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mercredi, 04 août 2021

Philosophie de Don Quichotte

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Philosophie de Don Quichotte

Par Juan Manuel de Prada

La philosophie de Don Quichotte consiste à se battre contre l'esprit de notre temps, mais sans espoir de victoire.

Avant de renverser Don Quichotte sur le sable de la plage de Barcelone, le célibataire Samson Carrasco (déguisé à l'époque en Chevalier de la Lune Blanche) détermine expressément les règles du défi. Si Don Quichotte est vaincu, il devra se retirer dans son village pendant un an ; mais il doit d'abord déclarer que Dulcinée du Toboso n'est pas la plus belle dame du monde. En lui faisant abjurer la dame de ses pensées, Samson Carrasco entend, en effet, que la retraite de Don Quichotte soit définitive ; car un chevalier qui abandonne sa cause devient un homme sans mission.

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Mais lorsqu'il est renversé et à la merci de son vainqueur, la lance de celui-ci pointée sur sa gorge, Don Quichotte, "comme s'il parlait du fond d'une tombe, d'une voix affaiblie et malade", refuse de renier sa bien-aimée : "Dulcinée du Toboso est la plus belle femme du monde, dit-il, et moi le chevalier le plus déshonoré de la terre, et il n'est pas juste que ma faiblesse conteste cette vérité. Pousse, chevalier, la lance, et finis-en, car tu m'as déjà déshonoré". Don Quichotte s'est donné à Dulcinée sans conditions, sans rien demander en retour, sans exiger en contrepartie de sa fidélité que Dulcinée lui réponde. Pourquoi, alors, la grandeur de Dulcinée devrait-elle dépendre de la faiblesse de son bras ? Ce n'est pas la force de Don Quichotte qui a déterminé que Dulcinée est la plus belle femme du monde, l'opinion inconstante des hommes ne change pas l'essence de la vérité. La loyauté de Don Quichotte envers Dulcinée n'a pas changé même lorsqu'il l'a vue transformée en un paysan sans classe ; elle ne changera pas non plus lorsque la lance du Chevalier de la Lune Blanche lui coupera la gorge. Et la détermination de Don Quichotte est si belle que même le méchant Samson Carrasco se rend: " Vive, vive dans son intégralité la renommée de la beauté de la dame Dulcinée du Toboso, que je suis déjà satisfait si le grand Don Quichotte se retire chez lui pendant un an".

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Miguel de Unamuno a affirmé à juste titre que cette scène résume la philosophie du "quichottisme". Peu importe si, en luttant pour défendre la vérité, nous sommes vaincus et humiliés ; peu importe si notre moi déchu est vaincu, car la vérité, où vit notre moi éternel, ne peut être vaincue. Et le paradoxe veut que, à travers notre défaite, cette vérité brille avec plus d'intensité. Don Quichotte se jette dans toutes les entreprises sans se soucier de la défaite, il sait accepter sereinement l'échec car il est pleinement convaincu de la vérité qu'il défend. Il n'a d'autre aspiration que de se faire le défenseur de cette vérité, aussi n'admet-il pas de la négocier, il n'est pas prudent et ne calcule pas, il n'hésite pas et ne recule pas. Même s'il sait que cette vérité sera attaquée par toutes les canailles, même s'il sait qu'en la défendant contre vents et marées il sera vilipendé et moqué, il ne veut pas renoncer à la défendre ; car l'adhésion à cette vérité qui s'est nichée dans son moi éternel l'a dépouillé de l'amour-propre et des peurs humaines. Celui qui est guidé par l'amour de soi et les peurs humaines finit par déformer les demi-vérités, finit par craindre davantage son propre sort - le rejet de ses contemporains, la perte de prestige, etc. - que l'obscurcissement de cette vérité qui illumine nos jours.

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La philosophie de Don Quichotte, aujourd'hui, se résume à lutter contre l'esprit de notre époque, même sans espoir de victoire. Et pour cela, nous devons être prêts à prendre de nombreux coups et à nous rendre ridicules, non seulement devant des hommes façonnés par la mentalité de l'époque, mais aussi devant nous-mêmes. Miguel de Unamuno affirme à juste titre que cette philosophie quichottesque est "la fille de la folie de la croix", où, en effet, le Christ s'expose au ridicule, non seulement devant les bourreaux qui se moquent de lui en lui demandant, au milieu des rires, de descendre de la croix, mais devant lui-même, qui aurait pu accéder à cette demande s'il avait seulement "retrouvé sa raison", c'est-à-dire s'il s'était libéré de la nature mortelle qui le maintient emprisonné sur la croix.

Don Quichotte aurait également pu éviter de nombreux problèmes et afflictions s'il avait seulement "retrouvé la raison" : car, comme nous le remarquons souvent tout au long du roman, c'est un homme qui réfléchit de manière très subtile et prudente et, par conséquent, il aurait pu élaborer des plans pour échapper aux dangers et aux complots, sans renier complètement sa vérité, en acceptant seulement de la dissimuler par divers subterfuges. Mais il ne le fait pas. Et, vaincu, Don Quichotte gagne mystérieusement ; devenant la risée de ses détracteurs, il triomphe d'eux.

C'est une leçon de morale extraordinaire, mais il faut un courage héroïque pour l'assumer. Faisons comme Don Quichotte, même avec une lance sur la gorge, même si nous devons retourner vaincus au village.

Source: http://novaresistencia.org/2021/07/29/a-filosofia-quixotesca/

dimanche, 01 août 2021

De Covadonga à la nation espagnole : l'hispanité selon une interprétation spenglerienne

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Recension :

De Covadonga a la nación española. La hispanidad en clave spengleriana (De Covadonga à la nation espagnole. L'hispanité selon une interprétation spenglerienne), de Carlos X Blanco

De Covadonga à la nation espagnole: l'hispanité selon une interprétation spenglerienne

Ex: https://www.hiperbolajanus.com/2021/07/de-covadonga-la-nacion-espanola-la.html?m=1

9788494959646-fr.jpgL'ouvrage que nous allons recenser, De covadonga a la nación española, de Carlos X Blanco, possède déjà un titre suffisamment suggestif qui invite à la lecture et suscite un grand intérêt, surtout quand on lit le sous-titre qui l'accompagne, "La hispanidad en clave spengleriana"; dans l'introduction Robert Steuckers commence déjà à exposer certaines des idées qui seront développées tout au long du livre. Dès le départ, une dualité décisive s'instaure dans la configuration toujours actuelle que l'Espagne acquerra au fil des siècles, une empreinte indélébile qui a conditionné le développement de la plus ancienne nation d'Europe occidentale, cette dualité apparaît clairement, avec l'existence de deux pôles ou deux âmes, de deux visions du monde opposées et conflictuelles : d'une part, celle représentée par les peuples du nord-ouest de la péninsule, pionniers et artisans des premières étapes de la Reconquête depuis le Royaume des Asturies, marquée par la présence d'un important élément celto-germanique, également romanisé mais sans le poids décadent et crépusculaire des civilisations précédentes, et d'autre part, les peuples hispano-romains du Levant et du sud de la péninsule, qui sont tombés sous la domination arabe et ont pris forme sous un modèle de civilisation différent, marqué par l'influence de civilisations disparues ou tombées en déclin, comme les civilisations romaine, byzantine ou arabe. C'est précisément cette antithèse qui forme la colonne vertébrale du livre, dans lequel l'auteur, Carlos X Blanco, utilise les théories et les interprétations du célèbre philosophe allemand de l'histoire Oswald Spengler et de son œuvre monumentale Le déclin de l'Occident. 

Cependant, cet essai ne reste pas une simple analyse des contraires qui ont marqué l'histoire espagnole, mais nous fournit, au fil des pages, un schéma d'idées assez précis pour délimiter l'histoire de l'Espagne depuis ses débuts jusqu'à nos jours en fonction des catégories de la pensée spenglerienne. Il nous avertit également que nous devons comprendre les approches du philosophe et historien allemand dans leur contexte, avec toute sa terminologie et ses méthodes d'interprétation, tout en tenant compte des limites et des erreurs qu'il a pu commettre dans son travail tout au long de sa carrière intellectuelle. Il convient également de noter comment, dans la dernière partie du livre, il est fait référence à José Ortega y Gasset, que notre auteur décrit comme "le Spengler hispanique" pour sa vision plus élaborée des problèmes et des solutions possibles au problème espagnol et pour "sa compréhension du fait national". 

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Revenons à l'antithèse entre ces deux modèles de civilisation qui s'enracinent dans l'Espagne de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, dans une sorte de dualité qui, à la lumière de la pensée spenglerienne, permet de distinguer parfaitement les concepts antagonistes de "culture" (Kultur) et de "civilisation" (Zivilisation) si caractéristique de son approche. La culture représente l'état d'apogée vital, des grandes conquêtes et des réalisations historiques qui déterminent un type humain audacieux et particulièrement doué, qui deviendra l'archétype de la culture faustienne, qui dans le cas hispanique se reflète dans le nord-ouest de la péninsule, dans les territoires inclus dans le royaume asturien, et qui représente la tendance qui sera hégémonique dans le reste de l'orbe européen sous le christianisme faustien et où la présence de l'élément germanique sera fondamentale.

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La base fondatrice du royaume asturien était constituée d'Asturiens, de Cantabres et de Goths appartenant à la petite noblesse qui avaient fui l'avancée musulmane, se réfugiant dans les montagnes du nord. De cette union des peuples, de cette ethnogenèse, pour reprendre la terminologie de l'auteur, est né un nouveau peuple, une nouvelle culture au sens spenglerien. C'est un peuple avide de conquête, avec une conscience claire et sûre de la nécessité de chasser l'envahisseur maure et infidèle de la péninsule et d'être le porteur de l'Imperium. C'est par le début du processus de la Reconquête que se crée la nation espagnole, dont le point de départ est les Asturies, qui trouvera plus tard une continuité dans les actions de la Castille.

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En ce qui concerne l'hégémonie castillane, l'auteur cultive un certain préjugé à son égard, car elle représenterait un "concept métis et douteusement chrétien" qui a vécu son multiculturalisme de manière traumatique, avec pour conséquence les expulsions de Juifs et de Maures, l'Inquisition et l'intolérance. Tout cela était dû, selon notre auteur, au manque d'homogénéité sur le plan ethnique et religieux en raison d'un problème d'identité. En revanche, le Nord-Ouest représentait une société plus homogène sur le plan ethnique et religieux, avec son empreinte celto-germanique, beaucoup plus comparable au reste de l'Europe. En ce sens, peut-être devrions-nous nous tourner vers certains essais qui, depuis des années, ont contribué, avec une sorte de révisionnisme, à dissiper certains clichés et préjugés qui obscurcissaient l'histoire de l'Espagne dans ses siècles d'or, comme Elvira Roca Barea ou Iván Vélez, pour citer les plus importants. 

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Un autre des aspects déterminants signalés par rapport au Nord-Ouest est l'absence de villes, un environnement à prédominance rurale, dominé par la vie paysanne et villageoise libre, dans ce qui constitue l'axe principal du développement de la culture spenglerienne, et qui s'enracine et prospère sur le territoire, s'intégrant au paysage, se constituant ainsi comme une unité vivante assimilable à l'élément végétal, un conglomérat de peuples producteurs-conquérants. C'est le contraste évident avec l'homme antique et méditerranéen, l'homme du sud qui vit dans la ville, un produit de la civilisation, lorsque la culture perd son souffle vital et finit par se scléroser. Les habitants de ces villes sont les héritiers d'une civilisation qui fut en plein déclin, vieillie, produit de la pseudo-morphose romaine. Ils sont le sous-produit dégradé d'un modèle capitaliste urbain, esclavagiste, qui asservit et détruit les campagnes. Une nouvelle antithèse naît précisément de l'opposition entre la campagne et la ville, et elle est représentée par deux types d'âme différents : l'âme magique, typique de l'homme méditerranéen romain tardif, et l'âme faustienne des peuples du Nord-Ouest, ce qui explique en grande partie les attitudes différentes des uns et des autres face à l'invasion musulmane de 711.

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Le nouveau peuple né dans les montagnes cantabriques, avec son élément celto-germanique, montre les éléments vivants d'une culture faustienne, totalement indo-européenne dans sa formulation, avec le besoin de hiérarchies militaires dans une phase de vie très différente de l'hispano-romaine méridionale, et qui n'a rien à voir avec un quelconque élément de nature quichottesque, avec tout romantisme qui est explicitement rejeté par Spengler lui-même, comme cela se produira peut-être plus tard sous l'Empire, avec l'illusion de gouverner selon les postulats de la politique en ignorant les autres variables économico-matérielles, car ce qui compte dans l'histoire, ce sont les faits, matérialisés par les entreprises politiques dans leur ensemble. Dans ce cas, les rois asturiens ont effectivement assumé le passé mythique du royaume gothique déchu afin de prendre conscience de leur mission de propriétaires légitimes des terres usurpées par l'envahisseur sarrasin. Et la noblesse qui a émergé de ces terres était la quintessence de la classe villageoise que Spengler désigne comme la base fondamentale de toute culture faustienne. En même temps, comme toute culture faustienne, elle était fondée sur le principe dynastique et du sang, protégé dans le temps, l'aire de domination de tout principe aristocratique propre à la classe primordiale de la noblesse. 

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Mais le discours de Carlos X Blanco ne se limite pas aux débuts de la Reconquête, il comprend également un examen de l'histoire de l'Espagne dans son ensemble, comme nous l'avons noté dans les premières lignes de notre compte rendu. Le XVIIIe siècle, avec les Lumières et les grands changements et transformations politiques qui ont annoncé l'avènement de la modernité, surtout depuis la Révolution française, nous a présenté une Europe vieillissante, malade et en décomposition. Dans le cas de l'Espagne, à laquelle Spengler n'attache pas trop d'importance dans ses idées, bien qu'il reconnaisse qu'elle a fait partie d'une culture faustienne sous la figure du soldat et du conquérant, mais il croit qu'elle est passée. 

Avec la révolution industrielle, les archétypes du prolétaire et du bourgeois sont venus remplacer les précédents marqués par l'héritage et la lignée dans le monde agricole. Dès lors, le processus de dégénérescence est marqué par le triomphe de l'individualisme, du libéralisme, du démocratisme et par le triomphe de la ville sur la campagne. Avec tous ces éléments est venu l'avènement du matérialisme extrême, le triomphe de l'abstrait sur le concret, le pouvoir des grandes masses, de l'ochlocratie et le discours du marxisme, à l'égard duquel Spengler s'est livré à des préjugés idéologiques contre le prolétaire, en opposition ouverte, selon Spengler, au paysan, une populace envieuse et un détritus de la ville.

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Le début de la modernité, après 1789, est aussi la fin des nations, le début du jacobinisme centralisateur et la dénaturalisation des peuples dont les membres deviennent des citoyens, totalement inorganisés et atomisés. Et il est important de noter ici la différence entre peuple et nation, si souvent confondue à notre époque moderne, et qui dans le second cas correspond au légalisme et au vernis du constitutionnalisme, alors que le premier est une unité naturelle au-dessus des classes et des formalismes bourgeois. Cette dérive vers le bas s'accentue avec le temps jusqu'à atteindre le capitalisme d'entreprise d'aujourd'hui, avec une Europe géopolitiquement inopérante et devenue politiquement inexistante après la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre froide, l'Europe et ses démocraties libérales, qui ne sont rien d'autre que des ploutocraties, tournent le dos à leur histoire et tentent de se couvrir de ce vernis légaliste à travers des constitutions, des lois et la doctrine des soi-disant "droits de l'homme", et voilà la distinction spenglerienne entre les "vérités" (doctrines, idées, etc.) et les faits déterminés par la factualité même de l'histoire. C'est le monde des bourgeois, dont le socialiste fait également partie comme l'un de ses sous-produits les plus marquants, ennemis des peuples et des nations, ennemis des "classes primordiales" pointées par Spengler (la noblesse et le sacerdoce). Mais ce qui est fondamental dans ce monde décadent et artificiel, c'est le pouvoir de la technologie conçue comme un instrument de domination de la nature et de soumission de l'homme, l'outil fondamental du rationalisme qui imprègne toute la science. Aujourd'hui, nous le voyons plus que jamais à travers le pouvoir de la technologie sur nos vies et dans la formation d'un marché mondial ou dans l'avancée même du transhumanisme et, par conséquent, de la déshumanisation. 

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Dans le cas particulier de l'Espagne, qui obéit au contexte fondamental de l'essai, la modernité met en évidence l'existence d'un État failli, qui n'est pas à la hauteur des autres puissances européennes comme le Royaume-Uni ou la France. Nous sommes géopolitiquement inconséquents, d'un emplacement présenté comme un pont ou une charnière entre l'Europe et l'Afrique, historiquement soumis à des influences afro-sémitiques, étant les parents pauvres de l'Union européenne dans une adhésion qui, comme le souligne à juste titre l'auteur, a été une fatalité pour l'Espagne et sa souveraineté économique en démantelant les principaux secteurs stratégiques, le secteur agricole, et en nous laissant au secteur des services et au tourisme, ce qui offre peu d'opportunités d'emploi pour nos jeunes et le développement de notre potentiel en tant que nation. C'est une Espagne qui a renoncé à l'autosuffisance productive, un pays soumis à la corruption politique, à la mafia syndicale, à un patronat tyrannique et au parasitisme social, dont aucun secteur n'est capable d'exercer un rôle de leadership moral face à une telle catastrophe. 

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L'Espagne a également un autre problème, à savoir sa propre configuration territoriale et l'idée même de nation ou de patrie, ainsi que la manière dont elle est conçue. Tous ces problèmes sont devenus plus évidents que jamais avec l'actuel régime de 1978, sous un système libéral qui ignore complètement les particularités des différents peuples dont l'Espagne est née, car, comme le souligne à juste titre notre auteur, les territoires ont une mémoire et sont imprégnés d'histoire. Mais pour réunir à nouveau tous les peuples hispaniques, il est nécessaire de dépasser aussi bien le centralisme libéral d'origine jacobine et bourbonienne, celui du "centralisme madrilène", que celui du sécessionnisme périphérique et provincial, afin de promouvoir un changement qui doit venir du nord-ouest de la péninsule, des territoires qui ont été le point de départ de la Reconquête et qui représentent le principal foyer de l'européanité. L'Espagne autonome s'est déjà révélée non viable économiquement, historiquement et culturellement, et a également entravé le processus d'intégration entre la population et le territoire. Carlos Blanco est allé jusqu'à proposer son propre modèle d'organisation/division territoriale basé sur les territoires du Nord-Ouest (Galice, Asturies, León et Cantabrie), les deux Castillas fusionnées en une seule, et d'autres unités fédérées comme Aragon et Valence, ainsi que des unités intermédiaires au niveau local et foral. Ce serait un modèle très proche dans son idée de celui du traditionalisme hispanique, loin des caprices d'oligarchies libérales corrompues étrangères à notre histoire. Un modèle décentralisé, animé par la richesse et la pluralité des territoires qui composent ce que l'on appelait autrefois Las Españas. 

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Conformément au postulat de la pensée spenglerienne, dans la nécessité d'approfondir les aspects culturels et vitaux dans le développement de chaque âme collective et particulière, chaque peuple doit être jugé par les faits historiques et les réalisations auxquelles il a participé, dans ses aptitudes spécifiques. Particulièrement intéressant est l'appel que notre auteur fait à Ortega y Gasset, qui, comme Spengler, se positionne dans des positions anti-libérales et anti-socialistes, en ce qui concerne l'Espagne et ses problèmes de "vertébration".

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Pour Ortega, l'important était la nation au-dessus de tout pragmatisme juridique, et l'essentiel, comme le souligne à juste titre Spengler dans son œuvre, est la configuration ethnique des peuples qui habitent ses différents territoires face à toute imposition provenant du centralisme bourgeois et du modèle radial bourbonien. Il est intéressant de voir comment il est fait appel aux éléments de l'Espagne traditionnelle, aux corps intermédiaires, à toutes ces formes d'organisation sociale avec leurs propres conditionnements socio-juridiques, comme la Commune et la Famille, de caractère pré-étatique. La raison historique devient l'outil fondamental pour assembler les institutions, la société et les pouvoirs publics en un tout parfaitement organique. Par conséquent, il faut avant tout considérer la constitution historique, l'existence de formes coutumières dérivées de cette expérience historique. L'histoire ne doit donc pas être considérée comme un élément mort, un objet à collecter comme l'a fait la science historique positiviste, mais comme un élément vivant dont l'homme est porteur dans le présent, d'où la nécessité de tenir compte des expériences passées de chaque peuple dans l'organisation et le fonctionnement de chaque communauté nationale et organique. 

En guise de conclusion, nous pouvons dire que ce livre nous invite à une profonde réflexion sur l'Espagne d'aujourd'hui à la lumière de la pensée spenglerienne, et qu'il cherche à trouver les moyens d'inverser le cours de la décadence et de la dégénérescence qui nous conduisent vers une mort certaine en tant que civilisation en état de putréfaction à tous les niveaux, ou du moins qu'il s'agit d'un diagnostic très précis de notre situation actuelle et du monde moderne dans lequel nous nous trouvons. En résumé, ce travail nous permet de comprendre les dimensions du problème auquel nous sommes confrontés à partir de paramètres interprétatifs politiquement incorrects, avec un penseur fortement stigmatisé, mais non moins précis dans sa méthodologie et son analyse interprétative.

Pour commander l'ouvrage: https://editorialeas.com/producto/de-covadonga-la-nacion-espanola-la-hispanidad-en-clave-spengleriana/

vendredi, 23 juillet 2021

Entre affirmations souveraines et négations radicales, une critique du libéralisme (Donoso Cortés)

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Entre affirmations souveraines et négations radicales, une critique du libéralisme (Donoso Cortés)

 
Dans cette nouvelle vidéo, nous nous pencherons sur la figure méconnue de Juan Donoso Cortés, l'un des trois grands penseurs de la fameuse triade contre-révolutionnaire, avec Joseph de Maistre et Louis de Bonald. Précurseur de la pensée de Carl Schmitt, Donoso Cortés a offert un aperçu original de la philosophie libérale en montrant que cette dernière ne vit que par et pour la discussion sans fin. Or, la nature "discutante" du libéralisme l'empêche justement, selon Donoso, d'apporter un fondement solide à la société et fait qu'elle empêche toute décision politique au sens propre.
 
 
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Musiques utilisées dans la vidéo :
- Isaac Albeniz : Asturias (New Philharmonia Orchestra, Rafael Frühbeck de Burgos)
- Agustín Barrios : La Catedral (par Ana Vidovic)
- Fernando Sor : Study No. 5 in B Minor (par Taso Comanescu)
- Hans Pfitzner : Palestrina, Prélude à l’acte I (Berliner Philharmoniker, Ferdinand Leitner)
 

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dimanche, 06 juin 2021

Réflexions sur le choc Maroc/Espagne

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Réflexions sur le choc Maroc/Espagne

Par Jordi GARRIGA

Ex: https://metainfos.com

Avec le Maroc, il est très facile de faire une comparaison avec Israël. En fait, la question de Gaza et de sa comparaison possible avec le Sahara ou Ceuta est quelque chose que nous pouvons faire. En d’autres termes, les Israéliens, les Américains, veulent se laver les mains, avoir les « mains propres », c’est pourquoi ils ont finalement fait reconnaître au Maroc l’État d’Israël. Avec ce soutien, le Maroc sait qu’il peut, sinon réussir, commencer à faire des tentatives, à faire des expériences, à tester la résistance espagnole sur ses places nord-africaines.

En effet, on peut supposer que le Maroc ne s’arrêtera pas là, le Maroc a complètement contourné le droit international, tout comme Israël le fait, tout comme le font les États-Unis, et comme aujourd’hui la plupart des puissances souveraines dans le monde. Parce que le gros problème avec l’Espagne est qu’elle n’a en réalité pas ou plus de souveraineté.

Des documents, des résolutions, tout ce que vous voulez peut nous être présenté, mais l’Espagne est une entité qui n’est pas souveraine, ni politiquement ni économiquement.

Lorsque l’Espagne est entrée dans la Communauté économique européenne (aujourd’hui l’UE) en 1986, l’Espagne a elle-aussi, à ce moment là, été contrainte de reconnaître l’État d’Israël, faisant ainsi exploser la politique traditionnelle espagnole d’amitié avec les pays arabes.

Le fait est que la situation va très bien pour le « sultan » du Maroc: d’une part, il utilise son peuple à volonté en le jetant contre l’Espagne. C’est un moyen traditionnel en politique que de solutionner ses problèmes internes, en particulier dans le cas du Maroc ceux du Nord du pays en les projetant à l’extérieur, et en blâmant l’Espagne de tous les maux.

Il existe pourtant de nombreux liens économiques entre les deux pays, donc si un boycott est proclamé, les coupables seront en premier les Espagnols car, dans tous les cas, à Casablanca, tout ce qui détériorera la situation économique marocaine sera forcément la faute du voisin pervers du nord.

Et c’est qu’en Espagne, cette question est vécue aussi de manière compliquée, car nous avons comme en France un grave problème d’identité nationale et il ne faut pas s’attendre à ce que de nombreux citoyens soient prêts à défendre l’ « espagnolité » de Ceuta et Melilla.

En ce sens que depuis de nombreuses années, l’idée s’est répandue qu’il vaut peut-être mieux «rendre» ces villes au Maroc.

Le problème est que ces îlots ne peuvent être renvoyés à leur propriétaire, à un État, par exemple le Marocain car ils n’ont en réalité jamais fait partie du Maroc: Ceuta était portugaise en 1415 et espagnole en 1580 jusqu’à aujourd’hui présent. Melilla depuis 1556. Le Maroc n’existe que depuis 1956.

Mais … cette propagande constante pendant plus de 40 ans après l’abandon du Sahara occidental, trahi par l’ancien roi Bourbon en 1975, a fait des ravages. Bien que la position doit être ferme: nous n’avons rien à rendre, car ce sont deux villes espagnoles, point final.

Le problème, qui le relie avec Israël cité plus-haut, c’est que le Maroc est l’autre grand porte-avions yankee qui surveille l’accès de l’Europe de l’Ouest à la Méditerranée: contrôle de l’Afrique du Nord, contrôle de l’Europe, contrôle du Moyen-Orient … Et cette situation va perdurer tant que l’Europe continuera d’être la partie orientale de l’Empire mondialiste incarné par les États-Unis, tant que l’Espagne, comme les autres pays européens, est totalement dépendante de la géopolitique de la soumission atlantiste, soumise à l’obligation de rejoindre le bloc mondialiste, « occidental » quel qu’il soit.

À l’heure actuelle, l’Europe et encore moins l’Espagne ou la France à eux seuls n’ont assez de pouvoir pour créer leur propre bloc pour affronter le Maroc et ses parrains yankee-sionistes puisque l’Europe contre ses intérêts à choisi une politique anti-eurasienne, anti-russe.

Pour l’Espagne, les alternatives sont compliquées: elle est déjà intégrée dans une Europe, l’UE, mais on sait déjà à quel point cette organisation est dans la dépendance complète et incapable de défendre un quelconque de ses intérêts.

Depuis longtemps, l’Espagne et le Maroc vivent dans une tension constante. Dans quelle mesure cette tension va-t-elle se poursuivre et jusqu’à quand les tentatives d’invasion, les provocations continueront-elles?  Jusqu’au réveil du peuple hispanique ?…  Jusqu’au sursaut européen final ? C’est très difficile de savoir. Mais il est clair que pendant de nombreuses années, cela posera aux Espagnols, de nombreux problèmes et de multiples ricochets à nos voisins européens les plus proches : les marocains ne font pour la moitié d’entre eux que traverser l’Espagne pour rejoindre Paris.

Ce qui vient de se passer n’est en tout cas qu’un épisode de plus dans le drame d’une Europe assiégée de l’intérieur comme de l’extérieur.

samedi, 08 mai 2021

Élections régionales de Madrid: punition pour la gauche

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Élections régionales de Madrid: punition pour la gauche

Par Jordi GARRIGA

Ex: https://metainfos.com/2021/05/06/

Ce mardi 4 mai, des élections régionales anticipées ont eu lieu dans la Communauté de Madrid. Elles étaient anticipées car les dernières avaient eu lieu en 2019. La raison de l’avance électorale était la rupture du pacte gouvernemental entre le Parti populaire et Ciudadanos dans la région de Murcie et l’accord du nouveau gouvernement régional de Ciudadanos avec le parti socialiste. La présidente de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, craignant le même mouvement à Madrid (puisqu’elle gouvernait grâce à la même combinaison), a décidé de faire avancer les élections, malgré le fait que la gauche ait tenté d’éviter cet appel, signe que le plan était bien de faire la même chose qu’à Murcie.

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Malgré les sondages gouvernementaux, qui prédisaient une victoire pour les partis de gauche, l’actuelle président de Madrid a réalisé un grand triomphe, obtenant 65 députés (+35) et touchant la majorité absolue (sur 132 sièges). Il faut tenir compte du fait qu’elle gouvernait auparavant grâce au pacte de ses 30 députés à l’époque avec les 26 de Ciudadanos et 12 de VOX. Elle a donc gagné son pari !

Le parti le plus perdant a été Ciudadanos, un parti du centre libéral qui avait joué électoralement aux côtés de la droite, mais de manière inattendue et contre l’opinion de ses cadres et des membres du parti, ou des électeurs, qui s’étaient alors tourné vers le parti socialiste en essayant changer le gouvernement de trois régions par des motions de défiance. La punition a été totale: de 26 députés à 0. Plus de 500 000 voix perdues.

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Au contraire, la présidente Díaz Ayuso, qui a été diabolisée et assiégée à la nausée par le gouvernement central et ses médias, a reçu le soutien de 1.600.000 voix, remportant 1 million de voix en plus et représentant la force la plus plébiscitée dans tous les districts de Madrid et sur 176 des 178 communes de la région. Dévastateur ! Les raisons les plus plausibles de ce soutien populaire ont sans aucun doute été sa position contre la fermeture des lieux de travail  en défendant une circulation maximale, organisant du coup une confrontation permanente avec le gouvernement socialiste en Espagne pendant et sur la crise du COVID.

Le parti socialiste est descendu de la première position à la troisième, avec son candidat Gabilondo, personnage gris sans charisme, dépassé de quelques milliers de voix par un autre candidat de gauche, séparé du PODEMOS, Más Madrid.

VOX a pour sa part été maintenu, passant de 12 à 13 députés et remportant près de 50 000 voix supplémentaires. Il a déjà annoncé sans surprise sa volonté de soutenir un gouvernement du Parti populaire dans la région.

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Le soir même des élections, Pablo Iglesias, qui avait démissionné de son poste de vice-président du gouvernement espagnol pour être candidat du PODEMOS, a annoncé sa démission de ses fonctions et de la politique. Comme je l’ai annoncé (https://metainfos.com/2021/04/18/pablo-iglesias-ou-quand-...), même si je ne m’attendais pas à ce que ce soit si tôt. Sa candidature a obtenu 80 000 voix de plus qu’en 2019, mais c’est clairement un échec avec 7% de voix au total. Dans tous les quartiers populaires qu’ils prétendent représenter, la droite a gagné et l’étrange campagne intimidante, dans laquelle ils ont reçu des lettres avec des balles à l’intérieur, ainsi que leurs appels à parier entre «démocratie ou fascisme» n’ont guère influencé les résultats. En fait, le véritable électorat espagnol, au-delà des cris hystériques des médias, ne se préoccupe pas des problèmes typiques d’une guerre civile qui a pris fin il y a plus de 80 ans, mais plutôt de pouvoir manger et pouvoir travailler tous les jours. Les appels antifascistes ou anticommunistes (Vox avec son « nous avons arrêté le communisme à Madrid« ) ont déjà perdu de leur efficacité à cause d’une certaine saturation passéiste. Le monde a changé mais certaines générations comme en France ne s’en sont pas encore rendu compte !

En fait, les vrais communistes et fascistes qui se sont présentés à ces élections, avec leurs candidatures marginales qui n’ont pas atteint 1% des voix, ont été encore plus acculés: le Parti communiste des travailleurs d’Espagne (PCTE) est passé de 2610 à 1 653 voix (0,05%) et la Falange Española de las JONS (FE de las JONS) de 2 217 à 1 129 voix (0,03%)…

Le chef du PP, Pablo Casado, dans son euphorie a annoncé que ces élections marquent le début de la récupération du gouvernement espagnol. Certes, puisque la lecture initiale de ces élections pourrait bien être le retour, dans peu de temps, du bipartisme en Espagne. Si, jusqu’à récemment, cinq partis se disputaient directement des positions de pouvoir dans les différentes élections, la carte politique espagnole est maintenant la suivante:

– Ciudadanos, après une série d’erreurs stratégiques  disparaîtra rapidement et presque tous ses électeurs iront au Parti populaire.

– PODEMOS, après le départ de Pablo Iglesias a de nombreuses possibilités de désintégration, puisque son leader était le pilier fondamental de sa cohésion.

– VOX, qui malgré son maintien, ne cesse de suivre le Parti populaire, court le risque que ses électeurs finissent tôt ou tard par parier sur le parti le plus grand, le plus modéré et qui en dit autant sans trop crier.

vendredi, 07 mai 2021

"Chaque nation est basée sur une foi fondatrice" - Entretien avec Carlos X. Blanco

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"Chaque nation est basée sur une foi fondatrice"

Entretien avec Carlos X. Blanco à l'occasion de la présentation de son livre LA INSUBORDINACIÓN DE ESPAÑA (Letras Inquietas, La rioja, 2021).

Ex : https://decadenciadeeuropa.blogspot.com/2021/05/toda-naci...

imagesIEsp.jpg"Chaque nation est basée sur une foi fondatrice", écrivez-vous. Quand et pourquoi l'Espagne a-t-elle abandonné son idée d'un empire civilisateur et sa foi catholique ?

CB : Il est clair qu'avant même cette grande usurpation réalisée par la Maison de Bourbon, assise sur le trône d'Espagne, une haute noblesse décadente, corrompue, corruptrice et creuse, très éloignée - par le sang et la foi - de la noblesse espagnole, avait déjà commencé à vaciller pendant la période dite des Habsbourg mineurs. C'est l'éternelle élite empoisonnée, parasite de la Cour, qui a trahi le noble élan de reconquête du peuple hispanique. Ces mêmes élites, artificiellement affublées de titres par des monarques médiocres, mais descendants d'origines sombres et pourries, ont toujours prospéré à Madrid, à la Cour, et laissé une partie importante du peuple être gâtée ou mourir de faim. Aujourd'hui, à la place des "Grands" d'Espagne, nous avons la caste politique professionnelle. Mais il est clair que le grand changement culturel est intervenu avec l'avènement des Bourbons. La francisation de l'Espagne, comme la "britannisation" du Portugal, fut une catastrophe. Les idées étrangères sont arrivées en Espagne comme les virus arrivent aujourd'hui, détruisant tout, à commencer par cette foi "fondatrice" dont parle Marcelo Gullo.

La foi des Espagnols est née à Covadonga: un élan de reconquête qui n'aurait pas dû s'arrêter en Afrique du Nord, une région qui devait être, en obéissant au souhait et au mandat d'Isabelle la Catholique, une extension hispanique et catholique de la péninsule. Au contraire, les intérêts maçonniques ou similaires, de plus en plus orientés vers le crémentisme, vers l'individualisme, vers l'exploitation coloniale et non vers la gouvernance civilisatrice, ont miné la Compagnie universelle reconquérante, celle qui est née avec Pelayo et qui a fondé, dès 718, la Hispanidad.

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L'Espagne d'aujourd'hui a-t-elle une quelconque ressemblance avec l'Espagne de l'histoire ?

L'Espagne historique ou, mieux, l'Espagne traditionnelle, existe encore, bien qu'enfouie sous une populace et, quand ce n'est pas une populace, sous une masse anomique et "cosmopolite". En fait, l'Espagne, je parle maintenant de l'Espagne péninsulaire, a suivi des tendances très similaires à celles enregistrées dans les autres pays d'Europe occidentale: hédonisme, ramollissement, érotomanie, toxicomanie, flaccidité de la volonté et de l'esprit de sacrifice, culte de la technologie, acculturation yankee, afro-américaine et mahométane, etc. Mais ce qui aggrave notre propre décadence, ce qui lui donne une "marque espagnole" particulière par rapport à celle des Français, des Belges, des Anglais ou des Allemands, par exemple, c'est d'avoir complètement abandonné son élan civilisateur et reconquérant. Ces autres peuples d'Occident ne l'ont vécu comme leur, que dans des spasmes temporels très limités, lors des croisades par exemple, privilégiant dans leur histoire le moment prédateur sur le moment fondateur ou civilisateur. Les Espagnols traditionnels, en revanche, représentaient un idéal d'unité catholique et d'empire au sens le plus pur d'équilibre, d’arbitrage, conciliant et "fondateur". Il s'agissait, surtout depuis les Rois Catholiques, de créer une superstructure politico-spirituelle qui durerait des milliers d'années et résisterait aux tendances à la désintégration que le nominalisme décadent du XIVe siècle annonçait déjà, et qui a fatalement explosé dans le protestantisme du XVIe siècle. De la même manière qu'aujourd'hui il faut sauver la Civilisation chrétienne et rationnelle (pas "rationaliste") de l'intégrisme de la secte mahométane, aux XVIe et XVIIe siècles les Espagnols s'étaient déjà entraînés depuis le VIIIe siècle (depuis Covadonga) à l'usage de l'épée au service de la Croix, et voyaient au-delà des Pyrénées, au cours de la Modernité, de nouveaux "djihadistes" qui, bien que se disant chrétiens (calvinistes, luthériens), allaient conduire le monde au désastre. L'Espagne a sauvé l'Église romaine et a donné à la moitié du monde les instruments de la civilisation. Même à une époque aussi décadente que le XIXe siècle, la moitié de l'Espagne, l'Espagne "carliste", est restée fidèle à cet idéal et était consciente de cette mission. Mais, malheureusement, dans ce siècle d'une Espagne diminuée, la guerre devait être menée à l'intérieur.

Aujourd'hui, seules quelques minorités sont conscientes de l'aberration dans laquelle vit l'Espagne, l'Espagne péninsulaire. Mais, tant que ces minorités existeront, ceux qui nous colonisent ne pourront pas dormir en paix.

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Dans quelle mesure l'Espagne est-elle "une pauvre nation subordonnée"? Qui ou qui nous tire les ficelles? Nous avons démantelé notre industrie et notre autosuffisance. Nous avons renoncé à défendre nos frontières et avons été contaminés par des idéologies étrangères". Malgré cette analyse extraordinairement négative (ou réaliste), est-il possible de renverser cette situation de prostration ?

CB : Successivement, nous avons été colonisés par les Français, les Anglais et les Américains. Aujourd'hui, les ploutocrates qui tiennent l'Espagne sous leur botte s'appuient largement sur cette idéologie obtuse, fanatique et, en fin de compte, stupide qu'est l'européanisme. Ils nous ont vendu l'idée de l'Europe comme une panacée, surtout depuis la dernière étape du franquisme. En réalité, il faut distinguer l'Europe, une entité culturelle qui existe depuis le XVIe siècle grâce à l'Espagne, et l'Union européenne. L'Union européenne, en tant que prétexte et en tant que gouffre par lequel notre souveraineté s'est échappée, était parfaite pour ces élites colonialistes qui siègent dans les bureaux de Madrid et dans les satrapies autonomes. Parfait pour fuir les responsabilités devant le peuple, qui sont le genre de responsabilités qui sont clairement historiques. De plus, avec Felipe González, et depuis sa période désastreuse à la Moncloa, la vente de notre souveraineté productive a été consommée. Les politiciens se sont laissés corrompre par les Français et les Allemands. Ils se sont débarrassés de l'Espagne en tant que concurrent commercial et ont inventé une Espagne mendiante et subventionnée. Avec Aznar, la porte a été ouverte à une main-d'œuvre non espagnole bon marché mais colonisatrice, à la bulle immobilière, à l'Espagne du bar de plage et du bordel de route... C'est à la caste répugnante de politiciens que nous le devons car nous avons autorisée cette soi-disant "démocratie" à laquelle nous devons une colonisation ou une subordination informelle à des puissances étrangères. Ces pouvoirs ont toujours existé et existeront toujours. La clé est de ne pas permettre aux "élites" ochlocratiques de vendre notre patrie, notre héritage et notre mission historique. Désormais, les puissances subordonnées ne sont plus seulement des unités politiques étatiques mais des unités de force strictement privées (multinationales, fondations, lobbies), même si elles continuent d'employer certains États comme "mamporreros" (sous-fifres) et garçons de courses pour certains agendas globaux de domination mondiale.

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Le mondialisme semble aujourd'hui être un ennemi imbattable, mais peut-on le combattre efficacement? Comment le combattre?

CB : Avec le traditionalisme, avec la Contre-Révolution. Et cela commence dans la famille et dans le quartier. Il s'agit de préserver et d'inculquer la foi de nos aînés, la fierté de l'identité, le lien avec la terre. Si nous recréons un réseau de familles qui cultivent leur propre terre, sans préjudice des autres métiers et services, et si nous sommes capables d'introduire chez les enfants l'amour de l'histoire, l'amour des faits et non des idéologies, d'où découle la fierté de sa propre identité, pour le passé, pour les exploits de nos aînés... si nous bannissons aussi de l'âme nationale cette tendance au parasitisme, à la paresse, au picaresque, qui est même exaltée de façon récurrente par les puissants et par les mauvaises élites sous la forme du "majismo", du "señoritismo", du "flamenquismo", etc. alors les Espagnols redeviendront les dignes "fils de quelque chose", les nobles paysans, les seuls véritables "sang bleu", qui ont manié l'épée aussi bien que labouré un champ, et qui ont avancé depuis les falaises de la mer Cantabrique pour récupérer l'ancienne Hispanie gothique plus au sud pour la Civilisation.

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De votre point de vue, la survie et la renaissance de l'Espagne passent sans équivoque par la récupération de l'hispanisme. À quoi devrait ressembler l'hispanisme du XXIe siècle?

CB : Comme je l'ai dit dans de nombreuses autres interviews, il faut être humble et avoir un esprit fédérateur quand on parle aux Espagnols d'Amérique. Nous devons dire clairement que l'hispanisme n'est pas le rêve fou de faire de l'actuel État espagnol un leader néo-impérial parmi les républiques américaines pauvres... Ce serait ridicule. De nombreuses nations d'Amérique latine sont mille fois plus grandes que nous en termes de population, de sensibilisation, de préparation, de ressources... C'est nous, les péninsulaires, qui devons apprendre d'elles. Mais il est vrai que nous pouvons être la nation hispanique qui peut agir comme un coin et un pont en Europe, parce que nous sommes en Europe (et très proche de l'Afrique). Nous pouvons être parfaits pour exercer une pression, comme un bélier, et pour faire de la médiation. Mais notre potentiel linguistique, humain et spirituel ne peut être renforcé qu'en créant un bloc ou un pôle analogue à celui des Chinois, des Russes, des Anglo-Saxons, des Arabes, etc. Et ce bloc a son siège dans les Amériques, en attendant de pouvoir récupérer des espaces ibérophones en Asie et en Afrique. Nous devons nous parler, nous contacter davantage, créer des forums d'échange permanents.

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Si l'Espagne s'engage à récupérer cette union historique avec la région ibéro-américaine, devons-nous continuer à faire partie de l'Union européenne? Quelles relations devons-nous avoir avec le reste de l'Europe?

CB : Il y a un instant, j'ai utilisé ces métaphores: coin, bélier, pont... Un pôle de puissance géopolitique ibérophone peut compter sur l'Espagne et le Portugal comme têtes de pont pour imposer d'autres politiques en Europe, pour inverser les dérives. Au lieu d'être l’impasse méridionale de l'Europe, l'Espagne péninsulaire (et le Portugal) peuvent devenir le croc mordant d'une Hispanidad unie, qui fera irruption dans cette Europe flasque, corrompue et sans plus aucun destin. Un pont, aussi, parce que les Espagnols les plus traditionnels sont les plus européens de tous, et que nous pouvons continuer à transférer les valeurs fondatrices de l'Europe millénaire (celle qui remonte à Homère, et selon des auteurs comme Venner, à des sources bien plus lointaines, au milieu de la préhistoire) à des contingents humains qui en sont très éloignés. De même que de nombreux frères et sœurs hispano-américains se sont laissés contaminer par l'indigénisme (en étant ainsi affectés par un "auto-racisme" indien) ou par l'africanisme (en exacerbant le mythe du bon sauvage), il existe aussi des Andalous aux noms de famille asturiens ou aux traits slaves qui ont la nostalgie d'al-Andalus... Être un pont avec l'Europe signifie sauver l'Européen ancestral et authentique qui se niche dans les Espagnols des deux continents et dans l'âme de tous, indépendamment de la couleur de leur peau. Nous, les péninsulaires, devons bien sûr jeter à la poubelle toutes les sottises des "trois cultures" (d'Américo Castro à Zapatero), ainsi que l'aliénation "majismo", "flamenquismo" et "cañí".

61bzXi-UuKL._AC_UY218_.jpgPar contre, le conglomérat européiste franco-allemand tremblera le jour où nous, péninsulaires, deviendrons des Européens à part entière qui, en plus, serviront de crocs à un axe géopolitique ibérophone ayant son propre poids, très différent et peut-être rival du monstre yankee et bureaucratique de l'UE.

Source : LTPV

dimanche, 18 avril 2021

La insubordinación de España: un livre indispensable pour les Espagnols sur la brèche

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La insubordinación de España: un livre indispensable pour les Espagnols sur la brèche

José Antonio Bielsa Arbiol

Ex : http://adaraga.com/

En l'absence d'une perspective adéquate, nous ne disposons pas encore d'un canon exportable pour la philosophie espagnole du premier quart du 21ème siècle. Malgré cela, nous ne risquerons rien si nous affirmons catégoriquement, ici, que Carlos X. Blanco deviendra (avec le temps) l'un des noms les plus importants de ce canon, qui est actuellement en voie de constitution.

L'auteur d'œuvres aussi différenciées (et remarquables) que La Caballería Espiritual, De Covadonga a la nación española ou les récents Ensayos antimaterialistas, ne doit pas être confondu avec cette légion creuse de plumitifs lacaniens qui travaillent dans la ferme de Doña Ideosofía (tout en versant du sirop marxisto-culturel et du politiquement correct dans chacune de leurs déjections intellectuelles gélatineuses).

Carlos X. Blanco est un métaphysicien habile qui a écouté la voix profonde  des montagnes: d'abord comme esthète (il le démontre dans son œuvre narrative), puis comme penseur ontologique, dans la lignée qui va de Parménide et Aristote à Spengler et autres penseurs similaires ; ses préoccupations tournent donc autour du principe d'identité : il n'est pas possible de jeter les bases d'une révolte contre le monde moderne si l'on n'a pas forgé au préalable un support doctrinal correctement stable, c'est-à-dire systématique. Ce support était déjà codifié dans la production littéraire et académique de notre auteur. Et s'il manquait encore quelque chose, voici que paraît La insubordinación de España, la quintessence de ses préoccupations ultimes sur l'Être (avec une majuscule) et l'énigme historique de l'Espagne, préoccupations ultimes qui  oscillent entre la philosophie de l'histoire et la sociologie prédictive.

La insubordinación de España comporte un heureux prologue-manifeste du grand journaliste Raúl González Zorrilla, suivi des quatre parties qui réunissent les principales thèses de l'ouvrage. Comme notre objectif n'est pas d'"éviscérer" le contenu du livre, nous nous contenterons d'annoter certaines des idées qui ressortent, explicitement ou non, du livre.

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L'idée maîtresse que le livre illustre est peut-être que "le déclin de l'Europe n'est pas une copie exacte du déclin du monde classique ou du déclin de la Renaissance gothique-scolastique qui a débuté au 14ème siècle. Le déclin de l'Europe s'apparente à un tremblement de terre cosmique. Un séisme cosmique, c'est-à-dire un point de rupture sans possibilité de récupération: une catastrophe sublimée dont il ne restera que des particules de poussière après la démolition culturelle convenue par le Grand Capital. "L'économie capitaliste mondialisée et la technolâtrie menacent sérieusement la possibilité de survie de l’âme humaine. L'Homo sapiens simplement biologique pourra survivre, en laissant de côté les catastrophismes sur la guerre nucléaire ou la non-durabilité écologique...". Les quatre parties évoquées, successivement et par complémentarité, traitent des précédents de ce tremblement de terre, et très concrètement de ses préparatifs sur la scène espagnole : "L'Espagne va tomber", "Le meurtre de l'Espagne", "L'Espagne comme katehon" et "Notre nouveau et infâme 711". Dès leur titre, on peut deviner leur contenu, qui est percutant à tous égards, mais surtout instructif.

Cependant, il y a dans le livre de Carlos X. Blanco une idée fixe qui nous ramène à la philosophie pessimiste de l'histoire d'Emmanuel Kant, qui, dans la huitième proposition de son Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, établirait qu'"il y a donc une scission au cœur de l'histoire, entre ce qui est vécu par les individus, leurs passions, leurs luttes, leurs ambitions, et ce qui se passe au-delà d'eux sur le plan universel, l'exécution d'un plan caché de la nature pour établir une constitution qui régit parfaitement la politique intérieure et aussi, dans le même but, la politique extérieure".

Sur cette question capitale, impossible à appréhender aujourd'hui dans sa totalité en raison de l'hyper-fragmentation des connaissances et de la tyrannie du virtuel, s'ancre la problématique métaphysique existante qui assomme l'Espagnol ordinaire : ce sujet déconnecté de son passé, moralement infirme et intégralement malade à force de prendre soin de sa santé physique, est une aberration anthropologique pour l'Espagne, puisqu'il nie la nature substantielle même de l'être espagnol. La majeure partie des Espagnols d'aujourd'hui, cette masse somnolente, bipède et archaïque de l'après-Régime de 1978, pleurnicharde et amorphe, sans racines et apostate, brise par sa simple (in)existence la dignité de l'Espagnol historique et extemporané, cette figure robuste dont le passé glorieux n'est conservé que dans nos dépôts doctrinaux (littérature, art, architecture, etc.).

Une main invisible, en somme, gouverne les destinées de chaque Espagnol bâillonné et à jamais régressé: il semblerait que le prix de notre sauvetage soit inabordable, et qu'en devenant une masse en perdition (donc après trois siècles d'infiltration maçonnique progressive et de libéralisme prédateur), nous ayons perdu la dernière prise spirituelle solide pour nous protéger contre la froidure métallique postmoderne. Il y a un plan caché, comme l'a justement clarifié Kant, qui échappe à nos prévisions et même à notre destin historique (le non-être), non plus celui de la nation oublieuse de ses morts, mais celui d’une entité solidaire inexistante qui meurt dans les ruches sombres de nos villes agonisantes, où les lumières criminelles des télévisions illuminent les visages mortuaires des derniers Espagnols... vivants.

Contre cette catastrophe de l'esprit se bat l’auteur de La insubordinación de España, un texte qui propose des solutions et un diagnostic. Je remercie l'auteur d'avoir osé philosopher debout, devant les ruines, sans corsets conventionnels ni autres outils d'autocensure.

Carlos X. Blanco: La insubordinación de España. Letras Inquietas (Abril de 2021)

José Antonio Bielsa Arbiol

José Antonio Bielsa Arbiol est un historien, philosophe, critique de cinéma, enseignant et écrivain. Il est titulaire d'une licence en histoire de l'art et d'une licence en philosophie de l'université de Saragosse. Il publie régulièrement des articles et des essais dans des magazines, des journaux de presse et des journaux numériques sur différents sujets, et écrit également des scénarios de films, des romans, des nouvelles et de la poésie. Il est marié et vit à Saragosse où il enseigne la philosophie.

mercredi, 17 mars 2021

Guerre d’Espagne : un passé qui ne passe pas

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LA NEF n°334 Mars 2021 (version longue et intégrale de l’article paru dans La Nef)

Guerre d’Espagne : un passé qui ne passe pas

par Arnaud Imatz

Longtemps l’Espagne des années 1975-1985 a été considérée comme l’exemple « historique », « unique », presque parfait, de transition pacifique d’un régime autoritaire vers la démocratie libérale. Elle était  le modèle unanimement salué, louangé, par la presse internationale occidentale. Depuis, bien de l’eau est passée sous les ponts. La belle image d’Épinal n’a cessé de se détériorer au fil des ans cédant la place aux silences et réserves, puis aux critiques acerbes de nombreux « observateurs » et « spécialistes » politiques. Certains, parmi les plus sévères, n’hésitent plus à réactiver les vieux stéréotypes de l’increvable Légende noire, vieille de cinq siècles, que l’on croyait pourtant définitivement enterrée depuis la fin du franquisme. Mais qu’elle est donc la part de réalité et de fiction dans ce sombre tableau qui nous est désormais décrit?  

L’Espagne d’aujourd’hui  

L’Espagne apparaît faible, chancelante et impuissante ; elle n’a jamais été autant au bord de l’implosion. Les nationalismes périphériques, les séparatismes, qui la déchirent sont de plus en plus virulents. L’économie du pays souffre de maux graves : manque de compétitivité, détérioration de la productivité, rigidité du marché du travail, taux de chômage le plus élevé de l’UE (en particulier celui des jeunes avec beaucoup de diplômés forcés de s’exiler), coût excessif des sources d’énergie, système financier grevé par l’irrationalité du crédit, déficit public considérable, pléthore de fonctionnaires dans les diverses « autonomies », gaspillage de l’argent public… la liste des problèmes est désespérément longue. Avant la mort du dictateur, Francisco Franco, pendant la première phase du « miracle économique (1959-1975), l’Espagne s’était hissée au 8e rang des puissances économiques mondiales, position qu’elle avait conservée jusqu’à la crise de 2007. Mais elle a par la suite singulièrement décroché pour se retrouver reléguée au 14e rang.  

À cela est venu s’ajouter l’effet désastreux de la pandémie de coronavirus et la gestion déplorable de la crise sanitaire. Le président Sánchez et les porte-paroles du palais de la Moncloa ont d’abord prétendu sans vergogne : « le machisme tue plus que le coronavirus », puis, ils ont affirmé triomphalement : « nous avons mis le virus en déroute ». Mais le bourrage de crâne des propagandes politiciennes ne dure qu’un temps. La dure réalité des faits a fini, comme toujours, par s’imposer. On le sait, le bilan provisoire est parmi les plus calamiteux: un effondrement du PIB (-12%), une destruction de plus de 620 000 emplois, près de 4 millions de chômeurs officiels dont un chômage de plus de 40% chez les jeunes, un secteur hôtelier à l’abandon, au bord de la ruine, un recul du tourisme à un niveau plus bas qu’il y a vingt ans, une récession qui est la plus forte du monde occidental après l’Argentine, enfin, une surmortalité liée à la covid 19 s’élèvant à 60 000 voire 110 000 morts (selon les sources).  

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Le gouvernement Sanchez II.

Cela étant, il convient de préciser tout de suite que la pandémie, événement mondial, grave mais néanmoins conjoncturel, n’a fait qu’aggraver une crise générale préexistante. On ne saurait trop insister sur le rôle d’un facteur structurel, déterminant dans l’involution récente du pays : la défaillance de la classe ou de l’oligarchie politique (droites et gauches de pouvoir confondues) qui n’a jamais été aussi médiocre, corrompue et irresponsable. Le second gouvernement de Pedro Sánchez (2020-), coalition du parti socialiste (PSOE), du Parti communiste (PCE/IU) et de Podemos (un parti « populiste » d’extrême gauche, pro-immigrationniste, dont les leaders se réclament à la fois de Lénine, de Marx et du régime vénézuélien, ce dernier les ayant financés lorsqu’ils étaient dans l’opposition), n’est jamais que l’expression voire l’aboutissement d’un processus de détérioration, de dégénérescence, de vassalisation et de perte presque totale de souveraineté, qui s’est accéléré après le tournant du siècle.  

Bien sûr, le cas espagnol ne saurait être expliqué sans une remise en perspective globale. Toutes les démocraties occidentales sont aujourd’hui exposées aux dangers redoutables que sont la révolution culturelle, le politiquement correct, la nouvelle religion séculière postchrétienne et l’émergence du «totalitarisme light ». Mais pour ne pas excéder notre propos, tenons-nous en ici au rôle et à la part de responsabilité de la classe politique espagnole. On ne saurait vraiment saisir la nature et l’ampleur de cette responsabilité dans le collapsus général, politique, social, économique et moral (mais aussi dans le suicide démographique ; le taux de fécondité étant le plus bas de l’UE : 1,17, voire 1,23 en incluant l’indice de natalité des immigrés), sans évoquer quelques événements clefs de la transition démocratique et du tournant du siècle. Ce rappel permettra de mieux comprendre pourquoi tout ce qui touche à la guerre civile de 1936-1939 est devenu un sujet de division beaucoup plus violent aujourd’hui qu’il y a encore quinze ans, alors que le temps aurait dû contribuer à apaiser les passions.  

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De l’esprit de la transition démocratique au retour de la mentalité de guerre civile  

Un point d’histoire est indiscutable: c’est la droite franquiste (mélange complexe et subtil de carlistes-traditionalistes, monarchistes conservateurs et libéraux, phalangistes, conservateurs-républicains, démocrates-chrétiens, radicaux de droite et technocrates) qui a pris l’initiative d’instaurer la démocratie. Cette transition démocratique n’a pas été une conquête des ennemis de la dictature, elle a été un choix délibéré de la grande majorité de ceux qui avaient été jusque là ses principaux leaders. L’intelligence politique de la gauche (le PSOE de Felipe González et le PCE de Santiago Carrillo), a été de renoncer à ses revendications maximalistes, pour embrasser la voie du réformisme et joindre ainsi ses forces au processus démocratique amorcé par la droite franquiste. Les faits parlent d’eux même : Le décret-loi autorisant les associations politiques fut édicté par Franco en 1974, un an avant sa mort. La loi de réforme politique fut adoptée par les anciennes Cortes « franquistes » le 18 novembre 1976 et ratifiée par référendum populaire le 15 décembre 1976. La loi d’amnistie fut adoptée par les nouvelles Cortes « démocratiques » le 15 octobre 1977. Elle reçut l’appui de la quasi totalité de la classe politique (en particulier celle des leaders du PSOE et du PCE). N’oublions pas la présence dans les Cortes de la première législature de personnalités exilées d’extrême gauche aussi significatives que Santiago Carrillo, Dolores Ibarruri (la Pasionaria) ou Rafael Alberti. Enfin, c’est le Congrès (l’organe constitutionnel) qui a adopté la Constitution actuelle, qui a été ensuite ratifiée par référendum le 6 décembre 1978 (avec 87% de voix pour).  

La Transition démocratique reposait sur une parfaite conscience des échecs du passé et sur la volonté de les dépasser. Il ne s’agissait pas d’oublier et encore moins d’imposer le silence aux historiens ou aux journalistes, mais de les laisser débattre et de refuser que les politiciens s’emparent du sujet pour leurs luttes partisanes. Deux principes animaient cet « esprit de la transition démocratique », aujourd’hui dénoncé, tergiversé et caricaturé par les gauches, le pardon réciproque et la concertation entre gouvernement et opposition. Il était alors inconcevable que des politiciens de droite ou de gauche s’insultent en se traitant de « rouge » ou de « fasciste ».  

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Un premier durcissement dans les polémiques partisanes devait néanmoins se produire lors des législatives de 1993. Mais la vraie rupture se situe trois ans plus tard, en 1996, lorsque le PSOE avec son leader Felipe González (au pouvoir depuis 14 ans mais en difficulté dans les sondages), a volontairement joué la carte de la peur, dénonçant le Parti Populaire (PP), parti néolibéral et conservateur, comme un parti agressif, réactionnaire, menaçant, héritier direct du franquisme et du fascisme. Les Espagnols se souviennent encore d’une fameuse vidéo électorale du PSOE qui représentait le PP en doberman ou pitbull enragé et sanguinaire.  

Pendant toute la décennie 1990, un véritable raz de marée culturel, néo-socialiste et postmarxiste, a submergé le pays. Les nombreux auteurs autoproclamés « progressistes », tous défenseurs du Front populaire de 1936, ont inondé les librairies de livres, occupé les chaires universitaires, monopolisé les grands médias et gagné largement la bataille historiographique. La nation, la famille et la religion  sont redevenues des cibles privilégiées de la propagande semi-officielle. Paradoxalement, cette situation s’est maintenue sous les gouvernements de droite de José Maria Aznar (1996-2004). Obsédé par l’économie, « L’Espagne va bien ! », Aznar s’est désintéressé des questions culturelles ; mieux, il a cherché à donner des gages idéologiques à la gauche. A vrai dire, beaucoup de gens de droite lui donnaient raison lorsqu’il rendait hommage aux Brigades internationales (pourtant composées à 90% de communistes et socialistes marxistes), ou lorsqu’il condamnait le franquisme, voire le soulèvement du 18 juillet 1936 (alors qu’il est le fils d’un phalangiste et qu’il a été lui-même dans sa jeunesse un admirateur déclaré de José Antonio, un militant de la Phalange indépendante et dissidente). La droite « la plus bête du monde » (comme on aime à dire en France), acquiesçait aussi lorsqu’il encensait le ministre et président du Front populaire, Manuel Azaña, un franc-maçon, farouchement anticatholique, l’un des trois principaux responsables du désastre final de la République et du déclenchement de la guerre civile, avec le républicain catholique Niceto Alcalá-Zamora et le socialiste Francisco Largo Caballero, le « Lénine espagnol ». Les leaders du PP, régulièrement et injustement accusés d’être les héritiers du franquisme et du fascisme, croyaient pouvoir désarmer l’adversaire et trouver leur salut dans une continuelle profession de foi antifranquiste. Une erreur crasse, qu’ils finiront par payer vingt ans plus tard, lorsqu’en 2019 le parti populiste Vox surgira sur la scène politique.  

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Mais dans les années 2000, l’imprévisible allait se produire en dehors de la droite politique. Au nom de la liberté d’expression, d’opinion, de débat et de recherche, un groupe d’historiens indépendants, avec à leur tête l’américain Stanley Payne (voir notamment La guerre d’Espagne. L’histoire face à la confusion mémorielle, un livre incompréhensiblement épuisé et non réédité en France depuis des années) et l’ex-communiste Pio Moa (auteur de best-sellers tels Los mitos de la guerra civil, un livre vendu à plus de 300 000 exemplaires, encore inédit en France, qui démontre notamment que le soulèvement socialiste de 1934 a été l’antécédent direct du soulèvement national du 18 juillet), mais aussi toute une pléiade d’universitaires, dont un bon nombre de professeurs d’histoire de l’université CEU San Pablo de Madrid, se sont insurgés contre le monopole culturel de la gauche socialo-marxiste. Quelques années plus tard, d’autres travaux incontournables ont été publiés tels ceux de Roberto Villa García et Manuel Álvarez, sur les fraudes et les violences du Front Populaire lors des élections de février 1936, de César Álcala sur les plus de 400 « Checas » (centres de tortures organisés par les différents partis du Front populaire dans les grandes villes pendant la guerre civile), ou les recherches de Miguel Platon sur le nombre des exécutions et assassinats dans les deux camps (57 000 victimes parmi les nationaux / nacionales et non pas nacionalistas/nationalistes, comme on le dit à tort en France, et 62 000 victimes parmi les front-populistes ou républicains) et sur le nombre des victimes de la répression franquiste de l’après-guerre (22 000 condamnations à mort dont la moitié commuées en peines de prison). Citons également ici l’œuvre de référence, bien que beaucoup plus ancienne, d’Antonio Montero, sur la terrible persécution religieuse (près de 7000 religieux assassinés de 1936 à 1939 ; 1916 martyrs de la foi ayant été béatifiés et 11 canonisés par les papes entre 1987 et 2020, en dépit des pressions des autorités espagnoles).  

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Au lendemain de son accession au pouvoir, en 2004, plutôt que de contribuer à effacer les rancœurs, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, ami déclaré des dictateurs Fidel Castro et Nicolas Maduro, a ravivé considérablement la bataille idéologique et culturelle. Rompant avec le modérantisme du socialiste Felipe González, il a choisi délibérément de rouvrir les blessures du passé et de fomenter l’agitation sociale. En 2006, avec l’aide du député travailliste maltais, Léo Brincat, il a fait adopter par la commission permanente, agissant au nom de l’assemblée du Conseil de l’Europe, une recommandation sur « la nécessité de condamner le franquisme au niveau international ». Dès la fin de la même année, diverses associations « pour la récupération de la mémoire », ont déposé des plaintes auprès du Juge d’instruction de l’Audience nationale, Baltasar Garzón. Elles prétendaient dénoncer un «plan systématique » franquiste « d’élimination physique de l’adversaire » « méritant le qualificatif juridique de génocide et de crime contre l’humanité». Garzón, juge à la sensibilité socialiste, s’est déclaré immédiatement compétent mais il a été désavoué par ses pairs et finalement condamné à dix ans d’ « inhabilitation » professionnelle pour prévarication par le Tribunal suprême.  

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Baltasar Garzon.

La loi de mémoire historique de 2007  

Un an plus tard, en 2007, se voyant dans l’impossibilité de faire taire les nombreuses voix discordantes d’historiens et de journalistes, Zapatero et ses alliés ont choisi, sur l’initiative des communistes d’Izquierda Unida, de recourir à la loi « mémorielle ». La « loi de mémoire historique », adoptée le 26 décembre 2007, se veut et se justifie comme une « défense de la démocratie »,  contre un possible retour du franquisme et des « idéologies de haine ». En réalité, elle est une loi discriminante et sectaire en rien démocratique. Elle reconnaît et amplifie justement les droits en faveur de ceux qui ont pâti des persécutions ou de la violence pendant la guerre civile et la dictature (des normes en ce sens ayant déjà été édictées par des lois de 1977, 1980, 1982 et 1984), mais dans le même temps, elle accrédite une vision manichéenne de l’histoire contrevenant à l’éthique la plus élémentaire.  

L’idée fondamentale de cette loi est que la démocratie espagnole est l’héritage de la Seconde République (1931-1936) et du Front populaire (1936-1939). Selon son raisonnement, la Seconde République (avec le Front populaire), mythe fondateur de la démocratie espagnole, a été un régime presque parfait dans lequel l’ensemble des partis de gauche a eu une action irréprochable. La droite serait en définitive la seule responsable de la destruction de la démocratie et de la guerre civile. Pour couronner le tout, mettre en cause ce mensonge historique ne saurait être qu’une apologie exprès ou déguisée du fascisme.  

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Cette loi effectue un amalgame absurde entre le soulèvement militaire, la guerre civile et le régime de Franco, qui sont autant de faits bien distincts relevant d’interprétations et de jugements différents. Elle exalte les victimes et les assassins, les innocents et les coupables lorsqu’ils sont dans le camp du Front populaire et uniquement parce qu’ils sont de gauche. Elle confond les morts en action de guerre et les victimes de la répression. Elle jette le voile de l’oubli sur les victimes « républicaines » qui sont mortes aux mains de leurs frères ennemis de gauche. Elle encourage tout travail visant à démontrer que Franco a mené délibérément et systématiquement une répression sanglante pendant et après la guerre civile. Enfin, elle reconnait le légitime désir de beaucoup de personnes de pouvoir localiser le corps de leur ancêtre, mais refuse implicitement ce droit à ceux qui étaient dans le camp national sous prétexte qu’ils auraient eu le temps de le faire à l’époque du franquisme.  

Théoriquement, cette loi a pour objet d’honorer et de récupérer la mémoire de tous ceux qui furent victimes d’injustices pour des motifs politiques ou idéologiques pendant et après la guerre civile, mais en réalité, non sans perversité, elle refuse de reconnaître que sous la République et pendant la guerre civile beaucoup de crimes ont été commis au nom du socialisme-marxiste, du communisme et de l’anarchisme et que ces monstruosités peuvent être qualifiées elles aussi de crimes de lèse humanité (il en est ainsi, notamment, des massacres de Paracuellos del Jarama et des « Checas », et des hécatombes lors de la persécution des chrétiens). Dès sa promulgation, la « loi de mémoire historique » a d’ailleurs été systématiquement interprétée en faveur des représentants et sympathisants du seul camp républicain ou front-populiste et de leurs seuls descendants.  

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Le retour au pouvoir de la droite, trois ans après le début de la crise économico-financière de 2008, ne devait guère changer la donne. Le président Mariano Rajoy (2011-2018), ancien conservateur des hypothèques devenu un politicien professionnel roué mais dépourvu de tout charisme, s’est contenté de suivre le précepte bien connu des néolibéraux: ne pas toucher aux réformes culturelles ou sociétales « progressistes » mais défendre d’abord et avant tout les intérêts et les idées économiques et financières des eurocrates et de l’oligarchie mondialiste. Rajoy n’osera ni abroger, ni modifier la loi de mémoire. Un ami, philosophe Argentin à l’humour cinglant, résumait son idéologie par ces mots : « L’important c’est l’économie… et que mon fils parle l’anglais ». Mais encore faut il ajouter que cette attitude à courte vue a été largement partagée par son électorat. Historiquement, les droites espagnoles ont toujours été marquées par la forte empreinte du catholicisme, mais dans une société sécularisée, dans laquelle la hiérarchie de l’Église ne résiste pas mais donne au contraire au quotidien l’exemple du renoncement, de l’abdication et de la soumission, l’électorat de droite se retrouve inévitablement passif, apathique, désemparé, sans protection. Bon gestionnaire en période de calme, mais dépourvu des qualités de l’homme d’État, Rajoy s’est avéré incapable d’affirmer son autorité en pleine tourmente. Ébranlé politiquement par le référendum d’indépendance de la Catalogne (2017), organisé par les séparatistes sans la moindre garantie juridique, il a chuté finalement à l’occasion d’une motion de censure (2018) suite à l’implication du PP dans divers scandales de corruption.  

Vers la nouvelle « loi de mémoire démocratique » de 2021   

Avec l’adoption de la « loi de mémoire historique », la boîte de Pandore a été ouverte. Élu à la présidence, en juin 2018, le socialiste Pedro Sánchez, n’a pas tardé à en faire la démonstration. Pour rester au pouvoir, Sánchez, qui représente la tendance radicale du PSOE opposée aux modérés, a accepté les voix de l’extrême gauche et des indépendantistes alors qu’il avait juré avant les élections ne jamais le faire. Arriviste, allié par opportunisme à Podemos et au PC/IU, il doit donner régulièrement des gages à ses associés les plus radicaux (y compris aux nationalistes-indépendantistes) tout en ménageant Bruxelles et Washington, qui ne manqueraient pas de siffler la fin de la récréation si la ligne rouge venait à être franchie en matière économique.  

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Le premier gouvernement socialiste de Sánchez s’est engagé, dès le 15 février 2019, à procéder au plus vite à l’exhumation de la dépouille du dictateur Francisco Franco enterré quarante-trois ans plus tôt dans le chœur de la basilique du Valle de los Caídos. Le 15 septembre 2020, moins d’un an après avoir réalisé le transfert des cendres, malgré le chaos de la pandémie et le caractère prioritaire de la gestion sanitaire, le second gouvernement de Sánchez, une coalition de socialistes, de communistes et de populistes d’extrême gauche (PSOE-PC/IU-Podemos), a décidé d’adopter, au plus tôt, un nouvel « Avant-projet de loi de mémoire démocratique », qui devrait abroger la « loi de mémoire historique » de 2007. Au nom de la « justice historique » et du combat contre « la haine », contre « le franquisme » et « le fascisme », le gouvernement entend promouvoir la réparation morale des victimes de la guerre civile et du franquisme et « garantir aux citoyens la connaissance de l’histoire démocratique ».  

Cet avant-projet de loi prévoit plus précisément : la création d’un parquet spécial du Tribunal suprême compétent en matière de réparation des victimes ; l’allocation de fonds publics pour l’exhumation des victimes des franquistes enterrées dans des fosses communes et leur identification a partir d’une banque nationale ADN ; l’interdiction de la Fondation Francisco Franco et de  toutes les « institutions qui incitent à la haine » ; l’annulation des jugements prononcés par les tribunaux franquistes ; l’inventaire des biens spoliés et des sanctions économiques pour ceux qui les ont confisqués ; l’indemnisation des victimes de travaux forcés par les entreprises qui ont bénéficié de leur main d’œuvre ; la révocation et l’annulation de toutes les distinctions, décorations et titres nobiliaires concédés jusqu’en 1978 ; l’effacement et le retrait de tous les noms de rue ou d’édifices publics rappelant symboliquement le franquisme ; l’actualisation des programmes scolaires pour tenir compte de la vraie mémoire démocratique et pour expliquer aux élèves « d’où nous venons » afin que « nous ne perdions jamais plus nos libertés » ; l’expulsion des moines bénédictins gardiens  du Valle de los Caidos ; l’exhumation et le déplacement des restes mortels de José Antonio Primo de Rivera ; la désacralisation et la « resignification » de la basilique du Valle de los Caídos qui sera reconvertie en cimetière civil et musée de la guerre civile ; enfin, aux dire de la vice-présidente, Carmen Calvo, il  sera menée une « réflexion » sur l’éventualité de la destruction de l’immense croix surmontant le temple. Pour couronner le tout, des amendes de 200 euros à 150 000 euros sont prévues afin de réprimer toutes les infractions à la loi.  

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Carmen Calvo.

Dans un langage typiquement orwellien, la première vice-présidente Carmen Calvo n’a pas manqué de souligner que ce texte favorisera la « coexistence »  et permettra aux Espagnols de « se retrouver dans la vérité ». La réalité est pourtant tragique : cet avant-projet renouvelle et renforce l’utilisation de la guerre civile comme arme politique. Il discrimine et stigmatise la moitié des espagnols, efface les victimes de la répression front-populiste, refuse l’annulation même symbolique des sentences prononcées par les tribunaux populaires républicains et ignore superbement la responsabilité de la gauche dans certaines des atrocités les plus horribles commises pendant la guerre civile. Seule la vision « progressiste » du passé définie par les autorités en place est démocratique, l’histoire des « autres » devant disparaître comme dans le cas de l’histoire manipulée de l’Union soviétique.  

On ne saurait pourtant « se retrouver dans la vérité », comme le dit Calvo, en écartant d’un trait de plume toute recherche historique rigoureuse. Contrairement à ce que prétend la vice-présidente, le soulèvement militaire de juillet 1936 n’est pas à l’origine de la destruction de la démocratie. C’est au contraire parce que la légalité démocratique a été détruite par le Front populaire que le soulèvement s’est produit. En 1936, personne ne croyait en la démocratie libérale et certainement pas les gauches. Le mythe révolutionnaire partagé par toutes les gauches était celui de la lutte armée. Ni les anarchistes (qui s’étaient révoltés en 1931, 1932 et 1933), ni le parti communiste, un parti stalinien, ne croyaient en la démocratie. La majorité des socialistes avec leur leader le plus significatif, Largo Caballero, le « Lénine espagnol », préconisait la dictature du prolétariat et le rapprochement avec les communistes. Le PSOE était le principal responsable du putsch d’octobre 1934 contre le gouvernement de la République, du radical Alejandro Lerroux.  

Un seul exemple suffit pour illustrer le caractère révolutionnaire du courant alors majoritaire au sein du PSOE. Le 17 février 1934, la revue Renovación, publiait un « décalogue » des Jeunesses socialistes (mouvement dirigé par le secrétaire général Santiago Carrillo, qui devait fusionner avec les Jeunesses communistes, en mars 1936). Dans son point 8, on pouvait lire : « La seule idée que doit avoir aujourd’hui gravée dans la tête le jeune socialiste est que le Socialisme ne peut s’imposer que par la violence, qu’un camarade qui propose le contraire, qui a encore des rêves démocratiques, qu’il soit petit ou grand, ne saurait être qu’un traître, consciemment ou inconsciemment ». On ne saurait être plus clair ! Quant aux gauches républicaines du jacobin Manuel Azaña, elles s’étaient compromises dans le soulèvement socialiste de 1934, et ne pouvaient donc pas davantage être tenues pour démocrates. Ajoutons encore que, dès son arrivée au pouvoir en février 1936, le Front populaire ne cessera d’attaquer la légalité démocratique. Le Front populaire espagnol était extrémiste et révolutionnaire. Le Front populaire français était, en comparaison, modéré et réformiste. Telle est la triste réalité que le gouvernement socialiste espagnol cherche aujourd’hui vainement à cacher derrière un épais rideau de fumée.  

L’avant-projet de loi de « mémoire démocratique » de la coalition socialo-communiste n’est pas seulement antidémocratique ou autoritaire, il est proprement totalitaire. En poursuivant la « rééducation » pour ce qui concerne le passé, il porte gravement atteinte à la liberté d’expression et d’enseignement. Il est anticonstitutionnel, mais de cela bien évidemment ses rédacteurs se soucient comme d’une guigne dans la mesure où à plus long terme ils souhaitent imposer une autre constitution plus « révolutionnaire » et, par la même occasion, se débarrasser de la monarchie.   

Outre ce texte de loi de mémoire démocratique, le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a l’intention de soumettre prochainement au parlement tout un ensemble de projets de lois (sur l’euthanasie, l’interruption de grossesses, l’éducation, le choix en matière de genre, etc.), qui heurte de front les conceptions chrétiennes de la vie. Les autorités espagnoles ne recherchent plus la paix qu’à travers la division, l’agitation, la provocation, le ressentiment et la haine; la justice prend la forme de la rancœur et de la vengeance. L’Espagne semble s’enfoncer inexorablement dans une crise globale d’une ampleur dramatique.  

Arnaud Imatz  

https://lanef.net/2021/03/12/guerre-despagne-un-passe-qui...

lundi, 22 février 2021

Entretien avec Carlos Javier Blanco: L'Espagne se désagrège, tout en laissant l'invasion et la colonisation culturelle s'installer. Mais si l'Espagne tombe, c'est toute l'Europe qui tombe.

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Entretien avec Carlos Javier Blanco:

L'Espagne se désagrège, tout en laissant l'invasion et la colonisation culturelle s'installer. Mais si l'Espagne tombe, c'est toute l'Europe qui tombe.

Propos recueillis par Andrej Sekulović

Ex: https://demokracija.eu/

Carlos Javier Blanco est un professeur de philosophie espagnol, et auteur de plusieurs livres, qui se concentre principalement sur la pensée du philosophe allemand Oswald Spengler. Nous avons discuté avec lui du déclin des civilisations auquel l'Europe est actuellement confrontée, et de la manière d'arrêter ce déclin. Nous avons également parlé des migrations de masse, de la situation politique en Espagne, et d'autres sujets intéressants.

Pourriez-vous présenter votre travail et votre domaine d'expertise à nos lecteurs, et nous parler un peu de vos activités ?

J'ai obtenu mon doctorat en philosophie à l'Université d'Oviedo (Principauté des Asturies, Espagne) en 1994, et dans les premières années de mon enseignement et de mes recherches, j'ai contribué à forger la théorie dite de la ‘’fermeture catégorielle’’ dans l'école dite "d'Oviedo" dirigée par le philosophe espagnol (aujourd'hui décédé) Gustavo Bueno. De la philosophie des sciences et de la théorie de la connaissance, mes intérêts ont dérivé vers la philosophie de l'histoire, d'où mes abondantes publications sur Marx, Nietzsche et Spengler. L'atmosphère sectaire du "matérialisme" asturien m'a fait me désengager progressivement de cette façon abstruse et "scientifique" de faire de la philosophie et, au contraire, j'ai abordé l'étude de certains classiques de la pensée allemande. Outre ceux déjà mentionnés, j'ai écrit des ouvrages sur Kant, Schopenhauer... En tout cas, étant donné l'effroyable décadence de la civilisation européenne, la figure d'Oswald Spengler a pris de plus en plus d'importance dans mes études. Au cours de la dernière décennie, j'ai compris que Spengler est le philosophe le plus important du XXe siècle, et pourtant c'est un auteur maudit. En cherchant à savoir qui avait repris son héritage et l'avait étudié sérieusement ces derniers temps, j'ai pris conscience de deux sources principales récentes. D'une part, ceux qui avaient d'abord appartenu à la soi-disant Nouvelle Droite, avec un noyau français (de Benoist, Faye) ou belge (Steuckers), et d'autre part, les travaux du professeur David Engels, également Belge (plutôt germano-belge), qui fait actuellement des recherches en Pologne.

51jO-M6UChL._SX351_BO1,204,203,200_.jpgD'autre part, la soi-disant "nouvelle droite", si une telle tendance existe encore véritablement, je pense, n'est bien consciente, d’une part, des liens entre Spengler et la révolution conservatrice allemande et, d’autre part, la nouvelle identité et la pensée anti-décadente, que si l'on se concentre sur la figure de Robert Steuckers.

Engels, à son tour, est le président de la Société Oswald Spengler pour l'étude de l'humanité et de l'histoire du monde [ https://www.oswaldspenglersociety.com/ ] et travaille dur pour la reconnaissance et l'étude de l'approche spenglerienne en ce XXIe siècle décadent. Je suis en contact étroit et amical, en ligne, avec les deux auteurs, Steuckers et Engels, et j'ai beaucoup appris d'eux.

L'idée spenglerienne de l'histoire m'a été très utile pour réinterpréter l'Hispanité dans une clé géopolitique : la Reconquête et le rôle du royaume des Asturies, la lutte des Asturiens et des Espagnols pour se libérer des Maures et ne pas être absorbés par eux, le maintien de l'identité catholique et celto-germanique face aux barbares du sud.

Vous êtes également l'administrateur du blog espagnol Spengleriana - Decadencia de Europa, parlez-nous un peu de ce blog...

"Spengleriana" (Décadence de l'Europe, https://decadenciadeeuropa.blogspot.com/ ) rassemble maintenant près de 200 articles, certains d'une longueur considérable, d'autres très courts. Si je ne me trompe pas, il a commencé en janvier 2012 et a déjà dépassé les 136 000 visites. La plupart des articles sont les miens, bien qu'il y ait quelques exceptions, notamment des traductions d'articles ou d'interviews que je considère importantes. Je sais qu'il s'agit d'un blog consulté depuis les régions les plus diverses du monde, et pas seulement depuis les pays qui composent le monde hispanique (étant donné que l'espagnol est la principale langue utilisée dans le blog). C'est également l'un des rares blogs consacrés à une approche spenglerienne de l'histoire et du présent, bien qu'il faille le dire de manière très générale, car cette approche spécifique que j’ai adoptée peut être qualifiée de bien d'autres façons : pour certains, le blog est trop conservateur, pour d'autres, il est trop marxiste, ou trop nationaliste... Sur le blog, j'inclus beaucoup de mes publications académiques, bien qu'il y ait aussi des essais écrits expressément pour le blog ou pour des publications amies, où je suis un contributeur régulier (La Tribuna del País Vasco, Tradición Viva, Geopolitica.ru en Español, etc. ).

978849489524.JPGIl est évident que le contenu du blog est influencé par le philosophe allemand Oswald Spengler, et son idée du déclin de l'Occident. Pourquoi diriez-vous que sa philosophie est toujours importante à notre époque, et dans quelle mesure ses prédictions sur le déclin et ses vues sur la montée et le déclin des cultures se sont réalisées, selon vous ?

Spengler était un "prophète" non pas grâce à des dons divins, mais par la vertu même de sa méthode. Spengler a adopté une méthode morphologique selon laquelle le cycle d'une culture, qui vieillit et devient ainsi ‘’civilisation’’, passe par des étapes nécessaires, et celles-ci peuvent être prévues de manière générique. Tout comme dans la biographie d'un homme, on peut prévoir que sa vieillesse viendra après un certain temps et que sa vieillesse sera ainsi ou ainsi si l’on connait ses habitudes de vie, ses vices, sa personnalité, etc. et sur la base d'analogies avec d'autres êtres humains qui sont passés par des étapes similaires, etc. L'Europe, comme toutes les civilisations, va mourir, mais elle va mourir dans un temps encore long, et dans cette vieillesse il y a encore place pour un intervalle de "césarisme" (sur lequel Engels insiste beaucoup), en analogie avec la dernière étape chaotique de la République romaine, étape ponctuée de guerres civiles (selon le schéma d’une "convergence de catastrophes" comme l’a prédit G. Faye, dans laquelle il y aura des phases de "guerre civile") et aussi des phases de "Reconquête européenne", pour sauver son identité au milieu de l'invasion créée par le néo-libéralisme, en analogie avec la Reconquête initiée par les rois asturiens pour sauver la péninsule ibérique de la domination mahométane.

La civilisation européenne est en déclin, désarmée, impuissante dans un contexte multipolaire très dangereux pour ses nations et ses peuples. Les élites qui prétendent gouverner au nom des ethnies européennes sont vendues, des élites corrompues qui sont prêtes à tout pour maintenir leurs privilèges et rester les chiens de garde bien payés d'une masse asservie. Spengler a très bien dépeint le processus de conversion d'une communauté autrefois saine, forte et bien organisée en une masse docile d'esclaves impuissants, vivant dans des ruches, sans âme, colonisés mentalement, stériles, sans famille et sans enfants, prêts à se vendre encore plus pour continuer à consommer leur drogue et à ne pas travailler dans les champs ou manier un fusil. Nous avons déjà cette Europe ochlocratique dans notre ligne de mire. Et ils nous mangeront tout crus, ils nous dévoreront vivants. Cette prédiction se réalisera à moins qu'un interrègne césariste s’institue ou qu'une réaction s’opère sous la forme d’une "Reconquista".

978849495964.gifQuelles sont les principales caractéristiques d'une culture en déclin, et comment pouvons-nous, en tant qu'Européens, lutter contre ce déclin ? Est-il possible de le surmonter, ou un tel déclin est-il inévitable ?

Le déclin peut être retardé. Une contre-hégémonie peut se créer. Des mouvements populaires nationaux peuvent se constituer. Il ne sera jamais arrêté par le conservatisme, qui est en soi lâche et accommodant. Pas plus que le mode de pensée "progressiste", qui est le principal agent du déclin. Il est ridicule de lire la presse "conservatrice" et difficile de prendre au sérieux ses mises en garde contre le "communisme" chinois ou vénézuélien ou l'"autoritarisme" russe. Les mouvements nationaux-populaires européens ne peuvent être ni de gauche ni de droite. Ils doivent être des mouvements en faveur de la souveraineté nationale-populaire, qui luttent depuis chaque nation contre la domination néolibérale anglo-saxonne et montrent aux empires émergents (Russie, Chine) qu'il y a encore des peuples rebelles ici, en Europe. Ensuite, ils peuvent montrer que l'Europe n'est pas synonyme d'élites bureaucratiques néolibérales installées à Bruxelles, mais que l'Europe, ce sont des peuples indigènes qui ont le droit de décider de leurs propres territoires et de leur propre destin. Nous en sommes loin, mais une "bataille pour la culture", une lutte des idées, doit précéder la vraie bataille. Il y a des signes d'une telle lutte dans tous les pays, mais l'effort contre-médiatique, éditorial, intellectuel, etc. est encore titanesque.

Outre Spengler, vous vous concentrez également sur d'autres philosophes et idées dans votre travail. Dites-nous quels autres philosophes sont importants à notre époque, et lesquels ont eu le plus grand impact sur vous ?

foto-carlos-1-224x300.jpgPour les "conservateurs", c'est l'allergie et l'indigestion, mais avant d'avoir lu des auteurs décisifs comme Costanzo Preve ou Diego Fusaro, mon étude de l'œuvre de Marx m'avait déjà amené à la conclusion que le plus authentique des Marx, l'aristotélicien et le communautariste, le penseur idéaliste de la Totalité organique, n'a rien à voir avec le Marx des marxistes ni avec toute cette gauche dégénérée postmoderne, qui oublie tout du travail, de l'aspect productif de la vie sociale et est au contraire obsédée par ce que l'écrivain Juan Manuel de Prada appelle les "droits de codécision" (le droit à l'aberration sexuelle, à l'autodétermination des sexes et à la jouissance hédonique illimitée).

Si je devais mentionner Thomas d'Aquin, le maître de l'Ordre, cela provoquerait l'effondrement des "progressistes". Et pourtant, rien ne pourrait être plus révolutionnaire que la pensée classique et scolastique. Pour un nouvel Ordre, tel que celui que l'Église a répandu, avec l'aide des chevaliers, pendant mille ans, il n'y a rien de mieux que de s'inspirer de la Somme de la théologie thomiste. Une nouvelle Somme doit être écrite pour le prochain millénaire.

Y a-t-il des auteurs contemporains d'Espagne, ou plus largement d'Europe ou d'Occident, que vous recommanderiez à nos lecteurs intéressés par les idées et les points de vue dont nous discutons ?

Un homme m'a inculqué l'amour de la philosophie : Don Gustavo Bueno, un philosophe espagnol décédé en 2016, avec une œuvre étendue, très "baroque" et souvent inutilement technique. Il faut l'étudier directement, sans le filtre d'aucun de ses disciples, dont la grande majorité sont des idiots, qu'ils penchent vers le marxisme ou le conservatisme.

J'ai récemment découvert les théories politiques de Marcelo Gullo (un penseur argentin) sur "l'Insubordination Fondatrice", une nouvelle façon de comprendre l'Hispanité (bien qu'elles puissent être étendues à d'autres entités géopolitiques), des idées très fertiles contre le néolibéralisme et le néocolonialisme (anglo-saxon) basées sur la résistance culturelle et le protectionnisme économique des nations, et sur l'union de ces nations ethniquement ou culturellement liées contre l'empire qui tente sans cesse de les subordonner. Le problème de Gullo est qu'il veut présenter aux Espagnols européens et aux Espagnols américains une fausse disjonction exclusionniste : soit l'Hispanidad (qui inclut le métissage - métissage des races - dans les Amériques), soit le Germanismo (le Nordicisme), confondant les racines ethniques (celto-germaniques) du Nord de l'Espagne avec la soumission de l'actuel Royaume d'Espagne à une Union européenne corrompue et maladroite, dirigée par une Allemagne dénaturée. Mais Gullo pourrait être largement lu en Europe avec un grand profit.

Les deux auteurs européens actifs que je recommande le plus sont belges : Steuckers et Engels. Tous deux nous mettent au défi d'une renaissance spirituelle en tant qu'Européens.

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J'aime beaucoup le philosophe marxiste Diego Fusaro et j'ai également collaboré avec lui. Sa devise, quelque chose comme "valeurs de droite" (Tradition, Famille) et "idées de gauche" (Justice sociale, Travail décent et abolition du capitalisme) résume, pour moi, le vrai Marx, pas celui des progressistes ou des communistes résiduels ou des staliniens. Il résume aussi la Renaissance qui devrait nous arriver avant que nous ne succombions.

Il serait juste de dire qu'à l'Ouest, les universités et les établissements d'enseignement, en général, ont été repris par la gauche libérale, ce qui se traduit dans de nombreux cas par la suppression des cours européens ou occidentaux classiques du programme d'études dans certains pays, et ainsi de suite. Les milieux universitaires officiels stigmatisent tout ce qui n'est pas conforme au "politiquement correct". Dites-nous quelle est la situation en Espagne à cet égard, et quelles sont vos réflexions à ce sujet ?

L'Espagne est peut-être aujourd'hui le pays le plus touché par le virus du "politiquement correct". L'université et le reste du système éducatif sont aujourd'hui une gigantesque machine inquisitoriale. Les gens subissent un lavage de cerveau. Dans ma propre ville, Gijón, la plus grande ville de la Principauté des Asturies, à l'origine de la Reconquête, les gens se moquent de Don Pelayo (initiateur de la Reconquête et premier roi d'Espagne). Un jour, lorsque j'ai remis mon livre sur la Reconquête (La Luz del Norte) dans une bibliothèque, l'employé m'a dit que ce personnage n'existait pas. La parole correcte (de gauche) est maintenant de dire que les Maures n'ont pas envahi l'Europe, que la Deuxième République était une merveilleuse démocratie, que la Conquête espagnole des Amériques était un génocide, que la transition du franquisme au bourbonisme était "exemplaire"... Tout cela fait l'objet d'un lavage de cerveau.

L'Espagne est l'un des pays méditerranéens qui ont été submergés par des migrations massives depuis le début de la crise migratoire en 2015. Une grande partie des migrants qui se rendent en Europe en traversant la Méditerranée aboutissent en Espagne. Comment cela a-t-il affecté votre société et quels sont, à votre avis, les principaux problèmes que les migrations de masse représentent pour l'Espagne et l'Europe ?

Ils nous cachent que le sultan du Maroc envahit silencieusement l'Espagne, qu'il fait chanter le gouvernement espagnol, et aussi qu'il y a un plan pour s'emparer des îles Canaries, de Ceuta, de Melilla, et d'une bonne partie de l'Andalousie. Ils nous cachent qu'il existe un projet de création d'un "Grand Maroc" qui comprend l'ancienne province espagnole du Sahara, plus la Mauritanie, une partie de l'Algérie, le Mali et l'Espagne (et donc un fragment constitutif important de l'Europe). Les mafias font venir des gens de toute l'Afrique, ainsi que des excédents démographiques du Maroc lui-même, qui devront être soutenus par des fonds publics espagnols, qui ont déjà été gravement épuisés par la pandémie de Covid-19. Les études et l'entretien de milliers d'Africains, dont des Marocains, seront payés par l'État espagnol, un État en ruine - endetté, mortellement blessé par la pandémie, car trop dépendant du tourisme en tant que monoculture - et qui n'a plus de ressources pour sa propre population. Dans ce sens, plutôt que de dire qu'il y a une "émigration massive" ou une "invasion silencieuse", je préfère dire que l'Espagne devient une colonie du Maroc, un territoire victime du chantage à la "bombe humaine" et obligé de se sacrifier pour un autre État menaçant. D'autre part, il y a de nombreux agents - natifs ou non - au service du roitelet maghrébin, qui promeuvent l'idée de la "splendeur d'al-Andalus", de "l'Espagne des trois cultures (maures, juifs et chrétiens)" et du "patrimoine arabe de l'Espagne", ainsi que de nombreux chevaux de Troie dirigés contre l'idée d'une Espagne européenne et chrétienne, introduits, surtout parmi les partis de gauche. Personne ne réagit à cette situation. L'Espagne subit un processus centrifuge, se désagrège, tout en permettant l'invasion et la colonisation culturelle. Mais si l'Espagne tombe, c'est toute l'Europe qui tombe.

Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de la situation politique actuelle en Espagne ?

C'est la folie absolue, le triomphe de la stupidité. Après avoir fait vaincre les terroristes séparatistes par la police, le gouvernement national les loue et les reconnaît comme des sujets politiques. Ayant pu asphyxier économiquement la Generalitat de Catalogne, en raison de sa déloyauté envers la Nation, il continue à reconnaître son autonomie d'action, une action qui a toujours eu pour but d’imposer à l'Espagne un processus centrifuge délétère. Un gouvernement minoritaire, légiférant sans consensus dans une direction sans équivoque : créer la division, la fracture sociale. Un siècle et demi de guerres civiles ne leur ont pas suffi, ils veulent de plus en plus de guerres civiles. Et ils provoquent la terreur dans les classes moyennes et ouvrières avec leur programme post-moderne : euthanasie, droits des organes génitaux, et soutien aux minorités aberrantes et dégénérées... pure ingénierie sociale. Un État dirigé par une pseudo-gauche qui cherche à écraser les classes réellement productives de la société, au détriment des parasites. Et une droite lâche ou maniaque, qui manque d'intérêt et de préparation pour la "lutte culturelle", une guerre si essentielle à l'heure actuelle.

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Selon vous, qu'est-ce qui attend l'Europe dans le futur, et qu'est-ce qui attend l'Occident et le monde, après l'année turbulente de 2020 ?

De nombreux mouvements identitaires vont émerger, très divers, car l'Europe possède déjà toute la diversité ethnique ancestrale dont elle a besoin, et ces mouvements nationaux-populaires feront de nombreuses erreurs et seront soumis à une criminalisation générique. Mais en fin de compte, ils s'aligneront dans tous les pays et toutes les villes contre les partisans du suicide de l'Europe. Les personnes "qui n'auront plus rien à perdre" descendront dans la rue, comme cela a toujours été le cas. Le rétablissement de l'ordre sera nécessaire et la grande solution génératrice d’ordre devra être centralisée, car l'Europe ne survivra pas si elle n'agit pas comme un seul corps, même si la situation est vécue différemment d’un pays ou l’autre. L'Union européenne se montrera, en même temps, de plus en plus perfide, fausse et inefficace, l'ennemie des peuples qu'elle prétend avoir unis. Et pourtant, il faudra parvenir à une unité des Européens, tout comme les Chinois, les Russes et, je l'espère, les hispano-américains sont déjà unis (une tâche dans laquelle il y a beaucoup à faire). Si les États-Unis fondent, cela ne doit pas nécessairement se produire dans l'Union européenne : nous sommes des peuples très anciens, avec des fonds communs ancestraux, et une sorte d'instinct peut venir à notre défense. C'est cet instinct, ou un Dieu, qui peut nous sauver.

 

dimanche, 21 février 2021

Gustavo Bueno : le fétiche d'une "nouvelle droite espagnole" qui n'est pas tout à fait au point !

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Gustavo Bueno : le fétiche d'une "nouvelle droite espagnole" qui n'est pas tout à fait au point !

Par Javier de la Calle

http://ramblalibre.com/2021/02/21/

Au milieu du paysage intellectuel appauvri de l'Espagne, qui est lui-même le résultat d'un déclin national, nous devons saluer l'apparition de ce nouveau livre : Ensayos Antimaterialistas, de Carlos X. Blanco (éditeur :Letras Inquietas, 2021).

Le titre est comme un miroir quelque peu moqueur de ce livre mythique de Gustavo Bueno, Ensayos Materialistas, paru en 1972, année désormais lointaine, dans la non moins mythique maison d'édition Taurus.

Ensayos Materialistas de Gustavo Bueno était l'un des livres les plus complexes et les plus mal compris de la production philosophique du philosophe asturien défunt. Si la philosophie est un arbre à plusieurs branches (philosophie politique, philosophie des sciences, philosophie du droit, philosophie de la religion...), cet arbre a des racines et un tronc à partir desquels elles doivent pousser et former une épaisse couronne : la métaphysique. Comme Gustavo Bueno a été étroitement touché par les influences du néo-positivisme et du marxisme, qui étaient nettement anti-métaphysiques, cette partie radicale et centrale de la philosophie, qui nous a été présentée dans les Essais Matérialistes, n'a pas voulu être appelée "métaphysique", mais a été divisée en "Ontologie" (l'étude de l'être, du réel) et en "Gnoseologie" (la théorie de la connaissance).

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Les Essais de 1972 contenaient l'essentiel de l'Ontologie de Bueno, une Ontologie matérialiste dont le développement et l'édification ne pouvaient se faire sans développer une gnoséologie. Bueno a entrepris de développer cette dernière de manière très étendue et fébrile, et elle a pris la forme d'une Théorie des sciences : la Théorie de la fermeture catégorielle (TCC) est le monument que nous a légué le défunt philosophe d'Oviedo, qui allait bien au-delà d'être un simple outil au service de l'Ontologie, présentée schématiquement dans les Essais matérialistes de 1972.

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Peu de gens à Oviedo se souviennent encore d'un jeune doctorant et, plus tard, du professeur Carlos X. Blanco (Gijón, 1966) : à l'université où oeuvrait Bueno, il avait développé des aspects pertinents de la TCC en les appliquant à la psychologie, aux sciences cognitives et à l'intelligence artificielle. Ses contributions ont été ignorées, semble-t-il, par les esprits obtus qui entouraient le professeur Bueno, et elles ont été ignorées dans un environnement quelque peu fermé et sectaire. Il s'agissait de contributions qui, à l'époque, impliquaient certaines modifications importantes dans la TCC et dans les relations entre l'ontologie et la gnoséologie. Aujourd'hui, plusieurs décennies plus tard, en 2021, le professeur Blanco, surtout connu pour s’être spécialisé dans l’œuvre de Spengler et dans la révision du marxisme, règle ses comptes dans ces essais compilés pour Letras Inquietas. Dans ce nouveau livre, Blanco souligne l'inadéquation de l'idée même au début du projet de Bueno : le "matérialisme".

unnamed.jpgDans le système de Bueno, qui est aujourd'hui admiré et justifié par des personnes de tendances les plus diverses, dont certaines très atrabilaires, il existe d'énormes contradictions que ce livre examine - patiemment -. À partir des origines staliniennes de certaines des conceptions initiales de Bueno, et de sa détermination absurde à rechercher un "fondement" original pour les systèmes sans solution du matérialisme dialectique et du matérialisme historique, la pensée de Bueno a évolué vers un certain jacobinisme hégélien, hypercritique - parfois à juste titre - de la gauche. De compagnon de route des marxistes dans les années 60 et 70, Bueno au XXIe siècle est devenue un peu le fétiche d'une "nouvelle droite espagnole" qui n'a jamais vraiment pris racine intellectuellement, en grande partie à cause de son allergie à l'activité intellectuelle. Mais entre un ECP déjà inexistant ou testimonial, phagocyté par les podémites, et un parti VOX qui doit encore s’immerger sérieusement dans la philosophie (et dans bien d'autres domaines), l'idée de "Matière" apparaît pour tous comme un volet incongru avec la "mise en œuvre politique" de cette philosophie, aussi inconnue que maladroitement et sectairement divulguée.

Un livre du professeur Blanco qui ne sera pas sans controverse, et qui facilitera l'étude de la pensée de Bueno, dont le problème principal, comme le défend l'auteur depuis trente ans, sont les "buenistas" eux-mêmes.

Carlos X. Blanco : Ensayos antimaterialistas. Letras Inquietas (février 2021)

Pour commander : https://www.amazon.es/dp/B08WS2WNGP?&linkCode=sl1&...

158360_portada_el-mito-de-la-derecha_gustavo-bueno_201505211312.jpgLa critique du système capitaliste prédateur et la restauration d'une communauté organique n'ont pas besoin de "matérialisme". Cette étiquette usée en philosophie ne signifie rien d'autre qu'une adhésion aux résidus de la métaphysique déjà dépassée. Il s'agit d'un lien frauduleux avec les systèmes déjà dépassés du "matérialisme" : l'historique et le dialectique. On dit frauduleux, car Gustavo Bueno a joué à retenir le terme "matière" pour prétendre surmonter, de façon très confortable et avec un jargon ésotérique abondant, les dogmatismes attribués à Marx et Engels, et apparaître comme quelque chose de tout nouveau.

vendredi, 08 janvier 2021

L'Espagne va s'effondrer. Préparons-nous à l'insubordination

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L'Espagne va s'effondrer. Préparons-nous à l'insubordination

Sur l'état de l'Espagne aujourd'hui

Carlos X. Blanco

Forger une unité politique de taille suffisante en termes de territoire, de population, de ressources et d'armée constitue la base pour devenir un État capable de prendre part à des actions efficaces pour ses intérêts et sa défense, aussi pour écarter la possibilité que cette unité politique ne devienne plus qu'un sujet passif, par exemple une colonie (formelle ou informelle) d'autres Etas plus puissants.

Notre unité politique, soit la monarchie hispanique fondée par les Rois catholiques, Isabel et Ferdinand, au 15ème siècle, a empêché d'autres royaumes étrangers de soumettre les domaines ibériques, et surtout a empêché les musulmans d'Afrique du Nord de reprendre leur expansion dans le sud de l'Europe.

Les petits et puissants États italiens avaient à cette même époque atteint des niveaux très élevés de puissance maritime et commerciale, mais le manque d'unité entre eux allait les déclasser politiquement pendant des siècles. Ils allaient devenir les jouets de la politique espagnole ou française. L'Italie a connu, en général, un plus profond développement capitaliste que l'Espagne ou la France, mais les micro-États italiens, appelés à diriger une éventuelle unification – qui fut impossible jusqu'au 19ème siècle - n'ont pas été animés par vision vaste et généreuse que, dans une autre péninsule, la péninsule ibérique, Leurs Majestés catholiques possédaient.

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La vision vaste et généreuse d'Isabel et Ferdinand était à la fois politique et spirituelle.

Une vision politique, puisque la Castille meurtrie, à cause des affres subies pendant des guerres civiles incessantes pendant toute la période précédente, plongée dans un processus de décomposition féodale, est devenue, malgré ses déboires, la matrice d'une union hispanique, embrassant par le mariage un royaume d'Aragon non moins décomposé, avec une politique et un commerce méditerranéens soumis à de dangereuses turbulences et en plei déclin, et avec un arrière-pays, dont la force productive était brisée et marquée par le dépeuplement et le localisme.

L'union des deux royaumes, jusqu'alors blessés et meurtris, fut scellée par l'idée spécifiquement hispanique de l'impérialité (née au cours du Haut Moyen-Âge dans la zone de la monarchie asturienne-léonaise) qui devait marquer l'aboutissement de la Reconquête (avec la récupération de Grenade en 1492). Ces processus qui ont pris une énorme épaisseur et atteint un haut niveau spirituel.

Evoquons la vision spirituelle. Le catholicisme signifie l'universalité, la rupture avec le localisme, la fin de l'étroitesse d'esprit et de l'égoïsme féodal et provincial. La création d'une unité politique de taille suffisante et l'unité fondée sur une seule foi furent les deux conditions pour que la souveraineté soit garantie et que cette unité devienne une puissance et non, a contrario, dans un scénario passif, l’objet d’une déprédation par d'autres puissances.

Ce type de processus (création d'unités politiques équipées pour être des pouvoirs subordonnés et non des États subordonnés), est magistralement expliqué à notre époque par le professeur argentin Marcelo Gullo. Des cas analogues, jamais identiques, peuvent être observés dans l'Histoire. Les colonies américaines, dans leur insubordination fondatrice contre la Grande-Bretagne, et la Grande-Bretagne elle-même dans son processus - fondateur et pionnier - de conversion en une puissance capitaliste industrielle après Elizabeth I, sont des cas paradigmatiques.

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De toute évidence, l'histoire nous enseigne des exemples d'insubordination réussie et des exemples d'insubordination ratée. En Amérique latine et dans l'Espagne péninsulaire elle-même, ces modes d’insubordination ratée abondent et nous concernent intimement. L'étude de ces cas d'insubordination ratée devrait nous éclairer sur la voie à suivre pour en sortir et pour récupérer de la souveraineté, sans tomber dans les vieux pièges, en tirant les leçons du passé. La géopolitique et les relations internationales sont généralement étudiées aujourd'hui avec un vice particulier (un vice largement étendu dans les universités américaines qui, jusqu'à aujourd'hui, étaient les centres intellectuels de la métropole dominante) : le vice de l'absentéisme. Mais la géopolitique et les relations internationales sont à comprendre sur le plan historique sinon on ne les comprend pas du tout.

L'Espagne a connu un exemple tronqué d'insubordination fondatrice récente, tronquée par la mort du Caudillo. L'Espagne "développementaliste" de Franco, malgré toutes les erreurs qu'elle a commises, et sans entrer dans le débat sur le "péché originel" de sa légitimité (ce qui n'est pas notre problème ici), est l'exemple d'une prodigieuse augmentation du niveau de productivité, des revenus, de l'éducation publique et de l'autosuffisance agro-industrielle entre 1960, disons, et 1975. La mort du Caudillo a interrompu ce processus d'accumulation capitaliste autocentré, un processus qui était d'ailleurs la condition sine qua non pour avoir une voix propre sur la scène internationale.

Déjà dans les années de vieillesse du Généralissime, les politiques libérales en matière économique proliféraient dans le Régime, des politiques désireuses de subordonner l'Espagne pour satisfaire leur propre profit. L'arrivée au pouvoir de Felipe González (1982) a accéléré et étendu la vision néolibérale et a marqué un tournant : l'Espagne a cessé d'être l'une des grandes puissances économiques du soi-disant "premier monde" par le biais d'un processus de "reconversion" industrielle et agricole qui impliquait, en fait, la vente des grandes entreprises qui étaient patrimoine de l'État, et leur mise aux enchères au profit des amis du régime (aujourd'hui bourbono-socialiste au lieu de franquiste) et au profit principalement de spéculateurs étrangers. Les paysans, quant à eux, étaient pieds et poings liés, et c'était presque un crime de produire tant que cette production n'était pas adaptée à ce que "l'Europe" exigeait de nous.

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Votre serviteur se souvient parfaitement comment, dans les Asturies, c'est devenu presque un crime de posséder une ou deux vaches pour compléter la maigre pension d'un couple de personnes âgées vivant à la campagne, alors qu'avant notre "européanisation", les laiteries collectaient le lait de chaque producteur, petit ou grand, en échange d'un revenu fondamental pour le maintien de la vie rurale. Aujourd'hui, depuis que nous nous sommes "européanisés", les campagnes d'une grande partie de l'Espagne se dépeuplent, ce qui est le premier symptôme de la mort d'une nation. De même, les grandes industries du capital de l'État, qui auraient pu être facilement relancées avec des investissements publics (je me souviens du cas d'ENSIDESA, des chantiers navals, et de tant d'autres), si utiles pour maintenir l'État en autarcie et conserver des milliers d'emplois, ont été liquidées par les ministres successifs de la "pelote basque" (Solchaga, Boyer, Solbes...). Un investissement industriel aussi énorme et aussi bien autocentré, mené par l'INI de Franco, a été liquidé et vendu, plongeant des régions entières dans le chômage chronique et la retraite anticipée, ouvrant la porte à la toxicomanie des jeunes et à la paresse subventionnée, contraires à l'éthique imposée par les socialistes.

Le PSOE, paradoxalement, a été l'un des instruments les plus importants du néolibéralisme. Le néo-libéralisme, quant à lui, n'est rien d'autre qu'une interprétation fondamentaliste du capitalisme qui consiste à liquider toute nation souveraine dans la sphère économique (et donc ayant sa propre voix dans la sphère politique), qui s'oppose à son projet : cela signifie l'accumulation et la concentration du capital en très peu de mains. L'Espagne du défunt Franco a été, pendant de nombreuses décennies, à nouveau souveraine dans la sphère européenne et donc concurrente de nos "partenaires". Elle a dû être détruite. Ils ne s'arrêteront pas tant qu'ils n'y seront pas parvenus totalement.

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Parlons de l’accumulation et de la concentration du capital dans quelques mains. Ces mains ne sont plus des « mains d'individus » : leurs propriétaires sont des conglomérats complexes de fonds d'investissement qui, de plus en plus, ne sont pas identifiables à des États spécifiques, comme l'étaient autrefois la Grande-Bretagne et les États-Unis, de manière canonique. Aujourd'hui, les différentes puissances occidentales sur la scène mondiale sont à leur tour des instruments de ces fonds spéculatifs. Mais à part l'Occident, le gouvernail de l'État national est bien présent dans le développement capitaliste autocentré. Un gouvernement souverainiste et protectionniste, gouvernant l'économie nationale et une banque nationale peuvent être les instruments de ce "retour des pouvoirs" dans une région du monde à vocation expansive. Aujourd'hui, la Chine et la Fédération de Russie dépassent largement leur rôle de puissances régionales et, compte tenu de leurs importantes dimensions territoriales et démographiques, elles sont appelées à remplacer l'Occident en déclin. Le rôle prépondérant de leurs États, aussi autocratiques qu'ils le souhaitent, reste fondamental.

Nous comprenons que l'Occident est plongé dans la plus sombre décadence non plus à cause d'une sorte de besoin inexorable, correspondant à son "cycle de vie". Ce naturalisme, parfois interprété par le point de vue morpho-historique de Spengler, n'a pas fonctionné dans le cas des anciennes civilisations, beaucoup plus anciennes que l'Occident, comme c'est le cas du monde chinois. Et cela contredit l'idée "pseudo-naturaliste" selon laquelle une civilisation ancienne doit nécessairement être décadente.

Il y a encore un siècle, en Occident, les Chinois étaient méprisés, non sans une dose de racisme explicite, selon des clichés éculés. Dans cette optique, on parlait d'une civilisation orientale si ancienne, avec une longue histoire d'oppression du peuple, une oppression d'un tel degré et d'une telle efficacité que les Chinois ne seraient, peut-être inévitablement, que des esclaves nés. Une tare ethnique, supposée acquise à la manière lamarckienne, par une sorte d'exercice répété de soumission à une pseudomorphose de la domination, ferait de l'Empire chinois une sorte de carcasse éventrée prête à être dévorée par les vautours occidentaux et le Japon.

L'histoire nous a montré que rien de tout cela ne s’est avéré vrai, que les Chinois ont depuis longtemps retrouvé toute leur fierté nationale et sont en fait aujourd'hui la première puissance économique du monde.

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Après plusieurs décennies de croissance économique soutenue, et avec une combinatoire idéologico-pragmatique surprenante (sous nos yeux, formée par le néolibéralisme et l'ethnocentrisme occidentaux), mêlant l’idée d’un "État fort" et d’une "communauté forte" (idéologie communiste et confucianiste) d'une part, et de capitalisme avancé d'autre part, les Chinois ont généré leur propre insubordination fondatrice. D'exportateur de bibelots de mauvaise qualité, ils sont devenus un fer de lance de la technologie du plus haut niveau, sachant que cette technologie du plus haut niveau est la dernière étape d'une pyramide qui doit être soutenue par un secteur industriel moyen fort (qui n’est pas, lui, leader en technologie ou en marge des plus-values), qui fournira plusieurs millions d'emplois, des emplois qui généreront une importante classe moyenne instruite, d'où émergeront des élites technologiques et de toutes sortes, des élites capables de diriger le monde.

Au contraire, les politiques occidentales, y compris espagnoles, commettent l'erreur de délocaliser et de privatiser toutes les industries, comme si nous jetions notre propre mobilier par la fenêtre, dans le but de nous abandonner, d'une part, à une production technologique avancée minoritaire, sans socle moyen, et, d'autre part, à un secteur des services vaporeux et précaire, un secteur qui, au vu de la maudite pandémie de Covid-19, est comme un château de cartes. Nous le savons désormais.

L'Espagne est maintenant dans le peloton de queue de l'Europe. Et tous ceux qui se trouvent en dehors de nos frontières le savent. C'était - et c'est encore ! - un pays incapable de produire ses propres masques. Aujourd'hui, l'Espagne n'est qu'un pays plein de fous, comme dans la nef des fous, qui abrite une caste d'hommes (im)politiques incompétents qui ne cherchent que le vote à court terme et qui - depuis l'époque où Franco vieillissait - n'aspirent qu'à des sièges ou des sinécures, des prébendes, et ne songent qu’à vendre la patrie aux étrangers. L'Espagne est aujourd'hui un pays qui manque de la moindre souveraineté. Qu'est-ce que j'entends par souveraineté ? L’autonomie dans ses décisions. Une fois la plus grande et la meilleure de ses industries liquidée, l'Espagne ne sera plus qu’un site ouvert aux spéculateurs internationaux et au dumping de main-d'œuvre. En fait, elle est actuellement un sujet passif, qui subit une véritable "marche verte" devant laquelle les médias se taisent et devant laquelle les "partis du système" maintiennent le pacte secret de ne pas le mentionner au peuple.

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Le pays est rempli d'agents marocains qui, secrètement, de manière réitérée, avec arrogance et sans aucune dissimulation, diffusent un message hispanophobe dans tous les domaines possibles (journalistique, universitaire, culturel) afin de castrer le peuple espagnol face à l'imminence des marches vertes. Si le peuple espagnol ne se reconnaît plus comme une entité unie, cela entraînera l'impuissance de l’État, qui doit demeurer une entité politique unie. Cette impuissance de l’Etat nous met à nu, nous désarme, face à la menace venant du sud. Il est très symptomatique que de nos jours se déroule une campagne idéologique contre la célébration ou le souvenir de la prise de Grenade, que nous assistons au réveil féroce de la Légende noire, que nous observons un rejet mental de la Reconquête et des exploits des anciens royaumes hispaniques (Covadonga, Las Navas de Tolosa, Grenade, la Découverte des Amériques...). Les agents marocains sont très présents dans les rangs de la gauche et des groupes séparatistes, mais en réalité ils sont présents dans tous les partis ayant une représentation électorale.

Si le peuple restait uni, l'État, dirigé par les "vendus" de la partitocratie, n'aurait absolument rien à faire. Mais ce n’est pas le cas. Alors lorsque la nouvelle "marche verte" pénétrera (elle le fait déjà) dans les îles Canaries, à Ceuta et à Melilla, et en général sur les côtes méridionales et méditerranéennes, les "nouveaux Sahraouis" (apatrides, dépossédés de leur propre pays) seront les Espagnols d'aujourd'hui qui comprendront trop tard (comme ce fut le cas en 711, après la défaite de Don Rodrigo), qu'ils n'ont rien fait pour empêcher leur acculturation, leur conversion en peuple mozarabe, diminué en droits et en liberté, à peine tolérés par les nouveaux maîtres.

Il est clair que la véritable Espagne, celle qui, potentiellement, a un avenir, est l'Espagne guerrière, re-née jadis dans les montagnes de Covadonga, et non l'Espagne mozarabe, qui s’était déjà vendue, qui avait ouvert les portes à l'envahisseur. Mais avant cela, bien avant de se permettre toute bravade face aux provocations constantes, l'Espagne doit revenir à un "seuil de pouvoir" qui lui permette de se doter d'une puissance économique, en protégeant nos industries et nos campagnes, en donnant à l'État central le rôle de leader et d'investisseur dans l'économie. Redevenir un pays producteur, c’est aussi remettre sur pied, entre autres choses, une armée efficace capable de défendre les frontières. Les frontières de l'Espagne, ne l'oubliez jamais, sont aussi celles de notre civilisation. Les "partenaires européens", après des siècles d'histoire moderne, nous ont appris qu'ils préfèrent désormais devenir des musulmans, ou autre chose d’exotique et de fumeux, que des alliés fiables pour défendre les valeurs de notre civilisation. Nous devons également nous méfier d'eux, de leurs "lignes directrices" et de leurs schémas supranationaux. L'Europe est le problème, et le monde hispanique est la solution.

dimanche, 03 janvier 2021

L'insubordination fondatrice

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L'insubordination fondatrice

Carlos Javier Blanco Martin

Ex: https://decadenciadeeuropa.blogspot.com

L'insubordination fondatrice est un concept inventé par l'expert argentin en relations internationales, le professeur Marcelo Gullo, pour expliquer simultanément un processus historique et une possibilité future. Quel est ce processus ? Dans un bref résumé, et sous forme de projet, nous dirons

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1) Les États sont inégaux en termes de pouvoir. Bien que le droit international et les organismes mondiaux reconnaissent l'égalité souveraine formelle, le fait est qu'il y a des puissances dominantes et des États dominés au sein du conseil mondial.

2) Les puissances dominantes, au moins depuis l'essor du mode de production capitaliste, cherchent à établir et à maintenir leur domination non pas exclusivement par le recours à la force brute - militaire - mais par le biais de la domination économique. Mais même cela n'est pas stable ni sûr à long terme, ce pour quoi il est nécessaire de le compléter et de l'étendre : la domination idéologique.

3) Les puissances dominantes, et c'est le cas successivement et exemplairement de la Grande-Bretagne et des USA, dès qu'elles ont atteint un "seuil de pouvoir", elles se sont dotées d'instruments protectionnistes adéquats pour empêcher l'entrée sur le marché national de marchandises moins chères en provenance des colonies ou de pays étrangers. Ils ont légiféré et gouverné pour une industrie nationale autonome, close et solidifiée, une fois que les dimensions territoriales suffisantes et le degré d'unité politique du pays ont été garantis.

4) Le protectionnisme industriel était, à l'époque, une insubordination contre des pays auparavant mieux placés sur l'échiquier mondial : la Grande-Bretagne contre l'Espagne, la Hollande et la France, ainsi que les USA naissants, ceux des treize colonies, contre la Grande-Bretagne. Une fois déclarés en rébellion, les pays insubordonnés entament un processus "fondateur" : ils jettent les bases d'un développement industriel protégé, élevant le niveau de vie et le développement de la production, créant une masse critique suffisante (démographique, territoriale, productive) pour devenir, d'une part, souverains et, d'autre part, hégémoniques au niveau régional et peut-être mondial. À cette fin, le réalisme politique dicte la règle suivante : vous devez prêcher aux autres ce que vous ne voulez pas pour vous-même. C'est la véritable histoire du libéralisme et du néolibéralisme: les Britanniques et les Américains étaient, respectivement aux XVIe et XIXe siècles, des puissances qui prêchaient pour les autres une ouverture des marchés, un libéralisme doctrinaire, mais pratiquaient pour eux-mêmes le plus féroce des protectionnismes.

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Le professeur Gullo, partisan déclaré d’une revalorisation du monde hispanique, considère que la création d'un pôle de développement industriel dans la région du Rio de la Plata est tout à fait réalisable. L'unité d'action des Argentins et des Brésiliens pourrait accélérer un processus fédérateur des autres républiques du sud de l'Amérique latine qui pourraient, à leur tour, rayonner vers le nord. Loin des frontières des Yankees (loin des "gringos"), dotés de ressources naturelles en grande abondance, profitant du déclin du géant du Nord, et de leurs dissensions internes entre protectionnistes (trumpistes) et néolibéraux (démocrates, mondialistes, néoconservateurs à l'ancienne...), ainsi que de la rivalité des Yankees avec la Chine, le monde latino-américain - pense Gullo - a aujourd'hui une opportunité.

Il est évident qu'il faut se débarrasser de la domination idéologique. Les élites latino-américaines, comme les élites espagnoles ici, ont été trop facilement dupées par l'orthodoxie libérale et néo-libérale. Et on dit "embobiné" alors qu'on pourrait dire "acheté", ce qui est bien mieux.

Nous voulons maintenir la fiction d'une "démogresca" (pour reprendre l'expression de Juan Manuel de Prada) entre la gauche et la droite alors que la vraie lutte dans l'arène mondiale est celle entre le protectionnisme et le mondialisme. Une telle lutte se déroule au cœur même de l'empire américain, car il n'y a plus de correspondance ou de chevauchement exact entre "nation américaine" et "haute finance mondiale". Le peuple américain aligné sur Trump veut lui-même protéger son industrie nationale et ses emplois productifs contre les invisibles seigneurs de l'argent apatride. Nous vivons sous un capitalisme monétaire fictif, où la "dette" elle-même est un outil de gestion sur les dominés : les dettes qui couvrent d'autres dettes sont les armes pour maintenir les peuples et les nations sous la férule des banques. Les dettes initiales ne seront jamais remboursées, et ce qui est en jeu maintenant, c'est l'élimination des concurrents et le fractionnement des nations sous le joug de l'endettement progressif.

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L'Espagne le sait très bien. Déjà coupée de l'autre Espagne américaine, beaucoup plus grande, déjà mutilée par la perte de ses provinces africaines et de ses îles asiatiques, elle continue de se rétrécir et de se fracturer. L'unité précaire de l'État que nous appelons aujourd'hui l'Espagne est en danger, et l'instabilité institutionnelle et territoriale du pays est due à la domination économique, culturelle et idéologique que nous subissons depuis 1975.

L'insubordination fondatrice rn Espagne ne peut se produire qu'en inversant le chemin perdu en 1975 :

  1. Retrouver la vocation maritime. Construire des navires, revaloriser les chantiers navals, se doter d'une marine moderne pour patrouiller les côtes et défendre les côtes et les frontières maritimes. La vocation marine doit être atlantique : renforcer les ponts d'eau avec l'autre Espagne, l'américaine et avec la lusophonie. En Méditerranée et en Afrique, s'armer et se faire respecter avant l'invasion afro-mahométane programmée par les mafias mondialistes.
  2. Retrouver une phase d'autarcie et de protectionnisme. Reconstruire les centres industriels qui existaient vers 1975 et en créer de nouveaux, mais en dehors des privilèges fiscaux basques et catalans, afin d'étouffer à jamais la suprématie de ces périphéries, en en favorisant de nouvelles. La protection de l'agriculture espagnole, ainsi que la création d'une agro-industrie forte, et l'engagement en faveur des produits manufacturés technologiques qui fournissent à l'Espagne une classe technique importante et bien qualifiée et des biens à haute valeur ajoutée constituent un défi évident pour la politique de l'Union européenne. Nous ne pouvons le faire que de manière insubordonnée, en nous opposant aux "partenaires".

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Mais, tant l'Amérique du Sud que la future Espagne, comment pourraient-elles mener à bien cette insubordination et tenir tête à nos créanciers et dominateurs ? Il est évident que cela n'est possible que par l'action de l'État. Ce doit être l'État, dirigé par un gouvernement non inféodé aux élites mondialistes, non acheté (soudoyé) par les créanciers, par les seigneurs de l'argent. Et c'est un point faible, en ce qui me concerne, dans la théorie du professeur Gullo. Les modes "populistes" d'accès au gouvernement d'un État insoumis à vocation protectionniste et égocentrique (souveraineté identitaire) sont très divers dans chaque région. Dans notre monde hispanophone, elles vont du chavisme et du péronisme, par exemple, à un "voxisme" péninsulaire douteux, sachant comme nous que le parti espagnol VOX ne manque pas de néolibéraux et de néoconservateurs, adeptes de la colonisation yankee, politiciens ploutocrates hautement incompatibles avec un projet fondateur d'insubordination. De plus, les mécanismes "démocratiques" formels d'accès au pouvoir de ces options protectionnistes et souverainistes sont viciés par la propre partitocratie et ploutocratie. Ceux qui gouvernent à partir de positions "négociées" qui se disent de gauche ou de droite ont déjà réussi à étiqueter comme "fasciste" ou "populiste" toute option qui poserait un défi au système de domination mondiale, au néolibéralisme et à l'UE (dans le cas de l'Espagne) et bloque ainsi idéologiquement la croissance d’une telle mouvance libératrice.

La construction intellectuelle de Gullo n'est pas utopique, puisqu'elle est bien fondée dans son aspect historique, mais en tant que pratique pour agir politiquement dès aujourd'hui, elle se présente comme un projet où presque tout reste à écrire : qui peut aujourd'hui mobiliser un peuple vers la souveraineté (vers l'insubordination fondatrice) alors que ce même peuple est abruti en grande partie par l'industrie du divertissement nord-américaine, par la dépendance aux écrans électroniques, par la dégradation de l'école et par l'endoctrinement du genre ?

Peut-être faudrait-il commencer par créer quelque chose comme cela, un Ordre de Chevalerie, ni nostalgique ni quixotique, mais suffisamment élitiste et sage, qui forme des centres de contre-pouvoir tant dans la sphère économique que dans la sphère idéologique et culturelle. De très petits centres mais qui rayonnent leur lumière, petit à petit.

Source : La Tribune du Pays Basque

lundi, 14 décembre 2020

L'hispanophobie. À propos du livre de María Elvira Roca Barea, Imperiofobia y leyenda negra

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L'hispanophobie. À propos du livre de María Elvira Roca Barea, Imperiofobia y leyenda negra

Carlos X. Blanco

La lecture du livre de Doña María Elvira Roca Barea, Imperiofobia y leyenda negra ne m'a pas laissé indifférent. Au contraire, cela m'a profondément marqué. J'avais reporté la lecture de ce livre à la période des vacances, et il me fallut un certain temps avant qu'il ne me retombât entre les mains. Le texte, je ne sais pas très bien pourquoi ; a réveillé en moi d'étranges ressorts mentaux, ont provoqué en moi l'effet d'une libération émotionnelle. La libération de préjugés profondément enracinés et l'envie de me voir dans la nécessité de revoir et d'étudier en profondeur l'origine de ces mêmes préjugés. Le livre, me semble-t-il, est un succès d'édition, et ni l'auteur ni l'éditeur n'ont besoin de publicité de ma part. J'écris ces lignes en tant que personne qui recommande avec ferveur quelque chose de bon à un ami.

Je viens de consulter le site web de Siruela et je vois qu'il en est déjà à sa 18e édition, et le nombre de critiques et d'entretiens avec l'auteur se multiplie depuis sa sortie. Si j'écris cette brève recension, c'est uniquement pour partager des sensations et des réflexions, pour encourager sa lecture, pour recommander l'étude sérieuse et objective de l'Histoire, celle de l'Espagne et du monde, et pour fermer la voie à toutes sortes de racismes.

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Le racisme ? Oui, le livre est un plaidoyer contre le seul type de racisme qui est encore autorisé, toléré et même encouragé à l'échelle mondiale : l'hispanophobie. En fait, ce magnifique ouvrage de Mme Roca est un traité sur l'hispanophobie. Il arrive que toutes sortes d'insultes et de malédictions soient lancées à la civilisation hispanique, qui est née dans les rudes montagnes de Cantabrie et, accessoirement, dans les Pyrénées. Les propos insultants répétent à l’envi qu’il ne s’est rien passé ici. C'est une forme d’agression mentale qui trouvera difficilement une réponse. Depuis le XVIe siècle, la munition idéologique déployée contre l'idée d'Espagne, contre son projet géopolitique et spirituel, contre sa raison d'être même, est une munition chargée de haine, une haine d'un grand pouvoir destructeur et d'une énorme rentabilité justificative pour ceux qui l'ont utilisée. La "victime", l'Espagne comme idée et comme projet, n'a jamais réagi efficacement contre ces attentats métapolitiques . Dans sa phase impériale et ascendante, on peut comprendre le geste hautain et fier de ceux qui ne prêtent pas beaucoup d'attention aux mouches qui les survolent dans leur parcours triomphal. Mais déjà dans la phase de crise, et pas seulement de crise militaire et géopolitique, mais aussi de crise existentielle, l'Empire espagnol ne pouvait pas et ne savait pas comment articuler une "légende blanche" qui nettoierait ou neutraliserait l'offensive propagandiste, très noire, qui était lancée contre elle.

María Elvira Roca retrace de façon magistrale les origines de la légende noire par excellence : la légende noire anti-espagnole. Il est vrai que chaque Empire déchaîne le ressentiment et l'envie des vaincus, des citoyens de seconde classe, des rivaux, des périphériques. Il s'agit d'un phénomène universel. Rome, la Russie, les États-Unis, etc. sont des cas analysés par l'auteur, et dans tous ces cas, la création d'une légende noire est détectée. Mais il est très significatif que le terme même, légende noire sans les qualificatifs de "romain", d’"anglais", de "russe", d’"américain", soit appliqué à l'Espagne seule. A l'Espagne impériale d'abord, et à l'Espagne nationale actuelle, maintenant. La légende noire est, sans autre précision, une légende noire contre l'Espagne.

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Les origines de cette légende se trouvent en Italie. Le berceau de l'Humanisme, en pleine renaissance, est aussi l'égout pour certains "intellectuels" italiens pleins de ressentiment et d'envie qui ne pouvaient pas faire cadrer de façon saine leur insignifiance politico-militaire en tant qu'Italiens, avec la vaste et ambitieuse création impériale qui se développait dans une autre péninsule, la péninsule ibérique. La nouvelle Rome n'était pas la Rome italienne. La nouvelle Rome était, en fait, l'Espagne. L'Espagne comme cœur d'un empire mondial, dont une grande partie de l'Italie faisait partie. L'humanisme italien, tout comme sa dérivation ultérieure, les Lumières françaises, grouillait d'"intellectuels" complaisants, pleins d'orgueil national blessé, aveugles face à tout ce que représentait la contribution espagnole à la civilisation européenne, chrétienne et mondiale. Une Italie impuissante du point de vue national, au XVIe siècle, et une France frustrée du point de vue impérial, au XVIIIe siècle, ont été des centres extrêmement efficaces de propagande anti-espagnole. La pire des légendes inventées contre notre Empire et contre notre peuple n'est pas qu'elle nous souille devant le monde, qu'elles nous attaquent. Le pire, c'est la perte de la vérité, l'insulte à la vérité objective. Corriger la légende noire, c'est rendre hommage non seulement à nos ancêtres. C'est pour rendre hommage à la Vérité. Il s'agit d'étudier et d'enseigner correctement l'histoire, sans cacher les erreurs et les triomphes d'autres époques, et lorsque celles-ci doivent être reconnues en justice, il s'agit également de les replacer dans leur contexte. Mais couper le chemin de l'erreur, la détruire et la dénoncer, est une exigence pour la récupération de notre identité collective en tant que peuple, et c'est un devoir envers l'Humanité. La tâche proposée par le professeur Roca ne pourrait être plus stimulante.

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Le caractère raciste de l'hispanophobie apparaît beaucoup plus clairement lorsque Mme María Elvira Roca poursuit l'étude de la légende noire qui a émergé dans le monde protestant : Allemagne, Pays-Bas, Angleterre, etc. Après tout, les Italiens et les Français étaient toujours coreligionnaires dans la tradition catholique et latine. Bien qu'ils soient nos parents et nos voisins beaucoup plus proches, les Italiens et les Français nous ont qualifiés de Maures et de Juifs pour souligner notre faux catholicisme et notre européanité douteuse. Mais, bien qu'il y ait déjà du racisme dans ces légendes, l'existence de l'Espagne aurait pu les déranger plus que notre idiosyncrasie, et ce qui leur semblait redoutable et typique d'un Empire hégémonique : notre fierté, notre prétendue cruauté. Mais dans le monde protestant, véritable berceau de la raciobiologie, c'est-à-dire du racisme biologique que la hiérarchie des races postule, le catholique, habitant du Sud européen (auquel il faut ajouter les Irlandais) était un être inférieur du point de vue corporel et moral, un être méprisable et viscéralement décadent. L'hispanophobie était, pour les protestants, le noyau de la phobie catholique. Il fallait jeter toutes les inepties de propagande sur les réalisations de la civilisation catholique, dont la "renaissance" était menée par l'Espagne des grands Habsbourg. La civilisation catholique, le christianisme "faustien" selon Spengler, avait atteint son apogée entre le Xe et le XIIIe siècle. Le projet de l'empereur Charles Ier d'Espagne et Charles-Quint d'Allemagne, déjà au XVIe siècle, avait été, en réalité, le projet d'une restauration et d'une perpétuation de ce catholicisme qui, selon sa signification, signifie "universalité".

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Les luthériens et les calvinistes n'étaient pas meilleurs dans leur intolérance, comme le montre Mme Roca, mais ils étaient particulièrement fanatiques dans leurs origines, et traîtres à la civilisation dans laquelle ils étaient insérés, s'alliant aux Turcs et préférant le joug de ces derniers, au doux joug de l'Empire carolinien. L'histoire les jugera, car ce sont maintenant précisément ces pays intolérants et catholicophobes qui ont fait de la "tolérance" leur religion ou une religion de substitution. Et maintenant, je ne veux pas que cet Empire universel qui a étendu une civilisation catholique, ils ont le "Turc", ou quelque chose d'analogue à lui, à l'intérieur, les détruisant dans leurs entrailles.

Cependant, il est curieux que les pays du sud de l'Europe, qu'ils soient traditionnellement catholiques ou orthodoxes (comme la Grèce), soient toujours les pays suspects, les perpétuels et incorrigibles zascandiles qui méritent des étiquettes économiques et financières aussi peu aimables que les pays du PIG. Il est clair que notre caractère de porc se démarque de la prétendue pureté éthique (épargnants et entrepreneurs weberiens) des protestants de sang nordique ou anglo-saxon qui dirigent les agences de notation ou les banques pourries de Wall Street. Dans la dernière partie du livre Imperiofobia y Leyenda Negra (Empire et légende noire), il y a tout un programme de recherche visant à améliorer notre estime de soi et à veiller à nos propres intérêts, en tant qu'Espagnols et membres d'une vaste civilisation hispanique, si nous ne voulons pas hypothéquer l'avenir de nos enfants et petits-enfants. L'avenir est entre nos mains.

Cette soi-disant "mondialisation" est en fait la dictature de puissances financières qui ont longtemps été des puissances sans abri, mais qui continuent à manipuler avec succès les opinions publiques anglo-américaines et allemandes, ainsi que celles des autres pays nordiques. Cette mondialisation dont nous souffrons est encore largement une "américanisation", la branche allemande ayant créé un petit hangar appelé "Union européenne" destiné uniquement à nous acheter, nous vendre, nous asservir et nous piller. Le hangar est particulièrement corrompu, opaque et despotique, et a des liens très étroits avec les monarchies pétrolières mahométanes, qui s'emparent de tout. L'idée de l'Empire catholique, c'est-à-dire "universel", sera toujours l'objet de la légende noire, du mépris, de la manipulation illimitée, des stéréotypes, des moqueries, de la dérision dans ce sinistre contexte dans lequel nous évoluons. Toujours.

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Il est clair que, en tant qu'idée, celle d'Empire peut être mal interprétée. L'empire dont nous parlons n'est pas l'empire d'une nation sur une autre. L'Empire espagnol ne doit jamais être confondu avec le nationalisme espagnol. Ce dernier est né plus tard, au XIXe siècle, c’est un tard-venu, balourd et maladroit... Le nationalisme surgit quand l'Empire est perdu. Nous ne devons pas non plus confondre l'Empire avec le colonialisme. De ce livre de Mme Roca Barea, on pourrait facilement déduire toute une "théorie de l'Empire". Les Anglais, les Portugais, les Néerlandais et encore moins les Français n'ont jamais eu de véritables empires. Ce qu'ils ont eu, c'est un régime colonial. Cette théorie (ou méta-théorie) des empires a déjà commencé à se construire. Don Gustavo Bueno a fait la distinction entre les empires prédateurs et les empires générateurs, bien que la distinction nette et concise de Roca Barea entre le colonialisme et l'empire (au sens strict) soit plus claire. Un empire authentique est toujours protecteur et père des nations futures devant les tiers (devant les "barbares") et est toujours "civilisateur" dans son sens authentique. Pour ma part, j'ai croisé la distinction, opérée par Bueno, avec une autre distinction, celle qui sert de médiateur entre les empires agglutinants et les empires absorbants. Avec cela, je crois pouvoir placer l'Empire espagnol dans les empires civilisateurs ("générateurs"), comme Rome, mais sans le réduire complètement à un empire absorbant, comme ce fut le cas de la romanisation contre les barbares, principalement occidentaux (Celtes, Allemands, etc.) mais le décrivant comme « agglutinant », c'est-à-dire comme un Empire beaucoup plus ouvert aux particularités ethniques, juridiques, linguistiques, des différents peuples qui s’y agglutinent, se rapprochant ainsi de l'idéal du Saint Empire romain-germanique par certains aspects.

Pour terminer ma recension et ma recommandation, je dois également glisser une petite critique d'Imperiofobia. Je ne suis pas d'accord avec l'analyse de Mme Roca Barea sur les États-Unis en tant qu'empire victime de phobies. L'empire yankee est clairement un empire prédateur, qui sape les fondements culturels des pays qu'il soumet et qui changera sa "coloration" culturelle au fur et à mesure de l'évolution de sa composition ethnique interne. En fait, il est déjà vrai que la langue anglaise/américaine se distancie de l'anglais britannique, et que ce n'est même pas une civilisation anglo-saxonne (WASP) qui se répand dans le monde. De plus en plus, cet impérialisme est présenté comme un artifice pseudo-culturel (tantôt pseudo-afro, tantôt pseudo-hispanique, etc.) qui sert de simple emballage à des relations économiques brutales, qui n’ont rien de culturel. La défense de l'impérialisme yankee, que je juge incohérente chez Mme Roca Barea, n'est pas très compréhensible, sachant que la mort de l'empire hispanique (1898), ou plutôt, l'enterrement d'un homme mourant d’une longue agonie, était due aux tromperies et aux abus commis par cet artifice, par cette pseudo-nation ou par ce conglomérat ethnique articulé autour du dollar, et qui s'appelle les "États-Unis d'Amérique". Mais je parlerai des Américains un autre jour.

 

samedi, 05 décembre 2020

Un dossier théorique sur l'Europe des ethnies

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Un dossier théorique sur l'Europe des ethnies

Par Carlos X. Blanco

Ouvrage collectif : La Europa de las Etnias. Construcciones teóricas de un mito europeísta [EAS, Alicante, 2020]

Les éditions EAS viennent de publier un volume intitulé La Europa de las Etnias. Construcciones teóricas de un mito europeísta [EAS, Alicante, 2020]. C'est un ouvrage collectif très précieux pour l'étude du régionalisme européen, qui contient un large éventail de contributions. Cependant, la sélection n'est pas complète. Et je le dis d'emblée : il manque certains des grands penseurs traditionalistes espagnols, ensuite, la tradition carliste y est absente. Les figures marquantes (mais peu connues) du régionalisme traditionnel ou du foralisme font défaut : Vázquez de Mella, Elías de Tejada... Il est vrai que le carlisme et le traditionalisme régionaliste espagnol ne s'inscrivent pas très bien dans un concept d’ « Europe des ethnies » puisque ces courants hispaniques, les nôtres si souvent oubliés, subordonnent les langues vernaculaires, leurs propres chartes, l'historicité des territoires et leur pluralité ("Las Españas") à une loyauté envers le Roi légitime, à une obéissance à la Loi naturelle et à une stricte observance de la Doctrine catholique, et l'"ethnicité" y est comprise comme un fait historico-politique plutôt que bio-culturel, sans toutefois exclure complètement et nécessairement cette dernière facette.

De la conception forale et pluraliste de la pensée hispanique traditionnelle émerge une idée de base : il existe en Espagne diverses ethnies, progressivement impliquées dans un processus convergent et synthétique : l'Hispanidad. Il y a aussi une revendication de la diversité et des autonomies (et non les horribles "autonomismes" d'aujourd'hui) en vertu de circonscriptions historiques (nos royaumes et principautés qui forment la couronne d'Espagne) ; nos ethnismes hispaniques sont surtout très hostiles au jacobinisme libéral importé et imposé. À mon avis, un auteur hispanique traditionaliste aurait pu apparaître dans les titres. Dans le livre, les références à l'ethnicité ne manqueraient pas (entendue, je le répète, dans un sens qui n'est jamais raciste, puisqu'un catholique ne peut l'être, mais historico-politique et territorial).

Il existe un certain nombre d'articles d'origine française, ou émanant de pays francophones. Beaucoup d'entre eux sont des auteurs qui peuvent être englobés dans la "Nouvelle Droite" ou la pensée identitaire européenne plus actuelle (Robert Steuckers, Georges Feltin-Tracol). D'autres auteurs sont issus de la pensée fédéraliste et régionaliste française (Guy Héraud). Il y a aussi des études et des commentaires d'auteurs plus anciens mais d’un passé proche ; il s'agit de divers textes consacrés à certains des "pères" de la pensée régionaliste et ethniste identitaire (notamment les travaux de et sur Saint Loup, c'est-à-dire Marc Augier).

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Dans la France jacobine et centraliste, où le républicanisme d'extraction révolutionnaire a toujours été un boulet et un système de prison intellectuelle pour les auteurs régionalistes, il est très méritoire de planter le drapeau des "petits pays" ou des pays "charnels". La diversité a presque toujours été écrasée dans le pays voisin depuis 1789, et ils prévoyaient le retour de ces patries apatrides au milieu d'une crise galopante de l'État-nation au XXIe siècle.  Ils sont une source d'inspiration face à la nécessité de retrouver une force ethnique dans chaque territoire européen face aux dangereux mixages en cours et face à l'invasion afro-arabe, face au multiculturalisme obligatoire. Ce sont des questions intellectuelles majeures qui convergent dans cette rencontre avec la force ethnique des groupes et des territoires. Ce livre est très bon car il propose des documents traduits pour l'étude, quelle que soit la position adoptée par chacun.

C'est, en somme, une œuvre collective qui ne peut laisser personne indifférent.

Le jacobin centralisateur, défenseur d’un État-nation homogène et unitaire, sera toutefois irrité. L'Europe apparaît systématiquement dans le texte non comme un ensemble d'États jacobins mais comme une Europe des ethnies.

Les nationalistes séparatistes ("fractionnaires", comme les élèves de  Gustavo-Bueno aiment à le dire) ne verront pas non plus d'un bon œil certaines des propositions faites dans l’ouvrage. Il se trouve qu'une grande partie des nationalistes séparatistes, ceux qui défendent un droit à l'autodétermination de leur "nation sans État", se qualifient d'"internationalistes". Cependant, utilisant des méthodes violentes ("combat de rue" et terrorisme plus ou moins intense) et invoquant des critères ethnicistes pour se séparer d'un "État-nation vu comme prison des peuples" et d'une ethnie prétendument oppressive (c'est le cas des "abertzales" basques et des "cuperos" et républicains de l'Esquerra catalane), ils accueillent et recrutent tous les étrangers, quelle que soit leur religion, langue et couleur tant qu'ils apprennent leur langue vernaculaire et acceptent d'être citoyens d'une nouvelle petite république non espagnole. Ils méprisent le frère espagnol et se donnent avec amour au nouveau venu. Le séparatisme espagnol de certains Basques et Catalans participe du même ridicule conceptuel que le nationalisme hispanique étroit qui ne revendique que les taureaux, la chèvre de la Légion et la chansonnette "que-viva-Espana" de Manolo Escobar. Le séparatisme abertzale ou catalaniste est ethniciste quand il s'agit de rejeter le reste des Espagnols, mais devient internationaliste quand il s'agit d'enregistrer et de nationaliser le premier être humain qui, sans un seul papier en ordre, passe par la nouvelle république "en construction". Il s'agit d'une simple "souveraineté" artificielle, et non d'un véritable nationalisme identitaire.

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Ce ne sera pas non plus un livre au goût du régionalisme conservateur classique et, comme on l'a dit par le passé, du régionalisme "sain". Par "sain", on entendait dans la droite espagnole et dans le régime franquiste ce type de fierté identitaire pour les traditions folkloriques et les expressions parfois banales d'une province et d'une région. Au Valencien, sa paella, à l'Asturien son cidre et sa fabada, au Catalan la butifarra. Un régionalisme sous-développé et limité au niveau des danses et des costumes régionaux, très stylisé et préservé, mais avec pas mal de déformation, dans l'Espagne unitaire de Franco.

Les réductionnistes linguistiques, qui sont légion en Espagne, n'aiment pas non plus parler d'ethnies. Ces personnes, outre les indicateurs génétiques et somatiques clairs qui identifient les cultures aux races, s'accrochent à la langue comme seul facteur réellement différenciateur, que ce soit à des fins d'autonomie ou dans un but clairement indépendantiste. Ainsi, l'ethniciste catalan, généralement doté d'un phénotype méditerranéen qui est le plus commun dans cette zone du sud de l'Europe, indissociable en tout point de tout autre espagnol "standard", fait valoir son identité linguistique comme seule ressource différenciatrice ; une identité qui, soit dit en passant, est commune avec celle que possèdent les Valenciens et les habitants des Baléares ainsi que de nombreux habitants du sud de la France. L'existence d'une langue catalane est la seule façon pour les séparatistes de parler d'une "nation catalane", qui n'a pas existé politiquement tout au long de l'histoire. À l'autre bout du charabia centrifuge espagnol se trouve le cas des Asturies, où l'on trouve - comme c'est typique du nord de la péninsule - certains des génotypes les plus anciens d'Europe (il faut toujours laisser de côté le flot de population étrangère récente qui s'est accumulé dans les villes) et où l'on trouve des preuves de l'existence du premier royaume chrétien indépendant sur la péninsule après l'invasion mahométane.

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Dans la Principauté des Asturies, la puissance de sa propre langue vernaculaire (et, comme le catalan, pas exclusive non plus, puisqu'elle est également parlée à León, à Zamora et, plus faiblement, dans les Asturies de Santillana) est une puissance bien moindre, moins efficace comme élément de mobilisation des revendications indépendantistes. Les réductionnistes linguistiques pensent que les Asturies ont leur propre langue et qu'il y a aussi une conscience ethnique ; cependant, il y a beaucoup moins de revendications séparatistes dans les Asturies qu'en Catalogne. Mais, bien que beaucoup de gens soient offensés en l’entendant, la Catalogne est une région beaucoup plus "espagnole" au sens habituel du terme, un sens étranger au réductionnisme linguistique, et très espagnole en termes de paysages, de coutumes, de phénotype, etc. Les réductionnistes linguistiques auront toujours du mal à établir des équations entre la langue et l'ethnicité. Les nationalistes asturiens seront donc toujours condamnés à l'échec et au discrédit international en fondant leurs revendications exclusivement sur la bable et la cornemuse, avec des éléments identitaires plus nombreux et plus forts dans la Principauté : don Pelayo, Covadonga, le royaume des douze rois Caudillos... des éléments strictement historiques qui parlent de la lutte entre les civilisations (les civilisations celto-romaine, germanique et chrétienne des rois d'Oviedo contre la Morisma, des éléments objectifs de l'histoire politique (la création médiévale d'un État qui est, en outre, le germe ou la "mère" des autres royaumes hispaniques). Dans les Asturies, il n'y a pratiquement pas de nationalistes (si l'on excepte les figures isolées telles un Xaviel Vilareyo), mais il y a beaucoup plus d'ethnies au sens global, tandis qu'en Catalogne, il y a plus qu'assez de faux nationalistes, car ce n'est qu'avec leur propre langue et la biretta, et en ignorant leur période de pouvoir, qu'ils ont réussi à conditionner la politique et l'économie du reste du peuple espagnol.

Il en va de même pour l'anomalie basque. À la mort du Caudillo, la langue était plus morte que la bable, dans une Espagne où le bilinguisme et le nationalisme (de type celtique) n'étaient paradigmatiques dans leur pureté que dans le cas de la Galice. Les Basques n'avaient jamais formé d'unité politique, comme les Asturiens l'avaient fait, malgré la folie hallucinatoire de Don Sabino, folie qui créa le PNV. Une ethnie dispersée dans les territoires castillans, navarrais et français qui se sont également regroupés politiquement après la Seconde République, pour former une "nation" selon des critères de réduction linguistique, suivant la ligne purement romantique du nationalisme politique, qui commence toujours par la culture.

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Le mot "ethnicité" et la conception ethnique de l'Espagne ou de toute l'Europe suscitent également des réticences parmi les nationalismes "historiques". Pour beaucoup de gens, seule l'histoire est la mère de tous les peuples. Bien sûr, dans l'histoire, la contingence règne : un mariage de rois, une répartition capricieuse des richesses, une invasion qui n'est pas entièrement rejetée, un traité ou un destin aventureux peuvent provoquer la division ou la fusion des peuples. La nation espagnole est le fruit de l'histoire, et si quelque chose a été fait pour unir ses différents groupes ethniques, c'est bien son unité politique, une unité qui a été, depuis le XVIe siècle, une unité d'armes et de langue, et seulement très lentement un concert de lois et de juridictions.

Il est indéniable que l'Espagne est l'une des plus anciennes nations politiques d'Europe, même s'il faut noter qu'en raison de sa composition impériale, elle a toujours été, du début à la fin, un système de nations ethniques, et le jacobinisme n'a jamais été efficace sur notre sol. Et ce ne sera jamais le cas.

Et maintenant, revenons au livre que la maison d'édition EAS vient de publier. Constructions théoriques d'un mythe européiste, et c'est une bonne occasion de repenser l'avenir européen de l'Espagne. C'est un livre pluriel, avec des perspectives plurielles. Il comprend, comme nous l'avons dit, des textes de Robert Steuckers, George Feltin-Tracol, Guy Héraud, Saint-Loup... Les auteurs sont nombreux et leurs pensées sont assez disparates. Le titre de ce volume collectif coïncide avec un ouvrage de Guy Héraud (L' Europe des Ethnies, orig. 1963), et en fait ce texte, qui apparaît ici, vers la fin du volume, est le chapitre le plus long de tous.

Le point de vue de Héraud est fédéraliste, proudhonien. Il considère que l'Europe est en fait un conglomérat de groupes ethniques qui, au sens le plus large, sont aussi des régions ayant leur propre identité nationale, très souvent associée à leur propre conscience linguistique. Mais le fédéraliste français ne semble pas être un réductionniste linguistique comme le sont les indépendantistes espagnols (qu'ils soient asturiens, basques, catalanistes, galiciens, etc.). Il semble qu'en Europe, le facteur linguistique soit une priorité dans l'ethnicité, au-dessus du facteur biologique - étant donné la fraternité fondamentale de tous les peuples européens, mais il apparaît toujours comme un facteur ajouté à d'autres éléments importants qui définissent une culture nationale. Compte tenu de la série de conflits ethnicistes en Europe (rappelons la tragédie de la Yougoslavie ou la tentative de "nettoyage ethnique" menée par l'ETA et la "gauche abertzale"), la proposition faite par Héraud, il y a des années, semble naïve : par exemple, une série de référendums sur l'autodétermination qui regrouperait démocratiquement et "rationaliserait" le continent selon des critères ethniques. Je crois sincèrement que l'utopie fédéraliste et d'autodétermination de Héraud pourrait finir comme le Rosaire de l'Aurore.

L'écrivain et aventurier français Marc Augier (dit Saint-Loup) est également présenté ici. Augier a cultivé son utopie particulière d'une Europe des ethnies, en identifiant les multiples ethnies, qui ne coïncident pas souvent avec l'État-nation, mais avec les soi-disant "patries charnelles". Inscrit dans un courant non officiellement reconnu par le national-socialisme, qui est celui d'un fédéralisme des ethnies européennes au sein d'une Nouvelle Europe apparue après le triomphe de l'Axe, Saint-Loup a parcouru le continent sur sa moto en "plongeant" dans cette mosaïque de petites patries, dont certaines sont enfouies et aliénées. Dans ses romans, l'auteur et ancien combattant de l'Axe, a rêvé et rêvé de cette hypothétique fédération de régions ethniques que, bien sûr, l'hitlérisme aurait été loin d'approuver en cas de victoire, même si certains hiérarques nazis ont nourri certains objectifs similaires. Saint-Loup proposait une utopie.

La notion de "patrie charnelle", loin des connotations national-socialistes et donc racistes et suprémacistes, a été adoptée au sein de la Nouvelle Droite. Robert Steuckers y réfléchit et, dans le cadre des travaux de cet important penseur belge, nous pensons qu'il pourrait bien être le complément nécessaire à la notion fédérative d'Europe comme Imperium : un pouvoir exécutif central fort dans certaines compétences (défense, planification macroéconomique...) mais qui respecte en même temps l'hypothèse d'un principe de subsidiarité.

Si nous voulons que l'identité européenne, et espagnole, se renforce face à l'invasion du Continent et face à la Mondialisation, il est bon que notre noyau le plus intime ou le plus "charnel" de la patrie récupère et acquière une nouvelle sève. Un livre intéressant et une grande initiative éditoriale.

Pour commander l’ouvrage :

https://editorialeas.com/producto/la-europa-de-las-etnias/

jeudi, 03 décembre 2020

L'Espagne, après la Transition, est devenu une ochlocratie et non pas une démocratie

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L'Espagne, après la Transition, est devenue une ochlocratie et non pas une démocratie

Entretien avec Carlos X. Blanco

Comment cette Espagne a-t-elle ouvert les portes de la transition ?      

L'Espagne a toujours été une nation, une société cohésive malgré le grand fossé causé par la guerre civile. Ce n'était pas le royaume bananier et l'épave à la bolivarienne qu'elle est aujourd'hui, le jouet du sultan marocain. Ce n'était pas encore la colonie de l'Allemagne. L'Espagne était un État qui, dûment renouvelé, comptait encore dans le monde. L'Espagne était une nation qui surmontait la haine, était ouverte aux transformations nécessaires pour adapter ses institutions à la réalité d'une puissance agro-industrielle de premier plan en Occident. L'Espagne a connu un "miracle" de développement (avec toutes les contradictions que cela implique, puisqu'elle est passée rapidement du Tiers Monde au Premier Monde) et, surtout, l'Espagne a été un miracle éducatif. Pour la première fois dans l'histoire, l'Espagne était un pays instruit. Aujourd'hui, notre potentiel - économique et éducatif - est définitivement épuisé.

La question qui se pose est dès lors la suivante : la transition espagnole était-elle un processus politique autonome ou était-elle contrôlée à distance, d'une manière ou d'une autre, par des entités étrangères ?

Elle était contrôlée à distance. Et cela peut être prouvé par les effets qu’elle a eus : nous avons l'avantage argumentatif de bien connaître aujourd'hui les résultats de ces changements. L'Espagne a complètement perdu sa souveraineté politique, militaire et économique.

1101751103_400.jpgLe régime franquiste avait perdu graduellement ses racines sociales, et la justification qu'une classe moyenne terrifiée avait trouvée en lui avant, pendant et après la guerre civile, c'est-à-dire pour se défendre de la "Terreur rouge", était déjà loin. Il semblait possible, vers les années 60 et 70, d'ouvrir les robinets du financement discret et secret par des puissances étrangères. Il semblait facile d'élargir le rayon d’action de l'oligarchie. Il y avait déjà des "contubernios" de Washington et de l’Allemagne depuis longtemps. La souveraineté nationale espagnole ne pouvait pas être un maillon faible dans le contexte de l'Europe du Sud, étant la clé de la Méditerranée, la porte de l'Afrique, le pont vers l'Amérique latine, etc. Le processus d’"homologation" avec les démocraties libérales occidentales a été le déguisement annonçant ce nouveau colonialisme qui, avec l'avènement des socialistes (le félipisme), est devenu complètement explicite : entrée dans l’OTAN, entrée dans la Communauté européenne à genoux, renoncement à une politique africaine ferme, destruction du tissu productif autarcique, etc.

Comment étaient les choses dans cette Espagne qui a ouvert les portes de la Transition?         

L'Espagne était encore une nation, une société cohésive malgré le grand fossé causé par la guerre civile. Ce n'était pas encore le royaume bananier et l'épave à la sauce bolivarienne qu'elle est devenue aujourd'hui, le jouet du sultan marocain, etc. Ce n'était pas encore la colonie européenne de l'Allemagne. L'Espagne était un État qui, dûment renouvelé, comptait encore dans le monde. L'Espagne était une nation qui surmontait la haine, était ouverte aux transformations nécessaires pour adapter ses institutions à la réalité d'une puissance agro-industrielle de premier plan en Occident. L'Espagne a connu un "miracle" de développement (avec toutes les contradictions que cela implique, puisqu'elle est passée rapidement du Tiers Monde au Premier Monde) et, surtout, l'Espagne a été un miracle éducatif. Pour la première fois dans l'histoire, l'Espagne était un pays instruit. Aujourd'hui, notre potentiel - économique et éducatif - est définitivement épuisé.

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Quel rôle les États-Unis ont-ils joué dans la conception de la transition espagnole ?

Un document traduit et publié par les éditions Letras Inquietas montre clairement que les Américains savaient qu'il était temps d'agir. De nombreuses transitions étaient possibles, et il fallait faire de l'Espagne une colonie. Il n'y avait pas le moindre danger communiste ou séparatiste à l'époque où Franco était un vieil homme mourant. Il fallait maintenir cet épouvantail du danger communiste et séparatiste afin d'insuffler la peur à une "ultra-droite" soi-disant déstabilisante mais qui aurait pu de fait diluer les opportunités commerciales des Yankees. Le durcissement du régime était considéré comme un obstacle aux affaires des Yankees et de leurs partenaires d'Europe centrale à l'époque. Il semble que pour la CIA et l'administration de l'Hegemon, tout acteur qui n'appartenait pas à la vieille garde la plus autoritaire, ferait bien l’affaire tant qu'il ne provoquait pas d'effroi ou de surprise dans le sud de l'Europe. Il était clair qu'il n'y aurait pas de révolutions à la portugaise ni de désordres gauchistes en Espagne. La seule vraie gauche était celle des Comisiones Obreras et d'un petit groupe de "communistes professionnels". Rien de grave face au tout-puissant "Occident". Un néo-franquisme, par ailleurs peu probable, leur faisait beaucoup plus peur.

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L'un des moments les plus décisifs a été l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco, supposé être dû aux activistes d'un commando de l'ETA. À votre avis, l'ETA était-elle l'auteur idéologique de l'attentat ou simplement ses exécutants possibles ?

Je n'ai aucune preuve, et je ne me suis pas suffisamment documenté. Ce serait imprudent de le dire. Mais c'est la vox populi qui parle: la "Transition", rappelons-le, a commencé quand le Caudillo était encore vivant. Elle a connu des virages serrés et des coups de force. Retirer Carrero du jeu, comme des années plus tard, faire de même avec Suárez par le biais du 23-F étaient des procédés allant dans cette direction ; qui en a profité ? En ce qui concerne l'ETA : quelqu'un croit-il qu'une bande de quatre crétins, tireurs hallucinés, puisse se transformer en un défi total à l'État, au beau milieu de l'Europe à la fin du 20ème siècle, sans avoir préalablement obtenu un solide soutien étranger ? Voici une des thématiques sur lesquelles mon professeur Gustavo Bueno avait tout à fait raison : le nationalisme séparatiste en Espagne ferait rire à gorge déployée s’il n’y avait pas eu tout l’argent européen et américain investi pour mettre à genoux cette "huitième puissance" dans le monde. Ils l'ont fait : les folies et les fantasmes d'Arana seraient anecdotiques et risibles si le message raciste initial n'avait pas été complété par des bombes, des fusils et du marxisme-léninisme.

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1975: Carlos Arias Navarro et Franco.

Quel a été le rôle de Carlos Arias Navarro dans le démantèlement du régime ? La CIA lui a fait confiance en tant que médiateur ?

Je n'en suis pas sûr. Peut-être a-t-elle tacitement parié sur un homme modéré. La CIA espèrait que le régime pourrait se démanteler sans trop d'agitation, afin de pouvoir le télécommander depuis Washington avec beaucoup plus de facilité, sans qu’il n’y ait entêtement autoritaire. L'autoritarisme de l’Hegemon n'allait pas tolérer d'autres autoritarismes régionaux comme celui de l'Espagne.

Il ne fait aucun doute que la hiérarchie de l'Église a abandonné Franco, malgré le fait qu'il ait été son sauveur pendant la guerre civile et malgré le statut social, économique, culturel et politique qu'il lui a accordé après la guerre civile. Dans quelle mesure le soutien apporté par la Conférence épiscopale en faveur de la transition a-t-il influencé la crise profonde que connaît l'Église espagnole aujourd'hui ?

Le clergé était déjà corrompu depuis quelque temps. Les prélats n'étaient pas reconnaissants envers la "Croisade" menée par Franco et les nationalistes. Nous devons tenir compte du fait que la Deuxième République était morte – sur le plan de la légitimité – dès le moment où les premières églises ont été incendiées en toute impunité, dès que le premier jeune séminariste a été assassiné. L'Église est devenue une grande lobotomisée intellectuelle, oubliant son martyrologue, abandonnant le thomisme, déconnectant le peuple de la Tradition hispanique, désorientant la société en faisant joujou avec des néomarxismes pseudo-théologiques, remplaçant la Théologie et la Métaphysique par de la sociologie. Les paroisses ressemblaient déjà à des cellules du PCE ; dans les écoles on commençait à appeler les enseignants par leur prénom et les églises nouvellement construites avaient davantage des allures de garages ou de discothèques. On ne peut pas remplacer le grégorien ou l'orgue liturgique par des guitares mal grattées et par des chants de Bob Dylan. Tout cela est très bien analysé dans le dernier numéro du magazine Naves en Llamas, consacré, à la manière d’une monographie à la crise dont vous parlez. Je ne suis pas un expert, mais il me semble que l'Eglise aurait pu aussi opter pour une ouverture politique sans renoncer à la Tradition.

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Blas Pinar

Le franquisme était-il possible sans Franco ?

Ce que le rapport américain, dont question, appelle "l'ultra-droite" n'avait aucune chance. Je doute même que l'appareil répressif de la police et de l'armée aurait collaboré jusqu'au bout. Et cela s'est aussi vu dans les faits ultérieurs: les restes des mouvances qui ne se reconnaissaient pas dans la démocratie formelle n’étaient plus que des minorités insignifiantes. Par exemple, la figure de Blas Piñar, un grand orateur mille fois plus cultivé que les hommes politiques d'aujourd'hui, était sans idées stratégiques pour récupérer cette Tradition qu'il invoquait. Du pur testimonialisme. Or nous étions à l'époque des pragmatiques.

Le mémo Tiempo de incertidumbre est surprenant car la CIA attache peu d'importance aux séparatismes en Espagne. L'état des autonomies était-il une erreur de calcul qui a fini par échapper à tout contrôle ou était-il conçu pour favoriser les aspirations sécessionnistes principalement des Basques et des Catalans ?

Oui, c'était le cas. Les responsables de Madrid, depuis le 19ème siècle, depuis le démantèlement de "Las Españas" de l'Ancien Régime, commettent la même erreur de toujours : accorder des privilèges aux oligarchies basque et catalane au détriment des autres régions espagnoles. Le terrible centralisme des caciques de Madrid trouve son complément parfait dans le centralisme barcelonais et biscayen. Mais maintenant, avec la désertification industrielle de l'Espagne, tout s'est emballé. Ces périphéries soi-disant sublimes ont été jetées dans la brousse parce qu'il n'y a plus de périphérie "industrielle riche", différente de l'Espagne affamée du plateau. Et pourtant, la machinerie absurde des dix-sept Taifas est déjà là, comme un cancer, car c'est une machinerie inhérente au centralisme même de Madrid qui a "laissé faire" les deux ou trois Taifas qui voulaient être privilégiés en tant que copropriétaires de tout le Cortijo espagnol. Et cette dépendance du pouvoir madrilène à l'égard de deux taifas qu'il alimente lui-même, a donné l'occasion à des ennemis extérieurs de mettre en oeuvre leurs machinations.

Diviser pour mieux régner : les ennemis de l'Espagne ont tout fait pour le mieux. Un véritable régionalisme est bloqué depuis que l'ETA a reçu tant de terrains d’actions. Un régionalisme de tradition foraliste, mais avec un État uni et unitaire, serait la seule alternative aux taifas gaspilleurs d'aujourd'hui ?

En règle générale, les terroristes sont arrêtés dans leur élan par la répression policière et par une programmation efficace dictée depuis l’étranger. Mais ici, au contraire, on leur a donné de l'argent et de l'oxygène de toutes parts. Le véritable nid de vipères du terrorisme et du séparatisme se trouve dans l'oligarchie corrompue basée à Madrid. Il aurait fallu une véritable gestion d'État pour éviter la proéminence d'un Arzallus ou d'un Pujol : les bourreaux et les agitateurs ne seraient rien sans ces personnages, qui, à leur tour, depuis leur village, avaient trop de pouvoir parce qu'ils avaient la garantie implicite des poltrons de Madrid. Je pense que tout le monde le savait.

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Xabier Arzallus.

Au lieu de cela, le rapport se concentre fortement sur le rôle de "bunker" de l’armée et du régime, qui a été posé, sans autre commentaire, comme étant « extrémiste de droite ». Quelle attitude les deux instances ont-elles adoptée à l'égard de la transition ?

J'ai déjà dit que le « bunker » était limité dans sa capacité d'action et d'attraction. L’armée n'était déjà plus celle qui s’était « croisée » en juillet 1936 et les groupes "réactionnaires", au sens littéral du terme, n'avaient plus aucune signification sociale. Le régime lui-même, étant autoritaire, n'a jamais été fasciste, même de manière analogique, pendant les décennies où il a régné. C'était en fait une constellation de "familles", dont le seul lien phénoménal était le regard et l'approbation du Caudillo. Avec la mort de cet « œil d'évaluation » et de cet angle de vision, les "familles" se sont désunies, elles ont involué vers les "-ismes" de la partitocratie. Il y avait des dirigeants assez compétents dans tout l'éventail idéologique du centre-droit, beaucoup plus compétents qu'aujourd'hui, mais ils étaient compétents seulement dans les aspects techniques, professionnels, administratifs... Il y avait un manque de "penseurs". Je trouve curieux, et j'ai besoin d'une explication, de voir comment les partisans les plus rationalistes d'une sorte de "despotisme éclairé", comme Gonzalo Fernández de la Mora, ont été marginalisés. L'Espagne n'est pas faite pour les dictatures de caserne : ce serait un retour à une situation de tension permanente comme on en voit dans le tiers-monde. Mais, en suivant l’adage qui dit "par ses œuvres vous la connaîtrez", elle n'était pas pour la partitocratie de la charanga et du tambourin que nous avons dû subir depuis 1978. Le soi-disant "bunker" aurait dû être rendu aussi "éclairé" que possible sans tomber dans les erreurs et les attitudes des vendus au libéralisme.

Quarante ans plus tard, quels ont été, pour vous, les succès de la transition et ses plus graves erreurs ?

On dit souvent que nous, Espagnols, avons empêché ainsi une nouvelle guerre civile. Les historiens devraient discuter, sans se faire aucune allusion et sans craindre de menace de la part de la Moncloa, de l'existence réelle, à l’époque, d'un tel risque. Le rapport présenté par Letras Inquietas ne semble pas indiquer quel aurait pu être ce risque. Une fois ce grand alibi enlevé, je ne vois plus que des erreurs : l’installation durable d’une partitocratie et d’une corruption qui y est toujours attachée, la dispersion des centres de pouvoir vers les territoires, la rupture de la solidarité entre Espagnols, la soumission aux Américains, aux Allemands et aux Marocains, le capitalisme sauvage, la perte de souveraineté... Le scénario de 1978 n'est plus celui, espéré, de la Grande Charte, c'est l'acte de décès d'une nation qui veut cesser d'être.

Est-il encore possible de corriger les échecs de la transition ou est-il trop tard ?

Il est déjà trop tard. Et si la médication doit être fournie par les personnes mêmes qui causent le mal, c’est-à-dire par la partitocratie et par les oligarchies qui la soutiennent, nous nous en sortirons très mal. Lorsque la dégradation nationale a tellement progressé jusqu'à devenir la situation déplorable d’aujourd’hui, on doit désormais parler d'ochlocratie et non plus de démocratie. Dans ce contexte, les Espagnols les plus compétents dans chaque domaine professionnel, culturel, productif, intellectuel, etc., devraient s'organiser de manière corporative, parallèlement et indépendamment des partis et des cadres institutionnels qui ont vu le jour en 1978, sans se laisser domestiquer par aucune sorte de subvention, et en retrouvant progressivement leur hégémonie grâce à leur propre capacité d'initiative et de savoir-faire. C'est le marxiste Gramsci qui nous donne l'orientation à suivre : il s'agit de créer une contre-hégémonie, un état parallèle qui, sans subvertir l'état officiel, viendra un jour le remplacer.

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lundi, 16 novembre 2020

Revista de historia, metapolítica y filosofía Nihil Obstat, n.º 35

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Revista de historia, metapolítica y filosofía Nihil Obstat, n.º 35

Cada número de esta revista se debe leer y meditar, no por estar de acuerdo con todo, sino por poder debatir los temas con un cierto nivel de calidad.

Revista de historia, metapolítica y filosofía.
Pedidos: edicionesfides@yahoo.es
192 págs. 20€.

Vamos a comentar solo algunos de sus textos:

Editorial: El coronavirus y los mitos de la posmodernidad. No hay que caer en conspiraciones, pero es evidente que este tema del virus ha servido para probar medidas de control extremas sobre la población, logrando que acepten lo que sea, aterrorizándola con datos y con propaganda.

Y si este virus fuera mucho más letal hubiera provocado la creación de un Estado Policía mundial, un Estado del Terror.

La crisis además servirá para endeudarnos a todos aún más y ver la fragilidad del sistema financiero capitalista, ya endeudado hasta las nubes ANTES de esta crisis.

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– Las leyes pioneras para la protección de los animales en España, por Jordi Garriga Clavé. Un texto magnífico que deberíamos leer todos, sobre cómo ha evolucionado, lenta y con atrasos, las relaciones humanas y los animales. Solo muy tarde, hace menos de un siglo, se empezaron a tener legislaciones donde los animales tuvieran ciertos ‘derechos’, aunque era más por no herir la sensibilidad de los humanos que por ellos mismos. En 1929 sale la primera legislación española sobre maltrato animal algo seria, que se reproduce en el texto.

Recordemos que fue el III Reich el primero en legislar que los animales tienen derechos por sí mismos.

AVT_Pierre-Vial_7152.jpeg– Entrevista a Pierre Vial. Los años del GRECE (1968-1987). En la escuela de Gramsci. Este es un texto fundamental para entender las posiciones de eso que llamamos ‘metapolítica’.

El único problema es que esta entrevista es del año 1990, se publicó en el año 2000, o sea hace 20 años, y no relata la continuación de la lucha de Pierre Vial, cosa fundamental.

El GRECE nace en 1968, tras comprobar el fracaso de la acción política directa y la necesidad de basar los valores e ideas esenciales de una alternativa al Sistema.

Era como un camino contra el activismo sin cabeza y el intelectualismo sin acción.

Los valores esenciales antisistema eran claros, ya los había definido el ‘fascismo’ genérico, pero su concreción en posiciones, ideas, política, cultura, arte, etc. debían actualizarse a los problemas tras 30 años de acabada la guerra.

La posición de Gramsci en el marxismo había sido algo similar, era preciso una cultura además de una lucha política. Pero para Gramsci la lucha cultural era solo una ayuda a la lucha política. En cambio, para nosotros la lucha cultura y arte es un fin, la lucha política es el medio para dar al pueblo cultura y arte.

Así pues, lograr una conquista cultural social era esencial, no solo como medio.

Primer fracaso: el Grece trató de entrar en los medios de masas, en diarios, radio, Tv incluso… con la ayuda de Pauwels en Figaro-Magazine, y Benoist usando pseudónimo en otros medios.

Eso llevó a dos problemas: uno, la traición de muchos que se pasaron a ideas del Sistema más aceptables, o se intelectualizaron contra toda acción. Y dos: no iban a tolerar esa actuación y amenazaron a Pauwels con un boicot económico y publicitario. Denunciaron como fascistas y nazis a todos los de Grece, y siguieron con ataques físicos.

Eso ya era evidente, había ya pasado en USA con gente como Eysenck, Jensen, etc. que fueron expulsados de las universidades y relegados del todo como ‘fanáticos racistas’, etc.

Grece siguió su lucha con Elements y Nouvelle Ecole, en temas como Ecología, genética, indo europeísmo, derecho a la diferencia, etc.

Como dice Vial, es mejor ser discreto en esas etapas de lucha, no creerse que el sistema va a permitir ‘democráticamente’ nuestra presencia.

El segundo cambio de Vial fue en 1987, la invasión inmigratoria era enorme ya, y consideró que debía trabajar con el Front National de JM Le Pen para tratar de parar esa destrucción racial de Francia.

Desgraciadamente la entrevista pasa en ese momento los años 90. No se describe como el FN inició una tremenda decadencia de valores e ideas a cambio de votos, que ha acabado con su cambio de nombre y de sentido, ya tipo VOX, y Vial se marchó del FN para formar Terre&Peuple, un frente de ideas y lucha sin concesiones.

RBN.jpg– In memoriam, por Juan Antonio Llopart. Un recuerdo necesario ante el inesperado fallecimiento de una gran camarada y persona, Carmen Padial, no solo luchadora con el MSR sino una persona dedicada a la maternidad, la ecología y naturaleza, vegetariana, que deja dos hijos pequeños de 9 años y otros dos ya mayores.

– La Cuarta Teoría Política y el problema del diablo, por Aleksander Duguin. Este texto tiene dos facetas, una absolutamente discutible y otra que no sabría ni como discutirla.

Empecemos por esta última, lo de ‘el problema del diablo’. Concuerdo en que el mayor éxito del diablo es hacer que la gente niegue la existencia de Dios y luego presentar sus antivalores como el nuevo dios de esa sociedad. Pero tras ello se lanza a una extravagancia sobre la Madre (la modernidad), el Padre (platonismo) y el Hijo (Aristóteles) que francamente es mejor dejar de intentar explicarla.

Veamos la parte discutible pero comprensible:

Cada vez que oigo la palabra ‘Cuarta Teoría Política’ miro a ver dónde se definen sus valores, principios, teorías, propuestas…. En este texto solo expone ‘contra que está’, pero no en favor de que.

Contra la modernidad, vale, los NS también, aunque diga que no. Contra el individualismo, más aún los NS que fomentan la comunidad absolutamente. Contra el materialismo, absolutamente un punto NS donde la economía está al servicio del pueblo y bajo control del Estado. Dice que los fascismos y comunismo han sido eliminados, bueno, el comunismo cayó por sus propios errores y desastres, los propios dirigentes comunistas no creyeron ya en el comunismo. Pero los fascismos fueron un enorme éxito, y cayeron militarmente por la alianza de comunistas y demócratas, no políticamente.

Pero no dice una sola palabra de sus propuestas de esa 4ª Teoría, y es que las veces que he escuchado algunas son copia muy poco maquillada de las propuestas Nacional revolucionarias y de los fascismos.

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– Consecuencias geopolíticas de la crisis del coronavirus. Una propuesta para España, por José Alsina Calvés. Aunque personalmente creo que este tema del coronavirus no va a cambiar substancialmente nada del sistema una vez superado el tema sanitario, fuera de demostrar cómo se puede dominar y tiranizar a la sociedad con el miedo, y como lograr una enorme crisis económica sobre la ya enorme deuda anterior, lo que pase es algo que no podremos afirmar hasta dentro de unos años.

Pero vayamos a las propuestas muy razonables de geopolítica en España, dejando aparte el virus.

Las propuestas son básicamente:

  1. Hispanoamérica o Latinoamérica junto a Portugal
  2. Reformar la industria frente a la propuesta global de convertir España en un cetro de servicios. Aranceles y proteccionismo en parte.
  3. Los países del Sur de Europa, mediterráneos. Un polo que podría relacionarse con los países de Visegrado y Rusia.

Me parece un buen resumen de posibilidades, cada una con serios problemas de realización, que voy a resumir:

  1. Como ya dice el propio texto, Latinoamérica primero deberían liberarse del dominio USA y unirse. La división y la intromisión dura y forzada de USA es el principal problema para ello. Y los indigenismos y algunas reticencias ‘anticolonialistas’ es otra.
  2. Eso es perfecto si logramos eliminar la UE y su poder, pues la política globalista de la UE impide estas medidas proteccionistas. Personalmente creo que el pueblo está con la UE y el Euro, éste es el problema. Creen que ser europeísta es la UE. Y adoran el Euro.

Y francamente ni siquiera en Grecia lograron despegarse de la UE, la deuda nos oprime y elimina la libertad.

Sin duda es la mejor solución, un grupo fuerte de países sí que podría resistir frente a la finanza, la UE y USA-Israel. Una pega: Rusia debe abandonar la idea de ser continuación o alabanza de la URSS. Los de Visegrado y los españoles, italianos, etc. no tienen ningunas ganas de soportar una sombra de la URSS. Rusia debería condenar a la URSS.

indexdiefus.jpg– Para algunos, la seguridad sanitaria se convertirá en una parte fundamental de las estrategias políticas liberales, por Diego Fusaro. Un texto que indica que las urgencias sanitarias se van a convertir en un arma de dominación de las poblaciones. Curiosamente ya un francés* en el gobierno, Attali, dijo en el 2009 que las crisis sanitarias eran un mejor método de dominio y miedo para imponer medidas para un gobierno mundial a la población.

Con datos bien dosificados y manipulados, con apoyo de algunos científicos sanitarios, con los medios de masas, se obliga mentalmente a que todos asuman las medidas más extremas como razonables y necesaria, colaborando con las medidas limitadoras de toda oposición, hasta el punto de llamar locos, o peligrosos a los que se opongan.

– Los monumentos conmemorativos en Dresde tras la IIGM en el 75 aniversario de la destrucción. Un artículo muy bien documentado y completo de los pocos y malos monumentos que se han levantado para conmemorar a los cientos de miles de civiles asesinados en Dresde con bombas de fósforo.

Describe como incluso esos monumentos no tienen normalmente imágenes o esculturas, solo frases, algunos muestran cierta culpa de los alemanes, y se han puesto al lado de otros donde se celebran a las victimas judías, o de otros temas para mezclar, de este modo las cosas.

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– Entrevista con Martí Teixidor, por Jordi Garriga. Genial entrevista a este pintor que yo llamaría anarco-fascista, un rebelde, un revolucionario, un activista artístico contra el basurero del llamado arte actual. Poco conocido fue un ariete anti Tapies, anti la basura actual con sus cuadros y textos.

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En Cedade pintó el cuadro ‘Dresde’, que llevamos a exponer en Austria, con enorme escándalo de las izquierdas.

mercredi, 28 octobre 2020

Valle des Los Caídos : pourquoi tant de polémiques autour d’un temple chrétien?

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Valle des Los Caídos : pourquoi tant de polémiques autour d’un temple chrétien?
 
par Arnaud Imatz
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Inaugurée en 1959 par le général Franco et consacrée basilique pontificale en 1960 par le Cardinal Gaetano Cicognani au nom du pape Jean XXIII, la Santa Cruz del Valle de los Caídos (Sainte-Croix de la vallée des morts au combat), fait de plus en plus l’objet de critiques et de condamnations. Les polémiques sur sa signification et sa destination future ont même atteint un sommet, en 2019, à la suite de la décision du gouvernement espagnol de procéder à l’exhumation du corps de Franco. Mais pourquoi tant de controverses autour de ce temple chrétien ?

Il y a déjà des années, Maria Teresa Fernández de la Vega, vice-présidente du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011) souhaitait en faire « un musée de la dictature ». Le président du Forum pour la mémoire voulait qu’il soit converti en musée « des horreurs de la répression ». Plus radical encore, l’écrivain socialiste d’origine irlandaise, Ian Gibson, inconsciemment marqué par les islamistes démolisseurs des Bouddhas de Bamiyan, suggérait sa destruction par dynamitage.

La loi sur la mémoire historique, du 26 décembre 2007, avait provisoirement tranché : la basilique de la Vallée des morts au combat devait continuer d’être un lieu de culte catholique, mais les concentrations politiques y seraient interdites. Cette solution semblait somme toute raisonnable car le monument, alors le plus visité d’Espagne après le palais royal et l’Escurial, était considéré comme une partie intégrante du patrimoine historico-culturel espagnol. Mais la trêve a été de courte durée.

Au lendemain de son arrivée au palais de la Moncloa, en juin 2018, prenant exemple sur son prédécesseur socialiste José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011), Pedro Sánchez a délibérément relancé la bataille idéologique et mis un terme définitif à l’esprit de la Transition démocratique (1976-1982) qui avait été unanimement loué par la presse internationale. Dès le 15 février 2019, le gouvernement de Sánchez s’est engagé à procéder au plus vite à l’exhumation de la dépouille du dictateur Francisco Franco enterré quarante-trois ans plus tôt dans le chœur de la basilique du Valle de los Caídos. Par la suite, moins d’un an après avoir réalisé le transfert des cendres, le 15 septembre 2020 la coalition gouvernementale socialo-communiste (PSOE-Podemos), a adopté un « Avant-projet de loi de mémoire démocratique » au nom de la « justice historique » et du combat contre « la haine », « le franquisme » et « le fascisme », afin de compléter et de parfaire la loi de mémoire historique de 2007. Le gouvernement socialo-communiste espagnol entend promouvoir la réparation morale des victimes de la guerre civile et du franquisme, « garantir aux citoyens la connaissance de l’histoire démocratique espagnole » et condamner à de lourdes amendes « l’apologie du franquisme et l’incitation à la haine ou à la violence contre les victimes du coup d’État et de la dictature franquiste ».

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Le terrible bilan de la guerre d’Espagne et de ses antécédents (avec notamment le coup d’État socialiste de 1934) et celui de la répression dans l’un et l’autre camp est à ce jour bien connu des historiens. Le coût humain se distribue de façon relativement équilibré bien qu’il ne puisse tenir compte de la diminution régulière du territoire du camp républicain au cours des trois années de conflit : 71 500 morts au combat pour les nationaux et 74 000 pour les républicains, 57 000 victimes d’assassinats et d’exécutions sommaires chez les « nationaux », dont 6964 religieux, et 51 000 chez les « républicains ». Cet équilibre n’est finalement rompu que par les 28 000 exécutions de républicains au lendemain du conflit.

En 1976, lors de l’instauration de la démocratie, la classe politique espagnole désirait avant tout surmonter le passé. Il ne s’agissait pas de l’oublier, comme on le dit trop souvent aujourd’hui, mais de regarder résolument vers l’avenir et de refuser de s’emparer du sujet pour attiser les rancœurs et les luttes partisanes. Cet esprit de la Transition démocratique – esprit de pardon réciproque et de concertation entre gouvernement et opposition –, a désormais vécu. Le pouvoir et les principaux médias ne veulent plus y voir qu’une manipulation éhontée de la justice et de l’histoire, une lâcheté inacceptable. La nation, la famille, la religion (le catholicisme bien sûr, mais aussi plus généralement le christianisme) sont redevenues des cibles privilégiées de la propagande. Le gouvernement de coalition du président Pedro Sánchez (socialiste en rupture avec le modérantisme idéologico-culturel du socialiste Felipe González) et du vice-président Pablo Iglesias (leader de Podemos, parti de marxistes-léninistes et de populistes d’extrême gauche admirateurs des modèles « bolivarien » ou « venezuelien ») n’a de cesse de ranimer la bataille idéologique et de fomenter l’agitation sociale.

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Au fil des ans, le Valle de los Caídos est devenu l’un des piliers de la mythologie « progressiste ». Il est aussi, pour d’autres, un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et de culte. Situé à 58 kilomètres de Madrid, l’imposant mausolée de la Sierra de Guadarrama, où reposent à parts égales les restes de 33 847 nationaux et républicains (dont plus de 21 000 identifiés et plus de 12 000 inconnus), a été conçu à l’origine par Franco et les franquistes comme un monument devant perpétuer le souvenir de la « glorieuse Croisade ». C’était le point de vue de l’Église et en particulier celui du cardinal catalan, Primat d’Espagne, Plá y Deniel, en 1945. La composante religieuse avait été, rappelons-le, décisive lors du soulèvement de juillet 1936 et pendant toute la durée de la guerre civile (1936-1939). Près de 7000 prêtres, religieux et religieuses avaient été assassinés (sans compter les milliers de laïcs, éliminés en raison de leur foi), le culte religieux avait été interdit (sauf au Pays Basque) et la destruction des édifices religieux avait été systématique. Quinze ans plus tard, les esprits enfin un peu calmés, le monument avait été présenté officiellement comme un hommage aux combattants des deux camps « au nom de la réconciliation ». Le décret-loi du 23 août 1957 ordonnait d’ailleurs sans ambiguïtés : « En conséquence, ce sera le Monument à tous les morts au combat, sur le sacrifice desquels triompheront les bras pacifiques de la Croix ».

Abrité à l’intérieur de la montagne et couronné d’une Croix monumentale, le temple colossal a été construit entre 1940 et 1958. La direction de l’ouvrage a d’abord été confiée à l’architecte Basque Pedro Muguruza, puis au madrilène Diego Méndez. Ses dimensions pharaoniques permettent d’accueillir 24 000 personnes. La nef ne mesure pas moins de 262 mètres et le transept culmine à 41 mètres. Sur l’esplanade extérieure ce sont pas moins de 200 000 personnes qui peuvent se rassembler. La majestueuse Croix, œuvre de l’architecte Pedro de Muguruza, s’élève à 150 mètres, hauteur à laquelle il faut ajouter les 1400 mètres d’altitude du Risco de la Nava. Deux voitures pourraient se croiser dans les bras de la Croix, qui mesurent chacun 45 mètres de long.

f625ebedf4ebaef2aec8b10186c777e5.jpgJuan de Avalos est le créateur des sculptures, en particulier des gigantesques têtes d’évangélistes au pied de la Croix. Avant la guerre civile, il militait dans les rangs des jeunesses socialistes et détenait la carte d’adhérent nº 7 du parti socialiste de Mérida. Autre détail piquant, le Christ qui domine l’autel majeur et qui repose sur une croix dont le bois de genévrier a été coupé par Franco, est l’œuvre d’un nationaliste basque, le sculpteur Julio Beobide, disciple du célèbre peintre Ignacio Zuloaga. C’est enfin un artiste catalan, Santiago Padrós, qui a conçu et réalisé l’impressionnante mosaïque de la coupole de la basilique (40 mètres de diamètre).

L’édifice religieux comprend non seulement une église monumentale – qui a été visitée et admirée par les futurs papes Jean XXIII et Benoît XVI – mais aussi une abbaye bénédictine et une auberge pour les visiteurs. Jusqu’à la Transition démocratique, il y avait un Centre d’Études Sociales, dont l’objectif était d’étudier, de rassembler et de diffuser la doctrine sociale de l’Église, afin qu’elle inspire les lois, et l’action des hommes d’affaires et des syndicats. L’idéologie du régime de Franco était on le sait marquée par la volonté de reconstruire un État avant tout catholique. C’était pour cette raison que le pape Pie XII avait conféré au généralissime l’Ordre suprême de Notre Seigneur Jésus-Christ, plus haute distinction du Saint-Siège.

L’histoire de la construction de l’ouvrage est l’objet de tous les fantasmes. Les grands médias ont fait état des chiffres les plus extravagants. Le nombre des prisonniers politiques qui auraient travaillé sur le chantier se serait élevé à 14 000 ou 20 000 hommes (voire même selon certains à 200 000). C’est du moins ce qui a été répété à satiété à la suite des élucubrations du socialiste Léo Brincat, responsable du projet de recommandation du Conseil de l’Europe condamnant le régime franquiste (4 novembre 2005). Le chiffre exact des travailleurs-prisonniers n’a pourtant jamais excédé 800 à 1000 hommes, soit moins de la moitié de la totalité des travailleurs présents sur le chantier (prisonniers et salariés libres). À la fin de 1943, la presse espagnole faisait état d’un total de 600 ouvriers. L’architecte, Diego Méndez, affirme pour sa part, dans son livre Valle de los Caídos, Idea, proyecto y construcción, que 2000 hommes au total ont travaillé au Valle entre 1940 et 1958.

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L’un des rares chercheurs, sinon le seul, qui a pris la peine d’analyser méthodiquement le fonds documentaire Valle de los Caídos, aux Archives générales du Palais royal de Madrid (Section administrations générales) est le professeur d’histoire à l’Université CEU San Pablo de Madrid, Alberto Bárcena Pérez, auteur d’une thèse sur la « Redención de penas en el Valle de los Caídos » (La rédemption des peines à la Vallée des morts au combat), et d’un livre sur « Los presos del Valle de los Caídos (Les prisonniers du Valle de los Caídos). Il s’agit de 69 boîtes, dont les milliers de documents lui ont permis de démolir l’image caricaturale qui assimile sans nuances le chantier du Valle aux pires camps de concentration nazis voire, plus rarement, au Goulag soviétique. Les archives de l’ancien Centre d’études sociales du Valle font état d’un chiffre total précis : 2643 travailleurs dont une minorité de prisonniers politiques qui, en principe, « devaient être volontaires et avoir choisi librement le système de réduction de peine par le travail », soit, d’abord, 2 jours de réduction de peine pour un jour de travail, puis, 6 jours pour un jour.

Alberto Barcena précise que les détenus ont effectué les mêmes travaux que les travailleurs libres, dans des conditions identiques de salaires, d’horaires et de nourritures. Les détenus et les travailleurs libres étaient tous embauchés par les entreprises chargées des travaux. Ils devaient présenter leur demande par l’intermédiaire du Patronato de Nuestra Señora de la Merced ou Centre national pour la rédemption des peines, qui avait été crée à cet effet et qui avait son siège au Ministère de la justice. Le salaire des détenus (fixé en fonction de leurs charges familiales) était divisé en trois parties : la partie principale était envoyée directement aux familles par l’intermédiaire des « Comités locaux pro-prisonniers », qui couvraient la majeure partie du territoire national ; une deuxième partie était placée sur un livret dont le montant total était reversé au moment de la libération du détenu ; enfin, une troisième partie était remise en main propre. Les prisonniers politiques ne touchaient pas 0,5 ou 1 peseta par jour comme on l’a souvent écrit, mais 7, puis 10 pesetas, plus des primes pour les travaux dangereux. Leurs familles pouvaient résider dans les baraquements du Valle prévus à cet effet. Les conditions de travail étaient bien sûr extrêmement dures et les salaires plus que modestes, mais il faut rappeler que le niveau de vie en Espagne était alors très bas puisque le salaire moyen d’un assistant d’université s’élevait à peine à 300 pesetas par mois.

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En 1950, neuf ans avant la fin des travaux, en vertu du système de remise de peine, il n’y avait plus un seul prisonnier politique au Valle de los Caídos. Selon les témoignages du docteur, médecin-chef, Angel Lausin et de l’infirmier Luis Orejas (deux partisans du Front Populaire, qui arrivèrent dès le début du chantier comme prisonniers politiques, et qui y restèrent, après avoir exécuté leur peine), en dix neuf ans de travaux, il y eut entre quatorze et dix-huit morts (auxquels il faut ajouter plus de cinquante victimes décédées en raison de la silicose). Enfin, le monument ne fut pas financé par le contribuable espagnol, mais par des dons privés et par les bénéfices de loteries annuelles.

Ultime avatar de l’histoire : la dernière volonté du vieux dictateur Francisco Franco, décédé le 20 novembre 1975, ne fut pas respectée. Le Caudillo souhaitait être enterré au cimetière du Pardo comme d’autres personnalités du régime, mais le chef du premier gouvernement de la Transition, Arias Navarros (1973-1976) et le nouveau chef d’État Juan Carlos (proclamé roi le 22 novembre 1975) en décidèrent autrement. Le roi demanda à la communauté bénédictine, gardienne du Valle et du culte de la basilique, l’autorisation d’enterrer le corps de Francisco Franco au pied de l’autel en face de la sépulture de José Antonio Primo de Rivera, ce qui fut fait, en grande pompe, le 23 novembre 1975.

Quarante-trois ans plus tard, l’exhumation du cadavre de Franco ne pouvait manquer de raviver de vieilles blessures. L’ignorance et la méconnaissance insondables de la majorité des hommes politiques et des journalistes français en matière d’histoire d’Espagne, expliquent l’incompréhension et le parti pris avec lesquels la bataille juridico-politique qui l’a précédée a été accueillie par les grands médias de l’Hexagone. Les explications données par eux ayant été aussi rares que superficielles, il n’est pas inutile de rappeler ici quelques faits ignorés ou passés sous silence.

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La basilique est un lieu de culte dont l’inviolabilité est garantie par un traité international sur la liberté religieuse, signé par l’Espagne et le Saint-Siège en 1979 ; les bénédictins, responsables du monument, dépendent non pas du Vatican mais de l’autorité de leur abbé et de celle l’abbé de l’abbaye de Solesmes supérieur de leur ordre ; la famille Franco a demandé que la dépouille du Caudillo soit transférée dans le caveau familial de la Cathédrale de la Almudena (Madrid), solution jugée inacceptable par le gouvernement socialiste ; enfin, le décret-loi royal a été la source de complications en raison du caractère improvisé de sa rédaction. L’application stricte de ses clauses pouvait entrainer l’exhumation immédiate de 19 moines bénédictins et de 172 personnes, tous morts et enterrés dans le monument après la fin de la guerre civile. Finalement, après que le Tribunal Suprême a donné son aval, la volonté politique du gouvernement a pu s’imposer. Les forces de l’ordre ont procédé à l’exhumation le 24 octobre 2019.

Mais à peine quelques mois plus tard, en pleine pandémie de Covid-19, le gouvernement socialo-communiste a clairement manifesté sa volonté de ne pas en rester là. Il a adopté, le 15 septembre 2020, un « Avant-projet de loi de mémoire démocratique », prévoyant que les moines bénédictins seront expulsés et que José Antonio Primo de Rivera, pourtant lui-même une victime de la guerre civile, sera aussi exhumé. Pendant des mois, un bon nombre de voix officielles ou autorisées se sont jointes aux associations de familles de victimes républicaines pour exiger que des recherches ADN soient effectuées sur les cadavres enterrés dans l’ossuaire du Valle de los Caídos afin de pouvoir récupérer les dépouilles de leurs ancêtres.

Mais l’affaire n’est pas simple. Les restes des 33 847 nationaux et républicains (dont plus de 21 000 identifiés et plus de 12 000 inconnus) sont pour la plupart inextricablement mêlés, du fait des dégradations et des ravages du temps, et un grand nombre de familles refusent que l’on viole la sépulture de leurs aïeux. L’avant-projet de loi prévoit par ailleurs de donner une nouvelle « signification » au monument. La basilique sera-t-elle profanée et reconvertie en ossuaire laïc ou en musée de la guerre civile ? La Croix chrétienne monumentale sera-t-elle démolie ? Les 57 martyrs béatifiés par l’Église, actuellement enterrés dans la chapelle Virgen del Pilar, seront-ils aussi déterrés et déplacés ?

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Ces différentes options sont ouvertement envisagées par les autorités et régulièrement commentées dans les principaux médias. La vice-présidente socialiste, Carmen Calvo, a fait savoir qu’il n’y a pas de « symétrie » possible entre les actes imputables aux ennemis de la démocratie et ceux commis par ses défenseurs ; en d’autres termes, que le camp du « bien » et le camp du « mal » ne sauraient être comparés. Quant au vice-président communiste-léniniste, Pablo Iglesias, il ne cache pas son intention d’abolir la monarchie, déclarant sans détour que « la tâche politique fondamentale » est désormais d’avancer résolument « vers l’horizon républicain ».

Le gouvernement espagnol a l’intention de soumettre au parlement tout un ensemble de projets de lois (sur l’euthanasie, l’interruption de grossesses, l’éducation, le choix en matière de genre, etc.) qui heurte de front les conceptions chrétiennes de la vie et le magistère de l’Église. Lors de l’audience accordée à Pedro Sánchez et à la délégation gouvernementale espagnole, au Vatican, le 24 octobre dernier, le Pape François a rappelé significativement que « les idéologies rendent sectaires et déconstruisent », et qu’un homme politique doit « construire la patrie avec tous ». Mais il est à craindre qu’il n’ait pas été entendu.

Les chrétiens espagnols ont été victimes d’une terrible persécution religieuse pendant la guerre civile. L’Église a béatifié 1915 martyrs de la foi dont 11 ont été canonisés (471 par Jean-Paul II, 530 par Benoît XVI et 914 par François, auxquels une cinquantaine devrait bientôt venir s’ajouter). Doit-elle aujourd’hui rester silencieuse et muette devant l’insolite regain d’agressions et de provocations dont elle est à nouveau l’objet ?

Le gouvernement espagnol ne semble plus rechercher la paix qu’à travers la provocation et l’agitation ; la justice prend la forme de la rancœur ; la démocratie, née de l’esprit de la Transition, se voit bafouée de plus en plus ouvertement. Après plusieurs décennies de relative sérénité, l’Espagne affronte ses moments les plus difficiles depuis la Guerre civile. Rattrapée par ses vieux démons, elle s’enfonce inexorablement dans une crise morale, politique, sociale, sanitaire et économique d’une ampleur dramatique.

Arnaud Imatz

Arnaud Imatz, historien et politologue, né à Bayonne en 1948, est docteur d’Etat en sciences politiques. Fonctionnaire international à l’OCDE puis administrateur d’entreprise, il a notamment publié José Antonio et la Phalange Espagnole et La Guerre d’Espagne revisitée. Auteur de nombreux articles parus en Europe et en Amérique, il a contribué à faire redécouvrir en France l’œuvre de José Ortega y Gasset et de Juan Donoso Cortés. Dernier livre paru : Droite/gauche, pour sortir de l’équivoque (Pierre-Guillaume de Roux, 2016).

© LA NEF le 28 octobre 2020, exclusivité internet

mardi, 27 octobre 2020

Cambio de situación política - Tesis sobre el europeísmo - Volviendo al sol

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Cambio de situación política

Tesis sobre el europeísmo

Volviendo al sol

Crónica. Nueva etapa

**La moción de censura abre una nueva etapa en la política española. Cada cual se ha puesto  en su sitio. Es el hecho político más relevante desde la condena del 18 de julio por Aznar, a partir del cual toda la política se resume en un progresivo socavamiento de la democracia y de la unidad nacional. El resultado de la moción es el dato nuevo y decisivo, 

**Ahora parece que hay alternativa. Ningún analista, que yo sepa, ha querido verlo. Los  “análisis” corrientes no pasan del chismorreo de política menor, como de costumbre, que si el PP perderá muchos votos o pocos,  si antes o después volverán a ponerse de acuerdo, si VOX conseguirá votos para gobernar a corto plazo, si el Doctor continuará mucho o poco, y nimiedades por el estilo. La derecha tipo COPE, ABC y similares, y los grandes medios, procurarán que el asunto se olvide y que “todo siga igual”.

**Los términos “derecha” e izquierda” son engañosos, como ha expuesto Arnaud Imatz en un libro: los rasgos “definitorios” de la derecha han sido adoptados muchas veces por la izquierda, y viceversa. No obstante mantienen cierta capacidad indicativa en cada momento. Así, el PP, ayuno de “pouvoir spirituel”, que decía Ortega, es hoy parte del frente popular zapateril al que ya Aznar regaló la legitimidad moral e histórica, para ver si así le admitían en el club.

**Un rasgo definitorio de la miseria intelectual y cultural de la España de hoy es la ausencia de debates. Y no porque el país no tenga problemas de enorme alcance. Pero no son tratados más que al nivel infecto de los cotilleos televisivos y radiofónicos. En cambio se ha formado una Cheka cultural que ejerce de verdadera policía del pensamiento.

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Algunas tesis sobre el europeísmo

piomoa-europa.jpg1.Observen este dato crucial: desde la transición, y aun antes, prácticamente todos los políticos, intelectuales y periodistas españoles, de cualquier partido, PSOE, PP o separatistas, han rivalizado en europeísmo. Casualmente nos han llevado entre todos a esta situación de democracia fallida y golpe de estado permanente.

2. El lema del  europeísmo lo definió Ortega en su tiempo: “España es el problema y Europa la solución”. Explícita o implícitamente, ese lema ha gobernado la política y la intelectualidad española desde entonces con pocas excepciones. La frase, de una sandez chocante, impedía ver que España no era ningún problema,  tenía serios problemas –a los que contribuían los europeístas–. Tan serios que desembocaron en la guerra civil. Y el resto de Europa, –que no “Europa”– los tenía aún más graves, hasta desembocar en dos guerras devastadoras, que acabaron con le hegemonía política, militar y cultural europea. Nuestros “europeístas” son tan idiotas que ni siquiera perciben estas evidencias.

3. Ortega solo dejó de desbarrar en política cuando volvió a la España de Franco y se centró en  la filosofía.

4. España se libró de las dos guerras mundiales y se reconstruyó con sus propias fuerzas después la guerra civil. Los “europeístas” no lo ven como el enorme mérito que fue, incluso  como ejemplo para los demás, sino como una desgracia.

5. El europeísmo actual ha degenerado en una UE multiculturalista –es decir, partidaria de disolver la cultura europea como “una más” en Europa–, de ideología LGTBI, abortista, inmigratoria sin tasa, socavadora de las naciones históricas europeas (llevamos más de sesenta años con la  cantinela de que hemos entrado en una era posnacional), con pretensiones estatales de gobernar hasta los sentimientos de las personas… Nos acercamos cada vez más, “europeísticamente”, al estado antihumano pronosticado por Tocqueville.

6.  El europeísmo español se concreta en hechos como la apertura de la verja de Gibraltar, conversión de la colonia en un emporio de negocios sucios y corruptores, y declaración de “amistad y alianza” con la potencia invasora (que, paradójicamente, ha resultado mucho menos europeísta  –sin dejar de ser europea– que los corrompidos políticos hispanos). Otro “europeísmo” es la rampante colonización cultural por el inglés. O la instrumentación del ejército en operaciones de interés ajeno,  bajo mando ajeno y en lengua ajena.

7. Debemos contentarnos con ser europeos sin necesidad de “ismos”,  mantener y defender nuestra independencia y desarrollar nuestras capacidades y recursos, que son muchos si superamos la plaga “europeística” actual. Volver a la neutralidad y promover en la UE, con Polonia y Hungría, políticas contrarias a la desintegración moral y política de Europa.

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Volviendo al sol

Nuestra conversación sobre tus novelas  es bastante desordenada, pero creo que tampoco importa, pues, como dijo Luis del Pino, la última sobre todo, la de los “perros verdes”, da mucho qué pensar, a mí me lo ha dado, desde luego. Así que vuelvo sobre lo del sol, al que da tanta importancia  el relato,  que empieza con la aurora y termina con el ocaso, algo verdaderamente original en una novela, pues no sé de otra planteada de ese modo, supongo que puede verse como una alegoría de la vida en general: en una jornada se encierra una vida. Y en la vida ocurren mil cosas bajo el sol…

… Como dice el Eclesiastés, días de vanidad bajo el sol o algo parecido me parece recordar. Los días del hombre son pura vanidad.

pio moatransi.jpgSí, algo de eso, pero, ¿has querido decir que las peripecias de la novela, como reflejo de las peripecias humanas,  son pura vanidad? Ahora que lo dices, ¡el Eclesiastés se ha adelantado a Sartre, con otras palabras! ¡Me asombro, de verdad! Es lo que sostiene Moncho contra Santi, así que las reflexiones sobre el sol parecerían más propias de un nihilista que de un católico practicante, en fin, ya te he dado muchos consejos sobre cómo conducir la novela, que no te han convencido pero ahora lo veo claro: debía ser Moncho y no Santi quien fuera a ver la salida y la puesta del sol para convencerse de la inutilidad de la vida. Conste que yo simpatizo más con Santi.

Bueno, pues escribe tú mismo la novela, a ver qué te sale. Los personajes son algo complicados y contradictorios, como  somos siempre los seres humanos. A Santi no debería preocuparlo lo del sol ni sus analogías con la divinidad. El sol puede considerarse una entidad benéfica, puesto que permite la vida, aunque al mismo tiempo la vida es dura y cruel. Pero en conjunto, la vida sigue. Para Santi no debería ser un problema. Él cree en Dios, concretamente en el Dios cristiano, y por tanto el sol y los planetas serían solo una creación suya. Sin embargo ve en el sol una imagen, una analogía con la divinidad, que le inquieta.

Sabes que a mí escribir no se me da bien, pero tengo un espíritu crítico… Y el sol se parece al ojo de Dios, que desde lo alto lo ve todo, y sin embargo no parece preocuparle lo que pase aquí abajo, pues nos ha atormentado con ideas de justicia y de moral que sin embargo no se cumplen. También se lamenta el Eclesiastés de cómo suelen triunfar los injustos y malvados.

piomoaquiebra.jpgHay otra analogía que hacer. El sol se oculta y llega la noche. De día tenemos luz, nos movemos, interactuamos unos con otros. La luz nos permite afrontar nuestros problemas y disfrutar de los momentos en que nos sentimos bien. Pero llega la noche y cesa todo eso. Todo lo que consideramos realidad se disuelve. Dormimos y perdemos la consciencia, estamos indefensos, no hay movimiento ni interacción, y la mente se puebla de imágenes extrañas y enigmáticas,  de demonios. Recuerdo una vez en que mi mujer y yo fuimos a un pequeño yacimiento prehistórico en una colina desde la que se divisaba un gran panorama bajo el ocaso, lo he contado en Adiós a un tiempo. Y  creí sentir  lo que debía sentir un hombre prehistórico ante  tal  misterio,  ante aquel tremendo fenómeno cósmico  con tal exhibición de poder, del que dependía su vida y al mismo tiempo  tan lejano y tan ajeno a él. El hombre actual urbano, intelectualizado, es poco capaz de sentir tales cosas. O las siente como una especie de diversión estética, que cabreaba a Santi. Como una cosa de consumo “bonito” que las agencias de viaje pueden venderte: “Tenemos una oferta para ti: disfruta de las puestas de sol del Caribe”.

 

 
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Arnaud Imatz: "La historia no es maniquea, está siempre hecha de claros y oscuros, no hay buenos y malos absolutos"

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Arnaud Imatz: "La historia no es maniquea, está siempre hecha de claros y oscuros, no hay buenos y malos absolutos"

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Arnaud Imatz (Bayona - Francia -, 1948) es un historiador francés, doctor de Estado en Ciencias Políticas, diplomado en Derecho y Ciencias Económicas y Académico Correspondiente extranjero de la Real Academia de la Historia. Ha sido también funcionario internacional (OCDE) y fundador y administrador de empresas. Estudioso desde hace largo tiempo del mundo hispánico ha publicado una docena de libros y ha colaborado con numerosos ensayos y artículos en una treintena de las más prestigiosas revistas europeas y americanas. Ahora, La Tribuna del País Vasco Ediciones publica su última obra, un magnífico opúsculo titulado Vascos y Navarros, Mitos, historia y realidades identitarias.

ai-vascos.jpg¿Cómo surgió la idea de escribir el librito “Vascos y Navarros”?

Empecé escribiendo un artículo-cronología en francés que tuve la sorpresa de ver publicado en una guía turística en la cual ni siquiera mencionaban mi firma. A raíz de ese asunto, decidí revisar y ampliar considerablemente el texto. Más que nada es un pequeño homenaje a mis antepasados. Eran vascos, navarros y bearneses. Eran pescadores, panaderos, vinateros, contratistas de obras públicas, militares, carpinteros, tabacaleros, libreros, dueños de restaurantes y hosteleros, ubicados en la mayoría de los casos en Hendaya.

Yo nací en Bayona, pero a los pocos meses de vida ya iba con mi madre a la playa de Hendaya, la de La pointe, justo en frente de Fuenterrabía. Un lugar precioso, hoy desaparecido, habiendo sido sustituido por la bonita pero convencional marina, o puerto deportivo de Sokoburu. Con mi mujer, mi hijo y mis dos hijas he vivido primero en París y luego durante veinte años en Madrid. Allí tengo recuerdos inolvidables y amigos entrañables (incluso un autentico “hijo espiritual”). Pero he pasado la mayoría de mi tiempo - más de cuarenta años -  en el País Vasco, un lugar del mundo excepcional. Por supuesto, mis amigos gallegos, bretones, andaluces o corsos pueden discrepar. Esto es normal. Mis hijos y nietos, que viven más al norte, y mi mujer, nacida en la “Isla de Francia” (aunque de ascendencia en parte vizcaína), se burlan a veces de mi excesivo apego al terruño. ¡Pero qué más da! Yo también tenía mis dudas y reaccionaba con escepticismo cuando en los lejanos años ochenta un amigo vasco, catedrático de Derecho, que había sido miembro del tribunal que examinó mi tesis doctoral, contestaba a mis preguntas: “¿Qué tal La Reunión”, ¿Qué tal La Martinica?”, etc. : “Bien, bien, pero ya sabes que cuando uno conoce Biriatu…”. Ni siquiera se tomaba la molestia de acabar su frase. Ahora sé que tenía razón.

¿Así que su familia ha echado hondas raíces en el País Vasco?

Sí, efectivamente. El patrononímico Imatz o Imaz, significa mimbre, mimbral, pastizal o juncal, se encuentra, sobre todo, en la comunidad autónoma vasca, pero también está presente, aunque de una forma menos frecuente, en Navarra y en el País Vasco francés. En mi rama materna hay un buen número de apellidos vascos. La mayoría nacieron y vivieron en Hendaya. Algunos se alejaron, se fueron a trabajar a diferentes ciudades de Francia o de España (Madrid, Palencia o en Andalucía), incluso en América, pero tarde o temprano casi todos volvieron a su pueblo nativo en el País Vasco francés. Mi abuelo materno era vasco, carlista y por supuesto católico. Conservó toda su vida una boina regalada a su familia por Don Carlos. Estuvo trabajando en hoteles de Guayaquil y de Londres y luego en el María Cristina de San Sebastián, cuando su inauguración en 1912. Durante la Primera Guerra Mundial participó como artillero en la Batalla de Verdún. Una vez desmovilizado volvió a Hendaya para hacerse cargo del hotel de sus padres. Hablaba vasco y francés, pero también español, como la mayoría de los miembros de mi familia de aquella época, y por cierto eran muy amigos de España y de los españoles.

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A finales del siglo XIX y principios del siglo XX, mi bisabuelo tenía un hermano párroco en Biriatu. El hombre se dedicaba a su sacerdocio, pero le gustaba jugar a la pelota, eso sí, siempre llevando su sotana. Se involucró mucho en la defensa y salvaguardia de la lengua y cultura vascas. Así eran los famosos sacerdotes vasco-franceses de antaño. Mi tía-abuela solía tocar el piano y me enseñó, entre otras cosas, el Oriamendi y el Himno de San Marcial. Desde su casa, situada en las orillas del Bidasoa, podía ver el Alarde de Irún y de noche escuchar, aunque muy pocas veces, los susurros de los contrabandistas. Mi tía-abuela y mi bisabuela (una viuda de carácter fuerte que había sido directora del Casino de Hendaya en los años veinte del pasado siglo) me contaron numerosísimos recuerdos de nuestra familia fronteriza.

¿Nos puede contar algunos de estos recuerdos?

Algunas anécdotas: pocos meses antes de morir, mi abuelo carlista, naturalmente a favor del bando nacional, negoció con el comandante Julián Troncoso, un amigo suyo, el canje de una amiga del bando republicano, Pepita Arrocena. A raíz del intento de Revolución Socialista, en 1934, Pepita había cruzado la frontera con su chófer y con el líder socialista Indalecio Prieto escondido en el maletero de su coche.

En otras circunstancias, amigos franceses de mi abuelo participaron al fallido asalto al submarino republicano C2 fondeando en el puerto de Brest. Debo decir que durante la Guerra Civil muchísimos corresponsales extranjeros acostumbraban a alojarse en el hotel de mis abuelos. Al final de la contienda, mi abuela, ya viuda, era muy amiga de la mujer del Mariscal Pétain, embajador de Francia en España. Pero dos años después, estando en la zona llamada “prohibida”, en plena ocupación nazi, y a pesar de su amistad con Annie Pétain, la “Mariscala”, mi abuela simpatizaba con los gaullistas y participaba a la Resistencia anti-alemana. Estaba en contacto con la ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) del País Vasco y con su amigo el doctor irunés Alberto Anguera Anglés, el cual se encargaba de encaminar el correo de los evadidos de Francia.

La otra rama de mi familia, la paterna, era bearnesa, venía de Pau y Orthez. Mi abuelo paterno era un republicano católico, un suboficial mayor que había sido uno de los soldados más condecorados de la Primera Guerra Mundial. Mutilado de guerra, se instaló en 1919 en Hendaya con su mujer y sus cuatro hijos para ejercer la profesión de tabacalero y librero. Su hijo, mi padre, llegó a Hendaya a los seis meses. Gran deportista, fue cuatro veces campeón de Francia de pelota en los años 1930 y 1940, en la modalidad de pala larga, en plaza libre. Mi familia paterna se dividía entonces entre los incondicionales del Mariscal Pétain, como mi abuelo, y los partidarios de Charles de Gaulle, como sus cuatro hijos, entre los cuales figuraban mi padre y mi padrino, el mayor de edad herido de gravedad en Dunquerque. Todos estos recuerdos de familia me hicieron entender muy temprano que la historia no es maniquea, que está siempre hecha de claros y oscuros, que no hay buenos y malos absolutos, que no hay pretendidas justicias históricas o democráticas como vuelven a decir hoy los traficantes de odio y de rencor, los miserables fantoches de la política que viven para jugar con el fuego.

En su opinión, entre vascos y navarros, ¿hay más cosas que unen o separan?

Para contestar con detalle habría que referirse a la historia larga de los condados vascos medievales, del reino de Navarra, de España, del Imperio hispánico y del Estado-nación francés. Son temas que abordo, aunque sucintamente, en el breviario histórico al que te refieres y que ha publicado La Tribuna del País Vasco. Sería por supuesto incapaz de resumir todos estos enjundiosos temas en unas pocas palabras. Confieso que a título personal, a pesar de mi nacionalidad, y debido a mi cultura hispano-francesa, simpatizo bastante más con el Imperio Católico Hispánico de Carlos V y Felipe II que con el Estado-nación galicano-católico francés de Richelieu, Luis XIII, Luis XIV y los Revolucionarios de 1789 y 1792. Ya sabemos que la “razón de Estado” de dichos políticos franceses estuvo muy influenciada por Maquiavelo e indirectamente por la prosa y actitud de los protestantes. Dicho esto, no se puede borrar, así como así, cinco, diez o quince siglos de historia común, ni manipularlos, ni tergiversarlos.

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Ahora bien, si en su pregunta se refiere esencialmente a nuestros días le diré que, paradójicamente, hay cada día más cosas que unen a los vascos y navarros y menos que les separen. Pero, ¡ojo!, no caigo por ello en los ensueños independentistas o separatistas. Lo que pienso es que dichos pueblos pierden cada uno sus especificidades y se van uniendo poco a poco, pero desgraciadamente en la nada, en el gran mortero del mundialismo. Me explico: a estas alturas todos somos víctimas de la globalización, del consumismo, del mercantilismo, del declive demográfico, del individualismo multiculturalista, de la decadencia de la religión, de la Iglesia y del cristianismo, tantas plagas que se han revelado a la larga muchísimo más corrosivas y mortíferas para los vascos y los navarros (y también en general para todos los pueblos de Europa) que los “cuarenta años de dictadura franquista”, el “centralismo borbónico del siglo XIX”, o el “centralismo jacobino francés” aún vigente.

Es verdad, gracias a Dios, que nuestras tierras (que han sido a veces marcadas por una violencia salvaje indigna de los seres humanos) no han padecido de forma duradera los horrores del nazismo o peor aún (debido al número de muertos) las monstruosidades del totalitarismo marxista-comunista. En esto, los nacionalistas radicales están completamente ciegos y se equivocan totalmente de adversario. Gangrenado por la mezcolanza del internacionalismo marxista y de lo que los americanos llaman el “marxismo cultural”, el radicalismo izquierdista abertzale ha venido a ser el perfecto aliado del hipercapitalismo o turbocapitalismo mundialista. Los dos, mundialistas y nacionalistas-separatistas, van arrancando lo mejor de los valores de los navarros y vascos, las más hondas raíces de sendos pueblos. En el fondo son dos lados de una misma pinza.

En su opinión, ¿qué supone el euskera para la realidad de vascos y navarros?

Es un factor importante, pero no suficiente para definir toda la identidad y realidad vasca. Tan importantes son la etnia, la demografía, la cultura y la historia. Hay vascos euskaldunak, porque hablan la lengua vasca, hay vascos euskotarrak porque se definen étnicamente como vascos aunque se expresen en francés o en español y hay vascos que son ciudadanos vascos porque residen en el País Vasco y quieren al País Vasco. En la Comunidad Foral de Navarra, que se funda en una larga y brillante historia propia, es otro cantar: hay vascos que se sienten vascos y muchos navarros que no son ni se sienten vascos.

ai-josé.jpgLo que hace el Gobierno Vasco para la defensa de la lengua vasca me parece bastante acertado, a pesar de todas las acciones caricaturescas y desprovistas de sentido que han sido tomadas en contra del idioma castellano o -mejor dicho- del español, una de las dos o tres lengua más habladas del mundo. Ya sabemos que el idioma no es suficiente, pero además de esto no se debe esconder que los resultados de las políticas a favor del euskera son más bien escasos. La realidad es que no hay nación o patria posible sin un legado histórico combinado a un consentimiento y una voluntad de existencia por parte del pueblo. Nicolas Berdiaev y otros autores europeos famosos como Ortega y Gasset hablaban de unidad o comunidad de destino histórico. Pues bien, sin la combinación armoniosa del fundamento histórico-cultural y del factor voluntarista o consensual, sin esos dos ejes, no puede haber nación. Y por eso ya no hay hoy una verdadera nación española como no hay tampoco hoy verdaderas nacionalidades o naciones pequeñas dentro de España.

Lo mismo se puede decir del resto de Europa occidental, cuyo poderío esta en claro declive, si lo comparamos a las grandes potencias actuales. En Francia, es muy significativo que un político profesional como Manuel Valls, que siempre cree tener un as en la manga, haya admitido por fin recientemente que “la sociedad francesa está gangrenada, fracturada por el islamismo”. Por eso mismo las autoridades catalanas y los catalanistas que declaran con énfasis o dejan entender hipócritamente que prefieren una inmigración norteafricana que no habla el español, por considerarla más propensa a aprender el catalán, a una inmigración hispanoamericana católica e hispanohablante, son ignorantes e incoherentes. Con ellos los días del fet Catala están contados. Por lo menos, y de momento, los despropósitos inmigracionistas de los catalanistas no parecen imperar tan fuertemente entre los militantes nacionalistas vascos radicales.

¿Cómo definiría el sentimiento identitario navarro?

Creo haber contestado ya en parte. Para mí el navarrismo se sitúa en el pasado, sus señas de identidad eran el catolicismo y el tradicionalismo. Era lo propio de los requetés, las boinas rojas que tanto admiraba mi abuelo materno y que hoy solo existen a dosis homeopáticas. Lo mismo diría de la figura del vasco noble, católico, arraigado, trabajador y honesto de antaño. Parece que las “élites”, la oligarquía o casta política vasca y navarra hayan elegido, no sé si definitivamente o no, el camino de la armonización y del alineamiento con los valores y presupuestos del mundialismo o del altermundialismo (lo que da lo mismo) o del llamado transnacionalismo progresista. Fingen creer que el vasco y el navarro se definen solo administrativamente o jurídicamente a partir de un documento o un DNI. Parece que ansían poblar los futuros territorios vascos y navarros con el homo economicus, asexual, apatrida y fantasmagórico, tan criticado antaño por el vasco-español Unamuno y por las figuras más relevantes del nacionalismo vasco. Si a esto añadimos los estragos de la terrible crisis demográfica, sin duda la peor de toda España y posiblemente de toda Europa occidental, las perspectivas no son muy alentadoras. Y, mientras tanto, los jóvenes vascos escuchan la música anglosajona, tocan el “rock vasco”, comen hamburguesas, consumen drogas (los jóvenes abertzales más que cualquiera), defienden la apertura de las fronteras, la inmigración sin límites, el laicismo agresivo, la teoría del género, el transhumanismo, el odio al Estado y a la historia de la nación española, y todas la chorradas importadas desde los campus americanos. Podría limitarme a decir en francés o en inglés: “Grand bien leur fasse / Great good to them”. Pero tengo la íntima y terrible convicción que si no se reacciona rápidamente nos traerán un futuro sombrío, crudo y sanguinario que nuestros descendientes padecerán.

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¿Qué opinas de la afirmación que hace Stanley Payne en el prólogo del libro señalando que “El País Vasco es la región más singular de España”? ¿Cuáles son sus sentimientos hacia el País Vasco y hacia Navarra?

Stanley Payne pertenece a la tradición de los historiadores anglosajones que casi nunca pierden su flema o digamos una cierta compostura prudente y equilibrada. Es un investigador e historiador, pero es un hombre y no un robot. Por eso opina, juzga e interpreta, aunque siempre con cierta sobriedad y ponderación. En ese texto se refiere a la singularidad del idioma, de las instituciones y de la historia vasca (pasa por alto la etnia). Ahora bien, es americano, yo no, y si digo que estoy de acuerdo con él cuando dice que "el País Vasco es la región más singular de España" muchos dirán que esto se debe a mi querencia personal. Precisamente a raíz de ese texto de Payne un amigo mío, no exento del sentido del humor, me escribió: "Esta muy bien, aunque yo creo que los gallegos somos más particulares que los vascos".

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En el libro Vascos y Navarros he intentado ser lo más riguroso, honesto y desinteresado posible. Siempre he pensado que la auténtica objetividad no reside tanto en un alejamiento hostil cuanto en una suerte de voluntad bienintencionada que sea capaz de comprender y explicar las ideas ajenas sin renunciar a sus propias razones. Esto dicho, permítanme decir y repetir aquí que, a pesar de las evoluciones o involuciones recientes y de las carencias de las seudo o autoproclamadas "élites" políticas vasco-navarras, el País Vasco y Navarra son mis tierras predilectas. 

¿Cómo se ve la reciente historia del País Vasco y de España desde el País Vasco francés?

El partidismo, el desconocimiento o el desinterés, no solo de la mayoría de los franceses sino también de la mayoría de los políticos y periodistas galos, por la historia y la política del País Vasco y Navarra, y más generalmente por la de España en su conjunto, son abismales, insondables. La tendencia es un poco diferente en el País Vasco francés debido a la proximidad de la frontera y a la presencia de un electorado nacionalista vasco, débil pero no insignificante, que representa del 10% al 12% del electorado. Globalmente, muchos se sienten vascos, pero como en el resto de Francia la mayoría se desinteresa de la historia y de la política de la península a no ser que ocurra un hecho trascendental. En cuanto a la pequeña minoría nacionalista vasca del norte recicla incansablemente los tópicos hispanófobos aunque a veces temen ser fagocitados por sus potentes hermanos del sur.

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En mi caso, no bajo las armas. Con la ayuda de un puñado de jóvenes y veteranos historiadores franceses y de editoriales valientes, sigo y seguiré explicando, denunciando y rebatiendo las leyendas negras, las ideas falsas, los datos censurados, los hechos instrumentalizados y las sandeces hispanofóbicas, difundidas por los ignorantes, los malvados y, lamentablemente, por una buena parte de la casta política vasca, navarra y española.

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mercredi, 02 septembre 2020

Déchéance royale

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Déchéance royale

par Georges FELTIN-TRACOL

Il est la plus grande erreur de Francisco Franco y Bahamonde. L’ancien roi d’Espagne Jean-Charles de Bourbon a pris le chemin de l’exil vers une contrée exotique afin d’éviter une probable inculpation pour corruption. Il aurait reçu un pot-de-vin faramineux à l’occasion de la construction de la ligne à grande vitesse entre La Mecque et Médine en Arabie Saoudite, ce qui n’est pas banal de la part d’un descendant des rois très catholiques.

L’ancien souverain qui a abdiqué en 2014 sous le motif d’un état de santé fragile, mais en réalité en raison de la multiplication des scandales financiers, décédera peut-être hors de cette Espagne qui ne l’a pas vu naître en 1938 natif de Rome. Tout au long d’une vie ponctuée de safaris luxueux, de nombreuses maîtresses et d’un sens avisé pour obtenir ces compensations les plus fructueuses, Jean-Charles de Bourbon a commis toutes ses turpitudes sous couvert de l’image médiatique de « sauveur de la jeune démocratie espagnole ».

Le 23 février 1981, au moment où le lieutenant-colonel de la Garde civile, Antonio Tejero, occupe les Cortès et qu’à Valence, le général Jaime Milans del Bosch fait sortir les chars des casernes, le roi intervient en uniforme à la radio-télévision et ordonne aux forces armées dont il est le chef suprême de respecter la légalité. Le coup d’État échoue. Dès lors, l’opinion publique et les autres puissances le portent au pinacle au tant que garant du processus de démocratisation en cours. Bien plus tard, de fins limiers journalistes postuleront qu’il connaissait l’existence de ce complot, qu’il l’approuvait et qu’il s’en saurait servi afin de rendre sa notoriété inattaquable et de faciliter ainsi la mise en place d’un système industriel de concussion. Par ailleurs, son épouse, la reine Sophie de Grèce, vraie patronne du clan royal, participe aux réunions du club Bilderberg et d’autres cénacles cosmopolites. À l’instar des Windsor et des autres dynasties européennes, la Maison d’Espagne est plus ou moins liée aux menées mondialistes.

L’intérêt marqué de Jean-Charles pour le fric n’est en fait que secondaire par rapport à sa trahison initiale envers la Croisade de libération nationale de 1936. Si la dépouille du généralissime Franco a été profanée à l’instigation de sociétalistes pervers, la faute originelle en revient à l’ancien roi. Quand meurt son père, le comte Jean de Barcelone, en 1993, il fait inscrire sur son tombeau au monastère de l’Escurial « Jean III » comme s’il avait régné de 1941 à 1975. Rappelons que Jean de Bourbon ne renonce à ses droits royaux en faveur de son fils qu’en 1977… Ce dernier devait tout au général Franco. En parjurant son serment de fidélité aux principes du Mouvement national, il inaugura le long déclin de l’Espagne.

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Outre la crise économique due aux effets du coronavirus et le problème séparatiste catalan qui suit les tensions au Pays Basque, les scandales fréquents atteignant la famille royale espagnole déstabilise le règne de Philippe VI d’Espagne. La déchéance morale de son père augmente la fracture entre une dynastie qui ne cesse pourtant pas de donner des gages au politiquement correct, et une population lasse de l’impunité permanente accordée aux dirigeants. Pas sûr que la fille aînée de l’actuel souverain, la princesses Leonor des Asturies, soit un jour la quatrième reine d’Espagne…

Il faut en effet craindre que ces événements soient exploités par le gouvernement de coalition socialiste – Podemos conduit par l’ineffable Pedro Sanchez. L’Espagne pourrait devenir à assez brève échéance une Suède méridionale, soit la fin définitive de sa fonction de katéchon brillamment exposée par Carlos Javier Blanco dans un texte mis en ligne sur Euro-Synergies, « Las Españas como katehon », le 14 juin 2020.

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Le Caudillo porte lui aussi une part de responsabilité dans cet effondrement moral et spirituel. En désignant un descendant cadet de la reine Isabelle II en la personne de Jean-Charles de Bourbon, il acceptait dès le départ l’inévitable dérive libérale et démo-ploutocratique de sa succession. Peut-être pensait-il que le jeune héritier serait surveillé par l’amiral Louis Carrero Blanco, le chef du gouvernement. Mais son assassinat en 1973 par des militants indépendantistes gauchistes basques, aidés par une puissance (non arabe) du Proche-Orient, ruina cette perspective. Franco aurait pu se tourner vers le cousin aîné de Juan-Carlos, le prince Alphonse de Bourbon, chef de la Maison de France pour les légitimistes, qui avait d’ailleurs épousé sa petite-fille préférée Carmen Martínez-Bordiú y Franco en 1972 et qu’on surnommait le « Prince bleu », car favorable aux thèses phalangistes. Si le général Franco avait mieux ménagé la susceptibilité du prince Xavier de Bourbon-Parme, cet héritier carliste aurait accepté la couronne et ainsi su maintenir l’unité problématique des Espagnes. Enfin, le général Franco aurait peut-être dû suivre les conseils avisés de son ancien vice-président, le général Agustín Muñoz Grandes, l’ancien commandant de la division Azul sur le front de l’Est, qui défendait une république phalangiste inspirée de la République sociale italienne (1943 – 1945). Les alternatives existaient. Le Caudillo préféra une solution – immédiate – de facilité qui se paie cinquante ans plus tard.

Tant au Cambodge qu’en Espagne, les rares exemples de restauration royale à la fin du XXe siècle ne sont guère probantes. À l’exception de la principauté du Liechtenstein, les royautés européennes n’incarnent même plus le début du commencement d’un minimum de « traditionalisme culturel ». Elles se joignent au contraire à la décadence de la civilisation albo-européenne. Le renouveau de l’étymon spirituel européen ne peut donc pas reposer sur cette illusion obsolète et attardée plus que jamais mortifère. La tradition, ce n’est pas ce qu’on veut garder, mais c’est ce qui perdure quand tout a été emporté par le raz-de-marée de la Modernité tardive.

Georges Feltin-Tracol

lundi, 10 août 2020

Luz para tiempos oscuros

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Luz para tiempos oscuros

G.L.

Ex: https://adaraga.com

En estos tiempos de zozobra, en los que el cielo que cubre el régimen del 78 se antoja cada vez más encapotado como preludio de la inminente e inevitable tormenta, La Luz del Norte de Carlos X. Blanco supone un bálsamo para las almas y una llamada a la no claudicación para los que todavía creemos en España como nación histórica y unidad de destino.

Al igual que hoy, la España del siglo VIII se enfrentaba a una más que probable disolución. Llegados del sur, los ejércitos musulmanes del Califato de los Omeya parecían invencibles. Hasta la fecha, nadie había sido capaz de detener su expansión. Con la fuerza de su espada, el Corán amenazaba con destruir el orden cristiano. No parecía que el antiguo reino visigodo, dirigido por el conspirador Witiza, ensimismado en sus conflictos internos y colapsado en la práctica desde la traición de Don Julián, pudiera hacer frente a las hordas mahometanas que cruzaban en masa el Estrecho de Gibraltar para extender la palabra del falso profeta Mahoma por todo el orbe.

Sin embargo, un joven noble visigodo llamado Pelayo (Pelagius, El que viene del mar), hijo del Duque Favila, asesinado por orden del rey Witiza, y huido de Asturias, regresó de su cobijo temporal en Jerusalén para luchar junto a las huestes Don Rodrigo, traicionado también por el monarca, en la infausta Batalla de Guadalete del 19 de julio de 711. Como otros (pocos) supervivientes, Pelayo se refugió primero en Toledo, la histórica capital visigoda, que cayó tres años después, y finalmente en Asturias. Hostigado sin descanso por las mesnadas musulmanas, Pelayo y unos cuantos fieles se refugiaronn en la Montaña de Covadonga.

En agosto de 722, un formidable ejército bereber comandado por Al Quama se dispuso a finiquitar a los rebeldes, sitiados en Auseva. Al Quama envía al obispo de Sevilla, el felón Oppas, al refugio de Pelayo y sus huestes para forzar infructuosamente su rendición a cambio de prebendas. Como relata la Crónica Albeldense, sobre la que se basa la obra de Carlos X. Blanco, la Divina intervención del Señor y de Nuestra Señora la Virgen las flechas que lanzaron se volvían contra ellos, ante el asombro y terror de los infieles que sufren su primera gran derrota en tierra hispana. Ahí comenzó la Reconquista, una de las más grandes epopeyas de la historia de Occidente. Poco después, Pelayo fue nombrado Rey de Asturias y, como acertadamente señala Carlos X. Blanco, «ni su figura histórica ni su leyenda morirán jamás y adquirirán los emblemáticos tintes del fundador de una Nación».

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A lo largo de sus páginas, el autor, conocedor en profundidad de la historia del Reino de Asturias, nos acerca con La Luz del Norte a un periodo trágico y turbulento para España que hubiera devenido en final de no ser por figuras como Pelayo que, frente a la adversidad, el pesimismo y la traición, se refugiaron en aquellos bosques perdidos de la Piel de Toro. Y allí, desde las montañas asturianas, se conjuraron en defender hasta el final la hispanidad y la cristiandad como partes inseparables de un todo.

Con esta novela, Carlos X. Blanco no se ciñe a ejercer de mero cronista de un momento histórico para España sino que también se adentra en las profundidades de los personajes, unos reales y otros imaginarios, que participan en la misma. A través de sus emociones, anhelos y temores, magníficamente descritos por el autor con elegante sencillez a la par que reflexiva profundidad, podemos llegar a comprender mejor qué llevó a estos héroes a morir o vencer por aquella España primigenia y de la que hoy somos tan indignos descendientes.

Carlos X. Blanco: La Luz del Norte. Editorial EAS (2016)

G.L.
G.L. ha desarrollado gran parte de su carrera profesional en el ámbito de la consultoría de comunicación, estrategia y operaciones. Desde 2016, trabaja en el sector editorial, siendo también editor de libros, revistas y diferentes publicaciones periódicas.

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jeudi, 18 juin 2020

En 1958, Salvador Dali et ses réponses étonnantes sur sa vie et son oeuvre

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En 1958, Salvador Dali et ses réponses étonnantes sur sa vie et son oeuvre

 
 
Entrevue hors de l'ordinaire, en français, avec Salvador Dali qui parle de ses succès internationaux et sa place dans l'art de son époque versus la place de Pablo Picasso. Il fait une critique de son oeuvre et de la peinture moderne et parle du personnage qu'est Salvador Dali, il parle de ses inspirations, de son travail au cinéma, de Khrouchtchev, de l'art soviétique, de ses plus grands artistes, l'Espagne, la politique, la religion, l'argent et de ses moustaches.

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Source : Carrefour, 27 mai 1958
Animateur : Wilfrid Lemoine
Encore plus de nos archives : https://ici.radio-canada.ca/archives/...
 

09:08 Publié dans art, Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salvador dali, peinture, arts plastiques, espagne, entretien, art | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 17 juin 2020

Un orden que brota del presente caos. Misión de la Hispanidad.

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Un orden que brota del presente caos. Misión de la Hispanidad.

Carlos X. Blanco
Ex: https://decadenciadeeuropa.blogspot.com
 
El orden es un bien. Hay un tipo de unidad en el mundo que se llama, de la manera más clásica, la "unidad de orden". Que haya unidad es un bien. Unidad en una pareja novios y esposos, y unidad en una familia. Unidad entre los vecinos y en los amigos. Unidad en la patria. Quien aspira al bien, aspira con ello y por ello a la unidad. Y todos lo hacemos, todos apetecemos el bien aun cuando muy a menudo la voluntad se nos tuerce y erramos en la elección y en la trayectoria.
 
El desorden es un mal. El desorden viene causado por una o varias voluntades diabólicas. El adversario siempre es representado, en las más sólidas cosmovisiones y teologías, como un retador, un sembrador de cizaña, un creador de división.
 
El mundo moderno es, por definición, el reino del sembrador de cizaña. Este mundo en que vivimos hoy es, de la manera más exacta, un mundo satánico. Si hubo costuras, desgárrense éstas. Si se creó cemento y argamasa para edificar, deshágase y derríbese lo que con tanto esfuerzo ha costado levantar. Así piensa y actúa "lo moderno". El mundo moderno, al menos en Occidente, es la ruina sobre ruina de aquella gloria que fue, un día, la Civilización Cristiana.
 

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La Civilización Cristiana es llamada, comúnmente, "Edad Media". No hubo puente ni medianía –en realidad- entre la Antigüedad pagana y el mundo moderno, un mundo neopagano y capitalista. Fueron los ilustrados quienes impusieron tal imagen, inventada y falsa, la imagen de un puente o túnel oscuro entre el mundo clásico y el moderno, túnel que también fue llamado "medievo". Pero lo cierto es que el medievo es el origen de una Civilización Cristiana, un resplandor cultural, una luz de la que venimos nosotros los europeos. La Civilización Cristiana nace de las ruinas y la hez desbordante del mundo grecorromano, que ya se encontraba -tiempo ha- en estado decrépito y alienante. De sus pseudomorfosis (estructuras muertas que encorsetan una nueva cultura naciente, al decir de Spengler) brotará el nuevo mundo cristiano, sintetizando de forma única y esplendente las culturas de los pueblos celtas, latinos, helenos, germanos y eslavos. A partir de las ruinas del siglo VI d.C. se alzó un nuevo orden, medio bárbaro, medio clásico, una promesa de Nuevo Imperio, una Roma restaurada.
 
La restauración del Derecho romano, y la edificación del concepto de persona por obra de la Iglesia y de la racionalización del feudalismo germano, crearon las bases de lo que hoy llamamos Europa. Nada fue Europa durante siglos, más allá de una barahúnda tribal, sino la ascendente Civilización Cristiana. Esta alcanzó sus más altas cotas con el arte románico y después el gótico, con el saber escolástico y la institución de la universidad. A su vez, la necesaria bicefalia entre un poder eclesiástico y otro laico, el Papa y el Emperador, dio origen a esa consustancial forma de ver la existencia en el europeo: ajeno a toda teocracia, el poder espiritual posee responsabilidades terrenales, pero, recíprocamente, el poder imperial asume la pesada carga de defender la fe común y proteger a los pueblos y a las gentes por encima de poderes "próximos", nobiliarios o eclesiales, encaminando armónicamente al rebaño a un plano superior, salvífico. El Sacro Imperio, como idea, es la perfección sintética del feudalismo y del derecho romano, una unidad de opuestos: los poderes se subordinan a uno supremo que no es de cariz despótico, a la manera oriental, sino "suave" y arbitral. El Sacro Imperio es la visión confederal y subsidiaria de una unión de Estados comprometidos en una fe (y modo de vida) común, congruente, una comunión, alianza respetuosa de las personalidades propias de cada ciudad autónoma, de cada territorio, de cada reino o principado. El Emperador como figura arbitral e ideal, no es un monarca más, es el punto más alto de todo un sistema ordenado de poderes subsidiarios. La Civilización Cristiana expresa, bajo la idea del Sacro Imperio y de la bicefalia Iglesia/Estado, la más profunda esencia de lo que luego habrá de ser el modo de vida europeo: no una teocracia sino una visión espiritual de la existencia en la cual tanta misión sacra toma para sí el monje como el caballero. De hecho, la síntesis misma del monje-caballero se dio en las más diversas órdenes militares, no sólo los templarios y demás órdenes de la Cruzada en Tierra Santa, sino las órdenes hispanas de la Reconquista. La pérdida de la "caballería" en Europa, en favor del soldado mercenario, es correlativa a la pérdida de la misión civilizadora y del espíritu de cruzada del religioso, y tales pérdidas señalan el declive de Europa. Como síntomas que anunciaban el desplome de hoy. Únicamente esa continuidad estricta de la Edad Media se dio en la Hispanidad. La Hispanidad fue, como ya señalé en diversos artículos, el katehon, el dique de contención de esa terrible decadencia que se dio en llamar Modernidad. 
 

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Cuando se dice que la Hispanidad salió derrotada, no se mira la Historia en sus ondas más largas. Un proyecto civilizador se mide en milenios, no obstante, y es un proyecto se le escapa de las manos al historiador especialista; este es campo más bien para el Filósofo de la Historia, para el hacedor de una Ontología y Morfología de la Historia.. Es cierto que la Historia, como ciencia positiva, maneja las centurias y las décadas como algo propio de su oficio, como segmentos donde se puede acumular y clasificar el material. Pero el Sino, como diría Spengler, no queda adecuadamente recogido en tan pequeños envases. La Hispanidad todavía puede ser reconstruida, pues lleva su Sino, a pesar de los deprimentes tiempos en que el español de ambos hemisferios vive hoy. Mientras derriban estatuas de Colón o niegan la existencia misma de don Pelayo, mientras se ataca a la propia lengua de Cervantes en la península, se la proscribe y denigra, o mientras separatismo e indigenismo juntan sus manos para perpetuar una Leyenda Negra cada vez más desacreditada, la Hispanidad, siguiendo su Sino, continúa siendo una idea broncínea, peligrosa en sí misma a los ojos de los guardianes del "progresismo" políticamente correcto. Sobre ella volvió Ramiro de Maeztu, y después Gustavo Bueno o Elvira Roca. En la actualidad, José Alsina la redefine dentro de la IV Teoría Política, y, en otro sentido, Ernesto Ladrón de Guevara apuesta también por ella en sus últimas obras. Es una idea demasiado grande como para caer en el olvido o en el abandono. Es una idea netamente espiritual, que en sí poco tiene que ver con un "nacionalismo español". Éste, calco de un jacobino concepto de Estado-Nación, sólo pudo ser horma para una Francia que no hizo más que amputarse a sí misma y, de paso, mutiló a más de media Europa. Por el contrario, la Hispanidad alude a un proyecto civilizador, espiritual, imperial, podríamos decir. 
 

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Se trata de recoger todo el legado clásico que una Hispania tan romana como celtogermánica pudo absorber a la caída del Imperio, y re-crearlo con denuedo en su guerra de liberación contra el moro. A la par que, guerreando y recobrando el suelo, el español del medievo marcha en comunión con el Occidente cristiano, para cuyo contacto los reyes asturianos crearon la más maravillosa "autopista del conocimiento", el Camino de Santiago. Lo mejor del "renacimiento medieval" (Escolástica, Universidad, arte Gótico) fue prolongado –por decirlo así- en la España Imperial, con el vigor aumentado por la Reconquista. Francisco Suárez o la Escuela de Salamanca pudieron servir de luminarias para un Occidente que ya se oscurecía en el XVI por momentos con sus pequeñas teocracias puritanas, sus milenarismos evangelistas, su fanatismo retrógrado y su materialismo de usurero y explotador. 
 
Siglos de recopilación y depuración de la filosofía griega y la cultura patrística, siglos de síntesis del derecho romano (y de su hijo legítimo, el visigótico), siglos de diálogo y confrontación con la filosofía no cristiana, conocida de primera mano en Toledo y otras ciudades hispanas…pusieron a las Españas a la cabeza del pensamiento cristiano.
 
Nos quieren enseñar hoy que un Nuevo Amanecer surge con la Declaración Universal de los Derechos Humanos de 1948, ese parloteo en torno a una Humanidad abstracta llevado a cabo todavía con el olor a pólvora en los documentos, y la radiactividad de las bombas arrojadas en 1945 flotando por los aires. Los Derechos de la persona y los Derechos de Gentes ya alumbraron todo Occidente (Europa y América) en el siglo XVI, defendidos (imperfectamente, como ocurre con todo lo humano) y teorizados por la única nación que estaba capacitada humana, intelectual, históricamente, para ello: la Hispanidad. 
 
El Sino de la Hispanidad es dar una respuesta filosófica (que incluye la metapolítica) al caos y deterioro actual. Mientras arden las calles y se pretenden derribar ídolos, hemos de pensar en reconstruir y en crear. La destrucción es sólo una fase de esa partera de la Historia. Engendrar y dar Vida a algo nuevo, en cambio, es lo que abre paso a esa misma Historia. 
 

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dimanche, 14 juin 2020

Las Españas como katehon

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Las Españas como katehon

Carlos X. Blanco

Ex: https://decadenciadeeuropa.blogspot.com

Decadencia. Declive. Caída. Las tres palabras remiten al mundo orgánico. Los individuos, nada más alcanzada la plenitud, inician su descenso por la pendiente hasta alcanzar la decrepitud. Las razas, una vez olvidados sus prístinos logros, acaban diluyéndose, mezclándose y relajándose. Los pueblos, una vez amputada su memoria, ruedan por la ladera de la montaña y, cuanto más alta fue la cumbre alcanzada, más brusca y penosa resulta entonces la caída.

Pero la decadencia en el sentido más estricto, por más que se haya tomado la idea del mundo orgánico vegetal y animal, es la decadencia de las civilizaciones. La propia palabra decadencia (Untergang) tal y como Oswald Spengler la definió en su magna obra La Decadencia de Occidente, en donde ofrece su morfología de la historia, es consustancial al término civilización. Una civilización es una cultura vieja, caída, sumida en la molicie, herida por su propio curso natural, al margen de que las causas próximas más relevantes sean ora exteriores ora vicios contraídos desde dentro. Más bien el reloj interno de la civilización caduca, el agotamiento de posibilidades, es lo que dibuja la rampa del declive.

No cabe duda de que Occidente es una civilización y, por tanto, si seguimos la terminología spengleriana, Occidente es sinónimo de decadencia. Los ataques exteriores (los bárbaros) sólo sirven para aguzar nuestras mentes y alertarlas de la propia decadencia interior, y en esta última reside siempre el auténtico peligro. Los mahometanos radicales con sus matanzas e imposiciones culturales, los ataques financieros y especulativos y la ingeniería social, las pandemias teledirigidas o el acceso al gobierno de nuevos poderes oclocráticos… todas estas cosas pueden ser causas próximas, pero éstas causas, aun siendo reales e importantes en sí mismas, son como la espuma oceánica de un mar agitado en el fondo, y como pequeños remolinos superficiales dentro de un curso terrible de los acontecimientos, curso que viene marcado por el sino (Schicksal) de las culturas.

El sino de las culturas es la extinción, como el sino del individuo es la muerte. A Occidente le llega su hora, y el desplome podrá ser sangriento o podrá ser mudo e indigno. Nadie lo sabe. Lo que importa es saber qué fue en otros días nuestra gran patria y qué no debió ser nunca Occidente para así poder pensar hoy, metapolíticamente. Pensar sobre un recambio, reflexionar acerca de cómo puede sustituir a ese Occidente enfermo otro modelo, una nueva cultura.

Occidente fue el producto liberal-burgués de una Cristiandad traicionada. Fue un artificio, una prolongación (en gran parte anglosajona, puritana, unilateral de la Europa mercantil).

La Civilización Cristiana nació de las ruinas de una Roma que, como idea, nunca morirá, una Roma que, como Estado civilizador, se veía ya postrado y descompuesto allá por el siglo VI d. C. La Civilización Cristiana conservó la idea de orden, de unión de planos entre lo terreno y lo ultra terreno, de reconstrucción del derecho y de centralidad del orbe espiritual humano en torno a Dios y en torno a la persona. La Civilización Cristiana es la civilización de la persona. En ninguna otra civilización, aun reconociendo las bellezas y logros de las otras, en ninguna otra de las maneras diversas de hacer la Historia, la persona (y por igual la persona del hombre y de la mujer) fue reconocida, ensalzada, tallada a imagen de la Persona Divina, con total dignidad y al margen de cualquier endiosamiento.

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Pero la aparición de la sociedad burguesa y la ideología liberal supusieron el inicio de un socavamiento. Se socavaron los pilares de esa enorme construcción que fue la Civilización Cristiana, matriz de Europa. La comunidad orgánica formada a partir de la descomposición del Estado Romano, tras lentos procesos de edificación de un orden, y tras la mixtura de diversas clases de etnicidad (germana, celta, latina, eslava…) con la sociedad clásica, había llegado a un gran Renacimiento en torno a los siglos XII y XIII: Catedrales y Universidades, Gótico y Escolástica, fueron emblemas de esa nueva sociedad católica (universal) que, ya en medio de las crisis terribles del XVI, empezó a declinar.

Los Habsburgo, y la Monarquía Hispánica más concretamente, representaron el katehon. El katehon es la fuerza destinada a oponerse al declive, la fuerza de resistencia que pretende conservar el orden. De manera semejante a como Santo Tomás de Aquino es conocido como el filósofo del orden, y el anhelo de la catolicidad es la conservación del orden, entendiendo que la unidad universal de orden es un bien, un reflejo de la máxima unidad y unicidad que es Dios, en el plano político (metapolítico y geopolítico) el katehon de la Monarquía Hispánica fue el esfuerzo denodado por salvar una civilización.

La conjura de potencias supuestamente cristianas, así como el Islam y demás enemigos del catolicismo, agentes de la disgregación, hicieron que esa resistencia, esa fuerza civilizatoria que lucha contra el caos decayera a lo largo del siglo XVIII, de la mano de la borbonización, el afrancesamiento (y su contrafigura complementaria y necesaria, la africanización y “aflamencamiento” de España).

Lo que la derrota del katehon hispano supuso para Europa fue la pérdida de su ser, pues Europa decae en masa indiferente sin el cuerpo de valores superiores y espirituales que un día fue el Cristianismo, especialmente católico. España es hoy el sumidero más profundo y oscuro de esa Europa que se deja islamizar o que entroniza a minorías y a degenerados, aun a costa de masacrar a mayorías honradas, productivas y cumplidoras con la ley. El declive de Europa no es un calco exacto del declive del mundo clásico o del declive del renacimiento gótico-escolástico iniciado en el siglo XIV. El declive de Europa es parejo a un terremoto cósmico, pues con él pueden desaparecer los valores de la persona, la dignidad del hombre (su semejanza con Dios), el respeto y la libertad de la mujer, la protección del niño, el derecho a la propiedad, la posesión de unos derechos naturales inalienables, el sentido orgánico de la participación del vecino, del productor y el propietario en el Estado… Poderosas civilizaciones que resurgen, como Rusia o China, podrán recoger el testigo y ahondar en esas conquistas, o no, podrán relegarlas al olvido a pesar de sus muy fuertes y dignísimas raíces espirituales (sean las del Cristianismo Ortodoxo, sean las del confucionismo). Nada sabemos del futuro, y carecemos de dones proféticos. Pero en este rincón occidental del planeta, donde todavía hay, repartidos entre la masa sin parte de la masa, núcleos hispanos de acero en cada pueblo y en cada barrio, donde la sangre de Viriato, don Pelayo, el Cid, Agustina de Aragón o María Pita todavía corre por las venas, podemos levantar ese gran muro, concitar a ese Ángel de la Guarda, que todavía custodia nuestro legado, un legado anchísimo pues se extiende a las dos Américas , a África y a las Filipinas; allí también hay muchos litros de sangre para levantar defensas y resistir a la demolición civilizatoria.

Ya hay en común una lengua, la española, pero digo más, hay dos lenguas universales con fácil intercomprensión, la española y la portuguesa. Ellas, junto con todas las otras del común tronco hispano que nació en Covadonga, pueden crear el medium de una verdadera comunión de espíritus ardientes. Si el mismo ardor empleado en combatirnos unos a otros, lo aplicáramos a la defensa de nuestra Civilización (Hispana), a punto hoy de ser descuartizada, entonces la acción maligna que derivó del liberalismo anglofrancés, del iluminismo y la masonería, quedaría arrumbada en un vertedero. Mientras los locos, los resentidos y los caníbales derrumban hoy estatuas de Colón, millones de nosotros, con muy diversos acentos y colores de piel, alzaremos templos devotos, haremos Culto y Cultura. Pues lo nuestro nació en Belén de Judea, como en Roma, como en Santiago; nació en Toledo como en Covadonga, tuvo trono universal en Oviedo como en El Escorial, rigió los cinco continentes como puede regir el orden natural de nuevo. Pero, ante el avance del desierto y el tam-tam de los salvajes, los bárbaros y la chusma, hemos de ser dignos de esta obra, y comenzar por una reconstrucción interior, en el seno de cada alma personal y en el recinto unido y salutífero de cada familia.

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samedi, 30 mai 2020

El Legado Celta en Galicia

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El Legado Celta en Galicia

 
 
Una ambiciosa producción que da a conocer la singular cultura de los castros gallegos, aborda la historia del noroeste de la península ibérica desde la época megalítica hasta la romanización de la cultura castreña.