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lundi, 25 septembre 2017

L'Iran désormais puissance dominante au Moyen-Orient

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L'Iran désormais puissance dominante au Moyen-Orient

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

On le soupçonnait depuis longtemps, beaucoup comme la Russie en seront plutôt satisfaits, Mais pour Israël, si le pays ne change pas de politique, et pour les Etats-Unis, il s'agira d'une sorte de catastrophe.
Le média iranien Teherantimes, que l'on devrait mieux connaître en France, vient d'annoncer l'essai réussi par l'Iran d'un missile balistique de moyenne portée, capable d'atteindre des cibles distantes de 2000 km et d'emporter différentes têtes 1) .

Ceci devrait changer significativement le rapport de force au Moyen-Orient. Les 45.000 soldats américains déployés dans la zone, ainsi que tous les alliés des Etats-Unis, y compris en premier lieu Israël, sont désormais à portée.

Cette annonce survient quelques jours après les agressions verbales de Donald Trump à l'ONU, ainsi que sa volonté d'imposer à Téhéran de nouvelles sanctions. Celles-ci seraient décidées au prétexte que l'Iran n'aurait pas respecté l'accord dit nucléaire par lequel elle s'engageait à ne pas développer d'armes atomiques. Or tous les observateurs internationaux affirment au contraire qu'il n'en est rien. Cependant, si de nouvelles « sanctions » unilatérales étaient décidées, le Président Hassan Rouhani a précisé à son retour de New York que toutes les options en matière de riposte seraient envisageables.

Plus récemment, il a déclaré que si la nation iranienne avait toujours recherché la paix et la sécurité, elle continuerait à défendre les peuples yéménite syrien et palestinien, « que cela plaise ou non ». Peu après le commandant de la Garde Révolutionnaire le général Mohammad Ali Jafari a été plus explicite. Selon lui, les Etats-Unis, avec le discours de Trump, ayant montré toute leur hostilité, devaient désormais s'attendre à des réactions douloureuses pour eux dans tous les domaines, y compris militaires, a-t-il laissé entendre.

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Il est évident que Téhéran est loin d'avoir encore mis au point des armes atomiques et des missiles représentant une menace sérieuse. A cet égard en Asie la Corée du Nord dispose d'une avance considérable. Cependant l'Iran a déployé plus de 100.000 hommes sur le terrain. Il s'agit de contingents chiites endurcis, capables d'affronter les faibles effectifs des pays sunnites, notamment l'Arabie saoudite, susceptibles de leur être opposées. En cas encore improbable d'une bataille conventionnelle avec Israël, celui-ci, malgré la puissance de ses armements, aurait fort à faire.

La Syrie et son allié la Russie devraient-ils s'inquiéter de voir l'Iran en passe de devenir une puissance dominante dans la région. En principe non, puisque Bashar al Assad et Moscou se sont mis d'accord depuis des mois pour constituer avec Téhéran un « pont » chiite qui contrebalancerait les pétro-dollars des pays sunnites et l'influence américaine. On peut penser par ailleurs que l'Iran a bien compris que la Russie était désormais décidée à maintenir ses implantations militaires en Syrie et réagirait à toute éventuelle menace iranienne. Celle-ci serait hautement improbable du fait qu'au contraire l'Iran a concédé à l'aviation russe l'accès à l'une de ses bases aériennes.

Ce sont par contre les Kurdes et leur apparente volonté de constituer au nord de l'Irak l'amorce d'un véritable Kurdistan indépendant qui devraient prendre l'avertissement iranien au sérieux. Ce projet a jusqu'ici été soutenu par Washington et Tel-Aviv dans le but d'en faire ce qui pourrait être un instrument régional permettant de lutter contre l'influence iranienne. Or déjà combattu par la Turquie, ce projet ne résistera pas à un rejet par l'Iran. Les Kurdes devraient faire bien attention à leurs futures décisions, quels que soient les résultats de futur référendum, s'il a lieu. Même si leurs valeureux peshmergas ont pu être appréciés ces derniers mois dans la lutte contre l'Etat Islamique, ils ne feraient pas long feu devant un rejet général. Mais ce point ne peut être examiné ici. La question kurde mériteraient bien d'autres articles.

Les Européens qui pour leur part sont en train d'investir de façon importante et dans de nombreux domaines en Iran ne devraient voir aucun inconvénient à la mise en place d'une Iran puissance dominante au Moyen-Orient. Même si celle-ci devait dorénavant disposer d'une capacité de « deterrence » militaire importante.

1) http://www.tehrantimes.com/news/417036/Iran-successfully-tests-new-2000km-range-missile

samedi, 16 septembre 2017

Dae’ch et les autres : bienvenue dans le « monde VUCA » !

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Dae’ch et les autres : bienvenue dans le « monde VUCA » !

Richard Labévière
Journaliste,
Rédacteur en chef  du magazine en ligne : prochetmoyen-orient.ch
Ex: http://www.lesobservateurs.ch

L’ensemble de la presse mondiale a, dernièrement commémoré le premier anniversaire de la Coalition internationale qui a déclenché ses premiers bombardements contre des positions de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) en Irak et en Syrie, le 2 août 2014. Un an plus tard, tout le monde s’étonne que cette « alliance », réunissant quand même les armées les plus puissantes du monde, n’ait pas réussi à éradiquer une organisation constituée de quelque 30 à 35 000 fusils tout au plus. Le même constat vaut également pour Jabhat al-Nosra et les autres résidus d’Al-Qaïda ayant prospéré en Asie, en Afrique ou en Europe.

Pourquoi un tel étonnement, sinon une telle cécité ? La réponse est pourtant aussi claire et limpide que La Lettre volée d’Edgar Allan Poe, posée  là, sous nos yeux, alors que personne ne veut vraiment la voir… Les experts militaires américains, qui donnent le « la » en matière de « guerre contre la terreur » depuis quatorze ans, l’ont dit, redit et écrit : il ne s’agit nullement d’éradiquer le terrorisme, d’en neutraliser définitivement les protagonistes, de casser définitivement ses inspirateurs et d’en assécher les financements. L’objectif principal est de « gérer » son développement, ses mutations et l’évolution de sa cartographie afin d’accompagner la reconfiguration, la modernisation et la diversification de l’hégémonie stratégique, économique et politique des Etats-Unis et de leurs alliés.

En août dernier, le président de la République française - à l’unisson avec ses homologues américains, britannique et allemand -, l’a expliqué très clairement à ses ambassadeurs : « la guerre contre Dae’ch va durer dix, quinze ou vingt ans ». Cette fatalité de la longue durée correspond, non pas à une espèce de complot centralisé ni à une conspiration globale, mais s’inscrit dans la logique d’un « procès sans sujet », conforme aux motivations, aux stratégies et aux intérêts de la mondialisation néo-libérale. Cette incapacité à éradiquer Dae’ch est d’autant plus assumée par les grands décideurs mondiaux qu’ils savent parfaitement que l’action militaire extérieure n’est qu’un segment limité de la panoplie contre-terroriste. Ils savent tout aussi pertinemment que Dae’ch ne pourra être éradiqué durablement sans « assécher » politiquement et idéologiquement l’extrémisme sunnite dont les bailleurs de fonds sont devenus nos meilleurs partenaires commerciaux. Dae’ch est une chose, les affaires en sont une autre : vive la « politique sunnite » de François hollande et Laurent Fabius ! 

Orphelines de l’ennemi communiste, les officines stratégiques du Pentagone, leurs tutelles politiques et les industries de défense occidentales de l’après Guerre froide (garantissant des millions d’emplois et de sous-traitants) devaient impérativement - au risque d’entrer en déshérence -, trouver une autre figure du « mal », définir une menace « globale », autrement dit se fabriquer un nouvel ennemi commun. Ce fût chose faite dès le 11 septembre 2001. Là encore, soyons clairs : il ne s’agit pas de céder à la moindre tentation des théories conspirationnistes et autres « effroyables impostures » ayant fait florès après l’effondrement des tours du World Trade Center, mais bien de restituer rigoureusement pourquoi et comment les administrations Bush successives et celles qui suivirent, ont magistralement « utilisé » cette tragédie afin de pousser leurs pions.

A l’époque, plusieurs économistes réveillés relevaient que le budget du Département américain de la Défense avait enregistré ses hausses les plus importantes depuis la guerre de Corée. Avec un certain étonnement, les mêmes constataient que George W. Bush - digne héritier de Ronald Reagan et de  Margaret Thatcher -, adepte d’un monétarisme des plus classiques et de toutes les recettes les plus libérales, s’était brusquement converti à une politique budgétaire farouchement keynésienne ! En effet, les attentats du 11 septembre 2001 ont fortement contribué à la relance de l’économie américaine qui marquait alors le pas. Mais ce bon usage de la terreur ne profita pas qu’aux seuls investisseurs américains et devait impulser une nouvelle révolution dans les affaires militaires qui s’esquissait depuis la fin des années 90.

Dans les amphithéâtres de l’US-Army-War-College de Carlisle en Pennsylvanie, des professeurs de stratégie militaire commençaient alors à populariser un nouveau concept en quatre lettres pour résumer le monde : VUCA, pour Volatility, Uncertainity, Complexity, Ambiguity. Dans le monde de la fin des années 90, ces experts nous expliquaient que toute espèce de projets et d’actions étaient devenus « volatiles ». Par conséquent, chaque option stratégique était appelée à changer extrêmement rapidement, la visibilité à moyen terme n’étant pas seulement devenue « incertaine », mais proprement impossible. La « complexité » des interactions, des facteurs d’influence et des acteurs devenait la norme, l’ « ambiguïté » étant désormais la règle et non plus l’exception.

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Et toujours très positifs, nos amis américains se félicitaient que dans un tel monde devenu « VUCA », l’incertitude ne constituait nullement un problème, mais présentait au contraire une chance à saisir comme levier d’innovation et de performance. « Les acteurs qui réussissent », affirmaient ces professeurs, « sont ceux qui investissent dans la connaissance de soi, cultivent le succès collectif et encouragent l’agilité et la fluidité efficaces ». La loi de la variété requise, développé par R. Ashby en 1956 (dans An Introduction to Cybernetics) stipule que seule la « variété » peut répondre à la variété. En d’autres termes : plus une personne ou un système génère et active « sa diversité », plus elle est capable de s’adapter aux changements provenant de son environnement et d’assurer son existence. Appliquée à VUCA, cette loi nous enseigne que seul VUCA sait répondre à VUCA.

Les nouveaux chefs (militaires, économiques et politiques) doivent donc incarner un « projet de sens » qui libère les engagements tout en laissant s’exprimer les ruses de la volatilité, comme autant d’opportunités à saisir et à utiliser afin de promouvoir des « changements incessants ». L’incertitude invite ces chefs à profiter des situations inédites pour apprendre… Au lieu de renforcer les procédures de contrôles connues et des actions propices à la reproduction du système en vigueur. Ils « trouvent alors le courage de créer des espaces de liberté, de créativité et d’expérimentation rapide ». La complexité oblige les acteurs clés à coopérer et à privilégier le succès collectif. Pour saisir la complexité d’une situation, ses multiples enjeux et ses différents leviers, il est obligatoire de créer des groupes divers, transversaux et hétérogènes. Pour trouver des solutions véritablement innovantes, il s’agit donc de travailler en grand groupe, d’oser le chaos provisoire, de privilégier l’expérimentation ciblée au lieu de déployer un plan convenu. Sont alors privilégiées « les dynamiques alternatives ». L’ambiguïté se manifeste à travers des figures ambivalentes, par la non-cohérence d’un projet, le mélange des responsabilités, les multiples interprétations d’un concept. Cette ambiguïté doit devenir la culture dominante des nouveaux chefs : celle consistant à vivre avec une variété de solutions au lieu de s’attacher à l’obsession de la clarification, à la recherche d’une cohérence, ainsi qu’à celle d’une quête de « la » solution à déployer. Dans un monde VUCA, rien n’est acquis d’avance, rien n’est durablement stable et tout est opportunité !

Enfin, nos professeurs édictaient cinq principes à l’usage des nouveaux chefs voulant réussir « dans la joie » : 1) dans un monde VUCA, l’agilité d’une organisation se débloque en passant de la réaction à l’action par le « sens » ; 2) dans un monde VUCA, tout se transforme quand le système se libère d’une obsession de performance opérationnelle pour privilégier la recherche d’excellence relationnelle ; 3) dans un monde VUCA, le chaos devient créateur, le vide faisant place à de nouvelles solutions ; 4) dans un monde VUCA, l’individu peut se sentir perdu mais l’intelligence collective en action s’affirmera comme le nouveau levier de performance ; 5) Dans un monde VUCA, la notion de « leadership » est renversée pour laisser place à la puissance d’une nouvelle posture … celle du « Followership ». Bref, dans ce meilleur des mondes possibles, les chefs et, en définitive tous les acteurs qui savent conjuguer la joie et le « sens » vont être en mesure d’inventer des formules inédites de performance.

C’est presque aussi bien que La Richesse des nations d’Adam Smith et c’est à Donald Rumsfeld - secrétaire d’Etat à la Défense (2001-2006) - que l’ont doit l’application de cette idéologie aux affaires militaires. Sans y changer une seule virgule, la première administration Obama renonçait ainsi aux réponses classiques : les guerres conventionnelles et de contre-insurrection. On assistait alors à des redéploiements élargis dans les zones économiques et stratégiques considérées prioritaires pour les grandes sociétés (armements, aéronautiques, BTP et infrastructures, etc.). Enfin, selon un officier général des Forces spéciales, le Pentagone cherchait à maintenir autant que faire se peut la « clandestinité la plus totale afin de privilégier des campagnes médiatiques et de communication parfaitement maîtrisées ».

En juin 2014, dans une conférence publique tenue à Beyrouth, nous expliquions alors, que cette « non doctrine » militaire s’articulait sur sept piliers : 1) montée en puissance des forces spéciales ; 2) prééminence du renseignement ; 3) extension de la géographie des drones ; 4) choix de la cyber-guerre ; 5) développement d’ « armées de substitution » ; 6) formation et manœuvres avec les partenaires ; et enfin 7) médiatiser et communiquer. Ce dernier pilier chapeaute l’ensemble ! Le plus vieux métier du monde ! Pour qu’elle atteigne ses objectifs, toute opération militaire doit être non seulement comprise mais aussi « partagée » par les opinions publiques du ou des pays qui la mènent. Sont alors appelés en renfort les bataillons de journalistes « embeded » chargés d’expliquer et de diffuser les raisons et le phasage de la « guerre juste », forcément juste. Au hardpower des armées doit s’adjoindre organiquement le softpower -madame Clinton préfère parler de smartpower -, des journalistes, des « experts » et autres « communicants ». Ces sept piliers requièrent, non pas la « sagesse » de Lawrence d’Arabie, mais une transparence imposée, c’est-à-dire opaque, la clandestinité et le secret.

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Dans le meilleur des mondes VUCA possibles, Dae’ch, Al-Qaïda, Nosra et les autres ne peuvent et ne doivent pas être éradiqués parce qu’ils sont absolument nécessaires à la reconfiguration permanente du « sens », de la « joie » et des « profits » des nouveaux chefs militaires, économiques et politiques du monde. Sur le plan intérieur, les recettes VUCA servent tout aussi bien à déconstruire les frontières nationales, le droit du travail et toute autre loi garante du contrat social des vieilles républiques pour nous convertir aux fluidités multiples d’une mondialisation heureuse où tout devient possible et principalement le retour à l’état de nature où règne, en définitive, la loi du plus fort.

Lorsque notre ami Alain Joxe souligne, à juste titre, que les Etats-Unis ont régulièrement perdu les guerres asymétriques qu’ils ont déclenchés depuis la fin de la Guerre froide, il n’en tire pourtant pas la conclusion ultime : ces défaites apparentes sont en réalité des victoires inestimables pour les stratèges du Pentagone, de Tel-Aviv, de Wall Street, de la City et de Bruxelles. D’un état de non guerre conventionnelle, les délices du monde VUCA nous embarquent dans celui d’une guerre asymétrique généralisée, permanente et nécessaire. 

Richard Labévière, 15 septembre 2015

mercredi, 13 septembre 2017

Olivier Hanne: «une très grande fragilité de tous les systèmes importés au Moyen-Orient»

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Olivier Hanne: «une très grande fragilité de tous les systèmes importés au Moyen-Orient»

Propos recueillis par Edouard Chanot
Ex: https://fr.sputniklnews.com

Le Moyen-Orient reste mystérieux pour les occidentaux. Olivier Hanne propose d’en comprendre les frontières physiques et mentales.

La frontière nous obsède, à l'heure de la mondialisation. Les partisans du nomadisme voudraient la voir, les voir disparaître, tandis que les sédentaires du XXIème siècle voudraient leur grand retour. Dans l'absolu, comprendre les frontières, c'est comprendre les fractures, et donc les particularismes. Comprendre comment elles sont définies, c'est comprendre ceux qui la définissent…

Justement cette approche pourrait nous aider à comprendre une région du monde qui nous a toujours paru mystérieuse. Mystérieuse et conflictuelle, aujourd'hui comme depuis des centaines d'années.

Direction donc le Moyen-Orient compliqué, avec notre invité du jour, Olivier Hanne, chercheur à l'Université d'Aix Marseille, islamologue. Il vient de publier 'Les seuils du Moyen-Orient, histoire des frontières et des territoires', aux éditions du rocher. Un ouvrage volumineux, de plus de 500 pages, qui comprend — heureusement, devrais-je dire — un cahier de cartes, sans doute indispensables. Une approche originale: Olivier Hanne dévoile une généalogie des frontières, une histoire frontalière. Il puise dans le temps long, du quatrième millénaire avant notre ère jusqu'à l'Etat islamique, les permanences de la région.

 

Extraits:

Frontières physiques et mentales

« [Il y a] d'abord des frontières de guerre, des frontières culturelles. Mais il y a des frontières mentales qui ont parfois autant d'importance, si ce n'est plus, que celles qu'on pourrait tracer sur une carte: la fameuse ville de Deir Ezzor dont on parle beaucoup, qui a été une capitale, une métropole de l'Etat islamique, a toujours joué un rôle, un rôle de seuil: de passage d'un Etat à un autre, de centre de monopolisation des enjeux politiques et militaires. Par exemple, durant l'époque médiévale, elle était un siège de villégiature califale, dans l'antiquité, un poste avancé de l'empire romain et en 1915, le terminus des convois d'Arméniens qu'on massacrait sur place. Les frontières mentales peuvent entraîner une mobilisation populaire autant si ce n'est plus qu'une invasion. »

Le mirage de l'unification musulmane

« Dès sa naissance l'islam est parcouru par des tendances centrifuges gigantesques. Finalement, on se rend compte que les provinces sont assez autonomes. Dès le Xè siècle, le calife abbasside ne contrôle que le sud de l'Irak actuel. Dans toute la zone nord, le Kurdistan, au moyen-âge, échappe au pouvoir des califes, ainsi que l'Egypte, qui malgré son islamisation et son arabisation précoces, a toujours su maintenir une autonomie culturelle et politique. Il est important d'avoir ça en tête: quand on aborde le Moyen-Orient, on a trop tendance à dire que dès lors que ce sont des populations musulmanes, elles ont une unité. Ce n'est pas vrai quand on regarde la construction des structures de pouvoir. (…) On a des pays, des empires, qui se comportent déjà en puissances, et n'ont pas forcément en tête uniquement l'aspect religieux. On a trop tendance à dire: l'Arabie Saoudite est wahhabite, sa géopolitique est wahhabite, l'Iran est chiite, sa géopolitique est chiite. Dès le XVIè siècle, toutes ces puissances jouent sur plusieurs cordes pour développer une stratégie qui leur est propre et n'est pas forcément que religieuse. »

Imposer un système culturel?

« La longue histoire nous apprend qu'il y a une très grande fragilité de tous les systèmes importés de l'extérieur. Même l'unification par la religion musulmane n'a pas réussi à dépasser 50 à 80 ans de pérennité, de stabilité des frontières. Dès le IXè siècle apparaissent les tendances centrifuges. Quel que soit le système que vous abordez, une géopolitique, une idéologie extérieure: l'hellénisme, la romanisation, le 'grand Moyen-Orient', la démocratie, vous n'avez que quelques dizaine d'années devant vous avant de voir les prémisses d'une fracture. C'est ce que nous avons vu avec l'idéal d'une société démocratique qui s'est manifesté en 2011. Mais peu à peu, les forces locales l'emportent et jouent leur propre partition. »

Revoir Sykes-Picot?

« Il est dangereux de dire l'Irak et la Syrie n'existent pas car les frontières ont été tracées de l'extérieur. N'imaginons pas redécouper ces pays. (…) Aujourd'hui vous avez des structures politiques qui existent. Toutefois, il faut prendre en compte les complexités des sociétés, irakienne, syrienne. Il faut conserver leurs frontières quitte à proposer différents degrés d'allégeance, tout en maintenant l'unité administrative. Le système fédéral est typiquement occidental, cela signifierait des référendums. Peut-être faut-il accepter cette complexité. »

Printemps arabe?

« On a confondu l'appel à la dignité, ou à l'humanité au sens de ‘je suis un homme digne de respect', cette conception orientale. Nous l'avons confondue avec l'appel à une démocratisation. L'avons-nous confondu parce qu'on la comprenait mal ou parce que cela nous arrangeait bien, c'est une autre question! »

​Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Israël face à l'Iran

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Israël face à l'Iran

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Nous avons indiqué dans un article du 07/09 « Libération de Deir Ezzor. Perspectives pour l'EI » 1) que les forces syriennes soutenues par l'Iran, le Hezbollah et l'aviation russe allaient prochainement être confrontées aux forces de la coalition arabo-kurdes (SDF) soutenues par l'armée américaine à l'est de la province syrienne de Deir Ezzor.

Ces deux coalitions combattent l'Etat islamique EI auquel elles ont infligés de nombreuses pertes, mais elle visent également à contrôler les réserves pétrolifères à l'est de Deir Ezzor, encore aux mains des combattants islamiques.

Depuis la coalition syrienne s'est efforcée d'occuper la route stratégique Deir Ezzor -Damas. Ceci signifie qu'elle n'est plus séparée de la SDF que par une bande large de 15km autour de l'Euphrate.

Les djihadistes tiennent toujours une partie de Deir Ezzor et de sa banlieue, ainsi que des poches de territoires près de Homs et de Hama à l'ouest. De là ils peuvent procéder à de petites contre-offensives. Plus préoccupant est le fait que la SDF n'a pas encore réussi à s'emparer entièrement de Raqqa, dont l'EI avait fait sa capitale. Elle aurait très certainement pu le faire en y concentrant toutes ses forces, plutôt que se disperser vers Deir Ezzor. Pourquoi ne pas l'avoir fait.

La responsabilité des Etats-Unis

La réponse paraît évidente. Les Etats-Unis ont apparemment renoncé à renverser Bashar al Assad ou à en éliminer les bases militaires russes, mais ils refusent toujours de laisser celui-ci dominer l'ensemble de la Syrie. Il faut se demander pourquoi ils continuent à mener une guerre qui pourrait paraître sans espoir à terme.

La raison en est qu'outre l'accès aux territoires pétrolifères, les Américains n'ont pas renoncé à une présence sur la frontière Iraco-Syrienne le long de l'Euphrate et plus au sud dans les régions est et sud-est de la Syrie. Or sur ces territoires, la Syrie pourrait établir un pont terrestre permettant de relier Damas à Téhéran via Bagdad en Syrie. Ce pont serait nécessairement un pont chiite dont la perspective fait très peur aux alliées musulmans sunnites de l'Amérique. Mais surtout ce sera un pont permettant d'augmenter considérablement l'influence de l'Iran au Moyen Orient. Celle-ci est en passe en effet de devenir une puissance régionale dominante. Comme jusqu'à ce jour, malgré quelques tensions, elle est restée l'alliée de la Russie, cette perspective signifierait un nouveau recul, peut-être définitif, de l'influence américaine. Washington fera donc beaucoup d'efforts pour combattre le renforcement de Téhéran.

Un autre facteur, plus important encore, joue. Pour les Kurdes alliés jusqu'à ce jour des Etats-Unis, et surtout pour Israël, une influence accrue de l'Iran, éventuellement capable de devenir une puissance nucléaire, est déjà considérée comme une menace considérable. Israël n'a pas beaucoup de moyens militaires, hors l'arme atomique, pour contrer une éventuelle offensive iranienne de grande ampleur. L'éventualité en parait aujourd'hui très improbable, mais Tel Aviv se fait fort afin de survivre de prévoir à long terme.

Aussi aux Etats-Unis le « lobby juif » dit Aipac exerce de fortes pressions pour que les Etats-Unis ne permettent pas la mise en place de ce pont chiite sous contrôle de l'Iran. Directement, Israël multiplie les pressions sur Washington pour qu'il ne cède rien au front syro-irako-iranien et qu'il le fasse savoir à Moscou.

Il est dommage qu'Israël n'adopte pas de positions diplomatiques plus subtiles que celles consistant à s'abriter exclusivement sous le parapluie militaire américain. Beaucoup de pays non-musulmans considèrent que sa survie face à la montée inexorable, ne fut-ce qu'en termes démographiques, de 300 millions de musulmans tentés par le djihad serait essentielle. C'est le cas des pays européens, de l'Inde et aussi, dans une large mesure, de la Russie. Ces divers pays seraient près à jouer de leur influence auprès de l'Iran pour qu'en aucun cas celle-ci n'essaye, comme un ayatollah l'avait dit il y a quelques années, de « rayer Israël » de la carte.

Mais des opérations militaires telles que le raid israélien, mené il y a quelques jours, contre les usines militaires syriennes à Masyaf, au prétexte que celles-ci continueraient à fabriquer des armes chimiques, ne paraissent pas une bonne façon de dialoguer avec Damas, Bagdad et surtout Moscou.

NB

Sur la question, non abordée dans cet article, concernant les relations complexes entre Kurdes, Américains, Syriens et Russes, on pourra lire un excellent article daté du12/09, signé par Adam Garrie dans The Duran
http://theduran.com/syria-turkey-and-the-kurds-a-devils-t...

1) Voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2680...

 

vendredi, 04 août 2017

Le mouvement des « Princes rouges » en Arabie saoudite (1958-1964)

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Le mouvement des « Princes rouges » en Arabie saoudite (1958-1964)

Par Mathilde Rouxel

Ex: http://www.lesclesdumoyenorient.com

Les « Princes rouges », aussi connus sous l’appellation des « Princes Libres » ou « Princes libéraux », ont conduit un mouvement politique s’opposant à la monarchie saoudienne. Celui-ci a été fondé par Talal Ben Abdulaziz al-Saoud, résultant des tensions qui opposaient à la gouvernance de l’Arabie saoudite le prince Fayçal et le roi Saoud. Il prônait l’instauration d’une monarchie parlementaire en Arabie saoudite, et a bénéficié du soutien de Nasser et des mouvements panarabes. Il a duré de 1958 à 1964.

Un État saoudien fragile et sujet à contestation

Le prince Talal Ben Abdelaziz est le vingt-troisième fils du fondateur de l’Arabie saoudite (1), Abdel Aziz. À la mort de son père en 1953, ses fils Saoud et Fayçal, respectivement les second et troisième fils du fondateur, se déchirent pour obtenir le pouvoir. En 1958, Saoud doit céder à l’ultimatum qui lui est imposé de transférer tous les pouvoirs exécutifs à Fayçal : sa participation à l’organisation d’une tentative d’assassinat du président égyptien Gamal Abdel Nasser en mars 1958 a été démasquée (2). En 1958, Fayçal prend la tête du royaume, et engage une politique d’austérité sévère, afin de redresser les finances publiques.

Ainsi que le présente Stéphane Marchand, « une étrange cohabitation s’installe : Saoud règne, Fayçal gouverne, mais le tandem ne fonctionne pas » (3). La lutte entre les deux fils du fondateur dure six ans, de 1958 à 1964, « six années pendant lesquelles la famille retombe dans des divisions d’antan, celles qui avaient causé au XIXe siècle la fin du premier puis du second État saoudien » (4) ; elle souligne ce que l’historien Georges Jawdat Dwailibi écrivait sur le royaume Saoudien, unifié par le roi Ibn Saoud en 1932, lorsqu’il le présentait comme « immense et dépourvu de toute structure administrative et politique » (5). Cette époque d’instabilité mène à l’émergence de voix contestataires au sein de la famille royale, principalement guidées par le prince Talal Ben Abdelaziz (6).

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Talal était, du temps de son père, ministre des Communications. De 1955 à 1957, il est nommé ambassadeur du roi Saoud en France et en Espagne, et rentre ensuite au royaume. Il commence dès lors à promouvoir des notions politiques plus démocratiques, inspirées de son expérience en Occident (7). Entouré par d’autres princes du royaume, surnommés en raison de leurs opinions politiques proches des idéaux socialistes les « princes rouges » (al-umara’al-ahrar) ou « princes libres », Talal Ben Abdelaziz formule à partir de la fin des années 1950 une nouvelle conception de la société saoudienne. Il expose dès 1958 l’idée d’un « Conseil National », que les Princes Libres tentent immédiatement de promouvoir auprès de la population (8). Le mouvement des princes rouge bénéficie du soutien de quelques un de ses frères, ainsi que d’un certain nombre de princes venus d’autres branches de la famille Saoud. Il a également de son côté Abdallah al-Tariqi, qui négociait déjà du temps du roi Abdallah avec les investisseurs américains pour la compagnie pétrolière Aramco. Cette position stratégique lui permit d’élargir son influence politique (9).

Les volontés de réforme du prince Talal Ben Abdelaziz bénéficient d’une audience certaine parmi les classes moyennes. Aux premiers temps du royaume, cette dernière est en effet relativement libérale – mais elle est très peu étendue. Manquant d’une base populaire assez imposante pour être véritablement influente, les idées du mouvement des Princes Libres ne parviennent pas à marquer en profondeur la société saoudienne.

Des « Princes rouges » au gouvernement

Le mouvement bénéficie toutefois des dissensions familiales qui occupent alors la tête du pays. Écarté en 1958 mais déterminé à regagner son pouvoir, Saoud travaille ses soutiens. Il joue sur l’impopularité de Fayçal, dont les réformes d’austérité économique pèsent lourdement sur la population, et finance avec ses fonds personnels un nouveau projet politique. En décembre 1960, Saoud forme un nouveau Conseil des ministres et exclut Fayçal. Il se proclame Premier ministre et nomme Talal Ben Abdelaziz au ministère des Finances, avec pour objectif de faire obstacle aux planifications de Fayçal (10).

Durant son mandat en tant que ministre des Finances, Talal crée un Commissariat au Plan et des tribunaux administratifs, réclame la nationalisation de larges pans de l’économie, sur l’idée, qu’il défendra ouvertement lors de son exil au Caire, que le socialisme est le principe fondamental de l’Islam (11). Dans les coulisses du pouvoir, Talal Ben Abdelaziz bénéfice de soutiens : Tariqi, surnommé le « Cheikh rouge », était alors en charge des exploitations de pétrole, et bénéficiait également de l’alliance de ses frères, le prince Badr Ben Abdelaziz et le prince Nawwaf Ben Abelaziz, également au gouvernement (12). Ce dernier déclare d’ailleurs en mai 1960 à la presse égyptienne que « l’écriture de la première constitution de l’État saoudien » était en cours, et que le seul problème auquel les partisans de ces réformes libérales se confrontaient désormais était « comment accomplir cette mission » (13).

Talal Ben Abdelaziz profite en effet des tensions qui tiraillent la tête de l’exécutif pour suggérer des réformes et propose à ce moment-là l’adoption d’une Constitution prévoyant un Parlement, qui serait élu aux deux tiers par le peuple. Cette contestation antimonarchique est encouragée de loin par l’Égypte nassérienne : elle entre en effet dans le programme panarabe prôné par le leader égyptien. Talal se rend pourtant rapidement compte que les volontés réformatrices de Saoud sont limitées (14).

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Talal s’emploie durant la majeure partie de l’année 1961 à la création d’institutions laïques en Arabie saoudite. Il s’attache également à réduire le chômage en créant de l’emploi dans le secteur public. Le 24 décembre 1961, Radio Mecque annonce que la proposition de constitution rédigée par Talal est soumise au roi. Cette proposition est rejetée, sur le conseil des oulémas auquel fait appel Saoud. Toutefois, cette fin d’année 1961 marque pour Saoud une perte considérable d’influence et de soutiens au sein de la famille royale, qui se tourne vers Fayçal. Saoud devient de plus en plus dépendant des mouvements influencés par le nassérisme représentés dans son Cabinet (15). Pour l’historien Vijay Prashad, les Princes Libres étaient alors en bonne position pour renverser la monarchie au profit d’un gouvernement idéologiquement à gauche, et « pour faire ce que les Officiers libres firent [en Égypte] », sans toutefois user de l’attirail militaire (16). Cependant, la majorité des princes s’oppose à ces réformes, Saoud allant jusqu’à qualifier Talal de « crypto-communiste » selon l’anthropologue Pascal Menoret (17).

Celui qui fut baptisé « prince rouge » est démis de ses fonctions. En 1962, il est contraint de s’exiler et quitte le royaume accompagné de son groupe, pour rejoindre d’abord Beyrouth, puis Le Caire, où il est accueilli par Nasser. C’est à ce moment-là, en 1962 au Caire, qu’est officiellement créé le « Mouvement des Princes libres » (18), en référence au mouvement égyptien des Officiers libres. Il partage par la suite son temps entre Le Caire et Beyrouth, et épouse Mouna as-Solh, la fille du Premier ministre nationaliste libanais (et fondateur de la Ligue arabe), Riad as-Solh (19).

Des réformes « rouges » qui dépassent la seule échelle saoudienne

Les partis de gauche, communistes ou favorables au projet nassérien, se multiplient à cette époque dans les monarchies du Golfe. Selon l’historien Vijay Prashad, l’Arabie saoudite finançait depuis les années 1950 la résistance de la monarchie yéménite contre le Sud Yémen républicain, soutenu par Nasser, et celle du gouvernement omanais contre le Front Populaire (20). Comme le souligne par la suite l’auteur, l’Arabie saoudite montrait un soin scrupuleux à affaiblir, jusqu’à leur possible disparition, les mouvements de gauche actifs dans la péninsule (21). Dans ce contexte, Talal Ben Abdelaziz, malgré son ascendance royale, apparaît comme un ennemi du royaume : il se présente ouvertement du côté de Gamal Abdel Nasser, qu’il félicite lors des tests de missiles longue-portées, à la veille de la guerre qui, en 1962 au Nord du Yémen, allait opposer militairement l’Arabie saoudite et l’Égypte (22).

Celui-ci continue de mener sa campagne depuis le Liban et l’Égypte. Il se mobilise notamment pour l’abolition de l’esclavage, et montre l’exemple en libérant les trente-huit esclaves qui étaient à son service (23). Ses déclarations connaissent un véritable retentissement, ce qui pousse Fayçal, de retour dans les affaires du royaume à partir de 1961, à révoquer le passeport du prince rouge (24). Néanmoins, le coup d’État des républicains soutenus par Le Caire au Yémen en 1962, bien qu’il asseoit le pouvoir de Fayçal à la tête du royaume et exclut définitivement Saoud des affaires d’État (25), renforce parmi les contestataires l’influence des Princes Libres et leur projet de réforme démocratique du pouvoir saoudien. Les appels au soulèvement des Saoudiens contre le système monarchique « réactionnaire » et « corrompu » se multiplient sur les radios syriennes, égyptiennes ou yéménites à partir de septembre 1962 (26). Toutefois, l’appel de Radio Yémen, contrôlée par le pouvoir égyptien, à l’assassinat de la famille Saoud – et parmi eux des Princes Libres – provoque le retour de Talal et de son groupe en Arabie saoudite dès 1963 (27). Talal Ben Adbelaziz annonce publiquement s’être trompé en soutenant les nasséristes, et lui et son groupe son graciés par Fayçal, qui a d’ailleurs décidé de reprendre à son compte certaines idées réformatrices de Talal pour assurer son règne et contenter son peuple.

Après un bref retour à Beyrouth au début de l’année 1964, le mouvement des Princes Libres s’éteint – et avec lui disparaissent tous les mouvements de contestation du pouvoir monarchique en Arabie saoudite. Depuis l’opposition du prince Talal en effet, la famille royale n’a plus connu de désaccord public (28). Comme l’analyse Pascal Menoret, « les contestations des années 1950 et 1960 sont donc résorbées par la mise en œuvre d’une double politique, à la fois répressive et redistributrice » (29), ce qu’il explique par « la plasticité des institutions saoudiennes, et de la volonté constante, parmi les dirigeants, d’intégrer et de surmonter les contradictions » (30).

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Les idées de réformes n’ont toutefois pas disparu. En 2013, Talal Ben Abdelaziz appelait à réformer les institutions saoudiennes, et à donner aux femmes du pays davantage de droits (31), notamment le droit de conduire. Son combat principal d’un point de vue politique est toujours de réformer le mode de gouvernement, et d’instaurer des élections parlementaires. Il dirige aujourd’hui le Programme de Développement du Golfe Arabe (Arab Gulf Programme for Development, AGFUND), qui promeut l’accès à l’éducation et à la santé dans les pays en développement.

Lire sur Les clés du Moyen-Orient :

- Le premier Etat saoudien (1745-1818)

- Le deuxième Etat saoudien, première partie : l’occupation égyptienne dans le Nedjd (1818-1840)

- Le deuxième Etat saoudien, deuxième partie : des conditions de sa naissance à sa disparition (1843-1865)

- Ibn Saoud et la naissance du royaume d’Arabie saoudite – première partie

- Ibn Saoud et la naissance du royaume d’Arabie saoudite – deuxième partie

- Ibn Sa’oud

- Fayçal d’Arabie saoudite

- L’Arabie saoudite sous les règnes de Saoud et de Fayçal ben Abdelaziz al-Saoud (1953-1975)

- L’Arabie Saoudite sous les rois Khaled et Fadh (1975-2005)

- Roi Abdallah Ibn Abdel Aziz Âl Saoud (1924-2015). L’homme et son siècle

Notes :
(1) Kai Bird, Crossing Mandelbaum Gate : Coming of Age Between the Arabs and Israelis, 1956-1978, New York, Scribner, 2010, p.122.
(2) Simon Henderson, « Saudi Succession - a Desert Legacy », The Cutting Edge, 14 septembre 2009, disponible en ligne, consulté le 17 juin 2017. URL : http://www.thecuttingedgenews.com/index.php?article=11590
(3) Stéphane Marchand, L’Arabie saoudite, la menace, Paris, Fayard, 2003, p.187.
(4) Ibid.
(5) Georges Jawdat Dwailibi, La Rivalité entre le clergé religieux et la famille royale au royaume d’Arabie saoudite, Paris, ÉPU, 2006, p.25.
(6) David Rigoulet-Roze, Géopolitique de l’Arabie saoudite, Paris, Arman Colin, 2005, p.284.
(7) Kai Bird, op. cit., p.122.
(8) Vijay Prashad, The Darker Nations. A Biography of the Short-Lived Third World, Dehli, LeftWord, 2007, p.275.
(9) Kai Bird, op.cit., p.125.
(10) Vijay Prashad, op. cit., p.275.
(11) Pascal Menoret, L’Énigme saoudienne. Les Saoudiens et le monde, 1744-2003, Paris, La Découverte, 2003, p.106.
(12) Sabri Sharad, The House of Saud in Commerce : A Study of Royal Entrepreneurship in Saudi Arabia, Delhi, I.S. Publications, 2001, p.137.
(13) Vijay Prashad, op. cit., p.275.
(14) Simon Henderson, op. cit.
(15) Mordechai Abir, Saudi Arabia : Government, Society and the Gulf Crisis, Londres, Routledge, 1993, p.42.
(16) Vijay Prashad, op. cit., p.276.
(17) Pascal Menoret, op. cit., p.115-116.
(18) Mordechai Abir, op. cit., p.42.
(19) Vijay Prashad, op. cit., p.275.
(20) Ibid.
(21) Voir le texte de Vijay Prashad : “They were scrupulous in the extrication of the Left from the peninsula”, op. cit.
(22) Voir sur ce sujet : Ainhoa Tapia, « Guerre civile au Yémen du Nord (1962-1970), Les clés du Moyen-Orient, 05/06/2012, disponible en ligne, consulté le 17 juin 2017. URL : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Guerre-civile-au-Yeme...
(23) Stéphane Marchand, op. cit., p.190.
(24) Ibid.
(25) Simon Henderson, op. cit.
(26) Mordechai Abir, op. cit., p.44.
(27) Kai Bird, p.126.
(28) Stéphane Marchand, op. cit. p.190.
(29) Pascal Menoret, op. cit. p.209.
(30) Ibid.
(31) AFP, “Saudi ‘Red Prince’ still demanding reform at age 82”, France 24, 10 juillet 2013, disponible en ligne, consulté le 12 juin 2017. URL : http://www.france24.com/en/20130110-saudi-red-prince-stil...

mercredi, 07 juin 2017

Un pequeño gigante: el peso de Catar en el juego geopolítico

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Un pequeño gigante: el peso de Catar en el juego geopolítico

El cisma diplomático entre Catar y sus vecinos ha puesto al descubierto las profundas diferencias existentes entre las monarquías del golfo Pérsico. No obstante, Catar es hoy el mayor productor de gas natural licuado del mundo, cuenta con uno de los mayores índices de PIB per cápita y acoge la mayor base militar estadounidense en Oriente Próximo.

 
El conflicto entre Doha y otras naciones vecinas se desató después de que la agencia de noticias catarí QNA difundiera unas declaraciones atribuidas al emir de Catar, en las que se mostraba a favor de normalizar las relaciones con Irán, país chií, y el mayor contrincante de Arabia Saudí en la región.

En este contexto, el peso geopolítico de Catar es difícil de subestimar. Con una población de cerca de 2 millones de personas —de las cuales solo 270.000 tiene la nacionalidad catarí—, el pequeño emirato cuenta con uno de los mayores índices de PIB per cápita del mundo, superando a países como Suiza, Singapur o EEUU.

Catar acoge además la base aérea estadounidense de Al Udeid, ubicada a tan solo 32 kilómetros al suroeste de Doha, la capital del emirato. Esta base es también la sede del Comando Central de las Fuerzas Aéreas de los Estados Unidos (AFCENT) y del Grupo Expedicionario 83 de la Fuerza Aérea de Reino Unido, que cubren y supervisan las operaciones de ambos países en todo Oriente Próximo.

En términos económicos, el pequeño emirato destaca por ser el mayor productor y exportador de gas natural licuado (GNL) del mundo. Según las últimas estimaciones del Grupo Internacional de Importadores de GNL, Doha es responsable de cerca del 30% de la producción global y tiene a países como Japón, Corea del Sur, India, China o Reino Unido entre sus principales clientes.

La japonesa JERA Co. —la mayor importadora de GNL a nivel mundial— informó de que había recibido una notificación de la productora Qatargas en la que se aseguraba que las fricciones diplomáticas con sus vecinos no tendrán impacto alguno en los suministros de gas.

En abril de 2017, Catar suspendió el desarrollo del que iba a ser el campo de extracción de gas natural más grande del mundo, en previsión de un aumento de la competencia en el futuro. El mercado del gas natural está pasando por un período de grandes transformaciones provocadas por el incremento de la oferta, sobre todo la proveniente de EEUU y Australia, donde se ha desarrollado toda una industria de extracción mediante la fracturación hidráulica —'fracking', en inglés—.

Para diversificar los ingresos del país y gestionar el superávit generado por la extracción de hidrocarburos, el emir de Catar, Tamim bin Hamad Thani, fundó en 2005 Qatar Investment Authority (QIA), que con el tiempo se convirtió en uno de los mayores fondos soberanos de inversión del mundo. Sus activos suman un valor estimado de 335.000 millones de dólares.

El abanico de inversiones de QIA por todo el mundo es bastante amplio, con participaciones significativas en gigantes que van desde Volkswagen, Rosneft, Barclays, Credit Suisse y Deutsche Bank hasta Valentino Fashion Group y Tiffany, entre otros. Además, posee el 100% del actual campeón de la liga francesa, el club de fútbol París Saint-Germain, algo que ha convertido a esta entidad en la más rica de Francia y una de las más ricas del mundo.

De hecho, a finales de 2010, Catar fue elegido como país anfitrión del campeonato mundial de fútbol de 2022. Entre sus rivales para acoger el certamen se encontraban naciones como Australia, EEUU, Corea del Sur y Japón. Desde entonces, el pequeño emirato ha invertido unos 200.000 millones de dólares en mejorar sus infraestructuras.

Otro de los recursos con los que cuenta el país es la emisora Al Jazeera, que llega a más de 270 millones de hogares y es la mayor cadena de noticias del mundo árabe. Además, la compañía de transporte aéreo Qatar Airways, con una flota de más de 100 aviones y con rutas a un centenar de destinos, ha sido considerada la segunda mejor aerolínea de 2016 en los premios Skytrax World Airline.

La caída de precios de los hidrocarburos y de sus bonos soberanos tras la ruptura con sus vecinos seguramente provocará que el país tenga que gastar más a la hora de financiarse, algo que podría ralentizar la ejecución de diversos proyectos.

Dado que los diferentes Estados del golfo Pérsico dependen básicamente de las exportaciones de petróleo y gas, apenas tienen relaciones comerciales o de inversión entre sí. Por lo tanto, las disputas difícilmente tengan un gran impacto para Doha. Emiratos Árabes Unidos es el mayor socio comercial de Catar en la región, pero solo el quinto más importante a nivel global.

Comentario: Recomendamos leer:

Pourquoi la rupture entre le Qatar et l'Arabie saoudite?

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Pourquoi la rupture entre le Qatar et l'Arabie saoudite?

par Jean-Paul Baquiast
Ex: http://www.europesolidaire.eu
 
Plutôt que de rupture, certains parleront de début de rupture. Mais cet événement, publiquement annoncé le 5 juin, est si surprenant qu'il mérite quelques tentatives d'éclaircissement.
 
Jusqu'ici l'Emirat du Qatar et le Royaume saoudien paraissaient partager suffisamment d'intérêts pour faire cause commune dans les évènements qui continuent à bouleverser le Moyen-Orient. Certes leurs intérêts n'excluaient pas rivalités et divergences, mais dans l'ensemble ils avaient présenté un front uni.

Néanmoins, le 5 juin, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont rompu leurs relations avec l'émirat, l'accusant de déstabiliser la région et de soutenir le « terrorisme ». Bahreïn, ainsi que l'Egypte, très dépendante des financements saoudiens, ont suivi. Le Qatar a également été exclu de la coalition militaire arabe qui intervient depuis deux ans au Yémen, sous commandement saoudien. Proches de Riyad, le gouvernement yéménite en exil de Abd Rabbo Mansour Hadi et celui de l'est de la Libye, basé à Baïda, ont pris la même position.

C'est la plus grave crise frappant le Conseil de coopération du Golfe (CCG : Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar), depuis sa création en 1981. La raison de cette brouille sont des déclarations attribuées par l'agence de presse qatarie, QNA, à Tamim Ben Hamad Al-Thani, émir du Qatar depuis 2013, qualifiant l'Iran de « puissance islamique régionale qui ne peut pas être ignorée », et conférant le statut de « mouvements de résistance légitimes » au Hamas, ainsi qu'au Hezbollah.

Ces propos ont été considérés par Riyad comme une trahison alors que quelques jours auparavant, au sommet rassemblant une cinquantaine de pays arabes, Donald Trump avait annoncé renoncer à toute ouverture à l'égard de l'Iran, tenant même des propos paraissant inciter les pays arabes à des actions militaires contre ce dernier. L'Arabie saoudite qui considère par ailleurs le Hezbollah et le Hamas comme des organisations terroristes, a toujours vu avec hostilité la proximité du Qatar avec eux.

Il est certain que le Qatar héberge des représentants du Hamas, comme Khaled Mechaal, ex-chef de son bureau politique. De même, il s'est toujours comporté en soutien financier et diplomatique des Frères musulmans. Ce qui demeure de la confrérie entretient des liens multiples avec des mouvements terroristes désormais considérés, notamment en Égypte, comme multipliant les agressions contre les forces du régime d'Al Sissi.

L'Arabie saoudite et les Emirats redoutent par ailleurs l'influence des islamistes actifs au Qatar sur leur opinion publique et celles des pays occidentaux. Ceci d'autant plus que Doha, très riche capitale du Qatar, a accepté de communiquer avec les talibans afghans, ainsi qu'avec les djihadistes syriens du Front Al-Nosra.

Le Qatar a rejeté les déclarations prêtées à son émir, affirmant qu'elles avaient été fabriquées de toutes pièces, à la suite du piratage de son agence de presse. Mais sans effets. Les accusations les plus variées ont été proférées, qualifiant le Qatar d'agent de l'Iran, de pyromane, de traitre aux deux visages. On a prétendu que Doha soutiendrait les milices houthistes pro-iraniennes au Yémen ou bien les mouvements de protestations chiites dans la province orientale d'Arabie saoudite.

Il est certain que le Qatar éprouve des inquiétudes au regard des campagnes anti-iraniennes encouragées par Rihad et par Donald Trump. La principauté partage en effet avec l'Iran le gisement gazier offshore le plus grand au monde, le South Pars / North Dome, situé à cheval entre les eaux territoriales de l'Iran et du Qatar. Elles partagent aussi les revenus considérables en découlant. Doha ne peut pas se permettre de couper les ponts avec Téhéran.

A l'inverse, confrontée à la rentrée de Téhéran dans le jeu international, la monarchie saoudienne s'effraie de la concurrence en résultant pour elle. De plus, comme Abou Dhabi, elle n'apprécie pas que le Qatar , en concurrence avec Dubaï, au sein des EAU, développe une politique de bonnes relations tapageuses avec l'Occident, et notamment l'Europe et la France faite d'investissements dans le sport, la culture et le divertissement, dont le Mondial 2022, organisé à Doha, doit être le produit phare.

Par ailleurs, le pouvoir saoudien supporte mal l'audience prises dans le monde entier par les médias pro-Qatar, notamment Al-Jazeera. Celle-ci est désormais interdite en Arabie saoudite et aux Emirats.

Unis dans le soutien au terrorisme islamique

Jusqu'où ira la rupture entre Arabie saoudite et Qatar? Moins loin sans doute qu'il ne semble. Les deux pays sont très proches sur deux points. Ils sont tous deux pénétrés par la version la plus extrême de l'Islam, un sunnisme très pénétré de salafisme. Par ailleurs, ouvertement ou plus discrètement, ils n'ont cessé de financer des mouvements et des groupes armés en guerre contre les Etats chiites, le plus éminent étant l'Iran, contre la Russie qui soutient ces derniers et finalement contre l'Occident. Ce sont ces groupes qui ont mené depuis des mois des campagnes d'attentats terroristes dans le monde. Pour les spécialistes de l'anti-terrorisme, il n'est pas possible d'ignorer que l'Arabie et le Qatar ont toujours encouragé, de façon ouverte ou occulte, les mouvements arabes les plus violents.

Ainsi l'Arabie malgré les accusations de terrorisme qu'elle profère à l'égard du Qatar, ne peut faire oublier qu'elle assure, bien plus que que ce dernier, notamment dans les villes européennes, la création de mosquées salafistes peuplées d'imams prêchant la guerre sainte à l'encontre de la « civilisation occidentale ». Il s'agit de lieux où se recrutent dorénavant les candidats aux attentats terroristes comme ceux dont le Royaume uni vient d'être la victime.

Teresa May à Londres vient d'affirmer qu'il serait temps de renoncer à la complaisance vis-à-vis de l'islamisme encouragé par le communautarisme présent en Grande Bretagne. Mais on n'imagine pas que ce pays, comme d'ailleurs les autres Etats européens, renoncent aux pétro-dollars déversés tant par Rihad que par Doha. L'Arabie saoudite et le Qatar resteront donc longtemps unis de facto dans le soutien à l'islamisme et la haine à l'encontre de tout ce qui n'est pas le sunnisme salafiste. Ils continueront aussi à recevoir avec le même faste des chefs d'Etat européens empressés d'obtenir des contrats majestueux. La France ne fait pas exception.

Note.

Les interdictions de survol notifiés à Qatar Airways devraient en principe handicaper les finances de cette Compagnie. Air France ne s'en plaindra pas, ayant souffert depuis quelques années de la conception curieuse de la concurrence qu'imposait ladite Qatar Airways...Il est vrai face à des gouvernements européens qui n'osaient pas réagir.
Pour ceux-ci aujourd'hui, le bon réflexe serait de laisser sans intervenir l'Arabie et le Qatar se battre entre eux. Plus ils se feront de mal, mieux les Européens s'en porteront.

jeudi, 25 mai 2017

Donald d'Arabie: dégoûtant spectacle

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Donald d'Arabie: dégoûtant spectacle

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu 

Dégoûtant. C'est ainsi que Justin Raimondo, combattant américain inlassable contre le système imposé par la Maison Blanche, le département de la Défense et Wall Street, qualifie la visite de Trump au roi Salman d'Arabie saoudite.
 
Pour plus de détails, voir http://original.antiwar.com/justin/2017/05/21/donald-of-a...

Philippe Grasset reprend le propos dans un article également écœuré http://www.dedefensa.org/article/telerealite-pour-vomir . « Voir Trump se pavaner au milieu de la richissime pourriture du cloaque saoudien, avec ses deux ravissantes (Melania et Ivanka) célébrant la façon dont les femmes sont traités dans le royaume ; la facture du déplacement ($350 milliards de quincaillerie militaire) immédiatement signée, sinon payée ; puis la visite en Israël, avec le gros Donald devant le Mur des Lamentations ; tout cela, enfin, entrecoupé par un discours incroyablement haineux à l'encontre de l'Iran bien dans l'esprit trumpiste (encore des promesses de tension pour un conflit que l'esprit du temps avec sa tumeur maligne en guise d'esprit attend avec tant d'impatience), ce discours assorti de l'exaltation d'une coalition antiterroriste des pays musulmans notoirement soutiens financiers et logistiques  du terrorisme.. ».

Ajoutons pour notre part, à l'attention de ceux pour qui le séjour de Trump à Jérusalem, puis auprès de Mahmoud Abbas à Bethléem, pourrait permettre de faire avancer la question palestinienne sans compromettre les intérêts vitaux d'Israël, qu'ils sont dans l'erreur la plus complète. Derrière le discours convenu selon lequel l'Amérique continuera à défendre la création de deux Etats, il n'a proposé aucune solution nouvelle concernant notamment les questions de la coexistence pacifique entre Palestiniens et Israéliens, ou celle, désormais insoluble, de la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie.

Dans le même temps, ses attaques renouvelées contre l'Iran qu'il ne cesse d'accuser de financer le terrorisme, et ses menaces permanentes de guerre contre Téhéran, ne peuvent qu'encourager l'Arabie Saoudite et les pétromonarchies à financer le terrorisme sunnite et la guerre meurtrière au Yémen, provoquant des milliers de morts et une famine touchant désormais des centaines de milliers de personnes.

Comme toujours à la fin d'articles de ce genre, nous ne pouvons que déplorer l'absence totale de la diplomatie des pays européens, face à des propos américains qui nécessairement encourageront le terrorisme frappant l'Europe, à l'exemple de l'attentat du 22 mai à Manchester.

Réélection de Hassan Rohani en Iran

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Réélection de Hassan Rohani en Iran

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu 

Cette réélection est une bonne nouvelle pour tous ceux qui, en Iran, jeunes et femmes notamment, cherchent à se dégager du carcan de la République Islamique traditionnelle.
 
Elle sera également considérée comme une bonne nouvelle en Europe par tous ceux qui, gouvernements, hommes d'affaires et citoyens, souhaitant pouvoir se comporter avec la société et le gouvernement iraniens comme ils le font avec d'autres pays, Russie et Chine notamment, qui ne partagent pas nécessairement toutes les valeurs et intérêts européens, mais qui sont généralement aujourd'hui considérés par les Européens comme des partenaires stratégiques essentiels. Il en sera désormais de même, souhaitons-le, pour l'Iran.

Mais la réélection de Rohani sera considérée comme une mauvaise nouvelle par Donald Trump. Parmi les erreurs politiques de celui-ci, dont l'accumulation entraineront sans doute sa perte, figure le fait que, dès sa campagne électorale, il avait déclaré qu'il considérait l'Iran comme une ennemie des Etats-Unis. Il n'a pas changé de point de vue. Certains militaires américains évoquent ainsi périodiquement, avec son approbation, la possibilité de bombarder des sites industriels iraniens.

Sans doute Trump a-t-il cédé en cela aux pressions de l'AIPAC, dit lobby juif américain, qui relaie sans nuances les craintes d'Israël à l'égard de Téhéran. Il a cédé aussi  aux pressions de certains intérêts américains, pétroliers notamment, qui craignent de plus en plus la concurrence d'une Iran dégagée des « sanctions » précédemment imposées par Washington.

Lors de son entrevue du 20 mai avec le roi Salman d'Arabie saoudite et un grand nombre de représentants de pétromonarchies et pays arabes sunnites, Donald Trump a confirmé, à la vive satisfaction de ses hôtes, sa volonté de considérer l'Iran comme une ennemi. Ce faisant, il n'a pas craint les réactions hostiles de la Russie et de Damas pour qui l'Iran de Rohani est et demeurera un allié essentiel dans la mise en place d'un axe chiite capable de lutter avec efficacement contre le terrorisme islamique, principalement d'origine sunnite.

Espérons qu'en ce qui concerne le nouveau président français, celui-ci renoncera aux fantasmes de guerre avec Téhéran entretenus par son prédécesseur. Il est temps pour la France, comme l'Allemagne l'a fait depuis longtemps, de traiter l'Iran de Hassan Rohani en partenaire de première grandeur. Certes l'Iran demeurera une société islamique rigoureuse dans laquelle les Français, pour l'essentiel laïcs et féministes, ne souhaitent pas, sauf exception, vivre durablement. Mais ce ne devrait pas être une raison pour la traiter, comme le fait Donald Trump, d'ennemie fondamentale.

Note. Sur les futures relations de l'Iran et de la Russie, voir http://theduran.com/putin-welcomes-rouhani-re-election/

 

lundi, 15 mai 2017

War with Iran Seems Likely as Trump Cosies Up with Saudi Arabia

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War with Iran Seems Likely as Trump Cosies Up with Saudi Arabia
 
 
Many people view Donald Trump as the most dangerous man on the planet, but next week he flies to Saudi Arabia for a three-day visit during which he will meet a man who surely runs him a close second as a source of instability. This is deputy crown prince Mohammed bin Salman, 31 – the de facto ruler of Saudi Arabia since his father King Salman, 81, is incapacitated by old age – who has won a reputation for impulsiveness, aggression and poor judgement in the two-and-half years he has held power. Early on he escalated the Saudi role in Syria, thereby helping to precipitate Russian military intervention, and initiated a war in Yemen that is still going on and has reduced 17 million people to the brink of famine. Combine his failings with those of Trump, a man equally careless or ignorant about the consequence of his actions, and you have an explosive mixture threatening the most volatile region on earth.

Prince Mohammed, who is also defence minister, is not a man who learns from his mistakes or even notices that he has made them. Less than a year after his father became king in January 2015, the BND German intelligence agency issued a warning that Saudi Arabia had adopted “an impulsive policy of intervention” abroad and blamed this on the deputy crown prince whom it portrayed as a naïve political gambler. The degree of alarm within the BND about his impact on the region must have been high for them to release such a document which was swiftly withdrawn at the insistence of the German foreign ministry, but its predictions have been fulfilled disastrously in the following eighteen months.

The deputy crown prince is turning out to be not only a gambler, but one who recklessly raises his stakes when in trouble. Proof of this came in an extraordinary but under-reported interview he gave earlier this month, broadcast on al-Arabiya TV and Saudi TV, in which he threatens military intervention in Iran. “We will not wait until the battle is in Saudi Arabia, but we will work so the battle is there in Iran,” he says. Speaking in highly sectarian terms, he claims that the Iranian Shia leaders are planning to seize Mecca and to establish their rule over all the 1.6 billion Muslims in the world. He believes that “their logic is based on the notion that Imam Mahdi will come and they must prepare the fertile environment for his arrival and they must control the Muslim world.” His diatribe is as anti-Shia as it is anti-Iranian and likely to provoke fears among Shia in Iraq, Lebanon, Pakistan and Saudi Arabia itself, where Shia make up a tenth of the population, that they will be the victims of an anti-Shia crusade.

It is absurd to imagine that the four or five Shia countries have the ambition or the ability to take over the fifty or more that are Sunni, though Sunni fundamentalists accuse tiny Shia minorities in countries like Egypt, Tunisia and Indonesia of plotting to do so. Prince Mohammed appears to give credence to the theory of a grand anti-Sunni conspiracy orchestrated by Iran, saying that, since the Iranian revolution in 1979, Iran has been trying to “control Muslims in the Islamic world and spread the Twelver Jaafari [Shia] sect in the Islamic world so Imam Mahdi comes.”

There is more at play here than Prince Mohammed whipping up religious and nationalist feelings in Saudi Arabia to secure his own power base and fend off his rivals within the royal family. None of his foreign ventures have so far achieved their aims: in Syria in the spring of 2015 Saudi Arabia gave support to the so-called Army of Conquest, consisting primarily of the al-Qaeda affiliate the al-Nusra Front and its then ally Ahrar al-Sham. This won a series of victories against pro-Assad forces in Idlib province but their success led to Russian military intervention later the same year that was a turning point in the war. Saudi influence was marginalised, something that he blames on “former American President Barack Obama [who] wasted many significant opportunities he could have seized to achieve great change in Syria.” In practice, Saudi Arabia was hoping for US military intervention to enforce regime change in Syria along the lines of Iraq in 2003 or Libya in 2011. Obama was privately critical of Saudi actions and the tradition of the Washington foreign policy establishment of giving automatic support to Saudi Arabia and its allies.

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Nevertheless, in Yemen Mr Obama gave backing until the last days of his presidency to the Saudi-led bombing campaign which has been devastating the country since March 2015 but has so far failed to win the war for the Saudis’ local allies. It has brought terrible suffering to the Yemeni population of 27 million, of whom the UN estimates that 17 million are “food insecure” including 3.3 million pregnant and breast-feeding mothers and children, some 462,000 under the age of five, who are “acutely malnourished” or, in other words, starving. Saudi-backed forces are poised to attack the Red Sea port of Hodeida, through which come 80 per cent of Yemen’s imports which make up most of its food supplies. If the port is closed then Yemenis will face the worst man-made famine since Mao Tse-Tung’s Great Leap Forward. Prince Mohammed says the war is all but won, though, mysteriously, in finishing off the other side, “thousands of our troops can fall victims. There will be funerals in all Saudi cities.”

Trump has already ordered greater US support for the Saudi war effort in Yemen, but the deputy crown prince will be primarily bidding for US backing for his confrontation with Iran. Words are already turning into action with reports of the US and Saudi Arabia being at one in planning to stir up an anti-government insurgency among minorities in Iran such as the Baluchis in the south east, something that has been done before but with limited impact.

Saudi leaders were overjoyed by the election of Trump whom they see as sympathetic to them and the Gulf leaders whom he will meet after he arrives in Saudi Arabia on 19 May, before going on to Israel. It is a chilling tribute to the authoritarian instincts of Trump that his first foreign visit as President should be to the last arbitrary monarchies left on earth and to a state where women are not even allowed to drive. On the question of confronting Iran, he is unlikely to be restrained by his Defence Secretary, James Mattis, and his National Security Adviser, HR McMaster, both former generals scarred by America’s war in Iraq, where they see Iran as the main enemy.

The White House is doubtless conscious that the one-time Trump has won universal plaudits in the US was when he fired missiles in Syria and dropped a big bomb in Afghanistan. Trump and Prince Mohammed may be very different in some respects, but both know that fighting foreign foes and waving the flag shores up crumbling support at home.

(Reprinted from The Independent by permission of author or representative)

lundi, 06 mars 2017

Saudi Arabia and the US are Spreading Anti-Iranian Hysteria for a Reason

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Viktor Mikhin
 
Saudi Arabia and the US are Spreading Anti-Iranian Hysteria for a Reason

Ex: http://journal-neo.org 

Not a day goes by without Washington voicing new threats against Iran. Apparently, while not having enough power to “punish” Russia, Europe or Israel, the new administration decided to go after Iran by making a boogeyman out of it. It’s been noted that the tensions between the US and Iran have been purposefully mounted. Moreover, the initiator and the driving force behind this recent crisis, as political observers unanimously agree, is the United States.

For example, Republican senators have already announced their plans to pass a bill that will introduce new sanctions against Iran, while accusing it of violating a number of UN Security Council resolutions by launching ballistic missiles and allegedly attempting to seek the destabilization of the Middle East. This was stated by Senator Lindsey Graham, a member of the Armed Services Committee, at the Munich Security Conference. The Senator added that he was convinced that it was time for the Congress to examine Iran’s steps outside of its nuclear program, while taking tough measures for Tehran’s steps that did not go in tune with Washington’s policies. The West is also going to introduce sanctions against those individuals that are assisting Iran in developing ballistic missiles, and those who are engaged in the sectors of the Iranian economy that directly or indirectly support this area.

Last month, the Pentagon announced that the US military forces in the Persian Gulf were brought “to the highest state of readiness”, while explaining this step by the deteriorating relations with Iran. This was yet another anti-Iranian step made by the Trump administration. A few days before that, the United States expanded sanctions against Tehran, adding 13 individuals and 12 companies to their blacklist. It went so far that Washington has declared Iran a terrorist state without any explanation provided. At the same time, the state of Saudi Arabia, where women are often stoned in the streets women and convicts being publicly beheaded, which funds a wide range of terrorist organizations hasn’t been labeled as a terrorist state.

Interestingly enough, many experts believe that Washington in the pursuit of its anti-Iranian policies would seek ways to strike a deal with Russia, by using the deployment of its missile defence systems in Europe as a bargain chip. It may also try to propose its recognition of Russia’s interests in the Caucasus, Ukraine and the Balkans in exchange for Moscow’s non-interference in the future conflict with Iran. As for Beijing it’s going to be promised cheap oil imports and the opportunity to invest in the future pro-Western Iran’s economy in exchange for its non-intervention in a hypothetical war with Iran.

At the same time Washington is seeking ways to draw Saudi Arabia in its anti-Iranian plans, since it has always been Tehran’s main competitor in the region. This won’t be a hard task since Saudi Arabia is always willing to oppose Iran whenever it’s possible. Should Iran be taken down, Saudi Arabia will have the option of levering influence in the oil markets along with the situation in Syria. Saudi Arabia has also been undermining Iran’s interests in Yemen, where the so-called coalition, led by Saudi Arabia destroys villages and cities, while killing elder, women and children. Saudi Arabia would strongly prefer that Iran ceases to exist as an independent state. It’s clear that such fascist policies must be condemned by the world.

From this perspective, the Saudis follow the principle invented by Goebbels – the greater the lie, the more loudly you support it, hoping the international community will believe anything. For example, none other than the Minister for Foreign Affairs of Saudi Arabia, Adel al-Jubeir accused Iran of organizing the illegal supply of the opposition forces in Yemen and the financial support of international terrorism. We are facing here with the state support of terrorism, the high-profile Iranian diplomat said, noting that Iran is the only country in the region where ISIS hasn’t committed terrorist acts. But one must ask why the Saudi Arabia, that is being accused by of betraying the interests of Islam, for some reason, hasn’t witnessed any terrorist attacks in its territory. While it’s considerably harder to organize those in Iran than in Saudi Arabia. As of now Riyadh is financing and supplying with weapons all sorts of terrorist organizations. But sooner or later, those terrorist will come to Saudi soil and then Riyadh will have little to no time for questions.

Adel al-Jubeir has also recently urged Tehran to change its behavior and principles, pointing out that otherwise, it will be difficult for other states to deal with such a country. The top Saudi dimplomat is convinced that we can not ignore the fact that their constitution calls for the export of revolution , adding that Iran violates the principle of noninterference in the affairs of other states and refuses to comply with international law. In other words, Saudi is trying to dictate to other countries how to run their own affairs.. Apparently, after accumulating an enormous wealth, which no longer exists today, some politicians cannot think straight.

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As for Iran it is conducting peaceful policies and tries to establish good relations with its neighbors in the Gulf region. It is in this light that the recent visit of Iran’s President Hassan Rouhani to Oman and Kuwait can be regarded. It is a key objective for the Iranian president was to restore diplomatic relations with Kuwait and monarchies of the region, including Saudi Arabia. A number of the Persian Gulf monarchies have withdrawn their ambassadors from Tehran last January, after an angry mob assaulted the Saudi Embassy in Tehran. The riots that led to this assault were cause by the execution of a well-known Shia cleric in Saudi Arabia.

If we take into account that Kuwait is like the north of the Persian Gulf and Oman – in the south, it becomes clear that Iranians tries to outmaneuver Saudi Arabia diplomatically. In addition, Qatar, though an Arab country, but its leaders have always been competing with its powerful neighbor. In addition, moreover Qatar and Saudi Arabia have territorial disputes.

In addition, the northern neighbor of Saudi Arabia- Syria has been bled dry by its furious opposition to terrorists and radical gangsters that have been infiltrating its territory for years. Any terrorist organization, which is not today, then tomorrow will be pushed out from the Syrian territory, may, and probably will land in the Saudi territory.

At the same time, Tehran has been clearly showing that any attempts to intimidate it will not bring any desired results to the aggressors. According to Iran’s foreign minister Mohammad Javad Zarif, the positive results can only be achieved through dialogue and mutual respect. M. Zarif said on behalf of his government that his country is not seeking the possession of nuclear weapons, since it doesn’t increase the security of a state.

Tehran, finding itself in such a difficult position, has been trying to establish strategic relations with Russia, which is being perceived in Iran as the guarantor of peace and tranquility in the region. In this connection it may be recalled, that along with Iran, Russia and Turkey are the guarantor of the truce in Syria, where the armed struggle has been raging for six years. Should peace be finally achieved in Syria, it will result in the greater stability of the Middle Eastern region.

Viktor Mikhin, a member of the Russian Academy of Natural Sciences, exclusively for the online magazine “New Eastern Outlook.

http://journal-neo.org/2017/03/05/saudi-arabia-and-the-us...

jeudi, 09 février 2017

Shahin Nejad – 'Making Iran Great Again'

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Shahin Nejad – 'Making Iran Great Again'

Following the failure of the reformist Green Movement in 2009, Iranians, especially those living in exile, have increasingly adopted the pre-Islamic identity of the Persian Empire as the basis for a cultural revolution that could bring about lasting social and political changes. Known as the Iranian Renaissance, this right-wing nationalist movement is extremely critical of Islam’s colonial misappropriation of Iran’s glorious Indo-European or Aryan heritage in the arts, sciences, and spirituality. The Iranian Renaissance is an organic, grassroots movement knit together by ideals drawn from the Gathas of Zarathustra, the precepts of great statesmen such as Cyrus and Anushiruwan, and the ethos of Ferdowsi’s Shahnameh. With its vision of the reconstitution of Greater Iran, the Iranian Renaissance may be the contemporary cultural movement with the most revolutionary geopolitical significance for the future of the Middle East, the Caucasus, and Central Asia. Its triumph could also open the possibility of a deeply rooted and enduring alliance between Iran’s future regime and nationalist movements in Europe and North America.  Shahin Nejad is a lecturer in history and the author of several books including ‘Decline after the Summit’ covering the collapse of Sassanid Iran after the 7th century Arab-Muslim invasion, and ‘The Political Philosophy of an Aryan Imperium’ which looks at the possibility of reviving ancient Persian concepts of sovereignty and statehood within Iran and internationally to create an alliance of nationalisms, (a nationalist International), international nationalism –  the only internationalism after all that makes any sense.

http://persianrenaissance.org/about-i...

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vendredi, 06 janvier 2017

L’eau sale dans les «guerres propres» occidentales Par Maxime Chaix

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L’eau sale dans les «guerres propres» occidentales

L’instrumentalisation de l’eau dans les conflits armés est une tactique plurimillénaire. Selon le géographe Philippe Boulanger, dès l’Antiquité, « le détournement des eaux [est] recommandé par le stratège chinois Sun Tse dans L’Art de la guerre (Ve siècle av. J.-C.), ou par le stratège romain Frontin dans Les stratagèmes (Ier siècle apr. J.-C.) ». D’après l’historien Jean-Nicolas Corvisier, il existe dans la Grèce antique « une certaine conscience de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas durant les conflits (…) : ne pas utiliser des armes interdites ; ne pas empoisonner les eaux ; ne pas priver d’eau une Cité (…) Toutefois, si ces pratiques sont réprouvées, elles sont loin d’être inconnues. Certaines ont même fini par se banaliser avec le temps. (…) En revanche, l’interdit sur l’empoisonnement des eaux est beaucoup plus respecté ». 2 500 ans plus tard, et malgré le développement du Droit international humanitaire depuis un siècle et demi, le recours à des tactiques illégales qui transforment l’eau en arme est une constante dans les guerres occidentales, qu’elles soient ouvertes (Irak, Kosovo, Libye…) ou clandestines (Yémen, Syrie…).

En septembre 2016, le Huffington Post rapporta qu’une « une station de pompage fournissant de l’eau aux quartiers d’Alep-Est tenus par les rebelles [avait] été détruite par des bombardements », ajoutant que les adversaires de Bachar el-Assad avaient « répondu en fermant une station approvisionnant le reste de la ville, laissant deux millions de personnes sans accès à l’eau potable. » Un an auparavant, dans un texte cosigné par cinq parlementaires français, le député syrien Boutros Merjaneh et le journaliste franco-libanais Nader Allouche dénoncèrent le fait que « les groupes armés à Alep, qui ont pris possession de la station de pompage et d’épuration de l’eau, [avaient] décidé de couper l’accès à [cette ressource vitale], dont ils [privaient] intentionnellement la population d’Alep, qui compte encore 2,5 millions d’habitants. » Rappelant les « relations privilégiées de la France avec les belligérants et leurs parrains » du Golfe, ils incitèrent en vain les autorités françaises à s’opposer à cette manœuvre des milices anti-Assad.

Depuis la fin décembre, le même processus d’instrumentalisation militaire de l’eau est à l’œuvre dans la région de Damas, chaque camp se renvoyant la responsabilité de cette situation tragique qui affecte près de 5 millions de civils. Comme l’a rapporté le site israélien YNetNews.com, en se basant sur des informations de Reuters, « la source d’Aïn el-Fijé, qui fournit 65 % des réserves d’eau de Damas, a été bloquée par les rebelles ; ces derniers auraient également contaminé l’eau avec du carburant », tandis que les opposants à Bachar el-Assad accusent l’armée syrienne d’avoir bombardé la station de pompage de cette ville. Durant ce conflit, les milices rebelles autant que les forces loyalistes ont utilisé l’eau potable pour déstabiliser l’ennemi, ce qui a durement touché la population. Sachant que l’État français et ses alliés soutiennent l’opposition anti-Assad, ils se sont abstenus de protester lorsque la rébellion a empêché des millions de personnes d’accéder à l’eau potable, tout en dénonçant les crimes de l’armée syrienne et de ses soutiens. À l’aune de l’Histoire récente, cette complaisance occidentale face à de telles méthodes n’est pas surprenante, puisque les systèmes nationaux de distribution d’eau ont été systématiquement visés durant les « guerres propres » des puissances de l’OTAN (Golfe, Yougoslavie, Afghanistan, Libye), et dans les « guerres inavouables » où elles sont clandestinement impliquées (Yémen, Syrie).

Yougoslavie, Afghanistan : des guerres « propres » et « humanitaires » ?

Lancée en 1999, la guerre du Kosovo est la première application moderne du concept de « guerre humanitaire », autrement qualifiée d’« intervention d’humanité ». Or, comme l’a souligné l’universitaire Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – qui est pourtant un défenseur de la doctrine de « Responsabilité de Protéger » (R2P) appliquée en Libye –, « la campagne aérienne de l’OTAN au Kosovo a été une catastrophe humanitaire. Elle constitue encore aujourd’hui l’un des cas les plus exemplaires de violation du principe de proportionnalité. La majorité des purges a eu lieu après le début des bombardements, et on a des raisons de croire qu’ils les ont accélérées. Lord Carrington lui-même, ancien ministre des Affaires étrangères britannique, Secrétaire général de l’OTAN et président de la Conférence Européenne sur la Yougoslavie, pense que ce sont les bombardements qui ont causé le nettoyage ethnique. » Moins connues de l’opinion publique, d’autres conséquences négatives de cette intervention militaire sont à déplorer, et elles discréditent la notion orwellienne de « guerre propre » popularisée en 1991, durant l’opération Tempête du désert.

En janvier 2001, un rapport de l’Assemblé parlementaire du Conseil de l’Europe dénonça l’impact écologique de cette campagne de l’OTAN en Serbie et au Kosovo. D’après ce document, « entre le 24 mars et le 5 juin 1999, 78 sites industriels et 42 installations énergétiques en Yougoslavie ont été endommagés par les bombardements et les frappes de missiles [, ce qui a] entraîné une grave contamination de l’air, de l’eau et du sol par des substances dangereuses. » Cet impact environnemental ne s’est pas limité à la Yougoslavie, « qui possède des nappes phréatiques d’importance européenne ; leur contamination peut avoir des incidences négatives à de grandes distances du territoire yougoslave. La situation est d’autant plus grave que les capacités d’auto-épuration des eaux souterraines sont nettement inférieures à celles des cours d’eau », selon les auteurs de ce rapport – qui soulignèrent également l’impact nocif des munitions à l’uranium appauvri. En outre, la destruction des infrastructures fournissant l’électricité ou l’eau potable – telles que les stations d’épuration –, ont massivement affecté les civils, ces frappes visant à encourager un rejet populaire de Slobodan Milosevic, alors Président de la République fédérale de Yougoslavie. Titrant que ces opérations réduisaient les Serbes à des « hommes des cavernes », le New York Times rapporta qu’« après deux mois de bombardements, qui commencèrent le 24 mars [1999], une OTAN désireuse de paralyser l’effort de guerre serbe s’[attaqua] intensivement au réseau électrique de ce pays, et les réserves d’eau dépendant des pompes électriques en [souffrirent] considérablement. Les bombes hautement explosives [causèrent] des dommages permanents à ces deux systèmes. »

Deux ans plus tard, à la suite du 11-Septembre, « Tony Blair et Georges W. Bush [appelèrent] de leurs vœux la formation d’une coalition militaro-humanitaire avant d’attaquer l’Afghanistan ». Les opérations furent lancées quelques semaines après ces attentats. À l’époque, les infrastructures garantissant l’accès à l’eau potable dans ce pays furent également visées par les avions de la coalition occidentale, qui frappèrent notamment les réseaux et les installations électriques permettant aux civils d’extraire l’eau de leur sol. Durant cet automne 2001, le peuple afghan venait de subir trois années consécutives de sécheresse. De ce fait, le cabinet de recherches énergétiques Frost & Sullivan souligna que ces frappes de l’OTAN suscitaient « de vives préoccupations en termes de santé publique et d’hygiène, puisque les villes [et les villages afghans avaient] besoin d’électricité pour pomper l’eau ». Ce pays entrait alors dans sa troisième décennie de guerre ininterrompue, ce qui avait délabré le système national d’assainissement des eaux et d’irrigation. S’ils n’en sont pas à l’origine, les bombardements occidentaux en Afghanistan ont aggravé une situation déjà critique, alors que ce pays traversait une crise de l’eau qui a persisté jusqu’à présent.

Comme s’en est récemment alarmé le médecin humanitaire Teck Young Wee, « partout sur cette planète, les enfants devraient pouvoir accéder à l’eau [potable]. Mais dans un Afghanistan “démocratique”, qui est soutenu par la communauté internationale et qui est le pays “le plus frappé par des drones”, Zuhair n’est qu’une personne parmi les 73 % de citoyens afghans qui n’ont pas accès à de l’eau potable et propre. Quelque chose me contrariait alors : puisque l’État afghan et les gouvernements alliés ne semblent pas vraiment préoccupés par la résolution des causes premières de cette crise de l’eau, de celle de l’environnement et de bien d’autres [fléaux], que pouvions-nous faire, [mon ONG] et moi-même ? » Ainsi, malgré les dizaines de milliards de dollars investis par la communauté internationale dans la reconstruction de ce pays – dont une part substantielle a été détournée à des fins de corruption –, l’accès à l’eau potable reste un problème majeur pour les trois quarts des Afghans.

Sur le long terme, les tactiques ciblant les infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau peuvent avoir des conséquences désastreuses sur les populations (maladies infectieuses, pandémies, cancers, pénuries…). Or, considérant le manque d’études épidémiologiques sur cette question, il est impossible de mesurer l’impact de ces politiques, qui échappent souvent à l’attention médiatique. Il est donc difficile de sensibiliser l’opinion sur ces méthodes mortifères et illégales. En effet, selon l’article 54 du Protocole I additionnel aux Conventions de Genève de 1949, de tels actes constituent des crimes de guerre. Dans certains cas, ils peuvent même être considérés comme des tactiques génocidaires s’ils engendrent la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle », en vertu de l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, qui fut adopté par les Nations-Unies en 1948. Puisqu’elles ont induit le recours prémédité à des tactiques de privation d’eau potable ayant gravement affecté plusieurs millions de civils, nous allons expliquer dans quelle mesure les guerres du Golfe, de Libye et du Yémen pourraient entrer dans ce dernier cas de figure.

En Irak, l’eau est une « arme de destruction massive » depuis 1991

Au début de l’année 1991, les États-Unis, la France et leurs alliés lancèrent en Irak ce qui était présenté par CNN et d’autres médias occidentaux comme une « guerre propre », mais qui s’est avérée bien plus sale qu’on ne la décrivait. À l’époque, les images des puits de pétrole en feu ont marqué l’opinion, et l’on se rappelle donc qu’en janvier 1991, « Saddam Hussein [ordonna] la destruction des sites d’exploitation pétrolière dans le but de créer une pollution marine, le dysfonctionnement des usines de traitement de l’eau salée et des obstacles à un possible débarquement de la coalition. Les forces irakiennes [mirent] le feu à 60 puits de pétrole le 21 janvier, puis jusqu’à 613 (sur 732 dynamités) à la fin de février, produisant une catastrophe écologique équivalant à 12 fois (…) le désastre de l’Exxon Valdez en Alaska en 1989 [, selon le Pentagone] ». Peu évoqué dans les médias grand public – contrairement à ces sabotages de l’armée irakienne –, un fait historique encore plus dérangeant échappe à la mémoire collective, et discrédite totalement cette notion de « guerre propre ».

En effet, selon l’expert britannique Nafeez Ahmed, « des chiffres de l’ONU jamais remis en question démontrent qu’environ 1,7 million de civils irakiens sont morts à cause [du] régime de sanctions (…) imposé par l’Occident [à la fin de la guerre du Golfe], dont près de la moitié étaient des enfants. Il semblerait que cette abondance de morts ait été intentionnelle. Parmi les biens interdits par les sanctions de l’ONU, l’on peut recenser des produits chimiques et des équipements essentiels au fonctionnement du système national de traitement des eaux de l’Irak. Un document secret de l’Agence de Renseignement militaire du Pentagone (DIA) (…) a été découvert par le Professeur Thomas Nagy, qui enseigne à l’École de Commerce de l’Université George Washington. Selon lui, ce document constitue “un plan de génocide contre le peuple irakien”. » Toujours selon Nafeez Ahmed, « dans son article scientifique (…), le Professeur Nagy expliqua que ce document de la DIA révélait, dans “les moindres détails, une méthode parfaitement opérationnelle pour ‘délabrer complètement le système de traitement des eaux’ d’une nation entière” pendant une décennie. Par conséquent, la politique de sanctions créerait “les conditions favorables à une vaste propagation de maladies, dont des épidémies de grande ampleur (…) liquidant ainsi une vaste portion du peuple irakien”. »

D’autres sources confirment cette politique génocidaire et son caractère intentionnel, dont la lettre adressée en mai 2000 par le parlementaire américain Tony Hall à la secrétaire d’État Madeleine Albright. Comme s’en alarmait alors ce représentant au Congrès, « je partage les inquiétudes de l’UNICEF face à la détérioration permanente des systèmes d’assainissement et d’approvisionnement de l’eau sur la santé des enfants [irakiens]. Première cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans, les maladies diarrhéiques ont dorénavant atteint des proportions épidémiques, et elles touchent quatre fois plus de personnes qu’en 1990. Les restrictions frappant les contrats dans le secteur de l’eau et de l’assainissement sont la première raison de la hausse des maladies et des décès. Sur les 18 contrats concernés, 17 interdictions ont été imposées par le gouvernement des États-Unis. (…) [Madame Albright,] je vous implore de reconsidérer votre décision [d’interdire ces contrats], car les maladies et les décès sont la conséquence inévitable de ne pouvoir ni consommer de l’eau potable, ni s’assurer une hygiène minimale. »

Quatre ans plus tôt, en mai 1996, une journaliste de l’émission télévisée 60 Minutes rappela à la secrétaire d’État Madeleine Albright que cette politique de sanctions imposée par les puissances occidentales avait tué « un demi-million » d’enfants irakiens en 5 ans, selon des estimations de l’UNICEF. Visiblement choquée par ces chiffres, elle lui demanda si cela « en valait la peine ». Sans hésiter, la secrétaire d’État lui répondit par l’affirmative, ce qu’elle regrettera des années plus tard, mais sans démentir ce lourd bilan. En d’autres termes, Madeleine Albright reconnut puis confirma la responsabilité centrale du gouvernement des États-Unis dans ce qui constitue un génocide au regard du Droit pénal international. Depuis ces aveux, aucun dirigeant occidental n’a été inquiété pour ce crime de grande ampleur, et l’Irak continue de s’enfoncer dans le chaos depuis l’invasion illégale de cette nation en 2003. À l’époque, selon le New Yorker, les soldats américains « découvrirent un pays brisé par les sanctions. Les centrales électriques vacillaient, les canaux d’irrigation étaient bouchés, les ponts et les routes tombaient en ruine ; dans leur majorité, les infrastructures semblaient avoir été improvisées. Le gouvernement des États-Unis dépensa ensuite des milliards de dollars pour les reconstruire. »

Malgré les sommes colossales investies dans la reconstruction de ce pays, les conditions de vie de la majorité des Irakiens restent catastrophiques, notamment en termes d’accès à l’eau potable. Selon le dernier rapport annuel du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) relatif à l’Irak – qui a été publié un an avant l’offensive de Mossoul –, « les besoins humanitaires [dans ce pays] sont énormes, et ils sont en croissance permanente. L’accès aux services de santé essentiels représente un besoin immédiat pour 8,5 millions de personnes. À travers le pays, 6,6 millions de personnes ont un besoin urgent d’accéder à l’eau, à des installations sanitaires et à de l’aide en termes d’hygiène. (…) Les systèmes de distribution hydrique et d’assainissement des eaux usées sont délabrés, ce qui amplifie le risque de crises majeures de santé publique. » Depuis lors, selon les dernières estimations de l’OCHA, les conditions de vie de la population se sont encore dégradées, ce qui n’a pas empêché l’Irak de redevenir un producteur et un exportateur majeur de pétrole. « Mission accomplished ».

En Libye, quand la « guerre humanitaire » assoiffe la population

En 2011, vingt ans après le lancement de l’opération Tempête du désert, l’OTAN est intervenue en Libye au nom de la « Responsabilité de Protéger ». Quatre ans plus tard, pour citer à nouveau Nafeez Ahmed, « de nombreux commentateurs parlent de la crise de l’eau qui s’aggrave à travers [ce pays], sachant que les besoins dépassent la production. Certains ont souligné le contexte environnemental de raréfaction de l’eau due aux changements climatiques. Or, ils ont ignoré le fait que [la Grande Rivière Artificielle (GRA),] le complexe système national d’irrigation patiemment construit et développé depuis des décennies afin de régler ce problème, fut délibérément ciblé et dégradé par l’OTAN. (…) En septembre [2011], (…) l’UNICEF rapporta que la destruction partielle de la GRA avait laissé 4 millions de Libyens sans eau potable. [En 2016,] la GRA est toujours en mauvais état, et la crise de l’eau en Libye continue de s’aggraver. »

Ces dernières années, d’autres experts ont confirmé une probable intensification de cette crise. Les raisons qu’ils invoquent pour l’expliquer sont principalement d’ordre naturel, telles que la rareté de l’eau dans cette région désertique. Or, les frappes de l’OTAN ont fortement détérioré le système national de distribution de l’eau en Libye, tout en retardant le développement de la GRA. En 2016, si l’on se base sur les estimations de l’OCHA, « environ 680 000 personnes [dans ce pays nécessitaient] une aide humanitaire pour satisfaire leurs besoins basiques en consommation d’eau et en hygiène (…) Par ailleurs, le traitement des eaux usées [était] de plus en plus préoccupant, en particulier pour les demandeurs d’asile et les migrants. » Selon le spécialiste des questions environnementales Kieran Cooke, le système de la GRA « pourrait s’effondrer si le chaos en Libye perdure – aboutissant à une pénurie chronique d’eau potable qui affecterait des millions de personnes ».

Comme l’avait rapporté Bloomberg.com en mai 2015, les problèmes d’accès à l’eau en Libye sont également dus aux coupures d’électricité engendrées par le délabrement du système électrique national et les affrontements continuels entre milices rivales. La campagne de l’OTAN ayant engendré ce chaos sécuritaire et la destruction partielle des infrastructures libyennes, elle fut donc un facteur central d’aggravation de cette crise de l’eau qui menace l’avenir de ce pays. De toute évidence, le recours à cette tactique fut intentionnel, puisque les frappes contre ces équipements ne constituèrent en aucun cas des bavures, mais des attaques planifiées et assumées par l’état-major de l’OTAN. Au Yémen, des méthodes similaires de destruction intentionnelle des infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau sont employées par la « coalition arabe ». Bien qu’étant central, le rôle des États occidentaux dans ces opérations n’est toutefois pas assumé, sachant que cette guerre ne peut être justifiée par les motifs humanitaires attrayants qui ont légitimé l’intervention en Libye.

Au Yémen, un désastre humanitaire aggravé par les puissances de l’OTAN

Avant le conflit qui oppose depuis mars 2015 la coalition dirigée par l’Arabie saoudite aux rebelles houthis, le Yémen était déjà répertorié parmi les nations devant affronter les pénuries d’eau les plus graves. D’après certains experts, les nappes phréatiques de ce pays pourraient d’ailleurs être épuisées dès cette année. Dans un tel contexte, la guerre de la « coalition arabe » contre les Houthis a exacerbé une crise humanitaire qui préexistait, avec l’appui décisif mais confidentiel d’au moins trois États occidentaux. En effet, comme l’a souligné Régis Soubrouillard en avril 2015, le Pentagone, la Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE aident l’armée saoudienne à planifier ses bombardements et à sélectionner ses cibles, notamment au moyen de renseignements satellitaires. En mai 2016, dans Le Figaro, le grand reporter George Malbrunot confirma l’implication clandestine de militaires français dans cette guerre, un haut gradé anonyme lui ayant affirmé que la France était « très discrètement cobelligérante », fournissant des « dossiers d’objectifs » ou effectuant des « missions de reconnaissance (…) non seulement par satellite, mais aussi avec des avions ». L’engagement direct des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans ce conflit est mieux couvert par la presse anglo-saxonne, et il ne se limite pas à des ventes d’armements. En effet, des officiers militaires de ces deux pays aident notamment leurs alliés locaux à planifier leurs opérations. La « coalition arabe » est donc une expression qui masque, intentionnellement ou non, le rôle majeur des gouvernements américain, français et britannique dans cette offensive aux conséquences humanitaires désastreuses – notamment en termes d’accès à l’eau potable.

Comme l’a rapporté Amnesty International en février dernier, « j’ai été témoin de ce que les Yéménites endurent – voir des corps tirés des décombres à Sanaa ou des restes humains parmi les gravats jonchant le site d’une station d’épuration visée par une frappe aérienne à Hajja ». En janvier 2016, l’UNICEF expliquait que « les enfants représentent au moins la moitié des 2,3 millions de personnes déplacées de leur foyer, et au moins la moitié des 19 millions de personnes qui s’efforcent chaque jour de trouver de l’eau potable ; (…) Les services publics de santé, d’eau et d’assainissement ont été décimés et ne peuvent pas répondre aux besoins toujours croissants d’une population désespérée. » Ainsi, des millions de civils yéménites subissent les conséquences des bombardements massifs d’infrastructures civiles par la « coalition arabe ». Ces opérations aggravent le manque chronique d’eau potable, ce qui favorise l’émergence ou la propagation d’épidémies de maladies diarrhéiques et de choléra. En d’autres termes, les dirigeants occidentaux ayant décidé d’appuyer secrètement cette offensive sont juridiquement coresponsables de l’aggravation d’un désastre humanitaire dans la nation la plus pauvre du Moyen-Orient. En effet, ces opérations limitent considérablement l’accès à l’eau potable dans un pays qui connaissait déjà des difficultés structurelles dans ce domaine, sans parler des pénuries de nourriture suscitée par les bombardementsd’infrastructures agroalimentaires et le blocus imposé par la « coalition arabe ».

Dans les « guerres propres », des millions de malades et d’assoiffés 

Dans les pays de l’OTAN, la guerre au Yémen passe au second plan. En revanche, l’indignation politico-médiatique s’est massivement concentrée sur Alep-Est, ce qui est paradoxal puisque la reprise de ces quartiers par les forces syriennes et leurs alliés représente une défaite militaire majeure pour al-Qaïda. À Mossoul, le même objectif est recherché par la coalition dirigée par les États-Unis, mais l’offensive contre Daech « a longuement piétiné » et les civils paient un lourd tribut dans cette opération, qui pourrait encore durer plusieurs mois. Dans ce contexte orwellien – où les jihadistes sont décrits comme « modérés » ou « extrémistes » en dépit de leur idéologie commune –, les opinions occidentales s’indignent des exactions de Bachar el-Assad et de ses soutiens, mais n’ont majoritairement pas conscience de l’implication de leurs gouvernements respectifs dans ce qui pourrait constituer des crimes de guerre, voire de génocide, au Yémen et dans les autres conflits étudiés à travers cet article.

Secrètement engagées dans des guerres inavouables au Levant et dans la Péninsule arabique, les puissances de l’OTAN y ont soutenu une coalition arabe et des mercenaires salafistes notoirement insensibles aux Conventions de Genève et aux droits de l’Homme. Entre autres actes de barbarie, ces forces sunnites ont empêché des millions de personnes d’accéder à l’eau potable. Plus globalement, depuis 1991, les États occidentaux ont affirmé conduire des « guerres propres » en Irak, en Yougoslavie, en Afghanistan et en Libye. Or, durant ces opérations, les infrastructures fournissant l’eau à la population ont été massivement et intentionnellement dégradées, engendrant des crises humanitaires ayant affecté des millions de civils. Et comme nous l’avons souligné, les pénuries d’eau courante ne sont que l’un des innombrables fardeaux imposés aux peuples « libérés » par ces offensives. De ce fait, et malgré les risques majeurs induits par sa présidence, il est plutôt rassurant que Donald Trump rejette les politiques de « changement de régime », qui sont hors de contrôle depuis le 11-Septembre, et qui ont provoqué la plupart des catastrophes humanitaires décrites dans cet article. Néanmoins, au vu de son hostilité ouverte à l’égard de la Chine, des ex-généraux bellicistes qui domineront son équipe de sécurité nationale, et de sa volonté de durcir la guerre contre Daech en assouplissant les règles d’engagement au détriment des civils, tempérons notre optimisme et gardons à l’esprit que les promesses n’engagent que celles et ceux qui les reçoivent.

PAR MAXIME CHAIX 

Journaliste indépendant, traducteur de Peter Dale Scott, être humain engagé.

Source: https://blogs.mediapart.fr/maxime-chaix/blog/050117/l-eau...

mercredi, 04 janvier 2017

La France et l’Arabie saoudite ou le mariage forcé vers l’Eurabia ou l’Eurislamisme?

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La France et l’Arabie saoudite ou le mariage forcé vers l’Eurabia ou l’Eurislamisme?

Michel Lhomme, philosophe, politologue 

Ex: http://metamag.fr 

nos-tres-chers-emirs-dr-208x320.jpgLa voracité des hommes politiques français est sans pareil. Il faut avoir lu pour s’en convaincre Nos très chers Emirs (1) des journalistes d’investigation Christian Chesnot et Georges Malbrunot mais on avait aussi raconté en son temps comment François Mitterrand n’avait jamais de porte-monnaie ou de portefeuille sur lui et comment il avait aussi l’habitude de se faire toujours inviter dans les maisons de campagne ou de vacances de ses courtisans.

La France n’a plus de sang bleu

Ses élites sont celles de l’égalitarisme des concours passés par le filtre du milieu enseignant, l’un des plus radins de France. Alors, quand ils pensent aux Pays du Golfe à l’Arabie Saoudite ou à Dubaï, nos hommes politiques et nos technocrates de cabinet n’en peuvent plus, rêvent de luxe et de yachts, de voyages d’avion en première classe. En somme, ils rêvent d’improbables trésors au paradis musulman.

Or, les temps changent en Arabie saoudite et certains vont même jusqu’à dire qu’il en sera bientôt fini du luxe et de la volupté à la fin de la décennie. Les Saoudiens traverseraient la plus grave crise économique de leur très courte histoire. Depuis le début de la crise pétrolière, qu’ils ont en grande partie provoquée en inondant le marché de leurs barils, ils demeurent incapables de juguler les effets néfastes de la chute des cours du pétrole, nonobstant les mesures d’austérité drastiques qu’ils ont décrétées et qui touchent, pour la première fois, les salaires des fonctionnaires et les budgets alloués au tiers secteur. En octobre dernier, le ministre saoudien des Finances a même avoué publiquement que le pays risquait de se retrouver, dans trois ans, dans une situation de cessation de paiement. Du coup, Riyad a accepté de faire récemment des concessions – auxquelles il n’aurait jamais consenti en temps normal – avec ses partenaires de l’Opep pour stopper la dégringolade.

Cette analyse, là encore le Quai d’Orsay ne la lit pas. Elle est pourtant confirmée par Saad Faqih, porte-parole du mouvement saoudien d’opposition basé à Londres. Il affirme que l’Arabie Saoudite «court inexorablement vers la banqueroute», ce qui prélude selon lui à la chute de la monarchie wahhabite qu’il espère forcément proche. Ce prince saoudien compare d’ailleurs la situation que traverse aujourd’hui la Monarchie saoudienne avec l’intermède qui a précédé la chute du Chah d’Iran, en 1979. Une bonne piqûre de rappel car c’est justement après l’événement de la «révolution islamique» de l’Ayatollah Khomeiny que l’Occident a commencé effectivement à miser exclusivement sur l’Arabie Saoudite pour s’assurer d’une stabilité d’approvisionnement en hydrocarbures. Le porte-parole du mouvement saoudien d’opposition va sans doute trop loin en concluant que la crise saoudienne est aujourd’hui telle que le parrain américain ne pourrait plus empêcher l’effondrement du régime wahhabite « qui peut survenir aussi rapidement ».

Une telle crise aurait effectivement de quoi inquiéter car elle entraînerait forcément une révolution religieuse pour le gardien des lieux saints de l’Islam, une crise profonde de l’Islam dont il est difficile de mesurer les conséquences en raison  des volontés géopolitiques de leadership de l’Islam mondial par l’Indonésie, le plus grand pays musulman au monde (12,7 % ). Les groupes religieux qui risqueraient de succéder alors à la monarchie en place s’accapareraient en tout cas de l’immense arsenal militaire saoudien sachant que Ryad consacre chaque année, des budgets faramineux pour l’achat d’armes, en particulier à la France et à la Grande-Bretagne (avec la dernière signature cette année d’un contrat d’armement à hauteur de 1,7 milliard de dollars avec le gouvernement britannique).

L’Arabie saoudite en difficultés économiques est aussi la grande perdante d’Alep dont elle assurait en grande partie le financement et l’encadrement des organisations terroristes dites  »rebelles ». Elle bombarde actuellement sans état d’âme et sans aucune pitié le Yémen voisin y commettant des crimes de guerre en séries qu’uns fois de plus, nos journalistes humanitaires aux œillères orientées ne voient pas. La lutte saoudienne contre les houthis, un mouvement politico-religieux dirigé par des chiites zaydites, n’est en fait qu’un des épisodes de la guerre en cours contre les Chiites, les ennemis jurés des Saoudiens car comme en Syrie, c’est bien l’Iran, l’ennemi numéro un d’Israël que cherche aussi à viser l’Arabie saoudite au Yémen en s’en prenant aux rebelles du royaume zaydite. Les rebelles Houthis s’étaient beaucoup rapprochés ces derniers temps du modèle combattant du Hezbollah, filleul politique et militaire de l’Iran au Liban mais aussi le grand vainqueur de la bataille d’Alep. De fait, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a proclamé récemment que la cause houthie était la sienne, autorisant même les médias houthis à s’installer dans la banlieue sud de Beyrouth. Les slogans politiques houthis, la propagande du mouvement et son modus operandi sont désormais calqués sur ceux du Hezbollah, une véritable école de la guerre globale proche-orientale.

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En s’engageant au Yémen, avec le soutien du bout des lèvres des Américains, l’Arabie saoudite se place dans une guerre confuse, qui risque d’être de longue durée et donc forcément ruineuse et onéreuse.  L’Arabie saoudite n’avait pas non plus le choix car sans cette intervention militaire, elle jouait gros en risquant de voir s’installer au Nord-Yémen une sorte de Liban-Sud avec un bras armé iranien qui travaillerait à loisir contre son royaume.

Au Yémen, l’Arabie saoudite a donc clairement défini deux objectifs militaires

Au Yémen, l’Arabie saoudite a donc clairement défini deux objectifs militaires. Le premier est de perturber et d’empêcher les livraisons d’armes iraniennes aux houthis; le deuxième, de faire clairement comprendre aux houthis qu’une alliance avec l’Iran leur coûtera cher et leur sera mortelle. . Ces deux objectifs semblent avoir été atteints. Les aéroports yéménites ont été fermés et les ports yéménites sont soumis à un blocus total. Pendant ce temps, l’Arabie saoudite prenant en quelque sorte modèle sur l’aviation russe en Syrie a poursuivi une intense campagne aérienne avec près de 10 000 personnes, en majorité des civils tués depuis le début du conflit. Au Yémen, l’Arabie saoudite n’a pas été miséricordieuse comme le recommande le Prophète et elle avait d’autant plus les mains libres que le monde avait les regards de Chimène pour Alep ou Mossoul.

A l’opposé, moins dépendant du pétrole proche-oriental par le gaz de schiste et échaudé par les derniers rapports sur le 11 septembre, mettant clairement en cause le royaume des Séoud, les États-Unis en plein repli isolationniste ont annoncé selon  le très sérieux quotidien britannique The Guardian, arrêter les ventes d’armes prévues à l’Arabie Saoudite  en relation avec les frappes aériennes du Yémen. Menée seule avec le soutien cependant évident et tacite une fois de plus d’Israël, son allié contre-naturel, la guerre du Yémen risque en tout cas d’être une sorte de tonneau des Danaïdes pour le royaume en raison des dépenses pour l’effort de guerre (tanks, avions, navires, missiles perfectionnés, intendance) même s’il faut aussi relativiser l’Arabie Saoudite n’est pas en faillite comme l’État français. Elle tire encore des gros revenus du pétrole et surtout du plus grand tourisme religieux industriel du monde : le hadj de la Mecque qui est en train de devenir la branche principale de son économie avec 11 millions de pèlerins chaque année et une véritable manne tombée du ciel de la superstition estimée à 12 milliards de dollars. Elle a diversifié ces revenus par de nombreux fonds de réserves importants au niveau de plusieurs banques occidentales et elle détient une grande partie de la dette américaine sur lequel elle exerce un chantage permanent.

La monarchie wahhabite ne court donc pas à la faillite malgré ce qu’affirme son opposant résident britannique. Elle possède aussi des réserves d’or inestimables en Suisse et dans des paradis fiscaux. Mais la voilure a baissé et  l’idéologie fanatique du Wahhabisme religieux a pris un sérieux coup en s’en prenant dans les attentats à des Musulmans innocents.

Alors, le Wahhabisme ne risque-t-il pas de devenir maintenant un frein à son intégration globale, les USA ne semblant plus considérer l’Arabie Saoudite comme un allié sûr ou stratégique au Moyen Orient ?

Et si du coup, l’avenir de l’Arabie Saoudite, était dans la France de Hollande et Valls avec cette idée pas si folle de leur point de vue, de construire sur la tête de pont de la péninsule européenne un nouvel empire, l’Eurabia ou l’Eurislamisme de l’espérance verte ?

  1. NOS TRÈS CHERS ÉMIRS DE CHRISTIAN CHESNOT ET GEORGES MALBRUNOT, ÉDITIONS MICHEL LAFON, 17.95€

jeudi, 08 décembre 2016

Géopolitique du Salafisme: L’épée et l’idée en fusion

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Géopolitique du Salafisme: L’épée et l’idée en fusion

Ex: http://www.perspectivesmed.ma 
Une littérature foisonnante fait grand cas du salafisme pour expliquer les dérives djihadistes qui marquent de leur sceau l’actualité internationale. Mais quid de cette mouvance rigoriste maternée par le wahhabisme né dans les terres arides du Hedjaz ? C’est en remontant les aiguilles de l’Histoire que le phénomène salafiste pourrait être finement appréhendé. Histoire d’apporter l’éclairage nécessaire sur les ressorts géopolitiques sur lesquels s’articule une pensée guerrière. 
Le salafisme est apparu dans la moitié du 18ème siècle dans l’oasis d’Al-Dariya, situé à 60 kilomètres de Riyad, capitale du Royaume d’Arabie Saoudite. Il est né du pacte conclu entre Mohammed Ben Ibn Abdel Wahhab, théologien, disciple d’Ibn Taymiyya, homme religieux kurde du 13ème siècle, prônant la diffusion de la pensée Hanbalite, qui interdit toute forme d’innovation, et toute interprétation rationnelle (Al-Ijtihad) des textes sacrés et Mohamed Ibn Saoud Al-Mouqrin, émir de la tribu des Banous Hanifa en 1744. Cette fusion entre le sabre et la doctrine va trouver des soutiens extérieurs, notamment celui des Anglais et plus tard des Français. Les intérêts des deux puissances européennes dans la pénétration de la Région sont multiples : le déclin de l’Empire Ottaman, baptisé  » l’homme malade », l’amélioration de leurs réseau commercial et l’endiguement des Russes qui visaient l’accès aux Mers chaudes.
Pendant ce temps, les Al–Saoud avaient commencé la conquête de la totalité du Nedjd, partie Nord Est de la péninsule Arabique. Leur l’offensive militaire était rapide mais à cause de leurs querelles intestines, ils furent défaits à deux reprises par le gouverneur Ottoman Mohamed Ali Pacha (gouverneur de l’Egypte sous l’Empire Ottoman). Les Turcs et leurs Alliés locaux ne parvenaient ni à éradiquer les racines de ce renouveau Salafisme rigoriste et violent ni ce nationalisme fédératif des tribus arabes (voir les mécanismes de la Assabiya chez Ibn Khaldoun). Dans cet environnement instable et complexe, le général Napoléon Bonaparte profita de sa courte expédition en Egypte (1789/1802) et tissa des contacts précieux avec les Saoudiens pendant leur guerre tribale avec les autres tribus. L’objectif de l’initiative française dans le contexte de l’époque était d’établir une alliance militaire avec la tribu bédouine des Al-Saoud anti-Ottomane et aussi les gouverneurs des Al-Rachid à Nadjd et Haïl et Les Hachémites du Hedjaz (région de l’Ouest de l’Arabie), qui abrite les lieux sacrés de l’islam (la Mecque et Médine).

Cette convoitise régionale a donné naissance à la fameuse théorie militaire ottomane dite de la « pomme « , contre la théorie française dite de « la tenaille » inventée par Bonaparte. De l’autre côte, les Anglais qui avaient installé des comptoirs dans les pays du Golfe, soutenaient les Al-Saoud chassés à deux reprises de leur fiefs par les Ottomans. Après leur défaite, les Saoudiens vont trouver refuge au Koweït d’où ils menèrent leurs raids éclairs contre les Turcs et leurs alliés. L’émir Abdelaziz ben Abderrahmane Al-Saoud, héritier du trône de la dynastie, décida en 1906, grâce à l’appui des Anglais de reconstruire la royauté de ses ancêtres, en chassant ses ennemis historiques, les tribus des Al-Rachid et les Chérifs Hachémites de la Mecque et de Médine, au moment ou toutes les puissances Occidentales étaient occupées par la Première guerre mondiale. Ce relâchement international concernant le Moyen Orient, a permis la fondation du Royaume des Al-Saoud de l’entre deux guerres, avec comme constitution le Coran et la Sunna. Projet conçu par le théologien Mohammed Ibn Abdel Wahhab (le Wahhabisme est un terme inadéquat). Le lien scellé en 1744 entre les deux familles va prendre la forme d’un État organisé et structuré, grâce à l’appui des occidentaux présents dans la Région. En effet, en 1912, le Roi Abdelaziz organisa les bédouins en Ikhwans (fratries ou frères), le pouvoir politique et religieux est ainsi partagé entre les Al-Saoud et les Al- Sheikh descendants du prêcheur Ibn Abdelwahab selon un équilibre particulier : les premiers accaparent le pouvoir politique, militaire et économique, alors que les seconds sont devenus responsables du pourvoir cultuel, social et judicaire.

Le Salafisme est réapparu sous une forme nouvelle (islam politique) au début du 20ème siècle. Cependant, cet État n’avait aucune stratégie de conquête globale, ni d’un prosélytisme au delà de son environnement immédiat. Le roi Abdelaziz Al Saoud rêvait toujours de l’eau comme le souligne un Hadith cité dans le Sahih Al Boukhari rapportant que le Prophète Mohammed disait « Oh peuple de Nedjd, vous dormez sur l’or », terme signifiant « or noir », en référence au pétrole!La rencontre du fondateur de l’Arabie Saoudite moderne avec les Occidentaux, particulièrement les Américains, a transformé cette entité en puissance régionale, couronnée par la signature d’un traité de solidarité et de défense avec le président Américain Roosevelt en 1944, (traité Quincy). Cette entente va renverser la donne géopolitique du Moyen Orient, accentuant le retrait progressif des Anglais et des Français de la région.

À cet égard, les Etats-Unis se sont engagés à protéger la Monarchie des Al-Saoud, la contre partie étant la préservation des intérêts géostratégiques et surtout énergétiques de cette grande puissance pendant soixante ans. Cette nouvelle alliance a conforté les croyances de l’homme fort de l’Arabie, en déclarant à ses sympathisants: « Allah est là Haut et les Américains sont en bas » pour contourner la gêne occasionnée par ce traité signé avec les mécréants. C’est grâce à deux ingénieurs américains que le pétrole va être découvert en 1932, ce qui a profondément attristé le Roi Saoudien qui s’attendait à la découverte de l’eau! En effet, la découverte des plus grandes réserves d’énergies fossiles mondiales dans la Péninsule Arabique bouleversa la configuration géopolitique du Moyen-Orient. La dynastie saoudienne et ce depuis sa création, était toujours impliquée dans tous les conflits du Moyen-Orient ; accords franco -britanniques de Sykes-Picot en 1916, création de l’Etat d’Israël en 1948, naissance de la Ligue Arabe en 1945, la guerre du Yémen en 1962, la guerre d’Afghanistan en 1979, le conflit Irako-Iranien, l’occupation du Koweït en 1993 et, enfin, l’invasion Américaine de l’Irak en 2003, et dont les conséquences sont toujours d’actualité.

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A partir de 1979, les Saoudiens se sont retrouvés en face d’un autre ennemi régional, l’Iran Shiite qui menaçait les fondements idéologiques du wahhabisme. Paradoxalement, le pétrole ne va pas servir cette monarchie naissante pendant les premières décennies, elle va plutôt s’appuyer sur les recettes du pèlerinage et du commerce Inter-régional, à tel point que le roi Abdelaziz a voulu créer une sorte de Vatican pour les lieux Saints musulmans, mais personne n’avait accepté son offre qui à mon sens était visionnaire, courageuse et révolutionnaire.

En 1952, le régime de Nasser avait déclaré la guerre à l’association des Frères Musulmans créée en 1928. De ce fait, les militaires égyptiens étaient considérés à Riyad comme un danger potentiel pour la survie et la stabilité de l’État Saoudien. De son coté, le colonel Gamal Abdel Nasser ne cachait pas son alliance avec l’URSS et sa haine contre ce qu’il appelait « les valets de l’impérialisme dans le monde arabe ».
Cette situation de rivalité interarabe, poussera les salafistes saoudiens à former une alliance stratégique avec la confrérie des Frères musulmans. Ces derniers vont fournir aux Saoudiens des élites et des bras nécessaires pour contrecarrer la menace nassérienne. Dans ce cadre là, les wahhabites créèrent un axe islamique puissant et international appelé Ligue du Monde islamique. Cette opposition des deux alliés salafistes contre le panarabisme a abouti à la division du Monde arabe entre deux camps rivaux : les progressistes et les modérés.

Dans le même sillage, l’utilisation de l’arme du pétrole dans cette bataille, va nourrir la doctrine extrémiste des salafistes toutes tendances confondues, qui débouchera par la suite sur un projet d’islam politique à travers le Monde. Cette idéologie politique s’est appuyée sur trois piliers stratégiques : La Ligue du Monde Islamique (construction de mosquées et de centres culturels dans les cinq continents), l’Organisation de la Conférence Islamique OACI et l’OPAEP. Pendant cet épisode crucial dans l’histoire arabe, on remarque que les Frères musulmans avaient joué un rôle déterminant dans le recrutement, la formation, la conversion et l’embrigadement de milliers de jeunes dans le monde. Plusieurs d’entre eux étaient envoyés dans différents théâtres de crise. Cette évolution historique souligne que le mouvement Salafiste n’était pas actif uniquement dans le Moyen-Orient. D’autres mouvements de même nature apparaissent au Maghreb et au Sahel. Tous se sont inspirés de la pensée du théologien kurde Ibn
Taimiyya.
L’association des Oulémas en Algérie en 1924, la révolution du Rif en 1915, le mouvement Salafiste des oulémas de l’université de Fès 1944. En Libye et au Sahel, la Zaouiya Sennoussiya fut le fer de lance de la résistance anticoloniale. La séparation entre les Frères musulmans et les Wahhabites, va s’officialiser en 2011. Les Wahabbites avaient accusé la Confrérie Frèriste d’ avoir élaboré un projet secret visant à déstabiliser les monarchies du Golfe avec la complicité des Américains.Cet événement coïncida avec le Printemps arabe qui a consolidé les groupes Takfiristes et Djihadistes les plus radicaux dont la doctrine jette l’anathème sur les deux frères ennemis salafistes et sur toute la planète .À ce sujet, les Wahhabites ont soupçonné l’Occident de miser sur les fréristes. Selon eux, ils sont les seuls dont les membres sont éduqués et partiellement occidentalisés pouvant créer une hiérarchie forte au sein du monde Sunnite.
À cet égard, les Frères musulmans disposent d’une véritable structure riche et secrète, capable d’accepter une normalisation avec l’État Hébreu au Moyen-Orient. Ils pourraient aussi installer une forme de démocratie à l’occidentale dans les pays arabes (Tunisie).En conclusion et dans une vision prospective, on pense que le duel actuel entre les deux protagonistes renforce Daech et ses semblables. Les ultras -radicaux ont situé leur combat contre tous au niveau du verbe et de l’image, plus haut que la stratégie habituelle conçue par les salafistes eux-mêmes. Dans ce même ordre d’idée, on remarque que tous les acteurs de l’islam politique privilégient la négation réciproque plutôt que le compromis. Les Frères musulmans marquent beaucoup de points en leur faveur car leur discours pénètre facilement les esprits des jeunes scolarisés et disposent d’une capacité d’adaptation considérable d’un réseau large et d’une communication très dynamique.

vendredi, 28 octobre 2016

Paper Tiger ISIS Digs Into Mosul

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Paper Tiger ISIS Digs Into Mosul

Islamic State(IS), the defender of Mosul, is a paper tiger, blown out of all proportion by western media.  IS is, as this  writer has been saying for years, an armed mob made up of 20-something malcontents, religious fanatics, and modern-day anarchists.  At its top is a cadre of former Iraqi Army officers with military experience.

These former officers of Saddam Hussain are bent on revenge for the US destruction of their nation and the lynching of its late leader. But IS rank and file has no military training, little discipline, degraded communications, and ragged logistics.

In fact, today’s Islamic State is what the Ottoman Empire used to term, ‘bashi-bazouks,”  a collection of irregular cut-throats and scum of the gutter sent to punish and terrorize enemies by means of torture, rapine, looting, and arson. 

What has amazed me about the faux western war against ISIS is its leisurely nature, lack of élan, and hesitancy. In my view, ISIS was mostly created by the US and its allies as a weapon to be used against Syria’s government – just as the Afghan mujahadin were used by the US and the Saudis to overthrow the Soviet-backed Afghan government. Israel tried the same tactics by helping create Hamas in Palestine and Hezbollah in Lebanon.  Both were cultivated to split the PLO.

ISIS is an ad hoc movement that wants to punish the West and the Saudis for the gross carnage they have inflicted on the Arab world.

Western and Kurdish auxiliary forces have been sitting 1.5 hours drive from Mosul and the IS town of Raqqa for over a year. Instead, western – mainly US – warplanes have been gingerly bombing around these targets in what may be an effort to convince breakaway ISIS to rejoin US-led forces fight the Damascus regime.

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Note that ISIS does not appear to have ever attacked Israel though it is playing an important role in the destruction of Syria. Some reports say Israel is providing logistic and medical support for IS.

The siege of Mosul is being played up by western media as a heroic second Stalingrad. Don’t be fooled. IS has only 3-5,000 lightly armed fighters in Mosul and Raqqa,  maybe even less. The leaders of IS are likely long gone. IS has few heavy weapons, no air cover at all, and poor communications. Its rag-tag fighters will run out of ammunitions and explosives very quickly.

Encircling Mosul are at least 50,000 western-led soldiers, backed by heavy artillery, rocket batteries, tanks, armored vehicles and awesome air power

The western imperial forces are composed of tough Kurdish peshmerga fighters, Iraqi army and special forces, some Syrian Kurds, Iranian ‘volunteers’ irregular forces and at least 5,000 US combat troops called “advisors”, plus small numbers of French,  Canadian and British special forces. Hovering in the background are some thousands of Turkish troops, supported by armor and artillery ready to ‘liberate’ Iraq – which was once part of the Ottoman Empire.

For the US, current military operations in Syria and Iraq are the realization of an imperialist’s fondest dream: native troops led by white officers, the model of the old British Indian Raj. Washington arms, trained, equips and financed all its native auxiliaries.

The IS is caught in a dangerous dilemma. To be a political movement, it was delighted to control Iraq’s second largest city. But as a guerilla force, it should not have holed up in an urban area where it was highly vulnerable to concentrated air attack and being surrounded. This is what’s happening right now.

In the mostly flat Fertile Crescent with too few trees, ground forces are totally vulnerable to air power, as the recent 1967, 1973 Israel-Arab wars and 2003 Iraq wars have shown. Dispersion and guerilla tactics are the only hope for those that lack air cover.

IS forces would best advise to disperse across the region and continue their hit-and-run attacks. Otherwise, they risk being destroyed. But being mostly bloody-minded young fanatics, IS may not heed military logic and precedent in favor of making a last stand in the ruins of Mosul and Raqqa.

When this happens, western leaders will compete to claim authorship of the faux crusade against the paper tiger of ISIS.

jeudi, 20 octobre 2016

Schisme en Islam: le wahhabisme exclu du sunnisme

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Schisme en Islam: le wahhabisme exclu du sunnisme

Michel Lhomme,

philosophe, politologue

Ex: http://metamag.fr

Le Wahhabisme exclu du sunnisme, cette actualité a eu très peu d’échos médiatiques en France. Elle est pourtant une information des plus importantes pour ses éventuelles répercutions religieuses mondiales y compris dans notre pays. Nous dirons même qu’elle est une information de premier plan.

Dans le but de définir l’identité « des gens du sunnisme et de la communauté sunnite », une conférence inaugurée par le cheikh d’Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb, s’est tenue dans la capitale tchétchène Grozny en septembre dernier. Elle a réussi à rassembler quelque 200 dignitaires religieux, oulémas et  penseurs islamiques, venus d’Égypte, de Syrie, de Jordanie, du  Soudan et d’Europe soit les plus grandes personnalités religieuses islamiques du moment telles que le Grand Mufti d’Égypte, Cheikh Chawki Allam, le conseiller du président égyptien et le représentant du Comité religieux au Parlement égyptien, Cheikh Oussama al-Zahri, ou encore l’ancien grand Mufti d’Égypte, cheikh Ali Jomaa, sans compter le grand Mufti de Damas, cheikh Abdel Fattah al-Bezm, le prédicateur yéménite Ali al-Jiffri, ou encore le penseur islamique Adnan Ibrahim.

Dans le communiqué, les participants à la conférence ont convenu que « les gens du sunnisme et ceux qui appartiennent à la communauté sunnite sont les Asharites et les Maturidites, au niveau de la doctrine, les quatre écoles de jurisprudence sunnite, au niveau de la pratique, et les soufis, au niveau de la gnose, de la morale et de l’éthique ».  Cette conférence a donc exclu le wahhabisme salafiste de la définition du sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite ! C’est un événement capital, un vrai schisme musulman. D’ailleurs, les participants à la conférence ont qualifié cette décision de « changement radical et nécessaire pour pouvoir rétablir le vrai sens du sunnisme, sachant que ce concept a subi une dangereuse déformation suite aux efforts des extrémistes de le vider de son sens pour l’accaparer et le réduire à leur perception ».

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Par là, l’Arabie saoudite tafkirite et wahabiste a rejoint les impies et pour le sunnisme les mécréants. Dans ce contexte, les participants sunnites ont émis une série de recommandations notamment une dirigée contre Al-Jazeera et toutes ces microchaînes locales : « créer une chaîne de télévision afin de faire parvenir aux citoyens un message véridique de l’Islam et lutter contre l’extrémisme et le terrorisme ». A aussi été recommandée « la création d’un centre scientifique en Tchétchénie pour surveiller et étudier les groupes contemporains, leurs principes et pour former une base de données fiables, qui permettra de  réfuter et de critiquer de manière scientifique la pensée  extrémiste ». Les participants ont suggéré que ce centre porte le nom de Tabsir qui signifie « clairvoyance » en arabe. La conférence a insisté sur la nécessité de « revenir aux écoles de grande connaissance », en allusion aux institutions religieuses sunnites identifiées comme étant les universités d’Al-Azhar en Égypte, Qarawiyin au Maroc, Zaytouna en Tunisie et Hadramawt au Yémen. La conférence a donc exclu clairement les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l’Université islamique de Médine.

L’Arabie Saoudite se retrouve peu à peu au pied du mur piégé par ses exactions et ses débordements au Yémen où dernièrement, les USA ont été furieux de ses derniers bombardements meurtriers dont elle ne les aurait pas prévenus .

La réaction saoudienne ne s’est pas faite attendre

Une campagne médiatique virulente s’est déclenchée, parrainée par les institutions religieuses et politiques en Arabie saoudite et dénonçant l’alliance russo-sunnite des polythéistes ! Rappelons que Ibn Taymiyya, mort en prison en 1328 avait déjà été déclaré « déviant » par les érudits sunnites de son temps et que lorsque Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab a fait couler le sang des musulmans en ressuscitant la doctrine taymiyienne au XVIIIe siècle, son mouvement a immédiatement été condamné par l’ensemble du monde sunnite comme une résurgence du kharidjisme.

En France, on a cependant relevé de drôles de réactions dans la communauté musulmane – que pour d’autres causes, on qualifierait d’ailleurs de « complotistes » – accusant la conférence de Grozny de n’avoir aucune valeur parce qu’elle ne serait qu’une manœuvre poutinienne. On notera de fait la concordance surprenante des autorités musulmanes françaises avec la politique internationale de la France, principal allié en effet du wahhabisme international ?

Pourtant, en France, se posera aussi très vite une autre question de poids dans la mesure où les principales mosquées dont celle de Bordeaux comme les principaux centres culturels dont la Maison de la Culture Arabe si chère à  Jack Lang sont en fait financées par l’Arabie Saoudite ? Comment après une telle condamnation théologique par les plus hautes instances de l’Islam sunnites, les jeunes musulmans français vont-ils pouvoir se permettre de continuer à fréquenter des mosquées financées par l’Arabie saoudite ? Ou le fameux Islam de France a-t-il décidé d’assumer le schisme musulman en choisissant clairement son camp celui de l’ Islam de combat, l’Islam du drapeau vert et du sabre de la charia dans les mains, l’Islam de la conquête dénoncée par les sages soufies ? En ce cas, la distinction déjà quasiment artificielle en France entre un Islam modéré et un Islam radical n’aurait même plus sa raison d’être, la France ne serait rien d’autre qu’une terre wahhabite elle-même condamnée par l’Islam traditionnel.

En attendant, maniant à la fois le chantage sur les bons de trésor américains et sa bonne foi, l’Arabie saoudite se prépare à un rendez-vous historique avec les marchés .

samedi, 08 octobre 2016

America’s Longest War Gets Longer

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America’s Longest War Gets Longer

America was furious after the bloody 9/11 attacks. The Bush administration had been caught sleeping on guard duty. Many Americans believed 9/11 was an inside job by pro-war neocons.

Afghanistan was picked as the target of US vengeance even though the 9/11 attacks were hatched (if in fact done from abroad) in Germany and Spain. The suicide attackers made clear their kamikaze mission was to punish the US for ‘occupying’ the holy land of Saudi Arabia,  and for Washington’s open-ended support of Israel in its occupation of Palestine.

This rational was quickly obscured by the Bush administration that claimed the 9/11 attackers, most of whom were Saudis, were motivated by hatred of American ‘values’ and ‘freedoms.’ This nonsense planted the seeds of the rising tide of Islamophobia that we see today and the faux ‘war on terror.’

An anti-communist jihadi, Osama bin Laden, was inflated and demonized into America’s Great Satan. The supposed  ‘terrorist training camps’ in Afghanistan were, as I saw with my eyes, camps where Pakistani intelligence trained jihadis to fight in India-occupied Kashmir.

Afghanistan, remote, bleak and mountainous, was rightly known as ‘the graveyard of empires.’ These included Alexander the Great, Genghis Khan, Timur, the Moguls, and Sikhs. The British Empire  invaded Afghanistan three times in the 19th century. The Soviet Union, world’s greatest land power, invaded in 1979, seeking a corridor to the Arabian Sea and Gulf.

All were defeated by the fierce Pashtun warrior tribes of the Hindu Kush.  But the fool George W. Bush rushed in where angels feared to tread, in a futile attempt to conquer an unconquerable people for whom war was their favorite pastime. I was with the Afghan mujahidin when fighting the Soviet occupation in the 1980’s, and again the newly-formed Taliban in the early 1990’s. As I wrote in my book on this subject, ‘War at the Top of the World,’ the Pashtun warriors were the bravest men I’d ever seen.  They had only ancient weapons but possessed boundless courage.

During the 2001 US invasion, the Americans allied themselves to the heroin and opium-dealing Tajik Northern Alliance, to former Communist allies of the Soviets, and to the northern Uzbeks, blood foes of the Pashtun and former Soviet Communist allies.

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Taliban, which had absolutely nothing to do with 9/11, had shut down 90% of Afghanistan’s heroin and opium trade. The US-allied Northern Alliance restored it, making Afghanistan again the world’s leading supplier of heroin and opium. US occupation forces, backed by immense tactical airpower, allied themselves with the most criminal elements in Afghanistan and installed a puppet regime of CIA assets. The old Communist secret police, notorious for their record of torture and atrocities, was kept in power by CIA to fight Taliban.

Last week, Washington’s Special Inspector General for Afghan Relief (SIGAR) issued a totally damning report showing how mass corruption, bribery, payoffs and drug money had fatally undermined US efforts to build a viable Afghan society.  

What’s more, without 24/7 US air cover, Washington’s yes-men in Kabul would be quickly swept away. The Afghan Army and police have no loyalty to the regime; they fight only for the Yankee dollar. Like Baghdad, Kabul is a US-guarded island in a sea of animosity.

A report by Global Research has estimated the 15-year Afghan War and the Iraq War had cost the US $6 trillion. Small wonder when gasoline trucked up to Afghanistan from Pakistan’s coast it costs the Pentagon $400 per gallon. Some estimates put the war  cost at $33,000 per citizen. But Americans do not pay this cost through a special war tax, as it should be. Bush ordered the total costs of the Iraq and Afghan wars be concealed in the national debt.

Officially, 2,216 American soldiers have died in Afghanistan and 20,049 were seriously wounded. Some 1,173 US mercenaries have also been killed. Large numbers of US financed mercenaries still remain in Afghanistan and Iraq.

Noble Peace Prize winner Barack Obama promised to withdraw nearly all US troops from Afghanistan by 2016.

Instead, more US troops are on the way to protect the Kabul  puppet regime from its own people. Taliban and its dozen-odd allied resistance movements (‘terrorists’ in Pentagon-speak faithfully parroted by the US media) are steadily gaining territory and followers.

Last week, the US dragooned NATO and other satrap states to a ‘voluntary’ donor conference for Afghanistan where they had to cough up another $15.2 billion and likely send some more troops to this hopeless conflict.  Washington cannot bear to admit defeat by tiny Afghanistan or see this strategic nation fall into China’s sphere.

Ominously, the US is encouraging India to play a much larger role in Afghanistan, thus planting the seeds of a dangerous Pakistani-Indian-Chinese confrontation there.

There was no mention of the 800lb gorilla in the conference room: Afghanistan’s role as the world’s by now largest heroin/opium/morphine producer – all under the proud auspices of the United States government. The new US president will inherit this embarrassing problem.

vendredi, 07 octobre 2016

Chaos in the Middle East in 2011 and its Culprits

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Chaos in the Middle East in 2011 and its Culprits

By Jim Ostrowski

Ex: http://artvoice.com

This is an excerpt from the new book, The Impeachment of Barack Obama and Hillary Clinton for High Crimes in Syria and Libya, by Michael Ostrowski and James Ostrowski (2016).

The American interventions into Libya and Syria happened in a troubled part of the world with numerous and seemingly intractable problems that were in many ways the result of prior unwise American foreign policy.  This is particularly true with Syria.  The Iraq War launched by George Bush in 2003 destabilized the artificial state of Iraq.  It is widely recognized that Saddam Hussein was a brutal dictator who held Iraq together and under control by brute force.  However, it is rarely acknowledged that, since Iraq is an artificial country created by the Western allies after World War I, it is difficult to conceive of Iraq being held together in any other way than brute force.  As one of the co-authors pointed out in 2003, Iraq is made up of three discrete groups with historical and ideological, ethnic and religious differences.  The suggestion of peace through partition made in that article was ignored.[1]

Additionally, the elimination of Saddam’s secular regime opened the door for various Islamic factions to vie for state power.  ISIS emerged out of this power vacuum.  Syria, a regime controlled by a Shiite, Bashar al-Assad, was a natural target of ISIS, once it had gained a foothold among its fellow Sunnis in Iraq.  Say what you will about ISIS, but they had the savvy to realize what clueless (archist) foreign policy “experts” in the West did not, that the Sykes-Picott borders created by the Western powers were completely arbitrary and bore no relationship to reality in the 21st Century.  They ignored them, indeed, explicitly promised to obliterate them.

ISIS did not exist in a self-conscious form in Libya prior to the start of the civil war there in 2011.  Rather, that conflict had roots in the Arab Spring.  In addition to the wreckage of Iraq, the Arab Spring was the other major development that set the stage for intervention into Libya and Syria.

The Arab Spring is a large and complicated phenomenon that can only be summarized here.  What is vital to understand for present purposes is that this conflict was a face-off between old regimes in the Middle East and their opponents, who, whether correctly or not, portrayed themselves as democratic reformers.  Which side did the Progressive State of America support?  Both sides of course, illustrating the irrational nature of progressivism applied to foreign policy.

The relationship between the United States and Egypt is longstanding.  Keep in mind that virtually the entirety of American foreign policy in the Middle East is based on the simple concept of Israel First.[2]  That is, the United States does what Israel and its allies think is in the best interest of Israel.  Of course, it can never be called what it is, Israel First.  Rather, it is always sold to the gullible American public as necessary to fight terrorism or to keep the oil flowing.

Both rationalizations are nonsense of course.  In fact, both propositions are the precise opposite of the truth.  The only obstacle to the free flow of oil is America’s numerous, prior and unwise interventions into the Middle East directly or indirectly on behalf of Israel.  David Stockman traces this pernicious fallacy to Henry Kissinger: “That doctrine has been wrong from the day it was officially enunciated by one of America’s great economic ignoramuses, Henry Kissinger, at the time of the original oil crisis in 1973. The 42 years since then have proven in spades that it doesn’t matter who controls the oilfields, and that the only effective cure for high oil prices is the free market.”[3]

Likewise, America has been attacked by terrorists largely because of its prior unwise interventions on behalf of Israel.  These facts are really not debatable by any honest observer.  Rather, those blinded by self-interest or ideology are in denial about these facts and respond by shooting the messenger.

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Thus, America’s relationship with Egypt is largely a function of its slavish devotion to Israel.  Egypt made peace with Israel in 1979.  Naturally, America must bribe Egypt to pretend to like Israel.  That mandate led the United States to subsidize the brutal dictatorship of Hosni Mubarak from 1979 through 2011.  Mubarak’s regime featured systematic torture, massive violations of free speech and assembly, interference with elections and persecution of gays.[4]  All the while, this evil regime was propped up by Uncle Sam.  The only sin Egypt avoided was attacking Israel.  The Feds mulcted about two billion dollars a year from the U.S. taxpayer to bribe Egypt and its corrupt power elite.[5] Officially, the aid was “unconditional.”  Unofficially, there was the one condition previously stated.

It is worth noting that one of the reasons bin Laden gave for the 9/11 attacks was U. S. support for Egypt.[6]

Thus, decades of oppression from the U.S.-backed Mubarak regime led to an uprising in Egypt. But the U.S. backed Mubarak’s opponents as well.  The New York Times reported in 2011 that: “a small core of American government-financed organizations were promoting democracy in authoritarian Arab states. . . . the United States’ democracy-building campaigns played a bigger role in fomenting protests than was previously known, with key leaders of the movements having been trained by the Americans in campaigning, organizing through new media tools and monitoring elections.”[7]

Thus, the Progressive State of America was supporting both sides in the Arab Spring uprising that eventually spread to Libya and set the stage for the disastrous American intervention there that is the subject of this book and which, along with the Syrian catastrophe, has the world flirting with disaster.

Jim Ostrowski is a trial and appellate lawyer in Buffalo, NY.  He is CEO of LibertyMovement.org and author of several books including Progressivism: A Primer.  Copyright by Cazenovia Books (2016).

Notes:

[1] J. Ostrowski, “Will Iraq Have Democracy or Peace?,” lewrockwell.com, April 29, 2003.

[2] If that led to the cover up of an Israeli attack on the United States Navy ship U. S. S. Liberty in 1967, so be it.

[3] D. Stockman,

[4] E. Loftis, “Mubarak’s Horrific Human Rights Legacy,” motherjones.com, 2/1/11.

[5] T. Meyer, “F.A.Q. on U.S. Aid to Egypt:  Where Does the Money Go, And How Is It Spent?,” propublica.org., 10/9/13.

[6] “Full text: bin Laden’s ‘letter to America,'” supra.

[7] R. Nixon, “U.S. Groups Helped Nurture Arab Uprisings,” nytimes.com, April 14, 2011.

lundi, 26 septembre 2016

La CIA, l’Arabie saoudite et l’histoire inavouable d’al-Qaïda

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La CIA, l’Arabie saoudite et l’histoire inavouable d’al-Qaïda

 
Ex: http://maximechaix.info
 
Quinze ans après le 11-Septembre, alors que le Congrès vient d’autoriser les citoyens américains à poursuivre l’Arabie saoudite pour son rôle présumé dans ces attentats, la « guerre contre le terrorisme » lancée peu après l’effondrement des Tours jumelles ne trouve pas de conclusion. Dans ce contexte, un nombre croissant d’experts désignent le militarisme occidental dans le « Grand Moyen-Orient » comme un facteur majeur d’amplification de la menace terroriste. Or, une attention bien moindre a été accordée aux politiques clandestines de la CIA, des services secrets saoudiens et de leurs alliés, qui sont pourtant à l’origine de ce fléau. En effet, tout observateur avisé est au courant du rôle central de ces agences dans la création et l’essor d’al-Qaïda, depuis la campagne antisoviétique des années 1980 en Afghanistan jusqu’au soutien des groupes armés qui tentent de renverser Bachar el-Assad en Syrie. Plongée dans une période trouble et mécomprise de l’histoire récente des services spéciaux américains et de leurs principaux partenaires.

Après le scandale du Watergate, le Congrès impose à la CIA de sévères restrictions légales et budgétaires. En réponse, des officiers de l’Agence créent un réseau alternatif appelé le Safari Club, du nom d’une luxueuse résidence de vacances au Kenya où ses membres se réunissent. Comme l’a expliqué l’ancien diplomate canadien Peter Dale Scott dans son dernier ouvrage, L’État profond américain, « durant les années 1970, d’importants officiers actifs ou retraités de la CIA (…) étaient mécontents des réductions budgétaires menées sous le Président Carter par Stansfield Turner, le directeur de l’Agence. En réponse, ils organisèrent un réseau alternatif que l’on appelle le Safari Club. Supervisé par les directeurs des services secrets français, égyptiens, saoudiens, marocains et iraniens (alors sujets du Shah), le Safari Club était secondé à Washington par un “réseau privé de renseignement”, selon Joseph Trento. Ce réseau regroupait alors des officiers de l’Agence tels que Theodore Shackley et Thomas Clines, qui avaient été marginalisés ou renvoyés par le directeur de la CIA Stansfield Turner. Comme le prince [et ancien chef des services secrets saoudiens] Turki ben Fayçal l’expliquera plus tard, l’objectif du Safari Club n’était pas seulement l’échange de renseignements, mais également la conduite d’opérations clandestines que la CIA ne pouvait plus mener directement en raison du scandale du Watergate et des réformes qui s’ensuivirent. » Ainsi fut mise en place une sorte de « deuxième CIA » hostile au Président Carter, mais favorable à celui qui allait lui succéder, l’ancien gouverneur Ronald Reagan – un farouche opposant à l’apaisement entre les États-Unis et l’URSS.

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Années 1980 : la BCCI, la « deuxième CIA » et la création de la future al-Qaïda

À cette époque, le Safari Club a besoin d’un réseau de banques pour financer ses opérations anticommunistes. Avec la bénédiction du directeur de la CIA George Bush sénior, le chef des services secrets saoudiens Kamal Adham transforme la banque BCCI en une véritable blanchisserie internationale d’argent sale. Toujours selon Peter Dale Scott, « dans les années 1980, le directeur de la CIA William Casey prit des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan. Toutefois, celles-ci furent élaborées hors du cadre bureaucratique de l’Agence, ayant été préparées avec les directeurs des services de renseignement saoudiens – d’abord Kamal Adham puis le prince Turki ben Fayçal. Parmi ces décisions, nous pouvons citer la création d’une légion étrangère chargée d’aider les moudjahidines afghans à combattre les Soviétiques. En clair, il s’agit de la mise en place d’un réseau de soutien opérationnel connu sous le nom d’al-Qaïda depuis la fin de cette guerre entre l’URSS et l’Afghanistan. Casey mit au point les détails de ce plan avec les deux chefs des services secrets saoudiens, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki ben Fayçal étaient tous deux actionnaires. Ce faisant, Casey dirigeait alors une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la future al-Qaïda au Pakistan, alors que la hiérarchie officielle de l’Agence à Langley “pensait que c’était imprudent”. »

Massivement cofinancée par les pétrodollars des Saoud – dont ceux puisés dans les caisses noires des contrats d’armements gérées par leur ambassadeur à Washington, le prince Bandar ben Sultan –, l’opération de soutien au jihad afghan débouchera sur le renforcement des seigneurs de guerre extrémistes et des trafiquants d’opium et d’héroïne dans les années 1980. Dans un précédent ouvrage, qui avait été recommandé par le général d’armée (2S) Bernard Norlain lorsqu’il dirigeait la Revue Défense Nationale, Peter Dale Scott expliqua qu’« en mai 1979, [les services secrets pakistanais de l’ISI mirent] la CIA en contact avec Gulbuddin Hekmatyar, le seigneur de guerre afghan qui bénéficiait certainement du plus faible soutien dans son pays. [Islamiste radical,] Hekmatyar était aussi le plus important trafiquant de drogue moudjahidine, et le seul à avoir développé un complexe de six laboratoires de transformation de l’héroïne dans le Baloutchistan, une région du Pakistan contrôlée par l’ISI. Cette décision prise par l’ISI et la CIA discrédite l’habituelle rhétorique américaine selon laquelle les États-Unis aidaient le mouvement de libération afghan. En fait, ils soutenaient les intérêts pakistanais (et saoudiens) dans un pays face auquel le Pakistan ne se sentait pas en sécurité. Comme le déclara en 1994 un dirigeant afghan à Tim Weiner, un journaliste du New York Times, “nous n’avons pas choisi ces chefs de guerre. Les États-Unis ont créé Hekmatyar en lui fournissant des armes. À présent, nous souhaitons que Washington les lâche et leur impose de ne plus nous tuer, afin de nous protéger de ces gens.” » Finalement, au début de l’année 2002, Hekmatyar appellera à la « guerre sainte » contre les États-Unis depuis son lieu d’exil dans la capitale iranienne, avant de s’installer au Pakistan pour organiser des opérations anti-occidentales en Afghanistan.

Années 1990 : les pétrodollars saoudiens financent les talibans et al-Qaïda… avec l’appui des services américains

Dans les années 1990, les pétrodollars saoudiens et le discret soutien de la CIA, du MI6 et de l’ISI favoriseront l’émergence des talibans. En effet, d’après le chercheur et journaliste britannique Nafeez Ahmed, qui fut un consultant dans les enquêtes officielles sur les attentats du 11-Septembre et du 7-Juillet, « à partir de 1994 environ et jusqu’au 11-Septembre, les services de renseignement militaire américains [1] ainsi que la Grande-Bretagne, l’Arabie saoudite et le Pakistan, ont secrètement fourni des armes et des fonds aux talibans, qui abritaient al-Qaïda. En 1997, Amnesty International a déploré l’existence de “liens politiques étroits” entre la milice talibane en place, qui venait de conquérir Kaboul, et les États-Unis. (…) Sous la tutelle américaine, l’Arabie saoudite continuait de financer [l]es madrasas. Les manuels rédigés par le gouvernement américain afin d’endoctriner les enfants afghans avec l’idéologie du jihad violent pendant la guerre froide furent alors approuvés par les talibans. Ils furent intégrés au programme de base du système scolaire afghan et largement utilisés dans les madrasas militantes pakistanaises financées par l’Arabie saoudite et l’ISI (…) avec le soutien des États-Unis. »

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Dans un monde où, pour citer le général de Gaulle, « les États n’ont pas d’amis [mais] que des intérêts », Nafeez Ahmed explique ces politiques clandestines de soutien aux talibans par le fait que « les administrations Clinton et Bush espéraient se servir [de ces extrémistes] pour établir un régime fantoche dans le pays, à la manière de leur bienfaiteur saoudien. L’espoir vain et manifestement infondé était qu’un gouvernement taliban assure la stabilité nécessaire pour installer un pipeline trans-afghan (TAPI) acheminant le gaz d’Asie centrale vers l’Asie du Sud, tout en longeant la Russie, la Chine et l’Iran. Ces espoirs ont été anéantis trois mois avant le 11-Septembre, lorsque les talibans ont rejeté les propositions américaines. Le projet TAPI a ensuite été bloqué en raison du contrôle intransigeant de Kandahar et de Quetta par les talibans ; toutefois, ce projet est désormais en cours de finalisation », mais visiblement sans la participation des supermajors occidentales. Rappelons alors que la multinationale californienne UNOCAL, qui a été absorbée par ChevronTexaco en 2005, négociait ce projet avec les talibans entre 1997 et le printemps 2001, avec le soutien du gouvernement des États-Unis. Or, le régime du mollah Omar protégeait Oussama ben Laden et ses hommes à cette époque.

Toujours dans les années 1990, les politiques clandestines de la CIA et de ses alliés britanniques, saoudiens et pakistanais favoriseront l’essor global d’al-Qaïda – une réalité documentée mais largement ignorée dans le monde occidental. Dans ce même article, Nafeez Ahmed rappelle que, « comme l’historien britannique Mark Curtis le décrit minutieusement dans son livre sensationnel, Secret Affairs: Britain’s Collusion with Radical Islam, les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni ont continué de soutenir secrètement des réseaux affiliés à al-Qaïda en Asie centrale et dans les Balkans après la guerre froide, et ce pour les mêmes raisons que précédemment, à savoir la lutte contre l’influence russe, et désormais chinoise, afin d’étendre l’hégémonie américaine sur l’économie capitaliste mondiale. L’Arabie saoudite, première plateforme pétrolière du monde, est restée l’intermédiaire de cette stratégie anglo-américaine irréfléchie. »

Après les attentats contre les Tours jumelles et le Pentagone, la CIA durcira sa politique antiterroriste en détenant arbitrairement, en torturant et en liquidant des membres présumés ou avérés du réseau de Ben Laden dans le cadre de la « guerre globale contre le terrorisme ». Pourtant, « vers le milieu [des années 2000], l’administration Bush décida d’utiliser l’Arabie saoudite pour transmettre des millions de dollars à des jihadistes affiliés à al-Qaïda, à des extrémistes salafistes et à des islamistes des Frères musulmans. L’idée était de renforcer ces groupes à travers le Proche-Orient et l’Asie centrale, dans l’objectif de contrer et de refouler l’influence géopolitique de l’Iran chiite et de la Syrie. En 2007, [le grand reporter] Seymour Hersh lui-même rapporta en détail le déploiement de cette stratégie dans le New Yorker, citant un certain nombre de sources gouvernementales issues des milieux de la défense et du renseignement aux États-Unis et en Arabie saoudite. » Ainsi, l’administration Bush revendiquait alors une « guerre contre le terrorisme » tout en soutenant des groupes jihadistes par l’entremise des services saoudiens – une politique de guerre par procuration qui trouve ses origines en Afghanistan dans les années 1980, et qui sera imposée à la Syrie trois décennies plus tard. 

Années 2010 : la CIA coordonne l’effort de guerre anti-Assad des pétromonarchies et de la Turquie

En janvier 2016, quarante ans après la création du Safari Club, le New York Times révéla que l’Arabie saoudite avait été « de loin » le principal financeur de la guerre secrète de la CIA en Syrie, baptisée « opération Timber Sycamore ». Ce journal cita le rôle majeur du prince Bandar ben Sultan dans celle-ci – alors qu’il dirigeait les services saoudiens entre juillet 2012 et avril 2014 –, tout en reconnaissant que cette opération de « plusieurs milliards de dollars » annuels avait conduit au renforcement des groupes jihadistes en Syrie, avec la complicité de la CIA. Selon le Times, « les efforts saoudiens [en Syrie] furent dirigés par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, (…) qui demanda aux espions du royaume d’acheter des milliers [de mitrailleuses] AK-47 et des millions de munitions en Europe de l’Est pour les rebelles. La CIA a facilité certains [sic] de ces achats d’armements pour les Saoudiens, dont un vaste deal avec la Croatie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opérations semblaient être hors de contrôle à la frontière entre la Turquie et la Syrie, les nations du Golfe transmettant de l’argent et des armes à des factions rebelles – y compris à des groupes dont les hauts responsables américains craignaient qu’ils soient liés à des organisations extrémistes comme al-Qaïda. »

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En réalité, malgré ces craintes à Washington, la CIA coordonnait clandestinement depuis le mois de janvier 2012 au moins deux réseaux d’approvisionnement en armes financés par les pétromonarchies du Golfe et la Turquie : une série de livraisons aériennes depuis les Balkans, qui a récemment fait l’objet d’une enquête approfondie du BIRN et de l’OCCRP confirmant le rôle central de la CIA dans ce trafic d’armes illégal ; et une autre voie d’approvisionnement maritime depuis la Libye, selon les révélations jamais démenties du journaliste d’investigation Seymour Hersh.

Ainsi, le New York Times confirma indirectement les propos de la parlementaire américaine Tulsi Gabbard. Trois semaines avant les attentats du 13-Novembre, elle avait dénoncé sur CNN le soutien clandestin d’al-Qaïda par la CIA sur le front syrien, critiquant le fait que l’Agence avait pour objectif de renverser Bachar el-Assad en soutenant des rebelles loin d’être aussi modérés qu’ils nous avaient été décrits jusqu’alors. Comme elle l’affirma durant cet entretien, « les États-Unis et la CIA doivent stopper cette guerre illégale et contreproductive pour renverser le gouvernement syrien d’Assad et doivent rester focalisés sur le combat contre notre ennemi réel, les groupes islamistes extrémistes. Car actuellement, nous voyons pourquoi cela est contreproductif : en œuvrant (…) pour renverser le gouvernement syrien d’Assad, nous [sommes] en train de renforcer nos ennemis, les islamistes extrémistes. »

Avant de donner de plus amples détails sur cette politique clandestine et ses conséquences, elle rappela qu’« il n’y pas eu de vote au Congrès pour autoriser l’usage de la force, pour autoriser une guerre visant à renverser un gouvernement souverain. Depuis que j’ai siégé [à la Chambre des Représentants], il n’y a eu aucun vote, y compris avant que je sois élue [en 2013]. Donc le peuple américain n’a pas eu l’opportunité de s’exprimer, d’approuver ou de désapprouver une telle guerre. Par conséquent, elle est illégale. » Il est fort probable que le caractère illicite de ces opérations explique pourquoi le Président Obama, l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et d’autres hauts responsables américains ont systématiquement occulté le rôle majeur de la CIA dans le conflit en Syrie, comme l’a récemment souligné le professeur à l’université Columbia Jeffrey D. Sachs.

Lors de cette interview sur CNN, Tulsi Gabbard expliqua également que cette guerre secrète « est contreproductive car actuellement, des armements américains vont dans les mains de nos ennemis, al-Qaïda et ces autres groupes, des groupes islamistes extrémistes qui sont nos ennemis jurés. Ce sont des groupes qui nous ont attaqués le 11-Septembre, et nous étions censés chercher à les vaincre, mais pourtant nous les soutenons avec ces armes pour renverser le gouvernement syrien. (…) Je ne veux pas que le gouvernement des États-Unis fournisse des armes à al-Qaïda, à des islamistes extrémistes, à nos ennemis. Je pense que c’est un concept très simple : vous ne pouvez vaincre vos ennemis si, en même temps, vous les armez et vous les aidez ! C’est absolument insensé pour moi. (…) Nous en avons discuté [avec des responsables de la Maison-Blanche,] à la fois durant des auditions [parlementaires] et à d’autres occasions, et je pense qu’il est important que les citoyens des États-Unis se lèvent et disent : “Regardez, nous ne voulons pas aller [en Syrie] et faire ce qui s’est passé avec Saddam Hussein, faire ce qui s’est passé en Libye avec Kadhafi, car ce sont des pays qui ont sombré dans le chaos et qui ont été conquis par des terroristes islamistes à cause des actions des États-Unis et d’autres [pays].” »

Interrogé quelques semaines après ces déclarations, [2] Nafeez Ahmed souligna que « la représentante Gabbard est une femme politique de premier plan au sein du Parti Démocrate », dont elle assurait la vice-présidence avant de rejoindre l’équipe de campagne de Bernie Sanders. Ce bon connaisseur des arcanes de Washington ajouta qu’elle dispose d’un « accès à des informations gouvernementales confidentielles relatives aux politiques étrangères et militaires des États-Unis, puisqu’elle siège dans deux importantes commissions parlementaires : la Commission de la Chambre des Représentants sur les Forces armées et celle concernant les Affaires étrangères. De ce fait, ses critiques visant les politiques clandestines de l’administration Obama en Syrie sont à prendre très au sérieux. »

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Surpris que les déclarations de Tulsi Gabbard n’aient pas suscité d’indignation nationale aux États-Unis, Nafeez Ahmed ajouta que « son témoignage sur CNN, loin d’être une “théorie du complot” infondée, confirme le soutien de la CIA en faveur de groupes affiliés à al-Qaïda en Syrie – qui s’opère principalement par l’entremise de nos partenaires régionaux tels que les États du Golfe et la Turquie. » Ces actions clandestines étant aujourd’hui de notoriété publique, elles soulèvent des questions dérangeantes sur la façon dont les intérêts géostratégiques court-termistes des États-Unis et de leurs alliés continuent de menacer la sécurité nationale de nos démocraties, et de déstabiliser un nombre croissant de pays. Finalement, moins d’une semaine après les attentats du 13-Novembre, Tulsi Gabbard déposa une proposition de loi, dont le but est de « stopper immédiatement la guerre illégale et contreproductive visant à renverser le gouvernement syrien d’el-Assad », cette initiative n’ayant toujours pas été débattue ni votée à la Chambre des Représentants.

Comment les opérations de la CIA et de leurs alliés saoudiens échappent au contrôle du Congrès

L’article du New York Times cité précédemment souligna aussi l’importance des chefs de station de la CIA en Arabie saoudite, qui y sont décrits comme étant « le véritable lien » entre Washington et Riyad depuis plusieurs décennies. Le Times fit remonter les origines de cette relation opaque et fusionnelle à la création du Safari Club. En mobilisant des fonds étrangers dans les années 1980, ce réseau a permis de financer les opérations clandestines de la CIA en Angola, au Nicaragua et en Afghanistan tout en échappant à la supervision du Congrès américain. Un tel système de financement sera adopté dès 2012 dans la guerre en Syrie, cette institution ne pouvant contrôler ce que le Washington Post a décrit en 2015 comme un « vaste effort [anti-Assad] de plusieurs milliards de dollars impliquant [la CIA,] l’Arabie saoudite, le Qatar [,] la Turquie » et leurs alliés, à travers l’« une des plus grandes opérations clandestines » de l’Agence. Conformément à la doctrine du « déni plausible », les financements extérieurs qu’elle mobilise ne sont pas soumis à la supervision du Congrès, qui ne peut exercer son contrôle sur les activités et les budgets des services spéciaux étrangers. Il en résulte que les États-Unis peuvent aisément rejeter la faute de l’essor des groupes extrémistes en Syrie sur leurs alliés du Proche-Orient, alors que la CIA soutient activement leurs opérations depuis les « MOC » (Military Operations Centers), des bases secrètes en Turquie et en Jordanie depuis lesquelles ont été livrées des milliers de tonnes d’armement aux milices anti-Assad, y compris les plus extrémistes.

Si les politiques imposées depuis quarante ans par les maîtres-espions américains et saoudiens recèlent encore bien des secrets, il ne fait plus de doute qu’elles ont grandement favorisé la création et l’internationalisation des réseaux jihadistes qui menacent dorénavant la paix mondiale. Comme l’avait expliqué Yves Bonnet, l’ancien responsable « de la Direction de la surveillance du territoire (DST) (…), la CIA et l’Arabie saoudite ont créé de toutes pièces le terrorisme messianique dont se réclament Al-Qaïda et Daesh. » Et pour citer à nouveau Nafeez Ahmed, « les réseaux moudjahidines afghans ont été formés et financés sous la supervision de la CIA, du MI6 et du Pentagone. Les États du Golfe ont apporté des sommes d’argent considérables, tandis que l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais a assuré la liaison sur le terrain avec les réseaux militants coordonnés par [Abdullah] Azzam, [Oussama] ben Laden et [leurs complices]. L’administration Reagan a par exemple fourni 2 milliards de dollars aux moudjahidines afghans, complétés par un apport de 2 milliards de dollars de l’Arabie saoudite. »

Après avoir rappelé ces faits bien connus, Nafeez Ahmed remet en cause une idée fausse qui a été continuellement reprise par une grande majorité d’experts et de journalistes occidentaux depuis le 11-Septembre : « Selon la croyance populaire, cette configuration désastreuse d’une collaboration entre l’Occident et le monde musulman dans le financement des extrémistes islamistes aurait pris fin avec l’effondrement de l’Union soviétique. Comme je l’ai expliqué lors d’un témoignage au Congrès un an après la sortie du rapport de la Commission du 11-Septembre, cette croyance populaire est erronée. (…) Un rapport classifié des services de renseignement américains, révélé par le journaliste Gerald Posner, a confirmé que les États-Unis étaient pleinement conscients du fait qu’un accord secret avait été conclu en avril 1991 entre l’Arabie saoudite et Ben Laden, alors en résidence surveillée. Selon cet accord, Ben Laden était autorisé à quitter le royaume avec ses financements et partisans et à continuer de recevoir un soutien financier de la famille royale saoudienne à la seule condition qu’il s’abstienne de cibler et de déstabiliser le royaume d’Arabie saoudite lui-même. Loin d’être des observateurs distants de cet accord secret, les États-Unis et la Grande-Bretagne y ont participé activement. »

Dans le dernier livre de Peter Dale Scott, cet accord d’avril 1991 entre Ben Laden et la famille royale saoudienne est corroboré en citant le livre lauréat du prix Pulitzer de Lawrence Wright sur al-Qaïda et le 11-Septembre. D’après d’autres sources crédibles, cette entente aurait été renouvelée en 1995, selon Anthony Summers, puis en 1998, selon Ahmed Babeeb. Parallèlement, d’après l’ancien diplomate et officier consulaire américain à Djeddah Michael Springmann, « la CIA transféra [des moudjahidines ayant combattu en] Afghanistan vers les Balkans, l’Irak, la Libye et la Syrie en leur accordant des visas US illégaux » – affirmant avoir découvert que le consulat dans lequel il travaillait était en fait une « base de la CIA ».

Au vu des éléments étudiés dans cet article, loin d’être la nébuleuse insaisissable qui nous est décrite dans les médias occidentaux, le réseau d’al-Qaïda a été utilisé par les services spéciaux américains et leurs partenaires y compris après la guerre froide, afin de remplir différents objectifs géostratégiques inavouables. Comme nous l’avons analysé, il s’agit de faits corroborés qui nous permettent, quinze ans après le 11-Septembre, de mesurer à quel point ces politiques clandestines de la CIA et de leurs alliés sont hors de contrôle. Les informations montrant que les forces soutenues par l’Agence en Syrie combattent celles qui appuient les opérations du Pentagone sur le terrain en sont une illustration édifiante.

La « guerre contre le terrorisme » : une guerre perpétuelle, lucrative (et mondiale ?)

Ainsi, une étude approfondie de l’histoire d’al-Qaïda indique que l’essor global du jihad armé découle essentiellement des relations troubles entre les responsables de la CIA et leurs homologues saoudiens, dont le royaume est décrit par de nombreuses sources autorisées comme le principal sponsor des organisations islamistes à travers le monde. Du jihad afghan au takfir syrien, des actions clandestines de la CIA massivement cofinancées par les pétrodollars saoudiens ont donc renforcé la nébuleuse al-Qaïda jusqu’à présent, et ce malgré le 11-Septembre, la mal-nommée « guerre contre le terrorisme », et les récents attentats ayant frappé les populations occidentales. Comme nous l’avons étudié, ces opérations de la CIA ont été bien souvent déléguées aux services saoudiens et à d’autres partenaires étrangers, ce qui explique pourquoi il est si difficile de comprendre le jeu dangereux de l’Agence vis-à-vis du terrorisme islamiste.

Peu traitée dans les médias, l’histoire inavouable d’al-Qaïda doit être expliquée à l’opinion publique car, comme le démontre la tragédie syrienne, les leçons du jihad afghan n’ont visiblement pas été retenues par nos dirigeants. Ainsi, de nouvelles catastrophes liées au terrorisme sont à craindre dans le monde occidental, notamment du fait du retour de Syrie des combattants extrémistes dans leurs pays d’origine. Hélas, dans un contexte de guerre perpétuelle qui génère annuellement des milliards de dollars de profits pour les multinationales de l’énergie, de l’armement, du mercenariat et du renseignement privé, les dirigeants occidentaux ont-ils la volonté de stopper ces interventions et de redéfinir une stratégie proche-orientale moins militarisée, mais certainement plus constructive ? Après quinze années d’une « guerre contre le terrorisme » qui a considérablement amplifié cette menace, qui a favorisé une privatisation massive des opérations militaires, et qui aurait engendré la mort de plus d’un million de personnes rien qu’en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, cette question dérangeante mérite d’être posée.

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Enfin, concernant le casus belli qui a légitimé cette guerre perpétuelle, une interrogation tout aussi perturbante subsiste. En effet, les principaux accusés des attentats du 11-Septembre n’ont toujours pas été jugés par les tribunaux militaires de Guantánamo. Bien que les aveux extirpés sous la torture sont juridiquement irrecevables, il n’en demeure pas moins que le plus grand crime de l’Histoire moderne des États-Unis n’a encore jamais fait l’objet d’un quelconque procès. Or, le Congrès américain vient d’autoriser les familles des victimes de ces événements à poursuivre l’Arabie saoudite en justice pour son rôle présumé dans ces attaques – malgré le veto du Président Obama, qui empêchera la promulgation de cette loi. Dans ce contexte, au vu de la relation fusionnelle entre le royaume des Saoud et la CIA, cette analyse écrite par Jean-Pierre Chevènement en 2004 est encore plus pertinente aujourd’hui : « la propagation du terrorisme islamiste, certes regrettable, fournit aussi un alibi idéal à l’entreprise de recolonisation du Moyen-Orient et de domination mondiale, à l’échelle d’unnouveau siècle américain”, dans laquelle s’est lancée l’administration de George W. Bush. L’histoire du retournement des milices wahhabites d’Oussama ben Laden contre les États-Unis, qui les avaient soutenus contre l’URSS en Afghanistan, comporte tant de zones d’ombres qu’on peut se demander si la coopération très étroite entre la CIA et les services secrets saoudiens du prince Turki, congédié seulement quinze jours avant le 11-Septembre, n’éclairerait pas utilement les circonstances d’un événement qui a ouvert une page nouvelle dans l’histoire des relations internationales : comme Athéna sortant tout armée de la cuisse de Jupiter, la “Quatrième Guerre mondiale” a été décrétée ce jour-là. » [3]

Maxime Chaix

Notes

[1]. J’ai demandé à Nafeez Ahmed ce qu’il signifiait par « services de renseignement militaire », une expression qu’il emploie fréquemment. En réalité, il fait référence aux branches paramilitaires des services spéciaux agissant dans le cadre d’opérations clandestines, comme celles de la CIA, du MI6, de l’ISI (etc.), et qui sollicitent parfois l’appui des forces spéciales et des services de renseignement militaire.

[2]. Je réalisais alors une interview écrite de Nafeez Ahmed, qui n’a jamais vu le jour en raison des attentats du 13-Novembre et de la surcharge de travail que ce drame avait engendrée pour lui et moi.

[3]. Hyperlien et accentuation ajoutés. 

lundi, 29 août 2016

Washington’s Sunni Myth and the Middle East Undone

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Washington’s Sunni Myth and the Middle East Undone

Ex: http://warontherocks.com

A Westerner with extensive on-the-ground experience in Syria and Iraq tackles conventional Western views of the civil wars in Iraq and Syria and proposes a dramatic rethinking of the region.

Editor’s Note: This is the second of two articles on this topic, the first of which was published last week. There has been some controversy over my decision to allow this author to write under a pen name. I know the author’s identity and while his arguments are surely controversial, I am confident in his sourcing and subject matter expertise. I carefully considered his request to use a pen name. I decided that this case reasonably meets the standards for such protection published on our site. The author, in my view, can reasonably and seriously fear for his professional employment and safety publishing under his real name. -RE / Update: The author’s pen name has been changed to protect someone with the same name who has nothing to do with the article.

I was not surprised to see my first article greeted with so much outrage by those who adhere to the conventional Western narrative of the civil wars in Iraq and Syria as well as the larger tumult of the Middle East. In truth, these conflicts are not so easily defined by the easy sectarian narrative offered in the Western press.  I argued that Western elites were surrendering to and even embracing the Saudi definition of what Sunni identity should mean. And I provided accounts of the conflicts in Syria and Iraq that do not comport with what you likely have been reading in the newspapers.

But there is far more to the story. It is worth recounting how we got to this point. In the aftermath of the toppling of Saddam and his regime, Iraq’s Sunnis were betrayed by many of their own religious, political, and tribal leaders who demanded that they boycott the post-2003 political order by waging an insurgency against the world’s most powerful military and the government it sought to stand up and support. Of course, it did not help that the U.S.-led occupation and the security forces it empowered victimized Sunni Iraqis disproportionately. The American military’s posture was more aggressive in Sunni-majority areas, and Iraqi security forces collaborated with Shia death squads in pursuit of a vicious counterinsurgency strategy that saw bodies piled up and neighborhoods cleansed. Iraqis en masse suffered from a collective trauma that will take decades to recover from. But hardline Sunni rejectionists and their Western backers have claimed that if Sunnis are not “empowered” then there is no alternative available to them but the Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL). When adopted by Westerners, this argument seems to support Sunnis but actually represents a very low opinion of them because it holds that Sunnis require disproportionate political power to avoid becoming terrorists. Since 2003, Sunni rejectionists have pushed this narrative to hold Iraq hostage, blackmailing Baghdad and its allies like gangsters in a protection racket.

If Sunni leaders did not receive the government position or the business contract they wanted, they would then claim persecution on account of their Sunni identity, switch sides, gather their relatives, and use violence. Examples of this phenomenon from early 2013 include:

Still, the West has pressured the Iraqi government to allow into its ranks Sunni representatives like the above, who oppose the very legitimacy of the government and the notion of a Shia ruler. There were no Shias in the Anbar or Ninawa provinces to threaten Sunnis.  At best, they were politically disgruntled, which is an insufficient reason to embrace the world’s most vicious terrorist organization.

The Jihad Returns to Haunt Syria

The interplay between the conflict in Iraq and the Syrian civil war created a perfect storm. The U.S.-led occupation of Iraq and the sectarian war it ignited influenced how Syrian Sunnis thought of themselves. The Syrian government was warned that it was next in line for regime change, and it took preemptive measures to scuttle the American project in Iraq. By supporting or tolerating insurgents (including al-Qaeda) for the first three years of the occupation, Damascus sought to bog the Americans down. But by then, the Syrian government had lost control of its eastern border. After 2006, at least one million mostly Sunni Iraqis fled into Syria, including some with ties to the insurgency who either came to Syria to facilitate insurgent operations in Iraq, to find a safe place for them and their families, or both. Many former al-Qaeda in Iraq members had fled to Damascus and were living normal lives as family men and laborers before the Syrian crisis erupted in 2011. In my own interviews with detained members of Jabhat al-Nusra, I learned that when the Syrian insurgency started, these men were contacted by old friends who told them, in effect, “We’re putting the band back together.” Many of these Iraqis formed the early core of al-Nusra, which until recently was al-Qaeda’s Syrian affiliate.

By 2010 or 2011, Iraq appeared to be stable. When the uprising started in Syria and the country became unstable, many of the Iraqi Sunni rejectionists returned to Iraq from their Syrian exile. Insurgents in Syria had created failed state zones, power vacuums full of militias, and a conservative Islamist Sunni population mobilized on sectarian slogans. The Turks were letting anyone cross into Syria, which was exploited most successfully by jihadists. By the summer of 2012, many local Syrians saw the arrival of foreign fighters in a positive light, as if they were members of the Lincoln Battalion of foreign volunteers in the Spanish Civil War. As I myself witnessed, they were welcomed and housed by Syrians, who facilitated their presence and cooperated with them.

These thousands of foreign fighters in Syria eventually sided in large numbers with ISIL, seizing parts of Syria. From there, the group was able to launch its offensive into Iraq in the summer of 2014 (although the ground in Mosul had been prepared by the jihadists for quite some time). The prospect of a Sunni sectarian movement seizing Damascus evoked their dreams of expelling the Shia from Baghdad (although the difference, of course, is that Baghdad is a Shia-majority city, unlike Damascus). The Syrian uprising mobilized public and private Gulf money for a larger Sunni cause in Syria, Iraq, and elsewhere in the region. A lot of this support went to the Sunni rejectionists of Iraq, who staged sit-ins and demonstrations in majority-Sunni cities in Iraq. Meanwhile, Al Jazeera had transformed from the voice of Arab nationalism into the voice of sectarian Sunnis, virtually promoting al-Qaeda in Syria and celebrating the initial ISIL “revolutionaries” in Iraq.

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From Syria, Back to Iraq

In 2012, as jihadists gathered in centers of rebellion around Syria, Sunni rejectionists in Iraq allowed jihadists to re-infiltrate their ranks as they launched this campaign of demonstrations, thinking they could use the presence of these men as leverage against the government. At the time, al-Qaeda and ISIL forerunner Islamic State of Iraq were still united. They had systematically assassinated key leaders of the “Awakening” movement, neutralizing those that could have blocked the jihadist rapprochement with Sunni leaders in Iraq. From 2006 to 2009, they also assassinated many rival insurgent commanders to weaken alternative armed movements. Former insurgents described to me how just before the Americans withdrew from Iraq in 2011, insurgent leaders from factions as politically diverse as the Naqshbandis, the Islamic Army, the Army of the Mujahedin, and the 1920 Revolutions Brigades all met in Syria to plan to take the Green Zone in Baghdad (an ambition that was, ironically, accomplished this year by Shia rather than Sunni masses). While these groups initially lacked the ability to take the Green Zone, they made their move when the demonstrations started with the help of the Islamic State, which saw utility in cooperating with these groups, for the time being.

When Sunni protestors in 2012 and 2013 filled squares in Ramadi, Mosul, Hawija, Falluja, and elsewhere chanting “qadimun ya Baghdad (“we are coming, Baghdad”), it was hard for the government and average citizens in Baghdad not to interpret this as a threat from various Sunni-majority cities. These were not pro-democracy demonstrations. They were rejecting the new order — an elected government — and calling for overthrow of the Shia.

Sunni rejectionist leaders rode this wave of support and became a key factor in how easily ISIL later seized much of the country. According to Iraqi insurgents I spoke to, ISIL’s leaders initially thought that they would have to depend on former insurgents, including Baathists, as a cover to gain support. While ISIL’s jihadists did initially cooperate with some of these groups, it was not long until ISIL discovered it did not need them and purged them from its newly seized territories. Many Sunni rejectionist leaders, now understanding the horror of what they helped to unleash, then fled, leaving their populations displaced, destroyed, and divided. Likewise in Syria, Sunni rejectionists and their Western supporters argued that the only way to defeat ISIL is to topple Assad, and thus placate their sectarian demands. And the West somehow believes that they are representative of Syria’s Sunnis writ large. The secular or progressive opposition activists amenable to pluralism unfortunately have no influence because they have no militias of their own.

The Evolution of Sectarian Identity in the Modern Middle East

There is a major crisis within Sunni identity. Sunni and Shia are not stable, easily separable categories. Twenty years ago, these terms meant something else. The 2003 invasion of Iraq was the geopolitical equivalent of the asteroid that caused the extinction of the dinosaurs. Just as species were killed off or arose thanks to that cataclysm, so too in the Muslim world, old identities were destroyed while new ones were created, as discussed by Fanar Haddad at the Hudson Institute. One of these new identities was the post-Saddam “Sunni Arab,” treated by their Western taxonomists as if they were an ethnic group rather than a fluid, fuzzy, and diverse religious sect. For centuries, Sunni identity was conflated with “Muslim” and the identity of “Muslim” was distinct from members of heterodox or heretical sects. Generally speaking, Shias living in areas dominated by Sunnis were subordinate to them juridically and by custom. The war in Iraq helped create a sense of “Sunni-ness” among otherwise un-self-conscious Sunni Muslims,  and it also overturned an order many took for granted. To make matters worse, not only were Shia Islamist parties (such as Dawa and the Supreme Council) brought to power (as well as Sunni Islamist parties such as the Islamic Party), but Sunnis bore the brunt of the occupation’s brutality (while Shias bore the brunt of the insurgency’s brutality).

The result is that we now see Sunni identity in the way that the Saudis have been trying to define it since they began throwing around their oil wealth in the 1960s to reshape Islam globally in the image of Wahhabism. Haddad explains:

[T]he anti-Shia vocabulary of Salafism has clearly made some headway in Iraq and indeed beyond. This is only to be expected given that Salafism offers one of the few explicitly Sunni and unabashedly anti-Shia options for Sunnis resentful of Shia power or of Sunni marginalization.

In other words, we now see a Sunni identity in Iraq that dovetails with Saudi Wahhabism. And the response in the West is to reinforce this!

Ironically, we do something similar with Shia identity. Westerners (and sectarian Sunnis) believe Shia are all the same and all an extension of Iranian (Persian) theocratic power — but they are not, and assuming this is the case has negative effects in the region. It is true that there is far more political coherence to Shia religious identity in the Middle East compared to the Sunni, but placing the center of Shia identity in Iran dramatically misconceives the center of power in the Shia Arab world. To be a sect, you need to have a sense of coherence with centers of power through which someone speaks on your behalf. Shias know what they are and who their leaders are. In Iraq and even beyond its borders, Grand Ayatollah Ali Sistani looms larger than others for Shia, especially but not exclusively in the Arab world.  The Sunnis have no equivalent leader.

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We tend to view Hizballah or the Iranian Revolutionary Guard Corps solely as threats to the West or Israel, but they are also mature local actors with influence on other Shias. Before 2011, the Shia axis was merely an idea. Compared to the Shia of Lebanon, Syria, and Iran, Iraqi Shias were relatively isolated from neighboring countries and struggles. They were insular, and their aspirations were more mundane, as they were discovering middle-class life. Just as Sunni rejectionists playing ISIL’s game in radicalizing their populations, this process also radicalized many Iraqi Shia, mobilizing them in self-defense and even launching some of them into Syria to support Assad. Now Shias from Iraq, Lebanon, Iran, Syria, Afghanistan, and elsewhere are cooperating on the battlefield. From 2003 until the present day, Shia civilians have been targeted in Iraq nearly every day, not to mention in Pakistan, Afghanistan, Syria, Lebanon, and Yemen.

Despite this virtual war on Shias supported and condoned by major Sunni religious leaders, Shias have remained much more restrained than their Sunni counterparts. What is keeping Lebanese, Iraqi, and Syrian Shias from committing massacres and displacing all Sunnis in their path? By and large, it is a more responsible religious leadership guiding them from Qom or Najaf, organizing Shias and offering structure and discipline. According to interviews I have conducted in the region, Hizballah leaders privately complain to Iraqi Shia leaders about their behavior, condemning them for alienating and failing to absorb Sunnis. They scold these leaders for their violations, reminding them that when Hizballah expelled the Israeli occupation, it did not blow up the houses of the many Christian and Shia collaborators or violently punish them.

When we say Sunni, what do we mean? There are many kinds in too many countries: Sunni Kurds, Uighurs, Senegalese, tribal Arabs, urbanites in Cairo, Damascus, Baghdad, Bedouins, and villagers. You cannot make Sunnism into a politically coherent notion unless you are willing to concede to the narrative of al-Qaeda, ISIL, or the Muslim Brotherhood. The latter has historically avoided the explicit, toxic sectarianism of the jihadi groups, but it is also a broken and spent force as its projects in the Arab world having largely failed.

Before the rise of the modern Arab nation-state, cities possessed a state-sponsored moderate Islam that was involved in the law. Urban Sunnis were largely part of the moderate Hanafi school of Sunni jurisprudence. This school, one of four mainstream Sunni schools, is the most tolerant and flexible. The countryside historically practiced folk Islam or considered itself Shia, Sufi, or Alawi. Hanafization took place because it was the religion of elites, the religion of empire, the religion of Ottomans. Today, there is no state Hanafi Islam and other moderate institutions. traditional Sunni Islam of the state has crumbled.

It is therefore impossible to find a genuine center of Sunni power. It is not yet Saudi Arabia, but unless the West changes the way it sees the Middle East, that will become a self-fulfilling prophecy with cataclysmic results.

Saudi Arabia is the dominant state supporting Sunni Islam today via mosques, foundations, and Islamic education. As a result, Salafism — a movement that holds Islam should be practiced as it was by the Prophet Mohammad and his companions — is the new religion of empire and its rejectionist tendencies are a danger to all countries with a Sunni population, from Mali to Indonesia. One reason why Syrian Sunnis became so radicalized is that many of them spent years working in the Gulf, returning with different customs and beliefs. When a Gulf state supports the opening of a mosque or Islamic center in France or Tanzania, it sends its Salafi missionaries and their literature along with it. Competing traditions, such as Sufism, are politically weak by comparison. Muslim communities from Africa to Europe to Asia that lived alongside for centuries alongside Christians, Buddhists, and Hindus are now threatened as Sufis and syncretic forms of Islam are pushed out by the Salafi trend.

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I have come to understand that in its subconscious, the institutional culture of the Syrian regime views this transnational Sunni identity as a threat and it is one reason why Alawites are overrepresented in the Syrian security forces. This is partly for socioeconomic reasons, but it is also seen by the regime as key to preserving the secular and independent nature of the state. Their rationale is that Alawites as a sect have no relations or connections or loyalties outside of Syria. As a result, they cannot betray the country by allying with the Saudis, Qataris, or the Muslim Brotherhood, nor can they suddenly decide to undo the safeguards of secularism or pluralism inherent in the system.

The vision propagated by the Islamic State is consistent with the Salafi interpretation of Islamic law, which is why Egypt’s al-Azhar or other institutions of “moderate Islam” cannot be counted upon to stem the tide of Salafism. Al-Azhar, traditionally the preeminent center of Sunni Islamic learning, failed to reject ISIL as un-Islamic. Leading Sunni theologians in the Arab world have condemned ISIL on the grounds that the group is excessive, applying the rules wrong, or pretending to have an authority it does not legally possess, but they do not cast the movement as un-Islamic and contrary to Sharia. Only technical differences separate the ideology of Jabhat al-Nusra from that of ISIL or Ahrar al-Sham or even Saudi Arabia. The leadership of al-Nusra also holds takfiri views, and their separation from al-Qaeda did not involve a renunciation of any aspect of its toxic ideology. Ahrar al-Sham likewise appeals to the same tendencies.

Curiously, U.S. political leaders seem more dedicated than anyone in the world to explaining that ISIL is not true to the tenets of Sunni Islam. The problem is that Muslims do not look to non-Muslim Western political leaders as authoritative sources on Islam.

The irony, of course, is that the main victims of Salafization are Sunnis themselves. Sunni elites are being killed, and the potential to create Sunni civil society or a liberal political class is being made impossible. ISIL seized majority-Sunni areas. Main Sunni cities in Iraq and Syria are in ruins and their populations scattered, and, obviously, the Syrian Arab Army’s brutal campaign has also contributed to this. Millions of Sunnis from Syria and Iraq are displaced, which will likely lead to a generation of aggrieved Sunni children who will receive education that is extreme, sectarian, and revolutionary or militant in its outlook — if they get any education at all. Already, many live in exile communities that resemble the Palestinian refugee camps, where a separate “revolutionary” identity is preserved.

The Sunni public has been left with no framework. Sunnis represent the majority of the Middle East population, and yet having in the past embraced the state and been the state, they now have nothing to cohere around to form any robust and coherent movement or intellectual discourse. A movement built around the idea of Sunnism, such as the foreign-backed Syrian opposition and some Iraqi Sunni leaders, will create an inherently radical region that will eventually be taken over by the real representatives of such a notion — al-Qaeda, ISIL, or Saudi Arabia.

State Collapse and Militias Fighting for Assad

Five years of bleeding has weakened the Syrian army and forced it to rely upon an assortment of paramilitary allies, nowhere more so than in Aleppo. On July 28, the Russians and Syrians offered insurgents in east Aleppo amnesty if they left, and they invited all civilians to come to the government-held west Aleppo. This offer was explicitly modeled on the 2004 evacuation of Falluja’s residents, which came at a high price, in order to retake the city from al Qaeda in Iraq. In response, Sunni extremists called for an “epic” battle in Aleppo. The jihadist offensive was named after Ibrahim al Yusuf, a jihadist who killed dozens of Alawite officer candidates at the Aleppo military academy in 1979 while sparing Sunni cadets. It is led by Abdullah Muheisni, a shrill Saudi cleric who called upon all Sunnis to join the battle and who marched into the city triumphantly. Up to two million people in west Aleppo are threatened by the jihadist advance, protected by an army hollowed out after five years of attrition.

This has forced the Syrian regime to rely on Shia reinforcements from Iraq, Lebanon, Afghanistan, and Iran. There is a big difference between these Shia reinforcements and their jihadist opponents. The Iraqi Popular Mobilization Forces (PMF) and others have come to Syria to help the Syrian army prevent further state collapse. They would not be there had a foreign-backed insurgency not weakened the army. The foreign Shia militias do not interact with Syrian civilians and are only on the frontlines. They are not attempting to impose control. Even the worst of the Iraqi Shia militias avoid overt sectarianism and work hard to stress that the enemy is not all Sunnis but rather those who advocate for a violent Wahhabi ideology. Moreover, I learned in interviews that the regime has arrested and even executed unruly Shia militiamen.

Meanwhile, Muheisni and his hordes represent an explicitly totalitarian and genocidal ideology that endangers all people of the region who are not Salafi men. The Shia PMF units in Aleppo such as Kataeb Hizballah and Nujaba have plenty of Sunnis in Baghdad that they could massacre if they had an anti-Sunni agenda, and yet they leave them alone just as they do the Sunni civilians of government-held portions of Aleppo.

Finally, Iran and its non-Syrian Shia partners cannot establish roots in Syria or change its society as easily as some seem to think. As much as the Alawite sect is called Shia, this is not entirely accurate and they do not think of themselves as Shia. They are a heterodox and socially liberal sect that bears little resemblance in terms of religious practice or culture to the “Twelver Shias,” such as those of Iran, Iraq, or Lebanon. There is only a very tiny Twelver Shia population in Syria.

Many of the soldiers fighting in the Syrian army to protect Aleppo are Sunnis from that city, and most of the militiamen fighting alongside the army in various paramilitary units are Sunni, such as the mixed Syrian and Palestinian Liwa Quds and the local Sunni clan-based units. In Aleppo, it is very much Sunni versus Sunni. The difference is that the Sunnis on the government side are not fighting for Sunnism.  Their Sunni identity is incidental. By contrast, the insurgents are fighting for a Sunni cause and embrace that as their primary identity, precluding coexistence. This does not, of course, mean the government should drop barrel bombs on their children, however.

The presence of Iraqi Shia militiamen is no doubt provocative and helps confirm the worst fears of some Sunnis, but the fact that these foreign Shia are supporting their Syrian allies does not negate the fact that there are many more thousands of Sunnis on the side of the government. Those foreign Shia militias believe, according to my interviews, that if they do not stop the genocidal takfiri threat in Syria, then Iraq and Lebanon will be threatened. Alawites and other minorities believe this too of course. But in Syria there is still a state and it is doing most of the killing, though not for sectarian reasons but for the normal reasons states use brutality against perceived threats to their hegemony. There have been exceptions such as the 2012 Hula or 2013 Baniyas massacres in which ill-disciplined local Alawite militiamen exacted revenge on Sunni communities housing insurgents, targeting civilians as well.

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What is Washington to Do?

U.S. policy in the Middle East, especially in conflict zones and conflict-affected states, should be focused on (1) doing no harm and (2) making every effort to stop Saudi Arabia from becoming the accepted center of the Sunni Arab world or the Sunni world writ large, while (3) building and reinforcing non-sectarian national institutions and national forces.

America’s Troublesome Saudi Partners

As regards Saudi Arabia, many American thought leaders and policymakers have long understood the fundamental problems presented by this longstanding U.S. partner but the policy never changes. Indeed, U.S. policy has in many ways accepted and even reinforced the longstanding Saudi aim to define Sunni identity in the Arab world and beyond. It is dangerous to accept the Saudi narrative that they are the natural leaders of the Sunni world given the dangerous culture they propagate. Promoting a sectarian fundamentalist state as the leader of Arab Sunnis is hardly a cure for ISIL, which only takes those ideas a bit further to their logical conclusions.

Washington may not have the stomach to take a public position against the form of Islam aggressively propagated by its Saudi “partners,” but there must be an understanding that Wahhabism is a dangerous ideology and that its associated clerical institutions represent a threat to stability in Islamic countries around the world. The United States could seek to sanction media outlets, including satellite channels and websites, that promote this form of Islam. Think this is unprecedented? Washington has targeted Lebanese Hizballah’s al-Manar station with some success.

Syrian and Iraqi Sunnis are not holding their breath waiting to hear what Gulf monarchs will say. They wait only to see how much money might be in the envelopes they receive for collaboration. For leadership, Iraqi and especially Syrian Sunnis should be encouraged to look closer to home — to their own local communities and the state. The state should be strengthened as a non-sectarian body.

The Need for Non-Sectarian Institutions in the Middle East

In Washington’s policy circles, we often hear calls for Sunni armies and militias to “solve” Iraq and Syria. Yet Sunni armies already exist in these countries in the form of ISIL, al-Qaeda, and Ahrar al-Sham. The answer is not more Sunni armed groups.

If the goal is to excise jihadism, do not try to coexist with Sunni rejectionists advancing Saudi notions of Sunni identity. If Assad were fed to the jihadists as a sacrifice, then the next Alawite, Christian, Shia, secular, or “apostate” leader would become the new rallying cry for jihadists. Their goal is not merely the removal of one leader, but the extermination of all secularists, Shias, Alawites, Christians, and Jews, and others who are different — including fellow Sunnis. The Syrian government is often criticized for making little distinction between ISIL, Jabhat al-Nusra, Ahrar al-Sham, and the “moderates” who cooperate with them, but this misconceives how the Syrian state forces see the conflict. To them, any insurgent force with Islamist slogans is a slippery slope leading to the same result. Critics may complain that at various points in the war Syrian state forces spent more resources fighting the American-backed insurgents than ISIL, but this is because ISIL emerged largely in areas where the Syrian government had already been driven out. Meanwhile, the so-called moderates were the main day-to-day threat to government-held population centers such as Aleppo, Hama, Homs, Damascus, and Daraa.

It is irrational for the West to expect the Syrian government to focus on the enemies the West wants to see defeated while Western powers, along with Gulf countries and Turkey, are supporting insurgents that attack government forces which secure cities. The Syrian security forces have a finite amount of men, ammunition, fuel, and other resources, and they need to protect a great deal of military infrastructure, terrain, population centers, and supply lines. This naturally forces the regime to make choices. When foreign-backed insurgents attack state-held areas, the state’s security forces are less able to conduct operations elsewhere. For example, when American-backed insurgents cooperated with al-Qaeda and foreign fighters to seize cities in Idlib province last year, the Syrian Arab Army sent reinforcements from the east to Idlib. This left Palmyra wide open for ISIL to attack, which they did, seizing the ancient city. In February of this year, with the Cessation of Hostilities in place, the Syrian state was able to focus more resources on ISIL and retake Palmyra with Russian backing. ISIL and al-Qaeda thrive in stateless zones throughout the Muslim world. Supporting insurgents to create more such zones will only give such groups more space to occupy.

Every proposal to further weaken regime security forces leads to a greater role for Shia militias and the ill-disciplined militias the regime relies upon for support. Escalation by supporting proxies does not pressure the regime to negotiate. It only pressures the regime to use even more repressive and abhorrent tactics. The only compromises it makes are about which actors it will rely upon to defeat its enemies. As law and order breaks down, even Alawite militias have lost respect for the security forces. What is left of the Syrian state is failing, and the West bears some responsibility for that.

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As jarring as this may sound to many Western readers, the Syrian government offered a model of secular coexistence based on the idea of a nation-state rather than a sect. This is a model wherein Sunnis, Alawis, Christians, Druze, Kurds, Shias, and atheists are all citizens in a deeply flawed, corrupt, and — yes — repressive system in need of improvement but not in need of destruction. The Syrian state has clearly become progressively more brutal as the civil war has dragged on. Still, the regime is not sectarian in the way most in the West seem to think. It is also not purely secular in that it encourages religion (a bit too much) and allows religion to influence the personal status laws of its various sects.

The regime has always felt insecure vis-à-vis its conservative Sunni population, and it has gone out of its way to placate this group over the years by building mosques and Quranic memorization institutes across the country. But denying that the regime is sectarian is not a defense of the regime’s moral choices. Rather, it just shows that it commits mass murder and torture for other reasons, such as the protection and holding together of what is left of the state. This is not an apology for the massive and well-documented human rights violations committed by the Syrian government throughout the course of this war. But until 2011, it offered a society where different religious groups and ethnicities lived together, not in perfect harmony, but at peace. If you do not believe me, look at the millions who have fled from insurgent-held areas to government-held areas and have been received and treated just like any other citizens.

This is far preferable to the sectarian model advanced by much of the Syrian armed opposition, which seeks to create something that will lead ultimately to, at worst, a jihadist caliphate and, at best, a toxic and repressive state in the mold of Saudi Arabia. As I noted in my previous article, the Syrian government has unleashed desperate levels of brutality, using collective punishment, indiscriminate attacks on insurgent-held areas, and harsh siege tactics. Many thousands have died in the regime’s prisons, including the innocent. Likewise, the insurgency has slaughtered many thousands of innocents and participated in the destruction of Syria. This legacy of crimes committed by all will hopefully be dealt with, but all responsible parties should view ending this conflict as the first priority.

In Iraq, there exists a state that should be supported over the claims of Sunni rejectionists who still think they can reestablish Sunni dominance in Iraq. The West should have learned from Iraq, Libya, Egypt, and now Yemen how disastrous regime change is. Better instead to promote a gradual evolution into something better by abandoning the disastrous (and failed) regime change policy and supporting decentralization, as called for by Phil Gordon.

What Drives Disorder?

It is wrong to listen to those who say that insurgents will not stop fighting as long as Assad is in power. Many have stopped already, many cooperate tacitly or overtly, and there are many discussions about ceasefires taking place inside and outside Syria.

It is often claimed that Assad “is a greater magnet for global jihad than U.S. forces were in Iraq at the height of the insurgency.” Assad inherited the same enemy the United States faced in Iraq. The primary recruiter for extremists is the war, the power vacuum created by war, the chaos and despair resulting from it, and the opportunity jihadists see to kill Shias, Alawites, secular apostate Sunnis, Christians, and Western armies gathering for what they view as the final battle before judgment day. Assad is barely mentioned in ISIL propaganda. He is too small for them. They want something much larger, as do the other Salafi jihadi groups operating in the region. It is naive to think that if Assad is simply replaced with somebody else the West finds suitable that the jihadis will be satisfied. Moreover, Assad (just like Maliki) is not in Yemen, Libya, the Sinai, or Afghanistan, and, yet, the Islamic State is growing in all those places.

Many Sunni majority countries in the Middle East and elsewhere are also skeptical of regime change in Syria. Even Turkey, which has allowed jihadists to freely use its territory for much of the war, is slowly changing its policy on regime change in Syria. So those who worry about alienating the so-called Sunni world are really only talking about alienating the Saudis — they just won’t admit it. Saudi Arabia is a more mature version of ISIL, so why should they be placated to defeat anyone?

Regime change or further weakening the Syrian army creates more space for ISIL and similar groups. It grants a victory to the Sunni sectarian forces in the region and leads to state collapse in the remaining stable areas of Syria where most people live.

By pitting moderate Sunnis against extremist Sunnis, the United States merely encourages the sectarian approach. The answer to sectarianism is non-sectarianism, not better sectarianism. If you are looking for a Sunni narrative, you are always playing into the hands of the Sunni hardliners. This does not mean the answer is the Syrian regime in its past or current forms. Opposing sectarian movements does not necessarily mean supporting authoritarian secular states. But functioning states, even imperfect and repressive ones, are preferable to collapsed states or jihadist proto-states.

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Westerners are outsiders to this civil war, even if they helped sustain it. For the West, this is not an existential threat, but it is for many of those who live in the Middle East. Those in the region who are threatened by ISIL feel as though beyond the walls of their safe havens there is a horde of zombies waiting to eat their women and children. They might feel that if there is not a cost, in a social sense, paid by those communities who embraced ISIL, then those communities will not have been defeated or learned their lesson. Then, they worry another generation of Sunni extremists will just wait for another chance to take the knives out again. There is an anthropological logic to violence. This is a civil war, inherently between and within communities. It is not merely two armies confronting each other on a battlefield and adhering to the Laws of War. In the eyes of the Syrian and Iraqi states, it is a war on those who welcomed al-Qaeda and then ISIL into their midst.

There is no mechanical link between showing benevolence to formerly pro-ISIL communities and to their not radicalizing in the future. Islamic culture today is globalized, courtesy Saudi funding and modern communications. Many Iraqi Sunnis previously embraced al-Qaeda, only to then embrace the even more virulent ISIL. Future generations should remember that this choice garnered consequences for atrocities, such as the Bunafer tribesmen engaging in the Speicher massacre of Shia soldiers in Iraq. There is a symbolism in a Shia PMF fighter marching into Tikrit, making it clear to Sunni chauvinists that they cannot be the masters over Shia serfs. Yet too severe a punishment, or an unjust one, can indeed leave people with nothing to resort to but violence.

There is little good Washington can do, but it can still inflict a great deal of harm, even if it is motivated by the best of intentions. In The Great Partition, the British historian Yasmin Khan asserted that the partition of India and Pakistan, which killed over one million and displaced many millions, “stands testament to the follies of empire, which ruptures community evolution, distorts historical trajectories and forces violent state formation from societies that would otherwise have taken different—and unknowable—paths.” The same lessons can be learned in Iraq, Libya, and the clumsy international intervention in Syria. It is time that the West started to mind its own business rather than address the failure of the last intervention with the same tools that caused the disaster in the first place. At most, the West can try to help manage or channel the evolution of the region or contain some of its worst side effects.

The order in modern Europe is a result of bloody processes that saw winners and losers emerging and the losers accepting the new order. ISIL’s arrival has expedited this historic process in the Middle East. It has helped organize and mobilize Iraq Shias and connect them to the rest of the world, while the disastrous decision of many Sunnis to embrace movements such as ISIL has caused many of their communities to suffer irreparable damage and dislocation.

Perhaps the Middle East is going through a similar process that will lead to a new more stable order after these terrible wars are over. This period of great flux offers creative opportunities. While some analysts have called for breaking up Syria and Iraq into smaller ethnic and sectarian entities, this would lead to more displacement and fighting, as it did in the Balkans over the course of over a century. Instead of promoting the worst fissiparous tendencies in the region, the solution might be creating greater unity

The American asteroid that hit the Middle East in 2003 shattered the old order. Those tectonic plates are still shifting. The result will not be an end to the old borders, as many have predicted or even suggested as policy. It will also not be the total collapse of states. The evolving new order will retain the formal borders, but central states will not have full control or sovereignty over all their territory. They will rely on loose and shifting alliances with local power brokers, and they will govern in a less centralized way. Accepting this and supporting looser federal arrangements may be the best path forward to reduce fears, heal wounds, and bring about stability.

Cyrus Malik is a pen name for a security consultant to the humanitarian community in the Levant and Iraq.

lundi, 25 juillet 2016

A Short History of Modern Iraq's Ethnic Minorities

lundi, 20 juin 2016

L’Iran se relie à l’Eurasie avec le Canal Perse

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L’Iran se relie à l’Eurasie avec le Canal Perse

F. William Engdahl

Ex: http://reseauinternational.net

Avec la disparition des sanctions économiques étasuniennes et européennes, il devient manifeste que l’Iran veut aujourd’hui construire, pas détruire comme l’Occident semble le vouloir à tout prix. La toute dernière annonce  est que Téhéran a décidé de se lancer dans un grand projet d’infrastructure qui demandera peut-être une dizaine d’années pour être achevé: un canal navigable, reliant pour la première fois la mer Caspienne au golfe Persique en traversant l’Iran. Compte tenu de la topographie très montagneuse de l’Iran, il n’est pas facile à creuser. Ce sera également un grand avantage pour la Russie et les autres pays bordant la mer Caspienne, ainsi qu’une infrastructure exactement adaptée au grand projet chinois de la Route de la Soie.

Pour sa marine et son commerce, la Russie cherche un lien vers les mers chaudes depuis l’époque des tsars Romanov. Aujourd’hui, sur une voie très étroite traversant Istanbul entre mer Noire et mer de Marmara, les navires russes doivent franchir les détroits turcs du Bosphore, les Dardanelles, la mer Egée et la mer Méditerranée. Compte tenu des relations glaciales entre Moscou et Ankara aujourd’hui, depuis que les forces aériennes turques ont l’année dernière abattu délibérément un jet russe dans l’espace aérien syrien, en violation de toutes les normes du droit international, la traversée du Bosphore par les navires russes est une entreprise très incertaine, malgré les traités internationaux sur la liberté de passage.

D’ailleurs, pour les navires iraniens ou chinois aussi, atteindre les ports méditerranéens de l’Europe, exige maintenant qu’ils traversent le canal de Suez appartenant au gouvernement égyptien. En dépit de la Convention de 1888 de Constantinople, qui accorde le droit de libre accès à toute nation et navire en temps de guerre ou de paix, le gouvernement égyptien, comme cela a été évident lors du coup d’État des Frères musulmans de Mohammed Morsi soutenu par les USA, présente aussi un très important risque politique. En contournant les détroits turcs et le canal de Suez égyptien, le canal iranien offre aussi à la Russie et aux autres États le chemin le plus court vers l’océan Indien.

Téhéran a dévoilé les plans de construction d’une voie artificielle qui reliera pour la première fois la mer Caspienne et le golfe Persique. Son achèvement est prévu dans une dizaine d’années. Elle a d’énormes implications économiques, militaires et économiques.

Le « Canal de Suez » de l’Iran

canalphoto_3321_5183249.jpgDu point de vue économique et géopolitique, ce sera, dans tous les sens du terme, un rival au canal de Suez. Selon un article publié par Sputnik International de Russie, le projet a été approuvé en 2012 par l’ancien Président iranien Mahmoud Ahmadinejad, au moment où les sanctions occidentales étaient toujours en place. Le coût avait été estimé alors par Khatam-al Anbiya, une société d’ingénierie appartenant à la Garde révolutionnaire iranienne, à environ sept milliards de dollars. À cette époque, dans une démarche visant à bloquer le projet, Washington avait imposé des sanctions économiques aux entreprises qui participaient au projet. Maintenant, pour d’autres raisons géopolitiques, Washington a levé de nombreuses sanctions et Téhéran va de l’avant.

Le canal de la mer Caspienne de l’Iran a un avantage majeur de sécurité. Il traverse strictement l’espace iranien, espace qui est bien défendu.

Deux itinéraires sont envisagés pour le « Canal de Suez » iranien. Le plus court à l’ouest traverserait le territoire montagneux, tandis que le plus long permettrait l’irrigation des vastes régions désertiques de l’est de l’Iran et éviterait l’étroit chenal d’Ormuz, entre Oman et Iran.

L’itinéraire oriental, entre l’est du Golfe d’Oman et le sud-est de la mer Caspienne a une longueur totale comprise entre 1465 et 1600 kilomètres, en fonction du cheminement interne. Il aurait l’avantage supplémentaire de permettre l’irrigation et le développement de l’agriculture dans les provinces sèches du pays, à l’est et au centre, là où l’absence de précipitations a créé une énorme sécheresse ces dernières décennies. La voie navigable permettrait de recharger la nappe phréatique en eau.

L’itinéraire occidental, bien que plus court, présente des inconvénients majeurs. Faisant environ 950 km, empruntant des lits de fleuves partiellement navigables, il devrait traverser les vallées des montagnes Zagros sur 600 kilomètres. L’inconvénient majeur de cette voie est la traversée des hauteurs de Zagros et des provinces du Kurdistan et d’Hamedan, où il doit grimper à plus de 1800 mètres.

Quel que soit l’itinéraire choisi, et apparemment des raisons de sécurité nationale l’ont fait garder secret jusqu’ici, plusieurs avantages majeurs se développeront à partir du canal reliant la mer Caspienne à l’océan Indien. D’abord, d’une part, il créera le lien maritime le plus court entre le golfe Persique et l’Inde et l’Europe de l’est, du centre et du nord; d’autre part, il sera en concurrence directe avec le canal de Suez et l’instabilité politique égyptienne. Pour la Russie, il aura l’avantage géopolitique majeur d’offrir un accès facile et direct à l’océan Indien, indépendant du canal de Suez et des détroits turcs du Bosphore. Pour l’Iran, sur le plan économique, ce serait un créateur d’emploi majeur. Il ajouterait environ deux millions de nouveaux emplois dans la construction et l’entretien le long du canal. Il permettra aussi à Téhéran de relancer les régions isolées de l’est qui se chargeraient de l’infrastructure, incluant la construction d’un nouveau port moderne dans les régions économiques libres de Bam et Tabas, de chantiers navals et d’aéroports, et des villes prévues. Il permettrait aussi d’éviter ou de réduire considérablement la désertification en créant un obstacle à la propagation du désert vers les terres iraniennes fertiles.

Cela arrive au moment où l’Iran se prépare à devenir membre à part entière de l’Organisation de coopération eurasienne de Shanghai (OCS). L’Iran avait le statut de nation observatrice à l’OCS depuis 2008, mais les sanctions de l’ONU ont empêché sa pleine adhésion jusqu’à janvier dernier. La Russie et la Chine soutiennent fermement sa pleine adhésion, qui sera vraisemblablement ratifiée plus tard cet été, lors de la réunion annuelle. En février 2016, en visite à Téhéran, le Président chinois Xi Jinping a discuté de la participation de l’Iran au projet d’infrastructure eurasiatique de la Chine, de la création d’un réseau de ports et des réseaux ferroviaires à grande vitesse sillonnant l’Eurasie de Pékin à la Biélorussie et au-delà. Il est très probable que Xi et le Premier ministre Rouhani ont aussi discuté de la participation de la Chine au financement et peut-être aussi à la construction du Canal persan, alternative iranienne au canal de Suez.

D’après ce que j’ai observé personnellement lors d’une récente visite à Téhéran, les Iraniens en ont assez de la guerre. Ils ne se sont pas totalement remis des pertes et des destructions de la guerre Iran-Irak initiée par les USA dans les années 1980, ni des déstabilisations US ultérieures. Ils veulent plutôt un développement économique pacifique et être en sécurité chez eux. Le projet du Canal Persan de l’Iran est une belle étape dans cette direction.

  1. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier. Titulaire d’un diplôme en politique de l’université de Princeton, il est auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique. En exclusivité pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

NEO, F. William Engdahl

Original : journal-neo.org/2016/04/07/iran-links-to-eurasia-with-per...
Traduction Petrus Lombard

Kerbala ou la résistance contre Daech, quelques leçons

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Kerbala ou la résistance contre Daech, quelques leçons

par Maria Poumier

Ex: http://plumenclume.org

Les chiites du monde entier se rendent pendant dix jours au pèlerinage de Kerbala au mois de mai, pour commémorer la naissance de l’imam Hussein, qui allait être massacré ainsi que sa famille, en 680. Cette année, cela fait exactement deux ans, le 5 mai 2014, que Daech s’installait, à la surprise générale, en Irak, prenant le contrôle des gisements pétroliers, la mirifique richesse du pays.

Le chiisme perpétue la lignée familiale du fondateur de l’islam. C’est plus tard qu’apparaît une faction dissidente, celle qui revendique l’autorité de la sunna, la tradition arabe, contre celle des descendants du Prophète. Et le schisme s’installe précisément à Kerbala, lors d’une terrible bataille. En termes chrétiens, on peut parler d’hérésie et de rébellion contre la théocratie héréditaire incarnée par les chiites. Ceux-ci, héritiers du christianisme  oriental et particulièrement libanais, ont bâti une église centralisée à l’image de la papauté. C’est ce qui fait jusqu’à aujourd’hui leur force, même si chaque ayatollah conserve une grande autonomie, comme autant d’évêques locaux, ce qui ne va pas sans heurts.

Cette année, le 10 mai, puis le 11 octobre, anniversaire du martyre de l’imam Hussein (le troisième imam, 626-680), une histoire de cruautés et de perfidie révoltante est intensément revécue chaque année à Kerbala, ainsi que le souvenir d'Abbas, frère d'Hussein, symbole du dévouement et de la fidélité ; tous deux sont les fils de l’imam Ali (deuxième imam, 600-661), dont on vénère le mausolée à Najaf. Le pèlerinage de Kerbala fait écho à celui de Machhad, en Iran, où l’on commémore le martyre d’un autre imam encore, l’imam Reza, également assassiné dans des conditions atroces et déloyales (huitième imam, 765-818).

Les femmes pleurent et sanglotent dans les mosquées, comme si ces massacres étaient strictement contemporains. Les hommes aussi pleurent en public, et des groupes de pèlerins se flagellent dans les rues, comme les pénitents des Semaines saintes d’Andalousie et du Mexique s’infligent des pénitences. Des chants extraordinaires s’élèvent de partout, récits épiques transmis oralement comme nos chansons de geste ; les moments relevant  clairement du miracle improbable  donnent lieu à des fragments énigmatiques et intenses, comme dans le Romancero castillan ; psalmodies élégiaques, pauses sentimentales, psaumes bibliques déchirants adressés au ciel, très proches de la ligne mélodique du Cante jondo, s’enchaînent et se relaient. Cela se passe dans la rue, aux abords du sanctuaire. Les gens marchent en reprenant des refrains, hommes, femmes, couples, enfants, nourrissons, aïeules en chaise roulante. Des groupes de femmes s’assoient sur le trottoir pour écouter les bardes, elles cachent leurs sanglots dans les pans de leur voile. Les enfants sont parfaitement sages, sans se forcer le moins du monde, et ils offrent des bonbons aux passants. Les commerçants sont discrets, sous les arcades, il n’y a pas un touriste occidental pour attirer mendiants, publicité agressive ou profanation quelconque. Une belle cloche sonne un angélus inattendu : c’est l’horloge de style Big Ben qui jouxte la mosquée de l’imam Hussein. Et les lecteurs professionnels du Coran, toujours inspirés, fervents et contagieux, se succèdent dans les mosquées, tandis que résonnent, dans chaque ville, les appels des muezzins à honorer Dieu plutôt que le Veau d’or et autres idoles devant lesquelles s’abaissent si misérablement les impies, parmi lesquels nous  Européens, ne sommes pas les moins obscènes.

Le christianisme a organisé la piété naturelle et le besoin de catharsis partagée autour des images du Crucifié. Les Evangiles racontent que les Juifs et les Romains, en une mauvaise alliance politique de circonstance, furent les bourreaux d’un innocent tellement saint qu’il en est plus que surhumain. La dévotion chrétienne pour le Calvaire, avec tout le rituel de la Semaine Sainte, découlant de la lecture du récit de la Passion selon saint Marc, réitérée à chaque dimanche des Rameaux, est tout à fait comparable à l’émotion organisée autour du souvenir des imams assassinés, et de la reprise de chaque épisode, en détail, de la trahison. Mais le christianisme choisit deux mises à distance : nous ne tenons pas les Italiens d’aujourd’hui ni les juifs d’aujourd’hui pour les assassins de notre Jésus-Christ. Et nous refusons (à l’exception précisément des Nestoriens et des Jacobites, courants dominants du christianisme assyro-syriaque) de ne voir en lui qu’un mortel comme nous : le qualifier de saint ou de prophète parmi d’autres ne nous suffit pas : il est pour nous le fils unique de Dieu, consubstantiel au Père. Ces mises à distances sont deux sages barrières élevées contre des identifications précises qui pourraient porter les chrétiens à l’agression renouvelée et à la haine vengeresse sur des peuples bien réels, dont la permanence et la continuité au long de vingt siècles sont indiscutables. En revanche, nous ne refusons pas de pratiquer l’expressionnisme et de représenter avec le réalisme le plus intense le cadavre torturé du Christ, et chacun de ses bourreaux, avec le risque de nous prendre pour les nouveaux crucifiés par les abus de tel ou tel pouvoir. Mais nous ne considérons pas légitime de sauter sur aucun tortionnaire pour le crucifier à son tour, en bonne symétrie selon la loi du talion, la loi que partagent judaïsme et islam.

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Pour l’islam, la vengeance reste un devoir relevant du sens de l’honneur. Et ce n’est pas sanguinaire dans le sens unique où on l’entend dans le monde occidental, puisque le devoir de vengeance implique celui de mettre en jeu sa propre existence, de donner toute sa vie, de se sacrifier selon la logique du djihad, du dépassement de soi. Comme dans les temps les plus anciens de toutes les sociétés guerrières primitives, dans l’idéal d’un islam vivant, il n’est de mort digne que la mort au combat, dans l’acte de donner la mort à l’adversaire.

Le judaïsme, comme l’islam, refuse la représentation visuelle de ce qui bouleverse, mais comme l’islam, il réactualise constamment la légitime revanche contre les bourreaux : culte de la Shoah, superposition mémorielle de chaque épisode où des juifs se sont sentis persécutés parce que juifs, jusque dans le passé le plus lointain. Le slogan « Identify and indemnify »[1], « cultivons et renforçons l’identité juive afin de mettre en action des attaques et des exigences de réparation sans limite dans le temps ni dans l’espace », relève de la même logique ancestrale, datant sans doute de l’époque où une tribu ne pouvait survivre qu’à condition d’exterminer, sur le territoire revendiqué en propre, toute autre population humaine. C’est la logique du lion en son domaine. L’imam Hussein et son frère l’imam Hassan (deuxième imam, 625-669) sont représentés comme deux lions ensemble. Et les chiites sont les plus fervents tenants de la généalogie comme principe d’autorité indiscutable, chaque fils étant redevable de son présent et de son avenir envers toute la lignée mâle qui l’a amené à voir le jour.

Mais pour nous, le Christ est ressuscité, et le crime de ceux qui l’avaient crucifié s’en trouve minoré dans ses retombées, on peut et on doit, dans la fidélité au Christ, proposer la paix, la réconciliation, l’amour, et construire un avenir de coopération loyale avec les éventuels descendants de tel ou tel peuple qui ait pu dans le passé assassiner le Christ, des saints chrétiens ou de simples mortels chrétiens. Pour le pape comme pour nous tous qui nous appuyons sur cette logique de dépassement de l’humain tribal, les USA et autres impérialistes associés dans l’Otan sont les nouveaux hérétiques qui placent leur « sunna », leur tradition prédatrice propre, par-dessus les vrais commandements de Dieu, impliquant respect et protection réciproques.

Par ailleurs, les musulmans et leurs autorités sont des gens pragmatiques, et savent également pratiquer la négociation et l’alliance. Seuls les wahabbites continuent de prôner l’extermination de tout ce qui n’est pas de leur goût, et Daech est la mouvance qui peut, grâce à des financements étrangers, se permettre de prendre au pied de la lettre ces recommandations.

Or pour les chiites, dans chaque contexte précis, le passage à l’univers du pardon et de la construction en commun est particulièrement difficile. Ils ont, en dehors de l’Iran et de l’Irak où ils sont majoritaires, toujours constitué la minorité pourchassée, ce qui explique   d’ailleurs qu’ils soient si sensibles au thème de la justice, et de la révolution pour bâtir l’avenir selon le modèle khomeyniste. Pour s’en tenir au présent, ils héritent de trente années de guerre au nom de l’islam sunnite : 1980-88, Saddam Hussein lançait ses troupes contre l’Iran, et tentait d’y déporter tous les chiites irakiens ; bilan : entre 500 000  et 1.200.000 morts en tout. Les USA avaient vivement encouragé cette guerre, qui servait parfaitement leur dessein de renverser le pouvoir de Khomeiny et de reprendre le contrôle de l’Iran. Mais les sunnites autour de Saddam échouèrent. Alors les Bush et autres néo-conservateurs totalement identifiés aux intérêts israéliens entreprirent deux guerres pour se débarrasser d’un dictateur incapable et arraisonner l’Iran dès qu’ils auraient pris le contrôle de l’Irak. Second échec total : les militaires US ne peuvent circuler sur le sol irakien sans se faire abattre dans des embuscades, pas plus qu’en Afghanistan, et se sont retirés d’Irak en 2011. On nous dit que désormais, conscients de leurs limites et dépendant moins du pétrole irakien que par le passé, les US souhaitent charger les Iraniens d’administrer l’Irak. Ce n’est certainement pas pour renforcer le pouvoir régional iranien, mais pour mieux affaiblir les ingérables Irakiens ; partageant toujours le schéma israélien, la caste à la manœuvre aux US veut casser l’Irak en trois nouveaux Etats, l’Etat kurde chrétien au nord devant être le plus docile, et d’ailleurs celui qui détient une bonne part du  pétrole. Bassorah, l’autre région pétrolifère, a des raisons comme le Kurdistan de se laisser tenter par l’autonomie. C’est dans le cadre de cette stratégie qu’est encouragé Daech, ennemi juré des chiites, qui a annoncé vouloir réduire Kerbala en cendres. Et l’Arabie des Saoud a ses raisons pour répandre le plus féroce wahabbisme : elle veut que la Mecque ait l’exclusivité des offrandes des pèlerins, qu’ils cessent d’arriver là-bas au terme d’un parcours qui comprend les étapes de Jérusalem, Kerbala, Najaf et Médine, Kerbala continuant d’attirer non seulement les chiites, mais aussi les autres musulmans, à la recherche du contact physique avec la sainteté, au-delà des enjeux politiques du passé, tout à fait prêts à la cohabitation pacifique au présent.

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Dans ce contexte, patriotes chiites et sunnites irakiens savent parfaitement que la seule chance pour l’Irak de ne pas assister impuissants au démembrement de leur Etat consiste à présenter un front uni contre Daech. Le wafq sunnite de Bagdad Abdoulatif al Humayin le répète, tout comme le wafq chiite de Bagdad Saïd al Moussawi. Et quand on demande au chef sunnite du camp de déplacés de Mossoul installé à Kerbala s’ils souhaitent l’intervention d’ONG humanitaires occidentales, il est clair et direct : c’est d’intervention militaire contre Daech qu’ils ont besoin, avant tout. Ce camp abrite environ 8000 personnes, manquant d’eau, d’électricité, d’écoles et de soins médicaux…

Lors de la guerre contre l’Iran, nombre de chiites irakiens ont combattu pour l’Irak contre l’Iran, tandis que d’autres, sunnites, refusaient d’attaquer l’Iran ; maintenant, lorsque l’imam sunnite de Bagdad demande 5000 volontaires pour renforcer l’armée irakienne contre Daech, ce sont 20 000 jeunes hommes qui se présentent, de toute confession. L’autorité suprême résidant à Najaf, l’ayatollah al Sistani, est celui qui a lancé les troupes de volontaires au secours de l’armée irakienne pour combattre Daech, dès juin 2014. Il incarne la volonté d’unité des Irakiens, par-dessus tout enjeu de pouvoir selon l’appartenance religieuse. Contre l’intoxication médiatique occidentale, c’est un devoir que de promouvoir cette logique patriotique de défense du territoire national par-dessus les clivages religieux. On ne peut que souhaiter que le gouvernement irakien accepte l’emprise croissante de Moktada al-Sadr, celui qui, à partir du culte familial à ses héros, son père et son oncle tombés au combat, peut mobiliser les tribus de toute confession, car il a su organiser la déroute US, et il est immensément populaire.

Front commun chiites-sunnites : il ne s’agit ni de vœu pieux  inopérant, ni d’un mot d’ordre démagogique pour cacher aux Occidentaux hypercritiques une hargne toujours aussi vivace entre les deux courants religieux : il s’agit de la seule stratégie  gagnante réaliste.

On peut s’étonner de la récurrence d’un réseau d’alliances familiales bien réel : au sein d’une même tribu, il peut y avoir des chiites et des sunnites, et les mariages faisant fi des  rancunes ancestrales sont bien réels. L’extermination du concurrent sur un territoire donné est de nos jours, sur la planète devenue  village global sans issue de secours, une absurdité, car elle conduit toujours à un double anéantissement, et à la préparation du prochain massacre en réparation du précédent. L’alliance par le biais du mariage d’amour à la vie à la mort et négocié par les deux familles, est le passage obligé pour l’abolition des rancunes. Il faut impérativement que se forment et se consolident des liens intimes entre les gens d’origine diverse. Dans une autre dimension, l’aéroport de Najaf a ouvert en 2008, comme une première pousse de la renaissance après les dégâts énormes infligés à la ville par les US : c’est un symbole d’unité dans le développement et d’ouverture.

Les leçons pour nous Européens, sont multiples. La loyauté et la capacité de pardon semblent avoir progressé en Occident, à mesure que les guerres entre Européens, construites sur des différences de religion, ont reculé ; la laïcisation de nos sociétés, paradoxalement, a fait progresser respect et coopération, c’est-à-dire applications pratiques du principe révolutionnaire et universel chrétien : aimez-vous les uns les autres, y compris vos ennemis, n’en restez pas à la loi du talion qui est intrinsèque au choix de l’appartenance tribale par-dessus tout. Si l’on tisse des liens familiaux entre communautés, ce qui équivaut à un métissage consenti par chacun au niveau de la conscience intime et de sa descendance, la vendetta à grande échelle n’est plus une fatalité: en famille, on parvient à peu près à s’entendre, être en froid peut ne pas déboucher sur des massacres brûlants. Si les familles mélangées imposent leur principe amoureux pour la perpétuation de la vie, les méfiances et provocations entre descendants de juifs, musulmans et chrétiens peuvent ne pas être réactivées à chaque génération. Si des projets de rapine se réactivent et se parent de prétextes religieux, comme dans l’ambition de Daech, c’est quand des pouvoirs étrangers s’en mêlent, et attisent le feu à coup de milliards.

Malheureusement, si les guerres de religion intra européennes se sont atténuées, et si les guerres interethniques peuvent parfaitement être évitées, il reste notre spécificité occidentale : nous nous enferrons dans le clivage idéologique droite gauche, qui a pris la place du fanatisme religieux : c’est le mur à abattre chez nous, dans notre conscience, et le poison qu’on nous inocule, de l’étranger, parce qu’il est fonctionnel pour nous affaiblir.

Il faut donc, depuis la France, actualiser et dynamiser la ligne Villepin de 2003 : contre les visées impériales des Saoud, des Israéliens et des néo-conservateurs US, favoriser tous les rapprochements entre sunnites et chiites pour sauvegarder l’unité de l’Irak. Ce n’est pas à nous d’approfondir leurs contentieux, malentendus ou défaillances. Mais c’est à nous de sortir la France des griffes des mêmes Etats prédateurs : US, Israël, Arabie saoudite. Les jeunes volontaires irakiens qui donnent leur vie dans le combat contre Daech sont les héros et les saints de notre temps, et ils se battent pour nous. La moindre des choses est de nous battre pour eux. Notre pape, autorité de référence même pour ceux qui ne se disent pas chrétiens, a raison : d’abord protéger les plus éprouvés, ceux qui, la mort dans l’âme, nous demandent l’hospitalité. Le devoir d’hospitalité ne concerne pas que les musulmans, qui en font un principe inébranlable. Ainsi la rancœur cèdera le pas à la reconnaissance, aux obligations  réciproques. Les gens qui se retrouvent parqués dans des camps de réfugiés sont en majorité des gens qui ont tout perdu par la faute de ceux qui détruisent leurs pays depuis l’étranger, de préférence en dissimulant leur ingérence. C’est Israël, les US et l’Arabie saoudite qu’il nous appartient de combattre, dans la guerre sainte mondiale de notre temps.

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A Bagdad, comme nous manifestions notre étonnement devant le sang-froid des gens de Kerbala, la ville qui attire ces jours-ci, exactement comme tous les ans, les pèlerins par centaines de milliers, voire millions, alors que Daech les menace explicitement, et multiplie les attentats dans la capitale elle-même, et à moins de 100 km de Kerbala, le cheikh sunnite Abdoulatif al Khomeyim nous a dit : « vous les Français êtes abattus parce que Daech commet des crimes chez vous aussi : retrouvez la foi, et vous n’aurez plus peur ». Et un chiite dévoué à la médiation entre les différentes communautés qui peuplent la France ajoute, selon la tradition de toutes les religions : « celui qui ne croit en rien n’est rien, mais chacun, lorsqu’il touche le fond du désespoir, ressent aussi la main tendue de Dieu vers lui ».

En France, après un attentat, les jeunes retournent sur les lieux du massacre pour bouffer, avant d’aller manifester pour la castration générale souriante, couleur « arc en ciel » sous prétexte de liberté et d’égalité. A Kerbala, les jeunes vont revivre à la mosquée le martyre de l’imam Hussein et ils repartent au front avec un courage renouvelé. Les uns sont les alliés aveugles des US et de l’Arabie saoudite, dociles à tout lavage de cerveau utile à la domination mentale sioniste. Les autres gagneront inéluctablement, parce qu'ils ont la santé mentale, et savent se projeter dans l’avenir, les femmes remplissant leurs devoirs de mères, les hommes remplissant leurs devoirs de guerriers. 

Merci à Kerbala pour ces leçons.

Références : Guide de l’Irak, par Gilles Munier, éd. Jean Picollec, Paris, 2000 ; articles de Wikipedia, très riches, sur chiisme, Irak, guerres du XX° siècle en Irak. Site Irak-Actualités, animé par Gilles Munier.

jeudi, 16 juin 2016

Quand les Wahhabites massacraient les habitants de Kerbala (1801)

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Quand les Wahhabites massacraient les habitants de Kerbala (1801)

Par Jean-Baptiste Rousseau

(Extrait de "Description du Pachalik de Bagdad" - Treuffel et Würtz - Paris - 1809)*

Ex: http://www.france-irak-actualite.com

…(…)… Quinze lieues plus bas que Hilla, au-delà de l’Euphrate dans le Désert, on voit les ruines de Coufa, ville célèbre dans les fastes de l’Islamisme.

A l’occident de Hilla, et à six lieues du fleuve, se trouve Imam Hussein, qu’on doit considérer plutôt comme un gros bourg, que comme une ville bien peuplée. Ce bourg peut contenir sept à huit mille habitants, et ses murailles de terre sont entourées de jardines et de champs cultivés, qu’arrose et fertilise un bras de l’Euphrate, un zabet y commande au nom du pacha.

Ceux qui ont lu l’histoire des Arabes savent que Hussein, fils d’Ali, ayant été appelé en 680 par les habitants de Coufa pour s’asseoir sur le siège pontifical, partit de Médine avec sa famille, et eut le malheur de périr en route, victime de la fureur du khalife Yézid, qui le fit assassiner proche de la ville dont les citoyens lui avaient déféré les honneurs du rang suprême.

Il fut enterré dans la plaine de Kerbala où il avait expiré d’une manière si tragique. On lui éleva d’abord un simple mausolée, et quelques années après les partisans d’Ali bâtirent dans le même endroit une ville qui reçut le nom de Hussein.

Ce lieu si révéré par les Schias a essuyé en différents temps des outrages insignes ; et les Wahabis qui le surprirent il y a quelques années, comme le verrons tout à l’heure, y commirent des désordres affreux. En 851, le khalife Mutawakkel, protecteur de la secte des Sunnis, en avait fait démolir la majeure partie ; ses successeurs achevèrent de le détruire, et ce ne fut que sous les derniers pontifes arabes qu’on le vit sortir de ses ruines, lorsque la mémoire de Hussein fut rétablie et remise en vénération. Depuis cette époque, Schah Ismaël fondateur de la dynastie persane des Séfévis (vulgairement appelés Sofis) , ayant introduit dans ses états la secte de Schias, ordonna par un édit solennel, que la ville et le tombeau de l’Imam fussent réparés et embellis. Les autres souverains de la même race qui occupèrent le trône après Ismaël, entretinrent avec un égal zèle la dévotion de leurs sujets envers Hussein.

Ce pieux exemple a été suivi par les derniers monarques qui ont régné en Perse : chacun d’eux à l’envi a voulu manifester par de riches présents son extrême respect pour le petit-fils du prophète, de façon que la chapelle sépulcrale de Hussein est devenue le dépôt de tout ce qu’il y avoit de plus précieux dans le trésor de ces princes. On sait que l’eunuque Aga Mohammed khan employa, il y a environ douze ans, cinq millions de piastres, pour revêtir de briques de cuivre doré, les minarets ainsi que la coupole de la mosquée d’Imam-Hussein.

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Les richesses immenses qui s’étaient accumulées dans le sanctuaire d’Imam Hussein faisaient depuis longtemps l’objet de l’insatiable cupidité des Wahabis : ils en méditaient sans cesse le pillage et comptaient tellement sur le succès de leur projet, que quand ils voulaient parler d’un jour heureux et solennel pour eux, ils désignaient celui qui devait les rendre maîtres d’une place si attrayante par la quantité de trésors qu’elle renfermait.

Le jour tant désiré arriva enfin. Ce fut le 20 avril de l’année 1801, qu’ils surprirent la ville, au moment où la majeure partie des habitants l’avaient quittée pour aller à quelques lieues de là, faire leurs dévotions sur le tombeau du père de leur patron. Ces barbares mirent tout à feu et à sang : et après avoir fait un butin immense, tel que les plus grandes victoires n’en procurent jamais, ils se retirèrent fort tranquillement, sans que le gouvernement de Bagdad qui fut informé à temps de leur désastreuse apparition, osât troubler leur retraite ; ils étaient venus au nombre de quinze mille. Les cruautés qu’ils commirent sont inouïes ; vieillards, femmes, enfants, tout périt sous leur glaive impitoyable ; on les vit même dans la fureur qui les animait, éventrer les femmes enceintes, et mettre en pièces sur les membres sanglants le fruit qu’elles portaient. Des gens dignes de foi qui ont eu le bonheur d’échapper à cette affreuse boucherie, m’ont assuré à Bagdad, avoir vu quelques-uns de ces hommes féroces se repaître du sang de leurs infortunées victimes.

L’on évalua dans le temps à plus de quatre mille, le nombre de personnes qui avaient péri dans cette affreuse catastrophe. Les Wahabis emmenèrent, à leur sortie d’Imam-Hussein qu’ils saccagèrent pendant deux jours et deux nuits, deux cents chameaux chargés de riches dépouilles. Non contents d’avoir assouvi leur rage sur les habitants, ils rasèrent les maisons, et firent de la riche chapelle de l’Imam un cloaque d’immondices, et de sang ; ils endommagèrent aussi les minarets et les coupoles de la mosquée, dont ils avaient pris d’abord les briques pour de l’or massif ; mais ayant reconnu ensuite qu’elles n’étaient que du cuivre doré, ils ne crurent pas devoir perdre leur temps à démolir totalement ces édifices dont les décombres ne leur eussent été d’aucune utilité.

Depuis cette malheureuse époque, le roi de Perse a fait réparer le lieu sacré, et le pacha y entretient aujourd’hui une division de Lavends, pour le mettre à couvert d’une nouvelle invasion. Tous les ans il y vient de la part du monarque persan un khan, dont l’emploi est de protéger les pèlerins de sa nation, qui accourent de tous les points de l’Empire pour recevoir les bénédictions de l’Imam, en échange des dons précieux qu’ils font à la chapelle.

La ville d’Imam-Ali, presque aussi grande et aussi peuplée que celle d’Imam- Hussein, est à six lieues de cette dernière, dans une plaine aride où la nature ne versa jamais ses bienfaits. C’est le lieu de la sépulture du gendre de Mahomet, d’Ali, que les Persans révèrent jusqu’à l’idolâtrie, et en l’honneur duquel ils ont bâti une superbe mosquée dont les minarets et les coupoles sont recouverts comme à Imam-Hussein, de briques de cuivre doré. Les Persans regardent le favori intime du Très Haut, et l’appellent la Force ou le Lion de Dieu. Le territoire d’Imam-Ali est d’une stérilité dont on ne saurait se former une idée, et n’offre que des aspects hideux, et des morceaux de sable que la chaleur du soleil enflamme en été. Autrefois les habitants de ce lieu étaient obligés d’aller jusqu’à l’Euphrate pour se procurer de l’eau ; mais depuis environ une quinzaine d’années, le frère de l’Empereur du Mogol y a fait construire un canal qui a coûté des sommes immenses ; on n’a pas pu cependant le perfectionner à cause des tourbillons de sable que la violence du vent y verse sans cesse, et qui le combleraient totalement, si on n’avait pas le soin de les nettoyer tous les ans. Quant aux vivres, c’est de Hilla et de plusieurs villages des bords du fleuve qu’on les exporte pour approvisionner la place.

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Imam-Ali n’était pas moins renommé qu’Imam-Hussein, pour la grande quantité d’objets précieux que la pieuse libéralité des Schias avait accumulés dans son enceinte ; mais depuis le sac de cette dernière ville, on a transféré toutes les richesses qui se trouvaient accumulées ici, à Imam-Moussa près de Bagdad, afin de les soustraire à l’avidité des Wahabis. Malgré cette précaution, ces brigands n’ont pas manqué de se présenter à diverses reprises devant Imam-Ali avec l’intention d’en faire le pillage ; mais soit que l’Imam les ait fait repoussés constamment par une force invisible, comme le prétendent les Persans, soit que les mesures des Wahabis ayant été mal combinées, ils n’ont jamais pu venir à bout de leur entreprise.

*L’orientaliste Jean- Baptiste Rousseau (1780-1831) fut consul de France à Bassora en 1805. Il y avait pris la suite de son père Jean-François appelé Rousseau de Perse, ancien directeur de la Compagnie des Indes et consul à Bassora et Bagdad.