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vendredi, 05 juin 2020

Vocabulaire préfabriqué

Le billet de Daniel Pollett

Ex: https://liguedumidi.com

Nous observons tous que depuis bien longtemps, les gauchistes utilisent et instillent l’utilisation d’un vocabulaire préfabriqué, dont l’indigence référentielle n’a d’égal que son inadaptation historique, en plus d’être une insulte permanente à l’usage du français littéraire et à l’objectivité du plus élémentaire bon sens.

Tout y passe : Histoire, politique, économie, actualité et, bien sûr, les fondements de notre société civilisée, organisée et consciente que sont le patriotisme, l’écologie et même la République. Pourtant, ces fondamentaux sont l’affaire de tous et ne devraient pas être dénaturés par l’utilisation d’un vocabulaire aussi inadapté que méprisant ou par des utilisations partisanes. On peut citer par exemple l’utilisation grandissante du verbe « porter » remplaçant le verbe adéquat qu’une paresse intellectuelle à la mode fait éviter de puiser dans la richesse de notre langue nationale -par exemple dire de tel député qu’il « porte » un projet alors qu’il serait plus juste d’utiliser les verbes « soutenir » ou  « présenter »-. Pour ce qui concerne nous autres patriotes ou identitaires, nous connaissons par cœur le vocabulaire vomi en permanence à notre endroit, aussi bien par les gauchistes revendiqués que par les médias déversant la propagande gouvernementale au lieu de faire de l’information.

91xDnLZUPBL.jpgTerminant la lecture de deux livres sur le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, sa biographie écrite par Laurent Beccaria et l’un de ses propres ouvrages Les Champs de braises, des souvenirs d’enfance reviennent à propos éclairer les mots injustes utilisés volontairement par ceux qui ne supportent pas que l’on ne pense pas comme eux.

J’avais dix ans lorsque, le 21 Avril 1961, une partie de l’armée française prit le contrôle du pouvoir civil et militaire à Alger, en réaction à la trahison dont elle-même, les harkis, les musulmans fidèles à la France et les Pieds-Noirs étaient les victimes. Les politiciens de tous bords, ceux-là même qui avaient demandé à l’armée de rétablir l’ordre « par tous les moyens » en Algérie tout en négociant secrètement et toujours à la baisse avec le FLN condamnèrent sévèrement cette courte révolte, tout comme plus tard ils le firent pour l’utilisation de « tous les moyens » qu’ils avaient pourtant préconisés. Résultat connu : l’armée française a gagné la guerre mais les politiciens ont abandonné l’Algérie, non pas au peuple algérien mais au FLN. Alors il y a eu les massacres de civils, la corruption et le délaissement de l’héritage colonial, puis encore la guerre civile et une caricature de démocratie amenant l’Algérie à son état actuel, ou nombre d’Algériens veulent venir habiter le pays des colonisateurs honnis.

Je me souviens bien de mes lectures de ce temps-là et des années suivantes, où les militaires putschistes étaient insultés en permanence par l’ensemble de la presse, beaucoup s’accordant pour affirmer qu’ils avaient déstabilisé l’ordre républicain et menacé la sécurité de l’État. L’opinion publique, lassée de cette guerre qui mit si longtemps à dire son vrai nom et à laquelle participait le contingent, était restée marquée par l’appel pathétique lancé à la radio par le Premier ministre Michel Debré, celui-là même qui quelques années plus tôt justifiait par avance toute forme de défense de l’Algérie française. Les putschistes d’Alger étaient donc des « fascistes » dont l’hypothèse de l’arrivée par la voie des airs avait fait trembler le peuple et la République. Habitant alors Montreuil-sous-Bois dans le département de la Seine, devenu Montreuil dans le 9-3, fief communiste de longue date qui était mon environnement, je fus imprégné moi-même de ces mots injustes qui restèrent gravés dans mon esprit d’enfant comme autant de références historiques. C’est ainsi que l’on fabrique les préjugés.

Certes, il y a longtemps que ma passion pour l’Histoire a fort heureusement fait changer mon regard sur ces hommes et ces événements, et j’ai voulu comprendre les motivations des uns et des autres. C’est pourquoi la lecture successive de ces deux livres n’a pas été une révélation me faisant changer d’opinion, mais elle m’a amené à réfléchir encore plus longuement sur la nature humaine, les relations entre les individus, les mouvements de masse et ce qui peut décider du destin d’un homme. Le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc était un personnage spirituel, émouvant et attachant que j’aimerais avoir rencontré.

C’est pourquoi lorsque j’observe le vocabulaire utilisé envers nous, patriotes, identitaires, défenseurs de notre patrimoine historique et culturel, que ce soit par les gauchistes, les journalistes et les politiciens, je me dis que ce phénomène n’est pas nouveau, mais qu’il est bien volontaire, calculé et offensif. Il est dégradant, injuste et mensonger. Il entretient l’idée que les réflexes naturels de défense de ce qui est à soi sont intrinsèquement mauvais et condamnables.

Il participe à la haine de soi avec laquelle, comme l’a écrit Hélie Denoix de Saint-Marc, on ne fait rien de bien. Il dénigre notre Patrie, nos ancêtres et notre Histoire. Il prépare une humanité sans racines, sans passé et sans avenir.

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Staline recommandait à ses complices, lors de polémiques, de commencer par traiter leur adversaire de fasciste, arguant que le temps et l’énergie qu’il emploierait à expliquer que ce n’était pas vrai seraient perdus pour sa propre argumentation. Le procédé a depuis fait école sans discontinuer et se pratique encore sous nos yeux. De plus, ces gauchistes qui investissent le plus possible de rouages sociaux n’hésitent pas à en exclure les patriotes -je l’ai constaté personnellement récemment- tout en prétendant que c’est nous qui sommes des mouvements d’exclusion… Ce sont eux qui ont pris le contrôle du mouvement des Gilets Jaunes tout en le laissant discréditer par les exactions de leurs complices Blacks Blocs et on voit où cela a mené : rien de ce qui a motivé et provoqué le mouvement des Gilets Jaunes n’est résolu. Le pouvoir a laissé les Blacks Blocs commettre des destructions sans que sa police ne fasse parmi eux le moindre blessé, alors que l’on sait comment elle a mutilé, éborgné, matraqué les Gilets Jaunes pacifiques. Une fois de plus, on peut constater la complicité de fait entre ces gauchistes et le pouvoir dictatorial macronien et mondialiste. Amis patriotes, identitaires, défenseurs de notre patrimoine historique, ne laissons pas tous ces ennemis de la France nous dénigrer avec leur vocabulaire aussi médiocre que mensonger !

dimanche, 01 mars 2020

Een aantal woorden en begrippen waarmee u dit jaar geconfronteerd zal worden

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Een aantal woorden en begrippen waarmee u dit jaar geconfronteerd zal worden
 
Francis Van den Eynde
Ex: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, nr. 145, Februari 2020

Het leidt geen twijfel dat u ook dit jaar overspoeld zal worden door de politiek correcte “new speak”  die ons langs alle mogelijke kanalen door de heersende ideologie zal opgedrongen worden. Dat jargon zal zoals altijd bestaan uit een aantal woorden en begrippen waarvan sommigen al een tijdje in gebruik zijn, andere pas recent ontstaan zijn en een aantal andere in de komende maanden nog zullen uitgevonden worden. Maar wat er ook van zij: begrijpen wat er precies mee bedoeld wordt, kan best van pas komen. We vonden het dan ook nodig u er nu al enkele voor te stellen. Dit gebeurt in alfabetische volgorde en uiteraard worden ze stuk voor stuk van een summiere uitleg voorzien.
 
Allochtoon: een term die al een tijdje meegaat en waarop stilaan sleet komt. Ondertussen mag hij wel beschouwd worden als het voorlopig einde van een lange evolutie die bij ‘vreemdeling’ startte. Die ‘vreemdeling’ werd na een tijdje een ‘gastarbeider’, daarna een ‘migrant’, een ‘mede-Vlaming’, dan iemand uit een ‘etnisch culturele minderheid’ en is dus nu voorlopig een ‘allochtoon’. Want vermits al die benamingen na een tijdje vervangen werden omdat ze mogelijkerwijze ‘pejoratief’ konden overkomen, is er geen reden om te denken dat dit uiteindelijk ook voor’ allochtoon’ niet het geval zou zijn. In Gent is het al zover, vermits die term verbannen werd uit de woordenschat van de stedelijke administratie. Het woord werd zelfs door burgemeester in het Baudelopark officieel begraven. Het stadsbestuur  heeft het vervangen door  ‘Gentse Turk’, ‘Gentse Noord-Afrikaan’, enz. Het vergat echter mede te delen of het woord ‘allochtoon’ toch nog gebruikt wordt wanneer het mensen betreft die niet in Gent wonen. Maar gezien de universele roeping van het huidig bestuurscollege van de Arteveldestad zal hieraan wel binnenkort een mouw worden gepast.

Antipolitiek: Een woord dat plots ontstond na de verrassende verkiezingsoverwinning van het VB op 24 november 1991. Niemand wist van waar het kwam of wie het had uitgevonden, maar in de eerste jaren na  “zwarte zondag” (ook new speak) werd er zowel  in de politiek als in de media veelvuldig gebruik van gemaakt. Daarna geraakte het stilaan onder de radar. De laatste tijd duikt het echter regelmatig weer op. Als u zou denken dat het woord betrekking heeft op mensen die met politiek niets willen te maken hebben, bent u volledig verkeerd. Antipolitiek is een terminologie die voorbehouden is voor mensen die een politieke mening huldigen die afwijkt van deze van de heersende ideologie, dit met de bedoeling ze uit het democratisch debat te bannen. In kerkelijke termen zouden ze ketters zijn.

Belgische djihadist: er is geen ontkomen aan, een radicale moslim die vanuit ons land vertrokken is om in Syrië of Irak aan de kant van IS te gaan vechten, mag alleen zo genoemd worden. Van zijn oorspronkelijke nationaliteit mag absoluut geen gewag worden gemaakt. Of hij de Belgische nationaliteit verkregen heeft of niet, is ook van geen enkel belang. Hij is van hier vertrokken en dus is hij Belg en uiteraard nooit een allochtoon.

Burgerbeweging: gewone burgers die spontaan samen een politieke agenda op stellen en hiermee het stelsel van de politieke partijen willen vervangen. Er zijn nogal wat mensen waaronder een aantal journalisten die, vaststellend dat de politieke partijen de huidige crisis niet aan kunnen, erop rekenen dat burgerbewegingen hierin wel zullen slagen. Ze zien hierbij over het hoofd dat van zodra die bewegingen aan verkiezingen zullen deelnemen, ze niets anders zullen zijn dan partijen zoals alle anderen.

Child free: dit epitheton definieert mensen uit Europa die bewust kinderloos willen blijven omdat… de overbevolking van de Derde Wereld een ernstige bedreiging voor het leefmilieu vormt.

Culturele accaparatie: een misdrijf waaraan westerlingen zich vaak schuldig maken wanneer zij gebruik maken van voorwerpen, kledij e.d. die oorspronkelijk bij een niet-blank (excuseer: wit) volk horen. De voetbalploeg AA Gent werd door een instelling van de Verenigde  Naties van culturele accaparatie beschuldigd, toen die vernam dat de club een Indiaan met een veren hoofddeksel als symbool gebruikte. Opgelet! Culturele accaparatie kan slechts in één richting gebeuren. Een zwarte Afrikaan in drieledig pak en met een stropdas om de nek pleegt geen culturele accaparatie. Een Vlaamse vrouw die op het strand een zijden sari boven haar badpak draagt, doet dat wel.

Dekoloniseren: U dacht dat de tijd van het kolonialisme al lang achter ons lag, Kongo is tenslotte al zestig jaar onafhankelijk. Fout dus. Volgens de huidige generatie bobo’s en culturo’s is het nog nooit zo actueel geweest. Ze zijn namelijk tot de ontdekking gekomen dat we in onze geest nog altijd kolonialen zijn en dit onder meer omdat we nog steeds niet bezwijken onder de schuldcomplexen m.b.t. wat onze voorouders allemaal zouden uitgespookt hebben. Er wordt dan ook geprobeerd ons die op te dringen via toneel (een specialiteit van de KVS in Brussel en de NTG in Gent), film, literatuur, radio, TV en een paar kranten (De Standaard, De Morgen…).  Hier bestaat een naam voor: hersenspoelen… Opgelet: argumenteren dat wij toch niet verantwoordelijk kunnen worden gesteld voor wat de generaties die ons vooraf gingen al dan niet hebben uitgespookt, heeft totaal geen zin. De kleur van uw huid volstaat om uw schuld onomstotelijk aan te tonen.

Duurzaam: Een epitheton dat bij alles past dat positief moet worden voorgesteld. Er bestaat in Gent zelfs een lagere school die zich als duurzaam voorstelt. Het is niet duidelijk of hiermee bedoeld wordt dat de leerlingen geacht worden er langer dan zes jaar les te volgen.

Eye rape: een neologisme dat maar zeer recent ontstaan is. Een linkse feministische vrouw die te lang en te nadrukkelijk aangestaard werd door een man die niet in haar smaak zou kunnen vallen, zal beweren het slachtoffer van “eye rape” te zijn. Andere vrouwen zouden zoiets ook best gênant en vervelend vinden maar het daarom nog niet verkrachting noemen.

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Fascisme: een evergreen van het zuiverste water. Het woord werd zo vaak gebruikt dat het helemaal geen betekenis meer heeft. Er mag trouwens van uitgegaan worden dat zij die het overal menen te zien opduiken, weinig of niets van het historisch fascisme afweten. Een Franse denker zei ooit dat iedereen wel eens de fascist van iemand anders is geweest. M.a.w. het is gewoon een scheldwoord dat intellectueler klinkt dan andere en dat net zoals de “reductio ad Hitlerum” een ultieme redding biedt voor wie over geen enkel ernstig argument beschikt om een politieke tegenstander de mond te snoeren.

Femicide: Vrouwen zouden naar verluidt vaker dan mannen het slachtoffer zijn van passionele moorden en van uit de hand gelopen verstoorde relaties. Er kan hier gerust worden uit geconcludeerd dat mannen brutaler zijn en zichzelf minder onder controle hebben dan vrouwen. Maar dat volstaat niet voor linkse feministen. Ze zijn van mening dat vrouwen vooral vermoord worden omdat ze vrouw zijn en noemen dit femicide, naar analogie met genocide … (commentaar overbodig). Wat er ook van haar: er is verbetering op komst want zowel in Parijs als in Brussel werd de laatste maanden tegen femicide betoogd en dat zal zeker helpen…

Islamofobie: deze term is niet nieuw maar zal ongetwijfeld nog lange tijd in zwang blijven. Het woord werd een decennium terug in Teheran naar aanleiding van een radicaal islamitisch congres uitgevonden. Het werd zeer snel gretig overgenomen door al wie zich in het westen links progressief noemt om het naar het hoofd te slingeren van al wie de lef heeft om zich kritisch over de islam uit te laten. Zij die dat doen, beseffen niet dat een fobie een psychiatrische ziekte is en dat ze zich hiermee op het pad begeven van de vroegere communistische Sovjet-Unie waar dissidenten in psychiatrische instellingen werden opgesloten.

Omstreden: een woord dat voornamelijk door de VRT wordt gebruikt en alleen maar betekent dat de persoon van wie het gezegd wordt niet in de smaak valt van de redacties van de openbare omroep. Salvini, Viktor Orban, Theo Francken, Boris Johnson zijn omstreden, J.M. Le Pen was dat jarenlang maar de leiders van de communistische totalitaire staten China, Cuba en Vietnam waren dit nooit en de theocratische dictatuur die het in Iran voor het zeggen hebben, werd ook nooit zo genoemd.


Dit is, geachte lezer, een eerste lijst van begrippen die u de komende maanden vaak zal horen of lezen.
Volgende maand leggen wij u een andere voor.
 
 
Francis Van den Eynde

mercredi, 27 mars 2019

Les voleurs de mots

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Les voleurs de mots

Et si nous cherchions les causes de notre impuissance politique ? Que sont exactement ces chaines, pourtant bien fragiles, qui nous entravent et nous condamnent à l’immobilisme et à la soumission, dans un système qui bascule tant et plus vers le totalitarisme idéologique ?

Mais, me direz-vous, nous ne vivons pas dans un régime totalitaire, lesquels se caractérisent essentiellement par la confiscation du pouvoir par un parti unique, ne tolérant aucune forme d’opposition organisée. Le totalitarisme va plus loin encore que la simple dictature puisqu’il entend s’immiscer dans la sphère intime de la pensée en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la société.

La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature (Noam Chomsky).

La question étant de savoir si le totalitarisme serait compatible avec des institutions démocratiques, comme le multipartisme, les syndicats et une presse « libre ». Et cette question en amène une autre : est-ce que le totalitarisme présuppose la dictature ? La dictature n’est qu’un moyen pour imposer le totalitarisme, il pourrait donc, en théorie, être remplacé par tout autre moyen ou ensemble de moyens permettant l’instauration du totalitarisme. J’entends démontrer que c’est précisément là où nous en sommes aujourd’hui. La démocratie a été presque totalement vidée de son sens, et le pouvoir se contente désormais d’entretenir maladroitement l’illusion démocratique à l’usage des masses, biberonnées dès leur naissance à la propagande.

La propagande

Le mot ayant rapidement pris une connotation sulfureuse, il est le plus souvent remplacé aujourd’hui par le concept de relations publiques. En pratique, il s’agit précisément de manipulation mentale des masses qu’Edward Bernays appelait la fabrique du consentement. Dans son ouvrage intitulé Propaganda, publié en 1928, l’auteur expose de manière cynique et froide les rouages de cette machine à forger l’opinion. Qu’il s’agisse de vendre une marque de poudre à lessiver, de pousser les Américaines à fumer pour le plus grand profit de l’industrie du tabac, ou de pousser au renversement d’un gouvernement démocratiquement élu au Guatemala, les ressorts sont les mêmes. D’ailleurs le sous-titre de l’ouvrage ne laisse planer aucun doute : « Comment manipuler l’opinion en démocratie ».

Boîte à outils : exemples de propagande

  • Invasion de l’Irak et renversement de Saddam Hussein : vous souvenez-vous de Colin Powell agitant sa petite fiole de poudre de perlimpinpin devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour pousser la communauté internationale à adhérer à ses projets d’invasion ? On sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’une manipulation et que Saddam Hussein ne possédait pas d’armes de destruction massive.
  • Avant cela, vous souvenez-vous de l’affaire des couveuses au Koweit ? La jeune Nayirah en pleurs devant le Comité des Droits de l’homme des Nations Unies, relatant comment, lors de l’invasion du Koweit, les soldats irakiens avaient arraché les nouveaux-nés des couveuses de l’hôpital de Koweit City et les avaient laissé mourir de froid ? On apprendra plus tard — trop tard — que sous ce pseudonyme se cachait en réalité la fille de l’Ambassadeur du Koweit aux États-Unis, et que toute l’affaire n’était qu’une machination montée par le Koweit et les États-Unis afin de faire accepter à l’opinion publique une intervention militaire en Irak.
  • Vous souvenez-vous des appels à intervenir dans l’urgence en Libye pour empêcher l’infâme dictateur Mouammar Kadhafi de massacrer en masse la population de son pays ? Ces appels, à la l’initiative de pseudo-intellectuels « français » (comme BHL) ont débouché sur la résolution 973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies visant à établir une zone d’interdiction aérienne. L’OTAN violera ensuite largement la lettre et l’esprit de cette résolution par une campagne militaire qui aboutira à la prise de Syrte, la chute du régime, et l’assassinat de Kadhafi dans des conditions qui restent encore obscures aujourd’hui.

La propagande de guerre s’appuie toujours sur les mêmes ressorts, parfaitement connus et documentés.

Aldous Huxley, l’auteur du meilleur des mondes avait plutôt bien résumé ce qu’est la propagande :

« La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter.*

Toutefois, la propagande, aussi efficace qu’elle soit, n’est qu’à mi-chemin du totalitarisme : elle nous dit seulement comment nous devons penser. Cela reste une forme de persuasion.

Les mots volés

Les mots volés, c’est le pendant de la propagande, l’étape ultime pour aboutir à une société sous contrôle totalitaire, en douceur. Si la propagande nous dit ce que nous devons penser depuis 1930, il restait à trouver le moyen de nous empêcher de nous approprier les sujets dont le pouvoir ne veut pas que nous débattions. Et pour faire bonne mesure — s’agissant d’interdit — on y adjoindra les services d’une véritable police de la pensée, avec des peines d’ostracisme à la clé, voire carrément des campagnes visant à détruire socialement et financièrement les contrevenants.

Concrètement, il s’agit de gommer jusqu’à la moindre possibilité de débattre de certains sujets, quitte à dévoyer les concepts, dans la plus pure tradition Orwéllienne.

Boîte à outils : antisionisme, un mot volé

Tout le monde connaît cet élément de langage utilisé ad nauseam par les politiques (Valls, Macron, etc.) et les médias français :

« l’antisionisme est synonyme de l’antisémitisme »

C’est factuellement faux :

  • L’antisionisme s’oppose à l’État d’Israël, ou à sa politique d’extension (colonisation). Le sionisme n’est ni un peuple, ni une religion, c’est une idéologie politique conquérante, qui a mené à la création de l’État juif, au détriment des Palestiniens.
  • L’antisémitisme est une forme de racisme rejetant spécifiquement les Juifs.

En cherchant à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme, l’idée est de faire taire toute critique contre la politique de colonisation menée par l’État d’Israël, et le traitement indécent réservé aux Palestiniens, notamment à Gaza. Il s’agit de jeter l’opprobre des heures les plus sombres à la face des justes critiques d’un gouvernement prédateur et absolument dénué de morale.

Comme nous le verrons, les interdits, les escamotages et les dévoiements sont observables dans tous les domaines de notre société. Loin d’être des phénomènes isolés, ils sont au coeur d’une stratégie globale visant à rendre impossible de s’opposer à l’avènement du capitalisme mondialisé.

1) La langue de bois

Popularisée par Frank Lepage et ses célèbres ateliers de désintoxication de la langue de bois, ce sont toutes les expressions que l’on voit fleurir ça et là, qui ont pour seul objectif de vous empêcher de prendre la mesure d’une situation, de la réduire à un aspect purement technique, ou de rendre impossible de s’y opposer. Par exemple, de nos jours, lorsqu’une entreprise ferme, on ne parlera plus de plan de licenciement collectif, mais de plan de sauvegarde de l’emploi. Qui pourrait s’opposer à un plan visant à sauvegarder l’emploi ? Chacun peut bien comprendre que lorsqu’on nous parle de « croissance négative », on parle en fait de récession, mais quelque part, accepter d’utiliser les mots du néolibéralisme, c’est accepter de penser avec les mots de notre ennemi (la finance, chère à François Hollande). Notez d’ailleurs que ces expressions, fruits de la réflexion de think tanks d’obédience néolibérale ne peuvent s’imposer qu’avec le concours expresse des médias.

2) Les partis politiques… voleurs de mots

Quel que soit le parti politique pour lequel vous votez (ou ne votez plus) aujourd’hui, Il y a un certain nombre de points que vous ne trouverez dans le programme d’aucun d’eux. Cela indique une forme de collusion dans laquelle tous sont parfaitement d’accord pour qu’un certain nombre de dogmes/sujets ne soient jamais remis en question :

  • Adhésion à l’Union Européenne
  • Ordo-libéralisme de Bruxelles
  • Accueil des migrants
  • Mondialisation et ses conséquences sociales désastreuses
  • Soumission à la politique américaine
  • Suivisme dans les guerres d’agression perpétrées par l’OTAN pour le compte des USA et d’Israël
  • Acceptation du néolibéralisme comme s’il s’agissait d’une fatalité inéluctable

Boîte à outils : les 3 méthodes utilisées par le pouvoir et les partis pour n’avoir pas à aborder les sujets tabous

  1. Diabolisation du concept, et donc des personnes qui voudraient voir ce sujet abordé, comme n’importe quelle question de société en démocratie. Vous êtes contre la politique migratoire ? Vous êtes donc un horrible xénophobe, voire carrément un antisémite (si si). Fin de la discussion, le ballon est toujours là, mais vous, vous êtes déjà en route pour l’infirmerie.
  2. Pseudo-consensus totalement fantasmé : l’Europe, mais c’est la paix ! Tout le monde est pour la paix, donc les citoyens sont très favorables à l’Union Européenne, même si celle-ci n’est pas parfaite (mais on va régler ça après lesprochaines élections européennes). Oui, sauf que dans les faits, le Traité de l’Union, qui devait initialement être ratifié par les États-membres sur base référendaire a été plutôt mal reçu : les trois seuls pays à avoir organisé un référendum (France, Irlande, Pays-Bas) s’étant prononcés contre. Du coup, il est où le consensus ? Elle est où, la démocratie ? Notez qu’à ce point de la discussion, si vous vous permettez d’insister, vous passez immédiatement dans la catégorie « facho rouge-brun ». N’était-ce pas Junker qui disait déjà en janvier 2015 : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens1 » ?
  3. Inéluctabilité : « le néolibéralisme, mais comment voulez-vous que nous y échappions, c’est comme ça, et il n’est pas possible de revenir en arrière ». Ce qui est évidemment très pratique pour n’avoir pas à se poser la question de notre souveraineté, et du véritable pouvoir qui reste (#oupas) aux pantins du gouvernement face aux puissances de l’argent.

Pour ces raisons, les partis politiques sont devenus comme des marques de poudre à lessiver : il y a la boîte rouge, la bleue, la verte (éco-lessive), mais dedans la boîte, ça reste la même camelote : néolibéralisme et atlantisme à tous les étages. Il n’y a plus aujourd’hui de clivage gauche/droite, il reste juste quelques variantes de néolibéralisme — école de Chicago — avec plus ou moins le même contenu pour l’essentiel. Les élections s’apparentent désormais au théâtre de Guignol (en plus ennuyeux). De l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les partis traditionnels et les inénarrables doudous insoumis, c’est le même tonneau de pommes blettes dégageant une odeur entêtante de pourriture. Et c’est plus ou moins le même tableau en Belgique, raison pour laquelle je ne vote plus, désormais, en dépit de l’obligation légale.

En pratique, les mots volés, en parlant des partis politiques traditionnels, c’est le classique emploi du faux dilemme :

  • « Quelle alternative proposez-vous au capitalisme ? Vous voulez instaurer un système soviétique ! »
  • « Vous ne voulez pas accueillir les réfugiés ? On ne discute pas avec des xénophobes »

Comme si la seule alternative à un régime néolibéral était une dictature communiste. Comme si la seule option qui s’offrait à nous serait d’ouvrir les frontières à tous les réfugiés, sans jamais se poser la question de savoir pourquoi ils ont quitté leur pays tout d’abord (parce que nous avons largement contribué à les détruire et à les rendre invivables). Est-ce que, dans les années ’90, tous les pays occidentaux étaient peuplés de xénophobes bas de plafond dirigés par l’extrême droite ? Je n’en ai pas l’impression, pourtant l’immense majorité de ces pays appliquait strictement les lois relatives au droit d’asile, ce qui excluait de fait l’accueil des réfugiés économiques.

La question à se poser étant celle-ci : lorsque les instances des partis politiques excluent d’office le débat sur un certain nombre de questions, sont-ils encore d’essence démocratique, et n’y aurait-il pas lieu, soit de renouveler le cadre de fond en comble, soit de les délaisser et d’en fonder un autre, dans lequel pareille manipulation serait statutairement impossible ?

À bien y regarder, c’est précisément ce qui est arrivé au Parti Socialiste français, méticuleusement détruit de l’intérieur depuis 1983 par ses cadres dirigeants qui ont lentement mais sûrement dévoyé l’idéal socialiste pour l’aligner sur la doctrine néolibérale européiste. Force est de constater qu’en fait de gauche, Mitterrand n’était que le faux-nez de la droite, et sa principale tâche aura été la liquidation, une fois pour toutes, du puissant Parti Communiste français. François Hollande, en fournissant le marchepied au candidat de la Banque Rotschild, n’aura été que le dernier maillon de la chaîne, le concierge chargé d’éteindre les lumières et de fermer derrière lui en sortant. Mission accomplie, aujourd’hui on peut faire aisément tenir ce qu’il reste d’authentiques communistes français dans l’arrière-salle de la Librairie Tropiques sans même avoir besoin de retirer les bouquins d’abord.

3) Les médias menteurs

En démocratie, une presse plurielle et libre est censée garantir l’expression de la diversité d’opinion, au point qu’on la désigne parfois comme le quatrième pouvoir, les trois autres étant l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

Oui mais voilà, aujourd’hui, tous les grands médias sont aux mains de groupes financiers baignant dans le même marigot idéologique d’inspiration néolibérale. Ce sont les nouveaux chiens de garde au service du pouvoir, ou plus exactement, leurs dirigeants se trouvent être également ceux qui placent leurs pions dans les sphères du pouvoir, comme en atteste l’élection de Macron à la présidence de la République.

Il ne reste donc qu’une diversité de façade, puisqu’on est parfaitement d’accord sur l’essentiel : ainsi, dans leurs feuillets, vous seriez bien en peine de trouver un seul article qui ne présenterait ne serait-ce qu’une opinion nuancée ou critique sur des sujets comme la Syrie, la Russie, le Venezuela, Israël ou le réchauffement climatique2.

Bien évidemment, cette collusion permanente avec le pouvoir ne passe plus vraiment inaperçue, et le public se détourne de plus en plus des médias traditionnels au profit des médias alternatifs ou des rares journaux qui ont pu garder une indépendance éditoriale sur certains sujets, comme le Canard enchaîné ou Médiapart.

Ce désamour a pour conséquence une baisse constante du lectorat, ce qui ne fait qu’aggraver un peu plus la situation financière déjà passablement calamiteuse des médias, qui sont littéralement au bord de la faillite. Avec pour corollaire une plus grande dépendance à la perfusion que représente l’apport financier des actionnaires, et les subventions de l’État. Les journalistes ne sont pas censurés, ils s’autocensurent. Ils savent qu’au premier article qui franchirait la ligne jaune, ils seront virés comme des malpropres et remplacés par quelqu’un de plus docile. Ce n’est plus la personnalité ou le talent du journaliste qui détermine la qualité de son travail, mais son environnement : il se trouve pieds et poings liés.

Plus grave : constatant que le public se détourne de plus en plus de la propagande qu’ils déversent par tombereaux, les médias ont mis en place une véritable stratégie de censure sociétale, sous couvert de lutter contre les fake news. En pratique, c’est la remise au goût du jour de l’Index librorum prohibitorum. Sans vouloir nier un seul instant qu’un certain nombre de sites de réinformation sont parfois en effet de véritables usines à fake news, n’y a-t-il pas quelque chose de profondément malsain à voir une société dans laquelle la presse appelle à la censure ? Est-il normal que l’on infantilise les citoyens au point qu’il faille leur dire ce qu’ils peuvent croire et ce qu’ils doivent rejeter ? La vérité par décret n’est qu’un des attributs du totalitarisme.

4) Érosion des libertés

En démocratie, les droits les plus fondamentaux sont :

  • La liberté d’opinion
  • La liberté d’expression

Et si la liberté d’expression est limitée par diverses exceptions, la liberté d’opinion, quant à elle, doit être totale pour qu’existe la démocratie.

Dans les faits, ces libertés sont attaquées de toutes parts, tant par le politique que par les lobbies et les chiens de garde médiatiques, qui reprennent en boucle les mêmes éléments de langage, ce qui rend parfaitement clair qu’on a affaire à de la propagande (antidémocratique).

Vous avez tous lu, ou entendu ceci ?

Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit

C’est un sophisme3, et il est d’autant plus pervers qu’il se présente tout auréolé de ce qui pourrait passer pour une sagesse populaire. Il vise ni plus ni moins qu’à faire accepter l’idée du délit d’opinion, le thoughtcrime de G. Orwell dans son roman Nineteen Eighy-Four (1984).

Dans les faits, la loi ne réprime pas le racisme (qui est une idéologie, donc une opinion), mais bien l’expression du racisme. La question ici n’est pas de savoir si l’idéologie raciste serait défendable, mais de comprendre que par essence, le droit s’applique dans le domaine concret de l’action et des faits, il ne peut sonder les coeurs et les reins.

L’exercice de la démocratie ne peut être contraint par l’éthique, parce que cela supposerait des parti-pris idéologiques, des interdits, et la subordination au conformisme, bien peu compatibles avec l’idée même de démocratie. Pire, ce glissement insidieux vise en réalité à abolir la frontière entre le moi (individualité) et le nous (la société) en posant que l’éthique (la doxa4) prendrait le pas sur le libre-arbitre. Ainsi, le dernier sanctuaire de votre souveraineté en tant qu’individu serait désormais partie du domaine public sous juridiction du droit commun, et la société se rapprocherait un peu plus de ce que sont les ruches des hyménoptères.

Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. (George Orwell)

Et de même, sauf à jouer les tartuffes, la défense de la liberté d’expression commence précisément par les opinions dissidentes, même (et surtout) si elles n’ont pas l’heur de nous plaire.

Étrangement, quand il s’agit de défendre la liberté d’expression de Dieudonné ou les droits fondamentaux de Tarik Ramadan5, il n’y a plus personne. Ils sont où les grands défenseurs des droits de l’homme ? Ils sont où les chantres de la démocratie ? Elle est où, l’opposition ? Où sont les gauchistes tellement prompts lorsqu’il s’agit de défendre l’Islam ou les réfugiés ? Ils ont poney ? Non, une moitié est vendue à Soros, l’autre crève de trouille, et refuse de quitter une petite zone d’inconfort pour une zone moins confortable encore.

On pourrait dire la même chose concernant Julian Assange, pratiquement oublié de tous, et que nous laisserons crever comme un rat dans sa cellule chambre, quitte à nous fendre de quelques larmes de crocodile, le jour de son enterrement, en rappelant combien c’était un courageux lanceur d’alerte. Pas comme nous, en somme.

Les silences complices, pour contraints qu’ils soient, n’en sont pas moins un aveu de lâcheté, l’espoir un peu puéril qu’en se terrant dans son trou, on échappera au regard du totalitarisme idéologique rampant qui sait se nourrir de pareilles faiblesses.

Police de la pensée et justice médiatico-politique

C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuses choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre. (Mark Twain)

Je voudrais ici évoquer le cas de Dieudonné, parce que je pense qu’il est exemplatif d’une campagne menée par un lobby, des décideurs politiques et leurs chiens de garde pour détruire socialement et financièrement un homme en dehors de toute procédure judiciaire, de tout cadre légal. Je ne défends pas ses idées politiques, je pense qu’il n’en a guère, d’ailleurs : c’est un homme de spectacle, un amuseur, doué d’un rare talent, indéniablement. Vous admettrez avec moi, et cela vaut même pour le dernier des criminels, que lorsqu’un individu a purgé sa peine, il a payé sa dette à la société. Au titre du principe non bis in idem, nul ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits, et par définition, la sanction est limitée soit dans le temps, soit à une astreinte financière. Rien de tout cela ici, on a une classe politique, des influenceurs et des éditocrates qui poursuivent inlassablement Dieudonné de leur haine implacable comme s’il était désormais exclu de la communauté des hommes, et déchu de ses droits élémentaires. Cela va nettement plus loin que l’ostracisme tel qu’il était pratiqué à Athènes, qui ne visait qu’à l’éloignement temporaire de la cité de personnes jugées dangereuses pour la démocratie. De plus, l’ostracisme était une institution démocratique, en ce sens qu’il fallait 6.000 voix sur un corps électoral de 40.000 pour que le quorum soit atteint.

La question que je me pose ici est de savoir qui sont exactement ces gens qui se présentent comme les gardiens de la morale et les exécuteurs des basses oeuvres tout à la fois ? Qui leur a donné mandat ? Qui représentent-ils, à part eux-mêmes et une brochette de parvenus ? Ne voyez-vous pas le danger qu’il y a à laisser une élite décider de qui peut parler et qui ne le pourra plus ? C’est au juge de dire le droit, et la place pour le faire est le tribunal, le reste est une dérive attentatoire à la liberté d’expression, et par extension à la démocratie elle-même.

La liberté d’opinion et la liberté d’expression sont des droits fondamentaux inscrits dans la constitution. Et parce que les abolir signifierait clairement le basculement vers le totalitarisme, les élites ne peuvent les attaquer que par la bande, tout en prétendant les défendre. Mais que sont les droits constitutionnels si l’on n’a pas la possibilité d’en jouir pleinement ?

5) Censure des médias sociaux

Parce que la situation économique va en se détériorant, parce que la révolte gronde et que le peuple commence à se soulever, ne trouvant plus aucune issue à la désespérance, le pouvoir cherche par tous les moyens à étouffer la contestation. C’est donc très logiquement que la censure s’étend à présent aux réseaux sociaux, sous la pression des « démocrates » de tout poil, au titre de lutter contre les fake news (encore elles) et les « discours de haine ». La France détient d’ailleurs le record peu enviable du plus grand nombre de demandes de fermeture de pages/comptes Facebook, ça ne s’invente pas.

Cette censure s’étend désormais à Twitter, mais aussi à Youtube. Même les intermédiaires de paiement comme PayPal sont sollicités, et ferment les comptes les uns après les autres, en parfaite coordination avec le pouvoir. Il s’agit, encore une fois, de détruire financièrement les opposants si l’on ne parvient pas à les faire taire.

Cela revient à écoper le pont du Titanic avec une flûte à champagne et n’empêchera pas le navire de couler, mais le pouvoir essaie désespérément de repousser le moment où il aura à choisir entre la révolution et la répression sanglante, ce qui fait toujours tache sur la carte de visite d’un État supposément démocratique, vous en conviendrez.

Que reste-t-il de notre démocratie dans tout ça ?

Les stratégies que j’évoquais nous montrent clairement qu’elles tendent toutes au même objectif : rendre plus étroit le champ d’expression démocratique.

  • Réduire le vocabulaire ou le pervertir
  • Réduire l’offre politique réelle en posant que certains sujets ne peuvent être débattus
  • Nous abreuver de propagande médiatique au service des puissants
  • Censurer les espaces de liberté qu’étaient les réseaux sociaux
  • Ostracisation des opposants, voire mise à mort sociale & économique

Comment pouvons-nous lutter efficacement contre ces dérives ?

En retrouvant notre capacité naturelle au dialogue, au-delà des clivages artificiellement posés par ceux qui veulent à tout prix empêcher l’émergence d’une force d’opposition capable de jeter les gouvernements actuels dans les poubelles de l’histoire dont ils n’auraient jamais dû sortir.

Par dialogue, j’entends de ne plus accepter qu’un banal emprunt idéologique puisse mener à une diabolisation par association. S’il est parfaitement légitime de s’opposer aux idées, il y a grand danger à pratiquer l’ostracisme, le danger de se retrouver atomisés, littéralement. Et les seuls qui ont intérêt à ce que l’opposition reste atomisée sont nos dirigeants actuels, et leurs supplétifs.

En démocratie, la diversité des opinions est un bienfait, pas une tare. On peut parfaitement avoir une sensibilité sociale et remettre en cause l’immigration massive qui ne mènera qu’à la guerre civile que Zemmour appelle de ses voeux. On peut parfaitement admirer Michel Collon pour ses positions contre les guerres néocoloniales et trouver chez Alain Soral des analyses lucides et réalistes. On peut aimer Marx et comprendre Proudhon. On peut être contre l’appropriation des ressources de l’humanité par une petite clique de parasites et comprendre les petits propriétaires terriens et les entrepreneurs. On peut être résolument contre la destruction de la planète par l’homme, être animé d’un esprit authentiquement écologique et considérer que la voiture électrique n’est qu’une farce à l’usage des bobos, et que la « lutte contre le réchauffement climatique » n’est qu’une autre formulation pour « eugénisme tranquille » (tout de suite moins sexy).

Et j’ajoute que si les partis d’opposition actuels s’accomodent ou encouragent pareille dichotomie, ils font le jeu du pouvoir, et ceux qui y sont dans l’espoir d’un grand soir qui ne viendra jamais en sont les éternels cocus.

Casser tout pour reconstruire, et peupler ce lieu avec des hommes nouveaux : terriblement seuls, désespérément faibles, parce qu’attachés à rien, et ancrés nulle part.

Une société, c’est avant tout une communauté sur un territoire. Des règles simples et justes, un partage équitable des charges et des bienfaits. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Ce lieu de vie est attaqué de toutes parts, autant pour ce qui concerne le territoire6 que pour ce qui concerne sa communauté (les Français). Pire, tout ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à une organisation sociale visant la cohésion est systématiquement détruit par les mêmes qui prétendent les défendre : les services publics, les soins de santé, l’enseignement, mais aussi les fleurons industriels (privatisations), les syndicats et jusqu’au noyau familial : aujourd’hui, si vous n’avez pas épousé votre poisson-rouge et que votre gamin de 5 ans n’a pas encore fait son coming-out, vous n’êtes qu’un putain de macho dominateur rétrograde doublé d’un père indigne et homophobe. Tout est à vendre, tout doit partir.

Ne vous y trompez pas, ce lent travail de sape de ce qui constitue le ciment même de la société ne pourrait pas exister sans la complicité des élites, qui ont décidé, main dans la main avec le pouvoir financier international7, d’en finir une fois pour toutes avec ce modèle. Il faut donc casser tout pour reconstruire, et peupler ce lieu avec des hommes nouveaux : terriblement seuls, désespérément faibles, parce qu’attachés à rien, et ancrés nulle part. Ce sera le pouvoir sans partage des multinationales; sans intermédiaires devenus désormais inutiles, Macron partira à la casse et sera remplacé par une sorte de CEO de la filiale « France » et il se trouvera encore des imbéciles pour voter pour… ça.

Ph. Huysmans

    • Presque un oxymore, puisque précisément l’essence de la démocratie est le pouvoir politique exercé par le peuple. Et si le peuple ne peut s’emparer de la question des traités, on peut raisonnablement conclure qu’il n’y a pas de démocratie du tout (cfr référendum sur le Traité de Maastricht)
    • Apparemment, en 2009 c’était encore possible, mais même rétrospectivement, il semble que l’existence d’un tel article soit insupportable : il a donc été supprimé. Bienvenue en 1984.
    • Sophisme : argument, raisonnement ayant l’apparence de la validité, de la vérité, mais en réalité faux et non concluant, avancé généralement avec mauvaise foi, pour tromper ou faire illusion. Source CNRTL
    • Ensemble des opinions communes aux membres d’une société et qui sont relatives à un comportement social. Source : Larousse
    • Libéré sous caution le 16 novembre 2018 après 287 jours de détention provisoire. Est-il permis de penser que le traitement appliqué à l’intéressé (par la justice, mais aussi par les médias) diffère singulièrement par sa sévérité si on le compare à d’autres affaires qui avaient défrayé la chronique (Polanski, Dsk) ? La question n’est pas de savoir si l’on est d’accord avec les idées professées par Tarik Ramadan, mais bien de savoir s’il est un citoyen français comme les autres, un justiciable bénéficiant du droit à la présomption d’innocence, comme tout accusé, dans l’attente de son procès.
    • Souveraineté : le droit français est désormais subordonné au droit européen
    • Multinationales, banques, fonds de pensions, spéculateurs…
 
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Ph. Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Ses articles

Source: Le Vilain Petit Canard

mercredi, 18 juillet 2018

Démocrature: Nazi Concept Welcomed into French Language

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Démocrature:
Nazi Concept Welcomed into French Language

It’s that time of year. The French dictionaries Le Petit Larousse and Le Petit Robert (don’t ask me why they are called “petit,” they are huge) are adding various neologisms and foreign loanwords to our beloved langue de Céline.

My interest was particularly piqued by the following new entry: 

DÉMOCRATURE 

noun, feminine (from democracy and dictatorship).

1. A political regime which, while having certain attributes of democracy, such as party pluralism, is nonetheless run in an authoritarian or even dictatorial fashion. (One also says dictocratie.)

2. The shift from democracy to dictatorship by undermining the rule of law.

How interesting! The word clearly refers to the various elected “populist” regimes which have emerged in Hungary, Poland, and the United States, which for various reasons, do not live up to liberals’ ever-changing definition of “democracy” and “the rule of law,” according to their latest ideological fashions.

What Le Petit Larousse fail to mention, however, is that the word actually goes much farther back, at least as far back as the 1930s: indeed, various fascist movements and thinkers deemed the Western parliamentary democracies to be in fact démocratures, as actually being run not by the people, but by warmongering and corrupt liberal and oligarchic elites. Given the pervasiveness of antiwar sentiment, if the people ran America or France, as these republics boldly claimed, it seems quite unlikely that either country would have gone to war against Germany, effectively on the side of the Soviet Union.

The historian Mark Mazower writes on postwar German National Socialists:

[S]uch men regarded parliamentary democracy as a sham “democratatorship” [sic] (Demokratur), believed the multi-party system had to be abolished and wanted somehow to reunify the country with the assistance of like-minded fascists abroad.[1] [2]

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What, in fact, is a liberal democracy? You will never find agreement as the two terms are in hopeless contradiction with one another. One man’s legitimate, majoritarian expression of the popular will is another man’s demagogic tyranny of the majority. To one man, the executive’s, media’s, and judges’ ignoring of public opinion will be an example of far-sighted, responsible, and enlightened leadership, while appearing to another man to be an abhorrent betrayal of democracy by oligarchic elites.

Recall: two World Wars were fought by the Western powers, tearing Europe apart in murderous conflicts from which the continent has never recovered, in the name of preserving liberal democracy. The religion of democracy excommunicates from respectable humanity all governments which are not liberal democracies. And yet, the very definition of the term is quite unclear, shifting, and ambiguous according to liberal elites’ changing moods and interests. All this is quite problematic.

In fact, all human societies are authoritarian and (civil-)religious. All societies, and their media-political elites, shun, demonize, and destroy those considered to have wrong values, lest they infect the rest of society. All societies have punishable taboos. Purging a university professor or screenwriter for his fascist or racialist views is not less “authoritarian” than purging one for his communist views. Therefore the distinction drawn by liberals and the Left in general, made popular in the 1960s by the Frankfurt School and others, is quite spurious and hypocritical. All societies have Platonic Guardians, whether they own up their role, or not.

This was not so apparent in the postwar years however. For the Boomers, bless them, one could live in a society which was, in fact, carefully policed by the audiovisual and print media, but which could claim to be “open,” “tolerant,” “pluralist,” characterized by “freedom of thought,” etc., all the while never being allowed to give a fair hearing any taboo Right-wing idea. One could have the pleasure of both thinking oneself open-minded and have the benefits of actually being authoritarian.

With the rise of national-populism, which signifies, for the first time in decades, a certain loss of control of the political process by mainstream media elites, the mainstreamers are waking up to démocrature. More and more are openly questioning democracy and elections, as leading to “instability,” “populism,” and above all, “wrong values.” Careful now, you might become Right-wingers!

Notes

[1] [3]Mark Mazower, Hitler’s Empire: Nazi Rule in Occupied Europe (New York: Penguin, 2008).

 

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

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[1] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2018/07/Apotheosis2.jpg

[2] [1]: #_ftn1

[3] [1]: #_ftnref1

mercredi, 21 octobre 2015

S'il est bien un domaine où les inégalités sociales se creusent, c'est celui du vocabulaire

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Pauvre vocabulaire!
 
S'il est bien un domaine où les inégalités sociales se creusent, c'est celui du vocabulaire. "Maman nous a préparé un goûter délicieux, aux odeurs alléchantes" contre "Maman a fait un gato, CT trop bon".
 
Mère au foyer et professeur à la maison, membre du SIEL
Ex: http://www.bvoltaire.fr 
 

« On estime à 10 % la part de la population maîtrisant seulement 400 à 500 mots. Le linguiste Alain Bentolila pointe les lacunes de la formation des enseignants dans ce domaine » (Le Figaro, 16 octobre 2015).

Alain Bentolila fait partie de ces spécialistes de l’enseignement qui ont cru de toutes leurs forces dans les nouvelles pédagogies. Pas si neuves que cela puisque, depuis les années 70, elles sont l’unique méthode en vigueur dans l’Éducation nationale malgré la sacro-sainte liberté pédagogique. En 1944, le plan Langevin-Wallon a commencé peu à peu à les imposer, Paul Langevin et Henri Wallon, inspecteurs communistes de surcroît, étant appelés par le Général à participer à la reconstruction de la France et à lui offrir un ambitieux projet d’instruction. Voilà donc résumée très brièvement l’histoire de la prolétarisation de l’enseignement.

Interrogé sur Europe 1 au lendemain des crimes de Mohammed Mehra, Marc Le Bris, instituteur et directeur d’école, avait dit à propos du terroriste, instruit à l’école de la République depuis sa plus tendre enfance : « Quand on a appris à lire, écrire, raisonner, on ne prend pas une kalachnikov pour régler ses problèmes. »

Oui, mais voilà, pour raisonner, prendre de la hauteur, développer son humanité, il faut des mots. Le français, à la différence de l’anglais, est une langue philosophique. Il suffit de voir qu’entre le chocolat que vous aimez et celui qui partage votre vie, que vous aimez également, votre amour n’est pas de même nature. En anglais, on like ou on love. Le siège de votre pensée, votre esprit, doit être nourri pour y développer une pensée autonome et juste. La richesse et la précision de notre vocabulaire ne sont pas reçues en héritage à la naissance et si le petit d’homme dispose de toutes les facultés pour engranger les mots, il ne les fabriquera pas de lui-même. C’est pendant l’enfance qu’il emmagasinera la majorité d’entre eux. Et puisque c’est à l’école qu’il passe le plus clair de son temps, c’est bien l’école qui doit lui assurer cet enrichissement. Grande est la déception des professeurs de sciences de nos collèges devant des classes entières incapables de faire la différence entre une hypothèse et le problème. En éducation civique, la distinction incivilité/crime n’est pas toujours évidente. Parlerons-nous des plus démunis qui confondent justice avec coups ? Car quand on n’a plus les mots, il reste la force.

Cette leçon de vocabulaire qui fait défaut commençait dans les petites classes par l’observation des tableaux de scènes de la vie courante : le repas, le marché, les moissons, les saisons, les loisirs. Tout ce qui intéresse la vie quotidienne y passait et, à travers l’observation du réel, les enfants étaient conduits à développer, préciser puis apprendre les termes techniques qui leur manquaient. Le vocabulaire plus soutenu était enrichi par la littérature, les poésies hebdomadaires de Prévert, Verlaine, Hugo, La Fontaine. Une petite recherche des poésies apprises en primaire pourrait vous édifier et vous en resterez cois.

S’il est bien un domaine où les inégalités sociales se creusent, c’est celui du vocabulaire. Face à celui qui aura été conduit au théâtre, aura visité des ateliers, des musées, se tiendra cet ancien élève d’une école publique au nord de Paris dont le professeur des écoles de cours préparatoire a choisi de se passer de manuel pour enseigner la langue de Rabelais avec Twitter en 140 signes. « Maman nous a préparé un goûter délicieux, aux odeurs alléchantes » contre « Maman a fait un gato, CT trop bon ».

vendredi, 31 octobre 2014

Notre vocabulaire

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Notre vocabulaire

par Georges FELTIN-TRACOL

 

Il s’agit de l’intervention inaugurale de Georges Feltin-Tracol à la 8e Journée nationaliste et identitaire de Synthèse nationale du 12 octobre 2014 à Rungis.

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Amis,

 

À l’été 1993, dans Foreign Affairs, la revue du C.F.R. (en anglais Conseil des relations étrangères), un cénacle mondialiste installé aux États-Unis, paraissait un article du professeur Samuel P. Huntington sur « Le choc des civilisations » (1). Cet enseignant de Harvard répondait ainsi à la thèse de la fin de l’histoire lancée en 1989 par le futur ex-néo-conservateur étatsunien d’origine japonaise Francis Fukuyama (2). Trois ans plus tard, Huntington sortait de cet article son célèbre essai avec la fameuse expression polémologique (3).

 

Grâce à cet universitaire d’outre-Atlantique, le concept de civilisation prenait un sens polémique certain, même si la civilisation ici définie contient des confusions non négligeables. En effet, Samuel P. Huntington y mentionne une civilisation occidentale qui couvrirait l’Amérique du Nord, l’aire européenne chrétienne romano-protestante, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Il s’agit de l’actuel Occident atlantiste.

 

Huntington n’est pas le seul à associer l’Europe, l’Amérique et l’Occident dans une même collectivité. Dès 1985, le sociologue français Jules Monnerot estimait qu’« il faut souhaiter aujourd’hui une étroite concertation avec tous les États dont les lois témoignent des mêmes tendances que les nôtres et qui prolongent avec nous la même filiation de cultures, la même lignée de civilisation. C’est ce que j’appelle la préférence occidentale. Derrière l’alliance avec les États-Unis d’Amérique. Derrière l’Europe totale, encore future mais plus que jamais nécessaire, nous devons reconnaître en nous-mêmes, comme variante historique d’époque de notre identité nationale française, un patriotisme de civilisation (4) ».

 

Il va de soi que la théorie de Huntington ne nous convainc pas, car elle néglige toutes les différences essentielles entre l’Occident américanomorphe dont il se fait le porte-parole et notre vision de l’Europe. Nous tenons à l’originalité existentielle d’une civilisation européenne qui ne serait pas la pâle copie d’une production atlantiste.

 

Depuis Oswald Spengler et son célèbre Déclin de l’Occident (5), on connaît la dichotomie entre la civilisation et la culture. D’après Spengler, la culture incarnerait pour les peuples le moment ascendant de leur histoire. Puis viendrait le temps de la civilisation avec une lente et longue déperdition d’énergies vitales collectives, l’engoncement, les rigidifications structurelles jusqu’à la nécrose, l’agonie et la disparition.

 

À cette opposition binaire, on préférera la conception d’une civilisation européenne, polymorphe à travers le temps, tissée par de multiples cultures à la fois spécifiques et consubstantielles à son étymon. Certes, le mode de vie d’un Espagnol diffère de celui d’un Letton qui n’est pas celui d’un Arménien du Haut-Karabakh ou d’un Islandais. Mais, au-delà leurs langues, leur quotidien, leurs mentalités perdurent deux constantes déterminantes : une évidente substance anthropologique et un riche héritage spirituel pagano-chrétien. Il n’y a de civilisation européenne que par l’énergique médiation de ses cultures.

 

Ces dernières se déclinent en cultures nationales et en cultures régionales ou vernaculaires. La nation constitue en soi un objet de débat. Venant du latin nascio, qui veut dire naître, le mot prend une autre acception pour désigner la forme moderne d’organisation politique, cet aboutissement de l’individualisme collectif. Idée défendue, développée et propagée par les révolutionnaires de 1789, la nation politique comprise comme un ensemble de citoyens égaux a au cours des deux derniers siècles plongé le continent européen dans les tourments nationalitaires. Il serait toutefois dément de la nier comme le rêvent les escrocs de la pseudo-construction européenne. Avec la mondialisation et l’immigration de peuplement massive, indéniable contre-colonisation, le fait national connaît un regain certain face aux dangereuses menées mondialistes, européistes et séparatistes régionales.

 

Considérées par certains commentateurs comme des régions, – ne sachant pas qu’elles furent des royaumes médiévaux -, l’Écosse et la Catalogne montrent la vivacité de l’affirmation identitaire avec le risque préjudiciable d’affaiblir finalement la civilisation européenne toute entière. La robustesse des nations impose néanmoins que leurs cultures régionales ou vernaculaires ne soient pas broyées par un centralisme administratif dépassé. Souvent, hélas !, l’indépendantisme régional et le nationalisme étatique œuvrent en vecteurs involontaires (?) du mondialisme. Or une nation n’est en réalité solide que si ses régions trouvent elles-mêmes leur dynamisme ! Force est de constater, dans le cas de l’Hexagone, que les cultures régionales sont plutôt moribondes, étouffées par la prédominance mortifère de Paris. Heureusement, Flamands, Normands, Bretons, Basques, Catalans, Occitans, Provençaux, Corses, Nissarts, Savoisiens, Arpitans, Alsaciens et Thiois tentent de préserver ce qui peut l’être encore, et en premier lieu, la terre, notre terre.

 

La terre appartient aussi à notre champ lexical. Oublions ici l’habituelle et lassante antinomie géopolitique entre la Mer et la Terre sur laquelle reposerait la lutte incessante entre les thalassocraties et les puissances continentales. Plus prosaïquement, on entend par terre le milieu vivant qui nous entoure et dans lequel nous interagissons. Ces relations complexes sont étudiées par l’écologie qui a fourni une version théorique – politique. On sait tous que l’écologie politique a été détournée par les trotskystes, les sociétalistes, les gendéristes, les multiculturalistes, les féministes et les mondialistes. Dans la revue L’Or vert, Robert Dun signalait dès les années 1970 la nécessité écologique. Pourquoi préserver nos identités si les lieux sont bétonnés, les terrains pollués, des paysages dévastés ? Au moment où un mini-candidat réclame l’exploitation du gaz de schiste, ce qui reviendrait à défigurer des campagnes déjà meurtries par le productivisme, l’exode rural et la politique agricole commune, refusons cet appel rentable aux seules firmes multinationales prédatrices et néo-coloniales ! Un écologiste conséquent devrait être clairement identitaire. Il l’est d’une certaine manière puisque Les Verts soutiennent les mouvements régionalistes progressistes sans comprendre la prégnance majeure de l’appartenance collective. pour sa part, un identitaire cohérent se doit d’être écologiste, surtout s’il refuse la société de marché libérale, la société de la G.P.A. (autorisée, soit dit en passant, en Russie) et la société de la charia. La préoccupation écologique constitue un troisième pilier, fondamental, de nos principes à côté des piliers d’identités (continentale, nationales, régionales) et social. Face à l’étalement urbain et à la destruction programmée des terres arables (il faut ensuite quarante ans – deux générations ! – pour qu’un sol naguère urbanisé retrouve sa fertilité première), les identitaires devraient au moins soutenir les valeureux opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au barrage de Sivens ou à l’O.L. Land (le stade de foot privatisé) érigé dans la banlieue lyonnaise ! Que ces combats soient menés par des écolo-gauchistes importent peu parce qu’il vaut mieux voisiner avec un écolo ultra, voire un fan de Julien Coupat, qu’avec un lecteur sarkocufié du Figaro et de Valeurs actuelles !

 

Si l’on considère que l’Europe est la patrie de nos nations et de nos régions, notre réflexion militante se doit d’adopter le triptyque révolutionnaire exposé dans les années 1970 par Georges Gondinet et Daniel Cologne et en 1991 par Jacques Marlaud. La civilisation européenne constitue, avant d’être un évident dessein géopolitique, une patrie spirituelle albo-ethnique. Ses nations forment souvent des patries politico-historiques tandis que les régions demeurent bon gré mal gré des patries charnelles. L’indispensable conciliation entre l’authentique diversité ethno-culturelle et l’urgente unité géopolitique et économique passe par un dépassement salvateur : l’Empire.

 

Unité décisive de destin collectif, l’Empire est mal vu et mal compris en France. Il est desservi par le verbe « empirer » qui signifie « s’aggraver », « devenir pire ». Il se confond en histoire avec les deux expériences bonapartistes – napoléoniennes au XIXe siècle. Maints Français ignorent en outre que leur pays est intrinsèquement un empire qui a mal tourné alors que l’idée impériale hante sa psyché collective. Dans le présent contexte anxiogène, « seuls les nationalistes peuvent faire l’Europe (6) » affirmait en 1973 Adriano Romualdi. Tous les nationalismes régionaux et étatiques doivent par conséquent entreprendre leur mue. « Le seul moyen de résoudre l’épineuse question des ethnies, dont le réveil menace les nations d’éclatement, est d’ouvrir les nationalismes sur l’Europe, avertissait Daniel Cologne. D’une part, le nationalisme doit emprunter à la grande tradition politique de notre continent la notion d’État organique qui concilie l’unité nécessaire à toute société évoluée avec le respect, voire l’encouragement de sa diversité naturelle. Conçu de façon organique, le nationalisme s’accommode d’une certaine autonomie des régions. D’autre part, si la nation, loin de s’ériger en un absolu, se considère seulement comme une composante autonome du grand ensemble organique européen, les régions et les ethnies n’auront aucune peine à se considérer comme les incarnations nécessaires du principe de diversité au sein de la grande unité nationale. Dans une Europe organique des nations organiques, être breton ou français, basque ou espagnol, flamand ou belge, jurassien ou suisse ne sont que des manières parmi d’autres d’être européen (7). » Par le biais du principe ordonnateur de la subsidiarité, l’Empire fédère autour des domaines diplomatique, stratégique et militaire la formidable variété nationale et vernaculaire de notre patrie continentale civilisationnelle.

 

Par-delà cette référence ternaire subsumée par l’idée organique d’Empire interviennent d’autres termes qui consolident notre langage militant. Le premier est celui de communauté. Évoquer maintenant en public ce mot équivaut quasiment à voir surgir cette hantise des Occidentaux indifférenciés, ce nouveau diable des plateaux télé, le communautarisme ! Et pourtant quel beau mot ! Suivant son échelle d’implication, la communauté coïncide à des espaces de vie. À l’Union (pseudo-)européenne, il aurait été judicieux de conserver la « Communauté européenne » comme avant 1992 et le détestable traité de Maastricht. Les nations d’Europe resteraient des communautés politiqueshistoriques de destin qui parviendraient à s’enchâsser les unes dans les autres dans un nouvel agencement continental. Mais les régions sont elles aussi des communautés vernaculaires de destin infra-nationales.

 

Les cadres régionaux sont des communautés de proximité comme le sont d’ailleurs les entreprises, ces communautés productives de destin. L’entreprise moderne pratique ce nouvel esclavage : le salariat. Or le justicialisme – solidarisme européen combat cette aliénation sociale. À l’entreprise libérale ou étatisée, promouvons des « communautés de travail » comme le fit déjà le candidat bien trop méconnu à la présidentielle de 1965, Marcel Barbu dont le directeur de campagne travaillait à Rivarol (8). Que serait aujourd’hui une telle « communauté de travail » ? Une unité de production dirigée par ceux qui y travaillent. Un bon début existe avec la S.C.O.P. (société coopérative et participative). Alors que la moitié du CAC 40 se soumet aux multinationales, une société coopérative préserve l’indépendance économique, perturbe les mécanismes aveugles du libéralisme et se détourne de la mondialisation libérale. La « communauté de travail » idéale rassemblerait les travaux de Hyacinthe Dubreuil, l’ergonisme de Jacob Sher, l’association Travail – Capital du gaullisme d’opposition (1947 – 1953), la participation chère aux gaullistes de gauche, la cogestion promue par l’ordo-libéralisme allemand, le corporatisme social-chrétien, voire l’autogestion de Proudhon reprise par les anarchistes.

 

On a compris que les communautés territoriales et professionnelles agiraient en véritables Rei Publicae. Le Système liberticide et albo-génocidaire répète jusqu’à la nausée ses valeurs républicaines alors que sa République n’est qu’une supplétive zélée des forces de l’Or et de l’Argent. Son unicité fallacieuse doit s’effacer devant des unités républicaines partielles constituées de communautés de travail (ou de production) et de vie identitaires.

 

L’identité est l’autre maître-mot de notre registre. Le mettre au pluriel serait plus satisfaisant parce qu’elles englobent les cultures, les ethnies, les langues, les métiers, les histoires, les croyances… Toutes nos identités sont la sève qui part des racines des patries charnelles pour aller au feuillage de la patrie civilisationnelle en passant par le tronc des patries historiques et l’écorce des communautés professionnelles. Sauvegarder les identités signifie de préserver le peuple.

 

Le peuple est une notion centrale. Sans lui, vaines seraient toutes nos actions. Il importe de l’appréhender dans toutes ses acceptions. Le peuple est aussi bien l’ensemble de personnes d’origine ethnique commune que l’immense majorité de la société composée de producteurs et de consommateurs ainsi que les détenteurs de la souveraineté politique moderne qui indispose tant les oligarchies transnationales. Longtemps s’affrontèrent les tenants de l’ethnos, du demos et du laos. En 2014, il apparaît crucial de rassembler ces trois définitions et de s’élever contre la confiscation de la légitimité, les ravages d’une immigration de peuplement métisseuse et les oukases de la ploutocratie bancaire mondialisée.

 

Il y a quarante-cinq ans, l’extrême gauche souhaitait représenter le peuple avec l’insuccès que l’on sait. À l’ère du Village cosmopolite interconnecté global, il faut partout en Europe et sur d’autres continents susciter la révolution des peuples ! Le soulèvement radical des communautés, des nations, des patries vernaculaires, des identités et des civilisations commence toujours par un bon vocabulaire !

 

Je vous remercie.

 

Georges Feltin-Tracol

 

Notes

 

1 : Samuel P. Huntington, « The Clash of Civilizations ? », dans Foreign Affairs, été 1993.

 

2 : Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man. Free Press, 1992, traduction française : La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Flammarion, coll. « Histoire », 1992.

 

3 : Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, 1996, traduction française  incomplète : Le Choc des Civilisations, Éditions Odile Jacob, 1997.

 

4 : Jules Monnerot, « Désintox ». Au secours de la France décérébrée, Albatros, 1987, p. 63, souligné par l’auteur.

 

5 : Oswald Spengler, Der Untergang des Abendlandes. Umrisse einer Morphologie der Weltgeschichte, Verlag C.H. Beck, 1918 et 1922, traduction française : Le déclin de l’Occident, 2 volumes, Gallimard, coll. «  Bibliothèque des Idées», 1948.

 

6 : Adriano Romualdi, La droite et la crise du nationalisme, « Totalité », 1982, p. 23.

 

7 : Daniel Cologne, Éléments pour un nouveau nationalisme, Cercle Culture et Liberté. Pour une Europe libre et unie, 1977, p. 18.

 

8 : Information donnée par Emmanuel Ratier au cours du n° 84 de l’émission de Web-radio « Méridien Zéro » du 20 février 2012 consacrée à une « Histoire non conformiste de l’élection présidentielle ».

 


 

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