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jeudi, 16 mars 2017

Kubrick face à la modernité

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KUBRICK FACE À LA MODERNITÉ

Si tout le monde connaît la dimension cinématographique de Stanley Kubrick, son rapport à l’art, et à la modernité en général, demeure assez flou. Sa méfiance naturelle envers les médias, sa vie de reclus et sa personnalité introvertie laissent part à la déduction plus qu’à l’affirmation. Néanmoins, parmi les entrevues qui nous sont parvenues, notamment celle avec Michel Ciment en 1972, les propos de Kubrick permettent d’éclairer suffisamment la question de son paradigme artistique, et de quelle manière il entrevoyait l’hégémonie d’un art contemporain dont la prétendue nature artistique fait l’objet de nombreux débats. Si ses propos nourrirent eux aussi la légende de Kubrick comme misanthrope et pessimiste, ils n’en demeurent pas moins un éclairage important sur son propre travail cinématographique, mais aussi une critique pertinente à l’égard de la modernité véhiculée comme véritable doxa par certaines élites culturelles et intellectuelles.

L’ORIGINALITÉ CONTRE L’ART

À la question de savoir si nous avons atteint une forme de « non-art », si l’art contemporain est finalement « anartistique », les débats ont toujours été passionnés et contradictoire. Les promoteurs de l’art contemporain ont depuis longtemps repris, même rétroactivement, le célèbre contresens onaniste de Marguerite Duras selon lequel « l’absence de style est un style ». « Produit typique, gloire du néo-capitalisme, elle le représente parfaitement; elle obéit parfaitement à son exigence de non-intervention de la part de l’artiste » selon Pasolini, nivellement sur le réel au détriment des critères fondés sur l’esthétique et le Beau selon Mavrakis, l’art contemporain pouvait aussi  receler quelque chose d’assez réactionnaire chez les nouveaux avant-gardistes, tel qu’en parlait Pasolini dans Empirisme Hérétique, et dont même Ezra Pound ne voulut rien savoir. L’opinion de Stanley Kubrick ne divergeait guère, et a le mérite de poser une dichotomie occultée volontiers par les défenseurs d’un art « contemporain » légitimé par la tautologie d’une certaine idéologie de la modernité. À l’instar d’un Pasolini qui brisa la solide idée que le progrès se réaliserait par le développement, Kubrick dissocia clairement l’art de l’originalité dans l’entrevue donnée à Michel Ciment en 1972 : « Il y a une importante partie de l’art moderne qui n’est pas intéressante, où l’obsession de l’originalité a produit un type d’œuvre qui est peut-être original mais nullement intéressant ». De fait, la logique qu’il suit est semblable à celle de Pasolini ; en plaçant l’art sous le prisme de l’originalité, c’est en fin de compte cette dernière qui devient le centre de la production artistique, au détriment de l’art lui-même, et de ce qui le compose. Cette évacuation des critères pourtant essentiels à l’art, faisant que ce n’est pas lui qui imite la vie mais bien l’inverse en ce qu’il représente un idéal vers lequel tendre, engendre un nivellement des imaginaires ; la réalité, telle qu’on voudrait nous la faire concevoir, devient l’étalon de nos facultés de projection, et nous empêche l’évasion ou la réflexion.

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Cela étant, la solution que suggérait Kubrick revêt des atours pasoliniens. Quand ce dernier estimait qu’un progrès réel ne pouvait que se construire sur des valeurs populaires et enracinées, Kubrick estimait qu’« un retour vers le classicisme est nécessaire afin d’arrêter cette recherche stérile de l’originalité ». Loin d’être une idée réactionnaire, Kubrick ne voyait pas le classicisme comme une fin en soi, mais comme un moyen indispensable pour revitaliser l’art en partant sur de nouvelles bases, en faisant une tabula rasa de cette obsession de l’originalité. Néanmoins, Kubrick commit probablement une erreur d’appréciation en estimant le cinéma « hors de danger », en arguant que « Les films bien sûr sont loin de ces problèmes parce que l’attitude à l’égard du cinéma est si profondément conservatrice ». Le seul conservatisme demeurant dans ce qui fait aujourd’hui du cinéma une industrie plutôt qu’un art, c’est justement le critère de rentabilité et d’efficience comme alpha et oméga des producteurs. Kubrick n’a su percevoir ce glissement de plus en plus ferme du cinéma vers un modèle industriel, et donc de culture de masse, au détriment de la valeur artistique. Cette assertion est d’autant plus paradoxale qu’ayant réalisé une partie de Spartacus, Kubrick assista aux contraintes kafkaïennes d’une production hollywoodienne, avec laquelle il refusa de frayer une seconde fois. De même, contemporain du fameux Dune de Jodorowski ou du Mégalopolis de Coppola avortés, l’on comprend pourquoi il affirme ensuite que « Les films pourraient aller beaucoup plus loin qu’ils ne vont. Il n’y a aucun doute qu’il serait agréable de voir un peu de folie dans les films », sans pour autant saisir pourquoi il n’eut pas conscience de la possibilité de tels achoppements alors que lui-même fuyait les grands studios pour obtenir une liberté créative totale.

« Il  y a une importante partie de l’art moderne qui n’est pas intéressante, où l’obsession de l’originalité a produit un type d’œuvre qui est peut-être original mais nullement intéressant. […] Je pense que dans certains domaines, la musique en particulier, un retour vers le classicisme est nécessaire afin d’arrêter cette recherche stérile de l’originalité. Les films bien sûr sont loin de ces problèmes parce que l’attitude à l’égard du cinéma est si profondément conservatrice. Les films pourraient aller beaucoup plus loin qu’ils ne vont. Il n’y a aucun doute qu’il serait agréable de voir un peu de folie dans les films. Au moins ils seraient intéressants à regarder. »
Entretien avec Michel Ciment, 1972

Cependant, Kubrick contrairement à Pasolini, diffère de la théorie gramscienne de l’hégémonie culturelle. Dans une entrevue donnée à The Observer en 1960, Kubrick ne pensait pas que « les écrivains, les peintres ou les cinéastes œuvrent parce qu’il y a quelque chose qu’ils désirent particulièrement dire ». C’est l’art comme finalité propre qui est recherchée selon le réalisateur, à l’instar des parnassiens, au point d’en affirmer que « Je ne pense pas qu’aucun artiste véritable n’ait jamais été orienté par quelque point de vue didactique, même quand il pensait que c’était le cas ». En ce sens, plusieurs remarques sont à formuler. Si l’on prend l’exemple de Pasolini, et notamment Accattone, l’on ne peut qu’admettre, effectivement, que le film marque plus par sa beauté et son surréalisme que par la didactique de Pasolini quant à exposer la vie des borgate romaines. Néanmoins, il n’est pas certain que cette remarque puisse s’appliquer à un film comme Salò ou les 120 Journées de Sodome. Si Théorème et Porcherie semblent voir leurs didactiques guidées par l’esthétique, le dernier film de Pasolini n’entre pas réellement dans cette catégorie, tant il fusionna l’esthétique avec la didactique. S’il est exact que l’esthétique peut demeurer le facteur déterminant d’un film, ne serait-ce que pour donner corps au message que souhaite lui donner son auteur, Kubrick néglige la dimension qu’une œuvre est susceptible de recouvrir dans une lutte culturelle. Cependant, ce propos éclaire bien plus sa propre démarche créative qu’aucune autre, dans la mesure où elle dévoilait déjà cette volonté de Kubrick de s’éloigner du modèle industriel qui parasite le cinéma pour le consacrer comme un art pur. En cela, Kubrick dissociait implicitement culture populaire de culture de masse, au sens où celle-ci s’entend comme l’application d’un paradigme capitalistique à la culture et à ses biens. De même, au vu de l’évolution de sa propre cinématographie, notamment avec Barry Lyndon ou Full Metal Jacket, mais aussi son entretien à Michel Ciment, l’on est tenté d’avancer que Kubrick, paradoxalement, ne tint pas la position exprimée dans les lignes de l’Observer, si tant est qu’il l’ait jamais tenue quand on repense aux Sentiers de la Gloire sorti trois ans auparavant.

« Je ne pense pas que les écrivains, les peintres ou les cinéastes œuvrent parce qu’il y a quelque chose qu’ils désirent particulièrement dire ; il y a quelque chose qu’ils ressentent. Et ils aiment la forme artistique : ils aiment les mots ; ou bien ils aiment l’odeur de la peinture ; ou encore ils aiment le celluloïd, les images photographiques et le travail avec les acteurs. Je ne pense pas qu’aucun artiste véritable n’ait jamais été orienté par quelque point de vue didactique, même quand il pensait que c’était le cas. »
Entretien à l’Observer, 1960

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LE « PROGRÈS » CONTRE LE MONDE

Nonobstant cela, l’on appréhende la cohérence entre le paradigme artistique de Kubrick et son mode de vie d’exilé. L’on compare souvent Kubrick et Welles dans la mesure où tous deux firent un premier film qui défraya le milieu du cinéma étasunien, avant de devoir tout deux quitter le continent américain au profit de l’Europe. Toutefois, si Welles dut le faire par contrainte afin de trouver des fonds pour ses autres productions, le départ de Kubrick restait un choix parfaitement volontaire, ainsi que son isolement. L’expérience de Spartacus et l’industrialisme de plus en plus hégémonique à Hollywood, incompatible avec sa vision du cinéma comme art véritable, se traduisirent, chez Kubrick, par la légende qu’on fit de lui : un introspectif vivant reclus dans sa demeure qu’il rêvait suffisamment grande pour se passer des studios d’enregistrement. Cet isolement lui conféra notamment la réputation d’être un misanthrope, propos qu’il est cependant possible de nuancer. Si le qualificatif de misanthrope reste audacieux à attribuer à Kubrick, il est néanmoins possible de le croire pessimiste. Cela se ressent dans sa vision des démocraties occidentales, dont Michael Herr reporta la teneur dans le numéro d’août 1999 de Vanity Fair, où il confiait que Kubrick « partageait le même point de vue sur la démocratie que la plupart des gens que je connais. […] Il y voyait une expérience noble qui a échoué en chemin, qui a été anéantie par de vils instincts, l’argent, l’égoïsme et la bêtise ». Si l’on sent bien la volonté de Herr de lisser ce qu’aurait pu être la véritable opinion de Kubrick à ce sujet, que l’on imagine sans mal proche d’un Debord ou d’un Pasolini, Herr glissa tout de même que Kubrick voyait le despotisme éclairé comme le meilleur régime possible, mais sans y croire tant l’occidentalisme est rongé par l’individualisme et le désenchantement du monde. L’idée de despotisme éclairé n’est pas en contradiction avec son idée sur l’art. En bon élitiste, Kubrick estimait certainement que l’art, dont le cinéma fait partie, se doit d’élever l’homme au-delà des contingences matérialistes, un despote éclairé n’étant, au sens machiavélien, qu’un dirigeant qui œuvre pour le bien de son peuple et sait s’appuyer sur lui pour contrer les puissances qui voudraient l’asservir pour leur propre profit. L’on retrouve notamment cette idée dans son fameux film Les Sentiers de la Gloire où il critiqua vertement l’autisme militaire, mais aussi dans Eyes Wide Shut, qui dépeint la vie sordide de la haute bourgeoisie new-yorkaise.

« Il partageait le même point de vue sur la démocratie que la plupart des gens que je connais. Ni de droite ni de gauche, sans certitudes, il y voyait une expérience noble qui a échoué en chemin, qui a été anéantie par de vils instincts, l’argent, l’égoïsme et la bêtise. […] Selon lui, le meilleur système serait un despote bienveillant, mais il ne croyait pas sincèrement qu’un tel homme existe. »
Michael Herr, in Vanity Fair, Août 1999

Cette méfiance envers la société du spectacle s’illustrait notamment dans la réticence de Kubrick à fréquenter les médias, d’où les rares entrevues laissées en héritage. Si la plus longue demeure celle donnée à Michel Ciment, et figurant aujourd’hui dans un livre hors de prix publié chez Casterman, la pudeur de Kubrick se trouve toutefois explicitée par Serge Kaganski dans le dossier que les Inrocks avaient consacré à Kubrick à la fin des années 1990. Kaganski y expliquait la raison pour laquelle le réalisateur rechignait à assumer sa notoriété, bref à être un homme public : « Il mettait en pratique cette idée très simple : pourquoi un créateur s’exprimerait-il publiquement puisqu’il l’a déjà fait à travers ses créations ? La forclusion volontaire de Kubrick signifiait aussi la primauté de l’œuvre sur l’artiste, la priorité de l’art sur la culture, une certaine résistance du cinéma face à la machine du spectacle médiatique ». Cet extrait n’est pas sans rappeler l’entrevue que donna Pasolini à la presse française après la sortie de Porcherie, où on lui demandait d’expliquer pourquoi ses derniers films étaient de plus en plus cryptiques alors que dans le même temps il se désespérait de la stupidité de plus en plus affligeante des gens. La réponse fut sans appel : « je fais des films de plus en plus compliqués parce que les gens sont de plus en plus bêtes », ou encore ajoutant, lors de sa conférence sur Salò, que « Cela n’est pas un film didactique. Qui veut comprendre, comprend, qui a des oreilles pour entendre, entend », rejoignant l’idée exprimée par Kubrick dans son entretien donné à l’Observer en 1960. Loin de faire de l’élitisme pour l’élitisme, l’enjeu exprimé par les deux cinéastes tient plus au refus du nivellement sacrifiant la valeur artistique, propre à la culture de masse, qu’à un onanisme intellectuel mal placé. La culture est quelque chose d’élitiste par nature, elle n’a pas à sombrer dans le pédagogisme.

Or, c’est justement la perte des valeurs, la désacralisation de la culture, et des cultures, qui fonde la critique fondamentale de Kubrick en tant qu’artiste. Dans un entretien donné pour Esquire, le réalisateur dénonçait le désenchantement du monde en prenant Lolita pour exemple : « Mais au XXe siècle, avec la désintégration des valeurs morales et spirituelles, il devient de plus en plus difficile – et au bout du compte impossible – pour un auteur de créer de façon crédible une situation comme celle-là, d’imaginer une relation amoureuse qui produise un tel choc et un tel sentiment d’étrangeté ». Cela n’est pas sans rappeler ce que Pasolini disait sur Accattone quelques années plus tard, arguant que les éléments inhérents au film, des borgates au sous-prolétariat, sa culture souterraine et son dialecte, furent annihilés par la société de consommation au profit de son homme nouveau. Kubrick fait le même constat avec Lolita, estimant qu’il ne lui serait plus possible, au moment de son entretien, de tourner un film pareil du fait de la « désintégration des valeurs morales et spirituelles ». Les sentiments qu’exprimaient les personnages de Lolita ne trouvent plus d’échos dans une société qui fonde ses valeurs sur l’hédonisme de masse.

Kubrick lie d’ailleurs cela directement à la mort de Dieu, telle qu’elle fut énoncée par Nietzsche : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau ». La mort de Dieu est provoquée par les nouvelles idoles émergeant après la seconde révolution industrielle et l’entrée de l’Occident dans le progrès entendu comme développement. Nietzsche reconnaissait d’ailleurs la crise qui découlait de cette mort dans Le Crépuscule des Idoles : « En renonçant à la foi chrétienne, on se dépouille du droit à la morale chrétienne. Celle-ci ne va absolument pas de soi […]. Le christianisme est un système, une vision des choses totale et où tout se tient. Si l’on en soustrait un concept fondamental, la foi en Dieu, on brise également le tout du même coup : il ne vous reste plus rien qui ait de la nécessité ». Stanley Kubrick ne divergeait guère de la pensée nietzschéenne sur ce point lorsqu’il confiait que « L’homme s’est détaché de la religion, il a dû saluer la mort des dieux et les impératifs du loyalisme envers les États-nations se dissolvent alors que toutes les valeurs anciennes, tant sociales qu’éthiques, sont en train de disparaître » et que « les religions du monde, en dépit de leur étroitesse d’esprit, offraient une forme de consolation contre cette grande douleur, mais, maintenant que les hommes d’Église annoncent la mort de Dieu et que, pour citer à nouveau Arnold, « l’océan de la foi se retire partout dans « un long rugissement mélancolique » ».

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« L’homme s’est détaché de la religion, il a dû saluer la mort des dieux et les impératifs du loyalisme envers les États-nations se dissolvent alors que toutes les valeurs anciennes, tant sociales qu’éthiques, sont en train de disparaître. L’homme du XXème siècle a été lancé dans une barque sans gouvernail sur une mer inconnue. S’il veut rester sain d’esprit la traversée durant, il lui faut faire quelque chose dont il se préoccupe et quelque chose qui soit plus important que lui-même. »
Entretien à Playboy

La crise provoquée par la mort de Dieu se traduit par la glorification de l’hédonisme et de la Technique. Comme le disait Pasolini dans ses Lettres Luthériennes, « la société préconsumériste avait besoin d’hommes forts, donc chastes. La société de consommation a besoin d’hommes faibles, donc luxurieux », tout simplement parce qu’elle a « des lois internes et une autosuffisance idéologiques capables de créer automatiquement un pouvoir qui ne sait plus que faire de l’Église, de la Patrie, de la Famille et autres semblables lubies ». En clair, « l’homme n’a plus de béquille sur laquelle s’appuyer, et plus d’espoir, aussi irrationnel soit-il, pour donner un sens à sa vie » comme le disait Kubrick, et « cette reconnaissance écrasante de notre mortalité est à l’origine de bien plus de maladies mentales que, je le soupçonne, ne le pensent même les psychiatres ». La seule solution selon lui, outre le retour aux valeurs culturelles du classicisme évoquées plus haut, est que l’homme doive « faire quelque chose dont il se préoccupe et quelque chose qui soit plus important que lui-même. »

08:30 Publié dans art, Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, 7ème art, films, cinéma, stanley kubrick | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 22 février 2017

L’étrange M. Kubrick

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L’étrange M. Kubrick

Stanley Kubrick est à travers son œuvre l’incarnation du XXème siècle. Né en 1928 et décédé en 1999 (peu avant la sortie d’Eyes Wide Shut). Témoin de notre humanité, pessimiste quant à la nature humaine, il a sans pareil donné à voir à ses contemporains via le cinéma notre nature profonde. Kubrick, fils de médecin, reprit à sa manière le flambeau en effectuant un diagnostic de l’humanité et de notre société. La littérature fournira une grande part de la matière première à ses œuvres. En 45 ans de cinéma et huit oscars il laissa à la postérité douze films : Le Baiser du Tueur, L’Ultime Razzia, Les Sentiers de la Gloire, Spartacus, Lolita, Docteur Folamour, 2001 : L’Odyssée de l’Espace, Orange Mécanique, Barry Lyndon, Shining, Full Metal Jacket et Eyes Wide Shut. Chaque nouveau visionnage étant l’occasion d’y trouver quelque chose qui nous aurait échappé auparavant, son œuvre suscitant de perpétuels questionnements.

Travailleur acharné, perfectionniste jusqu’à l’obsession, il s’essaya à tous les genres cinématographiques possibles : le film de guerre, la comédie dramatique, le drame psychologique, le film historique, le péplum, le film policier, la science-fiction. Durant les tournages il était plus qu’un homme d’orchestre, assurant plusieurs fonctions comme par exemple éclairagiste, monteur, scénariste afin d’obtenir un résultat au plus proche de ses visions, souhaitant avoir le contrôle absolu sur ses films. Passionné par Napoléon, il dira que faire un film c’est comme mener une guerre… Il créait avec l’argent d’Hollywood mais d’une manière artisanale propre au cinéma indépendant, privilégiant de petites équipes afin de pouvoir avec le budget alloué avoir le plus de temps possible pour la création du film. Il contrôlait les copies, les affiches, le marketing et même le doublage ! Il désirait à chaque nouveau film transcender ce qui avait été fait auparavant, cherchant à allier le fond et la forme., déconcertant la critique (parfois assassine) du fait de ses perpétuelles mutations.

Y a-t-il un fil d’Ariane dans cette filmographie à première vue hétéroclite ? Chargée de questionnements et d’ambiguïtés, ses films étaient emprunts de symboles kabbalistiques et maçonniques, ils sont sujets à nombre d’analyses et de thèses. Les films de Kubrick méritant d’être vus et revus pour être pleinement compris voire appréciés, ces derniers étant intemporels et invitant à être sans cesse explorés. Il déclara d’ailleurs à propos de 2001 : L’Odyssée de l’Espace : « Chacun est libre de spéculer à son gré sur la signification philosophique et allégorique du film. J’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel ».

Stanley Kubrick et son œuvre ne peuvent être appréhendés sans un minimum d’indices biographiques. II est issu d’une famille juive de Vienne, émigrée aux USA, bien que ne l’ayant jamais traitée dans ses films il fut hanté par la shoah. Signe du destin il fut marié à la femme dont l’oncle était réalisateur propagandiste durant le régime nazi. Elevé dans le Bronx à New-York, Kubrick a été fortement marqué par les œuvres des grands musiciens, écrivains et scientifiques de la Vienne de la fin du XIXème siècle. Elève médiocre, il abandonnera par la suite l’université. Autodidacte, Kubrick sera toute sa vie un lecteur assidu.

De Stanislavski, il apprendra les méthodes de direction des acteurs.  Selon le réalisateur,  « Les acteurs sont comme des instruments de musique capables de produire des émotions ; certains sont toujours parfaitement accordés et prêts à jouer, d’autres trouvent le ton juste dès la première prise, mais le perdent ensuite sans jamais plus le retrouver, malgré tous les efforts du monde ». Il n’aimait pas particulièrement les acteurs, les martyrisant parfois avec un brin de sadisme il s’en serait volontiers passé s’il avait pu, pouvant faire répéter près de cent fois la même scène s’il le fallait. Tout comme Marcel Duchamp, Kubrick était jouait aux échecs, s’adonnant à des parties avec ses acteurs entre deux prises.

Stanley Kubrick commence sa carrière visuelle par la photographie au magazine Look, une de ses photos restées célèbre est celle qu’il prit d’un vendeur de journaux totalement abattu suite à la mort de Franklin D. Roosevelt. Obsédé par le contrôle de ses films, ses assistants racontent qu’il ne dormait pratiquement pas pendant les tournages. Kubrick débute sa carrière de réalisateur en 1949 par un documentaire de vingt-huit minutes sur la boxe, Day of the Fight et entame sa carrière cinématographique en 1953 avec un long-métrage Fear and Desire, film qu’il répudia par la suite, tentant d’en faire disparaître toutes les copies. Kubrick ne renonce pourtant pas et réalise en 1955 un second film, Le Baiser du Tueur, avec un budget là aussi tout aussi restreint. Son troisième film, réalisé en 1956, L’Ultime Razzia, que peut être considéré le premier vrai long métrage kubrickien. En 1957, il est alors repéré par l’industrie du cinéma comme un réalisateur prometteur. Son film suivant, Les Sentiers de la Gloire, sortit en 1958, confirmera son génie. Doté cette fois-ci de moyens plus conséquents, il travaille alors avec des acteurs de renom comme Kirk Douglas. La carrière de Stanley Kubrick bascule en 1960, lorsque Kirk Douglas lui propose de remplacer au pied levé Anthony Mann à la réalisation de Spartacus. Agé de trente-deux ans, il se retrouve soudain à la tête d’une superproduction et une pléiade de stars à diriger comme Laurence Oliver, Charles Laughton, Peter Ustinov et bien sûr Kirk Douglas dans le rôle principal. Il en gardera une expérience amère, ne pouvant pas changer le scénario qu’il trouve bancal. Spartacus marque le début de l’indépendance artistique et financière du réalisateur. Pour son film suivant, Kubrick s’exilera en Angleterre et ne remis jamais les pieds à Hollywood, s’affranchissant ainsi du dictat des grands studios.

Lolita-Blu-Ray.jpgIl tournera alors cinq films piliers en un peu plus de dix ans : Lolita en 1962, Docteur Folamour en 1963, 2001 : L’Odyssée de l’Espace en 1968, Orange Mécanique en 1971 et Barry Lyndon en 1975. Au plus haut de sa carrière, il est reconnu dès 1971 comme l’un des plus grands réalisateurs de septième art. A la sortie du scandaleux Orange Mécanique, il sera menacé de mort en Angleterre, accusé d’incitation au meurtre. Kubrick exige alors de Warner Bros que le film soit retiré de la circulation. A partir de 1975 Stanley Kubrick devient de plus en plus perfectionniste jusqu’à friser l’internement : les tournages deviennent plus longs et le rythme de sortie des films diminue ; bénéficiant d’un statut exceptionnel dans le monde du cinéma. Demeurant un artiste indépendant avec une liberté quasi totale tout en bénéficiant de la puissance financière d’Hollywood pour réaliser et promouvoir ses créations.

Abordons maintenant les thématiques récurrentes chez Kubrick…Durant sa carrière, Kubrick abordera de nombreux thèmes dont les plus récurrents furent la guerre, le dysfonctionnement humain, social et technologique, les relations entre individus. Peu de sentimentalisme dans ses films, inclassable idéologiquement et faussement de gauche car pas vraiment utopiste…Pour la guerre, il s’immiscera dans les tréfonds de l’âme humaine, bien que son approche fut différente selon les films. Sous l’ange humoristique pour Docteur Folamour (caricature de Werner Von Braun), de façon tragique pour Les sentiers de la gloire ou Full Metal Jacket et de manière totalement esthétisée et faussement enjouée pour Barry Lyndon. Pour Full Metal Jacket et Les Sentiers de la Gloire, la brutalité des scènes de guerre nous renvoient au plus près de la boucherie humaine que peuvent être les guerres modernes… Avec Full Metal Jacket, il aborde aussi les traumatismes physiques mais aussi mentaux notamment via le suicide du soldat « Baleine » durant la première partie du film.

Pour le dysfonctionnement au sens large, Kubrick a toujours traité dans son œuvre de cette thématique qu’il s’agisse de celui des machines ou des hommes. Pour 2001 : L’Odyssée de l’Espace HAL tombe en panne, via Shining le réalisateur s’emploie à filmer la folie progressive d’un homme. Pour Orange Mécanique l’échec d’un programme visant à réintroduire dans la société un être sociopathe… Société humaine faussement déontologique qui n’était pas dans le cœur de Kubrick et qu’il n’aura de cesse de critiquer, la manipulation mentale étant abordée de manière subliminale voire directe dans nombre de ses films. Soit : l’instrumentalisation des masses au profit d’une minorité dominante. De plus, le réalisateur n’était pas fervent d’une happy end et de héros au grand cœur comme l’aime tant Hollywood, l’anti-héros kubrickien (parfois détestable dans un monde qui l’est tout autant) n’est pas un personnage sympathique pour le spectateur, humain… Trop humain qu’il est. D’ailleurs, dans ses films les relations entre humains sont souvent complexes, tortueuses, remplies de vices et ne répondant pas aux schémas binaires d’une lutte entre le bien et le mal.

Etudié dans les écoles de cinéma, les universitaires n’ont eu de cesse d’analyser « au scalpel » sa filmographie et ses procédés : son travail sur la lumière (acteur à part entière dans ses films), son utilisation du travelling et de la musique (fervent de musique classique qu’il était). Son influence sur le cinéma est considérable, ses déflagrations se faisant encore sentir aujourd’hui, ayant créé une œuvre « universaliste » du fait des thèmes intemporels abordés.

Filmographie :

Fear and desire (1953) : Le premier long métrage de Stanley Kubrick, interdit de réédition par le cinéaste Kubrick lui-même. Le synopsis débutant ainsi : « Une patrouille militaire de quatre hommes se retrouve derrière les lignes ennemies dans une guerre abstraite, après que leur avion s’est écrasé. »

baiser-du-tueur.jpegLe Baiser du tueur (killer’s kiss, 1955) : Film annonciateur de la Nouvelle Vague par sa forme, ce deuxième long métrage est un film noir tout comme le premier réalisé avec très peu de moyens. Kubrick y assurant seul les principales fonctions et à l’origine de l’histoire…Un boxeur au bout du rouleau (la scène du combat dans Le Baiser du tueur démontre déjà une certaine jouissance à filmer ­ magistralement ­ la violence) vient en aide à une voisine, tombe amoureux d’elle et se retrouve malgré lui mêlé à une sale affaire mêlant désir et de jalousie.

L’Ultime razzia (The Killing, 1956) : Archétype du cinéma noir, le film relate la chronologie du hold-up voué à l’échec. Film rythmé, ne faisant pas de place au sentimentalisme, une sorte de dédain transparait dans la manière qu’appréhende Kubrick pour sur ses personnages remplis de failles.

Les Sentiers de la gloire (Paths of glory, 1958) : Jamais réellement interdit en France (quoi qu’en dise la légende) mais tout simplement pas présenté pour la distribution française sachant le film par avance censuré du fait de la Guerre d’Algérie. Il faudra attendre 17 ans après sa sortie pour qu’il sorte dans les salles françaises. Le film est ouvertement un brûlot contre la guerre et relate l’abjection du système militaire.

Spartacus (1960) : Après avoir été remercié par Marlon Brando pour La Vengeance aux deux visages (One-eyed Jacks) après plusieurs mois de travail sur le scénario, quelque peu aux abois il se trouva contraint d’accepter au pied levé la réalisation du film. Autrefois habitué aux budgets modestes, il se retrouva du jour au lendemain aux manettes d’une superproduction. Kubrik confiera que. « Mon principal problème sur Spartacus, confiera Kubrick, c’est que j’avais un scénario bête.» Spartacus est toutefois un tournant important dans la carrière de son réalisateur qui devenant bankable put imposer par la suite son désir d’indépendance artistique et financière.

Lolita (1962) : Adaptation du célèbre roman de Nabokov, Kubrick s’attaque à l’hypocrite moraline de son époque et traite aussi un de ses sujets chers : l’exploitation du corps infantile. Kubrick prenant un malin plaisir à dynamiter l’Amérique moyenne idyllique.

2001 : l’odyssée de l’espace (2001 : A Space odyssey, 1968) : Film qui tente de résumer et prédire le destin de l’humanité et du mystère de l’univers, le film se termine une image tenant  à la fois de l’embryon humain, de la machine et de la planète. Comme si le destin de l’humanité étant de fusionner avec elles.

Orange mécanique (A Clockwork orange, 1971) : « L’histoire d’un jeune homme qui s’intéresse principalement au viol, à l’ultraviolence et à Beethoven », annonçait synthétiquement le slogan. Collant à l’époque par son imagerie pop, bien qu’ayant vieilli il est aussi annonciateur des maux de notre société contemporaine désaxée.

Shining (1980) : Adaptation d’un livre de Stephen King, une fois digéré ce faux film d’horreur viennent les questionnements, soit : une des déviances de l’homme occidental infantilisé, celle d’un homme désirant se libérer des contingences familiales et à la recherche de la jeunesse éternelle.

Full metal jacket (1987) : Faussement film de guerre, utilisant pour toile fond la Guerre du Vietnam, le film dénonce le conditionnement, l’endoctrinement, la déshumanisation. Se terminant par « Paint it black » des Stones… Tout est dit.

Eyes wide shut (1999) : Son treizième et dernier opus est une adaptation du roman La Ronde de Schnitzler, film dont il ne put jamais voir la version commercialisée puisqu’il mourut avant sa sortie. Dans cet univers baroque et déviant, presque tous les thèmes chers au réalisateur sont abordés. Pour la petite histoire, dans la vie réelle la fille de Kubrick fut embrigadée par l’Eglise de Scientologie, est-ce donc un hasard s’il choisit Tom Cruise et sa femme de l’époque pour Eyes Wide Shut ?

Projet avorté : En 1969 le cinéaste préparait un film sur Napoléon qui malheureusement ne vit jamais le jour. Napoléon et son esprit martial et conquérant étant bizarrement une des idoles de Kubrick. Le film ne se fit jamais…  Tout était quasiment prêt, des archives énormes ayant été rassemblées le cinéaste. Scénario de près de 200 pages écrit par Kubrick en personne, des repérages ayant même été effectués en Yougoslavie, en France, en Italie, en Roumanie, en Belgique. Peu admirateur du Napoléon d’Abel Gance, son ambition était carrément de signer « le meilleur film jamais réalisé ». Au bout de deux ans de travail, la MGM lâcha l’affaire…

 

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dimanche, 11 septembre 2016

Sept films à voir ou à revoir sur les Mers et océans

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Sept films à voir ou à revoir sur les Mers et océans

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Que Charles Baudelaire a raison de vanter les Hommes libres qui toujours chériront la mer. Eléments consubstantiellement étrangers à l'animal terrestre qu'est l'être humain, les mers et océans n'ont de cesse que de refuser de se laisser apprivoiser. Les mythologies regorgent de récits dans lesquels la Nature reprend ses droits. Ainsi de Poséidon, Dieu des mers et océans, coupable de furieuses colères. De même, les récits de raz-de-marée et de cités englouties comme l'Atlantide font se sentir l'Homme vulnérable face à l'imprévisibilité de l'élément aquatique. Elément prédominant tel que l'indique la Genèse, élément destructeur tel qu'elle apparaît dans le Déluge, la mer revêt des attributs similaires dans les religions monothéistes. Le combat entre l'homme et les mers et océans apparut dès l'organisation des premières sociétés humaines établies sur les côtes. Tout à la fois objet d'émerveillement et de terreur, l'imaginaire voyait ces vastes étendues mouvantes peuplées de créatures monstrueuses. Mare incognita, les mers furent longtemps considérées comme des fins du monde, à plus forte raison avant la révolution galiléenne affirmant la sphéricité de la Terre, amorcée par Pythagore dès le 5ème siècle avant Jésus-Christ. Les rapports de l'homme à la mer évoluent au fur et à mesure des améliorations des techniques de navigation. Au cabotage succèdent les grandes traversées maritimes. S'il est un fait acquis aujourd'hui que Christophe Colomb ne mit les pieds sur le continent américain que de nombreux siècles après les Vikings, l'anthropologue Jacques de Mahieu va plus loin en indiquant que les Hommes du Nord descendirent jusqu'en Amérique du Sud, et furent, avant eux, devancés par les Troyens. Ce sont néanmoins les Grandes découvertes qui modifièrent radicalement la perception de l'Homme aux territoires maritimes ou "merritoires" pour reprendre l'expression du géographe Camille Parrain. Indéniablement, les Grandes découvertes confirment de la manière la plus empirique la sphéricité du globe terrestre. Mais on ne dompte jamais les océans, quand bien même on les traverse. Sans évoquer les furieuses et meurtrières batailles navales des Guerres du Péloponnèse à Guadalcanal, en passant par Lépante, la mer demeure un danger constant que ne vaincra aucune technologie. Nombreuses sont les fois lors desquelles La Mer n'a pas voulu..., pour reprendre le titre de l'un des ouvrages trilogiques de Saint-Loup. L'écrivain-guerrier qui écrit justement que "Maintenant que des milliers de plaisanciers découvrent la mer, et particulièrement la navigation traditionnelle à la voile, avec plus de bonne volonté et d'enthousiasme que d'expérience, nous voyons que si les amateurs ont multiplié les bêtises de tout ordre, l'Océan n'a pas voulu en prendre acte et leur a fait crédit. " Alain Colas sur Manureva, Loïc Caradec, Eric Tabarly, mais encore Daniel Gilard, co-équipier d'Halvard Mabire, même des navigateurs parmi les plus expérimentés ne revinrent pas de leur long voyage. L'Homme ne prend jamais tout à fait la mer... Nombreux furent les peintres, écrivains et poètes à rendre hommage à la mer à travers leur art. Les cinéastes ne furent en reste et ne manquèrent pas de s'inspirer justement de Daniel Defoe, Jules Verne ou Michel Tournier. Plongée, c'est le cas de le dire, dans sept films de ce genre cinématographique.

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ALL IS LOST

Film américano-canadien de Jeffrey C. Chandor (2013)

Traverser les océans n'est pas sans danger. Tandis qu'il traverse en solitaire l'Océan indien, un navigateur découvre à son réveil que la coque sur tribord de son voilier de douze mètres a été éventrée lors d'une collision avec un container à la dérive. Privé de radio et de tout matériel de navigation, le monocoque est pris dans une furieuse tempête. C'est de justesse que le navigateur expérimenté survit. Notre marin n'en est pas pour autant tiré d'affaire. L'océan est infesté de requins et les réserves alimentaires fondent à vue d'œil sous un Soleil implacable. Seuls un sextant et quelques cartes marines permettent au navigateur de tenter de gagner une voie de navigation empruntée par des cargos et demander de l'aide...

Un seul acteur et aucun dialogue, si l'on fait exception de quelques jurons bien compréhensibles, au cours d'une centaine de minutes qui illustrent huit jours de naufrage. Un seul acteur dont on ne sait rien. Seulement, devine-t-on l'existence d'une famille à l'aide d'une photographie. Chandor séquestre le spectateur sur le monocoque malmené en ne procédant à aucun flash-back, ni scène extérieure à l'embarcation. Un tel exercice de style peine évidemment à tenir le spectateur en haleine tout au long de l'œuvre et l'on peut reprocher un certain manque d'intensité dramatique. Un seul acteur donc, mais c'est Robert Redford, monstre redoutable du cinéma, qui réalise une grosse performance scénique à 77 ans. Le film n'en est pas moins plaisant.

LE CRABE-TAMBOUR

Film français de Pierre Schoendoerffer (1977)

crabetam.jpgQuittant Lorient, l'escorteur d'escadres Jauréguiberry est chargé d'assister des chalutiers de pêche sur les bancs de Terre-Neuve pour sa dernière mission avant démilitarisation. Au cours de la traversée, le commandant, le médecin-capitaine et le chef mécanicien se remémorent Willsdorff, dit le Crabe-Tambour, un personnage qu'ils ont côtoyé naguère tandis qu'il participait aux guerres d'Indochine et d'Algérie. Partisan du maintien de l'Algérie française, le Crabe-Tambour avait rejoint les rangs de l'Organisation de l'Armée secrète. Préférant le légalisme à la clandestinité, le commandant avait été contraint de manquer à sa parole et rompre le contact avec le Crabe-Tambour, aujourd'hui patron de l'un des chalutiers escortés. Si proches après tant de temps. Et pourtant, les mauvaises conditions météorologiques empêchent le commandant de saluer l'ancien O.A.S. en personne. Le cancer du poumon qui condamne le commandant à une mort imminente est bien peu de choses face aux tourments de sa trahison à l'égard de Willsdorff...

A-t-on besoin de présenter ce splendide drame de la Marine militaire ? Il est un crime de ne pas l'avoir vu. Cinéaste militaire par excellence, Schoendoerffer ne laissa le soin à personne d'adapter à l'écran son propre roman, inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume qui participa d'ailleurs au tournage comme conseiller technique. Un film à l'ambiance mortifère dans lequel la Grande faucheuse rode, prête à enlever les soldats tourmentés à jamais que la France a trahi. Eux qui avaient choisi De Gaulle plutôt que leur idéal et prendre les armes au sein de l'O.A.S. Une part d'eux-mêmes est morte en Algérie et les tourments de l'honneur, bafoué ou manqué, hanteront leurs nuits jusqu'à leur dernier souffle. Quelques critiques bien-pensants se sont étranglés du portrait nostalgique et nationaliste de la France coloniale puissamment interprété par Jean Rochefort, Claude Rich, Jean Perrin et Jacques Dufilho, qui rivalisent d'une souveraine sobriété. Adieu Vieille Europe, que le Diable t'emporte ! Un chef-d'œuvre !

THE DISCIPLE

Titre original : Lärjungen

Film finlandais d'Ulrika Bengts (2013)

disciple-larjungen-recensione.jpgL'été 1939, âgé de treize ans, Karl Berg débarque sur la petite île déserte de Lågskär, perdue en pleine mer Baltique, afin d'être l'apprenti du gardien du phare, Hasselbond, accompagné de son épouse et de ses deux enfants. Jugé trop jeune, le gardien refuse son enseignement à l'apprenti, pourtant bien contraint de demeurer sur l'île, le bateau désormais reparti. Karl va s'échiner à se lier d'amitié avec Gustaf, le souffre-douleur et fils de Hasselbond. Karl se révèle entreprenant et dégourdi et est progressivement accepté du gardien-tyran, au point que ce dernier commence à favoriser l'apprenti à son propre fils. L'amitié entre les deux jeunes garçons se double bientôt d'une forte rivalité. Par-dessus tout, Hasselbond interdit tout mensonge dans son entourage. Mais lui-même ne semble pas exempt de reproches...

Un huis clos à ciel ouvert ! Aussi paradoxale que puisse paraître cette assertion, c'est bien ce tour de force que réalise la réalisatrice en situant son intrigue sur une minuscule île des 6.500 sauvages îles Aland, situées au beau milieu de la Baltique, dont la Suède et la Finlande se disputaient la souveraineté. La Société des Nations mit un terme au conflit en attribuant l'île à la Finlande malgré que le dialecte parlé par la maigre population soit rattaché au suédois. Mais parlons plutôt du film pour indiquer que Bengts dresse de magnifiques portraits de chacun de ses personnages vivant sous l'emprise d'un ombrageux gardien de phare dont la vie est dédiée au seul exercice de sa profession. Le film est intégralement filmé en lumière naturelle, offrant à la réalisation un caractère diaphane des plus envoutants. Il est également servi par un époustouflant trio d'acteurs principaux. Un bijou froid.

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FIDELIO, L'ODYSSEE D'ALICE

Film français de Lucie Borleteau (2014)

Âgée de trente ans, Alice réalise son rêve de devenir marin. Dans quelques jours, elle embarquera comme mécanicienne sur le Fidelio parmi un équipage exclusivement masculin. Aussi, doit-elle se résoudre de laisser à quai son ami Félix. A bord du navire de marine marchande, Alice apprend que l'homme dont elle vient de prendre la place vient de mourir. Egalement, Gaël, le commandant du vieux cargo n'est autre que son premier grand amour. Si la jeune femme est éperdument amoureuse de Félix, la solitude du grand large lui impose de se questionner sur la fidélité. Alice cède aux avances de son ancien amoureux, ce qui ne manque pas de se savoir très rapidement sur le navire. Une embarcation sur laquelle tout n'est pas rose. Dans sa cabine, Alice tombe par hasard sur le carnet de l'ancien mécanicien décédé qui renseigne la jeune femme sur la vie du rafiot et de l'équipage. Elle apprend également que le navire n'est pas aux normes et est habitué aux problèmes mécaniques...

Voilà un premier long-métrage maîtrisé de bout en bout ! Borleteau filme admirablement le microcosme du personnel marin dans ce film dans lequel l'on parle français, anglais évidemment mais également le roumain et... le tagalog, dialecte philippin. Les mers sont également plaisamment filmées au gré des traversées au long cours. Certes, la jeune réalisatrice possède cet art mais c'est surtout son héroïne qui retient l'attention. Un marin a une femme dans chaque port dit-on. Mais lorsque l'on est "une" marin, on peut se permettre également d'avoir un homme dans chaque bateau. Tourmentée au début et progressivement gagnée par la solitude et la mélancolie sexuelle, Alice cède à ses pulsions. Nul portrait féministe pourtant, mais celui d'une jeune femme qui a décidé d'être actrice de son destin. Ariane Labed y crève l'écran, pleine d'une sincérité troublante. A voir !

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MANINA, LA FILLE SANS VOILES

Film français de Willy Rozier (1952)

Gérard Morère est un étudiant parisien de 25 ans. Tandis qu'il assiste à une conférence d'archéologie, il apprend que l'épave d'un navire phénicien coulé au large des côtes de la Corse pendant les guerres du Péloponnèse contiendrait un trésor. Immédiatement, cette révélation fait écho à une plongée sous-marine qu'il avait effectué cinq années auparavant à proximité des Îles Lavezzi et lors de laquelle il avait pu voir des fragments d'amphores. Morère se persuade qu'il sait où se trouve le trésor de Trolius et qu'il doit partir à sa recherche. Des amis et un aubergiste acceptent de financer son entreprise. A Tanger, l'étudiant s'associe avec Eric, contrebandier de cigarettes qui le convoiera jusque sur le lieu du supposé naufrage. Parvenu en Corse, le chasseur de trésor fait la connaissance de la magnifique Manina, 18 ans et fille du gardien du phare, qui prend un bain de Soleil sur les rochers... Le contrebandier Eric s'aiguise d'autant plus l'appétit que Morère préfère compter fleurette...

Second film de Brigitte Bardot, alors âgée de 18 ans et premier grand rôle après son apparition au milieu du long-métrage. Il n'est pas le meilleur film de B.B., loin de là même..., mais les acharnés de l'icône y trouveront leur bonheur. Sculpturale dans son bikini blanc ou noir, on comprend aisément qu'un chercheur de trésor y perde son latin, son grec et ses amphores ! B.B. sauve à elle seule le film du naufrage. Point de sexisme et admettons que l'acteur suisse Howard Vernon campe également son rôle avec talent. Effroyable bluette avec des dialogues d'aucune envergure, la réalisation de Rozier offre quand même de belles images de plongée sous-marine. Un Grand bleu avant l'heure. On y entend également avec plaisir des chants traditionnels en langue corse ! Si Dieu créa la femme B.B., Rozier n'inventa pas le cinéma...

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PÊCHEUR D'ISLANDE

Film français de Pierre Schoendoerffer (1959)

A Concarneau en 1959, l'armateur breton Mével ordonne au second d'équipage Guillaume Floury, surnommé Yan, de prendre la place du capitaine blessé dans une précédente tempête après qu'il soit parvenu à ramener l'embarcation à bon port. Yan commandera le chalutier Pêcheur d'Islande pour la première fois. Qu'à cela ne tienne que ledit chalutier ait une bien mauvaise réputation. Car on le dit porter malheur. Qu'à cela ne tienne donc et ce à plus forte raison que Yan fait la connaissance dans le bureau de Mével de sa fille Gaud, récemment rentrée de Paris. Les deux jeunes adultes ne restent pas indifférents l'un à l'autre. Au large, la pêche est bien maigre. Voulant faire ses preuves, Yan l'espérait au contraire miraculeuse. Il décide de gagner les dangereuses eaux au large de l'Irlande et de pêcher frauduleusement dans les eaux territoriales. Dénoncé par Jenny, sa maîtresse jalouse de Gaud, Yan est renvoyé. La mauvaise réputation du bateau empêche Mével de trouver un nouveau successeur. Yan reprend le commandement du Pêcheur d'Islande bientôt porté disparu...

Schoendoerffer ne fut pas le premier à porter à l'écran le roman éponyme de Pierre Loti ; Jacques de Baroncelli s'y étant déjà essayé en 1924. Le réalisateur modernise l'histoire et prend de nombreuses distances avec le texte initial, notamment en incluant des scènes maritimes à la différence du roman dont l'intrigue se passe intégralement en terre armoricaine. Il n'est d'ailleurs pas sûr que ce Pêcheur soit une adaptation de Loti. Le film n'en demeure pas moins une belle réussite bien que le Schoendoerffer de 1959 ne soit pas encore le génialissime réalisateur dont le talent explose six ans plus tard avec La 317ème Section. L'intrigue est solide et les personnages bien campés ; Charles Vanel en tête. Un film intéressant sur la pêche d'Islande, aussi dangereuse que mythique dans l'univers marin, à laquelle les Flamands préféreront le terme de pêche à Islande.

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TEMPÊTE

Film français de Samuel Collardey (2015)

Âgé de 36 ans, Dominique a une vie toute consacrée à son dur métier de pêcheur en haute mer. Ce n'est que trop rarement qu'il reste à terre en compagnie de ses enfants dont il a hérité de la garde après sa séparation avec son épouse Chantal. Dom fait preuve d'une inextinguible envie de se montrer à la hauteur de la tâche malgré ses longues absences et se rêve en patron de son propre chalutier associé avec son fils Matteo. Avec sa sœur Maylis, Matteo tente de ne pas trop faire payer au père de manquer nombre d'événements au sein du foyer des Sabes-d'Olonne. Les adolescents autonomes n'en mènent pas moins leur vie. Mais les choses se compliquent lorsque l'assistante sociale et la juge menacent Dom de lui retirer la garde des enfants s'il ne passe pas plus de temps à terre. Et Maylis, seulement âgée de seize ans, doit se résoudre d'affronter seule l'avortement d'un foetus non viable. Afin de les conserver auprès de lui, Dom se résout à transformer son rêve d'affaire en réalité. Sans apport financier mais de la hargne, il dépose des dossiers auprès des banques...

Dominique, Chantal, Matteo et Maylis Leborne, quatre comédiens amateurs qui campent leur propre rôle dans ce long-métrage quasi-documentaire qui gagne son pari d'avoir la force d'un coup de poing qui se reçoit avec la tendresse d'une caresse sur la joue. Collardey offre une formidable immersion dans le quotidien professionnel et familial d'un marin pêcheur vendéen. Aux longues et harassantes campagnes de pêche succèdent de trop fugaces moments de bonheur en famille bien que le père peine à offrir une éducation et se comporte plus en grand frère immature et maladroit dans ses sentiments. Et ce foutu argent qui manque immanquablement... La représentation de la figure paternelle ne manquera pas d'offusquer les plus puritains des spectateurs. Collardey révolutionne le cinéma social français. A voir absolument que ce film enthousiasmant et généreux !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

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mercredi, 15 juin 2016

Sept films à voir ou à revoir sur l'Adolescence

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Sept films à voir ou à revoir sur l'Adolescence

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Plus tout à fait un enfant, pas encore un adulte, l'adolescence a très certainement toujours été l'âge le plus difficile à vivre pour l'entourage, surtout pour l'entourage, mais également, soyons de bonne grâce, pour l'adolescent en question. Ainsi François Truffaut clamait-il que "l'adolescence ne laisse un bon souvenir qu'aux adultes ayant mauvaise mémoire". Mais est-on encore adolescent aujourd'hui ? Soucieux de s'accaparer une part de marché numériquement très nombreuse, le capitalisme n'a pas manqué de lorgner sur ces proies faciles, extirpées de la tutelle parentale depuis 1968, que le mimétisme social oblige aux épousailles avec une société de consommation parfaite dans ses capacités d'adaptation du marketing. La cigarette, le rap, le sexe précoce et les vêtements de marque constituent un uniforme de la jeunesse tandis que les nouvelles technologies, téléphone et jeux vidéos, ouvrent grandes les portes des interdits sociaux. L'adolescent est aujourd'hui un adulte comme les autres et l'adulte commun se revendique un enfant comme les autres. La déresponsabilisation individualiste de chacun devient un programme existentiel favorisant le triomphe du système dictatorial de la masse. Peut-être est-il faux d'écrire, d'ailleurs, que l'on n'est plus adolescent tant on l'est peut-être désormais toute notre vie. C'est finalement l'âge adulte qui a disparu. Oh bien évidemment, tous les boutonneux pubères et lolitas qui se maquillent comme une voiture volée ne sont pas à jeter dans le même sac. Personne ne doute que vous ayez été vous-même un adolescent différent ! Ben voyons ! Thème majeur du Septième art, le cinéma sur l'adolescence, à ne pas confondre avec le teen movie à destination des adolescents, dresse un large panel de cet âge, passage rituel obligé, duquel n'est jamais absent la quête de la première fois et les tourments des premiers émois. Le cinéma entend agir ici comme un miroir qui reflète à celui devenu adulte ce qu'il a été. A l'analyse des jeunes portraitisés dans les films suivants, on se fera immanquablement la remarque : avoir des enfants, pourquoi pas ?, mais pourvu qu'ils ne deviennent jamais adolescents !

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A DERIVA, UN DERNIER ETE

Titre original : A Deriva

Film brésilien de Hector Dhalia (2009)

Dans les années 1980. Filipa est âgée de quatorze ans. Cet été, c'est sur la plage brésilienne de Buzios que la jolie adolescente passera ses vacances avec ses parents, son frère et sa sœur cadets. La jeune fille est extrêmement proche de son père Mathias tandis qu'elle entretient des rapports plus tendus avec sa mère Clarice, dépendante à l'alcool. A cet âge, ce sont les premiers émois amoureux qui doivent tenir lieu d'actualités estivales. Mais Filipa surprend l'adultère de son père, célèbre romancier frappé du syndrome de la page blanche qui trompe son épouse avec Angela, une américaine établie à proximité du village. Certes Filipa avait bien deviné la morosité qui gagnait l'union de ses parents mais l'adultère lui semblait impensable. La découverte de l'infidélité est la première d'une série de désillusions qui feront entrer l'adolescente dans le monde des adultes. S'initiant maladroitement aux problèmes des adultes, l'adolescente tient Angela pour responsable de la séparation de ses parents...

Les tourments de l'adolescence..., voilà un thème que le cinéma n'aura pas manqué de traiter. La présente réalisation tire pourtant largement son épingle du jeu.  La localisation de l'intrigue dans une partie sauvage de la côte brésilienne brûlée par le Soleil plutôt que sur les grandes étendues de Copacabana y est très certainement pour beaucoup. Quels paysages magnifiques ! La jeune Laura Neiva est époustouflante dans son rôle d'adolescente sensuelle qui apprend le monde des adultes à l'aune de la trahison qui fait s'écrouler son monde enfantin rempli de certitudes en même temps que l'éveil à l'émoi sentimental auquel s'oppose la complexité des rapports amoureux entre adultes. Dhalia évite tous les écueils mélodramatiques du genre et livre un film au charme indéniable malgré quelques longueurs, disons plutôt langueurs, et quelques scènes inutiles.

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L'AMOUR, C'EST LA HONTE

Film français de Bruno Bontzolakis (2010)

La Gironde est agréablement baignée de Soleil cet été. A quinze ans, Mélissa vient d'emménager dans un lotissement résidentiel lorsqu'elle fait la connaissance d'Océane et Jessie avec lesquelles elle se lie d'amitié. Le pavillon de Mélissa devient un lieu de villégiature. S'ennuyant fermement, les trois jeunes filles invitent un groupe de cinq garçons, qui traînent dans le quartier, à profiter des lieux. Il y a Fred qui dirige le petit groupe de mâles, mais aussi Omar, Arthur, Tom et son grand frère Bruce. Mélissa tombe bientôt amoureuse de ce dernier, âgé de 17 ans. L'idylle naissante est soumise à rude épreuve de la part de la bande nouvellement formée. Bruce éprouve bien des sentiments réciproques à l'égard de Mélissa mais il subit l'ascendant de Fred qui estime qu'aimer, c'est la honte...

De la même manière qu'il vaut mieux boire un bon crémant qu'un mauvais champagne, il est préférable de regarder un bon téléfilm qu'un mauvais film ! Produit pour la télévision, la réalisation de Bontzolakis manque évidemment de moyens que le réalisateur a le génie de compenser par un procédé narratif d'une remarquable originalité et efficacité. Les 86 minutes du film sont divisées en deux parties de durée sensiblement égales présentant la même histoire par le prisme de Mélissa puis de Bruce. Une adolescente s'éveille à l'amour en compagnie d'amis qui font l'apprentissage des jeux sensuels. Passées les quarante premières minutes qui s'apparentent à une banale bluette "téléfilmique", l'histoire prend une toute autre tournure, ô combien plus tragique, lorsque Bruce prend le contrôle de la narration. La bluette se transforme progressivement en drame sordide et désenchanté à l'atmosphère pesante parfaitement entretenue. Le film est puissamment servi par une kyrielle de jeunes acteurs jusqu'alors inconnus. A voir !

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EKA ET NATIA, CHRONIQUE D'UNE JEUNESSE GEORGIENNE

Titre original : Grzeli nateli dgeebi

Film géorgien de Nana Ekvtimishvili et Simon Groẞ (2013)

Au lendemain de l'effondrement du régime soviétique en 1992, Eka Khizanishvili et Natia Zaridze sont deux amies inséparables âgées de quatorze ans. Si la mère de Natia pense que sa fille subit la mauvaise influence d'Eka, elle est bien impuissante à les faire se séparer. A Tbilisi, les deux jeunes filles mènent une adolescence normale partagée entre la famille, l'école et les copains avec lesquels elles se promènent dans les rues de la capitale. Les deux amies ne se sentent pas toujours libres dans une société postsoviétique dans laquelle la pénurie alimentaire se fait ressentir et qui conserve l'ensemble de ses attributs patriarcaux. Natia est harcelée par le jeune Kote qui souhaite l'épouser. L'amoureux-voyou éconduit ne supporte pas de voir sa courtisée décliner ses avances. La tradition veut que les jeunes filles se fassent enlever en vue d'être mariées. Aussi, Natia l'est. Pour fuir son père violent, elle épousera finalement bien Kote...

S'inspirant des propres souvenirs de son adolescence passée dans une Géorgie indépendante faisant chemin depuis le communisme vers le capitalisme et encore en guerre avec la province sécessionniste d'Abkhazie, Ekvtimishvili cosigne une remarquable œuvre d'une vérité sociologique sans aucun défaut bien que l'on s'attarde parfois trop sur quelque détail. La Géorgie est filmée elle-même telle une adolescente en même temps que le duo de réalisateurs sublime une tendre amitié entre deux jeunes filles obligées de se débrouiller dans une société qui a perdu tous ses repères. Loin de sombrer dans la réalisation dramatique, le film se veut léger et espiègle. Les deux héroïnes sont stupéfiantes de fraicheur empreinte de gravité. Un film qui sonne fort et juste sur un pays largement méconnu en Europe.

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NAISSANCE DES PIEUVRES

Film français de Céline Sciamma (2007)

L'été à Cergy-Pontoise. Trois adolescentes se croisent à la piscine municipale. Toutes gravitent autour du club de natation synchronisée et c'est dans le vestiaire qu'elles apprennent à mieux se connaître. Entraineuse des poussines, Anne est boulotte et complexée par ses formes. Amoureuse de François, joueur de l'équipe locale de water-polo, elle espère être aimée en retour. Son amie Marie, quant à elle, est troublée par Floriane, la capitaine des minimes. Et Floriane, si une réputation de vertu légère lui colle au maillot, elle appréhende en réalité sa première fois aussi désirée que terrifiante. Floriane s'en confie à Marie. En plus de la pratique sportive, toutes ont pour point commun d'être submergées par ce désir qui doit faire de cet été un moment inoubliable. Les espoirs et les drames se jouent. Au cours d'une soirée, c'est Floriane qui sort avec François, laissant Anne effondrée...

Premier long-métrage de la jeune réalisatrice qui révèle Adèle Haenel. Si la pratique de la natation synchronisée constitue le thème central du film, ceux que cette pratique ne révulse pas fanatiquement regarderont l'essai sans déplaisir. Si le rythme peut paraître parfois trop lent, il est à l'image de ses héroïnes ennuyées et ennuyeuses, aussi seules que leur cité de Cergy-Pontoise est morne. Dans ce film liquide, naïades, sirènes et poissons moins fluides se confrontent à leurs doutes en matière de sexualité. Leur première fois pourrait être synonyme de noyade et dans ce cas, il n'est pas toujours facile de se jeter à l'eau. Parfois drôle, parfois émouvant, chaque femme y retrouvera une partie de ses quinze ans dans ce portrait complexe et abouti de l'adolescence. Une première réalisation intéressante malgré ses défauts.

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NOCE BLANCHE

Film français de Jean-Claude Brisseau (1989)

A Saint-Etienne en 1989. Mathilde Tessier est une adolescente écorchée vive, solitaire et mal dans sa peau. Son professeur de philosophie, François Hainaut, découvre la jeune fille évanouie à proximité d'un arrêt de bus. Le professeur pense pouvoir venir en aide à son élève en développant ses qualités intellectuelles qu'il croit certaines. François a raison de défendre son élève devant le conseil de discipline car Mathilde devient en effet plus assidue aux cours et ses notes progressent en même temps que baisse sa consommation de drogue. Mais le professeur quinquagénaire n'avait pas prévu que la lycéenne tombe follement amoureuse de lui et manque de pudeur en sa compagnie. Lui-même ne tarde d'ailleurs pas à succomber et se détacher de son épouse. François sait bien que cette aventure ne peut durer éternellement...

Le film révéla au cinéma Vanessa Paradis, alors âgée de seize ans, dans cette réalisation naturaliste de Brisseau qui résonne comme une tragédie grecque. Talentueux cinéaste sexualisant, Brisseau fait se transcender son héroïne à la dérive qui ne remonte difficilement la pente que pour mieux chuter jusqu'à son dénouement le plus extrême et entrainant dans sa chute son Roméo qui, s'il survivra, demeurera à jamais meurtri de cette voluptueuse rencontre empoisonnée. Une provinciale histoire d'amour interdit, plaisamment localisée dans une cité stéphanoise, dont l'âpreté colle aussi durement que majestueusement à l'intrigue. Doit-on condamner ce professeur sur ses gardes qui succombe malgré lui à la fragilité de cette femme-enfant incapable d'être aimée ? Il se pourrait que le débat déchaîne les passions. En se privant de tout jugement moral, Brisseau a décidément réussi son film.

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NOS 18 ANS

Film français de Frédéric Berthe (2007)

Le baccalauréat 1990, c'est dans quelques jours ! Profitant de ces derniers instants au lycée, Lucas conspue le professeur qu'il hait le plus, en la personne de Monsieur Martineau qui enseigne la philosophie. Pas de chance ! Martineau fera partie des membres du jury de la session de rattrapage orale et Lucas devine qu'il n'aura pas la moyenne à la session écrite. Le soir de la dernière épreuve, le jeune homme tombe éperdument amoureux de Clémence qu'il rencontre dans une soirée. Les choses se compliquent un peu plus lorsqu'il comprend que la jolie jeune fille n'est autre que celle du professeur qu'il a insulté de raté et de salaud. Les deux lycéens se séparent et passent les jours suivants, en compagnie de leurs amis respectifs, à réviser pour les rattrapages et mener de front leur vie sentimentale qui semble aussi compliquée qu'une leçon de physique quantique...

Si on devient adulte à 18 ans, on ne l'est pas pour certains qui peinent à quitter l'insouciance de leur adolescence. Le thème des lycéens drôles, pas méchants, un peu branleurs et que rien ne préoccupe, Berthe n'est pas le premier à s'y essayer et de ce point de vue, Nos 18 ans ne révolutionne pas le genre. Les lycéens potaches sont plus préoccupés par les travaux pratiques de leurs cours d'anatomie que par leurs classeurs. Le film manque autant de profondeur que le cerveau de nos jeunes sous-doués et on les jugera bien énervants en priant ne pas avoir été comme eux. En teen movie qu'il est, le film n'évite pas les clichés tant de fois rebattus, mais met en scène un pléiade de sympathiques acteurs. Des scènes sont drôles. Pour la petite histoire, il est rare qu'un film français soit un remake d'un film étranger. En voici un ! Berthe retranscrit en France la réalisation Notte prima degli esami, tourné une année auparavant par Fausto Brizzi.

UN POISON VIOLENT

Film français de Katell Quillévéré (2010)

poison-violent.jpgCet été, plus rien ne sera comme avant pour Anna, quatorze ans. Fraichement rentrée de l'internat, elle découvre que son père a quitté le domicile conjugal. Sa mère, effondrée, trouve quelque réconfort auprès du jeune prêtre du village breton qui ne la rend pas insensible. Quant à Anna, la consolation, c'est son mécréant de grand-père qui la lui procure. Anna prépare pieusement sa confirmation qui constitue la prochaine étape de sa foi catholique. Mais surgit Pierre qui fait chavirer le cœur de l'adolescente. Déboussolée par ses déboires familiaux et sentimentaux, Anna se met à fréquenter les enterrements. Ses croyances religieuses sont d'autant plus ébranlées que le regard des autres sur son corps en pleine puberté change. Pierre éprouve un désir ardent pour Anna, loin d'être insensible, tandis que sa mère, succombant à la crise de la quarantaine, la jalouse. C'est au prêtre qu'il reviendra de palier l'absence du père et tentera de prodiguer ses meilleurs conseils pour qu'Anna reste dans le droit chemin...

Douce mélancolie... Quillévéré dresse un tendre et délicat portrait d'Anna, immergée dans une famille bretonne très pieuse, très croyante elle-même, dont l'harmonie vole soudainement en éclat lorsque le démon de minuit enlève la figure paternelle. A cet âge, est-on armée pour faire face aux convoitises qui se font pressantes lorsqu'il faut privilégier la toute première foi à la toute première fois ? Une mère qui maîtrise mal le sacerdoce de chasteté cléricale, un grand-père mourant qui confond sa petite-fille et un tableau de Gustave Courbet. L'adolescente tourmentée se confronte au feu démoniaque de la puberté et Anna s'autorise quelques écarts avec le dogme. Le prêtre fait figure de phare bienveillant dans cet océan passionnel déchainé. C'est assez rare pour être souligné ! "Un poison violent, c'est ça l'amour"..., chantait Serge Gainsbourg. Un premier long-métrage encourageant qui embrasse plusieurs thèmes mais peine à les approfondir.

Virgile / C.N.C.

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lundi, 11 avril 2016

Sept films à voir ou à revoir sur la Musique classique et lyrique

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Sept films à voir ou à revoir sur la Musique classique et lyrique

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"S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu.", écrivait Emil Cioran non sans quelque provocation ! Cette joute replace néanmoins la musique classique dans son essence quasi-divine en matière de création de toute chose. La musique classique tire son origine de la musique de la Renaissance qui prend, elle-même ses sources d'une double inspiration, sacrée sous l'impulsion du chant grégorien et profane à la suite des troubadours des cours d'oc et trouvères médiévaux. La musique classique est ainsi une musique savante, au sens qu'elle est précisément structurée et élaborée, musique savante donc, occidentale, liturgique et séculière qui s'oppose à la musique populaire. Aussi, ne doit-on pas craindre d'affirmer son caractère élitiste sans qu'il soit hermétique aux classes populaires soucieuses de la notion de Beau. Inutile de faire cours sur l'histoire de la musique classique. Les plus intéressés se plongeront dans le maître-ouvrage Histoire de la musique de Lucien Rebatet qui fait autorité au point de ne cesser d'être réédité chez Robert Laffont. Rebatet qui a décidemment le vent en poupe au grand dam des détracteurs professionnels ; la réédition des Décombres faisant office de best-seller... S'il est nécessaire que chacun ait un rapport singulier à la musique, est-il permis d'affirmer que la Grande musique est la seule qui remporte le suffrage universel tant elle est celle qui exalte le plus toute passion ? Celui qui demeure absolument fermé à ses appels restera à jamais un cuistre ! Est-on un esprit fou si l'on considère la Marche pour la cérémonie des Turcs de Jean-Baptiste Lully, la Marche de Radtezky de Johann Strauss, la Danse des Chevaliers de Sergueï Prokofiev, la Chevauchée des Valkyries de Richard Wagner ou Carmina Burana de Carl Orff comme des appels à la révolte ? L'envoutement de l'onirique et païenne Danse macabre de Camille Saint-Saëns cède sa place à la magnificence de la Symphonie n°7 de Ludwig van Beethoven. Qui ne s'éprendrait d'une jolie dame au son de la Danse hongroise n°5 de Johannes Brahms ou de la Moldau de Bedřich Smetana ? D'autres styles musicaux peuvent procurer des sensations profondes mais ils ne seront jamais rien d'autre que des ersatz du génie musical européen, occidental tout au plus ! Il semblerait néanmoins, malheureusement, que la musique classique devienne ou soit devenue un art mort, disparu en même temps qu'Olivier Messiaen en 1992. Les fins connaisseurs seront autorisés à critiquer cette affirmation péremptoire. Et il est vrai que nombre de compositeurs n'ont connu de gloire que post-mortem. Nous indiquions quelques lignes plus haut le caractère élitiste de la Grande musique. Chacun aura pourtant, à n'en pas douter, le souvenir de parents de classe populaire sensibles et auditeurs de musique classique. Le fossé se creuse irrémédiablement entre le classique et le peuple ; la musique classique étant aujourd'hui bannie des chaînes de télévision et stations radios à l'exception d'horaires tardifs ou canaux spécialisés. Curieusement, la musique rap est certainement le genre qui "popularise" ou "modernise" le plus le récital. Certainement, ne nous faut-il pas tomber dans un complotisme niais. Gardons néanmoins à l'esprit ce qu'écrivait Platon : "Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler la musique." Cela ne doit pas concerner que le classique d'ailleurs... Quelques films n'ont pas manqué de rendre hommage à la mère de toutes les musiques. Des films pour la plupart remarquables mais dont on peut déplorer la caractère quasi-exclusivement biographique et historique. Définitivement, nous ne savons pas si le classique est mort !

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AMADEUS

Film américain de Milos Forman (1984)

"Pardonne Mozart ! Pardonne à ton assassin !", une supplication déchire la nuit d'une demeure bourgeoise de Vienne. Nous sommes en novembre 1823. Les serviteurs enfoncent la porte et découvrent leur vieillard de maître, Antonio Salieri, couvert de sang, la gorge tranchée. Musicien italien reconnu et compositeur de la cour de l'empereur mélomane Joseph II, le monde entier aurait dû auréoler Salieri de gloire si un jeune compositeur aussi immature et candide que talentueux n'était devenu la coqueluche du tout Salzbourg de 1871. Wolfgang Amadeus Mozart est son nom et sa renommée ne tardera pas à s'étendre à Vienne et toute l'Europe ! Salieri comprend le danger que représente le jeune Mozart et entreprend de l'approcher pour mieux l'éliminer. Il découvre en Mozart un génie paillard dépourvu d'éducation que ne laisse pas indifférent l'hédonisme de la vie de cour ni la profondeur du décolleté des dames...

Biographie baroque librement inspirée de la vie de Mozart vue par le prisme de celui qui se considérait comme responsable de la mort du génie. Forman livre un chef-d'œuvre. Il n'y a pas d'autre mot ! Les libertés historiques sont nombreuses. Aussi, plus qu'une biographie, Amadeus est le récit d'un affrontement entre deux hommes que tout oppose ; affrontement musical qui consacre la victoire temporaire de Salieri le travailleur acharné. Car c'est le nom de Mozart que retiendra l'Histoire, lui, qui mourut dans une misère la plus indigente. Trois heures de film captivantes. Le jeu des acteurs, les costumes et décors, l'atmosphère de la cour viennoise de la seconde moitié du 19ème siècle..., tout concourt à la perfection. Quand on pense que le rôle de Mozart faillit être offert à Mick Jagger... Même si finalement, le comportement de Mozart pourrait le faire considérer comme la première rock star de l'Histoire.

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FARINELLI, IL CASTRATO

Film italo-belgo-français de Gérard Corbiau (1994)

Naples au 18ème siècle. Castré depuis l'âge de dix ans, Carlo Broschi s'oppose dans une joute à un trompettiste virtuose sur une place bondée de la cité napolitaine. Séduite par sa voix pure et cristalline, la foule ovationne le castrat Broschi. Désormais surnommé Farinelli, le castrat devient bientôt une célébrité à laquelle n'est pas étrangère Ricardo, son frère et compositeur de ses mélodies. Farinelli sent qu'il lui faut pourtant briser le lien fraternel pour accéder à la gloire suprême. Aussi, accepte-t-il de rompre avec son frère et lier son destin à celui du  compositeur Georg Friedrich Haendel à Londres. Haendel avait pris soin de révéler à Farinelli l'origine secrète de sa voix. Il a été castré sur décision de son frère... Farinelli construit sa légende à travers toute l'Europe. Les triomphes côtoient les scandales. Il met brusquement un terme à sa carrière pour suivre Philippe V, Roi d'Espagne...

Corbiau prend de nombreuses distances avec la réalité historique de la vie du castrat dans ce remarquable film. Le travail effectué pour retranscrire la voix du castrat emporte l'adhésion. Là encore, la mise en scène, les superbes décors et costumes ravissent le spectateur. Le réalisateur peine néanmoins parfois à examiner les tourments du héros dont la voix est l'outil de sa gloire en même temps que le symbole de sa condition d'homme mutilé, ce qui ne l'empêchait nullement de séduire la gent féminine. L'œuvre repose sur une double dualité, l'une entre les deux frères, l'autre entre Farinelli et Haendel, qui est parfois trop ambigüe et brouillonne. Mais ne soyons pas trop exigeants avec ce film baroque qui remplit parfaitement son rôle.

LUDWIG VAN B.

Titre original : Immortal Beloved

Film américain de Bernard Rose (1994)

vonB2157943.jpg26 mars 1827, le grand Beethoven meurt à Vienne. Son secrétaire et homme de confiance Anton Schindler s'apprête à régler la succession du maître lorsqu'il découvre un testament annulant et remplaçant les actes précédents. Dans ce nouveau manuscrit, le musicien exprime sa volonté de léguer tous ses biens et sa fortune à son Immortelle bien-aimée. Malgré la vive opposition de la famille du compositeur, Schindler part à la recherche de la muse qui se cache derrière cette mystérieuse identité. La comtesse Giuliana Guicciardi, Joanna et la comtesse Anna Maria Erdody, chaque femme qui a partagé la vie de Beethoven évoque ses souvenirs avec le génie allemand...

Nouveau film biographique sur un compositeur. De nouveau, le cinéaste prend de nombreuses libertés avec l'Histoire malgré un grand soin de minutie dans la reconstitution. L'enquête testamentaire contenue dans l'œuvre sert surtout de prétexte à un long flash-back autorisant l'évocation de la vie du génie sourd. C'est bien fait mais lisse et commercial ! On dirait une page de publicité. C'en est une d'ailleurs ! La multinationale Sony est partenaire du film qu'elle n'a pas manqué de faire accompagner d'une réédition des symphonies du maître. Evidemment, la bande son est technologiquement supérieure. Certainement, la réalisation la plus décevante du genre. On s'ennuie parfois même si Gary Oldman fait de son mieux. A voir et à écouter quand même si comme Alex DeLarge, vous comptez parmi les admirateurs absolus du grand Ludwig van.

MAHLER

Film anglais de Ken Russell (1974)

mahlerXPViROXL._SY445_.jpg1911, Gustav Mahler rentre de voyage et regagne Vienne. Rongé par la maladie, le compositeur autrichien ignore encore qu'il ne lui reste plus que quelques jours à vivre ici-bas. Sombrant dans une profonde mélancolie, Mahler se remémore, au cours de son voyage, les étapes importantes de sa vie parfois fantasmée. De religion juive, l'enfance de Mahler s'est heurtée au fort antisémitisme de la société viennoise qui contraint une future conversion au Christianisme, seule possibilité de faciliter son ascension et la direction de l'orchestre de Vienne. Les drames familiaux ont également forgé la vie de l'apostat. La violence de son père à l'encontre de sa mère, le suicide de son frère et la mort prématurée de la fille qu'il eut avec Alma, son épouse, sont autant d'évènements qui constituent de douloureuses cicatrices...

Il est apparemment définitivement établi qu'aucune biographie d'un compositeur ne sera une transcription fidèle de la vie de l'homme... Mort en 1911, le Mahler de Russell se fantasme pourtant en homme persécuté par les nationaux-socialistes... Nonobstant ce curieux anachronisme hallucinatoire et une interprétation qui autorise le questionnement, voilà qui n'en fait pas pour autant un mauvais film. Loin de là... Russell a un sens inné de l'image dont témoigne la photo d'illustration empreinte d'un noir sadomasochisme qui représente Cosima, seconde épouse de Richard Wagner, déguisée en prêtresse nazie adoubant le juif Mahler devenu chrétien. Ne vous attendez pas à un biopic académique. Voilà tout ! Le cinéaste intègre merveilleusement les symphonies de Mahler à la mise en scène et livre au final un film onirique très intéressant.

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LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Film belge de Gérard Corbiau (1988)

Londres, au début du 20ème siècle, le célèbre baryton Joachim Dallayrac met un terme à sa carrière de chanteur lyrique à l'issue d'une soirée triomphale. La décision crée la surprise et engendre l'incompréhension générale des critiques et la consternation du public. Dallayrac était pourtant au faîte de sa renommée. Soutenu dans sa décision par son amie Estelle Fisher, il se consacrera désormais tout entier à l'enseignement de sa talentueuse élève Sophie qu'il souhaite faire tendre à la perfection vocale. Dallayrac croise bientôt le chemin de Jean, jeune voyou, que le baryton initie au travail vocal au prix d'un enseignement impitoyable. Le prince Scotti, mécène richissime et éternel rival de Dallayrac, organise un concours lyrique auquel il convie les deux élèves de celui-ci. Ce dernier accepte que ses deux protégés participent à l'épreuve dans laquelle ils connaissent le triomphe...

Après une longue carrière de producteur d'émissions sur la musique et la danse, Corbiau signe un remarquable premier long-métrage. Le cinéaste belge se révèle immédiatement expert ès-musique classique dans le monde du Septième art. Si la mise en scène est austère, elle s'avère d'une grande subtilité malgré un scénario qui contient quelques faiblesses, car trop prévisible et académique. Cela peut se concevoir pour un premier essai au cinéma. Pour interpréter le personnage fictif d'un Dallayrac, absolument "prisonnier" de son art et délivrant l'enseignement de Mozart, Giuseppe Verdi et Mahler, le réalisateur offre le rôle au baryton José van Dam, plutôt qu'à un acteur professionnel, tant la technique vocale prend ici toute son importance et la gestuelle se doit d'être précise. La scène finale vaut d'être vue. C'est une poignante réussite !

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LA TOURNEUSE DE PAGES

Film français de Denis Dercourt (2006)

Issue d'une famille bouchère de province, Mélanie Prouvost est une prometteuse et jeune pianiste de dix ans qui échoue au concours d'entrée du conservatoire. L'attitude nonchalante et intransigeante d'Ariane Fouchécourt, présidente du jury et pianiste de renom, aura eu raison de la concentration de la jolie candidate. Dix années ont passé et la jeune fille devenue femme a abandonné le piano. Mélanie trouve un stage dans un grand cabinet juridique. Le fondateur du cabinet n'est autre que l'époux d'Ariane, désormais fragilisée après un accident automobile. Le chemin des deux femmes ne tarde pas à se croiser de nouveau après que Monsieur Fouchécourt, charmé par le talent organisationnel de la stagiaire l'engage ensuite au domicile comme jeune fille au pair afin de veiller sur son fils. Mélanie se rend bientôt indispensable en devenant la tourneuse de pages de la grande pianiste qui ne reconnaît pas la femme dont elle a bouleversé l'existence...

Dercourt est définitivement un cinéaste trop méconnu. Un virtuose de la mise en scène  ! Enfin un film sur la musique classique qui rompt avec le genre biographique. La Tourneuse constitue un thriller ouaté, lové dans le confort de la perversité bourgeoisie. C'est dans cet univers élégant que la calculatrice Mélanie mûrit sa délicate fureur. L'arme de sa lutte des classes est une partition de musique. On devine rapidement l'issue du film mais cette précocité ne gâche rien tant le scénario fait brillamment évoluer la relation d'un sensuel trouble glacial entre les deux femmes. Catherine Frot et Déborah François rivalisent de talent dans leur confrontation. La vengeance est un La qui se joue froid... Un petit bijou sans fausse note !

UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN

Film français d'Abel Gance (1937)

gance38290.jpgL'année 1801, Beethoven tombe fou amoureux à Vienne d'une jeune et jolie italienne, la comtesse Guicciardi qui compte parmi ses élèves attentives. La comtesse deviendra sa muse bien qu'elle ne ressen pour lui qu'une grande amitié, empreinte d'une forte admiration. L'élève italienne annonce son vœu de mariage avec le comte Gallenberg. Profondément meurtri, le compositeur s'enfuit tandis que l'orage se déchaîne. Lé génie se rend compte que la surdité le gagne. Thérèse de Brunswick, cousine de la comtesse, prend bientôt la place de Giulietadans le cœur éploré de Beethoven. Sans aucune concertation machiavélique, Giulieta se rend compte de l'échec inévitable de son mariage et entreprend de se rapprocher de son mentor tandis que Thérèse devine la nature inextinguible des sentiments de Beethoven envers la comtesse. Thérèse aussi ne demeurera qu'une amie et Beethoven un génie solitaire...

Chef-d'œuvre d'un pionnier du cinéma, le Beethoven de Gance est largement supérieur à celui de Rose pour qui n'est pas allergique au noir et blanc. Il est inutile de préciser que la réalisation de Gance bénéficia pourtant de peu de moyens mais est largement compensée par un talent génial. Lorsque vous regarderez le film, faites le..., prêtez attention à la manière dont Gance fait comprendre au spectateur la surdité qui va définitivement affliger Beethoven ! Le cinéaste livre un film à l'atmosphère irréprochable, d'un esthétisme remarquable et d'une grande puissance émotionnelle. La prestation d'Harry Baur est époustouflante et les seconds rôles tout aussi à la hauteur. Seul point noir mais à mettre au crédit de la qualité insuffisante du matériel cinématographique d'avant-guerre, le son est absolument médiocre, ce qui gâche l'écoute des symphonies.

Virgile / C.N.C.

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jeudi, 01 octobre 2015

«De l’anti-héros au héros mauvais: apologie de l’individualisme et destruction du lien social dans les séries contemporaines»

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«De l’anti-héros au héros mauvais: apologie de l’individualisme et destruction du lien social dans les séries contemporaines»

 
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Attention spoilers : cet article contient des éléments-clés de Game of Thrones, jusqu’à la saison 4 incluse, et un tout petit spoil de Desperate Housewives (saison 8). D’autres séries sont évoquées mais aucun élément-clé n’est révélé.

NB : Cet article n’engage que moi. Il se fonde grandement sur mes propres sensibilité et subjectivité et s’apparente bien plus à un fil de réflexions personnelles (qui pourraient néanmoins en intéresser d’autres) qu’à une véritable étude systématique et scientifique.

Nos héros sont des estropiés bourrés de vices. Cela peut sembler caricatural, mais c’est pourtant bien ce qui se détache d’une analyse de nos séries contemporaines.

Dans un précédent article, j’ai évoqué le concept de héros. Traditionnellement, il est un personnage exemplaire, censé édifier le lecteur ou le spectateur, l’inspirer, lui présenter une conduite modèle. Il peut bien sûr avoir des défauts, des failles, mais il tend globalement à la vertu, accomplit des actions nobles. Ce concept n’a pas entièrement disparu, et l’on a des héros de ce type aujourd’hui (Harry Potter, pour n’en citer qu’un). Néanmoins, on a aussi de nombreuses séries qui présentent des héros cyniques, vicieux, mais malgré tout charismatiques (beaucoup plus que les personnages vertueux !) Qu’est-ce que cela veut dire ?

Un point tout à fait marquant est le fait que plusieurs héros souffrent d’un lourd handicap. On a par exemple Dr House et Tyrion Lannister. Ajoutons quelques précisions. House est bel et bien infirme : le muscle de sa cuisse a subi des dommages qui le gênent fortement dans ses déplacements et, surtout, engendrent une douleur difficilement tolérable, qui le rend accro aux médicaments. Tyrion Lannister est nain, ce qui n’est pas en soi un handicap, mais engendre, dans son cas, le mépris général, jusqu’à celui de sa propre famille. Tous deux ont pour point commun de compenser ce handicap (physique pour House, social pour Tyrion) par un maniement habile de la parole, ce qui les rend extrêmement brillants par rapport aux autres personnages. Tyrion explique d’ailleurs dès le début (saison 1, épisode 2) qu’il cultive son penchant intellectuel pour pallier sa petite taille et la déconsidération sociale qu’elle engendre (en des termes bien plus drôles, évidemment !). Paradoxalement, ces personnages en souffrance deviennent les plus charismatiques de la série, les plus attirants, même les plus séduisants. Et pourtant, ils sont bien loin de la vertu. House est un cynique misanthrope qui ne voit dans la médecine qu’un puzzle à résoudre et envisage la vie humaine bien plus comme un calcul arithmétique que comme une fin en soi. Il est vrai que cela donne lieu à des situations qui proposent parfois une réflexion éthique très intéressante, les autres personnages incarnant des visions différentes et soulevant des cas de conscience épineux ; mais House reste souvent celui qui a la réplique la plus cinglante, qui trouve toujours le bon mot, ce qui fait pencher implicitement la balance de son côté. Tyrion, lui, commence la série ivre et entouré de prostituées, et continue sur cette voie pendant un certain temps. Les repères se brouillent quand il rencontre Shae, ancienne prostituée, et semble trouver en elle une certaine rédemption. Le spectateur apprécie qu’il ne se jette pas sur la jeune Sansa qu’on lui a mariée de force (une attitude, il faut le dire, peu courante dans ce monde où le viol apparaît comme tout à fait anecdotique). Mais c’est pour mieux appréhender une nouvelle déchéance : il tue, presque d’un même coup, la femme qu’il aime et son propre père (acte tabou s’il en est). Mais malgré cela, Tyrion reste le personnage le plus sympathique de la série, le seul personnage drôle d’ailleurs (tout comme House).

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Ce phénomène ne se cantonne pas à ces deux personnages, mais semble être plus global. Une simple étude de Game of Thrones suffirait à souligner toute l’ambiguïté axiologique dont est porteuse la série : le seul personnage clairement mauvais est, semble-t-il, Joffrey, tous les autres étant extrêmement ambivalents. Bien sûr, un personnage ne peut pas être parfait, au risque de tomber dans un sirupeux remake du Club des Cinq. Mais ce qui est dérangeant dans ces séries, c’est que les repères sont brouillés et que l’on ne distingue plus le bien du mal.

Est-il besoin de rappeler que Dexter est un tueur en série qui a un goût prononcé pour le sang et met en pratique la peine de mort (nous sommes aux États-Unis où elle est en vigueur dans la plupart des États, d’accord, mais ici le débat semble tranché d’avance) ? L’idée lumineuse du héros de Breaking Bad à qui l’on diagnostique un cancer en phase terminale est de mettre ses talents de chimiste au service de la fabrication de méthamphétamines… Barney, dans How I Met Your Mother, qui vole progressivement la vedette à Ted, à la fois dans le scénario et dans le cœur des spectateurs, n’est autre qu’un sex addict manipulateur et misogyne (et néanmoins il est celui qui nous aura fait le plus rire et qui tient le rôle central des meilleurs épisodes). Bon courage pour trouver l’ombre d’une vertu dans des séries historiques comme Rome ou Les Tudors, où les scénaristes ont même pris soin de remplir les vides laissés par l’histoire par de nouveaux vices (inceste, sadomasochisme, manipulation…). Ce serait un affront au lecteur de rappeler qu’un récit historique en dit plus sur notre temps que sur la période présentée…

Et qu’est-ce que cela nous dit, justement ? Pourquoi cherche-t-on à jouir et à nous faire jouir du vice, de la perversion, de la méchanceté, de la manipulation ? Pourquoi nos héros sont-ils malades, physiquement et psychiquement ? Pourquoi associe-t-on le charisme, l’habileté, la virtuosité à des « anti-héros », comme on entend si fréquemment ? À se demander si l’« anti » n’est pas en réalité devenu la norme. Vit-on une époque boiteuse et en souffrance, à l’image de House ? Estime-t-on plus le vice que la vertu ?

Ce qui est flagrant, c’est que ces séries développent très peu des sentiments de solidarité, de charité, de générosité. Peu d’actes sont gratuits et désintéressés ; toutes les actions des personnages semblent s’inscrire dans un vaste projet géopolitique où chacun serait un État en plein exercice de sa volonté de puissance. C’est, par exemple, particulièrement marqué dans Desperate Housewives où les relations les plus intimes que ces femmes entretiennent avec leur mari ou leurs enfants sont toutes faites de manipulations et de calculs froids. Et, paradoxalement, ces plans machiavéliques s’avèrent particulièrement divertissants, et la série devient de moins en moins intéressante quand elle se met à verser dans quelque chose de plus mielleux et moralisateur, surtout à partir du bon en avant de cinq ans à la suite de la saison 4 (à mon sens, la seule scène sincèrement touchante est celle où Gaby raccompagne Carlos, ivre, oubliant pour une fois son image sociale pour venir en aide à son mari qui a sombré dans l’alcoolisme (saison 8, épisode 5), mais c’est une appréciation tout à fait personnelle).

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D’une manière générale, les séries nous présentent comme séduisants l’égoïsme, le mépris de l’autre, en somme l’individualisme. Le mot est lancé. Se pourrait-il que les séries répondent à une certaine idéologie, l’idéologie dominante, celle du néolibéralisme, du « chacun pour soi » ? Un néolibéralisme qui marche doit casser les luttes sociales ; et quoi de plus facile que de les anéantir à la racine ? En faisant l’apologie de l’individualisme et en traitant avec mépris les actions généreuses, ces séries tendent à dissoudre la solidarité qui pourrait (et devrait) se créer face à l’oppression. Margaret Thatcher l’avait dit : « Il n’y a pas de société, il n’y a que des individus ». Je ne dis pas qu’il s’agit là d’un « complot », car je sais que le mot est mal vu. On peut davantage poser l’hypothèse d’une auto-alimentation du système : on fait rire le public par le vice et l’irrespect d’autrui, il en redemande, on lui fait croire que c’est ce qu’il aime, on n’envisage plus que ce biais pour créer des scénarios, etc. Il est vrai qu’on a (que j’ai ?) du mal à envisager un humour sans une bonne dose de répliques cinglantes, et elles passent souvent par le mépris.

C’est en tant que grande amatrice de séries que je m’interroge. Je m’interroge sur le bien-fondé de ce que je regarde, sur l’influence que cela peut avoir sur moi, sur nous. Est-on condamné à ne regarder que Plus belle la vie et La petite maison dans la prairie si l’on veut rester sain d’esprit (et d’âme) ? Réjouissante perspective…

Hannah Arendt disait que nous nous trouvions dans une brèche entre le passé et l’avenir (« a gap between past and future ») et que nous avions perdu le contact avec la tradition ; elle mettait son espoir dans les neoi, les nouveaux venus sur terre, qui pourraient créer à nouveau. Nietzsche a brillamment identifié la mort de Dieu qui nous a déconnectés des valeurs chrétiennes (ou religieuses au sens large) ; il en appelait de nouvelles, mais quelles sont-elles ? Spengler, quant à lui, parlait du déclin de l’Occident…

Clara Piraud

Source: brunoadrie.wordpress.com

 

lundi, 15 juin 2015

Sept films à voir ou à revoir sur les Vikings

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Sept films à voir ou à revoir sur les Vikings

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Du 8ème au 11ème siècle, de terribles raids ravagent une majeure partie de l'Europe du Nord. Débarquant de leurs impressionnants drakkars et ne connaissant pas de Dieu unique, les Vikings ont très abondamment imprégné l'imaginaire collectif médiéval européen. L'Histoire ne retiendra qu'une imagerie guerrière de ces conquérants venus de l'Hyperborée. Or, s'il apparaît indéniable que les Scandinaves ne dédaignaient pas faire périr par le glaive et si leur perception des échanges commerciaux se confondait parfois avec la rapine, les Vikings apparurent également comme de formidables commerçants dont les colonies surent se dissoudre parmi les communautés autochtones, au point de disparaître progressivement en tant que peuple distinct et abandonner leurs croyances païennes. Le cinéma consacra quelques réalisations à ces redoutables guerriers-commerçants. Pour le meilleur comme pour le pire car rares sont les films parvenus à maintenir une certaine distance entre l'Histoire et la légende.

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ALFRED LE GRAND VAINQUEUR DES VIKINGS

Titre original : Alfred the Great

Film anglais de Clive Donner (1968)

871 dans le Wessex au Sud de l'Angleterre. Le jeune prince Alfred, frère du roi du Wessex, se destine à une vie sacerdotale. Ce parcours est contrarié par son amour pour Edwige, fille du roi de Murcie. Il l'épouse. Une chute mortelle à cheval du Roi endeuille les noces le jour même, favorisant ainsi l'accès d'Alfred au trône. La tâche n'est guère aisée en ces temps où toute l'Europe du Nord est harcelée par les raids scandinaves. Le chef des Vikings, Guthrun, exige un trésor et prend en otage la jeune reine dont il fait sa maîtresse. Abandonné par la noblesse, Alfred est contraint de se cacher dans les marais. Seuls des hors-la-loi et des gueux acceptent de prendre les armes pour faire face à l'envahisseur danois...

Si Donner prend quelques libertés avec l'Histoire d'Alfred, premier unificateur des royaumes anglo-saxons, il livre néanmoins ici une œuvre sérieuse retraçant fidèlement les villes et campagnes médiévales britanniques. Les scènes de batailles constituent un autre point fort du film et sont particulièrement réussies. La dernière bataille est tout simplement épique grâce à certaines prises de vue réalisées depuis un avion. Une réalisation à voir absolument et ne sombrant jamais dans les facilités dans sa représentation des Vikings.

 

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BEOWULF, LA LEGENDE VIKING

Titre original : Beowulf  & Grendel

Film américain de Sturla Gunnarsson (2009)

Le Danemark au 6ème siècle. Le roi Hrothgar fait appel à Beowulf, un guerrier réputé invincible, et le charge de l'élimination d'un troll nommé Grendel, accusé de semer la terreur dans le royaume. Beowulf part immédiatement sur les traces du troll et réalise rapidement que Grendel n'est pas cet être sanguinaire et détenant des pouvoirs surnaturels tel que décrit à la cour. Bien au contraire, Beowulf est rapidement convaincu que le Roi cache bien des choses et pourrait être à l'origine de la monstruosité et de la soif de vengeance du troll. Beowulf ne sait s'il doit tuer le troll, d'autant plus qu'il fait la rencontre de Selma, une mystérieuse et sensuelle sorcière...

Hollywood qui se préoccupe d'un poème épique majeur des littératures anglo-saxonne et germano-scandinave, ça donne ça... Cependant moins catastrophique que les deux premières adaptations de la légende de Beowulf qui invitaient au suicide, la réalisation de Gunnarsson offre de belles images tournées en Islande bien qu'elles dénaturent totalement la localisation danoise de l'histoire originelle. Certaines séquences sont vraiment réussies et ne peuvent que faire regretter la faiblesse de l'ensemble malgré le bénéfice d'un budget ambitieux.

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BERSERKERS, LES GUERRIERS D'ODIN

Titre original : Berserker

Film sud-africain de Paul Matthews (2004)

Thorsson, seigneur viking, établit un pacte avec le dieu Odin et ses Berserkers, guerriers intrépides, pour défendre ses terres et prendre possession de celles de ses ennemis. Thorsson triomphe et trahit aussitôt sa promesse d'offrir le fruit de leurs conquêtes aux Berserkers. Au contraire, il entreprend leur exécution. Odin mène une terrible vengeance sur Thorsson et sa descendance. Barek, son fils héritier, et sa promise Brunhilda la Valkyrie seront traqués sans relâche par les Berserkers. La malédiction éternelle ne peut se voir conjurée que par la hache du guerrier viking le plus impitoyable...

On peut craindre le pire de ce film et c'est bien le pire qui ressort... Le premier tiers du film ne manque pourtant pas d'attrait et masque relativement bien le criant manque de moyens. Et patatras ! Vous pensiez ne jamais pouvoir visionner un film sur les Vikings dont l'histoire se déroule jusqu'au 21ème siècle ? Vous avez bien lu ! L'intrigue du film se transporte jusqu'à nos jours. Grâce soit rendue à Paul Matthews qui a osé le faire et est même parvenu à convaincre des financeurs de le suivre dans son projet abracadabrant. Il n'y a désormais plus qu'à espérer qu'Odin transpose sa malédiction sur le cinéaste.

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VALHALLA RISING, LE GUERRIER SILENCIEUX

Titre original : Valhalla Rising

Film anglo-danois de Nicolas Winding Refn (2009)

Autour de l'an mil en Ecosse, l'exacerbation des tensions entre chrétiens et païens est à son comble. Des chefs de clans vikings et écossais font se livrer leurs prisonniers esclaves à de terribles combats à mains nues. Un guerrier muet et borgne, surnommé One-Eye, et demeurant invaincu, s'affranchit en assassinant son maître Barde et s'échappe avec un enfant. Les fuyards rejoignent bientôt une troupe de Vikings convertis au Christianisme cherchant à se croiser en direction de la Terre Sainte. Le brouillard fait dériver l'embarcation dans une mauvaise direction et nos héros débarquent sur une terre inconnue. Les tensions entre chrétiens et païens affranchis augmentent tandis qu'ils sont la cible de redoutables indigènes...

Curieux phénomène que cette pléthore de films sur les Vikings et la mythologie scandinave. Valhalla Rising n'est pas un chef-d'œuvre et les puristes de la Weltanschuung Nordique s'arracheront encore quelques cheveux de plus. Mais diversifier les scénarii ne permet-il pas de faire vivre notre plus longue mémoire et la sortir du chloroforme d'un certain élitisme universitaire ? Et tant pis, si on frôle parfois l'iconoclasme. Nonobstant, la photographie est magnifique et le scénario parvient à tenir en haleine.

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LES VIKINGS

Titre original : The Vikings

Film américain de Richard Fleischer (1957)

Vers 900, l'Angleterre est harcelée par les raids vikings conduits par le chef Ragnar. Edwin, roi de Notrhumbrie, est tué et son épouse violée. Son successeur, Aella, ordonne l'arrestation de son cousin Egbert, suspecté de complot, qui parvient finalement à rejoindre les envahisseurs scandinaves. Les deux fils de Ragnar, Einar et Erik, fruit du viol de la reine, se vouent une haine farouche. Lors d'un nouveau raid, Einar capture Morgana, la fiancée d'Aella, qui parviendra à s'échapper grâce à la complicité d'Erik. Erik est également accusé d'avoir donné une épée à Ragnar qui, capturé, a été offert à l'appétit des loups. Si les deux frères parviennent à se réconcilier en vue de l'assaut du château d'Aella, la bonne entente ne semble pas pouvoir durer...

La réalisation de Fleischer est LE bijou sur les peuples venus de l'Hyperborée. Un film d'une extraordinaire beauté dans ses paysages et dans la reconstitution des drakkars. Les nombreuses scènes de combat sont remarquables et d'une violence inouïe. Les acteurs, Kirk Douglas en tête, sont tous plus convaincants les uns que les autres. On pardonnera aisément un côté images d'Epinal et la grosse bévue de l'utilisation du Fort-la-Latte totalement anachronique. Un pur chef-d'œuvre par Thor et Odin !

 

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VIKINGS

Série canado-irlandaise de Michael Hirst (2013-2016)

La Scandinavie à la fin du 8ème siècle. Ragnar Lodbrok est un jeune guerrier viking aussi intrépide qu'assoiffé de gloire et de conquêtes. Simple fermier, il est l'homme lige de Haraldson. Ragnar se lasse de mener inlassablement les mêmes raids sur les terres de la Baltique et se met en tête d'étendre les pillages en direction de l'Ouest. Haraldson lui interdit de se lancer dans une telle entreprise. Mais le tenace Ragnar est bien décidé à mener ses plans comme il l'entend. Se fiant aux signes et à la volonté des dieux, Ragnar fait clandestinement construire une nouvelle génération de vaisseaux aussi légers que rapides. La désobéissance de Ragnar va modifier à jamais l'histoire des peuples hyperboréens et d'une majeure partie de l'Europe...

Splendide ! Il n'y a pas d'autres mots ! Un scénario solide et prenant sublimé par un important travail de documentation. C'est à une véritable plongée au cœur des sociétés vikings à laquelle le spectateur est invité. Les profils psychologiques de certains personnages manquent néanmoins parfois d'un peu de profondeur. On a hâte de découvrir les prochaines saisons avec l'espoir que Vikings ne sombre pas dans le politiquement correct comme tant d'autres séries ou films qui s'émoussent au fil des saisons et des épisodes. Game of Thrones et Le Hobbit sont malheureusement là pour nous le rappeler.

LES VIKINGS ATTAQUENT

Titre original : I Normanni

Film franco-italien de Giuseppe Vari  (1962)

wik9.jpgAu 9ème siècle, nombre de seigneurs anglais s'affrontent pour établir et consolider leur pouvoir. Wilfred, neveu du roi Dagobert est un jeune intriguant. Faisant la cour à la reine Patricia, il parvient à faire retenir prisonnier le Roi et porter les soupçons de félonie sur des contingents Normands, commandés par Olaf, établis sur ses terres et souhaitant y demeurer pacifiquement. Olivier d'Anglon, un jeune comte, s'éprend de Svetlana qu'il pense être la fille du chef viking mais qui se révèle en réalité être la fille issue des premières noces de Dagobert. A l'intrigue amoureuse, se joint la cupidité de Wilfred à qui Dagobert refuse de faire connaître la cachette de son trésor. Le sang ne peut que couler...

Le succès de la réalisation de Fleischer a certainement fait fleurir des idées dans la tête d'autres cinéastes. Ainsi de Vari dont le film demeure très largement en dessous de celle du réalisateur américain. Mais on a connu pire depuis sur les Vikings à l'écran alors ne boudons pas celui-ci qui se laisse regarder. Particularité intéressante, les Scandinaves ne sont pas présentés de prime abord comme des barbares sanguinaires avides de rapines et de combats mais bien comme des envahisseurs commerçants et soucieux de quiétude.

Virgile /

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

C.N.C.

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samedi, 16 mai 2015

Sisters of Salome: Femmes Fatales, Left & Right

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Sisters of Salome:
Femmes Fatales, Left & Right

Ex: http://www.counter-currents.com

Left/Right dichotomies in the representation of female militants in the movies The Baader Meinhof Complex (2008) and A Student named Alexander (2011).

‘Although typically villainous, or at least morally ambiguous, and always associated with a sense of mystification and unease, femme fatales have also appeared as heroines in some stories . . .’

— Mary Ann Doane

From the Levantine Lilith to the Celtic Morgan Le Fay; and from Theda Bara’s vamp in Hollywood’s A Fool There Was to Eva Green in Sin City: A Dame to Kill For, the notion of the fille d’Eve tantalizes us. In sociological terms the notion of diabolic women is potent with misogyny, witchcraft and the negative aspects of anima, how woman appears to man, from the Jungian viewpoint. To take the cinematic angle, licentious dames mean box office receipts, plain and simple. Roger Vadim’s And God Created Woman (1957), starring starlet Brigitte Bardot and Jean-Jacques Beineix’s Betty Blue (1986) with Beatrice Dalle being just two cases that prove the point.

Stereotypes range from enchantress to succubus, haunting our consciousness in different guises, such as the spectral Cathy from Emily Brontë’s classic Wuthering Heights (1847) or the more malign character of Rebecca in Daphne du Maurier’s 1938 book of the same name. As Charles Baudelaire (1821-67) (1), Once mused, ‘The strange thing about woman — her pre-ordained fate — is that she is simultaneously the sin and the Hell that punishes it’. Indeed, a whole academic industry has grown up deconstructing such iconography with writers like Toni Bentley’s Sisters of Salome (2002); Bram Dijkstra’s Idols of Perversity: Fantasies of Feminine Evil in Fin-de-Siècle Culture (1986); and Elizabeth K. Mix’s Evil by Design: The Creation and Marketing of the Femme Fatale in 19th-Century France (2006) leading the way.

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Baudelaire’s own magnum opus Les Fleurs du Mal (1857) epitomizes the dichotomy perfectly. The schizophrenia embodied in his poetic creations, Jean Duval (Black Venus) and Apollonie Sabatier (White Venus), both mirroring and reinforcing some male fantasies about women’s sexuality in the closing decades of the nineteenth century. The dialectics of Serpent Culture and Snake Charmer sensuality, so beautifully carved in Auguste Clesinger’s (picture here above) writhing milk white statue Woman Bitten by a Snake (1847), a representation of Apollonie Sabatier currently on display in the Musée d’Orsay, raises the question, is she squirming in agony or riding a paroxysm of pleasure from the venomous bite?

Moving beyond the arts, literature and film to the political milieu? What evidence do we have for Femme Fatale’s within the Left/Right dichotomy? There is certainly a colorful cast of charismatic characters to choose from: Inessa Armand, Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Jiang Quing, Bernardine Dohrn, and Angela Davis to name but a few on the left-side. Unity Mitford, Savitri Devi, Alessandra Mussolini, Beate Zschape, Yevgenia Khasis, and Marine Le Pen, as examples from the right side of the aisle.

It is my intention to dismiss empathetic documentaries like Confrontation Paris, 68, The Weather Underground (2002) and hatchet-job investigative journalism like Turning Point’s Inside the Hate Conspiracy (1995) about America’s The Order without further comment. Instead arguing that there are few, if any, historically accurate, unbiased and insightful fictional or factional celluloid representations of female (or for that matter male) political militants in circulation. Instead, what we are served up are predictable stereo-types and clichéd cartoonesque parodies, completely aligned with the liberal left Euro-68 ethos, wherein, a mélange of well-meaning but misguided (and always attractive) socialist idealists try to change society for the better, juxtaposed with psychopathic rightist harridans, or male sexual inadequates, portrayed as vacuous outsiders, decidedly uncool and devoid of social capital.

Indicative examples of the genre being, from the left: The Lost Honour of Katharina Blum (1975), The Underground (1976), Running on Empty (1988), What to Do in Case of Fire (2002), Baader (2002), The Dreamers (2004), Guerilla — The Taking of Patty Hearst (2005), Regular Lovers (2005), Mesrine: Killer Instinct (2008), Che (2008), The Baader Meinhof Complex (2008), The Company You Keep (2012) and Something in the Air (2013). As opposed to the more objectionable characterizations of rightists in productions like The Day of the Jackal (1973), The Odessa File (1974), The Boys from Brazil (1978), Betrayed (1988), Siege at Ruby Ridge (1996), Brotherhood of Murder (1999), and A Student named Alexander (2011).

PattyHearst_2b.jpgFor the sake of argument I have been deliberately selective and will focus specifically on Uli Edels’s Baader Meinhof Complex and Enzo De Camillis’s fifteen minute short A Student named Alexander. Risking the approbation of cultural commentators by possibly extrapolating too general a hypothesis from too limited a sample, I nevertheless press my case, that the content, reaction and intent of both these films exemplify the paradox of Left/Right caricatures in the entertainment media.

Recipient of 6.5 million euros from various film boards and Golden Globe and Oscar nominee in the Best Foreign Film category, The Baader Meinhof Complex, rode the wave of resurgent seventies retro, a movie filled with baby boomer nostalgia for the late sixties and early seventies. Simpler times, when idealism meant Sartre, anti-Vietnam protest, Che Guevara posters, and smoking pot in bedsits listing to the sitar music of Ravi Shankar.

The movies all-star cast includes Martina Gedeck as Ulrike Meinhof, Moritz Bleibtreu as Andreas Baader, Johanna Wokalek as Gudrun Ensslin, and Alexandra Maria Lara as Petra Schelm. All of whom had already or were soon to appear in mainstream feature films like: The Lives of Others, Run Lola Run, The Good Shepherd, Pope Joan, North Face, Control, and Downfall.

The action begins with the 1967 Schah-Besuch mass street protest in Berlin against the Shah of Iran. Mohamed Reza Pahlavi’s supporters are depicted launching an unprovoked attack on the anti-Pahlavi elements, resulting in running battles and the shooting of Benno Ohnesorg in Krumme Strasse 66, by what appears to be a reactionary police officer, Karl-Heinz Kurras, but who was in reality a card-carrying member of the Communist Party acting as an undercover operative for the East German Stasi.

We are then treated to scenes where Maoist students hold packed meetings, intercut with footage of American warplanes strafing and bombing Vietnamese peasants. Rapidly followed by ‘Red’ Rudi Dutschke (3) of 2nd June Movement fame (named after the aforementioned riot) raising his clenched fist, the Messianic leader of the Gramscian ‘Long March through the Institutions’.

Dutschke is elevated to intellectual martyr status when he is mercilessly gunned down in the street by Josef Bachmann, portrayed by actor Tom Schilling, whose cinematic appearance is clearly meant to conjure images of a Hitler Youth or a die-hard Werewolf with a chronic nervous disposition. Which is ironic given that the Baader Meinhof gang and the various later incarnations of the Red Army Faction relied so heavily on a group linked to Heidelberg University, the Sozialistisches Patientiv Kollektiv (Socialist Patient Collective), an organization that sought to convince neurotics and the insane that they were not wrong, it was the system that was wrong, and social revolution was the cure.

‘Shooting is like fucking,’ screams Baader as Bernd Eichinger’s screenplay and Rainer Klausman’s hypnotic lens combine to present a seductive and fast paced cine-orgasm of free love, role model women for Second Wave feminism, cool people smoking cigarettes in coffee shops debating Marxist dialectics, driving around in BMWs, burning department stores, shooting up road signs, Robin Hood bank robbers sunning themselves topless in PLO training camps, liberating captives in a back glow of exploding gelignite and the swashbuckling rat-a-tat of 9mm shells.

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Even the capture of Baader, Ensslin, and Meinhof for their egregious crimes are contextually ambiguous. Baader, in a scene more reminiscent of the end of Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969) than the original television footage of his stand-off with police; Meinhof, kicking and screaming in outrage, rather than the deflated, depressed, and played-out fantasist she was; and Ensslin, by pure chance, when a shop assistant notices a gun in her handbag. Another martyr is then injected into the story as Holger Meins (4) is depicted a la Bobby Sands (5), going on hunger strike and the subsequent trial in Stammheim (6), more Monty Python farce than a serious attempt to enact justice.

One is left in doubt as to where the audience’s sympathy is meant to lie. Especially, with our ever heroic protagonists making fun of the trial judges and gaining increasing support from those in attendance with their witty quips and stunning mind-games. Even The movie’s ending perpetuates the on-going myth that the ‘night of death’ was not triggered by the failure of the Mogadishu hijack (7) to negotiate their release but was in fact a pre-arranged multiple state murder made to look like simultaneous suicide. The movie culminating in a defiant cadre of young stern faced acolytes holding a graveside vigil, determined eyes set on continuing the struggle.

As a consequence, Christina Gerhardt writing in the Film Quarterly describes the movie thus: ‘During its 150 minutes, the film achieves action film momentum, bombs exploding, bullets spraying and glass shattering’. While Christopher Hitchens commenting in Vanity Fair refers to the movie’s ‘Uneasy relationship between sexuality and cruelty . . . an almost neurotic need to oppose authority’. A theme implied by Michael Bubach, son of Siegfried Bubach, the former Chief Federal prosecutor assassinated by the Red Army Faction in 1977, who’s summation of the feature pointed to the fact that the film ‘concentrates almost exclusively on portraying the perpetrators, which carries the danger that the viewer will identify too strongly with the protagonists’.

Examples of how this claim can be justified are so numerous that they would prove tedious to list. However, two personifications, beyond the central characters, stand out in particular, the first involving a chase sequence where Petra Schelm, portrayed by the beautiful Alexandra Maria Lara, is cornered and dies defiantly in a shoot-out with a horde of drone-like cops. The second is the murderous Brigitte Mohnhaupt, depicted by the stunning Naja Uhl, who is shown bedding Peter-Jurgen Boock, played by the teenage heart-throb actor Vinzenz Kiefer, before cold bloodedly slaughtering Siegried Bubach in his own home, organizing the ‘hit’ on Jurgen Ponto, Chairman of the Dresdner Bank of Directors, and the kidnap and murder of Hanns Martin Schleyer. Mohnhaupt, the leader of the second generation of the urban guerillas was also implicated in the 1981 attempt to kill NATO General Frederick Kroesen with a PRG-7 anti-tank missile. In fact, just the sort of unrepentant femme fatale we meet in her polar-opposite, the rightist Francesca Mambro in A Student Named Alexander, but who is treated in the diametrically opposite way.

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In Enzo De Camillis’s 15 minute silver ribbon winning short, shown at the Roma Film Fest and lauded for its journalistic quality, the much maligned Mambro is portrayed by Valentina Carnelutti (8), who at least partially resembles Mambro. De Camillis, a blood relative of the Alexander in question, (so no conflict of interest there?) indicated his intent in making the movie was to ‘show young people what they do not know, to reflect on a period of history that should not be repeated’. So, following a showing at The House of Cinema to an audience of impressionable students, a discussion is initiated, moderated by Santo Della Volpe (9), who declares at the outset, that ‘The goal of the short is not to re-open old wounds or discussions on the years of lead (10), but to bring to light the issue of the victims that are set aside, of which we no longer speak’.

Really? Well, that is somewhat convenient given the long list of crimes committed by the Italian Brigate Rosse during the period in question. The most notorious being the ambush at Via Fani on the 16th March 1978 and the kidnap and murder of the President of the Christian Democrats, Aldo Moro. But it should also be remembered, especially given the context of De Camillis’s film, that the Left also killed activists from the right wing Italian Social Movement (MSI) and the University National Action group, like Miki Mantakas, murdered in Via Ottaviano in Rome in 1975, and Stephan and Virgilio Mattei, the sons of the MSI party District Secretary for Prati.

It is also a disingenuous claim given the vociferous presence of the Association of Families of victims of the massacre at Bologna train station of 2nd August 1980, whose demands echo down the decades through documentaries and dramas. The latter being the main event used to demonize Mambro and her then lover, now husband, Valerio Fioravanti (11). Although, they have long denied involvement in the Bologna attack, though freely admitting, like their Nuclei Armati Rivoluzionari (Armed Revolutionary Nuclei) NAR accomplices to other political killings, such as, the assassination of Judge Vittorio Occorsio (12) in 1976 and Magistrate Mario Amato (13) in 1980.

Fioravanti maintains that the bombing was the work of Libya, but the Italian government were reluctant to pursue that line of enquiry because of the state’s dependence on Libya’s oil and blamed neo-fascists instead. Mambro and Fioravanti also confessed to planning an attack on the then Prime Minister Francesco Cossiga (14), so one can hardly accuse them of hiding their intentions. When the initial 16 year prison term for Mambro was converted into house arrest in 1998, the Bologna Association’s President Paolo Bolognesi, described Mambro’s parole as ‘A disgrace. It is outrageous that this parole was granted to a terrorist who does not have the requirements, who was sentenced and has never expressed any feelings of detachment from her past’. This, despite the fact that the NAR, never claimed responsibility for the incident and there is substantive cause to believe that the Mafia Banda della Magliana gang (15) and prominent politician Licio Gelli’s (16) secretive Masonic Propaganda Due P2 Lodge (17) linked to the NATO’s Cold-War Operation Gladio architecture (18) had a hand in the incident.

The prosecution’s main witness against Mambro’s partner Fioravanti, Massimo Sparti, of the banda della Magliana, was even contradicted by his own son. ‘My father has lied about his part in the Bologna history’, he declared. Similarly the sinister presence of German terrorists Thomas Kram and Margot Frohlich, closely linked to both the PLO and Carlos the Jackal, who were in Bologna that very same day was never properly investigated. Coincidences like this and the possible link to the Ustica Massacre (19), when Aerolinea Itavia flight 870 was brought down by a missile, gave President Francesco Cossiga pause for thought, leading him to state on the 15th March 1991 that he felt the attribution of the Bologna Massacre to fascist activists may be based on misinformation supplied by the security services.

Returning to A Student named Alexander, unlike the Baader Meinhof Complex, the detail is nearly entirely on the victim, showing his cluttered bedroom, his journey by car to the art school in Piazza Risorgimento. No context is provided as to why Mambro and the NAR are robbing the Banca Nazionale on the 5th March 1982. Neither is reference made to the murder of her fellow MSI activists Franco Bigonzetti and Francesco Ciavatta, gunned down in the Acca Larentia by Left extremists, the Armed Squads for Contropotere Territorial, despite the fact that this led Mambro and her cohort to confront both their political opponents and the police in three days of shootings, stabbings and torching cars across Prenestino:

‘A few of us knew what this meant. Francesco Ciavatta was in our small circle. Our immediate reaction was shock, as if a relative had died. We looked at each other not knowing what to do. All around the city young militants flocked to us. The Italian Social Movement did not react. Kids like us were being used to keep order at meetings of Giorgi Almirante (20) , ready to take the blows and hit back . . . Acca Larentia marked the final break with the MSI . . . It could no longer be our home. For three days we shot at police and this marked the point of no return . . .’

— Francesca Mambro

Even, the circumstances of Alexander’s death are disputed. The movie depicts Mambro standing over the boy, firing into his head execution style, apparently mistaking him and his small umbrella for an armed plain clothes policeman. The counter argument is that he was killed in cross-fire as the NAR broke out of a police encirclement. A shoot out in which Mambro did not have in her possession the gun that was identified as the murder weapon and was herself very seriously wounded in the abdomen. She later recalls, hiding out in a garage, where a young doctor visits her and confirms ‘that it is only a matter of time . . . saying I could die . . .’

A discussion followed as to whether or not her compatriots should kill her there and then because she may talk under anesthetic but instead the NAR cell, led by Giorgio Vale (21), who went on later to found Terza Posizione (22), deposited her on the roadside outside an Emergency room.

When Mambro’s Rome based lawyer Amber Giovene challenged the authenticity of the way Mambro is depicted in the movie, claiming it ‘harmed her image’ she was met with a barrage of criticism. The case, overseen by prosecutor Barbara Sargent, was opened three months after the film opened and came like a bolt from the blue to the self-righteous director and the cultural association School of Arts and Entertainment. People in Bologna were whipped up into a state of frenzy, signing a petition in support of the film, which had already received a letter of commendation from the President of the Republic, Giorgio Napolitano. Expressions like censorship and statements like ‘You cannot stop a cultural work, you cannot stop history’, were bandied around with the usual air of moral indignation.

The 2013 Appeal notes relating to the accusation of defamation of Mambro’s character read: due to the benefit of the law, Francesca Mambro, who has never repented of her criminal and terrorist past, nor as ever wanted to work together to build the truth about serious events like the Bologna Massacre, will remain free. The request for the seizure of the short film is extremely serious because it sets a precedent on the freedom of cultural expression, journalism and news, and also because it opens the door to dangerous revisions and attempts to wipe clean historical memory’. The account continues: ‘A country without memory will never understand the present or the future’.

The double standards and contradictions exemplified in the differing responses to A Student Called Alexander and The Baader Meinhof Complex cannot be more stark. Memorialization of such actions are to be glamorized and mythologized if of the Left and censored and misrepresented if of the Right. The word revision is of itself loaded, implying an attempt to challenge supposedly known historical facts and is a term usually reserved for historians deviating from the legend of the Jewish Holocaust. Indeed, it seems that anything that transgresses the Left’s self-serving narrative is to be expunged, cast down the Orwellian memory hole, or twisted beyond all recognition.

Roberto Natale, the auteur of such movie classics as Kill Baby Kill and Terror Creatures from the Grave, also reiterated before his recent demise, that ‘there is a right and duty to tell. Art strengthens the record and citizens need to know. We journalists are on the side of those who stubbornly continue to speak against the custom in our country to silence uncomfortable voices, instead of being willing to speak. This short film has to circulate and be seen in schools, but not only in Rome’.

So, is the movie meant to educate or perpetuate the questionable conviction of Mambro for that specific crime? Be re-assured De Camillis states: ‘I tell you a story, I do not give you a political speech. I want to get out of games of this type. The short film I made for a number of reasons that I think are important. It is a warning to our politicians. Right now, if you do not listen to the needs of young people, you risk terrorism, perhaps we have already. We remember the riots in San Giovanni in Rome in October (23), the bullets that came in envelopes and the letter bombs’.

Then specifically commenting on the release of Francesca Mambro, but of course not being invested in any way, De Camillis adds:

I will not even enter into legal issues because one relies on the judgment of the judiciary already formulated in 1985. But a citizen reflecting on the penalties imposed on others for far less serious offenses fully expatiated are still in prison. Mambro was guilty of 97 murders and was sentenced to nine life sentences. Yet, she walks outside, lives 400 meters from my house, and I may happen across her path by accident. There is a whisper that this story has resurfaced because of my family bonding and friendship with Alexander . . . Who was Alexander Caravillani? He was a boy of 17, he ran with the times, had a girlfriend, and harbored all the fantasies of a 17-year-old. He was not political, nor left or right. He passed in front of the bank, was simply crossing the street, going to school when he was shot, his short umbrella tumbling from his jacket, leading Mambro to believe he was a plain clothes policeman. Then she came back and put a bullet in his head. For that, she was sentenced to life imprisonment.

This is a story, he insists once again, to preserve the history of the years of lead.

Alessandro_Caravillani.pngAnd if that is indeed the case, why not tell the story of one of the murdered MSI Youth Front members, Sergio Ramelli, 18; Francesco Cechin, 19; and Paolo Di Nella, 20, contemporaries of Alexander Caravillani (picture) and Mambro, who met their deaths by beating, shooting, and stabbings from Leftist brigands like the Autonomus Workers in the late ’70s and early ’80s? But of course, that will never happen. It does fit their agenda.

On February 11th 2012, De Camillis in direct contradiction to his supposed non-political stance is quoted, ‘Today, the city of Rome is right’, referring to the ‘post fascist’ Mayor Gianni Alemanno (24), MSI Youth Front veteran and graduate of Campo Hobbit (25), who was elected in April 2008 to the sound of Fascist-era songs and shouts of ‘Duce’. ‘Who are those who have called me to present the short film?’ asked Camillis, ‘They are Alemanno’s allies, Berlusconi’s Il Popolo della Liberta (26) . . . When it all came out I was in silence and I decided to just promote it, as I always do. But in the face of this attack, I mean to defend it at all costs. It is a ‘cultural action’ like opposition to gagging journalists. This is a way to silence not only the news but also the authorship of the image’.

There is clearly no intention of admitting even the possibility of bias or inaccuracy. De Camillis and his people are intent on staking their claim to the moral high ground. The following day, Mambro’s lawyer responded: ‘I write in the name and on behalf of the my client Francesca Mambro about the article published yesterday . . . I understand the presentation of the short film flatters the author. But I do not understand the claim that Mambro came back and shot him in the head. I do not know if Mr. De Camillis’s draws from insider sources? Caravillani, unfortunately died in the firefight because a bouncing bullet caused his immediate death. A bullet from an assault rifle that Mambro had never had in her possession, either as she entered the bank or as the NAR shot their way out. The scene is constructed in a way that will definitively condemn Mambro’. When Caravillani was struck, the judges concluded, it was because the young man, after he had run, suddenly found himself in the trajectory of shots fired between the various agents . . . Unfortunately, even the trailers of the short graphically depict Mambro in the disputed manner, astride a guy lying on the ground, shooting the coup de grace . . . I am sure, that in the name of the need to preserve the memory of the years of lead, both you and the newspaper for which he writes would give an account of this correction’. My personal advice is not to hold your breath for a retraction. Smear and distortion is their modus operandi.

Sentenced, for the killing of 9 individuals between May 1980 and March 1982, and the alleged involvement in the massacre of the Bologna bombing on 2nd August 1980, Mambro served 16 years in prison. Sometimes sharing a cell with Anna Laura Braghetti (27) (picture), of the Brigate Rosse, then after 1998 home detention until the 16th September 2008 when she was granted parole on the basis of ‘repeated and tireless dedication to reconciliation and peace with the victims’ families (28). Parole was ended on September 16th 2013 when the sentence was disposed of . . .’

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So to end has I began with a quote from a French man of letters, Alexandre Dumas (29), author of The Three Musketeers, ‘she is purely animal; she is the babooness of the Land of Nod; she is the female of Cain: Slay her!’ Or at least besmirch her reputation and disparage her cause so that no one will want to emulate her.

Notes

1. Along with Edgar Allan Poe, Baudelaire identified counter enlightenment philosopher Joseph de Maistre as his maître a penser and adopted aristocratic views. He argued ‘There are but three things worthy of respect: the priest, the warrior and the poet. To know, to kill and to create . . .’

2. Auguste Clesinger (1814-1883), French sculptor who created Bacchante, the Infant Hercules Strangling Snakes, Nereid, and Sappho, was an Officier de la Legion d’honneur.

3. Rudi Dutschke (1940-1979), disciple of Rosa Luxemburg and critical Marxist, survived Josef Bachmann’s attack, but drowned as consequence of having an epileptic fit in the bath.

4. Holger Meins, seized with Baader and Jan Carle-Raspe on the 1st June 1972, went on hunger strike, dying a mere 39kg in weight. He is a central character in the movie Moses und Aron by Jean-Marie Straub and Daniele Huillet (1974). Followed by a documentary about Meins called Starbuck — Holger Meins by Gerd Conradt (2002).

5. Bobby Sands (1954-81), a member of the Provisional Irish Republican Army (IRA) died whilst on hunger strike in HM Maze Prison. During the course of his protest he was elected to the British Parliament as an Anti-H Block candidate. He has been depicted in various films including Some Mother’s Son (1996) and Hunger (2008) and is celebrated in songs like Christy Moore’s The People’s Own MP’.

6. Stammheim is a high security prison in Stuttgart.

7. Four militants of the Commando Martyr Halime hijacked Lufthansa flight 181 on the 13th October 1977. The plane was stormed in Somalia by GSG-9 elite counter-terrorism units in an operation code-named Feuerzauber (Fire Magic).

8. Valentina Carnelutti was trained at the Theatre Active in Rome and the Mime Theatre Movement. She has also appeared in the movies Martina Singapore (1995), Ridley Scott’s Hannibal (2001) and The Best of Youth (2003).

9. Santo Della Volpe is a professional journalist who covered the first Gulf War and is a managing editor on Italy’s TG3.

10. The term “Years of Lead” was used to describe the socio-political turmoil in Italy between the 1960s to the 1980s. It is thought that the reference originated from a movie called Marianne and Julianne by Margarethe Von Trotta. The Italian title was Anni di Piombo, literally years of lead. A later linked feature called The German Sisters (1981) became a classic of new German cinema, sympathetic to Gudrun Ensslin and dedicated to women’s civil rights.

11. Born in 1958, Giuseppe Valerio ‘Giusva’ Fioravanti, was a former child actor, who became a leader in the NAR and has been romantically linked with Mambro since 1979. While serving his prison sentence he made a documentary on Rome’s Rebibbia prison, Piccoli Ergastoli, Little Life Sentences (1997).

12. Occorsio Vittorio (1929-1976) oversaw the trial of those indicted for the Piazza Fontana bombing.

13. Maria Amato was an Italian magistrate assassinated by NAR member Gilberto Cavallini in 1980.

14. Francesco Cossiga, Italy’s 42nd Prime Minister and 8th President between 1985-1992.

15. The Banda della Magliana was a criminal network operating out of Lazio, named after the district from where most of their leaders originated. Their activities included the murder of the banker Roberto Calvi, the kidnapping of Emanuela Orlandi and the attack on John-Paul II.

16. Licio Gelli, an Italian financier, heavily involved in the Banco Ambrosiano scandal and the venerable master of the P2 Lodge.

17. The Propaganda Due (P2) Lodge was under the jurisdiction of the Grand Orient of Italy implicated in numerous crimes and mysteries, often referred to as a ‘state within the state’.

18. Operation Gladio was the code-name for NATO’s ‘stay behind’ activity should the Warsaw Pact mount an invasion of western Europe. The name Gladio came from the word gladius, a type of short Roman sword.

19. The Ustica Massacre is still a subject of some controversy. Whether or not a French naval aircraft brought the plane down with a missile, or a bomb was set off in the toilet as evidenced by forensic experts, it is known that the Libyan leader Colonel Gadaffi was in the same airspace at the time. Linking the Ustica and Bologna incidents became common in some conspiracy circles.

20. Giorgio Almirante (1914-1988) studied under Giovanni Gentile, the eminent pro-Fascist philosopher and wrote for the Rome-based fascist journal Il Tevere. He once described Julius Evola as ‘Our Marcuse, only better’. Almirante was suspected of safe-housing Carlo Cicuttini, a MSI leader in the Monfalcone area and later a member of the Ordine Nuovo, a suspect convicted in absentia for his part in the Peteano di Sagrado killings. Almirante and his rival Pino Rauti often clashed bitterly on the tactics and methodology used by the Italian Right.

21. Giorgi Vale was killed in a shoot-out with police.

22. The Terza Posizione emerged from the national student’s movement under Roberto Nistri, who was imprisoned from 1982 to the early 2000s.

23. The San Giovanni Riots of the 15th October were violent street protests by Black Bloc Left extremists.

24. Gianni Alemanno was born in Bari in 1958. He is a former secretary of the MSI’s Youth Wing, who entered the Chamber of Deputies representing Lazio, serving as Rome’s 63rd Mayor between 2008-2013 and a Minister of Agriculture under Silvio Berlusconi. He is married to Isabella Rauti, the daughter of Pino Rauti.

25. Campo Hobbit was named after Catholic writer J. R. R. Tolkien’s first novel. It was an alternative cultural and musical ‘happening’ linked to Elemire Zolla who wrote The Arcana of Power 1960-2000. Held in various locations, the first in Montesarchio, it boasted its own Manifesto and became a ‘field school’ for the Italian New Right and thinkers like Pino Rauti and Marco Tarchi.

26. Berlusconi’s Il Poplo della Liberta was closely aligned with Gianfranco Fini’s conservative National Alliance and Umberto Bossi’s Lega Nord.

27. Anna Laura Braghetti owned the apartment where Aldo Moro was imprisoned. She is also the subject of her own book Prisoner which influenced Marco Bellocchio’s film Good Morning, Night (2003).

28. Mambro currently works for the Italian NGO Hands off Cain, an association campaigning against the death penalty linked to the Libertarian Radical Party.

29. Alexandre Dumas (1802-1870). It was said of Dumas, that his ‘tongue was like a windmill — once set in motion, you never knew when it would stop, especially if the theme was himself’ — Watts Phillips, English illustrator, playwright and novelist.

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lundi, 04 mai 2015

Sept films à voir ou à revoir sur la Guerre comme expérience intérieure

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Sept films à voir ou à revoir sur la Guerre comme expérience intérieure

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A propos de la guerre, Ernst Jünger écrivait : "Oui, le soldat, dans son rapport à la mort, dans le sacrifice de sa propre personne pour une idée, ignore à peu près tout des philosophes et de leurs valeurs. Mais en lui, en ses actes, la vie trouve une expression plus poignante et plus profonde qu'il n'est possible en aucun livre. Et toujours, de tout le non-sens d'un processus extérieur parfaitement insensé, ressort une vérité rayonnante : la mort pour une conviction est l'achèvement suprême. Elle est proclamation, acte, accomplissement, foi, amour, espérance et but ; elle est, en ce monde imparfait, quelque chose de parfait, la perfection sans ambages. " Il y a un siècle, la Première Guerre mondiale inaugurait le combat moderne en même temps qu'elle propulsait sur des centaines de théâtres d'opération des millions de jeunes âmes volontaires ou contraintes de vivre leur guerre "comme expérience intérieure". Des hommes, tel Ernst Jünger, héraut de l'aristocratie guerrière allemande, René Quinton ou Joseph Darnand, frères d'armes français, naquirent pour la seconde fois sous la tempête des Orages d'acier. Mais combien d'hommes marqués à jamais par l'indicible effroi de l'expérience du combat ? Eux qui clamèrent plus volontiers, non la Guerre notre mère mais la Guerre notre mort. Le thème de la guerre figure parmi les plus explorés du cinéma. Excellente occasion de découvrir ou redécouvrir, sous de nombreux aspects, de brillantes réalisations abordant plus généralement la perception psychologique des conflits.

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LES CHEMINS DANS LA NUIT

Titre original : Wege in der Nacht

Film allemand de Krzysztof Zanussi (1979)

1943, des soldats du Reich prennent possession d'une grande ferme polonaise. La chasse aux alentours est l'occupation favorite des officiers de la Wehrmacht, parmi lesquels deux universitaires, Friedrich et son cousin Hans-Albert. Friedrich se distingue de son cousin par sa passion pour l'art et la littérature. Il tombe bientôt amoureux d'Elzbieta, fille du baron propriétaire, qui est animée des mêmes goûts artistiques. Un amour nullement réciproque. Elzbieta juge Friedrich trop peu critique à l'égard de la barbarie de la guerre. Et patriote polonaise ardente, Elzbieta est bien décidée à utiliser l'amour de Friedrich pour aider l'action militaire des partisans polonais...

Pas tout à fait un film de guerre, la réalisation de Zanussi explore de manière admirable la collaboration par l'inaction. Si Friedrich n'est pas un national-socialiste convaincu, son inaction pour combattre le régime et son acceptation de la barbarie le transforment en complice actif. Et c'est toute la faiblesse morale du héros, présenté comme un personnage affable et sympathique mais obéissant aveugle à un régime qu'il ne cautionne pas, que souhaite mettre en exergue le réalisateur. Tourné en 1979, Zanussi, de nationalité polonaise, ne manque pas d'établir un parallèle fort avec l'intelligentsia polonaise, de même, complice du régime communiste par sa lâcheté. Le film, en outre servi par de brillants interprètes, est un petit bijou.

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EMPIRE DU SOLEIL

Titre original : Empire of the Sun

Film américain de Steven Spielberg (1987)

Shanghai en 1941, la zone anglaise de la ville connaît un destin singulier quand le reste de la Chine est occupée par l'armée japonaise. James Graham est le jeune fils d'un riche industriel britannique et mène une adolescence insouciante. Mais James est bientôt rattrapé par la guerre. L'aviation japonaise vient d'attaquer Pearl Harbour scellant la déclaration de guerre nippone aux forces alliées. L'armée impériale envahit la Concession internationale de Shanghai. Séparé de sa famille, le jeune garçon erre et découvre la peur et la mort avant de se retrouver prisonnier dans un camp dans lequel il doit apprendre à survivre. Ses rêves de révolte et de guerre perdent leur sens. Aidé par le prisonnier Basile, James n'a d'autre possibilité pour évader son esprit que de transformer sa détention en aventure extraordinaire...

Si le talent de Spielberg est largement surestimé, le présent film constitue l'une de ses meilleures réalisations avec Rencontres du troisième type.  Bien que non soldat, James est contraint de mener et vivre sa guerre sans fusil comme un parcours initiatique qui le révèlera et le conduira à l'âge adulte. L'image émouvante d'un antihéros qui se représente la guerre et la barbarie comme son nouveau terrain de jeu. Le film est une adaptation du récit semi-autobiographique de l'écrivain de science fiction James Graham Ballard. Une œuvre lyrique et envoutante.

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LE FAUBOURG OKRAINA

Titre original : Okraina

Film russe de Boris Barnet (1933)

1er août 1914, l'Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie tsariste. Un vent patriotique souffle dans tout le pays, aussi sur le faubourg d'une petite ville menacée par l'avancée des troupes du Kaiser. Gresin, le fabricant attitré de bottes pour l'armée est le plus fervent patriote et enjoint tous les hommes en âge de combattre du quartier à monter au front. L'ouvrier Nikolaj Kadin est mobilisé et rejoint par son frère Son'ka qui se porte volontaire. Ces modestes ouvriers et paysans vont bientôt découvrir les horreurs des tranchées et la gestion irresponsable d'officiers généreux en chair à canon. A l'arrière du front, l'effervescence patriotique cède la place à la contestation d'un conflit engraissant les marchands de canons. Les thèses bolchéviques trouvent un terreau favorable à leur éclosion...

Certes, il s'agit d'un film de propagande stalinienne qui ne fait guère l'économie d'un certain nombre de poncifs. C'est le lot des films de propagande après tout... Barnet livre néanmoins ici une vision douce-amère de la guerre, éloignée de la grandiloquence d'autres productions bolcheviques. L'autre particularité du film réside également en une présentation de la perception du conflit par l'ensemble des classes sociales, limitant un point de vue uniquement prolétaire. Bref, une réalisation assez iconoclaste au sein du monolithisme du cinéma soviétique. A voir !

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FLANDRES

Film français  de Bruno Dumont (2005)

De nos jours en Flandre, Demester doit quitter son exploitation agricole, accompagné d'autres jeunes Flamands, pour être propulsé sur un théâtre d'opération lointain. Demester menait jusqu'alors une vie pauvre et simple. Il aime secrètement Barbe, son amie d'enfance avec laquelle il partage de longues ballades. Il aime Barbe malgré ses mœurs libres et ses amants, parmi lesquels Blondel qui la séduit. Attendant le retour de Demester, Blondel et leurs compagnons, Barbe s'ennuie au village. Quant à Demester, de nature aussi taciturne et morose que l'était son ciel de Flandre, il fait face à la guerre avec une parfaite tenue au feu et se mue en véritable guerrier. Une guerre dont il ne sortira pas indemne psychologiquement...

Afrique du Nord ? Moyen Orient ? Rocailleux et écrasé par un lourd et brûlant soleil, le théâtre d'opération défini par Dumont est imaginaire et filmé avec un ton glacé. Le film n'épargne rien au spectateur plongé au cœur d'un voyage au bout de l'enfer. Une descente aux enfers qui se poursuit après le retour du champ de bataille et maintient le spectateur dans une position inconfortable sublimée par d'interminables moments de silence. Bruno Dumont ne cesse d'étonner et de confirmer l'étendue de son incroyable talent. A voir absolument !

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LA HONTE

Titre original : Skammen

Film suédois d'Ingmar Bergman (1968)

Jan et Eva Rosenberg vivent reclus sur une île et vouent une passion inconditionnelle pour la musique dans un monde en proie à une guerre lointaine. Une panne de radio suivie d'autres incidents mineurs précipitent progressivement l'île dans le conflit. Les comportements de chacun se modifient radicalement. Jan se montre ainsi de plus en plus agressif envers Eva. Arrêtés tour à tour par les conquérants et les libérateurs, les amoureux sont relâchés sur ordre de leur ami, le colonel Jacobi. Eva s'offre au colonel bientôt fusillé sous leurs yeux. Les musiciens prennent la fuite en compagnie d'autres fugitifs en barque sur une mer jonchée de cadavres. Ils savent que, désormais, plus rien ne sera comme avant...

L'histoire de deux civils ordinaires plongés dans un conflit imaginaire aussi banal qu'insoutenable. Avec brio, le réalisateur démontre l'intrusion de la violence et les irréversibles bouleversements qu'elle engendre. Les deux individus sont littéralement pris au piège et otages d'un monde qui ne les concerne pas. Une anomalie dans la filmographie de Bergman qui parvient à montrer la guerre avec un indéniable talent conjugué à une parfaite psychologisation des protagonistes. Un chef d'œuvre !

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LA LIGNE ROUGE

Titre original : The Thin Red Line

Film américain de Terence Malick (1998)

1942, la bataille de Guadalcanal fait rage dans le Pacifique. Le cadre paradisiaque est trompeur. Au milieu de tribus amérindiennes otages d'un conflit étranger, soldats américains et nippons se livrent une lutte sans merci, dont aucun combattant ne sortira indemne. Au sein de la Charlie Company, le fantassin Witt, accusé d'avoir déserté, bénéficie de la clémence du sergent Welsh. Le chemin menant à l'objectif, la colline 210 défendue par un solide bunker, semble interminable et la préparation d'artillerie semble bien mince. De nombreux soldats gisent déjà au sol. Les survivants sont assoiffés. Il n'y a plus d'intendance... Le capitaine Staros refuse de poursuivre l'assaut commandé par sa hiérarchie, estimant qu'il s'agit d'une mission-suicide. Après de longues heures d'attente, une patrouille de sept hommes est chargée d'effectuer la reconnaissance des abords de la colline 210. Le G.I. Witt en fait partie...

Witt et ses compagnons d'armes étaient de simples civils peu auparavant. Qu'a-t-il bien pu s'opérer pour qu'ils se muent en bêtes de guerre ? Malick livre ici une formidable réalisation sur le vécu d'une troupe et mêle très habilement l'alternance de scènes d'effroyables combats avec de longs plans sur la faune et la flore insulaires et le quotidien d'indifférentes tribus autochtones plongées, malgré elles, dans l'une des plus sordides boucheries. Autre habileté : l'utilisation de la voix off pour accentuer le caractère tragique de la guerre. A voir absolument!

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SIGNES DE VIE

Titre original : Lebenszeichen

Film allemand de Werner Herzog (1967)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un jeune soldat du Reich, Stroszek, est blessé et envoyé en convalescence dans un dépôt de munitions dont il assure la garde sur l'île de Crète. Loin du tumulte de la bataille et réduit à l'inaction, le soldat occupe le temps en s'astreignant à d'inutiles tâches qu'il juge nécessaires à son équilibre psychique. Le conscrit pourrait mener une vie paisible dans cette forteresse que nul ne menace, en compagnie d'une jeune femme grecque dont il fait son épouse et deux autres camarades. Mais face à l'interminable attente, Stroszek sombre progressivement dans la folie et devient dangereux pour son entourage...

Premier long-métrage du génial Werner Herzog. Et c'est une réussite ! Stroszek, symbole du combattant déchu de sa guerre, orphelin de sa mort, que ses gestes dérisoires pour se maintenir parmi les guerriers attirent vers la déraison. Quel contraste entre la violence d'une guerre et le pacifique calme solaire de cette île du Dodécanèse où le temps semble s'être arrêté ! Herzog filme magnifiquement la lente dégradation des rapports entre ces êtes que la guerre a oubliée. Une œuvre oppressante !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

samedi, 02 mai 2015

Sept films à voir ou à revoir sur la Société irlandaise

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Sept films à voir ou à revoir sur la Société irlandaise

Ex: http://cerclenonconforme.hautetfort.com

Un pub bondé... Au comptoir, des hommes et des femmes de toute condition sociale communient autour d'un curieux breuvage aussi noir qu'épais. Les pintes de stout se remplissent aussi lentement que les gosiers la lampent. La Guinness se mérite. Toutes les discussions s'entremêlent. On y parle de tout sauf du temps qu'il fait car il y pleut toujours ! Le Celtic Glasgow a perdu le derby contre l'ennemi juré des Rangers. Et le XV de la Poblacht na hÉireann a cédé à Lansdowne Road contre Galles. Sale week-end ! Temps de merde ! Le tapotement d'un bodhràn bientôt accompagné d'une guitare recueille l'attention d'un petit groupe de quinquagénaires qui tente de reprendre tant bien que mal The Fields of Athenry. Les femmes assises à leur côté soufflent, d'autant plus que l'un des compères n'a pas manqué de remarquer la démarche mal assurée d'une petite jeune femme rousse, certes un peu empotée, mais dont la jupe qu'elle arbore fièrement s'appellerait une ceinture dans n'importe quel autre pays... Assurément !, se disent les femmes, ils ont déjà trop bu... Cette scène vous remémore quelque souvenir ? Alors vous êtes déjà allé en Irlande ! La société irlandaise est aussi contrastée que ce fichu temps qui passe par toutes les couleurs en moins de temps qu'il n'en faut pour enfiler son anorak. La résumer en sept films relève d'une gageure impossible. Alors, autant éviter les clichés mentionnés ci-dessus et découvrir un tout petit peu cette drôle de petite île. Juste comme ça. L'Eire de rien...

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GENS DE DUBLIN

Titre original : The Dead

Film américain de John Huston (1987)

Dublin, 6 janvier 1904. Comme chaque année, les sœurs Kate et Julia Morkan réunissent leurs plus proches amis pour fêter l'Epiphanie. La soirée joyeuse et bien arrosée est rythmée au gré des poèmes, chants et danses gaëliques. Les langues se délient pour évoquer les chers disparus, familiers ou inconnus. La soirée tire progressivement à sa fin. Molly Ivors, nationaliste ardente, quitte la réception la première pour se rendre à un meeting. Une dernière complainte émeut Greta, l'une des convives. De retour à l'hôtel, Greta révèle à son époux, Gabriel, l'histoire d'un jeune homme éperdument épris d'elle dont l'amour a conduit le prétendant à la mort. Le jeune homme aimait fredonner cette même complainte. Gabriel est anéanti par la nouvelle...

Remarquable adaptation de la dernière nouvelle du roman Dubliners de James Joyce et dernier film tourné par Huston peu de temps avant sa mort. La mort justement, et le temps qui s'écoule irrémédiablement, sont les thèmes principaux affleurant tout au long de ce huis-clos bouleversant et remarquablement interprété par des acteurs, tous issus de la diaspora irlandaise. Une adaptation remarquable. A voir absolument !

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LE LIBRAIRE DE BELFAST

Titre original : The Bookseller of Belfast

Film documentaire irlandais d'Alessandra Celesia (2011)

Fumeur invétéré et toujours accompagné de ses grosses lunettes cerclées magnifiant son air débonnaire, John Clancy, surnommé John "Belfast" ou John "Books", exportait auparavant les œuvres de William Butler Yeats jusqu'en Californie. Mais la petite bouquinerie de John, une petite maison de briques rouges, à l'intérieur de laquelle se pressent quatre mille livres invendus, doit fermer pour cause d'explosion, non celle d'une énième bombe loyaliste ou catholique, mais à cause de l'explosion des loyers. Comment maintenir son petit sanctuaire, lui qui a toujours plus offert de livres qu'il n'en a vendus, dans un Belfast en pleine mutation, submergé par la crise et tentant de panser les plaies de six décennies d'affrontements communautaires ? Pour ce brave John, il s'agit désormais de retrouver un chemin...

Mélancolique et émouvant portrait d'un petit bouquiniste que la spéculation arrache à son paradis. Celesia dresse magnifiquement son portrait empreint de la mémoire identitaire de la capitale nord-irlandaise. Autour de John, trois jeunes ordinaires et peu paumés, issus de la nouvelle génération d'une ville qui se réveille avec la gueule de bois : Robert, un punk dyslexique passionné d'opéra et par l'Empire romain, son frère Connor, un rappeur couvert de multiples cicatrices et Jolene, jeune chanteuse écumant les télé-crochets. Au milieu des alertes à la bombe, un remarquable tableau d'une ville qui se projette vers l'avenir. Qui n'est jamais allé en Ulster ne connaît pas l'Irlande...

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THE MAGDALENE SISTERS

Film irlandais de Peter Mullan (2002)

Comté de Dublin en 1964. Elles sont trois adolescentes et ne se connaissent pas. Margaret est violée par son cousin lors d'un mariage. La jolie Bernadette, orpheline, est estimée trop provocante avec les garçons. Rose est une fille-mère qui a dû abandonner son enfant à une famille catholique. Les trois adolescentes sont placées dans le couvent des sœurs de Marie-Madeleine pour avoir déshonoré leurs parents. Les jeunes filles vont bientôt se confronter aux dures lois qui régissent la vie du couvent et devoir expier leur comportement immoral par le travail et la prière. Sous les ordres de la sœur Bridget, elles vont laver le linge de l'Eglise et de la haute société irlandaises, subissant les pires humiliations et mauvais traitements...

Terrifiant portrait de l'un des traits majeurs de la société irlandaise, son rigorisme moral. Ce film romancé est inspiré d'un documentaire télévisé qui dénonça les horreurs des couvents Magdalene qui ne fermèrent leurs portes qu'en... 1996 ! Symboles du Pêché originel d'Eve croquant la pomme, des générations de jeunes filles irlandaises ont été maintenues sous le régime de terreur d'une autorité parentale toute-puissante lorsque celle-ci estimait son honneur bafoué. Aussi, la victime d'un viol en devenait-elle coupable et la beauté était-elle assimilée à un trait diabolique. Mullan livre ici réalisation oppressante et glaçante que d'aucuns jugeront parfois outrancière.

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PAVEE LACKEEN, LA FILLE DU VOYAGE

Titre original : Pavee Lackeen, the traveller girl

Film irlandais de Perry Ogden (2005)

Winnie est une adolescente issue de la communauté gitane irlandaise et partage sa vie, entourée de ses neuf frères et sœurs, dans une caravane de la zone industrielle de Dublin. Exclue une semaine de l'école après une bagarre, Pavee erre en ville et se rêve en jeune mariée devant une vitrine de robes, avant de s'approprier les pièces d'une fontaine pour jouer aux jeux vidéos et cambriole enfin un container de la Croix Rouge  pour y voler nombre de vêtements. Pendant ce temps, sa mère multiplie les interventions face à l'administration pour régulariser leur situation. La caravane est menacée d'expulsion...

Les films sur la communauté des gens du voyage ne sont pas légions. Pavee Lackeen connut une sortie fantomatique en France, dépassant péniblement les 10.000 entrées. 45 à 50.0000 gitans vivent en Irlande à l'écart de la société, locuteurs d'un langage dont aucune racine ne provient d'un rameau identifié. Avec une certaine complaisance à l'égard de cette communauté mais sans faire abstraction de ses nombreux passages outre la loi, Perry Ogden invite le spectateur à s'immerger au sein des mystères des communautés gitanes. Si le film avait été français, il s'en serait trouvés facilement pour dénoncer certains traits stigmatisants. Un film qui peut tenter les plus curieux.

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PHILOMENA

Film américano-anglo-français de Stephen Frears (2013)

1952, Philomena Lee n'est encore qu'une adolescente lorsqu'elle tombe enceinte. Reniée par sa famille, Philomena est enfermée au couvent de Roscrea. Travaillant à la blanchisserie, elle est autorisée à voir son fils une heure par jour avant qu'il ne lui soit définitivement enlevé à l'âge de trois ans et confié à une famille américaine. Cinquante années ont passé. Philomena est sortie de l'institution dans laquelle elle était enfermée. Une seule ambition guide sa vie : retrouver son fils. Philomena rencontre par hasard Martin Sixsmith, journaliste récemment licencié, à qui elle se confie. Le journaliste persuade Philomena de l'accompagner outre-Atlantique et de partir à la recherche d'Anthony. Le journaliste retrouve la trace du fils très rapidement mais néanmoins trop tard...

Si le synopsis peut apparaître proche de celui de The Magdalene Sisters, la présente réalisation insiste moins sur le quotidien de l'enfermement que sur la quête d'une mère à la recherche de son enfant enlevé. Le ton est également très différent et Frears n'hésite pas à traiter le sujet sous l'angle de la comédie. C'est bien sur le tandem de l'union naissante entre une mère éplorée mais pleine de dignité et un journaliste désabusé qui porte presque l'âge du fils disparu que s'appuie l'intrigue.

 

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THE SNAPPER

Film anglais de Stephen Frears (1993)

A Dublin au début des années 1990, Sharon Curley, vingt ans, mène une existence heureuse dans sa famille ouvrière en compagnie de ses cinq frères et sœurs. Enceinte et non-mariée, Sharon refuse de dévoiler l'identité du géniteur. Un marin espagnol de passage assure-t-elle. La famille s'accommode finalement assez bien que leur fille ait fait un bébé toute seule jusqu'à ce que la rumeur du quartier attribue la paternité à George Burgess, un quinquagénaire, marié et père de l'une des meilleures amies de Sharon. La future mère peine à démentir et se remémore une certaine fin de soirée trop arrosée terminée sur le capot d'une voiture. Moquée dans le quartier et au pub, Sharon est contrainte de laisser son père, Dessie, et les hommes de la famille défendre son honneur à coups de poings...

Un snapper est un mot argotique traduisible par mioche. Non, The Snapper n'est pas un film dramatique ; Frears n'étant pas un représentant du film noir. Au contraire, le réalisateur dresse le portrait attachant de l'insouciante Sharon dans une société irlandaise dans laquelle la prohibition de la contraception et le conservatisme moral règnent en maître et où le pub fait office de parlement du peuple qui fait et défait les rois. Un film tonique aux dialogues savoureux et souvent très drôles. A voir !

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THE VAN

Film anglo-irlandais de Stephen Frears (1996)

Si le football n'est pas le sport favori en République d'Irlande, les Irlandais entendent bien ne manquer aucun match de leur sélection nationale qualifiée pour la Coupe du Monde 1990. Au pire, c'est toujours une excellente occasion trouvée de boire ! Et ça, Bimbo Reeves le sait. Boulanger dublinois récemment licencié, Bimbo rejoint chaque soir ses copains dans un pub de Barrytown, dans la banlieue nord de Dublin. Contrairement à ses amis, tous chômeurs de longue durée, il est inconcevable pour Bimbo de ne pas retrouver un travail au plus vite. Lui vient alors une idée folle. Acquérir, grâce à ses indemnités, une camionnette pour vendre des fish and chips. Aidé de son plus vieil ami, Bimbo découvre le véhicule idéal, certes quelque peu crasseux et sans moteur. La compétition de football fait engranger à la sandwicherie ambulante des chiffres inespérés mais la réussite économique menace leur amitié...

Des acteurs épatants, passant du rire aux larmes, pour une véritable réussite ! On objectera peut être que les personnages de la filmographie de Frears sont parfois un peu trop copiés-collés d'un film à l'autre mais qu'importe. La scène de la retransmission du match de l'Eire au pub est remarquable. De même que celles de beuverie. Une ambiance que ravira tous les fans de football et de bière qui bien souvent sont les mêmes.

Virgile / C.N.C.

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dimanche, 17 février 2013

Le legioni romane sottomettono il grande schermo

Le legioni romane sottomettono il grande schermo

Ex: http://www.azionetradizionale.com/

(Il Giornale) – «L’’uomo è il più rapace di tutti gli animali», diceva Louis-Ferdinand Céline. È di certo così, ma, nella scala della rapacità, ci sono avvoltoi e ci sono aquile. Nella simbologia umana, i primi rappresentano istintività e parassitismo; le seconde, che non a caso vivono più in alto di tutti, raffigurano autorità, nobiltà, coraggio.
L’Impero romano, prima civiltà ad estendere il proprio dominio su tutto il mondo allora conosciuto, scelse appunto l’aquila come simbolo della autorità spirituale, e il fascio littorio come simbolo della legge. Da allora a oggi, l’aquila ha nei secoli rappresentato il simbolo della civiltà occidentale e della sua supremazia nel mondo.


The Eagle of the Ninth (L’aquila della Nona) è il titolo del film di Kevin Macdonald che arriverà il 9 settembre in Italia. Il romanzo omonimo di Rosemary Sutcliff, uscito nel 1954, da cui è tratto il film, ebbe un tale successo che l’autrice lo prolungò e ne fece una trilogia. Concepito come libro per ragazzi, oggi è considerato un classico. Il titolo si riferisce al vessillo della Nona Legione dell’esercito romano, che nel II secolo d.C. scomparve in Caledonia (l’attuale Scozia) ed è la storia di come il giovane Marcus Aquila (nomen omen) vent’anni dopo cerca di scoprire cosa era successo al condottiero della legione, suo padre Flavius Aquila, e ai suoi cinquemila uomini. Nella realtà storica, nulla si riuscì a sapere di questa legione che aveva osato avventurarsi oltre i confini del Vallo di Adriano, presumibilmente massacrata dalle feroci tribù barbariche che abitavano quelle terre inospitali. Nella fiction della Sutcliff invece, il centurione Marcus riesce nel suo intento: rintraccia i superstiti, combatte contro i barbari e recupera il simbolo sacro riscattando così la reputazione del padre.


Altri due film recenti si sono ispirati al romanzo della Sutcliff: L’ultima legione (The Last Legion) di Doug Lefler (2007) e Centurion di Neil Marshall (2010). The Eagle, peraltro girato nella stessa Scozia, senza dubbio ne rende lo spirito in maniera ammirevole.
Il film inizia con Marcus Aquila (Channing Tatum, che ha i perfetti tratti somatici del legionario) che arriva in Britannia, insidioso confine del mondo conosciuto, per mettersi al comando di una guarnigione indisciplinata. Il carismatico novizio si guadagna la riluttante ammirazione delle sue truppe, risvegliando il loro orgoglio e guidandole in battaglia contro gli indigeni ribelli. In uno di questi scontri (che il film rende con magistrale efficacia), dove Marcus e i suoi uomini formano una testuggine per affrontare i selvaggi britanni capeggiati da uno sciamano invasato, viene ferito gravemente. Nella seconda parte, il comandante legionario affronta una difficile guarigione in compagnia dell’anziano zio (il sempre brillante veterano Donald Sutherland), che compra per lui lo schiavo Esca (Jamie Bell), a cui Marcus aveva salvato la vita in un’arena gladiatoria. Decorato al valore ma considerato fisicamente inabile a continuare il servizio militare, offeso dagli insulti alla reputazione del padre da parte di presuntuosi politici romani, Marcus decide di scoprire cosa era successo alla Nona Legione in Caledonia, recuperare l’Aquila e riscattare il nome della famiglia. Accompagnato da Esca, si dirige oltre il Vallo di Adriano dove, prima di scoprire i segreti del passato, per sopravvivere i due saranno costretti a invertire i rispettivi ruoli di schiavo e padrone…
Unico difetto del film sono le scene finali, raffazzonate e facilone, in cui i due protagonisti restituiscono all’imperatore Adriano la sacra icona recuperata dalle barbare mani in cui era finita: la corte imperiale è ricreata in maniera superficiale e la figura di Adriano è resa in modo un po’ ridicolo. Peccato, perché per il resto il film è eccellente: ricostruzione storica ineccepibile, attori credibili, sceneggiatura (di Jeremy Brock) senza sbavature, fotografia (di Anthony Dod Mantle) superba. Soprattutto il regista Kevin MacDonald (The Last King of Scotland) sembra condividere e aderire a quelle virtù romane oggi così fuori moda come dovere, onore, pietà filiale. Un film dunque da non perdere, e che sarebbe piaciuto molto anche ai professori della Scuola di Mistica Fascista.

Valerio Zecchini

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