dimanche, 27 octobre 2013
Notes sur une colère noire devenue catastrophique

Notes sur une colère noire devenue catastrophique
Ex: http://dedefensa.org
24 octobre 2013 – «Avec des alliés comme ça, qui a besoin d’ennemis ?», s’exclame Julian Borger, dans son article de commentaire dans le Guardian du 23 octobre 2013. En fait, c’est le titre de son commentaire : «Merkel spying claim: with allies like these, who needs enemies?» Il nous en dit beaucoup sur l’évolution “diluvienne” (toujours ce qualificatif [voir le 2 août 2013] de la crise Snowden/NSA), sur ce qui devient dans le chef des conséquences diplomatiques pour les USA “une crise dans la crise”, et même “une crise au-dessus de la crise”.
En trois jours, BHO a eu une intense activité diplomatique et téléphonique, et certains rêveurs optimistes, et américanolâtres, pourraient croire que le “maître du monde” est de nouveau parmi nous ... Pas vraiment, en fait. Hollande lundi, le Mexicain Enrico Pena Nieto mardi avec un communiqué officiel, hier en fin d’après-midi Angela Merkel. Un déluge diplomatique, chacun avec le même message, de plus en plus durement exprimé : “La NSA, y en a marre !” L’appel de Merkel, dont les communications personnelles sont suivies par la NSA, représente sans doute le coup le plus cruel jusqu’à ce jour pour le président US, qui commence à accuser durement l’effet de la succession des coups et la conséquence générale de cette avalanche.
Borger : «For the third time in a week, Barack Obama has found himself trying to placate the leaders of closely allied nations who have discovered the extent of NSA surveillance in their countries. As the flood of spying scandals threatens to engulf the White House, it has raised the question over whether the negotiating edge such secret eavesdropping provides is worth the reputational damage to Washington once it is secret no more, mostly as a result of the revelations of former NSA contractor Edward Snowden.
»With each leak, American soft power haemorrhages, and hard power threatens to seep away with it... [...]
»[...N]othing could be more personal for a foreign leader than to find their own mobile phones tapped by a nation they considered an essential friend and ally. That appears to be the case for Angela Merkel, as it has been for Mexico's Enrique Peña Nieto. The other humiliating phone call of the week was on Monday with François Hollande, whose phone was not bugged as far as he knew, but who demanded an explanation for the revelation – once more from the Snowden files – that the NSA had been recording tens of millions of French phone calls a month. The White House was forced to admit that the evidence raised “legitimate questions for our friends and allies”.»
Une crise dans la crise : la crise-Damoclès
Les événements de ces trois derniers jours mettent en évidence ce qui doit être désormais considéré comme “une crise dans la crise”, une crise à l’intérieur du bloc BAO (avec quelques affiliés extérieurs) née de la formidable crise Snowden/NSA. La vérité de la situation ne peut plus ignorer comme un fait majeur, bientôt un fait structurel des relations à l’intérieur du bloc, ces interférences continuelles et catastrophiques des révélations diluviennes de la crise Snowden/NSA. La cohésion du bloc, l’influence des USA, le leadership de Saint-Obama, tout cela est passé au rythme infernal de la moulinette-Snowden.
Le pire de cette situation est sa terrible imprévisibilité. Nul ne sait de quoi demain, non, de quoi l’heure prochaine sera faite : quelle publication ? Venue d’où ? Touchant qui ? Cette crise-là doit être figurée comme une épée de Damoclès pesant en permanence sur les directions politiques du bloc BAO, et frappant à son heure, là où elle veut. Il n’y a pas de situation pire qu’on puisse imaginer, sans affrontement nécessaire, sans cause extérieure qu’on puisse voir venir et appréhender. Il n’y a aucune montée de la tension, aucune pression qu’on sent grandir, – mais une tension permanente, une pression qui ne cesse pas. La crise Snowden/NSA frappe où elle veut, quand elle il lui plaît, comme venue du Ciel intouchable.
Dans cette situation, Obama est comme un boxeur groggy qui ne sait d’où viennent les coups et qui continue à encaisser. Les amis du bloc BAO ne tiennent pas du tout à lui asséner ces coups, mais ils ne peuvent faire autrement que de les asséner. Le système de la communication, les opinions publiques dont on ne sait rien de précis mais dont craint tout, tout cela est une force impitoyable qui ne cesse de se transmuter dans la conviction qu’il est nécessaire de réagir. C’est le deus ex machina (la crise Snowden/NSA) qui décide ... Comme Obama, le bloc BAO est lui-même “comme un boxeur groggy qui ne sait d’où viennent les coups et qui continue à encaisser”.
Echange Clapper-Le Monde : 0-1
Revenons à la France, membre estimée du bloc BAO, avec une suite intéressante à l’affaire révélée lundi par Le Monde ... Les révélations du Monde (voir le 22 octobre 2013), c’est-à-dire un zeste du fonds Snowden concernant l’espionnage de la NSA en France, ont suscité une riposte violente de James Clapper, le DCI (Directeur Central Intelligence) US, sous l’administration duquel se trouve notamment la NSA. Clapper affirmait que les informations diffusées par Le Monde, notamment les 70,3 millions de communications téléphoniques interceptées par la NSA du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, étaient fausses. Cette démarche était extrêmement spécifique, et nullement le fait d’une indication accidentelle ou marginale, puisqu’il s’agit d’un communiqué diffusé par Clapper, le plus officiellement du monde. Russia Today rapporte cette intervention le 23 octobre 2013.
«The NSA did not record 70 million French telephone calls, but it does carry out espionage in France, Intelligence Director James Clapper has said. Responding to media reports on NSA activities in France, he dismissed them as “false and misleading.” The head of the National Security Agency (NSA) stopped short of denying the US carried out espionage in France, but claimed the contents of a report by Le Monde were “false.” [...]
»“Recent articles published in the French newspaper Le Monde contain inaccurate and misleading information regarding US foreign intelligence activities,” Clapper said in a statement released on Tuesday. Specifically addressing the claims that the NSA had tapped French citizens’ phone calls, Clapper stated, “The allegation that the NSA collected more than 70 million 'recordings of French citizens' telephone data' is false.” However, the intelligence chief did consent that “the United States gathers intelligence of the type gathered by all nations.”»
Bien évidemment, Le Monde a répondu. Le fonds Snowden n’est pas une affaire gérée à la légère ... (On remarquera d’ailleurs que le crédit de Snowden en tant que maître-source de l’information est en général au plus haut niveau qui soit. Tous les gouvernements concernés prennent quasiment pour du comptant tout ce qui vient de Snowden, dès qu’il y a publication. Seuls quelques hurluberlus un peu instables et très fatigués, type-Clapper, se permettent d’en douter pour tenter de justifier leurs salaires...)
La réponse du Monde est tout sauf polémique, et absolument pas spectaculaire. Elle vient au fond d’un article qui titre sur la très bonne volonté du président-poire, qui a sermonné BHO comme il se doit, mais pour aussitôt proposer une “coopération bilatérale” USA-France en fait de renseignements. La France-poire continue à manifester toute sa fermeté principielle, et le président-poire sa raideur souveraine, du genre dont Teddy Roosevelt, alors vice-président, affublait son président McKinley (“Il a autant de colonne vertébrale qu’un éclair au chocolat”). Il n’empêche, la polémique reste la polémique, et les révélations autant que les réactions de la NSA à ces révélations sont les unes et les autres incontrôlables ... Même un président-poire est obligé de s’infliger une certaine raideur.
Dans le texte du 23 octobre 2013, la réponse du Monde à Clapper se trouve en conclusion, suivie d’un graphique : «Pointé du doigt, la NSA, qui a effectué 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques de Français entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013, a étendu son espionnage aux représentations diplomatiques françaises.
»Des informations que le directeur du renseignement américain (DNI), James R. Clapper, considère, en partie, comme “inexactes” et “trompeuses”. Dans une lettre rendue publique, il dément l'ampleur de la collecte. Voici le document issu de la NSA, remis en cause par M. Clapper. Il indique clairement que les données de 70,3 millions d'appels français ont été enregistrées par l'agence.»
Qui contrôle la NSA ? Edward Snowden, pardi
Pourquoi Clapper s’est-il engagé sur ce terrain miné, car c’est bien le cas de tous les documents provenant du fonds Snowden, dont on a dit le sérieux face à cette usine à gaz en déroute qu’est la NSA ? C’est la première fois que Clapper répond directement à une telle publication, et de façon si formelle (communiqué). Nous avançons deux hypothèses, qui ne s’excluent aucune l’une de l’autre, et qui même se complètent fort gracieusement.
• La première hypothèse est qu’Obama en a marre. Il a sur les bras les suites du shutdown avec une perspective pas très rose dans ce domaine pour le début 2014 ; et puis les soubresauts de son grand œuvre, la grande réforme type-Sécurité Sociale nommée Obamacare, pour l’instant dans un état catastrophique avec le fonctionnement déficient du site qui doit recueillir les inscriptions des citoyens américains et donc sanctifier la chose d’une adhésion populaire massive. (Le site a coûté, selon le Washington Times [le 10 octobre 2013], $630 millions à partir d’un coût initial de $94 millions, et est structurée par des millions de lignes de code, – bref, une sorte de JSF, avec les ennuis qui vont avec.) L’hypothèse conclut donc qu’Obama a tenté de passer le bébé à la NSA elle-même en la personne de son contrôleur général, le DCI Clapper qui supervise toutes les agences de renseignement.
• La seconde hypothèse est que Clapper a obtenu de la NSA des informations erratiques sur son action en France, par rapport à ce qu’en dit le fonds Snowden ... Parce que la NSA ment sciemment à ce propos, en espérant que son “autorité” et celle de Clapper l’emporteront contre le fonds Snowden, alors que le fonds Snowden fonctionne avec une admirable documentation ? On laissera cette explication hypothétique pour une autre, beaucoup plus probable : la NSA ne sait pas ce qu’elle fait, dans le sens qu’elle ne connaît pas la structure, l’ampleur, l’orientation de ses actions, parce qu’elle est un monstre sans tête qui fonctionne par automatisme, que personne ne contrôle, – et qu’un obscur employé informaticien comme Snowden, qui connaît les arcanes de la documentation interne de ces automatismes, en connaît, lui, beaucoup plus que les dirigeants de la NSA. (D’ailleurs, la NSA elle-même ne sait pas ce dont Snowden dispose.) On voit bien que cette seconde hypothèse complète la première : nulle duplicité, nulle tentative absurde de tromperie, mais simplement l’ignorance complète de ceux qui sont où ils sont pour savoir et pour connaître et qui se retrouvent, ne sachant rien et ne connaissant rien, totalement débordés, totalement manipulés par l’énorme machine qui s’avère en plus se définir mieux comme une énorme usine à gaz.
• Conclusion sans surprise : personne ne contrôle la NSA ni ne connaît ses activités, ce qui rend bien difficile la moindre défense, et encore plus la prévision des contestations venues de tous les coins du bloc BAO ... Mais non, ce n’est pas tout à fait juste, ce “personne ne contrôle la NSA ni ne connaît ses activités”... Une personne en vérité contrôle la NSA, et c’est Edward Snowden et nul autre.
Chronique du désordre
Mais l’épisode français et la réaction de Clapper d’hier ont aussitôt été dépassés par l’accumulation des interventions anti-NSA. Celle de Merkel, signalée en entrée de ce texte, domine toutes les autres, mais il y en a d’autres. L’accumulation donne le vertige.
• On signalera donc, pour la chronique, l’intervention indirecte extrêmement pressante du président mexicain auprès d’Obama. (Voir McClatchy.News le 22 octobre 2013.) Les Mexicains, jusqu’ici restés dans une discrétion qui se mesure inversement à leur proximité des USA, ont décidé cette fois, sous la pression des choses et des révélations en cascade, de mettre au grand jour leur mécontentement : «Foreign Secretary Jose Antonio Meade, reading a statement in Geneva, lambasted the alleged NSA penetration of email accounts belonging to President Enrique Pena Nieto and former President Felipe Calderon. The reports, which came out in the German news outlet Der Spiegel, were based on documents leaked by former NSA contractor Edward Snowden, who’s in exile in Moscow.»
• L’Italie est aussi engagée dans une opération “mains blanches” qui, pour une fois, ne concerne pas ses propres pratiques, du moins pas complètement... Ce pays est touché comme tant d’autres par l’activisme de la NSA qui ne reconnaît aucune borne ni aucune frontière, et il est question de la rengaine sempiternelle (surveillance, “millions d’email” interceptés, écoutes, bla bla bla). Une enquête a été décidée par la COPASIR, une commission parlementaire chargée de la surveillance des activités de renseignement. Une délégation de la COPASIR s’est rendue il y a trois semaines aux USA et en est revenue avec la confirmation de l’ampleur de l’opération. La COPASIR est décidée à n’en rester pas là et se trouve au contraire engagée dans une dynamique de mise en accusation. La direction italienne, qui est une des plus alignées sur les consignes-Système de Washington, a mené un combat défensif de retardement de cette dynamique inquisitrice de la COPASIR, mais que peut-elle désormais dans le climat actuel ? Même la presse-Système s’y met : «As part of the program, phone calls and computer communications of “millions of Italians” are reportedly being gathered. Moreover, Corriere della Sera added that the implications extended to “a monitoring network that started years ago and is still active,” of which the Italian government and spy agencies might have been well aware of...» (Russia Today, le 23 octobre 2013).
• Aujourd’hui, au sommet de l’UE, on parlera évidemment de la crise Snowden/NSA (EUObserver, le 22 octobre 2013) qui affecte profondément le bloc BAO et l’UE par rapport aux USA. Avec l’affaire Merkel qui s’est ajoutée au cas français, les discussions seront très sérieuses. Le Parlement européen est désormais en rythme-turbo pour faire pression pour l’établissement de mesures extrêmement strictes de “défense électronique” du continent contre la NSA. La plongée au cœur de la crise n’est désormais plus évitable, l’arme suprême de l’hypocrisie qui fait fonctionner cahin-caha le bloc BAO ne fonctionnant plus (voir plus loin ci-dessous).
L’honorabilité d’Edward Snowden
Parallèlement à ce tintamarre étourdissant et qui semble ne jamais devoir cesser, – Greenwald, ricanant en-dedans lui, ne cesse d’annoncer de nouvelles charretées de documents inédits, – le statut d’Edward Snowden ne cesse de se modifier dans le sens d’une paradoxale honorabilité. Un événement significatif à cet égard, très symbolique de l’évolution des esprits sous les coups de la vérité de la situation qui ne cesse de se révéler, est l’article du commentateur du Washington Post Richard Cohen, le 23 octobre 2013.
Le mea culpa de cet influent journaliste du Post, qui n’a jamais ménagé son soutien à la structure-Système de l’américanisme, est particulièrement révélateur. Il est présenté en pleine lumière, sans une seule réserve sur l’erreur que lui-même, Cohen, a faite initialement. Le gentil Snowden, un temps fustigé par Cohen comme méprisable et pathologique, est devenu l’équivalent d’un Paul Revere moderne, un de ces héros de l’Amérique des origines, de la Révolution des Pères Fondateurs. Cette sorte de prise de position secoue les psychologies et le Système lui-même, en montrant l’extrême désarroi qui y règne aujourd’hui.
«What are we to make of Edward Snowden? I know what I once made of him. He was no real whistleblower, I wrote, but “ridiculously cinematic” and “narcissistic” as well. As time has proved, my judgments were just plain wrong. Whatever Snowden is, he is curiously modest and has bent over backward to ensure that the information he has divulged has done as little damage as possible. As a “traitor,” he lacks the requisite intent and menace.
»But traitor is what Snowden has been roundly called. Harry Reid: “I think Snowden is a traitor.” John Boehner: “He’s a traitor.” Rep. Peter King: “This guy is a traitor; he’s a defector.” And Dick Cheney not only denounced Snowden as a “traitor” but also suggested that he might have shared information with the Chinese. This innuendo, as with Saddam Hussein’s weapons of mass destruction, is more proof of Cheney’s unerring determination to be cosmically wrong... [...]
»My initial column on Snowden was predicated on the belief that, really, nothing he revealed was new. Didn’t members of Congress know all this stuff and hadn’t much of it leaked? Yes, that’s largely true. But my mouth is agape at the sheer size of these data-gathering programs — a cascade of news stories that leads me to conclude that this very column was known to the National Security Agency before it was known to my editors. I also wrote that “No one lied about the various programs” Snowden disclosed. But then we found out that James Clapper did. The director of national intelligence was asked at a Senate hearing in March if “the story that we have millions or hundreds of millions of dossiers on people is completely false” and he replied that it was. Actually, it was his answer that was “completely false.”
»Snowden is one of those people for whom the conjunction “and” is apt. Normally, I prefer the more emphatic “but” so I could say “Snowden did some good but he did a greater amount of damage.” Trouble is, I’m not sure of that. I am sure, though, that he has instigated a worthwhile debate. I am sure that police powers granted the government will be abused over time and that Snowden is an authentic whistleblower, appalled at what he saw on his computer screen and wishing, like Longfellow’s Paul Revere, to tell “every Middlesex village and farm” what our intelligence agencies were doing. Who do they think they are, Google?»
La fin de l’hypocrisie
La dimension épique qu’a prise la crise Snowden/NSA ne cesse d’élargir le domaine de son intervention, de son influence, et, par conséquent, son essence constitutive elle-même. Avec ce point que signale John Glaser, dans Antiwar.com, le 23 octobre 2013, on touche à l’approfondissement de la signification de la crise (son essence elle-même) que met dramatiquement en évidence son extension.
Ce qui est à la fois paradoxal et significatif dans le cas signalé ici, c’est qu’il s’agit d’une intervention qui est présentée dans Foreign Affairs, la publication du Council of Foreign Relations, le tout-puissant CFR qui est le pilier de l’establishment washingtonien. Glaser signale un article de deux professeurs de l’université George Washington dans le numéro de novembre-décembre 2013 de la revue. Henry Farrell et Martha Finnemore ont signé l’article The End of Hypocrisy, qui argumente que les whistleblower Manning et Snowden, – et Snowden essentiellement, certes, – ont compromis peut-être irrémédiablement le véritable soft power des USA, qui est simplement l’hypocrisie de leur démarche diplomatico-morale courante. Il s’agit de l’affirmation implicite des USA, dans leurs contacts avec ses alliés, que les USA ont le droit de parler d’autorité et d’influence parce qu’ils sont moralement la puissance exceptionnaliste que l’on sait.
L’action d’un Snowden, aujourd’hui, ne permet plus cela, comme on le mesure à l’embarras grandissant d’Obama, qui n’est même pas capable de parvenir à une esquisse de contrôle du monstre-NSA et qui reçoit chaque jour un coup de téléphone d’un président ami et furieux. Glaser remarque que personne à Washington n’a été capable de définir précisément en quoi l’action d’un Snowden (et Manning) est une “menace contre la sécurité nationale des USA”. La simple réponse est que cette menace existe réellement mais qu’elle ne peut être exprimée en tant que telle, c’est-à-dire qu’elle affecte un aspect de la “sécurité nationale” d’une extrême puissance mais toujours conservé dans la dissimulation la plus complète de la philosophie-Système et moderniste : «a “deeper threat that leakers such as Manning and Snowden pose is more subtle than a direct assault on U.S. national security: they undermine Washington’s ability to act hypocritically and get away with it.»
Hypocrisie out, RIP soft power
Glaser donne un extrait significatif de cette étude si peu conventionnelle sinon “révolutionnaire” dans le sens antiSystème, – et qu’elle paraisse dans Foreign Affairs est bien le comble de la capacité d’infiltration de la dynamique antiSystème. L’étude met à découvert le fondement, aussi bien de la démarche de Washington que de la complicité active des complices du bloc BAO jouant le jeu de la reconnaissance du magistère moral des USA. Désormais, le visage presque innocent de Snowden se glisse systématiquement dans leurs rencontres et dans leurs dialogues ...
«Hypocrisy is central to Washington’s soft power — its ability to get other countries to accept the legitimacy of its actions — yet few Americans appreciate its role. Liberals tend to believe that other countries cooperate with the United States because American ideals are attractive and the U.S.-led international system is fair. Realists may be more cynical, yet if they think about Washington’s hypocrisy at all, they consider it irrelevant. For them, it is Washington’s cold, hard power, not its ideals, that encourages other countries to partner with the United States.
»…This system needs the lubricating oil of hypocrisy to keep its gears turning. To ensure that the world order continues to be seen as legitimate, U.S. officials must regularly promote and claim fealty to its core liberal principles; the United States cannot impose its hegemony through force alone. But as the recent leaks have shown, Washington is also unable to consistently abide by the values that it trumpets. This disconnect creates the risk that other states might decide that the U.S.-led order is fundamentally illegitimate.
»Of course, the United States has gotten away with hypocrisy for some time now. It has long preached the virtues of nuclear nonproliferation, for example, and has coerced some states into abandoning their atomic ambitions. At the same time, it tacitly accepted Israel’s nuclearization and, in 2004, signed a formal deal affirming India’s right to civilian nuclear energy despite its having flouted the Nuclear Nonproliferation Treaty by acquiring nuclear weapons. In a similar vein, Washington talks a good game on democracy, yet it stood by as the Egyptian military overthrew an elected government in July, refusing to call a coup a coup. Then there’s the “war on terror”: Washington pushes foreign governments hard on human rights but claims sweeping exceptions for its own behavior when it feels its safety is threatened.
»The reason the United States has until now suffered few consequences for such hypocrisy is that other states have a strong interest in turning a blind eye. Given how much they benefit from the global public goods Washington provides, they have little interest in calling the hegemon on its bad behavior. Public criticism risks pushing the U.S. government toward self-interested positions that would undermine the larger world order. Moreover, the United States can punish those who point out the inconsistency in its actions by downgrading trade relations or through other forms of direct retaliation. Allies thus usually air their concerns in private. Adversaries may point fingers, but few can convincingly occupy the moral high ground. Complaints by China and Russia hardly inspire admiration for their purer policies.
»The ease with which the United States has been able to act inconsistently has bred complacency among its leaders. Since few countries ever point out the nakedness of U.S. hypocrisy, and since those that do can usually be ignored, American politicians have become desensitized to their country’s double standards. But thanks to Manning and Snowden, such double standards are getting harder and harder to ignore.»
Une crise au-dessus de la crise
La crise Snowden/NSA ne cesse de nous surprendre par sa parfaite chronologie, comme si elle vivait d’elle-même et choisissait une superbe tactique pour asséner ses coups qui ont une portée stratégique de plus en plus profonde. Obama commençait à peine à tenter de se remettre d’une “victoire à la Pyrrhus”, celle du shutdown où il a fait reculer les républicains au prix d’un affaiblissement dramatique de son pseudo-leadership dans notre époque extraordinaire, – le sien à Washington, celui des USA dans le monde, qui continue à survivre cahin-caha, comme un cadavre empaillé qu’on continue à exhiber, – par absence totale d’alternative et grâce à ce qu’il reste, ou restait du «lubricating oil of hypocrisy». Et voilà que ce coup terrible lui est asséné avec cet horrible début de semaine, de Hollande à Merkel.
Snowden/NSA est en train de disperser les dernières gouttes de cette potion magique au bout de sa magie (la «lubricating oil of hypocrisy»). La reprise foudroyante de la crise Snowden/NSA ces trois derniers jours accable le cadavre empaillé du leadership de l’exceptionnalisme américaniste et affaiblit à nouveau Obama, lui-même dans l’attente du prochain épisode washingtonien, type-shutdown. Il y a une parfaite coordination dans l’agencement des crises américanistes en cette séquence de “chaîne crisique” spécifique à Washington qu’on a identifiée (voir le 14 octobre 2013) ; dans la coordination de ces crises, dans la superbe puissance de l’infrastructure crisique qui les soutient, dans leur capacité à se relayer et à se relancer les unes les autres.
Il est manifeste que, dans cette situation, la crise Snowden/NSA, par son rythme, par sa capacité de relance qui semble aussi infinie que les ambitions et les réserves de metadata de la NSA, est devenue l’élément le plus important, à la fois la plus haute dans l’agencement de “crise haute” qui a migré vers les USA, à la fois la plus active, à la fois la plus capable de se transformer selon les opportunités et les nécessités. L’épisode actuel montre que cette crise est d’une telle richesse qu’elle se reproduit elle-même et accouche continuellement de nouveaux aspects d’elle-même devenant de nouvelles crises dans la crise. L’épisode actuel est non seulement “une crise dans la crise”, il est aussi, et surtout, “une crise au-dessus de la crise” ;
Non seulement le “freluquet de 30 ans” menace ce qu’il reste d’équilibre et de puissance de la structure du pouvoir washingtonien, mais il menace désormais ce qu’il reste d’équilibre et de puissance du pouvoir collectif du bloc BAO. Bref, il menace ce qu’il reste d’équilibre et de puissance du Système et agit comme un formidable «lubricating oil» de l’accélération de la séquence-autodestruction dans l’équation surpuissance-autodestruction du Système.
... Mais l’on sait bien, d’ailleurs, que ce n’est même plus le “freluquet”, ni BHO et ses réponses embarrassées au bout du fil, ni la NSA et ses piètres tentatives pour contenir le flot qui l’assaille, ni rien d’autre d’humain enfin. La crise vit d’elle-même, se multiplie elle-même, se répand et s’approfondit d’elle-même. La crise Snowden/NSA, alias la crise d’effondrement du Système qui prend tous les masques qui lui conviennent ; la Crise de la chute, comme un torrent....
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Saudi Arabië dreigt te breken met VS

Saudi's spreken van 'schaamteloos verraderlijke' deal met Rusland - Palestijnse leider Mahmoud Abbas sluit overeenkomst met Syrische president Assad
In 2009 boog Obama opzichtig voor de Saudische koning Abdullah. In Riyad is men nu heel wat minder blij met hun protegé in het Witte Huis. Inzet: Prins Bandar bin Sultan bezweert dat een breuk met de VS zeer grote gevolgen zal hebben.
Als er een land is dat Saudi Arabië en Iran nog meer haten dan Israël, dan is het elkaar. De Saudi's waren erg boos toen president Obama openlijk de Moslim Broederschap in Egypte begon te steunen, en ronduit woedend toe hij terugkwam op een zeker lijkende aanval op Syrië. Nu het Witte Huis ook nog eens toenadering zoekt tot aartsvijand Iran en bereid lijkt om tenminste een deel van het nucleaire programma van de Islamitische Republiek te accepteren, hebben leden van het Saudische koningshuis gedreigd om de toch al onder grote druk staande banden met de VS te verbreken.
Prins Bandar bin Sultan, het hoofd van de Saudische inlichtingendiensten, bezwoer dat er een 'grote verandering' in de relaties met de VS aankomt, als protest tegen Obama's beleid ten aanzien van Iran, Egypte en Syrië. Ook voelen de Saudi's zich door hun Westerse bondgenoot in de steek gelaten toen het Witte Huis weigerde zijn steun uit te spreken voor het neerslaan van de Shi'itische opstand door Saudische troepen in buurlandje Bahrein in 2011.
'Schaamteloos verraderlijke' deal met Rusland
'De breuk met de VS is fors,' aldus een bron. 'De Saudi's willen niet langer in een afhankelijke situatie zitten.' Ook prins Turki al-Faisal noemde in Washington Obama's Syriëbeleid 'betreurenswaardig'. Tevens bespotte hij de Amerikaanse deal met Rusland over de Syrische chemische wapens, en zei dat dit een list was om militair ingrijpen te voorkomen.
'De huidige schertsvertoning over internationale controle over Bashars chemische arsenaal zou grappig zijn, als het niet zo schaamteloos verraderlijk zou zijn. Het werd niet alleen opgesteld om Obama de gelegenheid te geven om zich terug te trekken (van een militaire aanval), maar ook om Assad te helpen zijn volk af te slachten,' aldus Turki, voormalig directeur van de Saudische inlichtingendienst.
Saudi's weigeren VN-Veiligheidsraadzetel om Syrië
Het is de derde keer dat er grote spanningen zijn tussen de VS en Saudi Arabië, die al sinds 1932 bondgenoten zijn. De eerste crisis leidde in 1973 tot een olie-embargo, omdat het Westen Israël steunde in de Yom Kippuroorlog. De tweede crisis was vlak na de aanslagen op 9/11 (2001), toen bleek dat de vermeende daders uit Saudi Arabië kwamen.
Het weigeren van een tijdelijke zetel in de VN Veiligheidsraad vorig week was een duidelijk signaal dat het de Saudi's menens is. Prins Turki gaf aan dat zijn land niet van plan is om terug te komen op dat besluit. Saudi Arabië eist dat de VN eerst alles doet om president Assad te stoppen. Daarnaast willen de Saudi's dat hun 'vredes'plan voor het Israëlisch-Palestijnse conflict dwingend aan de Joodse staat wordt opgelegd.
Palestijnse leider Abbas sluit deal met Assad
Het is de vraag of de Saudiërs ook hun onvoorwaardelijke steun aan de Palestijnen gaan herzien, nu militaire en inlichtingenbronnen melden dat de Palestijnse president Mahmoud Abbas een geheim samenwerkingsakkoord met president Assad heeft gesloten. Noch Israël, noch de VS waren hiervan op de hoogte. Abbas heeft Assad beloofd dat de Palestijnse strijders niet langer met de Syrische rebellen zullen meevechten en hun wapens zullen neerleggen (2).
'Grote gevolgen voor wapenaankopen en olie-export'
Prins Bandar suggereerde dat de geplande herziening van de relaties met de VS verregaande gevolgen zal hebben voor de Saudische wapenaankopen en olie-export. De Saudische centrale bank heeft zo'n $ 690 miljard aan (olie)dollar'assets' op de balans staan, voornamelijk Amerikaanse staatsobligaties. Riyad koopt regelmatig voor tientallen miljarden dollars Amerikaanse vliegtuigen en ander wapentuig.
'Bandar gaf Syrische rebellen chemische wapens'
Tevens zei de inlichtingenchef dat er in de oorlog in Syrië niet langer met de VS zal worden samengewerkt. De Saudi's steunen de Al-Qaeda rebellen in Syrië met geld en wapens. Ook de chemische wapens waarmee de beruchte aanval in Damascus werd uitgevoerd, waren volgens Syrische bronnen en enkele Westerse journalisten afkomstig uit Saudi Arabië. AP/BBC schrijver Dale Gavlak en Yahya Ababneh schreven onlangs op MintPress News dat prins Bandar deze wapens inderdaad aan de rebellen lijkt te hebben gegeven.
'Machten der duisternis stevig geworteld in Teheran'
Saudi Arabië zeer bezorgd over een eventuele verzoening tussen de VS en Iran, dat in Syrië, Libanon, Jemen, Irak en Bahrein probeert om de rivaliserende Shi'itische moslims te laten zegevieren. 'Of (de Iraanse president) Rouhani het zal lukken om Iran een verstandige koers op te sturen, wordt in Iran al betwist. De machten der duisternis zijn stevig geworteld in Qom en Teheran.'
Xander
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Aux frontières de l’Europe de Paolo Rumiz

Aux frontières de l’Europe de Paolo Rumiz
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Pour écrire ce livre, Paolo Rumiz a entrepris un périple original de 33 jours sur plus de 6000 km, à travers 10 pays, en bus, en train, en auto-stop, à pied, simplement muni d’un sac à dos de 6 kilos contenant le strict minimum : de quoi se vêtir et de quoi écrire. Pourquoi alors traverser l’Europe à la verticale, depuis le cap Nord en Norvège jusqu’à Odessa en Ukraine ? Né en 1947 à Trieste, ville carrefour, à cheval entre l’occident et l’orient, aux premières loges des bouleversements géopolitiques des confins de l’Europe, Paolo Rumiz est parti à la recherche de la frontière, cette ligne d'ombre que l’on franchit avec le sentiment de l'interdit, mais aussi à la poursuite de l’âme slave, cette chimère disséminée toujours plus à l’Est.
C’est donc un voyage intéressant qui nous conduit dans ces terres oubliées du tourisme, aux noms exotiques disparus dans le grand chambardement géopolitique du siècle dernier, voire bien avant (Botnie, Livonie, Latgale, Polésie, Carélie, Courlande, Mazurie, Volhynie, Ruthénie, Podolie, Bucovine, Bessarabie, Dobrogée). Tous ces noms à la magie incertaine sont de formidables lieux de rencontres diverses et marquantes qui dessinent par petites touches, par micro récits du quotidien ou du passé, une autre Europe. Voici, les Samis, les derniers pasteurs de rennes dans la péninsule de Kola, le jeune Alexandre, un orphelin au grand coeur qui rentre chez lui après 2 ans de prison, les pélerins ou les moines des îles Solovki et encore tant d’autres.
Il y a dans l’écriture de Paolo Rumiz beaucoup de tendresse et de mélancolie par rapport à ces endroits qu’il traverse et ces personnages qu’il rencontre. On sent qu’il a un amour profond pour cette région du monde, pour le style de vie des personnes qu’il rencontre et pour ce qu’il appelle l'âme slave. Il a envie de montrer à quel point cette âme slave est partie intégrante de l’Europe alors même que cette dernière ne cesse de prendre ses distances avec elle et de la maintenir plus ou moins à l’écart, à sa périphérie. Mais qu’est-ce que cette âme slave au juste ? Difficile à dire exactement. Et c’est peut-être là où le bât blesse avec le livre de Paolo Rumiz.
Ce voyage à la marge de l’Europe finit par être un voyage chez des gens plus ou moins en marge. Paolo Rumiz fait-il l’éloge de la rusticité, de la simplicité, voire du dénuement – pour ne pas utiliser le terme pauvreté? Serait-ce alors ça la fameuse âme slave ? L’âme du pauvre ? Certainement pas, et j’exagère sans doute un peu mais il est clair qu’un certain dégoût de l’Europe occidentale et de son développement est présent de manière plus que diffuse dans le livre. S’il ne s’agissait seulement que de la détestation de l’Europe bureaucratique et de sa forme institutionnelle (UE), passe encore, mais il s’agit de quelque chose de plus viscéral et qui présente le monde ouest-européen comme faux, artificiel, superficiel, chronophage, loin de la nature etc.
Alors quoi, la solution, ce serait pour les autres parties de l’Europe de rester dans cette marge, ce dénuement que Paolo Rumiz décrit durant son périple ? Alors quoi, on ne rencontre pas de gens simples, authentiques, partageant des valeurs de partage, d’empathie en Europe occidentale, admirateurs de la nature (ok, peut-être un peu moins) ? Alors quoi la solution, c’est juste ça ; aller à l’Est, l’âme slave ? Paolo Rumiz n’est certes pas dans une totale idéalisation de cette partie du monde (un peu quand même), mais clairement la violence, le racisme latent, le myticisme inquiétant, le culte de l’argent ou de la fraude ou encore les ravages de l’alcoolisme - pour citer en vrac quelques éléments – ne sont qu’à la périphérie de son propos. Le livre n’avait pas vraiment besoin d’être accompagné de cette sourde antipathie – qui n’est pas une critique – de l’Europe occidentale.
Malgré cet aspect parfois irritant, le livre de paolo Rumiz est intéressant en nous faisant découvrir des contrées peu courues et en revenant sur l’existence de frontières dures, de leurs logiques de mur, de périphérie et d’exclusion dont l’Européen lambda peut avoir de nos jours perdu la notion, la tangibilité.
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On the Military Alliance of Israel and Saudi Arabia against Iran

On the Military Alliance of Israel and Saudi Arabia against Iran
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Saudi Arabia's ministry of defense has placed an order with the U.S. for the delivery of high-tech cruise missiles and aerial bombs totaling 6.8 billion dollars. It is expected that the contract will be signed within a month after the request is approved by Congress. In the opinion of the Pentagon's Defense Security Cooperation Agency (DSCA), the arms shipment will not change the military balance in the region and does not create a threat to neighboring states. But is that true? Now, when Israel and Saudi Arabia are discussing the possibility of a military alliance against Iran, this deal looks like military reinforcement of this Arab-Israeli alliance, the likelihood of whose creation is becoming more realistic…
Tel Aviv and Riyadh perceived the U.S. refusal to make a military strike against Syria and President Obama's first steps toward normalizing relations with Tehran as the White House's commencement of a new stage in transforming the geopolitical structure of the Middle East. The Saudi royal family, displeased with Obama's course, responded to Washington asymmetrically by challenging the United Nations. The Kingdom of Saudi Arabia (KSA) became the first state to reject a seat on the UN Security Council, complaining about the council's activities. Riyadh is displeased that Bashar al-Asad still remains in power, there has been no success in resolving the Palestinian-Israeli conflict, and furthermore, in the opinion of Saudi diplomats, the UN has not made enough effort to make the Middle East a zone free of weapons of mass destruction (in reference to Iran's nuclear program). The Russian Ministry of Foreign Affairs called the Saudi demarche «strange». It is quite obvious that the reproaches against the Security Council in the context of the Syrian crisis have an anti-Russian orientation. Previously Russia and China blocked Security Council resolutions to toughen sanctions against Syria three times. Arab UN members do not hide their perplexity at Saudi Arabia's rejection of this honored status either, and urge Riyadh to reconsider, at least in order to provide the Arab world with representation in the Security Council. Saudi leaders, however, claim that «the manner, the mechanisms of action and double standards existing in the Security Council prevent it from performing its duties and assuming its responsibilities toward preserving international peace and security as required.» That is the monarchy's reaction to the UN not acting on Saudi Arabia's calls to military intervention in the Syrian conflict and resolution of the Iranian nuclear problem using military force. Riyadh has more than once declared its claims to dominance in the Middle Eastern region. It has now come to the point where in the days of the Syrian standoff the Saudi government proposed to Barack Obama that the U.S. pay for a military operation against Syria, as if they were talking about the services of a hired killer. The White House's refusal to take punitive military measures against the Syrian government was deeply disappointing to the Arab sheikhs. Washington was criticized for its inability to follow through on its own threats. Dissatisfaction with Obama's policy was made even plainer in Saudi assessments of the first signs of a thaw in Iranian-American relations. Riyadh has come to the conclusion that the U.S. and Iran are secretly planning a strategic alliance aimed at weakening Saudi influence. There is nothing unexpected in the fact that rapprochement with Iran could serve America's regional interests. The Americans themselves believe that a means of controlling the Middle East such that no one country can become the absolute military leader and lay claim to the role of a regional superpower is advantageous to the U.S. The classic way to reach this goal is to support the balance of powers while preserving constant tension in the relations between rival states, in this case Saudi Arabia and Iran. Many years of a one-sided orientation toward Saudi Arabia in the Islamic world has caused the U.S. to lose influence among Shiites, while Sunni Islam, which is under Saudi influence, has taken an anti-American course. Not only does Riyadh finance foreign military intervention in Syria, but Saudi intelligence supports Sunnite terrorist groups in countries from Algeria to Pakistan, including the Taliban movement which is now fighting against the Americans in Afghanistan. Further unconditional friendship with Riyadh has become dangerous for the U.S., and the conjecture that Washington's foreign policy will soon cease to serve the interests of Saudi Arabia is looking more and more justified. Of course, a rapprochement between Washington and Tehran is no guarantee that the position of the U.S. in the world of Shiite Islam will be substantially stronger, but there exists a chance that anti-American sentiment in a number of countries in the «Greater Middle East», such as Iraq, Lebanon, Syria, Bahrain and Afghanistan, will be reduced. Furthermore, the «reset» of relations with Iran would allow the United States to avoid the risk of being drawn into a war to protect Saudi Arabia through alliance obligations. Nevertheless, Washington still allows for the possibility of «closing» Iran's nuclear dossier by force through making strikes against Iranian nuclear infrastructure sites. Israel categorically insists on this scenario. Saudi Arabia does not hide its interest in the military destruction of the IRI's nuclear sites either. Tel Aviv has declared that it is prepared to conduct an independent operation against the IRI. Directing strikes against Iran through the territory of the KSA is one of the main options being considered by the Israeli military. Besides enmity toward Iran, Israel and Saudi Arabia share the common goal of overthrowing the regime in Syria, Tel Aviv and Riyadh are united in supporting the military government in Egypt, and they have also found common ground with regard to the unacceptability of an increase in the geopolitical role of their common rival Turkey. Information about secret negotiations between Israel and Saudi Arabia stopped being sensational years ago. Despite U.S. plans, the world could become a witness to the appearance of a seemingly unlikely Arab-Israeli alliance which would lay claim to the role of a «collective superpower» in the region. This autumn has in general brought chaos to the ranks of America's allies. The plans for U.S. military action in Syria was not supported by its most loyal ally, Great Britain; the great majority of NATO countries refused to take part in this venture; the leaders of many other allied countries have shrunk from solidarity with President Obama; and now longstanding Middle Eastern partners are acting independently on the issue of war with Iran. Examples of Israeli independent action are becoming numerous. Over a quarter of a century ago, in 1981, Israel destroyed Iraq's Osirak nuclear reactor not long before its commissioning. The Reagan administration officially condemned this attack at the time, but the Israelis consider it one of their most successful military operations. In 2007 Israel made air strikes against the alleged al-Kibar reactor which the Syrians were building in a desert area in the eastern part of the country and about which the IAEA supposedly did not know in order to demonstrate its resolve to destroy nuclear sites in neighboring countries in the early stages. At that time the Bush administration was divided in its assessment of this attack, but many high-ranking politicians in the U.S. feel that the raid was premature. In May of this year Israel made a strike against Damascus' airport, as well as several missile bases in Syria. The true goal of the Israeli air strikes against Syrian military sites was to test the possibility of flying over this Arab country to make a strike against Iranian nuclear sites. Tel Aviv is conducting such rehearsals for the beginning of war without a backward glance at the reaction of the global community. The UN has not reacted properly to a single recent Israeli military action in Syria. Saudi Arabia, unlike Israel, is now making its public debut as a subverter of UN authority for the first time, but the royal family has been preparing to start out on this dangerous path for many years, closely tying its foreign policy activities to support for international terrorist organizations. No one speaks of the moral principles of Saudi diplomacy anymore, so Saudi Arabia's agreeing to provide the Israelis a military corridor may be considered participation in strikes against Iran. Temporary basing of aircraft at Saudi air bases is also involved. Transport planes of the Israeli air force have already been seen in Saudi Arabia unloading ammunition, which in the case of war with Iran it will be convenient to have right there nearby. And it will be even better for Israel if the Saudi military pays for the cruise missiles and aerial bombs for these purposes and ships them from the U.S. itself. This is the main reason for the KSA Defense Department's new almost 7-billion-dollar order. 90% of the deliverables are ammunition for American-built fighter planes, which are standard in the air forces of both Israel and Saudi Arabia. By approving this contract, the U.S. Congress will be giving the green light to the dangerous plans of Tel Aviv and Riyadh, and the American troops in the Persian Gulf will be drawn into the dangerous scheme of two out-of-control allies. |
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Los conceptos de “Pueblo” y “Nación”

Los conceptos de “Pueblo” y “Nación”
Conrado Eggers Lan
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Para discernir mejor el concepto de “pueblo” del de “población”, y el de “nación” del de “país”, apelaremos a una distinción que ha sido enfatizada desde el s. XIX, pero que deriva de los primeros sofistas griegos, de mediados del s. V a.C.: la delimitación entre “naturaleza” y “cultura”. Pues ya Protágoras decía que “la enseñanza requiere tanto del talento natural (phýsis) como del ejercitamiento” (D.-K. 80133); y Antifonte, por su parte, cuestionaba la diferenciación habitual entre “griegos” y “bárbaros”, ya que, aducía, “por naturaleza hemos nacidos todos similarmente en todo sentido; todos, tanto griegos como bárbaros, respiramos por la boca y la nariz, y comemos con la ayuda de las manos” (D.-K. 87B44). Es decir, se comenzaba a descubrir que, además de lo que existe cuando nace el hombre, existe, y como algo nuevo, lo que el hombre hace. Así, a grandes rasgos, pues, podemos caracterizar a la “cultura” como la acción específicamente humana y sus productos (desde un pequeño crimen hasta la más excelsa obra de arte), a diferencia de los procesos meramente orgánicos y físico-químicos de toda índole en que no entra en juego la mente humana.
Veamos, pues el concepto de “población”: este concierne a la totalidad de habitantes de un lugar, aun cuando no exista otro rasgo en común que el de co-habitarlo, y el de poseer, mayoritaria o centralmente, la misma lengua y quizás el mismo origen étnico. Hasta cierto punto, entonces, podría considerarse la “población” como un hecho natural o casi-natural. De acuerdo con lo dicho, en cambio, “pueblo” configura una creación cultural. “Pueblo”, en efecto, designa una ligazón de los habitantes de un país en torno a un objetivo común, un vínculo que conlleva implícitamente una voluntad de acción, o directamente un accionar conjunto. Esta diferenciación que hacemos implica cuando menos la posibilidad de que no todos los habitantes de un lugar participen o deseen participar en la persecución de una meta común.
Aquí ya debemos explicar, aunque sea del modo más esquemático, lo que entendemos por “objetivos comunes” y por “meta común”. En términos generales, cabe afirmar que la meta común cuya búsqueda liga entre sí a los integrantes del “pueblo” es la realización humana, el ser-más de cada uno y a la vez de todos, la humanización cada vez más plena de los hombres. Un fin que es, pues, “metafísico”, porque atañe al ser del hombre; lo cual no remite a un ámbito abstractamente misterioso, sino a lo que aquí describiremos como la armoniosa conjunción de los siguientes objetivos:
1. La satisfacción de las necesidades humanas más elementales (de alimentación, de vestimenta, vivienda, atención de la salud, etc.);
2. El cumplimiento de un trabajo que permita desplegar al máximo posible las aptitudes creativas personales, o que deteriore lo menos posible tales aptitudes;
3. La disposición de un “tiempo libre” en el cual las aptitudes creativas personales se desarrollen al máximo o se deterioren mínimamente; en lo cual tenemos en cuenta la indicación de H. Marcuse (One-dimensional Man, Londres, 1964, p. 49, n. 38) de que en el s. XX existe en los países industrializados más “tiempo de ocio” (leisure time) que en el s. XIX, pero no más “tiempo libre” (free time), y de que el “tiempo de ocio” es manipulado por los medios de comunicación masiva de un modo que deteriora toda aptitud creativa personal;
4. La organización del país en una nación independiente, en cuyas decisiones el hombre participe.
Esta enumeración de objetivos que acabo de hacer es puramente taxativa, de ningún modo cronológica o jerárquica.
Por supuesto, no pretendemos que estos cuatro puntos sean asumidos explícitamente en el proyecto vital de cualquier ser humano, sino solo que es muy probable que su postulación fuera admitida por la gran mayoría de los hombres; y también que de hecho ya se encuentran presentes, de un modo menos preciso y esquemático que el expuesto, en los anhelos y pensamientos de la mayor parte de los individuos y de los pueblos.
Podría argumentarse que el objetivo que mencionamos en cuarto término no es patrimonio más que de una élite intelectual, extendido a los demás solo por un voluntarismo paternalista. Sin embargo, allí donde los pobladores se arraigan buscan, por una necesidad bien concreta, organizarse en sus esfuerzos comunes por afirmar su propia existencia en el lugar; aun cuando, sin duda, la historia de la paulatina organización de un “pueblo” es una cosa muy lenta y larga. Y la consciencia de los objetivos que hemos descripto puede ser más lúcida o menos lúcida, más precisa o menos precisa; pero en la medida en que esta consciencia sea común a los integrantes de un “pueblo”, proveerá a su accionar de una consciencia solidaria, una consciencia que podríamos considerar ético-metafísica, ya que promueve la realización plena como meta de los actos. Ahora bien, la detención en el cuarto de los objetivos que enumeramos nos lleva de la mano al concepto de “nación”, dado que en ese punto hemos subrayado el arraigo en un país y la organización en una nación independiente. Pues un “pueblo” puede nacer en el desierto, como los hebreos conducidos por Moisés en su marcha a través del Sinaí; pero su primera meta es “arraigarse” en un país, y a partir de allí “organizarse” para el logro de los objetivos comunes. Por consiguiente, la diferencia entre los conceptos de “país” y de “nación” reside en que con “país” se tiene en mente un “territorio poblado” –o al menos “poblable”-, en tanto que por “nación” entendemos la organización de un “pueblo”, arraigado en un “país’, a los fines de alcanzar solidariamente la realización humana. Al decir esto no estoy identificando “nación” con “Estado”, por cierto. Mi intención no es ahora detenerme en el concepto de “Estado”, pero en cuanto toca a la definición que hemos dado, “Estado” menta el aspecto de “organización”, mientras “nación” se refiere al “pueblo” como sujeto que se organiza. En ese sentido, podríamos decir que el concepto de “nación” implica algo personal, en tanto el de “Estado” algo cósico: cabe así decir que un “pueblo” tiene consciencia nacional, mientras hablar de “consciencia estatal” sería absurdo.
Volvamos ahora a la advertencia hecha sobre que el concepto de “pueblo” implica, por definición, la posibilidad de que no todos los habitantes de un país participen o deseen participar en la búsqueda de una meta común. Inclusive, añadamos ahora, puede darse el caso de que, dentro de la “población”, haya “individuos” o grupos que se opongan al proyecto nacional del “pueblo”. Abarcaremos en el concepto de “no-pueblo” a los individuos o grupos que, sin oponerse a dicho proyecto, no participan ni desean participar del destino común. Incluiremos, en cambio, en el concepto de “anti-pueblo” a los individuos o grupos que se oponen al “pueblo” en la consecución de sus objetivos. Estoy plenamente consciente de los riesgos implicados en el uso de expresiones tan esquematizantes como “no-pueblo” y “anti-pueblo”; creo que vale la pena asumir tales riesgos, en vista de la operatividad que, una vez precisados, veremos que ofrecen dichos conceptos, y que es sin duda mucho mayor que la operatividad acreditada históricamente por conceptos como el de “clase”. No obstante, y para evitar excesivas cacofonías, recurriremos a dos eufemismos, cuya intención espero no sea malentendida como europeizante: “la Nobleza”, para remitir a nuestro concepto de “antipueblo”; y “el Tercer Estado”, para denotar nuestro concepto de “no-pueblo”. Tratemos ahora de delimitar más claramente estos conceptos. ¿Podemos hacerlo en base a la cantidad, de modo tal que el “pueblo” fuese la mayoría de la “población” y la “Nobleza” una minoría? Sin embargo, de ser así, y teniendo en cuenta que sin duda la “Nobleza” cuenta también con objetivos comunes a sus integrantes -en vista a los cuales precisamente combate al “pueblo”-, faltaría la distinción cualitativa. En ese sentido, bien decía Aristóteles que el número “es accidental”, y que lo que hace la diferencia esencial es que, en el caso que él considera “correcto”, se atiende “al beneficio común”, mientras en el de los que denomina “desviaciones”; se mira “a los intereses particulares” (Política III 5, 1279a-b). Extraemos esta indicación aristotélica del contexto en que se halla, porque nos resulta esclarecedora para nuestro análisis. En efecto, en lo que concierne a la descripción que hicimos de los cuatro objetivos que persigue el “pueblo”, podemos advertir que cada integrante del pueblo quiere o puede querer tales objetivos para todos los pobladores del país. En lenguaje aristotélico, pues, lo que denominamos “pueblo” quiere “el bien común”. Pero la “Nobleza” no quiere ni puede querer “el bien común”, puesto que, por definición, se opone a la voluntad del “pueblo”; el “bien común” entraría en colisión con sus “intereses particulares”.
Voy a ejemplificar con la experiencia que me es más familiar. Pienso, en efecto, que ya resulta claro que, al hablar de “anti-pueblo”, no estoy rotulando un fantasioso producto de laboratorio, sino mentando una realidad tan concreta como cruda en América Latina, a saber, la oligarquía ligada a los centros internacionales de poder financiero. En relación con los cuatro objetivos comunes que enumeramos como constituyentes del proyecto de realización humana del pueblo, advirtamos que dicha oligarquía podría condescender en la búsqueda del primero de ellos (la satisfacción de las necesidades elementales), y quizá, en principio, decir que no es cosa suya el logro del segundo objetivo y del tercero. Pero jamás podría aceptar la aproximación al cuarto, el referido a la organización de una nación independiente y a la participación del “pueblo” en las decisiones, pues esto quebrantaría las bases de su propio poder y de su misma existencia; y no solo porque la participación popular en las decisiones deterioraría su privilegio, sino porque su poder sectorial se apoya esencialmente en la dependencia de su país respecto de los centros internacionales de poder financiero. Precisamente por eso, cada vez que la “Nobleza” ataca, lo más probable es que en el bando de enfrente esté el “pueblo”. Si se tuviese esto en claro, no se habría producido -ni persistiríaese fenómeno de autoengaño que hemos observado y seguimos observando en la Argentina, donde los teóricos de la política se niegan a hablar del peronismo como un movimiento popular -o, en el gobierno, como un gobierno popular-, y prefieren calificarlo de “populismo”, pretendiendo negarle su condición de “pueblo” y presentándolo como una aglutinación demagógica de una mayoría favorecida solo superficialmente. Cualquiera que eche una mirada a la historia política argentina de los últimos cuarenta años puede advertir que la oligarquía agropecuaria ligada a los intereses extranjeros estuvo siempre en el bando opuesto al peronismo, y, en tal condición, derrotada claramente por este en todos los comicios y su vencedora solo merced a violentos golpes militares.
En este punto, de todos modos, cabe señalar que el ser atacado por la “Nobleza” no es por sí solo garantía de que el conjunto atacado sea el “pueblo”. Pues el ataque también puede desatarse sobre una “vanguardia esclarecida” que desafíe a la “Nobleza” en forma inclusive más clara y agresiva de lo que lo haría el “pueblo”, y se convierte entonces en chivo expiatorio, sea por el temor de la “Nobleza” de que el brote sea epidémico, sea porque ella se forja la ilusión de que está combatiendo a su real enemigo. En este segundo caso, la ilusión es por partida doble, ya qué no solo la “Nobleza” toma a la élite por “pueblo”, sino que esta también se ilusiona con que es “pueblo” o con que lo representa. Sin embargo, el “pueblo” jamás se forma o actúa en base a una “vanguardia esclarecida”. Y aquí sí, para advertir la diferencia, cuenta el número, ya que esa “vanguardia” es una pequeña minoría, en tanto el “pueblo” es siempre mayoría. De todos modos lo esencial a este sigue siendo la consciencia solidaria de los objetivos comunes, solo que estos objetivos también pueden ser postulados por esa “élite ilustrada”, y en forma más marcada y explícita. Porque la consciencia que de sus propósitos tiene un individuo suele ser más clara que la de una pluralidad de individuos, máxime si ese individuo es intelectual y si esa pluralidad es muy vasta (aunque la “sabiduría popular” es generalmente más profunda y duradera, quizá por formarse con la lenta sedimentación de las experiencias). Y este hecho origina que tal individuo o una élite compuesta por tales individuos enjuicien el comportamiento del “pueblo”, y el grado de consciencia alcanzado por este, dictaminando que la consciencia del “pueblo” está aún inmadura o no existe. En ese sentido persiste hoy en día el voluntarismo liberal de la filosofía política de Hegel, quien parte del concepto de libertad como voluntad racional y universal, entendiendo por voluntad universal no lo que quieren todos o la mayoría de los pobladores, sino la voluntad racional que solo la “vanguardia ilustrada” puede poseer y que por sí sola acredita su universalidad. En cambio, dice Hegel, “el pueblo, en la medida que con esta palabra se designa una parte determinada del Estado, expresa la parte que precisamente no sabe lo que quiere. Saber lo que se quiere y, más aún, lo que quiere la voluntad que es, en sí y para sí, la razón, es el fruto de un profundo conocimiento y sabiduría, que no son precisamente cosa del pueblo”. (Grundlinien der Philosophie des Rechts § 301; 4a. ed., J. Hoffmeister, Hamburgo, 1955, pp. 261s.). Hemos hablado de élite o “vanguardia”, pero en rigor debemos usar el plural, ya que puede haber muchas y con una gran variedad de ideologías, que lleguen a ser inclusive “opuestas”, con la sola característica común de “vanguardias ilustradas”. En tanto tales, estas “vanguardias” no pueden integrarse en el “pueblo”, aún cuando eventualmente exista coincidencia de objetivos; los individuos que integran las élites sí pueden integrarse al pueblo, a condición de renunciar a todo carácter de “vanguardia esclarecida”, y sin perjuicio de sumar su aporte a los estudios teórico-prácticos que se hagan en el seno del “pueblo”. En cualquier caso, y siempre que una miopía total no las haga cómplices de la “Nobleza”, las élites no forman parte de esta, sino más bien de lo que denominamos “no-pueblo” o “Tercer Estado”, y que ahora estamos describiendo.
El “Tercer Estado”, en efecto, dista de agotarse en las élites, sino que su franja más amplia es ocupada por lo que bautizaremos como “sector neutro”, por el hecho de que es el único sector o grupo que no se pronuncia a favor o en contra del “pueblo” (aloja, naturalmente, opiniones individuales o aisladas, si no hay compromiso ni riesgos, pero que nunca abarcan a más de un individuo). Se trata de un conjunto de personas que pueden pertenecer a muy diversas clases sociales y estamentos, y que, aparte de las afinidades lingüísticas y étnicas, no cuentan con otros rasgos en común que los de vivir en una misma región bajo las mismas leyes y costumbres. Alguien podría objetar aquí que rasgos comunes tales como los étnicos y lingüísticos y la vida en un mismo país bajo las mismas leyes y costumbres son precisamente los rasgos que de ordinario se tienen más en cuenta al describir el concepto de “nación” y al caracterizar al “pueblo” que hay en ella. Y sin embargo, si se admite la noción de “consciencia nacional” como consciencia de un proyecto de realización común, deberá convenirse también en que no hay nada más ausente que ella en ese “sector” que denominamos “neutro”. Pues en dicho “sector” solo hay proyectos de uno, a lo sumo de dos, pero nunca más allá de un individuo o de una pareja. Y esta diferencia se hace en este caso más substancial que en las otras relaciones consideradas, ya que puede haber circunstancias en que la cantidad de individuos que componen este “sector neutro” aumente hasta el punto que este sea numéricamente mayoritario dentro de la población. En tales circunstancias no cabe hablar de “pueblo”, ya que el “pueblo” solo puede existir mayoritariamente. Así, de producirse eso, solo habrá “Tercer Estado” y “Nobleza”. No obstante, ni aún en tales circunstancias estos dos conjuntos se identifican ni se asimilan entre sí. La “Nobleza” puede, ciertamente, instrumentar tanto al “sector neutro” como a las élites para sus fines antinacionales, o, al menos, mantenerlos bajo control. Lo que no veremos es que la “Nobleza” combata al “sector neutro”, sea este minoría o mayoría, en lo cual este se distingue claramente del “pueblo”.
Aquí debemos modificar o al menos precisar nuestra caracterización anterior de la “Nobleza”, en tanto la basamos en la oposición de esta al proyecto del “pueblo”, y ahora presumimos su existencia incluso allí donde decimos que no hay ya “pueblo”, sino solo “Tercer Estado”, con un “sector neutro” mayoritario que no tiene un proyecto común y que, por lo mismo, no es atacado en su accionar. Lo que sucede es que hoy en día ningún país de la tierra puede substraerse a la marcha de la historia, sino que siempre participa en esta, sea a través de un proyecto nacional o de un proyecto anti-nacional, por más efímero o incoherente que resulte. Y si no hay un “pueblo” que impulse un proyecto nacional, el proyecto que se ejecute será anti-nacional, ya que frenará toda posibilidad de realización humana común y, ante todo, la de organización nacional. Y para ello siempre deberá haber una minoría anti-nacional que coincida con lo que hemos denominado “Nobleza”, aunque no esté su acción centrada en combatir al “pueblo”, sino a lo sumo en prevenir la eventual aparición del “pueblo”.
Cómo surge el “pueblo” allí donde no existía y la plaza mayoritaria era ocupada por el “sector neutro”, constituye para mí un problema del cual por ahora solo puedo tomar nota, ya que mi conocimiento de la historia de América Latina no me permite más que conjeturar que el surgimiento de un “pueblo” no se sujeta a leyes históricas más o menos detectables, y como mucho advertir algunos hechos que facilitan la creación cultural de un “pueblo”, tales como la aparición de líderes y coyunturas que propician la madurez de la consciencia “popular”. Por lo demás, una vez en escena los “pueblos”, su evolución no es rectilínea hacia los objetivos, puesto que, por un lado, no basta la voluntad de lucha, creación y sacrificio y, por otro, la cosa se juega en buena parte fuera de los límites de una sola “nación” y de un solo “pueblo”. En esa evolución, el “pueblo” puede ser golpeado y sometido; pero en el lapso siguiente solo quedará aletargado, nunca extinguido: una vez que se toma “consciencia nacional” ya no se la pierde, y el “pueblo” solo puede cesar de existir con la civilización íntegra a que pertenece.
Finalmente, queda aún por reflexionar sobre la posibilidad de aplicación de los conceptos que he descripto al proyecto bolivariano de unidad latinoamericana. Hoy en día podemos discernir tres metas escalonadas en el cumplimiento pleno de dicha propuesta, aunque esta sea en principio explícita solo en cuanto a la segunda meta; la primera sería “nacional” y la tercera “mundial”. En efecto, ningún individuo puede realizarse en una comunidad que no se realice -esto es, en un país que no sea “nación”- y análogamente, ninguna “nación” de la tierra puede realizarse en un mundo que no se realice. Hablar de la realización humana en términos planetarios suena a utopía renacentista y parece convertir el análisis filosófico en fantasía pura. Y sin embargo, es lo mismo que, con un lenguaje político realista, plantean los representantes del Tercer Mundo ante los poderes hegemónicos en las conferencias internacionales. Y precisamente la denominación “Tercer Mundo” designa una realidad socio-política más amplia que la “nacional” y más reducida que la mundial; realidad socio-política que es más concreta y homogénea aún si la restringimos a América Latina. Vale decir, la unidad latinoamericana sería la segunda meta. La mayor dificultad estriba en que, de diversas maneras, el logro de la tercera meta condiciona la plenitud de las dos anteriores, especialmente porque el “anti-pueblo” sienta sus reales en ese nivel mundial, y es allí donde combate al “pueblo” de cada “nación” y de toda Latinoamérica. Por cierto que mi análisis se detiene aquí, ya que no cuento con la experiencia adecuada para responder a la pregunta de sí hay o puede haber un “pueblo” latinoamericano que haga suyo un proyecto de “nación” latinoamericana más allá de todo voluntarismo elitista. En este punto solo arriesgaría una conjetura afirmativa, en base a la similitud de los procesos históricos, sociales, económicos y políticos en toda Latinoamérica y a la casi certeza de que hay un destino común que poco a poco se va asumiendo en todas partes. Por ello considero que un análisis como el que bastante burdamente acabo de presentar podría ser afinado y precisado dialógicamente, y de ese modo configuraría un aporte nada insubstancial de la filosofía a la propuesta de Bolívar de unidad latinoamericana.
* 1927-1996. Profesor titular de la cátedra de Historia de Filosofía Antigua. Publicó traducciones de diálogos de Platón con ensayos preliminares y varios libros sobre el mundo griego. Fue investigador del Conicet y creó la Sociedad Internacional de Platonistas. Desde 1988 dirigió la revista Méthexis con colaboraciones de filósofos argentinos y extranjeros. Interesado en la sociedad actual, también publicó varios libros sobre pensamiento nacional y contribuyó como pocos a la formación politica e intelectual de varias generaciones de dirigentes y militantes del campo del Pueblo de varios países de nuestra región.
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