vendredi, 11 octobre 2024
L'évaluation fallacieuse de la manipulation des masses par Adorno

L'évaluation fallacieuse de la manipulation des masses par Adorno
Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/adornos-fallacious-evaluation-of?publication_id=2706601&post_id=150103341&isFreemail=true&r=jgt70&triedRedirect=true
À la lumière d'événements relativement récents survenus aux États-Unis, je trouve curieux que Theodor W. Adorno (1903-1969), alors qu'il tentait de rassembler des informations sur les caractéristiques psychologiques des personnes les plus prédisposées à accepter les idées fascistes, soit arrivé à la conclusion que la manipulation des masses conduisait à la « régression » de l'humanité. Malgré mon opposition à toute forme de coercition et de contrôle des masses, je ne suis pas du tout d'accord avec l'analyse d'Adorno.
Le mot « régression » désigne plus ou moins un retour à un état antérieur ou moins développé, mais l'histoire nous apprend que la manipulation perpétrée à l'échelle que l'on trouve dans l'Italie fasciste, dans la Chine de Mao ou, de facto, dans la société occidentale contemporaine, est en fait progressiste et pas du tout régressive. Pour qu'une société « régresse », elle doit certainement subir un retour aux origines, mais les sociétés de masse d'aujourd'hui, dans lesquelles un grand nombre de personnes sont contrôlées par une petite élite, ne sont guère plus qu'un simple point de repère sur le radar des millénaires humains et sont donc inextricablement liées à l'évolution linéaire de la civilisation elle-même. La manipulation de masse, en d'autres termes, est pratiquée par les empires et les États-nations et utilisée pour contrôler et influencer de larges populations ; ce n'est pas une caractéristique des sociétés dites primitives.
Soit dit en passant, un élément très révélateur des efforts de l'École de Francfort pour collecter de telles données est que si, entre 1929 et 1931, le groupe avait tenté d'évaluer le potentiel de révolution marxiste parmi les travailleurs allemands, en 1947, ses penseurs en exil faisaient pratiquement la même chose pour le compte de l'Université de Californie. À cette époque, Adorno et ses collègues - qui avaient passé la guerre à aider le gouvernement américain dans sa campagne contre Hitler - avaient complètement rejeté les notions de révolution et de lutte des classes, ce qui remet sans aucun doute en question leurs véritables motivations.
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Mircea Eliade et notre deuxième chute

Mircea Eliade et notre deuxième chute
Nicolas Bonnal
Point n’est besoin d’épiloguer sur la disparition piteuse et générale du christianisme («pas dans un boum, dans un pleurnichement», écrivait déjà Eliot dans son poème repris par Coppola dans Apocalypse) et le déclin général des religions. L’Occident ne décline pas à la sauce Spengler, il est tout bonnement crevé, et le reste du monde décline encore plus sûrement. Le «monde des machines» de Bernanos sera venu à bout de tout le monde.

Dans le Sacré et le profane, Eliade explique notre deuxième chute.
« Mais l'homme moderne qui se sent et se prétend areligieux dispose encore de toute une mythologie camouflée et de nombreux ritualismes dégradés. Comme nous l’avions mentionné, les réjouissances accompagnent la Nouvelle Année où l'installation dans une maison neuve présentent, laïcisée, la structure d'un rituel de renouvellement. On constate le même phénomène à l'occasion des fêtes et des réjouissances accompagnant le mariage ou la naissance d'un enfant, l’obtention d'un nouvel emploi, une promotion sociale, etc. »
Cet homme dégradé qui a frappé tous les penseurs traditionnels (voyez mon recueil) avait encore des compensations – toujours plus maigres :
« Tout un ouvrage serait à écrire sur les mythes de l'homme moderne, sur les mythologies camouflées dans les spectacles qu'il chérit, dans les livres qu'il lit. Le cinéma, cette « usine des rêves », reprend et utilise d'innombrables motifs mythiques : la lutte entre le Héros et le Monstre, les combats et les épreuves initiatiques, les figures et les images exemplaire (la « Jeune Fille », le « Héros », le paysage paradisiaque, I' « Enfer », etc.).
Même la lecture comporte une fonction mythologique : non seulement parce qu'elle remplace le récit des mythes dans les sociétés archaïques et la littérature orale, vivante encore dans les communautés rurales de l’Europe, mais surtout parce que la lecture procure à l'homme moderne une « sortie du Temps » comparable à celle effectuée par les mythes. »

Le culte de la peur du virus et le culte sacerdotal du vaccin et des experts nous aura montré que nous restons religieusement conditionnés mais pour le pire. Eliade :
« La grande majorité des «sans-religion» ne sont pas proprement parler libérés des comportements religieux des théologies et des mythologies. »
Comme Chesterton (« depuis que l’homme ne croit plus en Dieu il croit en tout »), avant lui Eliade voit que l’on recycle la religion facilement :
« Mais ce n'est pas uniquement dans les « petites religions » ou dans les mystiques politiques que l’on retrouve des comportements religieux camouflés ou dégénérés : on les reconnaît également dans des mouvements qui se proclament franchement laïques, voire antireligieux. Ainsi, dans le nudisme ou dans les mouvements pour la liberté sexuelle absolue, idéologies où l'on peut déchiffrer les traces de la « nostalgie du Paradis », le désir de réintégrer l’état édénique d'avant la chute, lors que le péché n'existait pas et qu'il n'y avait pas rupture entre les béatitudes de la chair et la conscience. »
Même le culte du héros subsistait avec la guerre, mais on se souvient du texte de Saint-Exupéry sur la fin de l’aviation (que dirait-il des drones…) :
« Il est intéressant encore de constater combien les scénarios initiatiques persistent dans nombre d'actions et de gestes de l’homme areligieux de nos jours. Nous laissons de côté, bien entendu, les situations où survit, dégradé, un certain type d'initiation: par exemple, la guerre, et en premier lieu les combats individuels (surtout des aviateurs), exploits qui comportent des « épreuves »> homologables à celles des initiations militaires traditionnelles, même si, de nos jours, les combattants ne se prennent plus compte de la signification profonde de leur « épreuves » et ne profitent guère de leur portée initiatique… »

On garde des comportements :
« En somme, la majorité des hommes « sans-religion » partagent encore des pseudo-religions et des mythologies dégradées. Ce qui n'a rien pour nous étonner, du moment que l'homme profane est le descendant de I'homo religiosus et ne peut pas annuler sa propre histoire, c'est-à-dire les comportements de ses ancêtres religieux, qui l'ont constitué tel qu'il est aujourd'hui.»
Mais finalement on arrive à la deuxième chute (même à la troisième on dirait…) avec l’effondrement des cultes, la sous-culture intellectuelle, le tourisme comme aventure (les bronzés…) et la liquidation du sens commun : comme disait magnifiquement Mgr Gaume :
« De toutes ces grandes réalités, vous n’avez qu’une connaissance vague, confuse, sèche et stérile. Vous avez des yeux, et vous ne voyez pas ; des oreilles, et vous n’entendez pas ; une volonté, et vous ne voulez pas. Fruit du don d’entendement, le sens chrétien, ce sixième sens de l’homme baptisé, vous manque.
Il manque à la plupart des hommes d’aujourd’hui et à un trop grand de nombre de femmes. Il manque aux familles, il manque à la société, il manque aux gouvernants et aux gouvernés, il manque au monde actuel. »

La deuxième – ou la troisième – chute ? C’est quand « dans le plus profond de son être on n’a le souvenir de rien ». Eliade :
« La non-religion équivaut à une nouvelle« chute » de l'homme : l’homme areligieux aurait perdu la capacité de vivre consciemment la religion et donc de la comprendre et de l’assumer ; mais, dans le plus profond de son être, il en garde encore le souvenir, de même qu'après la première « chute », et bien que spirituellement aveuglé, son ancêtre, l'homme primordial, Adam, avait conservé assez d'intelligence pour lui permettre de retrouver les traces de Dieu visibles dans le Monde. Après la première « chute », la religiosité était tombée au niveau de la conscience déchirée: après la deuxième, elle est tombée plus bas encore, dans les tréfonds de l’inconscient : elle a été « oubliée ». Ici s'arrêtent les considérations de l'historien des religions.
Ici aussi commence la problématique propre au philosophe, au psychologue, voire au théologien. »
Et comme on en citait un, de théologien :
« Monde de prétendues lumières et de prétendu progrès, il ne reste pour toi qu’un dernier vœu à former, c’est que l’Esprit d’intelligence te soit donné de nouveau et te montre à nu l’abîme inévitable, vers lequel te conduit à grands pas l’Esprit de ténèbres, redevenu, en punition de ton orgueil, ton guide et ton maître. »
Sources:
https://lesakerfrancophone.fr/monseigneur-gaume-et-le-car...
https://www.amazon.fr/Sacr%C3%A9-Profane-Mircea-Eliade/dp...
https://www.amazon.fr/grands-auteurs-traditionnels-Contre...
19:15 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, nicolas bonnal, mircea eliade, mythes |
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Directive de Douguine: «Le conflit au Moyen-Orient est le début d'une grande guerre»

Directive de Douguine: «Le conflit au Moyen-Orient est le début d'une grande guerre»
Alexandre Douguine
Alexandre Douguine affirme que l'escalade du conflit au Moyen-Orient marque le début d'une grande guerre mondiale, l'Iran et ses alliés affrontant Israël et l'hégémonie occidentale, ouvrant ainsi un deuxième front après l'Ukraine.
Les frappes de missiles de l'Iran sur Israël sont une étape naturelle pour la République islamique d'Iran. Il s'agit d'une réponse aux actions antérieures d'Israël contre le Hezbollah libanais, notamment l'assassinat de son chef, le cheikh Sayyed Hassan Nasrallah, et du chef politique du Hamas, Ismail Haniyeh (tué à Téhéran), ainsi qu'au génocide de civils à Gaza.
Il est difficile de dire si les centaines de missiles iraniens ont atteint leurs cibles car, comme dans tous les conflits militaires, les deux parties ont tendance à cacher la situation réelle. Toutefois, force est de constater que la guerre au Moyen-Orient, que de nombreux experts prédisaient inévitable, est déjà devenue une réalité. Un « deuxième front » dans la confrontation entre le monde multipolaire émergent et l'hégémonie occidentale est désormais ouvert. Le premier front est l'Ukraine, le second est le Moyen-Orient.
Pendant longtemps, après l'invasion israélienne de Gaza et le début du génocide de masse contre les civils, le Hezbollah a hésité à entrer directement en guerre. L'Iran a également retardé toute action sérieuse, tentant de trouver un terrain d'entente avec l'Occident par l'intermédiaire de son nouveau président. Cependant, le guide suprême, l'ayatollah Khamenei, a décidé de lancer une attaque massive de missiles sur Israël.

L'escalade a franchi une nouvelle étape. Les troupes israéliennes ont envahi le sud du Liban. Le bombardement de Beyrouth et de l'ensemble du territoire libanais est devenu la norme. Un autre front s'ouvrira sans aucun doute pour Israël en Syrie. Je pense également que l'Irak sera de plus en plus entraîné dans la coalition anti-israélienne, étant donné que la population et le gouvernement irakiens sont majoritairement chiites. On peut donc considérer que la Grande Guerre au Moyen-Orient est en cours.
Mais quel est l'équilibre des forces dans cette guerre ? Il est clair qu'Israël dispose d'un avantage technologique considérable. Tant que la technologie décide de tout, Israël reste le camp le plus fort du conflit, même par rapport au Hezbollah et à l'Iran, qui sont bien armés. Oui, les dirigeants du Hezbollah ont été éliminés. Oui, il a subi d'énormes pertes à la suite d'opérations de renseignement israéliennes. Oui, l'Occident soutient Israël.
Néanmoins, nous ne devons pas sous-estimer l'immense supériorité numérique des forces de l'Axe de la Résistance sur Israël. Lorsque la situation en Israël atteindra un point de rupture avec la population palestinienne (plus de deux millions de Palestiniens en Israël même, plus de quatre millions dans les deux territoires palestiniens), la situation deviendra critique.
Bien sûr, l'Occident peut aider Israël à intercepter les missiles et à lancer des frappes. Mais que faire de cette « mer d'Arabes » qui a subi un génocide à Gaza et qui est systématiquement et cyniquement détruite par Israël sur son territoire, en violation de toutes les normes de la guerre ? Je pense que nous sommes proches d'une véritable explosion de colère arabe contre Israël, qui ne pourra pas être contenue très longtemps.
Progressivement, cette guerre prendra un caractère encore plus large. Et il faut dire que cette situation profite au Premier ministre israélien Netanyahou. Lui et son cabinet d'extrême droite, qui comprend des ministres de la faction sioniste religieuse radicale, tels que Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, ont pour objectif eschatologique de créer le « Grand Israël ». Le gouvernement de M. Netanyahou part du principe qu'il a un « crédit messianique », croyant que l'arrivée du « Machia'h » (le messie juif, roi des Juifs qui soumettra toutes les nations au peuple juif, mais qui est perçu comme l'Antéchrist ou Dajjal par les Chrétiens et les Musulmans) est proche.

Ainsi, la guerre contre les Arabes est considérée comme sacrée par les sionistes religieux, adeptes du rabbin Kook et de Dov Ber Levi Soloveitchik, qui, au milieu du 20ème siècle, ont béni la saisie des terres arabes en vue de la création du « Grand Israël », ou par des rabbins modernes comme Dov Lior, qui défendent des points de vue similaires. Son point culminant devrait être la destruction de la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple à Jérusalem et le début de la construction du troisième Temple, où le Machia'h juif doit régner. Dans le même temps, on assiste à une mobilisation eschatologique de la population islamique de la région, en particulier des chiites.
La situation ne peut donc que s'intensifier. Les sionistes religieux pensent qu'ils peuvent hâter la venue de leur Machia'h par des actions radicales et agressives, une nouvelle guerre du Kippour. Bien qu'une partie importante de la population israélienne soit laïque et n'y croit pas, elle organise des manifestations de masse contre Netanyahou, demandant : « Nous vivions bien dans une société démocratique, et soudain il y a cette guerre étrange et terrifiante », blâmant Netanyahou pour ce qui se passe.
Cependant, dans le monde islamique, il existe également une position forte en faveur de l'escalade, les chiites étant les plus préparés à un scénario eschatologique. Israël, le régime sioniste, est considéré comme le serviteur du Dajjal (Antéchrist), qui doit être combattu. Pour la plupart des musulmans ordinaires, il s'agit simplement d'une guerre pour la survie, une guerre ethnique. À Gaza, Israël procède à un nettoyage ethnique, tuant des dizaines, voire des centaines de milliers de Palestiniens pacifiques.

Il est difficile de prédire comment les événements vont se dérouler. Il est clair que pour l'administration Biden, il s'agit d'une situation très désagréable, qui détourne l'attention de l'Ukraine, dont le soutien est rapidement devenu secondaire. Il s'agit également d'un coup dur pour l'économie mondiale, car l'Iran pourrait bloquer le détroit d'Ormuz à tout moment, ce qui affecterait les routes commerciales vitales. À cela s'ajoute l'activité des Houthis pro-iraniens au Yémen, en mer Rouge et en mer d'Arabie, et même dans l'océan Indien. Cela représente un scénario sombre pour l'administration américaine actuelle, tout en créant une opportunité pour Trump, un partisan du sionisme religieux et un apologiste de Netanyahou.
En raison de l'escalade au Moyen-Orient, le monde entier est ébranlé. C'est la principale conséquence du début de la Grande Guerre.
Mais quelle position la Russie doit-elle adopter dans cette situation? Il s'agit bien sûr d'une question très délicate. D'une part, Israël n'est pas notre ennemi. D'autre part, l'Iran, les Houthis yéménites, le Hezbollah, les Syriens de Bachar el-Assad et les chiites irakiens sont nos amis et nos alliés stratégiques.
Nos partenaires stratégiques, qui ont largement soutenu la Russie dans sa confrontation avec l'Occident au sujet de l'Ukraine, sont désormais des ennemis farouches (jusqu'à la mort) d'un pays avec lequel la Russie entretient des relations neutres. Mais si l'on considère que derrière Israël se tient l'Occident mondialiste - les mêmes forces qui soutiennent nos ennemis directs en Ukraine, la junte de Kiev - un modèle géopolitique très complexe se dessine. Les dirigeants russes sont donc confrontés à un dilemme.
D'une part, nous semblons nous diriger vers un soutien total aux forces de l'axe de la résistance dans leur lutte, non pas tant contre Israël lui-même, mais contre l'Occident collectif qui le soutient. D'autre part, Poutine (bien que dans une moindre mesure que Trump) se sent proche des politiques de droite de Netanyahou, de son désir d'un État plus fort et de sa défense des valeurs traditionnelles (pour les Juifs). Cependant, cette politique israélienne n'est pas suffisamment proche pour que nous allions à l'encontre de nos propres intérêts géopolitiques.
Nous constatons que la position du ministère russe des affaires étrangères et du Kremlin tend à soutenir l'Iran, les chiites, les Palestiniens, les Libanais, les Yéménites et les Irakiens, et à s'opposer ouvertement à l'Occident global. Mais à un moment donné, nous devrons également prendre position à l'égard d'Israël. Nous ne pouvons pas oublier que certains sionistes de droite en Russie ont soutenu Moscou dans le conflit ukrainien. Il s'agit également d'un facteur important. Mais l'emportera-t-il sur notre alliance géopolitique avec les forces de l'Axe de la Résistance ? La question reste ouverte. À mon avis, l'attitude de la Russie à l'égard d'Israël sera considérablement réévaluée, ce qui entraînera un refroidissement notable des relations.
19:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : actualité, proche-orient, levant, israël, palestine, liban, sionisme, gaza |
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Harris contre Trump avec les États-Unis ciblant l'Eurasie

Harris contre Trump avec les États-Unis ciblant l'Eurasie
« Le rêve de la 'fin de l'histoire' de Fukuyama ayant disparu, la guerre, le réarmement et la confrontation entre les grandes puissances sont de retour. Et les États-Unis réaffirment leurs priorités stratégiques en opposition aux puissances eurasiennes ».
par Gianni Marocco
Source: https://www.barbadillo.it/115872-focus-2-harris-vs-trump-...
De la doctrine Monroe à la domination du Pacifique et de l'Atlantique, poursuivie, sur la base d'une option géopolitique discutable, par l'administration de Franklin D. Roosevelt, à la fin des années 1930, avec un territoire métropolitain encore inattaquable par les armes de l'époque, telle est lasituation historique. Même si les intérêts vitaux des États-Unis n'étaient pas menacés (comme en 1917) par l'Allemagne ou le Japon, qui ne voulaient/pouvaient pas « asservir le monde » (une absurdité encore affirmée) et avec une majorité neutraliste et isolationniste à l'intérieur du pays. Jusqu'à l'attaque japonaise « cyniquement provoquée » sur Pearl Harbor en décembre 41, exaspérant Tokyo et ignorant même les avertissements des services de renseignement. Cette thalassocratie (du grec « mer » et « puissance »), domination navale et commerciale, déjà britannique jusqu'en 1918, puis « héritée » par l'ancienne colonie, s'exerçait, aussi idéologiquement, sur de grands espaces maritimes et les territoires qui les bordent.
Il y eut ensuite la doctrine Truman (mars 1947) pour soutenir les pays attaqués par le communisme, comme la Grèce, alors en pleine guerre civile. Churchill avait évoqué le « rideau de fer » un an plus tôt. Heureusement qu'en Italie, c'est le pape Pie XII qui a fait perdre les élections d'avril 1948 au Front démocratique populaire (hégémonisé par les communistes staliniens), en mobilisant les curés et l'Action catholique, et non la DC de De Gasperi, ni même les accords de Yalta... Puis vinrent les tentatives américaines de retour en arrière, l'OTAN en 1949, le Pacte de Varsovie, la guerre froide, la Corée, le Vietnam, la doctrine de sécurité nationale pour l'Amérique latine, après 1962 et la crise des missiles de Cuba (assortie d'une formation militaire pour les « pays amis » à l'École des Amériques de Panama), la guerre du Golfe, la doctrine de la guerre préventive de Bush Jr. après le 11 septembre 2001, la guerre d'Irak, l'invasion de l'Afghanistan, les contractants, la lutte contre le terrorisme islamique, les assassinats « ciblés », etc.


La documentation sur le sujet est vaste, il suffit de naviguer un peu sur le web. Deux textes en italien me semblent dignes d'être mentionnés ici : Phil Kelly, Saggi scelti di geopolitica classica. Dai nuovi heartland alle guerre dell'acqua (Callive, 2023) et La geopolitica anglosassone : dalle origini ai nostri giorni (Guerini, 2023) de Federico Bordonaro. Kelly est professeur de sciences politiques à l'Emporia State University (Kansas), membre du Forum Mackinder et théoricien de la géopolitique classique.


Federico Bordonaro est professeur de géopolitique et d'histoire de l'Europe de l'Est à l'université Webster de Vienne et à l'université Sapienza de Rome, spécialiste des questions de sécurité européenne et de la pensée géopolitique.
Je transcris ci-dessous, à partir de « Analisi Difesa », La geopolitica anglosassone, article d'Alberto Cossu (30 septembre 2023), une critique de l'ouvrage précité, stimulant et original, de Bordonaro :
Le rêve de la « fin de l'histoire » de Fukuyama ayant disparu, la guerre, le réarmement et la confrontation entre les grandes puissances sont de retour. Et les Etats-Unis réaffirment leurs priorités stratégiques face aux puissances eurasiatiques, Russie et Chine, dans la lignée de la géopolitique classique. Une stratégie fondée sur la nécessité pour la puissance maritime de dominer l'espace terrestre entre l'Allemagne et la Russie et leurs mers fermées, la Baltique et la mer Noire. L'objectif est d'affaiblir la puissance russe et d'isoler la Chine, et d'empêcher la constitution d'un agrégat de puissance capable de défier la puissance américaine ».
Le rôle des États-Unis (le camp des dems in primis) se caractérise par certains piliers de la politique étrangère :
« Le leadership mondial, la défense et la promotion de l'ordre libéral international, la prévention de l'émergence de puissances hégémoniques en Eurasie. Une puissance qui dominerait l'Eurasie exercerait une influence énorme. L'Eurasie n'a pas la capacité de créer son propre ordre capable d'empêcher l'émergence d'un hégémon régional. Par conséquent, l'Eurasie a besoin de l'aide de pays extérieurs pour empêcher l'émergence d'autocraties ou de déséquilibres de pouvoir ».
Cette logique est reprise dans le document de stratégie de sécurité nationale de 2022 :
« Les États-Unis sont une puissance aux intérêts mondiaux. Nous sommes forts dans une région si nous pouvons maintenir un engagement affirmé dans une autre. Si une zone régionale sombre dans le chaos ou est dominée par une puissance hostile, cela affecte négativement nos intérêts ».
Il s'agit de la mise en œuvre des postulats de la géopolitique classique, dérivés de la célèbre théorie du Heartland de Halford J. Mackinder, élaborée dans The Geographical Pivot of History (= Le pivot géographique de l'histoire), 25 janvier 1904. Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, dans The Grand Chessboard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives (1997), a théorisé le fait que sans le contrôle de l'Ukraine, la Russie perdrait son rôle de puissance européenne. Pour affaiblir la Russie, il faudrait la combattre en Ukraine. Le conflit russo-ukrainien offre, pour Bordonaro, des clés d'interprétation autres que l'attribution habituelle de toute responsabilité à l'impérialisme russe.
(Sources: https://www.analisidifesa.it/2023/09/la-geopolitica-anglossasone ; https://www.vision-gt.eu/institute)
Il sera bon de ne pas oublier que l'administration Biden-Harris, en choisissant l'option "proxy war", en immolant des Ukrainiens (depuis le Vietnam, les Américains ne veulent plus être des soldats combattants et mourir pour l'"Arsenal"), en humiliant à nouveau l'Allemagne avec la main lourde des vainqueurs de 1945, n'a pas pris la seule voie possible. Je suis convaincu qu'avec Trump il n'y aurait pas eu de conflit armé. Moscou était déjà entourée de pays de l'OTAN: cela valait-il la peine de la « donner » à Pékin (ainsi qu'aux BRICS+ restants) ? Pour débiliter l'Europe occidentale, pas moins que la Russie, comme l'a montré l'affaire Nord Stream ? Forte myopie des partenaires, soumis à tous les diktats US-OTAN-Bruxelles : de simples associations d'obséquieux à qui l'on peut soutirer de l'argent ? Aujourd'hui et pour l'interminable reconstruction de l'Ukraine ?
Tel est, dans ses grandes lignes, l'arrière-plan américain commun aux deux challengers. Et l'heure est grave. L'Italie, avec plus d'une centaine de bases US-OTAN sur son territoire, héritage de la défaite de 1943, dont au moins deux - Ghedi (Bs) et Aviano (Pn) - équipées d'engins atomiques, serait une cible quasi obligée en cas de conflit nucléaire. Voulons-nous courir ce risque énorme au nom des intérêts égoïstes d'autrui ?
18:34 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : donald trump, kamala harris, états-unis, géopolitique, actualité, europe, affaires européennes |
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