mardi, 24 mars 2026
Contrer le système Epstein - Intégration multipolaire contre réseaux occidentaux

Contrer le système Epstein
Intégration multipolaire contre réseaux occidentaux
Alexander Douguine
Alexander Douguine aborde la nécessité de l’intégration multipolaire pour contrecarrer la tyrannie technocratique occidentale.
Si le nouveau capitalisme, selon Kees van der Pijl (photo), consiste en intelligence + médias de masse + IT, alors le contre-capitalisme et la contre-hégémonie doivent être quelque chose de symétrique: l’intégration d’un nouveau niveau d’intelligence avec les médias et le secteur IT. Le terme clé ici est « intégration ». Lorsque ces trois composantes sont isolées, elles sont limitées par cette même isolation. Le nouveau capitalisme exige non pas simplement leur addition, mais leur multiplication. C’est pourquoi la CIA/FBI actuelles, les médias américains modernes et les start-ups contemporaines de la Silicon Valley (Palantir, Musk, la « République technologique » de Karp) sont étroitement intégrés les uns aux autres. Les réseaux d’Epstein étaient, en fait, l’un des modules de cette intégration.
Cela ne se limite pas aux États-Unis. Cela inclut également le Mossad et les Five Eyes. Il s’agit de l’unification des services de renseignement de toute la civilisation occidentale.
Il en va de même pour les médias de masse. Ils sont étroitement intégrés à travers l’Occident et partagent souvent les mêmes propriétaires.
Le secteur IT aussi. Bien que certaines frontières entre l’Europe, l’Amérique et Israël existent sans doute, à un certain niveau ils échangent tous des algorithmes technologiques.
Quelles conclusions en tirer pour nous? Notre propre capitalisme est aujourd’hui imitatif, arriéré et faible. Tout ce qu’il y a de bon en lui ne vient pas de l’imitation du capitalisme, mais de la souveraineté et du talent du peuple. Le reste ne fait que freiner notre développement. Pourtant, même si nous voulions suivre l’Occident, il nous faudrait de toute façon élaborer un projet à long terme d’intégration de ces trois sphères: communautés de renseignement, médias et IT. Une attention particulière devrait être portée aux partenariats avec d’autres États-civilisations multipolaires et leurs triades correspondantes. Ce genre de structure existe assurément en Chine et fonctionne assez bien. Il doit y avoir quelque chose de similaire en Iran et au Pakistan également. Dans d’autres centres du monde multipolaire, cela reste à investiguer. Il est peu probable qu’il y existe déjà quelque chose de sérieux, mais il le faudrait. Les BRICS constituent précisément la zone où des stratégies d’intégration dans les domaines clés sont considérées comme existantes. Et quoi de plus essentiel que ces trois-là ?

Si nous voulons vaincre l’hégémonie—et nous sommes en guerre contre elle—nous devons comprendre comment elle est structurée aujourd’hui. La publication des dossiers Epstein va au-delà de la révélation du caractère criminel et extrêmement pervers des élites dirigeantes de l’Occident contemporain, de leur nature véritablement satanique, confirmant même les hypothèses les plus audacieuses et les plus inquiétantes des théoriciens du complot ; elle met également en lumière certains mécanismes par lesquels différentes sphères clés des sociétés occidentales fusionnent en un seul réseau. Ce n’est pas un hasard si les services de renseignement, les médias de masse et les magnats de l’IT y jouent un rôle central. Un acteur clé est le fondateur de Palantir, Peter Thiel (photo), qui mène actuellement une tournée mondiale de conférences sur l’Antéchrist et le (techno-)Katechon, et qui a largement facilité l’arrivée à la Maison Blanche d’un autre habitué des soirées d’Epstein, Donald Trump.
Nous avons affaire à un nouveau capitalisme. Bien sûr, la finance, les ressources et les marchés existent encore en son sein. Mais l’accent s’est déjà déplacé vers la virtualité—le contrôle, l’information, la création de mondes artificiels et la transition vers la technosphère: IA, bots, robots, drones et le remplacement de l’humain par le post-humain.
Nous devons tenir compte de cette profonde mutation du capitalisme et formuler une réponse efficace. Faire semblant d’être naïfs ne suffit pas. Il est inutile d’opposer à la nouvelle étape la station précédente sur le même chemin. Il faut changer le vecteur de mouvement, tout en comprenant clairement où nous nous trouvons aujourd’hui. La contre-hégémonie doit être d’avant-garde. L’intégration des services souverains de renseignement, des médias souverains et d’un secteur IT souverain s’impose d’elle-même.
15:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, palantir, peter thiel |
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Guerre, Tradition et Modernité

Guerre, Tradition et Modernité
Réponse aux affirmations exposées lors de la dernière émission de l’agence Kali Yuga diffusée à Buenos Aires, Argentine
Carlos N. Mancini, pour l'Institut de Recherche Traditionaliste des Amériques
Avant d’appliquer les catégories de la pensée évolienne, il est indispensable d’identifier et d’examiner les présupposés non explicités que l’émission présente comme évidents, alors même qu’elle prétend réaliser précisément ce travail critique. Ces présupposés sont au nombre de six et conditionnent toute l’analyse ultérieure.
Supposition 1 : L’islam fondamentaliste constitue ou représente la Tradition dans son sens primordial. L’émission soutient que ce courant est l’unique expression vivante de la Tradition, puisqu’il s’oppose frontalement à la modernité et conserve la conscience que la vie terrestre n’est qu’un simple passage vers l’éternité. Cependant, dans Révolte contre le monde moderne et Le chemin du Cinabre, Julius Evola est explicite: une forme religieuse peut préserver les structures extérieures traditionnelles alors que sa substance intérieure s’est dégradée ou n’a jamais atteint les degrés supérieurs. L’islam, pour Evola, appartient à un cycle déjà descendant dans la hiérarchie sacrée; il s’agit d’une tradition de caractère lunaire, et non solaire. Son égalitarisme devant Allah, l’absence de véritable caste sacerdotale initiatique et son orientation expansive et horizontale plutôt que verticale le situent en-dessous des formes kshatriyaque (guerrière) et brahmanique de la Tradition primordiale. En conséquence, le fondamentalisme islamique combat la modernité, certes, mais selon la même logique de masse, de mouvement collectif et de volonté populaire que la modernité elle-même incarne.
Ce n’est pas la Tradition qui agit, mais un résidu formel et traditionnel, instrumentalisé par des forces qui ne sont pas non plus pleinement traditionnelles.

Supposition 2 : « Chevaucher le tigre » équivaut à une stratégie collective de destruction extérieure par l’usage des forces ennemies. L’animateur de l’émission, M. Marcos Ghío, affirme que le mérite de l’islam fondamentaliste réside dans le fait d’avoir appris à « chevaucher le tigre » en utilisant l’économie et la technologie occidentales pour saper l’Occident. Cette interprétation constitue l’une des erreurs les plus fréquentes dans la réception d’Evola. Le livre Chevaucher le tigre (1961) n’est pas un manuel d’action collective ni de guérilla spirituelle. Il s’adresse à l’individu différencié, celui qui n’est plus capable de reconstruire aucune institution traditionnelle et doit trouver une voie intérieure de résistance sans tomber dans l’activisme ni dans la nostalgie. L’image centrale — le tigre ne se dompte pas, il ne fait que se chevaucher — avertit que les forces dissolvantes de la modernité ne peuvent être contrôlées ni orientées vers des fins traditionnelles sans finir par dévorer celui qui les emploie. Utiliser des drones à bas coût contre des systèmes de défense coûteux est une tactique militaire, non un acte évolien inspiré par Chevaucher le tigre. Ce qui reste après avoir éliminé cette supposition est clair: chevaucher le tigre est un processus strictement individuel et intérieur. L’homme différencié ne le réalise pas en attaquant Wall Street, mais en refusant d’être défini par les catégories modernes tout en restant debout au milieu d’elles. La victoire n’est ni économique ni visible.

Supposition 3 : Le principal champ du conflit entre Tradition et Modernité est la guerre extérieure (géopolitique, militaire et économique). L’animateur présente le 11 septembre, la possible fermeture du détroit d’Ormuz, les drones iraniens ou la crise pétrolière comme des événements décisifs. Evola, en revanche, affirme constamment que la guerre extérieure est toujours le reflet et la conséquence de la guerre intérieure. Tant dans La doctrine de l’éveil que dans son commentaire de la Bhagavad Gita, il souligne que le conflit métaphysique primaire se livre à l’intérieur de l’individu. La guerre sainte extérieure (la grande djihad islamique ou le bellum romain) n’a de valeur traditionnelle que si elle découle d’une victoire intérieure préalable. Lorsqu’elle naît du ressentiment, de l’intérêt économique ou d’une simple réaction tribale — même revêtue de l’habit religieux —, elle ne constitue pas une guerre sacrée au sens primordial. L’analyse de l’animateur, bien qu’il utilise le vocabulaire évolien, demeure sur le plan horizontal: il déplace des pièces sur l’échiquier matériel.
Supposition 4 : Trump, Milei et Netanyahu sont les causes de la décadence et recourent à la guerre pour cacher leurs crimes personnels. Cette affirmation s’éloigne radicalement de la pensée d’Evola. Dans Révolte contre le monde moderne, il est clairement indiqué que les individus au pouvoir durant le Kali Yuga ne sont pas les causes de la décadence, mais ses produits et symptômes les plus évidents. Attribuer la crise civilisationnelle à la psychologie ou à la corruption personnelle de certains dirigeants équivaut exactement au type de pensée journalistique et moderne qu’Evola rejette: rechercher des causes personnelles à des phénomènes métaphysiques. Trump n’a pas créé la postmodernité; c’est la postmodernité qui l’a produit. Milei n’a pas généré la décadence argentine; il en est l’expression la plus transparente. Personnaliser la crise empêche d’en affronter la véritable dimension cosmohistorique.

Supposition 5 : La victoire matérielle ou économique sur l’Occident équivaut à une victoire spirituelle ou traditionnelle. L’animateur interprète la hausse de l’or, la crise du dollar ou le succès de drones bon marché face à des systèmes coûteux comme des signes sans équivoque du triomphe de la Tradition. Pour Evola, parler de victoire traditionnelle en termes de prix de l’or ou du baril de pétrole est une contradiction terminologique. L’histoire du 20ème siècle démontre qu’une crise économique ne génère pas nécessairement une renaissance traditionnelle: celle de 1929 n’a pas apporté de restauration sacrale, mais le nazisme et le stalinisme. La faiblesse économique de l’Occident constitue un fait géopolitique, non un événement spirituel. Elle peut signaler l’épuisement du cycle, mais ne représente pas en elle-même une victoire de la Tradition.

Supposition 6 : L’unité transcendante des religions implique une équivalence fonctionnelle entre leurs expressions historiques actuelles. Cette thèse correspond à l’école traditionaliste de Frithjof Schuon (De l’unité transcendante des religions, 1948), position qu’Evola connaissait et à laquelle il a toujours opposé une distance critique. L’unité transcendante existe à l’origine et au sommet; elle n’implique cependant pas d’équivalence fonctionnelle sur le plan historique. Dans le Kali Yuga, de nombreuses formes religieuses conservent l’exotérisme mais ont perdu l’ésotérisme et la dimension initiatique réelle. La question pertinente n’est pas de savoir si toutes les religions sont égales, mais ce qu’il reste d’initiation authentique dans chacune.
Une fois ces suppositions éliminées, demeurent valides et démontrables, du point de vue évolien, les thèses suivantes:
1. Il existe une crise cosmohistorique réelle, non pas simplement politique. Le Kali Yuga est un fait métaphysique antérieur et supérieur à tout acteur contemporain.
2. La modernité a consumé ses propres contradictions et a évolué vers la postmodernité: du titanisme prométhéen (encore orienté, bien qu’erronément) à l’instinct pur et hédonique sans direction.
3. La guerre intérieure précède et conditionne la guerre extérieure. C’est seulement sur le plan intérieur que le conflit Tradition-Modernité peut être résolu, sans se réduire à une alternance de formes également horizontales.
4. Le monde moderne ne se détruit pas de l’extérieur. Une crise économique ou du dollar n’élimine pas l’inversion métaphysique qui la soutient; elle le réorganise simplement sous de nouvelles modalités.
5. L’homme différencié n’a pas de camp géopolitique. Evola n’a jamais adhéré inconditionnellement à aucune puissance politique; sa loyauté a toujours été verticale.

En dépouillant l’analyse de M. Marcos Ghío de ses suppositions non explicitées, sa limitation essentielle devient manifeste: il s’agit d’une approche géopolitique et stratégique qui emploie le vocabulaire évolien — Kali Yuga, chevaucher le tigre, guerre intérieure et extérieure — mais l’applique au plan horizontal de la politique et de l’économie. Au lieu d’utiliser la métaphysique pour transcender la politique, il l’emploie pour justifier une prise de parti concrète. Evola signale quelque chose de plus inconfortable et de plus radical: dans le Kali Yuga, tous les camps sont modernes.
La question décisive n’est pas de savoir qui gagnera la guerre économique ou qui fera sombrer le dollar, mais s’il existe quelque individu, à quelque latitude que ce soit, qui ait entamé la seule guerre qui compte véritablement: la guerre intérieure. Et cette guerre, par sa nature même, n’apparaît pas dans les journaux télévisés. Cette analyse vise à contribuer au débat avec rigueur et fidélité au corpus évolien, invitant à une lecture plus profonde et moins instrumentalisée de son œuvre.
Carlos N. Mancini
14:11 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, tradition, traditionalisme, modernité |
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