Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 03 mai 2017

Réactivation du nationalisme hindou en Inde

adityanath.jpg

Georg Immanuel Nagel :

Réactivation du nationalisme hindou en Inde

La politique d’apaisement face aux musulmans prend fin : les nationalistes hindous font face aux islamistes

Le prêtre hindou Yogi Adityanath, 44 ans, est considéré comme le chef spirituel d’un mouvement politique dénommé « Hindutva », que l’on traduit généralement en Occident comme le « nationalisme hindou ». Sur le plan culturel, ce mouvement entend revenir aux racines de la religion hindoue et lutte contre toutes les influences étrangères. Il vise principalement l’islam mais n’épargne pas le christianisme importé par les missionnaires occidentaux.

L’ « Hindutva » téléguide un parti, le « Bharatiya Janata Party » (BJP). En 2014, lors des élections, il a enregistré un franc succès et a pu s’affirmer contre le parti du « Congrès national indien », d’obédience séculière et social-libérale. Depuis cette victoire électorale, le BJP a pu nommer l’un des siens premier ministre, Narendra Modi, chef du gouvernement. Peu avant le déroulement des élections, Adityanath avait annoncé la couleur : le résultat de ces élections allait, de toutes les façons, sonner le glas de la politique d’apaisement face aux musulmans. Ces fortes paroles furent immédiatement suivies d’actes : on fit ferme plusieurs abattoirs musulmans. Pour les Hindous, en effet, les vaches sont des animaux sacrés et les Hindous sont plutôt végétariens : ils n’admettent pas, de ce fait, l’existence d’abattoirs « halal ».

Adityanath est devenu le ministre-président de l’Etat d’Uttar Pradesh, après avoir provoqué un véritable séisme électoral. Cet Etat de l’Union indienne compte 200 millions d’habitants. Il est le plus peuplé d’Inde. Cette position est considérée comme l’une des plus importantes du pays. Quelque 80% des habitants de l’Uttar Pradesh sont hindous, le reste est principalement musulman. Les adhérents à la religion de Mohammed sont donc en minorité, ce qui ne les empêche pas de se méconduire de plus en plus fréquemment. Là-bas aussi, l’islamisme fondamentaliste, prompt à déchaîner la violence, a le vent en poupe.

En acquérant le titre de ministre-président de l’Uttar Pradesh, Adityanath est sorti de l’ombre pour marcher sous les feux de la rampe. Il a toutefois été longtemps membre du parlement et n’était nullement un inconnu. Ce qui a changé, c’est que le mouvement religieux parapolitique qu’il a présidé ne peut plus être considéré comme une marge sans importance de la vie politique indienne. Le nationalisme hindou connaît diverses tendances. La plus forte de celles-ci était représentée par les libéraux (à degrés divers), parmi lesquels il faut compter le premier ministre Modi. Avec l’accession d’Adityanath au pouvoir dans l’Uttar Pradesh, qui a néanmoins reçu l’appui de Modi, les durs du mouvement donneront davantage le ton dans les années à venir.

Adityanath incarne un type nouveau d’homme politique : celui qui a d’abord été un chef religieux avant d’être un chef politique. Avant qu’il n’ait atteint l’âge de trente ans, il était déjà l’hiérarque supérieur d’un temple de Gorakhpur. Il parvenait à attirer de nombreux sympathisants de sa cause. Leur nombre n’a cessé de croître. Sur le plan religieux, sa principale promesse électorale a été de faire bâtir un temple hindou dédié au dieu Rama, là où, précisément, se trouvait jadis une énorme mosquée que la foule des Hindous avait brûlé de fond en comble en 1992. Mais la politique préconisée par Yogi Adityanath ne se borne pas au symbolisme religieux.

En effet, les médias dominants en Occident aiment à répandre l’idée d’une Inde qui se rapproche des valeurs occidentales, qui glisse lentement mais sûrement vers le libéralisme et la modernité. Ce ne sera plus le cas avec une personnalité comme Adityanath. Il passe pour un religieux radical, pour le représentant des intérêts des Hindous, refusant tout compromis, parce que ces derniers représentent finalement l’immense majorité de la population. Il avait acquis la notoriété dans le pays après avoir organisé des manifestations de masse. Lors de l’une d’elles, il avait eu ces paroles : « S’ils tuent un seul d’entre les nôtres, nous tuerons cent des leurs ».

hindu-rally-vahin-vigilante-members-unnao-part_eb03bd68-2fe6-11e7-9a1e-ae80039293d8.jpg

En 2002, Adityanath avait créé un mouvement de jeunesse, l’ « Hindu Yuva Vahini », que les critiques libéraux qualifient d’ « extrémiste » et de « militant ». Les nationalistes hindous considèrent toutefois qu’une solide attitude d’auto-défense est nécessaire pour protéger la majorité de la population contre les menées agressives des islamistes, toujours plus nombreuses au fil du temps. En effet, force est de constater que, surtout dans les provinces du Nord, les musulmans s’attaquent de plus en plus souvent aux Hindous, commettent des actes terroristes et des assassinats. On reproche, il est vrai, à des groupes comme l’ « Hindou Yuva Vahini » ou à des organisations similaires de faire usage de la violence. Pour venger des assassinats commis au nom de l’islamisme, des nationalistes hindous n’ont pas hésité à incendier des mosquées et à commettre d’autres actes de représailles. Il n’est pas rare non plus que des batailles rangées se déroulent dans les rues entre les différentes factions.

Adityanath apprécie le président Donald Trump. Il avait notamment apprécié la déclaration du futur président des Etats-Unis qui entendait bannir les musulmans du territoire américain (promesse électorale qui n’a pas été tenue…). Egalement, la volonté de juguler l’immigration en provenance de pays musulmans afin de barrer la route au terrorisme. Toutes ces mesures annoncées plaisaient forcément au leader hindou…

Pour le moment, une seule chose semble certaine : l’évolution politique de l’Inde va dans le sens du traditionalisme hindou et de l’auto-défense de la majorité hindoue.

Georg Immanuel Nagel.

(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°17/2017, http://www.zurzeit.at ).

Écrire un commentaire