Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 30 mars 2026

La rébellion spirituelle: Dominique Venner et Julius Evola contre le monde moderne

1fe4efcc57380834d8520773fbf76e7c.jpg

La rébellion spirituelle: Dominique Venner et Julius Evola contre le monde moderne

Carlos N. Mancini

Source: https://carlos2.substack.com/p/la-rebelion-espiritual-dom...

Dominique Venner, penseur français, et Julius Evola, qui n’a plus besoin d’être présenté à nos lecteurs, partagent une vision radicale: la rébellion n’est pas seulement un acte politique, mais une affirmation existentielle et spirituelle face à un monde en déclin. À travers leurs écrits, ces deux penseurs défient la modernité, la soumission et le déterminisme historique, et proposent un retour aux principes transcendants qui donnent un sens à la lutte humaine.

Exister, c’est résister

71i3Jl3ko8L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgDominique Venner, dans son ouvrage « Le Samouraï d’Occident », propose une vision profondément combative de l’existence : « Exister, c’est lutter contre ce qui me nie ». Pour Venner, la vie n’est pas un état passif, mais un acte continu de défi face aux forces qui cherchent à annuler l’essence de l’individu. Se rebeller, dans ce sens, n’est ni un geste impulsif ni une simple réaction ; c’est rester debout face au néant, s’accrocher à une norme supérieure qui transcende les contingences du moment. Ce principe trouve un écho dans la pensée de Julius Evola, qui, dans « Révolte contre le monde moderne », introduit la figure de « l’homme différencié ». Cet homme ne se définit pas par les circonstances qui l’entourent, mais par son opposition consciente et délibérée à la médiocrité et au vide de l’époque contemporaine. Sa résistance ne naît pas d’un caprice ou d’une rébellion adolescente, mais d’une nécessité ontologique : affirmer son être comme une réalité inébranlable, enracinée dans l’éternel et l’absolu.

51fQrO1KqUL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgPour Venner comme pour Evola, la rébellion acquiert une dimension qui dépasse le simple aspect pratique ou utilitaire. Il ne s’agit pas d’un simple rejet du statu quo ou d’un combat pour des objectifs matériels ou immédiats. C’est, en réalité, une posture existentielle qui vise à restaurer un ordre perdu, un idéal que le monde moderne a défiguré sous le poids de la banalité et du relativisme. Pour eux, résister est un acte de fidélité à une vérité supérieure, une manière de préserver l’étincelle du sacré en un temps de décadence. Ainsi, l’existence devient une forme de combat, et le rebelle, le gardien de ce qui demeure face à l’avancée implacable de l’éphémère.

Contre l’histoire écrite

Ni Dominique Venner ni Julius Evola ne se soumettent aux interprétations qui conçoivent l’histoire comme un processus linéaire ou un mécanisme inéluctable. Venner, avec son approche viscérale et combative, rejette catégoriquement les théories déterministes de penseurs comme Karl Marx, qui réduit l’existence humaine à un rouage des forces économiques, ou Francis Fukuyama, avec sa proclamation de la « fin de l’histoire » comme triomphe passif du libéralisme. Pour Venner, de telles visions dépouillent l’homme de son statut d'agent/d'acteur, le condamnant à n’être qu’un simple spectateur d’un scénario déjà écrit. Il propose au contraire une existence active et volontariste, où l’individu ne se limite pas à accepter le cours des événements, mais le façonne par sa propre détermination, s’affirmant face aux courants qui veulent dissoudre son identité et son but.

Hommesmilieuruinesquadri.jpgJulius Evola, quant à lui, pousse cette critique encore plus loin dans Les hommes au milieu des ruines. Il ne s’oppose pas seulement aux récits linéaires de progrès ou de décadence, mais remet également en question les conceptions cycliques de l’histoire, comme celles proposées par Oswald Spengler. Bien que Spengler décrit l’essor et la chute des civilisations comme un rythme organique et inévitable, Evola voit dans cette perspective une forme de passivité résignée, qu’il considère inacceptable. Pour lui, le déclin n’est pas un destin auquel l’homme doit se soumettre avec fatalisme; c’est un défi à relever. «L’homme authentique», dans la vision d’Evola, s’élève avec une volonté souveraine, non comme simple produit de son temps, mais comme un être capable de le transcender.

85526d2c526f62819ea8b0432258a579.jpg

Depuis cette position élevée, ancrée dans des principes métaphysiques et éternels, il défie la décadence non par nostalgie ou désespoir, mais avec une force intérieure qui cherche à réaffirmer un ordre supérieur face au chaos et à la dissolution du monde moderne. Ainsi, Venner et Evola transforment la résistance historique en un acte de création, un refus radical d’être prisonnier d’une narration imposée.

La tradition comme boussole

Pour Dominique Venner, la figure d’Antigone transcende le cadre de la tragédie grecque et s’érige en symbole éternel de la rébellion légitime. Dans son interprétation, Antigone ne se rebelle pas par caprice ou pour une cause personnelle égoïste, mais agit par une loyauté inébranlable envers une tradition sacrée qu’elle estime supérieure aux lois humaines.

Antigone_condannata_a_morte_da_Creonte.jpg

Face à la tyrannie de Créon, qui représente le pouvoir arbitraire et l’imposition d’une autorité dépourvue de racines transcendantes, Antigone incarne la résistance fondée sur un ordre plus élevé: les lois non écrites des dieux, qui pour Venner symbolisent une continuité spirituelle et morale que l’homme moderne a oubliée. Cette vision fait de la tradition une boussole, un phare qui guide l’individu au milieu de la confusion et du déracinement, lui offrant un sens profond dans sa lutte contre les forces qui menacent de le dépouiller de son essence.

61COS9KxkSL._SL1251_.jpgJulius Evola, dans une perspective similaire mais avec son approche métaphysique caractéristique, approfondit encore cette idée. Pour lui, la Tradition — écrite avec une majuscule pour la distinguer des simples coutumes passagères — n’est pas un ensemble d’habitudes héritées ni une relique du passé conservée par nostalgie. Dans La tradition et les traditions, Evola soutient que la Tradition est un ordre cosmique, une structure éternelle qui relie l’homme à des principes universels et transcendants. Il ne s’agit pas d’une répétition mécanique de pratiques obsolètes, mais d’un cadre vivant qui légitime l’action humaine en l’alignant sur une réalité supérieure. Depuis cette perspective, la résistance n’est ni un acte arbitraire ni une réaction viscérale face aux injustices du moment; elle n’acquiert sens et autorité qu’en s’appuyant sur ces principes éternels qui transcendent les contingences historiques.

Antigone, en privilégiant les lois divines sur l’édit humain de Créon, devient l’archétype de cet idéal: son défi n’est pas une simple désobéissance, mais une affirmation d’un ordre sacré qui dépasse et juge les prétentions du pouvoir terrestre. Pour Venner et Evola, la tradition n’est donc pas un poids qui attache au passé, mais une force libératrice qui oriente la rébellion vers un but supérieur, la transformant en un acte de restauration cosmique face à la tyrannie et au chaos.

Des mots qui libèrent

rdc1.jpgDominique Venner accorde aux mots un rôle central dans la lutte pour la liberté intérieure et l’autonomie de l’individu. Pour lui, ils ne sont pas de simples outils de communication, mais des armes puissantes capables de briser les chaînes de l’oppression, qu’elles soient imposées par des structures extérieures ou par la tyrannie des idées dominantes. Dans sa pensée, des mots bien choisis et prononcés avec conviction ont le pouvoir de défier la narration imposée, de rendre à l’homme le contrôle de son propre destin. Venner trouve l’inspiration chez des figures comme Friedrich Nietzsche, dont la prose acérée et provocatrice démantèle les certitudes de la morale conventionnelle, et Alexandre Soljenitsyne, qui par son témoignage littéraire a mis à nu les mensonges du totalitarisme soviétique.

Pour Venner, ces auteurs incarnent l’acte de se définir soi-même par le langage, un geste qui libère non seulement l’individu des entraves extérieures, mais l’élève aussi au-dessus de la médiocrité et du conformisme de son époque. Les mots, dans ce sens, deviennent un moyen de résistance active, un outil pour revendiquer la souveraineté sur son propre être face à un monde qui cherche à le faire taire ou à le soumettre.

IMGjevcht872.png

Julius Evola, dans Chevaucher le tigre, partage cette révérence pour le pouvoir du langage, bien qu’il l’intègre dans sa vision plus large de l’autonomie spirituelle. Pour Evola, l’homme moderne vit au milieu des ruines, entouré par une civilisation qui s’effondre sous le poids de la manipulation, du matérialisme et de la perte de sens.

Dans ce contexte, le langage et les symboles émergent comme des bastions de résistance, des outils essentiels pour que «l’homme différencié» préserve son intégrité et son essence inconquise. Evola soutient que la manipulation moderne — qu’elle passe par la propagande, la culture de masse ou la dégradation de la pensée — opère précisément en privant l’individu de sa capacité à nommer et comprendre le monde par lui-même.

En retrouvant l’usage conscient des mots et des symboles, l’homme peut contrer cette dissolution, affirmant son indépendance face aux forces qui tentent de le réduire à un rouage passif.

Dans la vision d’Evola, le langage ne reflète pas seulement la réalité, il la façonne: c’est un acte créateur qui permet à l’individu de rester ferme, comme un cavalier qui maîtrise la bête du chaos, dans un monde qui s’enfonce dans la confusion et la décadence. Ainsi, pour Venner et Evola, les mots transcendent leur fonction pratique et deviennent un véhicule de libération, un moyen d’affirmer la volonté et l’identité face à l’oppression et à la ruine.

47cd03233be6bab469557cc7746f0b5c.jpg

Lutter sans capituler

Dominique Venner, avec son intensité caractéristique, proclame une maxime qui condense sa vision de l’existence: «Face aux revers, ne te demande jamais si la lutte est inutile». Dans ces mots résonne une éthique guerrière qui dépasse les calculs pragmatiques et rejette les doutes qui paralysent l’esprit.

Pour Venner, la lutte ne se mesure pas par son résultat immédiat ni ne se soumet à l’analyse froide de l’utilité; sa valeur réside dans l’acte même de résister, dans la décision de rester ferme face à l’adversité, peu importe à quel point elle paraît écrasante.

metaphysique-de-la-guerre-julius-evola.png

Cette posture trouve un profond écho dans La Métaphysique de la guerre de Julius Evola, où l’action acquiert une dimension quasiment sacrée. Pour Evola, le combat — qu’il soit physique, spirituel ou intellectuel — ne se justifie pas par la certitude de la victoire, mais par sa capacité à refléter une dignité intrinsèque, une noblesse qui se manifeste dans le refus absolu de se soumettre aux forces de la décadence ou du chaos.

Venner et Evola élèvent tous deux la résistance à un plan qui transcende le contingent et le matériel. Pour eux, agir ne dépend pas de la promesse d’un triomphe tangible ni de l’approbation d’un monde qui, selon eux, a perdu le cap. La lutte, même lorsqu’elle semble vouée à l’échec dans une perspective extérieure, devient un témoignage d’honneur, un geste qui affirme l’essence de l’être face à la tentation de capituler.

Cette approche aristocratique — au sens d’une élévation de l’âme au-dessus des préoccupations ordinaires — imprègne leurs écrits d’un mépris pour la mentalité utilitariste qui domine la modernité. La reddition, pour eux, n’est pas seulement une défaite pratique, mais une trahison des principes qui donnent sens à l’existence. Ainsi, la lutte sans capitulation se transforme en un acte d’affirmation suprême: un défi lancé au destin, une déclaration que l’homme, en résistant, préserve son humanité et sa connexion à quelque chose d’éternel, au-delà des ombres passagères de l’histoire. Dans cet ethos, Venner et Evola voient la résistance non comme un moyen vers une fin, mais comme une fin en soi, une forme de vie qui incarne la grandeur face à la médiocrité et à la décomposition.

b2c6da481819b058da62b8c6d114a464.jpg

L’histoire comme poésie

Dominique Venner conçoit l’histoire non comme une simple succession de faits froids ou un dossier poussiéreux plein de données factuelles, mais comme une fusion de «connaissance et poésie». Pour lui, l’histoire est un art vivant, une narration qui entrelace la rigueur de l’intelligence et la beauté de l’imagination, permettant à l’homme de retrouver la mémoire de ce qui fut et, ainsi, de donner sens au chaos du présent.

Dans cette vision, le passé n’est pas un poids mort ni un simple registre d’événements; c’est une source d’inspiration, un réservoir d’expériences et de leçons qui, contemplées avec des yeux poétiques, offrent à l’individu et à la communauté une boussole pour naviguer dans les tempêtes de leur temps. Venner préconise de «voler au passé» non pas dans un sens nostalgique ou escapiste, mais comme un acte créatif: saisir les fragments lumineux de l’histoire — ses héros, ses mythes, ses moments de grandeur — et les projeter vers l’avenir comme des phares qui éclairent le chemin vers une existence plus pleine et plus consciente.

Julius Evola, bien que moins sensible à la lyrique de Venner, partage cette révérence pour le passé, mais l’aborde sous un angle plus métaphysique et combatif. Dans Révolte contre le monde moderne, Evola ne voit pas l’histoire comme une simple chronique, mais comme un champ de bataille où se livre une lutte éternelle entre la Tradition — toujours avec une majuscule, comprise comme un ordre cosmique et éternel — et les forces de la décadence qui érodent cet ordre.

8a23108f4a3ea8e9303bd4e8a09f2e7a.jpg

Pour lui, les civilisations anciennes ne sont pas seulement des reliques d’un temps perdu, mais des modèles vivants de régénération spirituelle, des exemples de la manière dont l’homme peut s’aligner sur des principes transcendants pour surmonter la médiocrité et la dissolution de la modernité. Bien que son ton soit plus analytique que poétique, son approche résonne avec l’idée de Venner d’extraire du passé une force vitale: les cultures de l’Antiquité, avec leurs structures hiérarchiques, leurs valeurs sacrées et leur connexion à l’éternel, deviennent des miroirs dans lesquels l’homme contemporain peut se regarder pour redécouvrir son potentiel de grandeur.

Ainsi, tandis que Venner tisse l’histoire avec des fils de poésie pour inspirer, Evola la dissèque avec la précision d’un philosophe guerrier, cherchant en elle les clés d’une restauration spirituelle. Tous deux, à leur manière, conviennent que le passé n’est pas un but, mais un moyen: un écho puissant qui, s’il est entendu attentivement, illumine l’avenir et donne sens à la lutte du présent.

Un legs contre la décadence

En résumé, Dominique Venner et Julius Evola articulent une rébellion spirituelle qui se dresse comme un rempart face aux assauts de la modernité, défiant ses fondements avec une force qui transcende le politique et le temporel. Cette rébellion repose sur trois piliers fondamentaux.

6c8c100c6c8506e3567082a53ba40efb.jpg

Premièrement, un rejet catégorique du déterminisme historique — qu’il s’agisse du matérialisme de Marx, du fatalisme cyclique de Spengler ou du triomphalisme libéral de Fukuyama — qui réduit l’homme à un spectateur impuissant d’un scénario déjà écrit. À la place, ces penseurs proposent une vision volontariste de l’existence, où l’individu revendique sa capacité à façonner son destin par des actes de résistance consciente.

Deuxièmement, un engagement passionné pour la tradition comme source de légitimité: non comme un attachement aveugle à l’ancien, mais comme une connexion vivante à un ordre éternel qui donne sens et autorité à la lutte face à l’arbitraire du présent. Pour Venner, cette tradition s’exprime dans la mémoire poétique des peuples; pour Evola, dans un cadre cosmique qui relie l’homme au transcendant.

Troisièmement, une défense inébranlable de l’action désintéressée, une éthique guerrière qui méprise l’obsession moderne pour l’utilité et le succès immédiat, et qui trouve sa valeur dans la dignité intrinsèque du geste rebelle, même lorsque le monde le condamne à l’échec apparent.

29bb7d7165c1ae575afe91ca71a91ce2.jpg

Face aux « tyrannies masquées » du présent — ces formes subtiles d’oppression qui se cachent derrière la façade du progrès, de l’égalité creuse ou de la consommation anesthésiante —, le message de Venner et Evola résonne avec une clarté implacable: la vraie liberté ne se conquiert pas dans les promesses éphémères de la modernité, ni dans la soumission à ses dogmes déguisés en libération. Elle naît, au contraire, d’une fidélité inébranlable à l’éternel, à ces principes intemporels qui transcendent les modes et les ruines d’un monde en déclin.

Leur héritage n’est pas une simple critique, mais un appel à l’action, un défi pour que l’homme se lève, retrouve sa souveraineté spirituelle et s’affirme comme gardien d’un ordre supérieur face au vide qui avance. En ce sens, Venner et Evola ne se contentent pas de diagnostiquer la maladie de leur époque: ils offrent un antidote, une vision de l’homme comme rebelle et créateur, capable de transformer la lutte contre la décadence en un acte d’affirmation suprême.

Tarés 3.0

hnrxqdefault.jpg

Tarés 3.0

par Georges Feltin-Tracol

Les psychiatres devraient se pencher sérieusement sur l’âme collective de la société yankee. Les États-Unis d’Amérique présentent en effet un cas d’examen clinique pertinent qui les ravirait. De profonds déséquilibres mentaux affectent des pans entiers de cette société individualiste, matérialiste et universaliste. Il en résulte, dans tous les domaines, l’existence de spécimens au profil souvent effrayant.

N’évoquons point ici Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre, qui, imbu de la puissance que lui confère le privilège de diriger le Pentagone, joue au matamore. Mettons aussi de côté la sotte Laura Loomer dont les excès verbaux et les obsessions puériles révèlent une ignorance crade de la marche tragique du monde. Focalisons-nous plutôt sur la NRx, soit la nouvelle réaction, qu’Arnaud Miranda vient d’étudier dans Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire (NRF – Gallimard – Le Grand Continent, coll. « Bibliothèque de géopolitique », 2026, 170 p., 18 €).

Arnaud-Miranda-Revue-des-Deux-Mondes-Couv.png

Il ne s’agit pas d’une école de pensée au sens strict du terme. L’auteur a raison de qualifier ce courant de «constellation» tant ses principales figures (Curtis Yarvin, Nick Land, Spandrell, Bronze Age Pervert et Zero HP Lovecraft) répandent leurs théories sur les réseaux sociaux et par Internet. Plutôt que de lancer une revue luxueuse, ils s’invitent dans les blogues et autres forums de discussion en ligne. Ces penseurs internautiques sont eux aussi des individualistes forcenés qui d’ailleurs ne s’apprécient guère.

Les cinq personnalités mentionnées ont néanmoins produit en une quinzaine d’années un corpus d’opinions hétéroclites qui forme aujourd’hui l’une des sensibilités majeures du mouvement MAGA. Arnaud Miranda rappelle que la NRx se distingue aussi bien de l’alt right et du nationalisme blanc que des penseurs chrétiens post-libéraux. Cet essai fort intéressant insiste sur ses origines intellectuelles variées. Dans le cadre d’une approche dynamique des idées, cette nouvelle pensée réactionnaire provient d’une étonnante hybridation entre la philosophie réactionnaire et des libertariens conservateurs sur les plans social et sociétal.

imanrxges.jpg

Ainsi les libertariens de droite récusent l’avortement, prônent la restauration des frontières et saluent l’expulsions en masse des immigrés clandestins. Favorables aux lois du marché, les néoréactionnaires ne cachent pas non plus leur technophilie ardente. Bâtir des centres de vie permanents sur la Lune en attendant l’exploration humaine et robotique de la planète Mars constitue un projet ambitieux. Ils approuvent la réalité sociale des hiérarchies naturelles, exaltent un élitisme radical connecté, détestent l’égalitarisme et véhiculent «un profond pessimisme anthropologique». Ils exècrent aussi la démocratie et survalorisent la technique. Les néoréactionnaires versent enfin dans un messianisme théopolitique et le mépris hautain de leur propre peuple.

La pensée néoréactionnaire tend donc vers le transhumanisme qu’elle alimenterait. Ses théories proviendraient-elles de penseurs aigris de la pensée libertarienne classique? Fort possible! Mais ils se détournent de la «papesse libertarienne» Ayn Rand. Sous le pseudonyme de Mencius Moldbug, Curtis Yarvin ne cesse de polémiquer. Il critique «la structure idéologique qui contrôle le gouvernement américain – et, si l’on généralise, l’ensemble des gouvernements occidentaux», en l’appelant «la Cathédrale». On voit ici tout son mépris pour la civilisation médiévale européenne qui a érigé aussi bien des églises romanes que des cathédrales gothiques. Establishment, Système, voire l’«Hospice» (selon Édouard Limonov dans un pamphlet prophétique) auraient été des qualificatifs plus appropriés.

Kopie-von-Kopie-von-Titelbilder_Vorlage-LinkedIn-Beitrag.jpg

Thiel & Musk.

La néo-réaction vomit l’alt right en fort déclin et toise le nationalisme blanc et/ou chrétien. Son élitisme revendiqué ne se réfère pourtant pas à la circulation parétienne des élites, mais à la célébration du chef d’entreprise dans le numérique à l’instar de Peter Thiel, patron du processus de flicage de masse Palantir, d’Elon Musk et de Marc Andressen. Ce sont les cavaliers post-modernistes de l’Apocalypse ultra-libérale!

inlmages.jpgLe philosophe britannique Nick Land favorise ce tropisme hyper-capitaliste. Gauchiste dans les années 1990, ce chantre de l’accélérationnisme inconditionnel continue toutefois à puiser dans la «théorie française» greffée outre-Atlantique, en particulier dans une «triade de penseurs français»: Georges Bataille, Gilles Deleuze et Félix Guattari. Nick Land conçoit les flux du capitalisme comme un élément qui «permet d’accélérer le devenir entropique de la matière», comme un vecteur redoutable de «destruction de tout ordre: territorial, biologique, politique, social et sexuel». C’est le grand retour de Netchaïev en mode nihiliste 3.0! Il y aussi du wokisme chez NRx!

Une terrible logique de dématérialisation électrise cette «galaxie» idéologique. Ces tenants de l’État-entreprise – une incongruité politique et historique qui ne correspond pas aux compagnies européennes des Indes orientales ou occidentales des Temps modernes – se souviennent de la revendication libertarienne «d’un droit à l’exit […] c’est-à-dire à la possibilité de quitter l’État dont on est citoyen pour répondre ou fonder une autre communauté». L’utopie phalanstérienne n’est pas loin… Où est donc l’enracinement nécessaire ?

Les théoriciens secondaires de la NRx tels Spandrell, Bronze Age Pervert et Zero HP Lovecraft éprouvent une certaine réticence à l’approche radicale de Nick Land. Certes, Spandrell réclame l’eugénisme et le vitalisme. Bronze Age Pervert relit, quant à lui, Nietzsche à l’aune des dernières innovations numériques. Transhumaniste, Zero HP Lovecraft envisage une intelligence artificielle bientôt androïde.

GettyImages-108578390_1920.jpg

Dans cet essai foisonnant et passionnant qui pêche parfois par des comparaisons hasardeuses avec le contexte politique en Europe, Arnaud Miranda voit dans le national-libéralisme conservateur du Carrefour de l’Horloge ainsi que dans l’archéofuturisme de Guillaume Faye, des précédents de la NRx. C’est osé! Il oublie cependant l’influence initiale déterminante de Maurice Georges Dantec (1959 – 2016) (photo), lui aussi grand lecteur de Bataille, de Deleuze et de Guatteri. Maints thèmes néo-réactionnaires se retrouvent dans sa trilogie du Théâtre des opérations. Fans de littérature de science-fiction, les animateurs de la NRx ont-ils lu la traduction des romans et des essais de Dantec ?

4bc35740903c7cab7df8cf544e741d52.jpg

Produit typique de l’Amérique du Nord, la pensée néo-réactionnaire ne relève pas des mentalités européennes. Le rejet de toute présence régalienne contredit une civilisation plurimillénaire pour qui le droit se concrétise à travers l’établissement tangible d’un pomerium sacré. La NRx assume une nouvelle manifestation de l’esprit nord-américain qui privilégie l’espace au temps. «Lumières sombres» ou «Anti-Lumières», la NRx s’inscrit toujours dans les Lumières du XVIIIe siècle ! Ne serait-il pas temps pour les Européens de très longue mémoire pensent le solstice afin que resplendisse un blanc Soleil étincelant ?         

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 186, mise en ligne le 23 mars 2026 sur Radio Méridien Zéro.

La fin de l’Occident

d899f623e5eab2e214ce6b1a983a8f2d.jpg

La fin de l’Occident

Werner Olles

L’incapacité de l’Occident à analyser la réalité est l’un des symptômes de notre catastrophe culturelle et intellectuelle. Elle résulte de la peur de se débarrasser du dernier voile d’une bourgeoisie radicalisée, dont l’intensité et l’intentionnalité ont été qualifiées par un historien chinois, le professeur Jiang, quand il abordait la question de l’Union européenne, qualifiée de «container à déchets».

L’Occident – c’est-à-dire l’UE, l’OTAN et les États-Unis – non seulement n’a aucune idée de ce qui se passe dans le monde, mais ses stratégies, que ce soit en Ukraine ou au Proche et Moyen-Orient, représentent plutôt une confusion permanente entre réalité et fantasmes. En effet, on rationalise sa peur résignée et individualiste, subtile, qui prend désormais aussi certains traits du tableau clinique des délires, au moyen d’un irrationalisme totalitaire qui promet à court terme des états de satisfaction narcissique.

Ce qui devrait être un réflexe pragmatique ne s’avère pas, à y regarder de près, une stratégie réfléchie, mais plutôt un canard boiteux de Minerve, qui se persuade secrètement que la pratique est en quelque sorte impossible et qu’il faut donc se retirer dans l’édifice philosophique.

5d4ec6cda75f226809714a8fbaf9c4d2.jpg

En réalité, la Théorie critique, dans les années 1960, a permis un moment de résistance à la fois à la tentation du totalitarisme et du libéralisme, mais aussi à certaines formes d’orthodoxie de gauche ou de droite. Plus de six décennies plus tard, le libertinisme, le transhumanisme et le capitalisme techno-dystopique ont détruit toute illusion et non pas apporter de solutions à l’endettement excessif et aux idéologiques délirantes: rien d'autre n'a pu naître sinon la violence systémique et une érosion continue du bien commun.

La production matérielle et le travail sont marginalisés et donc devenus insignifiants, et une nouvelle normalité en faillite, comme spectacle et symptôme d’un épuisement systémique, est apparue.

Notre civilisation – parler de culture serait une hérésie – glisse relativement et en silence dans un tourbillon de perversions, de cycles de scandales et de rituels sombres, mais croit pourtant, d’une étrange manière, être encore vivante et créative.

En réalité, le prédateur hypersexualisé a transformé toute forme d’érotisme naturel, de séduction et d’instincts sexuels humains en une sexualité primitive cannibale, ritualisée et totalement dépourvue de normes éthiques, devenue l’accessoire de l’ordinateur pornographique et de l’IA.

Certes, tout drame laisse entrevoir un optimisme eschatologique, mais les élites mondiales et les idéologies dominantes ne nous offrent guère plus, à tous égards, que de la camelote redondante et le destin de vassaux heureux.

Comme la droite politique maîtrise désormais la mimesis et le servilisme de A à Z et, à part une concurrence sans concept pour des positions politiques dépassées dans la société de masse capitaliste globale d’obédience démocratique occidentale, qui s’est installée assez confortablement, elle n’offre, outre un diagnostic peu convaincant, qu’un remède relativement inefficace et mauvais au lieu de thérapies de choc radicales.

Mais lorsque les idéologies ne sont plus que des philosophies vulgarisantes et archaïsantes qui corrompent les instincts sains, la « microphysique » (Foucault) devient une méthode docile et volontaire au service de l’idéologie dominante, qui est bien sûr toujours aussi l’idéologie des dominants. Ce qu’il reste finalement, c’est alors le combat cosmique entre Dieu et Satan, entre le ciel et l’enfer !

89dd4520b6ec25b2e8c7cc82ec20ecbf.jpg

Tino Chrupalla: Soldats américains, hors d’Allemagne!

file7sgb7hcqgk81ho7e2bjc-4196470235.jpg

Tino Chrupalla: Soldats américains, hors d’Allemagne!

Par Valentina Schacht

Source: https://www.compact-online.de/tino-chrupalla-us-soldaten-...

Alors que les États-Unis ont déclenché une nouvelle guerre au Moyen-Orient et que les attaques défensives iraniennes visent les positions américaines dans toute la région, de nombreux citoyens prennent conscience du danger que représentent de telles bases militaires.

À présent, le chef de l’AfD, Tino Chrupalla, intervient dans le débat en avançant une position claire: lors du congrès régional de Saxe, ce natif de Görlitz exige le retrait des forces militaires américaines d’Allemagne!

Déjà dans notre édition de COMPACT, dont le thème principal était « Le pacificateur – Comment Tino Chrupalla maintient l’AfD sur la bonne voie », nous avons montré à qui nous devons la prise de position claire contre la guerre. En savoir plus ici : https://www.compact-shop.de/shop/russland/compact-der-fri...

compact-der-friedensstifter-tino-chrupalla-cover-426x603.jpg

Ami go home – avec ces trois mots, qui n’ont guère besoin d’explications supplémentaires, on peut résumer le message central du discours de Tino Chrupalla, lequel a enthousiasmé les quelque 300 délégués saxons lors du congrès régional. Le retrait des quelque 40.000 soldats américains d'une armée qui occupe l'Allemagne depuis 1945 et qui utilise notre territoire pour sa machinerie de guerre dans le monde entier — et en tête, nous avons la base américaine centrale de Ramstein en Rhénanie-Palatinat — est présenté comme objectif principal à atteindre d’ici 2029. «Commençons à mettre cela en œuvre – avec le retrait des troupes américaines d’Allemagne», a déclaré Chrupalla dans son discours.

Alors que, notamment dans les sections occidentales de l’AfD, tout débat sur l’occupation persistante de l’Allemagne et sur le soutien aux guerres contraires au droit international, menées par les États-Unis, est évité, et où certains partisans dociles du statu quo acceptent cette occupation, Chrupalla sait qu’il peut s’appuyer sur le programme de son parti: «Dans ce contexte, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et 25 ans après la fin de la division de l’Europe, la renégociation du statut des troupes alliées en Allemagne est à l’ordre du jour. Celle-ci doit être adaptée à la souveraineté retrouvée de l’Allemagne. L’AfD s’engage pour le retrait de toutes les troupes alliées stationnées sur le sol allemand et en particulier de leurs armes nucléaires», peut-on lire dans les positions fondamentales de l’AfD, adoptées dès 2015. Bien avant la nouvelle agression de l’Occident, cette entité "qui repose sur des valeurs", contre l’Ukraine. Et avant les guerres récentes menées par les Américains au Moyen-Orient. Sous l’effet des nouvelles donnes, les formulations auraient sans doute été encore plus claires et plus incisives.

Chrupalla : L’Espagne comme modèle en matière de politique étrangère

Tino Chrupalla s’est également exprimé sur la guerre actuelle au Moyen-Orient dans son discours, saluant la position du gouvernement espagnol sous Pedro Sánchez, qui non seulement s’est opposé à la guerre américano-israélienne, mais a aussi interdit aux Américains l’utilisation de bases militaires sur le sol espagnol dans ce contexte. Une démarche qui devrait également être imitée en Allemagne.

Video : https://www.youtube.com/watch?v=xFvIhS_NC0c&t=3s