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mercredi, 08 février 2017

Neturei Karta et autres juifs contre le sionisme

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Neturei Karta et autres juifs contre le sionisme

Par Daniele dal Bosco

(texte tiré de: http://www.centrostudilaruna.it )

« L’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme : c’est tout simplement la critique des actions criminelles d’un Etat particulier » (Noam Chomsky).

Beaucoup d’entre nous ont vu à la télévision, dans les journaux ou sur la grande toile des manifestations dans les rues des grandes villes, surtout dans les pays anglo-saxons ou en Israël, organisées par des juifs à longues barbes et à papillotes (payot), brandissant, en guise de protestation, des drapeaux et des fanions palestiniens, des calicots affichant des slogans antisionistes et, au cou, l’effet vestimentaire le plus symbolique des Palestiniens, devenu célèbre dans le monde par Arafat : le keffieh.

Les médias israëliens, et la plupart des médias internationaux, surtout anglo-saxons et européens, les considèrent comme un groupe d’orthodoxes extrémistes qui nient l’évidente connexion qu’il y a entre sionisme et judaïsme. Leur groupe ne compte que quelques milliers de personnes mais, en réalité, ceux qui, tant parmi les juifs que parmi les « gentils »,  semblent s’aligner sur l’essentiel de leurs idées, à la base de leurs protestations, sont bien plus nombreux.  Cependant, la crainte de « blesser » les victimes de l’holocauste, d’être mal jugé ou, pire, d’être taxé de « raciste » est encore profondément ancrée dans le subconscient collectif de l’humanité depuis plus de 70 ans, grâce au colossal travail de la propagande médiatique.

Les membres du mouvement Neturei Karta font partie d’un groupe de juifs orthodoxes, les haredim, qui se composent de plus d’un million de personnes, divisées en plusieurs sous-groupes, plus ou moins extrémistes, lesquels sont majoritairement hostiles au sionisme, hostilité qui se manifeste, par exemple, dans le refus de faire le service militaire imposé par l’Etat israélien. Les Neturei Karta refusent, en plus, toute représentation politique et tout subside économique de la part de l’Etat d’Israël.

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Tout comme le grand intellectuel et linguiste Noam Chomsky et l’historien américain moins connu Norman G. Finkelstein, les Neturei Karta font leurs les expressions les plus fortes de la foi mosaïque et s’opposent au sionisme, idéologie qui, dès les années 40 du siècle passé, était partagée par une majorité de juifs. Un autre groupe de haredim (notamment des hassidiques) était également antisioniste, bien que cet antisionisme ait été diffus. Ce groupe est celui dit de Satmar. Il a été fondé en Roumanie en 1905 par le Rabbin Joel Teitelbaum. Ce dernier a exprimé ses idées antisionistes dans un texte intitulé Vayoel Moshe (paru en 1961). Elles sont à la base des vues du Conseils Orthodoxe de Jérusalem (Edah HaChareidis).

L’antisionisme des Neturei Karta, comme celui des autres groupes orthodoxes juifs, a toujours été pensé comme hostile à l’existence d’un Etat juif en terre palestinienne, sans pour autant nier le caractère sacré que le judaïsme confère à cette terre palestinienne (Eretz Yisrael). Ils se réfèrent aux écritures sacrées des juifs, plus spécifiquement au Talmud, selon lequel il est interdit de créer par la force un Etat juif avant la venue du Messie (Mashiach ben David). De plus, ces textes interdisent explicitement de dominer et d’humilier d’autres peuples. Le Talmud, dans le traité dit Ketubot 111a, affirme clairement que les juifs ne peuvent retourner en masse en terre sainte, ne peuvent se rebeller contre l’épreuve de la diaspora, voulue par Dieu, ni forcer la venue du Mashiach.

Dans la vision sioniste, au contraire, la terre palestinienne, celle de l’antique Israël, est étroitement liée à l’Etat d’Israël, selon la vision du Rabbin Zvi Yehuda Kook, chef de file du sionisme religieux d’après-guerre. Quant au mouvement juif postsioniste, que l’on retrouve principalement dans les milieux universitaires et intellectuels, il propose, dans sa forme la plus courante, un dépassement de l’idéologie sioniste mais sans toucher au lien entre la terre et la souveraineté territoriale de l’Etat d’Israël.

Les Neturei Karta, terme qui signifie, en araméen, les « Gardiens de la Cité », ont leur siège dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem. Le mouvement a été créé en 1938 par les Rabbins Amram Blau et Aharon Katzenelbogen. Ils se référaient tous deux à l’antisionisme de Jacob Israël de Haan, un journaliste juif que les sionistes ont assassiné à Jérusalem en 1924 parce qu’il s’opposait fermement à la création d’un Etat d’Israël.  Le Rabbin Meir Hirsch  -fils de Moshe Hirsch, lui-même gendre de Rabbi Katzenelbogen, chef de file des Neturei Karta et conseiller d’Arafat- soutenait la thèse suivante : « Le sionisme, pour nous, est la continuation de la Haskalah, c’est-à-dire des Lumières juives, qui veulent que le judaïsme ne soit plus observer que dans la vie privée et jamais dans la vie publique. Theodor Herzl, considéré comme le fondateur du sionisme, est un adepte de la Haskalah. Dans ses journaux intimes, il raconte que le sentiment sioniste est né en lui après une querelle avec un passant dans les rues de Paris, passant qui l’avait injurié copieusement, usant de vocalbes antisémites. Herzl a été profondément meurtri par cet incident et s’est mis à penser que l’unique solution, pour les juifs, était de créer un Etat sous le signe de la Haskalah. Le sionisme est donc une idéologie qui a amené tout un peuple à la mécréance, l’arrachant ainsi à sa véritable nature juive » (1).

Herzl, dans son célèbre livre Der Judenstaat (1896), renouait avec les visions proto-sionistes du rabbin sépharade Yehudah Alkalai (1798-1878) (2) qui, en 1838 déjà, dans un pamphlet intitulé Shema Yisrael (« Ecoute, ô Israël »), proposait de commencer à établir des colonies juives sur la terre d’Israël, afin de préparer la venue du Messie. Des idées similaires s’exprimaient également chez l’un de ses contemporains, le rabbin askénaze Tzvi Hirsch Kalischer (1795-1874). A cette époque-là, la majorité des juifs considéraient que de telles idées étaient hérétiques, dans la mesure où ils croyaient, à l’instar des Neturei Karta d’aujourd’hui, que seule l’intervention divine, par l’intermédiaire de l’avènement du Mashiach, allait permettre un retour à la Terre Sainte.  

Pour les Neturei Karta, la diaspora a été une punition divine et, dès lors, les uniques propriétaires de la Palestine sont les Palestiniens. Ils ne vont pas prier au Mur Occidental (Kotel), connu sous le nom de « Mur des Lamentations » parce qu’ils considèrent que toute la ville de Jérusalem-Est est une terre occupée (3). Ils entretiennent des rapports avec le Hamas, le Hizbollah et l’Iran. Ils contestent l’instrumentalisation par les sionistes de l’holocauste. Ils communiquent entre eux en utilisant les pashkvil, des communiqués en forme de manifeste qu’ils collent ou affichent sur les murs dans les rues, mode typique aux communautés juives orthodoxes.

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Il est curieux de noter que les deux partis, antisionistes et sionistes, font référence à la figure d’Amalek, le premier ennemis des Israélites après le passage de la Mer Rouge. Amalek était le petit-fils d’Esaü, le frère jumeau de Jacob (appelé aussi Israël) (4). Esaü avait ordonné à Amalek de poursuivre Jacob pour l’éternité, l’accusant d’ l’avoir privé de son droit d’aînesse et de lui avoir ravi l’amour de leur père, Isaac. Le personnage biblique d’Amalek est instrumentalisé de diverses manières par les sionistes et les antisionistes : certains sionistes considèrent que les Palestiniens sont les descendants d’Amalek, tandis que certains antisionistes, comme les Neturei Karta, associent les sionistes à la descendance d’Amalek. Au-delà de ces associations et références à l’antiquité juive, utilisées à des fins de propagande, on peut admettre que la vision traditionaliste des Neturei Karta est, en milieux juifs, plus proche de l’idée et de la vision traditionnelle et métaphysique. Dans leur vision, le peuple ou la nation d’Israël est une réalité métaphysique, dans la mesure où elle ne peut pas exister sans la Torah et sans la foi ; par voie de conséquence, la forcer à demeurer sur un territoire déterminé, comme on l’a vu ci-dessus, est contraire aux écrits des textes sacrés. En ce sens, ils s’opposent totalement à la vision matérialiste du sionisme, qui déracine le peuple juif, c’est-à-dire l’arrache à ses racines métaphysiques (5).

L’opposition à tout abus dans l’usage du terme « Israël » est, dans cette perspective, une confirmation supplémentaire du caractère traditionnel du mouvement Neturei Karta. Ils déclarent explicitement que « l’Etat qui vient d’être appelé ‘Israël’ devrait cesser d’exister. Si cela n’arrive pas, nous voulons qu’il ne s’appelle plus ‘Israël’ parce que sa nature toute entière est en opposition totale au vrai peuple d’Israël (…). Les chefs sionistes n’ont aucun droit de se poser comme les représentants et les porte-paroles du vrai peuple d’Israël » (6).

Notes:

(1) http://www.tpi.it

(2) Ceci pour démontrer que le sionisme n’est pas une invention purement askénaze, comme on le croit souvent erronément.  

(3) La partie orientale de Jérusalem a été annexée par Israël en 1967, après la guerre des six jours.

(4) « Je ne t’appellerai plus Jacob mais Israël parce que tu as combattu avec Dieu et contre les hommes et tu as vaincu ! » (Genèse, 32, 29).

(5) L’interprétation du peuple d’Israël comme entité métaphysique est typiquement cabbalistique et s’exprime dans la Kabbalah moderne, par exemple chez Michael Laitman, lequel est d’accord avec les Neturei Karta, pour dire que le véritable Israël, c’est-à-dire l’Israël métaphysique, ne pourra se manifester qu’avec l’avènement du Messie. Là où le Messie se manifeste, pour Laitman, est son lignage, non comme celui d’une personne spécifique, mais comme une force de la Lumière divine qui revient vers nous, comme un labeur spirituel qui l’attire vers notre réalité. Toutefois, Laitman et, avec lui, bon nombre de cabbalistes juifs, à la différence des Neturei Karta, ne s’oppose pas au sionisme et à l’Etat d’Israël, les considérant comme un passage nécessaire dans la préparation à la venue du Messie. Cette séparation nette entre métaphysique et « physique » de la réalité, cette vision dualiste, typique de la Kabbalah, est explicitée dans un langage typiquement symbolique, a-logique et interprétable, rendant la vision traditionnelle cabbaliste difficilement confrontable à celle étudiée spécifiquement par les traditionalistes, par les chrétiens, les hindouistes, les musulmans et les taoïstes voire par la Grèce et la Rome antiques. Ce qui est commun, en général, aux diverses visions traditionnelles, sauf dans une certaine vision guénonienne moderne (voir : Sull’origine della visione economica in René Guénon), c’est le manque de séparation entre les parties du réel, entre la métaphysique et la « physique ». La vision islamique, et plus encore soufie, est exemplaire à ce propos.

(6) http://www.nkusa.org

 

lundi, 16 janvier 2017

The bizarre world of Christian Zionism

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F. William Engdahl:
 
‘Soldiers of Christ’
The bizarre world of Christian Zionism
 
(avec l'aimable autorisation de l'auteur)
 
Praying for Armageddon
 
It was impossible to grasp how such a drastic foreign policy shift could occur between the time of Eisenhower in the 1950’s and George W. Bush, without one little-known element: understanding the political power base the Israeli right-wing Likud Zionist lobby built up around the American Christian Born-Again right-wing.
 
The most striking and paradoxical feature of the Likud-US strategic linkup was the fanatical backing for the militant expansion of Israel from the side of various nominally Christian denominations and organizations in the United States. Behind the religious façade, was a well-organized political machine directly tied to Tel Aviv and Washington power centers.
 
The peculiar Christians, who called themselves Christian Zionists, and who formed the core activist voter machine of the Bush Presidency, preached a doctrine quite different from the traditional Christian Gospel of love for fellow men and tolerance. They preached hate and war, a militant brand of belief that had more similarity with the 12thCentury bloody Crusades than with modern Christianity.
 
In 1977, Israeli intelligence services, under the direction of  Dr. Jonah Malachy, quietly began to conduct a detailed profile of all the many different Christian organizations in the United States, and profiled them according to how they regarded the existence of Israel, in terms of their Christian belief.
 
The Israeli researchers found the most fertile soil in the Southern US states, which traditionally had been based on cotton or tobacco slavery, and whose white elites had been shaped over generations on a belief in white superiority over blacks, or other whites such as Catholics or even Jews. These white protestants, whether Southern Baptist, Methodist or one of the growing number of Born Again charismatic sects proliferating in the South after World War II, were ripe for manipulation on the subject of Israel. All it needed was some fine adjustments of their theology.
 
Ironically, many of these Born-Again Christians were anti-semitic, anti-Jewish. Their new Israeli friends knew this well, and cynically proceeded to forge a strategic alliance in which the Israeli or pro-Israeli think-tanks they created in Washington would be supported in their Israel political agenda by the growing army of Born Again Christian voters.
 
Under ordinary conditions, the American Christian Zionists would have remained one of many tiny sects in America calling themselves Christian. The events surrounding the shocking terror attacks of September 11, 2001 and the demagogic manipulation of those events by a nominally Born-Again President George W. Bush, dramatically changed that and made Christian Zionism a far more serious political force within US politics, more so because most of its members were white, upper middle-class Republicans. They had built a highly organized national political machine and had leveraged their influence to an almost decisive factor, often deciding whether a given candidate for national office would win or lose. 
 
BT-BSW0345314277.jpgAs Jewish scholar Barbara Tuchman documented in her famous account of British Zionism, Bible and Sword, the roots of Christian Zionism went back to the British Imperial ideology, in which certain very prominent British establishment figures including Lord Palmerston, Lord Balfour and Shaftesbury saw support for a Jewish home in Palestine as part of a manufactured or synthetic ideology in which they claimed the British people to be the ‘Chosen People’, the ‘Lost Tribe of Israel.’
 
The Roots of Christian Zionism
 
John Nelson Darby, a renegade Irish priest who died in 1881 created the idea of ‘the Rapture” as he founded a new brand of Christian Zionism, in which what he called ‘Born-Again Christians” would be taken up to Heaven before the second coming of Christ—their ‘rapture.’ Darby also put Israel at the heart of his strange new theology, claiming that an actual Jewish state of Israel would become the ‘central instrument for God to fulfil his plans for a final Battle of Armageddon.’
 
Darby travelled widely in the United States and won adherents to his bizarre sect, creating the beginnings of American Christian Zionism, including the famous US Bible interpreters Dwight L. Moody, who founded the Moody Bible Institute in Chicago and the 1930’s preacher, Billy Sunday and Cyrus Scofield. In 1909 Scofield published the Scofield Bible with footnotes interpreting Bible passages according to the Darby Christian Zionist world. That Scofield Bible was by the end of the 20th Century the basis for all US Christian Zionist and Born Again teaching in what was the fastest growing sector of the Christian faith in the US.
 
Christian Zionists like Reverend Jerry Falwell and Rev. Pat Robertson could be traced back to a project of British Secret Intelligence services and the British establishment to use the Zion ideology to advance Empire and power in North America. American Christian Zionists in the period of American Empire in the 1950’s and later, merely adopted this ideology and gave it an American name. 
 
These American Christian Zionists, just below the surface, preached a religion quite opposite to the message of love and charity of the Jesus of the New Testament. In fact, it was a religion of hate, intolerance and fanaticism. The soil it bred in was the bitter race hatreds of the post-Civil War US South held by generations of whites against blacks and, ironically, against Catholics and Jews as ‘inferior’ races. Their religion was the religion of a coming Final Battle of Armageddon, of a Rapture in which the elect would be swept up to Heaven while the ‘infidels’ would die in mutual slaughter.
 

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In the months following the US September 11 attacks, Rev. Pat Robertson repeatedly preached the notion that Muslims were “worse than the Nazis.” On his Christian Broadcasting Network in November 2002, Robertson declared, “Adolf Hitler was bad, but what the Muslims want to do to the Jews is worse.” Robertson, claiming to be a man of God, refused to retract the hate speech despite much public outcry. In other comments, he compared the Qu’ran to Hitler’s Mein Kampf as a blueprint for world domination, hardly constructive words to heal the wounds of a nation still in shock after September 11, or to win friends abroad.
 
In an October 2002 CBS ‘Sixty Minutes’ TV broadcast, Robertson’s Christian Zion friend, Rev. Jerry Falwell declared, “I think Muhammed was a terrorist, a violent man, a man of war…” Bush’s War on Terror was being defined by his Christian Zionist base as a holy “Crusade” against Islam, Sir Bernard Lewis’s Clash of Civilization, adapted by Harvard Professor Samuel Huntington in a famous 1993 Foreign Affairs article as the “clash of civilizations.”  It asserted that following the collapse of the Soviet Union the main conflict in the world would be between opposing cultural and religious identities.
 
In his 1993 article, Huntington had argued, “World politics is entering a new phase, in which the great divisions among humankind and the dominating source of international conflict will be cultural. Civilizations-the highest cultural groupings of people-are differentiated from each other by religion, history, language and tradition. These divisions are deep and increasing in importance. From Yugoslavia to the Middle East to Central Asia, the fault lines of civilizations are the battle lines of the future. In this emerging era of cultural conflict the United States must forge alliances with similar cultures and spread its values wherever possible. With alien civilizations the West must be accommodating if possible, but confrontational if necessary.” [1]
 
The new “enemy image” was being defined by the US establishment as early as 1993, only months after the collapse of the Soviet Union, as Islam. It was the prelude to the 2001 War on Terrorism, a thinly-disguised War on Islam.
 
Echoing the anti-Islam fervor of Falwell and Robertson, Rev. Franklin Graham, son of the famous Christian evangelist and Bush family friend, Reverend Billy Graham, declared after September 11 that Islam was “a very evil and wicked religion.” The large US Southern Baptist Convention’s former President, Jerry Vines, called the Prophet Mohammed the most vile names imaginable. It was all about stirring Americans in a time of fear into hate against the Islamic world, in order to rev up Bush’s War on Terror.
 
israelamerica.jpgGraham, who controlled an organization known as the Samaritan Purse, was a close religious adviser to George W. Bush. In 2003 Graham got permission from the US occupation authorities to bring his Evangelical anti-Islam form of Christianity into Iraq to win “converts” to his fanatical brand of Christianity. [2]
 
According to author Grace Halsell, Christian Zionists believed that “every act taken by Israel is orchestrated by God, and should be condoned, supported, and even praised by the rest of us.” [3] It was all beginning to sound far too much like a new Holy Crusade against more than one billion followers of the Islamic faith.
 
The Likud’s Christian Zionists in America
 
After the Likud government of Menachim Begin realized in 1977 that President Carter was intent on human rights for Palestinians, including statehood, Likud and their neo-conservativeservative allies in the US began to look for support outside the liberal Democratic Party of Carter. The Israeli Labour Party had supported land-for-peace, but the Likud backed a Greater Israel, which would include the occupied Palestinian territories of West Bank and Gaza, which they call Judea and Samaria. The pro-Likud neo-conservatives around Irving Kristol, Richard Perle and others left the Democratic Party at that time to found what they later would call ‘Neo-conservativeservativism’ and to build their base inside the Republican Party of Ronald Reagan, a man who was very much influenced by the Christian Right himself.
 
In 1978, Prof. Yona Malachy of the Hebrew University of Jerusalem, published his major research profile on American evangelical Protestant groups, titled, ‘American Fundamentalism and Israel: The Relation of Fundamentalist Churches to Zionism and the State of Israel.’
 
Malachy discovered numerous American Protestant sects, most in the rural Southern states, who linked their theology to the State of Israel, through a strange, literal interpretation of the Bible. Their ministers were typically trained at the Moody Bible Institute or, often, the ultra-conservative Dallas Theological Seminary of  John Walvoord in Texas. They diligently read the 1909 Scofield Reference Bible, whose footnotes ‘explain’ the Bible texts in their arcane prophecy terms.
 
Leaders of  the Likud and select Israeli religious leaders, went to work after 1977 to bring the most charismatic, and often most corruptible, leaders of these US Christian groups to Israel, where they developed direct links between Likud leaders and the Christian Right in the US.
 
Menachim Begin began to attend Washington ‘prayer breakfasts for Israel’ with fundamentalist ministers including Rev. Jerry Falwell, then head of Moral Majority, and Rev. Pat Robertson, founder of the Christian Coalition and the Christian Broadcasting Network. When another Jew pointed out that these Christians were anti-semitic, Begin reportedly snapped back to the effect he did not care so long as they supported Israel in the US.
 
Conservative Christian support for Israel is based largely on various prophecies about the Jewish people during the ‘end-times’ which they believe are found throughout the Bible. They are viewed as playing a major role in ‘TEOTWAWKI’ (the end of the world aswe know it).
 
Representative of some most often-cited Bible passages used by the Christian Zionists to support their end-times prophesy are the following passages taken from the King James Version of the Bible:
* Zechariah 12:3:And in that day will I make Jerusalem a burdensome stone for all people: all that burden themselves with it shall be cut in pieces, though all the people of the earth be gathered together against it.’ The implication is that the Jewish people would return to Israel; this happened in 1948 with the creation of the State of Israel. Later, all the nations of the earth will gather against her. Some believe that we are near that point today. But God will make Jerusalem an immovable rock. This came to pass when the Camp David peace talks found that the future status of Jerusalem became a major stumbling block.
 
* Zechariah 12:9-10: ‘And it shall come to pass in that day, that I will seek to destroy all the nations that come against Jerusalem. And I will pour upon the house of David, and upon the inhabitants of Jerusalem, the spirit of grace and of supplications: and they shall look upon me whom they have pierced, and they shall mourn for him, as one mourneth for his only son, and shall be in bitterness for him, as one that is in bitterness for his firstborn."  Many conservative Christians interpret this as saying that Jews will be humbled, will accept Jesus as their Lord and Savior, and become Christians.
 
* Revelation 4:4: ‘And round about the throne were four and twenty seats: and upon the seats I saw four and twenty elders sitting, clothed in white raiment; and they had on their heads crowns of gold." Conservative Christians view the 24 as being composed of the patriarchs of each of the twelve ancient tribes of Israel, along with the twelve apostles. To emphasize their unity, they are gathered in a circle around the throne of God. All are believed to be Christians at that time.
 
* Revelation 7:3-4: ‘Saying, Hurt not the earth, neither the sea, nor the trees, till we have sealed the servants of our God in their foreheads. And I heard the number of them which were sealed: and there were sealed an hundred and forty and four thousand of all the tribes of the children of Israel.’
 
* Revelation 14:1-4: ‘And I looked, and, lo, a Lamb stood on the mount Sion, and with him an hundred forty and four thousand, having his Father's name written in their  foreheads....These are they which were not defiled with women; for they are virgins. These are they which follow the Lamb whithersoever he goeth. These were redeemed from among men, being the first fruits unto God and to the Lamb.’
 
The passages seemed to imply that 144,000 Jewish virgins -- their gender was not mentioned -- would convert to Christianity and be ‘sealed.’ They would have God's name written on their forehead, and be followers of the Lamb -- i.e. of Christ. Some Christians interpreted these phrases as implying that 144,000 Jews will convert to Christianity and then attempt to convert the remaining Jews in Israel.[4]
 
The vast majority of American and international Christian churches were highly critical of the theological claims of the Christian Zionists. The Middle East Council of Churches, representing Oriental and Eastern Christian churches in the Middle East, charged that the Christian Zionists, ‘aggressively imposed an aberrant expression of the Christian faith, and an erroneous interpretation of the Bible which is subservient to the political agenda of the modern State of Israel.’ Christian Zionism, they said, ‘rejects the movement of Christian unity and inter-religious understanding.’
 
The Rapture and God's ‘Chosen People’
 
Christian Zionism existed even before Hertzl founded modern Jewish Zionism in the late 1800's. Certain Protestant dissenter sects during the English Civil War in the 1600's believed themselves to be God's Chosen People, the ‘lost tribe of Israel.’ A number of prominent British Imperialists were themselves Christian Zionists, including Lord Palmerston, Lord Shaftesbury, Lloyd George and Lord Balfour, who issued the 1917 Balfour Declaration giving Jews a homeland in British-protected Palestine. For them, the ideology justified British Imperialism as a religious mission.
 
Christian Zionists argued that the Land of Israel has been given to the Jewish people by God, and that in order for the Second Coming of Christ to occur, all Jews must return to Israel, this for a Final Battle of Armageddon, between the Forces of Good and Forces of Evil.
 
They admitted it will destroy the Earth, the so-called End Times, but the ‘good news’ for Christian Zionists, was that they, the true believers, would be suddenly caught up into Heaven in a holy ‘Rapture,’ and be spared the messy aspects of a nuclear holocaust at Armageddon. Their theology was a dangerous brew of Manichean absolute black and white, good versus evil, which sees the alliance of the US (under their direction, of course) and Israel, battling the forces of ‘evil’, especially Islam and Muslims. It was reminiscent of the statements by President Bush in the wake of September 11, 2001 where he declared, ‘either you’re with America or you are against us,’ as he spoke of a ‘new Crusade.’
 

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Ironically, behind their pro-Israel facade, Christian Zionists like Falwell and Robertson cynically used their links to Israeli Jews to push an anti-semitic agenda of their own.
 
Uri Avnery, leader of the Israeli peace group, Gush Shalom, describing the theology of these supposed Christian friends of Israel, stated, ‘According to its theological beliefs, the Jews must congregate in Palestine and establish a Jewish state on all its territory so as to make the Second Coming of Jesus Christ possible...The evangelists don't like to dwell openly on what comes next: before the coming (of the Messiah), the Jews must convert to Christianity. Those who don't will perish in a gigantic holocaust in the battle of Armageddon. This is basically an anti-semitic teaching...,’ namely that Jews who remain true to their Old Testament beliefs will all be killed. [5]
 
This organized lobby of the Christian ‘Born Again’ ultra-conservative voters was credited with securing the re-election of George W. Bush in 2004. A study undertaken of American voting blocs in 2003 found that the Christian Right comprised the largest active social movement in the United States and the largest voting bloc within George Bush’s Republican Party.[6]
 
On October 19, 2004 Dr. Daniel Akin, President of the Southeastern Baptist Theological Seminary issued an Open Letter signed by 72 Evangelical leaders urging the American people to ‘use Biblical values in their selection of candidates.’ The letter cited gay marriage, stem-cell research, and Democrats’ alleged defense of ‘terrorists’ as reasons to vote Republican not Democrat. The letter was signed by the most prominent members of the Christian Zion right backing Bush and backing Sharon as, ‘fulfilment of Bible prophesy.’ 
 
The crucial new element in the emergence of the Christian Right in recent years in America was their focus on organized political influence, not merely on religious life-style and church piety.
 
JF-Fond902_400.jpgIn 1979, Reverend Jerry Falwell, a member of the Committee on National Policy and a Christian Zionist leading figure, launched an organisation known as the Moral Majority with the aim ‘to mobilize the Christian church on behalf of moral and social issues and to encourage participation by people of faith in the political process.’
 
The Moral Majority quickly became a household name. Through its charismatic
public leader, Falwell, the organisation mobilised thousands of churches and
millions of registered voters to form a Christian political bloc, and what came to be known as the Christian-Right.
 
Falwell was soon sought out by aspiring politicians hungry for his approval and potential votes. Falwell in turn, rated candidates on their acceptability on issues considered of priority to the Israeli Likud, with whom he had in the meantime become quite close. Falwell flew across the US in a luxurious private jet given him as a gift on a trip to Israel by Likud Prime Minister Menachim Begin.
 
It was also around this same time, in the late 1970’s that the formal Christian-Right was established and certain Israeli organisations began understanding that an alliance with the Christian Zionists in the US could bolster their image and prominence on the international level through a stronger influence in US politics.
 
The fervency of the Christian-Right towards the State of Israel coupled
with its strong American presence, captured the attention of Israeli interest
groups. Though aware of their diametric opposite social and religious views, some Israeli political organisations saw an alliance with the Christian Zionists as a crucial element in promoting a positive image of Israel in US politics and
among the American mainstream.
 
Jewish-American leaders were initially opposed to an alliance with the Christian-Right and perceived the movement as a possible adversary. However, when the formal establishment of the Christian-Right solidified this movement as an influential political bloc in the US, these feelings of trepidation were soon dissipated and various Israeli groups recognised that an alliance with this bloc would be advantageous to their political interests. [7]
 
These US religious spokesmen claimed they had been told by God such things as whether the US should go to war against Iraq. In an article, ‘Should We Go To War With Iraq?’ Roy A. Reinhold on February 5, 2003 wrote of his discussion with his God: ‘Many people wonder whether this coming showdown with Iraq, by the USA and a coalition of nations, is worthwhile and whether it is the right thing to do.
 
‘On Saturday, February 1, 2003, I lifted my hands to begin praying and the Lord spoke to me… I wanted to know whether the God the Father's direction was to go to war or not go to war. ..The Lord said, ‘I am saying to go to war with Iraq’.
 
Reinhold added, ‘I put the above on my message boards and what everyone wanted to know was, ‘what is God's reason(s) for going to war with Iraq?’ That question hadn't occurred to me, because I personally just accepted God's direction.’
 
The raw hate ideology of the US Christian Zionists, claiming personal support from God, represented a dangerous shift in US politics to the extreme right.  Some circles around Bush and his trusted political advisor, Karl Rove, sought to create out of American fears and uncertainty regarding such issues as gay marriage, a core theocratic state, just opposite what most Americans wished. Rove had been the architect of Bush’s relationship with the Christian Zionist fundamentalist Right when Bush was still Texas Governor.
 
Rebuilding the Temple of Salomon
 
The US Christian Zionists and their allies have a long-term agenda which well might trigger a new World War. Some neo-conservatives say that war began on September 11, 2001. They refer to it as World War IV, claiming that the Cold War was actually World War III.
 
These circles wanted to destroy the holy Islamic Al Aqsa mosque in Jerusalem and rebuild the Biblical Temple of Salomon on the site, where they would resume animal sacrifice. A close adviser to the Bush White House, and to Karl Rove, Michael Ledeen, was at the heart of the dangerous lunacy.
 
During the 1970’s the face of Christian practice in the United States was transformed by new ‘television-evangelists’ with names such as Rev. Jerry Falwell with his organization, the Moral Majority or Rev. Pat Robertson with his tax-exempt TV ‘700 Club’ broadcasts, which bring his organization hundreds of millions dollars a year, or author Hal Lindsey, with his ‘Rapture’ series of fiction novels about the end of civilization around a final Battle of Armageddon in what is today’s Israel. These Born Again Christians as they called themselves, began to dominate the US airwaves. It later emerged that many of these, including the anti-Islamic Falwell and Robertson, were intimately linked to the Israeli right-wing. Some also had ties to the CIA. 
 
Grace Halsell, who recently died, grew up on the same Texas soil where the Christian fundamentalism that captured George W. Bush, was dominant. She went on to become a White House speech writer in the 1960’s, and later a courageous journalist who devoted her last years to exposing the dangerous ties of Falwell and other so-called born-again Christians to the Israeli right-wing.
 
During the 1980’s, to understand the Born-Again phenomenon then sweeping across the United States, Halsell went to Israel with a group led by Falwell. As she described it, ‘My inquiry led me to ask why does a Christian such as Jerry Falwell pray for the end of the world? Must we totally destroy this world in order to usher in a ‘new heaven and a new earth?’  Her conclusions were alarming.
 
She found that Falwell had become a close friend of the Israeli right, when she went on their joint Bible tour of Israel and the Holy Land in 1983. Halsell noted the curious fact that, rather than concentrate the tour on Christian sites in the Holy Land, Falwell’s tour was entirely run by Israeli guides and toured only Israeli sites of interest. Moreover, Falwell was given as a gift by the Israeli government his personal Lear private jet to make his US tours.
 
Falwell and other US Christian Born Again fundamentalists said they believed that it was ‘God’s Will’ that Israel move to establish its greater domination in the Mideast, as that will bring the world that much closer to the Biblical ‘Day of Final Judgment,’ when the ‘true-believers’ will be saved in a mystical ‘rapture,’ being swept up to Heaven, as the unsaved perish in the final Battle of Armageddon. That battle, according to Falwell and his friends, will pit Jews against Muslims.
 
Halsell interviewed a number of Americans actively involved in trying to ‘speed up’ the final Armageddon. One was Terry Risenhoover, an Oklahoma oilman and Born Again Christian Zionist, who was close to the Reagan White House. Risenhoover was open about his views. He financed people in Israel and elsewhere who would rebuild the destroyed Temple of Salomon, the so-called Third Temple, on one of Islam’s most holy sites, the Al-Aqsa Dome of the Rock in Jerusalem.
 

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In 1985 Risenhoover was chairman of the American Forum for Jewish-Christian Cooperation, along with its director, Doug Krieger and American Rabbi David Ben-Ami, a close friend of Israel’s Ariel Sharon. Risenhoover was also, chairman of the Jerusalem Temple Foundation, ‘whose sole purpose is the rebuilding of a temple on the site of the present Muslim shrine.’
 
Risenhoover selected Stanley Goldfoot as his International Secretary of Temple Mount Foundation. Goldfoot was a former member of the terrorist Stern Gang, denounced by Ben-Gurion as Nazis. Goldfoot was the person, according to Israeli newspaper, Davar, who placed the bomb in Jerusalem’s King David Hotel in July 1946 which killed some 100 British citizens.
 
Risenhoover boasted to Halsell in an interview on Goldfoot that, ‘He’s a very solid, legitimate terrorist. He has the qualifications for clearing a site for the Temple.’ A Goldfoot deputy, Yisrael Meida, told Halsell, ‘He who controls the Temple Mount, controls Jerusalem.
 
Who controls Jerusalem, controls the Land of Israel,’ a new twist on the famous dictum of geopolitics of Sir Halford MacKinder: “Who controls Central Europe controls the Heartland; who controls the Heartland (Russia etc) controls the World Island; who controls the World Island controls the world…”
 
In 1998, an Israeli newsletter posted on the Voice of Temple Mount website, announced that its goal is the ‘liberation’ of the Muslim shrines around Al Aqsa, and the building of a Jewish Temple on the site. ‘Now the time is ripe for the Temple to be rebuilt,’ they announced. They then called on the Israeli government to ‘end the pagan (sic) Islamic occupation’ of lands where the mosque stands. ‘The building of the Third Temple is near,’ they proclaimed in 1998.
 
In September 2000, Israel’s Ariel Sharon led a large group of Israeli police onto the Al Aqsa holy site in a deliberate religious provocation, which triggered the renewal of the Intifada. Sharon’s friends had been secretly digging an underground tunnel to the Al Aqsa site which allegedly would be used to dynamite the Islam holy site at the proper moment. The Third Temple project was not fantasy for some, even though it was lunatic.
 
The late Dr. Issa Nakhleh, former Senior Advisor to the UN Palestinian Delegation warned of a ‘criminal conspiracy’ between Christian Evangelists and Zionist terrorists to destroy Al Aqsa Mosque. He confirmed that members of American Christian evangelists and Jewish terrorists had formed The Jerusalem Temple Foundation. Nakhleh added that the contemplated projects of this foundation as they appear in a brochure printed by it, included, ‘Preparations for the construction of the Third Temple in Jerusalem…’
 
He confirmed that among the Temple Mount conspirators was a man who later became one of George W. Bush’s most important neo-conservatives, Washington insider, Michael Ledeen, who was close to Bush political adviser Karl Rove. Nakhleh stated, ‘Barbara and Michael Ledeen published an article in The New Republic of June 18, 1984, under the title, ‘What do Christian and Jewish fundamentalists have in common? The Temple Mount Plot.’
 
Nakhleh stated, ‘...Goldfoot sees the Christians as logical allies, for he believes that ‘Christian fundamentalists are the real modern day Zionists.’ In Goldfoot's view, it was the Christians above all who realize that ‘we are coming to a crucial period in earth's history, and they want to help fulfil prophecy and thus hasten the coming of the Messiah’ ... As one Jewish leader put it to us last summer in Jerusalem, ‘They believe that once the Temple is built, Jesus will come again. We expect the Messiah to come for the first time. Let's build the Temple, and see what he looks like.’
 
Nakhleh continued, ‘...This ardent messianism appears to have been part of the motivation for the group of twenty-five radical Jewish nationalists arrested recently in Jerusalem on charges that included murder, attempted murder, possession of weapons and explosives stolen from the Israeli Army, and membership in a terrorist organization.’
 
‘...It is also known that one of the arrested men is a reserve pilot in the Israeli Army. The pilot, who had returned to religion, suggested to his co-conspirators that he steal an F-16 the next time he was called up, and that he bombard the two Muslim shrines on the Temple Mount. The group vetoed his plan because the Western Wall might be damaged, and the pilot would be unable to land his plane anywhere in Israel. Instead, the plotters decided to use explosive devices on the Temple Mount.’
 

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Michael Ledeen, who was based at the neo-conservative American Enterprise Institute think-tank in Washington with Richard Perle and other leading neo-conservatives, also served as consultant to White House political strategist, Karl Rove. Ledeen was one of the central figures in the Bush agenda of the Project for the New American Century blueprint for world domination.
 
Grace Halsell, joined another trip of the evangelist Jerry Falwell to the Holy Land in 1986. She wrote about the plans to destroy Al Aqsa Mosque and the Dome of the Rock. ‘The plan to take over Haram al-Sharif is more institutionalized, and becoming better organized, better financed, gaining more supporters in Jerusalem and in the US,’ she reported.
 
‘They are ‘actively and peacefully buying property in the area nearest the Temple Mount,’ and they deem this task ‘important and monumental. They have an Institute for the Research of the Temple, to ascertain exact plans and measurements of the Temple.’
 
Halsell added, ‘At least seven rabbis, among them the foremost spiritual leaders of the Gush Emunim settlement movement, were consulted, informed and aware of various stages of the activities and plans of the Jewish terror organization. Livni, charged with the preparing of a bomb to be placed in the Dome of the Rock and Al Aqsa, said Rabbi Ovadia Yosef in particular had spoken approvingly of the idea. Neither of the chief Israeli rabbis condemned the attempts to destroy the mosque.
 
Halsell added, ‘Israeli leaders seem definitely connected with the American Jewish evangelist Mike Evans, who on an hour-long TV Special was photographed underneath the mosque, in Jewish skullcap with an Israeli ‘expert’ on relics and the expert opens a door and proclaims, ‘Right there we keep the Holy of Holies’ [8]
 
The financial support system among US Evangelicals for destruction of the mosque has gone underground since an article in 1984 named specific persons, such as Terry Risenhoover, who was raising big money for the defense of Jewish terrorists who attempted to destroy the Muslim shrine.
 
‘In Jerusalem, guides for Falwell's 850 touring Christians told us at the Western Wall that we are viewing the former site of the Temple as well as the site where a new temple will be built,’ Halsell noted.
 
Halsell interviewed Dr. John Walvoord who headed Dallas Theological Seminary, a speaker during Falwell's 1985 ‘Prophecy Conference’ in Jerusalem. He interprets the Bible as saying God wants Christians to help the Jews build a Jewish temple. He and other Born Again Christians are aware of the Dome of the Rock and Al Aqsa but as Hal Lindsey puts it, ‘Obstacle or no obstacle, it is certain the temple will be rebuilt, prophecy demands it.’
 
Jerry Falwell and all major US TV evangelists preached that the Jewish temple ‘must’ be built.
 
They accepted that as part of their theology, a theology generally known as dispensationalism, which calls for seven ‘dispensations’ or time periods, beginning with all the ingathering of Jews into Palestine, and including the building of the temple. Hal Lindsey, in The Late Great Planet Earth, wrote that ‘there remains but one more event to completely set the stage for Israel's part in the last great act of her historical drama. This is to rebuild the ancient Temple of worship upon its old site. There is only one place that this Temple can be built, according to the Law of Moses. This is upon Mt. Moriah. It is there that the two previous Temples were built.’ [9]
 
Thus, there was a great support system in the US for whatever action Jewish terrorists might take to destroy Al Aqsa. Should they destroy the shrine, all of the major TV Evangelists would simply call it an ‘act of God.’
 
Grace Halsell added, ‘Fanatics who belong to what the vast majority of Christians and Jews might term a crazy minority - and numbering no more than five percent of the total Israeli population - are nevertheless capable of destroying Islam's most holy shrine in Jerusalem, an act that could easily trigger a worldwide war involving Russia and the United States.’
 
This fanatical Pre-millennial Dispensationalism had come to dominate American Evangelicalism and Fundamentalism, especially through the influence of Dallas Theological Seminary and the Moody Bible Institute. The movement had grown in popularity within evangelical circles, particularly in America and especially since 1967, coinciding with the Arab-Israel Six Day War and a few years later in 1970 with the publication of Hal Lindsey's 'The Late Great Planet Earth.'
 
Crucial to their reading of biblical prophecy, drawn principally from Daniel, Zechariah and the Book of Revelation, was the assertion that the Jewish Temple will be rebuilt on the Temple Mount as a precursor to the Lord returning to restore the Kingdom of Israel centred on Jerusalem. This pivotal event was also seen as the trigger for the start of the War of Armageddon.
 
These beliefs soured relations between Moslem Arabs and Christian Arabs perpetuating fears of a revived Western military adventurism dating back to the Crusades.
 

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The 1967 watershed war
 
The 1967 Six Day War and its aftermath marked a watershed in Evangelical Christian interest in Israel and Zionism. Jerry Falwell did not begin to speak about modern-day Israel until after Israel's 1967 military victory.
 
Falwell then changed completely. He entered into politics and became an avid supporter of the Zionist State. In 1967, the United States was mired in the Vietnam war. Many felt a sense of defeat, helplessness and discouragement. Many Americans, including Falwell, turned worshipful glances toward Israel, which they viewed as militarily strong and invincible.
 
The combination of the founding of the state of Israel in 1948, the capture of Jerusalem and the West Bank in 1967, and the defeat on both occasions of the combined Arab armies, increasingly came to be seen as significant fulfilment of biblical prophesy by a new generation of American and European dispensational pre-millennialists.
 
Billy Graham's father-in-law, Nelson Bell, editor of the authoritative mouthpiece of conservative Evangelicalism, Christianity Today, wrote in an editorial in 1967, ‘That for the first time in more than 2,000 years Jerusalem is now completely in the hands of the Jews gives a student of the Bible a thrill and a renewed faith in the accuracy and validity of the Bible.’
 
Christian Zion grabs George W.
 
The bizarre brand of right-wing US Christianity took on an influence as never before when George W. Bush occupied the White House in January 2001. The man who advised George Bush, when Bush was Governor of Texas, on his so-called ‘compassionate conservatism” agenda that confused many voters, was an influential Texas neo-conservative Professor at the University of Texas, Marvin Olasky, editor ofWorld magazine.
 
Marvin Olasky is the domestic equivalent of a Doug Feith or Michael Ledeen. Olasky was a trusted Bush advisor whose book, The Tragedy of American Compassion, was the only text that Bush ever cited as an inspiration for his domestic agenda.
 
To Olasky, the ‘tragedy’ of American compassion was the existence of compassion at all. The trouble began, he argued, not with the Great Society or the New Deal, but with Jane Addams. Before Addams, a deeply religious woman, brought her sentimental ideas about ‘compassion’ to Hull House, religious groups handed out prayer pamphlets, not food, and forced poor people to attend church rather than giving them shelter. Since only God could save the poor, anything other than spiritual salvation causes more harm than good.
 

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Karl Rove, Bush’s election mastermind and political dirty tricks strategist, introduced Olasky to Bush, which led to the ‘compassionate conservatism’ of the 2000 campaign and the Bush ‘faith-based initiative.’
 
In the 1970’s, Olasky was a member of the Communist Party-USA. He also repudiated his Jewish religion and converted to radical Christianity. Referring to himself and Bush, in contrast to Democrat rival John Kerry, Olasky wrote: ‘The other thing both of us can and do say is that we did not save ourselves: God alone saves sinners (and I can surely add, of whom I was the worst). Being born again, we don't have to justify ourselves. Being saved, we don't have to be saviours.’ [10]
 
There was an echo there of a shocking Bush comment to journalist, Bob Woodward: ‘I do not need to explain why I say things. That's the interesting thing about being president…I don't feel like I owe anybody an explanation. ‘
 
Bush, who claimed to have had a personal salvation as an alcoholic and alleged cocaine user in the early 1980’s, surrounded himself with people like Olasky and Rove. Rove built a political machine around Bush which centered on the fanatical active support of Christian Evangelicals and the seven million Christian Zionists who regarded Sharon and Israeli aggressions as Bible prophesy for the Final Battle of Armageddon. This group gave the rationale for Bush’s war on Islam, disguised as a war on ‘terror.’
 
Little-noticed in major US media, Ariel Sharon gave a boost to the Bush re-election. On October 17, two weeks before the 2004 election, Sharon’s personal liaison to the US Christian Evangelicals, Rabbi Yechiel Eckstein, held the Third Annual Day of Prayer and Solidarity with Israel. He was standing beside Ralph Reed, a Born Again protégé of Pat Robertson. Reed was the Bush Southeastern regional campaign coordinator. Eckstein and Reed summoned 21 of Israel's diplomatic representatives in the US to the pulpits of some of America's leading conservative churches.
 
Evangelical support for Israel has increased dramatically in the last several years, American writer Max Blumenthal reported. To most evangelicals, Israel was ‘covenant land,’ a place granted to the Jews in God's covenant with Abraham; to many, Israel also represented the eventual landing pad for the Second Coming of the Messiah. While this scenario was not exactly friendly to Jews -- according to pre-millennial theology, once biblical Israel is fully resettled and Christ returns, Jews must accept him or perish -- evangelicals' theological interest in Israel rendered them fervently opposed to any territorial concessions to the Palestinians and, thus, the natural allies of Sharon and his rightist Likud Party.
 
reckstein.jpgRabbi Eckstein had built his International Fellowship for Christians and Jews into a philanthropic powerhouse that donated tens of millions of dollars to Israel annually. He forged close relationships with popular right-wing evangelical leaders such as Pat Robertson and Gary Bauer, as well as White House neoconservatives like Elliott Abrams, who was in charge of Middle East policy on the National Security Council of Condi Rice. Eckstein and his allies played an instrumental role in pressuring the Bush administration to abandon the so-called Road Map to peace and defend Sharon's and later Olmert’s brutal handling of the occupation.
 
Eckstein declared, “Since 9/11 and since the Intifada, the Jewish community has become much more pragmatic; they feel Israel's survival is at stake, and they've recognized the one group that stands with us boldly and proudly is this evangelical group.”
 
In 1988, Eckstein was in New York helping Republican presidential candidate Pat Robertson ‘mitigate Jewish opposition’ to his campaign -- and cultivating him and his legion of followers as supporters of Israel. In 1986, Robertson had compared non-Christians to termites, deserving of ‘godly fumigation’; he later asserted, in the book ‘The New World Order,’ that communism was ‘the brainchild of German-Jewish intellectuals.’ But while Robertson may not be particularly fond of secular Jewish liberals, he has always been an ardent Christian Zionist who, in his preaching and prophecy books, refers to the Jewish presence in Jerusalem and Israel's victory in the 1967 war as miracles presaging the Second Coming. Strange bed-fellows politics makes.
 
In 1996, Eckstein formed the Center for Christian and Jewish Values in Washington. Co-chaired by Orthodox Jewish Sen. Joe Lieberman, now an Independent Senator from Connecticut, and evangelical Sen. Sam Brownback, R-Kan., his now-defunct Center, according to Eckstein, ‘brought together disparate groups to find common ground on issues of shared concern.’
 
The Center for Christian and Jewish Values was made up almost entirely of right-wing evangelicals like Family Research Council director Bauer, Southern Baptist Convention executive director Richard Land, and the dean of Robertson's Regent University's school of government, Kay James. James is now director of the Office of Personnel Management under Bush. Also involved were neo-conservatives such as Elliott Abrams, William Kristol and William Bennett, Reagan’s education czar. The center was essentially a command post for the neo-conservative Evangelical culture war.
 
Eckstein shifted his focus to finding money for the International Fellowship for Christians and Jews (IFCJ), which he had founded. By 1999, he had settled in Israel and was cruising the Holy Land in a van with his own film crew to produce fundraising videos for US evangelicals.
 
Moderate Israelis were uneasy with the flow of US Evangelical money into Israel. In an interview with the Israeli daily Ha'aretz, one critic accused Eckstein's IFCJ of trying to “create a situation of dependency [of Israel on evangelical funding], so that they can control us. They pour money galore into welfare, absorption, aliyah [Jewish immigration to Israel], and education and find our weak points.”
 
Eckstein's fundraising videos enjoy widespread viewership on Robertson's Christian Broadcasting Network and through paid spots on local networks across America's heartland. With nearly 350,000 donors, the IFCJ was able to dole out $20 million to 250 projects in Israel last year, including an armored, mobile dental clinic that provides services to Jewish settlers in the occupied territories. Today, the IFCJ is the second largest nongovernmental donor to Israel, next only to the quasi-governmental Jewish Agency for Israel.
 
When Sharon and Bush both came to power in 2000, they began a cozy relationship. With Eckstein as his advisor, Sharon courted the support of evangelicals more aggressively than most of his predecessors. In the fall of 2002 Sharon told a crowd of 3,000 evangelical tourists in Jerusalem, ‘I tell you now, we love you. We love all of you!’
 
That same year, Sharon invited Bush adviser, Gary Bauer, to Jerusalem for a private meeting with his Cabinet. ‘I was given a great deal of access and a number of briefings on the various issues they're facing,’ Bauer later stated. ‘In my meeting...I attempted to explain that they had a much broader base of support in the US than perhaps they realized, and they should be sensitive to the fact that more Americans than they think regard Israel as a natural ally.’ To help make his point, Bauer gave Sharon a letter of support signed by leading evangelicals like Charles Colson, CNP members Jerry Falwell and Focus on the Family president, James Dobson.
 

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Eckstein and his evangelical allies waged a fierce lobbying blitz to pressure Bush against participating in the Israeli-Palestinian peace process that every American president since Jimmy Carter has engaged in.
 
Their campaign gained momentum at the National Rally in Solidarity with Israel in April 2002 on Washington's Mall, which was attended by over 100,000. Author Elie Wiesel and former New York Mayor Rudy Giuliani issued fiery denunciations of Palestinian terror. Evangelical radio host Janet Parshall, shouted, ‘We will never give up the Golan. We will never divide Jerusalem.’ The rally coincided with the initiation of Reed and Eckstein's Day of Prayer and Solidarity with Israel, which mobilized 17,000 evangelical churches to pray for Israel that October.
 
With a number of close associates now working in the White House, Eckstein  leveraged his grass-roots power. In July 2003, Eckstein brought 20 leading fundamentalist evangelicals to the White House for ‘a quiet meeting’ with National Security Advisor Condoleezza Rice, and her Middle East advisor, neo-conservative Elliott Abrams. They stated their fervent opposition to the Israeli-Palestinian Road Map, while Rice explained the Bush administration's sympathy for their position. Eckstein recalled. ‘She explained, it's Bush's faith that prompts him to take some of his major positions. I think that's what's so attractive about Bush to people,’ Eckstein added.
 
Bush’s faith, however, was a bit alarming to some. The Israeli newspaper, Ha’aretz in June 2003 reported the comments of Bush reportedly to Palestinian Authority Prime Minister Abu Mazen during a meeting in Aqaba in which Bush tried to enlist Palestinian support for a truce with Israel. Abu Mazen recalled that Bush told him, “God told me to strike at al Qaeda and I struck them, and then he instructed me to strike at Saddam [Hussein], which I did, and now I am determined to solve the problem in the Middle East. If you help me I will act, and if not, the elections will come and I will have to focus on them.” [11]
 
In September 2006, speaking to a friendly group of conservative US journalists during the run up campaign for the November Congressional elections, George Bush declared, referring to the war in Iraq, “A lot of people in America see this as a confrontation between good and evil, including me.” [12] The President of the United States was either an extremely good actor playing to win the crucial votes of the Christian Right or he was demonstrably psychologically unstable. Both possibilities were alarming.
 
Early in March, 2003, National Security Council advisor on the Middle East, Elliott Abrams, met with leaders of a self-identified ‘theocratical’ lobbying group, the Apostolic Congress, to allay their concerns about Bush's pending endorsement of Sharon's Gaza pullout plan. And evangelical leaders like late Religious Roundtable director Ed McAteer have reportedly held numerous off-the-record meetings on policy toward Israel with White House public liaison Tim Goeglein, who was spokesman for Bauer's 2000 presidential campaign.
 
When the Bush administration criticized Israel's botched assassination of Hamas leader Abdel Aziz Rantisi in June 2003, Gary Bauer e-mailed an alert to 100,000 followers calling for pro-Israel pressure on the White House. ‘We inundated the White House with e-mails and faxes arguing that Israel had the same right to defend itself as we did,” Bauer said. And when Israel did kill Rantisi, the White House issued a statement of support for Israel's ‘right to defend herself.’
 
Bauer's influence earned him the keynote address at the 2003 annual convention of pro-Israel lobbying powerhouse AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), where he was interrupted by standing ovations. Bauer has also played a leading role in lobbying on behalf of Israeli settler groups against both the Road Map and Sharon's Gaza pullout plan.
 
Through his political action committee, the Campaign for Working Families, Bauer was aggressively soliciting donations from conservative Christians for the Bush campaign.
 
Although Eckstein says he's a registered Democrat, he has converted to Bush's side and is urging other Jews to join him. ‘I personally think the Jewish community and America should vote for Bush because I think he will be stronger on terrorism. And anything less than a full confrontation [with terrorists] has the potential, God forbid, to spell the end of Western civilization as we know it,’ Eckstein said.[13] 
 
Bush, Christian Zion and Freemasonry
 
A most difficult area to illuminate regarding American relations to right-wing Israeli Zionists and the ties between Israel and Christian Zionists such as Jerry Falwell, Rev. Franklin Graham, Pat Robertson, James Dobson, Gary Bauer and other US backers of the Right-wing Israeli Likud policies, was the role of international esoteric freemasonry.
 
Freemasonry has been defined as a secret or occult society which conceals its goals even from most of its own members, members who often are recruited naively as lower level members, unaware they are being steered from behind the curtains. The most powerful Freemasonic Order in the United States is believed to be the Supreme Council of the Scottish Rite, or the Ancient and Accepted Scottish Rite, with its world headquarters now in Washington, DC.
 
Key Bush family adviser, James Baker III, of the Texas law firm Baker & Botts and of the Carlyle Group, was a Scottish Rite high ranking mason. George Bush was known to be a high ranking mason as was his father, George Herbert Walker Bush.
 
Freemasonry was the secret network which allows manipulation of much behind the scenes. Were people openly known as masons, their power would vanish as others would see through their blatant schemes such as assassinations, wars, blackmail, fraud and above all, what seems to be a project to destroy real religious belief among ordinary people.
 
There was a special role played by one of the two major branches of Anglo-Saxon Freemasonry, that of the Ancient and Accepted Scottish Rite. Its history goes back far, but in the late 1800’s its leader was a Confederate General, Albert Pike. Pike founded the racist Ku Klux Klan as a secret Scottish Rite project to control the South through race hate and fear, after the American Civil War.[14]
 
The Scottish Rite enjoyed an active branch in Israel, even though it was nominally a Christian society. It spoke of its tradition going back to ‘the early masons who built King Salomon’s Temple.’ The fact that American Christian Zionists typically were concentrated in the South and came from the similar white racist strata as the Scottish Rite, and that they actively backed the Israeli fanatics who seek to rebuild the Third Temple of Salomon at the site of the sacred Al Aqsa Mosque and thereby ignite the Final Battle of Armageddon cannot be coincidence. All evidence suggested that the Jewish advocates of destroying Al Aqsa and rebuilding the Temple of Salomon there were being supported by the Scottish Rite masons in the United States and Britain.
 
Indeed, there was circumstantial evidence that much of the organized American Christian Right that backs Israeli right-wing policies was secretly backed by Scottish Rite masonry. The Southern Baptist Convention recently had a heated debate over allegations that some 500,000 of their members were also masons, reportedly most Scottish Rite. The Southern Baptist organization is well-known for its racial hatred of blacks. Cecil Rhodes, the man who was backed by Rothschild to create the mining empire of South Africa was a Scottish Rite member as was Lord Palmerston, also himself a British Israelite.
 
A ‘Bad Moon Arising’
 
The rise of the Unification Church of the Korean Reverend Sun Jung Moon, a fanatic who calls himself the new Messiah, was tied to a deal between the CIA and the South Korean KCIA organization. George Bush, when he was head of the CIA in the 1970’s, worked to build the role of the Unification Church in the US by the evidence available.
 
Many of the leading figures of the Christian Right today were closely tied to the Moon Unification Church, including Rev. James Dobson, Gary Bauer, former head of the Family Research Council, Ralph Reed, who founded the Christian Coalition and numerous other prominent friends of Likud in the US. This added weight to the suspicion that the alliance of the Christian Right with Israel had very strong taint of Scottish Rite freemason involvement.
 
reed5_400.jpgAnother secretive organization with significant hidden influence with the Bush White House was the Apostolic Congress.
 
In May 2004, at a high-profile appearance aimed at galvanizing support from Jewish voters, President George W. Bush told the more than 4,000 delegates gathered at the annual conference of the American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), the pro-Israel lobbying organization, that ‘By defending the freedom and prosperity and security of Israel, you're also serving the cause of America.’
 
In late March, at a less publicized gathering, the National Security Council's Near East and North African Affairs director, Elliott Abrams, and other Bush administration officials met for two hours with members of  The Apostolic Congress, a politically powerful group of Christian fundamentalists, to reassure them that the administration's support for Israel was unwavering.
 
While AIPAC and The Apostolic Congress may appear to have little in common, one overarching concern binds the two groups -- the safety and security of Israel.
 
According to the Los Angeles Times, Bush's 39-minute AIPAC address ‘was interrupted repeatedly with cheering and applause [and] on two occasions, at least a third of the audience burst into chants of 'Four more years!'
 
While it was no longer news that Bush Administration officials meet regularly with Christian fundamentalists, it was surprising to hear about this particular meeting because it was clearly meant to be kept out of the headlines. It came to light only afterVillage Voice reporter Rick Perlstein received ‘details’ about it from ‘a confidential memo signed by Presbyterian minister Robert G. Upton.’
 
When Perlstein asked Pastor Upton about the email and the meeting, the minister told him that ‘Everything that you're discussing is information you're not supposed to have,’ Not that Pastor Upton, the executive director of The Apostolic Congress, wasn't proud of his easy access to the White House: ‘We're in constant contact with the White House,’ he told Perlstein. ‘I'm briefed at least once a week via telephone briefings... I was there about two weeks ago... At that time we met with the president.’
 
While the conversation between administration officials and the fundamentalists touched on an array of culture war subjects, including the perils of gay marriage, the major issue of concern for the ‘apocalyptic Christians’ was the administration's policy on Israel and Palestine.
 
The Apostolic Congress claimed to be ‘a Spirit-filled, purpose driven movement representing the heartbeat of the Apostolic Community on a national front.’ According to Perlstein, the organization ‘vociferously oppose[s] the idea of a Palestinian state.’
 
He noted, ‘They fear an Israeli withdrawal from Gaza might enable just that, and they object on the grounds that all of Old Testament Israel belongs to the Jews. Until Israel is intact and David's temple rebuilt, they believe, Christ won't come back to earth.’ [15]
 
ted_haggard_advocate.jpgOne of the most influential right-wing American Evangelicals linked intimately to the Bush White House, until a scandal forced his retirement just before the November 2006 US Congressional elections was Pastor Ted Haggard, founder of the 11,000 member New Life Church near Colorado Springs, Colorado, home of the US Air Force Academy.
 
Pastor Ted, as he liked to be known, boasted that he talked to President George W. Bush or his advisers every Monday. A handsome forty-eight-year-old native of  Indiana, Pastor Ted also presided over the National Association of Evangelicals (NAE), whose 45,000 churches and 30 million believers made up the nation's most powerful religious lobbying group. Haggard developed his own mix of ‘free market’ economics with his hybrid brand of Born-Again Christianity which apparently the White House found useful.[16]
 
Pastor Ted’s wonderful world of Born Again bliss and political influence came to an abrupt halt in November 2006 just days before the US elections, where Republicans faced disastrous losses over a series of sex and pederasty scandals involving Republican Congressmen. In November 2006, days before the election, Pastor Ted resigned or was removed from all of his leadership positions after allegations of homosexual sex and drug abuse were made by Mike Jones, a former male prostitute. Initially Haggard denied even knowing Jones, but as a media investigation proceeded he acknowledged that some allegations, such as his purchase of methamphetamine, were true. He later added ‘sexual immorality’ to his list of confessions. [17]
 
When this entire spectrum of Evangelical right-wing networks, Israeli Likud and Temple Mount fanatics was viewed as a whole, it became clearer why US policy towards the Middle East, including Iraq regime change, Lebanese regime change, Syria and Iran was such as to treat Israel as an integral part of the United States. Washington was also quietly supporting the admission of Israel into NATO according to Washington reports.
 


[1] Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations?, Foreign Affairs, New York Council on Foreign Relations, Summer 1993.
[2] For background see Grace Halsell, Forcing God’s Hand: Why millions pray for a quick rapture—and destruction of Planet Earth, Crossroads International Publishing, Washington D.C., 1999. Dr. Daniel Akin, , ‘Christian Leaders Urge ‘Biblical’ vote for Bush,’ October 10, 2004. www.annointed.net. Barbara Tuchman,  Bible and Sword, New York, 1956. Prof. Donald Wagner, Christian Zionists, Israel and the ‘Second Coming,The Daily Star, October 9, 2003.   
[3] Grace Halsell, op. Cit. Grace Halsell, herself from a conservative evangelical Christian family, documented the nature of Jerry Falwell, Pat Robertson and the U.S. Christian Zionists in relation to the Likud in her book, "Forcing God's Hand.” She traveled with Rev. Jerry Falwell to Israel to study the movement's leading political figures first hand, and documented such things as the gift to Falwell of a private jet in 1978 by the Begin government to help him build support in the U.S.
[4] Ontario Consultants on Religious Tolerance, CHRISTIAN ZIONISM: CHRISTIAN SUPPORT FOR THE STATE OF ISRAEL: THE POLITICS AND THEOLOGY OF ARMAGEDDON, in www.religioustolerance.org/chr_isra.htm.
[5] Uri Avnery, Two Souls, Ma'ariv, June 8, 2002.
[6] Chip Berlet and Jean Hardisty, Drifting Right and Going Wrong, NCJW Journal, Winter 2002, pp.8-11.
[7] Rammy M. Haija , THE ARMAGEDDON LOBBY: DISPENSATIONALIST CHRISTIAN ZIONISM AND THE SHAPING OF US POLICY TOWARDS ISRAEL-PALESTINE, [HLS 5.1 (2006) 75–95], ISSN 1474-9475, Project MUSE, Doctoral Candidate in Sociology, Virginia Polytechnic Institute and State University.
[8] Ibid.
[9] Dr. Issa Nakhleh . “The Criminal Conspiracy between Christian Evangelists and Zionist Terrorists to Destroy the Al Aqsa Mosque.” In  www.palestine-encyclopedia.com
[10] Mark Schmitt, On Marvin Olasky, The Decembrist, August 28, 2004, in markschmitt.typepad.com.
[11] Al Kamen, Road Map in the Back Seat?, Washington Post, June 27, 2003.
[12] The Buffalo News, September 13, 2006.
[13] Max Blumenthal, Born-Agains for Sharon, October 30, 2004 in www.salon.com.Prophecy and the Millennium, The Dorking Readers, 26 June, 1997.
[14] General Albert Pike, Morals and Dogma of the Ancient & Accepted Scottish Rite, 1871, Charleston, South Carolina.
[15] Bill Berkowitz, Christian Zionists, Jews & Bush’s Re-election Strategy, in Working for Change, June 3, 2004.
[16]Jeff Sharlet, Soldiers of Christ: Inside America's most powerful megachurch with Pastor Ted Haggard, Harpers Magazine, May, 2005.
[17] Collen Slevin, Ousted Evangelist Confesses to Followers, ABC News, 2006-11-05, pp. 1.
 

vendredi, 25 novembre 2016

Quel avenir pour le sionisme sous Donald Trump?

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Quel avenir pour le sionisme sous Donald Trump?

Christian Brosio interroge Youssef Hindi

Christian Brosio interroge Youssef Hindi au sujet de ses deux ouvrages sur l'histoire du sionisme et le choc des civilisations publiés chez SIGEST. La fin de l'entretien porte sur Donald Trump, et ce que l'on peut en attendre. L'histoire des Etats-Unis est hélas peu encourageante, les présidents isolationnistes ont souvent été entraînés à la guerre à la suite de coups montés...

lundi, 14 novembre 2016

"Against Our Better Judgment" The Hidden History of How the U.S. Was Used to Create Israel,

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Review:
"Against Our Better Judgment"
The Hidden History of How the U.S. Was Used to Create Israel, by Alison Weir
 
Ex: http://www.unz.com
 
weir.jpgAlison Weir's relatively short book covers the history of Zionism in the United States from the last decades of the 19th century until the creation of the state of Israel in 1948. (She is working on a second volume that will carry this history to the present.) Its brevity does not mean, however, that it is in any sense superficial, as it brings out key historical information, all well-documented, that sets the stage for the troubled world in which we now live. While histories of Zionism have usually focused on Europe, Weir shows that American adherents of this ideology have been far more important than generally has been recognized

The basic theses of this book are encapsulated in the title and subtitle. The history of how American Zionists used America to create Israel was “hidden” in two respects. First, it was “hidden” in the sense that American Zionists often worked behind the scenes. More importantly, however, that history is known but has been kept hidden from the general public, who rely on the mainstream media, and exists almost exclusively in works produced by small publishers—often of a scholarly bent—read by only a few. As Weir points out, those who have tried to bring this information to the general public have suffered both venomous verbal attacks and economic threats that quickly silence the message and often destroy the messenger. This treatment obviously serves to prevent others from doing likewise—“Pour encourager les autres.”

America’s support for Israel ran “against our better judgment” in the sense that American foreign policy experts of the era covered by this work recognized that support for Zionist goals would damage American national interest and that this support only came about because of the political power of American Zionism.

While Weir is not a professional historian, she has intensively studied the literature on this subject for years, much of it rather arcane, as well as spending considerable time traveling in the region. Having a Ph.D. in history myself, I would like to point out that the writing of history does not require any specialized talents as are needed in such fields as theoretical physics or medicine, so that intelligent, hardworking laypersons can often produce works of great value. Weir does not purport to have pored over primary sources to discover new information, which is the hallmark of the professional historian’s craft, but rather synthesizes information from existing published studies that are largely unknown to the general public. Moreover, she brings to her work knowledge of the land and the peoples which she has picked up from her travels.

For those who still might find her background insufficient for her task, it should be further added that Israel apologist Alan Dershowitz, who lacks as far as I can tell any college degree in history, manages to produce works on Israel that are picked up by major publishers who would not think of publishing anything done by most academic historians. It might be added that academic historians, who specialize in monographs, would be loath to produce a comparable account of this subject from Weir’s perspective, since it would do little for their careers and might serve as their professional death knell.

While the book’s narrative is very readable and the key points can easily be digested by the average reader, it is nonetheless well-documented. To satisfy the more academic reader, the book has a section of extended endnotes longer than the narrative. I found the endnotes section valuable not only for confirming and expanding upon the content of the narrative but also in serving as a point of departure for additional research. I often switched from my Kindle book to a Web search, coming up with names of related books and articles that I would like to peruse, should I ever have the time to venture to a research library.

The work goes over a large number of little known but very important topics to demonstrate the powerful influence of Zionism over American foreign policy. Space, naturally, precludes me from discussing all the topics in detail so I have focused on those which seem to deal most directly with the major themes of the book.

The early political influence of Zionism is illustrated by the fact that in 1887 a Jewish American was made ambassador to the Ottoman Empire, which then controlled Palestine and was thus considered by Zionists as the key country with which to deal. This set the precedent of a Jewish ambassador to this country that was continued for the next 30 years, by which time the Zionist search for outside support had turned elsewhere.

The book brings up the central importance of Louis Brandeis and his disciple Felix Frankfurter in advancing the interests of Zionism. Brandeis was a noted social and economic reformer who was a Zionist and happened to be very close to President Wilson, who would put him on the Supreme Court in 1916, the first Jew to hold such a position. Even after joining the Supreme Court, Brandeis used this access to Wilson to promote Zionist interests, sometimes acting as a go-between for Wilson and British Zionists.

Brandeis would head the international Zionist Central Office during the teens but, perhaps even more significant, he would be a leading member of a secret society, the Parushim, the Hebrew word for “Pharisees” and “separate,” which covertly advanced the interests of Zionism in the United States and Europe. The Parushim was founded in 1913 by a University of Wisconsin philosophy professor, Horace M. Kallen, who ironically is considered to be the father of cultural pluralism in the United States. Obviously this idea conflicted completely with his support for the creation of a Jewish exclusivist state, but it is a contradiction that is rather commonplace among many Jews and liberal gentiles alike.

kallen.jpgKallen was regarded by some as first promoting the idea for what became the Balfour Declaration, which would set the stage for the modern state of Israel. He promoted this scheme in 1915 when the U.S. was still a neutral. He told a British friend that this would serve to bring the United States into World War I. It should be pointed out that at that time, despite serious diplomatic issues regarding German submarine warfare, the great majority of the American people wanted to avoid war and Wilson would be re-elected president in November 1916 on the slogan “He kept us out of war.” Kallen’s idea for advancing the Zionist goal, however, soon gained traction.

Frustrated in their efforts to achieve a Jewish homeland in Palestine from the Ottoman Empire, the American Zionists turned toward Britain to bring this about. In 1916 as World War I dragged on indecisively, Zionist leaders promised the British that in return for a Jewish homeland in Palestine—which the British could expect to gain from the Ottomans as one of the spoils of a victorious war—American Zionists would work to bring the United States into the war on behalf of Britain and its allies. Many British strategists at the time, such as Winston Churchill, believed that such an event would turn the tide for victory. Weir holds that it “appears” that the Zionists’ activity was one factor in bringing America into the war [1] and cites a number a number of reputable books and leading contemporary figures—such as then-British Prime Minister Lloyd George—that held that Zionists carried out their side of the bargain by pushing the United States into war.

The Balfour Declaration was a letter, dated November 2, 1917 (and coming out in the press one week later), from British Foreign Secretary Arthur Balfour to Walter Rothschild, a British Zionist leader, officially stating that Britain would use its “best endeavours to facilitate the achievement” of a Jewish Homeland in Palestine.

Now even to give attention to the Balfour Declaration in a history of World War I is somewhat outré; to claim that it caused the United States to enter war is one of those ultra-taboos. Although my Ph.D. was in American history with a focus on diplomacy (and a minor in 20th Century European history), never did I come into contact with anything about the Balfour Declaration in my college studies (which, granted, did not deal with the Middle East). I only knew about it from reading what the mainstream historical profession would regard as disreputable authors.

Reference to the Balfour Declaration and the Zionist role in it was considered one of the daring things done by the iconoclastic Israeli “New Historian” Tom Segev who discussed it in his book, One Palestine, Complete: Jews and Arabs Under the British Mandate (2000). In a lecture on his book that I heard at the University of Maryland in 2002, Segev, though acknowledging that the British goal was winning over Jews to their side [2], derided the idea of any real Jewish power, attributing that mode of thinking to “anti-Semitism.” In 2010, Segev expressed this view in a review of a new book on the Balfour Declaration: “Obviously there was no ‘Jewish power’ controlling world affairs, but Weizmann [3] successfully pretended that the Jews were in fact turning the wheels of history. For once, the anti-Semitic image of the Jews proved useful — they were believed to be so maliciously dangerous that one would do best to acquire them as allies rather than as enemies.”[4]

segev.jpgAlthough Segev is a daring historian who often rejects the Zionist myths on the creation of Israel, in this case he essentially relies on a classic Zionist-constructed strawman, which involves greatly exaggerating the view that the Zionists (and Jews in general) don’t like. It is highly doubtful that the British foreign office believed that Jews were so powerful as to be “turning the wheels of history.” (If that had been the case, one would think that the British would have offered Jews much more than Palestine from the very start of the war.) Furthermore, as noted earlier, Weir does not subscribe to anything like this Zionist strawman in regard to the Balfour Declaration, or anything else, I should add.

However, what is important is not only whether the American Zionists were able to bring the United States into a war, but that they made a solemn promise to a foreign country that they would try to do so. As a matter of fact, since Zionists such as Brandeis knew much about Wilson’s thinking and undoubtedly were kept abreast on what Germany was likely to do (it being well-known that Germany was suffering from the British “starvation” blockade and that politically powerful voices there wanted to retaliate by pursuing a harsher submarine policy toward neutrals such as the U.S.), they may have realistically thought in 1916 that there was a good chance that the United States would shortly go to war whether they interceded or not, which meant it would be a wise move to make such a deal and be able to get credit for a result that was not of their own making.[5]

It is also of significance that the American Zionists promised to push the U.S. into war not because they believed that it was in their own country’s national interest—as was the case for a number of prominent Americans such as former President Theodore Roosevelt—but solely for what they considered to be in the interests of world Jewry. Ascribing “dual loyalty” to any Jews is regarded as a classic anti-Semitic canard. In this case, however, the American Zionists’ position did not even rise to the level of “dual loyalty,” being purely singular in that it evinced no apparent concern whatsoever for American interests.

Linked to the Balfour Declaration, Weir points out that “American Zionists may also have played a role in preventing an early peace with the Ottoman Empire.”[6] In 1917, the U.S. State Department had heard that the Ottomans were becoming weary of the war, and it decided to send a secret mission to explore the possibility of detaching the Ottoman Empire from its alliance with the other Central Powers. Such a separate peace would likely leave the Ottoman Empire (or Turkey as it would become shortly)[7] in control of its Asian possessions, which would mean that since Britain would not gain Palestine, no home for Jews could emerge there.

This mission was headed by former Ambassador Henry Morgenthau, who, though Jewish, was not a Zionist. However, he was persuaded by Zionists such as Brandeis protégé Felix Frankfurter, who was a member of the mission’s delegation, to abandon the effort. In a meeting with Morgenthau, Chaim Weizmann, a leading British Zionist who was alerted by American Zionists as to the danger posed by Morgenthau’s mission, also played a major role in stopping the potentially-peacemaking mission, as is indicated in Weir’s endnotes.[8]

Other obstacles to the Zionists’ goal in Palestine would also arise soon after the end of the war in November 1918. Important Christian Americans who were intimately involved in the Near East and supported self-determination for the Arabs recognized that this could not take place if the Zionists were able to set up an ethnic Jewish enclave on Arab land. They went to the Paris Peace Conference which, among a number of issues stemming from World War I, would deal with the territorial settlement.

As a result of the divergent views on the future status of the territory to be given up by the Ottoman Empire, President Wilson decided to send an investigatory commission to the region, which became known as the King-Crane Commission.[9] In line with Wilson’s goal of national self-determination, the commission sought to discover how the region’s inhabitants wanted to be governed, and they overwhelmingly expressed opposition to a Jewish home in Palestine.

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Weir points out that “Zionists through Brandeis dominated the situation, however, and the report was suppressed until after the Peace Accords were enacted.”[10] At the Paris Peace Conference, Weir writes, “[t]he U.S. delegation was forced to follow Zionist directives.”[11]

kingcranebook.jpgOne minor criticism here is that the reader might incorrectly get the impression that the King-Crane Commission dealt solely with Palestine, while it actually involved all the territories severed from, or expected to be severed from, the Ottoman Empire (Turkey).[12] The issue of Palestine made up about half of the report on “Syria,” which also included present day Syria and Lebanon. The other two geographical sections of the report were “Mesopotamia” and “Non-Arabic speaking portions of the Former Ottoman Empire (Asia Minor).”[13] Thus the suppression of the commission’s report was likely due not only to opposition by Zionists, but also to other interested parties disturbed by its findings in areas other than Palestine. These parties would include the British, French and Greeks.

In regard to the report’s description of Palestine, however, Weir’s presentation was completely on the mark. The King-Crane report reflected extreme opposition to Zionism expressed by those Muslims and Christians who lived in Palestine as well as by those who lived in neighboring areas.

Weir points out that during the inter-war period, when Palestine was governed by Britain under a League of Nations mandate, which was intended to prepare the country for eventual independence, the American Zionists moved away from openly pushing for the establishment of an exclusivist Jewish state in Palestine since this ran counter to the temper of the times—which reflected American opposition to militant nationalism and dual loyalty, and respect for majority rule and national self-determination. Instead, Zionists focused on the development of Jewish institutions in Palestine, which would serve as a basis for a Jewish state. Zionist leaders, such as David Ben-Gurion, still viewed American support as key to their establishment of a Jewish state.

With World War II on the horizon, Zionists began to return directly to their goal of a Jewish state. A precursor of the current Israel lobby, the American Zionist Emergency Council (AZEC), began in 1939. In order to pressure the U.S. government to support a Zionist state, AZEC worked to establish more than 400 local committees under 76 state and regional branches to promote this goal. These committees distributed Zionist pamphlets, circulated petitions, and engaged in letter writing campaigns to promote the Zionist cause. AZEC also funded books, articles and academic studies for this same purpose.

By the end of World War II, Zionist efforts gave them considerable power in American politics. In order to appeal to the general American populace, they stressed the needs of the many Jewish European refugees, connecting the refugee problem to Palestine, the latter destination purportedly being the only solution to their existing homelessness. By this humanitarian argument, Zionists could thus appeal to many Americans who did not necessarily believe the Zionists’ contention that Jews had a historical right to control Palestine.

As Britain opted to turn over the troublesome issue of Palestine to the United Nations in 1947, Zionists pushed for a partitioning of Palestine between Jews and the indigenous Palestinian population. The partition plan discriminated in favor of the Zionists, since while the Jewish population comprised about 30 percent of Palestine’s population, the plan would award them with 55 percent of the land. And the Zionists’ real goal was not to be content with that amount but to also grab the remainder.

U.S. State Department officials strenuously opposed the partition plan, looking upon this approach as both contrary to America’s professed principle of national self-determination and its vital interests in the Middle East, where a vast majority of the governments and their people were vehemently opposed to Zionism. A leading State Department official in this opposition was Loy Henderson, Director of the Office of Near Eastern and African Affairs. Zionists viciously attacked him, demanding his removal and even threatening his family. The State Department chose to move him elsewhere and in 1948 President Truman named him Ambassador to Nepal, which kept him far away from anything to do with Palestine.

Removing Henderson, however, did not make the State Department favorable toward transforming any part of Palestine into a Jewish state. Among the higher level opponents were the head of the State Department‘s Division of Near Eastern Affairs, Gordon P. Merriam; Undersecretary of State Dean Acheson, who later became Secretary of State; and George F. Kennan, the State Department‘s Director of Policy Planning, noted as the architect of America’s containment policy against Soviet Communism.

The State Department was not the only part of the executive branch of the United States government that opposed the Zionist goal for Palestine. The newly-created CIA reported in 1947 that the Zionists were seeking goals that would be harmful to both Jews and “the strategic interests of the Western powers in the Near and Middle East.”[14] The Joint Chiefs of Staff opposed partition and expressed the prescient fear that the Zionist aim was to involve the U.S. in their conflict with their Middle East enemies.

Despite this opposition from a consensus of foreign policy and national security experts within his own government, Truman opted to support the Zionist partition plan for political reasons, relying heavily on the views of his domestic political advisor, Clark Clifford, who maintained that the Jewish vote and financial backing were necessary to win the presidential election in 1948. Truman‘s Secretary of State George Marshall, noted for the famed Marshall Plan that helped to rebuild devastated Western Europe, and Secretary of Defense James Forrestal remained staunchly opposed to what they regarded as Truman’s willingness to sacrifice vital national security interests on the altar of domestic politics.

Weir points out that a number of wealthy Zionist Jews provided financial support for Truman’s presidential campaign in 1948, which may put us in mind of Zionist mega-donors of today such as Sheldon Adelson. One of these backers was Abraham Feinberg who funded Truman’s epic whistle-stop train campaign. Truman would give Feinberg credit for his victory. As quid pro quo, the Truman administration remained inert when the CIA later reported that Feinberg was involved in illegal gun-running to Zionist groups in Palestine.

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I should add that while Truman has become something of an idol for recent historians, he was looked upon during his time as being driven by what would benefit his own political interest. As the redoubtable journalist H. L. Mencken quipped about Truman’s 1948 campaign: “If there had been any formidable body of cannibals in the country he would have promised them with free missionaries, fattened at the taxpayer’s expense.” In Truman’s defense, however, it should be pointed out that two of his key opponents in the 1948 presidential election, Republican Thomas Dewey and the left-wing Progressive Party candidate Henry Wallace, Franklin Roosevelt’s former Vice-President, were both staunchly pro-Zionist.[15]

Weir describes a number of Zionists who maintained personal contact with Truman and likely played a role in shaping his policies. David K. Niles, Truman’s executive assistant, was regularly briefed by the head of the Washington Office of the Zionist Organization of America and was believed to be passing top-secret information to the Israeli government. Truman’s long-time friend and former business partner, Eddie Jacobson, was a staunch Zionist with close access to Truman who would describe his information to be of “decisive importance.”[16] Sam Rosenman, a political advisor to Truman, screened State Department memos to Truman.

Although the United States had announced its support for the partition of Palestine, it was apparent that the partition plan still lacked the necessary two-thirds vote to pass in the UN General Assembly. Consequently, the Zionists were able to get a delay in the vote and used that time to intimidate or bribe opponents to reverse their positions.

For example, Weir notes that Wall Street financier and perennial presidential adviser Bernard Baruch threatened war-torn France that it would be denied aid from the United States if it voted against partition. David Niles was able to get rubber baron Harvey Firestone to tell the Liberian president that he would terminate his planned expansion in his country if it did not vote in favor of partition. Haiti was promised economic aid if it would change its vote and support the measure. Costa Rica’s President Jose Figueres was said to have received a blank checkbook to get his country’s vote.

As a result of this behind the scenes skullduggery, the UN General Assembly on November 29, 1947, voted in favor of the adoption and implementation of the partition plan as UN General Assembly Resolution 181. Although this resolution is widely believed in the United States to have created Israel,[17] Weir correctly points out that it “was of limited (if any) legal impact” since General Assembly resolutions, as opposed to those of the Security Council, are not binding on member states. Although the resolution recommended that the UN Security Council implement the partition, it never did.[18]

The effect of the General Assembly’s resolution, however, was to increase the fighting in Palestine. While the Zionist myth would have it that the Jews in Palestine were simply a peaceful community set upon by violent Arabs intent on genocide, Weir points out that Zionist military forces had been covertly preparing for war for some time. They had amassed extensive armaments, some of it coming illicitly from the U.S., and their troop numbers exceeded those of their foes even after five Arab governments had joined the fray. The traditional Zionist portrayal of Israel’s war for independence (which, of course, prevented independence for the Palestinians) as a David versus Goliath conflict in which the Jews miraculously overcame overwhelming odds is pure fiction, but it is still believed in many quarters today and continues to generate sympathy for Israel. On May 15, 1948, Zionists announced the establishment of their new state of Israel, for which they did not establish any boundaries.

sniego.jpgA quick aside here: somewhat ironically, in my view, Weir barely touches on the United States decision to recognize Israel. Moreover, what does exist is largely in the endnotes. Although there will be a second volume to Weir’s history, and the cut-off point for this volume has to be somewhere, still the fact that the book does make reference to events in 1948 would seem to have made it appropriate to discuss in some detail the issue of America’s quick recognition of Israel.

A number of interlocking organizations operated in the U.S. to raise money for Zionist paramilitary groups in Palestine, though this goal was kept secret. These organizations were under the direction of the leader of the Irgun Delegation, Hillel Kook, who operated under the name of Peter Bergson. During World War II, these organizations purported to be trying to alert people to the genocide of European Jews and trying to rescue those still alive. By promoting this purpose these organizations were able to attract substantial public support, including from those who would be repulsed by their funding of terrorist activities, which, Weir implies, was their real intent. The latter, she maintains, was made manifest by the organizations’ failure to actually rescue Jews from Europe.

The Irgun group engaged in numerous public activities to raise money, one of the most successful being a pageant entitled “We Will Never Die!” which, woven within the backdrop of the Nazi genocide, celebrated the Jewish contribution to Western civilization. Written by Ben Hecht, an Academy Award-winning screenwriter, the pageant included such Broadway and Hollywood celebrities of the era as Edward G. Robinson, Dean Martin, Frank Sinatra, and Leonard Bernstein. Forty thousand attended the extravaganza’s New York performances. It went on to play in a number of other large American cities. The group produced a number of other plays and rallies, one of which featured a young Marlon Brando, and raised $1 million.[19]

Some American Zionists, Weir observes, actually planned terrorist activities outside of Palestine in order to influence developments there. One such terrorist activity conceived by a group of American Zionists headed by an Orthodox Rabbi named Baruch Korff consisted of a plan to drop bombs along with threatening leaflets on the British foreign office in London, or anywhere in London if that were too difficult. The airplane pilot sought for this task, however, went to the Paris Police—he and Korff both being in France at the time—and Korff was arrested. Powerful people rushed to Korff’s defense and the charges were dropped. Korff thus was able return to his former activities in America as if nothing had happened. With this particular event thrown down the Orwellian “memory hole,” Korff resurfaced over two decades later as a public figure close to President Richard Nixon, influencing the latter’s Middle East policies.

The amount of money raised for Zionist groups during in the United States during these years is impossible to calculate accurately, but it would be enormous. Weir writes that between 1939 and May 1948 the Jewish Agency for Israel alone raised the equivalent of $3.5 billion in today’s dollars.

David Ben-Gurion, then de facto leader of the Jewish community in Palestine, realized that the international concern for Jewish refugees could be used to advance the cause of a Jewish state by making it appear that no other safe refuges for Jews existed. Weir illustrates this deception by a discussion of the famous ship Exodus, which carried Holocaust survivors to Palestine when the British were not allowing illegal immigration there.

Weir points out that what is generally unknown to the public is that the French were willing to take in those Exodus refugees but Ben-Gurion rejected that solution, forcing those survivors to remain on board the ship for seven months. Weir quotes historian Baruch Kimmerling on the significance of the Exodus affair: “Ben-Gurion‘s strategy in the Exodus affair paid off. The fate of the refugee ship attracted considerable and sympathetic attention around the world, and served the Zionist cause well. Few observers at the time knew that many of the refugees from the Exodus had applied for immigration visas to the United States, and were hardly anxious to settle in Israel . . . . By dramatizing the fate of the survivors, in whom he had little interest except as future residents of the state he was building . . . Ben-Gurion helped to make Israel the world’s chief power broker over Jewish affairs.”[20]

urisexo.jpgWeir includes a brief reference to Leon Uris’s bestselling 1958 novel on the Exodus ship, and though it falls outside the chronological purview of this volume, I would add that the impact of the already mythologized Exodus event was greatly magnified by Uris’s book, which sold over 7 million copies and was turned into a blockbuster movie in 1960 by Otto Preminger, a leading film director of the era. The film has been identified by many commentators as having greatly enhanced support for Israel in the United States by Jews as well as gentiles and in the view of some scholars this movie has had a lasting effect on how Americans view the Israeli–Palestinian conflict. Weir even acknowledges that it had initially shaped her thinking on the subject.[21]

While the pro-Zionist propaganda that inundated the American media played up the existence of Jewish refugees who allegedly sought to come to Israel, there was little popular attention paid toward the hundreds of thousands of Palestinians who were being driven from their homeland as a result of Zionist massacres and other forcible expulsion measures. A State Department study in March 1949 found the American public was “unaware of the Palestine refugee problem, since it has not been hammered away at by the press or radio.”[22]

To underscore the importance of what Weir presents on this subject, it should be pointed out that until fairly recently, Israel’s denial of ever having expelled the Palestinians dominated the public discourse in the U.S. It was alleged that when Arab armies were about to invade the newly-declared state of Israel, Palestinians left their homes in the new Israel at the behest of their leaders, expecting to return with the victorious Arab armies. Beginning in the 1980s, however, Israel’s so-called “New Historians,” relying on newly released Israeli documents, exploded this myth. They concluded that the major cause of Palestinian flight was Israeli military action, which included terrorist massacres and the fear of them.

Even without the discovery of this Israeli documentary evidence, or any other documentary evidence for that matter, the use of the cui bono test would strongly point to Zionist culpability for the removal of the native Palestinians. For the Zionists planned to create a state that was both democratic and Jewish. This would be impossible if a large number of non-Jewish people, who were largely hostile to Zionism, resided within the country. From this fact, it would seem reasonable to conclude that the emptying of Palestine in 1948 was not a serendipitous development from the perspective of the Zionists, but one that was intentionally brought about by them.

Weir observes that U.S. State Department experts at the time were aware of Israel’s inhumane actions and sought to take action to at least moderate Israel’s effort to achieve a permanent removal of Palestinians. The State Department threatened to withhold $49 million of unallocated funds from an Export-Import Bank loan to Israel if it did not allow at least 200,000 refugees to return to their homes. Although Truman sympathized with the Palestinians’ plight, and in early 1948 even briefly considered backtracking from the partition and supporting a UN trusteeship for the entirety of Palestine, he ultimately prevented the State Department’s move from being implemented.

Weir points out that those in the mainstream media who attempted to alert the American people to the reality of the dispossession of the Palestinian people were effectively prevented from doing so by pro-Zionists. The latter relied on hurling the career-destroying charge of “anti-Semitism” and threatening economic measures to harm any media outlet that would dare to disseminate information they deemed to be too negative toward Israel.

The individual whom the Zionists caused to fall the farthest was Dorothy Thompson. Weir deserves much credit here for pulling this once well-known figure out of the Orwellian memory hole. Thompson happens to have been one of the principal figures in my doctoral dissertation titled, ”The Intellectual Wellsprings of American World War II Interventionism, 1939-1941.”[23] And I have added a few additional points to what Weir has in her book to illustrate the high reputation Thompson had at one time.

Thompson was an early and persistent critic of Nazism. She had an interview with Hitler in 1931 before he had become German Chancellor, which was made into a book. Thompson portrayed Hitler and Nazism in a negative light and in 1934, the now Nazi government of Germany expelled her when she attempted to visit the country. From 1934 onward, the bulk of her writing dealt with the danger posed by Nazism to the Western democracies. After the start of World War II in Europe in September 1939, Thompson was a staunch interventionist who initially advocated greater American aid to the allies but by the latter part of 1941 she was advocating American entrance into the war.

doroth.jpgIn 1939, Time Magazine named Thompson the second most popular and influential woman in America behind Eleanor Roosevelt.[24] She spoke out about anti-Semitism and the plight of the Jews in Europe, and urged a relaxation of immigration restrictions so the U.S. could be a safe haven for Jews under threat in Europe. She also was a strong supporter of Zionism.

In early 1945 she took a trip to Palestine where she saw firsthand Jews oppressing Palestinians. She came to realize that the Zionists sought to create a Jewish exclusivist state, not one that would include all of its current inhabitants. Her criticism of Zionism led to charges against her of “anti-Semitism” and even pro-Nazism, as absurd as that was given her background.[25] As a result of this all-out Zionist attack, newspapers began to drop her columns. Especially harmful was her loss of an outlet in New York City—where she had received a large proportion of her income—when the New York Post dropped her column with no other major New York City daily being willing to pick it up. Her radio program and speaking engagements also disappeared. Despite these problems, Thompson would not back away from her criticism of Zionism. And she continued to do so in the dwindling number of newspapers that still took her column, which did not end until 1958.

It is significant that the black-out of Dorothy Thompson has continued after her death, and perhaps even become worse. In the effort to make the subject of American history more inclusive, recent historians have often added women who were little known in their own eras, whereas Thompson who had been an important figure remains unmentioned. It seems likely that she has remained largely unmentioned both for what she had to say about Zionism and also by the fact that she was blacklisted by pro-Zionists, the power of whom one is not allowed to publicly acknowledge. (This contrasts with those Americans who were blacklisted for being pro-Communist, who are now often praised as martyrs because of this treatment.)

To conclude the review, it should be emphasized that this concise book should be of value to a wide audience. The general reader with little background knowledge should easily pick up a number of key points that serve to dispel the many myths that loom large today in the mainstream media, while even those individuals familiar with the subject are almost guaranteed to profit from little known facts, especially in the notes section, that should augment their knowledge. And it is essential that many more Americans become aware of this knowledge if America’s position is to change regarding Israel and the Middle East in general. Such a change is essential not only to bring about some degree of justice for the Palestinians but in order to extricate the United States from the debilitating regional conflicts that its close connection with Israel has entailed. It will be interesting to see how Weir, in her forthcoming volume, deals with the problems America has faced in more recent years that ineluctably derived from the events described in this work.

References

[1] Alison Weir, Against Our Better Judgment: The Hidden History of How the U.S. Was Used to Create Israel, (CreateSpace Independent Publishing Platform, 2014), Kindle Edition, Kindle Location 364. Weir contends that there were a number of factors that caused the United States to enter World War I in April 1917, some of which she lists, and that “Zionism appears to have been one of those factors.”

[2] Some historians have diluted this Jewish factor, attributing motivation to British foreign policy goals in the Near East. A Jewish homeland allegedly could serve as a buffer zone that would protect the Suez Canal.

[3] Chaim Weizmann was a leading figure in the Zionist movement who served as President of the Zionist Organization and later as the first President of Israel.

[4] Tom Segev, “‘View With Favor’, Review of The Balfour Declaration: The Origins of the Arab-Israeli Conflict by Jonathan Schneer, International New York Times, August 20, 2010, accessed December 13, 2015, http://www.nytimes.com/2010/08/22/books/review/Segev-t.ht...

In other parts of his review, Segev’s analysis is impressive. For example he writes: “The Balfour declaration thus finds its place among a multitude of fruitless schemes and indulgent fantasies, except, of course, that in this case, surprisingly, the British by and large kept their word. For at least two decades they allowed the Zionist movement to bring hundreds of thousands of Jewish immigrants into Palestine, and these new arrivals set up hundreds of settlements including several towns, as well as the political, economic, military and cultural infrastructure of the future state of Israel. But if Israel’s existence originated with the British, so did the Palestinians’ tragedy.”

[5] The controversial House-Grey memorandum, developed with Britain in February 1916, stated that at an appropriate time Wilson would call for a peace conference. If the Allies accepted the offer and Germany rejected it or acted intransigently at the conference, the United States would go to war against Germany. And if Germany accepted the offer and a peace conference did take place, the settlement would not be unfavorable to the Allies. Wayne S. Cole, An Interpretive History of American Foreign Relations (Homewood, Ill.: Dorsey Press, 1968), 363

[6] Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Location 449.

[7] The Wikipedia entry for “Ottoman Empire,” states that the “’Ottoman Empire’ and ‘Turkey’ were often used interchangeably, with ‘Turkey’ being increasingly favored both in formal and informal situations. This dichotomy was officially ended in 1920–23, when the newly established Ankara-based Turkish government chose Turkey as the sole official name,” accessed December 13, 2015, https://en.wikipedia.org/wiki/Ottoman_Empire .

[8] Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Locations 2668-2669 .

[9] The King-Crane Commission was originally created as the American Section of the Inter-Allied Commission on Mandates in Turkey, which was also to include British and French members, and be like a number of other fact finding missions stemming from the Paris Peace Conference of 1919. These two countries failed to participate. Ken Grossi, Maren Milligan, and Ted Waddelow, Restoring Lost Voices of Self-Determination: Background to the Commission, August 2011, Part of the King-Crane Commission Digital Collection, Oberlin College Archives, accessed December 13, 2015, http://www.oberlin.edu/library/digital/king-crane/intro.h... .

[10] Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Locations 502-503.

[11] Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Location 505.

[12] The King-Crane Commission Report, August 28, 1919, http://www.hri.org/docs/king-crane/. The report includes discussions of territory intended to have been taken from Turkey in the Treaty of Sevres, which Turkey never accepted and was not implemented.

[13] Ibid.

[14] Quoted in Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Location 798.

[15] Wallace had no chance of winning the election but Truman’s backers feared that he could syphon off enough liberal votes in large Northern and Midwestern states to enable Dewey to win the election. The issue of Israel did not play a role in Strom Thurmond’s 1948 campaign in the South, which focused on states’ rights and racial issues.

[16] Quoted in Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Location 894.

King-Crane Commission Report, August 28, 1919.

[17] Jeremy R. Hammond, “The Myth of the U.N. Creation of Israel,” Foreign Policy Journal, October 26, 2010, accessed December 13, 2015, http://www.foreignpolicyjournal.com/2010/10/26/the-myth-o...

[18] More than this, the UN General Assembly, after the vote, created another committee that came to quite different conclusions. Jeremy Hammond writes: “The Ad Hoc Committee on the Palestinian Question was established by the General Assembly shortly after the issuance of the UNSCOP report in order to continue to study the problem and make recommendations. A sub-committee was established in turn that was tasked with examining the legal issues pertaining to the situation in Palestine, and it released the report of its findings on November 11. It observed that the UNSCOP report had accepted a basic premise ‘that the claims to Palestine of the Arabs and Jews both possess validity’, which was ‘not supported by any cogent reasons and is demonstrably against the weight of all available evidence.’ With an end to the Mandate and with British withdrawal, ‘there is no further obstacle to the conversion of Palestine into an independent state’, which ‘would be the logical culmination of the objectives of the Mandate’ and the Covenant of the League of Nations. It found that ‘the General Assembly is not competent to recommend, still less to enforce, any solution other than the recognition of the independence of Palestine, and that the settlement of the future government of Palestine is a matter solely for the people of Palestine.’’’ Hammond, “The Myth of the U.N. Creation of Israel.”

[19] Marlon Brando was very close to Jews before he became a movie star and later donated a considerable amount of money to Zionist causes. He expressed more negative views of Jews toward the end of his life. See: Allan M. Jalon, “How Marlon Brando Became Godfather to the Jews,” Forward, September 16, 2015, accessed December 13, 2015, http://forward.com/culture/320671/how-marlon-brando-becam...; Danielle Berrin, “Marlon Brando and the Jews,” Jewish Journal, July 30, 2014, accessed December 13, 2015, http://www.jewishjournal.com/hollywoodjew/item/marlon_bra....

[20] Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Locations 1249-1256.

[21] The movie had an all-star cast (and a very popular, award winning theme song), which included: Paul Newman, Eva Marie Saint, Peter Lawford, Sal Mineo, and Lee J. Cobb.

[22] Weir, Against Our Better Judgment, Kindle Locations 1370-1371.

[23] Stephen John Sniegoski, “The Intellectual Wellsprings of American World War II Interventionism, 1939-1941,” (PhD diss., University of Maryland-College Park, 1977).

My research on Thompson included a visit to the archival collection of her papers at the George Arents Research Library at Syracuse University in Syracuse, New York, in 1976, where I perused some material dealing with her break with American Jews, which was outside the scope of my dissertation.

[24] Thompson’s correspondence in her manuscript collection at Syracuse University illustrates her importance. The Overview of the Collection states: “Correspondents include authors (John Gunther, Wallace Irwin, Alfred M. Lilienthal, Edgar A. Mowrer, Vincent Sheehan, Johannes Urzidil), literary figures (Jean Cocteau, Rose Wilder Lane, Thomas Mann, Rebecca West), politicians and statesmen (Bernard M. Baruch, Winston Churchill, Ely Culbertson, Ralph E. Flanders, Felix Frankfurter, Charles de Gaulle, Cordell Hull, Clare Boothe Luce, Jan Masaryk, Gamal Abdel Nasser, Franklin D. and Eleanor Roosevelt, Harry S. Truman).” Overview of the Collection, Dorothy Thompson Papers, Syracuse University Libraries, accessed December 13, 2015, http://library.syr.edu/digital/guides/t/thompson_d.htm.

[25] Thompson’s relationship with American Jews actually began to sour toward the end of the war before the emergence of the issue of Zionist mistreatment of Palestinians. She differed with the Jewish establishment regarding her opposition to the Anglo-American incendiary bombing of German cities, which involved the killing of tens of thousands of civilians, and also the demand for a Carthaginian peace with Germany that was reflected in the Morgenthau Plan. She viewed these actions as violating the alleged idealistic purpose of the war, whereas many Jews sought punishment of the German people because of what the Nazis had done to their co-religionists.

lundi, 05 octobre 2015

Shlomo Sand : «Israël se diabolise lui-même chaque jour»

Shlomo Sand : «Israël se diabolise lui-même chaque jour»

ShlomoSand.jpgL’historien israélien Shlomo Sand a répondu à une tribune de Pierre-André Taguieff publiée dans Le Monde, à propos de l’antisémitisme en France.  « De mon point de vue, la principale caractéristique de la judéophobie parmi les groupes marginaux de banlieues est l’identification dangereusement erronée entre : sionisme, Israël et juifs. Or, c’est précisément ce que font, sans relâche et sans distinction, les dirigeants d’Israël, le CRIF…. et toi.»

Je viens de lire ton article publié dans Le Monde, en date du 23 septembre: « L’intelligentsia française sous-estime l’antisémitisme », et, une fois de plus, je suis stupéfait !

Lorsque nous nous sommes connus, dans les années 80 au siècle dernier, j’avais la plus grande estime pour tes travaux investiguant les fondements du racisme théorique, dans la France de la deuxième partie du 19ème siècle.

J’avais beaucoup apprécié tes apports dans l’analyse et la déconstruction de la judéophobie qui a, effectivement, joué un rôle de tout premier ordre, dans la constitution d’une partie des identités de l’Hexagone, et ce jusque vers le milieu du 20ème siècle. Toutefois, depuis quelques années, à la lecture de tes publications, j’ai de plus en plus de mal à comprendre la logique qui t’anime : affirmer que la judéophobie demeure hégémonique en Occident, considérer l’islamophobie comme un phénomène plutôt marginal, dont les intellectuels exagèrent l’importance, et se faire, en en même temps, le défenseur inconditionnel du sionisme et d’Israël me laisse très perplexe !

En vérité, tu as notablement baissé dans mon estime lorsque tu as soutenu, avec enthousiasme, la guerre de George Bush contre l’Irak, et lorsque tu as exprimé une sympathie manifeste pour  « La rage et l’orgueil  », le livre islamophobe d’Oriana Fallaci (dans lequel, il est écrit, notamment, que les musulmans « se multiplient comme des rats »).

Tes prises de positions passées me paraissent, cependant, moins préoccupantes que celles que tu développes, ces temps-ci, alors que se profile, dans la société française, un dangereux terrain miné, lourd de menaces pour « l’autre ».

Tu sais bien que la haine envers celui qui est un peu différent, et que l’imaginaire apeuré face à celui qui affiche une singularité, ne se limitent pas aux émotions stupides de gens incultes, situés au bas de l’échelle sociale. Tu sais bien que cela n’épargne pas les classes sociales bien éduquées. Durant la période tragique pour les juifs et leurs descendants (1850-1950), le langage judéophobe ne se donnait pas uniquement libre cours dans les faubourgs populaires, mais il s’exprimait aussi dans la haute littérature, dans la philosophie raffinée, et dans la grande presse.

shlomo9782081307872.jpgLa haine et la peur des juifs faisaient partie intégrale des codes culturels, dans toutes les couches de la société européenne. Cet état de fait s’est, fort heureusement, modifié dans les années qui ont suivi la fin de la seconde guerre mondiale. Et si, bien sûr, il subsiste encore des préjugés à l’encontre des descendants imaginaires des meurtriers de Jésus Christ, il n’en demeure pas moins que, dans le monde occidental : de Los Angeles à Berlin, de Naples à Stockholm, de Buenos-Aires à Toronto, quelqu’un d’ouvertement judéophobe ne peut plus être journaliste ou présentateur à la télévision, ni occuper une place dirigeante dans la grande presse, ou encore détenir une chaire de professeur à l’université.

En bref, la judéophobie a perdu toute légitimité dans l’espace public. L’antisémitisme de Barrès, de Huysmans ou de Céline n’est plus admis dans les cénacles littéraires, ni dans les maisons d’éditions respectables du Paris d’aujourd’hui. Le prix à payer pour la disparition de cette « belle haine », ( pour user d’un qualificatif de l’antisémitisme en vogue , il y a un siècle), fut, comme l’on sait, très élevé. De nos jours, la « belle haine » est effectivement tournée vers d’autres gens, et nous ne savons pas encore quel en sera le prix.

Cela ne veut pas dire qu’une hostilité à l’encontre des juifs n’existe pas aux confins de la société, parmi des marginaux issus de l’immigration venant du monde musulman. Dans des cités-ghettos, certains jeunes, qui n’ont pas ingurgité la judéophobie chrétienne multiséculaire, sont, malheureusement, à l’écoute de quelques imams délirants ou de gens comme Alain Soral ou Dieudonné. Comment combattre cet inquiétant phénomène marginal ? Faut-il, comme tu ne cesses de le faire, justifier la politique menée par Israël ? Faut-il, comme tu t’y emploies également, nier que l’islamophobie a, effectivement, remplacé la judéophobie, et jouit d’une légitimité croissante dans tous les secteurs culturels français ?

T’es-tu demandé quels livres ont été des « best sellers », ces derniers temps : des pamphlets ou des romans contre les juifs, comme à la fin du 19ème siècle, ou bien des écrits qui ciblent les immigrés musulmans, (et cela ne se limite pas à Houellebecq, Finkielkraut et Zemmour ) ? Quels partis politiques ont le vent en poupe : ceux qui s’en prennent aux anciens « sémites » d’hier, ou ceux qui affichent leur rejet des nouveaux « sémites » d’aujourd’hui, et au passage, ne tarissent pas d’éloges sur la façon dont Israël traite les arabes (Marine Le Pen n’est pas la seule concernée !).

Et cela m’amène au dernier point, qui m’a le plus indisposé, dans ton article. De mon point de vue, la principale caractéristique de la judéophobie parmi les groupes marginaux de banlieues est l’identification dangereusement erronée entre sionisme, Israël et juifs.

Or, c’est précisément ce que font, sans relâche et sans distinction, les dirigeants d’Israël, le CRIF… et toi.

Les voyous de quartier ne sont pas devenus judéophobes uniquement sous l’effet de prêches venimeux prononcés par des démagogues. Il y a à cela bien d’autres causes : et notamment, l’identification constante des institutions juives officielles avec la politique israélienne. Pas une seule fois, le CRIF n’a émis la moindre protestation face à l’oppression subie par la population palestinienne. Et qu’on ne vienne pas nous parler de « diabolisation d’Israël »; Israël se diabolise lui-même chaque jour !

Comment un État considéré comme une démocratie occidentale peut-il, depuis bientôt cinquante ans, dominer un autre peuple, et lui dénier tout droit politique, civique, syndical , et autres ? Comment dans une ville–capitale démocratique, où des intellectuels français ont fondé un institut Emmanuel Levinas, de philosophie et d’éthique juives, un tiers de la population, qui y a été annexée de force en 1967, se trouve-t-elle encore privée de tout droit politique, et exclue de toute participation à la souveraineté ?

Et par delà tout ceci : que signifie être sioniste, aujourd’hui ? Simple est la réponse : soutenir Israël comme État des juifs. Comment un État à prétention démocratique, peut-il se définir, non pas comme la République légitime de tous ses citoyens israéliens, mais comme un État juif, alors même qu’un quart de ses citoyens ne sont pas juifs ? Es-tu capable de comprendre que l’Etat « juif », qui t’est si cher, appartient plus, en principe à ceux qui en France se disent juifs, qu’aux étudiants palestino-israéliens à qui j’enseigne l’Histoire à l’université de Tel-Aviv ?

Est-ce la raison pour laquelle tu te considères comme sioniste et fervent sympathisant d’Israël ? Si l’on suivait ton raisonnement sur cette question, la France ne devrait-elle pas cesser de se définir comme la République de tous ses citoyens, pour devenir « l’État gallo-catholique » ? Non ! Bien évidemment non, après Vichy et le génocide nazi.

Peut-être serait-il plus facile de définir un État français ressemblant à Israël, en recourant à un terme qui fait aujourd’hui florès parmi l’intelligentsia parisienne : « République judéo-chrétienne » ?

Shlomo Sand

Cette réplique à Pierre-André Taguieff a été publiée sur le blog « Les invités de Médiapart », sous le titre : « Lettre ouvert à un ex-ami ». Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

Shlomo Sand est historien, spécialiste de l’histoire contemporaine. Il est professeur à l’université de Tel Aviv depuis 1985.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs ont été publiés en français, tels que: Comment le peuple juif fut inventé (Fayard – 2008) – « Comment j’ai cessé d’être juif » (Flammarion – 2013), Les mots et la terre – Les intellectuels en Israël (Flammarion – 2010), Comment la Terre sainte fut inventée – De la Terre sainte à la mère patrie (Flammarion – 2014)

Source: http://www.pourlapalestine.be/shlomo-sand-israel-se-diabolise-lui-meme-chaque-jour/

jeudi, 23 avril 2015

Le fanatisme religieux est un élément essentiel du soutien étasunien à Israël

Le fanatisme religieux est un élément essentiel du soutien étasunien à Israël

Auteur : Glenn Greenwald
Traduction Dominique Muselet
Ex: http://zejournal.mobi

Un nouveau sondage de Bloomberg Politics parvient à des résultats qui, quand on y pense, sont pour le moins étonnants.

En ce qui concerne les relations entre Israël et les Etats-Unis, à laquelle de ces propositions adhérez-vous :

- Israël est un allié mais nous devrions poursuivre nos intérêts quand ils divergent de ceux d’Israël : 47%

- Israël est un important allié, la seule démocratie de la région, et nous devrions le soutenir même si nos intérêts divergent : 45%

- Je ne sais pas : 8%

Près de la moitié de tous les Américains veulent soutenir Israël, même si les intérêts de ce pays divergent des intérêts de leur propre pays. Seule une minorité d’Américains (47 %) disent que leur pays doit poursuivre ses propres intérêts plutôt que de soutenir Israël quand il faut faire un choix entre les deux. C’est le reniement complet du Discours d’adieu de George Washington de 1796 dans lequel il soulignait qu’"il était absolument capital de ne pas se laisser aller à la haine invétérée et irréductible contre certaines nations et à la passion amoureuse pour d’autres ... La nation qui s’habitue à détester ou à aimer une autre nation en devient forcément plus ou moins l’esclave".

Il est inimaginable qu’une grande partie des Etasuniens veuille soutenir un pays étranger, quel qu’il soit, même lorsque cela est contraire aux intérêts étasuniens. Seul Israël suscite ce degré de ferveur et d’abnégation chez les Etasuniens. Cela vaut donc la peine de se demander d’où vient cette bizarrerie de l’opinion publique étasunienne.

La réponse devrait nous mettre tous mal à l’aise : c’est le fanatisme religieux. Les médias étasuniens adorent se moquer du fait que des nations ennemies, surtout les nations musulmanes, soient menées par des forces religieuses extrémistes, mais c’est précisément ce facteur qui explique en grande partie le fervent soutien de la population américaine à Israël. En donnant les résultats de son sondage, Bloomberg a fait la remarque suivante :

La religion semble jouer un rôle important dans ces chiffres. Les chrétiens sont plus nombreux que l’ensemble des sondés, 58% contre 35%, à soutenir Israël même contre l’intérêt des Etats-Unis. Les Etasuniens sans appartenance religieuse ont été les moins prêts à le faire, à 26%.

La principale raison pour laquelle les chrétiens évangéliques des États-Unis sont si dévoués à Israël est simple : leur doctrine religieuse radicale leur enseigne que c’est Dieu qui l’exige. En 2004, Pat Robertson a prononcé un discours intitulé "Pourquoi les chrétiens évangélistes soutiennent-ils Israël ?" dans lequel il a dit : "Les chrétiens évangélistes soutiennent Israël parce que nous croyons que les paroles de Moïse et des anciens prophètes d’Israël ont été inspirées par Dieu," et "nous pensons que la création d’un état juif sur la terre promise par Dieu à Abraham, Isaac et Jacob a été ordonnée par Dieu." Il a ajouté que "le peuple élu de Dieu" – les Juifs - avaient un devoir envers Dieu, celui de lutter contre les "vandales musulmans", afin qu’Israël reste uni entre leurs mains :

Si le peuple élu de Dieu laissait ses sites les plus sacrés, tomber aux mains d’Allah – si les vandales musulmans se rendaient maîtres des tombeaux de Rachel, de Joseph, des patriarches, des anciens prophètes – s’ils croyaient que leur droit à la Terre Sainte vient uniquement de Lord Balfour d’Angleterre et de la volage ONU plutôt que des promesses du Dieu tout-puissant alors dans ce cas, l’Islam aura gagné la partie. Dans le monde musulman se répandrait le message qu’"Allah est plus grand que l’Eternel" et que les promesses de l’Eternel aux Juifs n’ont aucune valeur.

C’est cet épouvantable discours extrémiste religieux au sujet d’Israël qu’on entend encore et encore dans les plus grandes églises évangélistes d’Amérique. La très populaire secte "dispensationaliste"* repose sur la croyance dogmatique qu’un Israël unifié aux mains des Juifs est la condition préalable à l’Armageddon ou à l’Enlèvement et à la Seconde venue de Jésus : une croyance partagée non par des milliers, mais par des millions d’Américains. Comme l’évangéliste Robert Nicholson le dit dans un essai nuancé et réfléchi de 2013 portant sur les différences doctrinales qu’on trouve dans ce groupe : "Les évangélistes croient que Dieu a choisi le peuple bibliques d’Israël comme instrument de la rédemption de l’humanité, un agent terrestre à travers lequel il accomplirait son grand plan pour l’histoire." Comme, le célèbre et influent, John Hagee, l’a dit en termes simples : "Nous soutenons Israël parce que toutes les autres nations ont été créées par l’action des hommes, mais Israël a été créé par un acte de Dieu !".

Il va sans dire que la croyance religieuse joue également un rôle dans le soutien à Israël des juifs américains. En effet, les néocons font fréquemment le lien entre la judéité américaine et le soutien à Israël en faisant valoir qu’un bon Juif Américain ne devrait pas être Démocrate parce que ce parti ne soutient pas suffisamment Israël (ce qui ne les empêche pas d’accuser "d’antisémitisme" les critiques d’Israël qui font état du même lien que celui qu’ils exploitent eux-mêmes). Comme le montre un sondage Pew de 2013 :

La plupart des Juifs américains ressentent au moins un certain attachement affectif pour Israël, et beaucoup se sont rendus dans l’état juif. Quatre sur dix croient qu’Israël a été donné au peuple juif par Dieu, une croyance que partagent environ huit sur dix juifs orthodoxes.

L’extrémisme religieux juif est directement lié au soutien à Israël, comme l’a noté The Forward : "De tous les Juifs, ce sont les Juifs orthodoxes qui soutiennent le plus l’AIPAC". Le New York Times a récemment parlé du lien entre l’activisme juif et le soutien à Israël : "Les Républicains ... sont plus inconditionnellement pro-israélien que jamais" en partie à cause "d’une forte augmentation des dons en leur faveur" de la part de ce que J. Street appelle un "petit groupe de très riches juifs américains", comme Sheldon Adelson.

Mais les Juifs ne forment que 1,4% de la population américaine, ce qui limite encore ce phénomène. (En revanche, 82% des Américains se disent chrétiens et "37 % de tous les chrétiens se disent nés de l’Esprit-Saint ou évangélistes"). De plus, les Juifs américains ont longtemps été divisés sur le poids à donner à Israël dans leur vision politique et il y a une érosion de ce soutien chez les jeunes Juifs américains, en particulier. De fait, les chrétiens évangéliques sont beaucoup plus fermes dans leur soutien à Israël que les Juifs américains, comme le dit Bloomberg : "Pour de nombreux Démocrates, même ceux qui sont juifs, la question n’a pas la même importance." Le soutien d’origine religieuse des évangélistes - et l’alliance cynique entre les deux factions religieuses - est crucial pour le maintien de ce soutien.

Il est important de ne pas trop simplifier le rôle joué par le fanatisme religieux. Il y a, bien sûr, d’autres facteurs qui expliquent ce bizarre soutien américain à Israël même au détriment de leur propre pays. Le profond rejet des musulmans qui a suivi le 11 septembre a été habilement exploité pour générer ce soutien. On répète aux Etasuniens depuis des dizaines d’années qu’Israël est une “démocratie” - une affirmation de plus en plus difficile à soutenir - et donc un allié politique naturel. Les Américains ont tendance à ne pas remettre en question ni même à débattre des raisons politiques qui sous-tendent le soutien bipartite, et le dévouement sans faille à Israël est depuis des années,la prise de position bipartite par excellence. Et, comme David Mizner l’a récemment expliqué dans Jacobin, Israël est depuis longtemps un "état-client" qui permet au gouvernement américain de déployer par procuration sa volonté de puissance au Moyen-Orient.

Mais on ne peut nier que l’extrémisme religieux joue un rôle très important dans l’attitude des Américains envers Israël. Compte tenu de son importance, c’est un phénomène remarquablement peu discuté pour la bonne raison que les personnalités médiatiques étasuniennes trouvent très agréable d’accuser calomnieusement d’autres pays d’être animés par le fanatisme religieux, tout en ignorant le fait que leur propre pays l’est tout autant. Le fait que le journaliste politique de NPR, Domenico Montanaro, soit choqué de ce que le soutien à Israël ait engendré le soutien passionné de la foule lorsque Ted Cruz a annoncé sa candidature à la présidentielle à Liberty University donne la mesure du peu de place que cette question occupe dans le débat public.

Comme Dave Weigel se l’est demandé, après avoir vu ce tweet, comment quelqu’un dont le métier est de couvrir la politique peut-il trouver cela surprenant ? C’est parce que ce phénomène est très rarement discuté. C’est amusant, facile et auto-satisfaisant de croire que les pays que nous n’aimons pas sont la proie d’un fanatisme religieux qui dicte leur politique étrangère. C’est beaucoup moins amusant et moins réconfortant de penser à nous-mêmes de cette façon. Mais il ne fait aucun doute que l’extrémisme religieux prévaut en Amérique, et que le soutien général et bizarrement inconditionnel à Israël a pour origine principale une doctrine religieuse extrémiste sur la volonté de Dieu.


- Source : Glenn Greenwald-Traduction Dominique Muselet

vendredi, 06 mars 2015

Book Reviews from http://www.atimes.com

   

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Book Reviews from http://www.atimes.com

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  Pakistan's proclivity for war
The Warrior State: Pakistan in the Contemporary World
by T V Paul

Author T V Paul adds to the numerous unflattering descriptions of Pakistan with his depiction of a "warrior state" whose security forces have outgrown all other institutions and activities and where radical Islamization and its attendant obscurantism have been the consequences of state policy. His explanation for why this continues is elaborate and thought-provoking. - Ehsan Ahrari (Jul 28, '14)

 

  The US-Pakistan ties that bind
No Exit from Pakistan: America's Tortured Relationship with Islamabad by Daniel S Markey

The author argues that even as Pakistanis grow increasingly hostile to the United States', America's interests in South Asia, Central Asia and the Middle East mean that Washington can ill-afford to disengage from Pakistan. Maneuvers by the Obama administration such as managing anti-Americanism sentiment by keeping a lower profile ring true with the policy prescriptions presented, yet the book suffers in places from simplistic reasoning. - Majid Mahmood (Jun 20, '14)

 

  US stuck between dispensability and decline
Dispensable Nation: American Foreign Policy in Retreat
by Vali Nasr


While offering a harsh critique of the President Barack Obama's policies in Afghanistan, Pakistan, and across the Arab World, the author argues that the United States is not declining. This ignores that while the United States became an "indispensable nation" by implementing its stimulating post-World War II vision, it has failed since to develop a comparable vision for the future that is both realistic and doable.
- Ehsan M Ahrari (Jun 13, '14)

 

  A struggle against Israeli soft power
The Battle for Justice in Palestine by Ali Abunimah

The author believes the Palestinian struggle will benefit from a growing awareness of Israeli actions brought about by a "boycott, divestment, and sanctions movement" similar to that which increased international isolation of apartheid-era South Africa. One of the more interesting parts of the work is its exploration of how neoliberal economic patterns have been imposed on Palestine. - Jim Miles (Jun 6, '14)

 

  Re-imagining the caliphate
The Inevitable Caliphate? A History of the Struggle for Global Islamic Union, 1924 to the Present by Reza Pankhurst

A forceful and authoritative attempt at elevating debate over the Islamic caliphate beyond Western elitist perceptions of extremism and radicalization, this book offers a clear-sighted analysis of the movements that have placed the caliphate at center of their revivalist discourse. The book's biggest flaw is arguably the author's reductionist approach toward the potential constituency of the caliphate.
- Mahan Abedin (May 23, '14)

 

  Keeping peace with total war
To Make and Keep Peace Among Ourselves and With All Nations by Angelo M Codevilla

White Anglo-Saxon Protestant interpretations of history are central to the argument this book propounds: that the US needs constant, decisive warfare to ensure its own interests and security. While the thesis suffers because the author fails to recognize that a Washington focused on maintaining control doesn't share his populist values, it offers useful insights into the thinking of the American conservative right. - Jim Miles (May 16, '14)

 

  Shaking the pillars of Israel's history
The Idea of Israel - A History of Power and Knowledge by Ilan Pappe

This exploration of how Israel shaped a historic narrative to create a sense of nationhood and political direction recounts the attacks on historians in the 1990s who challenged the traditional Zionist discourse. The takeaway from this complex book is that issues surrounding the manipulation of victimhood have the potential to erode the foundations that the modern state is built on. - Jim Miles (May 2, '14)

 
 
 

mercredi, 04 mars 2015

Today's news on http://www.atimes.com

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Today's news on http://www.atimes.com

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Tackling Tehran: Netanyahu vs Obama
As negotiations over Iran's nuclear program continued in Europe, Israeli Premier Netanyahu told US Congress he feared the White House was close to striking a "very bad" deal. The absence of dozens of Democrats and the cheers that greeted his warnings of a "nuclear tinderbox" demonstrated the divisive nature of the issue in Washington. - James Reinl (Mar 4, '15)

Obama's nuclear squeeze
Netanyahu's address to the US Congress will have no effect on the future modalities of US-Iran nuclear negotiations. But if he can nudge Congress not to relax sanctions on Iran, even after a nuclear deal, then Tehran might retaliate by reversing some agreed upon issues of those intricate negotiations. - Ehsan Ahrari (Mar 4, '15)

Iran squashes IS, US seeks cover
An operation by Iraqi government forces to recapture Tikrit, north of Baghdad, from Islamic State militants, has resulted in fierce fighting around the town, seen as the spiritual heartland of Saddam Hussein's Ba'athist regime. This hugely important development has three dimensions. - M K Bhadrakumar (Mar 4,'15)

Israeli ex-generals condemn Netanyahu
In an unprecedented move, 200 veterans of the Israeli security services have accused Prime Minister Benjamin Netanyahu of being a “danger” to Israel, their protest coming on the even of his visit to address a joint meeting of the US Congress against the wishes of the White House. - Jonathan Cook (Mar 2, '15)


The Middle East and perpetual war
There is a popular idea in Washington, DC, that the United States ought to be doing more to quash the Islamic State: if we don't, they will send terrorists to plague our lives. Previously, the canard was that we had to intervene in the Middle East to protect the flow of oil to the West. So why in fact are we there? The only answer is: "Israel". - Leon Anderson (Mar 2, '15)



A Chechen role in Nemtsov murder?
For many in Russia and the West, the Kremlin is inevitably the prime suspect in the assassination of opposition leader Boris Nemtsov. But the possibility of a Chechen connection should not be dismissed out of hand, given Nemtsov's repeated criticism of Chechen Republic head Ramzan Kadyrov. (Mar 4, '15)

Obama, Shell, and the Arctic Ocean's fate
Despite the glut of new American oil on the market (and falling oil prices), not to mention a recent bow to preservation of the Arctic, the Obama administration stands at the edge of once again green-lighting a foray by oil giant Shell into Arctic waters. - Subhankar Banerjee (Mar 4, '15)


Germany's future lies East
Germany, sooner or later, must answer a categorical imperative - how to keep running massive trade surpluses while dumping its euro trade partners. The only possible answer is more trade with Russia, China and East Asia. It will take quite a while, but a Berlin-Moscow-Beijing commercial axis is all but inevitable. - Pepe Escobar (Mar 3, '15)

 

samedi, 07 février 2015

El sionismo cristiano: La nueva herejía que domina Estados Unidos

Por Stephen Sizer*

Ex: http://www.elespiadigital.com

El sionismo cristiano es una teología que apoya un régimen político basado en el apartheid y la discriminación – sin embargo, millones de personas en los EE.UU. expresan su apoyo al mismo. ¿Cuán peligroso es, dado el papel de EE.UU. en el Medio Oriente?

1. Introducción

“Sólo una nación, Israel, se encuentra entre… la agresión terrorista y la disminución total de los Estados Unidos como potencia mundial democrática … Si Israel cae, los Estados Unidos ya no pueden seguir siendo una democracia. … El dinero árabe se utiliza para el control y la influencia de las principales corporaciones de EE.UU., por lo que es económicamente más y más difícil para los Estados Unidos hacer algo en contra del terrorismo mundial “. [1]

Mientras que muchos de ellos no necesariamente van tan lejos como Mike Evans, sin embargo es asumido por una gran parte de los cristianos en Gran Bretaña y Estados Unidos que es su responsabilidad bíblica apoyar al Estado de Israel y que la bendición de Dios sobre ellos está condicionada a la bendición de Israel. Dale Crowley, en una emisora ​​religiosa de Washington, describe este movimiento como el “de más rápido crecimiento en Estados Unidos“:

“No esta compuesto de locos” sino por estadounidenses de clase media-alta. Que dan millones de dólares cada semana a los evangelistas de la televisión que exponen los fundamentos de la secta. Ellos leen a Hal Lindsey y Tim LaHaye, quienes difunden un objetivo:. “Ayudar a la mano de Dios para flotar hasta el cielo libre de todos los problemas, desde donde verán el Armagedón y la destrucción del planeta Tierra” [2]

Definición del sionismo cristiano

El sionismo cristiano es esencialmente el apoyo cristiano al sionismo. El sionismo es un sistema político basado en la exclusividad étnica judía dándoles derechos políticos preferenciales que se les niegan a los palestinos. Las Naciones Unidas han definido al sionismo como una forma de racismo y de apartheid. Sin embargo, en palabras de Grace Halsell el mensaje esencial de los sionistas cristianos es el siguiente: “todo acto adoptado por Israel está orquestado por Dios y debe ser tolerado, apoyado, e incluso ensalzado por el resto de nosotros“. [3]

La importancia del movimiento cristiano sionista

Las estimaciones sobre el tamaño del movimiento en su conjunto varían considerablemente. Mientras que críticos como Crowley afirman: “Por lo menos uno de cada 10 estadounidenses es un devoto ‘, es decir, entre ‘25 a 30 millones“, los sionistas cristianos por su parte, como Pat Robertson y Jerry Falwell, afirman tener acceso semanal a 100 millones de estadounidenses simpatizantes [4 ]. Cualquiera que sea la cifra real, todos están de acuerdo en que el número está creciendo en tamaño e influencia [5]. Ellos son guiados por 80.000 pastores fundamentalistas y sus puntos de vista difundidos por 1.000 emisoras locales de radio, así como 100 canales de televisión cristiana [6]. Doug Krieger dio una lista de más de 250 organizaciones pro-israelí fundadas solamente en la década de 1980 [7].

Por ejemplo, Unity Coalition for Israel, que es la más grande, reúne a 200 diferentes organizaciones sionistas judías y cristianas, incluyendo la International Christian Embassy, Christian Friends of Israel y Bridges for Peace . Ellos reclaman tener una base de apoyo de 40 millones de miembros activos [8]. Estas organizaciones conforman una amplia coalición que no sólo ayuda a mantener al gobierno racista de Sharon en el poder, sino también, como veremos más adelante, ayudan a dar forma a la postura agresiva de la política exterior de EE.UU. en el Medio Oriente.

El aumento del sionismo cristiano contemporáneo se remonta a la fundación del Estado de Israel en 1948, que llegó a ser vista como la realización más importante de la profecías bíblicas [9], de hecho, para muchos, “la mayor noticia profética que hemos tenido en el siglo XX ” [10]. Después de la Guerra de los Seis Días en 1967, Billy Graham, suegro de Nelson Bell, editor de Christianity Today, expresó los sentimientos de muchos evangélicos estadounidenses, cuando en una editorial de la revista, escribió: “por primera vez en más de 2.000 años Jerusalén está completamente en manos de los Judíos, lo que produce a un estudiante de la Biblia una emoción y una renovada fe en la exactitud y validez de la Biblia” [11].

christian-zionism38.jpgEn 1976, una serie de acontecimientos llevaron al sionismo cristiano a la vanguardia de la política dominante de EE.UU.. Jimmy Carter fue elegido como el “renacido” presidente que marcaría el apoyo de la derecha evangélica. En Israel, Menachem Begin y el ala derecha del partido Likud llegaron al poder al año siguiente. Una coalición tripartita emergió lentamente entre la derecha política, los evangélicos y el lobby judío. En 1978, Jimmy Carter reconoció cómo sus propias creencias pro-sionistas habían influido en su política en Oriente Medio [12]. En un discurso, describió el estado de Israel como “un retorno al pasado, a la tierra bíblica de la cual los Judíos fueron expulsados tantos cientos de años atrás… El establecimiento de la nación de Israel es el cumplimiento de la profecía bíblica y la esencia misma de su cumplimiento ” [13]. Sin embargo, cuando Carter vaciló sobre el agresivo programa del Likud y propuso la creación de un estado palestino, se distanció de la coalición de judíos pro- israelí, lo que condujo a que los evangélicos cambiaran su apoyo a Ronald Reagan en las elecciones de 1980. La elección de Reagan como presidente dio un impulso considerable a la causa sionista cristiana. Don Wagner explica: “La elección de Ronald Reagan marcó el comienzo no sólo de una tendencia aun más pro-Israel en la historia de la administración, sino que además dio importantes puestos en el gobierno a varios prominentes cristianos sionistas. Además del Presidente, quiene se suscribe a una teología premilenarista futurista y al sionismo cristiano, podemos mencionar al Procurador General Ed Meese, al Secretario de Defensa Casper Weinberger, y al secretario del Interior James Watt” [14].

Los White House Seminars se convirtieron en una característica regular de la administración Reagan, por los cuales se trajeron a sionistas cristianos como Jerry Falwell, Mike Evans y Hal Lindsey para tener acceso directo y personal con los dirigentes nacionales y el Congreso. En 1982, por ejemplo, Reagan invitó a Falwell para dar un informe al Consejo de Seguridad Nacional sobre la posibilidad de una guerra nuclear con Rusia [15]. Hal Lindsey también afirma que Reagan lo invitó a hablar sobre el tema de la guerra con Rusia para los funcionarios del Pentágono [16]. En una conversación personal publicada por el Washington Post dos años después, en abril de 1984, Reagan elaboró ​​sus propias convicciones personales con Tom Dine, uno de los principales lobbistas israelí que trabajó para la American Israel Public Affairs Committee (AIPAC): ‘Como saben, me dirijo de nuevo a los antiguos profetas en el Antiguo Testamento y a las señales anunciadas del Armagedón, y me pregunto si – si somos la generación que va a ver que esto se acerca. No sé si usted ha observado alguna de estas profecías últimamente, pero créanme, ciertamente describen los tiempos que estamos viviendo ” [17].

Mientras que George Bush padre, Bill Clinton y George W. Bush no parecen haber compartido los mismos presupuestos acerca de estos designios que Jimmy Carter y Ronald Reagan, sin embargo han mantenido, aunque sea a regañadientes, la fuerte posición pro-sionista de sus predecesores [ 18]. Esto se debe principalmente a la influencia del lobby sionista considerado por muchos como el más poderoso de los Estados Unidos [19]. Aluf Ben, un portavoz de Shimon Peres, fue citado por el diario de mayor circulación en Tel Aviv, Ha´aretz: “el 60 por ciento de toda la ayuda económica a los demócratas provenía de fuentes judías” [20]. Según el Informe de Washington Report on Middle East Affairs, “la mayoría de los recaudadores de fondos pro-Israel estiman que al menos del 60 al 90 por ciento de la campaña demócrata es financiada por fuentes judías, también suministran quizá el 40 por ciento del financiamiento republicano” [21]. Tal vez por eso es difícil encontrar a un solo político electo estadounidense dispuesto a criticar a Israel en público.

Tres líderes cristianos en particular, cada uno de ellos instalado en la Casa Blanca por Reagan, probablemente han logrado más que cualquier otro en los últimos treinta años en lo que respectaa a asegurar que la política exterior estadounidense sigue siendo pro-sionista. Son Jerry Falwell, Pat Robertson y Hal Lindsey, quienes se convirtieron en fervientes partidarios del Estado sionista. Grace Halsell describe la conversión de Falwell:

“La victoria israelí fue un hecho impresionante de gran impacto no sólo en Falwell, sino… para muchos de los estadounidenses. Recuerden que en el año 1967, los Estados Unidos estaban sumidos en la guerra de Vietnam. Muchos sintieron una sensación de derrota, impotencia y desánimo. Como estadounidenses, nos hicieron muy conscientes de nuestra disminuida autoridad, de no ser capaces de ser la policía del mundo o incluso de nuestros propios vecindarios… Muchos estadounidenses, incluyendo a Falwell, volvieron su mirada de adoración hacia Israel, viéndolo militarmente fuerte e invencible. Ellos dieron su aprobación sin límites a la toma de posesión de Israel de tierras árabes debido a que percibieron esta conquista como de poder y de justicia… Cristianos machos y musculosos como Falwell atribuyen al general israelí Moshe Dayan un “aura de héroe” por esta victoria sobre las fuerzas árabes y le llama el hombre de los milagros de la era, siendo invitado por el Pentágono a visitar Vietnam y decirnos cómo ganar esta guerra “. [22]

En 1979, el mismo año en el que Falwell fundó Moral Majority, el gobierno israelí le dio un avión Lear para que le ayudase en su defensa de Israel. Un año más tarde, en 1980, Falwell también se convirtió en el primer gentil en recibir la medalla Vladimir Ze’ev Jabotinsky por su excelencia sionista, de manos del Primer Ministro de Israel, Menachem Begin. Jabotinsky fue el fundador del sionismo revisionista y sostuvo que los judíos tenía un mandato divino para ocupar y colonizar “a ambos lados del río Jordán” y que no debían dar cuentas al derecho internacional [23]. Cuando Israel bombardeó la planta nuclear de Irak en 1981, llamaron por teléfono a Falwell antes de llamar a Reagan. Llamó a Falwell para preguntarle cómo “explicar al público cristiano las razones del atentado” [24]. Durante la invasión de Líbano en 1982, Falwell igualmente defendió las acciones de Israel:

“Cuando las masacres ocurrieron en los campos de refugiados palestinos, Falwell sólo imitó la línea israelí: “Los israelíes no están involucrados”. Y aun cuando el New York Times estaba dando testimonios de bengalas israelíes enviadas para ayudar a los falangistas a entrar en los campos, Falwell decía: “Eso es sólo propaganda” [25].

En marzo de 1985, Falwell habló ante la conservadora Asamblea Rabínica en Miami y se comprometió a “movilizar a 70 millones de cristianos conservadores por Israel” [26]. En enero de 1998, cuando el primer ministro israelí Benjamin Netanyahu visitó Washington, su primera reunión fue con Jerry Falwell y con The National Unity Coalition for Israel, en una gran reunión de más de 500 líderes cristianos fundamentalistas, en vez de con el presidente Clinton. De acuerdo con Donald Wagner, la multitud aclamó a Netanyahu como “el Ronald Reagan de Israel.” Esta vez Falwell prometió ponerse en contacto con 200.000 pastores y líderes de iglesias que reciben su National Liberty Journal [27], y pedirles que “digan al presidente Clinton que se abstengan de presionar a Israel para cumplir con los acuerdos de Oslo” [28]. En una entrevista con The Washington Post en 1999, Falwell describe a la ribera occidental [Cisjordania] como “una parte integral de Israel“. Ante la idea de presionar a Israel a retirarse, añadió, “sería como pedirle a Estados Unidos dejarle Texas a México, para lograr una buena relación. Es ridículo” [29]. En el 2000, Falwell reanima Moral Majority bajo el nombre de People of Faith 2000, “como un movimiento para recuperar América como una nación bajo Dios“, el cual también tiene una fuerte posición pro-israelí [30]. Falwell ha tenido éxito, probablemente mejor que cualquier otro líder cristiano estadounidense, en convencer a sus seguidores a reconocer que su deber cristiano consiste en proporcionar un apoyo incondicional al Estado de Israel.

Mientras que Jerry Falwell podría ser uno de los cristianos sionistas más influyentes, también es un mascarón de proa, junto con Pat Robertson, de una alianza mucho más amplia de más de 150 influyentes líderes fundamentalistas cristianos, que incluyen a Oral Roberts, Mike Evans, Tim LaHaye, Kenneth Copeland, Paul Crouch, Ed McAteer, Jim Bakker, Franklin Graham, James Dobson, Chuck Missler y Jimmy Swaggart, que han adoptado una postura pro-sionista en sus escritos o emisiones [31]. Estos líderes cristianos y sus organizaciones tienen acceso regular a más de 100 millones de cristianos, más de 100.000 pastores y a unos presupuestos conjuntos que alcanan cifras por encima de los 300 millones de dólares anuales. Ellos forman una coalición amplia e inmensamente poderosa que influye en la formación y la conducción de la política exterior de EE.UU. en el Oriente Medio, así como en el apoyo cristiano a Israel hoy en día.

El desarrollo histórico del sionismo cristiano

Si se desea explorar con más detalle las raíces históricas o la base teológica del movimiento, se debe echar un vistazo a la librerías, en las cuales hay algunos recursos útiles.

En su lugar, voy a centrarme ahora en seis aspectos de la agenda política del movimiento cristiano sionista, y a demostrar por qué los cristianos sionistas se oponen implacablemente al proceso de paz en Oriente Medio. De hecho quiero mostrar cómo pueden estar contribuyendo al holocausto que ellos predicen en el Medio Oriente .

La agenda política del sionismo cristiano

Vamos a examinar las seis formas en que la teología cristiana sionista ha sido traducida en acción política: Este esquema ilustra la correlación entre los movimientos de las doctrinas características y su agenda política.

Vamos a considerar cada uno de ellos:

1. El pueblo elegido: Apoyar el colonialismo israelí

La convicción de que el pueblo judío permanecerá como el “pueblo elegido” de Dios de alguna manera separado de la Iglesia, está profundamente arraigado en el sionismo cristiano. Una encuesta reciente de la revista Christianity Today sobre la opinión evangélica sobre Israel da una indicación de la fuerza del sionismo cristiano en Estados Unidos. La encuesta reveló que el 24% cree que “el mandato bíblico para los cristianos es apoyar el Estado de Israel” [32]. Esto se expresa en una variedad de maneras:

1.1 En pie con Israel

Después de la Guerra de los Seis Días en 1967, además del apoyo brindado por el gobierno de Estados Unidos, Israel ha estado en gran parte aislado de la comunidad internacional. Hal Lindsey se lamenta: “Hasta el momento de la Conferencia de Madrid de 1991, a los árabes se les llamaba “a” cumplir “,” desistir “,” abstenerse “, etc cuatro veces; en cambio a Israel se le “exigía”, “ordenaba”, etc, a cumplir la voluntad de la Asamblea General en trescientas cinco oportunidades. La ONU votó seiscientas cinco resoluciones entre su creación y la Guerra del Golfo. Cuatrocientas veinte y nueve de esas resoluciones, o el sesenta y dos por ciento del total de las resoluciones de la ONU fueron contra Israel o contra sus intereses ” [33].

Citando a Isaías 40, los cristianos sionistas consideran que su papel es “aliviar a Israel.” Así, por ejemplo, en octubre de 2000, pocos días después de la visita de Ariel Sharon al Haram Al-Sharif, que se programó deliberadamente para socavar al gobierno de Barak con miras a negociar con Arafat sobre una Jerusalén compartida [34], lo que provocó la segunda Intifada, se público un anuncio en el New York Times titulado “Open Letter to Evangelical Christians from Jews for Jesus.” En ella se hizo un llamamiento a los evangélicos para mostrar su solidaridad con el Estado de Israel en dicho momento crítico: “Ahora es el momento de apoyar a Israel. Queridos hermanos y hermanas en Cristo, nuestros corazones están tristes, mientras vemos las imágenes de violencia y derramamiento de sangre en el Medio Oriente … Amigos cristianos, “Los dones y el llamamiento de Dios son irrevocables” (Romanos 11:29). Por lo tanto nuestro apoyo a la supervivencia de Israel en esta hora oscura es irrevocable. Ahora es el momento para que los cristianos apoyen a Israel ” [35].

1.2 El lobby israelí en el Capitolio

Hasta la década de 1980, para EE.UU., Oriente Próximo fue en gran parte una instancia periférica de la amenaza global más amplia que planteaba el comunismo soviético. La protección de la Europa Occidental a través de la OTAN era una prioridad más importante. El colapso del comunismo, sin embargo, creó un vacío de poder en el Oriente Medio, que los EE.UU. han llenado. Después de la Guerra del Golfo para “liberar Kuwait” y luego, más recientemente, Afganistán de los talibanes y, a continuación, Irak del partido Baath de Saddam Hussein, los EE.UU. han aumentado considerablemente su influencia en el Medio Oriente. Muchos sostienen que la política exterior de EE.UU. se ha desviado por la influencia desproporcionada del lobby sionista. Michael Lind – analista político – resume la forma en que el lobby israelí ha distorsionado la política exterior de EE.UU.: “la ocupación israelí de Cisjordania y Gaza, habilitado por las armas y el dinero de EE.UU, inflama las actitudes anti-estadounidenses en los países árabes y musulmanes. La expansión de los asentamientos israelíes en territorio palestino es una burla del compromiso de EE.UU. a la autodeterminación de Kosovo, Timor Oriental y el Tíbet. Más allá de la región, la política de EE.UU. sobre la proliferación de armas nucleares es socavada por la doble moral que le ha llevado a ignorar el programa nuclear de Israel mientras condena los de India y Pakistán ” [36].

La derecha cristiana llegó a conformar la política exterior de EE.UU. en gran parte a través de la elección de Ronald Reagan en 1980. Su victoria sobre Jimmy Carter dio un impulso considerable a la causa sionista cristiana. Su elección, “marcó el comienzo no sólo de una tendencia más pro-Israel en la historia de la administración, otorgando varios importantes puestos políticos a sionistas cristianos. Los seminarios de la Casa Blanca se convirtieron en una característica regular de la administración Reagan, a través de la cual se instalaron líderes sionistas cristianos como Jerry Falwell, Mike Evans y Hal Lindsey, permitiéndoles contacto personal con los líderes nacionales y con el Congreso. En el mismo año, la International Christian Embassy of Jerusalem, fue fundada con el propósito de coordinar directamente las actividades del lobby político en cooperación con el gobierno de Israel” [37]. Junto con otras organizaciones que integran la Unity Coalition for Israel, tienen como principal estrategia presionar a los medios de EE.UU. y a la clase política, cuestionar lo que ellos llaman “la desinformación y la propaganda “, y expresar “la verdad acerca de Israel. “

Real.Americans.Defend.Israel.jpgEl poder del lobby pro-israelí asegura que Israel siga recibiendo entre 3 a 8 millones de dólares anuales de los EE.UU. en subvenciones, préstamos y subsidios, y ayuda militar. Este poder se puede medir por el hecho de que George Bush padre fue el último Presidente de los EE.UU. en criticar a Israel en público. Durante la Guerra del Golfo, causó disgusto en el lobby israelí que presionara a Israel para no tomar represalias contra los ataques de Irak, y prometió a los socios de la coalición árabe que él se ocuparía de la cuestión palestina. En septiembre de 1991, se quejó de que “hay 1.000 lobbystas en la colina del Congreso, presionando por las garantías de los préstamos para Israel, y soy un tipo un poco solitario aquí pidiendo al Congreso retrasar el examen de las garantías de préstamos por 120 días” [ 38]. Lind señala que el lobby pro-israelí también fue responsable de fomentar, “el mayor abuso del poder de indulto presidencial en la historia estadounidense“, cuando Bill Clinton, en su último día en el cargo, dio un polémico indulto a Mark Rich, el multimillonario fugitivo que en la lista del FBI figuraba como el “más buscado“. En un artículo del New York Times en febrero de 2001, Clinton explicó que lo había hecho por Israel:

“Muchos antiguos y actuales funcionarios de alto rango de Israel de los dos principales partidos políticos y los líderes de las comunidades judías en América y Europa me pidieron el perdón del señor Rich por sus aportaciones y servicios a los israelíes a través de causas benéficas” [39].

El lobby pro-israelí es también acusado de participar en la selección, nombramiento y despido de funcionarios del gobierno de EE.UU. [40]. En 1980, el ex embajador de EE.UU. en Qatar, Andrew Killgore, escribió en el Informe a Washington sobre Asuntos del Medio Oriente, críticas sobre el lobby israelí: “Es erróneo y perverso por parte de elementos fanáticos dentro del dos y medio por ciento de nuestra población que son de origen judío, mantener como rehén al Congreso … Estados Unidos debe considerar la evolución y penetración de la influencia de Israel en la dirección de la política exterior de EE.UU., como el trabajo de un maestro criminal ” [41].

Los cristianos sionistas también han influido en la creación de una relación más estrecha con Israel, facilitando visitas de solidaridad a Tierra Santa.

1.3 Viajes de Solidaridad a Israel

Desde 1967, tras la captura de la mayoría de los sitios importantes relacionados con las peregrinaciones bíblicas de Jordania y Siria, Israel ha explotado sistemáticamente lo que ha sido descrito como un lucrativo negocio, una “mina de oro” [42], siendo este turismo también una herramienta de propaganda [43 ]. Sin embargo, el mayor de los éxitos de Israel ha sido el contar con líderes evangélicos estadounidenses, tales como Pat Boone y Jerry Falwell, como aliados en la promoción de sus tours de solidaridad pro-israelíes. Por ejemplo, los Friendship Tours de Falwell incluyen no sólo reuniones con el gobierno de Israel (a alto nivel) y con oficiales militares, sino también … incluyen “paseos” a lugares y campos de batalla de Israel… Visita oficial a una instalación de defensa de Israel… a posiciones militares estratégicas, además de experimentar de primera mano la batalla que enfrenta Israel como nación [44].

Los sionistas cristianos no se contentan sólo con apoyar al Estado de Israel, política y financieramente. También son activos en convencer a judíos a emigrar a Israel y cumplir su destino.

2. Restauracionismo: Facilitar la Aliyah desde Rusia y desde Europa del Este

Los sionistas cristianos están convencidos de que es la voluntad de Dios que el pueblo judío regrese a Israel desde que éste fue dado a perpetuidad a los descendientes de Abraham. Con la caída del comunismo en la ex Unión Soviética (URSS) y Europa del Este, los cristianos sionistas han sido cada vez más activos en facilitar emigrantes judíos para hacer la aliyah [45].

Desde 1980, una coalición de agencias cristianas sionistas ha tomado la iniciativa para alentar a los judíos a emigrar a Israel, viendo esto como el cumplimiento de la profecía. Exobus probablemente fue la primera agencia sionista cristiana sionista en implantar la doctrina del Restauracionismo como una realidad y ayudar a los judíos en la antigua Unión Soviética (URSS) para hacer la aliyah. Fundada en 1984, han ayudado a más de 56.000 judíos a emigrar a Israel, en estrecha colaboración con la Agencia Judía. Exobus es también, probablemente, la mayor agencia cristiana en facilitar la aliyah, comprende 80 grupos procedentes de 13 países, y trabajan con 40 vehículos que transportan aproximadamente 1.200 judíos por tierra desde 16 bases diferentes en la antigua Unión Soviética, cada mes [46].

Desde 1991, la ICEJ [International Christian Embassy Jerusalem] también ha pagado por el transporte de otros 40.000 inmigrantes, 15.000 de los cuales fueron llevados a Israel en 51 vuelos patrocinados por la ICEJ [47]. Los miembros rusos de la ICEJ son especialmente activos en las regiones más remotas de la antigua Unión Soviética. Localizan a judíos, los persuaden a emigrar, y les ayudan a obtener los documentos para probar su origen judío, distribuyen paquetes humanitarios y pagan los permisos de salida, pasaportes, pago de deudas de transporte y alojamiento [48]. Una vez en Israel, la ICEJ ayuda a los emigrantes con los costos de reasentamiento, el suministro de alimentos, ropa, mantas, cocina y útiles escolares, así como equipos médicos [49]. Creyendo los judíos que siguen siendo el pueblo elegido de Dios y que Dios los está trayendo de vuelta a la tierra, es imperativo que sepan que retornan a la tierra que Dios prometió a sus antepasados.

3. Eretz Israel: Mantenimiento de los asentamientos en Cisjordania


usjews1.jpgPara el sionismo religioso, judío y cristiano, las fronteras legítimas de Israel son considerablemente mayores que las que actualmente se disputa con Siria, Jordania y la Autoridad Palestina. La participación cristiana en la realización de la Tierra de Israel incluye la justificación militar de la ampliación de estas fronteras, la adopción de políticas del programa de asentamientos, y el apoyo económico para el movimiento de los colonos. Por ejemplo, David Allen Lewis, presidente de Christians United for Israel, sitúa las reivindicaciones territoriales de Israel en el contexto más amplio del Oriente Medio. Observa que “Los árabes ya tienen el 99,5 por ciento de la tierra… esto no puede ser tolerado” [50]. En respuesta a los llamamientos internacionales para que Israel devuelva la Ribera Occidental, Bridges for Peace hace la siguiente pregunta retórica: “¿Qué es tan sagrado con respecto a la línea establecida el 04 de junio 1967?” Nada, dice, ya que históricamente esto era parte del Israel bíblico y “justamente ganado en batallas defensivas en 1967 y 1973” [51]. Esta convicción de que toda la Ribera Occidental es parte integral de Israel ha llevado a muchos cristianos sionistas a “adoptar” los asentamientos judíos para reforzar su derecho a la tierra.


La adopción de los asentamientos


Desde 1967, con diversos incentivos económicos y fiscales, así como apelando a la retórica bíblica, Israel ha animado a más de 400.000 judíos a colonizar Jerusalén Oriental, Cisjordania, Gaza y los Altos del Golán, a través de 190 asentamientos ilegales [52]. Varias organizaciones cristianas han dado su pleno apoyo a esta judaización de los territorios ocupados. The Christian Friends of Israeli Communities (CFOIC), fundada por Ted Beckett en 1995, trabaja en colaboración con Christian Friends of Israel (CFI) definiendo los asentamientos como: “Un pedazo de tierra donde los valientes pioneros judíos han establecido su residencia. En la mayoría de los casos es una colina rocosa estéril creada para establecer una comunidad judía que no había existido desde hace miles de años ” [53].Hasta ahora, el CFOIC afirma que 39 asentamientos israelíes ilegales han sido adoptados por 50 iglesias en los EE.UU., Sudáfrica, Alemania, Holanda y Filipinas. Por ejemplo, Ariel ha sido adoptado por Faith Bible Chapel, Arvada, Colorado; Hevron por Greater Harvest, Tallahassee, Florida; Alei Zahav por Calvary Chapel, Nashville. Para fortalecer la demanda de los colonos de la tierra, CFOIC publica mapas en su página web que muestran las pocas áreas de Cisjordania devueltas a la Autoridad Palestina. Lamentablemente, el CFOIC describe la “partición” de la tierra como “la realidad del “proceso de paz” para los que viven en la tierra que Dios prometió a los descendientes de Abraham, Isaac y Jacob para siempre!” [54]. La realidad es que Palestina ya no existe más. El muro de separación ha arrojado en forma de hormigón la realidad de que todos los palestinos sólo pueden esperar unos bantustanes aislados y empobrecidos, similares a las reservas indígenas de América del Norte, aunque en la Ribera Occidental también se les niega la libertad de movimiento entre ellos.

Los sionistas cristianos no sólo han mantenido una posición clara de justificación de los asentamientos ilegales de Israel en Cisjordania. Su programa de “adopción” también pretende ser un medio por el cual se entrega ayuda financiera así como apoyo práctico a los colonos.Financiación a los colonosAdemás de facilitar la emigración de los judíos a Israel, algunos cristianos sionistas son los organizadores activos del financiamiento ilegal de los asentamientos judíos en Cisjordania. Por ejemplo, durante la fiesta de celebración del Tabernáculo de 1991, representantes del ICEJ de 12 países dieron cheques al primer ministro israelí, Yitzhak Shamir, para ayudar a financiar los asentamientos [55]. A través del “Programa de Asistencia Social” del ICEJ “también se ofrece apoyo financiero a proyectos en los asentamientos judíos, incluyendo chalecos antibalas para fortalecer la resolución de los colonos, que viven entre lo que describen como ‘3 millones de palestinos hostiles ” [56]. El ICEJ, a través de su programa “Bulletproof Bus for Efrat”, ha recaudado 150,000 dólares para comprar un autobús blindado para el transporte de poblaciones dentro y fuera de la Ribera Occidental desde los asentamientos de Efrat [57]. Bridges for Peace (BFP) tiene un plan similar llamado “Operation Ezras”, que financia más de 50 proyectos de otra manera no sostenibles, como el establecimiento de granjas, Sde Bar, cerca de Beit Jala y de Herodes [58]. Parte integral de esta estrategia es la judaización de Jerusalén y la progresiva ocupación y asentamientos de Jerusalén Este y de la Ciudad Vieja. Para el sionismo no puede haber ningún compromiso, ya que el control de Jerusalén ha sido siempre un barómetro de su existencia como nación.


4. Jerusalén: Lobby para el Reconocimiento Internacional


En el corazón de los cristianos sionistas, con respecto al apoyo para el establecimiento de Israel en los territorios ocupados, se encuentra la convicción de que Jerusalén es y debe seguir siendo la capital judía exclusiva e indivisible. Los intentos de llegar a un acuerdo en el más amplio conflicto árabe-israelí hasta el momento se han estancado o se han tambaleado acerca del estatuto definitivo de Jerusalén. Los cristianos sionistas se oponen firmemente a cualquier propuesta de soberanía conjunta o a la creación de una capital palestina en Jerusalén Este.


Ya en febrero de 1984, el ICEJ envió a un representante, Richard Hellman, para dar testimonio ante el Comité del Senado de EE.UU. de Relaciones Exteriores en Washington, para instar a los EE.UU. a trasladar su embajada de Tel Aviv a Jerusalén y reconocer la ciudad como capital de Israel [59]. Jerry Falwell y el lobby de la AIPAC también hablaron a favor de esa medida. El senador Bob Dole, más tarde, introdujo en el Senado estadounidense la ley que busca que la Embajada de los EE.UU. sea reconstruida en Jerusalén el 31 de mayo de 1999, y autorizó 100 millones de dólares para gastos “preliminares” [60]. En octubre de 1995 declaró, “la capital de Israel no está en la mesa en el proceso de paz, y trasladar la embajada de Estados Unidos a Jerusalén no hace nada por alterar el resultado de cualquier negociación futura” [61]. Lamentando el hecho de que el Presidente de EE.UU. ratificara la decisión del Senado, Dole comentó: “Jerusalén es hoy como lo ha sido durante tres milenios, el corazón y el alma del pueblo judío. También es, y debe seguir siendo siempre, la capital eterna e indivisible del Estado de Israel… Ha llegado el momento… de ir más allá de las letras, de las expresiones de apoyo, y el sentido de las resoluciones del Congreso. Ha llegado el momento de promulgar la legislación que conseguirá que el trabajo sea hecho” [62].


En 1997, el ICEJ también dio apoyo a un anuncio de página completa en el New York Times titulado: “Christians Call for a United Jerusalem”. Fue firmado por 10 líderes evangélicos como Pat Robertson, presidente de la Christian Broadcasting Network y presidente de la Christian Coalition, Oral Roberts, fundador y rector de la Oral Roberts University, Jerry Falwell, fundador de la Moral Majority; Ed McAteer, Presidente de la Religious Roundtable, y David Allen Lewis, Presidente de Christians United for Israel: “Nosotros, los abajo firmantes, líderes espirituales cristianos, comunicamos que semanalmente más de 100 millones de cristianos americanos se sienten orgullosos de unirse en el apoyo a la soberanía continuada del Estado de Israel sobre la santa ciudad de Jerusalén… creemos que Jerusalén, o cualquier porción de ella, no será negociable en el proceso de paz. Jerusalén debe permanecer unida como la capital eterna del pueblo judío ” [63].


Los lectores fueron invitados a “Únanse a nosotros en nuestra misión santa“. “La batalla por Jerusalén ha comenzado, y es hora de que los creyentes en Cristo apoyen a nuestros hermanos judíos y al Estado de Israel. Es ahora el momento de la unidad con el pueblo judío” [64].


En 2002, Falwell ligó polémicamente los ataques terroristas contra el World Trade Center con el derecho exclusivo de Israel sobre Jerusalén. Hizo un llamamiento a sus partidarios a acatar la petición del Presidente de los EE.UU. para “mantener a Jerusalén libre” [65]. Los cristianos sionistas están resueltos en sus esfuerzos para lograr que la comunidad internacional reconozca a Jerusalén como la capital de facto de Israel. Sin embargo, más criticable todavía es la lectura cristiana sionista de la profecía de la necesidad de reconstruir el Templo judío.


5. El Templo: La identificación con el sionismo religioso [Ver vídeo: Reconstrucción del Tercer Templo, la Vaca Roja y el Arca de la Alianza]


Los cristianos sionistas, en particular, están convencidos de que el Templo judío debe ser reconstruido, ya que, en base a su escatología futurista basada en Daniel, el anticristo debe profanarlo justo antes de la venida de Cristo. David Brickner afirma que los preparativos para la reconstrucción del templo comenzaron en 1967 con la captura de la ciudad vieja de Jerusalén [66]. Lindsey está igualmente seguro de que, “ahora mismo, mientras usted lee esto, se están haciendo preparativos para la reconstrucción del Tercer Templo” [67]. Actualmente, cristianos sionistas están trabajando para lograr este objetivo.


La promoción del movimiento del Monte del Templo


Randall Price es el principal experto sobre los planes inminentes para reconstruir el Templo judío. En las 735 páginas de su libro The Coming Last Days Temple, ofrece detalles completos de todas las organizaciones judías implicadas en los intentos por apoderarse del Monte del Templo, destruir la mezquita de Al Aqsa y la Cúpula de la Roca, reconstruir el Templo judío y volver a instituir el culto del Templo, el sacerdocio y los sacrificios. Estas incluyen el Temple Institute y Temple Mount Faithful [68]. Gershon Salomon es la figura controvertida del movimiento y fundador de The Temple Faithful. Zhava Glase,r de Jews for Jesus, alaba a G. Salomon por su valentía al hablar sobre “el tema más importante en la religión judía“. Hablando como invitado de la ICEJ, en el congreso cristiano sionista en 1998, Salomon insistió:
“La misión de la generación actual es liberar el Monte del Templo y quitar – repito, eliminar – la abominación y profanación efectuada allí… el pueblo judío no se detendrá ante las puertas de acceso al Monte del Templo… Vamos a hacer flamear la bandera de Israel sobre el Monte del Templo, nos encargaremos de la Cúpula de la Roca y sus mezquitas, y sólo estará la bandera de Israel y nuestro Templo. Esto es lo que nuestra generación debe llevar a cabo” [69].


Entrevistado por el Times de Londres, Salomon insistió en que el santuario islámico debe ser destruido: “El Gobierno israelí debe hacerlo. Debemos tener una guerra. Habrá muchas naciones en contra de nosotros, pero Dios será nuestro general. Estoy seguro de que esto es una prueba que Dios espera de nosotros, que movamos el domo sin temor de otras naciones. El Mesías no vendrá por sí mismo, habrá que llamarlo por la lucha” [70]. Desde 1967 ha habido más de 100 asaltos a mano armada en el Haram Al-Sharif por parte de militantes judíos, a menudo dirigidos por rabinos. “En ningún caso el primer ministro israelí o el gran rabino han criticado estos ataques” [71].

 

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Facilitar el Programa de Desarrollo del Templo


A fin de mantener el Templo en pleno funcionamiento, también es necesario identificar, capacitar y consagrar a los sacerdotes que van a servir en el mismo. De acuerdo con el Libro de los Números, las cenizas de una vaquilla roja pura sin mancha, debe ser previamente ofrecida por un sacerdote ritualmente puro, deben ser mezcladas con agua y rociadas sobre ellos y sobre el mobiliario del Templo. Con la destrucción del Templo en el año 70 las cenizas usadas en la ceremonia se perdieron y los judíos de la diáspora han permanecido por lo tanto ritualmente impuros desde entonces.


En 1998, sin embargo, Clyde Lott, un ganadero Pentecostal de Mississippi, formó Canaan Land Restoration of Israel, Inc. con el propósito de criar de ganado apto para el sacrificio en el Templo [72]. Según la revista Newsweek, en 1997, la primera vaca roja desde hace 2000 años nació en el Kfar Hassidim kibbutz cerca de Haifa y fue llamada ‘Melody’ [73]. Por desgracia, con el tiempo le crecieron pelos blancos en la cola y las ubres. Sin desanimarse, Chaim Richman, un rabino ortodoxo, y Clyde Lott, el ganadero pentecostal, se han unido para inseminar a las vaquillas rojas en el Valle del Jordán, con la esperanza de producir un espécimen perfecto para el sacrificio [74].


El trabajo de diseño y construcción, mobiliario y utensilios, la formación de sacerdotes y la cría de los animales para los sacrificios requiere de fondos y en gran medida, al igual que la vaca roja, éstos están siendo proporcionados por los sionistas cristianos. De acuerdo con Grace Halsell, Stanley Goldfoot elevo a 100 millones de dólares al año las aportaciones para la Jerusalem Temple Foundation a través de la American Christian TV, las estaciones de radio y las iglesias evangélicas [75]. “El anhelo judío del templo, las esperanzas cristianas acerca del Rapto y la paranoia musulmana sobre la destrucción de las mezquitas [es lo que] agita una ebullición apocalíptica” [76].


6. El futuro: la oposición a la paz y el aceleramiento del Armagedon
La Alianza de Estados Unidos e Israel


Jerry Falwell ofrece una explicación simple de la estrecha relación entre Estados Unidos e Israel. Dios ha sido bueno con Estados Unidos porque “Estados Unidos había sido amable con los Judíos” [77]. Gary Bauer, presidente de American Values, se expresó de esta manera. “Los terroristas no entienden por qué Israel y Estados Unidos se unen en el corazón” [78]. Mike Evans, fundador y presidente de los Lovers of Israel Inc. describe la relación especial entre Israel y Estados Unidos: “Sólo una nación, Israel, se encuentra entre… la agresión terrorista y la disminución total de los Estados Unidos como potencia mundial democrática… Sin duda, la presión demoníaca se esforzará en alentar a traicionar a su Israel… Israel es la clave para la supervivencia de Estados Unidos… Ahora que nos encontramos con Israel, creo que veremos a Dios realizar una obra poderosa en nuestros días. Dios va a bendecir a los Estados Unidos e Israel, así… Si Israel cae, los Estados Unidos ya no puede seguir siendo una democracia ” [79].


Para los cristianos sionistas como Falwell y Evans, Estados Unidos es visto como el gran redentor, el papel de la superpotencia en el mundo anunciada en las Escrituras [80] y providencialmente ordenada [81]. Las dos naciones – América e Israel – son percibidas como hermanos siameses que se enfrentan contra un mundo dominado por el mal del comunismo y del Islam, la antítesis de los valores democráticos judeo-cristianos de Estados Unidos e Israel [82].


La antipatía hacia los árabes


Ramon Bennett ilustra cómo estos prejuicios siguen siendo comunes en la actualidad al describir a las naciones árabes modernas como “bárbaros” [83]. “Las costumbres de hospitalidad y generosidad han cambiado poco en 4.000 años“, afirma, “ni tener la costumbre de asaltar (el robo, el robo de ganado), guardar las apariencias o el salvajismo” [84]. Bennett sostiene que el árabe “es, ni un vicioso, ni, por lo general, un mentiroso calculador, sino natural” [85].


Franklin Graham, presidente de Billy Graham Evangelistic Association, hizo comentarios similares pero imprudentes en una entrevista para el diario Charlotte Observer en 2000: “Los árabes no serán felices hasta que cada judío este muerto. Ellos odian al Estado de Israel. Todos odian a los judíos. Dios dio la tierra a los judíos. Los árabes nunca aceptarán eso ” [86].
El odio hacia los árabes se personifica en las actitudes con respecto a Yasser Arafat. En febrero de 1999, por ejemplo, Arafat fue invitado a asistir al 47 ª Congreso anual patrocinado por National Prayer Breakfast en Washington. Al desayuno suelen asistir cada año más de 3.000 líderes políticos y religiosos, pero en esta ocasión la invitación de Arafat generó una considerable controversia. La Traditional Values Coalition, fundada por Pat Robertson y que representa a 40.000 iglesias, instó a los congresistas a boicotear el desayuno [87]. El ICEJ dijo que la asistencia al desayuno con Arafat sería “como orar con el mismo Satanás” [88]. A pesar de una considerable presión de los grupos pro-israelíes la invitación no fue retirada. La Casa Blanca a través del secretario prensa, Joe Lockhart, defendió la invitación. Se lamentó, “se hace cada año con espíritu de reconciliación. Y lo lamentable es que hay algunos que no entienden completamente el espíritu de reconciliación e inclusión “. [89] Pero me temo que esto se pone todavía peor…


Justificando la limpieza étnica de Palestina


Frecuentemente, la defensa de los cristianos sionistas de Israel lleva a negar a los palestinos los mismos derechos humanos básicos de los israelíes. Algunos incluso son reacios a reconocer la existencia de los palestinos como un pueblo distinto. Dave Hunt es el ejemplo típico de aquellos que equiparan a los palestinos con los filisteos antiguos, y el uso de la palabra Palestina es utilizado en un sentido totalmente peyorativo.


“El conflicto central en el Oriente Medio es hoy el problema del llamado pueblo palestino… ¿Palestinos? Nunca hubo un pueblo palestino, nación, lengua, cultura o religión. ¡La reivindicación de descendencia de un pueblo palestino que vivió hace miles de años en una tierra llamada Palestina es una broma! [90].


Basándose en la lógica de Hunt, presumiblemente los mismos argumentos podrían ser utilizados contra el derecho a la libre determinación de los ciudadanos de los Estados Unidos o incluso de varias docenas de naciones fundadas en el siglo XX. La historia de la persecución de los judíos ilustra la facilidad de denigrar un grupo “inferior” de personas o la negación de su existencia como pueblo diferenciado, pudiendo dar lugar a la racionalización de su erradicación.


En mayo del 2002, Dick Armey, el ex líder de la mayoría republicana, fue noticia al justificar la limpieza étnica de palestinos de los Territorios Ocupados. En una entrevista con Chris Matthews en la CNBC el 1 de mayo de 2002, Armey declaró que: “La mayoría de las personas que ahora pueblan Israel fueron trasladadas desde todas partes del mundo para que esa tierra se convirtiera en su hogar. Los palestinos pueden hacer lo mismo y estaremos contentos de trabajar con los palestinos en ello. No estamos dispuestos a sacrificar a Israel por la noción de un estado palestino… me conformo con que Israel tome toda la Ribera Occidental… Hay muchos países árabes que tienen cientos de miles de acres de tierra; la tierra, la propiedad y la oportunidad para crear un Estado palestino ” [91].a


Matthews dio Armey varias oportunidades para aclarar que él no estaba defendiendo la limpieza étnica de los palestinos de Cisjordania, pero Armey no estaba arrepentido. Cuando se le preguntó “¿Alguna vez le dijo a George Bush, el Presidente de su estado natal de Texas, que cree que los palestinos deben irse y abandonar Palestina y que esa era la solución? “, Armey respondió: “Probablemente estoy diciéndoselo en este momento… me conformo con que Israel ocupe esa tierra que ahora ocupan ellos, y que esas personas que han sido agresores de Israel se retiren a otra tierra” [92].


El punto de vista de Armey sobre que los palestinos deben ser “erradicados” es sólo el último de una serie de llamadas, en la corriente principal de EE.UU. y en los medios de comunicación del Reino Unido ,a la limpieza étnica de los palestinos de los Territorios Ocupados [93]. Mientras que tales actitudes racistas entre los cristianos sionistas hacia los árabes son comunes, como lo es la imagen de los palestinos como terroristas, más especialmente demonizados son los musulmanes.


Demonizar el Islam


Los sentimientos anti-árabes y la islamofobia se han convertido en lgo aún más ampliamente tolerado desde el 11 de septiembre de 2001. Estos puntos de vista han sido recientemente descritos como una forma de nuevo “Mc’Cartismo” [94]. En febrero del 2002, por ejemplo, Pat Robertson causó considerable controversia cuando describió al Islam como una religión violenta inclinada a dominar el mundo. También afirmó que entre los musulmanes estadounidenses se estaban formando células terroristas con el fin de destruir el país. Robertson hizo estas acusaciones en su club cristiano Broadcasting Network ‘700 ‘. Después de mostrar clips que mostraban a los musulmanes en Estados Unidos, el locutor, Lee Webb le preguntó a Robertson, “En cuanto a los inmigrantes musulmanes Pat, deja que te pregunte, si tienen tal desprecio por nuestra política exterior, ¿por que querrían vivir aquí? Robertson dijo: “Bueno, como misioneros, posiblemente, para difundir la doctrina del Islam… He discrepado con nuestro Presidente con respecto a su postura de decir que el Islam es una religión pacífica. Puesto que no lo es. Y el Corán lo deja muy claro, si usted ve a un infiel, usted debe matarlo… el hecho es que nuestras políticas de inmigración son tan sesgadas hacia el Medio Oriente y alejadas de Europa que han introducido estas personas entre nosotros y, sin duda, hoy hay células terroristas por todos lados” [95].


En el 2002 en la Convención Bautista del Sur [96] , celebrada en Florida, el ex líder de la convención nacional, el reverendo Jerry Viñes, pastor de 25.000 miembros de la First Baptist Church de Jacksonville, se llevó aplausos de varios miles de participantes de la conferencia de los pastores cuando describió a Muhammad como “un pedófilo poseído por el demonio” [97], tal inquina hacia los árabes, la denigración de los palestinos y el odio hacia el Islam, conduce invariablemente a los cristianos sionistas a oponerse también a cualquier solución pacífica del conflicto árabe-israelí que podría requerir u obligar a Israel a ceder territorio o a comprometer su seguridad.


Oponerse al Proceso de Paz


Mientras que los cristianos sionistas aprueban la reclamación unilateral de Israel de los territorios ocupados, se oponen a las aspiraciones de los palestinos a la autodeterminación, ya que creen que los dos son intrínsecamente incompatibles. Los sionistas cristianos han sido los más vociferantes en su oposición a la Hoja de Ruta para la Paz, iniciativa del gobierno de EE.UU., de las Naciones Unidas, de la Comunidad Europea y de Rusia. Hal Lindsey, por ejemplo, se lamentaba de “Yo tengo el corazón roto por la última etapa de la” hoja de ruta para la paz “, y lo describió como un lugar “odisea hacia el Holocausto ” [98]. Luego pasó a reprender al presidente de los EE.UU..


“Yo me sentía enfermo al ver a un bien intencionado presidente de Estados Unidos cristiano hablar incesantemente sobre su visión de un Estado Palestino y de un Estado Judío viviendo juntos en paz” [99]. En la Cumbre Interfaith Zionist Leadership, celebrada en Washington, en mayo del 2003, judíos y líderes sionistas cristianos se reunieron para estudiar la forma de convertir la “hoja de ruta” en una barricada. Gary Bauer llamó a la iniciativa del presidente “un plan satánico” [100]. Para muchos cristianos sionistas, las conversaciones de paz no son sólo una pérdida de tiempo, demuestran ser un desafío rebelde ante los designios de Dios. Tales certezas infalibles llevan a algunos cristianos sionistas a anatemizar a aquellos que no comparten sus premisas.


Forzar la mano de Dios


Los sionistas cristianos a menudo tratan de silenciar a los críticos con la amenaza de un castigo divino. Por ejemplo, recientemente Hal Lindsey dijo: “Mi gran temor es que el presidente Bush por ignorancia, conduzca a los Estados Unidos ante el juicio de Dios. Dios nos ha advertido que ha de juzgar a todas las naciones que han contribuido a separar a Israel de vivir en la tierra sobre la cual les dio su soberanía” [101].


Los cristianos no dejan ninguna duda sobre de qué lado hay que estar. En la edición del 1 de enero del 2002 del CBN 700 Club, Pat Robertson advirtió que si los EE.UU: “Quieren interferir con la profecía bíblica y quieren entrar y arrebatar Jerusalén Este a los Judios y dársela a Yasser Arafat… que el cielo ayude a nuestra nación… Si Estados Unidos toma Jerusalén Este y la convierte en la capital del Estado Palestino, entonces estamos pidiendo que la ira de Dios caiga sobre esta nación ” [102].


Robertson sugiere que incluso el asesinato de Rabin fue un acto de Dios, un juicio por su traición a su propio pueblo: “Esto es la tierra de Dios y Dios tiene palabras fuertes acerca de quien separe y divida su tierra. Los rabinos enviaron una maldición sobre Yitzhak Rabin cuando comenzó a dividir la tierra ” [103].


Tales pronunciamientos provenientes de los líderes cristianos de gran influencia parecen poco diferentes de los de los fundamentalistas musulmanes que piden una “guerra santa” contra Occidente. Karen Armstrong señala que el sionismo cristiano occidental evidencia el legado de las cruzadas. Fundamentalistas, según ella, “estamos volviendo a una cruzada religiosa clásica y extrema” [104].


7. Conclusiones: Las implicaciones políticas del sionismo cristiano


Hemos visto cómo el sionismo cristiano es un movimiento que tiene consecuencias políticas profundas y destructivas. El sionismo cristiano ha mostrado diferentes grados en su entusiasmo por la aplicación de seis convicciones teológicas que surgen de su lectura literal y futurista de la Biblia:


1. La creencia de que los judíos siguen siendo el pueblo elegido de Dios lleva a los cristianos sionistas a justificar la ocupación militar israelí de Palestina.
2. Como el pueblo escogido de Dios, la restauración final de los judíos en Israel es por lo tanto, fomentada y facilitada activamente a través de alianzas entre las organizaciones cristianas y la Agencia Judía.
3. Eretz Israel, como se expone en las Escrituras, pertenece exclusivamente al pueblo judío, por lo tanto, la tierra debe ser anexada, los asentamientos adoptados y reforzados.
4. Jerusalén es considerada como la capital eterna y exclusiva de los judíos, y no se puede compartir con los palestinos. Por lo tanto, estratégicamente, los gobiernos occidentales se deben de colocar bajo la presión de los cristianos sionistas para trasladar sus embajadas a Jerusalén y por lo tanto reconocer el hecho.
5. El Tercer Templo aún no se ha construido, el sacerdocio no se ha consagrado y los sacrificios no han sido restituidos. Los cristianos sionistas, en particular, creen que esto está profetizado, por lo cual, ofrecen distintos grados de apoyo a las organizaciones del Monte del Templo judío comprometidas a lograrlo.
6. Puesto que los sionistas cristianos están convencidos de que habrá una guerra apocalíptica entre el bien y el mal en un futuro cercano, no hay perspectivas de una paz duradera entre los judíos y los árabes. De hecho, defender el compromiso de Israel con el Islam o la coexistencia con los palestinos es identificarse con aquellos destinados a oponerse a Dios y a Israel en la inminente batalla del Armagedón.
Evidentemente, no todos los cristianos sionistas aceptan estos puntos de vista con el mismo grado de convicción o participación. Sin embargo, las consecuencias generales del apoyo incondicional al Estado de Israel, especialmente entre los evangélicos, es inherentemente patológica y destructiva.
En la primera gran conferencia internacional y ecuménica para examinar esta cuestión, celebrada en Jerusalén en abril de este año, bajo los auspicios de Sabeel, más de 600 delegados afirmaron una declaración que incluía lo siguiente:.
“Rechazamos las enseñanzas heréticas del sionismo cristiano que facilita y ayudan… una forma de exclusividad racial y la guerra perpetua en lugar del evangelio del amor universal, redención y reconciliación enseñado por Jesucristo“.
En lugar de condenar al mundo a la destrucción del Armagedón hacemos un llamamiento a todos a liberarse de las ideologías del militarismo y la ocupación, y en su lugar, seguir la curación del mundo…

Vamos a defender la justicia. ¿Podemos hacer otra cosa?. Sólo la justicia garantiza una paz que conduzca a la reconciliación y a una vida de seguridad y prosperidad para todos los pueblos de nuestra tierra. Al estar en el lado de la justicia, nos abrimos a la obra de la paz – y el trabajar por la paz nos hace hijos de Dios “.


Garth Hewitt ha escrito muchas canciones sobre la situación de la comunidad cristiana en Israel y Palestina. Uno de ellas, sobre la base de algunos versículos del Talmud judío, se llama “Ten measures of beauty God gave to the world“. Me gustaría terminar con una parte de esta oración.


“Que la justicia de Dios caiga como el fuego
y traiga un hogar para los palestinos.

Que la misericordia de Dios se derrame como lluvia
y protega al pueblo judío.

Y que los bellos ojos de un Dios Santo
que llora por sus hijos

Traiga la esperanza de curación para sus heridas
para los judíos y los palestinos.


Notas


1.- Mike Evans, Israel, America’s Key to Survival, (Plainfield, NJ: Haven Books), la última página, p. xv.
2.- Dale Crowley, ‘Errors and Deceptions of Dispensational Teachings.’ Capital Hill Voice, (1996-1997), citado en Halsell, op.cit., P5. Grace Halsell define al sionismo cristiano como una secta. Ver Halsell, op.cit., P. 31.
3.- Grace Halsell, ‘Israeli Extremists and Christian Fundamentalists: The Alliance’, Washington Report, December (1988), p31.
4.- Christians Call for a United Jerusalem’ New York Times, 18 April (1997)
5.- Halsell, Forcing, op.cit., p50.
6.- Halsell, Forcing, op.cit., p50.
7.- Grace Halsell, Prophecy and Politics, (Westport, Connecticut, Lawrence Hill, 1986), p 178.
8.- www.israelunitycoalition.com
9.- Stanley J. Grenz, The Millennial Maze, (Downers Grove, Illinois, InterVarsity, 1992), p92; Hal Lindsey, The Late Great Planet Earth, (London, Lakeland, 1970), pp43, 53-58; Hannah Hurnard, Watchman on the Walls, (London, Olive Press, 1950), pp11-12.
10.- Louis T. Talbot & William W. Orr, The Nation of Israel and the Word of God!, (Los Angeles, Bible Institute of Los Angeles, 1948), p8.
11.- Donald Wagner, ‘Evangelicals and Israel: Theological Roots of a Political Alliance’ The Christian Century, Noviembre 4, (1998), pp1020-1026.
12.- Jimmy Carter, The Blood of Abraham, (London, Sidgwick & Jackson, 1985).
13.- Speech by President Jimmy Carter on 1 May 1978, Department of State Bulletin, vol. 78, No. 2015, (1978), p4, cited in Sharif, op.cit., p136.
14.- Donald Wagner, ‘Beyond Armageddon’, The Link, New York: Americans for Middle East Understanding; Octubre-Noviembre, (1992), p5.
15.- Halsell, Prophecy., op.cit., p47
16.- Ibid.
17.- Ronnie Dugger, ‘Does Reagan Expect a Nuclear Armageddon?’ Washington Post, 18 Abril (1984).
18.- George Bush, Speech to the American Jewish Committee, Mayo 3, (2001)
19.- Michael Lind, ‘The Israel Lobby and American Power’ Prospect, Abril (2002), pp22-29; Halsell, Prophecy., op.cit.
20.- Israel Shahak, “Ability of U.S. Jewish Groups to set Clinton Agenda Depends on Media.” Washington Report, Junio 1995, pp. 10, 94.
21.- Publisher’s Page, Washington Report, Junio 1995, pp. 122.
22.- Ibid.
23.- Allan C. Brownfeld, ‘Fundamentalists and the Millennium: A Potential Threat to Middle Eastern Peace’ The Washington Report, Junio (1999), pp82-84.
24.- Donald Wagner, ‘Evangelicals and Israel: Theological Roots of a Political Alliance.’ The Christian Century, Noviembre 4, (1998), pp1020-1026.
25.- Brownfeld, op.cit., pp82-84.
26.- Wagner, ‘Evangelicals’, op.cit., pp1020-1026.
27.- www.nljonline.com
28.- Wagner, ‘Evangelicals’, op.cit., pp1020-1026.
29.- Brownfeld, op.cit., pp82-84.
30.- Jerry Falwell
31.- Las reuniones regulares entre los líderes cristianos sionistas y los funcionarios israelíes tienen lugar en Harvard Business School. En algún lugar a principios de 2002, los participantes incluyeron a Avigdor Itzchaki, el Director General del Gabinete Israeli, James Watt, ex-Secretario del Interior, Mike Evans y Richard Hellman de CIPAC. Entre los invitados también estaban Tony Campolo, James Dobson, Kenneth Copeland, Robert Schuller, Chuck Smith, Joyce Meyers, E.V. Hill y Marlin Maddoux.
32.- Citado en Prior, op.cit., p143.
33.- Hal Lindsey, ‘The UN & Israel’ International Intelligence Briefing, 29th Octubre (1998): Énfasis en el original.
34.- En Julio del 2001 el Consejo Rabínico de Judea, Samaria y Gaza, pidió a todos los rabinos a llevar a sus comunidades a visitar el Monte del Templo. Esta fue la primera vez que un grupo de rabinos que representan una proporción significativa de la comunidad religiosa judía había decidido que era permisible para los judíos ascender al Monte del Templo. Anteriormente esto había sido prohibido por los judíos ortodoxos. Los rabinos también pidieron al Consejo Yesha de asentamientos judíos de organizar visitas masivas al Monte del Templo de los judíos de la derecha más religiosa de los asentamientos . . Ver N. Shragai, ‘Rabbis call for mass visits to Temple Mount,’ Ha’aretz, 19 July (2001).
35.- ‘Open Letter to Evangelical Christians from Jews for Jesus: Now is the Time to Stand with Israel.’ The New York Times, 23 Octubre (2000).
36.- Michael Lind, ‘The Israel Lobby’, Prospect, April (2002).
37.- Wagner, Anxious., op.cit., p107.
38.- Lind, op.cit.
39.- Ibid.
40.- Ibid.
41.- Ibid.
42.- Shirley Eber, ‘Getting Stoned on Holiday: Tourism on the Front Line’. In Focus: Tourism Concern. 2, Otoño (1991), pp4-5.
43.- Glen Owen ‘Tourists warned to avoid flashpoints.’ The Times, 14 Agosto (1997), p2.
44.- Don Wagner, ‘Beyond Armageddon’. The Link (Americans for Middle East Understanding) Vol. 25 No. 4 Octubre/Noviembre (1992) p. 3.
45.- ‘Aliyah’ significa ‘subir’ y se utiliza para describir la peregrinación a Jerusalén. El gobierno de Israel resta importancia a la participación de los cristianos en llevar judíos desde la antigua Unión Soviética. Brearley afirma que sólo el 2% del presupuesto de la Agencia Judía de ‘puente aéreo’ para los inmigrantes soviéticos ha sido aportados por los sionistas cristianos. Esto sólo incluye las donaciones hechas directamente a la Agencia Judía. Margaret Brearley, ‘Jerusalem for Christian Zionists’ in Jerusalem, Past an d Present in the Purposes of God, edited by P.W.L. Walker (Croydon, Deo Gloria Trust, 1992), p112. Ver www.christiansforisrael.org
46.- www.christiansforisrael.org
47.- Patricia Golan, ‘On Wings of Faith’ Jerusalem Post, 20 Diciembre 2001.
48.- Ibid.
49.- Wagner, op.cit., p108; Golan, op.cit.
50.- David Allen Lewis, ‘Christian Zionist Theses’, Christians and Israel, (Jerusalem, International Christian Embassy, Jerusalem, 1996), p9.
51.- Bridges for Peace ‘The Golan Heights Déjà vu’, Despatch from Jerusalem, Septiembre (1999), pp10-11.
52.- ‘Israeli Settlements in the Occupied Territories’ Foundation for Middle East Peace, Marzo (2002). FMEP da una lista de 190 asentamientos con una población total de 213.672 en Cisjordania y Gaza; 170.400 en Jerusalén Este, y 17.000 en los Altos del Golán, lo que hace un total de 401.072 colonos basado en cifras de 2001.
53.- www.cfoic.com
54.- Ibid.
55.- Wagner, Anxious, op.cit., p108.
56.- International Christian Embassy; ‘Life in the Settlements’, Word from Jerusalem, Mayo (2002), p7.
57.- International Christian Embassy, ‘Bulletproof Bus for Efrat’ appeal, Word from Jerusalem, Mayo (2002).
58.- Bridges for Peace, ‘New Life on the Farm’ Despatch from Jerusalem, Enero (2000), p5.
59.- Donald Wagner, Anxious, op.cit., p108.
60.- ‘Bill to re-locate the United States Embassy from Tel Aviv to Jerusalem’
61.- Middle East Realities ‘Lie of the Week’ MiddleEast@aol.com , 01/11/95
62.- Donald Neff, ‘Congress has been irresponsible on the issue of Jerusalem’, Washington Report, Enero (1998), pp90-91.
63.- ‘Christians Call for a United Jerusalem’ New York Times, 18 Abril (1997)
64.- Ibid.
65.- Jerry Falwell Ministries, ‘Keep Jerusalem Free Petition,’
66.- Brickner, Future, op.cit., p137.
67.- Lindsey, Planet, op.cit., p156; Final, op.cit., p103.
68.- Rich Robinson, ‘Israeli Groups Involved in Third Temple Activities’ Jews for Jesus Newsletter 10, (1993).
69.- Nadav Shragai, ‘Dreaming of a Third Temple’, Ha’aretz, 17 Septiembre (1998), p3, citado en Price, Coming, op.cit., p417.
70.- Sam Kiley, ‘The righteous will survive and the rest will perish’ The Times, 13 Diciembre (1999), p39.
71.- Grace Halsell, ‘The Hidden Hand of the Temple Mount Faithful’ The Washington Report, Enero (1991), p8.
72.- Randall Price incorrectamente atribuyó la historia al Time cuando realmente apareció en Newsweek. Él también escribe mal uno de los nombres del contribuyente. Price, Coming, op.cit., p375. ‘Red Heifers’ New York Times, 27 Diciembre (1998), citado en Halsell, Forcing, p65.
‘Poco después de esto, el Rev. Lott (que también es un ganadero de profesión) llegó a poseer una vaca roja que cumplió con todos los requisitos bíblicos del capítulo 19 de Números. Desde ese momento histórico, 11 de noviembre de 1994, Dios milagrosamente dio a conocer su plan divino para la restauración de Israel, a la Iglesia. El Espíritu Santo ha trabajado durante este tiempo para revelar a los ministros apostólicos y laicos la necesidad de unificar sus esfuerzos con el fin de ver este movimiento hacia adelante, tanto en Espíritu como en lo material. El 11 de agosto de 1998 Israel estaba a la espera de recibir de Canaan Land Restoration, 500 cabezas de novillas registrados por Red Angus Heifers.’ Joe Atkins, ‘Biblical mystery of the red heifer affects farmer in Mississippi’ The Daily Mississippian, 23 de julio (1998), Ethan Bronner, ‘Portent in a Pasture? Appearance of Rare Heifer in Israel Spurs Hopes, Fears’, The Boston Globe, Sunday, Abril 6, (1997), pp1, 22.
73.- Kendall Hamilton, Joseph Contreras & Mark Dennis, ‘The Strange Case of Israel’s Red Heifer,’ Newsweek, Mayo 19, (1997).
74.- Jeremy Shere, ‘A Very Holy Cow’ Jerusalem Post, Mayo 25, (1997).
75.- Halsell, Prophecy, op.cit., p106.
76.- Lawrence Wright, ‘Forcing the End’, Frontline.
77.- Cited in Halsell, Forcing, op.cit., p100.
78.- Julia Duin, “Zionists meeting brands ‘road map a heresy’ The Washington Times,.
79.- Mike Evans, Israel, America’s Key to Survival, (Plainfield, New Jersey, Haven Books, 1980), back page, xv.
80.- Noah Hutchings, U.S. in Prophecy, (Oklahoma City, Hearthstone Publishing, 2000); Arno Froese, Terror in America, Understanding the Tragedy, (West Columbia, Olive Press, 2001); Mark Hitchcock, Is America in Prophecy? (Portland, Oregon, Multnomah, 2002); Hal Lindsey, Where is America in Prophecy? video (Murrieta, California, Hal Lindsey Ministries, 2001).
81.- Michael Lienesch, Redeeming America: Piety and Politics in the New Christian Right, (Chapel Hill, North Carolina, University of North Carolina, 1993), p197.
82.- Simon, op.cit., pp71-72.
83.- Bennett, op.cit., p23.
84.- Ibid., p21.
85.- Ibid., p23; John Laffin, The Arab Mind, (London, Cassell, 1975), p70.
86.- Charlotte Observer, 16 Octubre (2000).
87.-Christian Daily News, 4 Febrero, (1999)
88.- Ibid.
89.- Ibid.
90.- Dave Hunt, ‘O Jerusalem, Jerusalem.’ TBC, Septiembre 2000.
91.- Dick Armey, ‘Hardball with Chris Matthews’, CNBC, 1 Mayo (2002), citado en ‘Republican Party Leader calls for Ethnic Cleansing of Palestinians on Prime Time Talk Show’ The Electronic Intifada.
También ver ‘Rep. Dick Armey calls for Ethnic Cleansing of Palestinians’ Counterpunch editado por Alexander Cockburn y Jeffrey St. Clair. Dick Armey and his family are members of Lewisville Bible Church, Lewisville, Texas.
92.- Ibid.
93.- Charles Krauthammer, ‘Mideast Violence: The Only Way Out’, Washington Post, 15 Mayo (2001); Emmanuel A. Winston writing in USA Today called for the ‘resettling the Palestinians in Jordan’ USA Today, 22 Febrero (2002); John Derbyshire, ‘Why don’t I care about the Palestinians?’, National Review, 9 Mayo (2002); Clarence Wagner, ‘Apples for Apples, Osama Bin Laden and Yasser Arafat’, Dispatch from Jerusalem, Mayo (2002), p1, 6, 17.
94.- Un término acuñado por William Safire, un ex redactor de discursos de Nixon y republicano conservador que pensaba George Bush padre no era lo suficientemente pro-Israel. Citado Lind, op.cit.
95.- Alan Cooperman, ‘Robertson Calls Islam a Religion of Violence, Mayhem.’ Washington Post. 22 Febrero (2002), pAO2.
96.- The Southern Baptist Convention es una coalición de 42,000 iglesias con 16 millones de miembros. Desde 1980 se han ido convertido cada vez en más fundamentalista. Ver www.sbcannualmeeting.org
97.- Richard Vara, ‘Texas secession rumor, attacks on Islam mark Baptist meeting’, Houston Chronicle, 10 Junio (2002); Alan Cooperman, ‘Anti-Muslim Remarks Stir Tempest’, Washington Post 19 Junio (2002). De acuerdo con Cooperman, el recién elegido presidente de Southern Baptists, el Rev. Jack Graham defendió discurso Vine como “exacto’.
98.- Hal Lindsey, ‘If the blind lead the blind.’ WorldNetDaily.com 5 Junio 2003.
99.- Ibid.
100.- Duin, op.cit.
101.- Lindsey “Blind” op.cit.
102.- Howard Mortman, ‘Don’t ignore Pat Robertson’, The Frontline, 7 Enero (2002).
103.- Pat Robertson, ‘Pat answers your questions on Israel,’ 700 Club, Christian Broadcasting Network.
104.- Karen Armstrong, Holy War, The Crusades and Their Impact on Today’s World, (London, Macmillan, 1988), p377.
*Stephen Sizer es pastor anglicano, autor, productor de tv y reportero gráfico.

dimanche, 28 décembre 2014

The Myth of Abraham and America’s Allegiance to Israel

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“We Ought to Support Israel because God Said So”

The Myth of Abraham and America’s Allegiance to Israel

by GARY LEUPP
Ex: http://www.counterpunch.org

Karl Marx once observed that ancient Greek art, rooted in Greek mythology, still constituted for modern people “a source of aesthetic enjoyment and in certain respects prevails as the standard and model beyond attainment.” He asked: “Why should the social childhood of mankind, where it has obtained its most beautiful development, not exert an eternal charm as an age that will never return?”

(In other words, even though Marx’s beloved Homer and Aeschylus were products of a society long extinct, its slave-owning class structure abhorrent to the modern mind, Greek myths still retain profound meanings for us in the age of industrial capitalism. Sigmund Freud, who posited the Oedipus and Elektra complexes, would of course agree.)

The story of Prometheus, for example, delighted the young Marx. Recall that Prometheus was the Titan who, having sided with Zeus and the gods of Mt. Olympus in the epochal battle with the other Titans at the dawn of time, later steals fire from Mt. Olympus and gives it to humanity. That, at least, is Hesiod’s account written about 700 BCE.  In punishment for this generous act, Zeus and the other gods punish Prometheus by chaining him to a rock on a mountain in the Caucasus where an eagle visits daily to chew on his liver.

In his doctoral dissertation Marx declared this god “the most eminent saint and martyr in the philosophical calendar.” He quoted the words of Prometheus in Aeschylus’s play Prometheus Unbound: “In a word, I hate all the gods!” He interpreted Prometheus as a revolutionary boldly defying cruel, oppressive authority. I would say it’s a positive myth, promoting altruism and self-sacrifice.

The ancient Chinese myth of the winged “thousand-li horse” who gallops too swiftly for any man to mount, has been embraced by the North Koreans (in the form of Chollima) as a symbol of rapid economic development. I have no problem with this myth either.

I don’t really have a problem with the ancient Sumerian myth, as found in the Epic of Gilgamesh, in which the gods are so annoyed with human noisiness that they decide to wipe them (and all other life) out by a global flood. Fortunately the god Ea warns the righteous man Utnapishtim about what is going to happen and orders him to build a huge boat. Utnapishtim does so, and has his relatives and craftsmen, and “all the beasts and animals of the field” board the boat. Seven days and seven nights of rainfall follow. The boat lands on Mt. Nimush. When the rains end Utnapishtim sends out a dove to search for dry land; the bird returns. But the third bird dispatched does not return, signaling that the crisis was over.

Sound familiar? It is surely an early version of the myth of Noah and the Ark (Genesis 6:5-8:14), which is at least 1000 years younger. (The earliest Sumerian references to the flood myth appear during the Third Dynasty of Ur, ca. 2100-2000 B.C.) The biblical myth differs significantly in adapting the story to a monotheistic framework and making the issue human sin as opposed to boisterous clamor.  The myth causes one to think about human vulnerability to natural disasters, and has of course been the inspiration of much western art and cinematography.

Dangerous Myths

But the Hebrew version includes a spin-off myth that is not so charming. This is the myth of Ham, one of Noah’s three sons, who after the Flood receives his father’s curse. Noah tells him that he (and by implication, his progeny) will be enslaved by his brother Shem (Genesis 9:20-27).

Why? Because Noah—“the first to plant the vine,” introducing wine to the world—was found passed out drunk and naked in his tent by Ham, who told his brothers, who covered Noah with a cloak. When Noah sobered up and realized what had happened, he (for some reason) declared that Ham will henceforth be “the meanest slave” of his brothers Shem and Japheth.

For centuries many Jews and Christians believed that all the world’s peoples were descended from these three brothers, who supposedly with their wives repopulated the planet beginning around 4300 years ago. Japheth was seen as the father of Europeans, and maybe some others; Shem, the father of Semites, and maybe Asian peoples in general; and Ham, the peoples of Cush, Put and Sheba among others—which is to say, black African peoples (Genesis 10:6-7).

abraham.jpgThe Jewish Midrash texts (composed from the fifth through fifteenth centuries) explained that the curse of Ham only applies to eldest son Cush and his descendents in sub-Saharan Africa. Among Muslim thinkers, the Persian Muhammad ibn Jaririr al-Tabari (839-923) and the famous North African world-traveler Ibn Khaldun (1332-1406) both repeated this myth linking Han to black slaves (although it doesn’t appear in the Qu’ran and plainly enters Islamic lore via medieval Jewish tradition).

For centuries he myth helped justify the traffic in African slaves of both Jewish and Muslim merchants in the Islamic world and beyond. (Some of these were referred to as Zanj—as in “Zanzibar”—and rose up in a great revolt around Basra in the ninth century.) By the early nineteenth-century, in the U.S.A. the Ham myth was part of the standard arsenal of arguments in support of slavery. It strikes me as a bad myth. It’s hard to think of one more pernicious.

But here’s another one: the myth of Samson, as we find in the Book of Judges, chapters 14 through 16. Samson is the last of the “judges” chosen by Yahweh (God) to lead his chosen people before the advent of the monarchy. He supposedly lives around 1000 BCE, although this account is composed maybe four centuries later.

You may know the story, if only from Sunday School, the 1949 Cecile B. DeMille film Samson and Delilah, recent novels by David Grossman and Ginger Gerrett, and countless artistic depictions.

Samson, according the Bible, is born to a hitherto barren woman and her husband after Yahweh appears to the woman in a dream and announces she will have a son who will “start rescuing Israel from the power of the Philistines” (Judges 13:5). (As you may know, the word “Philistine” is related to the word “Palestine.”) But she is to make sure that no razor ever touches his head; it becomes clear that his long hair is the source of his superhuman strength. God appears repeatedly to both husband and wife in dreams, and then in the flames of an altar sacrifice (13:20). The boy is born, given his name, and Yahweh blesses him.

This boy Samson grows up to be an extremely violent man. He craves a Philistine bride, refusing his family’s appeal that he wed a fellow Israelite. (They don’t realize that “all this came from Yahweh, who was seeking grounds for a quarrel with the Philistines, since at this time the Philistines dominated Israel,” 14:4.) En route to her home near the vineyards of Timnah, Samson is attacked by a lion that he tears apart with his bare hands. He visits the Philistine woman and while returning home revisits the lion carcass. He discovers that a swarm of bees has settled inside it and produced honey He takes some of this and presents it to his parents.

He contracts the marriage deal with the woman’s relatives, and arranges a great wedding feast. He is given an entourage of 30 Philistines, with whom he makes a sort of wager at the feast. He proposes that he give the men a riddle, and if they can solve it within seven days he will give them thirty pieces of linen and thirty festal robes. If they cannot, they will have to give the same to him. They agree, and (alluding to his recent feat, which he has kept secret) he asks them to explain this:

Out of the eater came what was eaten,
And out of the strong came what was sweet (14:14).

Unable to solve the riddle, the men go to Samson’s new wife and threaten to burn her and her father’s family to death if she doesn’t wheedle out the solution to it from her husband. She does so, and an enraged Samson, accusing the thirty of having “ploughed with my heifer,” goes on a rampage. He kills 30 innocent Philistines, stealing their clothes to pay the debt he’s incurred. When he returns with the loot, the father declares that in the interim he’d given his bride to another, Samson in another rage incinerates the Philistines’ cornfields, olive orchards and vineyards, using 300 foxes whose tails he sets on fire to achieve this task (15:5).

Philistines blaming the woman’s family for this disaster burn her and her relatives to death. They ask the Israelites to turn Samson over to them for punishment for the burning of their property, and the Israelites comply. But Samson using the jawbone of an ass he finds on the roadside kills 1000 of them, escapes, spends a night with a Philistine prostitute in a Gaza brothel, then destroys the gates of the town before leaving (16:1-3).

He then “falls in love” with another Philistine woman, Delilah. This character has of course has long been a popular culture trope for the back-stabbing woman (as for example in Tom Jones’ 1968 hit Delilah.)

Delilah famously betrays Samson to the Philistines by telling them the secret of his superhuman strength: his long hair. A barber shaves him while he’s drunk; the Philistines apprehend, blind, imprison, and humiliate him. But once his hair grows back Samson regains his strength and, when called to appear in the Philistines’ banquet hall in Gaza, stands between the pillars upholding it, pushes them apart and brings down the building. He thereby kills 3000 revelers as well as himself.

It is hard to find any redeeming quality in the story;  it’s a celebration of a Yahweh-supported terrorist suicide attack against a people who had inhabited Canaan before the Israelites appeared on the scene. It depicts in the most favorable light the Israelite man’s usage of Philistine women to achieve God’s goal of destroying the Philistines to “rescue” Israel from their presence in the land. If seen through a modern lens, it’s a racist, misogynist celebration of egregious violence against humans, animals (the poor foxes!), and trees (the incinerated olive groves). It’s a horrible myth.

Military analysts in Israel today use the term “Samson Option” to refer to the use of Israel’s nuclear weapons in a future conflict. Perhaps some of them actually believe the story actually happened, and think what Samson did was totally cool. That should scare you.

And then there’s the very mother of destructive biblical myths: that of Abraham, and God’s vow to him that his descendants as the “Chosen People” (Deuteronomy 7:6) would inhabit what came to be called (by English Christians by the 1580s) the “Promised Land.” It is in some communities a deeply beloved myth. But it is a myth, and it has been used to justify intolerable cruelty.

A Comparison: the Japanese Creation Myth

Let me suggest a comparable myth. The Bible myth of the Promised Land is somewhat comparable to the Japanese creation story, according to which the Japanese islands were created by the god Izanagi and his consort Izanami, pacified by the grandson of the Sun Goddess Amaterasu, and governed thereafter by his descendents, a line of divine emperors unbroken from the dawn of time—or to quote the text of the Japanese constitution in effect from 1889 to 1945, a line “coeval with heaven and earth.” (Yes, the fundamental legal text of the country asserted that the Japanese imperial line had existed from the very dawn of cosmic time.)

For over six decades the official Japanese ideology of kokutai (national essence), built upon this mythology, stressed the unity between the state, the “pure” Japanese people, and the divine monarch descended from the Sun Goddess ruling over the divine islands and extending his benevolence to what for a time was called the Greater East Asia Co-Prosperity Sphere. Is that disturbing?

The myths as they appear in the eighth century chronicles seem harmless enough. The primordial divine pair stands on the Floating Bridge of Heaven, stirring the waters below with a jeweled spear. As they raise the spear, the brine dripping off it solidifies into an island. They descend to the island, construct a pillar, walk around it in opposite directions, then meet and greet one another. The female Izanami asks the male Izanagi how his body is formed. He explains that it’s just as she sees, but there is a part formed to excess (his penis). He asks her the same question; she replies that there is a part of her formed insufficiently.

Izanagi then casually suggests that they unite the extra part of him with the insufficient part of her and thus “create the land.” She immediately agrees. Their copulation produces two islands that they consider failures. They return to heaven where a council of deities, consulting with diviners, conclude that things went wrong because the female spoke first.

abraham-isaac.jpgThey pair are commanded to return to the island and try again. This time they produce islands and all manner of things, mostly from their limbs. But Izanami’s genitals burn as she gives birth to the fire-god and she dies, winding up in the Land of Yomi, a type of netherworld. An enraged Izanagi chops off the head of his newborn son, whose blood becomes volcanoes. After visiting Yomi and trying in vain to return his now maggot-ridden wife to the land of the living, Izanagi returns to earth and bathes in a river to purify himself after exposure to great defilement. He produces the Sun Goddess from one of his eyes and her mischievous younger brother Susanoo from his nose.

Susanoo gets expelled from heaven after hurling excrement around the palace and throwing the skinned carcass of a pony through the roof, causing the startled Heavenly Weaving Woman to ram her genitals against her loom, dying on the spot. Susanoo descends to Japan, slays a dragon, and sires 80 sons, one of whom becomes Master of the Land. However, the Sun Goddess decides to dispatch her grandson Ninigi to rule the land, and Susanoo defers to her decision. (He is enshrined at Izumo as a reward for this cooperation.) One of Ninigi’s grandsons, Jinmu, establishes his rule from the southern island of Kyushu to the middle of the main island of Honshu, supposedly in what in our calendar would be 660 BCE.

Charming myths!—like the Hebrew ones. Absurd myths! But perhaps dangerous if taken seriously, as they once were by tens of millions of devout Shinto believers. For example: there was surely no unified state in Japan until the late third century CE at the earliest; the 660 BCE date was invented in the eighth century CE to make it appear that Japan was unified before China. You might call it an early assertion of ethnic superiority. And an assault on historical objectivity.

Of the official list of Japanese emperors, ending with the current Akihito (the 125th), at the least the first fourteen—with some reigns lasting 70, 80 or 100 years—-are thought by serious scholars to be fictional. But there was a time when the state promoted this mythology in the public schools. And there was a time when Japanese historians refrained from a scientific critique of the list, lest they be charged with the serious crime of lèse-majesté (a variant of “heresy”).

Today, few Japanese take the myths, with all their charming scatology and unproblematic sexuality, seriously. (But you notice, whenever anything pertaining to the Japanese imperial family is reported in the western press, this idea that the imperial line dates back over 2500 years is part of the routine, clueless coverage.) If religion constitutes belief in immortal souls, deities, and an afterlife, Japan has become one of the most irreligious countries in the world. The Japanese example shows that it is possible for a sophisticated modern people to disabuse itself of its traditional mythologies!

If the modern promotion of the Japanese myths in the service of nationalism has been largely destructive, this is true with the myth of Abraham too. The former posited a special relationship between the Japanese, their land, their emperor and the gods that justified any number of acts of aggression against neighboring peoples. The latter posits a special relationship between God and the Jews that justifies not only the existence of the present Jewish state but its actions against its neighbors in what it inevitably describes as “self-defense.”

The Myth of Abraham

We speak of the “Abrahamic faiths” as a positive phenomenon, because belief in Abraham (whom Muslims call Ibrahim) shows common ground between Judaism, Christianity and Islam. (Arab Muslims see themselves as descendents of Ishmael, son of Abraham by his wife’s Egyptian slave Hagar, half-brother of Isaac.) I suppose this common reverence for the patriarch can in some instances be a unifying factor. But I think in the main the Abraham myth is dangerously divisive.

Why? Because much of the U.S. public and political class believe it, and it deeply influences their views of Israel. These views in turn assure Israel of unlimited U.S. support, and cause the entire Arab and Muslim worlds that are appropriately enraged at the abuse of the Palestinian people to view the world’s only existing superpower with deep antipathy.

The decisive support for Israel in this country (which is often virtually unconditional) is rooted among religious Jews who believe that God gave Israel to the Jews, and among Christians who believe the same thing. But of these, the Christians are by far more numerous. (Religious Jews only number about 1.7% of the U.S. population. If you add the non-religious Jews the figure rises to 2.2%).

According to a recent Pew Research study 82% of Protestant Christian evangelicals (who believe that the Bible is  “the Word of God” to be understood literally) believe that God made this eternal gift to the descendents of Abraham, Isaac and Jacob. (Evangelicals as of 2007 accounted for about 29% of the U.S. population.)

One must stress that only 40% of U.S. Jews believe this. That includes 47% of self-defining religious Jews and just 16% of non-religious Jews. In the U.S. general public, 44% believe it; among the Christian population, 55%. (But there are major differences between denominations; fewer than 40% of Catholics do.) Christians who literally believe the Bible are unquestionably the driving force behind the routine UN vetoes, the predictable Congressional resolutions, the ironclad votes for annual Israel aid.

Many politicians are swayed by Christian Evangelical Protestant teachings. Texas governor and presidential candidate Rick Perry told the neocon Weekly Standard in 2009: “My faith requires me to support Israel.” He added that the very idea that a U.S. president would ask Israel to return to its 1967 borders “sent a chill” down his spine.

In May 2011 Sarah Palin addressed the Republican Jewish Coalition where she acknowledged the religious basis for her allegiance to the Jewish state: “I am convinced in my heart and in my mind that if the United States fails to stand with Israel, that is the end of the United States . . . [W]e have to show that we are inextricably entwined, that as a nation we have been blessed because of our relationship with Israel, and if we reject Israel, then there is a curse that comes into play. And my husband and I are both Christians, and we believe very strongly the verse from Genesis, we believe very strongly that nations also receive blessings as they bless Israel. It is a strong and beautiful principle.”

(For those of you who need reminding, that verse is Genesis 12:3 and runs: “The Lord said to Abram: ‘Go forth from the land of your kinsfolk and from your father’s house to a land that I will show you. I will make of you a great nation, and I will bless you; I will make your name great, so that you will be a blessing. I will bless those who bless you and curse those who curse you. All the communities of the earth shall find blessing in you.’”)

Congressman Doug Lamborn, Democrat from Colorado, also invokes
Genesis 12:3 to explain his deference to Israel. In other words, politicians from both parties believe God will curse the U.S. if it seriously challenges Israel to stop its illegal settlements, demands it withdraw from occupied lands, criticizes its attacks on its neighbors or withholds part of the $ 3 billion plus annual subsidy.

Senator Ted Cruz recently spoke before a conference on the plight of Christians in the Middle East, and was booed when he referred to Israel as a friend of the region’s Christians. “If you will not stand with Israel and the Jews,” he retorted, “I will not stand with you” as he retreated from the stage.

Republican Senator from Oklahoma James Inhofe has unashamedly declared, on the floor of Congress: “I believe very strongly that we ought to support Israel, and that it has a right to the land, because God said so. In Genesis 13:14-17, the Bible says: ‘The Lord said to Abram, ‘Lift up now your eyes, and look from the place where you are northward, southward, eastward and westward: for all the land which you see, to you will I give it, and to your seed forever… Arise, walk through the land in the length of it and in the breadth of it; for I will give it to thee.’ That is God talking. The Bible says that Abram removed his tent and came and dwelt in the plain of Mamre, which is in Hebron, and built there an altar before the Lord. Hebron is in the West Bank. It is at this place where God appeared to Abram and said, ‘I am giving you this land’ — the West Bank. This is not a political battle at all. It is a contest over whether or not the word of God is true.”

Or listen to Senator Bob Menendez, Democrat from New Jersey: “…There is no denying the Jewish people a homeland for which they have thousands of years of history going back to Abraham and Sarah. And, if together we continue to stand with Israel, Israel will have centuries ahead of that reality.” Really? No denying?

Biblical myth-based support for the Israeli Jewish settlers on the West Bank runs deep in U.S. politics.  To achieve a breakthrough—to encourage the U.S. public and electorate to adopt a less knee-jerk, pro-Israel position and to reasonably empathize with the reality of Palestinian oppression; and to encourage a firm stance against illegal settlement—one should focus on challenging the Christian Zionist mindset. This is more of a significant political phenomenon than (even) American Jewish Zionism and its coffers.

Challenging the Myth-Centered Mindset

But how to challenge that mindset? It is hard; probably as difficult as breaking someone from a drug habit. Religion is, as Marx put it, “the sigh of the oppressed creature, the heart of a heartless world, and the soul of soulless conditions. It is the opium of the people.”

The figure of Abraham figures prominently in Negro spirituals like “Rocker my soul in de bosom of Abraham” that dates from at least the mid-nineteenth century. Rock as in rock a baby in a cradle, to put the baby to sleep. But how to wake people up? One option: try to promote historical objectivity. Question the believer’s reasoning. Mention that, according to the Old Testament timeline (as reckoned by the seventeenth-century Irish bishop James Ussher) Abraham lived from around 1996 BC to around 1821 BC.

(While “BCE”—“before the Common Era” has become standard terminology in the historical field, alongside “CE” or “Common Era”—I recommend that you use the traditional “BC” and “AD” if in dialogue with Christian friends who might be put off by the now-standard academic terminology. They may see the latter as a disparagement of the role of Christ in world history.)

Mention that the very oldest inscriptions in the Hebrew language such as the Siloam Inscription date (only) to the 800s BCE. There are some passages in the Old Testament (Tanakh) that may be older, written down originally in a Canaanite script preceding both Phoenician and Proto-Hebrew. (The Song of Deborah in Judges 5 may have been composed in the twelfth century BCE. But the most prestigious scholars of Jewish history at Israel’s Tel Aviv University, such as archeologist Israel Finkelstein, believe that the Old Testament scriptures were for the most part written from the seventh through fifth centuries BCE and that Abraham was a fictional figure.)

So there is a time gap of a thousand years between the time of the biblical Abraham and the first written account of his life. Maybe driving that point sharply home, repeatedly, might jar the consciousness of some.

Of course this doesn’t clinch the argument. The believer might say, well, whenever the scriptures were written they were written by scribes under the direction of the Holy Spirit.  Or they can say, these stories were preserved by oral tradition for a thousand years before they could be written down (even though we know that oral traditions are never passed down without alteration and embellishment over centuries). So end of story.

Still, even modest efforts to sow doubt can have a constructive impact ultimately. You don’t kick an opiate addiction overnight. But therapists can use various means to encourage withdrawal.

Summary of the Abraham Narrative

Sometimes it’s good for the believer to hear a familiar Bible narrative summarized matter-of-factly in modern language. That can sometimes underscore the surreal nature of the story and sow slow-germinating seeds of doubt.

So let us review the biblical account of Abraham’s life. Abraham (originally Abram) hails from Ur (Tell el-Muqayyar in modern Iraq), the site of the Tower of Babel. This is where Yahweh (God) had created the variety of human languages to thwart the then still monolingual human race from building a structure that would reach heaven. (This is probably an allusion to the Mesopotamian ziggurats that were first built during the third millennium BCE, when there were surely many human languages.)

Abram’s father Terah forces his son, along with his (barren) wife Sarai, nephew Lot and his entourage, the family flocks and an assortment of dependents to depart for the land of Canaan.  (This was more or less, modern Israel/Palestine). They get as far as Haran, in what is today southern Turkey, and remain there for a time. Terah dies there at age 205 (Genesis 11:32).

Abram then receives a message from Yahweh, “Leave your country, your kindred and your father’s house for a country I will show you” (Genesis 12:1). Yahweh had spoken to people before—-to Adam, Eve, Cain, Noah—but this is the first time he speaks to Abram. He tells him that he will make of him a great nation, bless those who bless him, and curse those who curse him.

Having  purchased  slaves and livestock in Haran (Genesis 12:5) Abram proceeds to Canaan, proceeding “stage by stage” to the Negev desert. At the “holy place at Shechem” (today’s Tell Balata on the occupied West Bank) Yahweh speaks to Abram again, saying “I will give this country to your progeny.” Abram builds an altar to Yahweh there, and another in the mountainous district east of Bethel, where he pitches his tent. (This is also located in the central West Bank, where the illegal Jewish settlement Beit El has been established.)

But there is a severe famine in the region, so Abram and Sarai go down to Egypt. (The text doesn’t say this, but the Nile River Delta was in fact the breadbasket of the Mediterranean at this time. This narrative anticipates Genesis chapter 42 in which Joseph’s brothers during a famine also visit Egypt seeking grain.)

Arriving in Egypt Abram tells Sarai that since she’s a “beautiful woman” Egyptians might kill him but leave her alive (presumably as a sex-slave?). So he urges her to tell people she’s his sister “so that they may treat me well because of you and spare my life out of regard for you” (Genesis 12:11-12).

Indeed the Egyptian officials who receive these visitors find (the 65-year-old) Sarai beautiful and sing her praises to the pharaoh, who takes her into his household. The pharaoh treats Abram well “because of her” and awards him flocks, oxen, donkeys, cattle and camels, as well as male and female slaves. But then severe plagues afflict Egypt (anticipating the plagues we find in the myth of Moses and the Exodus from Egypt we read about in the Book of Exodus), and somehow the pharaoh realizes that this is divine punishment on him for housing Abram’s wife as he had. (It’s not clear from Genesis 12: 15-20 what exactly the reader is supposed to think about the relationship between the pharaoh and Sarai.) In any case the Egyptian ruler orders the couple to leave the country, allowing Abram to leave with all his new possessions.

Abram, now rich in livestock, gold and silver acquired during the Egyptian sojourn, returns to the Negev and then back to Bethel, accompanied by his nephew Lot. The herdsmen of the two men fall to quarreling, and so Abram proposes that the two separate to avoid such discord. Lot leaves for the Jordan plain and settles in the town of Sodom (where there are “great and vicious sinners against Yahweh,” Genesis 13:13). (This town was likely located on the southern coast of the Dead Sea.) Yahweh then again speaks to Abram, telling him to look around in all directions because all the land he sees will belong to his descendants forever. He orders him to travel the length and breadth of this land. Abram moves to Hebron to set up his tent, and build yet another altar to Yahweh.

Meanwhile, war breaks out among nine local kings, including the king of Sodom. Sodom is looted and Lot and his people are carried off as captives. Abram amasses a force from his own household—318 men—and tracks down Lot’s people and their captors to a place near the city of Damascus (in Syria). He defeats the enemy and recaptures all the goods and people taken from Sodom. Approaching Sodom with Lot and the reclaimed captives, he’s met in the Valley of Shaveh by the kings of Salem and Sodom. Salem’s king Melchezedik, while not a kinsman of Abram, is described as a “priest of God Most High.” He pronounces a blessing on Abram, and Abram gives him one-tenth of the loot from his victory. On the other hand, when the king of Sodom asks Abram to return the retrieved people to him but tells him he can keep the goods for himself, Abram refuses to take anything lest it be said that the king of Sodom had made him rich (Genesis 14:24).

Later, Yahweh appears to Abram again and promises him a “great reward.” Abram asks—since he remains childless and has no offspring—what great reward Yahweh could give him. God tells him to look up at the night sky and see the multitude of stars; his own descendants will be as numerous. He tells him that his descendants will be enslaved and oppressed for 400 years (a clear reference to the tale of the enslavement in Egypt between the generations of Joseph and Moses in Exodus chapters 1 through 13), and declares that he will give to the descendants of Abram all the territory between the Nile and the Euphrates Rivers (Genesis 15:18).

Then Sarai suggests to Abram that, since they have no children and she is way past childbearing age, he sire a child by Hagar, a slave girl she’d acquired in Egypt. Abram agrees. After Hagar conceives, she takes on airs. Her “mistress [counts] for nothing in her eyes” anymore. An indignant Sarai protests to her husband who tells her to treat the slave as she sees fit. Sarai abuses Hagar so badly that the pregnant woman flees into the desert, where an angel of Yahweh assists her, assuring her that her descendants will be too numerous to be counted, and that her son (who should be named Ishmael) will be a “wild donkey of a man” at odds with his kin (Genesis 16:12). Hagar returns to Abram’s tent and gives birth. Abram is at this point 86.

(For what it’ s worth, the Qur’an describes Ishmael [Ismail] more positively as “a keeper of his promise, and he was a messenger, a prophet. He enjoined upon his people worship and almsgiving, and was most acceptable in the sight of his Lord.” See Sura XIX: 54. This depiction of course is set down at least 1200 years after Genesis was composed and over two and a half millennia after the events it purports to depict.)

Thirteen years later, God speaks to Abram again, promising to make him the father of “many nations” and conferring the entire land of Canaan to his posterity. He tells him he is changing his name from Abram to Abraham, and Sarai’s name to Sarah. He informs Abraham that he will sire a son by Sarah (now 90). Abraham laughs incredulously.

Yahweh also orders him to circumcise the flesh of his foreskin and to do the same for all the males in his household. “That will be the sign of the covenant between myself and you” (Genesis 17:17:12). Those who refuse to submit to this procedure are to be cut off from his people. Abraham personally circumcises all the men of his household, including slaves “bought from foreigners.” (This practice, of African origin, most commonly applied as an adolescent rite of passage, probably passed into the Levant from Egypt some centuries before the Greek historian Herodotus mentions it in his fifth century work.)

Soon afterwards, according to the Bible story, while sitting outside his tent on the hottest day of the year, Abraham is approached by three men who turn out to be angels. They tell Abraham, as Sarai listens in the tent, that she will have a son by the following year. She, too, laughs. Yahweh later asks Abraham—since all things are possible with Yahweh—“Why did she laugh?” Sarah, participating in the exchange (and “lying because she was afraid”), denies having laughed. But God replies to her: “Oh yes you did” (Genesis 18:14-15). Neither she nor Abraham are punished for their laughter, however.

The three strange men depart for the town of Sodom, and Abraham accompanies them part way. Yahweh tells Abraham that he is “going down” to Sodom and Gomorrah to see whether or not the people’s actions are as evil as reported. (In other words, the three angels are an investigative team.) Fearing that God will wipe out all the residents of Sodom, where Lot lives, Abraham appeals for him to relent if there are 50 righteous men in the town. Yahweh agrees, and even agrees when Abraham proposes a minimal figure of just 10 righteous men.

The three angels arrive in Sodom where Lot insists on hosting them in his home. But the young and old men of the town surround his house and cry out for him to send out the men so that they can have sex with them. (This is of course the origin of the term “sodomize.”)

Lot begs the mob to back off, offering his two virgin daughters to them instead of the men (see Genesis 19:8-9). This proposal fails and the men of Sodom attempt to storm the house to bugger the angels. The angels however avert the assault by blinding the attackers. They urge Lot and his family to flee for their lives, and not to look back as they run. God rains down fire and brimstone on the town, killing everyone. Lot’s wife as she flees forgets the angels’ counsel, looks back and turns into a pillar of salt.

(It is unclear in Genesis why she was punished in this way. The Midrash explains that Sodom was a town especially hostile to outsiders, and that Lot’s Sodomite wife opposed his kindness to the strangers. When Lot sought to offer salt to his guests—along with unleavened bread, staples of Middle Eastern hospitality— she declared that she had none. Therefore, Yahweh turned her into salt.)

When Abraham is 100, and Sarah 90, she gives birth to Isaac. She again asks that Hagar be expelled from the household, along with her son Ishmael. Abraham agrees, and sends them into the desert of Beersheba where they nearly die of thirst. When their water jug runs out, Hagar places Ishmael under a bush for shade. Not wanting to see him die, she walks away anguished by his cries. (Following the chronology, he should be around 15 at this time, although you get the impression he’s still an infant. Some commentators suggest that there are some editorial problems here.)

Yahweh hearing his cries asks Hagar what’s wrong. She explains her plight and he causes a well to appear. (Abraham and King Abimelech later sign a covenant that includes this well as part of Abraham’s property.) God is with Ishmael (Genesis 21:20), who grows up in the desert, becomes an archer, and marries an Egyptian woman whom his mother finds for him.

Yahweh again speaks to Abraham, suddenly demanding that offer his son Isaac as a human sacrifice to himself. Abraham without asking any questions sets about the task. He prepares a sacrificial altar on a mountain (believed by many to be the Temple Mount in Jerusalem). As he is about to slit his son’s throat, God commands him to stop. He has passed the test, showing absolute obedience. “All nations,” Yahweh declares, “will bless themselves by your descendants as a reward for your obedience” (Genesis 22:18).

Shortly after this Sarah dies at age 127.  Abraham buys a plot of land for her burial, from the sons of Heth the Hittite in Hebron. (Some identity this as the Tomb of the Patriarchs.) Abraham then sends his chief steward to Upper Mesopotamia, where his kin still live, to find a wife for Isaac. The steward goes to a well intending to choose the first young woman willing to serve him and his donkey water. This turns out to be Rebecca, a great-grand-niece of Abraham. She returns with the steward and becomes Isaac’s wife, mother of Esau and Jacob (whom Yahweh eventually renames “Israel”).

Abraham remarries, and has six more sons by his new wife Keturah, and more by concubines. All the latter are sent east. He dies at age 175 and his sons Isaac and Ishmael bury him alongside Sarah in Hebron.

Rational Questions

The unusual events here—which you will perhaps agree stretch normal credulity, and require ”faith” to be taken seriously—include the talking with God, the visits from angels, the fire and brimstone on Sodom and Gomorrah, the miraculous appearance of a well in the desert of Beersheba, and the turning of Lot’s wife into a pillar of salt.

About the first, the believer can say either “God did talk directly to people back then,” or “The communication wasn’t literally talking, but psychic communication.” Or you might hear, “God talks to people now too, in different ways.” (To the latter you can reply that lots of mentally ill people claim to hear God talking to them. But I’m not sure that’s the best or most useful argument in this context.)

Ridiculing the aspect of Abraham’s chats with God won’t be effective. Nor will the question of the existence of angels. You can point out that angelic beings appear in many world religious texts (I think of ashuras in Buddhism, and similar beings in Zoroastrianism) but your Christian friend will likely say, “See, that just strengthens the case that they exist!”

You can question the story that Yahweh punished the people of two towns for their sins by raining down fire from the sky. (And you might note sadly that the story of Sodom and Gomorrah and the townsmen’s supposed inclination to sodomize visitors has been used historically to justify the vicious executions of gay men.)

But if you say the story’s a myth, that it never happened, you’re likely to hear about the 2008 Fox News story about how “scientists” have concluded that it was probably an asteroid that did it. Certainly the believer can say that the event described in Genesis 19 really happened and that there’s scientific evidence for the means God used to make it happen! As for why a woman might turn into salt during an asteroid attack—well, I suppose someone can devise a theory about that too.

No, it’s not good enough to just point out that these stories seem as fanciful as Greek or Hindu or Norse myths—although that should be said and emphasized. There has to be more.

You can point to the implausible life spans. The Book of Genesis indicates that Abraham was a descendent of Noah’s son Shem, who died at age 600. Here then is his supposed linear ancestry, with the ages of his ancestors when they died:

Shem (600)
Arpachshad (465)
Cainan (460)
Shelah (433)
Eber (464)
Pelug (239)
Reu (239)
Serug (230)
Nahor (148)
Terah (205)

These are supposed to have lived between around 3000 and 2000. But the archeological record for the Neolithic Middle East suggests that the great majority of people only lived into their 30s. (See Mark N. Cohen and George J. Armelagos, Paleopathology at the Origins of Agriculture, 1984.) If there has ever been a discovery of human bones thought to belong to someone dying after 200, I think we would have been front-page news. But again, the believer can say, radiocarbon data is all a hoax. Maybe even something designed by Satan to challenge faith.

One could point out that the biblical references to Abraham’s camels (as in Genesis 12:17 and 24:10) don’t square with archeologists’ conclusion that camels didn’t actually appear in the region before around 900 BCE. In the end you want to ask—having perhaps planted a little doubt here or there in your Christian Zionist friend’s mind—should this ancient story really shape your attitudes towards things happening in the Middle East today?

What’s Likeable about Abraham?

Then finally there’s the question of the mythic figure’s character. One could ask the believer: Why does he deserve your reverence? He is hardly a compassionate Jesus-prototype. (In the much later Muslim tradition as reflected in the Qu’ran, however, he is actively compassionate.)

In the Old Testament, Abraham is a slave-owner. He buys people or receives them as gifts from a pharaoh and king. He is married to his half-sister, and whether that is right or wrong (or whether it was either before Yahweh set down the Law to Moses, as found in Leviticus 18:9 and Deuteronomy 27:22, supposedly written by the thirteenth century BCE—although one must repeat the Hebrew written language did not exist until 500 years after that time) he repeatedly presents her in public as his sister rather than his wife. He does so thinking men coveting her might kill him and make her their own. (This is obviously the literature of a society in which women had little agency and were at the mercy of violent men.)

Twice Abraham accedes to Sarah’s stays at royal courts where she is vulnerable to rape, even as he accepts gifts from her hosts. In both instances he profits when the host realizes the marital relationship and is terrified to discover Abraham’s closeness to Yahweh. Twice Abraham banishes the slave-girl Hagar from his tents into the desert, once while pregnant with his own child, and again—with the boy—after Ishmael is born.

What are we, as we read the Bible, supposed to imagine Yahweh found so exemplary about this man from Ur, such that he would, in his infinite wisdom, decide to make his descendents eternal rulers of the land of Canaan?

The fact that he cared enough about his nephew Lot to go to battle to release him from captivity? The fact that he remonstrated with his holy self in arguing against the annihilation of Sodom? Because those are the only two (possible) instances of moral courage that I see in these Bible stories about Abraham.

Or does he—one should ask the true believer—deserve your reverence because of his quiet, automatic acceptance of Yahweh’s command that he sacrifice his son Isaac as a burnt offering? (You might raise at this point the whole concept of burning animals, including people, in different religious traditions, and “offering” them to deities as though they somehow needed them in order to be happy or placated.) Or that he’s willing to personally cut off the foreskins of all the males in his household? Is his moral integrity best reflected is his willingness to obey what he thinks is the voice of God—even so far as to cut his son’s throat and immolate the body?

Maybe the Christian Zionist should be asked that question. And maybe also be asked: Is your willingness to support the modern state of Israel—as it offers countless Palestinians as sacrificial lambs to its Bible-based vision of “Eretz Yisrael” rooted in “faith”—compatible with reason and morality?

(The Palestinians, you should know, also trace their ancestry to Abraham through Isaac, who buried Abraham at Hebron alongside his younger brother Isaac. And it is very likely that many Judeans who remained in Roman Judea after the Diaspora converted to Christianity by the fourth century and/or to Islam after the seventh century Arab conquest. In other words, if bloodline is so important, shouldn’t these descendents of Jews who lived in Judea at the time of Christ have as much right to the land as European Jews with their rich admixture of Gentile blood?)

Or does your faith in the myths of Abraham, the Chosen People and Promised Land trump such considerations as apartheid, Palestinian property seizures, brutal attacks on Gaza and Lebanon that Israeli officials positively boast about as “disproportionate,” laws against Israeli-Arab married couples living in some housing developments, and the culture of racism that results in half of Israel’s Jewish high school students opposing the presence of Arabs in their midst?
Are you really willing to embrace that sort of racism, based on your religious faith in what—you must surely realize—is a view of history that many reasonable, thoughtful, informed, well-educated people seriously dispute?

* * *

Of course I have no real ”faith” in this approach. The situation is grim. Ignorance and irrationality prevail. The “History Channel” to its eternal shame markets Bible tales as “history.” Even National Geographic capitalizes on religious gullibility. It’s easy to do in a country where 60% of the people believe in the charming myths of Noah and the ark, and the parting of the Red Sea.

Still, just as the first step in overcoming a drug addiction is to acknowledge that there is a problem, the first step in overcoming the Abraham myth—and associated delusions stemming from religion, the opium of the masses—is to recognize it for what it is.

It is not a question of religious intolerance. (I am happy to accept my octogenarian Japanese mother-in-law’s naive acceptance of Shinto myth, although should she start to deploy it to—say—justify a Japanese attack on Chinese territory I would have to say, “Don’t you realize this is all nonsense”?) In world history, few things have proven more destructive than religion in the service of aggression. But that’s what the myth of Abraham is all about, in the minds of Israel’s U.S. Christian allies: the justification of Zionist aggression.

Those serious about challenging the default-mode Israelophilia that pervades U.S. policy ought, in my humble view, to hone in on this myth—this fountainhead of racism, colonialism, and messianic End Times craziness—and challenge it at every turn, urging their deluded friends to wake up.

GARY LEUPP is Professor of History at Tufts University, and holds a secondary appointment in the Department of Religion. He is the author of Servants, Shophands and Laborers in in the Cities of Tokugawa JapanMale Colors: The Construction of Homosexuality in Tokugawa Japan; and Interracial Intimacy in Japan: Western Men and Japanese Women, 1543-1900. He is a contributor to Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion, (AK Press). He can be reached at: gleupp@granite.tufts.edu

jeudi, 24 juillet 2014

Israël et l'Arabie saoudite : une alliance forgée dans le sang des Palestiniens

Israël et l'Arabie saoudite : une alliance forgée dans le sang des Palestiniens

Auteur : David Hearst   
 

 

Cette alliance israélo-saoudienne est forgée dans le sang, le sang palestinien, le sang, ce dimanche, de plus de 100 victimes dans Shejaiya, écrit David Hearst.

L'Arabie saoudite est dirigée par une clique de vieillards cacochymes, dignes représentants d'une caste qui s'accapare la rente pétrolière et se maintient au pouvoir par tous les moyens...

Il y a beaucoup de mains derrière l'attaque de l'armée israélienne sur la bande de Gaza. L'Amérique n'est pas malheureuse de voir le Hamas devoir supporter tant de coups. Alors que les images des scènes de carnage dans les rues de Shejaiya venaient d'être diffusées, John Kerry a déclaré sur ??Meet NBC le même jour qu'Israël avait le droit de se défendre, et l'ambassadeur américain Dan Shapiro a déclaré sur la chaîne israélienne Canal 2 que les États-Unis feraient en sorte que les forces modérées soient [après le conflit] dominantes dans la bande de Gaza, ce qui veut dire [qu'Israël amènerait dans ses fourgons] l'Autorité palestinienne.

L'Égypte n'est pas non plus écrasée de douleur. Son ministre des Affaires étrangères Sameh Shoukry a tenu le Hamas pour responsable de la mort des civils, après que le mouvement ait rejeté le cessez le feu [concocté par l'Égypte et Israël et totalement à l'écart du Hamas - NdT].

Un troisième partenaire non déclaré dans cette alliance contre nature a cependant donné un feu-vert à Netanyahu, le couvrant à l'avance pour une opération militaire d'une telle férocité. Nous ne parlons pas d'un allié aussi impuissant que les États-Unis, car cette autorisation ne peut venir que d'un État arabe.

L'attaque sur Gaza a été lancée avec une approbation royale saoudienne.

Ce mandat royal n'est rien de moins qu'un secret de polichinelle en Israël et l'ex-ministre de la défense comme celui qui est en fonction en parlent de façon très ouverte. L'ancien ministre israélien de la Défense Shaul Mofaz a surpris le présentateur sur Canal 10 en disant qu'Israël devait attribuer un rôle à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis dans la démilitarisation du Hamas. Interrogé sur ce qu'il entendait par là, il a ajouté que des fonds de l'Arabie saoudite et des Émirats devraient être utilisés pour reconstruire Gaza une fois le Hamas anéanti.

Amos Gilad, homme-clé au ministère israélien de la défense dans les relations avec l'Égypte de Moubarak et aujourd'hui directeur du département israélien des relations politico-militaires, a déclaré récemment à l'universitaire James Dorsey : « Tout est souterrain, rien n'est public, mais notre coopération sécuritaire avec l'Égypte et les États du Golfe est unique. C'est la meilleure période de sécurité et de relations diplomatiques avec les pays arabes ».

Les félicitations sont réciproques. Le roi Abdallah a fait savoir qu'il avait téléphoné au président Abdel Fattah El-Sisi pour approuver une initiative égyptienne de cessez-qui n'avait même pas soumise au Hamas, ce qui a incité des analystes cités par le Jerusalem Post à se demander si un cessez-le feu avait été sérieusement proposé.

Le Mossad et les responsables saoudiens du renseignement se réunissent régulièrement. Les deux côtés se sont concertés lorsque l'ancien président égyptien Mohamed Morsi était sur ??le point d'être déposé en Égypte, et ils sont main dans la main en ce qui concerne l'Iran, à la fois dans la préparation d'une attaque israélienne qui traverserait l'espace aérien saoudien, et dans le sabotage du programme nucléaire.

Il y a même été dit de bonne source que les Saoudiens financent l'essentiel de la très coûteuse campagne d'Israël contre l'Iran.

Pourquoi l'Arabie Saoudite et Israël font-ils à ce point bon ménage ? Pendant des décennies, les deux pays éprouvaient une sensation identique quand ils regardaient autour d'eux : la peur. Leur réaction a été similaire. Chacun sentait qu'ils ne pouvaient se prémunir contre ses voisins en les envahissant (Liban, Yémen) ou par le financement de guerres et coups d'État (Syrie, Égypte, Libye). Ils ont des ennemis ou rivaux en commun : l'Iran, la Turquie, le Qatar, le Hamas dans la bande de Gaza, et les Frères musulmans ailleurs. Et ils ont des alliés communs : les lobbys militaro-industriels américains et britanniques, l'homme fort du Fatah et l'atout des États-Unis Mohammed Dahlan qui a essayé autrefois de prendre le contrôle de Gaza et qui serait probablement prêts à le faire à nouveau.

La différence aujourd'hui, c'est que pour la première fois dans l'histoire de leurs deux pays, une coordination militaire a été mise en place. Le prince Turki, neveu du roi Abdallah, est le visage public de ce rapprochement rendu visible par la publication d'un livre sur l'Arabie écrit par un universitaire israélien. Le prince s'est rendu à Bruxelles en mai pour rencontrer le général Amos Yadlin, l'ex-chef du renseignement israélien qui a été inculpé par un tribunal en Turquie pour son rôle dans l'abordage du Mavi Marmara.

On pourrait faire valoir qu'il n'y a rien de sinistre dans l'implication du prince Turki dans le débat israélien et que ses motivations sont à la fois paisibles et louables. Le prince est un fervent partisan d'une initiative de paix proposée par le roi saoudien Abdallah. L'Initiative de paix arabe soutenue par 22 États arabes et 56 pays musulmans aurait effectivement été une base pour la paix si Israël ne l'avait pas ignoré il y a quelques 12 ans.

Le prince Turki est très lyrique sur les perspectives de paix dans un article publié par Haaretz. Il y écrit : « Et quel plaisir ce serait d'être en mesure d'inviter non seulement les Palestiniens mais aussi les Israéliens que j'allais rencontrer de venir me rendre visite à Riyad, où ils pourraient alors visiter ma maison ancestrale dans Dir'iyyah, qui a souffert aux mains de Ibrahim Pacha le même sort qu'a subi Jérusalem aux mains de Nabuchodonosor et des Romains ».

C'est les moyens utilisés, pas la fin en soi qui exposent le véritable coût humain de ces alliances. La promotion par le prince Turki de l'Initiative de paix arabe se fait au prix de l'abandon par le royaume de son soutien historique à la résistance palestinienne.

L'analyste saoudien Jamal Khashogji fait ce même constat quand il parle en langage codé du nombre d'intellectuels qui attaquent la notion de résistance : « Malheureusement, le nombre de ces intellectuels ici en Arabie Saoudite est plus élevé que la moyenne. Si une telle tendance se poursuit, elle va détruire la louable prétention du royaume d'avoir soutenu et défendu la cause palestinienne depuis l'époque de son fondateur, le roi Abd Al-Aziz Al-Saoud ».

La paix serait en effet la bienvenue pour tout le monde, et surtout pour Gaza en ce moment. Mais les moyens par lesquels les alliés d'Israël en Arabie saoudite et l'Égypte veulent y arriver, en encourageant Israël à donner au Hamas un coup fatal, amènent à douter de ce qui se trame vraiment. Le père de Turki, le roi Faisal bin Abdulaziz se retournerait dans sa tombe s'il voyait ce que son fils fait en son nom.

Cette alliance israélo-saoudienne est forgée dans le sang, le sang palestinien, le sang, ce dimanche, de plus de 100 victimes dans Shejaiya.


- Source : David Hearst

samedi, 19 avril 2014

Zionists and Anti-Semites in Ukraine: A Strange Union

Zionists and Anti-Semites in Ukraine: A Strange Union

Dmitry Minin

Dmitry MININ

Ex: http://www.strategic-culture.org

 

It is surprising how the national socialist Banderovite ideology which has prevailed in Kiev, filled as it is with anti-Semitism, has enabled the complete triumph of the most odious of figures from the point of view of this ideology, the oligarchs, and activists of the world Jewish movement like Igor Kolomoisky, at that. This is a striking example of how seemingly mutually exclusive political forces can form unprincipled and unnatural unions for the sake of achieving short-term goals without thinking about the far-reaching consequences… 

Such a symbiosis, being highly contradictory, cannot last long. Both partners are playing a dangerous game over who will outfox whom. The former risk confirming the old adage that revolutions devour their own children; the latter could run up against the fury of the extremists and bring pogroms down upon themselves. There are already signs of both in Ukraine: the shooting death of Sashko Bilyi, on the one hand; and the appearance of Wolfsangels, the stylized swastikas of the Right Sector, on synagogues throughout Ukraine, for example, recently in Odessa.

The ultranationalist slogan «Bandera will come and put things in order!» today sounds like «Kolomoisky will come and put things in order!» Kolomoisky, the third richest person in Ukraine, declares everywhere that he is an Israeli citizen and the president of the Jewish Congress of Europe, but that did not prevent him from being appointed the head of the Dnepropetrovsk region. Under his leadership and on his money, this region has become a hotbed of newly minted polizeis from the Right Sector, who are being sent out throughout the country. And he previously, along with Pyotr Poroshenko, who has a similar world view, was one of the main sponsors of the Maidan. Some of the disillusioned more radical participants of those events, such as the members of the White Hammer group, have already rebelled against the fact that they were blatantly used for the sake of what they call the «Zionist revolution» in Ukraine. They point out the ancestry of Prime Minister A. Yatsenyuk, Vice Premier V. Groisman and many other figures in the new regime. White Hammer members also see Jewish roots in their former associates, Freedom Party chairman O. Tyahnybok and Right Sector leader D. Yarosha. 

However, how did it happen that Kolomoisky, who is not embarrassed to wear a «Jewish Banderovite» T-shirt (apparently he invented this uniform himself), has forgotten the role played during the war by members of the Ukrainian nationalist movement oriented toward Stepan Bandera in the extermination of the Jewish population of Ukraine? And why does he refuse to see the ideological continuity between them and their modern-day followers from the Freedom Party and the Right Sector? Why does he hate Russia so passionately? Natan Khazin, one of his henchmen who commanded a company on the Maidan, stated that he did not see any evidence of anti-Semitism there, and that it is «better to be a Jewish Banderovite than a Jewish Muscovite». Can it really be that the hunger for money and power, as well as the unwillingness to let anyone else in on the private preserve into which they have turned all of Ukraine, can blind them to such a degree? Despite the obvious facts, the Association of Jewish Organizations and Communities of Ukraine continues to insist that nothing threatens Jews in the country. However, once you understand that the head rabbi of Kiev and Ukraine, Yaakov Bleich, came there from New York, it becomes clear where this illusion is being created. It is extremely awkward for Washington to admit that as a result of its actions the situation for Jews in Ukraine could get worse.

In Israel, for example, many are bewildered by the flirtation of the current leaders of Ukraine's Jewish community with open anti-Semites. «Jews who engage in the politics of an unstable country in which successive governments condoned or ignored nationalist anti-Semitic groups are playing with fire,» writes one Internet resource. On February 27, Knesset member Rina Frenkel (Yesh Atid) petitioned the head of the government to create a state program for the repatriation of Ukrainian Jews. In her opinion, the Jewish community in Ukraine «is in clear and present danger». Knesset member Moshe Feiglin (Likud) also emphasized at Knesset hearings that the situation in Ukraine should be «an alarm signal on the strategic level» for the Israeli government. According to Feiglin, political processes in Eastern Europe and the deep economic crisis in the West could create pressure on all the 6 million Jews in the Diaspora. Referring to the «most cautious» estimates of demographic analysts, the parliament member stated that in the next 10 years at least 1.5 million Jews could repatriate. He urged the government to begin timely preparations for such a development. Head Chabad rabbi Reuven Azman advised his followers to leave Ukraine as soon as possible.

Israeli public opinion assesses Russia's actions in the Ukrainian crisis differently than Kolomoisky does as well. For example, according to one survey, only 35% believe that the Crimea is the territory of Ukraine and should remain part of that state. 60% agree with the holding of the referendum and the reunification with Russia. At the UN General Assembly, despite pressure from the Obama administration, Israel did not vote for the resolution condemning Moscow for the annexation of the Crimea. And with regard to the position of Ukraine's Jewish oligarchs, well-known Israeli publicist Avigdor Eskin said metaphorically: «What can you say? We have our Vlasovites too».

One prominent activist for the freedom of Soviet Jews to emigrate, Isi Leibler, does not believe in the change of heart of the modern-day Banderovites who all declare as if on cue that they are not anti-Semites either. He writes in the Jerusalem Post: «These are genuine neo-Nazis who employ swastika symbols and are openly anti-Semitic...Oleh Tyahnybok, leader of Svoboda, the largest right-wing extremist nationalist faction, which holds 37 seats in the government, has called for the liberation of Ukraine from the 'Muscovite-Jewish Mafia'«. Until 2004 his movement was called the Social National Party of Ukraine (a reference to National Socialism). Tyahnybok is most clearly characterized by his statement: «I personally have nothing against ordinary Jews; I even have Jewish friends. I am against the Jewish oligarchs who control Ukraine and the Jewish Bolsheviks».

But just how durable is the anti-Semite-Zionist political alliance which has taken shape in Ukraine? It is hard to believe that each side is not waiting for a propitious moment to get rid of the other. It seems that the «unique crook» I. Kolomoisky (to use Putin's expression) is as of yet a step ahead. The Right Sector is no longer demanding the continuation of the «anti-oligarch revolution» and has dispersed throughout the country as punitive «special units» to suppress the people's protests in the Southeast. However, events are developing such that very soon the dark Banderovite forces will most likely declare that they have been «betrayed», and then they will make their erstwhile ally one of those to blame for their inevitable defeat. But Igor Kolomoisky probably has some kind of plan for that case as well.

 

dimanche, 09 mars 2014

Aux sources de l’idéologie sioniste

Robert STEUCKERS:

Aux sources de l’idéologie sioniste

Extrait d’une conférence sur le Proche Orient, prononcée à la tribune du “Cercle Proudhon” à Genève, avril 2010

Le sionisme suscite l’enthousiasme dans une bonne part de la communauté juive, tous pays confondus, chez les “chrétiens sionistes” américains, qui sont des fondamentalistes protestants, et chez les occidentalistes et les atlantistes de toutes obédiences (de gauche comme de droite). En revanche, pour beaucoup d’autres, et a fortiori dans les pays arabes et les communautés arabo-musulmanes immigrées dans les pays occidentaux, le sionisme est considérée comme une forme de racisme juif dont les victimes sont les Arabes de Palestine. Une vive passion s’est emparée de toutes les discussions relatives à cette question, tant et si bien que les parties prenantes de ce débat ont une vision généralement propagandiste et militante sur le fait sioniste, oublieuse, comme toutes les autres visions propagandistes et militantes, des racines historiques du complexe d’idées qu’elles exaltent ou qu’elles vouent aux gémonies. L’esprit partisan est toujours rétif aux démarches généalogiques. Il répète à satiété ses “ritournelles”, sans tenir compte ni du réel ni du passé.

Le Prince de Ligne et Napoléon

ottoman.gifNotre position ne peut être ni propagandiste ni militante car nous ne sommes ni juifs ni arabes, car nous ne pouvons raisonnablement nous identifier aux uns ou aux autres, tout en étant désireux de ne pas voir l’ensemble du Levant et du Moyen Orient plongé dans une guerre sans fin, qui, dans tous les cas de figure, serait contraire à nos intérêts. Le sionisme, c’est-à-dire la volonté de transplanter tous les juifs d’Europe dans l’ancienne Palestine romaine ou ottomane, n’a pourtant pas, au départ, des origines juives. Le tout premier à avoir émis l’hypothèse d’une telle transplantation est mon compatriote, le Feldmarschall impérial Charles-Joseph de Ligne, envoyé comme attaché militaire autrichien auprès de Catherine II la Grande en guerre contre l’Empire ottoman, auquel elle arrachera la Crimée, sanctionnant ainsi la prépondérance russe en Mer Noire. A cette époque qui a immédiatement précédé les délires criminels de la révolution française, Russes et Autrichiens envisageaient de porter un coup final à cet empire moribond qui avait assiégé l’Europe du Sud-Est pendant plusieurs siècles. Pour y parvenir, le Prince de Ligne a suggéré d’envoyer toute la population des ghettos d’Europe centrale et orientale dans la partie médiane de l’Empire ottoman, de façon à ce qu’un foyer de dissidence se crée, au bénéfice des Russes et des Autrichiens, entre l’Egypte, province de la Sublime Porte, et l’Anatolie proprement turque. L’objectif de ce “sionisme” ante litteram, non idéologique et non religieux mais essentiellement tactique, était donc de séparer l’Egypte de la masse territoriale anatolienne, sur un territoire, qui, dans l’histoire antique, avait déjà été âprement disputé entre les Pharaons et les souverains hittites (bataille de Qadesh) voire, aux temps des Croisades européennes, entre Fatimides d’Egypte, alliés occasionnels des rois croisés, et Seldjouks.

La révolution française, fomentée par Pitt pour venger la défaite de la flotte anglaise à Yorktown en 1783 lors de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, va distraire Russes et surtout Autrichiens de la tâche géopolitique naturelle qu’ils s’étaient assignée: parfaire la libération de l’Europe balkanique, hellénique et pontique afin de conjurer définitivement la menace ottomane. Napoléon Bonaparte, fervent lecteur des lettres galantes et coquines du Prince de Ligne, reprendra l’idée à son compte, sans pouvoir la réaliser, sa campagne d’Egypte s’étant soldée par un fiasco total avec la défaite navale d’Aboukir. En occupant provisoirement l’Egypte, Bonaparte s’oppose à l’Empire ottoman, déjà considérablement affaibli par les coups que lui avaient portés les armées russes et autrichiennes près d’une vingtaine d’années auparavant. Les visées françaises sur l’Egypte obligent, d’une part, les Anglais à soutenir les Ottomans (aussi contre les Russes qui font pression sur les Détroits) et, d’autre part, Napoléon à envisager de créer une sorte d’Etat-tampon juif francophile entre une future Egypte tournée vers la France et la masse territoriale anatolienne et balkanique, d’où étaient généralement issus les meilleurs soldats ottomans, dont les pugnaces janissaires et leurs successeurs. L’enclave juive devait servir à protéger le futur Canal de Suez encore à creuser et les richesses du Nil, notamment les cultures du coton, richesse convoitée par la France révolutionnaire. Le militant sioniste de droite Jabotinski, ancêtre intellectuel des droites israéliennes, faisait directement référence à ces projets napoléoniens dans ses écrits militants, marqués par des linéaments idéologiques bonapartistes, garibaldistes et... mussoliniens. Mais les projets du Prince de Ligne et de Bonaparte resteront lettre morte. Ce sionisme non juif et purement tactique sera oublié pendant plusieurs décennies après la défaite napoléonienne à Waterloo et les dispositions prises lors du Traité de Vienne.

Lord Shaftesbury

Le projet sera réexhumé dès la fin des années 30 du 19ème siècle quand l’Empire ottoman sera déchiré par une guerre interne, opposant le Sultan d’Istanbul, soutenu par l’Angleterre, et Mehmet Ali, d’origine albanaise, khédive d’Egypte appuyé par la France. A Londres, Lord Shaftesbury relance l’idée dans les colonnes de la revue Globe et dans un article du Times (17 août 1840); il réclame dans ces publications “a land without a people for a people without a land” (“une terre sans peuple pour un peuple sans terre”), esquissant un plan, qui, finalement, se concrétisera un peu plus d’un siècle plus tard, lors de la création de l’Etat d’Israël. Le père du “sionisme”, qui n’a pas encore de nom, est donc un lord conservateur anglais. Outre le fait qu’il émet l’idée fausse d’une Palestine vide, prête à accueillir une population errante en Europe et jugée indésirable, Lord Shaftesbury préconise dans son article la création d’un Etat indépendant en Syrie-Palestine ouvert à la colonisation juive (et donc non entièrement juif), un Etat qui fera tampon entre l’Egypte et la Turquie, projet où l’Angleterre aura le beau rôle du “nouveau Cyrus” qui ramènera les juifs en Palestine. Disraëli, d’origine juive, relance à son tour l’idée en lui donnant une connotation plus romantique, un peu dans le style du “philhellénisme” de Lord Byron, autre figure tragique et originale anglaise qui a permis à Londres d’intervenir dans le bassin oriental de la Méditerranée. Mais l’idée “pré-sioniste” est très vite abandonnée après la Guerre de Crimée où la France et l’Angleterre s’allient à l’Empire ottoman contre la Russie, afin de la contenir au nord du Bosphore. L’Angleterre devient la protectrice de l’Empire ottoman, le soutient à fond lors de la guerre russo-turque de 1877-78 tout en occupant Chypre et en étendant sa protection à l’Egypte en 1882: Albion ne fait rien pour rien! Dans un tel contexte, il est donc bien inutile de fabriquer un Etat-tampon entre deux entités d’un même empire dont on est l’allié ou dont on “protège” le fleuron. On ne ressortira l’idée sioniste du placard que lorsque l’Empire ottoman s’alignera progressivement sur l’Allemagne de Guillaume II, faute d’une politique cohérente de ses alliés français et anglais, qui ont d’abord protégé la Sublime Porte contre la Russie, entre 1853 et 1856 (Guerre de Crimée) et en 1877-78, quand Russes, Bulgares et Roumains envahissaient les possessions balkaniques du Sultan, tout en menaçant Constantinople. La politique franco-anglaise était marquée par la duplicité: les alliés occidnetaux avaient deux fers au feu: protéger l’Empire ottoman moribond, tout en le dépouillant de ses territoires les plus stratégiques; imaginer une politique de dislocation de ce même Empire ottoman, en pariant sur l’éventuelle royauté d’Abdel Khader au Levant ou en créant une élite arabe pro-occidentale au Liban et en Syrie (cf. infra), pour affaiblir le nouvel allié du Kaiser allemand.

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Abdel Khader

Après la guerre “inter-ottomane” entre le Sultan et Mehmet Ali, en 1847, Abdel Khader capitule et se rend aux Français en Algérie, pays auquel il avait voulu rendre l’indépendance. Le Duc d’Aumale, vainqueur, lui accorde sa garantie et sa protection. Il croupit d’abord dans une prison française de 1848 à 1852 puis s’exile à Damas en Syrie en 1853. Il est autorisé à y séjourner avec sa suite, une troupe d’un millier de soldats maghrébins aguerris, avec leur famille. Cette émigration hors de l’Algérie devenue française permet au Second Empire de se débarrasser des éléments les plus turbulents de la première révolte algérienne et, comme nous le verrons, d’exploiter leur dynamisme et leur fougue guerrière. Les Ottomans ne contestent pas cette présence: ils ont besoin de leurs nouveaux alliés français contre la Russie qui a attaqué les ports turcs de la Mer Noire, déclenchant ainsi la Guerre de Crimée. En 1860, après cette guerre qui a ruiné les principes pan-européens (et eurasistes avant la lettre) de la Sainte-Alliance, des troubles éclatent au Liban et dans le Djebel druze, où la population locale musulmane ou druze massacre les chrétiens, obligeant la France, protectrice de jure de ces minorités chrétiennes dans l’Empire ottoman, à intervenir. Abdel Khader, devenu instrument militaire de la France avec son armée algérienne installée en Syrie, intervient et sauve les chrétiens syriens du massacre. Ces troubles du Levant avaient éclaté parce que le Sultan avait envisagé d’accorder aux puissances européennes, surtout la France et l’Angleterre, toutes sortes de concessions, notamment celles qui consistait à lever le statut de dhimmitude pour les chrétiens d’Orient et à autoriser les puissances chrétiennes à ouvrir des écoles dans tous les vilayets entre Antioche et le Sinaï. La politique occidentale, franco-anglaise, n’est plus, alors, de créer un Etat-tampon juif mais de créer une nation arabe moderne, favorable à l’Occident, en rébellion contre la Sublime Porte, formant un verrou grand-syrien cohérent entre l’Egypte et l’Anatolie. Dans ce projet, la France et l’Angleterre visent surtout à asseoir leur domination sur le Liban actuel, où on fabriquera, grâce aux nouvelles écoles catholiques ou protestantes, une élite intellectuelle occidentalisée, au départ de groupes de Maronites nationalistes arabes, hostiles à la Sublime Porte, qui ne les avait pas protégés en 1860 dans le Djebel druze.

En 1876, Abdülhamid monte sur le trône ottoman. En 1877-78, ses armées sont écrasées par les Russes qui volent au secours des Bulgares et des Roumains qui venaient de proclamer leur indépendance. Les territoires balkaniques de l’Empire ottoman se réduisent comme une peau de chagrin, entraînant une crise générale dans tout l’Empire. Il est fragilisé à l’extrême: les Bulgares ont campé devant les murs de Constantinople et sont désormais en mesure de réitérer cette aventure militaire avec l’appui russe. La Turquie ottomane se tourne de plus en plus vers l’Allemagne, tandis que les Français rêvent d’un royaume arabe du Levant, dont le souverain serait... Abdel Khader. On ne songe plus à envoyer dans la région les juifs d’Europe.

Rabbi Alkalai, Zvi Hirsch Kalisher, Joseph Natonek

L’idée sioniste est alors quasiment absente dans les ghettos juifs d’Europe, a fortiori au sein des judaïsmes émancipés dont les représentants n’ont nulle envie d’aller cultiver la terre ingrate du Levant. On peut cependant citer des prédécesseurs religieux, dont le rabbin de Sarajevo Alkalai (1798-1878), sujet ottoman, qui énonce, non pas l ‘idée d’aller s’installer en Palestine, mais une idée neuve et révolutionnaire au sein du judaïsme européen: le judaïsme ne doit plus être la religion qui attend en toute quiétude que revienne le Messie. Pour Alkalai, il ne faut plus attendre, il faut se libérer activement et le Messie viendra. Pour développer une action, il faut un projet, qu’Alkalai n’énonce pas encore mais son refus de l’attitude d’attente de la religion mosaïque traditionnelle implique ipso facto de sortir de sa quiétude impolitique, de se porter vers un activisme qui attend son heure et ses mots d’ordre. Par ailleurs, à Thorn en Posnanie prussienne, Zvi Hirsch Kalisher (1795-1874) propose, pragmatique à rebours de son collègue de Sarajevo, la création d’une société de colonisation en 1861-62. C’est le premier projet “sioniste” juif non purement tactique, émanant d’une géopolitique française, russe ou autrichienne. On notera que ces projets constituent une réaction contre l’émancipation (qui, disent ces pré-sionistes, va aliéner les juifs par rapport à leur héritage ancestral) et non contre les persécutions. Leur attitude est dès lors assez ambigüe: il faut rester juif mais non pas à la mode traditionnelle et “quiète”; il faut le rester en pratiquant un nouvel activisme qui, dans ses principes, serait juif, non transmissible aux non-juifs, mais simultanément non traditionnel, ce qui conduit les traditionalistes quiets à rétorquer qu’un activisme ne peut être juif, mais seulement copie maladroite des manies des “goyim” et que seul l’attente est signe de judaïsme véritable.

Un peu plus tard, Joseph Natonek (1813-1892) élabore un plan plus précis, celui que reprendra Herzl et son fameux “Congrès sioniste” de 1897. Natonek suggère la création d’un “Congrès juif mondial”, de demander ensuite une charte aux Turcs, d’amorcer une colonisation agricole puis de favoriser une émigration de masse vers la Palestine et de créer une langue hébraïque moderne. Natonek ne donne pas de nom à son projet: on ne peut pas parler de sionisme, puisque le terme n’existe pas encore. Personne ne suit Natonek: l’alliance israélite universelle refuse ses plans en 1866 et se borne à aider, via des initiatives philanthropiques, les juifs ottomans de Palestine, ceux du “vieux peuplement” ou “vieux yishuv”. Natonek, dépité, se retire de tous les débats que ses idées avaient lancés. Deux membres de sa famille partent en Palestine pour fonder une colonie agricole, la toute première de l’histoire du sionisme.

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Moïse Hess

Le socialiste allemand de confession juive Moïse (Moshe) Hess, issu de l’écurie des Jeunes Hégéliens comme Karl Marx (avec qui il se disputera), observe, après 1848, l’agitation politique que suscitent les mouvements nationaux partout en Europe, surtout en Italie, en Pologne et dans les Balkans. Il voyait la faiblesse du judaïsme dans son particularisme, face à un christianisme qui se voulait universel (positions assez différentes de celles, bricolées, d’un Bernard-Henri Lévy qui, lui, voit des peuples goyim indécrottablement “particularistes” ou “vernaculaires” et un judaïsme essentiellement universaliste). Errant dans un espace idéologique sans limites perceptibles, dans un flou conceptuel, le socialisme de Hess l’induit d’abord à lutter pour l’émancipation du prolétariat, indépendamment de toute appartenance religieuse. Plus tard, il revient au judaïsme, noyau religieux de la “nationalité juive”, et réclame le droit des juifs à avoir un Etat à eux puisque personne ne veut les assimiler, les accepter. Il en déduit que les juifs sont inassimilables et que cette “inassimilabilité” —qu’il juge finalement positive— caractérise leur nationalité, en même temps que leur particularisme. Par conséquent, il pense que la France, qui a défendu les Maronites de Syrie contre les Druzes avec l’aide des guerriers d’Abdel Khader, pourrait aider les juifs d’Europe à se créer un foyer au Levant qui, en même temps, serait un modèle de société socialiste et égalitaire. Il n’est pas pris au sérieux par la majorité de ses co-religionnaires d’Europe occidentale et centrale qui le prennent pour un utopiste (exactement comme Marx!).

Leo Pinsker

Avant le manifeste de Theodor Herzl, qui lancera le sionisme proprement dit, une idée motrice émerge dans le monde intellectuel juif, chez un certain Leo Pinsker: celui-ci préconise un “retour à la normalité”. Il argumente: c’est parce que les juifs ne sont pas “normaux” qu’il y a de l’antisémitisme. Si les juifs revenaient à une “normalité” qu’ils partageraient avec les autres citoyens des Etats dans lesquels ils vivent, l’antisémitisme n’aurait plus raison d’être. Or l’antisémitisme devenait virulent en Europe orientale: les pogroms se succèdaient en Russie et la Roumanie, devenue indépendante, ne reconnaissait pas les juifs comme citoyens; de même, les émeutes et les pillages antijuifs, commis par les Européens de souche et les autochtones arabo-berbères en Algérie française se multiplient dans les années 90 du 19ème siècle. L’idée sioniste, avant la lettre, trouvera par conséquent un large écho en Roumanie. Parmi les tout premiers immigrants juifs du “nouveau yishuv”, on comptait beaucoup de ressortissants des ghettos de Roumanie, mal accueillis par leurs coreligionnaires du “vieux yishuv”. Quant aux juifs de Russie, la route de l’immigration leur est barrée en 1893 par ordre du Sultan, qui craint que les Russes appliquent l’idée purement tactique du Prince de Ligne et de Napoléon, en créant, par l’envoi massif de juifs de Russie, un judaïsme fidèle à l’ennemi slave sur le flanc sud de l’Anatolie turque. Par la volonté du Sultan, les juifs russes ne peuvent donc plus acheter de terres en Palestine. En 1890, Nathan Birnbaum forge le mot de “sionisme” dans la revue Kadima, en faisant référence à la colline de Sion à Jérusalem. Mais Birnbaum abandonne bien vite l’idée sioniste: il plaidera pour l’éclosion de “judaïsmes nationaux”, notamment en Allemagne, dont la langue serait le yiddisch et non pas un “nouvel hébreu” comme l’avait demandé Natonek. Il tranche ainsi à sa manière le dilemme activisme/quiétude: il replonge dans les traditions juives/yiddish tout en refusant l’activisme sioniste/moderniste (et “simili-goy”). Mais Herzl est un disciple de Birnbaum, qui ne retient que l’idée de revenir à la colline de Sion, d’y créer un Etat où les juifs pourraient vivre la vie de citoyens modernes normaux, selon les critères préconisés par Pinsker (et aussi, avant lui, par Hess).

Théodore Herzl

TheodorHerzl.jpgJusqu’à la parution du petit livre de Théodore Herzl en février 1896, intitulé L’Etat juif, le sionisme est une idéologie vague et confuse, affirmée puis critiquée, acceptée puis reniée. Le livre de Herzl n’était pas moins confus car il ne disait rien de précis sur le site géographique de ce futur et très hypothétique “Etat juif”. Il pourrait se situer en Palestine mais aussi ailleurs dans le monde. Son manifeste, bien que confus, attire quelques personnalités influentes (Nordau, Kahn, Lazare, Goldschmidt, Montagu, etc.) et recueille les signatures de milliers d’étudiants juifs d’Europe centrale. Mais les assimilationistes et les quelques colons de Palestine (issus du mouvement ‘Hovevei Zion) ne le soutiennent pas, parce qu’ils craignent d’éveiller un nouvel antisémitisme ou de voir les frontières des vilayets ottomans du Levant se fermer à tous nouveaux arrivants par crainte d’une submersion. Herzl développe alors une véritable “diplomatie sioniste” tous azimuts pour tenter, vaille que vaille, d’arriver à ses fins, avec l’appui, non pas d’une bourgeoisie juive assimilationiste, mais de dizaines de milliers de petites gens qui n’ont guère d’espoir d’avancer socialement, surtout en Pologne, en Russie et en Roumanie. Cette agitation autour de Herzl va, suite au “Congrès de Bâle” d’août 1897, donner naissance au sionisme moderne, autonome, capable, théoriquement, de faire avancer ses idées sans le soutien d’une puissance impériale. Guillaume II d’Allemagne, qui n’est certainement pas antisémite, décourage cette volonté romantique de faire l’alya (le retour à la Terre de Sion) pour ne pas heurter son nouvel allié turc. Les Russes, qui auraient pu pratiquer à leur profit la politique jadis préconisée par le Prince de Ligne ou Napoléon, répugnent à le faire. Le rêve sioniste de Herzl ne pourra cependant pas se concrétiser sans la “Déclaration Balfour” de 1917 qui donnera le coup d’envoi à la colonisation massive des terres de Palestine par des colons juifs venus d’Europe après la première guerre mondiale, surtout de Russie (ceux qui refusaient la bolchevisation de l’Empire des Tsars comme Jabotinsky) et d’Europe centrale, après les réactions hongroises et roumaines contre le régime “judéo-bolchevique” de Belà Kun à Budapest.

Conclusion

Les origines de cette idée sioniste, assortie d’une volonté de créer un nouvel Etat au Levant, sur territoire ottoman, ne sont cependant pas juives au départ. Elles résultent de calculs froids et cyniques de militaires européens soucieux de briser la cohérence territoriale de l’Empire ottoman en enfonçant, tel un coin, une entité nouvelle, à leur dévotion, entre l’Egypte et l’Anatolie: cette entité envisagée a été tour à tour juive, avec de Ligne et Napoléon, puis arabe, avec Abdel Khader ou les Maronites occidentalisés. Pendant la première guerre mondiale, les Britanniques avaient d’ailleurs parié sur les deux: sur les Hachémites avec Lawrence d’Arabie, sur les juifs avec la “Jewish Legion” et la “Déclaration Balfour”. Par conséquent, il ne serait pas faux d’affirmer que tout sionisme pratique découle d’un calcul stratégique non juif, parfaitement impérial, destiné à contrôler le Levant et à affaiblir et l’Egypte (grande puissance potentielle au temps de Mehmet Ali) et la Turquie ottomane: le “sionisme” des non juifs n’est pas au départ une volonté de faire du “favoritisme” au bénéfice des juifs; ce n’était ni le cas hier, où l’on était parfois naturellement cynique, ni le cas aujourd’hui, où l’on camoufle ses hypocrisies derrière une façade d’humanisme; le mobile principal est d’avoir une population, quelle qu’elle soit —au départ exogène (les Algériens d’Abdel Khader ou les juifs sionistes) ou minoritaire, en conflit avec son environnement géographique et historique— mais qui puisse toujours servir à créer un Etat-bastion pour disloquer les territoires de l’ancien Empire ottoman, pour empêcher la soudure Egypte/Anatolie, pour tenir l’ensemble de la Méditerranée jusqu’à son “bout” sur les côtes du Levant, pour garder les approches du canal de Suez, pour avoir une fenêtre sur la Mer Rouge (le port d’Elat à côté d’Akaba en Jordanie). L’attitude de la Grande-Bretagne de Lloyd George, désireuse d’affaiblir les Turcs et de créer une zone-tampon en lisière du Sinaï et du Canal de Suez, pour protéger le protectorat britannique sur l’Egypte, ne relève pas d’un autre calcul.

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Les Anglais, toutefois, voulaient un “foyer” juif et non un Etat juif car ils devaient ménager leurs protégés arabes grâce auxquels ils avaient pu chasser les Turcs du Levant. L’idée de “foyer” permet d’avoir un territoire disloqué, présentant une mosaïque de diversités, sans cohésion aucune et donc plus facilement contrôlable. Les sionistes d’extrême-droite, dont l’idéologue principal fut au départ Vladimir Jabotinsky, voudront un Etat en bonne et due forme et ne se contenteront pas d’un simple “foyer”, immergé dans une population arabe majoritaire, dont ils ne partageaient ni les moeurs ni les aspirations. Ces sionistes radicaux, qui, au fond, ne voulaient de cette mosaïque judéo-arabe envisagée par les stratèges londoniens, se révolteront contre la puissance mandataire britannique en s’inspirant des écrits de Michael Collins, le leader révolutionnaire irlandais, et de l’action de l’IRA. Jabotinsky ne suivra pas ses disciples les plus virulents sur cette voie maximaliste et terroriste: il était un officier britannique de la “Jewish Legion”, d’origine russe, fidèle à l’Entente franco-anglo-russe et hostile aux Bolcheviques de Lénine. Il restera donc loyal à l’égard de l’Angleterre. Aujourd’hui, l’Etat d’Israël, né en 1948, ne survit que pour une seule raison: il est la zone-tampon au Levant dont se sert une nouvelle puissance impérialiste, américaine cette fois, pour asseoir sa domination dans le bassin oriental de la Méditerranée, pour tenir l’Egypte, la Syrie et, éventuellement, la Turquie en échec.

 

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La preuve la plus tangible de cette inféodation d’Israël à l’hegemon américain est, bien entendu, la présence permanente de la flotte US de la Méditerranée, qui y a évincé toutes les flottes européennes riveraines, faisant automatiquement de l’Etat d’Israël la “tête de pont” de cette redoutable flotte au fond de cette mer qui s’enfonce très profondément dans les terres “eurafricaines” et qui, par cette configuration géographique, a acquis pour l’éternité une importance stratégique cardinale. Les Israéliens lucides, dubitatifs face aux outrances de leurs gouvernants ou de leurs extrémistes, savent que ce statut d’Etat-tampon est fragile sur le long terme: d’une part, ils craignent aujourd’hui que les Etats-Unis ne reviennent à leur ancienne alliance avec l’Iran, situation qui les déforcerait considérablement, déplorent le chaos créé en Syrie, savent que les Etats-Unis ne peuvent indéfiniment froiser le monde arabo-musulman, où ils perdraient alors tous leurs avantages stratégiques. D’autre part, ces Israéliens lucides commencent à réfléchir sur la fragilité des mythes sionistes (pures fabrications?) avec l’école dite “post-sioniste” qui développe une critique argumentée de l’idéologie et des pratiques du sionisme réellement existant et s’interroge sur la substantialité réelle de toute la mythologie politique de l’Etat d’Israël, né au lendemain de la seconde guerre mondiale par l’afflux des “personnes déplacées”, suite aux expulsions et déportations qui ont tragiquement marqué les années 1945-1950, où l’Europe n’était qu’un champ de ruines où régnait la misère et la famine. Pour pallier ces doutes et ces inquiétudes, bien présentes dans la société israélienne, les forces sionistes qui structurent l’Etat hébreu comptent essentiellement sur deux facteurs: sur l’électorat juif des Etats-Unis et, surtout, pour faire poids et masse, sur les millions de “Christian Zionists” fanatisés par les téléprédicateurs d’Outre-Atlantique. Tant que les juifs d’Amérique et les “Christian Zionists” seront capables d’imposer et de ré-imposer, par leurs voix, une politique pro-israélienne aux Etats-Unis, le rêve sioniste des innombrables juifs jadis manipulés par les grandes puissances restera réalisable mais dans la douleur et dans une tension permanente, harassante, décourageante.

Robert Steuckers.

(Forest-Flotzenberg, Fessevillers, Genève & Nerniers, avril 2010; rédaction finale: mars 2013).

Bibliographie:

Delphine BENICHOU (éd.), Le sionisme dans les textes, CNRS Editions, Paris, 2008.

Alain BOYER, Les origines du sionisme, PUF, Paris, 1988.

Gudrun KRÄMER, Geschichte Palästinas – Von der osmanischen Eroberung bis zur Gründung des Staates Israel, Verlag C. H. Beck, München, 2002-2006 (5. Auflage).

Shlomo SAND, Les mots et la terre – Les intellectuels en Israël, Flammarion, coll. “Champs”, n°950, Paris, 2010.

Colin SHINDLER, Israel, Likud and the Zionist Dream – Power, Politics and Ideology from Begin to Netanyahu, I. B. Tauris, London, 1995.

Zeev STERNHELL, Aux origines d’Israël, Gallimard, coll. “Folio”, n°132, Paris, 1996-2005.

 

vendredi, 03 janvier 2014

Réflexions sur les “chrétiens sionistes”

 

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Wolfgang CASPART:

Réflexions sur les “chrétiens sionistes”

 

Les “chrétiens sionistes” aux Etats-Unis sont notamment ces évangélistes qui prêchent un lien indéfectible entre Washington et Tel Aviv

 

Les calvinistes puritains partagent avec les juifs le culte de l’Ancien Testament. Ce n’est pas simplement une option religieuse, donc gentiment confinée à la sphère religieuse, mais une option bel et bien sécularisée qui a des retombées immédiates dans le domaine du politique. La plupart des calvinistes, tout comme une majorité de juifs, vivent aujourd’hui aux Etats-Unis, ce qui fait que les intérêts calvinistes et juifs ont de plus en plus tendance à fusionner Outre-Atlantique. Ceux qui ne veulent pas comprendre cette collusion d’intérêts se condamnent à ne pas comprendre les orientations spirituelles et politiques de l’hegemon mondial.

 

Certes, le christianisme ne saurait être perçu comme un bloc homogène et unitaire; cette remarque vaut également pour le calvinisme qui se subdivise en de nombreuses églises libres. Le judaïsme n’est pas davantage homogène. A l’intérieur du calvinisme, toutes tendances confondues, ce sont toutefois les évangélistes fondamentalistes qui donnent le ton, tout comme le font les sionistes au sein du judaïsme. Pour de nombreux observateurs des faits religieux et politiques, l’Amérique, et non pas l’Etat d’Israël, est le véritable siège du sionisme dans le monde (cf. Michael Collins Piper, “The New Jerusalem. Zionist Power in America”, Sisyphus Press, 2005).

 

Les “Evangelicals” sont des calvinistes qui, sur la base de leur doctrine, se sentent proches des juifs en général et des sionistes en particulier. Pour les juifs sionistes, Israël est la patrie de tous les juifs; les “Evangelicals”, eux, voient les juifs et Israël sous un angle très spécial, celui du “pré-millénarisme”. Celui-ci s’explique suit à une lecture fondamentaliste de l’Apocalypse de Saint Jean dans le Nouveau Testament. La philosophie chrétienne de l’histoire —qui s’en déduit— voit le monde actuel plongé dans le péché comme un monde soumis au Diable, au Semeur de confusion, au Séducteur, à Satan, Lucifer, l’Antéchrist, etc. A son tour, cette vision d’un monde soumis au Diable implique que ce monde doit passer par un temps de troubles et de désordres graves avant qu’une catastrophe apocalyptique le détruise et amène le retour triomphal du Christ. Après le retour du Christ, la première parousie, le Diable sera pris prisonnier et le Règne de Mille Ans, le “Millenium” des justes et des saints, adviendra. Mais le Diable va brièvement échapper à sa captivité puis sera vaincu et définitivement exilé dans les enfers. Le Christ reviendra alors une seconde fois (deuxième parousie) et prononcera le Jugement Dernier.

 

Les pré-millénaristes parmi les “Evangelicals” voient dès lors le retour des juifs en Palestine comme le préliminaire nécessaire à l’imminent premier retour du Christ. C’est pour cette raison qu’ils favorisent le retour des juifs en Palestine: ce retour précipitera le retour du Christ. Selon Ezéchiel 37:12, l’alliance vétéro-testamentaire repose sur la promesse suivante: “Ainsi parle le Seigneur votre Dieu: voyez, je veux ouvrir vos tombeaux et vous en sortir, ô mon peuple, et sortis de vos tombeaux, je vous mènerai au pays d’Israël”.

 

Le site visé par la promesse  dans Ezéchiel est donc Jérusalem ou Israël: les pré-millénaristes fondamentalistes chrétiens, de manière bien étonnante, ne prennent pas pour argent comptant les paroles du Christ dans l’Evangile de Saint Jean 18:36, qui disent: “Mon royaume n’est pas de ce monde”. Ils ignorent tout autant le verset de l’Apocalypse (21:2), où l’on peut lire: “Et moi, Jean, je vis aussi la ville sainte, Jérusalem nouvelle, descendre du ciel d’auprès de Dieu”. Dans l’“Epitre aux Hébreux” (12:22): “Vous vous êtes approchés, vous, de la Montagne de Sion avec la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste”. Propos similaires dans l’”Epitre aux Galates” (4:26): “Mais la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle notre mère”. On peut déduire de ces textes que la Jérusalem et l’Israël du futur, d’un point de vue chrétien, ne sont pas des lieux géographiques, comme le veut le sionisme des “Evangelicals”, mais des lieux métaphysiques. Les prises de positions des “Evangelicals” pour l’occupation factuelle du territoire palestinien par les sionistes ne correspondent donc pas aux paroles du Nouveau Testament.

 

Il faut rappeler ici la parole de Jésus, rapportée par l’Evangile selon Saint Matthieu (5:17): “Ne croyez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes, mais pour les accomplir”. Cette parole doit se définir dans une perspective chrétienne selon l’Evangile de Saint Jean (14:6): “Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi”. A quoi s’joute les mots de l’”Epitre aux Romains” (13:10): “La charité est donc l’accomplissement plenier de la Loi”. Les calvinistes étant théoriquement chrétiens, donc lecteurs du Nouveau Testament, on ne voit donc pas comment ils peuvent en arriver à penser “que chaque grain de sable entre, d’une part, le Jourdain et la Mer Morte, et, d’autre part, la Méditerranée appartient aux juifs et que, donc, leur appartiennent aussi la Cisjordanie et Gaza”. Et qu’ils puissent faire leur ce slogan: “Nous nous battons pour le droit à posséder tous les pays que Dieu a donné à Abraham au moment de l’Alliance il y a 4000 ans, pays qui appartiennent dès lors à Israël... Il n’y a pas de Palestiniens” (cf.: Jane Lampman, “Mixing Prophecy and Politics”, in: “Christian Science Monitor”, 7 juillet 2004). L’interprétation des calvinistes est donc contraire aux principes du Nouveau Testament.

 

En constatant cette interprétation sioniste et non néo-testamentaire des écritures, on ne s’étonnera pas que “les chrétiens sionistes américains, avec les forces armées israéliennes, sont les derniers bastions actifs de l’Etat hébreu” (cf.: Daniel Pipes, “[Christian Zionism]: Israel’s Best Weapon”, in: New York Post (on line)”, 15 juillet 2003). Le chef des services de communication de Benjamin Netanyahou écrivait un jour: “Remercions Dieu de l’existence des chrétiens sionistes” (cf. Michael Freund, “Christian Zionists Key to Continued U.S. Support for Israel”, in: “Jewish Press (on line)”, 27 décembre 2006).

 

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Que cela nous plaise ou non, l’avenir des relations entre Israël et les Etats-Unis dépend finalement moins des juifs américains que des chrétiens américains”. Le représentant de la majorité républicaine, Richard Armey, déclarait naguère être satifsfait “du fait qu’Israël s’empare de toute la Cisjordanie” et ne s’est distancé que bien plus tard des paroles qu’il avait ajoutées à ses propos pro-israéliens, paroles selon lesquelles “les Palestiniens devaient partir” (cf. Matthew Engel, “Senior Republican Calls on Israel to Expel West Bank Arabs”, in: “The Guardian”, 4 mai 2002).

 

Certes, il faut bien admettre aussi que “la plupart des juifs américains ne veulent rien avoir à faire avec la nouvelle droite chrétienne” (cf. Naomi M. Cohen, “Dual Loyalties: Zionism and Liberalism” in Allon Gal, “Envisionning Israel. The Changing Ideals and Images of American Jews”, Magnes Press & Wayne State University Press, Jerusalem/Detroit, 1996, p. 326). Ces juifs, qui ne supportent pas les discours enflammés de la nouvelle droite chrétienne des “Evangelicals”, estiment que coopérer avec ceux-ci équivaut à forger une “alliance malsaine” (cf. Jo-Ann Mort, “An Unholy Alliance in Support of Israel”, Los Angeles Times, 19 mai 2002). Par ailleurs, les sionistes eux-mêmes craignent les intentions missionnaires qui se profilent derrière les déclarations d’amour des “Evangelicals” (cf. Gershom Gorenberg, “The End of Days: Fundamentalism and the Struggle for the Temple Mount”, Free Press, New York, 2000).

 

Finalement, malgré ces réticences perceptibles dans la communauté juive, David Harris, directeur de l’American Jewish Committee, voit les choses sous un angle pragmatique: “La fin des temps peut advenir demain mais ce qui importe aujourd’hui, c’est Israël” (cité par Bill Broadway, “The Evangelical-Israeli Connection: Scripture Inspires Many Christian to Support Zionism Politically, Financially”, in “Washington Post”, 27 mars 2004).

 

40 millions de personnes se déclarent “Evangelical Christians” dans le camp de la droite américaine et des Républicains (cf. John J. Mearsheimer et Stepehn M. Walt, “Die Israel-Lobby. Wie die amerikanische Aussenpolitik beeinflusst wird”, Campus verlag, Frankfurt am Main, 2007). Ces quarante millions d’“Evangelicals” travaillent au projet du “siècle juif” (cf. Yuri Slezkine, “Das jüdische Jahrhundert”, Vandenhoeck und Rupprecht, Göttingen, 2006). Selon d’autres sources, il y aurait 70 millions d’“Evangelicals” aux Etats-Unis et même 600 millions dans le monde entier (cf. Craig Nelson, “Christian Zionists: Evangelicals a New Lifeline for Israelis”, in “Atlanta Journal-Constitution”, 25 décembre 2003). A ce poids considérable, il faut ajouter les tendances généralement philo-sémitiques des églises évangéliques plus conventionnelles ou d’autres confessions chrétiennes après 1945.

 

Concluson: les “Evangelicals” qui s’engagent politiquement aux Etats-Unis, hegemon dans le monde, prennent parti pour l’un des deux grands partis, en l’occurrence les Républicains, tandis que la majorité des juifs opte pour les Démocrates (cf. Jeffrey Helmreich, “Amerikas Juden sind mehrheitlich für Obama”, in “Mittelbayerische Zeitung”, 28 juin 2012). Donc en Amérique, croit-on, dur comme fer, que le Millenium ou l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament sont sur le point de devenir très bientôt réalité?

 

Wolfgang CASPART.

(article paru dans “zur Zeit”, Vienne, http://www.zurzeit.at , n°6/2013).

dimanche, 27 octobre 2013

On the Military Alliance of Israel and Saudi Arabia against Iran

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On the Military Alliance of Israel and Saudi Arabia against Iran

Nikolai BOBKIN

Ex: http://www.strategic-culture.org

 
Saudi Arabia's ministry of defense has placed an order with the U.S. for the delivery of high-tech cruise missiles and aerial bombs totaling 6.8 billion dollars. It is expected that the contract will be signed within a month after the request is approved by Congress. In the opinion of the Pentagon's Defense Security Cooperation Agency (DSCA), the arms shipment will not change the military balance in the region and does not create a threat to neighboring states. But is that true? Now, when Israel and Saudi Arabia are discussing the possibility of a military alliance against Iran, this deal looks like military reinforcement of this Arab-Israeli alliance, the likelihood of whose creation is becoming more realistic…

Tel Aviv and Riyadh perceived the U.S. refusal to make a military strike against Syria and President Obama's first steps toward normalizing relations with Tehran as the White House's commencement of a new stage in transforming the geopolitical structure of the Middle East. The Saudi royal family, displeased with Obama's course, responded to Washington asymmetrically by challenging the United Nations. The Kingdom of Saudi Arabia (KSA) became the first state to reject a seat on the UN Security Council, complaining about the council's activities. Riyadh is displeased that Bashar al-Asad still remains in power, there has been no success in resolving the Palestinian-Israeli conflict, and furthermore, in the opinion of Saudi diplomats, the UN has not made enough effort to make the Middle East a zone free of weapons of mass destruction (in reference to Iran's nuclear program). 

The Russian Ministry of Foreign Affairs called the Saudi demarche «strange». It is quite obvious that the reproaches against the Security Council in the context of the Syrian crisis have an anti-Russian orientation. Previously Russia and China blocked Security Council resolutions to toughen sanctions against Syria three times. Arab UN members do not hide their perplexity at Saudi Arabia's rejection of this honored status either, and urge Riyadh to reconsider, at least in order to provide the Arab world with representation in the Security Council. Saudi leaders, however, claim that «the manner, the mechanisms of action and double standards existing in the Security Council prevent it from performing its duties and assuming its responsibilities toward preserving international peace and security as required.» That is the monarchy's reaction to the UN not acting on Saudi Arabia's calls to military intervention in the Syrian conflict and resolution of the Iranian nuclear problem using military force.

Riyadh has more than once declared its claims to dominance in the Middle Eastern region. It has now come to the point where in the days of the Syrian standoff the Saudi government proposed to Barack Obama that the U.S. pay for a military operation against Syria, as if they were talking about the services of a hired killer. The White House's refusal to take punitive military measures against the Syrian government was deeply disappointing to the Arab sheikhs. Washington was criticized for its inability to follow through on its own threats. 

Dissatisfaction with Obama's policy was made even plainer in Saudi assessments of the first signs of a thaw in Iranian-American relations. Riyadh has come to the conclusion that the U.S. and Iran are secretly planning a strategic alliance aimed at weakening Saudi influence. There is nothing unexpected in the fact that rapprochement with Iran could serve America's regional interests. The Americans themselves believe that a means of controlling the Middle East such that no one country can become the absolute military leader and lay claim to the role of a regional superpower is advantageous to the U.S. The classic way to reach this goal is to support the balance of powers while preserving constant tension in the relations between rival states, in this case Saudi Arabia and Iran. 

Many years of a one-sided orientation toward Saudi Arabia in the Islamic world has caused the U.S. to lose influence among Shiites, while Sunni Islam, which is under Saudi influence, has taken an anti-American course. Not only does Riyadh finance foreign military intervention in Syria, but Saudi intelligence supports Sunnite terrorist groups in countries from Algeria to Pakistan, including the Taliban movement which is now fighting against the Americans in Afghanistan. Further unconditional friendship with Riyadh has become dangerous for the U.S., and the conjecture that Washington's foreign policy will soon cease to serve the interests of Saudi Arabia is looking more and more justified. 

Of course, a rapprochement between Washington and Tehran is no guarantee that the position of the U.S. in the world of Shiite Islam will be substantially stronger, but there exists a chance that anti-American sentiment in a number of countries in the «Greater Middle East», such as Iraq, Lebanon, Syria, Bahrain and Afghanistan, will be reduced. Furthermore, the «reset» of relations with Iran would allow the United States to avoid the risk of being drawn into a war to protect Saudi Arabia through alliance obligations. Nevertheless, Washington still allows for the possibility of «closing» Iran's nuclear dossier by force through making strikes against Iranian nuclear infrastructure sites. Israel categorically insists on this scenario. Saudi Arabia does not hide its interest in the military destruction of the IRI's nuclear sites either. 

Tel Aviv has declared that it is prepared to conduct an independent operation against the IRI. Directing strikes against Iran through the territory of the KSA is one of the main options being considered by the Israeli military. Besides enmity toward Iran, Israel and Saudi Arabia share the common goal of overthrowing the regime in Syria, Tel Aviv and Riyadh are united in supporting the military government in Egypt, and they have also found common ground with regard to the unacceptability of an increase in the geopolitical role of their common rival Turkey. Information about secret negotiations between Israel and Saudi Arabia stopped being sensational years ago. Despite U.S. plans, the world could become a witness to the appearance of a seemingly unlikely Arab-Israeli alliance which would lay claim to the role of a «collective superpower» in the region. 

This autumn has in general brought chaos to the ranks of America's allies. The plans for U.S. military action in Syria was not supported by its most loyal ally, Great Britain; the great majority of NATO countries refused to take part in this venture; the leaders of many other allied countries have shrunk from solidarity with President Obama; and now longstanding Middle Eastern partners are acting independently on the issue of war with Iran.

Examples of Israeli independent action are becoming numerous. Over a quarter of a century ago, in 1981, Israel destroyed Iraq's Osirak nuclear reactor not long before its commissioning. The Reagan administration officially condemned this attack at the time, but the Israelis consider it one of their most successful military operations. In 2007 Israel made air strikes against the alleged al-Kibar reactor which the Syrians were building in a desert area in the eastern part of the country and about which the IAEA supposedly did not know in order to demonstrate its resolve to destroy nuclear sites in neighboring countries in the early stages. At that time the Bush administration was divided in its assessment of this attack, but many high-ranking politicians in the U.S. feel that the raid was premature. In May of this year Israel made a strike against Damascus' airport, as well as several missile bases in Syria. The true goal of the Israeli air strikes against Syrian military sites was to test the possibility of flying over this Arab country to make a strike against Iranian nuclear sites. Tel Aviv is conducting such rehearsals for the beginning of war without a backward glance at the reaction of the global community. The UN has not reacted properly to a single recent Israeli military action in Syria. 

Saudi Arabia, unlike Israel, is now making its public debut as a subverter of UN authority for the first time, but the royal family has been preparing to start out on this dangerous path for many years, closely tying its foreign policy activities to support for international terrorist organizations. No one speaks of the moral principles of Saudi diplomacy anymore, so Saudi Arabia's agreeing to provide the Israelis a military corridor may be considered participation in strikes against Iran. 

Temporary basing of aircraft at Saudi air bases is also involved. Transport planes of the Israeli air force have already been seen in Saudi Arabia unloading ammunition, which in the case of war with Iran it will be convenient to have right there nearby. And it will be even better for Israel if the Saudi military pays for the cruise missiles and aerial bombs for these purposes and ships them from the U.S. itself. This is the main reason for the KSA Defense Department's new almost 7-billion-dollar order. 90% of the deliverables are ammunition for American-built fighter planes, which are standard in the air forces of both Israel and Saudi Arabia. By approving this contract, the U.S. Congress will be giving the green light to the dangerous plans of Tel Aviv and Riyadh, and the American troops in the Persian Gulf will be drawn into the dangerous scheme of two out-of-control allies.

 
Tags: Al Qaeda Gulf Cooperation Council Iran Israel Saudi Arabia US

 

lundi, 01 avril 2013

L’engagement d’Obama au Moyen-Orient

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L’engagement d’Obama au Moyen-Orient

L’art de la guerre

 
Double engagement répété par Obama dans sa visite en Israël. L’alliance toujours plus forte des USA avec l’Etat israélien, confirmée par le fait que « nos militaires et nos services de renseignement coopèrent plus étroitement que jamais ». Ceci est indubitable. La création d’ « un état palestinien indépendant et souverain ». Ceci est faux. L’ « Etat palestinien » auquel on pense à Washington ressemble beaucoup à une « réserve indienne » : il y a quatre mois, aux Nations Unies, les Usa ont même voté avec Israël contre la reconnaissance de la Palestine en tant qu’ « Etat observateur non membre ». Mais se déclarer favorables à un Etat palestinien accrédite l’idée que les Etats-Unis sont engagés, comme jamais, pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient. Obama a en outre joué le médiateur de paix entre la Turquie et Israël : Netanyahu a téléphoné à Erdogan pour s’excuser des « erreurs opérationnelles » commises dans l’attaque contre la Freedom Flotilla qui transportait les pacifistes à Gaza. Excuses immédiatement acceptées : sur les tombes des pacifistes tués par les Israéliens il sera maintenant inscrit « mort le 31 mai 2010 par une erreur opérationnelle ».

Après ses rencontres en Israël, Obama a fait escale à Amman, en réaffirmant « l’engagement des Etats-Unis pour la sécurité de la Jordanie », mise en danger par la « violence qui filtre à travers la frontière avec la Syrie ». Il reste à voir, cependant, dans quelle direction. Comme informe le Guardian, des instructeurs étasuniens, aidés par des collègues français et britanniques, entraînent en Jordanie les « rebelles » qui sont infiltrés en Syrie. Le cercle se resserre ainsi autour de la Syrie, avec une opération sous direction Usa/Otan menée à travers la Turquie et Israël (à présent réconciliés) et la Jordanie. Et, pour l’estocade finale,  le casus belli est prêt : le lancement d’un missile à tête chimique, qui a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes dans la zone d’Alep.

A Jérusalem, Obama a exprimé sa solidarité avec « la préoccupation croissante d’Israël pour les armes chimiques de la Syrie voisine », en avertissant que, si l’enquête trouvait les preuves que ce sont les militaires syriens qui ont utilisé l’arme chimique, cela « changera les règles du jeu ». En d’autres termes, c’est une menace d’intervention « préventive » USA/Otan en Syrie, au motif de bloquer l’arsenal chimique avant qu’il ne soit utilisé. Si de telles «preuves » émergeaient, cela voudrait dire que le gouvernement syrien a décidé d’utiliser un missile à tête chimique contre ses propres soldats et civils loyaux au gouvernement (la quasi-totalité des victimes), pour fournir aux Usa et à l’Otan, sur un plateau d’argent, la justification pour attaquer et envahir la Syrie. En attendant, en même temps que des dollars et des armes, Washington a déjà fourni aux « rebelles » le futur premier ministre : Ghassan Hitto, citoyen étasunien d’origine syrienne. Un executive[1] texan dans la technologie d’information, choisi formellement par les « rebelles ».

Qu’est-ce qu’Obama devrait faire d’autre pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient ?

Edition de mardi 26 mars 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130326/manip2pg/14/manip2pz/337945/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 


[1] Executive, en anglais dans le texte, est le mot qui revient absolument invariablement dans les présentations anglophones du nouveau premier ministre syrien déniché au Texas par l’administration étasunienne (et « alliés ») : mot générique qui en dit long non seulement sur le flou entourant ce que Monsieur Hitto a fait jusque là mais aussi sur l’arrogance et le mépris de cette même administration (et « alliés ») qui ne ressent aucune nécessité à donner le moindre vernis de crédibilité à ses larbins. L’analyse précise du langage de l’empire, en deçà et au-delà de ses effets d’annonce, donne des clés essentielles pour une analyse non moins précise de la situation géopolitique. NdT pour la version française.

Articles Par : Manlio Dinucci
 

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mercredi, 20 février 2013

Towards a Christian Zionist Foreign Policy

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Towards a Christian Zionist Foreign Policy

By Philip Giraldi

Ex: http://attackthesystem.com/

Countries frequently define themselves by what they believe to be true. When reality and belief conflict that definition might well be referred to as a “national myth.” In the United States many believe that there exists a constitutionally mandated strict separation between religion and government. In practice, however, that separation has never really existed except insofar as Americans are free to practice whatever religion they choose or even none at all. The nation’s dominant religion Christianity has in fact shaped government policy in many important areas since the founding of the republic. Tax exemption for the churches would be one example of legislation favoring organized religion while in the nineteenth century the governments of a number of American states had religious clauses written into their constitutions and also collected special tithe taxes to support the locally dominant Christian denomination. The practice only ended with the passage of the Fourteenth Amendment in 1868.

Christian Zionism is not a religion per se, but rather a set of beliefs based on interpretations of specific parts of the Bible – notably the book of Revelations and parts of Ezekiel, Daniel, and Isaiah – that has made the return of the Jews to the Holy Land a precondition for the Second Coming of Christ. The belief that Israel is essential to the process has led to the fusion of Christianity with Zionism, hence the name of the movement.

 

The political significance of this viewpoint is enormous, meaning that a large block of Christians promotes a non-reality based foreign policy based on a controversial interpretation of the Bible that it embraces with considerable passion. Christian Zionism by definition consists of Christians (normally Protestant evangelicals) who believe that once the conditions are met for the second coming of Jesus Christ all true believers will be raptured up into heaven, though details of the sequence of events and timing are disputed. Many Christian Zionists believe that the Second Coming will happen soon, within one generation of the return of the Jews to the Holy Land, so they support the government and people of Israel completely and unconditionally in all that they do, to include fulfilling the prophecy through encouraging the expansion by force into all of historic Judea, which would include what remains of the Palestinian West Bank.

One other aspect of Christian Zionism is the belief by some that the end times, as they refer to it, will be preceded by world government (conveniently seen as the United Nations) and years of war and turmoil with a final enormous battle pitting the forces of good against the forces of evil in which all the evildoers will be destroyed and the righteous will be triumphant. The battle is supposed to take place at Armageddon, an undisclosed location in the Middle East that some believe is derived from the name of the ancient Hittite capital Megiddo.

That Christian Zionists believe the return of Christ is imminent and that there will be major wars and a final battle in the Middle East preceding it would appear to be irrelevant to most of us, but it has in this case real world consequences because of their involvement in American politics and most particularly in some aspects of US foreign policy. Evangelical Christians began to mobilize and became a potent political force in the late 1970s and 1980s in reaction to moves by the Jimmy Carter White House to challenge the tax status of independent Christian schools.

Many of the issues Christian Zionists initially supported were sectarian, reflected in their antipathy towards Catholicism which they describe as the “whore of Babylon” and their belief that the Pope is the Antichrist, or social, such as being anti-abortion and hostile to homosexual rights, but there was also from the start an abhorrence of “Godless Communism” and an identification with Israel. It was widely held that Israel should be protected above and beyond the normal American foreign policy interests in the Middle East region. Through the creation of organizations like the two million strong Christians United for Israel (CUFI), headed by Pastor John Hagee, this focus on Israel has obtained a mechanism for uniting evangelicals and providing them with the means and direction to lobby congress to continue high levels of aid for Israel and also to resist any attempts to challenge support for Israeli policies. This mechanism was most recently observed in action on January 28th when 200 CUFI leaders were flown to Washington all expenses paid by an “anonymous donor” to lobby their Senators against the confirmation of Chuck Hagel as Secretary of Defense, Hagel having been criticized as being less than completely supportive of Israel and hesitant to go to war with Iran on Israel’s behalf.

Though it is an organization that defines itself as Christian, CUFI supports war against Iran as a precursor to total global conflict. Hagee explains “The United States must join Israel in a pre-emptive military strike against Iran to fulfill God’s plan for both Israel and the West… a biblically prophesied end-time confrontation with Iran, which will lead to the Rapture, Tribulation, and Second Coming of Christ.”

Most evangelicals, even if they do not share all of the detailed CUFI agenda, favor Israel and have made Israel’s enemies their own. This focus on Israel coming from possibly as many as 60 million evangelicals is seen most powerfully in the Republican Party, which caters to their views, but it also has a certain appeal among Democrats. It is concentrated in a number of southern and border states, the Bible belt, which has meant that few congressmen from those states feel it to be in their interests to question what Israel does. In fact, they find it in their interests to do the contrary and frequently express loud and long their love for Israel, which may or may not be genuine. Some congressmen, including former Speaker of the House Dick Armey of Texas, embrace the full Armageddonist agenda, leading one to wonder why anyone would vote for a politician who fervently desires to bring about the end of the world.

This powerful block of pro-Israel sentiment provides a free pass to the illegal Israeli settlements and also to Tel Aviv’s brutal foreign policy vis-à-vis its neighbors, which has damaged other American interests in the region. It also means that any consideration of Arabs as aggrieved parties in the Middle Eastern fandango is seldom expressed, even though many of the Arabs being victimized by the Israel-centric policies are in fact Christian.

John Hagee has stated falsely that the Quran calls on all Muslims to kills Christians and Jews. The persistent identification of Muslims as enemies of Israel and also as supporters of terrorism by evangelicals in general and Christian Zionists in particular has led to a quite natural growth in Islamophobia in the United States. This prejudice arises from the perception that Islam is integral to the problems with the Arab world, leading to an unfortunate surge in those Americans, including congressmen like Peter King and Michelle Bachmann, who believe that Islam is an evil religion and that Muslims should be monitored by the authorities and even denied some basic civil rights or deported because they cannot be trusted. Because the Armageddonists believe that there will be a final confrontation with the forces of evil it has been necessary to identify the enemy and that enemy is, all too often, characterized as Muslims. Hagee has construed this conflict against the Muslim world as ongoing resistance to satanic proxies opposing the end time.

Neoconservatives, who most often might best be described as non-religious, were quick to identify the advantages derived from linking their cause with the evangelicals and established strong ties during the Reagan administration. Israel also recognized the benefits to be derived from a close and continuing relationship with the Christian Zionists even though Israel’s leaders almost certainly hold their noses while doing so, finding the return of Christ eschatology invidious as all Jews but those who convert will also die and go to hell when the world ends. When groups like CUFI organize their mass pilgrimages to visit Israel they spend all their time in Israel, often refusing to visit major Christian holy sites in Arab areas and never meeting with Palestinian Christians, whom they do not recognize as coreligionists. When the Christian Zionists gather in Jerusalem, they are often feted by Israeli leaders, including Prime Minister Benjamin Netanyahu, who frequently speak to them.

Some evangelical leaders to include John Hagee have also benefited from the relationship directly in other ways. The Israeli government has presented Hagee with a Lear executive jet, complete with crew, to make his evangelizing more comfortable. It has, of course, been suggested that American aid and tax free charitable contributions to Israel are thus recycled to support those groups that inevitably are willing to provide still more aid until the well in Washington finally runs dry.

So the bottom line is that the Christian Zionist involvement in American politics on behalf of the Washington’s relationship with Israel does not serve any conceivable U.S. national interests unless one assumes that Israel and the United States are essentially the same polity, which is unsustainable. On the contrary, the Christian Zionist politicizing has been a major element in supporting the generally obtuse U.S. foreign policy in the Middle East region and vis-à-vis other Muslim countries, a policy that has contributed to at least four wars while making the world a more dangerous place for all Americans. Christian Zionist promoted foreign policy serves a particularly narrowly construed parochial interest that, ironically, is intended to do whatever it takes to bring about the end of the world, possibly a victory for gentlemen like Pastor John Hagee if his interpretation of the bible is correct, but undeniably a disaster for the rest of us.

samedi, 01 décembre 2012

Wenn Opfer zu Tätern werden

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Wenn Opfer zu Tätern werden

Seit meiner Jugend bin ich nicht nur meinem Volk auf das engste verbunden, sondern habe mich nachweislich immer wieder für unterdrückte und  ihrer Freiheit beraubte Völker eingesetzt. Es ist mir deshalb in Zeiten der Desinformation und des Hochverrats, vor allem auch angesichts des Leids eines Volkes, ein Anliegen, den israelisch-palästinensischen Konflikt betreffend, einiges klarzustellen, aber auch verständlicher zu machen.

So wird im Zusammenhang mit den letzten israelischen „Vergeltungsangriffen“ nicht nur von zionistischer Seite stets der Standardsatz, „Israel habe ein Recht auf Selbstverteidigung“ propagiert. Dem wäre nicht zu widersprechen, ginge es nur um eine angemessene Verteidigung der Grenzen von 1967.  Aber der jüdische Staat beansprucht weiteres besetztes, also geraubtes Land, auf dem aber allein den Palästinensern das Recht zur Selbstverteidigung zustünde und auch zusteht.

Die palästinensische Bevölkerung im Gaza-Streifen, auf engstem Raum wie in einem KZ zusammengepfercht, leidet seit Jahren unter widrigsten Lebensbedingungen. Es fehlt, dank israelischer Blockade,  immer wieder an Strom, Trinkwasser, Medikamenten, Brennstoff und Lebensmitteln.                                                                                                        

Daß Israel seit Jahren den Friedensprozess im Nahen Osten blockiert, wird von den Freunden Israels derart abgetan, in dem man die Palästinenser zu den einzigen Schuldigen erklärt.

Im Gaza-Krieg 2008 starben durch israelische Angriffe mehr als ein Tausend Palästinenser, darunter 400 hundert palästinensische Frauen und Kinder gewesen sein sollen. Auch in dem letzten Konflikt war wieder die Zivilbevölkerung, darunter Säuglinge (auch diese Terroristen?), die Hauptleidtragende. 161 Palästinenser wurden getötet, mehr als 800 verwundet. Große Teile der Infrastruktur, darunter ein Krankenhaus und ein Kindergarten, wurde zerstört.                                                                                                                                                             Von ausgewogener „Vergeltung“ kann keine Rede sein, denn die durch palästinensische Angriffe zu Tode gekommen Israelis kann man wahrscheinlich an einer oder  beiden Händen abzählen, und der materielle Schaden auf israelischem und auf dem von israelischen Siedlern besetzten Gebiet ist im Vergleich zu dem in Gaza angerichteten eher unbedeutend. Auch das weiß alle Welt.

Was uns die Medien und die meisten Politiker aber verschweigen, ist die Vorgeschichte des israelischen Angriffs. Zuvor hatte nämlich Ägypten bereits einen Waffenstillstand zwischen Hamas und Israel ausgehandelt gehabt. Doch 48 Stunden danach schaltete Israels Armee durch einen gezielten Schlag den militärischen Strategen der Hamas, Ahmed al-Jabaari, aus.                                                                                                                                                       Nebenbei bemerkt, jenen Mann, der die Freilassung eines israelischen Soldaten bewirkt hatte  und für eine lang anhaltende Waffenruhe eingetreten ist. Israelischen  Regierungsvertretern zufolge ein „schlauer taktischer Schachzug“, denn damit habe man die  Hamas provoziert. Und so nahmen die Dinge ihren Lauf.

Nun mag man mehrere Gründe und noch mehr Argumente zur Rechtfertigung der verbrecherischen Politik der  israelischen Führung vorbringen, aber eines sollte dabei, auch wenn es nicht als Entschuldigung dienen kann, vielleicht nicht ganz außer acht gelassen werden: die psychologische Seite.

Der jüdisch-britische Labour-Abgeordnete Gerald Kaufmann, der sogar ein Waffenembargo gegen Israel forderte, meint, die Israelis würde an dem Opfer-Syndrom leiden und seien zu „Victimizers, das heißt, zu Strafenden geworden, und die Palästinenser seien eben (Anm.: statt der Deutschen) ihre Ersatz-Opfer .                                                  

„Meine Großmutter (Anm.:wohl in Anspielung an den Holocaust) will nicht als Schutzschild dazu mißbraucht werden, um palästinensische Großmütter in Gaza zu töten, meinte Kaufmann.

In dieselbe Kerbe schlägt auch der in London im „Exil“ lebende Israeli Gilad Atzmon, Israel-Kritiker und Jazz-Musiker, wenn er im Falle der  überzogenen israelischen Reaktionen gegenüber den Palästinensern von einer „psychologischen Kompensation“ spricht.                                                                                                                                              

Atzmon meint damit, auch in gewisser Andeutung, „wenn die wahren Täter schon lange tot und vergessen sind, mag dafür als leicht zu besiegender oder zu schlagender Ersatz eine andere Gruppe oder anderes Volk herhalten“.                                                                                                                                                            William Manson, auf Psychologie und Psychiatrie spezialisierter Autor, will ähnliche Beweggründe auch bei der ehemaligen sich erst spät als Jüdin „geouteten“  Ex-US-Außenministerin Albright ausgemacht haben. Dies allerdings im Zusammenhang mit dem Irak-Krieg und dem Jugoslawien-Konflikt.                                                                                  

In dem einen Fall soll sie erklärt haben, die durch die US-Sanktionen getöteten irakischen Kinder (Anm.: eine halbe Million!) seien die Sache „wert“ gewesen, in dem anderen trat sie für  eine unbarmherzige Bombardierung Serbiens ein.

Offensichtlich scheint bei manchen Völkern das Bedürfnis nach  Rache sogar Generationen danach präsent zu sein, zumindest solange bis man dieses an einem passenden Ersatz gestillt hat. Ob nicht nur im aktuellen Falle auch endgültig, wird der weitere Verlauf  der Geschichte zeigen.

Bleibt vorerst die Ungewißheit, ob die Israelis bzw. deren menschenverachtende Politik aktiv unterstützende Juden anderswo  einmal sich so einsichtig zeigen werden wie die ehemalige Präsidentin der Bosnischen Serbischen Republik, Biljana Plavsic, es vor dem Haager Tribunal sein wollte. Sie meinte: „In unserer Zwangsneurose, nie wieder Opfer werden zu wollen, wurden wir selbst zu Tätern“. Die zu bewundern, wie mancherorts geschieht, jeden Menschenfreund oder freiheitsliebenden Politiker ein Greuel sein sollte.

jeudi, 02 février 2012

Ilan Pappé, historien postsioniste: juge et vengeur

Markus BRANDSTETTER
Ilan Pappé, historien postsioniste: juge et vengeur

Ilan Pappe.jpgLe philosophe juif-allemand Theodor Lessing publiait en 1930 son fameux ouvrage “Der jüdische Selbsthass” (= “La haine de soi chez les Juifs”). Dans ce livre, il nommait le critique Karl Kraus et le désignait comme “l’exemple le plus patent de la haine de soi chez les Juifs” et aussi comme “le vengeur et le juge de notre temps”, dont il “comprenait profondément et sanctionnait” “la voie vers le combat”.

Ce sont là des mots qui attestent d’une admiration certaine, quoique pleine d’amertume, et d’une reconnaissance qui relève du défi: aujourd’hui, mutatis mutandis, ces mêmes paroles peuvent être dites de l’historien et publiciste Ilan Pappé. En effet, peu d’autres intellectuels israéliens provoquent autant la controverse que le fait Pappé. Les uns tiennent cet auteur du livre, aujourd’hui disponible en allemand, “Der Kampf um die akademische Freiheit in Israel” (= “Le combat pour la liberté académique en Israël”), pour un humaniste et un adepte de l’idéal des Lumières qui dévoile au grand jour la vérité, celle qui constate qu’Israël, en dépit de ses dissimulations et de ses maquillages, a bel et bien expulsé les Palestiniens par la violence en 1948-49. Pour d’autres, il est un vilain oiseau qui souille son propre nid, un prédicateur de marché et un idéologue qui n’hésite jamais à détourner la vérité si cela lui permet de jeter le discrédit sur Israël.

Le grand thème des recherches de Pappé est l’expulsion de près de 800.000 Palestiniens en 1948. Cette catastrophe, il la considère comme une “épuration ethnique” dans son ouvrage “The Ethnic Cleansing of Palestine” (= “L’épuration ethnique en Palestine”), qui était paru en 2006 et avait aussitôt soulevé et l’admiration et la polémique. En toute conscience, Pappé classe cette “épuration ethnique” de la Palestine dans le voisinage direct de la pratique génocidaire et du crime contre l’humanité. La polémique survient surtout parce que Pappé ne se borne pas à émettre une hypothèse de départ, qu’il confronte ensuite aux faits historiques; non, notre homme pose sa vérité dès le départ: les hommes politiques et les commandants militaires d’Israël, de même que les simples soldats et policiers, ont tous été, sans exception, des assassins et des criminels. Dans les travaux de Pappé tout ce qui est israélien est mauvais et méchant, tout ce qui est palestinien est inoffensif et bon.

Pappé n’a pas toujours eu une position aussi tranchée. Après ses études à Jérusalem et son doctorat à Oxford, cet intellectuel, né en 1954 à Haïfa, s’est fait un nom au sein du groupe dit des “nouveaux historiens”, aréopage regroupant des historiens israéliens qui, avec virulence, mettaient en doute les “mythes créateurs” de leur Etat. Tandis que les cinq autres membres du groupe finissaient tous par considérer que la fondation de l’Etat d’Israël participait d’un acte d’auto-affirmation du peuple juif au Proche Orient, dans un environnement hostile (justifiant plus ou moins l’expulsion par la violence des Arabes), Pappé a été le seul à attribuer à l’Etat hébreu en gestation des intentions malignes et cela, dès le départ.

Il a défendu ses positions de manière offensive et, de plus, veut les traduire dans l’orbe de la politique concrète. C’est la raison qui l’a poussé, en 1999, à se porter candidat aux élections de la Knesset sur les listes du Khadach socialiste. Il n’a pas été élu. Simultanément, il en appelait au boycott d’Israël, ce qui lui a coûté son capital de sympathie puis, en bout de course, ses chaires académiques. Mais ces persécutions ne sont pas venues à bout de l’entêtement de Pappé: il dirige aujourd’hui le “Centre Européen pour les Etudes Palestiniennes” à l’Université d’Exeter en Angleterre.

Markus BRANDSTETTER.
(article paru dans “Junge Freiheit”, Berlin, n°5/2012; http://www.jungefreiheit.de ).

vendredi, 19 août 2011

Guillaume Faye and the Jews

Guillaume Faye & the Jews

By Michael O'Meara 

Ex: http://www.counter-currents.com/

Faye.jpgFew postwar thinkers in my view have played a greater role in ideologically resisting the forces assaulting Europe’s incomparable bioculture than Guillaume Faye. This was publicly evident at the international conference on “The White World’s Future” held in Moscow in June 2006, which he helped organize. It’s even more evident in the six books he’s written in the last seven years and in the innumerable articles, interviews, and conferences in which he’s alerted Europeans to the great challenges threatening their survival.

In this spirit he has developed an “archeofuturist” philosophy that takes its inspiration from the most primordial and Faustian urgings of our people’s spirit; he has incessantly warned of the threat posed by the Third World, specially Islamic, invasion of the former white homelands; he has promoted European collaboration with Russia and made the case for a white imperium stretching from Dublin to Vladivoskov; he privileges biopolitics over cultural or party politics; he’s developed a theory of the interregnum that explains why the existing system of subversion will soon collapse; and he’s successfully promoted anti-liberal ideas and values in a language and style that transcends the often ghettoized discourse of our movement. But despite his incomparable contribution to the forces of white resistance, he has always remained suspiciously silent on certain key issues, particularly regarding the Jews, the so-called Holocaust, and the interwar heritage of revolutionary nationalism — even though he is routinely referred to in the MSM as a fascist, a racist, and a negationist. On those few occasions he has spoken of Israel or the Jews, it has been to say that their cause is not ours and that we need to focus on the dangers bearing down on us. To this degree, his silence was tolerable. Recently, however, he’s broken this silence and taken a stance likely to alienate many of his supporters.

The occasion was an interview granted to the Zionist France-Echos — now posted at subversive.com. When asked in the interview about anti-Semitism in the “identitarian” movement he leads, Faye responded in explicitly philosemitic terms:

Anti-Judaism (a term preferable to anti-Semitism) has melted away like snow in the sun. There are, of course, pockets of resistance . . . . But this tendency is more and more isolated . . . because of the massive problem posed by Islamizaton and Third World immigration. In these circumstance, anti-Judaism has been forgotten, for the Jew no longer appears as a menace. In the milieux I frequent, I never read or hear of anti Jewish invectives. . . . [A]nti-Judaism is a political position that is obsolete, unhelpful, out of date, even when camouflaged as anti-Zionism. This is no longer the era of the Dreyfus Affair. Anti-Jews, moreover, are caught in an inescapable contradiction: they despise Jews, but claim they dominate the world, as if they were a superior race. This makes anti-Judaism a form of political schizophrenia, a sort of inverted philosemitism, an expression of resentment. One can’t, after all, detest what one aspires to . . . . My position is that of Nietzsche: To run down the Jews serves no purpose, it’s politically stupid and unproductive.

Besides ignoring the fact that Jewish influence has never been more dominant and more destructive of white existence, three questions are raised in this quote:

(1) Is it that the problems posed by immigration and Islam have trivialized those once associated with the Jews?

(2) Or is it that Islam and immigration reveal that the Jews are not (and never were) a problem, that the anti-Judaism of the Dreyfus era, like other historical expressions of anti-Judaism, was simply a product of a culture whose traditionalism or resentment “stupidly” demonized the Jew as the Other?

(3) Or is it that one can’t have two enemies at the same time, that the threat posed by Islamic immigration is greater than whatever threat the Jews might pose, making it strategically necessary to focus on the principal enemy and to relegate the other to a lesser degree of significance?

Faye tends to conflate these questions, leaving unsaid what needs to be said explicitly. He assumes, moreover, that the Islamic or Third World threat (both in the form of the present invasion and internationally) is somehow unrelated to the Jews. He acknowledges, of course, that certain Jews have been instrumental in promoting multiracialism and immigration. But the supposition here is that this is just a tendency on the part of certain Jews and that to think otherwise is to commit the error of seeing them in the way that “old-fashioned” anti-Semites once did. At first glance, his argument seems to be that of Jared Taylor and American Renaissance, being a tactical decision to take the path of least resistance (which many of us don’t support but nevertheless can live with). Faye, though, goes beyond Taylor, making claims about the Jews that will inevitably compromise our movement.

The anti-Islamism and philosemitism that Faye here combines reflect a deep ideological divide in French nationalist ranks. This divide is symptomatic of a larger schism that is rarely discussed by white nationalists, but has had worldwide ramification for our movement. Since 1945, when the anti-white forces of triumphant American liberalism and Russian Communism, in alliance with Zionism, achieved world hegemony, the hounded and tattered ranks of the nationalist right, in Europe and America, split into a number of divergent, if not contradictory tendencies. With the advent of the Cold War and the formation of the Israeli state, these tendencies tended to polarize around two camps. One tendency, including certain ex-Nazis, allied with postwar anti-Communism, viewing the Russian threat as the greater danger to Western Civilization. Given Israel’s strategic place in the Cold War alignment, these anti-Communists treated organized Zionism as an ally and downplayed the “anti-Semitism” that had traditionally been part of their anti-liberal nationalism. This tendency was opposed by another, which also included former Nazis, but it saw Russian Communism in terms of Stalin’s alleged anti-Semitism and nationalism. This led it to assume an anti-American, anti-Zionist, and pro-Third World position.

The legacy of this polarization continues to affect white nationalist ranks, even though elements of it have been jumbled and rearranged in recent years. As ideal types, however, neither tendency is completely supportable nor insupportable. White nationalism, I suspect, will succeed as a movement only in synthesizing the positive, pro-white elements in each tendency. For a long time, I thought Faye represented this synthesis, for he was both pro-Russian without being hysterically anti-American, anti-Third World without supporting the globalist super-structure dominating the “West.” More impressive still, his orientation was to a revolutionary, racially conscious, and archeofuturist concept of the European race that refused any accommodation to the existing regime.

Recently, however, his anti-Islamism seems to have morphed into a Zionism that cannot but trouble our movement. In the France-Echos interview he says in reference to his nationalist critics that it is nonsensical to call him a Zionist since he is not a Jew. But in the same breath he adds:

How could I be anti-Zionist . . . . Unlike Islamism, Communism, Leftism, human rights, and masochistic, post-conciliar Christianity, Zionism neither opposes nor restrains in any significant way the ideals I defend, that is, the preservation of [Europe's biocultural] identity. How would the disappearance of Israel serve my cause? For a European identitarian to think that the Hebrew state is an enemy is geopolitically stupid.

He goes on to argue that those who are viscerally anti-American and anti-Zionist are implicitly pro-Islam, pro-Arab, and immigrationist, allies in effect of the Left’s Third-Worldism. Pointing to Alain de Benoist’s GRECE, Christian Bouchet’s revolutionary nationalist movement, and those “Traditionalist” European converts to Islam, all of whom are fascinated by Iran’s new leadership and by Hezbollah, he claims, with some justice, that these anti-Zionists are in the process of abandoning their commitment to Europe.

Faye’s contention that Islam (the civilization) is a mortal threat to Europe is solidly grounded. While one might appreciate Amadinehjad’s critique of Zionist propaganda, especially as it takes the form of the Holocaust, or Nasrallah’s humbling of the IDF, to go from there to supporting Iran’s Islamic Republic or Islamic insurgents in general (think of the Paris Ramadan riots of November 2005) is, for white nationalists, a betrayal of another sort. Faye here acts as an important bulwark against those in our ranks who would leave it to others to fight our battles — others, if history is any guide, who won’t
hesitate to subjugate us once the opportunity arises.

Where Faye crosses the line in my view is in arguing that Jews ought to be considered part of European civilization, that the defense and reinforcement of the Israeli state is a vital imperative for Europe, and that Israel is the vanguard in the struggle against “our common enemy.” The collapse of Israel, he claims, would “open the door to the total conquest of Europe.” He concludes by declaring that he is no Judeophile. “I consider the Jews allies, as part of European civilization, with a very particular and original status as a people apart.” He rejects anti-Judaism “not because it is immoral, but because it is unuseful, divisive, infantile, politically inconsistent, out dated.” For ostensively strategic reasons, then, he rejects anti-Judaism.

It is not my intention here to critique Faye’s new-found Zionism (which I find insupportable) — that would require a format different from this report. It is also not my intention to put his other ideas in doubt, for I continue to believe that he has made an incomparable intellectual contribution to the cause of white resistance. I do, however, question how Faye can consider a non-European people like the Jews to be part of our biocivilization; how he can ignore the destructive role they have played in European and especially American history; how he can dismiss their role in fostering the anti-white forces of multiculturalism, globalism, and the existing regime; and how he can think that Israel is not a geopolitical liability to Europe and Russia?

Finally, I can’t help but recall an earlier occasion when Faye argued that our survival as a people depends on “ourselves alone” — and not on appeals to those whose interests are inevitably served at our expense.

From VNN, July 31, 2006


Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

URL to article: http://www.counter-currents.com/2011/08/guillaume-faye-the-jews/

mardi, 08 février 2011

Michel Drac: entretien avec E&R-Bretagne

Michel Drac, entretien avec E&R Bretagne

 Ex: http://www.scriptoblog.com/

Les ouvrages du Retour Aux Sources font la part belle aux méthodes d’organisation et d'action  pensées par la gauche radicale (TAZ d’Hakim Bey, théorie des multitudes de Négri, éco-villages, …).

drac3.gifCroyez-vous la droite anti-libérale incapable de produire des idées pertinentes et des outils opérationnels adaptés à notre époque en crise ?

La droite anti-libérale a de toute évidence un problème pour se penser en rupture avec le Système. Ceci peut paraître curieux, dans la mesure où elle est objectivement plus étrangère au Système que n’importe quelle autre tendance politique. Mais au fond, c’est logique : pour se penser en rupture avec le Système, il faudrait que la droite anti-libérale conceptualise une rupture au sein du concept général de « droite », car une partie de la « droite » est dans le Système. Or, la droite anti-libérale, prisonnière de l’illusion d’un continuum de la « droite », ne parvient pas à penser cette rupture.

Ici, il faut bien dire que les logiques de classe ont tendance à prendre le pas sur les logiques purement politiques : il y a toujours un moment où le bon bourgeois anti-libéral est renvoyé à ses contradictions : comment être un bourgeois anti-libéral, aujourd’hui ?

Bref, je ne crois pas que la droite anti-libérale soit incapable de produire des idées pertinentes. Je constate en revanche qu’elle a du mal à les concrétiser, et même à les amener au stade du programme, du plan d’action. La droite anti-libérale est une sensibilité qui ne peut pas s’organiser.

 

Penser restaurer le système, l'aider à s'auto-corriger ou lutter pour le réformer (comme le font les réactionnaires, par exemple) n'aura pour résultat que de retarder la fin du Cycle et le début du suivant, selon vous. Quel peut donc être le rôle à jouer et la voie à suivre par des hommes différenciés en cette fin de Kali-Yuga? Cultiver une conscience politique propre à la formation d'une élite capable d'encadrer une (hypothétique et future) révolte des masses? Montrer l'exemple en se plaçant en dehors du jeu (retraite physique, élévation individuelle)? Ou combiner les deux?

L’économie occidentale contemporaine n’est pas réformable. C’est une énorme machine hypersophistiquée, une bonne partie des pièces s’est mise à fonctionner sans souci de l’ensemble, on a perdu le cahier de maintenance, et pour tout arranger, le pilote de machine est sourd, fou et ivre mort. La seule chose à faire, c’est d’attendre que le moteur explose, en se protégeant autant que possible contre les projections ! La priorité pour des hommes différenciés, comme vous dites, c’est de se préparer à se sauver eux-mêmes, alors que nous allons vers une période très, très dure.

Au demeurant, je pense que ce travail, s’il est conduit à termes, portera des fruits au-delà de son objectif immédiat. Au fond, si nous nous organisons pour nous en tirer le mieux possible, nous produisons simultanément et spontanément un modèle que d’autres voudront imiter. Paradoxalement, penser un égoïsme collectif, dans le contexte actuel, c’est aussi une manière d’aider tous ceux qui ne peuvent plus penser que l’égoïsme individuel. Plus que la noblesse des intentions, il faut juger l’efficacité concrète, et sous cet angle, la démarche consistant à structurer une contre-société me paraît aujourd’hui la plus porteuse.

Le narrateur de Vendetta explique ses actes (des assassinats, ndlr) à mots (ironiquement) choisis : ceux du champs-lexical managérial (« expérience passionnante et vie pleine de sens », etc.).

Penser les médiations nécessaires à une révolution, avec les concepts du système, résonne comme un aveu d'incapacité à produire du sens à l’extérieur de la matrice. Sens que le dernier opus du Retour au Sources (G5G – La Guerre de Cinquième génération) se propose, lui, de recréer. Pouvez-vous nous en dire plus?

Vous avez très bien saisi l’esprit des deux livres. Vendetta est une description de ce que l’on peut redouter, si la démarche proposé dans G5G est empêchée.

Il ne faut pas perdre de vue que les révoltés structurent toujours leur révolte avec, à la base, les concepts, les catégories du système qu’ils combattent. C’est pourquoi le parti communiste soviétique avait repris une partie des « techniques de gouvernement » propres à l’Eglise orthodoxe. C’est pourquoi le cérémonial napoléonien avait récupéré une partie des us et coutumes de la société de cour à la française. Etc.

Vendetta a été écrit pour expliquer, en gros : le Hitler, le Staline, le Mao de demain sont dans les tuyaux, et c’est la « démocratie libérale » contemporaine qui est en train de les incuber. Elle les incube d’une part parce que son dérèglement finit par rendre la vie impossible aux gens, ce qui va les pousser à la révolte ; et d’autre part parce qu’elle leur apporte sur un plateau les ingrédients de la violence révolutionnaire future : primat de la jouissance, de l’instantanéité, réduction de l’expérience humaine à l’individualité, compensée par un fonctionnement en réseau fluide.

On commence d’ailleurs à voir poindre cette nouvelle violence politique. Cette semaine (NB : début janvier 2011), nous avons eu une tuerie aux USA, avec un type qui a ouvert le feu en aveugle, lors d’un rassemblement politique. C’est là une pulsion de destruction (et d’autodestruction) qui ne s’organise pas, ou alors seulement de manière informelle, en réseau, et qui ne poursuit aucun autre objectif que la satisfaction de ceux qui s’y livrent. C’est ce vers quoi nous allons : la dictature par l’anarchie, l’extrême violence incontrôlable servant de prétexte à l’encadrement paranoïaque, partout, tout le temps.

G5G, à l’inverse, consiste à dire : dépêchons-nous d’offrir une issue, une voie vers le dehors de ce Système devenu fou, et qui nous rend fous. G5G, c’est le seul antidote à Vendetta, si vous voulez.

Dans De la souveraineté, vous expliquez que le mondialisme néolibéral se caractérise par l'absence d'idéologie originelle, combinée à une pathologie narcissique et au profit comme finalité - ce tout menant, selon vous, à la dictature du matérialisme bourgeois (fortification de l'élite du capital et asservissement de la masse).

Vous y opposez une posture européenne et traditionnelle : celle de la soumission du corps à la force, et de la force à l'esprit. Cette posture est-elle consubstantielle, comme mentionné par ailleurs, d’un certain élitisme et d’une purification éthique (mais pas ethnique) inévitable?

Dans De la souveraineté, j’ai essayé de faire comprendre rapidement quelque chose à mes lecteurs, tout en sachant que c’est quelque chose qu’on ne peut faire comprendre rapidement qu’au prix d’un certain simplisme. Ce quelque chose, c’est : le Système dans lequel nous vivons est une idéologie, à l’intérieur de laquelle nous habitons, et si nous avons l’impression qu’il n’y a pas d’idéologie, c’est parce que nous sommes dedans. L’absence d’idéologie originelle perçue par nous à la racine du Système provient uniquement du fait que nous confondons notre habitation au monde avec le rapport spontané, naturel, immédiat, de l’homme au monde. C’est la différence entre notre totalitarisme et les défunts modèles soviétiques et nazis : chez Goebbels, chez Souslov, tout le monde savait qu’il existait une idéologie ; c’était visible, revendiqué, même. Chez nous, cela reste caché. A aucun moment, le capitalisme et le consumérisme contemporain ne se donnent explicitement pour des constructions idéologiques. Le néolibéralisme lui-même se vit comme une simple description du réel. Quand un économiste néolibéral confond profit comptable et richesse, il ne sait pas qu’il opère un choix idéologique ; dans son esprit, c’est pareil, forcément pareil.

Ce qui permet, à mon avis, de prendre conscience du caractère idéologique du mondialisme néolibéral, c’est le rappel tranché, brutal, des alternatives possibles. On ne se sait enfermé dans l’idéologie que quand on en voit le dehors. C’est pourquoi j’ai rappelé qu’il avait existé, et qu’il existait encore, des mondes où l’impératif consumériste en contrepoint de l’impératif productiviste aurait été à peu près complètement dénué de sens – des mondes où le corps était là pour construire la force, et la force nécessaire pour préserver l’esprit. Des mondes, en somme, où l’être se réalise en réalisant sa nature, et non en violant la nature autour de lui. Ce rappel permet de faire comprendre en quoi le mondialisme néolibéral est idéologique : quand on voit le dehors, on comprend qu’on est à l’intérieur de quelque chose, d’une construction, qui n’est pas tout le monde, seulement un certain rapport au monde.

Quant à la question de l’élitisme, à la nécessité d’une forme de purification, il ne faut pas en faire un impératif figé, une sorte d’affirmation par hypothèse, que je donnerais là, au nom de je ne sais quelle autorité imaginaire. Il s’agit surtout dans mon esprit de rendre pensable une alternative, donc de rendre possible l’énonciation du négatif. Que ce négatif soit énoncé à partir d’une alternative élitiste ou non-élitiste, en fait, peu m’importe : à mes yeux, l’essentiel, c’est qu’il soit à nouveau énoncé. C’est la dynamique collective qui doit définir l’alternative au nom de laquelle le négatif est énoncé.

Sous diverses formes (action violente, retraite armée), l’engagement physique tient une place de choix dans les ouvrages du Retour Aux Sources.

Si le Grand Jihad (lutte intérieure contre ses mauvais penchants) doit précéder le Petit Jihad (lutte physique), pourquoi choisir de mettre plus en lumière l’action de révolte – au détriment du cheminement intérieur et individuel qui y mène ?

Vous trouvez que l’engagement physique tient une place de choix ? Pour l’instant, ce n’est que du papier… Plus tard, on verra de quoi il retourne, quand on passera à la pratique.

On sait, grâce à Norbert Elias notamment, que l’interdiction de la violence conduit à un auto-contrôle qui s’étend inexorablement à tous les domaines de la moralité (autocensure,…).

Rejoignez-vous cette idée que, pour redevenir humain, il faut d’abord redevenir barbare ?

Je pourrais vous répondre que les barbares sont généralement contraints à un très fort autocontrôle, puisque leur barbarie peut à tout moment se manifester entre eux. En ce sens, on pourrait tout aussi bien retourner le propos, et dire que pour nous libérer de l’obligation de l’auto-contrôle, il faut au contraire nous re-civiliser.

C’est la Loi qui libère. L’auto-contrôle, l’auto-censure contemporains trouvent leur source dans la disparition de la Loi. On ne sait plus ce qu’on a le droit de dire, de prôner. On ne sait plus où est l’orthodoxie. La Loi existe peut-être, mais elle est fixée si haute, si loin, qu’on ne peut plus la lire, tout au plus la deviner.

Ce que nous devons faire, c’est nous organiser entre nous pour définir une Cité à nous, distincte de la fausse cité définie par le Système. Et dans notre Cité à nous, nous fixerons notre Loi à nous. Et tout le monde pourra la lire, et tout le monde saura ce qu’on peut dire ou ne pas dire, et pourquoi. Alors nous serons libres. Il ne s’agit donc pas d’être barbares : il s’agit d’avoir une ville à nous, pour être civilisés entre nous.

Dans vos livres, l’individualité des personnages et leur temporalité (vie et mort) ne sont que des moyens au service d'une tâche (combat) sans cesse à recommencer. L'assurance de ne pas voir "le jour de la victoire" peut décourager certains de passer à l'action ("A quoi bon?") – mais  constitue aussi pour d'autres l'essence de leur engagement (dépassement de la peur de la mort). Comment peut-on (ou pourquoi doit-on) lutter, en ces temps de chaos, dans la joie et l'espérance?

Je n’ai écrit aucun roman, je suppose donc que le « vos » de « vos livres » fait référence ici aux romans publiés par le Retour aux Sources. Ou alors, il s’agit d’Eurocalypse, auquel j’ai participé ?

Bref. En tout cas, à titre personnel, je crois qu’un homme ne peut échapper à l’Absurde qu’en préparant sa mort. C’est sans doute en quoi je suis radicalement étranger à mon époque, d’ailleurs. Je n’arrive pas à comprendre à quoi rime l’existence qu’on nous propose, et qui pourrait se résumer ainsi : vous allez consommer le plus possible pour penser le moins possible à la mort, et quand vous mourrez, ce sera discrètement, dans une chambre d’hôpital, avec des soins palliatifs pour que vous ne fassiez pas de bruit et une euthanasie pour économiser les frais médicaux. Où est l’intérêt ?

drac4.gifJe trouve qu’une vie intéressante est une vie où l’on se bat, où l’on souffre, où l’on affronte l’adversité, et surtout, où l’on s’affronte soi-même. Je trouve qu’une vie intéressante est une vie difficile. C’est ce qui me donne de la joie, en tout cas, et peut-être de l’espérance ; je me dis que quand je partirai, couché sur un lit à regarder le plafond en sentant le froid qui remonte de mes pieds vers mon cœur, je pourrai dire au patron, dont je suppose qu’il m’attend de l’autre côté : j’ai joué ma partition, maintenant, tu décides pour la suite. Je trouve que ce qui rend la vie intéressante, c’est de se battre pour en arriver là : savoir qu’on a lutté.

Donc, en somme, pour répondre à votre question : c’est la lutte qui donne joie et espérance. Il ne s’agit donc pas de trouver joie et espérance pour lutter, mais de lutter pour trouver joie et espérance. Enfin, c’est comme ça que je vois les choses.

On trouve dans Vendetta cette sentence très juste : « On peut tout vouloir (…) à condition de vouloir les conséquences de ce qu’on veut ».

Dans un contexte de tensions réelles, et de surenchère générale – consciente ou ignorée - peut-on réellement vouloir précipiter le chaos?

Le narrateur de Vendetta est un homme absolument désespéré. Et c’est terrifiant : imaginez un monde où on aurait fabriqué des millions de fils uniques narcissiques, shootés à la consommation, plongés dans une absurdité radicale, et du jour au lendemain, réduits à la pauvreté, à l’impossibilité de se délivrer de l’Absurde par la consommation, de l’absence de transcendance par la mondanité. C’est le monde de demain, si la machine économique occidentale tombe complètement en panne, d’un coup, alors que le conditionnement consumériste des populations s’est poursuivi jusqu’au dernier moment.

Alors là, oui, en effet, on va avoir des gens qui pourront tout vouloir…

Vous explorez, à travers l'écriture, deux scenarii envisageables dans un futur proche : version décliniste, l’élite continue de piloter sans rencontrer d’écueil majeur et nous mourrons spirituellement. Version catastrophiste (Eurocalypse), l'accident se produit et laisse place au désastre. Comme les survivalistes, croyez-vous à la possibilité d'un collapse rapidement généralisable? Dans ce cas, pourquoi l'élite prendrait-elle le risque d'un clash intégral, alors que le chaos modéré lui permet de régner?

Je suppose que « l’élite », qui a manifestement créé le chaos, est persuadée qu’elle pourra le contrôler de bout en bout, dans un scénario décliniste. Mais la question, c’est : est-ce qu’elle pourra le contrôler de bout en bout ?

Vous savez, le Système n’est pas aussi fort qu’on le croit. Oh, certes, ce n’est pas nous qui allons le renverser frontalement. Mais le risque est réel qu’il se renverse lui-même. Tenez, imaginez, dans quelques années : révolte au Congrès des USA, audit de la FED, fin du financement de la dette par la dette, faillite des Etats US, réduction drastique du budget militaire étatsunien, évacuation des bases US un peu partout dans le monde. Peu après, l’Iran, délivré de la pression US, annonce disposer de l’arme nucléaire. Une « super-Intifada » traverse les « territoires occupés », le Hezbollah multiplie les attaques contre Israël. La Chine, furieuse que les Occidentaux aient organisé la déstabilisation du Soudan pour en récupérer le pétrole, laisse faire la révolte musulmane, et même la soutient discrètement. Paniquée, Tel-Aviv ordonne au MOSSAD de déclencher une série d’attentats sous faux drapeau, en Europe occidentale, pour obliger les Européens à s’engager massivement au Proche-Orient. La France, dont le président est un certain Dominique Strauss-Kahn, envoie des troupes en Palestine. Les banlieues françaises, du coup, s’enflamment…

C’est un scénario possible, parmi des dizaines qui peuvent nous plonger, très vite et presque sans crier gare, dans un contexte si instable que plus personne ne pourra vraiment le maîtriser. Alors la question, ce n’est pas est-ce que « l’élite » veut le chaos (elle le veut), ni elle est-ce qu’elle pense le maîtriser (elle le pense). La question, c’est : est-ce qu’elle pourra le maîtriser ?

Entre violence de bande synonyme de « refus de l’atomisation imposée par le monde moderne » (M. Maffesoli), et dépouille de blancs nantis interprétée comme de la « lutte des classes qui s’ignore » (A. Soral), la banlieue française est-elle en train de « rappeler au peuple qu’il s’est éloigné de la vertu » (in Vendetta)? Peut-elle, entre islam modéré et frustration exaspérée, constituer un relais de force révolutionnaire?

La banlieue française, peut-on en parler au singulier ? « On » voudrait nous faire croire qu’elle est peuplée majoritairement d’islamo-gangsters violeurs, ce qui est ridicule. Il serait tout aussi ridicule de prétendre qu’elle n’est peuplée que de gens vertueux…

La banlieue française me semble surtout, aujourd’hui, faire l’objet de beaucoup de fantasmes. En pratique, j’ai plutôt l’impression qu’on a affaire à un patchwork très hétérogène, où les forces les plus positives coexistent avec des forces extrêmement négatives. Le jeu, de mon point de vue de « de souche », consiste à nouer des alliances avec les forces positives pour neutraliser et si possible éradiquer progressivement les forces négatives.

D’où, soit dit en passant, l’intérêt d’une démarche comme E&R : il est essentiel que les hommes de bonne volonté réfléchissent ensemble à la manière dont on peut sortir de la situation inextricable où notre classe dirigeante nous a mis. Il s’agit de définir un processus de ré-enracinement des populations déportées chez nous par le capitalisme mondialisé – un ré-enracinement soit ici, soit dans leur pays d’origine, selon les cas, mais toujours dans le respect du droit des gens, sans naïveté mais sans préjugés. Il va falloir que tout le monde y mette du sien.

Votre idée de BAD (Base Autonome Durable), ilot fractionnaire, est pensée comme un système superposable au Système. Une alternative en lisière, reposant sur l'autonomie sécuritaire et médiatique, la construction d'une économie alternative et "une esthétique de la rareté, de la conscience et de la possession de soi". L'autonomie de la communauté y serait assurée par le trinôme Gardes (sécurité), Référents (éducation) et Intendants (production visant l'autarcie). Vous soulignez par ailleurs l'importance du légalisme ("c'est de loin la meilleure subversion").

Pourtant, entre bouc-émissairisation (cf. Tarnac) et accomplissement limité (cf. la Desouchière), la BAD n'est-elle pas une idée "grillée"? Par ailleurs, accepter de ne pas dépasser les bornes du système,  n'est ce pas réduire sa marge de manœuvre?

Tout d’abord, je vous ferai remarquer une chose : si j’avais décidé de « dépasser les bornes du système », je ne préviendrais pas…

Ensuite, je reste ouvert à toute autre proposition. Quel concept alternatif à la BAD peut-on me proposer ? Pour l’instant, j’observe qu’on ne m’a rien avancé de bien concluant. Alors la BAD n’est pas la panacée, certes, mais en attendant, c’est une expérimentation à conduire.

Les modes de vie alternatifs existent d'ores et déjà : dans le domaine de l'éducation (écoles Montessori, Steiner, homeschooling,…), de l'autonomie alimentaire (AMAP, magasins de producteurs, …), de l'habitat (auto construction, énergies renouvelables,…),…

Quelle urgence ou nécessité implique de penser l'autonomie sous forme communautaire, comme dans le cas de la BAD ?

Je ne sais pas si la BAD sera nécessairement communautaire. Ce qui est certain, c’est que si vous voulez résister à la pression du Système, il faut que ce soit collectif. Mais communautaire, ce n’est pas obligatoire. On peut très bien imaginer d’ailleurs plusieurs niveaux d’intégration, avec des noyaux communautaires et des entreprises non communautaires gravitant autour, et intégrant progressivement des individus « à cheval », un pied « dans le Système », un pied dehors.

Bref, sur le plan organisationnel, tout est à construire, tout est ouvert. Je crois qu’il faut tester, et c’est l’expérimentation qui nous dira progressivement comment faire.

Nombre de nos camarades s’interrogent sur l’organisation concrète d’une BAD. Se rapproche-t-on des écos-villages développés par Diana Leafe Christian ?  Selon vous, qu’elle serait - entre petites structures totalement autarciques et communautés plus poreuses, donc dépendantes -, la taille optimale d’une BAD? Comment y gérer l’humain (« recrutement », sélection, …) en fonction des différentes sensibilités (du néo-baba au survivaliste) ?

Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur la taille des BAD. Il est très possible qu’il existe plusieurs « formats » de BAD, et que ces formats présentent tous points faibles et points forts, à étudier selon les circonstances, les choix des individus constituant le groupe, etc. Nous allons d’ailleurs tester prochainement, avec quelques amis, un projet collectif : nous nous ferons un plaisir d’informer E&R Bretagne sur le déroulement de ce projet, ce sera l’occasion d’échanger des expériences.

Cela dit, ce n’est pas la question-clef.

La question-clef, pour moi, ce n’est pas la BAD, mais le réseau des BAD. Là où la démarche « fractionnaire » que je propose se distingue des solutions « survivalistes » ou « écolos » préexistantes, c’est que je ne suggère pas d’installer des BAD ici, là, et là, d’une certaine manière et pas d’une autre. Ce que je suggère, c’est de construire progressivement, par le réseau des BAD, une contre-société.

Pour moi, si un jour on met au point la « BAD idéale », ce sera très bien, mais ce n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est par exemple qu’un jour, la population « ordinaire » apprenne qu’il existe désormais un tribunal d’appel pour traiter en deuxième instance tous les litiges que les tribunaux locaux des BAD auront jugés, en fonction d’un code juridique « fractionnaire » (appelez ça autrement si vous voulez, du moment que cela veut dire : séparé, distinct, de l’autre côté d’une ligne imaginaire séparant Système et contre-société). Ce jour-là, le jour où il existera une Loi de la contre-société, je peux vous dire que nous aurons porté au Système que nous combattons le coup le plus rude que nous pouvions lui porter, avec nos faibles ressources : nous aurons repris la parole.

C’est de cela qu’il s’agit. Et comme vous le voyez, ça n’a rien à voir avec les néo-babas.

Pour conclure cet entretien, et avant de laisser nos lecteurs retourner fourbir leurs armes contre l’hétéronomie, avez-vous quelque chose à ajouter ? Une remarque, un conseil de lecture, une recommandation ou une digression sur un sujet de votre choix, …

Peut-être un mot sur votre président, Alain Soral, qui a (encore) des démêlés avec le lobby qui n’existe pas.

Nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur cette question : lui, il croit que c’est la question centrale, et moi, je crois qu’elle est très périphérique, même si elle est très perceptible. En outre, peut-être influencé par le protestantisme, je porte sur le monde juif un regard beaucoup plus nuancé que le sien – et même, dans certains cas, un regard de sympathie. J’aurais sans doute, un jour, pas mal de choses à lui dire sur le livre d’Ezéchiel, l’éthique de responsabilité et la question du « contrat » passé entre l’homme et Dieu dans la religion hébraïque… où notre ami pourrait voir que lire Ezéchiel comme un texte « sioniste », c’est faire un léger anachronisme !

Mais, en attendant, je trouve lamentable qu’on attaque quelqu’un en justice pour des propos où il ne fait que formuler une opinion sur l’état du pays et le rôle d’une communauté. Si ces propos sont fallacieux, qu’on en apporte la preuve dans une discussion ouverte et contradictoire. Depuis quand, en France, la justice doit-elle sanctionner les simples opinions ? Il est possible que celles de monsieur Soral soient erronées : eh bien, qu’on le prouve, qu’on déconstruise son propos, qu’on en montre les limites ou les erreurs. Mais la justice n’a pas à intervenir dans le débat d’idées, ou alors, et qu’on nous le dise franchement, nous vivons sous une dictature.

La judiciarisation du débat, en France, devient étouffante. Elle participe d’une entreprise générale d’intimidation des esprits libres. C’est pourquoi, indépendamment de notre opinion sur le fond, nous devons soutenir Alain Soral quand on prétend le faire taire par décision de justice, alors qu’il n’a formulé aucun appel explicite à commettre le moindre acte illégal.

Sinon, après, à qui le tour, et sous quel prétexte ?

Pour E&R en Bretagne,

Mathieu M. et Guytan

 

lundi, 07 février 2011

Conférence de Michel Drac au Carré: texte et questions

Conférence de Michel Drac au Carré : le texte et les questions

Ex: http://www.scriptoblog.com/

drac.png La conférence était donnée par Michel Drac au Carré Parisien, 1 rue du général Beuret, à Paris, le 24 janvier 2011, à l’invitation du Cercle Aristote. Le thème en était : « le choc des civilisations ».

La salle étant trop petite, une partie du public ayant dû rester debout, la conférence ayant débuté légèrement en retard, le conférencier a sauté quelques passages du texte prévu, pour raccourcir son intervention. Cependant, le texte complet est donné ici. Les questions et réponses se trouvent à la fin.


 

Introduction

 

Bonsoir mesdames et messieurs. Je suis invité ce soir par le cercle Aristote. Ce qui me vaut cet honneur, c’est un livre coécrit l’an dernier avec deux anonymes : « Choc et Simulacre ».

La thèse générale de ce livre peut être résumée ainsi : « Il y a un choc des civilisations. L’Histoire a été ponctuée par d’innombrables chocs de civilisations. Le concept n’est donc nullement absurde, même s’il faut le relativiser. Cependant, la réalité du choc des civilisations est très éloignée de sa représentation propagandiste par ceux qui veulent l’utiliser pour les meilleurs intérêts de l’impérialisme US/Grande-Bretagne/Israël. »

« Choc et simulacre » faisait, à partir de là, un balayage des stratégies contemporaines de ce que l’on appelle parfois la « guerre de l’information », et qu’on devrait plutôt appeler la « guerre cognitive ». Le livre établissait en particulier la mise en contexte de cette notion de « guerre cognitive » dans le cadre plus général de la « guerre de quatrième génération » théorisée à West Point dès la fin des années 80, et illustrait cette mise en contexte en zoomant sur une problématique précise : l’instrumentalisation du « choc » entre Islam et « Occident » par les réseaux US/Grande-Bretagne/Israël.

Si nous avons choisi cet axe de présentation, ce n’est pas que nous estimions par hypothèse que l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël est le seul à recourir aux stratégies de la guerre cognitive : il est évident qu’il n’est pas le seul. Et, à vrai dire, si nous avions écrit non depuis l’Europe, mais depuis, disons, la péninsule indochinoise, nous aurions probablement zoomé sur le concept chinois de « guerre hors limite », équivalant pékinois du « fourth generation warfare » américain.

Le choix de cet axe de présentation n’implique pas davantage qu’à nos yeux, le heurt « Islam » / « Occident » soit le seul « choc de civilisation » susceptible de donner lieu à une instrumentalisation par l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël. Si, par exemple, nous avions écrit depuis la Pologne, et non depuis la France, nous nous serions probablement intéressé à d’autres aspects de la cartographie civilisationnelle élaborée en 1993 par Samuel Huntington, et particulièrement à la question de savoir si le Dniepr, qui sépare catholiques romains et orthodoxes slaves, est vraiment plus large que l’Atlantique, qui sépare les protestants non-conformistes anglo-saxons de la vieille Europe majoritairement catholique.

Nous avons choisi cet axe de présentation parce qu’à nos yeux, au sein de la problématique générale soulevée par l’évolution de la guerre vers sa « quatrième génération », pour nous Français, la question essentielle est l’instrumentalisation du heurt « Islam » / « Occident » par l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël.

Sous l’angle de cette urgence, ce livre a été écrit pour de bonnes raisons. Sans doute il était utile d’avoir ce titre au catalogue de notre maison d’édition, le Retour aux Sources. Parler de la « guerre occulte », pour reprendre la terminologie évolienne, est toujours une bonne chose, justement parce que cela rend cette guerre « moins occulte ».

Toutefois, je vous avouerais que ce soir, devant un public averti, qui sait déjà à quoi s’en tenir quant aux manipulations impérialistes, je ne vois pas l’utilité de revenir sur cet aspect des choses. Au demeurant, les évolutions montrent de manière évidente que l’islamisme est très largement une baudruche, un leurre agité par les impérialistes pour cautionner leur politique d’ingérence. Les choses deviennent si claires, qu’il serait sans doute mal venu de les exposer une énième fois.

Voici Ben Ali, le supposé « rempart contre l’islamisme », se réfugiant en Arabie Saoudite à la suggestion des Etats-Unis : est-il besoin d’expliquer en quoi il est curieux qu’un « adversaire de l’islamisme » trouve refuge précisément en Arabie Saoudite ? A peine Ben Ali a-t-il quitté Tunis que l’armée organise un gouvernement de transition, chargé de faire en sorte, évidemment, que tout change pour que rien ne change. Et voilà que, comme par miracle, des islamistes réfugiés au Londonistan, donc au cœur de l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël, reviennent en Tunisie, où, masquant les véritables problématiques sociales et économiques, ils vont représenter, on le pressent déjà, une « menace » contre la « démocratie », une « menace » qui justifiera qu’on maintienne la « démocratie » avec l’aide des tanks, comme en Algérie, dans les années 90… Tout cela est si cousu de fil blanc ! Pourquoi commenter encore ?

C’est pourquoi je préfère vous parler ce soir d’un autre aspect de la question. Il ne s’agira pas dans cette conférence de décortiquer les stratégies de l’impérialisme autour du concept de « choc des civilisations », mais plutôt de décortiquer le concept en lui-même, et en particulier de cerner exactement dans quelle mesure il recouvre une réalité. Et quelle réalité.

Le « choc des civilisations », le vrai, c’est quoi ?

Voilà ma question.

 

Le discours des salauds

 

Partons de l’argumentaire de Samuel Huntington. Je crois qu’il y a dans cet argumentaire une part de vérité, et une part de mensonge.

A mon avis, ce qui est vrai, chez Huntington, c’est ce qui, dans son « clash of civilizations » renvoie au concept préexistant de « clash of cultures ». Il est exact que les cultures peuvent se heurter les unes aux autres.

On peut voir les cultures, après tout, comme des ensembles de virus mentaux plus ou moins coordonnés, tantôt opportunistes les uns par rapport aux autres, tantôt fonctionnant comme antivirus les uns des autres. Chaque culture, sous cet angle, est un complexe de virus mentaux opportunistes s’adossant les uns aux autres. Il est clair que de tels complexes peuvent entrer en compétition lorsqu’ils coexistent au sein du même « système d’information », disons dans le même espace social et médiatique, et incluent des virus fonctionnant mutuellement comme des antivirus.

Dans ces conditions, on comprend bien que la mondialisation va engendrer une multiplication des « clashs of cultures ». Et on se doute qu’ils vont effectivement s’avérer très structurants dans l’évolution des sociétés.

Sur ce plan, Huntington a raison : il est hors de doute que l’unification de l’espace informationnel mondial va fabriquer, dans un premier temps, beaucoup plus de clashs que de convergence. Le choc des cultures entre culture européenne et culture arabo-musulmane est resté un phénomène de frontières, donc marginal, tant qu’il existait une frontière linéaire entre le monde européen et le monde arabo-musulman. Dès lors que la frontière s’abaisse, deux complexes de virus mentaux se trouvent en concurrence dans un seul et même monde ; de cette concurrence sortira peut-être un jour une synthèse disjonctive. En attendant, ce qu’on voit, ce qu’on constate, c’est la concurrence.

Ce qui est faux, en revanche, chez Huntington, c’est l’idée selon laquelle le « clash of cultures » devrait se superposer aux failles, ruptures et conflits géostratégiques dans une logique quasi-mécanique, la concurrence entre complexes de virus mentaux devant en quelque sorte, dans sa vision, prédéterminer les choix opérés par les Etats et ligues d’Etats dans une perspective de puissance. Toute l’Histoire est là pour démonter l’inanité de cette thèse. De François Ier de France allié au Turc contre l’Empire de Charles Quint à Guillaume II d’Allemagne allié, lui aussi, au Turc, contre l’Empire Britannique : en pratique, les acteurs géopolitiques ont obéi, toujours, à des logiques de puissance, dans lesquelles la question du « choc des cultures » n’est pas un élément prédéterminant, mais au contraire un aspect du social utilisable dans une pure perspective « réaliste », voire machiavélique.

Même quand le « choc des cultures » a joué temporairement un rôle moteur, ce rôle s’est très vite réduit à une fonction de justification, pour ne pas dire à un argument de propagande ; une fois passée la première croisade, le conflit médiéval pour la Terre Sainte eut beaucoup plus à voir avec les intérêts commerciaux des marchands italiens qu’avec la religion, et les acteurs les plus intelligents le comprirent parfaitement. On se souviendra à ce propos que pour finir, les croisés saccagèrent Byzance sans reprendre Jérusalem, et que Philippe Auguste fut, sans aucun doute, absolument ravi des malheurs glorieux de Richard Cœur de Lion au pays des Sarrazins. Ces quelques exemples devraient donner matière à réflexion à ceux qui envisagent de se  croiser vertueusement ; qu’on se le dise : en général, le principal bénéficiaire d’une croisade est celui qui l’a prêché avec flamme, pas celui qui s’est croisé après le prêche enflammé ! On aimerait qu’ici, les héritiers du rusé Capétien aient retenu sa leçon aussi bien que ceux du fougueux Plantagenêt.

Au final, s’agissant de Samuel Huntington et compagnie, nous dirons donc : d’une part, que ces gens disent la vérité quand ils annoncent l’intensification du « choc des cultures » ; mais qu’en parfaits salauds, ils utilisent cette vérité pour promouvoir un mensonge, le supposé « choc des  civilisations ».

 

La déculturation par le mélange

 

Zoomons maintenant sur la réalité : le choc des cultures. Essayons de comprendre comment il se déroule, quel impact il a.

La première conséquence du choc des cultures, c’est la dislocation accélérée des rares cadres de référence collectifs qui avaient survécu au rouleau compresseur consumériste. Les « cultures », ces complexes de virus mentaux opportunistes, ne peuvent se propager et se maintenir au sein de leur espace de propagation que dans la mesure où cet espace n’est pas infesté de virus mentaux fonctionnant, à l’égard du complexe culturel en cause, comme autant d’antivirus. Si un espace social est saturé de virus et d’antivirus s’annulant mutuellement, plus aucun complexe structuré ne peut émerger, et il n’y a plus d’esprit collectif harmonieux possible.

Il faut l’admettre, dans un premier temps, les mélanges prennent mal. Ils aboutissent d’abord à généraliser les pathologies induites  par les diverses cultures, et non leurs productions supérieures. Au demeurant, rien de mystérieux à cela : ce qui se propage le plus facilement, c’est ce qui est simple ; or ce qui est simple, c’est rarement ce qu’il y a de supérieur dans une culture.

Pour prendre l’exemple de la culture française, ce qu’elle a produit de plus élevé, de plus beau, c’est sans doute notre conception de la fraternité, auto-extériorité de l’immanence politique ; eh bien, c’est compliqué, et au fond, personne en Europe ne nous a compris sur ce plan. Inversement, ce que notre culture a produit de plus pathogène est probablement notre esprit de cour ; or, cela, c’est simple, et nous l’avons exporté facilement.

Voici une loi historique : quand deux cultures se mélangent, il faut du temps, beaucoup de temps, pour qu’une synthèse disjonctive marie leurs aspects supérieurs. A la longue, cela se fait. Mais il faut généralement plusieurs générations. Prenez les Saxons et les Normands en Angleterre : il a fallu environ deux siècles. Prenez les Espagnols et les Nahuatls au Mexique : trois siècles environ pour créer des Mexicains. Quand Alexandre a conquis la Judée, l’esprit juif a pénétré dans l’espace grec. De cette date à l’invention d’une synthèse par Saint Paul, presque quatre siècles. De l’invention de cette synthèse à sa compréhension réelle par les masses ? On ne sait pas, le processus est encore en cours. Plus les cultures sont éloignées, plus ce qu’elles ont à synthétiser est élevé donc complexe, plus la synthèse prend du temps.

LE-LOC~1.JPGA la longue, il est exact que les mélangent sont fructueux. Mais cela prend du temps, beaucoup de temps, et l’Histoire ne laisse pas toujours le temps au temps. A l’inverse, l’exacerbation mutuelle des pathologies va vite. Au début, c’est donc cela qu’on constate : le caractère pathogène du choc des cultures. Et ce mécanisme général d’arasement, de destruction de toute construction culturelle élevée, débouche mécaniquement sur une acculturation générale. Il ne s’agit même pas ici de parler des stratégies d’abrutissement collectif promues par le pouvoir, bien que ces stratégies existent ; il s’agit de constater un effet mécanique et très logique de la constitution d’un espace culturel mondialisé. Le niveau baisse, si vous voulez, de lui-même, parce que ce qui permet une synthèse rapide, c’est ce qui est simple, et donc dans l’ensemble, plutôt ce qui est bas.

Remarquons ici que ce processus n’est pas spécifique au heurt entre culture arabo-musulmane et culture européenne, ni même au heurt entre culture européenne et culture extra-européenne.  Avant la déculturation par la mondialisation, il y a eu, et il y a encore, l'acculturation destructrice par l’occidentalisation.

On définit une culture comme un complexe de virus mentaux capables de s’adosser les uns aux autres. Mais on peut aussi constater qu’une culture renvoie toujours plus ou moins explicitement à une sorte de « virus primordial », un principe essentiel dont découle une forte proportion des virus mentaux constitutifs du complexe terminal.

Or, force est de constater qu’il existe, en Europe, trois « virus primordiaux » distincts.

Dans le monde latin, et particulièrement en France, la valeur centrale est la fraternité, réconciliation de l’égalité et de la liberté. C’est une sécularisation des conceptions catholiques de la Contre Réforme. Mais dans le monde germanique, c’est l’unité qui tient la position centrale – unité du peuple, fondée sur l’unité de la conscience, sécularisation des conceptions issues de la Réforme.

Si notre devise est « Liberté, Egalité, Fraternité », le premiers vers de l’hymne allemand est : « Unité et Justice et Liberté pour la patrie allemande ». On voit bien la distinction : la liberté, chez les Allemands, n’est pas un prédicat qu’il faudrait ensuite réconcilier avec l’égalité ; elle est au terme d’un processus qui l’encadre, la définit comme fondamentalement collective, et la ramène ainsi à la conscience de la justice comme sa condition, et de l’unité comme condition de la justice. Il en découle que si nous, Français, voulons concilier égalité et liberté, chez les Allemands, il s’agit, pour garantir une autre conception de la liberté, de préserver l’unité au besoin via l’inégalité. On voit bien qu’entre leur culture et la nôtre, il y aura au final la différence qui sépare leur « virus primordial » et le nôtre, tant que nous n’aurons pas inventé une synthèse disjonctive.

A cette opposition entre Germains et Latins, il faut ajouter l’existence d’un troisième terme, distinct et des uns et des autres : les anglo-saxons. Fondamentalement, le « virus primordial » constitutif de leur culture a été exprimé par le cri : « Give me Liberty, or give me death ! ». « La liberté ou la mort ! » : ce cri, que les Français et les Allemands ont parfois repris, n’a jamais été qu’un des termes de leur pensée, alors qu’il est au cœur de la pensée anglo-saxonne. La liberté, et finalement la liberté seule : voilà le « programme » déployé par cette culture, qui ignore donc aussi bien notre soif de fraternité que l’exigence germanique d’unité.

L’occidentalisation est, en Europe comme ailleurs depuis quelques décennies, le processus par lequel le « virus primordial » de la culture anglo-saxonne, prédominante, contamine et déstructure les autres cultures, latines et germaniques. Elle explique que l’exigence de liberté soit devenue le prétexte à une destruction de toute fraternité, à l’empêchement de toute unité. Elle n’est pas la cause unique du désastre culturel contemporain, bien sûr : les stratégies du pouvoir jouent un rôle, avec par exemple la casse du système éducatif. Mais elle constitue, depuis les années 50, une toile de fond favorable au déploiement de ces stratégies – raison pour laquelle l’impérialisme a constamment encouragé le processus.

Il est à noter, soit dit en passant, qu’elle participe d’une entreprise générale d’arasement qui revient en boomerang dans les pays anglophones, si bien qu’on peut parler, à travers l’occidentalisation, de destruction de la culture européenne et de la culture américaine. Une machine à incuber ce qui est bas, en ne laissant subsister que ce qui est assez simple, assez  rudimentaire, pour être compris même par ceux dépourvus des clefs de décodage culturel les plus élémentaires : voilà à quoi nous avons affaire. Qu’on ne s’y trompe pas : les peuples anglo-saxons n’y sont pour rien. Le Globish est aussi une arme contre l’Anglais, le vrai.

 

Le conflit de civilisation comme père du nouvel être occidental

 

Une des questions qui viennent à l’esprit, une fois ce constat dressé, c’est évidemment : pourquoi, dans ces conditions, le « choc des cultures » Islam / Occident est-il constamment mis en avant, perçu, souligné, alors qu’on voit bien que l’occidentalisation recouvre, en elle-même, un choc destructeur ?

A cette question, je propose une réponse simple : c’est justement le choc de l’occidentalisation, trop complexe pour être décodé, qui crée un appétit de simplicité, de brutalité même, appétit que le heurt Islam / Occident vient satisfaire.

C’est que le heurt entre Islam et Occident permet de poser le problème du « virus primordial » sous notre culture, sans avoir à reconnaître la complexité de la question. Derrière la mise en avant obsessionnel de cette opposition, le fantasme d’une réunification de soi. Pour les Français, qui aiment à croire que leur idéal de fraternité survit sous le culte anglo-saxon du Marché, pour les Allemands, qui font de même avec leur idéal d’unité, l’opposition avec l’Islam permet de reconstruire une cohérence autour de l’idée de liberté, devenue si évidente, du fait de l’opposition avec l’Islam, que sa définition n’est plus nécessaire.

Il faut reconnaître ici, bien sûr, que l’opposition Islam / Occident est réelle, qu’elle renvoie à une véritable différence culturelle majeure. Si c’est à juste titre qu’un Emmanuel Todd a pu souligner que catholicisme et islam partagent une conception du monde fondamentalement universaliste, il n’en reste pas moins qu’il s’agit, aussi, de deux universalismes rivaux.

On a vu, à l’instant, la complexité de la culture européenne, complexité telle, en fait, qu’on peut se poser la question de l’unité de cette culture. Mais il faut admettre aussi que, renvoyée à la différence radicale que l’islam peut incarner, cette unité cesse de faire débat.

Les « virus primordiaux » allemands, anglais, français, font en effet tous une place à la liberté – pas la même place, mais toujours une place. A l’inverse, la notion de liberté n’est pas centrale en Islam. On peut même se demander si elle existe. Le croyant, en Islam, est dans le Bien quand il suit la « guidée » que Dieu a mis dans son cœur, et généralement, il suit cette « guidée », en pratique, en respectant la tradition, interprétée par les clercs.

Cela fait bel et bien deux univers mentaux difficilement compatibles.

L’actuelle conception musulmane est peut-être le mode de pensée qui prévalait dans l’Europe médiévale, peut-être même pas, peut-être est-ce quelque chose de fondamentalement différent.

Dans l’Europe médiévale, il existait peut-être, tout de même, cette prédisposition que Marcel Gauchet a décelée dans le christianisme, et qui préparait ce qu’il appelle la sortie de la religion. Nombre de musulmans soulignent d’ailleurs, dans leurs écrits, cette différence irréductible ; il faut dire cependant que ce sont surtout les musulmans extérieurs à l’Afrique du Nord qui pensent ainsi. Il faudrait, pour approfondir ce débat, connaître à fond l’islam, savoir en particulier à quoi correspond cette « soumission », ce complet « abandon » exigé par la doctrine musulmane. Je n’ai hélas pas le niveau de connaissance requis pour traiter ce point du débat en profondeur.

Quoi qu’il en soit, la différence Islam/Europe est là, réelle, on ne peut pas la nier. Selon qu’on retiendra ou pas la thèse de Gauchet, on situera la rupture entre Islam et monde européen, sur la question de la liberté, soit à l’épître de Paul aux Romains, qui introduisait la personne comme acteur autonome de la religion, soit à la Réforme, qui remet en cause l’autorité de l’Eglise et prépare sa séparation d’avec l’Etat. Mais de toute façon, on doit reconnaître qu’aujourd’hui, entre « nous », la majorité des européens, et « eux », la majorité des musulmans, il y a une différence culturelle majeure, en comparaison de laquelle nos différences internes à l’Occident sont en quelque sorte reléguées à l’arrière plan – donc minorées, presque rendues négligeables. C’est un peu  comme quand on floute une image : on en simplifie les formes, on finit par en gommer certaines.

Il me paraît évident que c’est précisément cet effet simplificateur qui vaut à la thèse simpliste du « choc des civilisations » une certaine audience dans le grand public occidental. C’est un mécanisme vieux comme le monde : la conscience de la différence externe comme outil pour oblitérer du champ de conscience collectif les débats sur les différences internes, qu’on ne veut pas voir. Tout cela est, vraiment, vieux comme le monde.

Le choc Islam/Occident sert de traitement antidouleurs aux traumatisés de l’Occidentalisation. Le conflit de civilisation est le père du nouvel être occidental.

 

La ronde des barjos utiles

 

Simplification : c’est le mot-clef. Quand le réel est trop complexe pour rester pensable par la majorité, les discours qui portent sont les discours simplificateurs. Et dans le genre, hélas, il ne manque pas de fous pour cautionner, par leurs aberrations, le discours des salauds. Des fous que les paumés écoutent, parce que les fous parlent simplement des choses compliquées ; ils proposent une axiologie unique, claire, avec un bien et un mal, essentialisés et réconfortants dans leur stabilité.

Souvent, c’est presque comique, d’ailleurs, tant c’est caricatural.

Dans la famille « idiot utile » du « choc des civilisations », je demande le bobo pro-immigration.  « Faisons venir des millions de musulmans en Europe, et enrichissons-nous de leur différence ! »

Ils s’imaginent quoi, les gens qui disent ça ? Qu’une synthèse des éléments supérieurs de ces cultures va émerger spontanément, par l’opération du Saint Esprit ? Ces doux dingues vous expliqueront que le mélange se fait, que la synthèse opère, parce qu’on mange du couscous en buvant du bordeaux. En quoi ils prouvent qu’ils ne savent pas que la culture va au-delà de la gastronomie… Ou encore, si on veut être méchant, qu’ils sont heureux de voir, dans le processus, les musulmans perdre leur foi et les chrétiens de même. L’égalité par l’arasement, la ressemblance par le vide. Quelle synthèse !

Le résultat de ce processus, c’est la production en séries de types humains médiocres, déracinés, acculturés à l'inculture. Le rappeur Morsay, si vous voulez, du côté « issu de l’immigration ». Et les ahuris style « j’ai ma place dans Loft Story », du côté « de souche ». C’est pathétique, tout ça. Ça finit par fabriquer le petit bolo bêlant racketté par la racaille – un phénomène d’ailleurs maintenant si répandu que les doux dingues pro-immigration sont en train tout doucement de disparaître : ils ont perdu toute crédibilité.

Cela dit, les barjos utiles travaillent en équipe, c’est le fond du problème. Le barjo utile « pro-immigration » invite chez nous le barjo utile « islamiste fou », lequel suscite le barjo utile « islamophobe obsessionnel », lequel fait un bon compagnon au barjo utile du type le plus redoutable, le genre « sioniste en délire ». Il y a une sorte de chaîne d’engendrement des discours simplistes, qui se cautionnent et se fabriquent les uns les autres, dans une espèce de ronde des fous. Concrètement, le « choc des civilisations » se manifeste, se déploie, se communique beaucoup ainsi, par la production d’un espace fantasmatique commun aux fous des tendances opposées ou alliées.

C’est tellement fantasmatique, tout cela, d’ailleurs, que c’en est parfois comique. Il y a un décalage extraordinaire entre le réel et sa représentation par les fous simplistes.

Le barjo utile « islamiste fou » est, je trouve, particulièrement drôle. Dans le genre, je citerais par exemple l’inénarrable Abdelkader Bouziane, dit « l’imam de Vénissieux ». Pour ceux qui auraient oublié ce grand comique méconnu, il s’agit du bonhomme qui nous avait expliqué, en 2004, que dans sa version de l’islam, un mari pouvait frapper sa femme, mais seulement sous le nombril. Je n’ai jamais réussi à savoir si la survenue de ce cas était liée à l’affaire Cantat/Trintignant… En tout cas, ce que je peux dire à mes auditeurs d’origine arabo-musulmane, c’est que, dans mon regard de Français dit « de souche », un type comme ça, c’est vraiment déconcertant. La forme de vie religieuse la plus basse sur terre. Franchement, on se demande d’où ça peut sortir. Qu’est-ce ? De l’humour wahhabite peut-être ? Ou alors il nous demande de reconnaître ses lumières sérieusement ? Il nous offre son wahhabisme saoudien 100 % garanti sans sucre ajouté pour remercier, à cause des allocs touchées au titre de ses je ne sais plus combien de rejetons ? Avouez qu’il y a de quoi être surpris…

Par contraste, le barjo utile « islamophobe obsessionnel » est plutôt tristounet. Il me fait un peu pitié. Le discours, dans son cas, est très caricatural, mais sans exotisme. C’est vraiment le choc avec l’Islam comme antidote au désarroi identitaire. On va trouver là des gens qui vont regretter la disparition du mode de vie français des années 60/70, et imputer cette disparition quasi-exclusivement à la survenue de la religion musulmane en France, ce qui est ridicule ; cette survenue joue un  rôle dans la déstructuration de l’espace français jadis relativement homogène, mais tout le monde voit bien que le néolibéralisme et l’esprit libertaire, avec leur cortège de catastrophes économiques, sociales et culturelles, ont fait beaucoup plus de dégât, à ce stade, que la présence musulmane. Ça ne se compare pas. Le nier, c’est vraiment le signe d’une panique devant le réel.

Cette négation, en fait, ce qu’elle veut dire, c’est : « Je ne veux pas voir que j’ai attrapé une sorte de pathologie, une idolâtrie de la liberté qui m’empêche de définir la liberté, et qui aboutit à nier la fraternité, autre valeur que je porte, et que je ne veux pas renier, mais que je ne peux plus vraiment comprendre, en profondeur – parce que mon mode de pensée a été déstructuré. Et ça, je ne veux pas le voir. Alors, n’est-ce pas, le problème, c’est ‘les musulmans’, c’est plus simple. »

Quand je tombe sur ce genre de discours, ça me fait de la peine.

Et pour finir, n’oublions pas que dans la chaîne des barjos utiles, il y a le timbré sioniste. Grand ami en général de l’islamophobe obsessionnel, pour des raisons qu’il n’est même pas nécessaire d’expliquer…

Alors là, on peut rencontrer des cas relevant carrément de la psychiatrie lourde. Je pense par exemple à quelqu’un comme le rav Dynovisz. Pour ceux qui ne situent pas le personnage, il s’agit du rabbin qui vient récemment de faire un buzz formidable sur le web, avec un discours où il explique que la race blanche est menacée d’extinction.

Ce n’est pas ce discours-là qui me fait dire qu’il y a un problème psychologique chez lui. Ça, ça se discute. Ce qui m’interpelle chez lui, c’est un autre « cours », comme il dit, qu’il a donné au moment de l’opération Plomb Durci, à Gaza, et où il explique, dans la joie et la bonne humeur, qu’il est « bon » que l’armée israélienne ait tué beaucoup de Palestiniens, parce que, voyez-vous, c’est un peuple « impur » ; c’est même un peuple qui est un « concentré d’impureté » (il le dit comme ça). Mais, pour autant, dit-il, il ne faut pas les tuer tous, les Palestiniens, parce que les derniers, « c’est pour le Messie », figurez-vous. Seul le Messie est, selon le rav Dynovisz, « qualifié », « spirituellement », pour tuer les derniers Palestiniens…

Quand on entend ça, on se dit qu’on préfèrerait être sourd.

Mais surtout, on se dit que ce délire obsessionnel tendance internement d’urgence, concrètement, ce que ça veut dire, c’est : « Je n’ai plus d’identité, parce que mon identité, c’était l’attente du jour où Dieu lèverait le châtiment, et où il rendrait la Terre Promise au peuple juif, parce que ce peuple se serait enfin libéré de l’idolâtrie et du péché. Je n’ai pas eu la patience d’attendre, donc maintenant, ou bien j’admets que mon identité est israélienne mais pas juive, et alors j’appartiens à une nation, comme les autres, ou bien je dois transformer ma religion pour fabriquer une nouvelle attente. Et comme je n’ai pas envie d’appartenir à une nation ordinaire ; comme je veux le beurre, c'est-à-dire le principe d’élection, et l’argent du beurre, c'est-à-dire une patrie à moi, où je ne suis pas le réprouvé, l’errant ; comme je ne veux donc pas reconnaître que l’Etat d’Israël n’est qu’une œuvre humaine, eh bien je décide que désormais, je n’attends plus l’heure où Israël sera sans péchés, puisque cette heure est supposée déjà venue ; maintenant, j’attends l’heure où Israël aura la force pour lui, toute la force pour lui. Et je vais vivre, maintenant, la psychose à la place de la névrose, grâce à la perversion de mon identité originelle, m’effrayer et me rassurer alternativement devant ma propre violence, et donc devant celle que je suppose en l’Autre, pour maintenir une tension dans mon esprit qui, sans cela, serait condamné à se disloquer, faute de principe structurant… »

Et là, quand on a compris que le délire de Dynovisz, ça veut dire tout ça, on sait que lui, il clôt la ronde des barjos utiles.

 

Pessimiste, mais pas désespéré

 

Que dire, en conclusion ?

Eh bien, tout d’abord, qu’il faut être raisonnablement pessimiste, pour anticiper sur ce qui vient.

drac2.pngVous voyez certainement, après ce tour d’horizon, la nature du problème : le choc des civilisations existe en partie, mais il n’a presque rien à voir avec ce qui est présenté généralement comme tel. Il est instrumentalisé par des salauds, très malins, qui comptent sur les difficultés prévisibles des gens ordinaires, un peu paumés en ce moment quand il faut décoder la complexité de ce choc à plusieurs niveaux, dans plusieurs directions, qui crée un malaise diffus, dont on n’arrive pas à isoler la cause. Et pour tout arranger, toutes sortes de barjos utiles viennent gambader au milieu du tableau, proposant des discours simplistes qui séduisent les gens égarés.

Dans ces conditions, il est bien évident que nous n’arriverons pas à empêcher complètement les salauds de manipuler les paumés avec l’aide des fous.

Ils y arriveront au moins en partie, parce que ce que nous avons à expliquer aux gens est beaucoup trop compliqué, pour que nous le fassions comprendre avant que les salauds n’aient manipulé certains paumés. On peut faire se faire comprendre vite des gens malins, mais il y a toujours une frange de retardataires. Trop lents, trop simples, trop frustrés. Trop d’accidents dans la vie aussi, parfois… Des gens comme ça, il y en a partout. Des deux côtés du choc des cultures. Il ne faut jamais l’oublier : les paumés sont parmi nous. Et ils vont gober tout rond ce que leur diront les fous.

Vous comprenez, ça va beaucoup plus vite de raconter qu’il faut tuer les Palestiniens mais pas tous, que d’analyser en détail la mécanique de sortie de la religion appliquée spécifiquement au monde juif. Ça va beaucoup plus vite d’expliquer à un pauvre gars qui a eu des ennuis avec les racailles pourquoi il doit détester les musulmans, que de lui faire comprendre pourquoi le problème des racailles n’est pas le « problème musulman ». C’est toujours plus facile de faire passer un message bête, mais simple, qu’un message intelligent, mais compliqué.

Donc on va perdre. En partie au moins. Les salauds vont réussir à manipuler les cons avec l’aide des tarés – excusez ma rudesse.

Et donc les cons, qui veulent leur guerre civile parce qu’ils s’imaginent que la guerre civile, c’est la solution… eh bien, ils risquent de l’avoir, leur guerre.

A vrai dire, ce n’est pas une surprise. Quand avec quelques amis, nous avons écrit « Eurocalypse », en 2006, nous le savions déjà. Historiquement, ça s’est toujours passé comme ça : ce sont les cons qui gagnent.

Cela dit, il ne faut pas désespérer.

D’abord on peut se consoler en se disant que, certes, ce sont les cons qui gagnent, mais enfin, ils ne gagnent jamais que le droit de se faire trouer la peau pour le compte des salauds. Donc on peut aussi se dire qu’une fois qu’ils auront commencé à y goûter, à leur guerre, ils vont se calmer très vite. J’ai remarqué que les gens, qui ont vu réellement des situations de troubles civils violents, ne souhaitent pas revivre ce type de situation. Parfois, ils s’habituent. Jamais ils ne demandent que ça reprenne, quand ça s’est arrêté. Et ça, c’est une constante : tout le monde réagit ainsi.

Ensuite, il faut voir qu’une fois que la température va monter sérieusement en France, ce qui finira par arriver, plusieurs forces contradictoires vont traverser le corps collectif. Certaines de ces forces seront positives, et elles viendront peut-être contrebalancer les forces négatives orchestrées par les ordonnateurs du « choc des civilisations ». C’est une raison de plus de souhaiter la révolte sociale. Si la guerre civile est, pour certains, un antidote à la révolution, la révolution peut aussi être un antidote à la guerre civile. C’est d’ailleurs pourquoi, à mon avis, il vaut mieux ne pas trop parler du choc des cultures : cela lui donne une importance excessive, et peut nuire à l’émergence de logiques étrangères à sa formulation.

Il faut s’attendre à devoir jouer ce genre de partition. Je ne saurais pas vous dire exactement quand ou comment, mais je pense que le début des réjouissances, c’est pour bientôt. Une affaire d’années, pas de décennies. A ce moment-là, il faudra susciter, canaliser, organiser ces forces positives, ces forces de la révolte positive – ces forces révolutionnaires latentes. Elles nous permettront peut-être de repousser les échéances quant au clash des cultures, sur notre sol.

Et cela peut nous laisser ensuite le temps qu’il faudra pour gérer ce clash, pour dialectiser, pour inventer les médiations nécessaires. Bref, pour faire le travail d’éducation évoqué à la fin de « Choc et simulacre », un travail qui, lui prendra, des décennies. Une génération au moins, peut-être deux ou trois.

Voilà, à mon avis, où nous en sommes, s’agissant de la France et du « choc des civilisations ».

 

QUESTIONS

 

Quelle différence faites-vous entre salafisme et wahhabisme ?

Vous êtes probablement originaire de la culture arabo-musulmane, et donc c’est vous qui pourriez sans doute m’instruire sur ce point !

Vous avez sans doute remarqué que je suis resté très vague sur le monde musulman dans mon propos, me contentant de souligner ce qui, à mon avis, le sépare de l’Europe. Ce n’est pas que je souhaite l’ignorer. Je me doute que les mécanismes mentaux que j’ai décrits pour l’Europe ont leur contrepartie dans le monde arabo-musulman, où manifestement, une certaine propagande antichrétienne est instrumentalisée par les pouvoirs, sans doute en partie pour produire cette simplification perverse qui conduit au « choc des civilisations ».

J’ai été vague sur le monde musulman pour la simple raison que je le connais mal. Ce n’est pas mon monde. Je ne parle pas arabe. Je peux évidemment lire le Coran, les commentaires du Coran, les classiques de la littérature arabe. Mais tout cela est loin de moi, je peux faire des contresens, tout le temps. Vous savez, je suis protestant ; et cela fait des années que j’entends des gens porter sur le supposé « monde protestant » des jugements qu’ils construisent en généralisant ce qu’ils ont, d’ailleurs souvent très mal, compris au sujet d’une fraction très minoritaire de ce monde. Alors je n’ai pas envie d’infliger aux musulmans des considérations du même ordre, les concernant.

La seule chose que j’ai comprise au sujet de cette histoire de salafisme, d’islamisme etc., c’est qu’il est important de regarder, quand on nous parle des « islamistes », qui est soutenu par l’Arabie Saoudite et qui ne l’est pas. Même depuis mon point de vue euro-centré, j’ai compris que l’emploi d’une même catégorie « islamiste », regroupant les musulmans soutenus par l’Iran et ceux soutenus par l’Arabie Saoudite, ne peut constituer qu’une erreur, d’entrée de jeu. Une faille dans la catégorisation, qui interdit tout raisonnement sérieux.

On utilise plus ou moins ces termes pour dire, en fait, « qui ne veut pas la séparation de l’Eglise et de l’Etat », enfin, « de la religion et de l’Etat », mais je pense qu’il peut y avoir plusieurs raisons, plusieurs manières, de ne pas vouloir cette séparation. Bref, une catégorie simplificatrice, que j’emploie toujours entre guillemets, si vous voulez.

Pour le reste, je serais bien en peine de vous donner une définition précise des doctrines religieuses en place. J’ai cru comprendre que le wahhabisme était porteur d’une interprétation plus littérale du Coran, qui sous-entend en quelque sorte une rigidité contraire, me semble-t-il, à ce que comme chrétien, je juge juste pour ma propre religion, et il me semble que cela peut expliquer certaines choses sur le régime politique saoudien. Quant au reste, je m’intéresse surtout à ces questions dans la mesure où elles ont un impact sur nous, ici, en Europe.

J’ai lu « Les secrets de la Réserve Fédérale ». J’en ai tiré pas mal de conclusions, sur l’idéologie sioniste entre autres, sur ces liens avec le mondialisme, sur l’apologie du métissage, mais seulement pour les non-juifs… Voici ma question : pensez-vous que le sionisme soit le cœur du problème ?

Quelques définitions, tout d’abord. Sinon, on ne sait pas de quoi on parle.

Il y a historiquement au moins deux grands « types » de sionisme.

Le premier type, qui apparaît au XVIII° siècle, est religieux. Il naît dans l’espace chrétien, dans une catégorie particulière de protestants, qu’on appelle les puritains. Sans entrer dans les détails très compliqués des évolutions à mon avis franchement pathologiques d’une partie du protestantisme anglo-saxon, il s’agit d’une théorie historiciste, qu’on pourrait définir ainsi : à la différence des idéologies classiques, issues des premières générations sorties de la religion et qui consistaient à faire de l’Histoire, de telle ou telle classe sociale, ou encore de l’Etat, des formes divinisées, ce sionisme a transformé la religion elle-même en idéologie.

Ce n’est donc pas une sortie de la religion, mais une inclusion dans la religion d’une forme proto-idéologique, forme ensuite enflée jusqu’à saturer tout l’espace religieux. Il reste donc une enveloppe religieuse, avec un contenu en réalité purement idéologique. La forme est religieuse, parce qu’on annonce la fin des tribulations et le retour d’Israël, on s’appuie sur les prophètes. Le contenu est idéologique, de manière dissimulée, parce que ce n’est pas Dieu qui ramène en Israël une génération sans péché, c’est Israël qui s’auto-élit, si j’ose dire, « zappant » pour ainsi dire l’étape purificatrice qu’est la production d’une génération sans péché.

Cela revient en gros à lire la fin du livre d’Ezéchiel sans en connaître le début, à recevoir la promesse du pardon de Dieu sans passer par le châtiment qui, donné par amour, dans le cadre de l’éducation de l’homme par Dieu, doit corriger les fils des fautes de leurs pères, afin qu’ils ne recommencent pas, qu’Israël soit digne de son Election. En fait, cette démarche, lire la  fin du prophète sans le début, revient pour faire court à se pardonner à soi-même. Bref, sur le plan religieux, c’est un sacrilège, et sur le plan psychologique, une perversion : la négation du nom du père, de l’interdit, et le refus de la sublimation.

Le second type de sionisme, qui naît au XIX° siècle, est idéologique. Il s’inscrit, lui, dans le cadre général classique des productions idéologiques, au moment où un groupe humain sort de la religion, ou en tout cas de la régulation stricte par la religion.

Il a deux  versants.

Dans un versant militariste, Jabotinsky par exemple, il ne fait que reproduire les productions idéologiques des anciennes sociétés d’ordre, autoritaires et inégalitaires, en train de passer de la religion à l’idéologie. C’est logique : dans une grande partie du monde juif, le modèle anthropologique n’est pas très éloigné de celui qui prévaut en Allemagne, ou en Hollande. Ce sont des cultures de la dictature du Surmoi, et donc, quand elles passent de la religion à l’idéologie, elles passent de l’Ancien Testament au fascisme, ou à peu près. D’où cette curiosité historique trop peu connue : l’entente finalement longtemps assez bonne entre sionistes et nazis, dans les années 30, en Allemagne !

Il existe un second versant de l’idéologie sioniste, qui renvoie à une autre partie du monde juif, caractérisée par un certain universalisme, conséquence de siècles de Diaspora. C’est le sionisme de gauche, sans doute plus sympathique aux Français, puisque plus proche de leurs représentations.

Aujourd’hui, ces deux grands types de sionisme ont tendance à se marier pour accoucher d’improbables rejetons, des protestants devenus bizarrement universalistes, ou disons mondialistes, par sionisme chrétien, ce qui ne veut rien dire, ou encore des Juifs religieux devenus sionistes via la pathologie du puritanisme anglo-saxon, importée dans leur propre système de représentation. D’où le rav Dynovisz, par exemple.

Cet ensemble d’idéologies floues sur fond de religion déstructurée est-il central dans la catastrophe actuelle ? A mon avis, non. C’est un des rares points sur lesquels je me sépare de mon ami Alain Soral, et donc, il peut être intéressant de préciser ma pensée.

Pour Soral, si j’ai bien compris, il existe une continuité stricte entre judaïsme talmudique et sionisme, et le sionisme est en quelque sorte l’esprit, la quintessence de la volonté de domination, qui en procèderait nécessairement. Je réfute ces deux affirmations.

Je pense qu’il n’existe pas de continuité stricte et parfaite entre judaïsme talmudique et sionisme idéologique, parce qu’il n’existe pas de continuité stricte entre religion et idéologie. Bien sûr, une idéologie sortant d’un monde jadis religieux sera porteuse de certains traits hérités de ce monde religieux, donc de cette religion. Mais ces traits sont alors resitués dans l’idéologie, ce qui en modifie le sens. Il n’y a continuité entre judaïsme et sionisme idéologique qu’au sens où il y a continuité entre le catholicisme classique gallican et l’universalisme républicain, ou entre le protestantisme allemand et le nazisme, ou entre le catholicisme autoritaire espagnol et le phalangisme. En fait, il y a continuité des fragments, mais pas de leur arrangement, pas du sens qu’ils produisent. C’est plus compliqué qu’une simple continuité stricte, franche.

Il n’existe pas non plus de continuité stricte et parfaite entre judaïsme talmudique et sionisme religieux parce que le sionisme religieux vient fondamentalement du monde protestant, plus précisément de sa composante puritaine. On ne peut comprendre ce phénomène que dans les catégories particulières du puritanisme, en fonction de son histoire. C’est très complexe, mais pour faire court : c’est ce qui arrive quand vous vous êtes mis une telle pression, que vous disjonctez littéralement. Dans les entreprises aujourd’hui, on appelle ça un burn out. Or, cela n’est pas juif : l’Election collective sur une base ethnique produit sans doute des pathologies, clanisme, rapport tronqué à l’universel, insertion ambiguë dans les processus sociaux généraux, etc. Mais elle ne peut pas engendrer ce type de burn out. Quand on répète l’année prochaine à Jérusalem, en réalité on est hors du temps. Le rapport juif au temps, je veux dire le rapport religieux juif au temps, dissipait l’angoisse ; c’est la combinaison d’un rapport au temps issu de la modernité, en particulier dans sa variante anglaise, et d’une métaphysique de l’Election à la fois prédéterminée et individuelle, personnelle disons, qui a créé la surpression à l’origine du burn out. Les Juifs ont leur défaut, leur idéologie nationale agressive est aussi conne que les autres, mais on ne peut pas leur mettre sur le dos la catastrophe du sionisme religieux. Ça, c’est un bug du logiciel protestant anglo-hollandais. Sous cet angle, soit dit en passant, il est très maladroit de réfuter l’argumentaire sioniste sur la base d’une lecture historiciste de l’Ecriture.

Je pense ensuite que le sionisme n’est pas nécessairement l’esprit, la quintessence de la volonté de domination, qui peut venir d'ailleurs ; et je pense encore moins qu’on puisse inscrire ce trait, l'esprit de domination, dans une continuité avec un judaïsme supposé parfaitement unitaire.

Concernant le lien supposé entre judaïsme et esprit de domination, je sais bien sûr qu’ici on me sortira les passages sanglants du Talmud, ceux où il est expliqué qu’un goy n’a pas toutes les fonctions de l’esprit, qu’un Juif a le droit de tuer un goy, etc. Le seul problème, c’est que vous trouverez l’équivalent à peu près dans toutes les traditions, y compris celle du christianisme. Il est vrai que nous n’avons jamais écrit nos lois orales, ce qui limite le caractère sanguinolent des fragments qu’on exhumera de notre tradition. Mais quant au reste, vous n’avez qu’à piocher dans ce que nous avons dit des musulmans, ce qu’eux ont dit de nous ou des Hindous, lesquels ne doivent pas être en reste, etc. Sur ce plan, la seule originalité des Juifs, réelle et significative il est vrai, est d’avoir écrit très tôt leur loi orale, créant ainsi une mémoire de tout, y compris du pire.

En réalité, aucune tradition ne peut survivre des siècles si elle n’inclut pas plusieurs tendances opposées. La tradition juive ne fait pas exception. Il y a toujours eu, chez les Juifs comme ailleurs, des types assoiffés de domination. Et il y a toujours eu, chez les Juifs comme ailleurs, des types assoiffés de justice. Comme la tradition juive est fondamentalement différencialiste, il est vrai que la justice n’y rime pas avec l’égalité. Mais elle est bien là, d’une manière qui peut étonner en France, aujourd’hui, mais qui est réelle.

Enfin, concernant le lien supposé entre sionisme et esprit de domination, il est exact, mais pas exclusif ou même particulièrement structurant dans la réalité du monde contemporain.

Le sionisme idéologique juif est dominateur parce que c’est une idéologie nationaliste, et les idéologies nationalistes sont dominatrices. Ce n’est pas une spécificité juive ; les Allemands, dans le genre, ont fait très fort aussi, ainsi que les Japonais. Nous-mêmes, nous aurions quelques reproches à nous faire.

Le sionisme religieux est dominateur, et il est vrai qu’il l’est de manière particulièrement dangereuse. C’est une perversion de l’esprit qui se rapproche beaucoup de la perversion idéale, et sans doute, pour un occidental, il est tentant d’y voir en quelque sorte l’alpha et l’oméga du principe de domination. Ça peut se comprendre. Les sionistes, d’ailleurs, se donnent énormément de mal pour nous convaincre de cela ; je me demande parfois s’il n’y a pas ici une forme de sadomasochisme, une perversion dans la perversion. Ça fait penser à un enfant qui sait qu’il a désobéi, et qui cherche inconsciemment à se faire choper par la patrouille, pour vérifier que papa va le punir, et donc s’intéresse à lui. Bref.

Le hic, en tout cas, c’est qu’il n’y a pas de sioniste en Chine, et que pourtant, on fait difficilement plus dominateur que le pouvoir chinois contemporain. Il faudrait quand même se souvenir à un moment donné qu’il n’y a pas qu’en Palestine qu’on ne peut pas faire trois mètres sans qu’un militaire vous fasse ouvrir votre sac. Allez donc vous balader à Pékin dans les zones gouvernementales, vous allez voir. Semblablement, il n’y a pas que les financiers juifs de Wall Street qui se comportent comme des porcs ; renseignez-vous sur le capitalisme indien, ce n’est pas triste.

En réalité, le fond du problème, c’est le capitalisme, et derrière le capitalisme, le pouvoir de la technique régnante, auto-justifiée. Nos sociétés fabriquent les conditions objectives pour que les pires sociopathes s’installent au sommet du pouvoir, et en jouissent sans retenue. Et la création de ces conditions objectives résulte, fondamentalement, d’un progrès technologique qui est allé beaucoup, beaucoup plus vite que l’avancement spirituel de l’humanité. En dernière analyse, c’est ça le problème. Le reste, c'est-à-dire l’action des réseaux d’influence, n’est que maladie opportuniste.

Attention : qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. D’abord, je n’ai pas dit que le sionisme n’était pas un problème. C’en est un, et un gros. Des types dans l’état psychologique du rav Dynovisz avec 400 têtes nucléaires à portée de la main, c’est un très, très gros problème. Ensuite, je n’ai pas dit que Soral devait être puni pour ses propos à ce sujet. Je trouve qu’il faut le contredire quand il dit quelque chose de faux, mais je suis prêt à le soutenir, financièrement si nécessaire, si on l’embête avec cette histoire, judiciairement je veux dire. On doit avoir le droit de donner son opinion en France, même quand on se plante.

Ce que je dis en revanche, pour synthétiser, c’est qu’il ne faut pas croire, si on voit un tankiste debout dans une tourelle, que c’est forcément lui qui a donné l’ordre de faire rouler le char sur une foule de manifestants. Au fond, c’est peut-être, tout au plus, un barjo utile, voire un simple exécutant.

Quant à Jacques Attali, il n’est représentatif que du niveau des « élites » actuelles.

Est-ce que vous pensez vraiment que le gars qui est contrôlé dix fois par jour par un militaire, en Irak, il a le temps de comprendre que ce militaire américain n’est pas représentatif de sa société ?

Je crois, hélas, que ce militaire est représentatif de la société US, qui est dans l’ensemble brutale et très stupide. En revanche, il n’est pas représentatif du projet de Thomas Jefferson.

Pour le reste, bien sûr que non, le gars n’a pas le temps de comprendre. C’est d’ailleurs ma conclusion : les salauds vont réussir à manipuler les gens. Là-bas comme ici. A nous de faire en sorte qu’ils manipulent le moins possible, le moins longtemps possible.

Est-ce que vous ne croyez pas que le choc des cultures, que vous dites réel, n’est pas déjà surmonté par les classes dirigeantes elles-mêmes ?

D’une manière générale, le choc des civilisations, c’est pour les pauvres. Au niveau des classes supérieures, le besoin de créer une synthèse des aspects supérieurs des cultures antagonistes est beaucoup plus faible, parce que ces classes ont le temps et les codes pour intégrer la coexistence de plusieurs cultures. En surplomb de ces cultures, elles ont généralement accès aux méthodes d’intermédiation et de dialectisation qui permettent justement ces coexistences culturelles. En outre, elles disposent des conditions de vie matérielle qui rendent possible une mise à distance physique de l’Autre, qu’on peut aller voir quand on le souhaite, mais aussi cesser de voir quand on préfère ne pas le voir. Et, cerise sur le gâteau, ces classes supérieures s’inscrivent dans des logiques collectives de réseau qui permettent la coopération même sans lien culturel fort – quand on a beaucoup à gagner avec quelqu’un, on oublie sa couleur de peau ou sa religion…

Ce sont ces méthodes du surplomb culturel qu’il faudra, dans les générations qui viennent, enseigner aux pauvres, pour que le choc des civilisations, ce ne soit plus l’affaire de personne. Mais ce sera très difficile, parce que ces méthodes reposent généralement sur la construction d’une authenticité de la personne à travers le pouvoir, la richesse, le principe de différenciation que la personne détient. D’où le problème : comment mettre le peuple en surplomb de la culture populaire ? C’est la complexité de cette question qui fait qu’à mon avis, il faudra des générations pour inventer le monde culturel de la mondialisation matérielle.

Est-ce que vous ne croyez pas qu’au fond, il faudrait arrêter complètement de parler du choc, faire comme s’il n’existait pas ? Est-ce que rien ne peut nous unifier ?

Je suis d’accord qu’il ne faut pas trop en parler. Cela dit, on ne peut pas non plus faire comme si on ne remarquait rien, quand un monsieur au Bengladesh sort un bouquin, intitulé « Le livre du Dajjal », où il est écrit en toute lettre, si je résume, que l’Antéchrist, c’est notre civilisation, parce qu’à cause de Saint Paul, nous avons un jour séparé l’Eglise et l’Etat, et donc nié que l’homme doive vivre entièrement selon la Loi divine. On voit bien qu’il y a un problème, quand au même moment, des milliers de mosquées sont en projet chez nous.

Je pense qu’il faut parler du sujet pour en montrer la complexité, produire de l’analyse, refuser les simplismes – mais ne pas trop en parler. C’est un équilibre à trouver. L’objectif, c’est de faire comprendre au maximum de gens que nous devons trouver, ensemble, une voie pour sortir de la situation impossible où nos dirigeants nous ont mis. Si les gens comprennent cela, ils sortiront de la logique de confrontation.

Ce qui peut nous unifier, en réalité, c’est la prise de conscience du caractère obscène de nos classes dirigeantes et des manipulations par lesquelles elles se maintiennent. En ce  sens, dénoncer le choc des civilisations est utile aussi pour dénoncer ceux qui le promeuvent.

Ce qui nous unifie, c’est l’exigence de respect, au fond. Quand on est musulman, on ne comprend pas forcément pourquoi les occidentaux défendent ce qu’ils appellent la liberté, sans bien définir le mot. Quand on est occidental, on ne comprend pas pourquoi les musulmans défendent l’islam, qui de notre point de vue les opprime. Mais tout chrétien peut comprendre pourquoi un musulman refuse que les émirs se payent du champagne et des putes à Marbella, pendant que ces mêmes émirs prêchent le puritanisme wahhabite au Saoudien ordinaire. Et tout musulman peut comprendre pourquoi il n’est pas normal qu’un chômeur américain crève de faim, au pied d’un gratte-ciel où des traders se versent des bonus monstrueux parce qu’ils ont détruit son entreprise. Si quelque chose peut nous sauver du choc programmé, faire prendre conscience à tous qu’il faut sortir du piège, c’est bien cette commune conscience de l’indécence et cette universelle exigence de respect.

 

samedi, 18 décembre 2010

Entretien avec l'historien israélien Shlomo Sand

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Archives - 2008

Entretien avec l'historien israélien Shlomo Sand: "Le peuple juif n'existe pas"

Ex: http://www.egaliteetreconciliation.fr 

En Israël, où il a été publié au printemps, le livre a trouvé un excellent écho du côté des journalistes, et notamment auprès du quotidien Haaretz. Un accueil qui n’a que peu surpris Shlomo Sand. « Plus que les gens de gauche et les orthodoxes, qui ont plutôt un regard bienveillant sur mon travail, affirme-t-il, mon livre va déranger ces juifs qui vivent à Paris, à New York, et pensent que l’Etat d’Israël leur appartient davantage qu’à mon collègue arabe israélien. »

Pourquoi avoir choisi ce titre, qui sonne comme une provocation ?

Au début je craignais un peu cet effet provocant mais, en fait, le titre reflète parfaitement le contenu de mon livre. Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire.

Le peuple juif, c’est encore plus compliqué, parce qu’on le considère comme un peuple très ancien, qui a cheminé de par le monde pendant 2000 ans, avant de retourner chez lui. Je crois au contraire que le peuple juif a été inventé.

Quand je dis peuple juif, j’utilise le sens moderne du mot peuple. Quand on évoque aujourd’hui le peuple français, on parle d’une communauté qui a une langue commune, des pratiques, des normes culturelles et laïques communes. Donc je ne pense pas que l’on puisse dire qu’il y a un peuple juif au sens moderne du terme. Je ne crois pas qu’il y a 500 ans, les juifs de Kiev et ceux de Marrakech avaient ces pratiques, ces normes culturelles communes. Ils avaient une chose importante en commun : une croyance, une foi commune, des rituels religieux communs. Mais si les seules affinités entre des groupes humains sont de nature religieuse, j’appelle cela une communauté religieuse et non un peuple.

Est-ce que vous savez par exemple que durant le Moyen Age, on a utilisé l’expression « peuple chrétien » ? Pourtant, aujourd’hui, aucun historien ne parlerait de « peuple chrétien ». Avec la même logique, je ne pense pas qu’on puisse parler de peuple juif.

Je ne le pense pas en outre parce que les origines historiques des juifs sont très variées. Je ne crois pas en effet que les juifs ont été exilés par les Romains en l’an 70.

Je me souviens, il y a quelques années, alors que je m’interrogeais sur l’histoire du judaïsme, d’avoir ressenti un véritable choc : tout le monde est d’avis que l’exil du peuple juif est l’élément fondateur de l’histoire du judaïsme, et pourtant, cela paraît incroyable, mais il n’y a pas un livre de recherche consacré à cet exil. Il est pourtant considéré comme l’« événement » qui a créé la diaspora, l’exil permanent de 2000 ans. Rendez-vous compte : tout le monde « sait » que le peuple juif a été exilé mais personne n’a fait de recherche, ou n’a en tout cas écrit un livre pour faire savoir si c’est vrai ou non.

Avec mes recherches, j’ai découvert que c’est dans le patrimoine spirituel chrétien, au IIIe siècle, que le mythe du déracinement et de l’expulsion a été entretenu, avant d’infiltrer plus tard la tradition juive. Et que le judaïsme n’adopte cette notion d’exil permanent.

L’instrumentalisation de la mémoire

Sur ce point, vous évoquez dans votre ouvrage la notion de « mémoire greffée ».

 

 

 

« Greffée » est un mot un peu fort. Mais vous savez, si vous et moi n’étions pas allés à l’école, nous ne connaîtrions pas l’existence de Louis XVI. Pour parler de la Révolution française, cette mémoire des noms de Danton et de Robespierre, vous ne l’avez pas reçue spontanément mais dans une structure, à l’école, dans le cadre d’un savoir que quelqu’un a créé et organisé pour vous le transmettre. Quelqu’un a décidé que vous deviez connaître x et pas y. Je ne trouve pas cela forcément critiquable. Chaque mémoire collective est une mémoire greffée, dans le sens où quelqu’un a décidé de la transmettre à d’autres.

Je ne parle pas ici de conspiration mais c’est cela l’éducation moderne. C’est-à-dire que ce n’est pas quelque chose qui coule de père en fils. La mémoire greffée, c’est la mémoire que l’éducation nationale a décidé que vous deviez recevoir.

Si vous aviez vécu en France dans les années 50, en tant qu’écolier, que lycéen, vous auriez su très peu de chose sur la Shoah. En revanche, dans les années 90, chaque lycéen a une notion de ce qu’est la Shoah. Mémoire greffée n’implique donc pas qu’il s’agisse nécessairement d’un mensonge.

Vous dites néanmoins que les autorités israéliennes ont « greffé » une mémoire pour justifier l’existence d’Israël.

Il faut comprendre que transmettre une mémoire, créer une mémoire, ou façonner une mémoire, une conscience du passé, cela a pour finalité d’être instrumentalisé, dans le sens où cela doit servir un intérêt, particulier ou collectif. Chaque mémoire collective, étatique, nationale, est instrumentalisée. Même la mémoire personnelle, qui est certes beaucoup plus spontanée et qui ne peut pas être dominée aussi facilement, est instrumentalisée : vous faites une bêtise, cela rentre dans votre expérience, et vous ne refaites pas la même. Toute mémoire nationale est instrumentalisée. Car sinon, pourquoi la mémoriserait-on ?

Le point central des mémoires nationales, c’est qu’elles sont instrumentalisées pour servir la nation. En tant qu’historien, je pense que la nation est une invention très moderne. Je ne crois pas qu’il y a 500 ans, il y avait une nation française. Et il n’y avait pas de nation juive. Donc je crois que ceux qui ont voulu façonner une nation juive israélienne ont commencé par réfléchir sur ce passé, en l’instrumentalisant pour faire émerger une dimension de continuité.

Dans le cas du sionisme, il fallait s’investir lourdement car il fallait acquérir une terre qui ne nous appartenait pas. Il fallait une histoire forte, une légitimité historique. Mais au final, cela demeure absurde.

Il y a dix ans, je n’avais pas ces idées, ce savoir que j’ai mis dans ce livre. Mais comme citoyen israélien je trouvais déjà fou que quelqu’un qui était sur une terre il y a deux mille ans puisse prétendre avoir des droits historiques sur cette même terre. Ou alors il faudrait faire sortir tous les Blancs des Etats-Unis, faire rentrer les Arabes en Espagne, etc. Je ne pensais pas que j’eusse, moi, juif israélien, un droit historique sur la terre de Palestine. Après tout, pourquoi deux mille ans oui et mille non ?

Mais je pensais cependant que j’appartenais à ce peuple, parti il y a deux mille ans, qui a erré, erré... qui est arrivé à Moscou, a fait demi-tour et est rentré chez lui. En faisant ce livre, je me suis rendu compte que cela aussi, c’était un mythe, qui est devenu une légende.

D’un point de vue politique cependant, ce livre n’est pas très radical. Je n’essaie pas de détruire l’Etat d’Israël. J’affirme que la légitimité idéologique et historique sur laquelle se fonde aujourd’hui l’existence d’Israël est fausse.

« Il n’y a pas de droit historique des juifs sur la terre de Palestine »

Vous citez néanmoins Arthur Koestler, qui disait à propos de son ouvrage La Treizième Tribu : « Je n’ignore pas qu’on pourrait l’interpréter [le livre] avec malveillance comme une négation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël. » Cette remarque ne s’applique-t-elle pas à votre livre ?

 

 

 

Certes. Vous savez, j’essaie d’être un historien mais je suis aussi un citoyen, et un homme qui pense politiquement. D’un point de vue historique, je vous dis aussi : non, il n’y a pas de droit historique des juifs sur la terre de Palestine, qu’ils soient de Jérusalem ou d’ailleurs.

Mais je dis aussi, d’un point de vue plus politique : vous ne pouvez réparer une tragédie en créant une autre tragédie. Nier l’existence d’Israël, cela veut dire préparer une nouvelle tragédie pour les juifs israéliens. Il y a des processus historiques que l’on ne peut pas changer.

On ne peut donc pas éliminer Israël par la force mais on peut changer Israël. Une chose est importante : pour donner la chance à Israël d’exister, la condition est double : réparer, dans la mesure du possible, la tragédie palestinienne. Et créer en Israël un Etat démocratique. Le minimum pour définir un Etat démocratique est de dire qu’il appartient à l’ensemble de ses citoyens. C’est la base : on ne dira jamais par exemple que l’Etat français appartient uniquement aux catholiques.

L’Etat d’Israël se définit pourtant comme l’Etat du peuple juif. Pour vous donner un exemple, ça veut dire que l’Etat d’Israël appartient davantage à Alain Finkielkraut, citoyen français, qu’à un collègue qui travaille avec moi à l’université de Tel-Aviv, qui est originaire de Nazareth, qui est citoyen israélien mais qui est arabe. Lui ne peut pas se définir comme juif, donc l’Etat d’Israël ne lui appartient pas. Mais il est israélien, point. Il ne devrait pas être contraint de chanter un hymne national qui contient les paroles « Nous les juifs ». La vérité, c’est qu’il n’a pas d’Etat.

On doit davantage parler de ce problème de démocratie, pour espérer conserver l’Etat Israël. Pas parce qu’il serait éternel, mais parce qu’il existe, même s’il existe mal. Cette existence crée de facto le doit des juifs israéliens de vivre là-bas. Mais pas d’être raciste, et ségrégationniste : cet Etat n’a pas le droit d’exister comme ça.

D’un autre côté, je demande à tout le monde, aux pays arabes et aux Palestiniens de reconnaître l’Etat d’Israël. Mais seulement l’Etat des Israéliens, pas l’Etat des juifs !

Les tragédies d’hier ne vous donnent pas le droit d’opprimer un peuple aujourd’hui. Je crois que la Shoah, les pogroms, que tout ce qu’ont subi les juifs au XXe siècle nous donne droit à une exception : que l’Etat d’Israël demeure, et continue à offrir un refuge pour les juifs qui sont pourchassés à cause de leurs origines ou de leur foi. Mais dans le même temps, Israël doit devenir l’Etat de ses citoyens. Et pas celui d’Alain Finkielkraut, qui demeure toutefois le bienvenu s’il se sent menacé, bien sûr.

Dans la suite de la citation d’Arthur Koestler que vous proposez, celui-ci justifie l’existence de l’Etat d’Israël en ces termes : « Mais ce droit n’est pas fondé sur les origines hypothétiques des juifs ni sur l’alliance mythologique entre Abraham et Dieu ; il est fondé sur la législation internationale, et précisément sur la décision prise par les Nations unies en 1947. »

Ce que vous dites, vous, c’est qu’en 1947, l’ONU s’est trompée ?

Pas exactement. Peut-être le partage des terres était-il injuste : il y avait 1,3 million de Palestiniens et 600.000 juifs, et pourtant on a fait moitié-moitié. Plus juste aurait été pour vous donner un exemple, et élargir nos horizons, de créer un Etat juif... aux Sudètes. En 1945, les Tchèques ont chassé 3 millions d’Allemands des Sudètes, qui sont restées « vides » quelques mois. Le plus juste aurait été de donner les Sudètes à tous les réfugiés juifs en Europe. Pourquoi aller ennuyer une population qui n’avait rien à voir avec la tragédie juive ? Les Palestiniens n’étaient pas coupables de ce que les Européens avaient fait. Si quelqu’un avait dû payer le prix de la tragédie, ça aurait dû être les Européens, et évidemment les Allemands. Mais pas les Palestiniens.

En outre, il faut bien voir qu’en 1947, ceux qui ont voté pour la création de l’Etat juif n’ont pas pensé que la définition pour y être accepté serait aussi exclusive, c’est-à-dire nécessairement avoir une mère juive. On était au lendemain de la Shoah, l’idée était simplement d’offrir un refuge.

Une « victoire » de Hitler ?

Dans votre livre, vous posez la question suivante : « Les juifs seraient-ils unis et distingués par les "liens" de sang ? », avant d’en conclure que « Hitler, écrasé militairement en 1945, aurait en fin de compte remporté la victoire au plan conceptuel et mental dans l’Etat "juif" ? » Qu’avez-vous essayé de démontrer ?

 

 

 

Vous savez, la majorité des Israéliens croient que, génétiquement, ils sont de la même origine. C’est absolument incroyable. C’est une victoire de Hitler. Lui a cherché au niveau du sang. Nous, nous parlons de gènes. Mais c’est pareil. C’est un cauchemar pour moi de vivre dans une société qui se définit, du point de vue de l’identité nationale, sur des bases biologiques. Hitler a gagné dans le sens où c’est lui qui a insufflé la croyance que les juifs sont une race, un « peuple-race ». Et trop de gens en Israël, trop de juifs, ici, à Paris, croient vraiment que les juifs sont un « peuple-race ». Il n’y a donc pas seulement les antisémites, il y a aussi ces juifs qui eux-mêmes se considèrent comme une race à part.

Dans mon livre, une chose importante que j’ai essayé de montrer est que, du point de vue historique, je dis bien historique, car je ne m’occupe pas ici de religion, les juifs ne sont pas des juifs. Ce sont des Berbères, des Arabes, des Français, des Gaulois, etc. J’ai essayé de montrer que cette vision essentialiste, profonde, que les sionistes partagent avec les antisémites, cette pensée qu’il y a une origine spéciale pour les juifs, cette pensée est fausse. Il y a au contraire une richesse extraordinaire, une diversité d’origines fabuleuse. J’ai essayé de montrer ça avec des matériaux historiques. Sur ce point, la politique a nourri mes recherches, de même que la recherche a nourri ma position politique.

Un de vos chapitres évoque à ce propos l’énigme que constituent pour vous les juifs d’Europe de l’Est.

Au début du XXe siècle, 80% des juifs dans le monde résidaient en Europe de l’Est. D’où viennent-ils ? Comment expliquer cette présence massive de juifs croyants en Europe de l’Est ? On ne peut pas expliquer cela par l’émigration de Palestine, ni de Rome, ni même d’Allemagne. Les premiers signes de l’existence des juifs en Europe datent du XIIIe siècle. Et justement, un peu avant, au XIIe siècle, le grand royaume de Khazar (judaïsé entre le VIIIe et le IXe siècle) a complètement disparu. Avec les grandes conquêtes mongoles, il est probable qu’une grande partie de cette population judaïsée a dû s’exiler. C’est un début d’explication.

L’histoire officielle sioniste affirme qu’ils ont émigré d’Allemagne. Mais en Allemagne, au XIIIe siècle, il y avait très peu de juifs. Comment se fait-il alors que, dès le XVIIe siècle, un demi-million de juifs résident en Europe de l’Est ? À partir de travaux historiques et linguistiques, j’ai essayé de montrer que l’origine des juifs d’Europe de l’Est n’est pas seulement due à une poussée démographique, comme on le dit aussi. Leur origine est khazar mais aussi slave. Car ce royaume de Khazar a dominé beaucoup de peuples slaves, et, à certaines époques, a adopté le yiddish, qui était la langue de la bourgeoisie germanique qui a existé en Lituanie, en Pologne, etc.

On en revient à la thèse de base de mon livre, un élément que j’ai essayé de démontrer, avec succès je pense : c’est qu’entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle apr. J.-C., le monothéisme juif était la première religion prosélyte. C’était quelque chose de parfaitement connu, notamment des spécialistes des religions de la fin du XIXe siècle, comme Ernest Renan.

À partir de la seconde partie du XXe siècle pourtant, on a tout « bloqué ». On croit tout d’un coup que le judaïsme a toujours été une religion fermée, comme une secte qui repousserait le converti. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas juste du point de vue historique.

Zeev Sternhell, dans son livre célèbre Aux origines d’Israël, considère que le sionisme a évacué la dimension socialiste pour se résumer à une révolution nationale. Etes-vous d’accord avec lui ?

 

 

Le sionisme, c’est un mouvement national. Je ne dis pas que c’est bien, ou pas bien, car je ne suis pas anti-national. Ce n’est pas la nation qui a créé le sionisme, c’est l’inverse. Définir cela comme une révolution fonctionne du point de vue des individus, mais ne m’intéresse pas beaucoup. Parce que je me demandece qu’est une révolution. De plus, parler de révolution nationale en France, c’est un peu compliqué car ces termes étaient employés en 1940 pour désigner un phénomène historique pas très sympathique.

Quant à opposer révolution nationale et révolution socialiste au sein du sionisme, je ne crois pas que cela soit juste. Dès le début, le socialisme était un instrument très important pour réaliser le but national. Donc, ce n’est pas quelque chose qui, soudain, n’aurait plus fonctionné. Dès le début, l’idée de communautarisme, l’idée des kibboutz, a servi à une colonisation. C’est-à-dire que, dès le début, l’égalité n’était pas entre tous les êtres humains, l’égalité était seulement entre les juifs, qui colonisent une terre.

L’idée nationale, dans la modernité, a toujours dû être liée à une autre idée. En l’occurrence, pour le XXe siècle, la démocratie ou le socialisme. Tout le monde s’est servi des idées égalitaristes socio-économiques pour bâtir une nation. Le sionisme n’est pas exceptionnel en cela. On peut citer l’exemple du FLN algérien et de beaucoup d’autres mouvements du tiers-monde.

Le sionisme est exceptionnel uniquement parce que, pour se réaliser, il doit coloniser une terre.

 

jeudi, 27 mai 2010

Ophef rond Debray's 'Brief aan een Israelische vriend'

Ophef rond Debray’s ‘Brief aan een Israëlische vriend’

Régis Debray  publiceerde zopas zijn ‘Lettre à un ami israélien’. Zijn vroegere Joodse vrienden reageren verontwaardigd.

Claude Lanzmann is woedend op Régis Debray's briefboek.

deb1-1009.jpgRégis Debray, ooit de compagnon van Che Guevara en adviseur van de presidenten Allende (Chili) en Mitterrand (Frankrijk) heeft bij Flammarion een nieuw boek gepubliceerd: ‘Lettre à un ami israélien’.

Daarmee heeft hij zich de woede op het lijf gehaald van Claude Lanzmann, de maker van de film ‘Shoah’, ooit een vriend van Debray. Lanzmann zorgde ervoor dat de eerste geschriften van Debray in ‘Les temps modernes’ werden gepubliceerd. In een pas verschenen gesprek met ‘Le Point’ noemt Lanzmann het nieuwe boek van Debray conventioneel, conformistisch en opportunistisch. ‘Debray est totalement dans l’air du temps,’ aldus Lanzmann, die zijn ex-strijdmakker verwijt dat hij alle anti-Israëlische gemeenplaatsen die de media beheersen op elkaar stapelt. Het schelden op Israël is volgens Lanzmann een Pavlov-reflex van de mainstream geworden.

De uitval van Lanzmann wekt geen verbazing, want in het boek van Debray staat hij zelf in de beklaagdenbank. Volgens Debray regisseert Lanzmann de Franse shoa-cultus zo radicaal dat elke kritiek op Israël onmogelijk geworden is. Lanzmann gaat akkoord met Debray’s constatering dat de Franse Jood de ‘chouchou’ van de republiek is en dat Joden een belangrijke rol spelen in het economische en intellectuele leven van de Franse republiek, maar het gaat te ver om daaruit af te leiden dat er een Joodse macht bestaat die haar wil oplegt aan Frankrijk.

Lanzmanns conclusie is dat Debray er verkeerd aan doet om zijn boek een titel te geven die herinnert aan de ‘Lettres à un ami allemand’ van Albert Camus (geschreven tijdens en gepubliceerd na de Duitse bezetting). Volgens Lanzmann ging Camus destijds helemaal tegen de tijdgeest in, terwijl Debray juist met de stroom mee zwemt. Lanzmanns slotsom over Debray’s kennis van Israël: ‘Il n’y comprend rien.’

Ook van de Franse historicus Jean-Christophe Rufin, lid van de Académie Française en ambassadeur in Senegal, krijgt Debray een veeg uit de pan. Debray had Rufin in zijn geschrift verweten dat hij het antizionisme strafbaar wilde maken. Maar Rufin bestrijdt dit en zegt dat hij ooit wilde onderzoeken hoe het komt dat sommige jongeren de Israëlische staat met de Duitse nazi-staat vergelijken, de Israëlische leiders met Hitler en de Palestijnse kampen met Auschwitz. Hier wordt de grens tussen opinie en misdaad overschreden, aldus Rufin, die eraan toevoegt dat men in de landen waar hij verblijft boeken met titels als ‘Israël, het Derde Rijk’ haast openlijk in de handel te verkrijgen zijn. Rufin: ‘Zou Debray ermee akkoord gaan als deze boeken in de supermarkten naast zijn laatste boek opgestapeld zouden liggen?’

In dezelfde zin liet de Israëlische diplomaat en historicus Elie Barnavie zich uit in een antwoord dat overigens in Debray’s boek is opgenomen: ‘Tot 1967 heeft de shoa-religie – overigens als anti-imperialistische ideologie – Israël gebaat’. Maar nu is dat juist omgekeerd, aldus Barnavie: ‘Men herinnert aan de dode Joden om de levende Joden nog meer te vernederen. Doen wij de Palestijnen niet aan, wat Hitler met ons deed?’

Piet de Moor

http://knack.rnews.be/nl/actualiteit/nieuws/boeken/nieuws/ophef-rond-debray-s-brief-aan-een-israelische-vriend/article-1194737845339.htm

lundi, 19 avril 2010

Les thèses postsionistes de Shlomo Sand sur "l'invention du peuple juif"

Robert STEUCKERS :

Les nouvelles thèses postsionistes de Shlomo Sand sur « l’invention du peuple juif »

 

Brève conférence prononcée à la tribune du « Cercle de Bruxelles », le 16 mars 2010

 

shlomosand_1240433954.jpgShlomo Sand, historien israélien attaché à l’Université de Tel Aviv, ancien étudiant de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, par ailleurs spécialiste de l’œuvre de Georges Sorel, a sorti en 2008 un ouvrage aux éditions Fayard, intitulé Comment le peuple juif fut inventé, dont la réception, d’abord timide, vient d’être « boostée » par la sortie de l’ouvrage en livre de poche, dans la collection « Champs » chez Flammarion, où vient également de sortir son volume précédent, datant de 2006 et intitulé Les mots et la terre – Les intellectuels en Israël. Ces deux livres sont de véritables pavés dans la mare, dans la mesure où ils bouleversent bien des idées reçues, des vérités propagandistes ou des certitudes religieuses, juives ou autres. Tout ouvrage secouant de la sorte autant de certitudes établies mérite évidemment la lecture. Mais une lecture, si possible, qui resitue la matière dans son contexte, dans le contexte de son éclosion au sein des débats qui animent depuis près d’un quart de siècle la scène intellectuelle israélienne, voire de la diaspora juive toute entière.

 

D’abord, et j’anticipe ici mon exposé qui sera prononcé bientôt à Genève pour le Cercle Proudhon, il me paraît nécessaire de redéfinir ce qu’est le sionisme et de le resituer dans le contexte de son émergence dans la diaspora du 19ième siècle et sur la terre palestinienne. Généralement, l’historiographie simpliste véhiculée par les médias et le monde journalistique nous campe un conflit binaire, opposant, d’une part, les protagonistes d’un intifada permanent et, d’autre part, une armée israélienne condamnée à perpétuité à des opérations musclées de maintien de l’ordre. Ce conflit binaire, où les uns comme les autres se parent de toutes les vertus et diabolisent leurs adversaires, n’est pas aussi schématique qu’on en est venu à le croire au fil de centaines sinon de milliers d’émissions télévisées qui ne brillent généralement pas par la profondeur de leurs analyses. Si le sionisme et le nationalisme palestinien sont aujourd’hui les forces les plus visibilisées du conflit israélo-arabe, on omet de tenir compte de bon nombre de facteurs qui ont pourtant contribué à sa genèse et qui influent encore et toujours, directement ou indirectement, sur son déroulement.

 

L’actuel conflit israélo-palestinien ne peut se comprendre dans sa plénitude que si l’on connaît bien toutes les étapes du développement de l’idéologie et de la pratique sionistes ; tous les aléas du nationalisme palestinien, lancé par le Mufti de Jérusalem à la fin des années 20 du 20ième siècle pour se poursuivre après 1948 avec la création du Fatah, avec les vicissitudes de son histoire et avec la création assez récente de son ennemi, le Hamas ; toutes les positions successives des multiples représentants de la dynastie hachémite, depuis leur engagement aux côtés de l’empire britannique pendant la première guerre mondiale avec le fameux Lawrence d’Arabie, avec les tentatives de Fayçal de se faire proclamer roi de Syrie en se heurtant aux Français dans les années 20, avec la politique des rois jordaniens, issus du même clan, en 1948 et face aux réfugiés palestiniens après le désastre arabe de juin 1967 ; toute l’évolution du nationalisme grand-syrien (dont le Mufti fut au départ un adepte), depuis la grande révolte des années 20 jusqu’aux positions d’Hafez El-Assad et de son successeur. On oublie généralement que la notion de Palestine était bien floue sous l’empire ottoman et qu’on parlait plutôt de vilayet et de sandjak de Damas ou de Jérusalem, englobant ces entités administratives de la Sublime Porte dans un ensemble grand-syrien, bien plus vaste dans ses dimensions.

 

Cinq vagues d’immigration juive en Palestine

 

Le sionisme va s’affirmer après cinq vagues d’immigrants juifs.

La première de ces vagues commence en 1881, immédiatement après l’assassinat du Tsar Alexandre II, qui déclenche, partout dans l’empire russe, des débordements antijuifs.

La seconde vague arrive après l’échec de la révolution russe de 1905, consécutive à l’effondrement de l’armée et de la marine russes face au Japon, nouvelle puissance dans la zone pacifique. Cette immigration de 1905 est fortement teintée de socialisme révolutionnaire et de marxisme. Elle tentera d’infléchir l’idéologie sioniste dans un sens socialiste, voudra faire d’une Palestine fortement judaïsée, par l’effet du Retour, un modèle de société idéale, un système de nouveaux phalanstères socialistes et égalitaires qu’aurait été le réseau des kibboutzim. Elle heurtera la sensibilité traditionnelle des habitants autochtones, musulmans, chrétiens et juifs (l’ancien peuplement, dit « Vieux Yishuv »), créant de la sorte les premiers ferments de l’hostilité que voueront et la population arabe musulmane/chrétienne et les traditionnalistes juifs à l’endroit des nouveaux immigrants.

La troisième vague arrive après la révolution russe de 1917 et compte, cette fois, bon nombre de non communistes, de libéraux voire de conservateurs dont certains se mueront, tendances de l’époque obligent, en nationalistes virulents.

La quatrième vague arrive après la prise du pouvoir en Allemagne par les nationaux-socialistes et lorsque l’attitude générale à l’endroit des juifs se détériorera dans des pays comme la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie.

La cinquième vague arrive après 1945. On connaît l’épisode du navire « Exodus », dont on a tiré des films et qui fait désormais partie de la mythologie sioniste. Elle consiste essentiellement en « personnes déplacées » qui fuient surtout les systèmes soviétisés qui s’instaurent en Europe centrale et orientale.

 

Shlomo_Sand.jpgL’hétérogénéité relative de ces cinq vagues d’immigration en Palestine fait du sionisme une idéologie à facettes multiples. Certains historiens comptent jusqu’à une trentaine de nuances, exprimées par des partis, des groupes, des cénacles, etc. Grosso modo, pour faciliter la suite du présent exposé (qui n’est pas consacré au sionisme et à ses nuances), disons qu’émergent, dès la création de l’Etat d’Israël une gauche, incarnée par Ben Gourion et centrée autour du Mapai socialiste/travailliste. En théorie, cette gauche souhaite une fusion entre les immigrants juifs et les Arabes autochtones. Après 1948, cette fusion n’aura jamais lieu car personne ne la désirait vraiment : ni les immigrants juifs venus d’Europe et ayant vécu dans des Etats modernes, au style de vie très différent de celui des naturels du pays, ni les Arabes qui adoptent le « rejectionnisme » préconisé par le Mufti de Jérusalem. Cette gauche travailliste restera longtemps au pouvoir, jusqu’en 1977, lors de l’avènement d’une nouvelle coalition de droite, le Likoud, mené par Menahem Begin.  

 

Jabotinsky et l’émergence de la droite sioniste

 

Face à cette première gauche travailliste, qui s’est désintégrée progressivement, à coup de querelles et de scissions, au cours des années 70 après la guerre du Yom Kippour, une droite sioniste voit le jour dès les années 20, principalement sous l’impulsion d’un idéologue, très féru de littérature, surtout de littérature russe, Vladimir Jabotinsky, issu de la diaspora juive de Lituanie (Vilnius). Cet idéologue majeur de la première droite sioniste pose un constat que les historiens ont ultérieurement qualifié de « pessimiste ». Pour lui, la fusion judéo-palestinienne, annoncée à cors et à cris par la propagande des gauches sionistes, n’aura jamais lieu, en dépit des vœux pieux d’une gauche idéaliste, rousseauiste et phalanstérienne. Jabotinsky édulcorera son langage au fil des décennies, ne basculera jamais dans un extrémisme violent et demeurera toujours fidèle à l’alliance anglaise, contrairement à certains de ses fidèles, qui se détourneront de lui, et déclareront la guerre aux Anglais, pariant parfois sur une alliance tactique avec les futures puissances de l’Axe Rome/Berlin. Au sein de son mouvement, baptisé « révisionniste » dans les années 20 et 30 du 20ième siècle, parce qu’il « révisait » les positions du sionisme de gauche, émergera donc assez rapidement une scission, dite « maximaliste », portée par des figures plus aventurières telles Avraham Stern, qui préconisera, à l’instar de l’IRA irlandaise, la révolte générale contre la présence mandataire anglaise et finira assassiné par les services secrets britanniques, le 12 février 1942. Arrivé en Palestine dans les bagages de l’armée polonaise du Général Anders, Menahem Begin prend le relais de Stern et, autour d’une nouvelle structure, le LEHI, relance dès 1944  (donc avant la défaite finale de l’Axe !!) la lutte contre les Britanniques, encore en guerre contre les Allemands en Italie et en Normandie. L’inspiration du LEHI, dont Shamir faisait également partie, provient, comme celle de Stern, du nationalisme irlandais de Michael Collins et du terrorisme russe de la fin du 19ième siècle  (avec, en sus, d’autres sources, russes, polonaises, françaises/blanquistes, etc.). Ce qui étonne l’observateur européen actuel, habitué aux et abruti par les schémas véhiculés par les médias, c’est la proximité de cette droite sioniste avec les mouvements totalitaires allemands et italiens et les contacts qui ont eu lieu entre les services de ces pays et les militants sionistes de droite. Le sionisme actuel, en fait, ne peut pas se donner un brevet d’antifascisme pur ou même d’antinazisme, alors qu’il souhaite, officiellement, que la planète entière s’en donne un.  

 

L’idéologie postsioniste est née du choc ressenti par une bonne moitié de l’opinion publique israélienne lors de l’accession du cartel de Begin au pouvoir en 1977. La filiation idéologico-politique de Begin remonte au Betar, à l’Irgoun et au LEHI. Shamir, lui, était intimement lié au LEHI, successeur du Groupe Stern, inspiré par l’IRA et par la pratique des assassinats mise au point par Michael Collins (et dont procède également le dernier assassinat en règle commis, semble-t-il, par des agents du Mossad contre un leader du Hamas dans les Emirats). Pour l’opinion israélienne inféodée ou influencée par les travaillistes du Mapai, c’était comme si, en 1977, les « fascistes » ou les « terroristes » avaient pris le pouvoir en Israël. Certes, on ne parle pas de « fascisme » à l’endroit de Begin, Shamir et des autres likoudistes, mais de « sionisme militariste ».

 

L’arrivée au pouvoir du Likoud provoque un choc politique et moral

 

Toutes les questions posées par l’école postsioniste sont tributaires de ce choc politique et moral de voir arriver les anciens de l’Irgoun et du LEHI aux commandes d’un Etat qui aurait dû incarner et réaliser les aspirations utopiques des socialistes révolutionnaires russes du 19ième siècle. Les recherches de cette école ont commencé par un examen méticuleux des archives relatives aux événements de 1948, lors du heurt entre sionistes et armées arabes quelques mois avant la proclamation de l’Etat d’Israël. Pour l’école postsioniste, l’année 1948 ne se solde pas par la fuite de masses arabes palestiniennes, incitées par le Mufti et ses partisans à quitter leurs terres mais par une véritable épuration ethnique perpétrée par des maximalistes sionistes formant le noyau dur des milices juives de la Palestine mandataire, futurs cadres de l’armée israélienne. Dans un deuxième temps, les historiens postsionistes vont explorer l’univers mental et idéologique du Betar, du Groupe Stern et de l’Irgoun (ce sera la tâche principale de l’historien Colin Shindler, attaché à diverses universités anglaises). De cette manière, le passé occulté de Begin ou de Shamir a été mis en exergue. Le but était évidemment de leur nuire politiquement et de faire jouer le réflexe antifasciste pour, à terme, ramener la gauche du Mapai au pouvoir. Cette stratégie s’est montré infructueuse sur l’échiquier politique israélien car l’Etat hébreu vit désormais une alternance démocratique semblable à celle d’autres pays de la sphère occidentale. La tentative de déstabiliser la deuxième droite sioniste a permis l’éclosion d’une historiographie nouvelle qui, elle, déstabilise l’Etat tout entier, au point que des actions sont menées pour ôter la parole à certaines figures de proue du postsionisme universitaire, comme le professeur Ilan Pappe, qui, sous diverses pressions et menaces, n’a pas pu donner une leçon publique à une tribune académique de Munich au début de cette année 2010 (Ilan Pappe est l’auteur d’un livre récemment publié chez Fayard en traduction française sur l’épuration ethnique en Palestine en 1948 et l’auteur, auprès de la Cambridge University Press, d’un livre très érudit :  A History of Modern Palestine, 2006, 2nd ed.).  

 

Le postsionisme, très critique à l’égard de ce que l’on appelle désormais la « narration sioniste », s’est développé parallèlement à un retour offensif du quiétisme chez les religieux orthodoxes, dont les racines plongent dans le « Vieux Yishuv ». Pour éviter ainsi l’alliance des modérés du Mapai, attentifs aux recherches des historiens postsionistes, et des quiétistes religieux, qui gripperait la machine étatique et militaire de l’Etat hébreu, on a réanimé une force déjà présente en filigrane dans le cartel de Begin, celle d’un autre fondamentalisme ultra-orthodoxe juif, s’alignant lui, non sur le quiétisme du « Vieux Yishuv » mais sur une surenchère ultra-sioniste.

 

Une reprise des thèses de Koestler sur la « Treizième tribu »

 

Le postsionisme a en quelque sorte ouvert une boîte de Pandore : dans les milieux intellectuels israéliens, on assiste à une course à la surenchère dans la volonté de réfuter les mythes de l’histoire israélienne et juive. La seconde offensive du postsionisme ne s’attaque plus seulement aux mythes entourant l’année 1948, année de la fondation officielle de l’Etat d’Israël. Il remet en question, comme dans le livre de Shlomo Sand, la notion même de « peuple juif ». Pour les exposants de cet aspect-là du postsionisme, l’idée d’un « peuple juif » est pure fiction. En somme, cette veine du postsionisme reprend mutatis mutandis la fameuse thèse de la « treizième tribu », énoncée jadis par Arthur Koestler et qui avait fait grand scandale. Pour Koestler, le gros du peuple juif ne descendait pas des « Judéens », théoriquement chassés en 70 et en 135 par les Romains mais des Khazars, peuple turco-mongol installé entre Volga et Don et converti volontairement au judaïsme avant l’an 1000. La masse des juifs d’Europe orientale et surtout de l’empire russe descendrait en fait, non pas d’immigrants juifs venus de l’antique Judée, mais de ces masses de Khazars convertis. Le scandale apporté par ce livre de Koestler, pour les sionistes, vient surtout de l’impossibilité de justifier le mythe de l’Alya, du Retour à la terre des origines.

 

C’est donc ce thème, déjà ancien, que Shlomo Sand reprend aujourd’hui. Dans son livre Comment le peuple juif fut inventé, il commence par évoquer des cas concrets, comme celui d’un jeune anarchiste espagnol de Barcelone, qui, errant en France après la victoire franquiste, et à Marseille en particulier, finit par se retrouver armé dans un kibboutz à faire le coup de feu contre les Palestiniens. Il est devenu citoyen israélien sans avoir jamais été frotté au judaïsme et sans avoir les moindres racines « judéennes », justifiant un éventuel « alya ». Sand évoque ensuite l’histoire de Chotek, pauvre juif de Pologne qui subit les mécanismes d’exclusion de la synagogue parce que sa mère, plongée dans la misère, ne peut payer une place dans l’enceinte du lieu de culte. La plupart de ces exclus, pour pauvreté, basculaient dans le communisme, ou dans le sionisme communiste, et finissaient par abandonner la religion juive voire par embrasser un athéisme virulent, à l’instar de Koestler qui, lui, ne l’a pas fait par pauvreté mais par option idéologique.

 

Une méthode critique de tous les essentialismes

 

La méthode de Sand rejette ce qu’il appelle l’ « essentialisme ». Il démontre que le sionisme procède du même essentialisme que les autres nationalismes européens, notamment le nationalisme allemand. Pour le nationalisme allemand, l’essence première de la germanité réside dans le rassemblement des tribus libres autour d’Arminius, voire de Marbod, qui partent combattre les Romains et défont les légions de Varus dans la Forêt de Teutoburg. Le sionisme est, pour Sand, une transposition dans l’univers mental du judaïsme de la démarche intellectuelle qui a généré cette « narration germanique ». La fondation du peuple juif ne procédant pas, évidemment, des tribus rassemblées sous le commandement d’Arminius mais des tribus regroupées sous la houlette du Roi Salomon, de biblique mémoire. 

 

Si de telles « narrations » s’incrustent dans la mentalité d’une population, elle finira par vouloir exclure tout ce qui n’appartient pas à la matrice hypothétique de cette narration, tout ce qui ne relève pas de cette « essence ». En posant cette hypothèse, Sand reste un homme de gauche, la caractéristique majeure de toute gauche, dans cette perspective, est de rejeter de telles « essences » ou d’en montrer la vacuité. Shlomo Sand se réfère à la notion de citoyenneté, autre réflexe de gauche, telle qu’elle a été définie par l’historien allemand de l’empire romain, Theodor Mommsen. Pour celui-ci, toutes les composantes de l’empire romain fusionnaient dans le service à l’empire, ce service conférant l’honneur de la citoyenneté. Pour Mommsen, c’est ce modèle romain de citoyenneté que devait adopter le nouvel empire allemand né en 1870. Au sein de cet empire, les composantes bavaroises, prussiennes, wurtembergeoises, hessoises, mecklembourgeoises, brandebourgeoises, rhénanes, franconiennes, etc. devaient fusionner pour former une nation de citoyens, tout en abjurant les « folklores désuets ». Les juifs de l’empire allemand devaient procéder de la même manière que leurs concitoyens rhénans ou bavarois, etc., et mettre entre parenthèse leurs spécificités, devenues inutiles et relevant, de ce fait, d’un « folklore désuet ».

 

Un monothéisme qui n’a rien d’absolu

 

Dans le sillage du romantisme européen et germanique en particulier, des historiens juifs ont créé, explique Sand, une « mythistoire » qui débouchera sur le sionisme. Celui-ci est donc une pure construction de l’esprit comme est aussi construction de l’esprit le monothéisme, posé comme intransigeant et prêté au peuple juif « mythistorique ». Pour justifier sa démonstration, Sand rappelle que la Bible évoque un royaume de Judée (celui de Salomon et de sa postérité) et un royaume d’Israël, situé plus au nord, en Galilée ou dans le Sud du Liban et de la Syrie actuels. Le royaume de Judée est présenté comme « pur », comme matrice de toute l’histoire juive postérieure et comme modèle antique de l’Etat rêvé et réalisé par les sionistes. Le royaume d’Israël est posé comme syncrétique et plus avancé en matière de civilisation. Il a aussi été, visiblement, plus puissant. Les sources assyriennes en font mention, avant que l’empire assyrien ne l’absorbe dans son orbe. Syncrétique, ce royaume d’Israël demeure largement païen et ne pratique pas un monothéisme absolu : Jéhovah est bien là, mais comme patron des autres dieux, à l’instar du Jupiter romain ou du Zeus grec. A ses côtés, on honore Baal, Shamash et surtout la belle déesse Astarté.

 

La Judée, province reculée et davantage sous influence égyptienne qu’hellénique, ne sera absorbée dans l’empire assyrien que deux siècles plus tard. Les mythes qui entourent ce petit royaume, peu mentionné dans les sources antiques, sont des inventions tardives pour les historiens postsionistes : ainsi, Salomon et ses somptueux palais n’auraient jamais existé et relèverait de la « mythistoire ».  Sand , p. 172 : « Les mythes centraux sur l’origine antique d’un peuple prodigieux venu du désert, qui conquit par la force un vaste pays et y construisit un royaume fastueux, ont fidèlement servi l’essor de l’idée nationale juive et l’entreprise pionnière sioniste. Ils ont constitué pendant un siècle une sorte de carburant textuel au parfum canonique fournissant son énergie spirituelle à une politique identitaire très complexe et à une colonisation territoriale qui exigeait une autojustification permanente. Ces mythes commencèrent à se fissurer, en Israël et dans le monde, ‘par la faute’ d’archéologues et de chercheurs dérangeants et ‘irresponsables ‘, et, vers la fin du 20ième siècle, on eut l’impression qu’ils étaient en passe de se transformer en légendes littéraires, séparées de la véritable histoire par un abîme qu’il devenait impossible de combler. Bien que la société israélienne fût déjà moins engagée, et que le besoin d’une légitimation historique qui servit sa création et le fait même de son existence allât en s’amenuisant, il lui était encore difficile d’accepter ces conclusions nouvelles, et le refus du public face à ce tournant de la recherche fut massif et acharné ».

 

La Bible quitte le rayon de la théologie pour devenir un livre historique

 

De même, p. 178 : « La Bible, considérée pendant des siècles par les trois cultures de religion monothéiste, judaïsme, christianisme et islam, comme un livre sacré dicté par Dieu, preuve de sa révélation et de sa suprématie, se mit de plus en plus, avec l’éclosion des premiers bourgeons d’idée nationale moderne, à servir d’œuvre rédigée par des hommes de l’Antiquité pour reconstituer leur passé. Dès l’époque protonationale protestante anglaise, et plus encore parmi les colons puritains d’Amérique et ceux d’Afrique du Sud, le Livre des livres devint, par anachronisme nourri d’imagination enflammée, une sorte de modèle idéal pour la formation d’un collectif politico-religieux moderne (…). Et si les croyants juifs ne s’y étaient presque pas directement plongés par le passé, les intellectuels de l’époque des Lumières en ont inauguré une lecture laïque qui alla en s’élargissant. Cependant, (…) ce n’est qu’avec l’essor de l’historiographie protosioniste, dans la seconde partie du 19ième siècle, que la Bible a clairement joué un rôle clé dans le drame de la formation de la nation juive moderne. Du rayon des livres théologiques, elle est passée à celui de l’histoire, et les adeptes de la nation juive ont entrepris de la lire comme un document fiable sur les processus et les événements historiques. Plus encore, elle a été élevée au rang d’une ‘mythistoire’, qui ne saurait être mise en doute parce qu’elle constitue une évidente vérité. Elle est donc devenue le lieu de la sacralité laïque intouchable, point de départ obligé de toute réflexion sur les notions de peuple et de nation. La Bible a principalement servi de marqueur ‘ethnique’ indiquant l’origine commune de femmes et d’hommes dont les données et les composantes culturelles laïques étaient complètement différentes, mais qui étaient détestés en raison d’une foi religieuse à laquelle il n’adhéraient pratiquement plus. Elle fut le fondement de l’intériorisation de la représentation d’une ‘nation’ antique dont l’existence remontait presque à la création du monde dans la conscience du passé d’hommes qui furent déplacés et se sont perdus dans les labyrinthes d’une modernité rapide et décapante. Le giron identitaire douillet de la Bible, malgré son caractère de légende miraculeuse, et peut-être grâce à lui, a réussi à leur procurer un sentiment prolongé et presque éternel d’appartenance que le présent contraignant et pesant était incapable de fournir. Ainsi l’Ancien Testament se transforma-t-il en un livre laïque, enseignant aux jeunes enfants quels furent leurs ‘antiques aïeux’ et avec lequel les adultes eurent tôt fait de partir glorieusement vers des guerres de colonisation et de conquête de la souveraineté ».

 

Cette démonstration conduit également à considérer l’exil juif comme une invention « mythistorique ». Sand, p. 183, nous apprend que Rome ne pratiquait jamais l’expulsion générale de tout un peuple vaincu, tout au plus l’Urbs pratiquait-elle des expulsions partielles et ciblées. L’idée d’un exil provient des exagérations de l’historien latin antique de souche juive, Flavius Josèphe, qui, comme tous ses homologues historiens de l’antiquité, gonfle démesurément les chiffres : les campagnes romaines de Titus auraient fait 1,1 million de morts rien qu’à Jérusalem et, après la bataille, le général romain aurait fait 97.000 prisonniers ; la Galilée  aurait compté, à l’époque, plus de trois millions d’habitants (p. 184). Toute approche raisonnable de l’histoire antique de la région donnerait un chiffre maximal d’un million d’habitants, vu l’aridité du sol. Avant l’arrivée de la deuxième vague d’immigrants juifs dans la première décennie du 20ième siècle, les vilayets constituant l’actuelle Palestine comptaient à peine 400.000 habitants. En 132-135, à la suite de la révolte du zélote Bar Kochba, la persécution aurait été plus féroce encore mais rien n’indique une expulsion généralisée de la population. Sur cet épisode, aucun historien n’a écrit quoi que ce soit. Nous n’avons donc pas, sur cette révolte postérieure aux campagnes de Titus, d’exagérations de l’acabit de celles de Flavius Josèphe. On sait seulement que Jérusalem sera débaptisée et portera le nom romain d’Aelia Capitolina. Pour Sand, le terme « exil » signifie « soumission politique ». Les communautés juives de l’antiquité, dans le bassin méditerranéen ou en Mésopotamie ou dans la péninsule arabique, sont donc des communautés exclusivement religieuses et n’ont pas de bases ethniques.

 

Les conversions forcées du Royaume des Hasmonéens

 

Sand réfute également l’idée que les royaumes judaïques de l’antiquité ne pratiquaient pas le prosélytisme et ne procédaient pas à des conversions forcées, si bien qu’il est impossible de dire que tous les juifs  de la diaspora, avant le sionisme, étaient des descendants de « Judéens », expulsés de Judée par le « méchant Titus » (les guillemets sont de Sand). Sand prend l’exemple du royaume des Hasmonéens, le plus important royaume juif de l’antiquité. Ce royaume avait été fortement hellénisé, au point de déplaire aux Macchabées, les fondamentalistes de l’époque, qui ne toléraient aucun syncrétisme ni aucune fusion avec d’autres traditions. La révolte des Macchabées nous apprend, outre la haine féroce que vouent les fondamentalistes à tout syncrétisme impérial ou politique, que le monothéisme de ce royaume des Hasmonéens n’était pas strict, au sens où nous l’entendons aujourd’hui lorsque nous évoquons les intégristes des religions monothéistes. Pour Sand, le monothéisme hasmonéen était un monothéisme imparfait, c’est-à-dire un monothéisme qui s’était borné à limiter le nombre de dieux. Ce monothéisme lâche, l’hellénisme omniprésent dans le bassin oriental de la Méditerranée et l’universalisme, qui en découlait, s’opposaient au tribalisme juif de l’époque. L’espace du Proche Orient du temps des Hasmonéens était un espace impérial, rassemblant des populations et des ethnies diverses et hétérogènes, exactement comme de nos jours. En cas de conflit, ce royaume hasmonéen convertissait de force, ou tentait de convertir par la contrainte, les peuplades vaincues, leur imposant parfois la circoncision forcée. Sand constate que l’historiographie sioniste rejette ou escamote le fait que constituent ces conversions forcées au judaïsme car, une fois de plus, elles tendent à prouver que tous les adhérents à la confession mosaïque ne descendent pas de « Judéens purs ».

 

On a souvent dit que la conversion forcée ou le prosélytisme n’appartenaient pas à la tradition juive talmudique. C’est vrai mais ce refus de tout prosélytisme date seulement d’après 135, d’après la défaite des zélotes de Bar Kochba, quand il n’y avait plus moyen de convertir de force des tribus voisines ou des résidents étrangers. En 104 av. J. C., Aristobule, roi juif hellénisé, conquiert la Galilée et convertit de force une tribu, probablement arabe, ou au moins sémitique, les Ituréens, au judaïsme de son propre royaume. Nous avons donc encore un démenti : les Ituréens ont été fondus dans la masse juive sans avoir jamais séjourné dans l’espace restreint du petit royaume de Juda.

 

La lecture du livre de Sand nous apporte encore beaucoup d’autres éclairages sur l’invention du peuple juif et nous permet de reléguer au rayon des mythes sans consistance, non pas seulement ceux du sionisme laïcisé ou non, mais aussi tous ceux des monothéismes contemporains, notamment ceux que véhiculent, à grands renforts médiatiques, les biblismes américains, sud-africains ou protestants qui injectent dans le discours politique des absurdités religieuses, en dépit des leçons de l’histoire, des gestes impériales avérées ou des découvertes de l’archéologie. Le biblisme américain est surtout préoccupant, vu le poids considérable qu’il pèse sur le processus démocratique aux Etats-Unis, puissance hégémonique planétaire, et, partant, sur les processus de décision qui affecte, ipso facto, la vie politique de tout le globe. Le travail d’un Sand permet aussi de critiquer la transposition d’un biblisme ou d’un sionisme juifs dans le mental de protestants de souche anglo-saxonne, qui n’ont aucun lien « ethnique » avec la Palestine. Biblisme et sionisme protestants sont, au même titre que le sionisme fabriqué au 19ième siècle, sinon plus encore que ce sionisme, des fictions sans consistance ou des aberrations entachées de fanatisme.

 

Une réhabilitation de la notion d’empire

 

Indirectement, Shlomo Sand réhabilite la notion équilibrante et apaisante d’empire, en valorisant le syncrétisme hellénistique des Hasmonéens au détriment de l’exclusivisme judéen, repris par les sionistes, en avançant comme modèle l’idée de citoyenneté romaine mise en évidence par Mommsen et, simultanément, l’idée d’une citoyenneté impériale allemande après 1870. En effet, une idée impériale nouvelle et rénovée pourrait seule apporter la paix à un Proche Orient fragmenté par les tribalismes, les exclusivismes et les fictions politiques. Reste à savoir si une notion de citoyenneté, de mommsenienne mémoire, pourra s’appliquer de manière transrégionale en Europe ou déboucher sur une omni-citoyenneté européenne, incluant ou excluant les migrations récentes, survenues pendant les « Trente Glorieuses » et poursuivies par les regroupements familiaux. La volonté de certains de nous ramener non pas à une Judée mythique du Roi Salomon ou à une Germanie d’Arminius mais à une Arabie du 7ième siècle ne se heurte-t-elle pas à cette notion apaisante de citoyenneté impériale ? La question demeure ouverte et cet idéal, préconisé par Sand, débouchera-t-il sur une concrétisation voulue par des optimistes, frères en esprit des sionistes phalanstériens du début du 20ième siècle, ou échouera-t-il parce que des pessimistes auront finalement raison dans leurs analyses sans concession ni fard contre les tenants d’éthiques socialistes de la conviction ?   

 

Robert Steuckers.

 

Sources :

Shlomo SAND, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, Paris, 2008.

Shlomo SAND, Les mots et la terre – Les intellectuels en Israël, Flammarion, coll. « Champs », n°950, 2010.

Colin SHINDLER, A History of Modern Israel, Cambridge Université Press, 2008.

          

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