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vendredi, 08 juillet 2016

René Daumal, une révolte poétique et spirituelle

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René Daumal, une révolte poétique et spirituelle

Ex: http://www.zones-subversives.com

La trajectoire de René Daumal permet de présenter la créativité poétique qui alimente la première partie du XXème siècle. Il est surtout associé à la revue du Grand Jeu et aux marges du surréalisme.

« Prenez garde, André Breton, de figurer plus tard dans les manuels d’histoire littéraire, alors que si nous briguions quelques honneurs, ce serait celui d’être inscrit pour la postérité dans l’histoire des cataclysmes », prophétise René Daumal. Ce poète méconnu n’a pas tenté de créer une Église, à l’image de Breton ou Debord. Mais il incarne une certaine forme de révolte spirituelle et métaphysique. Il rejette le matérialisme dialectique mais pas la perspective révolutionnaire. Toutefois, Daumal et la revue du Grand Jeu privilégient l’expérimentation poétique, qui peut devenir une force comme une limite.

Le groupe « simpliste »

René Daumal né le 16 mars 1908 à Boulzincourt dans les Ardennes, région d’Arthur Rimbaud. Son père, Léon Daumal, s’active dans le militantisme socialiste. René Daumal découvre Alfred Jarry, l’auteur d’Ubu roi, une pièce de théâtre jugée scandaleuse. Au début du XXème siècle, Alfred Jarry s’inscrit dans le courant du symbolisme, la seule théorie d’Art véritablement nouvelle. Ce mouvement littéraire « lavé des outrageantes signifiances que lui donnèrent d’infirmes court-voyants, se traduit littéralement par le mot Liberté et, pour les violents, par le mot Anarchie », décrit Rémy de Gourmont. Jarry ne cesse de choquer le petit monde littéraire et son attitude perturbe la bienséance bourgeoise de la bonne société parisienne. Si Jarry meurt en 1907, avant la naissance de René Daumal, ce poète marque durablement les avant-gardes littéraires du XXème siècle.

Mais René Daumal ne tarde pas à rencontrer d’authentiques poètes. En classe de seconde, à Reims, il fréquente Roger Gilbert Lecomte, Robert Meyrat, Roger Vailland. René Daumal amène ce trio de farceurs à se poser de véritables questions pour pousser la réflexion, témoigne Robert Meyrat. René Daumal, adolescent discret et rêveur, écrit des poèmes qui tournent en dérision les petits évènements de la vie du lycée. Mais le groupe des « quatre R » se replie sur lui-même pour s’engager dans son aventure spirituelle. Ils méprisent les autres lycéens qu'ils condamnent à la médiocrité. René Daumal expérimente l’alcool, le tabac, le noctambulisme, l’asphyxie. Il se tourne vers les marges de la poésie et de la philosophie.

Le groupe qui se définit comme « simpliste » s’active à des gamineries. Les jeunes poètes se distinguent par des caractères différents mais partagent la même curiosité pour l’expérimentation et les mêmes affinités mystiques. Le simplisme est décrit comme « troué, effondré, malmené, une non-œuvre, une contre-œuvre pour finir » selon Yves Peyré. Le groupe simpliste, formé en 1924, utilise la drogue et l’opium pour ses expérimentations métaphysiques. Meyrat propose aux trois autres « phrères » simplistes de jouer à la roulette russe. Il vide les barillets mais ses compagnons ne sont pas au courant et prennent le jeu au sérieux. Les simplistes jouent avec leur vie de manière enfantine, comme s’il s’agissait d’une farce. L’enfance est alors considérée comme une source d’inspiration métaphysique.

René Daumal se réfère à Nerval, écrivain du rêve. Il pratique l’hypnose pour atteindre l’isolement sensoriel et un sentiment de vertige. Le simplisme est une philosophie qui « va se fonder sur cette métaphysique expérimentale, celle de "l’identité de l’existence et de la non-existence du fini vers l’infini" », selon H.J. Marxwell. Les simplistes recherchent un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens », selon la formule d’Arthur Rimbaud.

La création de la revue le Grand Jeu

daumalGJ.jpgEn 1925, René Daumal rentre en khâgne au lycée Henry IV à Paris. Lecomte et Meyrat sont restés à Reims. Mais Vailland et surtout Minet ont également rejoint la capitale. Pierre Minet, surnommé Phrère Phluet, fréquente les milieux marginaux de la bohème parisienne et joue un rôle important dans la dynamique de création d'une nouvelle revue: le Grand Jeu.

Les collaborateurs du Grand Jeu proviennent d'origines géographiques et idéologiques différentes. Le premier numéro doit être publié en 1928 pour être consacré à la Révolte. Daumal insiste “pour ne pas donner une place excessive aux poèmes”, “pour ne pas avoir l'air de jeunes gens qui veulent être imprimés. D'ailleurs, qu'importe ? - Trop de poèmes ennuient vite, la partie poétique sera d'ailleurs aussi importante que la philosophique”. René Daumal prend la direction éditoriale du projet en raison des absences de Gilbert-Lecomte et Vailland.

Mais le Grand Jeu reste dans l'ombre des surréalistes qui valorisent également la révolte. La dimension individualiste et réfractaire de cette révolte débouche, pour André Breton et les surréalistes, vers les idées anarchistes. La poésie permet également d'exprimer un dégoût pour la société et de dénoncer les contraintes sociales et morales.

La trajectoire de René Daumal croise donc celle d'André Breton mais aussi celle d'Alfred Jarry et de la pataphysique. Pour René Daumal, “Le particulier est absurde”, “Le particulier est révoltant”, toute forme prise au sérieux devient absurde. Pour Jarry, le rire pataphysique devient “la seule expression humaine du désespoir”, pour “exorciser l'absurde”. René Daumal partage avec la pataphysique une philosophie de la table rase comme préalable. Mais il s'aperçoit rapidement des limites d'une simple critique ravageuse de l'existant sans perspective. C'est ce qui explique sa dérive dans l'orientalisme mystique.

René Daumal présente la réflexion de la revue Le Grand Jeu dans un texte intitulé “Liberté sans espoir”. L'adolescent doit forger son propre jugement sans subir la moindre influence. Il doit construire son propre espace de liberté, avec une révolte sans objet. L'ironie, qui devient alors centrale, constitue la réalisation d'“actes gratuits” dans lesquels la volonté ne se soumet à aucune règle. La valeur de l'acte se mesure à “la volonté pure”. Surtout, l'être humain doit renoncer à son individualité pour s'éveiller à la dimension universelle de l'esprit humain.

Ce discours métaphysique complexe permet aux membres du Grand Jeu d'attaquer violemment la société occidentale et ses dogmes. “Faire désespérer les hommes d'eux-même et de la société” devient le but du Grand Jeu. La négation et la destruction de la société avec ses règles idiotes devient un projet salutaire. Le premier numéro du Grand Jeu comprend trois essais sur la “Nécessité de la révolte”. Ensuite, le revue intègre plusieurs poèmes.                    

Convergences et oppositions avec les surréalistes

Le Grand Jeu se rapproche des surréalistes mais aucun accord n'aboutit. En effet, le Grand Jeu accueille les exclus et dissidents du mouvement surréalistes qui critiquent l'autoritarisme d'André Breton.

L’écriture automatique émerge avec la découverte de l’inconscient par la psychanalyse. Un groupe, autour de Breton et Soupault, fonde la revue Littérature en 1919. Ce projet commence « par la démolition de tout ce qui pourrait nous accaparer. Ne pas permettre. La réussite, pouah. La première bataille se livre contre le poème, le pohème, le peau-aime, etc », écrit le jeune Aragon. Breton et Soupault écrivent le poème des Champs magnétiques, réalisés sous la dictée magique de l’inconscient. Les mots et les phrases apparaissent d’eux-mêmes. La découverte de l’aventure surréaliste par Daumal et les jeunes Rémois fait écho à leurs propres préoccupations. Mais le mouvement dada s’attaque directement à la forme poétique. « Il est parfaitement admis aujourd’hui qu’on peut être poète sans avoir écrit un vers, qu'il existe une qualité de poésie dans la rue », estime Tristan Tzara. A Paris, le mouvement dada organise des conférences destinées à créer des scandales. Le 23 janvier 1920, les acteurs sur scène massacrent un texte de Breton. Puis Tzara lit un article de journal dans un concert de crécelles. Pour Breton, cette destruction de l’art incarne « l’idée moderne de la vie ». Mais les surréalistes se séparent de dada qui combat également la poésie. L’expérimentation surréaliste peut passer par des activités médiumniques. Breton tente de supprimer le contrôle qu'exerce la raison sur l’esprit pour libérer une force spirituelle. L’investigation surréaliste se tourne alors vers l’écriture automatique et le récit des rêves.

daumalcontreciel.jpgL’esprit humain doit se libérer de ses conditionnements selon les surréalistes. En 1925, ce mouvement pose des bases précises avec, pour préalable, « un certain état de fureur ». L’action surréaliste ne se préoccupe pas de « l’abominable confort terrestre » mais vise à « changer les conditions d’existence de tout un monde ».

Mais Breton tente de démolir le Grand Jeu à partir de positions politiques de certains de ses participants. Par exemple, Vailland fait l’éloge du préfet de police de Paris dans la presse. Le Grand Jeu interdit dès lors les contributions individuelles dans la presse. Mais Breton s’attache à conserver le monopole de la contestation poétique.

Le Grand Jeu se considère comme communiste dans la destruction de l’ordre établi mais ne rejoint pas le Parti. Les intellectuels communistes sont considérés comme des policiers serviles. Mais l’aventure du Grand Jeu s’essouffle et René Daumal se tourne vers de nouveaux horizons. Le Grand Jeu, depuis les simplistes, demeure une expérience collective qui dépasse les prétentions individuelles. « L’Occident individualiste-dualiste-libre-arbritriste, triste, capitaliste-colonialiste-impérialiste et couvert d’étiquettes du même genre à n’en plus finir, il est foutu, vous ne pouvez vous en doutez comme j’en suis sûr », constate Daumal.

La trajectoire de Daumal et du Grand Jeu s’ancre dans la créativité poétique de son époque. Mais la critique de la vie quotidienne débouche vers une fuite dans la poésie et la métaphysique. Le rêve, l’expérimentation s’apparentent à une fuite hors du monde et de la civilisation occidentale. Daumal, pourtant critique lucide de l'institutionnalisation du surréalisme, ne s’inscrit pas dans une démarche de dépassement de la société marchande par l’émancipation individuelle et collective. La révolution intérieure prime sur la révolution sociale. Alors que les deux devraient être étroitement liés. Sa dérive vers la culture orientale et une forme de religiosité hindouiste révèle l’impasse d’une révolte uniquement spirituelle pour ré-enchanter.

Articles liés:

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L'explosion Dada

Sur René Daumal:

Jean-Philippe de Tonnac, René Daumal, l'archange, Grasset, 1998

Emission Surpris par la nuit sur René Daumal 

Emission radio consacrée à René Daumal

Dans la revue Clés

Court-métrage de Marion Crépel sur les simplistes

Sur le Grand Jeu:

Site consacré au Grand Jeu

Dans La revue des ressources: Régis Poulet, "Le Grand Jeu de René Daumal, une avant-garde à rebours"

Sur le site Traces autonomes, "Le Grand Jeu, une avant-garde critique"

Dans Libération : Frédérique Roussel, "Le cercle des phrères disparus"

Conférence : Zéno Bianu, "Rien ne va plus, faites le Grand Jeu"

Commentaires

Votre éloge de René Daumal est ridicule mais montre bien qui vous êtes en réalité:des néo-païens,à l'ésotérisme confus pseudo-oriental, mélangé de faux mysticisme du à l'absorption de stupéfiants et favorable à une Europe totalitaire et anticatholique!

Écrit par : brandenburg | vendredi, 08 juillet 2016

Je n'ai jamais fumé un joint ni tiré une ligne de coke ni me suis jamais injecté une dose d'héroïne. Mon paganisme vient de la hiérarchie catholique de mon collège d'adolescent, au nom du paganisme greco-romain, prisé par le Cardinal Mercier. Donc, vous êtes un ignorant voire un fou qui ne connaît rien, absolument rien à l'histoire du monde religieux dont vous vous réclamez. Le jansénisme à demi-puritain, le déisme, les élucubrations de la révolution française, le faux catholicisme compassé sans élan du Christ Pantocrator (à côté du Dom d'Aix-la-Chapelle) et, pourquoi pas, dans le Dom lui-même. Beati pauperes spiritu (là vous avez de la chance).

Écrit par : steuckers | vendredi, 08 juillet 2016

le faux catholicisme compassé et saint-sulpicien vous ont pourri la tête. Je prierai pour vous trois fois: dans un temple grec (ou romain), dans un mithraum de Gallia Belgica ou de Germania Superior, devant un Christ Pantocrator (à côté du Dom d'Aix-la-Chapelle) et, pourquoi pas, dans le Dom lui-même. Beati pauperes spiritu (là vous avez de la chance).

Écrit par : steuckers | vendredi, 08 juillet 2016

Est-ce à moi que ce discours s'adresse?"Si oui,je vous interdis de prier pour moi dans des temples païens!Quant au sulpicisme,merci de relire le Père Ollier et ses amis mais pour ma part c'est plutôt Saint Thomas d'Aquin qui "m'a pourri la tête".
Merci pour votre haine,votre mépris de celui qui est "initié" à es crétineries et votre arrogance!

Écrit par : brandenburg | vendredi, 08 juillet 2016

René Daumal comme son ami Georges Ribemont-Dessaignes étaient des toxicomanes,ne vous en déplaise.Quant au Cardinal Mercier,d'abord je l'ai lu avant vous et vous n'y avez rien compris puisque c'était un des restaurateurs du thomisme en Belgique qui a créé la revue néo-solastique de philosophie que j'ai lue presque dans son intégralité et où je n'ai vu aucun éloge du paganisme.
Vous les ésotéristes,vous avez l'art de détourner en votre sens médiocre et répétitif tout ce qu'il y a de vrai,étant si arrogants que vous êtes persuadés d'avoir découvert derrière des textes très clairs,un sens secret qui n'a jamais existé,hors quelques platitudes de sens commun.
Votre réaction haineuse et méprisante ne me fait ni chaud ni froid et je vous conseille de faire comme le meilleur maître de l'ésotérisme du siècle dernier René Guénon dont j'ai tout lu mais qui n'a en rien ébranlé malgré son mépris généralisé tant il était persuadé de son écrasante supériorité,de vous convertir comme lui in fine à l'Islam.

Écrit par : brandenburg | samedi, 09 juillet 2016

Mercier restaure le thomisme parce le thomisme est un aristotélisme. Il a surtout restauré les études classiques gréco-latines et plaidé en faveur de l'idéal olympique de Coubertin. Ensuite, je ne suis pas l'auteur de ce texte sur Daumal. Il est publié ici parce qu'avatar du surréalisme, lequel s'est manifesté schmittien en Allemagne notamment par l'intermédiaire de Hugo Ball (https://de.wikipedia.org/wiki/Hugo_Ball ). A mettre en parallèle avec le théologie de Hans Barion (https://de.wikipedia.org/wiki/Hans_Barion ). Sur Mercier, voir sa correspondance avec Maurice Blondel, théoricien de l'action, terme qui inspirera Maurras pour fonder l'Action Française (voilà pourquoi Mercier était maurrassien), les Espagnols l'Accion Espanola et les catholiques belges l'ACJB. Il met en parallèle la notion blondelienne d'action avec l'idée de pastorale par la plume. celle-ci, chez Mercier, implique une action journalistique empruntant des formes modernes (cf. http://robertsteuckers.blogspot.be/2012/06/recension-le-travail-de-cecile.html ). On priera pour vous dans une église dont la forme est une croix celtique et dont la tour est également surmontée d'une croix irlandaise. Elle sera désaffectée sous peu. Enfin, ne croyez-vous pas qu'il faille restaurer le culte de Saint Michel?

Écrit par : steuckers | samedi, 09 juillet 2016

Vos informations sont assez exactes quoiqu'un peu rapides.Le Cardinal Mercier a surtout créé comme je l'ai dit la Revue néscolastique qui a relancé le thomisme avec d'autres en Europe.Il a aussi tenté un rapprochement avec les anglicans représentés par Lord Halifax avec à ses côtés le Père Portal qui ont finalement échoué ce qui prouve que le syncrétisme est impossible sauf s'il se transforme en ésotérisme qui d'ailleurs na vaut rien-l'Islam-quoique vous en soyer proche.
Surtout ne priez pas pour moi dans une Eglise désaffectée et transformée en temple néo-païen!.

Écrit par : bradenburg | samedi, 09 juillet 2016

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