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vendredi, 12 mars 2021

Contre le Grand Reset ! Vers la culture politique du Grand Réveil !  

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Contre le Grand Reset ! Vers la culture politique du Grand Réveil !  

par Alexandre Douguine

QU’EST-CE QUE LE « GRAND RESET » ?

Les Cinq Points du Prince Charles

Au Forum de Davos en 2020, son fondateur Klaus Schwab et le Prince Charles de Galles ont proclamé une nouvelle orientation pour l’humanité — le Grand Reset. Le plan, annoncé par le Prince de Galles, consiste en cinq points :

1. Captiver l’imagination de l’humanité.
2. Rétablissement économique après la pandémie du COVID-19, ce qui devrait conduire au début du « développement durable ».
3. Transition vers une économie non-pétrolière au niveau mondial.
4. Science, technologie et innovation doivent recevoir une nouvelle impulsion pour le développement.
5. Il est nécessaire de changer la structure de l’équilibre des investissements. La part des investissements verts doit être augmentée.

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Ce programme est en fait devenu l’idéologie de l’élite libérale globale. Joe Biden et son administration sont arrivés à la Maison Blanche sous ces slogans.

Si nous écartons la rhétorique humaniste et l’accent mis sur l’écologie (qui est précisément la lubie du Prince Charles), alors le programme de la nouvelle phase de globalisation et le plan d’action de l’élite internationale dans l’ère Biden sont réduits à ce qui suit :

  1. Il est nécessaire de subordonner complètement la conscience de l’humanité aux idées libérales-globalistes. Cela peut être atteint par le contrôle complet des médias, des réseaux sociaux, de l’éducation, de la culture, de l’art, où les nouvelles lois sont établies – politique du genre, glorification des minorités – sexuelles, ethniques, biologiques (exaltation de la laideur corporelle comme idéal de beauté et d’harmonie). En même temps, les Etats nationaux sont diabolisés, et les structures supranationales, au contraire, sont exaltées de toutes les manières possibles.
  1. Le « développement durable » (le projet du Club de Rome) implique une réduction de la population du globe (puisque les limites de croissance sont atteintes). D’où le lien avec la pandémie du COVID-19, ainsi que la mise en garde de l’OMS sur la probabilité de nouvelles pandémies.
  1. Le refus du pétrole vise à frapper un coup contre l’économie de la Russie, d’un certain nombre de pays islamiques et d’Amérique Latine (principalement le Venezuela), qui sont les piliers de l’ordre mondial multipolaire. La même tactique fut utilisée par les Etats-Unis dans la dernière période de l’URSS, ce qui abaissa artificiellement le prix du pétrole.
  1. « Développement technologique » signifie encore plus de numérisation avec l’introduction du contrôle total et de la surveillance totale des citoyens, le transfert d’un certain nombre de fonctions à l’« Intelligence Artificielle forte », l’accélération des technologies de bio-ingénierie, la production de masse des robots, la promotion des projets de mutation génétique et des projets de croisements d’espèces (ainsi que le « croisement » des humains et des machines).
  1. Il est nécessaire de continuer et d’accélérer la désindustrialisation de l’économie, de déplacer les bulles financières accumulées dans le domaine vague et opaque de la « production écologique » avec la monétarisation simultanée de l’environnement lui-même et sa transformation en capital.

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En même temps, les globalistes croient que l’arrivée des Démocrates à la Maison Blanche et la diabolisation de Trump et des conservateurs qui le soutenaient créent les conditions idéales pour un nouveau tour de globalisation et d’application de ce programme. De plus, la globalisation a manifestement piétiné durant les dernières décennies, et l’ordre multipolaire alternatif basé sur la montée de civilisations indépendantes – russe, chinoise, islamique, etc. – est graduellement devenu une réalité irréversible. Par conséquent, les globalistes n’ont simplement pas le temps : c’est maintenant ou jamais.

Voilà ce qu’est le « Grand Reset ». Et il a commencé.

Brève histoire du libéralisme

Si nous regardons les principaux stades de l’idéologie libérale, nous comprendrons que le « Grand Reset » n’est pas quelque chose de fortuit et de transitoire. La globalisation est le résultat logique de l’histoire mondiale, telle qu’elle est comprise par la pensée libérale. 

Le libéralisme est une idéologie qui se concentre sur la libération de l’individu vis-à-vis de toutes les formes d’identité collective.

Cela commença avec la Réforme Protestante et l’abolition des états médiévaux [= clergé, noblesse, tiers-état]. Le résultat fut une société bourgeoise où tous étaient égaux – mais seulement en théorie et en termes d’opportunités. Mais ce fut une grande avancée aux yeux des libéraux.

Les Etats-nations modernes émergèrent sur les ruines de l’Empire européen et du pouvoir du Pape – à nouveau, des individus (mais sous la formes d’Etats) furent libérés de l’identité collective (les identités catholique et impériale). Mais le progrès libéral ne s’arrêta pas là.

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Les philosophes Locke et Kant décrivirent le projet de « société civile », où les Etats-nations devaient être abolis. Les individus pouvaient théoriquement s’en sortir sans eux. Ainsi surgit la philosophie du cosmopolitisme, qui présuppose l’abolition des Etats-nations et (comme idéal) la création d’un Gouvernement Mondial. Ce fut la naissance du mondialisme – bien qu’en théorie.

Adam Smith formula les fondements du libéralisme en économie, soulignant la nature internationale du marché. Dans cette théorie libérale, le développement du capitalisme présupposait la disparition graduelle des Etats, et en fin de compte, le remplacement complet de la politique par l’économie, c’est-à-dire le marché.

La théorie critique du marxisme émergea au XIXe siècle, qui opposait la théorie des classes à l’individualisme libéral. L’idée de progrès était vue différemment ici, bien que les marxistes s’accordaient aussi sur la nécessité de la mort des Etats (l’internationalisme). Au XXe siècle, des idéologies de nationalisme extrême (le fascisme), contestant à la fois le libéralisme et le communisme, surgirent. Elles mettaient en premier le principe de la nation (l’Etat pour les fascistes, la race pour les nationaux-socialistes).

La défaite du fascisme en 1945 élimina cette idéologie de l’agenda, et l’image du futur fut disputée entre les libéraux et les communistes. Ce fut la signification idéologique de la Guerre Froide.

En 1991, l’Occident libéral finit par gagner. L’URSS s’effondra, et la Chine communiste se lança sur le chemin du développement du marché.

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C’est alors que la « fin de l’histoire », c’est-à-dire la victoire finale du libéralisme, fut proclamée. Cependant, après un examen plus attentif, il s’avéra que les libéraux n’avaient pas aboli deux types d’identité collective – l’identité sexuelle (le genre) et l’identité humaine elle-même. Cela signifiait que de nouveaux obstacles se trouvaient sur la route du progrès libéral. C’est pour cela que depuis les années 90 du XXe siècle, la politique du genre est venue au premier plan. Sa signification n’est pas seulement la tolérance pour les pervers et le féminisme radical qui restaure l’égalité des genres. D’après les progressistes libéraux, le genre devrait devenir une question de choix individuel – comme auparavant la religion, la profession, la nationalité, etc. Sinon, le « progrès » ralentirait. D’où les couples transgenres et gays dans l’administration Biden. Ces normes de la correction politique sont les signes de la victoire sur le tournant conservateur qui était presque arrivé sous Trump.

Maintenant la démocratie a fini par être définie comme le pouvoir des minorités, dirigé contre la majorité (manifestement une majorité « criminelle » qui est capable de choisir Trump ou… Hitler à tout moment, sous l’influence des sentiments populistes). Trump tenta désespérément de défendre l’ancienne compréhension de la démocratie, mais fut renversé. Il a été « annulé » [« canceled »] comme l’ont été les autres figures, mouvements, et pays entiers se trouvant sur la route du « Grand Reset » – le dernier stade du mouvement du libéralisme vers son triomphe historique.

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Et les libéraux ont un dernier problème devant eux – l’abolition de l’humanité, la politique du post-humanisme. La libération vis-à-vis de l’identité collective requiert l’abolition du genre et de l’espèce. Les futurologues libéraux font déjà l’éloge des nouvelles possibilités des post-humains – la fusion avec la machine multipliera la force du corps, de la mémoire, et aiguisera les sens ; l’ingénierie génétique mettra fin aux maladies ; la mémoire peut être stockée sur un serveur « cloud » ; l’humanité peut se connecter à la machine et atteindre l’immortalité.

Le « Grand Reset » est le triomphe de l’idéologie libérale à son stade le plus élevé, à son stade de globalisation.

Et tous ceux qui s’opposent à un tel agenda sont déclarés « ennemis de la société ouverte ». Ils sont invités à capituler volontairement. Sinon, tout le monde progressiste – avec ses finances illimitées, son potentiel technico-militaire et sa capacité inépuisable de contrôler l’« imagination de l’humanité » – leur tombera dessus.

Ainsi, le « Grand Reset » est la dernière note du progrès humain, tel qu’il est compris par la pensée libérale. Maintenant toute l’humanité est libre – libre d’être libérale.

Mais il faut noter qu’en même temps elle n’est pas libre de ne pas être libérale. Si un « illibéral » ou un « pas assez libéral » est repéré quelque part, le système punitif est lancé automatiquement.

Grand Réveil

Durant la féroce campagne électorale aux Etats-Unis, les supporters de Biden – les partisans du « Grand Reset » – utilisèrent tous les moyens contre leur adversaire Trump, incluant les moyens prohibés. Ils allèrent même jusqu’à appliquer les méthodologies des « révolutions de couleur » à l’intérieur des Etats-Unis – des méthodologies qui étaient auparavant exportées. Une telle détermination à la limite de l’infamie en dit long sur l’importance des enjeux. Les globalistes sont bien conscients que si leurs défaites et leurs échecs continuent à s’accumuler, toute l’histoire du libéralisme, longue de cinq cent ans, s’effondrera. Un monde multipolaire – vers lequel Trump, étant critique de la mondialisation, gravitait instinctivement – ne laisserait aucune chance aux libéraux. Ils jetèrent donc leurs masques, abandonnèrent les principes de la « vieille démocratie » et poussèrent Biden à la Maison Blanche, sans aucune considération de décence, des procédures et des règles.

Les supporters de Trump savaient à quelle force puissante et maniaque ils avaient affaire depuis sa première campagne électorale. Les Démocrates, conduits par la logique du mondialisme, étaient prêts à sacrifier les institutions américaines traditionnelles et la démocratie elle-même. Et c’est contre cela que les trumpistes mettaient en garde depuis 2016.

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Bien sûr, il est difficile pour les citoyens ordinaires de comprendre tout l’arrière-plan sinistre de l’idéologie libérale, qui mène immanquablement et consciemment à la destruction de l’humanité, à son « dépassement ». Cela est difficile à croire, ce n’est pas facile de parvenir à la vérité. Spécialement pour ceux qui ont été élevés sous l’influence de la démocratie libérale, à l’intérieur du système capitaliste et sous la profonde introduction d’une culture mondialiste. Et pourtant l’épiphanie a commencé.

C’est ainsi que la thèse du « Grand Réveil » est née. Ce slogan fut mis en avant par les supporters de Trump, qui devinrent les premières victimes du nouveau totalitarisme libéral à venir. Leurs initiatives furent immédiatement censurées, leurs comptes sur les médias sociaux furent supprimés, et même les références à eux furent effacées des systèmes des géants technologiques – Twitter, YouTube, Google, Facebook. 

Tout d’abord, cela affecta seulement les adversaires les plus bruyants des globalistes et les supporters de Trump. Mais à mesure que la campagne électorale s’envenimait, des cercles de plus en plus larges devinrent les victimes de la culture de l’« annulation » et du « deplatforming ». Jusqu’à ce que les globalistes appliquent finalement leurs méthodes au président US lui-même – Donald Trump.

Ce fut le moment du « Grand Réveil ». Maintenant la vraie nature des mondialistes a été comprise non seulement par les plus lucides et les plus irréconciliables, mais aussi par de vastes sections de la société américaine.

Ceux qui avaient voté pour Trump furent presque identifiés à des « fascistes » dans la dictature libérale établie. C’est ainsi que fonctionnent les lois du « Grand Reset » : quiconque n’est pas avec nous est un « fasciste », et il est possible – et même nécessaire ! – de traiter un « fasciste » de la manière la plus cruelle. Et cette fois, cette catégorie inclut non seulement les vrais conservateurs, qui ont toujours eu des réserves vis-à-vis des libéraux, mais aussi des libéraux, les citoyens américains ordinaires qui n’avaient pas eu le temps de s’adapter aux nouveaux critères du « progrès libéral ». Ils n’ont pas encore compris que la liberté est la liberté des minorités, et que les paramètres de cette liberté – c’est-à-dire ce qui peut être dit et fait, et ce qui ne peut absolument pas être fait (les normes du politiquement correct) – sont strictement établis par les élites libérales.

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Le « Grand Réveil » est le fait de comprendre que dans la période de la mondialisation, le libéralisme moderne s’est transformé en une vraie dictature, est devenu une idéologie totalitaire qui dénie – comme tout totalitarisme – le droit d’avoir un point de vue différent du point de vue dominant. C’est très similaire au début d’une nouvelle guerre civile aux Etats-Unis. Mais cette fois, ses camps sont différents : les supporters du « Grand Réveil » contre les supporters du « Grand Reset ».

A la veille d’une grande confrontation

Les Etats-Unis sont la première puissance du monde. Ce qui s’y passe concerne toute l’humanité. La victoire de Joe Biden et des architectes du « Grand Reset » derrière lui signifie que le monde est entré dans une nouvelle phase. Les globalistes sont déterminés à mener à bien ce qu’ils ont régulièrement échoué à faire durant les deux dernières décennies. D’abord le 11 septembre, puis Poutine, puis la Chine sous Xi Jinping, puis l’Iran, puis la Turquie, puis Trump. Et si les échecs continuent, le mondialisme risque de s’effondrer finalement. Le « Grand Reset » doit se faire maintenant ou jamais.

Et beaucoup d’élites d’orientation libérale dans divers pays – en Occident tout comme en Orient (incluant la Russie, bien sûr) – seront mobilisées par le mondialisme pour prendre une part active au projet de « Grand Reset ». Cela signifie qu’un front externe ainsi qu’un front interne vont être ouverts contre les supporters de la multipolarité, de la souveraineté et d’un ordre mondial polycentrique. Et ici commencent la pression externe de la part de la démocratique Washington et de l’OTAN sous son contrôle et le sabotage interne de la cinquième colonne et des élites libérales à l’intérieur des structures administratives des Etats.

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Le début d’une série d’opérations de changement de régime, une nouvelle vague de « révolutions de couleur » et la manipulation des conflits régionaux devraient s’ajouter à cela. Maintenant toute la force du sabotage global contre ceux qui n’ont pas pris le parti du « Grand Reset » va travailler à plein régime.

Il est évident que la Russie – du moins la Russie de Poutine, la Russie souveraine, indépendante et libre – appartient aux rangs du « Grand Réveil ».

Pour que cela devienne un fait irréversible, il faut faire un dernier effort. La moitié de la Russie s’est réveillée il y a vingt ans. Et ensuite elle commença un retour difficile mais généralement réussi (bien que prolongé) à l’histoire en tant que sujet de la politique mondiale, et non pas comme objet (comme dans les années 90 du XXe siècle). Mais l’espace pour un compromis avec les mondialistes est complètement épuisé. Nous n’avons qu’une option – nous réveiller complètement et non seulement prendre une part active au « Grand Réveil », mais – ce qui serait souhaitable et digne de l’échelle de notre histoire et de notre esprit – aussi le diriger.

Préalablement traduit en anglais par Cyrill Strelnikov, blogueur, observateur politique

Published by RIA-Novosti

Against Great Reset. Toward Political Culture of Great Awakening | Katehon think tank. Geopolitics & Tradition

vendredi, 18 décembre 2020

"Great Reset" et "amazonisation" de la société: ce que fournit le paradis terrestre de la "superclasse"

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"Great Reset" et "amazonisation" de la société: ce que fournit le paradis terrestre de la "superclasse"

La "Grande Réinitialisation" prend les contours d'une réinterprétation de l'ordre mondial dans une clé transhumaniste et imprégnée d'une pseudo-religiosité cyber- païenne (sorte de culte de la "Terre Mère" aux teintes  hi-tech ): un design de " fine d'histoire "  qui semble esquisser un avenir dans lequel le monde et ses habitants se retrouveront engloutis par une gigantesque usine" verte ", une ruche humaine dans laquelle la majorité des citoyens, en tant que simples rouages ​​du système, auraient pour seul but de produire, limiter au minimum les loisirs, la sociabilité, la consommation. Un cauchemar pour les multitudes, mais un paradis pour très peu de super-riches.

Par Cristiano Puglisi

Alors que l'Europe est prise dans la "seconde vague" du Coronavirus, l'Irlande est le premier pays du vieux continent à appliquer un nouveau confinement. Le débat sur la relation entre la protection de la santé et les libertés individuelles bat donc son plein. Un point, cependant, est sûr. Le Covid-19 existe, circule et infecte. Les cercles négationnistes qui émergent sur tout le continent ne sont cependant pas un phénomène risible, car ils sont l'expression de ces groupes sociaux que les mesures d'endiguement plus strictes conduisent au désespoir.

Sur l'inévitabilité de ce phénomène, du point de vue médico-scientifique, il ne semble cependant pas y avoir d'unanimité. Enfin, nous citons l'étude, publiée dans le bulletin de l'OMS, du professeur John Ioannidis, professeur d'épidémiologie et de santé des populations à l'université de Stanford, parmi les plus grands experts mondiaux de l'analyse des données en médecine, pour laquelle le taux de létalité de Covid-19 (il faut cependant prendre en considération les erreurs médicales dues à un manque de préparation et commises lors de la première vague, comme la confusion entre thrombo-embolie pulmonaire et pneumonie interstitielle), pour les personnes de moins de 70 ans, serait de 0,05%, avec un décès pour 2000 personnes infectées, alors que pour les personnes de plus de 70 ans, elle serait de 0,25%, soit un peu plus du double de celle d'une grippe saisonnière normale. Quelle que soit la façon dont on voudra lire ces données, les positions différentes et contradictoires adoptées par les représentants les plus influents de la communauté scientifique semblent plutôt attester que le confinement est une décision éminemment politique.

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Politique, comme l'a été la récente position prise, dans un chapitre des Perspectives de l'économie mondiale, par le FMI - Fonds monétaire international, l'une des institutions symboliques relevant des potentats financiers de l'hémisphère occidental et du soi-disant "Consensus de Washington". Eh bien, le FMI a invité à "reconsidérer le discours dominant sur les confinements", pour lequel "un compromis entre sauver des vies et soutenir l'économie" serait nécessaire.

Ce n'est pas nouveau. En juin dernier déjà, le FMI avait proposé sur son site officiel un article intitulé "Du grand confinement à la grande transformation", signé par la directrice générale de l'organisation, Kristina Georgieva, qui s'exprimait en termes substantiellement enthousiastes sur les mesures de blocus total de l'économie et de liberté de circulation des personnes. Le resserrement des économies, pour Mme Georgieva, a ouvert plusieurs "opportunités". Parmi celles-ci, la "transformation numérique" et la possibilité d'évoluer vers une société plus "verte", couronnant cette "Grande transformation" mentionnée dans le titre.

Une narration positive des confinements qui recoupe celle proposée par le WEF - Forum économique mondial de Davos et, surtout, par son président et fondateur, l'économiste Klaus Schwab, avec le concept de "Grand Reset". Il en a été question dans un précédent article de ce blog, relatant la lecture très critique qu'un autre économiste, l'ancien de la Banque mondiale Peter Koenig, avait faite du "Grand Reset". Mais peut-être que, compte tenu des événements de plus en plus dramatiques qui se déroulent, notamment en Europe, il est maintenant utile de s'attarder davantage sur ce sujet.

Ce que les institutions de la galaxie mondialiste et anglophone appellent "Great Reset" ou "Great Transformation" (mais, fondamentalement, c'est la même idée) est un concept présenté, le 3 juin dernier, lors d'un événement en ligne organisé par le WEF lui-même et qui a vu une série d'appels passionnés des dirigeants du FMI, de la Banque mondiale, du Royaume-Uni, des États-Unis, de l'industrie et de la finance occidentales afin de profiter de l'"opportunité" offerte par la pandémie pour "réinitialiser" le modèle économique, en le remplaçant par ce que l'on a appelé le "Green New Deal". Parmi les participants, il y avait vraiment l'élite du mondialisme : du prince Charles de Galles, représentant de la famille royale britannique, à Gina Gopinath, économiste en chef du Fonds monétaire international, en passant par António Guterres, secrétaire général des Nations unies.

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La discussion sur le concept de "Grand Reset" lancé par Schwab et ses associés sera au centre du prochain sommet de Davos, prévu pour début 2021 mais récemment reporté au mois de mai. Pour commencer à comprendre comment le "Grand Reset" imaginé par l'élite mondialiste peut être réalisé, il est toutefois possible de se référer aux concepts exprimés par Schwab lui-même dans un livre intitulé "Covid-19 : The Great Reset", écrit avec le directeur du Global Risk Network du même WEF, Thierry Malleret, ainsi qu'aux anticipations conceptuelles publiées sur le site du Forum économique mondial. Dans une critique de l'essai, Peter Koenig, fait valoir que Schwab et Malleret "admettent, presque avec une certaine satisfaction, que des millions d'emplois seront perdus et continueront d'être liquidés à une vitesse vertigineuse, et que des millions de petites et moyennes entreprises disparaîtront à jamais, que seules quelques-unes survivront, c'est-à-dire les conglomérats mondialisés". Koenig trouve donc dans le livre la confirmation des hypothèses critiques qu'il avait déjà formulées.

En faisant la synthèse entre les différents panels virtuels et les articles proposés sur le site du WEF, on peut comprendre comment le Grand Reset repose essentiellement sur quelques points fixes : une numérisation complète de l'économie et du marché du travail ; un remplacement des sources d'énergie traditionnelles par des sources alternatives ; une "quatrième révolution industrielle", grâce aux nouveaux réseaux 5G et 6G ; une réduction globale des émissions.

Le "Grand Reset", en bref, dans les intentions de ses prolongateurs, est ce qui va forcer le monde à entrer dans un modèle économique "vert". Celui suggéré par Greta Thunberg et, par ailleurs, par le pape François dans son encyclique "Laudato si", celle anticipée par des personnalités comme Al Gore et soutenue depuis des décennies par des ONG anglophones à l'empreinte clairement mondialiste comme le WWF ou Greenpeace. Un modèle qui plaît à l'Occident, qui veut s'émanciper de la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles et des pays producteurs, surtout au moment où la Chine, premier rival de l'Occident lui-même, est devenue le premier acheteur mondial de pétrole brut, se proposant ainsi de renverser (au moins potentiellement) la domination du pétro-dollar dans le commerce international.

Ce modèle sera (ou, plutôt, est déjà) celui dominé par les géants du "capitalisme de surveillance" (d'ailleurs, Shoshana Zuboff, le professeur de la Harvard Bussiness School qui en a inventé la définition, a récemment mis en garde contre la sous-traitance des applications, permettant suivi des contagions, à des géants privés), les souverains du net comme les soi-disant "big five" de la technologie : Facebook, Google, Amazon, Apple et Microsoft qui, avec la numérisation progressive de la vie quotidienne, sont destinés à pénétrer avec toujours plus d'intrusivité et de capacité à contrôler l'existence des êtres humains.

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Cependant, le Grand Reset recoupe également le document "Agenda 2030", publié par les Nations unies en 2015 et comprenant 17 objectifs de développement durable, résumés, comme le rapporte l'analyste William F. Engdahl, qui fait autorité en la matière, dans l'ambition de créer un monde "avec un revenu égal, l'égalité des sexes, des vaccins pour tous sous l'égide de l'OMS et de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI), lancée en 2017 par le WEF en collaboration avec la Fondation Bill & Melinda Gates. L'Agenda 2030, citant à nouveau Engdahl, "appelle à une croissance économique durable, à une agriculture durable (OGM), à une énergie durable et moderne (éolienne, solaire), à des villes durables, à une industrialisation durable... « Durabilité » est le mot clé. Si l'on creuse un peu, il est clair que ce mot de code cache une réorganisation de la richesse mondiale par des moyens tels que des taxes punitives sur le carbone qui réduiront considérablement les voyages en avion et en voiture".

Il est dès lors clair que Koenig a parfaitement raison lorsqu'il affirme que la "Grande Réinitialisation" (ou "Grande Transformation" ou "Agenda 2030" comme on l'appelle souvent), bien que dissimulée, comme cela arrive souvent dans ces cas-là, sous des concepts utopiques, implique plutôt une nouvelle dystopie élitiste, qui prévoit une érosion substantielle des revenus de la classe moyenne pour permettre à la fois la réduction de la consommation et des émissions, et cette "égalité des revenus" qui ne peut se traduire, compte tenu de la structure du "capitalisme de surveillance", que par une égalité vers le bas, tendant à une "amazonisation" de la société, avec un transfert conséquent des revenus soustraits vers le sommet de la pyramide. Selon un récent rapport de l'UBS et de PWC, lors de la grande fermeture économique du printemps dernier, de nombreux membres de la "superclasse" ont augmenté leurs actifs de plus d'un quart. Les actifs du propriétaire d'Amazon, Jeff Bezos, ont augmenté à eux seuls de 76 milliards de dollars. Et même selon Forbes, les actifs des 400 plus grands milliardaires du monde ont augmenté de 8 % rien que l'année dernière. Cela s'est produit alors que les revenus des employés dans le monde entier ont diminué de 3 500 milliards au total. Selon Josef Stadler, responsable du bureau de la famille d'UBS, le tableau est tel que le monde post-pandémique se présente avec une concentration de richesses qui revient aux niveaux de 1905, lorsque les batailles pour les droits du travail et les salaires n'en étaient encore qu'à leurs débuts.

Ainsi, le "Grand Reset" prend les contours d'une réinterprétation de l'ordre mondial dans une tonalité transhumaniste, empreinte d'une pseudo-religiosité cyber-païenne (une sorte de culte hi-tech de la "Terre Mère") : une conception de la "fin de l'histoire" qui semble dessiner un avenir où le monde et ses habitants se trouveront engloutis par une usine "verte" cyclopéenne, une ruche humaine dans laquelle la majorité des citoyens, en tant que simples rouages du système, n'auraient pour but que de produire, en limitant au minimum le loisir, la socialité, la consommation. Un cauchemar pour les multitudes, mais un paradis pour les rares super-riches.

imagesmedcor.jpgLe WEF et les cercles d'élite connectés ne semblent d'ailleurs pas être arrivés au rendez-vous avec la pandémie sans préparation: le 18 octobre 2019, quelques mois avant l'explosion de Covid, l'exercice " Event 201 " a été organisé à New York , parrainé par le WEF et la Fondation Bill et Melinda Gates (qui parlait d'une éventuelle pandémie de Coronavirus depuis le début de la dernière décennie), sur la base de ce postulat: « Ce n'est qu'une question de temps avant qu'une de ces épidémies ne devienne mondiale , une pandémie aux conséquences potentiellement catastrophiques. Une pandémie grave, se manifestant par un «événement 201», exigerait une coopération fiable entre différents secteurs, les gouvernements nationaux et les principales institutions internationales ". Ici donc, le scénario proposé par l'exercice envisageait « l'explosion d'un nouveau coronavirus zoonautique transmis des chauves-souris aux porcs et des porcs aux humains et qui, au final, devient efficacement transmissible de personne à personne, conduisant à une grave pandémie. L'agent pathogène et la maladie qu'il provoque sont largement calqués sur le SRAS, mais il est plus transmissible en milieu communautaire par des personnes présentant des symptômes bénins ». Fondamentalement, une prophétie.

Source:

https://blog.ilgiornale.it/puglisi/2020/10/23/grande-reset-e-amazonizzazione-della-societa-cosa-prevede-il-paradiso-terrestre-della-superclass/

jeudi, 12 novembre 2020

Sommes-nous à l’aube d’un « Grand reset social/civilisationnel »?

Par Andrew Korybko

Source Oriental Review

Les tensions qui couvent entre le système français ultra-laïc et la condamnation véhémente de la société islamique quant au soutien que ce gouvernement occidental accorde à ce qu’elle considère comme des représentations blasphématoires du Prophète Mahomet font monter la probabilité qu’un « grand reset social/civilisationnel » — qu’il ne faut pas confondre avec le scénario dit du « choc des civilisations » — soit en cours pour les prochaines années, dans le monde entier.

Résumé du contexte

Dans le monde entier, des musulmans se montrent furieux du soutien manifesté par l’État français envers des pratiques de laïcité, telle que la publication de ce qu’ils considèrent des représentations blasphématoires du Prophète Mahomet. Dans le même temps, Paris maintient fermement le droit de son peuple de s’exprimer par toute manière aussi offensante qu’il le souhaite [Gare quand même à celui qui crierait « Dieu est grand » en langue arabe pendant la minute de silence destinée à honorer le professeur d’histoire décapité, paix à son âme, NdT]. Ces tensions qui couvaient ont été réchauffées par la réaction de Macron à l’attaque terroriste de la semaine dernière contre un professeur français qui avait présenté des caricatures satiriques du prophète le plus important de l’Islam à ses élèves dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. Le dirigeant français avait par la suite décrit l’Islam comme étant en état de « crise », dénoncé ce qu’il décrit comme un « séparatisme islamique » au sein de la société française, honoré la victime comme un héros national, et promis que la France ne cesserait jamais de publier de telles caricatures. Les Musulmans ont considéré cette réponse provocatrice comme une attaque directement ciblée contre leur religion. S’en est suivi le mouvement croissant de boycott contre les produits français dans les pays à majorité musulmane. Il est difficile de prévoir comment ce conflit idéologique va se terminer, mais il est de plus en plus évident que celui-ci fait monter la probabilité qu’un « grand reset social/civilisationnel » se produise dans le monde au fil des années à venir.

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D’un « reset » économique à un « reset » social-civilisationnel

Il s’ensuit qu’un « reset » social/civilisationnel pourrait fort bien accompagner la remise à zéro économique qui a été déclenchée en réponse à ce que l’auteur considère comme la Guerre mondiale du Covid. Contrairement à la remise à zéro économique, le « reset » social/civilisationnel pourrait ne pas être coordonné, mais pourrait apparaître comme orchestré, car divers acteurs adoptent des trajectoires similaires dans les mêmes temps. Dans ce cas, il se produit une soudaine réaffirmation des identités laïque et islamique, respectivement, en Occident et hors d’Occident, dans les sociétés où un tel sentiment est ressenti par la majorité de la population. On trouve des laïcs dans les sociétés à majorité musulmane, ainsi que des islamistes (en référence à ceux qui soutiennent un rôle plus visible de leur religion dans la vie publique) dans les sociétés laïques, mais ils constituent la minorité, sauf en de rares cas comme l’Azerbaïdjan ou la Syrie, par exemple, qui sont des États constitutionnels laïques à population majoritairement musulmane. Mais dans la plupart des cas, les vues de chaque minorité restent relativement récentes dans le mélange social, et résultent des processus de globalisation, en particulier celles liées à tendances migratoires et d’information/communication (la prolifération de téléphones mobiles connectés à l’Internet les plate-formes de réseaux sociaux).

Le sophisme d’une « société globalisée » avec « des valeurs et des normes partagées »

Nombreux sont, dans ces pays, ceux qui soutiennent la vision dominante de leur société, et considèrent la vision minoritaire comme une menace à leur identité. L’objet de la présente analyse n’est pas de discuter qui devrait croire en quoi, et de justifier ces pensées, et encore moins d’évaluer la moralité de certaines lois permettant à chacun d’offenser grossièrement les croyances religieuses des autres sans que cela soit considéré légalement comme un discours de haine, et donc sujet à la censure et aux représailles judiciaires (ainsi que l’approche opposée, qui prétend supprimer strictement toutes expressions de ce type), mais simplement de reconnaître l’existence de systèmes sociaux/civilisationnels différents qui se sont développés avec le temps de manière organique en certains lieux, avec l’assentiment de la vision portée par la majorité. Jusqu’ici, la fausse notion d’une soi-disant « société globalisée » avec des « normes et valeurs partagées » avait pu exister, mais il ne s’agissait en réalité que d’une illusion libérale, masquant l’imposition des visions occidentales auto-centrées sur le reste du monde. Cela s’est effondré avec l’élection de Trump en 2016, et le dernier clou dans le cercueil a été planté en retombée de l’attaque terroriste contre le professeur français. Il est à présent évident aux yeux de chacun que des systèmes sociaux/civilisationnels existent, qui comprennent des visions contradictoires sur les sujets chauds.

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Rejeter la conjecture du « conflit de civilisations »

Accepter cette réalité, qu’on la soutienne ou non, ne devrait pas être considéré comme équivalent au scénario dit du « choc des civilisations » qui déroule un conflit qui serait inévitable entre la chrétienté et l’islam, et qui dans les faits n’a rien d’inévitable. Il s’agit plutôt, basiquement, du constat le plus objectif des tendances sociales/civilisationnelles dans le monde. Il est tout à fait possible que des représentants de sociétés/d’organisations qui adhérent à des visions contradictoires sur les sujets chauds puissent coopérer les uns avec les autres à la recherche d’intérêts partagés, tels que le commerce, et puissent même coopérer pacifiquement tant que ceux qui entretiennent des sentiments en minorité respectent les lois du pays où ils vivent (nonobstant leur frustration à ce faire, ou le degré d’injustice que cela puisse présenter). Mais la tendance en cours est plutôt que ces différences ne font que s’élargir, deviennent de plus en plus visibles, et que chaque société/civilisation s’exprime de plus en plus passionnément selon des modalités uniques à son système, et pouvant fortement offenser les autres. Le degré de proactivité ou de réactivité de cette dernière tendance est sujet à un intense débat, mais les dynamiques existent bel et bien, et constituent un socle très clivant quant aux perceptions globales du moment.

Le « dilemme social/civilisationnel »

Chacun des deux côtés affirme que l’autre avance sa vision contradictoire au reste du monde, et bafoue les droits des minorités au sein de leur sphère sociale/civilisationnelle tout en arguant que ses propres actions ne s’apparentent qu’à une réaffirmation défensive de leur propre identité, en réaction à l’agression dénoncée de la part de l’autre partie. Aucun terrain d’entente ne sera jamais défini entre les deux, car leurs visions du monde sont intrinsèquement contradictoires pour ce qui relève des sujets chauds, comme celui qui a provoqué les dernières tensions en date. Pour cette raison, on peut affirmer qu’ils sont captifs d’un « dilemme social/civilisationnel » comparable au « dilemme de sécurité » enseigné en Relations internationales ; ce dilemme enseigne que chaque partie est considérée comme agressive par l’autre, ce qui l’amène à mener des actions défensives, considérées à leur tour comme agressives par l’autre partie, et ainsi de suite : un cycle d’escalade auto-alimenté entraînant méfiance et déstabilisations s’installe sans limite de temps. Mais contrairement au dilemme de sécurité, qui permet que des évaluations objectives soient formulées (et cela est déjà une tâche difficile), le dilemme social/civilisationnel est complètement subjectif, car ces actions relèvent de l’identité de chaque partie.

La reconsidération globale du dogme libéral

Ce dilemme n’a pas de solution, car la seule issue réaliste serait un résultat de jeu à somme nulle, chaque partie pratiquant des concessions sur ses affirmations identitaires sociales/civilisationnelles, chose qui n’apparaît pas du tout réalisable. La vision très prononcée des Musulmans sur ce sujet découle de leur foi, qui interdit le blasphème, alors que la vision de l’État français est le résultat d’un système laïc, que les représentants du pays considèrent comme incarnant l’essence de la civilisation européenne moderne. Pour la plupart des Musulmans, il n’est pas envisageable de reculer sur un tel sujet, car cela leur ferait prendre le risque de se voir accusé de négocier leur foi, alors que les membres militaires/du renseignement de l’« État profond » français, qui conseillent probablement Macron sur ce sujet, craignent (de manière justifiée ou non) que toute concession de leur part puisse amener à une explosion incontrôlable d’émeutes dans le pays. Mais les deux parties semblent reconnaître de manière tacite que le dogme libéral, présumant qu’il existe une sorte de « société globale » avec des « valeurs et des normes partagées », est dépassé, et s’est vu démystifié par les événements récents. Aucune des deux parties n’ignore aujourd’hui le fait que l’autre entretient une vision contradictoire, et que ces visions sont profondément enracinées dans leurs identités respectives.

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Le précédent polonais en matière de désordre intra-civilisationnel

C’est cette réaffirmation d’identité sociale/civilisationnelle dans les pays européens à constitution laïque (quoiqu’historiquement chrétiens) et dans les pays à majorité musulmane qui pourrait catalyser un basculement de la vision du monde, aux antipodes des illusions libérales, et tendant vers un nouveau réalisme reconnaissant l’existence de différents systèmes sociaux/civilisationnels. Chose tout à fait intéressante, cette tendance anti-libérale est déjà présente au sein-même de l’UE, comme le démontrent les récents développements en Pologne, le pays en tête de l’Europe centrale, qui résiste activement aux tentatives menées par Bruxelles d’imposer ses valeurs ultra-libérales à une société traditionnellement très catholique. Rien que la semaine dernière, le gouvernement polonais conservateur, réélu de justesse, a en pratique interdit l’avortement, ce qui a déclenché une tentative de Révolution de couleur (toujours en cours) de la part de sa minorité libérale, en croissance et de plus en plus audible. L’exemple polonais démontre que dépeindre le « grand reset social/civilisationnel » entre sociétés chrétienne et musulmane comme un conflit serait une erreur, qui ne ferait que faire progresser le scénario de « choc des civilisations ». Au contraire, il faut comprendre cet événement comme un réexamen du dogme libéral entre et au sein des diverses sociétés, y compris celles qui relèvent de la même sphère civilisationnelle, en Europe.

Conclusions

Toutes choses bien considérées, il ne fait guère de doute que nous sommes à l’aube d’un « grand reset social/civilisationnel ». On ne fera pas rentrer le génie dans la lampe, après l’attaque terroriste à l’encontre du professeur français. L’État français ultra-laïc, ainsi que les fidèles musulmans du monde entier s’entêtent en une lutte étendue quant aux normes et aux valeurs qu’ils considèrent comme précieuses. Chacun des deux côtés est très préoccupé par l’empiétement de l’autre sur ses propres droits, mais comme leurs positions sur les sujets chauds comme celui-ci sont inconciliables, il ne faut s’attendre à aucune résolution bénéfique de ce conflit. Le résultat ne peut en être qu’à somme nulle, mais ce simple fait pourrait même rester dissimulé si les deux côtés maintiennent leurs positions. C’est pour cela que le monde doit s’attendre à ce que la reconsidération globale du dogme libéral entre sociétés, et au sein de celles-ci, y compris au sein des sphères civilisationnelles comme illustré par l’exemple polonais, finisse par devenir l’une des tendances fondamentales de notre décennie. Mais cela n’implique pas que les civilisations sont vouées à entrer dans un « choc », car une coopération pragmatique sur les sujets d’intérêts partagés, comme le commerce, reste possible tant que les droits physiques (pas nécessairement spirituels/idéologiques) de chaque sont respectés.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

 

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