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lundi, 14 septembre 2026

Déception à Vaduz

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Déception à Vaduz

par Georges Feltin-Tracol

Dans les années 2010 et à la suite de la Manif pour Tous se distinguait un groupe activiste original: les cercles anarcho-royalistes du Lys noir animés par Rodolphe Crevelle (1955–2019). Dans La doctrine anarcho-royaliste dont la quatrième édition date de 2018, il présentait la principauté du Liechtenstein comme «notre Cuba informel» ou un «Cuba anarcho-royaliste».

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Coincé entre la Suisse et l’Autriche au cœur des Alpes, l’un des plus petits États du monde est une monarchie dont la dynastie éponyme, apparue vers 1156, y règne depuis 1719. À la différence des autres régimes couronnés d’Europe et à l’exception du Saint-Siège et de la principauté de Monaco, le souverain règne et gouverne en liaison avec un gouvernement et un parlement. Membre du Conseil de l’Europe depuis 1978, de l’ONU depuis 1990 et de l’Espace économique européen depuis 1995 malgré son traité d’union douanière avec la Confédération helvétique, le Liechtenstein est une monarchie populaire: le prince souverain dispose d’un droit de veto absolu sur les décisions gouvernementales et législatives tempéré par une procédure référendaire d’initiative populaire et le droit communal à la sécession.

imageteaser_fuerst-1_hans_adam.jpgRodolphe Crevelle s’enthousiasmait donc pour cette monarchie alpine qui avait connu «la seule révolution anarcho-royaliste de l’Histoire». En 2003, les cloportes de la Commission de Vienne, organe sentencieux émanant du Conseil de l’Europe, s’indignent des pouvoirs exécutifs conférés au souverain par la constitution. Hans-Adam II (photo) répond à l’injonction euro-mondialiste en organisant un double référendum qu’il remporte haut la main (pour l’accroissement des pouvoirs du Prince à 64,32% et contre la diminution des pouvoirs du Prince à 83,44%).

Le 1er juillet 2012, un autre référendum prévoyant la réduction du pouvoir exécutif princier donne 76,43% de non. Le souverain liechtensteinois «avait su résister, applaudit alors Rodolphe Crevelle, à toutes les pressions, notamment de la part du Conseil de l’Europe». Mieux encore, la population du Liechtenstein désapprouve l’avortement, l’euthanasie, la GPA, la PMA et l’homoconjugalité. «Le Liechtenstein, poursuivait le sympathique théoricien de l’Hyper-France, fait figure de réduit sociétal européen, un gravier dans la chaussure “drag queen” de l’Europe».

1982493_ajaxbilder_1Amvau_BvCuvv.jpgMalheureusement, le monde ultra-moderne poursuit son long travail de sape. Dès 2004, un obscur comité de l’ONU s’élève contre les règles de succession de la principauté au nom d’un fumeux Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Des bureaucrates mondialistes dénonçaient la primogéniture masculine qui exclut les femmes du pouvoir princier. Ces belles âmes rappelaient que le droit de vote n’avait été concédé au beau sexe qu’en 1984. Aujourd’hui, le premier ministre de la principauté alpine est néanmoins une femme, Brigitte Haas (photo).

Les institutions internationales et prétendues européennes ne cessent de harceler Vaduz pour cette soi-disant discrimination successorale. Ces pressions incessantes ont-elles finalement lassé la famille princière? Le 12 août 2026, lors d’une réunion plénière tenue à huis clos, deux tiers des membres adultes de la dynastie de Liechtenstein abolissent la primogéniture masculine au profit d’une primogéniture absolue stricte. Rendue publique trois jours plus tard pour la fête nationale, la décision familiale ne s’appliquera qu’aux femmes qui naîtront à partir du 16 août 2026. Pour l’instant, l’ordre de succession compte cinquante-quatre hommes…

La famille princière de Liechtenstein aurait pu au moins s’inspirer de Monaco qui privilégie la primogéniture masculine tout en permettant la succession par les femmes. Les Grimaldi actuels tiennent leur palais grâce à deux femmes dans l’histoire. La dynastie alpine a adopté la solution la plus politiquement correcte. Cette antique famille dont le territoire abrite de nombreuses banques s’est-elle pliée au Diktat de la finance mondiale? Il faut le craindre. Il est possible qu’un référendum d’initiative populaire saisisse ce sujet et que les électeurs rejettent au final la décision…

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Deux compagnons de route du Lys noir, Joseph Joly et Vincent Lefebvre ont naguère publié aux éditions de l’Aspirant La dynastie prisonnière. Histoire des souverains du Luxembourg, de l’indépendance à aujourd’hui. Ces deux auteurs mettaient tous leurs espoirs dans le grand-duc Henri ainsi que dans son fils aîné, Guillaume, pour entrer tôt ou tard en dissidence. L’histoire immédiate a répondu à leurs attentes par un démenti formel! Avant d’abdiquer en faveur de Guillaume V en 2025, l’ancien grand-duc Henri entérine la révision de la Constitution en 2008 qui lui retire ses ultimes prérogatives politiques.

S.A.R.-le-Grand-Duc-Jean-727x1024.jpgLe Lys noir croyait en la combattivité de la Maison de Bourbon-Parme à l’exemple du prétendant carliste traditionaliste Sixte-Henri. Or les anarcho-royalistes oubliaient qu’en 1986, le grand-père de Guillaume V, Jean (né en 1921, grand-duc en 1964, abdique en 2000 et décédé en 2019 - photo, ci-contre), renonçât pour lui et ses descendants aux titres de la Maison de Bourbon-Parme. Cette renonciation surprenante signalait déjà une acceptation inquiétante envers le nouveau désordre mondial ambiant.

Certes, à part le prince régnant de Monaco, Albert II, qui refuse la proposition du Conseil national d’autoriser l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse avec le risque de se faire dénigrer par les bien-pensants, force est de constater que les dynasties régnantes en Europe se couchent devant un conformisme édifiant. Cet état de fait empêche toute restauration monarchique sérieuse. La monocratie héréditaire n’est pas une solution idoine. Au risque d’oser l’oxymore, une «monarchie collective» dans laquelle la souveraineté se répartirait en fonction des circonstances d’un pôle à un autre paraît plus avantageuse. La résistance polysynodale, modulaire et «mosaïque» de la République islamique d’Iran le démontre bien chaque jour à la grande colère des atlantistes – occidentalistes globalitaires. S’il faut un empire sacré à l’Europe, que cet Imperium se donne d’abord un conductorat impérieux !

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 197, d’abord mise en ligne le 9 septembre 2026 sur Synthèse nationale.

vendredi, 15 décembre 2017

L’ultime vestige du Saint-Empire romain germanique

Le 6 août 1806, sur un ultimatum de Napoléon Ier, l’empereur François II de Habsbourg signait la dissolution du Saint-Empire romain germanique, proclamait l’Empire d’Autriche et prenait le nom de François Ier. Cette décision forcée mettait un terme définitif aux 1 200 – 1 300 entités souveraines de cette étonnante structure géopolitique mitteleuropéenne.

Pourtant, deux cent onze ans plus tard demeure en plein cœur des Alpes entre Suisse et Autriche son dernier vestige : la principauté de Liechtenstein. Ce territoire de 160 km² et de 37 000 habitants, dont la capitale est Vaduz, est surtout connu des Français pour être un ancien « paradis fiscal ». En union économique et douanière avec la Confédération helvétique, cette principauté a rejoint l’ONU en 1990 et participe à l’Association européenne de libre-échange, à l’Espace économique européen ainsi qu’à l’espace Schengen. Le Conseil de l’Europe la surveille néanmoins avec une très grande attention, car les canons de la démocratie oligarchique et ploutocratique n’y sont pas appliqués.

Dans La doctrine anarcho-royaliste (2017, 395 p., 9,90 €), Rodolphe Crevelle, principal responsable du Lys Noir, encense la principauté traitée de « Cuba anarcho-royaliste ». La famille princière a donné son nom au pays si bien que son chef est prince de et à Liechtenstein. La titulature n’est pas anodine. Au début des années 2000, Son Altesse Sérénissime Hans-Adam II fit adopter par référendum une révision constitutionnelle lui accordant de larges prérogatives exécutives, quitte à froisser Montesquieu et son équilibre imbécile des pouvoirs. Avec Monaco, le Liechtenstein est le dernier État d’Europe où le souverain règne et gouverne. Afin de bien montrer aux parlementaires du Landtag qu’il est plus démocrate qu’eux, le prince régnant permet aussi des procédures de démocratie directe et le recours au référendum.

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La situation politique n’est depuis plus figée dans un bipartisme stérile et convenu. Les conservateurs du Parti progressiste des citoyens (35,2 % aux législatives de cette année) et les démocrates chrétiens de l’Union patriotique (33,7 %) qui alternent au gouvernement, ont vu l’apparition de la Liste libre, fondée en 1985, d’obédience sociale-démocrate – écologiste (12,6 %), et, en 2013, des Indépendants (18,4 %) au programme très flou, parfois qualifié de « populiste », voire « libertarien ». Si l’un des premiers élus est un mécanicien travesti, dès 2015, les Indépendants se sont élevés contre les quotas de « migrants » imposés par Bruxelles.

Le gouvernement princier a en effet fait accueillir quelques dizaines de clandestins extra-européens. Il faut reconnaître que l’accueil des réfugiés est une habitude locale. Le Liechtenstein était cher au cœur d’Alexandre Soljenitsyne. Le célèbre dissident soviétique n’oublia jamais qu’en 1945, la principauté accepta la présence de quelque 500 soldats de la 1re Armée nationale russe qui venaient de combattre les Soviétiques aux côtés des forces allemandes. Malgré les pressions diplomatiques formidables des Alliés occidentaux et de Moscou, Vaduz ne céda jamais, refusa de livrer ces Russes blancs au NKVD et tint tête à l’URSS de Joseph Staline. Cet épisode méconnu fit l’objet en 1993 d’un film de Robert Enrico, Vent d’Est.

Ce bel exemple montre que la fermeté de caractère constitue la base déterminante de toute véritable souveraineté politique.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire a été diffusée sur Radio Libertés le 8 décembre 2017.

jeudi, 27 février 2014

Une monarchie populaire dans les Alpes

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Une monarchie populaire dans les Alpes

par Georges FELTIN-TRACOL

Le Saint-Empire romain germanique existe encore en 2013 ! Plus exactement, son ultime vestige situé au cœur des Alpes, coincé entre la Suisse et l’Autriche : la principauté du Liechtenstein. D’une superficie de 160 km2 et peuplé d’environ 35 000 habitants, le Liechtenstein dont la capitale est Vaduz, est le cinquième État germanophone après l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et la Belgique.

 

Considéré comme un paradis fiscal, le Liechtenstein figure en tête des pays les plus riches de la planète. Alternant les unions économiques ou douanières avec l’Autriche et la Suisse (le franc suisse est d’ailleurs sa monnaie officielle), il dispose de ressources agricoles, bénéficie du tourisme, s’est enrichi grâce à la philatélie et a développé une industrie diversifiée (métallurgie, textile, pharmaceutique, agro-alimentaire). Le chômage s’élève à 1,1 % de la population active. Mais c’est le secteur bancaire qui assure sa prospérité économique. La principauté accueille une vingtaine de banques et plus de 80 000 fondations fiduciaires protégées par un secret bancaire et de nombreux avantages fiscaux adoptés entre 1924 et 1928 avant même la Confédération helvétique.

 

En 1999, un rapport rendu public du B.N.D. (les services secrets allemands)  accusait la principauté d’être un centre du blanchiment de l’argent des mafias russe, italienne et albanaise. En 2008, l’Allemagne exigea du Liechtenstein une liste complète des ressortissants allemands détenteurs d’un compte en banque dans la principauté. Très sourcilleux en matière de souveraineté politique, le gouvernement liechtensteinois tint tête aux pressions allemandes et refusa la moindre divulgation. En revanche, il accepta de modifier graduellement les règles du secret bancaire. L’animosité fut donc vive entre Berlin et Vaduz. Ce n’était pas la première fois.

 

Historiquement, la famille princière de Liechtenstein est vassale des Habsbourg. Jusqu’au prince souverain François-Joseph II (1906 – 1938 – 1989), les Liechtenstein vivaient à Vienne et ignoraient tout de leur territoire. Satellite de l’Autriche, le Liechtenstein n’entre pas en 1871 dans l’Empire allemand de Bismarck. Si, dès 1914, la principauté proclame sa neutralité, elle suscite néanmoins le grand intérêt de l’Allemagne qui projette en 1917 d’en chasser la famille princière, d’y installer le pape et de la transformer en État pontifical ! La ferme intervention diplomatique de l’Autriche-Hongrie et le refus conjugué de la dynastie liechtensteinoise et du souverain pontife font avorter le plan.

 

En 1938, l’Anschluss de l’Autriche par l’Allemagne relance les spéculations sur le devenir du Liechtenstein qui n’a plus d’armée depuis 1866 et qui ne peut pas se prévaloir d’une éventuelle assistance militaire helvétique. En 1939, le jeune prince souverain François-Joseph II rencontre Hitler à Berlin. Le Führer garantit son indépendance. De nouveau neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, le Liechtenstein voit certains de ses habitants s’engager du côté allemand. Soucieux d’empêcher l’élection au Landtag (Parlement) de nationaux-socialistes locaux, le prince proroge d’autorité le mandat des députés avec l’assentiment de ses sujets.

 

En mai 1945, la principauté résiste à l’U.R.S.S. de Staline. En effet, près de cinq cents combattants russes de l’Armée Vlassov, alliée de l’Allemagne, viennent de se réfugier au Liechtenstein. Moscou exige leur rapatriement forcé alors que ni la Suisse, ni les États-Unis ne souhaitent mécontenter l’Union Soviétique. Or Vaduz refuse de les livrer et n’accepte que des retours volontaires. À la surprise générale, l’U.R.S.S. cède… Cet épisode historique méconnu, salué en son temps par Alexandre Soljénitsyne, a fait l’objet en 1993 d’un beau film de Robert Enrico, Vent d’Est.

 

L’après-guerre permet à la petite principauté de retrouver une sérénité certaine. En 1978, elle rejoint le Conseil de l’Europe. En 1981, la peine de mort, jamais appliquée depuis 1785, est abolie. En 1984, le droit de vote est accordé aux Liechtensteinoises. Contrairement à sa voisine suisse longtemps méfiante à l’égard des institutions internationales, le Liechtenstein accepte de les intégrer : 1990 pour l’O.N.U., 1991 pour l’A.E.L.E. (Association européenne de libre-échange qui réunit aujourd’hui l’Islande, la Norvège et la Suisse) et 1992 pour l’Espace économique européen à la suite d’un référendum marqué par un oui à l’adhésion de 55,81 %.

 

Si le Liechtenstein a pour hymne officiel une composition de l’abbé Jauch sur l’air britannique du God save the Queen, cette monarchie princière dont le catholicisme fut la religion d’État jusqu’en 2012 et qui a pour devise « Dieu, prince et patrie », diffère de ses homologues monégasque et andorrane puisqu’elle combine le droit divin et le pouvoir populaire.

 

Principal propriétaire foncier de la principauté, le prince souverain est « par la grâce de Dieu, seigneur de et à Liechtenstein, duc de Troppau et Jägerndorf, comte à Rietberg », mais c’est une constitution révisée en 2003 qui définit sa fonction. Il incarne l’exécutif. Le prince souverain nomme et peut révoquer sans se justifier le chef du gouvernement et les ministres. Composé de 25 membres élus au suffrage universel direct et au scrutin proportionnel pour 4 ans dans deux circonscriptions, le Landtag vote les lois et le budget. Outre des élus indépendants, la Chambre se compose de trois forces politiques : le Parti des citoyens progressistes (1918) d’orientation conservatrice, les démocrates-chrétiens de l’Union patriotique (1936) et les écologistes de gauche de la Liste libre (1985). La vie politique tourne surtout autour du dialogue permanent entre le prince souverain, Hans-Adam II, fils de François-Joseph II (ou son représentant, le régent, son fils et futur dirigeant, Alois) et ses sujets.

 

À l’instar de la Confédération helvétique, le Liechtenstein applique le référendum d’initiative populaire. L’opposition républicaine a à plusieurs reprises utilisé cette procédure afin de réduire les prérogatives princières à savoir le droit de dissolution du Parlement et le droit de veto sur les lois votées par le Landtag ou acceptées par référendum. Ainsi, en 2011, le prince Hans-Adam II annonce à l’avance qu’il s’opposera à la légalisation de l’avortement même si celle-ci est acceptée. 52,3 % des électeurs se rallient au choix du prince. Un an plus tard, une initiative populaire propose la suppression du veto princier sur une décision référendaire. Le prince souverain prévient ses sujets que son approbation le conduira à s’installer en Autriche. Il interdira aussi l’usage du nom de Liechtenstein à l’État de facto républicain. Finalement, 76,1 % des électeurs votent non, montrant leur grand attachement pour leur dynastie. Les Liechtensteinois ne souhaitent pas devenir le canton helvète du Haut-Rhin ou un nouveau Land autrichien.

 

Les penseurs politiques français du XIXe siècle (certains légitimistes, des orléanistes atypiques ou des bonapartistes) rêvaient de concilier le pouvoir héréditaire et le suffrage populaire. La principauté du Liechtenstein a réussi cette combinaison, ce qui en fait une démocratie semi-référendaire de droit divin.

 

Georges Feltin-Tracol

 


 

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