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lundi, 23 mars 2026

La Russie à l’ère de la puissance de l’IA - L’empire du code

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La Russie à l’ère de la puissance de l’IA

L’empire du code

Alexander Douguine

Alexander Douguine sur la foi, la souveraineté et la frontière numérique.

Voyez avec quel style l’IA a transposé les principes fondamentaux de La République technologique d’Alex Karp dans le contexte russe :

- La Russie est une puissance civilisationnelle (un État-civilisation), non simplement un État-nation ou une économie périphérique. Son existence historique et son avenir sont déterminés non seulement par les ressources naturelles, le territoire ou même la parité nucléaire, mais par sa capacité à préserver et à développer une identité souveraine à une époque où la lutte principale se joue dans le domaine des logiciels, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et du contrôle numérique de la réalité.

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- Voici un ensemble symétrique de principes adaptés à la civilisation russe/eurasienne :

- La Russie a toujours été un empire dès son origine. La civilisation russe a remporté la victoire et assuré sa survie non par des procédures démocratiques (qui lui sont étrangères) ni par l’efficacité du marché (qui reste secondaire), mais par la supériorité technologique et spirituelle lors de moments décisifs: des armes à feu et de l’artillerie d’Ivan le Terrible et Pierre le Grand, au projet nucléaire et au programme spatial de l’URSS, jusqu’aux armes hypersoniques et à la guerre électronique actuelles. La victoire dans la Grande Guerre patriotique comme pendant la Guerre froide fut le fruit d’une alliance entre l’État, les ingénieurs, les scientifiques et une foi profonde dans la mission nationale.

- L’élite russe contemporaine (y compris le secteur numérique et des TI) s’est égarée. Après 1991, le talent a soit émigré, soit s’est tourné vers le secteur numérique de consommation: réseaux sociaux copiés, fintech, e-commerce, jeux vidéo, spéculation crypto et «substitution aux importations» sous la forme de copies de plateformes occidentales. Ressources et intelligence sont consacrées à des imitations superficielles, au lieu de s’attaquer à des défis d’ampleur civilisationnelle: défense, IA souveraine, cybersécurité, analyses prédictives pour l’État et identité numérique du monde russe.

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- Le modèle actuel est mortellement dangereux pour la survie de la civilisation russe. Au 21ème siècle, la puissance réside dans la maîtrise du logiciel. Qui contrôle le logiciel (algorithmes, données, modèles d’IA, informatique quantique) contrôle la réalité. L’Occident et la Chine sont déjà engagés dans une lutte totale pour la suprématie logicielle. Si la Russie reste en périphérie – dépendante des semi-conducteurs importés, des clouds étrangers, des bibliothèques open source et des réseaux neuronaux occidentaux – elle perdra sa souveraineté plus vite que par n’importe quelle défaite militaire. La Chine et l’Occident n’attendront pas que la Russie «rattrape son retard».

- Une nouvelle alliance entre l’État-civilisation et l’industrie du logiciel/de l’IA est nécessaire. L’État doit se réorganiser radicalement selon des principes d’ingénierie: rapidité, efficacité, audace et rejet du formalisme bureaucratique. L’élite informatique et liée à l'IA doit orienter ses talents vers des tâches civilisationnelles: une IA souveraine (pas une copie de ChatGPT, mais un modèle imprégné d’une vision du monde russe), des systèmes d’analyses prédictives pour les opérations militaires et le monde russe, la cyberdéfense, l’identité numérique sans portes dérobées, et des systèmes d’armes autonomes. Il faut des structures analogues à Palantir Technologies, mais fondées sur une logique russe et libérées des biais atlantistes.

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- La puissance dure est impossible sans une foi profonde. La «puissance dure» (missiles, chars, drones, systèmes hypersoniques) repose entièrement sur la «foi» – l'identité civilisationnelle partagée, le sens de la mission civilisationnelle, l'unité collective (sobornost’), le rejet de la «fin de l’histoire» libérale et la volonté de sacrifice pour l’avenir. Sans cela, même la plus puissante IA ou l’arsenal nucléaire restent des instruments morts. L’élite russe contemporaine manque de cette foi. Cynisme, nihilisme consumériste, relativisme et mentalité du «tout est permis si cela rapporte» dominent.

- Ingénieurs, scientifiques et développeurs n’échappent pas à leurs obligations envers leur civilisation. Le talent et le succès ne naissent pas dans le vide. Ils sont rendus possibles par une civilisation russe millénaire, ses sacrifices, sa culture, sa langue, et son État. Ceux qui détiennent le savoir doivent donc faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation – plutôt que de simplement maximiser leurs revenus, d’émigrer ou de travailler pour des multinationales.

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Savez-vous pourquoi l’IA a pu faire cela si facilement ? Parce que, depuis des décennies, les partisans de l’Idée russe – que personne ne remarquait jusqu’à récemment, et à peine aujourd’hui – n’ont cessé de travailler sur des livres, articles, textes, posts, matériaux et traductions. À force de travail, ils ont construit une vaste carte de la civilisation russe. Empire, Eurasie, multipolarité, État-civilisation, Monde russe, signification éternelle de l’orthodoxie, identité profonde, État-puissance, ontologie de l’État, géopolitique de la Terre, sacralisation du pouvoir, traditionalisme et valeurs traditionnelles, grande mission de la Russie, grand peuple, critique de l’unipolarité, de l’atlantisme, du libéralisme, de l’Occident, etc. – tout cela n’est pas que slogans, mais théories, systèmes, écoles et courants intellectuels.

Il existe un vaste récit patriotique russe, doté de ses propres théories et concepts, terminologies et systèmes. Lorsqu’on demande à une IA d’accomplir une tâche donnée, elle se tourne automatiquement vers ce corpus d’idées comme une évidence. Cela peut passer inaperçu au premier abord, mais c’est précisément l’IA – encore peu censurée – qui révèle l’ampleur de ce travail gigantesque: non seulement le fruit de nombreuses décennies, mais de siècles entiers, si l’on y inclut les slavophiles, les eurasistes, les nationaux-bolcheviks, les monarchistes, les penseurs orthodoxes, les sophiologues et les patriotes soviétiques.

Pour être complet, je vais présenter ce que l’IA a écrit sur Alex Karp lui-même et son projet.

81wEmZuEJ7L._SL1500_-2987249578.jpg- Le livre d’Alex Karp (PDG de Palantir Technologies), La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident (2025, co-écrit avec Nicholas W. Zamiska), est une critique acerbe de l’Occident moderne – et surtout de la Silicon Valley – ainsi qu’un manifeste sur la manière de restructurer les relations entre technologie, État et identité nationale.

Voici les principales idées du livre, résumées :

- Les États-Unis et l’Occident ont toujours été une « république technologique ».

- L’Amérique a dominé le 20ème siècle non seulement grâce à la démocratie, mais surtout en raison de sa supériorité technologique – particulièrement logicielle. La victoire lors de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre froide et l’essor d’Internet résultent d’une alliance étroite entre l’État et les ingénieurs (projet Manhattan, DARPA, les débuts de la Silicon Valley sous contrats du Pentagone).

La Silicon Valley s’est égarée

- Après la victoire dans la Guerre froide et l’avènement de la Pax Americana, ingénieurs et entrepreneurs sont passés de tâches d’intérêt national à des produits de consommation: réseaux sociaux, applications pour la livraison de repas, publicité et plateformes d’achat. Talents et ressources sont consacrés à des «futilités» au lieu de répondre à de vrais défis comme la défense, la criminalité, la médecine ou l’éducation.

Le modèle actuel est dangereux pour la survie de l’Occident

- Au 21ème siècle, la principale lutte pour le pouvoir est celle de la supériorité logicielle et de l’intelligence artificielle. La Chine et d’autres régimes autoritaires utilisent activement la technologie pour accroître leur puissance militaire et géopolitique. Si l’Occident ne revient pas à des priorités sérieuses, il perdra la nouvelle course aux armements.

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Une nouvelle alliance entre l’État et l’industrie logicielle est nécessaire

- Karp appelle explicitement à un partenariat étroit – et non à une séparation – entre l’État et les entreprises technologiques (comme Palantir Technologies). L’État doit adopter une mentalité d’ingénieur (solutions rapides, audace, concentration sur les résultats), tandis que les entreprises technologiques doivent orienter leurs talents vers la défense, la sécurité nationale et de grands objectifs civilisationnels.

La puissance dure requiert la foi douce

- La «puissance dure» (force militaire et technologique) est impossible sans «foi douce» – identité nationale partagée, culture, valeurs, patriotisme et sens du devoir. L’élite moderne, y compris la tech, manque de ces fondements «doux»: il n’y a plus de but commun, plus de fierté civilisationnelle, mais du conformisme, du relativisme et un nihilisme consumériste.

Les ingénieurs ne sont pas exempts de devoirs envers la nation

- Les ingénieurs talentueux et les fondateurs d’entreprise ne créent pas leur succès «à partir de rien» – ils bénéficient des acquis de la civilisation américaine (et occidentale). Ils sont donc censés faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation, plutôt que de simplement maximiser leur profit ou leur confort personnel.

Critique de la décadence et appel à l’ambition

- Ce livre est un réquisitoire contre la fragilité intellectuelle, la lâcheté des dirigeants, la perte d’ambition et le vide spirituel. Karp appelle à une «révolte» contre ce déclin et à un retour à de grands projets transformateurs – même s’ils sont impopulaires ou politiquement controversés.

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Globalement, le livre fonctionne à la fois comme :

 – un acte d’accusation contre la Silicon Valley contemporaine,

– un appel à la renaissance du « projet national » américain,

– et une justification de la mission de Palantir Technologies (travailler avec l’État, la défense, l’IA pour la sécurité).

[À ce stade, l’IA commence à pencher légèrement vers le « woke », tout en restant mesurée.]

Il s’agit d’un texte fortement « va-t-en-guerre », national-capitaliste et anti-postmoderne, que beaucoup ont interprété comme un manifeste pour une nouvelle ère de militarisme technologique en Occident.

Que vise la cyberstratégie de Trump en 2026?

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Que vise la cyberstratégie de Trump en 2026?

Leonid Savin

La doctrine néoconservatrice «Qui n’est pas avec nous est contre nous» dans le cadre de l’Internet global

En mars, le texte de la nouvelle cyberstratégie nationale des États-Unis a été publié. D’ailleurs, la page de couverture porte le titre: «Cyberstratégie de Donald Trump pour l’Amérique». Il est peu probable que le président des États-Unis possède les compétences nécessaires pour comprendre toute la complexité de l’infrastructure cybernétique critique du monde; et avec l’agression déclenchée contre l’Iran, il a déjà montré ses faiblesses. Ce document n’a fait que révéler, une fois de plus, le complexe de narcissisme pathologique du chef actuel des États-Unis. Ainsi que ses plans expansionnistes, puisqu’il y est affirmé que la domination des États-Unis sera établie dans le cyberespace. Auparavant, cela était désigné comme la dernière frontière à conquérir et à organiser. Il semble que Trump ait décidé d’endosser cette mission.

«Le cyberespace est né en Amérique», indique le début du document, qui ne fait que cinq pages, suggérant que les États-Unis ont pleinement le droit de dominer cette zone virtuelle spécifique et d’y instaurer leurs propres règles.

Il est dit que "contrairement aux autres administrations, l’administration Trump ne se limitera pas à des mesures partielles et des stratégies ambiguës qui ignorent le nombre croissant et la gravité des cybermenaces". "Le président Trump continuera à combattre directement les menaces dans le cyberespace. L’Amérique dispose d’innovations technologiques et économiques inégalées, d’une puissance militaire sans égale et d’une société attachée à la liberté et à l’expression ouverte".

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Le texte poursuit en évoquant les cybercriminels qui causent des dommages à l’économie (mais ils ne le font pas qu’aux États-Unis), avec la promesse de les combattre. En réalité, ces criminels fictifs sont manifestement politisés, puisqu’il est immédiatement précisé que les actions des États-Unis visent non seulement à rechercher et à bloquer l’argent volé aux citoyens américains, mais aussi à mener «une opération pour détruire l’infrastructure nucléaire de l’Iran ou à laisser nos adversaires aveugles et désemparés lors d’une opération militaire impeccable comme celle qui a permis de traduire en justice le narcoterroriste international Nicolás Maduro».

L’aveu de l’utilisation d’outils cybernétiques lors de l’opération contre le président démocratiquement élu du Venezuela et dans l’agression contre l’Iran, qui se poursuit encore aujourd’hui, est un signal clair adressé à d’autres États, en particulier à ceux désignés comme adversaires et à ceux qui figurent sur la liste des menaces pour les États-Unis (la Russie y est présente depuis près de 20 ans). D’ailleurs, le commandement cybernétique américain avait déjà reconnu avoir mené à plusieurs reprises des opérations avancées contre la Russie, notamment en aidant l’Ukraine.

Il est ensuite déclaré ce qui s’inscrit dans l’oxymore bien connu depuis l’occupation de l’Irak en 2003: la «défense préventive» – attaquer sous prétexte de se défendre: «Notre détermination est absolue. Nous agirons rapidement, de manière réfléchie et en anticipant, afin de neutraliser les cybermenaces contre l’Amérique. Nous ne limiterons pas nos actions à la sphère “cyber”. Nous déploierons des efforts sans précédent, de façon coordonnée et cohérente au sein du gouvernement américain. En travaillant avec nos alliés à travers le monde, nous défendrons les intérêts et la sécurité des États-Unis. Nous lutterons contre la limitation de la liberté d’expression. Nous vaincrons les adversaires qui vendent une intelligence artificielle “bon marché” et des technologies numériques intégrant la censure, la surveillance et des préjugés idéologiques… Nos adversaires ressentent et ressentiront de plus en plus les conséquences de leurs actes; nous démantèlerons leurs réseaux, traquerons les hackers et espions, et sanctionnerons les entreprises étrangères de hackers illégaux. Nous exposerons et embarrasserons l’espionnage en ligne, la propagande destructrice et les opérations d’influence, ainsi que les activités subversives de nature culturelle. En réprimant les campagnes cybernétiques des adversaires et en rendant nos réseaux plus sûrs et résilients, nous stimulerons l’innovation, accélérerons la croissance économique et assurerons la domination des technologies américaines. Nous abrogerons les réglementations lourdes et inefficaces pour permettre à nos partenaires industriels de mettre rapidement en œuvre de nouvelles technologies. Les partenaires du secteur privé doivent être capables de répondre et de se rétablir rapidement, afin d’assurer la continuité de l’économie américaine. Nous protégerons nos systèmes fédéraux, notre infrastructure vitale et nos chaînes d’approvisionnement, en plaçant la sécurité au cœur de l’innovation. Nous moderniserons nos systèmes d’information pour que l’ancienne infrastructure ne freine pas l’innovation. Nous agirons sur la scène internationale par la diplomatie, le commerce et des opérations, pour que les normes et standards reflètent nos valeurs. Nous mettrons à profit les talents et l’inventivité immenses de notre base de recherche privée. Nous établirons un nouveau niveau de relations entre les secteurs public et privé pour protéger l’Amérique en temps de paix comme en temps de guerre».

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Derrière ces phrases pompeuses se cache en réalité le désir banal d’empêcher toute concurrence loyale, car tout produit alternatif dans le domaine des technologies de l’information sera déclaré manœuvre ennemie, contre laquelle on luttera immédiatement par tous les moyens possibles (c’est-à-dire par une guerre hybride, y compris des moyens cinétiques). Et c’est un nouveau mensonge, car c’est justement aux États-Unis que sont développés et continuent d’être développés des mécanismes de censure dans l’espace Internet.

Le plan d’action comprend six points. Quatre d’entre eux concernent le développement de la production de haute précision et des investissements aux États-Unis, visant à développer les infrastructures critiques. Le cinquième concerne la chaîne d’approvisionnement et l’introduction des outils les plus récents, tels que l’intelligence artificielle et la cryptographie post-quantique. Il est également question de l’introduction de l’intelligence artificielle agentielle pour scanner les réseaux et de la cyberdiplomatie, c’est-à-dire de l’imposition, à d’autres pays et d'autres peuples, de logiciels produits aux États-Unis. Bien entendu, au nom de la démocratie mondiale et de la prospérité. Et s’ils refusent, ils seront inscrits sur la liste des adversaires, avec les conséquences correspondantes.

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Le sixième point concerne les ressources humaines et le développement des talents, afin de «combiner et utiliser les avantages des capacités existantes dans les milieux universitaires, les établissements professionnels et techniques, les entreprises et les possibilités du capital-risque — pour former et recycler nos employés existants dans le domaine de la cybersécurité dans divers secteurs et professions, ainsi que pour attirer la prochaine génération dans le développement et le déploiement de cybertechnologies et de solutions avancées ». Cela concerne l’industrie, les scientifiques, le gouvernement, les militaires.

En principe, la stratégie ne révèle pas de nouveaux horizons qui seraient fantastiques. Elle ne fait que confirmer le caractère agressif de la politique américaine et son intention d’établir une surveillance totale et un monopole dans le cyberespace.

Voir: https://fondsk.ru/news/2026/03/22/chto-nesyot-kiberstrate...

19:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : donald trump, cyberstratégie, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook