Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 31 août 2026

Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

Trump-Sanktionen-zerschellen-Chines.Mauer_.png

Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/204607

Comme chacun sait, la Chine avait déjà déclaré à plusieurs reprises qu’elle s’opposait résolument aux sanctions unilatérales et illégales. L’«Empire du Milieu» prendrait toutes les mesures nécessaires afin de protéger avec détermination ses propres droits et intérêts.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères fixe des limites claires

imljages.jpgLors d’une conférence de presse, Lin Jian (photo), porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré vouloir prendre les mesures nécessaires afin de protéger résolument les droits et les intérêts de la Chine, tout en mettant Washington en garde contre toute tentative de «perturber» les échanges commerciaux entre la Chine et l’Iran.

Ces déclarations faisaient suite aux menaces du secrétaire au Trésor de Trump, Bessent, d’imposer des sanctions secondaires aux pays qui continueraient à commercer avec l’Iran, dans le cadre d’un plan qu’il appelle «Operation Economic Outcast». Ces mesures comprennent des restrictions secondaires dans un large éventail de secteurs, allant des actifs numériques à l’or, en passant par le transport maritime et l’aviation, ainsi que des menaces visant à exclure les partenaires commerciaux de l’Iran du système du dollar.

«Personne n’est exempté ici», a déclaré Bessent après qu’on lui eut expressément demandé si les nouvelles restrictions concerneraient la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran. «Il s’agit de l’asphyxie économique de ce régime, et personne ne devrait mettre notre détermination à l’épreuve».

Les possibilités infinies de la Chine

La Chine dispose toutefois d’options pratiquement illimitées face à l’annonce de Trump, comme nous indiquerons ci-dessous.

Elle pourrait, par exemple, recourir à de petites «raffineries-théières», exploitées exclusivement en Chine et protégeant les grandes entreprises énergétiques publiques des restrictions américaines. Ces raffineries utilisent le yuan afin de contourner les systèmes de compensation en dollars. Des banques chinoises locales, faiblement exposées aux comptes de correspondants bancaires américains, ont recours à des réseaux de paiement alternatifs, notamment le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier.

Une autre possibilité consisterait à masquer l’origine du pétrole, notamment par des transferts successifs de navire à navire et par le réétiquetage du pétrole iranien comme pétrole brut malaisien ou indonésien. Cela offrirait aux importateurs une protection juridique reposant sur un déni plausible.

Les efforts déployés par les responsables de l’application des sanctions pour retrouver une «trace documentaire» à travers des intermédiaires complexes pourraient également se heurter à de longues chaînes, difficiles à retracer, composées de petites compagnies maritimes et de courtiers. Certains de ces acteurs se consacreraient exclusivement à l’achat de pétrole iranien et retourneraient ainsi efficacement les menaces américaines à leur avantage, en exploitant la réticence traditionnelle du département du Trésor à imposer des sanctions secondaires par crainte d’une escalade commerciale.

a55e7dd9-ca86-4cd7-beb2-5082d0775e69_67cc96bd.jpg

La Chine pourrait en outre imposer de nouvelles restrictions à l’exportation de terres rares et de métaux, parallèlement à la conclusion d’accords stratégiques de troc et d’investissement avec l’Iran. Le recours au financement serait ainsi entièrement contourné: la Chine pourrait recevoir du pétrole iranien en échange d’équipements de production, de biens de consommation, du développement d’infrastructures ferroviaires ou portuaires, ou d’une multitude d’autres biens et services.

Le recours à des «lois de blocage» serait également envisageable. Il s’agit d’un instrument du ministère chinois du Commerce interdisant expressément aux entreprises chinoises de respecter les sanctions unilatérales américaines. Une autre possibilité serait de mettre en place des assurances alternatives garanties par l’État, afin de permettre aux pétroliers de satisfaire aux exigences d’entrée dans les ports nationaux tout en opérant en dehors de la réglementation maritime occidentale. L’activation d’une immense capacité d’entreposage sous douane sur le territoire continental serait elle aussi concevable, ce qui permettrait au pétrole iranien d’y demeurer indéfiniment sans être dédouané.

Ainsi, si la situation venait véritablement à se durcir, la Chine pourrait, pour le dire simplement, «dire aux États-Unis d’aller se faire voir». Dans le cas contraire, Pékin pourrait, au sens figuré, «précipiter du haut d’une falaise» l’ensemble de la base industrielle et du secteur du commerce de détail américains.

Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant 

2026-08-26t144005z-414868830-rc2o7kaoizkd-rtrmadp-3-usa-russia-cia-kremlin.jpg

Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant 

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Une nouvelle visite de Steve Witkoff à Moscou ne constituerait désormais guère une information. Que John Ratcliffe s’y rende en personne est une tout autre affaire.

Le directeur de la CIA compte, sans ambigüité, au sein de l’administration Trump, parmi les voix les plus fermes à l’égard de la Russie. Selon The Atlantic, il insiste pour que le soutien américain à Kiev en matière de renseignement soit maintenu et met régulièrement en avant, auprès de Trump, les pertes russes ainsi que la capacité d’action de l’Ukraine.

La logique sous-jacente est très américaine et très trumpienne: celui qui apparaît comme le perdant voit son pouvoir de négociation diminuer.

Il est donc d’autant plus intéressant que ce soit précisément Ratcliffe qui se trouve aujourd’hui à Moscou. Un tel déplacement n’est en effet pas nécessaire pour un échange de routine. Des canaux directs existent entre la CIA et les services russes. Lorsque le chef du renseignement extérieur américain se rend personnellement à Moscou, il s’agit soit d’une question présentant un risque considérable d’escalade, soit de quelque chose qui dépasse déjà les positions exprimées publiquement. Le sens du déplacement n’est pas non plus dénué de signification.

Bien entendu, il n’existe en diplomatie aucune règle simpliste selon laquelle ce serait toujours le plus faible qui se rendrait chez le plus fort. Mais les mouvements politiques obéissent à une certaine hiérarchie. Celui qui fait lui-même le déplacement a quelque chose à transmettre, à empêcher ou à négocier qui lui importe suffisamment pour renoncer à la distance qui avait, jusque-là, été maintenue.

Je vois donc essentiellement deux possibilités.

Ratcliffe apporte un avertissement. Il serait alors question d’un seuil d’escalade que Washington juge suffisamment dangereux pour vouloir le communiquer directement, sans détours ni nuances diplomatiques.

Ou bien nous assistons déjà à la partie la plus intéressante: le passage de l’affrontement public à la négociation des conditions. Ce ne serait pas une «phase de paix». Bien au contraire. C’est précisément avant l’ouverture de négociations sérieuses que les États tentent généralement, une dernière fois, d’améliorer leur position. La pression militaire ne devient alors pas superflue: elle se transforme en argument à la table des négociations.

Le précédent historique doit donc retenir l’attention: en novembre 2021, le directeur de la CIA William Burns s’était rendu à Moscou afin de transmettre personnellement aux dirigeants russes la mise en garde de Washington contre une guerre.

Cela nous apprend peu de choses sur le contenu concret de la mission actuelle de Ratcliffe, mais beaucoup sur son importance. Witkoff se déplace lorsqu’il s’agit d’explorer les possibilités d’un accord. Lorsque Ratcliffe se déplace, il est plutôt question des conditions dans lesquelles un accord devient possible — ou une escalade inévitable.

#géopolitique@global_affairs_byelena

20:21 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, john ratcliffe, russie, états-unis, diplomatie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

IA-America-Latina.jpg

Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

Leonid Savin

Comment l’intelligence artificielle influe sur l’économie et l’environnement des pays

Les centres de données existent depuis des décennies. Mais, depuis l’apparition de l’intelligence artificielle (IA) générative, de nouveaux centres de données, plus complexes et connus sous le nom de «centres de données hyperscale», ont commencé à être construits ou planifiés dans le monde entier.

shutterstock_755534311-1920x1080.jpg

Dès le départ, la Chine a intégré la création de tels centres au développement des infrastructures du pays et elle est considérée comme un leader reconnu dans ces technologies. Les États-Unis recourent à leur vieille méthode favorite du néocolonialisme, comme dans les années 1990, lorsque l’industrie opérait dans des pays en développement où les faibles salaires et les lacunes de la législation relative à la protection du travail permettaient aux entreprises de dégager une plus-value plus importante et, par conséquent, davantage de profits. De la même manière, les requins actuels du cybercapitalisme implantent leurs centres de données dans les pays dits du tiers-monde.

Sous prétexte d’investissements, de création d’emplois et de développement numérique, des géants tels que Google, Microsoft, Amazon Web Services (AWS) et d’autres créent de nouveaux pôles numériques en dehors des États-Unis. Les écarts de prix de l’électricité, la disponibilité d’importantes ressources naturelles et l’existence des terrains nécessaires aux constructions rendent d’autres pays attrayants. Dans ce contexte, l’Amérique latine ne fait pas exception. De plus, presque partout dans cette région, des forces loyales à Washington sont arrivées au pouvoir; il est donc désormais beaucoup plus facile de négocier avec les gouvernements afin d’obtenir des baisses d’impôts et des contrats avantageux.

Cependant, une nuance très importante, qui ne se remarque pas au premier abord, risque d’entraîner de graves problèmes. Pour fonctionner efficacement, les centres de données ont besoin non seulement d’électricité, mais aussi d’eau, utilisée pour refroidir les processeurs. Si, en Corée du Sud, on tente de résoudre cette question à l’aide de nouvelles approches expérimentales, telles que la création de centres de données sous-marins ou flottants dans lesquels l’eau de mer servirait au refroidissement, et si, en Russie, on étudie l’implantation de centres de données dans des régions caractérisées par de basses températures et un excédent d’électricité, on ne peut en dire autant de l’Amérique latine — ni, d’ailleurs, de l’Afrique et de l’Europe.

Compte tenu de la pénurie manifeste de ressources hydriques provoquée par les changements climatiques, ainsi que du fait que l’eau est également nécessaire à d’autres secteurs industriels, notamment à l’extraction minière, les pays d’Amérique latine qui accueillent des centres de données américains pourraient être confrontés à des risques semblables à ceux qui sont apparus lorsque, dans les années 1990, sous l’effet de la vague de privatisations imposée par la Banque mondiale, les sources d’eau potable sont devenues inaccessibles dans la région, ce qui a entraîné des révoltes sociales — par exemple à Cochabamba, en Bolivie (photo, ci-dessous).

imacbeauges.jpg

L’État de Querétaro, au Mexique, est l’un des pôles d’Amérique latine où l’industrie des centres de données connaît le développement le plus rapide. Selon l’Association mexicaine des centres de données, l’État compte quatorze installations. En réponse à une demande d’accès à l’information, le ministère local du Développement fait état de dix-neuf autorisations.

La plupart de ces centres se trouvent à Colón ou à El Marqués, non loin de la capitale de l’État. Les habitants de la région sont déjà confrontés au manque d’eau au robinet, même si beaucoup d’entre eux, faute d’informations, pensent que cette situation est liée à l’insuffisance des précipitations naturelles. En réalité, la majeure partie des prélèvements d’eau est destinée au fonctionnement des centres de données.

Le Centre latino-américain de journalisme d’investigation (CLIPE) a mené une étude dans la région, qui a également montré que les centres de données les plus avancés consomment davantage d’électricité pour fonctionner. Par conséquent, leur refroidissement nécessitera aussi davantage d’eau. Il a également été constaté que les entreprises qui dominent le marché des centres de données constituent des conglomérats aux structures et aux propriétaires complexes, ce qui rend leur réglementation difficile et leur permet d’agir de manière plus opaque en ce qui concerne leur impact sur l’environnement et leur utilisation des ressources.

d6f9a419920145721c681ea194c3b3e7.jpg

Dans le même temps, les entreprises recourent à des procédés de propagande qui dénaturent totalement le sens des faits. Ainsi, Microsoft et ONU-Habitat ont préparé un rapport appelant à investir 82 millions de pesos mexicains dans le développement de l’économie locale à Querétaro. Le rapport désignait la sécheresse comme l’un des principaux problèmes. Toutefois, il ne recommandait pas d’investir dans la résolution de ce problème. Il évoquait plutôt la nécessité d’investir dans les infrastructures régionales, comme le pavage des rues, et affirmait que les centres de données constituaient une occasion de transformation socio-économique pour l’État de Querétaro, et notamment pour les municipalités d’El Marqués et de Colón.

Microsoft, pour sa part, n’a investi ni dans des infrastructures visant à atténuer les conséquences de la sécheresse ni dans la résolution d’autres problèmes socio-économiques de l’État. L’entreprise a toutefois construit à Querétaro un «site de centres de données», entré en service au début de l’année 2024.

Selon des données obtenues par Núcleo Jornalismo, la moitié de tous les centres de données du Brésil — qu’ils soient au stade de la planification, de la construction ou de l’exploitation — se trouvent dans l’État de São Paulo, principalement dans la région de Campinas (photo, ci-dessous).

scala-closes-328-million-expansion-deal-featured.png

Il est évident que la puissance de calcul associée à l’intelligence artificielle est bien supérieure à celle requise par les centres de données traditionnels et qu’elle consomme donc davantage d’énergie. Par exemple, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé qu’une recherche classique sur Google consomme 0,3 wattheure. En revanche, une requête adressée à ChatGPT consomme en moyenne 2,9 wattheures. Selon le rapport de l’AIE, les centres de données ont consommé en 2024 environ 1,5% de toute l’électricité mondiale, soit l’équivalent de 415 térawattheures. Le même rapport indique que ce chiffre doublera d’ici à 2030. Toujours en 2024, l’Irlande a consacré 21% de son électricité — produite principalement à partir de combustibles fossiles — au fonctionnement des centres de données. Le pays en compte plus de 130.

Il est révélateur que, malgré leur rhétorique écologique, les pays occidentaux développés ne tiennent manifestement pas compte de ce que l’on appelle l’empreinte carbone liée au fonctionnement des centres de données.

Une enquête publiée par The Guardian en 2025 a montré que les émissions des centres de données appartenant à quatre des principales entreprises technologiques mondiales — Google, Microsoft, Meta et Apple — ou exploités par celles-ci pourraient être supérieures de 662% aux chiffres qu’elles déclarent officiellement.

Indépendamment des ressources énergétiques dont dispose tel ou tel pays, l’obsession de l’utilisation de l’intelligence artificielle et, par conséquent, du fonctionnement de puissants centres de données débouche sur une ingérence ouverte dans le domaine de la politique et des relations internationales.

En Argentine, le président Javier Milei a proposé un plan visant à accroître la production d’énergie nucléaire afin d’alimenter de nouveaux centres de données. Dans le Paraguay voisin, qui dispose d’un excédent d’énergie propre (1), une pression directe est en fait exercée. Ainsi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a proposé d’utiliser les surplus énergétiques du Paraguay pour alimenter des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle. Compte tenu de l’orientation pro-Washington des dirigeants de ce pays et de la politique générale des États-Unis visant à replacer activement l’Amérique latine sous leur tutelle — y compris par l’emploi de la force militaire sous couvert de lutte contre les cartels de la drogue —, tout porte à croire que cette ingérence américaine au profit de ses entreprises ne fera que s’intensifier.

Le capitalisme du téraoctet est aujourd’hui à son apogée. Il existe toutefois un risque sérieux que la bulle de l’intelligence artificielle éclate, comme ce fut autrefois le cas de la bulle Internet, tandis que les problèmes énergétiques et environnementaux engendrés par l’essor actuel, eux, ne disparaîtront pas.

Note:

(1) Le Paraguay est, avec le Brésil, copropriétaire de la centrale hydroélectrique d’Itaipu (photo). Il produit actuellement davantage d’énergie qu’il ne peut en consommer et vend donc ses excédents au Brésil et à l’Argentine à des prix inférieurs à ceux du marché.

64f9d0036cb97160cc2704c8_Itaipu_400x247.jpeg

Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

d3c74e4a5bc299e1d7ece0d5c0165a0f.jpg

Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/venajan-kosminen-kohta...

Le cosmisme russe est un courant philosophique et culturel qui associe science, religion et technologie à la foi en un destin cosmique de l’humanité. C’est un mouvement vieux de plus d’un siècle, dont les racines remontent au XIXe siècle. Parmi ses premiers penseurs, on compte le bibliothécaire-futuriste Nikolaï Fiodorov, le biogéochimiste Vladimir Vernadski et le pionnier de l’astronautique Konstantin Tsiolkovski, qui commencèrent à envisager la place de l’humanité dans l’univers sous un jour nouveau.

Пастернак_Л.О._Портрет_Н.Ф._Федорова._1928.jpg

Fiodorov (portrait) rêvait de ressusciter les morts par la science. Vernadski adopta et développa le concept de noosphère, inventé par des penseurs français: une couche d’intelligence et de conscience où l’homme commence à diriger le développement de la biosphère de façon consciente. Tsiolkovski croyait pour sa part que l’humanité s’étendrait dans l’espace. Ces penseurs voyaient l’être humain comme une partie organique du cosmos, dont la mission était d’emporter la vie et la conscience au-delà de la planète. Cet héritage est toujours vivant dans la culture intellectuelle et politique russe.

Une expression contemporaine du cosmisme se trouve dans l’article «Энерго‐информационный космизм России» (Cosmisme énergie-information de la Russie, 2022), publié dans la revue Ekonomicheskie Strategii (Экономические стратегии, «Stratégies économiques»). La version anglaise de cet article, «Energy-information Cosmism of Russia», a été publiée en 2023 dans les actes de conférence de l’American Institute of Physics.

Les auteurs, Vitali V. Bouchouïev et Andreï N. Klepatch, appartiennent tous deux à l’élite académique et étatique russe. Bouchouïev est docteur en ingénierie, ancien vice-ministre de l’énergie, et a contribué à l’élaboration des stratégies énergétiques de la Russie jusqu’en 2030. Il est aussi connu comme fondateur de la science synthétique appelée «ergodynamique» (russe : эргодинамика), qui étudie la nature, l’homme et la société (ndt: nous reviendrons très bientôt sur cette problématique).

akl.jpg

Klepatch (photo) est un économiste réputé, ancien vice-ministre des finances, chef économiste et directeur scientifique de la banque russe de développement VEB.RF. Tous deux sont caractérisés par l’excellence académique, une influence stratégique au niveau de l’État, ainsi qu’un intérêt pour le cosmisme et les thèmes ésotériques.

Les technocrates possèdent néanmoins une dimension ésotérique forte. Leurs théories cosmistes – notamment les idées sur l’origine des races humaines à partir de différents systèmes stellaires – ont suscité l’étonnement et la critique dans les milieux universitaires.

En août 2026, Klepatch a été démis de ses fonctions de chef économiste de la VEB.RF. La raison n’était pas ses vues ésotériques, mais sa déclaration pessimiste selon laquelle la Russie ne «gagnerait pas la guerre d’usure et perdrait la compétition technologique et économique non seulement face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi parfois face à l’Ukraine».

Dans l’article lui-même, les auteurs partent de prémisses tout à fait différentes. L’idée centrale est résumée dans une phrase de Pythagore et du livre de l’Ecclésiaste: «Ce qui est en haut est aussi en bas; ce qui a été sera». Ce principe hermétique sert de fondement philosophique à l’ensemble du texte. Selon les auteurs, la planète Terre et le cosmos sont des partenaires fractals, qui se ressemblent par leurs propriétés. Ils obéissent aux mêmes lois, cycles et principes de transformation de la matière, de l’énergie et de l’information.

b306fd463fe10060175c210aa6fcb86b.jpg

Dans cette vision du monde, l’univers tout entier est un ensemble fractal composé de superstructures, d’ondes et de résonances. Cette idée reflète directement la philosophie du cosmisme. Selon les auteurs, la civilisation est formée précisément par ce cycle: les ressources naturelles deviennent énergie, de laquelle naît un produit culturel, informationnel et spirituel qui permet la poursuite de l’activité de tous les systèmes vivants.

Les auteurs présentent une conception radicale de l’origine de l’homme. L’humanité n’est pas le résultat de mutations chimiques aléatoires, mais une forme logique et nécessaire selon laquelle «la vie intelligente cosmoplanétaire» s’organise sur Terre. La Terre n’est pas un objet mort mais un sujet vivant, et la vie est une propriété originelle et permanente du cosmos, non un hasard tardif. À ce stade, les auteurs se réfèrent directement à Tsiolkovski, qui affirmait: «Nous venons tous du cosmos, et à l’avenir l’humanité deviendra énergie rayonnante», afin de retourner sous forme d’énergie pure conquérir de nouveaux territoires cosmiques.

30adb6a196612e3fb7b6fe132014d886.jpg

L’une des parties les plus singulières de l’article est la description de l’origine cosmique des races humaines. Les auteurs soutiennent que la Terre fut peuplée par des arrivants de différents systèmes stellaires. La race jaune en Lémurie (Asie) serait venue de la constellation du Lion, la race noire en Afrique de Sirius et la race blanche des zones polaires hyperboréennes (Europe du Nord et Russie) de la Grande Ourse. Ces arrivants ne sont pas venus dans des vaisseaux spatiaux physiques, mais comme «anges holographiques semblables au plasma» qui ont fécondé la surface terrestre et généré une «génération d’Aryens intelligents». Les auteurs soulignent que les différentes races possèdent toujours leurs gènes cosmiques, ce qui explique leurs différences persistantes.

À ce stade, les auteurs rejoignent la tradition ésotérique russe, où le terme «Aryens» désigne un peuple ancestral mythique originaire d’Hyperborée. Ce terme ne vient pas de l’idéologie nazie, mais fut transmis au cosmisme russe au XIXe siècle par la théosophie, notamment par la Russe Helena Blavatsky et sa Société Théosophique. Plus tard, l’Allemagne nazie reprit et adapta ces idées pour ses propres théories raciales.

La conception des auteurs sur les races et l’«aryanité» est politiquement incorrecte aujourd’hui, et bien que teintée d’ésotérisme, elle semble reposer sur des classifications raciales des XIXe et XXe siècles, qui ne sont plus reconnues par la génétique et l’anthropologie contemporaines.

846.jpg

Ils ne fournissent pas de fondements scientifiques à leurs affirmations, mais se réfèrent à la littérature ésotérique russe, notamment à leur ouvrage antérieur Энергокосмизм России (Cosmisme énergétique de la Russie, 2003) ainsi qu’au livre d’Alexandre Touloupov Род Севера. Русские гиперборейцы (Le clan du Nord. Les Hyperboréens russes, 2013), qui tente de prouver que les Russes descendent des Hyperboréens. Les auteurs s’appuient sur des «connaissances anciennes» et leur propre autorité plutôt que sur la recherche scientifique.

Selon ce schéma cosmique, les auteurs en déduisent l’histoire des migrations humaines. Sous l’effet des changements géoclimatiques, les peuples aryens se déplacèrent des zones polaires vers le sud par trois routes. À l’ouest, la route le long du méridien zéro à travers l’Europe mena à la naissance de la civilisation atlantique. À l’est, le flux migratoire le long du fleuve Lena fusionna avec les Lémuriens et forma la civilisation des «grands mogols», que les auteurs demandent à ne pas confondre avec les conquérants mongols. La route centrale passa par les montagnes de l’Oural (les mythiques montagnes Ripeus de l'antiquité) vers l’Asie centrale et jusqu’en Inde, laissant des traces aryennes encore visibles dans la culture indienne.

Les auteurs répartissent les civilisations eurasiatiques en trois groupes principaux. La civilisation nord-atlantique représente une base de valeurs individualistes, catholiques et protestantes. La civilisation russo-eurasienne est fondée sur le collectivisme, la sobornost (unité spirituelle) et le christianisme orthodoxe. La civilisation est-asiatique repose sur un modèle impérial centralisé. En outre, le monde islamique constitue son propre bloc avec la charia.

Les auteurs soulignent que les frontières de la civilisation russe sont bien définies: le Dniepr à l’ouest (la situation en Ukraine montre qu’au-delà, c’est un autre monde), la Grande Muraille de Chine à l’est et le Caucase au sud. Ils constatent que les tentatives de la Russie et de l’Union soviétique d’exporter leur modèle civilisateur au-delà de ces frontières ont toujours échoué.

6de307058f67bd40b13984b5bcebf298.jpg

Selon les auteurs, dans toutes les civilisations subsiste un «culte du ciel», souvenir de la planète natale et du foyer des ancêtres. L’homme ne doit pas être considéré comme un être ayant perdu son histoire et son identité, ni comme un robot sans âme dans le monde numérique. En l’homme, la vie et l’existence n’effacent pas la mémoire, et la raison et l’intelligence ne tuent pas l’âme.

9a1adb7b1551337c64e7aebe8a112f42.jpgLes auteurs mettent en avant comme spécificité de la civilisation russe le fait que le culte du ciel s’est concrétisé dans l’activité sociale et économique. Ils voient une continuité de l’époque tsariste à l’Union soviétique: bien que les slogans aient changé, le modèle administratif centralisé et la quête d’un développement harmonieux demeuraient l’expression du même principe d’unité céleste et terrestre.

L’Union soviétique donna au cosmisme une dimension pratique grâce au programme spatial. Contrairement à l’Occident, où l’espace est vu comme un objet de colonisation, pour la Russie il fait partie du «principe cosmoplanétaire».

Les auteurs esquissent des idées exceptionnelles qui, selon eux, devraient alimenter la discussion. Ils présentent une vision géopolitique selon laquelle la Russie n’est pas un carrefour entre l’est et l’ouest mais un pont entre la Terre et le cosmos: une connexion psychophysique dans le continuum énergie-matière-information-noosphère. Ils parlent d’un «univers pulsant où le temps ne progresse pas de façon linéaire mais vibre». Ils avancent que «l’application des phénomènes d’intrication quantique observés au niveau quantique à l’échelle macroscopique permettrait un déplacement dans le temps et l’espace par l’information, non par le mouvement physique». La vision de Tsiolkovski d’une humanité transformée en «énergie rayonnante» reçoit leur approbation, tout comme la rythmo-dynamique qui « permettrait un mouvement sans forces de réaction en réglant la fréquence propre d’un corps».

Les auteurs abordent aussi l’unité des processus électromagnétiques et de la gravité avec les flux d’énergie subtils. Ils citent des chercheurs russes controversés tels que Nikolaï Alexandrovitch Kozyrev et Vladimir P. Kaznatcheïev, selon lesquels le temps et l’énergie sont convertibles entre eux et les latitudes nord de la Russie constituent une zone particulière de transparence de l’information. Ils mentionnent le biophysicien Alexandre Tchijevski, selon qui les tempêtes cosmiques ont des effets sur les phénomènes terrestres. Enfin, ils esquissent l’intégration des processus économiques, écologiques, techniques et cognitifs en un ensemble écosocial et la vision d’un «foyer planétaire commun».

1e422213832260ae2774d4bc8f75319f.jpgLes auteurs, planant dans les sphères cosmiques, redescendent toutefois sur terre en admettant que leurs propositions sont «partiellement spéculatives». Ils soulignent cependant que la Russie peut et doit accomplir sa mission historique: devenir une civilisation cosmoplanétaire centrée sur l’énergie et l’information, et un État leader dans l’exploration spatiale.

Comment cette vision s’accorde-t-elle avec la politique du jour ? La Russie est un pays où l’analyse sérieuse et réaliste – stratégies énergétiques et économiques, calculs géopolitiques, plans ministériels – coexiste avec ce type de contenu ouvertement spéculatif.

Le même Bouchouïev, qui a élaboré les stratégies énergétiques officielles du pays, écrit ailleurs sur l’origine hyperboréenne et les visiteurs angéliques/holographiques. Le même Klepatch, qui a fait des prévisions économiques à long terme pour la VEB.RF, publie aussi des textes néospirituels sur l’influence de l’activité solaire sur les cycles économiques et sociaux.

Cette amplitude de pensée est caractéristique de la culture intellectuelle russe, où la doctrine d’État pragmatique et la spéculation métaphysique peuvent coexister. Il est dans la tradition russe de réfléchir au destin du pays à la fois selon des perspectives réalistes et selon des récits de dimension cosmique. Le cosmisme y vit, à côté de la culture orthodoxe-technocratique officielle, comme un héritage spirituel spéculatif. Bouchouïev et Klepatch incarnent ce phénomène russe unique où le rang académique et la vision du monde ésotérique se rencontrent.

La frontière demeure cependant nette: une pensée excentrique est tolérée tant qu’elle reste distincte du processus décisionnel. Le renvoi de Klepatch de la banque de développement en août 2026, après qu’il ait publiquement exprimé une évaluation exceptionnellement sombre de l’économie russe et de la guerre en cours, est un exemple concret du tracé de cette limite. Les théories imaginatives sont acceptées, mais il n’est pas permis de remettre en cause la ligne en politique étrangère et en politique de sécurité.

Malgré les critiques et les revers, Bouchouïev et Klepatch représentent un phénomène qui ne disparaît pas. Le cosmisme russe n’est pas seulement une curiosité philosophique du passé, mais une façon de penser vivante qui offre des réponses alternatives à l’origine et à l’avenir de l’humanité. Son mélange unique de science, de politique et de spiritualité restera une part du paysage intellectuel russe, marqué par les bouleversements de l’ordre mondial et la montée des technologies d’intelligence artificielle.

18:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, cosmisme, cosmisme russe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook