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lundi, 13 septembre 2021

Le césarisme comme nécessité historique 

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Le césarisme comme nécessité historique 

par Carl Faust

Ex: https://motpol.nu/carlfaust/2016/11/09/caesarism-som-historisk-nodvandighet/

Tout au long de l'histoire, les gens ont placé leurs espoirs les plus profonds dans des individus forts, des sauveurs qui trouvaient des solutions à des problèmes qui étaient écrasants pour d'autres. Il y a des figures mythiques comme Kalki Avatara, le Mahdi, Jésus-Christ ; nous avons des personnages militaires et politiques comme Cromwell, Bolivar, Hitler, Castro - quels que soient les noms qui ont traversé l'éther humain, tous ont eu une capacité unique d'enchanter leurs sympathisants, de les faire participer à la mise en œuvre de divers types de grands projets. Ces projets ont varié en termes de sérieux et de portée ; certains ont consisté à créer, d'autres à détruire. Les grands hommes, ceux qui comptent et font l'histoire, ont toujours subordonné leur propre bien-être à l'accomplissement d'un but plus élevé, d'une vocation quelconque, qui a constamment attiré leur attention. Ces personnalités ont eu des familles, des amis, des petites amies et des épouses, des passe-temps, des animaux de compagnie, des voitures et des bateaux ; elles ont voyagé, ri, pleuré, ragé et pleuré, aimé et haï ; en bref, elles ont vécu la vie, expérimenté l'existence et contemplé leur environnement. Malgré toutes les banalités humaines, ils n'ont jamais perdu le contact avec leur désir intérieur, une aspiration mystérieusement enveloppée, accessible et explicable uniquement par eux-mêmes.

1.

Les personnes qui peuvent s'identifier à une telle quête possèdent également la capacité d'écrire l'histoire. Ils veulent représenter, forger des formes pour les autres, qui expriment ce qui est contenu pour eux-mêmes. Il est difficile pour quiconque se promène parmi les troupeaux gonflés des métropoles d'imaginer tout le potentiel unique caché dans les individus masqués, ceux qui, pour diverses raisons, ont choisi de rentrer dans le rang - au moins superficiellement. Leur sang bouillonne en eux ; ce qui aspire à s'accomplir est retenu, enchaîné par les conventions et les dogmes incompréhensibles de l'époque. Pendant quelques instants, ces individus parviennent à déloger leurs aspirations intérieures, mais à la fin, l'anxiété revient, inonde et brise les remparts construits par pure commodité. Ce qui existe a une direction et donc un sens, mais c'est un sens qui varie, qui est relationnel. Les réalités de l'existence font souvent disparaître le sens que nous nous attribuons. Elle nous diminue, écrase notre idéalisme et consume notre désir spirituel. Après cela, nous n'apprécions que les banalités, ce qui est direct et peut être exalté, même si c'est vraiment insignifiant.

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2.

C'est la distance à parcourir pour atteindre l'objectif qui effraie, pas l'objectif lui-même. Les Vikings qui ont traversé l'Atlantique seraient aliénés par cette peur actuelle, si répandue en Occident. Ils ont certainement ressenti le rythme du destin en embarquant sur leurs bateaux, ignorant où ils allaient et s'ils reviendraient un jour. Ils n'ont pas cherché la sécurité - ils ont trouvé leur sécurité en cherchant. Cela est étranger à l'homme moderne ; malgré tous les slogans sur le fait de saisir la bonne occasion du jour et de n'avoir qu'une seule vie, la plupart choisissent une existence relativement sans problème, sans gravité ni responsabilité pesante. Il n'est donc pas aussi simple de dire que c'est seulement le caractère unique de la vie qui nous pousse à rechercher quelque chose. L'arrière-plan de nos objectifs est nécessairement plus profond, plus mystérieux. On a dit de certains individus qu'ils étaient destinés à de grandes tâches, dès l'enfance. Hitler, qui était un type particulièrement extrême de la figure césarienne, est venu au monde cent ans après le déclenchement de la Révolution française - un événement indéniablement symbolique. Il aurait pu mourir en couches, être battu à mort dans une rue de Linz, dans une cave à bière de Munich, ou mis en pièces lors des orages d'acier en Flandre. Le destin - ou la chance, si vous voulez - lui a offert le contraire. Oliver Cromwell a maîtrisé les réalités de l'époque - Robespierre ne l'a pas fait. Ce dernier pensait pouvoir diriger la révolution selon sa propre volonté - il en fut consumé ; Cromwell s'est laissé guider par la révolution et ses actions - en tant que "Lord Protecteur" et détenteur d'un immense pouvoir, il est toujours célèbre. Certains sont embrassés par le destin - d'autres sont écrasés par lui.

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3.

Trop nombreux sont ceux qui sont entraînés dans le profond maelström de la modernité. La dépression et l'automutilation suivent principalement les traces de la jeunesse, l'âge où les caractères et les attitudes se forment pour la vie. À l'origine de ces problèmes se trouve, le plus souvent, l'incapacité de l'individu à se montrer à la hauteur des idéaux fournis par l'industrie culturelle - des idéaux dont très peu peuvent s'approcher. Sa propre existence est considérée comme dénuée de sens à la lumière des célébrités glamour qui "vivent la vie" et "saisissent l'aubaine du jour" (cette dernière expression, à consonance apollinienne, est très étrangère à toute personnalité faustienne). Un nombre suffisant d'individus parvient à entrer dans l'industrie culturelle, ce qui contribue à la soutenir; toutefois, la majorité en est tenue à l'écart, ce qui est également nécessaire - il faut plus de consommateurs que de producteurs, tout comme il faut toujours plus de personnes pour faire le travail que pour le planifier. Le phénomène artificiel moderne des loteries et des paris a une fonction similaire; on sait que les chances de gagner, d'être sélectionné, sont extrêmement faibles, mais éprouver le frisson, le sentiment que toute son existence peut changer en un clin d'œil, que toute sa personne est affectée par la combinaison de quelques chiffres, eh bien, c'est vraiment pousser sa vigilance à sa limite absolue. Le fait que des milliers, voire des millions de personnes, tombent dans ce jeu de la vie n'enlève rien à la joie du gagnant, celui qui a été choisi et qui peut partager pleinement ce que la vie matérielle a de meilleur à offrir. Ces hommes et ces femmes sur qui la chance est tombée n'auront jamais une pensée pour les masses anonymes qui n'ont rien gagné. Nous nous enrichissons aux dépens des autres - les gains de la loterie sont financés par l'argent de ceux qui n'ont pas gagné. C'est comme ça que le monde fonctionne. Malgré toutes les preuves contre les acheteurs de billets de loterie, ils continuent de rêver. Ils veulent atteindre le meilleur du monde, devenir importants, échapper à leur existence atomisée, échapper aux pressions puissantes des masses solitaires. Il existe des alternatives à leurs rêves pathétiques, mais ils ne veulent pas les connaître.

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4.

Il y a toujours différentes sortes de personnalités dans chaque temps et espace. Ceux qui suivent le courant comme des poissons morts, qui sont amoraux, totalement dépendants de la direction du temps et du rythme du destin, même s'ils se décrivent eux-mêmes comme indépendants. Être en phase avec le destin n'est pas la même chose que céder aux forces du temps. Le temps est le marqueur du destin sur terre ; le premier dépend entièrement du second. Lorsque l'individu doué considère sa propre place dans la phase civilisatrice dans laquelle se trouve l'Occident, il doit bien comprendre cela. Il y a une différence essentielle entre utiliser les moyens de son temps pour atteindre des fins mystiques et obscures, pour faire l'histoire et courir sur la ligne du destin, et adopter les formes et les modes les plus éphémères de l'air du temps. Alors que le parlementarisme se désintègre dans tout l'Occident, l'espace sera à nouveau donné - comme l'avait prédit Spengler - aux Césars, les personnalités les plus fortes, celles qui ont soif de pouvoir et qui répondent à toute opposition par les moyens les plus forts possibles. Nous devons comprendre le César comme une figure historique récurrente. Goethe a écrit sur les rebelles flamands dans Egmont ; Shakespeare a traité du talent politique et militaire le plus important de Rome dans l'une de ses plus grandes pièces, Jules César ; lorsque la culture se flétrit et que la civilisation se solidifie, le cadre qui refuse toute marge de manœuvre à la vie doit être brisé, tout comme une lande sauvage doit être brûlée pour pouvoir reverdir. 

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5.

Ceux qui ne remplissent pas la forme césarienne, telle que décrite, mais qui connaissent néanmoins le tact historique et possèdent un fort caractère, peuvent encore avoir de l'importance en tant qu'exécuteurs et exécutants des intentions du César. Historiquement, nous avons également vu l'importance des seconds, des sujets loyaux qui, en servant leurs maîtres, ont également gagné honneur et renommée pour eux-mêmes. Thomas Cromwell, Axel Oxenstierna, le cardinal de Richelieu, Klemens von Metternich, Henry Kissinger - l'histoire est remplie de ces types, qui ont soigneusement planifié, raisonné et parfois réprimandé leurs maîtres lorsqu'ils n'étaient pas sûrs de leur rôle de décideurs. Mais cela exige des connaissances et une certitude intérieure ; les premières s'acquièrent par l'étude, soit dans les livres, soit par l'expérience de la vie, généralement en combinaison ; les secondes sont innées. À l'époque où nous vivons, la connaissance est plus importante que tout, surtout celle qui concerne notre survie de base. Les connaissances dans les domaines de la politique, de l'économie et de la technologie améliorent notre capacité de survie. Il n'y a pas d'équivalent philosophique ou artistique à la violence, à la puissance militaire. Les éléments de la jeunesse qui ont acquis une compréhension des grandes questions de notre temps devraient prendre cet aperçu à cœur. Quelle que soit la grandeur des intentions qui sous-tendent l'écriture d'une grande œuvre poétique décisive, la composition d'un magnifique morceau de musique ou la représentation d'intentions spirituelles avec le pinceau sur le format d'une peinture, elles seront définitivement éclipsées en importance par les actes des maîtres de la réalité. Il s'agit d'accepter les conditions de l'époque et d'accepter les appels envoyés par le destin.

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6.

Ce qu'il faut rechercher, c'est l'indépendance - à tous les niveaux. Il s'agit de créer sa propre entreprise à un stade précoce, de créer des réseaux, de préparer des "canots de sauvetage" qui peuvent offrir des échappatoires, en cas de dégradation soudaine du climat social ; d'investir tout excédent financier dans la famille et les proches, ou accessoirement dans les amis. Contribuer à faire évoluer l'opinion publique, de manière implicite et explicite, si la situation le permet. La première priorité de l'individu fort qui a compris l'importance contemporaine de la figure césarienne est de devenir indépendant, au sens plein du terme. La constitution d'un réseau personnel, la création d'une entreprise et l'accession à la propriété peuvent s'avérer absolument cruciales pour les personnes ayant une personnalité césarienne. Celui qui s'incline devant des relations insignifiantes, celui qui soumet ses opinions et ses objectifs intérieurs au profit d'un travail de petit bourgeois, celui qui s'adapte aux formes temporaires de l'existence et nie ainsi ce que l'éveil impose, notre conscience, celui-là reste un objet, un effet secondaire des grandes actions des Césars. Il s'agit d'apprendre à agir de manière pragmatique en fonction d'un principe suprême, de préférence un principe dont on partage l'importance perçue avec les autres.

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7.

Le point de départ fondamental doit être que le monde ne nous appartient plus ; nous ne risquons pas de le perdre - nous avons la possibilité de le gagner. L'ancienne attitude défensive vis-à-vis du monde extérieur doit cesser - il est temps de passer à l'offensive. Ceux qui vivent pleinement leur vie prennent leur place - c'est aussi simple que cela. Il ne suffit pas d'être civilisé quand les barbares vous écartent. Ils prennent ce qu'ils veulent et se fichent éperdument que les civilisés se plaignent. Notre civilisation actuelle est rigide, elle lie la vie à ses pieds. C'est comme un arbre pourri, qui meurt, ne nourrissant que les parasites qui affluent à la fin.

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8.

Le XXIe siècle appartient au César et donc au barbare. Ce dernier doit être compris comme étant jeune, curieux, créatif et, surtout, vigoureux. Le monde est limité, il s'agit de prendre de la place, surtout dans les domaines qui ont un impact décisif sur la continuité de la vie. Il s'agit de rechercher la permanence, de tendre la main et de réaliser le potentiel qui nous a été donné. Les concessions que nous sommes néanmoins contraints de faire doivent être justifiées à la lumière de cette quête immuable de la permanence.

 
9.

On nous dit souvent que le pouvoir et la moralité ne vont pas ensemble, qu'il s'agit de deux phénomènes totalement disparates, impossibles à concilier. Ce préjugé est entretenu par ceux qui ignorent l'histoire. Sylla aimait ses amis mais détestait ses ennemis ; son traitement du pouvoir n'affectait en rien sa relation avec les dieux et les contraintes morales qu'ils impliquaient. Les critères selon lesquels il jugeait ses amis différaient nettement de ceux selon lesquels il jugeait ses ennemis. Bismarck a marché sur les pieds de nombreux amis avant d'atteindre le sommet en tant que chancelier de l'Empire allemand - l'histoire ne se souvient pas de ceux qu'il a piétinés. Pour Bismarck, le maintien de la Maison des Hohenzollern était la priorité absolue, le but entier de sa vocation politique, surtout à l'époque de Guillaume Ier. Il était avant tout un Prussien et non un Allemand, ce qui explique tous ses actes de Realpolitik. S'il y a quelque chose que le César du XXIe siècle doit apprendre de l'histoire, c'est ceci : aucun homme de tact historique, qui a marché avec le destin, ne s'est jamais plaint de ses propres actions. Il en découle que le César peut agir avec force contre une morale universellement admise, mais jamais contre sa propre conscience.

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10.

Le XXIe siècle verra de nombreux individus marqués par le césarisme. La plupart d'entre eux échoueront, certains de manière beaucoup plus importante que d'autres. Cependant, les échecs de ces individus auront plus de valeur du point de vue de l'éternité que tous les romans policiers modernes, les listettas, les sculptures post-surréalistes et les faux tableaux réunis. Notre destin est de devenir le tissu de l'ère de la culture renaissante, le moment où la terre sera balayée à nouveau dans les sphères chaotiques de la création joyeuse. Nous ferions bien de ne pas nous lamenter sur cette dure réalité, qui heurte de plein fouet notre volonté intérieure de laisser notre empreinte sur ce monde. Plus besoin de livres blancs, de théories maladroites ou de systèmes fantastiques. L'ère des grands romans et des ouvrages philosophiques est terminée - irrévocablement. La littérature qui se vend le plus est ce que nous appelons la littérature de kiosque, que nous considérons à peine et certainement sans ambition comme un pur divertissement. Écrire faussement au XXIe siècle, c'est mettre la plume au service de la politique, de l'économie ou de la culture de masse. Ce qui peut être produit par écrit, ce qui peut encore avoir une valeur durable, nous le trouvons dans le journal intime, avec son aura de pénitence et d'affirmation de soi. Tous les faits sont déjà sur la table, tout ce qui est important a déjà été proclamé. Nous sommes entrés dans l'ère des fortes personnalités - l'ère des caricatures, c'est fini.

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11.

C'est le destin de certains de finir comme de simples moyens de la quête de pouvoir des Césars. Ils ne sont que des pions dans un jeu qu'ils ne jouent pas eux-mêmes, mais dont ils ne peuvent se retirer. Il est regrettable que tant de personnes qui auraient pu participer à ce jeu s'en abstiennent de leur plein gré. N'est-ce pas là le drame particulier de la modernité, qui a rendu possible un dédale d'opportunités (et d'impossibilités) pour la personne "libérée", qui choisit trop souvent des parcours professionnels qui ne correspondent pas à ses véritables aptitudes ? L'héritage des géants pèse sur nos épaules et ajoute à la confusion. Les trésors de notre culture - les symphonies de Beethoven, les opéras de Wagner, les sculptures de Michel-Ange, les peintures de Léonard de Vinci, les romans de Dostoïevski et les drames de Goethe, pour n'en citer que quelques-uns - peuvent difficilement être répétés, expérimentés et honnêtement appréciés par d'autres que les paresseux. S'ils devaient être conservés par d'autres, ce serait comme des curiosités, et non comme des œuvres d'art significatives et des expressions de la volonté ; ils auraient la même signification que les pyramides d'Égypte et les peintures des Mayas ont pour nous. Un esprit faux entraînera une action fausse, qui ne produira rien de durable non plus. Ce qu'il faut rechercher, c'est l'authenticité - à tout prix.

 
12.

Dans notre jeunesse, nous étions à la dérive, à une époque où nous n'avions pas encore trouvé notre direction et ressenti notre vocation à quelque chose. Dans l'obscurité où nous nous trouvons, nous sommes la proie d'ambitions mesquines, sans que celles-ci aient jamais de sens pour nous. L'informe s'empare de l'historiquement faible ; comme une feuille au vent, l'individu atomisé flotte, d'une chose à l'autre, désespérément perdu de la voie tracée par le destin. Le César et ses partisans - tels sont les rôles des participants au grand jeu du XXIe siècle. Les autres, qui, pour diverses raisons, ne remplissent pas ces rôles, doivent se contenter d'être entraînés dans les grands événements que le César, avec sa forte volonté, invoque. Certaines personnes naissent pour accomplir de grandes tâches, d'autres semblent n'exister qu'en tant qu'objets, ne produisant jamais de formes durables au cours de leur existence. Il n'y a rien de plus non-faustien que de naître, vivre et mourir, sans avoir manifesté une aspiration dans des formes définies, des sédiments organiques.

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13.

Le chercheur de la gravité des temps doit prendre une décision décisive. Cette décision doit ensuite guider toutes les actions et omissions de la personne, jusqu'au but final, qui implique toujours une indépendance totale - du moins en ce qui concerne l'homme faustien. Pour ceux qui peuvent associer leur propre personnalité à la figure historique du Césarien, la vie entière apparaît comme un gigantesque rayon d'action, un terrain d'essai pour leurs propres idées, qui sont liées de diverses manières à une volonté de puissance intérieure. Bien que la volonté de puissance puisse être vide, c'est-à-dire sans valeur, elle peut aussi être réelle - fatidique, remplie d'un contenu mystique, liée à quelque chose de plus élevé. Ce contenu mystérieux a été ressenti par les plus grandes personnalités de l'histoire du monde ; lorsqu'elles ont rencontré des oppositions sous diverses formes, le grand objectif s'est toujours profilé à l'horizon, après quoi les revers ont à nouveau semblé surmontables. C'est ce qui distingue le vrai César de l'imitateur prétentieux : pour le premier, le pouvoir est certes inhérent, mais au fond, il cherche quelque chose de plus : l'incarnation d'une idée supérieure, un symbole de la cause, revêtu des formes du pouvoir. Cecil Rhodes a certainement ressenti les contours de ce symbole de la cause lorsqu'il a planifié la construction du chemin de fer du Cap au Caire; il est également omniprésent dans les réunions du groupe Bilderberg, lorsque de grandes décisions sont prises et déléguées pour être mises en œuvre. Le degré d'idéalisme était certainement plus élevé chez Rhodes, mais le sentiment de pouvoir complet, c'est-à-dire de disposer de tous les moyens pour créer ce que l'on veut, est tout aussi enivrant, quel que soit le détenteur.

14.

Personne, cependant, n'a envie de cette ivresse aussi fortement que le César. Si les gens de notre société sont effrayés par les financiers véreux de Wall Street et les dignitaires de Davos, ce n'est rien comparé à ce qu'ils feront lorsque le césarisme percera pour de bon. Alors ce ne sera plus l'argent qui décidera où se trouve le siège du pouvoir. La frénésie barbare qui se cache si bien sous le fragile vernis de la civilisation moderne va se réaffirmer avec l'arrivée des Césars. Il n'y aura plus de raison de percevoir le pouvoir à travers des distinctions. Le pouvoir sera alors le pouvoir, le droit de conquérir appartiendra aux puissants. L'argent s'inclinera alors devant nos pulsions barbares, devant les pouvoirs du sang chaud, devant nos instincts de survie. L'individu qui sent des qualités césariennes dans sa personnalité ferait bien de se préparer à cette période d'épreuves de force dramatiques. Qu'il lise des livres, c'est bien - qu'il agisse, c'est mieux. S'intéresser aux dures réalités de l'économie, de la politique, de la technologie, qui auront de l'importance ; se livrer à une imitation culturelle sans conviction, créer de l'art sans réelle inspiration et se sentir en phase avec les forces de la tradition et les rythmes du destin, c'est perdre son temps avec des questions sans importance. Nous sommes jetés dans ces temps et nous n'avons pas d'alternative. Nous devons accepter notre destin, tirer le meilleur parti de la situation et veiller à être en forme, c'est-à-dire à étendre autant que possible les possibilités dormantes de notre personnalité. Si un nombre suffisant de personnes apprennent à aimer ce qui est possible et à haïr ce qui est impossible, si elles cessent d'admirer l'existence et embrassent l'éveil, si elles parviennent à voir à travers le chemin préparé du destin au-delà des circonstances éphémères du temps, alors toutes les conditions sont réunies pour que les siècles suivants soient les plus dramatiques de toute l'histoire humaine. Les grandes questions attendent leurs réponses - seuls les César du XXIe siècle peuvent les fournir.


A propos de l'auteur : carlfaust
Carl est un poète et historien gothique qui prend comme point de départ une vision du monde qui valorise la volonté, la vérité, la beauté et l'authenticité. Il regarde avec dégoût son époque, qui manque de formes d'expression supérieures et de personnalités réelles. Ses domaines d'intérêt comprennent la philosophie de l'histoire et le gothique. Les principaux modèles intellectuels de Carl sont Oswald Spengler, Carl Schmitt, Julius Evola, Friedrich Nietzsche et Vladimir Lossky.

 

 

18:49 Publié dans Définitions | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : définition, césarisme, volonté, éthique politique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 01 juin 2016

Oswald Spengler & the Controversy of Caesarism

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Oswald Spengler & the Controversy of Caesarism

There has long been a commonplace notion in journalism (now often repeated in blogs and social media), that Oswald Spengler declared us to be at the end of Civilization. After all, he did write The Decline of the West, didn’t he? Furthermore, Spengler’s end-phase of Civilization is Caesarism, and we passed that many decades ago—so the story goes—during the age of Musso & Dolf.

This is all nonsense, of course. It comes as no surprise that this misrepresentation took hold during the 1930s and early 1940s, when Spengler came to be recast as a kind of prophet for National Socialist Germany. But before getting to that, let me just point out that the “Caesarism” bit is easily disproven. You need only consult the fold-out endpaper charts of “Historical Morphology” in The Decline of the West to set the facts straight.

I reproduce a portion of the relevant ‘Contemporary “Political” Epochs’ table at the bottom of this essay for reference, but the essential takeaway is this: Spengler’s “Winter” epoch, when Civilization finally supplants Culture, begins with the age of Napoleon around 1800 and moves on through two centuries of Imperialism and Wars of Annihilation. After 2000 comes the period of Caesarism, which reaches final maturity, and decay, after 2200.[1]

cae73720959.jpgAccording to this matrix, our Caesarism period of 2000-2200 corresponds to 100 BC – 100 AD in Classical civilization. The post-2200 era corresponds to the Roman Empire from Trajan onwards. Here civilization has attained its peak, while cultural forms are completed, calcified, past evolution. This, you might say, is the true End of History—for our Western, Faustian civilization at least. But we have a way to go.

Now, one can dismiss Spengler’s schema as hogwash, the way one might reject astrology or Kondratieff waves; but one should at least know Spengler’s timeline before declaring an opinion on it. Just as one should bear in mind that in presenting his theory of the morphology of history, Spengler uses convenient analogies, e.g., the cultural epochs of Spring, Summer, Autumn, Winter. When he says the great cultures are organic—they mature, bloom, and decay—he does not literally mean they are flowers. Yet these metaphors have always been a sore point with his critics. [2]

Getting back to Caesarism, let’s accept Spengler’s thesis arguendo and look at its significance. Caesarism marks the end of “Democracy,” brings “Victory of force politics over money” (chart at bottom). Economic powers give way to an authoritarian model that promotes collective values of health and social justice—or to use Spengler’s own description, “Ethical socialism after 2000” (Table I, Contemporary “Spiritual” Epochs—not reproduced here).

Breaking the money-power and promoting the national welfare was of course what the European nationalist governments of the 1920s and 1930s imagined they were doing, or intended to do. Spengler himself rejected the association of ‘Caesarism’ with National Socialism (The Hour of Decision). But it is easy to see how journalists—or Nazis—might confuse the two.

To Spengler, Caesarism isn’t a good thing or a bad thing, it just is. But his description of the epoch in Roman times is bleak. This truly was the end of that culture’s growth-and-struggle:

There are no more of those great decisions which concentrate the inner meaning of the whole culture . . . All great political questions are solved, as they are solved sooner or later in every civilization, inasmuch as questions are no longer felt as questions and are not asked . . .

. . . The struggle for the Caesar-title became steadily more and more negroid, and might have gone on century after century in increasingly primitive and, therefore, eternal” forms.

These populations no longer possessed a soul. Consequently they could no longer have a history proper to themselves. At best they might acquire some significance as an object in the history of an alien Culture and whatever deeper meaning this relation possessed would be derived entirely from the will of the alien Life. (Vol .2, pp. 50-51)

The “alien Life” Spengler has in mind here is of course our own culture and civilization, what he called Western or Faustian-Gothic. The solons of the Renaissance and Enlightenment might have liked to imagine otherwise, but there is no real continuity between the civilization of Greece and Rome and our own; we merely treasure their artifacts as museum-pieces.

Confusion about Caesarism, and Spengler’s schema in general, has been around a long while. But it was apparently not there in the 1920s when thoughtful people read Decline for the first time. That cynosure of high-middlebrow discernment, Time magazine, treated it appreciatively, almost worshipfully, when it reviewed Vols 1 and 2 in 1926 and 1928.

Hard to improve upon is Time’s deft précis of the complete work, noting that Spengler

. . . analyzes history by huge analogies. Civilizations he sees as emerging & disappearing in cycles, each one, like a flower, experiencing birth, growth, decay, death. Our own Western civilization he declares to be in the phase of decay, characterized by material expansion, effete spirituality. Collapse is imminent in perhaps 300 years. But by that time another human group will be unwittingly generating a new civilization to flourish and sink in its own long turn. Herein lies the refutation of the charge of pessimism applied to Spengler by lesser minds. Regarding civilizations as organisms, he is no more the pessimist than any man who recognizes the transient nature of all organic life.[3]

This would be the high point of Spengler’s international reputation. A polymath and popular philosopher with a special appeal to autodidacts, Spengler was inevitably ground down by other, more specialized critics. Scholars in every field nit-picked his assertions and called him an amateur, a dilettante, a shoddy researcher. (A mere Gymnasium teacher, moreover.) Writing in The Spectator in 1929, an English reviewer lambasted Spengler’s whole conception of history as a “top-heavy tower,” a house of cards built upon factual inaccuracies and murky reasoning. Spengler’s description of the coming Caesarism came in for particular criticism as obscurantist wish-fulfillment.[4]

Oswald-Spenglerkkkk.jpgAnyway, when Time reviewed Man and Technics a few years later, the bloom was off the rose. In an about-face from 1926, Time now declared Spengler a pessimist, one who thinks Civilization is done for. This time around, the reviewer dismissed his work with lip-smacking sarcasm:

To ward off suicidal despair Spengler recommends the psychological attitude of the Roman soldier who died at his post in Pompeii. When the volcano under civilization explodes, and the burning dust begins to descend, the more honorable Spenglerian carnivores will take it standing, polish up their buttons as the lava rises. [5]

The height of anti-Spenglerism came about ten years later. At the height of World War II, Foreign Affairs ran a 25-year retrospective of Decline of the West and found it all nail-bitingly depraved. 1942 was of course the height of the Second World War, thus this essay by Georgetown diplomatic historian Hans W. Wiegert can be regarded as a sort of stuffy, highbrow equivalent of Der Fuehrer’s Face.

Since Spenglerism is a flame which burns and can cripple souls, we are justified in reexamining it twenty-five years later. Indeed, we have a duty to do so. [6]

Wiegert demonizes Spengler’s masterwork as pure proto-Nazi propaganda on a par with Karl Haushofer. Decline is so tendentious that although Spengler pretends to be writing about the West (Abendland), he’s really describing an aggressive, expansive Germany:

The realm which he calls the West is not the West as we understand it. It is limited distinctly to Germany, and not even the whole of Germany, but only those parts of it which can be labeled (spiritually rather than geographically) the Germanic North. England and America, even France and Italy, are not within the boundaries of the West which he covers in his factual materials and comparisons.

* * *

The present writer believes that the human area which Spengler calls the Faustian-Nordic-German sphere, and whence he drew the factual foundations of his doctrine, is the only one where a Spenglerian conception of a human type fits—the type, that is, which gave up its freedom to become an earth-bound slave of Hitlerism.[7]

Wiegert spends several pages musing over the interplay of Spengler’s Caesarism forecasts and the rise of Hitler. At no point does he ever admit that Hitler just doesn’t fit into Spengler’s Caesar-time-scheme. He doesn’t care. Spengler sounded the drumbeat for Caesarism, incited the crowds. Thus he bears the weight of guilt for Nazism.

Spengler’s conception of Caesarism foreshadowed the growth of the totalitarian religions of our time. He translated Plato’s ideas on the relationship of tyranny and democracy into the language of the twentieth century. The dictatorship of money had used democracy as its political weapon. At the end of the First World War Spengler saw the doom of this money-power age. New forces, the forces of Caesarism, of which the multitude becomes willingly the passive object, were arising from the soil of democracy. The scene was set for the final battle between the forces of financial plutocracy and the purely political will-to-order of the Caesars.

* * *

Those Caesars who would rule the world when all the creative forces of culture had disappeared would be war-keen men. The appearance of one, Spengler wrote in 1917, would suddenly raise a powerless nation to the very peak, and his death would plunge a mighty nation into chaos. “They are for war, and they want war,” he added. “Within two generations it will be they whose will prevails.”[8]

For Wiegert, Hitler is plain-and-simple part of the Caesarian drama. He tops off his analysis with the suggestion that Hitler himself will succumb a military coup. (“The great drama of German Caesarism: the fall of the tyrant and the rise of army rule.”[9])

Wiegert seems to be suggesting an officers’ revolt along the lines of what became the failed coup of July 1944. But that’s really beside the point here, because he is trying to shoehorn the Hitler situation into Spenglerian Caesarism, and it just doesn’t fit.

Notes

1. This is taken from the combined one-volume 1928 edition of The Decline of the West, published by Alfred Knopf, translated by C. F. Atkinson. In the original two-volume format published in 1926 and 27, the tables appear at the end of Volume One, subtitled “Form and Actuality.”

2. See for example the C.E.M. Joad review in The Spectator, quoted below. (And not to belabor the point, but I have found that Spengler’s metaphors are very hard for some people to wrap their heads around. Decades ago I gave Yockey’s Imperium to a co-worker, thinking he’d enjoy it. And he did, but found the Spenglerian conceits ridiculous because “Culture isn’t really a living organism.” It is as though I showed him a chair for the first time and referred to its legs, and he said: “But those aren’t really legs! Those are just pieces of wood!” Maybe we’re all autistes when encountering the unfamiliar.)

3. Time, June 28, 1926.

4. “A Top-heavy Tower”, C.E.M. Joad, The Spectator, 12 January 1929.

5. Time, Feb. 29, 1932

6. Hans W. Wiegert, “Spengler Twenty-Five Years After,” Foreign Affairs, Oct. 1942.

7, 8, 9. Ibid.

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

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mercredi, 11 juin 2014

Entre restauración y cesarismo: la antiutopía de Donoso Cortés

Entre restauración y cesarismo: la antiutopía de Donoso Cortés

Por Rafael Campos García-Calderón
Filósofo de la Universidad Nacional Mayor de San Marcos

Ex: http://geviert.wordpress.com

414Q4Ni0G4L__.jpgCuando en Interpretación europea de Donoso Cortés, Carl Schmitt nos describe el pensamiento del político y diplomático español como un pensamiento de carácter “europeo”, nos muestra algo inédito dentro del llamado “pensamiento reaccionario”.
La Revolución de 1848 fue el anuncio de una nueva era en la historia de Europa. La civilización burguesa europea sustentada en el liberalismo fue puesta a prueba. Una nueva filosofía política suspendió, por un momento, la hegemonía cultural burguesa: socialismo, comunismo, anarquismo, nihilismo y ateísmo aparecieron como una amenaza en el horizonte. Frente a este peligro, la Contrarrevolución europea, uno de cuyos baluartes será Napoleón III, asumió el costo de enfrentar estos acontecimientos. Con su acción, trastocó el orden liberal burgués creando un nuevo fenómeno: el Cesarismo. Así, el Estado recuperó, bajo una nueva forma, su status político y se alió con un conjunto de fuerzas sociales no incluidas, hasta ese momento, en el orden democrático liberal.

Uno de los partidarios de esta Contrarrevolución fue Donoso Cortés. A diferencia de Joseph de Maistre, Donoso no creía en la restauración de la Monarquía. Para él, los reyes habían perdido su lugar en la historia política de Europa. En su lugar solo quedaba la “dictadura del sable”, la nueva forma de ejercicio de la soberanía política. Donoso había percibido que los acontecimientos del 48 no respondían simplemente a una crisis del sistema liberal burgués. En realidad, había visto en ellos uno de los síntomas de un proceso anunciado ya por algunos teóricos. Sin embargo, frente a estos científicos, la visión de Donoso destacaba por su radicalismo espiritual. Para él, no se trataba simplemente de un combate político o cultural, sino de una guerra religiosa contra un enemigo mortal: la pseudoreligión del hombre expresada en el socialismo y sus diferentes formas. En este sentido, superaba la coyuntura política de Napoleón III y preparaba, con su visión, el escenario de una antiutopía.


Por esta razón, Donoso no debería ser considerado un pensador reaccionario, sino más bien el precursor de una nueva época: la época del pavor (δεινόσ). En ella, el hombre, con tal de desplegar su genio organizado, aprovecharía ventajosamente cualquier situación ignorando las diferencias entre el bien y el mal. Es esta consideración espiritual de la cultura europea la que condenó al pensamiento de Donoso al silencio. Superada la revolución, los historiadores burgueses ocultaron los acontecimientos y restauraron su fe en los ideales ilustrados. Sin embargo, los acontecimientos del 48 quedaron sin una interpretación satisfactoria.

 

Setenta años después la amenaza reapareció en el horizonte. La Revolución Bolchevique dirigida por Lenin desarrollaba el programa que Marx había esbozado, a partir de los acontecimientos del 48, en el Manifiesto Comunista. A diferencia de los historiadores burgueses, los comunistas habían podido leer en estos acontecimientos la inexorabilidad de un proceso que sus rivales pretendían ignorar: el triunfo de la civilización proletaria. Existía, para ellos, una continuidad histórica entre ambas revoluciones y, por tanto, según ellos, un nuevo poder se apropiaría indefectiblemente de los destinos de Europa. Este poder tendría como objetivo primordial el desarrollo de las fuerzas productivas capitalistas para alcanzar el socialismo, fase preparatoria del comunismo o sociedad sin clases.


Sin embargo, esta interpretación no era la única posible. A despecho del olvido de los pensadores liberales, hubo un conjunto de filósofos e historiadores que atendieron a los eventos de aquel momento y a su continuidad en el tiempo. Uno de ellos fue, sin duda, el mismo Donoso Cortés, cuyo diagnóstico de la situación histórica ha permitido esbozar una “interpretación europea” de su pensamiento. Según esta expresión, el alcance de la interpretación comunista estaría fuera de los límites de Europa, pues en lugar de dar cuenta del destino histórico del Viejo Continente, habría esbozado el futuro de un espacio muy diferente: la Rusia de los zares.

La profecía comunista habría proyectado sobre una crisis histórica concreta su propio plan histórico ideal. Sin duda, el lugar de realización de esta idea no podía ser Europa, pues la condición sine qua non para su concretización era la implementación generalizada de la tecnología en la vida social y la centralización de la administración política. A pesar de la interpretación comunista, la cultura europea era todo menos un cuerpo homogéneo capaz de someterse sin más al aplanamiento homogenizante de la tecnología y la burocracia. Para ello, era preciso un espacio político carente de conciencia histórica, es decir, un Estado carente de vínculos orgánicos con su Sociedad. La Rusia zarista, sometida incontables veces al azote tártaro-mongol y a la política del exterminio, era el candidato oportuno para esta nueva utopía.


Para Carl Schmitt, era posible reconstruir esta interpretación europeísta de los acontecimientos del 48 a partir de la obra de Donoso Cortés y de otros pensadores contemporáneos que, sin embargo, no tuvieron con él mayor contacto. Esta perspectiva estaba constituida por tres elementos: un pronóstico histórico, un diagnóstico cultural y un paralelismo histórico con el pasado. Según el pronóstico histórico de esta interpretación, estos eventos habrían marcado el inicio del descenso de la civilización europea frente a la hegemonía de dos nuevas potencias: Rusia y EE.UU. Es a partir de la derrota de Napoleón I frente a Rusia en 1814 que esta nueva realidad se apodera de la historia: las potencias europeas han dejado de ser el centro de la Historia Universal.

El primer hito en la historia de esta interpretación lo constituye, según Schmitt, Tocqueville (1835), quien pronosticó el despliegue de la democratización y centralización administrativa a gran escala por parte de Rusia y EE.UU. Además de ello, Tocqueville hizo un diagnóstico cultural de Occidente. Para él, la revolución de 1789 abría las puertas al proceso de centralización política que se realizaría inexorablemente en manos de cualquier partido o ideología política. En este sentido, la actividad política en general estaba irremediablemente destinada a servir al propósito centralista administrativo: la civilización se dirigía a la masificación.


Paralelamente, Donoso Cortés (1850) había percibido que la política exterior de Europa había decrecido en relación a la de EE.UU., Rusia e Inglaterra. Esta señal le indicaba la misma conclusión a la que Tocqueville había llegado con su pronóstico. En cuanto al diagnóstico, Donoso arribaba a otra conclusión, cercana más bien a la que algunos historiadores y sociólogos alemanes habían efectuado. Según esta, las modernas invenciones tecnológicas puestas al servicio de la administración pública anunciaban la futura mecanización de la sociedad y la destrucción de los órganos intermedios de poder. En efecto, Jakob Burckhardt, Friedrich List, Max Weber y Oswald Spengler, entre otros, diagnosticaron la creciente mecanización e industrialización de la civilización como el camino hacia una sociedad perfectamente organizada dirigida por una burocracia que tiene en sus manos la explotación económica. A los ojos de esta “interpretación europea”, la nueva era no traía consigo el paraíso sino la esclavitud a la técnica.


Un tercer elemento de esta interpretación consistía en la comparación o paralelismo histórico que a partir de 1848 los historiadores, comunistas o “europeístas”, habían efectuado respecto de la situación histórica de Europa. Este paralelismo consistía en la comparación con la época de las guerras civiles en Roma, época en la que el Cesarismo se implantó y en la que el Cristianismo florecía hasta imponerse al Imperio. Esta comparación traía consigo la idea del final de la Antigüedad que, en clave decimonónica, debía leerse como el final del Cristianismo.

Spengler, en la Decadencia de Occidente, había tratado de vincular entre sí diversos paralelismos históricos. Entre ellos, el más importante constituía la batalla de Accio, considerado el comienzo de nuestra era cristiana. Saint-Simon, en El Nuevo Cristianismo, estableció una relación entre nuestra época actual y la de los orígenes del Cristianismo. Para él, el Cristianismo habría terminado y su sustituto, un nuevo poder espiritual, habría llegado a reemplazarlo: el Socialismo, el nuevo cristianismo.


La posición de Donoso frente al paralelismo histórico era muy diferente. En clara oposición a ambas interpretaciones del mismo fenómeno, consideraba que el Cesarismo y el inicio del Cristianismo como paralelismo histórico a los eventos de 1848 eran evidentes, aunque insuficientes para explicar la circunstancia histórica del momento. En efecto, a diferencia de todos los otros pensadores, juzgaba demasiado optimista el pronóstico, pues por ninguna parte veía a aquellos “pueblos jóvenes”, símbolo de la regeneración espiritual occidental, que hubiesen correspondido a los germanos de la época de las invasiones a Roma. En el siglo XIX, esos “pueblos jóvenes” ya estaban corrompidos por el veneno de la civilización occidental desde el momento en que son un resultado de esta. Por ello, para él, el paralelismo histórico entre nuestra época y la era del cristianismo primitivo o del cesarismo no podía asemejarse a la visión que los socialistas tenían del mismo.

En realidad, la falta de este tercer elemento regenerador hacía del paralelismo histórico la antesala a una catástrofe. En lugar de un elemento regenerador, una seudorreligión ‒el socialismo ateo‒ ocupaba su lugar. Se trataba del culto a la Humanidad absoluta, culto que, paradójicamente, conducía, según él, al terror inhumano. Desde su punto de vista y a la luz de los acontecimientos del 48, una religión del Hombre solo podía conducir al terror y la destrucción, pues el Hombre no tolera a los demás hombres que no se someten a él. Para Donoso, esta Utopía era el resultado de un espejismo producido por la asociación entre el progreso de la técnica y la aspiración a la perfección moral de la Humanidad. Así, la idea ilustrada de progreso dejó de ser un esquema abstracto y se transformó en un programa materialmente realizable a partir de la técnica.


La visión que Donoso tenía de los acontecimientos del 48 y del paralelismo histórico tan celebrado se asemejaba, según Schmitt, a la experiencia interior a la que Soren Kierkegaard había accedido por aquellos años. En efecto, Kierkegaard había percibido la amenaza de un clima de horrores a partir de la lasitud espiritual que las iglesias de su tiempo padecían. Una vez más, la era de las masas había llegado. En este sentido, la visión de Donoso no era otra cosa que la objetivación histórica de esta realidad espiritual. A diferencia de las utopías idealistas y materialistas que sus enemigos liberales y socialistas trataban de imponer a la historia desde esferas extrañas a ella, Donoso consideraba el acontecimiento histórico concreto y a partir de él interpretaba los signos sorprendentes de una teleología simbólica.


Desde este punto de vista, el Hombre no podía ser la encarnación de la paz, como querían los demagogos de su época, sino del terror y la destrucción. Según Schmitt, Donoso vaticinó el advenimiento de aquello que Nietzsche expresó en su concepto de Superhombre: la legitimación histórica del poder y la violencia sobre los infrahombres.