une plate-forme pour une coopération régionale sincère et axée sur des résultats tangibles, qui place l'Afghanistan au centre de ses préoccupations, en reconnaissance tout simplement le fait qu'un Afghanistan sûr et stable est vital pour la prospérité de la région sise au cœur de l'Asie. La plateforme vise à relever les défis et les intérêts communs de l'Afghanistan et de ses voisins et partenaires régionaux. Heart of Asia comprend 15 pays participants, 17 pays de soutien et 12 organisations de soutien régionales et internationales. Les membres impliqués dans le processus sont la Russie, la Chine, l'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Azerbaïdjan, l'Ouzbékistan et la Turquie. L'objectif est de promouvoir la sécurité régionale et la coopération économique et politique, axée sur l'Afghanistan par le biais du dialogue et d'une série de mesures de confiance.

La neuvième conférence ministérielle "Heart of Asia - Istanbul Process" s'est tenue les 30 et 31 mars 2021 à Douchanbé, au Tadjikistan. L'envoyé spécial des États-Unis pour l'Afghanistan et des représentants des talibans ont assisté à la conférence.

L'Afghanistan souffre d'instabilité, de guerre et de troubles politiques depuis près de quatre décennies. Le pays a été gravement détruit, les infrastructures, la production d'énergie, l'industrie, l'agriculture, presque tous les secteurs économiques sont gravement endommagés. L'éducation, les soins de santé et la vie sociale sont presque inexistants. La souffrance du peuple afghan a atteint un point culminant et doit cesser immédiatement. Les Afghans ne sont pas le peuple d'un Dieu inférieur. Il existe un consensus total entre les parties prenantes et les nations régionales pour rétablir la paix et la stabilité en Afghanistan.

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L'Afghanistan est un voisin important et un pays frère du Pakistan avec des liens historiques, religieux et culturels forts; les deux nations possèdent des liens étroits et un destin commun. Aucune autre nation ne peut prétendre avoir des liens aussi immuables avec l'Afghanistan et donc être plus désireuse de paix et de progrès en Afghanistan que le Pakistan. En fait, le Pakistan a sacrifié 80.000 vies précieuses, subi de lourdes pertes économiques et des répercussions négatives sur le tissu social à cause de l'intolérance, de l'extrémisme, du terrorisme, de la culture des armes à feu et de la drogue, du trafic et de la contrebande, etc.

Le Pakistan est le premier pays à vouloir un Afghanistan pacifié, stable et prospère. Le Pakistan a toujours contribué à la paix en Afghanistan et a joué un rôle essentiel pour amener les talibans à la table des négociations à Doha. L'accord de paix entre les États-Unis et les talibans a été signé en février 2020 et constitue une réussite importante. Il est temps d'appliquer l'accord de paix. La mise en œuvre de l'accord est une garantie de paix et de stabilité durables.

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L'ancien président Trump a tenu sa promesse et a réduit le niveau des troupes à seulement 2500 avant de quitter son poste. Selon l'accord, les troupes restantes doivent être évacuées avant le 1er mai 2021. Toutefois, les déclarations sont contradictoires quant au retrait des troupes d'ici la date limite et une prolongation de six mois supplémentaires pourrait être proposée. Les Talibans ne sont pas disposés à accorder un quelconque délai supplémentaire et insistent pour appliquer l'accord à la lettre.

Dans son discours tenu au cœur de la conférence interministérielle asiatique, le ministre pakistanais des affaires étrangères a déclaré que "nous avons constamment mis en garde contre le rôle des fauteurs de troubles à l'intérieur et à l'extérieur de l'Afghanistan". En fait, il existe une résistance à la paix de la part de quelques factions à l'intérieur de l'Afghanistan, qui ne sont pas censées jouer un rôle dans les futurs arrangements politiques en Afghanistan et s'opposent donc à tout accord de paix qui se ferait sans eux. Quelques pays exploitaient l'instabilité de l'Afghanistan pour leurs propres intérêts et menaient des actions terroristes et de sabotage depuis le sol afghan jusqu'au Pakistan. Ils constituent certainement un obstacle au processus de paix en Afghanistan. La communauté internationale doit prendre note de ces facteurs et être vigilante pour les endiguer à temps.

Le ministre pakistanais des affaires étrangères a suggéré que nous devrions nous concentrer sur les points suivants :

- Consolider et renforcer les progrès réalisés au cours du processus de Doha.

- Préserver les investissements de la communauté internationale et les gains de développement qui en ont résulté au fil des ans.

- Assurer un retrait ordonné et responsable.

- Veiller à ce que la réduction de la violence et le cessez-le-feu soient réalisés le plus rapidement possible.

- Amener le processus mené par les Afghans, et dont ils sont les protagonistes spécifiques et autochtones, à un règlement politique durable.

- Obtenir l'engagement financier de la communauté internationale pour soutenir l'Afghanistan sur la voie d’un progrès post-conflit.

- Planifier la reconstruction et le développement économique à long terme de l'Afghanistan.

- Créer des facteurs d'attraction pour les réfugiés afghans afin qu'ils puissent rentrer chez eux dans la dignité et l'honneur grâce à un plan à ressources limitées doté de ressources adéquates.

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Le Pakistan a engagé un milliard de dollars pour le développement et la reconstruction de l'Afghanistan. Sur ce montant, environ 500 millions de dollars ont déjà été consacrés à des projets d'infrastructure et de renforcement des capacités du pays. Le Pakistan a instauré un nouveau régime de visas pour faciliter les voyages et, malgré le COVID-19, cinq postes frontières ont été ouverts pour promouvoir le commerce et le transit bilatéraux. Le Pakistan a également rendu le port de Gwadar opérationnel pour le trafic et le transit afghan.

Il est à espérer que la communauté internationale mettra en œuvre l'accord de paix, rétablira une paix permanente et résoudra la question une fois pour toutes.

Article original de Zamir Ahmed Awan :

https://www.geopolitica.ru/en/article/heart-asia-hopes-afghan-peace-stability-and-prosperity

dimanche, 04 avril 2021

Accord Iran-Chine : Montesquieu à Pékin

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Accord Iran-Chine : Montesquieu à Pékin

Le grand fait d’actualité, c'est la signature du partenariat stratégique global de 25 ans entre l'Iran et la Chine

Les infrastructures contre l'énergie : un classique

Par Pierluigi Fagan

Ex : http://www.elzeviro.eu/

À court terme, l'Iran, qui se trouve sur la ligne de faille Ouest-Est comme la Russie, la Turquie, la Syrie, a été empêché de se tourner vers l'Ouest. Il se tourne alors tout naturellement vers l'Est et la Chine obtient ainsi de l'énergie pour son propre développement. Mais c'est à moyen et long terme que l'on pourra observer les futures vicissitudes les plus intéressantes.

Pékin obtient un maillon important dans sa stratégie de créer des infrastructures commerciales, selon son projet connu sous le nom d'initiative Belt and Road Initiative. L'Iran est une charnière territoriale/géopolitique fondamentale dans ce projet (en effet, l'accord intervient après cinq ans de négociations, rien n'a été improvisé ici), voyons pourquoi :

1) Le partenariat avec l'Iran. Le partenariat avec l'Iran permet d'offrir une alternative à la route de la Chine vers les républiques d'Asie centrale (via la Chine occidentale ou le Xinjiang, où ont surgi, comme par hasard (?) les problèmes avec les Ouïgours). Elle peut aller au nord vers la Russie ou au sud, vers l'Iran.

2) Une autre voie passe par la frontière avec le Pakistan. Une fois au Pakistan, vous pouvez aller au sud et exploiter les ports côtiers comme une alternative mixte terre-mer pour contourner les éventuels points d’étranglement autour de Malacca, ou vous pouvez aller à l'ouest et entrer en Iran pour continuer la route est-ouest où, comme nous le verrons au point 5, de nouvelles alternatives portuaires se présentent.

3) La stratégie des ports directs sur l'océan Indien. Après la Malaisie, la Thaïlande et surtout le Myanmar (ensuite le Sri Lanka, les Maldives?), le tout pour contourner les éventuels blocages à hauteur de Malacca ou pour éviter les turbulences prévisibles en mer de Chine méridionale, Pékin a envisagé d'autres alternatives avec le Pakistan et l'Iran.

4) L'ensemble de cette affaire affecte les relations contradictoires entre la Chine et l'Inde. Les deux sont géo-historiquement condamnés à coexister, mais l'Inde a deux longueurs de retard sur la Chine en termes de développement de tous les facteurs nécessaires à la puissance, donc fait montre de peu de collaboration et de peu d'envie de compétition.

Dans cette césure, les États-Unis se sont insérés. La stratégie des alternatives qui encerclent l'Inde lui enlève son pouvoir de négociation. Mais la DSP avec l'Iran crée également un problème supplémentaire, car l'Inde a conclu un accord de collaboration tout aussi stratégique avec la Russie et l'Iran lui-même, une sorte de mini-route du coton à laquelle les Indiens tiennent. De plus, l'Inde importe de l'énergie de l'Iran.

5) La majeure partie des jeux se déroule évidemment en Iran. En Iran, dans le sud-est, vous pouvez avoir un autre port permettant de sortir de l’enclavement. Vous pourriez conclure des accords raisonnables avec l'Inde pour tirer parti de leur trilatérale avec la Russie et l'Iran. Vous pourriez remplacer l'Inde dans la trilatérale si les Indiens vous infligent une rebuffade difficile à digérer.

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De la frontière ouest de l'Iran, on peut aller en Irak (6) et le reconstruire, de là en Syrie (7) ce qui signifie accéder à la Méditerranée, faire pression sur la Turquie (8) pour la pousser à accepter le "plat riche que je vais lui cuisiner" en l’obligeant à avaler le crapaud ouïghour (les Ouïghours sont un peuple turc et les Chinois savent que les dernières bandes armées djihadistes irréductibles dans le nord de la Syrie, sont composées d’Ouïghours sponsorisés par Ankara), passer par la Jordanie en Israël (9), quitte à ce que celui-ci se fasse l’ami des Chinois comme des Palestiniens.

N'oubliez pas que sur la côte israélienne, il existe déjà un port ami auquel on peut accéder depuis le golfe d'Aqaba, une alternative si d’aucuns bloquent Suez.

10) Mais considérez que vous avez également d'excellentes relations avec tous les Arabes sunnites, indistinctement (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Oman, Koweït, etc.). Mais il est toujours préférable d'avoir des alternatives et donc, si vous avez des sunnites dans votre jeu, vous devez aussi avoir des chiites, afin de vous équilibrer. Vous êtes peut-être le moyen terme d'une relation complexe, ce qui vous rend égaux, et en plus vous êtes "athées".

Vous obtenez donc la première et la plus importante des choses utiles dans un monde multipolaire: les amis. Amis, non pas parce que vous vous appréciez, bien sûr, mais parce que vous avez des intérêts en commun, des intérêts économiques et commerciaux, le plus ancien atout dans les relations internationales. L'avantage géopolitique suit (armes, ports, bases militaires à éviter mais demain on ne sait jamais).

Le projet BRI offre plusieurs avantages

  1. A) il crée un tissu d'accords bilatéraux stratégiques, c'est-à-dire multidimensionnels ;
  2. B) conçu sur la base d'une priorité commerciale et économique, il met pacifiquement les relations au diapason les unes des autres ;
  3. C) il est redondante, c'est-à-dire qu'il offre des alternatives aux alternatives, ce qui le rend "résilient" ;
  4. D) puisque chaque partenaire bilatéral n'est pas essentiel, il faut avoir des alternatives partielles, des négociations futures sur des nœuds qui se présenteront d'eux-mêmes ou parce qu'ils seront poussés par des adversaires (US) vous voit dans une position de force relative, vous avez les alternatives, le partenaire ne les a pas ;
  5. E) il met les partenaires en concurrence potentielle les uns avec les autres, en diminuant leurs attentes ;
  6. F) enfin, il envoie un message aux Européens de ce genre: ‘’si vous aviez été libres de développer votre propre stratégie géopolitique, nous aurions traité avec vous ainsi qu'avec les pays du Moyen-Orient puisque cette zone aurait eu votre influence, mais comme vous êtes esclaves des Américains, nous comblons le vide créé par votre inaction et votre insipidité. Pensez-y...

Quant au grand match Chine contre États-Unis…

J'ai écrit il y a des années, dans le livre que j'avais alors publié, qu'en fin de compte, la question est très simple: les Chinois ont de l'argent, les Américains ont des armes. Un peu le contraire de la guerre froide gagnée parce que l'argent bat les armes, toujours. Mais jouer avec les Soviétiques n'est pas la même chose que jouer avec les Chinois. Donc à moyen-long terme il n'y a pas de jeu, les Chinois auront toujours plus d'argent (technologies, produits, infrastructures, savoir-faire, marchés de débouchés, etc.) et, dans les pays disputés, les armes ne se mangent pas, elles ne font pas aimer les dirigeants locaux, elles ne donnent pas de stabilité, de puissance et de développement.

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De plus, le pragmatisme chinois, étant forcément pragmatique et réaliste et non basé sur des valeurs "idéalistes", met tout le monde d'accord, chiites et sunnites, Indiens et Pakistanais, Turcs et peut-être même Kurdes. Il y a aussi des Kurdes dans le nord de l'Iran, dont le territoire doit être traversé pour se rendre chez les Turcs.

Comme ils le savent bien au Moyen-Orient où la tradition mercantile est profondément ancrée dans l'histoire (tout comme en Chine), le meilleur accord est celui où tout le monde gagne ou presque. Les Américains ne peuvent alors que contenir, créer des frictions (plus ou moins artificielles ou fabriquées), ralentir, ce qu'ils feront certainement. (La première personne à citer "Le piège de Thucydide" sera bannie, je plaisante...)

Philosophiquement, dans la "philosophie des relations entre les peuples de la planète Terre", la stratégie chinoise fait allusion au vieux "doux commerce" de Montesquieu. Traduire "doux" par "gentil" : "... c'est une règle presque générale que là où il y a des coutumes douces, il y a du commerce ; et que là où il y a du commerce, il y a des coutumes douces" (Esprit des Lois) avec un contraste final entre les "nations douces" et les nations "grossières et barbares".

En réalité, il semble que le concept remonte à Montaigne et a enchanté ensuite Voltaire, Smith, Hume, Kant. Une analyse de ce concept en termes d'histoire des idées peut être trouvée dans A. O. Hirschman (O. Hirschman, Le passioni e gli interessi, Feltrinelli, p. 47). Où, en outre, il y a aussi des considérations sur les moqueries de Marx et Engels.

Nous avons donc des nations qui se déclarent au moins socialistes (Chine) et qui agissent sur la base de principes critiqués par Marx mais promus par des libéraux européens dont les héritiers contemporains (États-Unis, Royaume-Uni) sont pourtant d'accord avec Marx. Eh, qu'est-ce que vous pouvez faire, l'ère du complexe est compliquée.

Ce que je peux vous dire, c'est : soyez prudent. Ce qui aujourd'hui, dans l'esprit partisan qui vous faisait applaudir les Indiens contre les cow-boys dans les films américains des années 70, vous fait applaudir David contre Goliath, demain quand David sera Goliath, il créera une contradiction. La Chine représente à elle seule près d'un cinquième de l'humanité. Pensez-y.

mercredi, 24 juin 2020

Moyen-Orient, le grand enfumage sur les raisons du chaos depuis avant les accords Sykes-Picot

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Moyen-Orient, le grand enfumage sur les raisons du chaos depuis avant les accords Sykes-Picot

Par Bernard  Cornut *

Ex: http://www.france-irak-actualite.com

L'articulation historique et stratégique entre les questions de la Palestine et de Mésopotamie, et des couloirs d'export depuis la Mésopotamie (et le Golfe depuis l'émergence du gaz comme remplaçant du pétrole pour la génération électrique et le chauffage) vers la Méditerranée Est, c'est essentiel pour comprendre et faire comprendre l'histoire tragique du Moyen-Orient, y compris la tragédie entretenue depuis 2011 en Syrie, pays situé entre Iraq et Palestine. Cette analyse devrait aussi servir pour proposer, voire imposer, des solutions globales pour une paix juste et durable. 

Concernant le partage de l’Empire Ottoman entre les vainqueurs de la Guerre Européenne de 1914 devenue mondiale, il est important de relever des points d’histoire essentiels pour éclairer non seulement les faits et les traités d’après-guerre, mais aussi les intentions des Empires d’alors, avant l’été 1914 et avant la négociation entre les alliés français, britanniques et russes. Il s’agit aussi de mieux comprendre et répartir les responsabilités, et ainsi dégager les points clé pour sortir toute cette région du chaos.

Visées de l’Empire Britannique sur toute la Mésopotamie, ses pétroles et un couloir vers Haïfa. 

Les négociations Sykes-Picot aboutirent à des lettres signées le 16 mai 1916 à Londres par le ministre britannique Grey et l’ambassadeur français Cambon. Néanmoins des prétentions britanniques antérieures furent clairement établies par les travaux du De Bunsen Committee, comité interministériel de l’Empire Britannique sur ses buts de guerre dans la Turquie d’Asie. Entre le 12 avril et juin 1915, furent menées à Londres plusieurs réunions (secrètes alors)i où participa Mark Sykes, c’est à dire avant le mandat de négociations confiées à lui et à François Georges-Picot à l’automne 1915. Dès juin 1915, la Mésopotamie toute entière, de Bassora au piémont du Taurus, était un but de guerre britannique, incluant les 3 vilayets Bassora, Bagdad, Mossoul et en option une partie de la province (Mutasarriflik) du Zor, plus étendue que le mohafazat syrien de Deir Ez Zor aujourd’hui, et aussi un accès à un port méditerranéen, de préférence Haïfa ou Alexandrette. C’était justifié pour l’exploitation future du pétrole affleurant en de nombreux endroits, et suspecté abondant. Si les Anglais ont cédé à la demande des Français sur Mossoul dans l’accord de mai 1916, ils ont pris soin que Kirkouk soit inclus dans leur zone d’influence. Après l’amère reddition britannique à Kut le 29 avril 1916, le général Maude réorganisa les forces britanniques et indiennes. En décembre 1916, elles reprirent leur avancée vers Bagdad, occupée le 11 mars 1917, tout en dissuadant désormais leurs alliés russes descendus en Perse de les rejoindre à Bagdad, alors qu’il ne leur restait qu’une centaine de kmii

91Ryp510OfL.jpgEn 1905, Mark Sykes, alors jeune diplomate britannique à Constantinopleiii, a rédigé et transmis un rapport sur les sources affleurantes de pétrole entre Bitlis, Mossoul et Baghdad (Report on the Petroliferous Districts of Mesopotamia), à partir du travail d’un ingénieur allemand engagé par la Liste Civile du Sultan. L’attaché militaire anglais, lui, avait déjà été l’auteur d’un article publié en mai 1897 avec une carte des zones pétrolières en Mésopotamie, et en 1904 il avait pu récupérer une copie de la carte des zones pétrolières récemment dressée par un allemand employé du Syndicat ferroviaire anatolien. Cette prospection allemande était menée dans le cadre légal de la concession de la voie ferrée Konya Bagdad et au-delà vers Bassora, signée en 1902 entre une filiale ferroviaire de la Deutsche Bank et l’Empire Ottoman. Car cette concession allemande lui avait accordé un droit complet de prospection, exploitation et vente de produits miniers, pétrole inclus, sur une bande de 20 km de chaque côté du tracé prévu. L’ambassadeur britannique O’Connor transmit à Londres en soulignant « that many of the springs can be profitably worked before the completion of the Baghdad Railway by mean of pipelines to the sea». Dès 1905 plusieurs visées concurrentes se font jour, envers les ressources pétrolières de Mésopotamie et les voies de transfert. 

Dès avant 1914 fut créée à Londres la société Turkish Petroleum Companyiv autour du financier Cassel, de Callouste Gulbenkian qui avait longtemps travaillé à Bakou et écrit un long article sur le pétrole pour la Revue des Deux Mondes de mai 1891, et de quelques proches des Jeunes Turcs mis dans la combine, la Deutsche Bank étant réduite à une part minoritaire. Cette TPC demanda début 1914 une large concession dans l’Empire Ottoman et s’arrangea pour qu’elle fût autorisée en juin 1914 par le Grand Vizir. Néanmoins cette concession de la TPC ne fut pas ratifiée par le Parlement Ottoman avant la guerre, ce qui la fit contester ensuite par la Turquie, tandis que les Britanniques l’annulèrent pendant la guerre pour éteindre tous les droits allemands, vu la présence de la Deutsche Bank dans l’actionnariat. 

Un signe révélateur de la forte détermination des intentions britanniques est que le 23 mai 1914 la London Petroleum Review titra « The Oil Deposits of Mesopotamia, a second Baku in the making ». Trente ans avant, un tiers du pétrole mondial sortait de Bakou. Cet article annonciateur parut donc plusieurs semaines avant l’attentat de Sarajevo et la crise de juillet 14, cinq mois avant l’entrée en guerre de l’Empire Ottoman aux côtés de l’Empire allemand qui lui avait proposé une alliance signée secrètement le 2 août 1914. Néanmoins ensuite, de début août à fin octobre 1914v, alors que la guerre européenne faisait rage, le gouvernement Jeunes Turcs se garda de provoquer la Russie en Mer Noire, contrairement aux souhaits de l’Allemagne. Et surtout il avait proposé, secrètement aussi, à la Russie, à la France et à l’Angleterre de rester neutre, et même à l’Angleterre d’être son allié, quitte à renier l’alliance avec l’Allemagne si l’Angleterre acceptait. En vain ! Pas de réponse positive de Londres. Car pour l’Empire Britannique de l’été 1914, sous l’influence notamment de Churchill et de l’amiral Fischer qui savaient l’importance stratégique du pétrole pour la puissante Navy, atout majeur de la Couronne, l’Empire Ottoman devait être vaincu et démantelé, les bons morceaux devant être récupérés, et surtout pas laissés à d’autres. 

Peu après l’arrivée de Bassora d’une force expéditionnaire navale anglo-indienne le 21 novembre 1914, puis à Qurna le 9 décembre, l’hebdomadaire illustré Le Miroirvi publia une photo sépia de Bassora avec cette légende « Bassora définitivement occupée par les Anglais », terme qui reflète l’intention prédéterminée de l’Empire Britannique. 

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En sus de leur présence dans l’Iraq placé sous mandat, les forces armées britanniques occupèrent jusqu’au printemps 1926 deux petites provinces de la République de Turquie, Sirnak et Siirt, afin d’obliger Atatürk à accepter le rattachement du vilayet de Mossoul à l’Iraq. Et non pas à la Turquie, comme Mustafa Kemal l’avait prévu dans son Pacte National proclamé en 1919 au moment de la reprise coordonnée des combats contre les occupants européens, Britanniques, Français en Cilicie, Grecs ayant débarqué sur la côte égéenne à l‘incitation des Britanniques. Pour proposer un tracé de frontière entre la République de Turquie et l’Iraq sous mandat britannique, un comité de la SDN se réunit à Bruxelles fin octobre 1924, et le tracé retenu s’appela dès lors la ligne de Bruxellesvii ! Atatürk la refusa : les cartes de Turquie d’alors n’incluent aucun trait de frontière à l’est de Tell Abyad, bourg et gare sur la frontière séparant la Turquie de la Syrie sous mandat français qui comprenait alors encore le sandjak d’Alexandrette. Après une brève reprise de combats en 1926 dans ces lointaines provinces turques, Atatürk céda et un traité fut signé à Ankara. Cette frontière nord de l’Iraq ne fut stabilisée qu’au début des années 1930. 

Les autres Empires européens avaient aussi des visées sur les bons morceaux de l’Empire Ottoman, dès avant la crise de juillet 1914 et leur guerre européenne.

Visées de l’Empire russe sur Constantinople, les Détroits et les plaines irrigables de Mésopotamie. 

Les Russes et l’Eglise Orthodoxe lorgnaient sur Constantinople. Le traité de Berlin avait permis à la Russie tsariste d’occuper 3 provinces orientales de l’Empire ottoman, Kars, Ardahan et Artvin. L’armée tsariste avait en février 1914 préparé un plan secret interarmées d’attaque amphibie pour conquérir Constantinople et les Détroits, plan validé par le Tsar Nicolas II en avril 1914viii, donc avant la crise européenne de l’été 14. Le ministre russe de l’Agriculture lorgnait sur le potentiel des deux grands fleuves Euphrate et Tigre pour l’irrigation et la production agricole. Après le début de la Guerre, les Britanniques dirent aux Russes « Constantinople est pour vous » afin de les inciter à aider l’offensive des alliés aux Dardanelles du printemps 1915, qui a lamentablement échoué au prix de dizaines de milliers de morts de chaque côté.

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Les premiers accords Sykes-Picot prévoyaient, avant la révolution bolchevique, d'attribuer les zones en jaune à l'Empire russe.

Les visées de l’Empire allemand sur la Mésopotamie, ses ressources et jusqu’au Golfe. 

L’Empire Allemand lui aussi avait des visées sur la Mésopotamie et quelques bons ports ottomans. Guillaume II avait beaucoup investi dans la connaissance de la région où il avait voyagé, notamment en 1898. Vers la fin des guerres balkaniques, recevant un rapport de ses services sur des mouvements de troupes tsaristes aux frontières ottomanes, le Kaiser y écrivit en marge le 30 avril 1913 : ce sont « des préparations au partage de la Turquie, qui est apparemment plus proche qu’on pensait. ... Veillons bien à ce qu’il ne se passe pas sans nous. Je prendrai la Mésopotamie, Alexandrette et Mersin »ix. Depuis 20 ans, le Kaiser disposait d’une carte précise de Syrie et de Mésopotamiex que son conseiller arabophone, Dr Max von Oppenheim, a fait dresser et imprimer en 1893. La visée impériale sur une ressource clé et de bons ports profonds pour la protéger et l’exporter s’accompagnait d’une coopération en archéologie et en formations techniques et militaire.

Un Empire français plus soucieux de cuivre, coton et soie et des écoles chrétiennes que du pétrole. 

En France, au tournant du siècle le quai d’Orsay avait été souvent alerté sur l’intérêt des pétroles de Mésopotamie par des lettres d’un français turcophone de Toulouse qui s’était installé à Constantinople comme précepteur des enfants du Sultanxi, et suivait de près les prospections et publicationsxii sur ces sujets. Quand les négociations des alliés sur leurs buts de guerre commencèrent, les dirigeants français étaient conscients des visées britanniques sur les pétroles de Mésopotamie puisque le président du Conseil Aristide Briand précisa dans sa lettre d’instructions à Picot, datée du 2 novembre 1915xiii « Il serait également souhaitable que les régions minières de Kerkouk pussent être englobées dans notre domaine, mais il est à craindre que, sur ce point, les Anglais se refusent à entrer dans nos vues. » 

Tout cela pour insister sur le fait établi qu’avant même le début des négociations formelles d’après l’été 2015, l’Empire Britannique était décidé à contrôler toute la Mésopotamie, à cause du pétrole surtout, et à empêcher que tout autre puissance, allemande, russe ou française, ne s’en empare.

Le contrôle des robinets du pétrole pas cher, clé majeure de l’histoire du Moyen-Orient. 

L’histoire économique de la région fut explorée par quelques historiens français mais surtout des auteurs anglo-saxons de culture anti-impérialiste, turcs et arabes, qui ont pu décrypter les intérêts des Etats et des puissances industrielles et commerciales en ce début du 20ième siècle. C’était alors l’émergence des moteurs Diesel, en nombre et en puissance croissante (60 Cv par MAN en 1897, 700 Cv pour des sous-marins en 1907) et dès 1910-1912 commença la conversion des deux plus imposantes marines de guerre, britannique et allemande, à la chauffe au fuel au lieu du charbon. La nationalisation de l’Iraq Petroleum Company par le régime baathiste irakien survint le 1er juin 1972, survenant après un bras de fer entre l’IPC et Bagdad au printemps 1972, et quelques mois après un traité d’amitié et de coopération avec l’URSS en 1971. Cette nationalisation réussie influença de façon essentielle toute la suite des évènements au Moyen-Orient, car le pétrole de Mésopotamie était connu désormais comme le moins cher à produire au monde, et sans doute le plus abondant, car la Mésopotamie est une plaine encore en subsidence, comme me dit un jour de 1972 le grand géologue français Louis Dubertret. 

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La Mésopotamie était connue pour ses affleurements de bitume, cités dans la Bible, exploités au temps d’Hammourabi, mentionnés sur des tablettes sumériennes. Et surtout cartographiés à la fin du 19ème siècle par les services de l’Empire Ottoman et des géologues européens. D’ailleurs le Sultan Abdül Hamid ne se priva pas d’acquérir pour l’Etat, et aussi sur sa caisse personnelle, des terrains repérés comme pétrolifères, ce qui permit à l’un de ses héritiers xivde plaider la spoliation par les Britanniques avec de nombreux avocats de divers pays, mais en vain pendant plus de 50 ans.

Contrôles de la Mésopotamie et de la Palestine, deux objectifs liés dès 1900. 

Pourquoi insister sur cet éclairage ? Je suis convaincu depuis au moins 25 ans, par mes lectures diversifiées et par mon expérience de tout le Moyen-Orient depuis 48 ans, que la question de la Palestine, et surtout les soutiens précoces (disons de 1897 à 1925) et durables à l'entreprise sioniste s'expliquent essentiellement par la volonté d’un certain contrôle de la Mésopotamie et de couloirs pour exporter ses pétroles, notamment jusqu’à un bon port de l’est méditerranéen. Cette volonté est apparue dans les milieux pétroliers, financiers et stratégiques à partir des années 1890-1900. Puis elle s'est renforcée à partir des émeutes et des incendies à Bakou en 1905xv, provoquant la chute de cette production russe auparavant dominée par les Frères Nobel et aussi Rothschild qui avait installé une raffinerie près de Trieste et développé un circuit de transport du brut par une voie ferrée reliant Bakou à Batoum puis en bateau via la Mer Noire et les détroits, donc sans passer par les plaine russes et la Baltique pouvant geler. 

Theodor_Herzl.jpgEn 1901 Théodore Herzl s’était vu refuser par le Sultan la concession coloniale juive en Palestine qu’il réclamait en proposant le rachat de l’écrasante dette ottomane et un crédit de 81 ans. Après avoir obtenu au printemps 1902 d’énormes crédits de 3 grandes banques européennes, Crédit Lyonnais, Dresdner Bank, Lloyds, Herzl retourna à Constantinople et là écrivit en français le 25 juillet 1902 une longue lettre au Sultanxvi, incluant : « Par contre le gouvernement Impérial accorderait une charte ou concession de colonisation juive en Mésopotamie – comme Votre Majesté Impériale avait daigné m’offrir en février dernier- en ajoutant le territoire de Haïfa et ses environs en Palestine... » 

L’implication des intérêts américains au Moyen-Orient pendant et après la Grande Guerre. 

La guerre européenne déclenchée à l’été 1914 s’étendit à l’Orient dès l’automne, puis devint mondiale quand les Etats-Unis s’en mêlèrent. L’énorme dette de guerre britannique était gérée par des banques américaines, principalement JP MORGAN. Juste avant la guerre et à l’automne 1914, Lloyd George, chancelier de l’Echiquier à Londres, craignait que la livre Sterling s’effondre, notamment à cause des assurances maritimes garanties par le Trésor. Il avait sollicité les conseils de Lord Rothschild : En quoi puis-je vous aider ? Je le lui dis. Il entreprit de le faire immédiatementxvii. En 1916, dans l’entourage sioniste (Brandeis, Colonel House...) et financier du président américain Woodrow Wilson, des négociations s’amorcèrent pour le partage des dépouilles, et la garantie de la dette britannique, au cas où l’Amérique viendrait au secours des Britanniques et de leurs alliés. Depuis quelques années le mouvement sioniste américain fournissait des pièces d’or aux services britanniques du Bureau Arabe du Caire afin de financer un réseau de renseignement. Ce réseau d’informateurs, dit Nili, fut développé et géré par Aaron Aaronsohnxviii, à l’origine agronome talentueux résidant près de Haïfa, vite soutenu par le mouvement sioniste américain. Quand Aaron partit au Caire pour aider le Bureau Arabe à interpréter, le réseau fut animé par sa sœur jusqu’à son arrestation et suicide. En 1915-16, ce réseau renseignait sur les positions des troupes ottomanes en grande Syrie et tout au long de la voie ferrée du Hijaz, et notamment sur la localisation et l’état des puits, car l’eau était requise en quantité pour les locomotives à vapeur qui formaient l’essentiel des  moyens logistiques de l’armée ottomane. Pour sa campagne de réélection à l’automne 1916, le slogan populiste de Wilson fut « America Out of the War ». Réélu, Woodrow Wilson fit entrer l’Amérique en guerre en avril 1917. Le 2 novembre 1917, Lord Balfour signa sa fameuse lettre à Lord Rothschild pour affirmer un soutien britannique au projet de « foyer national juif » en Palestine... Plus tard, en février 1922, Churchill écrivit à Curzon alors chef du Foreign Office « Je suis arrivé en toute indépendance à la conclusion que tant que les Américains seront exclus d’une participation au pétrole de l’Iraq, nous ne verrons pas la fin de nos problèmes au Moyen-Orient »xix. Churchill se résolut alors à faire entrer un consortium de 4 sociétés pétrolières américaines dans le tour de table de l’Iraq Petroleum Company en gestation, qui produisit ensuite près de Kirkouk, construisit un oléoduc jusqu’à Haïfa et là une raffinerie. L’IPC dura jusqu’en 1972... 

Pour moi le messianisme sioniste et l'exploitation de sentiments et mythes historico-religieux judaïques ne furent et ne restent qu'une façade, un enfumage, un moyen pour assurer l'adhésion des masses dans les pays occidentaux. 

Il est temps que le débat soit ouvert sur cette question de fonds, notamment à l’occasion des élections présidentielles en France. Seule une politique cohérente sur les affaires étrangères, énergétiques et environnementales, qui soit réaliste, juste, déterminée et ferme, aux niveaux français, européen et de l’ONU, peut ramener la paix et un développement sain dans tout le Moyen- Orient en assurant aussi l’atténuation du risque climatique et environnemental global. 

*Ingénieur en génie rural, énergie et environnement, auteur ** en géopolitique et histoire, suite à ses terrains dans presque tout le Moyen-Orient depuis 1968, dont 14 ans de résidence professionnelle en 6 pays de l'ex Empire ottoman (Libye, Liban, Syrie, Iraq, Egypte, Turquie).

** Auteur de Ben Laden ou Kyoto? Orienter l'Occident plutôt qu'occire l'Orient. L'Harmattan, Paris, 2003

Texte révisé les 18 et 21/01/2017 pour publication par le CVPR-PO  

Quelques notes bibliographiques multilingues:

i Voir ch.7 in: RUTLEDGE, Ian Enemy on the Euphrates. The Battle for Iraq 1914-1921 SAQI, London, 2014, 477p., bibliog., index.

ii Voir ch. 7 The Russians in Persia et ch.9 1917 The Tsarist Empire at its zenith p.222, in McMEEKIN Sean The Russian origins of the first world war. Harvard Univ. Press, 2013; 323p. Bibliog. Index.

iii Voir ch. 1 Indications of Oil, in RUTLEDGE 2014.

iv Détails par ex. in KENT, Marian Moguls and Mandarins. Oil, Imperialism and the Middle East in British Foreign Policy, 1900-1940. Frank Cass London 1993, 192. Bibliog. Index

v Voir ALSAKAL, Mustafa, The Ottoman Road to War in 1914: The Ottoman Empire and the First World War. Cambridge: Cambridge University Press, 2008. 226p.

vi Magazine Le Miroir, collection personnelle de l’auteur.

vii Détails in HOOPER, Charles A. L’Iraq et la Société des Nations. Paris : Pédone, 1927, 112p.

viii McMEEKIN 2013 Op.cit.

ix Voir in AKSAKAL 2008 Op. Cit.

x Collection personnelle de l’auteur. Feuille Ouest de cette carte trouvée et acquise à Ankara.

xi Voir BAREILLES, Roland Le crépuscule ottoman 1875-1933 Un Français chez le dernier grand sultan. Toulouse : Editions Privat, 2002. 366p. Bibliog. Index. Annexes

xii L’ouvrage le plus détaillé sur le pétrole dans l’espace ottoman est en turc : EDIGER, Volkan Ş Osmanlı’da neft ve petrol. Ankara : METU 2005, 472p. Bibliog. Index, Illustrations. Cet auteur géologue, historien, économiste fut conseiller pour l’énergie de 3 présidents turcs Demirel, Sezer, Gül.

xiii Citée in extenso p 90-94 in : HOKAYEM, BOUMALHAB ATALLAH, CHARAF Documents diplomatiques français relatifs à l’histoire du Liban et de la Syrie à l’époque du mandat : 1914-1946. Tome 1 Le démantèlement de l’Empire Ottoman et les préludes du mandat : 1914-1919. Beyrouth Les Editions Universitaires du Liban, Paris L’Harmattan, 2003, 809p.Index. Carte des accords Sykes-Picot.

xiv SAMI, Mahmud E. The Quest for Sultan AbdülHamid’s oil assets. His heirs’legal battle for their rights. Istanbul: The ISIS press. 2006. 174p. Appendices.

xv Voir par ex. YERGIN, Daniel Les hommes du pétrole. Les fondateurs 1859-1945.Paris : Stock 1991 tome 1, 563p.

xvi Lette reproduite en fac-simile in ENGIN Vahdettin Pazarlık. Istanbul : Yeditepe 2010. 213. Bibliog. Index, Annexes (ouvrage en turc d’historien turc francophone).

xvii p.121-122 in LLOYD GEORGE, David Mémoires de guerre t1. Paris : Fayard 1934, Trad. Charles Bonnefon.

xviii Voir GOLDSTONE, Patricia Aaaronsohn’s Maps The untold story of the man who might have created peace in the Middle East. Orlando: 2007, Harcourt Inc. 344p. Bibliog. Index. Le musée Aaronsohn installé dans les 2 maisons de sa famille au village de Zikhron Yaacov au sud de Haïfa est instructif.

xix Cité en anglais p. 119 in MEJCHER, Helmut Imperial quest for oil: Iraq 1910-1928; London: Ithaca Press, 1976, 199p. Bibliog. Index. 

lundi, 23 mars 2020

Arabie saoudite : le prince héritier frappe la monarchie en plein cœur

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Arabie saoudite : le prince héritier frappe la monarchie en plein cœur

(Jean-Pierre Perrin, Mediapart, 10 mars 2020).

Repris dans prochetmoyen-orient.ch, n° 274, 16/03/2020

Lorsqu’il avait fait arrêter des dizaines de princes, de gouverneurs et de richissimes hommes d’affaires en novembre 2017, un journaliste saoudien, sous couvert d’anonymat, avait comparé le prince héritier Mohammed ben Salmane, alias MBS, à « un nouveau Saddam Hussein ». Si le défunt raïs irakien purgeait sans cesse le parti Baas, en particulier au moment de son accession au pouvoir, le dauphin du roi Salmane procède de même au sein de la famille royale. Cette fois, il a frappé fort en faisant arrêter le propre frère cadet du souverain, le prince Ahmed ben Abdelaziz al-Saoud. Son neveu, Mohammed ben Nayef, alias MBN, qui fut à la fois un ancien prétendant au trône et un tout-puissant ministre de l’intérieur, a été également incarcéré. De même que le frère cadet de ce dernier, Nawaf ben Nayef, ainsi que l’un des fils du prince Ahmad, Nayef ben Ahmed, ancien chef des renseignements de l’armée. Ces arrestations, annoncées vendredi soir par le Wall Street Journal, puis par le New York Times, n’ont pas été démenties par les autorités de Riyad, qui observent un silence total. Une manière d’aveu. Un nombre inconnu d’autres notabilités ont été également appréhendées. Selon le Wall Street Journal, les quatre princes sont accusés de trahison et risquent la perpétuité, voire la peine de mort. Dans un pays où l’opacité est totale, il est difficile de savoir s’il y a eu effectivement complot, si un coup d’État était en cours ou si le jeune prince héritier – il est âgé de 34 ans –, que l’on dit paranoïaque, a simplement voulu éliminer toute opposition de la part de rivaux dans la perspective de la succession du vieux roi Salmane. Âgé de 84 ans, ce dernier est fatigué et malade, souffrant notamment d’Alzheimer. Pourtant, c’est encore lui qui doit signer les décrets d’arrestation quand il s’agit de membres de la famille royale. Mais était-il en capacité de le faire ? « On ne peut pas ne pas avoir d’interrogations à ce sujet, souligne David Rigoulet-Roze, spécialiste du Golfe et directeur de la revue Orients stratégiquesPour permettre au prince héritier de se protéger, on a pris soin de montrer qu’il n’avait pas pris cette décision tout seul, que le souverain était toujours en vie et disposait de toutes ses facultés intellectuelles. Il a ainsi reçu le ministre britannique des affaires étrangères, Dominic Raab, le 5 mars, soit juste avant la purge contre les princes royaux annoncée le lendemain. Et on l’a vu à la télévision d’État AlEkhbariya, deux jours après celle-ci, recevoir des ambassadeurs saoudiens lors d’une cérémonie d’assermentation. » 

Avec cette dernière purge, le vieux roi Salmane laisse son fils accaparer tout le pouvoir. Ahmed ben Abdelaziz et MBN, qui souhaitaient accéder au trône, étaient les deux derniers princes susceptibles de lui faire de l’ombre. Le premier avait été l’un des trois seuls membres du Conseil d’allégeance à refuser l’accession de MBS au titre de prince héritier lors d’une révolution de palais, en 2017. Ce qui surprend le plus, c’est que le souverain ait accepté l’arrestation de son frère germain, appréhendé alors qu’il revenait semble-t-il d’une chasse au faucon. Le prince Ahmed paraissait en effet intouchable. Avec le roi Salmane, il est l’un des deux derniers survivants du clan Soudayri, ce qui lui confère une auréole de prestige et des privilèges innombrables. Ce clan était formé des sept fils de Hassa bint Ahmed al-Soudayri, l’épouse préférée du roi Ibn Saoud, le fondateur, en 1932, de l’Arabie saoudite, qui a eu au total 34 fils. Le prince Ahmed, âgé de 76 ans, fut lui-même brièvement ministre de l’intérieur en 2012, avant d’être limogé et de quitter le royaume. « Il était revenu de Londres en octobre 2018 après l’éclatement du scandale Khashoggi [le journaliste tué et découpé à la scie le 2 octobre 2018 à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul – ndlr], à la suite de ce qui semble avoir été une transaction, laquelle comprenait des garanties sur sa sécurité personnelle. Notamment de la part des États-Unis et du Royaume-Uni. Ce retour aurait donc été paradoxalement favorisé par les conséquences, délétères en termes d’image pour le royaume, de l’assassinat du journaliste. La famille régnante donnait ainsi l’impression de serrer les rangs face à ce scandale sans précédent. Mais on voit à présent que MBS veut faire, le plus rapidement possible, un ultime grand ménage au sein de celle-ci. Il accélère le mouvement en vue d’une prochaine accession au trône », indique David Rigoulet-Roze.

Même si le prince Ahmed gardait un profil bas et ne cherchait sans doute pas à régner, il est probable qu’il a agrégé autour de sa personne les mécontentements au sein de la famille royale, ceux nés de l’assassinat de Jamal Khashoggi, de la mise au pas des princes, de l’accaparement de leur richesse, de l’échec de la guerre au Yémen et de son incapacité à réagir aux missiles iraniens contre les installations pétrolières d’Abqaiq et de Khurais, qui ont montré la vulnérabilité du royaume. Il est possible que MBS ait aussi anticipé une défaite de Donald Trump à la présidentielle américaine. Car, comme le souligne un expert, « MBS, c’est avant tout l’homme de Trump ». La mise en détention de Mohammed ben Nayef étonne également. Ministre de l’intérieur, il avait réussi à casser la branche saoudienne d’Al-Qaïda, obligée pour survivre de se fondre avec la branche yéménite pour devenir Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA). 

À ce titre, il était particulièrement apprécié à la fois par la famille régnante, la CIA et les autres services de renseignement occidentaux. Lui-même, en août 2009, avait survécu par miracle à un attentat et n’avait été que blessé. Cette « baraka », assimilée à un don de Dieu, avait encore renforcé son prestige. Pas auprès de MBS, qui, pour l’affaiblir, faisait courir le bruit qu’il était devenu dépendant aux drogues depuis sa blessure. Les diplomaties européennes auraient aussi préféré que MBN reste le dauphin en titre, ce qu’il a été jusqu’en juin 2017, date à laquelle il fut évincé par un décret du roi Salmane au profit de son fils MBS, et dépouillé de toutes ses fonctions – en plus de diriger le ministère de l’intérieur et la lutte antiterroriste, il était vice-premier ministre. 

Chassé du pouvoir, humilié, assigné à résidence, l’ancien dauphin est donc désormais emprisonné, semble-t-il dans une villa privée, comme les autres princes arrêtés. En fait, les purges dans le royaume ont commencé dès la nomination de MBS comme prince héritier. En avril 2017, elles visent les services de sécurité. Puis viendra celle du 26 février 2018, qui verra le commandement de la défense saoudienne totalement laminé : le chef d’état-major, le général Abdel Rahmane ben Saleh al-Bunyan, ainsi que les chefs de l’armée de l’air et de l’armée de terre sont limogés, probablement pour les échecs subis dans la guerre du Yémen, qui va s’enliser. Entre-temps, il y a eu la purge phénoménale du 4 novembre 2017, qui a vu quelque 200 personnes, dont onze princes, quatre ministres et plusieurs dizaines d’anciens ministres, être appréhendées, enfermées au Ritz-Carlton de Riyad, certaines pendant deux mois, et littéralement essorées d’une grande partie de leurs richesses. Parmi elles, le flamboyant prince al-Walid ben Talal, l’un des plus gros investisseurs dans des compagnies occidentales telles que Citigroup, Twitter, Apple, l’hôtel George-V ou Disneyland Paris, le prince Miteb ben Abdallah, qui était à la tête de la Garde nationale, et le prince Turki ben Abdallah, ancien gouverneur de la province de Riyad. « Avec l’arrestation du prince Nayef ben Ahmed, on voit que ce sont les renseignements militaires qui passent désormais sous le contrôle des hommes de MBS. C’était l’un des derniers secteurs qui n’avait pas été encore affecté par les purges, avec en arrière-plan la question très sensible de la guerre au Yémen. On sait que les principaux responsables saoudiens qui s’opposaient à ce conflit ont été marginalisés ou limogés. Il y a eu des dizaines d’arrestations parmi les officiers de l’armée et au ministère de l’intérieur. À l’évidence, le prince héritier ne veut voir aucune tête qui dépasse. 

À l’intérieur du royaume, beaucoup aujourd’hui sont terrorisés, comme tétanisés. Ils ne prennent même plus le risque de s’exprimer sur les réseaux sociaux, qu’ils savent étroitement surveillés », insiste le même chercheur. Cette ultime purge, brève et brutale, qui donne l’image d’un pays déstabilisé et risque d’effrayer les investisseurs étrangers dont le royaume a tant besoin, s’inscrit dans la stratégie suivie par MBS depuis qu’il est sur les marches du pouvoir. On la voit aussi à l’œuvre dans la nouvelle guerre du pétrole, née de l’échec de la réunion de l’Opep à Vienne, la semaine dernière, et dont l’issue reste incertaine. La stratégie pétrolière du prince héritier, à savoir tailler comme jamais depuis 30 ans dans les prix du brut et augmenter de façon substantielle sa production pour intimider Moscou est assez comparable à la purge entreprise contre les princes. L’expert Julian Lee soulignait lundi sur le site Bloomberg que c’était également la même stratégie que MBS avait développée en 2015 contre le Yémen, où l’opération militaire devait être « rapide et tranchante ». Mais, soulignait le même spécialiste, au Yémen, cette stratégie s’est enlisée et les chances qu’elle réussisse pour le pétrole sont « minces ». Qu’en sera-t-il au sein de la monarchie saoudienne, qui compte quelque 10 000 princes ? Depuis sa prise de facto du pouvoir, MBS semble avoir été visé par plusieurs attentats ou tentatives d’assassinats, qui n’ont jamais été reconnus par le régime et dont certains auraient été ourdis par certains de ces princes. Il y aurait eu une première tentative, en octobre 2017, dans son palais d’Al-Salam, à Djeddah. Puis, une seconde, plus sérieuse, en juillet 2018. Enfin, le 21 avril 2018, il y aurait eu une tentative de coup d’État et un drone aurait même été abattu au-dessus de son palais. Le 19 mars 2018, dans une longue interview dans l’émission « 60 minutes » de la chaîne américaine CBS, MBS avait eu ces mots : « Seule la mort peut m’empêcher de régner. » Une phrase étrange, ambiguë. À plusieurs sens. 

 

mercredi, 11 mars 2020

Quelle cible après la Syrie ?

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Quelle cible après la Syrie ?

par Thierry Meyssan

Ex: http://www.zejournal.mobi

 
 

Les événements qui se sont produits au « Moyen-Orient élargi » depuis 2001 suivent une logique implacable. La question actuelle est de savoir si le moment est arrivé d’une nouvelle guerre en Turquie ou en Arabie saoudite. La réponse dépend notamment de la relance des hostilités en Libye. C’est dans ce contexte que doit être interprété le Protocole additionnel négocié par les présidents Erdogan et Poutine pour résoudre la crise d’Idleb.

19 ans de « guerre sans fin »

Le président George W. Bush décida de transformer radicalement les missions du Pentagone, ainsi que l’expliqua, le 13 septembre 2001, le colonel Ralph Peters dans la revue de l’Armée de Terre, Parameters. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, nomma l’amiral Arthur Cebrowski pour qu’il forme les futurs officiers. Celui-ci passa trois ans à faire le tour des universités militaires de sorte qu’aujourd’hui, la totalité des officiers généraux ont suivi ses cours. Sa pensée a été vulgarisée pour le grand public par son adjoint, Thomas Barnett.

Les zones touchées par la guerre US seront livrées au « chaos ». Ce concept doit être compris au sens du philosophe anglais Thomas Hobbes, c’est-à-dire comme l’absence de structures politiques capables de protéger les citoyens de leur propre violence (« L’homme est un loup pour l’homme »). Et non pas au sens biblique de faire table rase avant la création d’un ordre nouveau.

Cette guerre est une adaptation des Forces armées US à l’ère de la mondialisation, au passage du capitalisme productif au capitalisme financier. « La guerre est un racket » (War is a racket), disait avant la Seconde Guerre mondiale le général le plus décoré des États-Unis, Smedley Butler [1]. Désormais, les amis et les ennemis ne compteront plus, la guerre permettra une simple gestion des ressources naturelles.

Cette forme de guerre suppose de nombreux crimes contre l’humanité (notamment des nettoyages ethniques) que les Forces armées US ne peuvent pas commettre. Le secrétaire Donald Rumsfeld engagea donc des armées privées (dont Blackwater) et développa des organisations terroristes tout en prétendant les combattre.

Les administrations Bush et Obama ont suivi cette stratégie : détruire les structures étatiques de régions entières du monde. La guerre US n’a plus pour objectif de vaincre, mais de durer (la « guerre sans fin »). Le président Donald Trump et son premier conseiller de Sécurité nationale, le général Michael Flynn, ont remis en cause cette évolution sans parvenir à la changer. Aujourd’hui, les tenants de la pensée Rumsfeld/Cebrowski poursuivent ses objectifs non pas tant au travers du secrétariat à la Défense que de l’Otan.

Après que le président Bush a lancé la « guerre sans fin » en Afghanistan (2001) et en Iraq (2003), une forte contestation surgit au sein des élites politiques de Washington à propos des arguments qui avaient justifié l’invasion de l’Iraq et du désordre qui y régnait. Ce fut la Commission Baker-Hamilton (2006). Jamais, la guerre ne cessa ni en Afghanistan ni en Iraq, mais il fallu attendre cinq ans pour que le président Obama ouvre de nouveaux théâtres d’opération : la Libye (2011), la Syrie (2012) et le Yémen (2015).

Deux acteurs extérieurs ont interféré avec ce plan.
- En 2010-11, le Royaume-Uni a lancé le « Printemps arabe », une opération calquée sur la « Révolte arabe » de 1915 qui permit à Lawrence d’Arabie de placer les wahhabites au pouvoir dans la péninsule arabique. Il s’agissait cette fois de placer les Frères musulmans au pouvoir avec l’aide non pas du Pentagone, mais du département d’État US et de l’Otan.
- En 2014, la Russie est intervenue en Syrie, dont l’État ne s’était pas effondré et qu’elle a aidé à résister. Depuis lors, les Britanniques —qui y avaient tenté d’en changer le régime durant le « Printemps arabe » (2011-début 2012),— puis les États-Uniens —qui cherchaient à y renverser non pas le régime, mais l’État (mi-2012 à aujourd’hui)— ont dû s’en retirer. La Russie, qui poursuit le rêve de la Tsarine Catherine, se bat aujourd’hui contre le chaos, pour la stabilité —c’est-à-dire pour la défense des structures étatiques et le respect des frontières—.

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Le colonel Ralph Peters, qui avait révélé en 2001 la nouvelle stratégie du Pentagone, publia en 2006 la carte des objectifs de l’amiral Cebrowski. Elle montrait que seuls Israël et la Jordanie ne seraient pas atteints. Tous les autres pays du « Moyen-Orient élargi » (c’est-à-dire du Maroc au Pakistan) seraient progressivement privés d’État et tous les grands pays (dont l’Arabie saoudite et la Turquie) disparaîtraient.

Constatant que son meilleur allié, les États-Unis, prévoyait de couper son territoire en deux afin de créer un « Kurdistan libre », la Turquie tenta vainement de se rapprocher de la Chine, puis adopta la théorie du professeur Ahmet Davutoglu : « Zéro problème avec ses voisins ». Elle se distancia d’Israël et commença à négocier la paix avec Chypre, la Grèce, l’Arménie, l’Iraq, etc. Malgré le différend territorial sur le Hatay, elle créa un marché commun avec la Syrie. Cependant, en 2011, alors que la Libye était déjà isolée, la France convainquit la Turquie qu’elle pourrait échapper à la partition si elle se joignait aux ambitions de l’Otan. Le président Recep Tayyip Erdogan, un islamiste politique de la Milli Görus, adhéra à la Confrérie des Frères musulmans dont il ne faisait pas partie, en espérant récupérer à son profit les fruits du « Printemps arabe ». La Turquie se retourna contre l’un de ses principaux clients, la Libye, puis l’un de ses principaux partenaires, la Syrie.

En 2013, le Pentagone adapta la « guerre sans fin » aux réalités rencontrées sur le terrain. Robin Wright publia deux cartes rectificatives dans le New York Times. La première portait sur la division de la Libye, la seconde sur la création d’un « Kurdistan » ne touchant que la Syrie et l’Iraq et épargnant la moitié orientale de la Turquie et l’Iran. Elle annonçait aussi la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Iraq et la Syrie, la partition de l’Arabie saoudite en cinq et du Yémen en deux. Cette dernière opération débuta en 2015.

Très heureux de ce rectificatif, l’état-major turc se prépara aux événements. Il conclut des accords avec le Qatar (2017), Koweït (2018) et le Soudan (2017) pour y installer des bases militaires et encercler le royaume saoudien. Lequel finança en 2019 une campagne de presse internationale contre le « Sultan » et un coup d’État au Soudan. Simultanément, la Turquie soutint le nouveau projet de « Kurdistan » épargnant son territoire et participa à la création du « Sunnistan » par Daesh sous le nom de « Califat ». Cependant, les interventions russe en Syrie et iranienne en Iraq firent échouer ce projet.

En 2017, le président régional Massoud Barzani organisa un référendum d’indépendance au Kurdistan iraquien. Immédiatement, l’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran comprirent que le Pentagone, revenant à son plan initial, s’apprêtait à créer un « Kurdistan libre » en charcutant leurs territoires respectifs. Ils se coalisèrent pour y faire échec. En 2019, le PKK/PYG annonça qu’il préparait l’indépendance du « Rojava » syrien. Sans attendre, l’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran se concertèrent à nouveau. La Turquie envahit le « Rojava », pourchassant le PKK/YPG, sans grande réaction des armées syrienne et russe.

En 2019, l’état-major turc acquit la conviction que le Pentagone, ayant renoncé provisoirement à détruire la Syrie, du fait de la présence russe, s’apprêtait désormais à détruire l’État turc. Pour repousser l’échéance, il tenta de réactiver la « guerre sans fin » en Libye, puis de menacer les membres de l’Otan des pires calamités : l’Union européenne de subversion migratoire et les États-Unis d’une guerre avec la Russie. Pour ce faire, il ouvrit aux migrants sa frontière avec la Grèce et attaqua les armées russe et syrienne à Idleb où elles bombardaient les jihadistes d’Al-Qaïda et de Daesh. qui s’y étaient réfugiés. C’est cet épisode que nous vivons aujourd’hui.

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La carte rectificative du projet de « remodelage du Moyen-Orient élargi », publiée par Robin Wright.

Le Protocole additionnel de Moscou

L’armée turque a occasionné des pertes russes et syriennes en février 2020, tandis que le président Erdo?an multipliait les coups de téléphone à son homologue russe, Poutine, pour faire baisser d’une main la tension qu’il provoquait de l’autre.

Le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, s’est engagé à contenir les appétits du Pentagone si la Turquie aidait ce dernier à relancer la « guerre sans fin » en Libye. Ce pays est divisé en un millier de tribus qui s’affrontent autour de deux leaders principaux, agents patentés de la CIA, le président du Conseil présidentiel, Fayez el-Sarraj, et le commandant de l’Armée nationale, Khalifa Haftar.

La semaine dernière, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Libye, le professeur Ghassan Salamé, a été prié de démissionner pour « raison de santé ». Il a obtempéré, non sans avoir exprimé sa mauvaise humeur lors d’une conférence de presse. Un axe a été constitué pour soutenir al-Sarraj par la Confrérie des Frères musulmans autour du Qatar et de la Turquie. Une seconde coalition est née autour d’Haftar avec l’Égypte et les Émirats arabes unis, mais aussi l’Arabie saoudite et la Syrie.

C’est le grand retour de cette dernière sur la scène internationale. La Syrie est auréolée de ses neuf années de Résistance victorieuse à la Confrérie et aux États-Unis. Deux ambassades libyenne et syrienne ont été ouvertes en grande pompe, le 4 mars, à Damas et à Benghazi.

Par ailleurs, l’Union européenne, après avoir solennellement condamné le « chantage turc aux réfugiés », envoya la présidente de la Commission observer le flux de réfugiés à la frontière gréco-turque et le président du Conseil sonder le président Erdogan à Ankara. Celui-ci confirma qu’un arrangement était possible si l’Union s’engageait à défendre l’« intégrité territoriale » de la Turquie.

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Avec un malin plaisir, le Kremlin a mis en scène la reddition de la Turquie : la délégation turque se tient debout, contrairement à l’habitude où l’on fournit des chaises aux invités ; dans son dos, une statue de l’impératrice Catherine la Grande rappelle que la Russie était déjà présente en Syrie au XVIIIème siècle. Enfin, les présidents Erdo?an et Poutine sont assis devant une pendule commémorative de la victoire russe sur l’Empire ottoman.

C’est donc sur cette base que le président Vladimir Poutine a reçu au Kremlin, le président Recep Tayyip Erdogan, le 5 mars. Une première réunion, restreinte, de trois heures a été consacrée aux relations avec les États-Unis. La Russie se serait engagée à protéger la Turquie d’une possible partition à la condition qu’elle signe et applique un Protocole additionnel sur la stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idleb [2]. Une seconde réunion, également de trois heures mais ouverte aux ministres et conseillers, a été consacrée à la rédaction de ce texte. Il prévoit la création d’un corridor de sécurité de 12 kilomètres de large autour de l’autoroute M4, surveillé conjointement par les deux parties. En clair : la Turquie recule au Nord de l’autoroute qui est rouverte et perd la ville de Jisr-el-Chogour, bastion des jihadistes. Surtout, elle doit appliquer enfin le mémorandum de Sotchi qui prévoit de ne soutenir que l’opposition armée syrienne, censée être démocratique et non pas islamiste, et de combattre les jihadistes. Or, cette « opposition armée démocratique » n’est qu’une chimère imaginée par la propagande britannique. De fait la Turquie devra soit tuer elle-même les jihadistes, soit poursuivre et terminer leur transfert d’Idleb (Syrie), vers Djerba (Tunisie), puis Tripoli (Libye) comme elle avait commencé de le faire en janvier.

En outre, le 7 mars, le président Poutine a contacté l’ancien président Nazerbayev pour étudier avec lui la possibilité de déployer sous les auspice de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) des « chapkas bleues » kazakhs en Syrie. Cette option avait déjà été envisagée en 2012. Les soldats kazakhs ont la particularité d’être musulmans et non pas orthodoxes.

L’option de s’en prendre désormais à l’Arabie saoudite plutôt qu’à la Turquie a été activée par le Pentagone, croit-on savoir à Riyad, bien que le président Trump lui impose de délirantes commandes d’armement en échange de sa protection. La dissection de l’Arabie saoudite avait été envisagée par le Pentagone dès 2002 [3].

Des missiles ont été tirés cette semaine contre le palais royal à Riyad. Le prince Mohamed ben Salmane (dit « MBS », 34 ans) a fait arrêter son oncle, le prince Ahmed (70 ans), et son ancien concurrent et ex-prince héritier, le prince Mohamed ben Nayef (60 ans), ainsi que divers autres princes et des généraux. La province chiite de Qatif, où plusieurs villes ont déjà été rasées, a été isolée. Le prix du baril de pétrole a chuté à 31 dollars, menaçant la viabilité de l’industrie du pétrole de schiste aux USA. Les explications officielles sur les querelles de succession et le coronavirus ne suffisent pas [4].

Notes:

[1] « J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. » in War Is a Racket, Smedley Butler, Feral House (1935)

[2] “Additional Protocol to the Memorandum on Stabilization of the Situation in the Idlib De-Escalation Area”, Voltaire Network, 5 March 2020.

[3] "Taking Saudi out of Arabia", Powerpoint de Laurent Murawiec pour une réunion du Défense Policy Board (July 10, 2002).

[4] “Two Saudi Royal Princes Held, Accused of Plotting a Coup”, Bradley Hope, Wall Street Journal ; “Detaining Relatives, Saudi Prince Clamps Down”, David Kirkpatrick & Ben Hubbard, The New Yok Times, March 7, 2020.


- Source : Réseau Voltaire

dimanche, 08 mars 2020

La fin de l’occupation américaine fera de l’Afghanistan un allié de la Russie

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La fin de l’occupation américaine fera de l’Afghanistan un allié de la Russie

L’humain sera t-il un jour capable de vivre en paix ? Les USA vont-il tenir leur promesse?

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Source Observateur-Continental

Les Etats-Unis se sont engagés à quitter l’Afghanistan d’ici le 1er mai 2021. C’est le terme central de l’accord signé par les autorités américaines avec les talibans, les véritables gouverneurs de la majeure partie de ce pays montagneux. Mais qu’arrivera-t-il après le retrait de l’Otan d’Afghanistan?

L’accord signé la semaine dernière dans la capitale du Qatar entre l’administration américaine et le gouvernement taliban peut être résumé à un seul point – les forces étrangères quitteront l’Afghanistan dans 14 mois. En effet, cela arrivera si les talibans n’attaquaient pas les occupants et les forces gouvernementales, et s’entendaient sur la gestion conjointe du pays avec les protégés des Américains.

Mais c’est néanmoins la reconnaissance par Washington de l’évidence –après presque vingt ans l’occupation de l’Afghanistan les Américains se retirent en transférant le pouvoir à ceux qui dirigeaient le pays avant leur invasion. En d’autres termes, les Etats-Unis ont perdu la guerre après avoir dépensé 2.000 milliards de dollars avec une rotation totale d’effectifs de plus de 700.000 soldats.

Il était inutile d’attendre vingt ans pour s’en convaincre que les talibans ne peuvent pas être battus – l’absence de perspectives des tentatives de créer à Kaboul un gouvernement fantoche était claire dès le départ. Les Américains sont parvenus à occuper l’Afghanistan, mais pas à contrôler le pays: les talibans ont simplement quitté Kaboul et les centres provinciaux au profit des protégés des forces américaines et de leur propre armée – aux représentants de l’Alliance du Nord, essentiellement des Tadjiks et des Ouzbeks, tout en conservant le contrôle de la majeure partie du pays. Les talibans n’étaient pas seulement un « pouvoir de la nuit » – pendant toutes ces années ils restaient le pouvoir réel au moins pour les Pachtounes, le peuple le plus nombreux de l’Afghanistan.

Les Américains se sont enlisés en Afghanistan ne pouvant ni partir ni rester. Les activités militaires contre les talibans sont insensés – les Afghans ne veulent pas combattre des Afghans, malgré tous les différends interethniques et intertribaux. Se racheter constamment contre les talibans? Mais la guérilla des talibans ne cesserait alors jamais. Les talibans contrôlent déjà la majorité du pays, alors que les Américains sont bloqués dans leurs bases et à Kaboul.

La signature en soi de l’accord à Doha paraissait symbolique – des deux côtés il a été signé par des Pachtounes. Non, la paix avec les talibans n’a pas été signée par le gouvernement afghan, qui n’est pas reconnu par les talibans. Simplement du côté des Etats-Unis l’accord sur le retrait des troupes a été signé par le représentant spécial pour l’Afghanistan Zalmay Khalilzad, un Pachtoune, tout comme le chef adjoint des talibans Abdul Ghani Baradar, qui a signé l’accord du côté du pouvoir de la nuit.

La paix est signée à présent. Sera-t-elle respectée, les Américains partiront-ils? Eu égard à toutes les complexités de la répartition des forces afghanes et aux divergences parmi les talibans, aux conditions que les talibans doivent se séparer et mettre les choses au clair avec Daech et Al-Qaïda (ce qui pourrait toujours être un prétexte pour faire échouer l’accord), la disposition en soi des Américains à se retirer ne fait aucun doute. Le président américain Donald Trump veut quitter l’Afghanistan non seulement parce qu’il avait promis de le faire, mais également parce qu’il n’y a rien à en tirer.

La signification stratégique de l’Afghanistan est immense – dans la partie contre la Chine et la Russie elle pourrait, avec le temps, offrir des possibilités uniques. Mais les Américains ne peuvent pas en profiter – le pouvoir de Kaboul est aux prises avec des querelles intestines, d’année en année les talibans deviennent plus forts.

Certes, les Etats-Unis voudraient partir en maintenant leur influence avec un pouvoir ami, des conseillers militaires, voire une grande base. Mais les talibans ne toléreront aucun soldat américain sur le territoire afghan, sinon la guerre éclatera de nouveau.

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Mais ne commencerait-elle pas quoi qu’il arrive après le départ des Américains? Il est évident que le chemin de la paix ne sera pas facile, et le nouveau pouvoir afghan devrait être dans un premier temps une coalition – c’est précisément ce qui fera l’objet des négociations qui commenceront dans une semaine entre Kaboul et les talibans. D’abord sur la libération des prisonniers, la trêve, puis un accord sur la gouvernance conjointe.

Les Pachtounes, les Tadjiks, les Ouzbeks, les Hazaras, les Turkmènes et les autres peuples du pays doivent s’entendre aussi bien en leur sein qu’entre eux – le pays aurait alors une chance de mener une vie pacifique. Certes, il serait merveilleux si les forces extérieures les laissaient tranquilles, mais, hélas, c’est impossible. Sachant qu’ils seront influencés non seulement par les Etats-Unis, mais également par le Pakistan, l’Iran, la Russie, la Chine, l’Arabie saoudite et d’autres forces intéressées. Dans tous les cas il faut aider les Afghans à trouver un terrain d’entente entre eux, et non les confronter.

Alors qu’un Afghanistan calme et paisible obtiendrait les garanties de sa sécurité de la part des voisins, ceux qui souhaitent la pacification réelle de ce pays, notamment la Russie et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). L’Afghanistan possède le statut d’observateur à l’OCS depuis 2012 – il ne peut pas devenir membre à part entière de l’organisation tant que des troupes de l’Otan demeurent sur le sol afghan. Après leur retrait et le renforcement du nouveau pouvoir, le pays pourra adhérer à l’OCS, qui entoure déjà l’Afghanistan de tous les côtés.

Observateur-Continental

dimanche, 01 mars 2020

"Le droit américain, facteur de déstabilisation au Moyen-Orient" par Me Ardavan Amir-Aslani

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"Le droit américain, facteur de déstabilisation au Moyen-Orient" par Me Ardavan Amir-Aslani

 
Intervention de Me Ardavan Amir-Aslani lors de la table ronde "Le droit, arme de puissance économique ?" organisée par le Cercle Droit & Liberté le 12 février 2020 à la Maison des Mines (75005 Paris).
 
Ardavan Amir-Aslani est avocat franco-iranien et fondateur du cabinet Cohen Amir-Aslani. Il dispose d’une forte expertise en matière de réflexion stratégique et de direction de contentieux à l’échelle internationale notamment pour faits de corruption d’agents publics. Il est Chevalier de la légion d'honneur et est également essayiste et spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient. Il est l’auteur de nombreux ouvrages portant sur les relations internationales et notamment « Faire des affaires avec l’Iran » aux éditions Eyrolles.
 

mercredi, 12 février 2020

Détroit d’Ormuz – Une mission navale européenne…

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Détroit d’Ormuz – Une mission navale européenne…

 
 
par Richard Labévière
Ex: http://www.zejournal.mobi

La dernière provocation américaine d’un soi-disant « plan de paix » israélo-palestinien – qu’il faudrait plutôt qualifier, selon Guillaume Berlat, de « plan de guerre » – ravive les tensions récurrentes dans le Détroit d’Ormuz, véritable couloir stratégique.

Entre Iran et Oman – large de 40 km et long de 63 km – le Détroit voit passer près de 30% du pétrole mondial, ce qui en fait l’un des segments maritimes les plus importants du monde. Principalement dans les eaux territoriales d’Oman, il est organisé en « rails de navigation » empruntés par les supertankers à destination de l’Atlantique, de la mer Rouge et des mers de Chine. L’essentiel des installations pétrolières de la région (raffinage, stockage et transport) borde le golfe dont il est la porte. C’est donc une zone hautement stratégique, qui explique notamment l’importance du budget militaire omanais (10% du PIB, deuxième rang mondial derrière la Corée du Nord). Les intérêts américains dans cet « axe vital du pétrole » sont assurés, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, par la Vème Flotte basée au Bahreïn et appuyés par la base arrière de Diego Garcia[1].

Depuis l’accord conclu le 1er janvier 1975, l’Iran et le sultanat d’Oman assurent – conjointement – la surveillance du libre transit. En réalité, l’essentiel du passage se fait dans la partie omanaise du Détroit, là où se trouvent les eaux les plus profondes et le dispositif de séparation du trafic. Les navires en transit suivent des couloirs de circulation larges de 3 km (l’un dans le sens est-ouest, et l’autre dans le sens ouest-est), séparés par un espace interdit à la navigation sur 3 km. Ces dispositions ont été arrêtées en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (art. 41-42). Par ailleurs, Oman dispose d’une station radar située à la pointe de la péninsule de Musandam pour le contrôle du trafic.

Enjeux pétroliers

Durant la guerre Irak-Iran (1980 – 1988), le Détroit a été plusieurs fois miné par les Iraniens pour faire pression sur les alliés occidentaux de Saddam Hussein – États-Unis, France, Royaume Uni. Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, le risque de nouvelles atteintes à la liberté de circulation dans le Détroit ressurgit d’autant que l’Iran dispose, désormais, de missiles de croisière de nouvelle génération. De fait, la géopolitique du Détroit s’est vue modifiée à travers les tentatives de trouver des routes alternatives : les projets de pipeline vers la Turquie pour évacuer la production irakienne vers le nord ; le développement des terminaux sur la côte ouest de l’Arabie saoudite (en mer rouge) ; les plans de contournement via l’Afghanistan et le Pakistan pour charger les pétroliers hors du golfe Persique, quitte à privilégier le pétrole d’Asie centrale au détriment de celui du Golfe ; l’installation par la Chine de bases navales dans l’océan Indien – notamment à Djibouti et à Gwadar au Pakistan, qui pourrait concurrencer le projet de terminal pétrolier américain de Karachi… Ces différentes initiatives traduisent l’intensité de la menace à laquelle s’ajoutent les difficultés de normalisation du terminal de Bassorah (Irak), le plus important de la région.

Les enjeux du Détroit s’étendent aussi à la Turquie, à la Syrie, aux républiques d’Asie centrale – où le Pakistan joue un rôle majeur dans le marchandage énergétique en cours. Ces enjeux expliquent partiellement les excellentes relations que La Russie et la Chine maintiennent avec Téhéran. Les Américains, quant à eux, sont pris au piège. Un rapprochement diplomatique avec l’Iran reste des plus improbables et ils ne peuvent lâcher ni l’Irak, ni l’Afghanistan, ni le Yémen, quand bien même le candidat Trump a promis de faire rentrer ses « Boys » à la maison.

En dépit de cette géopolitique élargie, sinon distendue, il demeure que le Détroit d’Ormuz borde les eaux iraniennes, Téhéran conservant un accès privilégié à cet espace qui demeure un verrou potentiel aux ressources pétrolières les plus importantes du monde. Pour la France, il constitue l’une des charnières de son axe vital Méditerranée/océan Indien à partir duquel notre pays entend élargir et affermir sa grande ambition Indo-Pacifique associant, non seulement l’Inde, mais aussi l’Australie et le Japon.

Eaux tumultueuses

D’une manière générale, les Gardiens de la révolution – qui assurent la surveillance des eaux iraniennes dans le Détroit – sortent régulièrement de leur base militaire du port de Bandar Abbas, avec leurs vedettes rapides (équipées de mitrailleuses, de canons sans recul et de mines dérivantes et mines Ludion[2]) dès qu’un bâtiment militaire croise dans la zone. Plateforme interarmées, le port de Bandar Abbas se situe au niveau du détroit de Clarence, qui la sépare de la grande île de Qeshm par une mangrove naturelle dite « forêt d’Hara », ainsi que des deux îles d’Ormuz et Larak. Malgré l’absence de port naturel, sa localisation géographique en fait l’un des « hubs » portuaires de la zone.

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Le Détroit a été le théâtre de nombreux affrontements, on l’a dit, durant la guerre Irak/Iran (1980 – 1988). Le 18 avril 1988, la frégate américaine USS Samuel B. Roberts est gravement endommagée par une mine iranienne. Les États-Unis, qui soutiennent l’Irak, lancent une opération de représailles sous le nom de code Praying Mantis (mante religieuse). Plusieurs unités navales appuyées par l’aviation embarquée d’un porte-avions, attaquent et détruisent les plates-formes pétrolières iraniennes Sassan et Sirri. Une bataille navale s’ensuit, au cours de laquelle les Iraniens perdent un patrouilleur, une vedette, ainsi que la frégate Sahand. Quatre-vingt-sept militaires iraniens sont tués et plus de trois cents blessés. Cet affrontement est la plus grande bataille navale livrée par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Iran saisit la Cour internationale de Justice (CIJ) contre les États-Unis pour la destruction de ses deux plates-formes. Dans son arrêt du 6 novembre 2003, la Cour estime que considérant les circonstances, cette destruction ne pouvait pas se justifier au nom de la légitime défense car elle ne répondait pas aux critères de nécessité et de proportionnalité de la légitime défense en droit international. Cependant, elle repousse la demande iranienne d’indemnisation.

Le 3 juillet 1988, un Airbus de la compagnie aérienne Iran Air est abattu au-dessus du détroit d’Ormuz par un tir de missiles provenant du croiseur américain USS Vincennes. La catastrophe fait 290 victimes civiles, dont 66 enfants. Elle est due à une méprise des militaires américains qui ont cru avoir affaire à un avion militaire iranien.

Le 6 janvier 2008, le gouvernement américain annonce que trois de ses navires de guerre, patrouillant dans le détroit d’Ormuz, ont été menacés par des vedettes rapides des Pasdaran iraniens agissant de manière coordonnée. Les vedettes sont parties après les sommations d’usage. Washington dénonce des manœuvres « provocatrices » commanditées par le gouvernement iranien. Le 29 juin 2008, le commandant des Gardiens de la révolution – Mohammad Ali Jafari – déclare que si l’Iran est attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermera le détroit d’Ormuz. Le vice-amiral commandant la Vème Flotte américaine réagit en indiquant qu’une telle mesure sera considérée comme un acte de guerre.

Le 27 décembre 2011, dans un contexte de renforcement des sanctions occidentales contre l’Iran – en raison de son programme nucléaire -, le premier vice-président iranien Mohammad Reza Rahimi annonce que son pays peut fermer le détroit d’Ormuz en cas de sanctions visant les exportations iraniennes de pétrole. Survenu le 12 mai 2019 au large du port de Fujaïrah (Émirats Arabes Unis), ce qu’on appelle « l’incident du golfe d’Oman » correspond au sabotage de quatre navires (Pétroliers) naviguant dans le golfe d’Oman.

Paris lance la mission « EMASOH »

Dans ce contexte, en janvier dernier, le Quai d’Orsay a annoncé la création d’une nouvelle mission de surveillance maritime dans le Golfe et le détroit d’Ormuz en partenariat avec plusieurs pays de l’Union Européenne (UE). Baptisée EMASOH (pour European-led Maritime Awareness mission in the Strait Of Hormuz), cette mission a pour objet de garantir la liberté de navigation dans le golfe Persique tout en protégeant les intérêts économiques européens et internationaux. Elle ne vise aucun État particulier et cherche à assurer la stabilité de la zone.

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Considérant que l’instabilité politique de la région porte atteinte à la sécurité de la navigation, des navires et des équipages, les pays engagés estiment que cette situation risque de compromettre les échanges commerciaux et l’approvisionnement énergétique, ce qui est susceptible d’avoir des conséquences économiques dans le monde entier. Communiqué du ministère français des Armées : « les récents événements au Moyen-Orient sont très préoccupants car ils attisent les tensions et accroissent le risque d’un éventuel conflit de grande ampleur, qui aurait des conséquences sur toute la région. Le contexte exige des initiatives de désescalade renforcées pour interrompre la tendance actuelle ».

Cette surveillance maritime sera exercée au travers de moyens aériens et navals et portera sur les activités aériennes et maritimes, civiles et militaires, pour les rendre plus sûres et restaurer la confiance et la sécurité dans la région. Cette mission reste ouverte à la participation de tous les pays désireux de s’investir au profit de la stabilité régionale du Détroit d’Ormuz. Pour l’instant, l’EMASOH réunit : la France, le Danemark, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal. La Belgique a également proposé de fournir des officiers de liaison pour la cellule de coordination installée sur la base française d’Abu Dabi, siège du commandement d’ALINDIEN (Amiral commandant de la zone maritime de l’océan Indien). Le Danemark a été le premier pays à annoncer sa participation : la société danoise Maersk est en effet la première compagnie de transport maritime du monde.

Le déploiement opérationnel se décompose comme suit. La France : la frégate Courbet de la Marine Nationale, qui assure déjà une mission de présence dans la zone, assure le premier mandat de cette mission multilatérale. Le Courbet a souvent été le précurseur d’opérations maritimes de grande ampleur. Il a ainsi été l’un des premiers navires en escorte de l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalante au large des côtes de Somalie et du Yémen. Le Danemark fournit depuis le lancement de l’opération un ou deux officiers d’état-major au QG d’EMASOH, à l’état-major français d’Abu Dhabi pour une durée de douze mois. À partir de l’automne 2020, elle mettra à disposition une frégate avec 150 personnes et un hélicoptère, pour une durée de quatre mois. « EMASOH constituera un instrument utile de préservation de la liberté de la navigation en garantissant l’existence d’une coordination appropriée et de mécanismes de partage d’informations entre tous les partenaires actifs dans le domaine, notamment l’industrie maritime. De plus, EMASOH a pour objectif d’encourager la désescalade et de compléter les efforts diplomatiques fondamentaux visant à assurer une stabilité accrue et un dialogue régional ouvert dans un contexte critique », souligne le communiqué du ministère danois des affaires étrangères.

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Les Pays-Bas intégreront également une frégate pour un coût de déploiement estimé entre 10 et 15 millions d’euros. « Assurer un passage libre et sûr pour le trafic maritime dans cette zone est expressément dans notre intérêt » détaille Ank Bijleveld-Schouten. En effet, l’une des principales compagnies pétrolières mondiales, Shell, est anglo-néerlandaise. « La frégate de commandement et de défense aérienne Zr. Ms De Ruyter va partir pour la région du Golfe en janvier » indique le communiqué gouvernemental. Elle sera dotée d’un hélicoptère de transport NH90 – équipé pour la surveillance comme pour les évacuations médicales – et renforcée d’officiers d’état-major supplémentaires à bord. La frégate restera jusqu’en juin sur zone, dans le cadre de cette mission EMASOH.

Vu de Téhéran

Évidemment vu de Téhéran, l’initiative française n’est pas forcément accueillie avec des fleurs. Mais dans la mesure où elle ne comporte pas de dimension étatsunienne, Téhéran en profite habilement pour en faire un pion de sa diplomatie dialectique. Un communiqué récent des Gardiens de la révolution souligne que « le Détroit n’est pas la propriété des États-Unis (…) L’intégrité et la souveraineté des eaux nationales iraniennes doivent être respectées, même si celles-ci bordent une zone d’intense trafic international ».

Malgré les dernières péripéties de la tension Washington/Téhéran, l’Iran n’envisage plus un minage du Détroit d’Ormuz qui impacterait directement les intérêts de son allié stratégique chinois. Selon plusieurs experts pétroliers, 65% des flux énergétiques de la Chine transitent par le Détroit d’Ormuz. Aussi Pékin, comme Washington et les autres pays occidentaux, a le plus grand intérêt à surveiller, sinon à participer directement à la stabilité de ce passage maritime. Du reste, le dossier est évoqué par la Chine et l’Iran lors de leurs échanges réguliers sur leurs intérêts communs de défense et de sécurité. A plusieurs reprises, Téhéran a dû rassurer ses interlocuteurs chinois en leur précisant qu’il n’était plus question désormais de miner le détroit, sauf dans le cas d’une crise majeure qui aboutirait à une confrontation directe avec les États-Unis et/ou Israël.

L’autre intérêt de la diplomatie iranienne est de démontrer que la stabilité de cette zone maritime peut être garantie, non seulement sans la participation des États-Unis, mais avec des pays occidentaux ne partageant pas toujours les mêmes intérêts que ceux de Washington. Et ce n’est pas la première fois que Téhéran cherche à dissocier certains pays européens de leur arrimage traditionnel au parrain américain. Si les experts du ministère iranien des Affaires étrangères savent parfaitement que l’exercice a ses limites et, qu’en dernière instance la solidarité des pays membres de l’OTAN finit toujours par prévaloir, ils ne renoncent pas pour autant à chercher à capitaliser toute espèce de nuances ou de différences entre alliés occidentaux.

Sur cet échiquier de finesses et de complexités diplomatiques, la France occupe une position particulière. Même si Nicolas Sarkozy a ramené la France éternelle dans le Commandement intégré de l’Alliance Atlantique en 2008, les dirigeants iraniens ne désespèrent pas de pouvoir réactiver – sur tel ou tel dossier et selon des circonstances toujours différentes – la dimension gaulliste, sinon gaullienne de la politique étrangère française. Malgré la vaine tentative de rencontre entre les présidents américain et iranien – tentée par Emmanuel Macron lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier -, la relation bilatérale Paris/Téhéran demeure sinusoïdale. Vu de Téhéran, Paris a cautionné l’assassinat ciblé du général Qassem Soleimani et n’a pas clairement désavoué le dernier « plan de paix » américain pour le Proche-Orient, considéré en Iran comme la dernière provocation de Donald Trump.

Liberté des mers

En dépit de ces considérations diplomatiques, énergétiques et militaires, l’avenir de la stabilité du Détroit d’Ormuz touche à la liberté de navigation qui est en jeu non seulement dans le golfe Persique, mais aussi en mer de Chine méridionale, dans les mers d’Azov, Méditerranée et d’ailleurs. Partout, il s’agit d’assurer et de garantir la liberté de navigation sur l’ensemble des mers et des océans de la planète. De manière opérationnelle, il s’agit de maintenir une « posture de vigilance à 360 degrés ».

Parce que dans le contexte de la mondialisation contemporaine, « une course à l’armement naval » ne cesse de s’intensifier, souligne le capitaine de vaisseau Hervé Hamelin : « Les nations voulant compter sont désireuses de disposer d’une Marine de dernier cri, pouvant mettre en œuvre tout l’éventail des moyens modernes, du porte-avions au missile de croisière, en passant par les drones »[3]. Il ajoute : « Un avion de chasse décollant d’un porte-avions croisant dans les eaux internationales dispose aujourd’hui d’un rayon d’action de 1 850 kilomètres. S’y ajoute la mise en service de missiles de croisière à bord des frégates et des sous-marins dont la portée est encore plus impressionnante ».

Il est dans cette perspective indispensable d’améliorer la coordination des différents acteurs, au sein des États, entre les États, entre États et organisations internationales, et entre organisations internationales. Et ce, pour promouvoir le développement des normes internationales et de prévenir les menaces identifiées et à venir.

« Dans cette perspective, Téhéran comme Pékin et Moscou ont compris, semble-t-il, que la mission EMASOH ne leur est pas a priori hostile, que cette mission européenne n’est pas au service de Washington mais bien au service de la liberté des mers dans le golfe Persique », explique un ambassadeur de France, « comme pour la mission Atalante pour la lutte contre la piraterie au large de la Somalie, EMASOH peut faire la preuve par l’acte d’un non-alignement opérationnel au service de la paix ».

Notes:

[1] Diego Garcia est un atoll de l’archipel des Chagos, dans le territoire britannique de l’océan Indien. L’île principale de l’atoll – Diego Garcia – abrite une base militaire américaine que le Royaume-Uni lui loue.

[2] Mine « Ludion » : mine dont l’immersion est assurée par un système de contrôle hydrostatique qui la maintient à une profondeur prédéterminée.

[3] Hervé Hamelin : « La liberté des mers » – L’ENA hors les murs – numéro 689, avril 2019.

mardi, 05 novembre 2019

Pourra-t-on encore longtemps parler de trêve en Syrie ?

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Pourra-t-on encore longtemps parler de trêve en Syrie?

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

La Turquie a déclenché le 9 octobre une offensive dans le nord-est de la Syrie contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), un groupe qu'elle qualifie de  terroriste  mais qui est soutenu par les pays occidentaux en raison de sa lutte active contre les combattants de l'organisation État islamique présents en Syrie.

La raison alléguée par Ankara en était sa volonté d'empêcher des milices kurdes extérieures à la Turquie de rejoindre des Kurdes ayant toujours vécu dans l'Est de la Turquie afin de constituer l'amorce d'un Etat Kurde qui priverait en ce cas la Turquie de toute souveraineté sur un bon quart de son territoire.

Pour Recep Tayyip Erdogan, cette perspective était inacceptable et devait être combattue en engageant toutes les forces militaires du pays. Même si celles-ci ne sont pas aussi efficaces qu'elles en ont la réputation au sein de l'Otan, elles sont néanmoins parfaitement capables de conquérir et occuper une large bande ou zône de sécurité tout au long de la frontière syro-turque et sans doute un peu au delà, tant du moins que les Américains alliés de la Turquie au sein de l'Otan laisseront faire.

Recep Tayyip Erdogan avait sans doute considéré que le retrait du contingent américain annoncé à grand bruit par Donald Trump lui laisserait les mains libres pour mener une offensive militaire de grande ampleur contre les Kurdes, voire pour occuper durablement une bande frontalière  de sécurité. Quant à la Russie, elle était restée à ce jour dans l'expectative, d'autant plus qu'elle ne dispose pas sur place de moyens militaires suffisants pour freiner l'offensive turque.

Or il avait semblé que Washington ne laisserait pas se poursuivre l'offensive turque contre les Kurdes des YPG. Le 17 octobre, lors d'une visite à Ankara, le vice-président américain Mike Pence avait obtenu la suspension pour 120 heures de l'offensive turque lancée le 9 octobre, afin de permettre aux forces kurdes d'abandonner leurs positions actuelles dans le projet turc de « zone de sécurité ». Ceci il est vrai ne signifie pas avant l'arrêt définitif de cette offensive et moins encore ultérieurement le retrait des Turcs dans leurs positions antérieures.

Le 21 octobre Recep Tayyip Erdogan a prévenu qu' une grande partie des 120 heures était désormais écoulée  et que l'offensive reprendrait si les YPG ne respectaient pas l'accord.

Le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, a, de son côté, accusé la Turquie de saboter l'accord de cessez-le-feu en empêchant le retrait des combattants FDS de la ville assiégée de Ras al-Aïn. Selon lui, l'accord contient un point essentiel précisant l'ouverture d'un couloir d'évacuation sous le parrainage des États-Unis. Or les  Turcs empêcheraient le retrait kurde du secteur de Ras al-Aïn. ils empêcheraient notamment la sortie des blessés et des civils. Ils continueraient d'attaquer les Kurdes.

On notera que les Kurdes, confrontés à l'absence américaine, ont demandé le soutien de Bashar al Assad, président de la Syrie et allié de la Russie. La Syrie a répondu indirectement en mettant en place des troupes dans des secteurs proches de la frontière turque, notamment de Kobané et Minbej. Ceci se ferait avec l'assentiment des Russes.

On pourrait penser au soir du 21 octobre que Moscou ne souhaiterait pas la mise en place définitive au nord de la Syrie d'une bande de sécurité dominée par les Turcs. Reste à savoir si Erdogan se laissera arrêter, car il semble pour le moment tenir toutes les cartes en mains.

Notes

1) La carte n'est pas à jour concernant les différentes zones d'occupation. Nous la publions pour donner une image générale de la région

2) Le lecteur pourra relire l'analyse du général Delawarde en date du 14 octobre 2019 analysant  l'offensive turque en Syrie et publiée sur ce site. Pour l'essentiel, elle demeure d'actualité.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=3915...

3) On consultera sur ce sujet un article détaillé de E. J. Magnier qui vient de nous parvenir
https://ejmagnier.com/2019/10/21/rencontre-poutine-erdoga...

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A la date du 22/10 à 22h, on peut lire dans la presse du soir

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a fait état, mardi 22 octobre, d'un « accord historique » sur la Syrie conclu lors d'une réunion avec son homologue russe Vladimir Poutine à Sotchi, en Russie.
 « Aujourd'hui, avec M. Poutine, nous avons conclu un accord historique pour la lutte contre le terrorisme, l'intégrité territoriale et l'unité politique de la Syrie ainsi que pour le retour des réfugiés », a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse.
Selon Recep Tayyip Erdogan, l'accord conclu avec Vlaidmir Poutine, allié du régime de Damas, porte surtout sur les secteurs du nord-est de la Syrie dans lesquels les forces kurdes du YPG sont présentes mais où l'offensive turque n'avait pas été étendue avant sa suspension.

Nous y reviendrons sans doute

mardi, 02 avril 2019

Nouvelle alliance stratégique Turquie-Iran-Etats arabes

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Nouvelle alliance stratégique Turquie-Iran-Etats arabes

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Au Moyen-Orient, l'alliance stratégique qui a fait la loi depuis des années est celle de l'Arabie saoudite, de divers Etats sunnites et des Etats-Unis. Aujourd'hui, du fait des catastrophiques erreurs stratégiques américaines dans la région, une nouvelle alliance ou Entente est en train de se former.

Celle-ci unira la Turquie, l'Iran, le Qatar, avec le soutien de l'Iran, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie, Inutile de préciser que Moscou s'intéresse à ce projet et l'appuiera de différentes façons.

C'est en été 2017 et à Doha au Qatar que les bases de cette alliance ont été jetées. On se souvient que Riyad avait décrété une offensive militaire puis un siège du Qatar, présenté à l'époque et à la grande surprise de beaucoup comme un ennemi de l'Arabie saoudite. Ceci visait à éliminer le Qatar en tant que rival de celle-ci. Malheureusement pour les Saoudiens, l'offensive qui devait aboutir en quelques jours s'est enlisée face à la résistance des Qataris. Ceci avait laissé le temps à Doha, Téhéran et Ankara d s'entendre pour la mise en place de ce qui avait été nommé un bloc stratégique cohérent. Il s'agissait de contrer le poids de l'Arabie saoudite et des Américains, ses alliés.

Initialement le bloc avait pour but de mettre en place des accords économiques, concernant non seulement le pétrole mais d'autres domaine importants, comme les transports.

Très vite cependant le bloc a compris que pour survivre face à une Arabie surarmée et bénéficiant en permanence du soutien américain, il devait se transformer en alliance militaire, Il s'est alors progressivement tourné vers la Russie, disposant déjà de deux petites bases militaires en Syrie. Vladimir Poutine a initialement manifesté une prudente réserve face à un appui militaire russe éventuel. Néanmoins, face aux offensives arabo-américaines contre son allié Bashar al Assad, il a laissé entendre qu'en tant que de besoin il appuierait l'alliance. Les combats victorieux récents, appuyés par la Russie, contre l'Etat Islamique au nord de la Syrie ont considérablement favorisé le rapprochement militaire de la Turquie avec la nouvelle alliance stratégique.

Dans le même temps, l'Irak, le Liban et la Jordanie, bien qu'encore très soumises politiquement aux Etats-Unis, ont vite compris que leur intérêt était de rejoindre la nouvelle alliance stratégique. Le 18 mars 2019, les commandants militaires de l'Iran, de la Syrie et de l'Iraq ont posé les bases d'une coopération de long terme, non seulement contre le terrorisme, mais pour mener des projets économiques communs. Le gouvernement turc n'a pas hésité depuis le début à s'associer à ces projets. Une des raisons qu'il y voient est de contrer l'influence des séparatistes kurdes qui jusqu'à présent bénéficiaient d'un appui important des Américains. Au plan économique, l'alliance devrait permettre à ses membres de coopérer à la reconstruction des villes syriennes détruite par la guerre. Un autre objectif sera évidemment de remettre en état l'exploitation des gisement pétroliers et gaziers de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie.

Mais comme les Américains ont depuis longtemps visé à prendre le contrôle de ces derniers, aujourd'hui notamment par l'intermédiaire de leurs alliés kurdes, il est prévisible qu'ils ne se laisseront pas sans combattre empêchés de le faire par la nouvelle alliance stratégique Turquie, Iran, Qatar.

Référence

Voir entre autres https://oilprice.com/Geopolitics/Middle-East/New-Middle-E...

Note

Il faut rappeler qu'Erdogan continuera à encourager le transit  de caravanes de migrants vers l'Europe, si l'on en croit l'article ci-dessous
https://ripostelaique.com/erdogan-va-lacher-des-dizaines-...

jeudi, 28 février 2019

Plus que jamais, l'Iran entre USA et Europe

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Plus que jamais, l'Iran entre USA et Europe

Ex: https://echelledejacob.blogspot.com 
 
La dernière Grande Idée de Trump, qui est opérationnalisée par son gendre Kushner, c’est le transfert de capacités nucléaires vers les amis de l’Arabie Saoudite. Un certain nombre d’articles à ce propos ont été publiés, notamment sur CounterPunch le 20 février 2019. Cette question du “nucléaire saoudien” ainsi posée de façon très “opérationnelle” si l’on a l’esprit le rôle important de négociateur secret pour Trump que Kushner tient en général, devient pour de nombreux commentateurs la question de“l’Arabie armée de nucléaire éventuellement pour frapper l’Iran”. Dans son texte de CounterPunch, Charles Pierson rappelle que MbS (Mohammed ben Salman) déclarait le 18 mars 2018 dans une interview sur CBS, dans l’émission 60 Minutes : 

« L’Arabie Saoudite ne veut pas acquérir de bombe nucléaire, mais sans aucun doute si l’Iran développait une bombe nucléaire, nous suivrions la même voie aussi vite que possible. » 

RT-com a rencontré notamment Lew Rockwell, l’une des personnalités les plus influentes du mouvement libertarien aux USA, dont le jugement rend compte de courants d’importance dans les milieux dissidents très structurés que constituent les libertariens : 

« “C'est très alarmant. C’est une chose terrible de diffuser ce type de technologie dans un État totalitaire comme l’Arabie saoudite”, a déclaré à RT, le consultant politique Lew Rockwell. “C’est une démarche extrêmement imprudente...” “Ils veulent produire du plutonium pour pouvoir produire des armes nucléaires. Ils veulent que l'Arabie saoudite possède des armes nucléaires pour pouvoir menacer l’Iran, – et éventuellement aller jusqu’à les utiliser contre l'Iran, afin qu'Israël ne soit pas obligé d'utiliser ses armes nucléaires.” 

» “Cela pourrait conduire à une guerre terrible. Donc, pour que les États-Unis prennent ce risque… je suppose qu’il y a l’espoir, sinon la perspective d’en tirer des sommes d’argent considérables.[...] Tout cela fait partie du plan de Trump ... pour détruire l'Iran”.“C'est un risque énorme car Mohammed bin Salman sera très capable de neutraliser l'Iran. L’idée qu’ils armeraient Mohammed bin Salman d’armes nucléaires est certainement une conception qui pourrait avoir l’air de venir d’un film de science-fiction ou de politique-fiction. C’est une situation comme ‘Docteur Folamour’, de Kubrick.” » 

D’une façon assez significative, volontairement ou pas, l’article de RT-com commence par cette phrase : « Les relations commerciales entre Donald Trump et l’Arabie Saoudite, qui chercherait à présent à acquérir le savoir-faire nucléaire des États-Unis, mettent le monde en danger, ont averti des analystes interrogés par RT... » La phrase parle de “Donald Trump” et non des USA, tandis que l’autre partie est désignée normalement et logiquement comme une nation. Cela recouvre une situation qu’on pourrait qualifier d’“explosive” essentiellement par les positions, les pouvoirs, la culture des différents participants au pouvoir US en général, et dans ce cas dans la question des relations avec l’Arabie Saoudite. C’est donc “Trump”, ou disons “la famille Trump” qui traite directement avec l’Arabie. Les seuls intérêts stratégiques qu’elle prend en compte sont ceux d’Israël, le seul but stratégique qu’elle poursuit est la destruction de l’Iran ; le reste se mesure pour elle au volume de business qu’elle parvient à établir dans ses discussions avec les Saoudiens. 

C’est dire, au travers de ce désordre et de ses actions incontrôlables si cette nouvelle concernant l’Arabie devrait agiter fortement ceux qui sont partie prenante dans la question des relations avec l’Iran, et notamment dans le maintien du traité JCPOA que les USA ont quitté en 2017. Nous parlons donc là essentiellement des Européens qui, sur cette question, présentent une position assez unie et tout de même assez ferme. Les dernières nouvelles d’Arabie n’ont fait qu’aggraver une situation déjà extrêmement grave pour les relations entre les USA et l’Europe (l’UE), d’une gravité qui ne se dément pas et même ne cesse de se renforcer depuis mai 2017 (date du retrait US du JCPOA). 

On s’en est aperçu à la conférence annuelle de Munich (dite “le Davos de la défense”), il y a une grosse semaine. Pour la première fois depuis longtemps, les Russes s’y sont sentis mieux à l’aise que les délégués de l’américanisme tonitruant, – et encore, pour ces derniers dans la mesure où ils sont capables de percevoir les nuances révélatrices, mais il s’agit dans notre chef d’une observation objective qui se passe de la connaissance des humeurs d’un Pence ou d’un Pompeo. On prendra comme exemple de ce climat inattendu l’appréciation générale du ministre russe Lavrov, qui n’a jamais eu depuis de très, très longues années une telle couleur et une aussi bonne humeur, et qui, littéralement, a dit tout haut ce que pensent assez bas la plupart des Européens... 

« “[La communauté internationale] a commencé à mieux écouter[la Russie]”, a observé Sergueï Lavrov, ce 17 février, devant des journalistes, ajoutant : “Nous sommes des gens patients... au sens stratégique du terme.” A [Munich...], la délégation russe a enchaîné les rencontres bilatérales, y compris avec des États européens très critiques à l'encontre de l'action internationale de la Russie. La veille, Londres et Moscou avaient renoué un dialogue diplomatique rompu depuis l'éclatement de l'affaire Skripal, il y a onze mois. 

» [Lavrov] a exprimé la conviction que les tentatives répétées de Washington d'imposer sa volonté “menaçaient le système économique international”, alimentant un “sentiment d’incertitude” dans le monde. Les “mesures coercitives unilatérales des États-Unis qui tentent d’appliquer leur législation de manière extraterritoriale et d’obliger les autres pays à se conformer aux lois d’un État étranger” ne font que contribuer à la “confusion” entre ses propres alliés, a-t-il encore estimé. » 

Effectivement, l’accueil fut notablement froid, parfois glacial, lors du discours du vice-président Pence à Munich, comme le précise Tom Luongo : « Le silence qui s’abattit sur la salle à Munich lors du discours de Mike Pence devrait être un signal d’alarme pour tous ceux qui se trouvent à Washington DC, pour qu’ils comprennent que le monde tel que nous l’avons connu n’existe plus... [...] Bolton, Pence et Pompeo furent ignorés et le ministre russe des affaires étrangères Lavrov fut la vedette de la conférence... » 

Il y eut même une riposte en règle au discours de Pence, qui venait demander fermement, d’enjoindre si vous voulez aux Européens de se conformer aux consignes et de n’entraver en rien les innombrables sanctions US contre l’Iran, – ou gare... Ce fut la Haute Représente de l’IE, Federica Mogherini, qui lui répondit indirectement en affirmant qu’il n’était pas question pour l’Europe de laisser aller à vau l’eau le traité JCPOA, et par conséquent les relations restaurées avec l’Iran. Mogherini, qui s’est bien entendu depuis longtemps avec son collègue iranien, tout au long des négociations du traité, est la plus farouche défenderesse du JCPOA. Pour cela, elle s’est placée, et elle y a été poussée par les États-Membres, comme rempart de l’UE contre les entreprises délétères des USA. 

(Les États-Membres jurent que Mogherini les représente en évitant de se mettre eux-mêmes trop en valeur, en cas de retour de bâton. On connaît : la souveraineté en balance entre eux et l’UE permet aisément de se défausser de certaines responsabilités... On ne fera pas trop de procès là-dessus malgré l’absence de gloire de la posture, l’enjeu étant largement au-dessus de ces manœuvres habituelles.) 

Le fait est que des sources assez pures et profondes auxquelles nous avons déjà étanché notre soif de savoir nous confirment sans la moindre ambiguïté que cette affaire iranienne reste plus que jamais la pierre de touche des relations transatlantiques. On en remet et on insiste : « L’on peut même dire que si jamais une très grave dissension doit éclater entre l’Europe et les USA, ce sera sur cela, et même plus encore, qu’au vu de l’affaire telle qu’elle est engagée, avec l’entêtement et l’hubris US, on irait jusqu’à penser que cet affrontement est inévitable... » 

Dans son texte, Luongo développe l’idée qu’à Munich, c’est plutôt Merkel qui, par son discours, a signifié aux USA que “l’époque a changé” : « La chancelière allemande Angela Merkel a tourné la page des relations avec les États-Unis. Son discours à la Conférence sur la sécurité à Munich devrait être considéré comme une déclaration de divorce de l’Allemagne du système mis en place par les USA à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. » On peut sans aucun doute discuter ce jugement, la chancelière Merkel ayant montré sa capacité d’avaler des couleuvres en nombre considérable, mais il s’agit ici de reconnaitre une convergence de dynamiques et de pressions, – et plutôt qu’opposer Merkel à Mogherini pour savoir qui fait quoi mieux ou moins bien que l’autre, les ajouter pour conclure que la course des choses est réglée par la puissance d’événements colossaux, – auxquels d’ailleurs, il faut s’empresser de le dire, l’équipage américaniste contribue bien plus que les autres par son entêtement, son aveuglement, sa quasi-certitude de figurer dans l’agenda des dieux comme étant d’essence divine. 

... C’est impérativement dans ce contextequ’il faut 1) continuer à considérer l’affaire Iran-JCPOA à la mesure de sa réelle importance, et 2) apprécier que les entreprises du type “crime organisé” de “la famille Trump” avec MbS contribuent notablement à pourrir ce dossier de la façon la plus inquiétante qui soit... L’interminable crise iranienne (depuis 1979 et dans sa séquence actuelle depuis 2003) pourrait enfin justifier la patience qu’elle a exigé si elle parvenait à s’imposer comme l’événement extérieur et supérieur à toute nos ambitions de servilité capable de soumettre l’axe transatlantique à son épreuve ultime de rupture. Elle est la mieux placée pour cela. 
 

mardi, 19 février 2019

D'une conférence à l'autre, la guerre américaine en Europe

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D'une conférence à l'autre, la guerre américaine en Europe

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Lors de la récente conférence de Varsovie organisée par Washington avec les bons services de la Pologne,  les Américains avaient tenté de former un front uni pour « Promouvoir la Paix et la sécurité au Moyen Orient ».

En fait il s'agissait de définir les modalités d'une véritable guerre contre l'Iran, que Donald Trump s'est promis de détruire. La conférence fut un échec. A part Israël et les monarchies arabes du pétro-dollar, aucun des Etats Européens ne s'y firent représenter, sauf par des fonctionnaires sans pouvoir, non plus que Federica Mogherini qui dirige le service diplomatique de l'UE.

L'objectif en était de démontrer que l'Iran veut mettre en place un « corridor d'influence » entre l'Irak, la Syrie et le Liban, que le vice-président américain Mike Pence a décrit comme un « corridor de soutien au terrorisme ». Il s'agissait dans un premier temps d'exiger des Européens qu'ils se retirent de l'accord de 2015 avec l'Iran entérinant le fait que celle-ci avait renoncé à l'arme nucléaire, ce qu'ils refusent de faire. Mais il s'agissait aussi d'obliger les Européens à imposer à Téhéran un blocus complet, ce qui aurait été un véritable acte de guerre.

Les Européens s'y refusent, malgré les « sanctions » américaines visant leurs entreprises opérant en Iran. On notera qu'en fait de terrorisme, c'est l'Iran qui en est pour le moment la victime, puisqu'un attentat non revendiqué à la bombe avait fait pendant la conférence de Varsovie 27 morts parmi des militaires iraniens appartenant à la Garde Révolutionnaire iranienne.

55e Conférence de Munich sur la Sécurité

Mais Washington malgré cet échec diplomatique ne renonce pas. Lors de la 55e Conférence de Munich sur la Sécurité, qui a toujours été conçue par les Etats-Unis comme une préparation à la guerre contre Moscou et qui s'est ouverte le 15 février, le Munich Security Report 2019, désormais disponible, largement inspiré par le Pentagone, n'a rien de rassurant. Il présente comme inévitable une guerre entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine, qui nécessairement dégénérait en conflit nucléaire. Il n'aborde en rien la question de savoir comment éviter cette guerre, mais comment s'y préparer et les mesures à prendre pour en limiter les dégâts.

Le président allemand de la conférence, Wolfgang Ischinger, est un diplomate, ancien ambassadeur d'Allemagne à Washington. Il a toujours été très proche des Etats-Unis. Il vient de déclarer en introduction qu'un nouvelle ère de compétition entre Grandes Puissances, Etats-Unis, Chine et Russie s'était désormais ouverte . Elle était accompagnée d'un vide dans le leadership mondial au niveau de ce qui a été nommé l'ordre libéral international. La suite de ses propos recommande une augmentation de la puissance destinée à intimider les Etats menaçants. Chacun a compris qu'il s'agissait de la puissance militaire.

L'Allemagne, la Grande Bretagne et la France ont décidé récemment d'augmenter leur puissance militaire. Elles n'ont pas précisé la menace contre laquelle elles veulent réagir. Depuis longtemps, Washington souhaite que ces armes prennent le relais des siennes en Europe. Il n'est pas certain que les populations européennes soient prêtes à accepter les destructions et les morts qui résulteraient d'un conflit sur le Continent avec la Russie et la Chine, fut-il non-nucléaire. Manifestement la nouvelle Conférence de Munich sur la Sécurité vise à préparer les esprits européens à l'acceptation d'un tel conflit.

PS. Concernant l'<Allemagne et l'Otan, voir
http://www.spacewar.com/reports/Germany_to_let_NATO_use_i...

vendredi, 15 février 2019

WHAT TO EXPECT FROM THE TALKS BETWEEN PUTIN, ERDOGAN AND ROUHANI?

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WHAT TO EXPECT FROM THE TALKS BETWEEN PUTIN, ERDOGAN AND ROUHANI?

 
 
Ex: http://www.katehon.com

Vladimir Putin, Hassan Rouhani and Recep Erdogan рфмк ф ьууештп in Sochi today. The main issues on the agenda are the withdrawal of US troops from Syria, the situation in Idlib and in the east of the Euphrates. Each of the three players - Russia, Turkey and Iran - has controversial issues. Are the participants of the "Astana trio" ready for a compromise?

Three powers are returning from where they started last fall. The last meeting of Vladimir Putin, Hassan Rouhani and Recep Erdogan, held on September 7 in Tehran, not only did not lead to the result, but resulted in a skirmish. Rouhani’s desire to launch a military operation against the last stronghold of the Syrian opposition in the province of Idlib, which Putin supported, angered Erdogan. By mistake, the host of the summit of the Iranian side, this part of the broadcast was in free access, and the differences between Iran and Russia with Turkey appeared in full glory.

New Variables

Since then, some variables have changed. Ten days later, Putin separately with Erdogan, without Rouhani, in Sochi agreed to create a demilitarization zone in Idlib 20 km wide. In fact, Putin decided to restrain the “hawkish” ambitions of Iran, which intends to force Bashar Assad to return the entire territory of Syria, and take a pause so as not to ruin the alliance with Turkey. According to the Sochi deal, Ankara needed to take care of the withdrawal of all heavy weapons and terrorists from the demilitarization zone. However, Turkey has not yet managed its task. Moreover, the terrorists from Hayat Tahrir al-Sham intensified in the provinces and killed the pro-Turkish groups of the National Liberation Front and Hurras ad-Din. Terrorists control, according to various sources, from 65 to 80 percent of the territory of Idlib. This state of affairs is increasingly convincing Moscow that it is necessary to deal with the terrorists themselves, without Turkey - what the Iranians are proposing.

The second event that makes adjustments to tomorrow's meeting is the fact that the United States has announced its departure from Syria. The forces of the Kurdish National Self-Defense Forces (YPG) located behind the Euphrates fear that after the withdrawal of the US troops, Turkey will go on the offensive. Erdogan almost daily repeats that today, not so, tomorrow Turkish special forces will enter Manbij. In addition, Ankara plans to create a “security zone” beyond the euphrates 30 km wide. Concerned about the growing risk of a Turkish offensive, the Kurds began negotiations with Damascus. In December, they agreed to transfer control over Manbidge to the Syrian army. In the west of the city is already located the Russian police. In parallel, Damascus through Moscow is trying to establish contact with Arab tribes in Rakka and Manbij. Just as in Idlib, outside the Euphrates, the positions of Iran and Russia coincide and consist in the transfer of these regions to Assad. Turkey intends to independently deal with the YPG in north-eastern Syria, and then, under its strict supervision, transfer this territory to the Arab opposition. Moscow and Tehran see this as an attempt to occupy the Syrian land by Ankara.

Differences between Russia and Iran

Despite the coincidence of the positions of the “hawk” of Iran and “moderate” Russia, there are even problems between them. After the latest rocket attacks on Israel in Syria, under which pro-Iranian militia were killed, Iran began to accuse Russia of having C-400 and C-300 in the region, allowing Israel to bomb the Iranians and allegedly give the IDF their coordinates. Tehran is also annoyed by Moscow’s attempts to bring Arab countries into the Syrian settlement - Saudi Arabia, the UAE, Bahrain, Qatar and Egypt. The latter have already begun to recognize Bashar al-Assad as the legal representative of Syria and may participate in the restoration of the state destroyed by the war.

Contrary to Russia's dissatisfaction with the “mess” in Idlib, which Turkey is not able to cope with, and the desire of Ankara to expand its influence in Syria, the alliance with Erdogan at this stage also has its advantages. It allows Moscow to balance the strengthening of Iranian influence in Syria, which in the future could be dangerous for Russia itself. Secondly, playing the "Turkish card" is useful in order to work together to speed up the withdrawal of the United States. Despite statements by pressure from militarists from the Pentagon John Bolton, Israel and France, Trump slowed down the evacuation of troops. The existence of disagreements between the United States and Turkey and joint Russian-Turkish projects (Akkuyu NPP, sales of C-400, Turkish Stream) still justify imitating Putin-Erdogan allied relations.

"Weak link" and a possible compromise

Turkey will not give up trying to take Manbij. Erdogan still believes that Assad should withdraw from this area, and Iran and Russia should not oppose this. The Turks will try in every way to convince Iran to give up Assad’s control over Manbij. There are contradictions between Russia and Iran over Israel. Iranians continue to insist that they should be close to Damascus, the Golan Heights and the territories bordering Israel. Russia does not agree with this, because it has its own agreements with Israel.

The biggest problem in the tripartite contradictions lies in the position of the United States and the West, which do not abandon attempts to split the “Astana format”.

Apparently, for tomorrow's meeting, Putin, Erdogan and Rouhani will come with rather big baggage of contradictions. Russia has always played the role of mediator in this trio. Probably, Putin will be able to find a “middle ground” for Erdogan and Rouhani. How exactly it will look, we learn after tomorrow’s talks. Perhaps Russia will give Turkey one more, but the last postponement in creating a demilitarization zone. This “respite” will not only turn away from Idlib a military operation that threatens Turkey with a refugee crisis, but will give the Kurds time to swear allegiance to Assad, until Erdogan turned to decisive action.

mardi, 12 février 2019

The Costs of Misunderstanding Iranian Foreign Policy

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The Costs of Misunderstanding Iranian Foreign Policy

This is because, contrary to what many believe, Iran’s foreign policy today is largely shaped by its threat perceptions and interests—not ideology.

Because the contours of Iran’s foreign policy appear to be drawn primarily by security considerations, including deterrence and power projection, the United States isn’t likely to fundamentally change the country’s behavior.

American policymakers have several blind spots when it comes to understanding the behavior of other governments, especially when they consider them to be adversaries. The worst of these is the tendency to ascribe profound ideological motives to a regime’s leadership when they are usually concerned much more with self-preservation and protecting their national interests as they understand them. During the Cold War, many anticommunists imagined that the Soviets were much more bent on pursuing a revolutionary foreign policy than they actually were. Those who understood that Soviet foreign policy had a great deal of continuity with the policy of pre-revolutionary Russia were more likely to make sense of what the Soviets were likely to do and why they were doing it. Interpretations of other states’ behavior that reduce everything to the official ideology of that state are always going to miss the mark because the real reasons for their conduct are to be found elsewhere.

Prior to the negotiation of the nuclear deal, Americans were regularly treated to nonsensical “analysis” that portrayed Iran as a fanatical government prepared to commit national suicide in pursuit of its goals abroad. This “martyr-state” myth has thankfully been thoroughly debunked and discredited by events, but the fact that it flourished at all shows how determined many American policymakers and pundits are to perceive their adversaries as irrational, inflexible maniacs that cannot be deterred or reasoned with.

Iran hawks in the Trump administration still insist on describing Iran’s policies in terms of exporting revolution. Pompeo said as much in his widely-panned article for Foreign Affairs from last year:

The regime’s revolutionary mindset has motivated its actions ever since—in fact, soon after its founding, the IRGC created the Quds Force, its elite special forces unit, and tasked it with exporting the revolution abroad. Ever since, regime officials have subordinated all other domestic and international responsibilities, including their obligations to the Iranian people, to fulfilling the revolution.

As Tabatabai explains, this is a dated interpretation that ignores the changes in Iran and its government over the last four decades:

But a closer assessment of the regime’s foreign policy unveils a much more pragmatic Iran, one whose policies are nonetheless shaped by its historical experiences and culture.

The Trump administration can’t or won’t acknowledge the existence of this “much more pragmatic Iran,” because that would be an admission that their own uncompromising hard-line approach is unnecessary and harmful. They need to portray Iran as a destabilizing revolutionary state to make their obsessive hostility to Iran seem more defensible, but it is all based on a faulty understanding of the country and its government. That in turn has led to the administration’s preposterous demands that Iran radically alter its foreign policy, but that won’t ever happen because Iran considers its current policies to be important for their national security and for the survival of the regime. Far from being the self-destructive revolutionaries that Iran hawks want them to be, Iran’s leaders are interested in self-preservation above all else. The U.S. needs to have an Iran policy that takes that into account, or else we will continue to have a failing and bankrupt Iran policy that achieves nothing besides deepening the enmity between our governments.

mercredi, 19 décembre 2018

1941 : le viol de la neutralité iranienne

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1941 : le viol de la neutralité iranienne

Les Britanniques et les Soviétiques ont envahi l’Iran pour s’emparer des champs pétrolifères

Par Klaus Gröbig

Les frontières de l’Iran actuel ont une importance géostratégique remarquable. Leur tracé barrait hier la route de l’Union Soviétique vers tout accès direct à l’Océan Indien ; il empêchait également la liaison territoriale que les Britanniques voulaient établir entre l’Inde, leur principale colonie, et les émirats du Golfe arabique, qu’ils dominaient.

L’Iran, contrairement aux Arabes, avec qui il partage la religion islamique, abrita un très vieux peuple de culture. Déjà en 600 avant J.C., existait un vaste empire persan, qui cherchait à s’étendre. Lors des guerres contre les Perses, les Européens, en l’occurrence les Grecs, firent pour la première fois connaissance avec cette puissance asiatique montante. A Salamis, en 480 avant J.C., les Perses sont battus sur mer par Thémistocle ; un an plus tard, Pausanias les bat sur terre à Platée. Les Perses ne reviendront plus jamais en Europe. La caractéristique la plus remarquable de cet empire antique fut sa tolérance. Lorsque Thémistocle fut chassé d’Athènes, les Perses lui offrirent l’asile, à lui, leur vainqueur.

Le Shah Reza Pahlavi, père du dernier empereur d’Iran, avait compris que seule une armée puissance pouvait garantir la souveraineté de l’Iran. Sous son règne, l’Iran a orienté sa politique sur les réformes préconisées par Mustafa Kemal Atatürk en Turquie. Comme l’ « Anglo-Persian Oil Company » (l’APOC), pillait sans vergogne les richesses minières de l’Iran et ne payait que de bien chiches dividendes, les moyens financiers du Shah étaient réduits. Il a fallu attendre le 15 mars 1951 pour que l’APOC soit nationalisé.

En 1925, l’Iran était quasiment en faillite parce que les recettes fiscales s’étaient avérées insuffisantes. En 1926, le Shah décrète que le service militaire sera une obligation pour tous les Iraniens. En 1927, le Shah Reza ordonne la création d’une marine de guerre. Le 20 mars 1928, le Parlement approuve ce plan. Dès 1928, des firmes allemandes participent à la construction du chemin de fer transiranien. Les relations entre l’Allemagne et l’Iran étaient bonnes, même cordiales.

Sans avoir été provoqués d’aucune façon, les Britanniques et les Soviétiques envahissent l’Iran en août 1941. Quelques temps auparavant, les Britanniques et les Français avaient déjà envisagé de violer la neutralité iranienne pour pouvoir attaquer l’Union Soviétique ou lui nuire. En effet, l’Union Soviétique s’était de facto alliée à l’Allemagne nationale-socialiste en août 1939. Mais suite à des discussions orageuses avec le ministre soviétique des affaires étrangères, Molotov, le 12 novembre 1940 à Berlin, les protagonistes de l’alliance germano-soviétique entrent virtuellement en conflit, ce qui amènera les Allemands à attaquer l’Union Soviétique le 22 juin 1941.

Jusqu’à ce moment-là, l’intégrité territoriale et la neutralité de l’Iran reposait sur le simple fait que les deux agresseurs d’août 1941 étaient des adversaires : ce facteur disparaît en juin 1941.

Lorsque le Shah Reza Pahlavi s’est rendu compte que les Britanniques préparaient l’invasion de l’Iran, il s’est adressé par écrit, le 25 août 1941 au Président américain Franklin D. Roosevelt. On y trouve ces mots : « …. En concordance avec la déclaration de Votre Excellence quant à la nécessité de défendre les principes du droit international et du droit des peuples à la liberté, je demande à Votre Excellence d’entreprendre incessamment et en urgence les mesures d’ordre humanitaires qui s’imposent, pour mettre un terme à cet acte d’agression. Le cas qui nous préoccupe entraîne un pays pacifique et neutre dans une guerre alors que ce pays ne veut pas autre chose que le maintien de la paix pour pouvoir poursuivre les réformes entamées ».

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Roosevelt répondit avec un cynisme consommé : « Si l’on examine la problématique dans son ensemble, on ne peut pas seulement tenir compte des question qu’évoque Votre Majesté impériale, il faut aussi poser des questions quant aux ambitions de Hitler, lesquelles entendent conquérir le monde. Il faut donc partir du principe que l’Allemagne voudra poursuivre ses campagnes conquérantes, au-delà même des frontières européennes, en Asie, en Afrique et même en Amérique, sauf si on l’empêche par la force des armes. Il est certain aussi que les pays, qui entendent conserver leur indépendance, devraient unir leurs forces dans un effort commun, s’ils ne veulent pas tomber les uns après les autres, comme cela s’est déjà passé pour un grand nombre de pays en Europe. Au vu de tous ces faits, le gouvernement et la population des Etats-Unis d’Amérique intensifient, comme cela est notoirement connu, non seulement les efforts défensifs voulus de leur propre pays mais participent également à des programmes d’aide de grande ampleur, destinés aux pays qui s’opposent activement aux orgueilleux buts de guerre des Allemands qui veulent dominer le monde ».

Et Roosevelt ajoutait que l’attaque contre l’Iran ne visait pas son indépendance ou son intégrité territoriale. Les réticences à l’égard des Etats-Unis, qui sont vivaces en Iran aujourd’hui, s’expliquent pour partie par l’attitude qu’adopta jadis Roosevelt. De tels faits ont un impact sur le très long terme. Les peuples ont la mémoire parfois très longue.

Le même jour, le 25 août 1941, les armées rouge et britannique entrent en Iran. Il n’y eu qu’une résistance sporadique. L’objectif avéré des alliés, dans ce viol de la neutralité iranienne, était de sécuriser une voie non exposée aux coups des Allemands ou des Italiens pour livrer des armes et du matériel américains à l’Union Soviétique.

La Royal Navy n’a pu aligner que des unités de seconde classe, très faibles sur le plan militaires, lorsqu’elle attaqua les ports iraniens d’Abadan et Khorramshar. La guerre en Méditerranée contre les Italiens et dans l’Atlantique contre les Allemands ne lui laissait, à ce moment-là, qu’une marge de manœuvre très réduite.

Le Premier Ministre britannique Winston Churchill voulait, immédiatement après l’occupation du territoire iranien, exciter le mécontentement populaire et le tourner contre le Shah. Il a noté dans son journal : « Comme nous l’avons fait à l’époque, nous pouvons aujourd’hui le chasser ». Le 17 septembre 1941, les Britanniques obligent le Shah à abdiquer en faveur de son fils.

Klaus Gröbig.

(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°36/2018, http://www.zurzeit.at ).

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L’Axe anglo-soviétique

L’invasion de l’Iran par les forces armées soviétiques et britanniques conjointes lors de la seconde guerre mondiale a duré du 25 août au 17 septembre 1941. Elle se déroula sous le nom de code « Operation Coutenance ». L’objectif de l’invasion était de sécuriser les champs pétrolifères iraniens et de créer une ligne d’approvisionnement logistique au bénéfice de l’Union Soviétique, qui était en guerre avec l’Allemagne depuis le 22 juin 1941. L’état-major britannique, cependant, a concocté son plan d’invasion de l’Iran dès le 11 juin 1941, onze jours avant l’Opération Barbarossa. Le général iranien Haj Ali Razmara voulaient défendre toute la partie septentrionale de l’Iran dans les régions frontalières et bloquer les troupes soviétiques à la frontière.

 

mardi, 13 novembre 2018

Apokalypse auf halbem Weg

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Apokalypse auf halbem Weg

 

In seinem neuesten Buch sieht Michael Lüders den Orient am Abgrund. Und spiegelt dabei deutsche Dämonen.

„Armageddon im Orient – wie die Saudi-Connection den Iran ins Visier nimmt“, so der programmatische Titel. Der Autor der beiden Bestseller „Wer den Wind sät“ und „Die den Sturm ernten“ legt damit nach.

Mutig für Moslems

Lüders, so viel zur Person, ist studierter Politologe und Islamwissenschaftler, betreibt eine auf den Mittleren Osten spezialisierte Beraterfirma, ist Autor zahlreicher Sachbücher zu dieser Region, sowie einer Handvoll Romane. Er ist außerdem der Nachfolger Peter Scholl-Latours als Präsident der Deutsch-Arabischen Gesellschaft.

Die emotionale Bindung an die islamische Welt mag erklären, warum sich Lüders mit seinem neuen Buch so weit aus dem Fenster lehnt und gleichzeitig im Rahmen bleibt. „Armageddon im Orient“ ist ein sehr mutiges Buch, allerdings nur im Einsatz für Orient und Islam.

Lüders stellt darin nicht nur die im Untertitel so bezeichnete „Saudi-Connection“ an den Pranger, sondern ebenso in einer für westliche Länder und insbesondere Deutschland ganz außergewöhnlichen Schärfe und Deutlichkeit den jüdischen Einfluß auf die amerikanische Politik.

Von dieser amerikanischen Politik zeichnet er allerdings ein Zerrbild, daß primitiver in keinem Pamphlet gegen die „alten weißen Männer“ zu finden ist. Präsident Trump sei „die Verkörperung eines karikaturhaften Simpels“, dessen Politik der Gipfel der Plutokratie sei, in der reiche Großspender für die entsprechende Summe alles haben könnten. Seine Präsidentschaft sei die unverhüllte Fortsetzung der Privatgeschäfte mit anderen Mitteln.

Beweise?

Aus diesem Grund folgt Lüders Entstehungsgeschichte der Trumpschen Nahostpolitik auch großteils den Spuren von Jared Kushner. Die Geschäfte des jüdischen Schwiegersohns von Trump mögen noch so zwielichtig und seine Parteinahme für Israel noch so offensichtlich sein, Lüders Behauptung, der saudische Boykott Katars sei von Kushner eingefädelt worden, um Katar dafür zu bestrafen, daß sein Staatsfonds eine Verhandlung über die Refinanzierung einer Immobilie der Kushner Company platzen ließ, bedürfte starker Indizien und nicht nur der Spekulation.

Mit zweierlei Maß

Während Lüders seinen Lesern kompetent die politischen Verstrickungen des Orients entwirrt, bleibt die westliche Politik holzschnittartig primitiv: Trump habe sich von Saudis und jüdischen Zionisten kaufen lassen. Eine Betrachtung über die Verbindung von Innen- und Außenpolitik, wie er sie den Ländern des Orients angedeihen läßt, findet nicht statt.

Während er richtigerweise vor den Falschbehauptungen und der Gräuelpropaganda in der westlichen Presse warnt und seinen Lesern den machtpolitischen Hintergrund dieser Berichterstattung vor Augen führt, belegt er Behauptungen über den amerikanischen Präsidenten unreflektiert mit Zitaten aus amerikanischen Zeitungen, die Trump aus hauptsächlich innenpolitischen Gründen seit drei Jahren bis aufs Messer bekämpfen.

Selbst bei Zitaten aus „Fire and Fury“ läßt Lüders jegliche Quellenkritik vermissen. Obwohl es sich beim Autor dieses Buches um den Skandaljournalisten Michael Wolff handelt, gegen dessen Arbeitsweise auch bei früheren Veröffentlichungen erhebliche Vorwürfe erhoben wurden.

Während er immer wieder vor den moralischen Simplifizierungen warnt, mit denen die Propagandapresse die Weltpolitik in Gut und Böse einteilt, hat er am Ende seines Buches einfach die Rollen vertauscht. Nun steht das „anti-schiitische Dreieck“ aus Washington, Tel Aviv und Riad als großer Bösewicht da, während man für die Interessen Assads, Rußlands und des Irans Verständnis aufzubringen habe.

Dieses Messen mit zweierlei Maß hat System. Lüders füllt eine bestimmte Nische aus. Er bietet seinen Lesern scharfe Kritik an dem Narrativ, das uns tagtäglich aus der Mainstreampresse entgegenschallt. Diese Kritik untermauert er mit einer einseitig vereinfachten, aber umso eindringlicheren Beschreibung der Machtfaktoren, die den Mittleren Osten prägen.

Das ist erst einmal nicht schlecht. Aus meiner eigenen Jugenderfahrung kann ich bestätigen, daß dergleichen Literatur gerade bei jungen Menschen geeignet ist, überhaupt erst einmal die Ausbildung eines Bewußtseins zu fördern, das in politischen Tatsachen denkt, anstatt der planmäßigen Verblödung durch unsere politische Bildung zu folgen.

Trotzdem gegen das Eigene

Lüders liefert seinen Lesern aber gleichzeitig etwas, wovon ein Großteil des kritischen politischen Publikums doch nicht lassen will: Jenem schäbigen Überlegenheitsgefühl, daß dadurch entsteht, die eigenen Leute herunterzumachen. Das Selbstbild eines aufgeklärten Kämpfers für die von der eigenen Gemeinschaft Unterdrückten. Es ist die stärkste Triebkraft des etwas unglücklich als „Ethnomasochismus“ bezeichneten Phänomens.

Der Leser bekommt von Lüders ein Gefühl vermittelt, ähnlich demjenigen, daß ein grüner Student hat, nachdem ihm sein Postkolonialismusprofessorx erklärt hat, wie der strukturelle Rassismus Braune und Schwarze überproportional arbeitslos macht.

Am Ende seines Buches fordert Lüders die europäischen Staaten auf, Washington gegenüber entschlossen und einig ihre Interessen zu wahren. Doch diese Interessen bestehen für Lüders nur darin, keine armen Moslems zu bombardieren und keine Flüchtlingsströme abzubekommen, welche den Populismus förderten und der liberalen Demokratie schadeten. Eine sichere Grenze scheint ihm hierfür allerdings keine Lösung zu sein.

Keine eigenen Interessen

Hier liegt der Hund begraben. Lüders kennt keine eigenen Interessen Deutschlands, jedenfalls nicht des deutschen Volkes, allenfalls der Bundesrepublik. Für seine Liebe zur islamischen Welt riskiert er das Todesurteil der westlichen Nachkriegsöffentlichkeit: Antisemit zu sein. Doch bricht er nicht aus dem Opferspiel aus, er nimmt nur die Underdogs unter den Opfern, die Muslime, gegen die jüdischen Edelopfer in Schutz.

Seinem eigenen Nicht-Opfer-Volk fehlt in diesem Schema die Rechtssubjektivität. Ebenso allen anderen westlichen Ländern. Deshalb kann er nicht verstehen, daß der Orient nicht gerade Trumps oberste Priorität ist, er es sich aber nicht leisten kann, jene Republikaner im Kongreß zu verlieren, die bei AIPAC auf der Soldliste stehen. Lüders kommt gar nicht auf den Gedanken, daß ein Amerikaner die geplante Umsiedelung der Palästinenser auf die Sinaihalbinsel bedauern mag, die geplante Umsiedelung von Guatemalteken nach Iowa und Wisconsin hingegen als direkte Bedrohung auffaßt.

Kein Horrorszenario im Orient, sondern nur die Wiedergewinnung unseres Status als eines eigenständigen Rechtssubjekts kann uns die Handlungsfähigkeit zurückgeben, eigene Interessen zu vertreten und unabhängig von dem heuchlerischen Geschrei fremder Interessengruppen zu wahren.

Michael Lüders: Armageddon im Orient, Wie die Saudi-Connection den Iran ins Visier nimmt, München 2018, 272 S., 14,95 €. ISBN 978-3-406-72791-7

lundi, 12 novembre 2018

Pétrole iranien: les clients font la queue!

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Pétrole iranien: les clients font la queue!

Ex: http://www.zejournal.mobi

 
Auteur : | Editeur : Walt | Lundi, 12 Nov. 2018 - 01h25

Cinq jours après le retour des sanctions américaines contre le peuple iranien, de nouveaux détails ont été révélés sur les dérogations aux nouvelles sanctions décidées par Washington.

De sorte que des délégués de certains pays exemptés tel la Corée du Sud se sont rendus à Téhéran pour négocier la reprise de l’achat du pétrole iranien.

Au terme de plusieurs mois de propagande et d’efforts vains visant à réduire à zéro les exportations pétrolières iraniennes, l’administration américaine s’est vue obligée d’attribuer des dérogations à huit États acheteurs du pétrole iranien, à savoir la Chine, la Grèce, l’Inde, la Turquie, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan.

L’état du marché mondial du pétrole explique en grande partie la marche arrière de l’administration Trump. Les acheteurs du pétrole iranien ne tolèrent pas que les sanctions US menacent leur sécurité énergétique. L’Inde est même allée jusqu’à installer des raffineries adaptées au pétrole venant de l’Iran.

L’Inde n’est pas le seul pays à se battre pour continuer d’acheter du pétrole de l’Iran. La Corée du Sud s’est mise de son côté aussi à redoubler d’efforts pour pouvoir s’approvisionner en pétrole iranien. En effet, Reuters a annoncé qu’une délégation sud-coréenne est attendue à Téhéran ces jours-ci pour pouvoir négocier la reprise de l’importation du pétrole iranien.

Dans le cadre d’une dérogation aux sanctions US attribuée par Washington, Séoul sera autorisé à importer chaque jour jusqu’à 200 000 barils de pétrole condensat iranien qui est une forme de pétrole ultra-léger censé être utilisé par l’industrie pétrochimique, ont expliqué des sources informées à Reuters.

Avec une importation moyennant 159 770 barils de pétrole brut iranien entre janvier et août 2018, Séoul était, avant l’entrée en vigueur des sanctions, le troisième plus grand importateur du pétrole iranien et le premier acheteur du pétrole condensat de l’Iran.

Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères avait annoncé la semaine dernière que Séoul paierait le pétrole iranien en won, la monnaie nationale de son pays. Le pétrole iranien sera probablement livré par les pétroliers de la Société nationale iranienne de pétrole à Séoul.

À noter que, Emirates National Oil Company (ENOC) a augmenté l’importation du condensat du champ gazier iranien de Pars-Sud.

En ce qui concerne la Turquie, les experts et les marchands de pétrole pensent que ce pays est l’un de ceux les plus touchés par les sanctions américaines contre l’Iran. Lors d’une interview accordée à la chaîne allemande, Deutsche Welle, Umer Kiler, président du comité pour les relations commerciales turco-iraniennes au sein du Conseil du commerce extérieur a affirmé : « La Turquie sera la plus affectée par les sanctions américaines contre l’Iran. Nous attendions à ce que Washington fasse plus de concessions à notre égard ! ».

L’Irak qui compte parmi les grands acheteurs d’électricité à l’Iran, a réussi aussi en faisant pression sur Washington à faire figurer son nom sur la liste des pays ayant droit à une exemption aux sanctions.

- Source : Pars Today (Iran)

mardi, 23 octobre 2018

Khashoggi and press freedom in Turkey: Muslim Brotherhood narrative aimed at Saudi Arabia

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Khashoggi and press freedom in Turkey: Muslim Brotherhood narrative aimed at Saudi Arabia

Lee Jay Walker

Modern Tokyo Times: http://www.moderntokyotimes.com

Allegedly, Jamal Khashoggi in his last column focused extensively on the need for press freedom in the Arabic speaking world. This is being lauded in Western media circles and in publications that have Muslim Brotherhood leanings. Yet, just basic critical thinking would render this to be overly simplistic and blatantly political. After all, if Khashoggi was so principled and cared about press freedom, then why did he enjoy his visits to Turkey and meet with President Erdogan and leading politicians from the same political party?

This question is important because in modern-day Turkey you have countless numbers of political prisoners languishing in jail. It matters not if you are Kurdish, a Gulenist, or leftist because all face the brutal reality of Erdogan’s Turkey. Equally important, Turkey is a nightmare for journalists who dare question the excesses of Erdogan and his intrigues aimed at curtailing political freedom.

The Council on Foreign Relations, reports, “…Turkey, the leading jailer of journalists in the world, has kidnapped followers of the exiled cleric Fethullah Gulen in Asia and Europe—and just before the Khashoggi disappearance, one of Erdogan’s closest advisors warned that Turkey’s dragnet would extend across the globe.”

Last year, The Guardian, stipulated, “Scores of imprisoned Turkish journalists face a Kafkaesque nightmare of legal limbo, farcical charge sheets, maltreatment and even solitary confinement in the country that locks up more reporters than any other in the world.”

An article in the Washington Post uttered, “Turkey once had a robust, independent press, but Mr. Erdogan has waged a multifront campaign: closing media outlets, forcing others into new ownership, and using friendly judges and prosecutors. In the latest cases, some reporters and editors were convicted for what they said on Twitter.”

Hence, the narrative of Turkey claiming that they have evidence of the murder of Khashoggi by a Saudi hit squad must be viewed in light of the nation expressing this. Yes, a nation that imprisons people at the drop of hat, arrests journalists, is involved in terrorist and sectarian intrigues in Northern Syria, and other ill deeds. Therefore, with each passing day suspicion remains that the Muslim Brotherhood universal political wing, Qatar, Turkey, and other forces opposed to internal changes inside Saudi Arabia, are collectively seeking to “milk the situation” by spreading anti-Saudi Arabia propaganda.

Overall, with Turkey in recent times taking on Saudi Arabia by supporting Qatar and Iran – and being opposed to the leadership of Egypt – and other factors related to the Muslim Brotherhood; then why would Saudi Arabia openly butcher an individual in a nation that supports the other camp? Also, since Turkey claims to have evidence, then how come the security services of Saudi Arabia were not aware that Turkey was spying on them? Therefore, why would Saudi Arabia openly support such a terrible own goal if ordered by the inner elites of this nation?

Indicating a botched attempt of taking Khashoggi for rendition to Saudi Arabia and a cover-up. However, the gruesome comments emanating from Turkey seem out of line with a chain of events that was most likely unintended – even if resulting in death.

https://www.theguardian.com/world/2017/mar/23/turkish-jou...

https://www.cfr.org/article/jamal-khashoggis-disappearanc...

https://www.washingtonpost.com/opinions/erdogan-is-transforming-turkey-into-a-totalitarian-prison/2018/03/11/19a4cde8-23c9-11e8-94da-ebf9d112159c_story.html?utm_term=.a8bf6b24e3ee

samedi, 20 octobre 2018

The Geopolitics of the Khashoggi Murder

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The Geopolitics of the Khashoggi Murder

by Graham E. Fuller

Ex: https://lobelog.com

The grisly details of the murder of Saudi journalist Jamal Khashoggi by Saudi security goons in their own consulate in Istanbul has riveted global attention like few other recent stories. Not surprisingly, the lurid descriptions of this single sensational case have far greater impact on public perceptions than the deaths of some ten thousand Yemenis—mostly civilians— in Saudi Arabia’s military operations in Yemen—facilitated by Washington and London.

Simultaneously we have the theatrical spectacle of the Erdogan government in Turkey releasing in tantalizing dribs and drabs the apparently documented details of the horrors of Khashoggi’s torture, murder and dismemberment, keeping the story alive. All of this skillfully escalates public revulsion and places Saudi Arabia and its impetuous crown prince Muhammad bin Salman (MbS) into a stark spotlight before the world. Saudi Arabia has many enemies in this world; the chickens are coming home to roost.

But what is really going on here? What is Turkey up to?  

Pundits love to talk about some “implacable historical confrontation” between Shi’ite Iran and Sunni Saudi Arabia. To buy into this is to miss deeper issues. In reality it is the ideological gulf between Saudi Arabia and Turkey, not Iran, that is more deeply rooted—even if less publicly aired—than the so-called Iranian threat. It is about the future face of the Middle East,

For starters, it was the Ottoman Turkish Empire that undertook to  roll back and overthrow the first Wahhabi state to arise in Arabia in the early 19th century that had already rampaged across the peninsula when the Holy Places were under the legal protection of the Ottoman Sultan.

But what are the fissures today? The bottom line is that Turkey represents a modern, rational, institutionalized state still functioning within a democratic order—although its moderate Islamist president Erdogan is now probing the boundaries of what is acceptable in a democratic state. Nonetheless Erdogan has won successive elections, even while playing rough games against opposition parties. It may be harder today than a decade ago to speak of “democratic Turkey” but it is nonetheless a reality in terms of its political parties, elections, political debate inside parliament and in public (though limited in the state-controlled media.) Turkey’s sophisticated electorate, general westernization, the position of women, its advanced economy, levels of education and westernization and long-standing political and social institutions—however much manipulated and abused by Erdogan today—still exist. Turkey’s political sophistication and experience over the longer run will enable democratic practice to prevail.

The point of this is not to praise Turkey’s democratic order today; there is now much to criticize in Erdogan’s personalized and arbitrary management of the country, his arrest of outspoken journalists and purges of police, the courts, and universities.  Indeed, if Erdogan had resigned after his first ten years in office, his long list of accomplishments and those of his party would suffice to make him the greatest prime minister in modern Turkish history. Yet—classically—power corrupts and often leads to greater authoritarianism;  we now witness Erdogan’s  squandering of his own legacy through his own arbitrary and high-handed actions.

But that is not the point. For all of its current abuses, the political and social institutions of even Erdogan’s Turkey scare Saudi Arabia. Turkey has a constitution, maintains the trappings of democracy and elections and political debate in a parliament. All these things are anathema to Riyadh and threaten the very basis of Saudi monarchy.  In addition, Erdogan’s party, the AKP, represents a moderate Islamist perspective in the region that stands in near total opposition to the narrow, xenophobic, intolerant and extreme version of Islam—routinely exported—of Saudi Wahhabi Islam. Erdogan’s views are closer to the more modern Muslim Brotherhood—an old and now mainly non-violent party that embraces at least the principles of democratic procedure, elections, and a broad-based electorate that includes non-Muslims. It wins elections. Saudi Arabia loathes the Muslim Brotherhood which they view as ultimately serving to undermine monarchy; indeed political Islam basically has little regard for monarchy which it perceives as lacking in Islamic legitimacy.

In short, the Turkish view of politics and Islam is abhorrent and threatening to the Saudi political order that is based on monarchy and Wahhabi clergy. If any state represents advanced Islamic opinion in this world, it is more likely Turkey and certainly not Saudi Arabia with its near medieval mind-set coexisting alongside its glittering turnkey skyscrapers.

Then we have the anomaly of Qatar. This small Gulf state is also a monarchy and even embraces—at least nominally—Wahhabi Islam, but in a vastly more open and tolerant form than the Saudi version. Qatar, even though a monarchy, also views the Muslim Brotherhood as essentially the face of a more modern future political Islam, far from the Saudi Wahhabi version. And Qatar sponsored and still maintains the pan-Arab satellite TV station al-Jazeera, which revolutionized public discussion of politics all across the Arab world and beyond. Riyadh detests the debates on al-Jazeera and the threat that such open discussion of regional politics poses to autocracy. Turkey, for all its present warts, represents the future of Muslim governance in the region while Saudi Arabia languishes far in the past, apart from the formidable power of its wealth.

Saudi Arabia aspires to leadership of the Muslim world, but apart from its massive wealth and technical “custodianship” of the Muslim Holy Place, its sterile and arthritic culture offers very little to anybody.

Qatar too finds itself in close sympathy with the Turkish government. And with MbS’s rash decision to try to bring to heel or overthrow the independent-minded government of Qatar, Turkey lined up with Qatar and dispatched Turkish troops there to guard the border against possible Saudi military invasion.

Saudi Arabia and Turkey fundamentally represent rival forces jockeying for influence in the future Syrian political order in post-civil war Syria.

Sunni Qatar and Sunni Turkey both deal widely with Shi’ite Iran. Yet Saudi Arabia claims that Iran is the source of all evil and instability in the Middle East, and shares ever closer ideological views with Israel—on purely cynical basis of enemy-of-my-enemy. Sadly Washington has bought into this Israeli-Saudi narrative on Iran.

With the murder of Jamal Khashoggi in Istanbul, Ankara has been happy to exploit the scandal and turn the screws on Riyadh. Ankara’s staged leaks of detailed grisly documentation of the event has thrown Riyadh badly off balance—which strengthens the hand of Ankara and nearly everybody else including Washington in being able to pressure the Saudi Kingdom.

Iran of course is the alleged sinister threat constantly trumpeted by Riyadh—and Israel—a policy designed ultimately to bring the US into a war with Iran. Here too Riyadh more fundamentally fears Iran as  an evolving democratic state in an Islamic context; Iran’s elections and fairly transparent politics are all closely followed by the outside world, they matter.  Basically Iran will preside over a functioning democratic state far earlier than Saudi Arabia ever will; Saudi Arabia indeed lacks any institutional foundations for such an open political order. In addition the Saudis fear their own oppressed Shi’ite minority, yet deep Shi’ite alienation becomes a self-fulfilling prophesy under onerous Wahhabi oppression. Above all, Wahhabi Islam detests Shi’ite Islam in principle—even as Wahhabism is hostile to nearly all other schools of Islam as well. So Iran constitutes for Riyadh the ideal target that can be opposed on religious and ideological grounds while avoiding denunciations of Iranian democratic structures, elections, or analysis of the oppression of Saudi Shi’ites.

This is why Ankara is happy to embarrass Riyadh in its murder of Khashoggi; the two countries are far more rivals than allies in the Muslim world and will remain so. Yet Ankara still does not wish to break with Riyadh entirely either, since Saudi financial resources might still just be useful to Ankara down the road.

As the geopolitics of the world changes—particularly with the emergence of new power centers like China, the return of Russia, the growing independence of Turkey, the resistance of Iran to US domination in the Gulf, the waywardness of Israel, and the greater role of India and many other smaller players—the emergence of a more aggressive and adventuristic Saudi Arabia is not surprising. Indeed we might even say it is overdue in a state so long marked by conservative and cautious foreign policy.  And so for Washington “managing the Gulf” becomes an increasingly impossible task with every passing year. Too many other significant players have stepped into the game with their own vital interests—even as the US has reduced its international clout to a primarily military role —a trend that well precedes Trump.

As we follow the lurid news about the murder of Jamal Khashoggi, it’s important to realize that this ugly incident represents just a small piece of the much bigger geopolitical game playing itself out in the Gulf.

Graham E. Fuller is a former senior CIA official, author of numerous books on the Muslim World; his first novel is “Breaking Faith: A novel of espionage and an American’s crisis of conscience in Pakistan;” his second one is BEAR. (Amazon, Kindle). Reprinted, with permission, from grahamefuller.com