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mardi, 21 avril 2026

Politique européenne des engrais: l’attaque silencieuse contre la souveraineté alimentaire de l’Europe

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Politique européenne des engrais: l’attaque silencieuse contre la souveraineté alimentaire de l’Europe

Le «Plan d’action européen pour les engrais» pourrait encore augmenter la pression sur l’agriculture européenne et renforcer sa dépendance aux importations. Wolfgang Hartmann met en garde contre un risque pour la sécurité d’approvisionnement due à des incitations politiques mal conçues.

Par Wolfgang Hartmann

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/eu-duengemittelp...

La politique européenne en matière d’engrais est aujourd’hui vivement critiquée: la hausse des coûts et une dépendance croissante aux importations pèsent sur l’agriculture et menacent la sécurité d’approvisionnement.

Ce qui se discute actuellement autour du « Plan d’action pour les engrais » de l’UE dépasse largement une simple question technique pour les responsables agricoles ou les entreprises chimiques. Il s’agit de savoir si l’Europe, et donc aussi l’Autriche, sera encore capable à l’avenir de maintenir une production alimentaire stable — ou si elle se laisse, de manière imprudente, entraîner vers une dépendance accrue aux importations.

Car les engrais ne sont pas une simple périphérie de l’agriculture moderne, mais l’un de ses piliers fondamentaux. Sans une alimentation suffisante en azote, phosphore et potassium, les rendements chutent. Les champs produisent moins, les coûts de production augmentent, et au final, moins de nourriture est produite. Ceux qui prétendent que les engrais ne sont qu’un sous-produit industriel parmi d’autres méconnaissent la réalité du terrain. Les engrais sont un facteur déterminant pour les récoltes, et les récoltes constituent elles-mêmes la base pour des aliments abordables et la sécurité d’approvisionnement.

Pression sur la production d’engrais

C’est précisément pourquoi l’évolution actuelle est si sensible. Depuis des années, le cadre européen en matière de climat et de régulation pèse lourdement sur les industries à forte consommation d’énergie. La production d’engrais appartient à ces secteurs particulièrement touchés par les prix élevés de l’énergie, les coûts de CO₂ et la surcharge bureaucratique. Si, dans ce contexte, on discute maintenant de mesures qui accroissent la pression concurrentielle par des importations moins chères, il ne s’agit pas d’une ouverture de marché intelligente, mais d’un nouveau coup porté à la production locale et européenne.

« En outre, le ministre autrichien de l’Agriculture, Totschnig, semble vouloir détruire définitivement l’industrie des engrais en Autriche », déclare clairement le député européen de la FPÖ, Roman Haider, à propos de la proposition de Totschnig d’interrompre le mécanisme européen de taxation carbone, le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), pour les importations d’engrais en provenance de pays tiers comme la Biélorussie. Avec le CBAM, certains biens en provenance de pays tiers sont soumis à une taxe punitive si leur production y est beaucoup moins coûteuse en raison de l’absence d’obligations environnementales dans ces pays.

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Politique contradictoire

Ce qui est particulièrement problématique dans ce contexte, c’est le déséquilibre politique: d’un côté, on augmente sans cesse le coût de production dans notre propre espace par des réglementations motivées par des élucubrations idéologiques, et de l’autre, on envisage de favoriser les fournisseurs étrangers par des dérogations ou des assouplissements des mécanismes de protection supplémentaires. C’est une politique économique contradictoire et une menace pour l’agriculture. Ceux qui imposent des coûts élevés aux producteurs locaux ne doivent pas en même temps assouplir la protection contre la concurrence moins chère des pays tiers.

Mais ce qui pèse encore plus lourd, c’est la dimension stratégique. L’Autriche n’est pas totalement autosuffisante en matière d’approvisionnement alimentaire. En particulier pour les produits végétaux, l’autonomie est partielle. Cela signifie que toute faiblesse de l’agriculture nationale et de ses filières affaiblit encore plus la dépendance aux importations. Et cette dépendance peut, en périodes de stabilité, sembler pratique — mais en temps de crise, elle devient un risque.

Dépendance croissante aux marchés mondiaux

Les années passées auraient dû servir d’avertissement. La pandémie, la guerre, les problèmes des chaînes d’approvisionnement et la crise énergétique ont clairement montré à quelle vitesse les marchés internationaux peuvent se déséquilibrer. Ceux qui ne peuvent pas produire suffisamment par eux-mêmes paient le prix: coûts plus élevés, incertitude accrue, marge de manœuvre réduite. La sécurité d’approvisionnement ne commence pas seulement dans les rayons des supermarchés, mais beaucoup plus tôt — dans l’énergie, l’industrie, l’agriculture et, bien sûr, dans la production d’engrais.

La pénurie alimentaire ne signifie pas nécessairement des rayons vides en Europe, mais elle commence insidieusement: par des rendements en baisse, des coûts de production en hausse, une dépendance accrue aux importations et une forte hausse des prix des aliments. Ce qui, au début, semble une charge pour les agriculteurs, finit par toucher toute la population. Si les récoltes diminuent ou deviennent plus chères, la nourriture devient plus chère. Et si un pays ne peut plus assurer lui-même ses besoins essentiels dans certains domaines, il perd une partie de sa souveraineté économique et politique.

Sécurité d’approvisionnement plutôt qu’idéologie

C’est pourquoi il ne suffit pas de traiter les symptômes. Il faut une politique qui prenne la sécurité d’approvisionnement au sérieux. Cela implique de ne pas surcharger l’agriculture de nouvelles charges en permanence. Mais cela signifie aussi de préserver la base industrielle, indispensable à cette agriculture. Qu’on proclame le Green Deal sous sa forme actuelle comme une doctrine inviolable, c’est ignorer les conséquences concrètes pour la production, la compétitivité et le coût de la vie.

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On peut vouloir la protection du climat, sans ruiner les fondements de notre approvisionnement. On peut poursuivre des objectifs environnementaux, sans mettre en même temps la pression sur les agriculteurs, l’industrie et les consommateurs. Ce qui ne fonctionne pas, c’est une politique qui privilégie les symboles d'idéologies abracadabrantes au détriment de la raison économique. Et cette impression ne cesse de s’intensifier dans la politique européenne des engrais.

Au final, la question est simple : l’Autriche pourra-t-elle encore à l’avenir produire une part essentielle de ses denrées alimentaires, ou se contentera-t-elle de devenir de plus en plus dépendante des marchés étrangers? Ceux qui veulent renforcer l’autonomie alimentaire ne doivent pas traiter les engrais comme une question secondaire. Ils constituent une clé pour la récolte, la stabilité des prix et la résilience du pays en temps de crise.

Qui est  Wolfgang Hartmann?

Wolfgang Hartmann est originaire de Haute-Autriche et travaille depuis des années, à plein temps, dans le secteurs des médias et de la presse.

 

lundi, 22 décembre 2025

Bruxelles contre l'alimentation européenne. Plus d'armes et moins de pain

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Bruxelles contre l'alimentation européenne. Plus d'armes et moins de pain

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/bruxelles-contro-il-cibo-europe...

90 milliards d'euros. C'est le montant du prêt accordé à Zelensky pour poursuivre la guerre. Une somme que l'Union européenne devra trouver d'une manière ou d'une autre. 90 milliards d'euros. C'est le montant de la réduction décidée par l'Union européenne pour pénaliser le secteur agricole du Vieux Continent. Curieuse coïncidence entre les chiffres. Curieuse cette volonté des esprits étroits de Bruxelles de détruire un secteur qui est véritablement fondamental pour assurer la souveraineté européenne. Car sans agriculture, sans nourriture, il n'y a pas de souveraineté.

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D'ailleurs, les images diffusées par les journaux télévisés étaient éloquentes. À l'intérieur du palais, élégants, méprisants, les eurocrates. Occupés à décider où prendre l'argent des autres et à qui le donner. À l'extérieur, en colère, les agriculteurs qui défendaient leur travail, leur labeur. Mais ils défendaient aussi la culture européenne, qui est aussi déterminée par la nourriture, l'alimentation.

Des agriculteurs qui doivent respecter des règles de plus en plus strictes, tandis que les eurocrates voudraient autoriser l'entrée en Europe de produits cultivés selon des méthodes interdites à nos agriculteurs européens.

Mais il est évident que la viande aux œstrogènes, provenant d'animaux élevés dans d'autres pays où les règles du travail sont également très différentes, coûterait moins cher. Et elle serait à la portée des Européens qui, grâce aux imbéciles de Bruxelles, deviendront de plus en plus pauvres.

Des imbéciles qui interdisent à leurs sujets d'utiliser les poêles à bois pour se chauffer, car ils polluent. Mais ensuite, ils offrent à la bande de Zelensky des armes qui polluent mille fois plus. Et ils achètent du gaz liquéfié américain, beaucoup plus cher, transporté par des navires qui augmentent la pollution. Tout comme ils pollueront davantage les produits alimentaires acheminés à travers les océans pour remplacer la nourriture européenne.

L'important, cependant, est de poursuivre la guerre.

lundi, 30 novembre 2020

L’échec relatif de l’embargo alimentaire de l’Union Européenne contre la Russie

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L’échec relatif de l’embargo alimentaire de l’Union Européenne contre la Russie

« Protéger les intérêts nationaux » ; cette phrase du président russe Vladimir Poutine prononcée en 2014, se cadre dans la réponse qu’il a donné à l’Union Européenne, le Canada, les Etats-Unis, la Norvège ainsi que l’Australie en mettant en place un embargo alimentaire par décret présidentiel. Ce dernier, le décret numéro 560 relatif à l’application concrète de certaines mesures économiques spéciales, assure la sécurité de la Russie, interdit ou limite l’importation pour une durée d’un an de produits agricoles et de matières premières ou de produits alimentaires, provenant d’un pays ayant imposé des sanctions contre des entités russes et ce, suite aux sanctions économiques imposées par ces pays contre Moscou pour son rôle dans la crise en Ukraine de 2014. En effet, l’embargo européen a eu pour projet de sanctionner la Russie suite au rattachement « illégal » de la Crimée à la Russie.

Les retombées économiques d’une confrontation géopolitique

Dans un principe de réciprocité, les sanctions occidentales décidées par Moscou par décret le 7 août 2014, auxquelles s’est ajouté l’effondrement des prix des hydrocarbures ont plongé la Russie dans une profonde et longue récession depuis le début des années 2000. L’embargo a été prolongé à plusieurs reprises et fut étendu en 2015 en Albanie, à l’Islande, au Monténégro ainsi qu’au Liechtenstein, puis à l’Ukraine, répondant à la prolongation des sanctions économiques européennes.

Alors que l’Union européenne se félicite d’avoir mis en place cette sanction, le 21 avril 2015, la Commission européenne avait approuvé quarante et un nouveaux programmes de promotion des produits agricoles dans l’Union européenne, d’un montant de 130 millions d’euros comprenant 30 millions d’euros de fonds de l’Union. Dans ce rapport de force, Phil Hogan, membre de la Commission chargé de l’agriculture et du développement avait déclaré que « la promotion des produits agro-alimentaires de l’Union Européenne sur les marchés mondiaux est une réponse force et proactive à l’embargo russe ».

Les  mutations du système agricole russe

Pour autant, ce qui devait être une sanction contre la Russie s’est finalement révélée être un avantage compétitif pour le pays. En effet, au même moment où le pays de Vladimir Poutine connait une dévaluation du rouble, l’embargo alimentaire a entrainé un changement dans le marché russe. Cela s’illustre par le fait que plusieurs entreprises étrangères qui importaient en Russie ont retiré ou réduit leur part de marché. La croissance de ces dernières ont permis l’émergence de nouveaux petits producteurs nationaux (marché du fromage).

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Toutefois « contrainte » de se tourner vers d’autres marchés, la Russie s’est rapidement orientée vers l’Amérique du Sud, l’Asie ou encore l’Afrique, grâce à une campagne de soutien à l’industrie agricole grâce aux bénéfices de prêts et d’augmentation des subventions pour les agriculteurs locaux. En 2017, le ministre russe de l’Agriculture Alexandre Tkatchev (i) avait affirmé que les importations de produits étrangers avaient été divisées par deux depuis le début de l’embargo, permettant une augmentation de plus de 10% du secteur alimentaire russe.

A la fin de l’année 2018, plus de 26 milliards de dollars de produits agricoles avaient été fournis à l’étranger, plaçant la Russie en tant que première exportatrice mondiale de blé à la conquête de nouveaux marchés étrangers, le marché russe demeurant le second marché le plus important en termes d’exportations agroalimentaires de l’Union Européenne juste derrière les États-Unis, occupant la première place. L’embargo alimentaire russe a touché différents pays de l’Union, dont les pays baltes, la Finlande ainsi que la Pologne. Quant à la France, l’embargo a profondément touché le secteur de l’agriculture française qui a couté près de 8 milliards d’euros aux agriculteurs français.

Clara Lepers

mardi, 11 octobre 2011

Manger local : S’approvisionner et produire ensemble

Manger local : S’approvisionner et produire ensemble

Ex: http://fortune.fdesouche.com/

Notre système alimentaire présente une grave faiblesse, trop souvent ignorée : la France, comme la plupart des nations du monde, a perdu sa souveraineté alimentaire. A partir des années 1950, la logique de l’agriculture intensive a conduit chaque zone géographique à se spécialiser dans quelques cultures et à importer le reste d’autres pays, parfois lointains.

"Vendeuse de marché aux fruits, légumes et volailles" - Joachim Beuckelaer, 1567

Aujourd’hui où se dessine l’ère de l’après-pétrole, il apparaît donc nécessaire de retrouver la maîtrise de notre alimentation, en privilégiant les “circuits courts” et les producteurs locaux, ou en produisant soi-même légumes, fruits ou œufs.

Il suffit que les transports soient interrompus quelques jours pour que les pays, au nord comme au sud, se retrouvent en situation de pénurie.

Cette relocalisation permet de savoir comment sont produits et transformés les aliments, mais aussi de renouer un dialogue avec les agriculteurs et de leur garantir un revenu à la hauteur de leur travail et de leur rôle nourricier. Il y a au moins trois bonnes raisons de manger local.

D’abord, parce que notre approvisionnement dépend pour une trop large part d’importations en provenance de pays parfois lointains, ce qui le rend fragile. On a calculé que, si les transports étaient interrompus, une ville comme Paris, par exemple, n’avait que trois ou quatre jours d’autonomie alimentaire.

Ensuite, parce que ces importations sont coûteuses en pétrole, une énergie qui va devenir rare et chère, et en pollutions. Enfin, parce que renouer un lien avec les producteurs locaux permet de savoir comment est produit ce que l’on mange.

Cependant, comment faire pour manger local ? Retrouver la maîtrise de son alimentation oblige à réapprendre des gestes souvent oubliés (jardiner, préparer des conserves…) et à redécouvrir la coopération et l’entraide qui conditionnent le plus souvent la réussite. Pour aider à cette grande “requalification,” les auteurs de Manger local proposent vingt-six initiatives qui reposent sur des expériences vécues, réussies et facilement reproductibles, ordonnées de manière à amener le lecteur des actions les plus simples à mettre en œuvre (créer un marché de producteurs, un réseau de paniers, approvisionner une cantine en produits bio et locaux ou démarrer son potager) aux plus “engagées” (se réunir autour d’un jardin partagé, créer un éco-hameau, mettre les initiatives locales en réseau…).

Chaque initiative est exposée de manière pragmatique, avec ses succès et ses accidents de parcours. Une liste de conseils pratiques suit chacun de ces récits et donne une idée juste du travail à accomplir et de la marche à suivre pour adapter les différentes idées maîtresses à son propre territoire (quartier, village, ville, vallée…). Cette liste est accompagnée d’un annuaire très fourni qui permet au lecteur de poursuivre sa réflexion pour s’engager localement.

« Manger local : s’approvisionner et produire ensemble » de Lionel Astruc et Cécile Cros Tamzin Pinkerton et Rob Hopkins, initiateurs du mouvement locavore (manger local) signent la préface de ce livre.

Extrait : « La convergence du pic pétrolier, des changements climatiques et de la contraction de l’économie implique que le travail qui consiste à redonner vie à la production alimentaire locale à travers le monde s’effectue avec un sentiment d’urgence nouveau. La sensibilisation à ces questions et la détermination à en atténuer les conséquences ne cessent de croître. Partout dans le monde, les listes d’attente pour obtenir une parcelle à jardiner s’allongent, les ventes de graines de plantes comestibles augmentent et les consommateurs recherchent activement des produits locaux.

Les projets décrits dans ce livre traitent de la transformation des pelouses, des terrains de jeux et des champs en lieux de créativité et de pédagogie autour des aliments. C’est le bon côté des défis auxquels nous sommes confrontés – et ce n’est que le début. En rendant hommage au travail extraordinaire qui a été réalisé jusqu’ici par le mouvement international en faveur d’une alimentation locale, nous devons également reconnaître la nécessité d’aller encore plus loin dans cette voie. »

- Les auteurs :

Après des études de sciences politiques, Lionel Astruc est devenu journaliste spécialisé dans l’environnement. Ses enquêtes le conduisent à visiter des projets écologiques pionniers. Ses reportages paraissent dans la presse et ont fait l’objet de nombreux livres, parmi lesquels Voyage en Terre durable (Glénat), Échappées vertes (Terre Vivante), Aux sources de l’alimentation durable (Glénat)… Cécile Cros, titulaire d’un master en gestion de l’environnement de l’université de Plymouth, en Grande-Bretagne, est chargée des relations extérieures et rédactrice à la Fondation Goodplanet.

- Références :

Manger local : s’approvisionner et produire ensemble de Lionel Astruc et Cécile Cros – Coédition Actes Sud/Colibris – Collection : Domaine du possible – Date de parution : 5 octobre 2011 – 220 pages – ISBN 978-2-7427-9893-3 – Prix indicatif : 19,00€

CDurable

mercredi, 10 mars 2010

La Russie veut assurer son autosuffisance alimentaire et devenir une grande puissance agricole

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La Russie veut assurer son autosuffisance alimentaire et devenir une grande puissance agricole

Ex: http://fortune.fdesouche.com/

Assurer enfin l’indépendance alimentaire du pays et devenir une grande puissance agricole. Telles sont les ambitions de la Russie, invitée d’honneur du Salon international de l’agriculture, jusqu’au dimanche 7 mars. A la suite de l’explosion de l’URSS, Moscou avait pourtant abandonné ce secteur. La production agricole russe s’était effondrée de moitié entre 1991 et le tournant des années 2000. Au point que l’Union européenne avait dû faire parvenir, fin 1998, une aide alimentaire d’urgence d’un montant de 400 millions d’euros.

 

Le revirement date de 2005, quand Vladimir Poutine, alors président, a fait de l’agriculture un des piliers de l’essor économique du pays. Deux ans plus tard, Moscou a même lancé un plan quinquennal pour le secteur de 551 milliards de roubles (13,7 milliards d’euros). Une somme censée être doublée par les régions.

Mais, malgré les progrès affichés ces dernières années, Moscou reste très dépendant des importations : en 2009, le pays a acheté à l’étranger 30 % de sa consommation de viande et 20 % de ses produits laitiers, selon le ministère russe de l’agriculture. Un chiffre qui atteindrait même, selon un spécialiste local, 70 % pour les fruits.

« L’indépendance alimentaire est une composante de la sécurité d’Etat », explique Elena Borisovna Skrynnik, la ministre de l’agriculture russe. « Notre objectif est d’arriver à produire nous-mêmes, en 2012, 85 % de notre consommation de viande, de produits laitiers ou de sucre. En 2009, nous avons réduit les importations de viande d’un quart. »

Le dossier est supervisé en haut lieu : le plan quinquennal a été placé sous la responsabilité du vice-premier ministre russe, Viktor Zoubkov, un proche de M. Poutine qui fut son premier ministre lors des derniers mois de sa présidence. Et les oligarques ont été invités à s’intéresser à l’agriculture : Vladimir Potanine, le confondateur du géant Norilsk Nickel, est ainsi devenu un acteur de poids du secteur.

Ce marché prometteur ainsi que la flambée des cours des matières premières en 2008, depuis retombée, ont attiré de nouveaux investisseurs : « J’ai vu arriver des banquiers ou des vendeurs de 4×4, qui venaient me voir pour mettre de l’argent dans l’agriculture », explique un Français basé à Moscou. « Certains étaient prêts à acheter 10 000 vaches en une commande. »

Une aubaine pour les fournisseurs étrangers de bêtes, de semences ou de matériels, à commencer par les Allemands, les Néerlandais ou les Danois, qui ont été les plus prompts. Si des bovins français – comme la Salers ou l’Aubrac – ont fait leur apparition en Russie, leur présence n’est toutefois pas à la hauteur de la réputation des races de l’Hexagone.

La Russie, qui a pu faire office dans le passé de « grenier à blé » du monde, est aussi redevenue un acteur incontournable sur le marché des céréales. Lors de la campagne 2008-2009, le pays a exporté 17,5 millions de tonnes de blé, juste derrière les Etats-Unis (26,5 millions) et l’Union européenne (21 millions). Et vise à terme 35 à 50 millions de tonnes. Il est vrai que la Russie possède un atout de taille : les tchernozioms, ces fameuses terres noires très grasses et extrêmement fertiles.

« Comme l’Ukraine ou le Kazakhstan, la Russie est devenue un pays redoutable et très agressif », explique François Gatel, directeur de France Export Céréales, un organisme de promotion des produits français. « Avec des coûts de production bien inférieurs et des parités monétaires plus avantageuses, elle a réussi à pénétrer des marchés où nous nous étions fortement développés, comme l’Egypte. »

Et le pays possède un énorme potentiel. D’abord du fait de sa taille : 220 millions d’hectares de surface agricole utile, soit presque 10 % des terres cultivables dans le monde, très loin d’être toutes exploitées. Ensuite en raison de rendements encore faibles : en moyenne 22 quintaux de blé par hectare (70 en France). De quoi devenir, dans dix ans, une puissance agricole incontournable, voire la plus puissante ?

« On fera tout pour y parvenir », glisse Mme Skrynnik. Avant d’ajouter en souriant : « Mais comme vous, les Français. »

Le Monde