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mercredi, 07 septembre 2022

Alain Daniélou et le point de vue hindou sur le Kali-Yuga européen

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Alain Daniélou et le point de vue hindou sur le Kali-Yuga européen

Nicolas Bonnal

Alain Daniélou, frère du cardinal, est païen et a vécu quinze ans en Inde au beau milieu du vingtième siècle. Là, il parfait sa connaissance de l’hindouisme, des textes sacrés, de la musique traditionnelle et de la danse initiatique. Puis il revient en Europe et assiste bien placé par ses relations mondaines au déploiement de cette Europe décadente dont a parlé Raymond Aron. Au début des années 80 il publie ses mémoires, Le Chemin du labyrinthe.

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Le livre est fabuleux, à couper le souffle, totalement passionnant. Et il va appliquer sa connaissance de la Tradition, jointe à un remarquable esprit libertarien, cet esprit libre n’ayant jamais supporté la discipline occidentale, pour analyser ce qui se passe en Europe, qui, dès les années 60 et 70, court au Reset et à la dystopie.

« C’est armé de ce bagage que j’ai commencé à reprendre contact avec l’Europe qui m’est apparue comme une région malade, atteinte d’une sorte de cancer qui fait que certaines cellules se développent de façon incontrôlée et contaminent peu à peu les autres. Ce développement à forcement une limite. L’espace vital est de plus en plus réduit pour chacun dans ces énormes termitières qui recouvrent peu à peu les campagnes et les forêts. »

Le cancer de la civilisation et la fin de l’espace vital, nous y sommes. A l’époque on en parlait, aujourd’hui on applique. Daniélou évoque son toupet habituel les origines « aryennes » (violence et pillage) de ces occidentaux toujours en guerre et colonialistes :

« La recherche de la prospérité étouffe celle de la sagesse et du bonheur de vivre. Je me suis interrogé sur les raisons qui rendaient les Occidentaux modernes si agités et en somme assez rarement heureux. Les Aryens dont sont issus la plupart des peuples qui ont dominé l’Europe, les Achéens, les Doriens, les Celtes, les Romains, les Germains, les Russes, sont des peuples prédateurs. Ayant récemment envahi une grande partie de la planète, peuplé les Amériques et l’Australie, imposé leurs langues à l’Afrique et parfois même à l’Asie, ils ont atteint une limite et leur force d’expansion se retourne contre eux-mêmes. Il semble peu probable qu’ils arrivent à se contrôler. »

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Oui, la force se retourne contre soi, et avec quelle alacrité !

Daniélou attaque l’occident là où il se croit fort, sur le plan des idées et de l’intellect ; il est aussi percutant que René Guénon :

« J’ai été surpris par l’incohérence des concepts, la naïveté des croyances, le manque de rigueur des raisonnements. De soi-disant « intellectuels » s’acharnent, sur des bases plus qu’incertaines, à changer le monde sans en étudier la logique ni en rechercher la raison d’être ; et prétendent « reformer » la société en partant de postulats irréalistes qui en tiennent aucun compte de la nature et du rôle de l’animal humain dans l’ensemble de la  Création. »

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Daniélou comprend comme Schopenhauer (voyez mon texte) que l’on ne peut convaincre en Occident. Alors il faut exterminer – surtout si on est le plus fort :

« Cette sorte de jeu artificiel ne peut aboutir qu’à de fausses valeurs imposées par des formes de tyrannie car, quand on arrive au bout du mensonge, on n’a plus d’autre issue que la destruction des preuves des opposants et l’annihilation physique de ceux qui les soutiennent ainsi que l’Histoire l’a trop souvent démontré. »

Il balaie la France fonctionnaire, républicaine et liquéfiée en une phrase :

« Les Français notamment apparus comme des gens particulièrement légers et irresponsables. »

La clé c’est la catastrophe bourgeoise. Taine en a très bien parlé dans son La Fontaine et les fables (voyez mon texte) ; Daniélou ajoute que le bourgeois est dangereux, surtout sur le plan culturel, car il est un snob. Cela donne les Femmes savantes, le bourgeois gentilhomme, la quête du mamamouchi et pas du Graal, ou le festival de Cannes et la sous-culture moderne qui repose sur la bêtise conformiste et le terrorisme critique :

«Le monde occidental, qu’il se prétende capitaliste ou socialiste, est entièrement dominé par la mentalité bourgeoise, c’est-à-dire par l’esprit qui caractérise la troisième caste, celle des marchands, non point tellement par suite de la puissance que donne l’argent que par l’importance attachée aux questions matérielles et surtout par le snobisme, un mot qui, selon certains, viendrait de l’italien snobile, « sans noblesse »

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L’esprit libre et indépendant devient une rareté dans cet occident alors :

« Les esprits indépendants qui cherchent leur propre vérité, veulent vivre selon leurs goûts, sont suspects dans ce monde artificiel et prétentieux. Les snobes prônent les modes artistiques comme s’il s’agissait de valeurs incontestables. »

Daniélou insiste sur ce snobisme qui crée un déclin actif de l’art (visible par tous dès le dix-neuvième siècle, voyez Tolstoï ou Max Nordau) :

« Il semble qu’il n’existe plus de lien entre la cosmologie et la science, entre l’art et le sacré. Il y a des maladies et des idéologies à la mode alors qu’il s’agit de questions d’importance vitale. Le communisme de salon va de pair avec la musique aléatoire ou l’enthousiasme feint pour des toiles dépourvues d’intérêt esthétique, de talent ou même de technique. »

Et de conclure sur cette question :

« Les snobs sont des naïfs vaniteux aisément manipulés par les intérêts des puissances d’argent et des impérialismes. Les prétendus intellectuels font bien souvent partie de ce troupeau. »

41DQGVP2TPL._SX195_.jpgLe déclin de la science est évident aujourd’hui, sur fond d’épidémie, de la fin de l’énergie et d’arnaque spatiale (coucou Apollo ? Coucou Ariane ?) ; Daniélou ajoute :

« Rares sont les savants qui au bout de leur carrière osent jeter, comme le faisait Oppenheimer, un regard effrayé sur le monde qu’ils ont contribué à construire tout en sachant qu’ils sont irresponsables, que la science collective poursuit son développement aveugle vers un destin inconnu que chacun pressent, qu’en théorie nul ne désire, et qui nous terrifie tous. »

L’abrutissement téléradio en une phrase :

« Un silence inquiétant est tombé sur les hommes saturés du bruit des radios et des images publicitaires de la télévision. »

Daniélou pressent la liquidation au nom de la lutte contre le racisme de la diversité sur terre :

« Au lieu de permettre aux différentes races de coexister, on encourage un abâtardissement général comme une solution qui contredit en fait la notion d’égalité de base. Là encore, au lieu de contempler, d’admirer, d’essayer de comprendre d’œuvre divine dans sa multiplicité, on cherche à l’abolir. »

Enfin après ce bilan la solution ? Il n’y en a pas de solution :

« On m’a souvent demandé si je ne pourrais pas définir des lignes de conduite, une méthode, une « religion » qui pourrait sortir l’Occident de l’impasse ou du moins aider quelques-uns à se réaliser. Mais je ne suis ni un maître ni un prophète. Dans un monde qui court à sa perte, selon la théorie des cycles, il n’existe de salut qu’individuel. Nous approchons, selon la conception hindoue, de la fin de kali yuga, l’âge des conflits, qui doit finir par un cataclysme. »

Macron réélu impose à son lâche et débile "peuple nouveau" (son peuple prolétaire, dirait le grand roumain Vlaicu Ionescu) un totalitarisme énergétique sur fond d’effondrement intellectuel et moral. "L’homme libre au milieu des ruines" (Julius Evola) ne peut qu’espérer passer au milieu des gouttes notamment s’il développe, dirait Laborit, sa capacité de fuite et ses dons manuels. Daniélou surdoué prétendait pouvoir exercer 32 métiers dont celui d’horloger, de jardinier ou de mécanicien.

J’oubliais : sur les USA, il explique, qu’avant Roosevelt et la guerre, ce pays était un paradis avec des gens libres et de bonne humeur – noirs compris (ils constituaient une caste). Puis est venu l’empire et sa bureaucratie… On croirait lire du Rothbard. Comme je l’ai expliqué dans mon opus sur la comédie musicale cette nostalgie a créé un genre spécial : l’americana

Sources :

Alain Daniélou – Le Chemin du labyrinthe, Robert Laffont, pp.321 -341 et 75.

Nicolas Bonnal – Chroniques sur la Fin de l’Histoire

https://www.dedefensa.org/article/max-nordau-et-lart-dege...

https://www.dedefensa.org/article/taine-et-le-cretinisme-...

https://www.dedefensa.org/article/leon-tolstoi-et-les-joy...

 

 

vendredi, 25 février 2022

Patrick Buchanan médite sur le "géopolitique du coucher du soleil" en Europe

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Patrick Buchanan médite sur le "géopolitique du coucher du soleil" en Europe

par Markku Siira

Source: https://markkusiira.com/blogi/

"Pendant des siècles, jusqu'au 20e siècle, l'Europe semblait être le centre bien visible de l'histoire du monde", rappelle le vétéran de la politique américaine Patrick J. Buchanan.

Puis vint la grande guerre civile de l'Occident, la "deuxième guerre de Trente Ans" (1914-1945), au cours de laquelle toutes les grandes puissances d'Europe - la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie et la Russie - et presque tous les autres pays ont livré l'une des plus grandes batailles de l'histoire.

À la suite de ce carnage, les plus grandes nations d'Europe ont toutes été battues. Tous les empires européens sont tombés; les peuples coloniaux ont été largement libérés et ont commencé à émigrer vers leur mère patrie. "L'Europe était également divisée entre l'Occident dirigé par les États-Unis et le bloc soviétique dirigé par Moscou", explique Buchanan.

Pourtant, même pendant cette guerre froide qui a duré quatre décennies, l'Europe était considérée comme le vainqueur de la bataille.

À la fin de la guerre froide, avec la victoire du "monde libre", une Union européenne calquée sur celle créée par les États-Unis d'Amérique a vu le jour, et presque tous les anciens États du bloc de l'Est ont commencé à rejoindre l'Alliance de défense de l'Atlantique Nord, l'OTAN.

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Toutefois, M. Buchanan affirme qu'aujourd'hui, on a le sentiment que "le rôle de l'Europe dans l'histoire mondiale est en phase de transition, que l'orientation des États-Unis vers la Chine et le Pacifique est à la fois historique et permanente, et que le passé appartient à l'Europe mais l'avenir à l'Asie".

L'Asie abrite les nations les plus peuplées du monde, la Chine et l'Inde, six des neuf puissances nucléaires du monde et la quasi-totalité des grands États musulmans: Indonésie, Inde, Pakistan, Bangladesh, Turquie et Iran, ainsi que les plus grandes économies du monde en dehors des États-Unis: la Chine et le Japon.

Qu'adviendra-t-il du rêve euro-fédéraliste des "États-Unis d'Europe", d'une Europe fédérale? En 2016, le Royaume-Uni a voté pour quitter l'UE. Cet été, les Britanniques se sont joints aux Australiens et aux Américains dans l'accord AUKUS, qui a mis fin à l'accord sur les sous-marins défendu par la France.

Paris y voit une "trahison", un "coup de poignard dans le dos" des alliés, que le général Charles De Gaulle avait qualifiés d'"Anglo-Saxons". Mais la nouvelle alliance anglo-américaine était également une déclaration indéniablement claire de la façon dont les Australiens voyaient leur avenir, non pas aux côtés de la France, mais aux côtés des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

"Pourtant, c'était le pire affront américain à notre allié français depuis que le président Dwight Eisenhower a ordonné aux Britanniques et aux Français de quitter Suez", a historicisé Buchanan.

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Pour protester contre le traitement réservé par la France au commerce des sous-marins, le président Emmanuel Macron a rappelé son ambassadeur aux États-Unis, ce qui n'a jamais été fait depuis que la France a reconnu les colonies américaines et leur est venue en aide pendant les guerres d'indépendance.

En effet, l'affaire des sous-marins a forcé l'annulation d'une grande fête à l'ambassade de France à Washington pour marquer le 240e anniversaire de la bataille du Cap.

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Il s'agit d'une bataille navale franco-britannique cruciale à l'embouchure de la rivière Chesapeake en 1781, au cours de laquelle la marine française a remporté la victoire et a pu fournir une couverture à l'armée du général George Washington lorsqu'elle a encerclé, bombardé et forcé la reddition de l'armée du général Lord Cornwallis à Yorktown.

Mais si les Britanniques se sont retirés de l'UE et les Français se sont aliénés leurs alliés de l'OTAN, l'Allemagne a tenu ses élections fédérales fin septembre, au cours desquelles l'alliance chrétienne-démocrate de Konrad Adenauer, Helmut Kohl et Angela Merkel est arrivée, pour la première fois de son histoire, à un quart des voix.

Après des mois de négociations, le nouveau dirigeant allemand pourrait être le leader des sociaux-démocrates et des Verts. Buchanan pensait que ce gouvernement ne pourrait être composé avant la Noël.

Aucun des futurs candidats chanceliers de l'Union chrétienne-démocrate ou du Parti social-démocrate n'aura l'autorité de Merkel en tant que leader; l'avenir sera probablement plus gris et plus "euro-bureaucratique" ?

"Dans le passé, l'OTAN a été saluée comme l'alliance la plus réussie de l'histoire parce qu'elle a empêché les invasions soviétiques de l'Europe solidifiée par l'OTAN tout au long de la guerre froide", spécule Buchanan.

En 2001, l'OTAN a invoqué l'article V, qui stipule que "une attaque contre l'un est une attaque contre tous", et s'est alliée aux Américains dans leur plongée dans le bourbier d'Afghanistan sous prétexte des attentats du 11 septembre. L'alliance militaire n'a jamais été au cœur de l'action, mais a toujours bombardé des adversaires plus faibles.

En août de cette année, vingt ans plus tard, l'ensemble de l'"alliance occidentale" dirigée par Washington s'est retirée, l'armée afghane s'est effondrée et le régime fantoche installé par l'Occident en Afghanistan s'est écroulé. "Nos alliés de l'OTAN ont ainsi partagé les conséquences honteuses du retrait et de la défaite des États-Unis", déclare Buchanan.

Le centre de gravité politique des États-Unis se déplace de l'Europe vers l'Asie et l'unité européenne semble appartenir au passé.

La Grande-Bretagne a quitté l'UE et l'Écosse envisage de quitter l'Angleterre. La Catalogne envisage toujours de se séparer de l'Espagne. La Sardaigne envisage de se séparer de l'Italie. La Pologne et la Hongrie sont en désaccord avec l'UE sur les réformes de politique intérieure. La Pologne a fait valoir que son propre droit prime sur le droit communautaire et la Hongrie est d'accord.

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La principale préoccupation des voisins méridionaux de l'UE et de l'OTAN, l'Espagne, l'Italie et la Grèce, n'est pas tant l'invasion russe que l'afflux de réfugiés d'Afrique et d'Asie occidentale à travers la Méditerranée.

Alors que Buchanan réfléchit à ces questions de politique mondiale à la lumière de l'histoire, la Fondation Rockefeller, qui représente les mondialistes et les élites financières de l'Occident, a élaboré une "feuille de route" pour mettre fin à la "pandémie du Covid 19" "d'ici la fin de 2022".

L'observateur politique le plus cynique pourrait à juste titre se demander si même le jeu géopolitique des grandes puissances qui se déplace constamment devant nous a un sens concret dans un monde en réseau où un petit pourcentage des plus riches réalise ses projets obscurs tandis que les États jouent le jeu bon gré mal gré ?

samedi, 20 février 2021

Regarder vers l'avenir alors que l'Ouest décline

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Regarder vers l'avenir alors que l'Ouest décline

Par Srdja Trifkovic

Ex : https://www.chroniclesmagazine.org/

La défaite de l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale a été accélérée par la réticence d'Hitler à accepter des rapports en contradiction avec sa vision de plus en plus fantasque de la réalité. Ses auto-illusions furent affirmées avec une telle fermeté si bien qu'à la mi-1944, le maréchal Erwin Rommel conclut que le Führer vivait dans un Wolkenkuckucksheim ("pays du coucou des nuages").

Le même diagnostic s'applique à la droite de l'établissement, tant en Europe qu'aux États-Unis, qui affirment toujours que nous vivons dans un monde imparfait mais perfectible dans lequel l'Occident est dominant et a l'énergie de se réinventer. Les sommités de la Heritage Foundation, leurs euro-doubles et les divers partisans du nationalisme civique rejettent toute preuve que le monde occidental est en déclin par rapport à ses concurrents mondiaux, en continuant à préconiser des solutions purement législatives aux défis civilisationnels concrets. Pour Conservative Inc, tout avertissement selon lequel la puissance occidentale n'est plus qu'une façade qui cache de la pourriture et de la faiblesse serait de la propagande paléo-réactionnaire et du défaitisme antipatriotique.

D'autre part, depuis plus d'un siècle - au moins depuis la publication du Déclin de l'Occident d'Oswald Spengler en 1918 - des philosophes, des politologues, des théologiens et d'autres, principalement des incrédules face au discours sur le "progrès" et sur l'amélioration potentielle de l'homme, avertissent que notre civilisation est en péril. Ils se servent d'une masse de preuves pour souligner que nous vivons une époque anormale, caractérisée par l'effondrement des normes morales et des standards civilisationnels des deux côtés de l'océan Atlantique. Le malaise est étonnamment accru à notre époque par la croissance métastatique de la haine de soi des Weiningeriens, (soit des penseurs qui réagissent comme le philosophe suicidaire Otto Weininger, ndt), dans le monde occidental.

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Au cours de l'année dernière, la crise du système sociopolitique américain a acquis une forme mature, avec des explosions de plus en plus fréquentes de dysfonctionnements aigus. Ce processus se manifeste principalement par la légitimation de la violence, l'avilissement du "processus démocratique", l'imposition de formes grossières de censure et la criminalisation de paroles et d'actes inacceptables pour le régime de Beltway et ses cohortes dans les médias, la Big Tech, le monde universitaire et Hollywood.

Un nouvel ordre horrible est en train de se mettre en place. Pendant un bref moment, il peut encore ressembler à l'Ancienne République, mais seulement dans la mesure où le comte Dracula ressemble à une personne vivante.

L'Europe et l'anti-Europe

Sur la rive orientale de l'Atlantique, une grande partie de l'Europe se transforme culturellement et démographiquement en une caricature grossière de ce qu'elle était auparavant. Sa frontière maritime méridionale est aussi poreuse que la frontière américaine avec le Mexique. La "théocratie laïque" de l'Europe (pour emprunter le terme pertinent de Paul Gottfried) s'attache à réformer et à remodeler la conscience de ses sujets afin d'accepter l'auto-anéantissement multiculturel comme une attitude, un ensemble de croyances et une politique obligatoire.

En conséquence, le Vieux Continent est de plus en plus peuplé d'étrangers résidant physiquement à Berlin, Toulon ou Leeds, mais spirituellement en Anatolie, au Pendjab ou au Maghreb. Ils sont souvent désespérés de se rendre en Europe, mais une fois établis, ils veulent reproduire dans leur nouvelle demeure l'environnement culturel de leurs désagréables terres natales. Méprisant les professions de foi culturelles et para-marxistes de "tolérance" et de "diversité" de leurs hôtes, leur dédain n'est pas assouvi par des concessions accordées à la légère.

L'"Europe unie" d'aujourd'hui est à des années-lumière de la communauté de nations civilisées qu’elle était jadis et, dans l'ensemble, qui présentaient des sociétés décentes comme avant 1914. L'UE ne crée pas de points communs sociaux et civilisationnels, sauf sur la base d'une négation totale des normes et valeurs authentiquement européennes. Il en résulte une morne similitude culturelle entre tous tissée d'antidiscrimination et d’une vénération anti-chrétienne de l'altérité.

Les contrôleurs de la machine européenne n'ont pas non plus renoncé à leur projet de super-État après le Brexit. Dans la perte de diversité de l'évolution sociale qui va de pair avec la diminution de la diversité de la nature, ils cherchent à faire disparaître l'identité des nations européennes, leur tonalité spéciale et leur caractère unique. Ils considèrent les élections nationales (par exemple en Hongrie ou en Pologne) comme une nuisance qui jette subitement dans leurs machinations des principes archétypaux, réactionnaires et souverainistes, et contrarie l'imposition de quotas obligatoires d'immigrants musulmans dans chaque pays membre. Leurs obsessions, qui il y a deux générations encore auraient été considérées comme excentriques ou folles, dominent aujourd'hui le monde occidental.

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La trahison de l'élite

Il y a près d'un siècle, Julien Benda publiait sa diatribe contre la corruption intellectuelle de son temps, La trahison des clercs. La "Trahison" s'est produite lorsque l'élite intellectuelle a renoncé à promouvoir des valeurs civilisationnelles durables et a laissé des préférences politiques à court terme déformer sa compréhension de la vocation intellectuelle en tant que telle. Dans l'Europe des années 1920, les intellectuels ont commencé à se défaire de leur considération pour les idéaux philosophiques et scientifiques traditionnels, vénérant plutôt les particularismes et le relativisme moral.

Un demi-siècle plus tard, Christopher Lasch diagnostiquait la forme mature de la "trahison" de Benda. Faisant allusion à la Révolte des masses de José Ortega y Gasset, Lasch a appelé son recueil d'essais La révolte des élites. La caractéristique principale du phénomène réside dans le détachement graduel (mais toujours accéléré) des nouvelles élites professionnelles et managériales - avocats, commentateurs des médias, experts universitaires, analystes de groupes de réflexion, planificateurs financiers, etc. Cette nouvelle élite existe dans le monde abstrait de la manipulation des informations et des chiffres. Elle génère une nouvelle forme de discours politique, fortement idéologique, qui repose sur la laïcité, le relativisme moral et culturel, et le rejet par ses membres de tout sentiment d'attachement à la communauté au sens large.

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Ainsi, lors de la conférence de la Maison Blanche sur l'avenir du monde industriel en février 1972, Carl Gerstacker, président de Dow Chemical, a exposé sa vision de la société "anationale" du futur proche. "J'ai longtemps rêvé d'acheter une île n'appartenant à aucune nation", a-t-il déclaré, et d'y établir le siège mondial de Dow, "n'étant redevable à aucune nation ou société".

Deux ans plus tard, Richard Gardner a affirmé avec enthousiasme aux Affaires étrangères que la "maison de l'ordre mondial" devra être construite de bas en haut plutôt que de haut en bas : "une course contre la souveraineté nationale, l'érodant pièce par pièce, accomplira bien plus que l'assaut frontal à l'ancienne". Il s'agissait clairement d'une variation du thème théorisé par Gramsci de la ‘’longue marche à travers les institutions’’. Pour sa vision et ses efforts, Gardner a ensuite été récompensé par Jimmy Carter qui l'a nommé ambassadeur en Espagne et en Italie.

51jxcyQIBzL._SX344_BO1,204,203,200_.jpgDans le même esprit, le secrétaire d'État adjoint de Bill Clinton, Strobe Talbott, a déclaré peu après avoir quitté ses fonctions que les États-Unis n'existeront pas "sous leur forme actuelle" au XXIe siècle parce que le concept de nation lui-même deviendra obsolète. Talbott a déclaré en 1992, et réitéré dans son livre de 2008, The Great Experiment, qu'au XXIe siècle "la nation telle que nous la connaissons sera obsolète ; tous les États reconnaîtront une autorité unique et mondiale et tous les pays seront fondamentalement des arrangements sociaux, des adaptations à des circonstances changeantes. Aussi permanentes et même sacrées qu'elles puissent paraître à un moment donné, ils sont en fait tous artificiels et temporaires".

En bref, les membres de l'élite occidentale ne connaissent aucune loyauté envers un pays ou une nation. Ils recherchent une fin particulière de l'histoire dans la transformation du hoi polloi déraciné et lavé de son cerveau en un système socio-technologique postmoderne régulé par eux-mêmes. Leur édifice repose sur le principe selon lequel les pays n'appartiennent pas aux peuples qui les habitent depuis des générations, mais à tous ceux qui se trouvent à l'intérieur de leurs frontières à un moment donné. Les personnes éclairées ne doivent se sentir liées à aucun groupe, sauf aux minorités prétendument défavorisées. En conséquence, ils encouragent activement l'autodestruction et la haine de soi des Caucasiens et diabolisent tous les hétérosexuels masculins blancs. Ils cherchent à fusionner les races, les sexes et les préférences sexuelles en un mélange souple régi par la Single Global Authority du Dr Talbott.

Espoir et résistance

Les Pères fondateurs ont renversé le gouvernement colonial pour des délits bien plus légers que ceux-ci. Il est possible qu'un renversement se produise même à ce stade tardif. Le modèle de redressement nécessite probablement un événement catastrophique : une crise mondiale qui s'étend rapidement, combinant un effondrement financier et une pandémie véritablement mortelle. L'incapacité prévisible du régime à gérer une telle calamité obligerait des millions de personnes à reconsidérer leur vie et leurs croyances.

La première victime serait la notion de "progrès". Le passage de la notion insidieuse de "bon côté de l'histoire" au maintien de la tradition, le passage du devenir obsessionnel à l'être, voilà le changement clé de notre redressement. La famille normale, "nucléaire", serait reconstruite comme l'unité de survie essentielle. Au milieu de l'effondrement des structures politiques et de la perte de confiance dans la politique, les obsessions idéologiques actuelles de nos dirigeants seront rejetées comme absurdes. Les personnes liées par le sang, la mémoire, la culture et la foi se regrouperont pour rester en vie et prier le Dieu unique. À cet égard, un défi supplémentaire est présenté par la trahison continue au sein du christianisme organisé, l'infiltration des cinq colonnes de la classe d'élite à des positions ecclésiastiques très élevées.

Lorsque l'on examine la théorie politique de la résistance chrétienne, il est important de souligner l'abîme entre la promesse de liberté des classes dominantes (haine, violence policière, discours offensant, privilège blanc, patriarcat, racisme, discrimination, etc.). Ce cadre peut offrir une plate-forme consensuelle pour diverses traditions chrétiennes. Elles doivent être accrochées ensemble, maintenant, sinon elles seront certainement accrochées séparément.

Igor_Shafarevich.jpegFace à la brutalité gratuite de leur régime, les Américains normaux ne devraient pas désespérer. La partie n'est pas gagnée parce que rien dans l'histoire n'est "inévitable". En 1996, une période terrible pour le peuple russe, j'ai rencontré le célèbre mathématicien et penseur conservateur Igor Shafarevich (Chafarévitch)à Moscou et je lui ai demandé s'il y avait un espoir de redressement de la Russie. Il m'a répondu : "En tant que mathématicien, je ne peux pas proposer un modèle de rétablissement empiriquement viable ; mais en tant que chrétien orthodoxe, je crois que l'effet bienveillant du Saint-Esprit est possible, donc probablement, par conséquent, imminent".

Les idéologies et les régimes contre-nature et maléfiques n'ont pas la capacité d'être permanents. Les personnes réelles sont toujours dotées de sentiments et de raison, de la conscience de qui elles sont. Leur lutte contre les élites mal nommées qui sont maintenant au pouvoir est juste. L'issue est incertaine. En attendant, les vrais Occidentaux peuvent et doivent néanmoins s'accrocher à la beauté, à la vérité et à la foi, et essayer de profiter de la vie.

Srdja Trifkovic

Le Dr Srdja Trifkovic, rédacteur en chef de la revue Chronicles pour les Affaires étrangères, est l'auteur de L'épée du prophète et la défaite du djihad.

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Srdja (Serge) Trifkovic.

mardi, 09 mai 2017

Doug Casey on the End of Western Civilization

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Doug Casey on the End of Western Civilization

Nick Giambruno: The decline of Western Civilization is on a lot of people’s minds.

Let’s talk about this trend.

Doug Casey: Western Civilization has its origins in ancient Greece. It’s unique among the world’s civilizations in putting the individual—as opposed to the collective—in a central position. It enshrined logic and rational thought—as opposed to mysticism and superstition—as the way to deal with the world. It’s because of this that we have science, technology, great literature and art, capitalism, personal freedom, the concept of progress, and much, much more. In fact, almost everything worth having in the material world is due to Western Civilization.

Ayn Rand once said “East minus West equals zero.” I think she went a bit too far, as a rhetorical device, but she was essentially right. When you look at what the world’s other civilizations have brought to the party, at least over the last 2,500 years, it’s trivial.

I lived in the Orient for years. There are many things I love about it—martial arts, yoga, and the cuisine among them. But all the progress they’ve made is due to adopting the fruits of the West.

DC-totincorr.jpgNick Giambruno: There are so many things degrading Western Civilization. Where do we begin?

Doug Casey: It’s been said, correctly, that a civilization always collapses from within. World War 1, in 1914, signaled the start of the long collapse of Western Civilization. Of course, termites were already eating away at the foundations, with the writings of people like Jean-Jacques Rousseau and Karl Marx. It’s been on an accelerating downward path ever since, even though technology and science have been improving at a quantum pace. They are, however, like delayed action flywheels, operating on stored energy and accumulated capital. Without capital, intellectual freedom, and entrepreneurialism, science and technology will slow down. I’m optimistic we’ll make it to Kurzweil’s Singularity, but there are no guarantees.

Things also changed with the creation of the Federal Reserve in 1913. Before that, the US used gold coinage for money. “The dollar” was just a name for 1/20th of an ounce of gold. That is what the dollar was. Paper dollars were just receipts for gold on deposit in the Treasury. The income tax, enacted the same year, threw more sand in the gears of civilization. The world was much freer before the events of 1913 and 1914, which acted to put the State at the center of everything.

The Fed and the income tax are both disastrous and unnecessary things, enemies of the common man in every way. Unfortunately, people have come to believe they’re fixtures in the cosmic firmament. They’re the main reasons—there are many other reasons, though, unfortunately—why the average American’s standard of living has been dropping since the early 1970s. In fact, were it not for these things, and the immense amount of capital destroyed during the numerous wars of the last 100 years, I expect we’d have already colonized the moon and Mars. Among many other things…

But I want to re-emphasize that the science, the technology, and all the wonderful toys we have are not the essence of Western Civilization. They’re consequences of individualism, capitalism, rational thought, and personal freedom. It’s critical not to confuse cause and effect.

Nick Giambruno: You mentioned that the average American’s standard of living has dropped since the early 1970s. This is directly related to the US government abandoning the dollar’s last link to gold in 1971. Since then, the Federal Reserve has been able to debase the US dollar without limit.

I think the dollar’s transformation into a purely fiat currency has eroded the rule of law and morality in the US. It’s similar to what happened in the Roman Empire after it started debasing its currency.

What do you think, Doug?

Doug Casey: All the world’s governments and central banks share a common philosophy, which drives these policies. They believe that you create economic activity by stimulating demand, and you stimulate demand by printing money. And, of course, it’s true, in a way. Roughly the same way a counterfeiter can stimulate a local economy.

Unfortunately, they ignore that, and completely ignore that the way a person or a society becomes wealthy is by producing more than they consume and saving the difference. That difference, savings, is how you create capital. Without capital you’re reduced to subsistence, scratching at the earth with a stick. These people think that by inflating—which is to say destroying—the currency, they can create prosperity. But what they’re really doing, is destroying capital: When you destroy the value of the currency, that discourages people from saving it. And when people don’t save, they can’t build capital, and the vicious cycle goes on.

This is destructive for civilization itself, in both the long term and the short term. The more paper money, the more credit, they create, the more society focuses on finance, as opposed to production. It’s why there are many times more people studying finance than science. The focus is increasingly on speculation, not production. Financial engineering, not mechanical, electrical, or chemical engineering. And lots of laws and regulations to keep the unstable structure from collapsing.

What keeps a truly civil society together isn’t laws, regulations, and police. It’s peer pressure, social opprobrium, moral approbation, and your reputation. These are the four elements that keep things together. Western Civilization is built on voluntarism. But, as the State grows, that’s being replaced by coercion in every aspect of society. There are regulations on the most obscure areas of life. As Harvey Silverglate pointed out in his book, the average American commits three felonies a day. Whether he’s caught and prosecuted is a subject of luck and the arbitrary will of some functionary. That’s antithetical to the core values of Western Civilization.

Nick Giambruno: Speaking of ancient civilizations like Rome, interest rates are about the lowest they’ve been in 5,000 years of recorded history. Trillions of dollars’ worth of government bonds trade at negative yields.

Of course, this couldn’t happen in a free market. It’s only possible because of central bank manipulation.

How will artificially low interest rates affect the collapse of Western Civilization?

DC-money.jpgDoug Casey: It’s really, really serious. I previously thought it was metaphysically impossible to have negative interest rates but, in the Bizarro World central banks have created, it’s happened.

Negative interest rates discourage saving. Once again, saving is what builds capital. Without capital you wind up as an empty shell—Rome in 450 A.D., or Detroit today—lots of wonderful but empty buildings and no economic activity. Worse, it forces people to desperately put their money in all manner of idiotic speculations in an effort to stay ahead of inflation. They wind up chasing the bubbles the funny money creates.

Let me re-emphasize something: in order for science and technology to advance you need capital. Where does capital come from? It comes from people producing more than they consume and saving the difference. Debt, on the other hand, means you’re living above your means. You’re either consuming the capital others have saved, or you’re mortgaging your future.

Zero and negative interest rate policies, and the creation of money out of nowhere, are actually destructive of civilization itself. It makes the average guy feel that he’s not in control of his own destiny. He starts believing that the State, or luck, or Allah will provide for him. That attitude is typical of people from backward parts of the world—not Western Civilization.

Nick Giambruno: What does it say about the economy and society that people work so hard to interpret what officials from the Federal Reserve and other central banks say?

Doug Casey: It’s a shameful waste of time. They remind me of primitives seeking the counsel of witch doctors. One hundred years ago, the richest people in the country—the Rockefellers, the Carnegies, and such—made their money creating industries that actually made stuff. Now, the richest people in the country just shuffle money around. They get rich because they’re close to the government and the hydrant of currency materialized by the Federal Reserve. I’d say it’s a sign that society in the US has become quite degraded.

The world revolves much less around actual production, but around guessing the direction of financial markets. Negative interest rates are creating bubbles, and will eventually result in an economic collapse.

Nick Giambruno: Negative interest rates are essentially a tax on savings. A lot of people would rather pull their money out of the bank and stuff it under a mattress than suffer that sting.

The economic central planners know this. It’s why they’re using negative interest rates to ramp up the War on Cash—the push to eliminate paper currency and create a cashless society.

The banking system is very fragile. Banks don’t hold much paper cash. It’s mostly digital bytes on a computer. If people start withdrawing paper money en masse, it won’t take much to bring the whole system down.

Their solution is to make accessing cash harder, and in some cases, illegal. That’s why the economic witch doctors at Harvard are pounding the table to get rid of the $100 bill.

Take France, for example. It’s now illegal to make cash transactions over €1,000 without documenting them properly.

Negative interest rates have turbocharged the War on Cash. If the central planners win this war, it would be the final deathblow to financial privacy.

How does this all relate to the collapse of Western Civilization?

Doug Casey: I believe the next step in their idiotic plan is to abolish cash. Decades ago they got rid of gold coinage, which used to circulate day to day in people’s pockets. Then they got rid of silver coinage. Now, they’re planning to get rid of cash altogether. So you won’t even have euros or dollars or pounds in your wallet anymore, or if you do, it will only be very small denominations. Everything else is going to have to be done through electronic payment processing.

This is a huge disaster for the average person: absolutely everything that you buy or sell, other than perhaps a candy bar or a hamburger, is going to have to go through the banking system. Thus, the government will be able to monitor every transaction and payment. Financial privacy, even what’s left of it today, will literally cease to exist.

Privacy is one of the big differences between a civilized society and a primitive society. In a primitive society, in your little dirt hut village, anybody can look through your window or pull back the flap on your tent. You have no privacy. Everybody can hear everything; see anything. This was one of the marvelous things about Western Civilization—privacy was valued, and respected. But that concept, like so many others, is on its way out…

Nick Giambruno: You’ve mentioned before that language and words provide important clues to the collapse of Western Civilization. How so?

Doug Casey: Many of the words you hear, especially on television and other media, are confused, conflated, or completely misused. Many recent changes in the way words are used are corrupting the language. As George Orwell liked to point out, to control language is to control thought. The corruption of language is adding to the corruption of civilization itself. This is not a trivial factor in the degradation of Western Civilization.

Words—their exact meanings, and how they’re used—are critically important. If you don’t mean what you say and say what you mean, then it’s impossible to communicate accurately. Forget about transmitting philosophical concepts.

Take for example shareholders and stakeholders. We all know that a shareholder actually owns a share in a company, but have you noticed that over the last generation shareholders have become less important than stakeholders? Even though stakeholders are just hangers-on, employees, or people who are looking to get in on a shakedown. But everybody slavishly acknowledges, “Yes, we’ve got to look out for the stakeholders.”

Where did that concept come from? It’s a recent creation, but Boobus americanus seems to think it was carved in stone at the country’s founding.

We’re told to protect them, as if they were a valuable and endangered species. I say, “A pox upon stakeholders.” If they want a vote in what a company does, then they ought to become shareholders. Stakeholders are a class of being created out of nothing by Cultural Marxists for the purpose of shaking down shareholders.

Reprinted with permission from International Man.

mardi, 01 novembre 2016

Les colonnes infernales de la défaite civilisationnelle

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Les colonnes infernales de la défaite civilisationnelle

par Valérie Burgault

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Nous republions ici cet article de Valérie Burgault, paru initialement dans le Saker francophone http://lesakerfrancophone.fr/les-colonnes-infernales-de-la-defaite-civilisationnelle Certains points peuvent en être contestables, selon nous, mais l'ensemble est bien dans la ligne de notre site.

Cet article a été inspiré par une analyse du géopolitologue russe Alexandre Douguine dans laquelle il décrit les tenants et aboutissants du concept nouveau de «sixième colonne». Partant de ces constats très pertinents du côté russe, il m'est apparu utile d'en analyser les pendants du côté occidental. Le résultat de cette étude révèle bien autre chose qu'une entité, plus ou moins formelle, hostile aux peuples : elle révèle l'existence institutionnelle, en France, en Occident et au niveau mondial, de puissances d'argent dominantes, structurellement hostiles à tous les peuples du monde.

Le contexte occidental

Dans mes précédentes analyses de géopolitique économique (voir ma série d'articles publiés sur le site du Saker francophone), j'ai beaucoup insisté sur le fait que la conception française traditionnelle du droit avait été, depuis l'avènement des institutions européennes, battu en brèche au profit d'une conception anglo-saxonne, de nature économique et financière. J'ai également axé mon décryptage du système économique global sur le fait que la notion d'État était devenue, depuis le XXe siècle, une variable d'ajustement d'un modèle devenu supérieur, le modèle de l'entreprise de type capitalistique. Il résulte de mes analyses que le modèle civilisationnel anglo-saxon s'est peu à peu imposé dans tous les pays occidentaux, transformant derechef le fait politique en fait économique.

Cette évolution française et occidentale, sans accroc et accélérée au niveau mondial depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a en réalité commencé bien avant par la captation, par les puissances d'argent, du pouvoir politique.

Les puissances d'argent ont commencé leur captation du pouvoir politique en Occident en s'emparant de façon hégémonique du fait monétaire, qu'elles ont extirpé de tout contrôle politique au moyen de la création du concept de «banque centrale». Ces banques centrales, présentées comme des entités étatiques mais réellement sous contrôle de capitaux et d'intérêts strictement privés, sont depuis longtemps les seules régulatrices des questions monétaires, elles contrôlent la masse monétaire en circulation dans chaque pays et finalement l'évolution de l'économie desdits pays. Ces banques, dénuées de tout contrôle politique, travaillent pour les intérêts des plus grands capitalistes. L'une des prérogatives régaliennes essentielles, le fait de battre monnaie, ne ressort désormais plus des compétences de l'État, occasionnant par là même une perte sérieuse de légitimité et de souveraineté de l'État.

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Mais il y a plus, l'État lui-même est devenu, en Occident, le porte-parole des intérêts des plus grands détenteurs de capitaux. À cet égard, permettez-moi de prendre plus précisément l'exemple de la France, car tous les pays d'Europe occidentale, s'ils aboutissent au même résultat, n'ont pas suivi le même déroulement historique. En France, pays traditionnellement centralisateur, le fait politique est, depuis la troisième République, concentré autour de deux concepts : des partis politiques hiérarchisés et la «fabrique» d'hommes politiques professionnels, par des écoles et des formations plus ou moins dédiées constituant un vivier de recrutement. Ce phénomène permet une appropriation relativement aisée du pouvoir politique au moyen de la prise en main du sommet hiérarchique des «partis politiques» et de la corruption des quelques élèves sortant des fabriques à personnalités politiques. Cette corruption est d'ailleurs tout autant active que passive en raison de l'orientation idéologique du processus de formation lui-même ; l'instruction claironnée et tellement vantée s'analysant beaucoup plus en un formatage (matérialiste) des esprits qu'en une élévation de ces derniers.

Il résulte des phénomènes décrits ci-dessus qu'en France – et plus généralement en Occident – l'État s'est vu approprié par des intérêts privés sélectifs, perdant au passage sa légitimité intrinsèque. Le fait politique est devenu partie intégrante du fait économique dans la mesure où les intérêts privés des plus grands capitalistes – oligarques – ont mis la force publique résultant des institutions étatiques à leur service. Dès lors, le «fait» politique n'a plus pour vocation d'organiser, le plus sereinement possible, la vie en commun sur un territoire donné, mais a pour fonction de faire respecter, par le plus grand nombre, les intérêts financiers – homogènes – d'une caste particulière d'individus, les grands capitalistes accapareurs.

Identification de la sixième colonne dans le contexte occidental

Il résulte de l'analyse du contexte ci-dessus décrit que la sixième colonne identifiée par Alexandre Douguine n'a pas réellement d'équivalent en France et plus largement dans les pays occidentaux. Ou plutôt, ce sont les États et, plus récemment, les organisations étatiques supranationales (c'est-à-dire les institutions de l'Union européenne) qui sont eux-mêmes les porte-paroles de cette sixième colonne.

Pour revenir à la France, symbole éternel de l'évolution occidentale, l'État issu de la Révolution française a été approprié par les puissances d'argent, à savoir la bourgeoisie commerçante, devenue et mélangée à la bourgeoisie bancaire, enrichie par le commerce lié aux grandes découvertes et par la gestion des monnaies. Plus récemment, l'Union européenne a continué et accentué le processus mettant directement les institutions publiques au service de ces puissances d'argent ; en Europe occidentale les multinationales font les lois, qui s'appliquent à tous, et les «juridictions» européennes sont les garantes de cet ordre économique nouveau.

Ainsi, après 1789, la France est passée d'une monarchie, qui avait pour contre-pouvoirs tous les corps intermédiaires, à une oligarchie financière dénuée de tout contre-pouvoir, le tout sous le vocable trompeur de démocratie. La démocratie est le vêtement dont se pare le pouvoir sous le prétexte qu'existe une représentation populaire (pouvoir législatif). Mais cette représentation est, dans les faits, c'est-à-dire concrètement, catégorielle et non pas populaire parce que contrôlée par des partis politiques sous influence des puissances d'argent. L'appareil d'État (pouvoir exécutif) est par ailleurs lui-même géré par des hommes politiques issus du vivier contrôlé par ces mêmes puissances d'argent.

Il en résulte de la présente analyse qu'en Occident, c'est la structure même du pouvoir qui correspond au concept de sixième colonne identifié par Alexandre Douguine.

Aucun État occidental n'a cherché à s'affranchir de l'emprise des puissances d'argent qui donnent le «la» politique et dictent leur conduite à des États qui sont en réalité les gestionnaires des intérêts financiers des oligarchies occidentales associées. Certes, nous avons assisté en France et en Occident à des variations apparentes de politique, mais ces variations étaient entièrement dues aux choix effectués par les puissances d'argent dominantes : tantôt celles-ci étaient assez fortes, notamment en raison de leurs colonies, pour s'auto-gérer, tantôt elles ont dû s'allier à d'autres puissances d'argent ayant une conception différente de la vie en société et se plier, en conséquence, à ces nouvelles conceptions.

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D'empire continental, la France (comme l'Allemagne et toutes les anciennes puissances d'Europe) est devenue colonie de l'empire des mers. Le droit continental écrit, civilisationnellement structurant, hérité de l'Empire romain, a ainsi définitivement cédé la place au droit anglo-saxon tout entier tourné vers la prédation économique des puissances d'argent.

La disparition inéluctable de l'ordre politique continental au profit de l'ordre politique atlantiste

La raison pour laquelle la France et tous les pays continentaux d'Europe occidental ont perdu leur identité civilisationnelle était, dès le départ, inscrite dans la structure même de leur pouvoir. La force de leurs puissances d'argent s'est avérée inférieure à la force des puissances d'argent dûment organisées à la façon britannique, et plus largement anglo-saxonne. Les Anglo-Saxons ont, depuis toujours, une conception économique de la vie en société qui a grandement favorisé l'émergence d'un modèle de captation des richesses aujourd'hui internationalement déployé par les instances internationales qui font «l'ordre international». C'est précisément ce modèle qui s'est érigé en pouvoir absolu non seulement au niveau local mais aujourd'hui au niveau mondial.

Le jour, symboliquement représenté par l'avènement de la Révolution française, où la France a banni la civilisation de «l'être» pour adopter, de façon extérieure à son propre développement, la civilisation de «l'avoir», et des «avoirs», elle a perdu non seulement sa suprématie politique mais aussi et surtout sa raison d'être. Reléguée à un rôle de boutiquier financier qu'elle n'a jamais vraiment maîtrisé, la France s'est volontairement soumise à son maître en la matière : la civilisation «de la mer», dirigée par les puissances financières anglo-saxonne.

La France n'était France que parce qu'elle n'avait pas donné la prééminence aux puissances d'argent. Autrement dit, la France n'était indépendante et autonome qu'à l'époque, qui correspond à l'ordre monarchique de l'Ancien Régime, où la spiritualité chrétienne était une valeur supérieure à la détention matérielle : la France n'avait d'existence institutionnelle réelle que parce qu'elle organisait, de façon structurelle, la supériorité de «l'être» sur «l'avoir», le statut social et les réalisations des individus passant avant leurs avoirs matériels – aujourd'hui simples numéros (dématérialisés) indiqués sur des comptes en banque dont les titulaires ne sont pas propriétaires.

Les évènements, de type tectonique, ci-dessus décrits ne peuvent se voir qu'une fois leur mouvement achevé, car de telles modifications, lentes par nature, sont peu apparentes. En revanche, elles opèrent des modifications si radicales des fondamentaux civilisationnels que leur résultat final est proprement spectaculaire : il rend méconnaissable le point de départ, qui était la notion d'État souverain, juridiquement déclinée en un Souverain qui dirige un État.

L'avènement transnational du pouvoir sans racine et de l'homme sans humanité comme finalité des puissances d'argent dominantes

Le point d'arrivée de ce mouvement tectonique, «forcé» par les puissances d'argent dominantes du point de vue institutionnel mais minoritaires du point de vue démographique, n'est, par construction, pas conforme à la vocation profonde des peuples concernés. C'est précisément la raison pour laquelle ces puissances d'argent estiment aujourd'hui indispensable de briser ce qu'il reste de cohésion nationale, identifiée avec le concept d'État-nation. La victoire ne sera totale pour les puissances d'argent que le jour où il ne restera plus aucune poche de résistance civilisationnelle, c'est-à-dire le jour où la structure sociétale naturelle des peuples aura été éradiquée. Nous assistons ainsi, partout dans le monde, à une radicalisation tendant à faire disparaître le regroupement des peuples par affinités culturelles, linguistiques et historiques : ce qui se fait au moyen de guerres, de coups d'État, de migrations forcées, d'organisation de la perte de repères spirituels et religieux. Ce mouvement est naturellement mondial puisque produit par les puissances d'argent prééminentes ayant organisé l'ordre international.

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Plus généralement, il est une leçon de l'histoire que ces puissances d'argent victorieuses connaissent et redoutent : «Chassez le naturel et il reviendra au galop».

L'ordre naturel est tout entier, ab initio, le pire ennemi des puissances d'argent dominantes. Elles veulent bannir, interdire ou rendre impossible toute procréation naturelle, alimentation naturelle, soins naturels, cultures et élevages naturels, regroupement naturel d'individus, «droit naturel» et finalement toute humanité, tant il est vrai que l'humanité est une part du processus naturel qu'elles honnissent.

De leur détestation du «naturel», vient notamment le subit développement national et international de la théorie du genre. C'est également en raison de leur détestation du «fait naturel» que les puissances d'argent rêvent aujourd'hui de s'approprier physiquement la notion d'homme nouveau. Elles rêvent ainsi de créer un homme augmenté, par les pouvoirs de la science, faisant dangereusement dériver l'espèce humaine vers le transhumanisme, dont le développement technique est confié à des personnalités autistiques de type Asperger, coupées par essence du reste de l'espèce humaine par le fait qu'elles ne ressentent pas d'émotions positives les liant au groupe. Il faut d'ailleurs voir dans ce processus de recherche d'un «homme nouveau» la raison d'être, développée à partir de la seconde moitié du XXe siècle, de la hiérarchisation sociale des individus en fonction de prétendus QI (coefficient intellectuel), lesquels sont formatés pour mettre en avant les capacités «calculatoires» d'individus que l'on cherche à couper de toute réaction émotionnelle distinctive ; ces mêmes réactions émotionnelles qui ont assuré la survie de l'espèce humaine au fil des âges.

L'avènement de cet Homme nouveau-augmenté sera réservé aux puissances d'argent victorieuses. Il s'accompagnera d'un Nouvel Ordre Mondial – gouvernement mondial autoritaire, centralisateur à l'extrême, accompagné d'une religion mondiale et d'une crypto-monnaie mondiale – qu'une grande partie des populations ne connaîtra pas, vouées qu'elles sont à disparaître.

Valérie Bugault