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mardi, 19 octobre 2021

Les quatre phases de la révolution conservatrice

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Les quatre phases de la révolution conservatrice

par Ernesto Milà

Ex: https://info-krisis.blogspot.com/2019/01/365-quejios-244-las-cuatro-fases-de-la.html?m=1&fbclid=IwAR3y8SlxZ43hF2XxTr391kJY8GD2nJ03la56M7H4Wk1MTtcA9pHzb_sbcVU

Je lisais des articles de Julius Evola, écrits entre 1934 et 1943 sur l'État. Evola présente un double danger pour ceux qui prennent son œuvre de manière dogmatique : l'"escapisme" (utiliser ses textes pour fuir la réalité: "si nous sommes dans le Kali-Yuga, on ne peut rien faire d'autre qu'attendre") et la "casuistique" (trouver à chaque instant la phrase d'Evola qui convient le mieux pour soutenir ses propres positions, en oubliant que son œuvre couvre soixante ans et des situations très différentes). Je vais donner un exemple relativement courant chez certains "évoliens argentins": étant donné qu'Evola analyse l'islam et a une opinion positive de cette religion, ils comprennent cela comme une acceptation de tout ce qui vient de l'islam... y compris le djihadisme, qui ne serait rien d'autre que le tribut que l'Occident devrait payer pour s'être séparé de sa tradition. Evola, évidemment, se moquerait de ces positions et lui-même n'a pas hésité à varier ses positions à différents moments de sa vie. Cependant, dans la collection de textes écrits pour les revues Lo Stato, La Vita Italiana, Il Regime Fascista et Il Corriere Padano, on peut voir certaines idées - qu'il a confrontées à Carl Schmitt - sur la "reconstruction de l'idée de l'État véritable" et la manière d'y parvenir. Il convient de rappeler certaines des idées qu'il a avancées et qui peuvent être considérées comme la "stratégie de la révolution conservatrice".

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En effet, Evola, comme on le sait, était parfaitement conscient que le temps jouait contre les principes traditionalistes qu'il défendait et qui ont connu un moment de rupture au moment même de la Révolution française. La crise s'est aggravée avec la révolution russe. Il était donc impossible de penser en termes de "tout ou rien": il était clair qu'une "révolution traditionnelle" (c'est-à-dire une ré-révolution menant au modèle idéal des origines) était impossible. Il a donc décomposé le processus de la "révolution conservatrice" en quatre phases qui, comme les barreaux d'une échelle, devaient être gravis de manière ordonnée, l'un après l'autre, dans une succession inexorable vers le but final. Les thèmes qui devaient présider à chacune de ces phases étaient les suivants:

    - Lutte contre le marxisme et ses différentes variétés, toutes reconnaissables par le culte des masses.
    - Lutte contre les conceptions bourgeoises.
    - Lutte pour la formation d'une "nouvelle aristocratie", et
    - Lutte pour la réinstallation au centre de l'État d'une idée supérieure de caractère spirituel.

Je crois d'ailleurs qu'il s'agit d'une idée, apparue entre 1934 et 1940, qu'il n'a jamais écartée et dans laquelle il s'est toujours réaffirmé. Il est important de souligner que cette succession de phases devait être couronnée, selon les termes d'Evola, non pas par une affirmation du "totalitarisme", mais de l'État traditionnel. Il ne faut pas oublier qu'Evola n'a jamais adhéré au fascisme et que, tout au plus, ce qu'il proposait était de considérer le fascisme comme un "état de fait" qui pouvait être rectifié, mais qui comportait quelques éléments problématiques, dont le culte des masses. Dans son Fascisme vu de droite, Evola aborde point par point les différences entre le fascisme et l'État traditionnel. Mais ce n'est pas cet extrême qui nous intéresse maintenant, mais la gradation par étapes. Pourquoi en est-il ainsi ?

1019119418b5a4afdeb18f3c20e8ba56.jpgLa première étape - la lutte contre le marxisme et ses avatars ultérieurs - semble évidente: Evola, au vu de ce qui s'était passé en URSS et dans les pays où le communisme avait triomphé, avant et après la guerre mondiale, enregistrait une sorte de monstrueuse régression finale, une absence absolue de libertés, la destruction de tout résidu d'organisation "traditionnelle", à commencer par la famille, et une égalité absolue qui équivalait à une dépersonnalisation totale. Il n'est donc pas surprenant que certains des articles d'Evola d'après-guerre aient défendu l'alignement de l'Italie sur les États-Unis ou sur l'OTAN elle-même. En substance, la politique du Mouvement social italien s'inspirait des idées d'Evola et celle-ci en faisait partie (que ses partisans s'en souviennent aujourd'hui ou non: elle ne figure pas dans ses grandes œuvres de pensée, mais elle figure dans les articles qu'il écrivait pour le Secolo d'Italia ou pour le quotidien Roma). Sans oublier, bien sûr, que la lutte contre le marxisme mobilise des membres de différents groupes sociaux qui "réagissent" à la possibilité que l'État tombe entre leurs mains. Jusqu'à présent, cette position n'est rien de plus que celle du centre-droit, et si elle devait s'arrêter là, la proposition d'Evola ne serait pas très différente de celles faites chaque matin par Jiménez Losantos sur ses ondes de la radio. Mais Evola a énoncé une deuxième étape.

L'anti-bourgeoisie était la deuxième revendication à brandir au moment où le "danger communiste" était éradiqué. Car il ne s'agissait pas d'accepter l'établissement des valeurs et des conceptions bourgeoises qui, historiquement, avaient accompagné la naissance de la bourgeoisie, du libéralisme et des révolutions qu'elle avait menées depuis la Révolution américaine et la Révolution française à la fin du XVIIIe siècle. C'est là qu'apparaît la rupture entre le centre-droit libéral et les courants traditionalistes: dans l'acceptation ou la non-acceptation de l'économie de marché et de ses principes. De même, la doctrine de la bourgeoisie est liée à la "parti(to)cratie" et au républicanisme en politique et dans les habitudes sociales au conformisme, à la vie confortable, au sentimentalisme et aux valeurs du romantisme. Une telle attitude ne peut être adoptée à l'étape précédente: si l'on reconnaît que le danger le plus extrême est le bolchevisme, il s'agit d'unir les forces pour l'éradiquer, mais une fois cet objectif atteint, il s'agit de se rappeler que ce n'était pas l'objectif final, mais le premier objectif intermédiaire: le suivant est la lutte contre cet élément qui a rendu possible l'existence du bolchevisme, la bourgeoisie industrielle et son faisceau d'idées.

On peut dire que le fascisme a réalisé ces deux objectifs et même qu'il a établi des conceptions militantes et anti-bourgeoises, mais il n'est pas allé beaucoup plus loin, sauf dans certains secteurs de la "révolution allemande", fortement influencés par les idées des "jeunes conservateurs" (Jungkonservativen). Ces secteurs prônent la création d'une nouvelle aristocratie pour reprendre les rênes de l'État. Cette "nouvelle aristocratie" devait prendre la forme et avoir l'éthique d'une "aristocratie guerrière", non pas tant parce qu'elle était belliciste que parce qu'elle assumait et incarnait les valeurs militaires. Evola, à un moment donné dans les années 30 et surtout lors de ses tournées en Allemagne et dans ses conférences au Herrenklub, soutenait - et en cela sa position était la même que celle défendue en Espagne par la revue Acción Española - que l'aristocratie du sang devait à nouveau assumer ses responsabilités et se configurer comme la nouvelle élite de la nation. Evola le résume dans un article publié dans Lo Stato (février 1943): "C'est une nouvelle époque aristocratique qui doit s'affirmer au-delà de la décadence bourgeoise de la civilisation occidentale". Pour Evola, ce sont les valeurs enseignées dans les académies militaires et restées recluses dans les hauts murs de l'armée qui doivent former une "élite" entre les mains de laquelle seront tenues les rênes du nouvel État. Ici, la position d'Evola s'éloigne du tronc central des fascismes qui, au fond, étaient des mouvements de masse, anti-démocratiques, anti-bourgeois, anti-bolcheviques, mais totalitaires et sans que l'idée d'"élite" soit présente dans leur noyau doctrinal central.

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Enfin, nous en arrivons au dernier point: l'objectif d'un État traditionnel est la construction d'un empire, compris comme l'acquisition d'un "pouvoir" qui répond à une supériorité de nature spirituelle. C'est peut-être le grand problème du traditionalisme: jusqu'aux années 1960, il était clair que lorsque les Européens parlaient d'une Tradition spirituelle vivante, ils faisaient référence au catholicisme. Après Vatican II, il n'est plus aussi clair si une telle référence existe ou non, et si la ligne de l'Eglise la place comme une autre force de la modernité, ou même si elle est en mesure de faire en sorte que ses valeurs servent à forger une élite. Je ne pense pas qu'aujourd'hui, beaucoup nourrissent des espoirs quant au magistère de l'Église sur les questions politiques et pas seulement politiques. Ce qu'Evola soutient, c'est qu'un État doit être fondé sur un "principe supérieur" et que ce principe, en tant que "supérieur", ne peut venir des masses (car, métaphysiquement, le supérieur ne peut venir de l'inférieur).

Si un "doute raisonnable" subsiste sur ce dernier point, c'est que nous nous trouvons dans une période de transition caractérisée par une confusion des idées, typique des temps de crise, et par la persistance des braises des anciennes traditions. Le temps et le vent - comme dans la chanson de Bob Dylan - apporteront certaines réponses et seul le temps nous dira à quoi ressembleront les synthèses du futur qui remplaceront les valeurs spirituelles et les institutions actuellement périmées: tout comme le paganisme dans son déclin a été remplacé par le christianisme, dans le déclin du christianisme apparaîtra une autre formule qui pourra être prise comme référence pour couronner le "Nouvel État" avec un principe supérieur digne de ce nom.

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