dimanche, 01 février 2026
La querelle du Groenland et la méditation d’Evola sur le mythe polaire

La querelle du Groenland et la méditation d’Evola sur le mythe polaire
Et si le mythe nordique raconte Mitgard, la Terre du Milieu, comme un pays vert, on pense immédiatement à la terre des Inuits : vert parce que le nom le suggère, dans un temps ancien, avant que la nuit et la glace ne la recouvrent, ne nous recouvrent.
par Luca Negri
Source: https://www.barbadillo.it/127643-la-querelle-groenlandia-...
Il y a toujours et en tout cas un Groenland à conquérir. Un pôle Nord, une demeure arctique dont nous venons peut-être et qui attend notre retour.
En somme, nous comprenons Donald Trump, qui veut mettre la main là-haut, dans le Grand Nord. Et nous comprenons le Danemark, qui défend une colonie conquise à une époque viking, brumeuse et épique. Nous comprenons l’UE, qui montre enfin un peu de fierté contre le nouveau continent, qui est le vrai adversaire géopolitique, tandis que la Russie est un allié naturel. Et nous comprenons aussi Poutine, qui ne serait pas contre le contrôle de l’île, car il n’y a jamais trop de glace. Nous comprenons surtout les raisons stratégiques, politiques et énergétiques des puissants qui veulent le Groenland. Nous les comprenons surtout sur le plan symbolique.

Nous les comprenons parce que nous avons lu et relu Révolte contre le monde moderne de Julius Evola, et le chapitre sur le mythe polaire nous a toujours fasciné. L’île ou la terre ferme arctique, écrivait l’ésotériste et philosophe italien, « représente la stabilité spirituelle opposée à la contingence des eaux ». Le centre de gravité permanent, pour parler comme Battiato, et donc avec Gurdjieff. Image du Soi, de l’ego absolu, de l’Atman hindou. De ce non-lieu en dehors de notre corps, qui en est pourtant l’origine et qui reste imperturbé, non blessé, non touché par les contingences, par la douleur de la vie incarnée.
Le Pôle est « le siège des hommes transcendents », écrivait encore Evola, en citant des traditions et enseignements archaïques. Et nous pouvons tous transcender.
Et si le mythe nordique raconte Mitgard, la Terre du Milieu, comme un pays vert, on pense immédiatement à Groenland : vert parce que le nom le suggère, dans un temps ancien, avant que la nuit et la glace ne la recouvrent, ne nous recouvrent.
« Source de races et de peuples », tel était-il encore considéré au Moyen Âge, dernière époque organique et traditionnelle.
De là, peut-être, nous venons tous. Comme d’un pôle métaphysique, nous descendons dans les vicissitudes de la matière et de l’Histoire.

Cette « île de la splendeur » dans l’extrême nord, serait aussi une « demeure arctique » dans les Védas, selon l’enseignement de Bâl Gangâdhar Tilak (photo), nationaliste indien de confession shivaïte.
C’est peut-être l’ancienne Thule, rêvée et chantée par les Grecs. Île blanche dans la partie septentrionale de l’Atlantique, recherchée par le journaliste, essayiste et militant néo-païen Jean Mabire.
La terre des Hyperboréens, où Nietzsche se sentait idéalement chez lui, invitant ses lecteurs — qui sont tous et personne.
Car ni par la terre ni par la mer, on n'atteint Hyperborée, chantait Pindare. La Voie du Nord, l’« Uttara » hindoue, est dans le monde mais n’appartient pas au monde. Comme le centre géométrique non mesurable, il ne fait pas partie de la géométrie mais permet toute géométrie.
Donc, nous nous engageons surtout à reconquérir ce Pôle Nord.
Mais nous comprenons Trump et les autres puissants, qui peut-être inconsciemment, poussés par l’inconscient collectif, cherchent un peu de terre ferme dans ce monde de plus en plus liquide.
Ce serait une bonne et juste chose si, à partir de cette crise arctique, tout le monde était encouragé à conquérir un Groenland qui lui appartient.
En sortant du symbolique, en revenant à l’actualité, nous espérons néanmoins que la crise se résoudra pacifiquement. De préférence avec la fin de l’OTAN, l’Amérique aux Américains, l’Europe aux Européens (y compris les Russes) et le Groenland aux Groenlandais.
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mardi, 27 janvier 2026
Le plus grand problème de l'Europe est peut-être son incapacité à distinguer amis et ennemis

Le plus grand problème de l'Europe est peut-être son incapacité à distinguer amis et ennemis
par Giulio Chinappi
Source: https://telegra.ph/Il-problema-pi%C3%B9-grande-dellEuropa...
Qui aurait jamais imaginé qu’un conflit, inédit depuis des générations entre les États-Unis et l’Europe, finirait par éclater, avec le Groenland comme épicentre de cette tempête géopolitique?
Dimanche, heure locale, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré sans détour: je crois que les Européens finiront par comprendre que le meilleur résultat sera que les États-Unis maintiennent ou reprennent le contrôle du Groenland». Le même jour, les ambassadeurs des 27 pays de l’UE se sont réunis à Bruxelles, évaluant l’imposition de droits de douane pour 93 milliards d’euros (108 milliards de dollars) ou des restrictions d’accès pour les entreprises américaines au marché de l'Union. Un jour plus tôt, les États-Unis avaient annoncé qu’ils appliqueraient une nouvelle taxe de 10% au Danemark et à sept autres pays européens à partir du 1er février, jusqu’à ce qu’un accord pour l’achat complet et total du Groenland soit conclu.
En apparence, la dernière réponse européenne semble indiquer qu’enfin, l’Europe pourrait passer de la défense passive à la riposte active. Cependant, la réalité est beaucoup plus complexe. Les droits de douane de 93 milliards d’euros en représailles n’ont pas encore été appliqués. Certains responsables ont noté que cette mesure, ainsi que le soi-disant instrument d'anti-coercition (Anti-Coercition Instrument, ACI), qui peut limiter l’accès des entreprises américaines au marché intérieur de l’UE, «est en cours d’élaboration pour donner aux dirigeants européens un levier dans les négociations cruciales avec le président des États-Unis lors du Forum économique mondial de Davos cette semaine». Mais, selon les rapports, ils attendront jusqu’au 1er février pour voir si Washington donnera suite à la menace tarifaire, avant de décider d’adopter des contre-mesures.
De plus, peu après l’annonce des droits de douane américains, l’équipe de reconnaissance allemande composée de 15 personnes a brusquement interrompu sa participation à l’Opération Arctic Endurance, un exercice militaire au Groenland dirigé par le Danemark pour 2026, et a quitté l’île arctique. Auparavant, sept pays européens, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suède, la France, la Norvège, les Pays-Bas et la Finlande, avaient déployé au total 37 militaires au Groenland. Au moment de la publication, Berlin n’a fourni aucune explication publique pour ce retrait, bien que les analystes l’attribuent largement à la pression tarifaire.
Les États-Unis ont transformé la plaisanterie sur l’«achat du Groenland» en une pression concrète et sérieuse, probablement parce qu’ils ont jugé à juste titre que l’Europe ne réagirait pas de manière énergique. Pendant des années, l’Europe a mal interprété ses propres opportunités de développement ainsi que les changements qui s'opéraient dans le paysage mondial, devenant excessivement dépendante de liens profonds avec les États-Unis et remettant à plus tard, sine die, la coopération avec des partenaires plus vastes, y compris la Chine et la Russie. En conséquence, l’Europe est devenue de plus en plus vulnérable au harcèlement américain, facilement pressurable et manipulable, avec une capacité de riposte limitée.
Par exemple, après l’éclatement du conflit entre la Russie et l’Ukraine, l’Europe a cessé, de manière tranchée, ses approvisionnements en gaz en provenance de Russie, sans faire montre de beaucoup de sagesse politique ou de capacité à évaluer les conséquences concrètes d'une telle décision, pour ensuite se retrouver à faire face à d’énormes coûts économiques et sociaux. Le même schéma s’applique à la Chine. Autrefois florissante grâce à la coopération économique, les relations entre la Chine et l’Europe ont changé lorsque l’Europe a suivi la ligne américaine, en regardant la Chine à travers un prisme idéologique plutôt que comme un partenaire pragmatique.
Dans ses relations avec les États-Unis, l’Europe choisit souvent le compromis, allant jusqu’à l’acquiescement. Lors de la guerre commerciale, l’Europe a pratiquement capitulé sans se battre, ce qui pourrait avoir ouvert la voie aux États-Unis qui peuvent, dès lors, viser ouvertement l'annexion d'une portion du territoire européen.
«Qui sont nos ennemis? Qui sont nos amis?»: c’est là une question de première importance pour toute révolution nécessaire, une phrase bien connue et familière à la majorité des Chinois. Aujourd’hui, apparemment, l’Europe a besoin de cette sagesse. Dans les relations internationales, il n’y a ni amis ni ennemis permanents: l’Europe doit donc faire face à la situation avec réalisme et lucidité.
L’Europe a longtemps cru que les États-Unis étaient ses amis, mais les États-Unis voient-ils l’Europe de la même façon?
Malgré la présence de bases militaires américaines au Groenland et des preuves qui réfutent les affirmations sur la présence de navires de guerre russes et chinois dans la région, les États-Unis auraient pu obtenir facilement ce qu’ils veulent, qu’il s’agisse de ressources minérales ou de routes maritimes arctiques, en renforçant leurs liens militaires avec le Groenland. Cependant, cette fois, Washington s'exprime clairement sur un point: les Américains ne recherchent plus seulement la coopération mais exigent la souveraineté pleine et entière sur le Groenland. Et ils estiment que l’Europe n'opposera probablement que peu de résistance sérieuse.
L’escalade des actions et de la rhétorique américaines montre au monde que, pour les États-Unis, le Groenland est une priorité incontournable. La vraie question est maintenant de savoir si l’Europe pourra faire comprendre à Washington qu’elle est, elle aussi, déterminée à défendre la souveraineté territoriale de ses États membres souverains.
14:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : états-unis, europe, groenland, affaires européennes, souveraineté, souveraineté européenne |
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mercredi, 21 janvier 2026
Seward, Trump et la tentation groenlandaise

Seward, Trump et la tentation groenlandaise
par Alessandro Mazzetti
Source: https://www.destra.it/home/seward-trump-e-la-tentazione-g...
Après les nombreux événements rocambolesques du Venezuela, qui, tous, demandent encore à être éclaircis, les déclarations de Trump concernant la nécessité pour les États-Unis d’acquérir le Groenland font écho. Ces affirmations de Washington ont suscité à la fois de l’indignation et de l’inquiétude, non seulement à Copenhague, mais dans toutes les capitales européennes.
Une surprise en partie injustifiée, car ce n’est certainement pas la première fois que Washington tente d’acheter l’île verte, découverte par Erik le Rouge. Nous allons essayer d’éclaircir un peu la situation en proposant une lecture différente de celles qui ont jusqu’à présent été publiées. Comme mentionné, le désir américain pour le Groenland est très ancien. Le premier à envisager son achat fut le secrétaire d’État de Lincoln, William Henry Seward (photo, ci-dessous), qui est devenu célèbre pour l’achat de l’Alaska par les États-Unis. Selon Seward, l’acquisition de la possession russe ne visait pas seulement à intégrer le Canada et à amorcer un processus d’américanisation de la domination anglaise, mais aussi à relancer la possibilité d’un autre achat potentiel: le Groenland.

En résumé, la doctrine Monroe, ou plutôt l’intention derrière, était de créer un bloc politique-culturel anglo-saxon et germanique, qui pourrait également bénéficier de l’achat du Groenland et de l’Islande. L’offre fut rejetée par la monarchie danoise, et le projet de Seward fut interrompu. Le second cas remonte à la Seconde Guerre mondiale. Après avoir défendu l’île, installé des bases militaires et des centres d’observation météorologique, les Américains ont fait une proposition au gouvernement danois, qui la refusa poliment.
Ce n’est pas la première fois que Trump tente d’acheter l’île; cela remonte à août 2019. Pourquoi cet intérêt renouvelé ? Il est plausible d’en identifier deux raisons principales. La première est la nécessité de renforcer la doctrine Monroe, avec un projet qui, comme le démontrent les pressions exercées par la Chine et la Russie en Amérique du Sud, ainsi que le dynamisme du Mexique, date de plus de 150 ans. La seconde raison réside dans l’application des règles de Montego Bay 1982 (UNCLOS), permettant la création des Zones Économiques Exclusives, qui étendent jusqu’à 200 milles marins la souveraineté sur les eaux nationales.
Ce sujet met en évidence la nécessité pour les États-Unis de renforcer leur système de défense militaire, mais surtout d’accroître leur contrôle sur la route arctique, en raison de la guerre économique féroce en cours. Washington sait pertinemment que, depuis 2017, des navires chinois empruntent régulièrement ces routes, grâce à l’ouverture de l’Arctique. De plus, Pékin est actif dans ces zones depuis plus de vingt ans: les entreprises de l’ancien empire d'Extrême-Orient sont présentes depuis longtemps en Groenland, notamment à Kvanefjeld pour l’uranium, à Cittronen Fjord pour le zinc, à Illoqortormiut pour l’or, et à Isua pour le fer. La stratégie chinoise consiste à construire des infrastructures, ce qui leur confère un avantage stratégique considérable face à leurs concurrents. La Chine prévoit depuis des années de réaliser, à coûts très faibles et avec une main-d’œuvre locale, le réseau d’infrastructures indispensables pour relancer économiquement et commercialement l’île. En 2016, la proposition de Pékin pour réactiver l’ancienne base navale Blue West dans le fjord d’Arsuk a été rejetée délicatement par le gouvernement danois.
Les demandes chinoises pour la construction de pistes d’atterrissage et de nouveaux ports se sont intensifiées ces dernières années, tandis que le gouvernement de Copenhague a souvent repoussé ces offres pour ne pas heurter la sensibilité américaine. La tentative de Washington d’acheter économiquement le Groenland répond principalement à des besoins économiques et commerciaux, car dans un monde dominé par une économie maritime, celui qui contrôle les routes et les ports contrôle le cœur de l’économie. Bien que géographiquement et anthropologiquement le Groenland fasse partie du continent américain, l’île reste une possession européenne. Une acquisition pour des raisons non économiques serait impossible, car cela signifierait une rupture irrémédiable du monde occidental et la fin de l’Alliance atlantique.
22:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, histoire, william henry seward, états-unis, alaska, groenland |
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Protéger l’Ukraine pour protéger le Groenland? Sur la logique du document de la DGAP allemande sur la «Doctrine Donroe»

Protéger l’Ukraine pour protéger le Groenland?
Sur la logique du document de la DGAP allemande sur la «Doctrine Donroe»
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
La Société allemande pour la politique étrangère (DGAP) a publié début 2026 un mémo (https://dgap.org/en/research/publications/donroe-doctrine-requires-firm-calm-response-europe), qui, sous le mot-clé de «Doctrine Donroe», étudie la politique extérieure de la deuxième présidence de Donald Trump.
Ce document mérite l’attention – non pas parce qu’il convainc nécessairement, mais parce qu’il montre de manière exemplaire comment la politique étrangère allemande est actuellement pensée, encadrée et priorisée.
Tout d’abord, voyons l'argumentation du mémo.
L’autrice décrit la politique extérieure de Trump comme une rechute dans une pensée typique du 19ème siècle: nationaliste, imprégnée de christianisme, ouvertement orientée vers la puissance. Le terme «Doctrine Donroe» doit illustrer que Trump réinterprète la doctrine classique de Monroe – qui consiste à protéger l’hémisphère occidental – de façon renouvelée, plus débridée et plus explicite que les gouvernements américains précédents. Trois éléments la caractérisent: d’abord, un mépris ostentatoire pour les normes internationales; ensuite, un «mercantilisme musclé», où les gains économiques sont garantis et sécurisés par la puissance militaire; et enfin, une approche politique reposant expressément sur le court terme, qui relègue la stabilité, les alliances et les effets secondaires au second plan.

De cette analyse découle une mise en garde sur le plan de la sécurité pour l’Europe – notamment en ce qui concerne le Groenland. Même si une annexion est considérée comme peu probable, la région est interprétée comme un cas-test de la projection de puissance américaine. L’Europe doit donc agir de manière unie, souligner son autonomie et tenter de « faire comprendre » ses intérêts en matière de sécurité aux Américains.
Jusqu’ici, le document reste dans le cadre d’une analyse classique des risques. L'étape décisive intervient cependant ensuite – et c’est précisément là que commence le problème.
En effet, la DGAP conclut que l’Europe – et implicitement l’Allemagne – doit poursuivre résolument et approfondir son soutien à l’Ukraine pour contrer d’éventuelles ambitions expansionnistes américaines. La politique envers l’Ukraine devient ainsi une clé stratégique: preuve de la capacité d’action européenne, signal de fermeté face à Washington, et expression d’un réel sujet politique.
Ce lien stratégique constitue le point névralgique du mémo.
Car c’est ici que différents espaces conflictuels, intérêts et logiques de pouvoir sont connectés de manière fonctionnelle, sans qu’une causalité sécuritaire solide soit établie. Pourquoi des livraisons d’armes et un soutien financier durable à Kiev doivent-ils, en particulier, permettre d’atténuer les ambitions américaines dans l’Atlantique Nord, reste inexpliqué. L'Ukraine n’est pas traitée comme un problème de sécurité autonome, mais comme un instrument symbolique universel de la puissance européenne.
Cela nous amène à la question des intérêts.
Contrairement à certaines critiques, le mémo de la DGAP définit clairement les intérêts européens – et donc aussi les intérêts allemands. Selon lui, ils résident dans le maintien de l’ordre basé sur des règles, dans la cohésion européenne et dans une continuité politique crédible, incarnée principalement par la politique envers l’Ukraine. C’est cohérent – mais extrêmement réducteur.
Car les intérêts allemands ne sont pas formulés comme le résultat d’une priorisation ouverte, mais comme une déduction d’un postulat d’ordre. Divers champs politiques – Arctique, Europe de l’Est, relations transatlantiques – ne sont pas évalués séparément, mais regroupés normativement. Les coûts, risques et alternatives pour l’Allemagne elle-même restent peu analysés : c'est-à-dire les coûts politiques, énergétiques, économiques, fiscaux, sécuritaires.
La politique extérieure apparaît ainsi moins comme un instrument de défense des intérêts de l’État que comme une épreuve de fidélité à l’ordre. Toute déviation ne met pas en danger une position concrète mais toute la crédibilité européenne.
C’est précisément là que réside le danger de telles logiques issues de think tanks. Elles remplacent l’évaluation stratégique par des chaînes d’arguments moralement connotés. Elles relient les conflits, plutôt que de les désolidariser. Et elles définissent la capacité d’agir politique non pas par la réalisation d’objectifs, mais par la continuité d'une attitude.
Conclusion :
Le document de la DGAP est moins une analyse de la politique extérieure américaine qu’un miroir de l’auto-affirmation européenne. Il montre comment les intérêts allemands sont actuellement pensés: fortement liés à l’ordre en place, faiblement priorisés, très symboliques. Mais si l’on veut réellement orienter la politique extérieure allemande selon des intérêts nationaux, il faut précisément commencer ici – et reposer la question à laquelle le mémo répond trop vite :
Qu’est-ce qui sert concrètement l’Allemagne – et qu’est-ce qui sert surtout une certaine vision du monde en matière de politique extérieure ?
19:24 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique internationale, europe, affaires européennes, ukraine, groenland, allemagne |
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lundi, 19 janvier 2026
Farce groenlandaise

Farce groenlandaise
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/farsa-groenlandese/
Cela ressemble à une pochade. Une farce, même. Et de très mauvaise qualité.
Certains pays européens envoient des troupes au Groenland, après la volonté manifeste de Trump d'annexer cette île glaciale aux États-Unis.
Des troupes de quatre ou cinq pays européens, en mission sous le nom de «Artic Endurance». En réalité, une poignée d'hommes. Quelques dizaines.
Assez pour donner raison à l'ironie, à peine voilée, du ministre italien de la Défense, Guido Crosetto.
Et, en effet, le nombre de soldats européens engagés fait sourire. Une quinzaine de Français. Une poignée d'Allemands et de Britanniques. Quelques Néerlandais, quelques Norvégiens. Peut-être deux ou trois Finlandais...
Une bande de chasseurs de phoques serait plus nombreuse.
C'est un signal politique, dira-t-on... ou plutôt, on nous le dit déjà. Le poids de cette opération Arctic Endurance ne doit pas être évalué en fonction du nombre d'hommes engagés...
Peut-être... mais l'opération – si l'on peut l'appeler ainsi – des Européens semble complètement dépourvue d'un point d'ancrage fondamental.
Ce n'est pas une opération de l'OTAN. Autrement dit, l'OTAN ne prend pas position, elle n'adopte pas de position définie. Claire.
Elle ne pourrait d'ailleurs pas le faire. Car les États-Unis sont membres de l'OTAN. Et membres à large majorité.
Ainsi, l'OTAN, avec l'ineffable Rutte, se retire. Ou plutôt, elle noie le poisson dans le tonneau. Elle évite de prendre position. Elle se débrouille.
Démontrant ainsi, si besoin était, une vérité évidente.
L'OTAN est une création des États-Unis. Elle dépend d'eux en tout et pour tout. Les autres membres ne sont pas des partenaires à part entière. Ce sont des vassaux. Et Trump les traite comme tels.
Si le président américain le souhaite, il s'emparera donc du Groenland. En l'intégrant économiquement et militairement. En versant une maigre indemnité à la population locale.
Et les Européens, après cette comédie risible, ne pourront que se taire. Et accepter. Servilement. Car c'est ce qu'ils sont : des serviteurs, des subordonnés, des employés.
J'ai dit « s'il le souhaite ». Et, bien sûr, « s'il le peut ».
Les obstacles éventuels ne viendront toutefois pas de Copenhague, Berlin, Paris...
Les véritables obstacles ne peuvent venir que de Moscou et aussi de Pékin.
Pas de risibles alignements d'une poignée d'hommes. Les Russes et les Chinois, puissances réelles, peuvent ne pas vouloir d'un contrôle américain total sur le Groenland. Et décider de le freiner.
21:10 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, groenland, europe, affaires européennes |
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Toutes les manœuvres sont possibles en attendant les «midterm elections»

Toutes les manœuvres sont possibles en attendant les «midterm elections»
Nos politiciens et opinion-makers ont vécu une semaine mouvementée. Des rumeurs selon lesquelles le Groenland serait annexé à tout moment par les troupes américaines font haleter de nombreux analystes politiques.
Joachim Van Wing
Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/alle-registers-open...
Pas seulement mouvementée, la semaine qui vient de s'écouler... Elle a aussi été éprouvante. «Après le Venezuela, voilà encore ça?!». Nos politiciens européens semblent encore ne pas avoir compris comment le président Trump négocie. La méthode Trump est pourtant très simple:
Le président Trump appelle ses partenaires à la table de négociation. Lorsqu’ils sont tous réunis, il se dirige vers la porte, jette une grenade dans la salle juste avant de la claquer derrière lui. Après le bruit, il revient dans la salle de réunion, ouvre une fenêtre et dit :
«Nous devons parler» (Pippa Malgren, 7 janvier 2026).
Une légère panique règne sur le continent européen. Et cela est d’autant plus surprenant compte tenu des traités et accords limpides conclus au cours des dernières décennies entre le Danemark et les États-Unis. D’où viennent alors toute cette hystérie, cette agitation et cette indignation? Peut-être que nos politiciens et journalistes ne sont guère conscients des traités internationaux qui définissent si précisément le statut du Groenland?
Oui, les troupes américaines sont présentes sur le Groenland. Et ce depuis 1951, lorsque la Guerre froide créait encore un état de bipolarité paralysante. Car, même à cette époque, le Danemark n’était pas une puissance maritime mondiale équipée de sous-marins, de cuirassés et de porte-avions pour fermer les mers du monde, ni de sous-marins soviétiques bloquant l’accès du passage GIUK (Greenland-Iceland-United Kingdom). Seul Washington pouvait assumer ce rôle.
« L’accord entre le gouvernement des États-Unis d’Amérique et le gouvernement du Royaume du Danemark, en vertu de la Charte de l’Atlantique Nord, concernant la défense du Groenland. »
— Copenhague, 27 avril 1951, Bibliothèque des traités de l’ONU
Après la dislocation de l’Union soviétique, il a fallu attendre jusqu’en 2007 pour que le Groenland ressurgisse de manière significative dans l’agenda géopolitique. À cette époque, le président Poutine expliquait au monde, lors du sommet de Munich, comment la Russie allait progressivement étendre sa présence dans l’Arctique.

Depuis 1951, des troupes américaines patrouillent le Groenland depuis une base aérienne à Thulé, surveillant la façade arctique de l’Atlantique Nord. En 2020, la base aérienne de Thulé a été officiellement transférée à la United States Space Force, et le 6 avril 2023, la base de Thulé a été rebaptisée: elle s'appelle désormais Pituffik. La base abrite une détection avancée de missiles pour le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).
Washington a tenté à plusieurs reprises d’incorporer le Groenland par achat, échange ou annexion militaire.
1867-1868 : l’achat de l’Alaska
Après l’achat de l’Alaska à la Russie en 1867, le gouvernement américain montrait déjà de l’intérêt pour une expansion vers le nord. Le Groenland (ainsi que l’Islande) était considéré comme un territoire potentiellement annexable en raison de sa position stratégique. Les ressources groenlandaises ont été cartographiées, mais aucune offre officielle n’a été faite au Danemark.
1910 : proposition d’échange territorial
Au lieu d’un achat direct, des diplomates américains ont voulu organiser un échange complexe. En échange du Groenland, le Danemark aurait acquis le Schleswig allemand. L’Allemagne aurait été indemnisée par de nouveaux territoires aux Philippines. Ce deal n’a pas abouti.
1946 : offre formelle pendant la Guerre froide
Lorsque la Seconde Guerre mondiale s’est progressivement transformée en Guerre froide, l’administration Truman a proposé au Danemark 100 millions de dollars en lingots d’or pour acheter le Groenland. Le Danemark a refusé de vendre. Les États-Unis ont cependant conservé un droit d’usage militaire pour un ensemble de bases militaires.

1958 : tensions accrues
1958 fut une année particulièrement importante. Le Spoutnik a été lancé. Le Pentagone a rapidement installé le BMEWS (Ballistic Missile Early Warning System) au Groenland, en Alaska et en Écosse. Alarmé par les avancées technologiques démontrées par l’URSS, le Pentagone a élaboré des scénarios concrets où il invoquait le «droit d’urgence de l’OTAN» et où le Groenland aurait été annexé de façon permanente et immédiate. Mais ce scénario a également disparu dans les plis de l’histoire.
2026 : toutes les manœuvres sont possibles avant les «midterm elections»
L’intérêt accru et soudain des États-Unis pour le Groenland peut s’expliquer par quatre bonnes raisons :
- Les ressources: pour ceux qui en doutaient encore… une course mondiale a été lancée pour acquérir tous les minerais, roches et ressources qu'offre notre croûte terrestre. Le Groenland possède un potentiel formidable pour l’extraction d’argent, de cuivre, d'or, de zinc, de plomb, de nickel, de niobium, de tantale et d'uranium. Au cours des 25 dernières années, la Chine a quasiment pris le contrôle mondial de l’extraction minière, du raffinage, de la transformation et de la commercialisation des minerais, métaux et minerais. Washington prend conscience de cette vulnérabilité et des dangers qu’elle comporte. L’administration Trump intervient en fin de course en mobilisant tous les moyens possibles.

- Les routes maritimes arctiques: les brise-glaces nucléaires sud-coréens, chinois et russes maintiennent la route de l’Arctique libre de glace en permanence, évitant ainsi aux navires militaires et commerciaux de parcourir des milliers de miles en contournant le canal de Suez ou le cap. Avec des bases aériennes et navales en Norvège, en Finlande — et oui, aussi au Groenland —, Washington peut couper les lignes d’approvisionnement chinoises et russes vers l’Europe et l’Atlantique. Sans un point d’appui au Groenland, il ne peut imposer d’embargos ni de blocus.
- La course spatiale: le «space race» est notre première vraie «guerre spatiale». Sans les satellites de communication d’Elon Musk, les forces ukrainiennes devraient arrêter immédiatement leur combat. Starlink est l’unique infrastructure restante permettant aux forces ukrainiennes de communiquer entre elles et de cibler les objectifs russes. La valeur stratégique et opérationnelle de Starlink dans ce conflit ne peut être sous-estimée. Par conséquent, Pékin va très bientôt lancer sa propre alternative à «Starlink» qui aura la même capacité civile et militaire. Les bases de lancement dans la région polaire seront donc essentielles.
- Les midterm elections: le président Trump sait parfaitement ce qui l’attend si lui et les républicains perdent les élections de novembre 2026. Alors, tout son programme législatif sera bloqué, et Donald Trump n’obtiendra rien de validé. Pire encore, comme il le dit lui-même :
« Si nous ne gagnons pas les midterms, parce que si nous ne gagnons pas… ils trouveront une raison de m’infliger un Impeach. Je serai mis en accusation. »
— président Donald Trump, retraite du House GOP, 6 janvier 2026
Cette fois, Trump ne fait pas d’excès. Lui et son cabinet ont en un an éliminé tant de barrières, contourné tant de règles, violé tant de lois, qu’ils n’auront probablement jamais connu le repos. Si l’administration Trump perd sa majorité en novembre, elle sera la cible d’un combat judiciaire sans pitié, qui l’empêchera de fonctionner normalement. Si Trump remporte les midterms, cette chasse sera reportée après la fin de son mandat. Mais une chose est sûre: Trump continuera à être poursuivi sans relâche pour le reste de ses jours.
En conclusion
Il est tout à fait probable que cette administration utilise tous les moyens pour augmenter sa «cote de popularité». Mais les signaux sont sombres. Son intervention unilatérale au Venezuela semble n’avoir pas modifié l’opinion publique. La saisie de navires sous pavillon russe en eaux internationales n’est pas sans danger, et constitue une nouvelle violation. Pour les électeurs réclamant une politique migratoire beaucoup plus stricte, exécuter une jeune femme blanche a été considéré comme "un pont trop loin".
Et tout comme aujourd’hui en Iran, la classe moyenne américaine s’épuise quand les produits de base deviennent inabordables. La dévaluation incessante de la monnaie entraîne une érosion inévitable du pouvoir d’achat et frappe durement les ménages moyens. Beaucoup d’entre eux avaient imaginé cette seconde année de mandat très différemment, et se préparent à ce que les 10 prochains mois leur réservent.
Et pendant ce temps…
Alors que nous, Européens, regardons anxieusement vers le Venezuela, l’Iran ou le Groenland, la Commission européenne continue en toute discrétion à rédiger des textes pour un orwellien «Chat Control » et à signer sans entraves les accords du Mercosur avec l’Amérique du Sud.
13:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, groenland, europe, affaires européennes, donald trump, midterm elections 2026, politique internationale |
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dimanche, 18 janvier 2026
Venezuela, Iran, Groenland: l'embrasement du monde - Entretien avec Robert Steuckers

Venezuela, Iran, Groenland: l'embrasement du monde
Entretien avec Robert Steuckers
Propos recueillis par Arne Schimmer
Au début de l'année 2026, le monde semble être en feu si l'on regarde le Venezuela, le Groenland ou l'Iran. Y a-t-il un lien entre tous ces foyers de tension et une explication à cela ?
Le lien entre toutes ces zones de turbulence réside bien évidemment dans le fait que l’hegemon du monde unipolaire d’après la Guerre Froide voit sa domination contestée par un ensemble de glissements nouveaux, parmi lesquels le grand projet de connectivité continentale promu par la Chine de Xi Jinping qui consolide les communications terrestres sur le Heartland centre-asiatique et russe ; la séduction que ce projet suscite dans des territoires importants des Rimlands jadis dominés par les alliances militaires forgées par les Etats-Unis, surtout en Asie du Sud-Est et en Indonésie, ainsi qu’en Iran ; la dé-dollarisation des échanges et l’importance croissante du yuan chinois. Ce projet de grande envergure touche également l’Amérique ibérique, en premier lieu parce que le pétrole vénézuélien se déverse en Chine et que celle-ci organise également les connectivités intérieures de l’Amérique du sud : liaison ferroviaire entre le Pérou et le Brésil, creusement d’un canal transocéanique au Nicaragua, etc. L’hegemon, qui ne veut pas perdre complètement la partie, joue son va-tout : il tente de couper la Chine de ses approvisionnements en pétrole vénézuélien et tente de réanimer un projet technocratique qui existait aux Etats-Unis pendant l’entre-deux-guerres : la création d’un « Technate » nord- et centre-américain, centré sur les Etats-Unis qui aurait inclus le Canada (au détriment de l’Empire britannique), le Groenland (ce qui explique la volonté de Trump de l’englober totalement dans l’orbite américaine), le Mexique (déjà discrètement menacé aujourd’hui), tous les petits Etats d’Amérique centrale (dont Panama, autre revendication actuelle de Trump), la Colombie et le Venezuela. Si ce « Technate » des technocrates américains d’avant-guerre se réalisait avec l’appui des nouveaux grands magnats de la nouvelle technocratie (Musk, Thiel, Palantir), les Etats-Unis disposeraient d’un territoire et de ressources, dont le lithium, capables de les faire durer très longtemps en toute autarcie. En outre, le contrôle total du Groenland leur permettrait de contrôler les nouvelles voies maritimes de l’Arctique et de les bloquer au niveau de la ligne GIUK (Groenland-Iceland-United Kingdom) puis, dans une étape seconde, au niveau de la ligne Groenland, Svalbard/Spitzbergen, Kola au détriment de la Norvège (prochaine victime scandinave de ce projet technocratique qui devra alors céder l'archipel Svalbard ou archipel des Spitzbergen qu'elle possède depuis des siècles). Par ailleurs, l’utilisation du Groenland comme base de missiles à longue portée menace directement la concentration des forces russes autour de la Mer Blanche.

Que pensez-vous de la doctrine « Donroe » de Trump, selon laquelle les États-Unis veulent exercer un pouvoir illimité sur l'hémisphère occidental ?
« Donroe » est un jeu de mot, où l’on associe la Doctrine Monroe (« L’Amérique aux Américains ») de 1823 au prénom de Donald Trump. La Doctrine Monroe visait à exclure toute présence européenne sur les deux continents américains, dans la mesure où le Congrès de Vérone de 1822, convoqué par la Sainte Alliance, a envisagé de soutenir, par l’envoi de troupes françaises, les légitimistes espagnols contre les libéraux (soutenus par l’Angleterre) et, dans la foulée, d’aider l’Espagne re-légitimisée à maintenir son emprise sur l’Amérique ibérique. Cette politique pro-espagnole et a-libérale de la Quintuple Alliance (Angleterre non comprise), ou Sainte Alliance, provoque les premières lézardes dans le bel édifice diplomatique européen postérieur à la chute de Napoléon, édifice dont l’Empereur russe Alexandre I était le principal inspirateur avec Metternich. L’Angleterre faisait bande à part et continuera à le faire, soutenant implicitement les politiques anti-européennes des Etats-Unis, puissance émergente à l’époque.
L’Espagne n’est pas la seule nation visée par le jeune Etat américain: la Russie l’est également, car elle possède toujours l’Alaska et un comptoir en Californie (Fort Ross). Ensuite, plus tard, le soutien de Napoléon III à Maximilien de Habsbourg au Mexique se fera contre la volonté des Etats-Unis dès le lendemain de la Guerre Civile entre Nordistes et Sudistes, entre Unionistes et Confédérés. La guerre hispano-américaine de 1898 a permis aux Etats-Unis de s’emparer de Cuba et des Philippines, ce qui les sortaient ipso facto de la logique « hémisphérique » prétendument revendiquée par James Monroe, puisqu'ils s'ancraient en lisière de la masse continentale asiatique, en face de la Chine et à proximité du Japon émergent.
La Doctrine de Monroe sera complétée par le « corollaire Roosevelt » de 1904, énoncé suite à une tentative germano-britannique d’intervenir au Venezuela, Etat protégé par les Etats-Unis. Ce corollaire prévoyait l’intervention armée des Etats-Unis contre tout gouvernement latino-américain qui enfreindrait « les bonnes règles de la civilisation », corollaire qui reçut rapidement le surnom de « politique du gros bâton » (Big Stick Policy). Aujourd’hui, la Doctrine Donroe complète et la Doctrine du Président Monroe et le corollaire Roosevelt en réaffirmant l’hégémonisme américain dans les Caraïbes (Cuba est directement menacé) et en refusant toute collusion économique trop intense entre la Chine et un Etat situé dans l’espace du « Technate » imaginé par les technocrates d’hier et d’aujourd’hui.

Parmi les conflits mondiaux qui font rage actuellement, lequel est le plus dangereux et le plus lourd de conséquences ?
Pour contenir la Chine, non plus seulement sur les Rimlands de l’Asie du Sud-Est et/ou du sous-continent indien (Inde et Pakistan), mais le long de toutes les voies de connectivité que le projet chinois de « Belt and Road », de "Route de la Soie", a fait naître entre l’Europe et la Chine en Asie centrale et entre le Pacifique et l’Atlantique en Amérique du Sud. Il faut dès lors freiner l’approvisionnement en énergie de Pékin, que ce projet facilite. C’est une des raisons majeures de la brève intervention militaire américaine à Caracas le 3 janvier dernier et de la mainmise subséquente sur les pétroles vénézuéliens. Cependant, si la Chine était le meilleur client pour le pétrole vénézuélien, l’Iran demeure, pour Xi Jinping, le principal fournisseur d’hydrocarbures.


Le soutien américain à des protestations populaires en Iran, causées par les innombrables restrictions suite aux sanctions subies depuis des décennies par le pays, survient, et ce n’est pas un hasard, au moment où les liens ferroviaires de l'Iran avec la Chine sont devenus réalité depuis mai-juin 2025 et où le dernier tronçon de la voie de chemin de fer entre le port iranien de Bandar Abbas (sur l’Océan Indien) et la frontière azerbaïdjanaise (Astara) a été parachevé en décembre dernier.

La connectivité entre l’Inde et la Russie (jusqu’à la Mer Blanche) est désormais possible par l’INSTC (International North-South Transport Corridor) et par la liaison ferroviaire entre la Chine et la Turquie, via les petits pays d’Asie centrale et l’Iran. C’est cette double connectivité que les Etats-Unis, selon la logique géopolitique énoncée par des théoriciens comme Halford John Mackinder, Homer Lea et Nicholas Spykman, entendent détruire. Le maillon central, incontournable, de ces deux nouvelles connectivités, c’est l’Iran. Il faut dès lors qu’il devienne le site d’un chaos permanent comme le sont devenues la Libye et la Syrie. Vu la volatilité de la région, vu la proximité de l’Iran avec la Russie, l’Europe, l’Inde et la Chine, tout désordre organisé dans cette région, qui est une Drehscheibe, une plaque tournante, constituerait un danger mortel pour tous les Etats de la masse continentale eurasienne, surtout ceux qui sont enclavés.
Quel concept géopolitique, élaboré par quel penseur, est le plus pertinent pour notre époque ?
Tous les concepts géopolitiques sont pertinents et il convient d’en connaître un maximum pour pouvoir interpréter correctement les événements de l’actualité. On ne sort pas de la logique conflictuelle entre Heartland et Rimlands, entre puissances telluriques et puissances thalassocratiques, même avec l’avènement et les perfectionnements de l’arme aérienne et de la balistique des missiles et fusées. La réponse aux théoriciens anglo-saxons de la géopolitique (Mackinder, Lea) a été apportée par Karl Haushofer en Allemagne qui préconisait une quadruple alliance grande-continentale entre l’Allemagne, l’Italie, l’URSS et le Japon.
Cependant, certains ouvrages importants ont été oubliés dans les débats lancés par ceux qui contestent l’hégémonisme en place, sans sombrer dans la phraséologie insipide, bien qu’hystérique, des gauches établies. Je commencerai par l’idéal de la Triade parmi les nationaux-révolutionnaires du temps de la République de Weimar (Niekisch, Jünger, Hielscher, Scheringer, etc.). La Triade est l’alliance espérée entre un régime à advenir en Allemagne (mais qui n’adviendra jamais), l’URSS stalinienne et la Chine nationaliste du Kuo Min Tang (organisée notamment par les équipes de conseillers militaires mises sur pied par le Général von Seeckt). Otto-Ernst Schüddekopf a très bien analysé les vicissitudes de ce projet de Triade dans son ouvrage sur le « national-bolchevisme » allemand, hélas un peu oublié aujourd’hui. J’ai eu l’occasion d’en parler dans le deuxième volume de ma compilation de textes sur la "révolution conservatrice" allemande des années 1918-1932.
Ensuite, vu l’importance et le développement des connectivités dans le projet chinois, il conviendrait de redécouvrir un auteur qui est, lui, totalement oublié, Richard Henning, géopolitologue allemand de la Verkehrsgeographie, qui fit carrière en Argentine après 1945.
Ensuite, et c’est une tâche à laquelle je vais m’atteler, il conviendrait d’analyser la très pertinente réception des théories géopolitiques allemandes et européennes dans les écoles militaires d’Argentine, du Chili et du Brésil (en l’occurrence la réception de Friedrich Ratzel). Enfin, l’Italie est aujourd’hui, en Europe, le pays qui abrite le plus grand nombre d’instituts d’études géopolitiques, où l’on réédite les classiques allemands de cette discipline, tels Ratzel et Haushofer. En Espagne, nous avons le Colonel Pedro Banos qui ne cesse de produire des best-sellers en la matière. En Allemagne, il faudra inlassablement relire Scholl-Latour pour se doter d’une mémoire diplomatique.
Dans quelle mesure l'axe Paris-Berlin-Moscou, que vous privilégiez, est-il encore réaliste aujourd'hui, et quelles mesures seraient nécessaires ?
Il n’y a plus lieu de parler d’un Axe Paris-Berlin-Moscou dont le théoricien principal fut indubitablement le Français Henri de Grossouvre. Ce dernier avait placé ses espoirs en une alliance entre Chirac, Schröder et Poutine en 2003 au moment où l’Europe avait manifesté un net scepticisme face à l’intervention anglo-américaine en Irak. La riposte fut immédiate: les néoconservateurs bellicistes américains ont accusé les Européens de lâcheté et Chirac a été rapidement remplacé par Sarkozy qui s’est empressé de rejoindre à nouveau le commandement unifié de l’OTAN, que De Gaulle avait quitté dans les années 1960. La France était le maillon faible de cet Axe malgré les rodomontades post-gaullistes: elle reste une puissance idéologiquement occidentale (au sens où l’entendaient Niekisch et ses lecteurs). Son logiciel mental demeure occidental envers et contre tout, ce qui empêche ses élites déconnectées de comprendre, même de façon élémentaire, les dynamiques de l'Europe centrale, des Balkans, de la Scandinavie ou du Proche-Orient, en dépit des excellentes productions des théoriciens de la géopolitique dans la France d'aujourd'hui. En Allemagne, le virus dissolvant qui a permis d'oublier d'activer et de réactiver cet Axe potentiel a été le mouvement des Verts, comme vous le savez mieux que moi. Seule la Russie et son président ont maintenu le cap.
Le sabotage des gazoducs Nord Stream a été le point culminant dans la volonté de destruction de cet Axe franco-germano-russe. Les prises de position de l’UE, de la France de Macron et de l’Allemagne de Scholz et de Merz dans le conflit russo-ukrainien ont créé l’irréparable et reconstitué de facto un rideau de fer de l’Arctique à la Mer Noire qui condamnera le centre et l’ouest du sous-continent européen à la stagnation puis au déclin irrémédiable dont se gausseront Arabes, Turcs, Iraniens et surtout Chinois, sans oublier les Africains.
Quelle priorité géopolitique les Européens devraient-ils se fixer pour les 10 à 15 prochaines années?
Les priorités que le personnel politique européen dominant se fixe aujourd’hui ne pourront que précipiter l’Europe dans un déclin pire que celui qu’a connu jadis l’Empire Romain. Nous allons au-devant d’un effondrement total de nos économies et de nos systèmes sociaux, le tout dans un hiver démographique autochtone et une submersion par vagues migratoires incontrôlées. Le pouvoir sera tenu par le système bancaire, par un capitalisme non plus patrimonial mais totalement et dangereusement financiarisé, et par des mafias en concurrence les unes avec les autres, comme l’avait d’ailleurs prévu Armin Mohler dans un célèbre article de la revue Criticon en 1982 (et qu’une de mes collaboratrices avait traduit avec maestro).
Les mouvements alternatifs, décriés et soumis à toutes sortes de vexations répressives, doivent énoncer une politique différente car telle est leur tâche: retour aux énergies bon marché, priorité de la diplomatie sur toutes les formes de bellicisme délirant, retour à une cohésion de la société, respect des régimes politiques non européens dans les régions du monde d’où nous viennent matières premières et denrées alimentaires (car nous ne sommes pas autarciques), rétablissement de la qualité de nos établissements d’enseignement, lutte contre les pouvoirs occultes et mafieux qui, dans nos rues, s’affrontent à coups de rafales de Kalachnikov, revalorisation de la magistrature dans cette lutte et congédiement des magistrats incompétents, comme on le réclame depuis longtemps en Italie.
17:04 Publié dans Actualité, Entretiens, Synergies européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : robert steuckers, actualité, iran, groenland, venezuela, géopolitique, entretien, synergies européennes, europe, affaires européennes |
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mardi, 13 janvier 2026
Général français: "Nous devons combattre les Américains!"

Général français: "Nous devons combattre les Américains!"
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
C'est probablement la première fois que nous entendons un tel discours: lors d'un débat télévisé, un général français, Nicolas Richoux (photo), a avancé l'idée d'une lutte armée entre Européens et Américains, dans le cas où ces derniers attaqueraient le Groenland, un pays «allié».
D'autres signes indiquent que le Groenland sera une pomme de discorde dans les relations «transatlantiques».
Le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil a envoyé des messages clairs de solidarité avec le Danemark, tandis que Friedrich Merz a relativisé l'idée d'envoyer des troupes européennes en Ukraine sans l'accord de la Russie.
Les relations internationales sont dominées par le conflit principal entre les États-Unis et l'axe Russie-Chine. Cependant, il existe également un conflit potentiel important au niveau des relations entre les États-Unis et l'Europe. Ce dernier conflit découle du premier.
Les États-Unis aspirent à un monde «souverainiste» selon leur propre définition, c'est-à-dire un monde dans lequel les États-Unis pourraient démanteler toute alliance d'États, qu'elle soit de type BRICS (mondiale ou à potentiel mondial) ou de type UE (locale), afin que les États-Unis restent ainsi le souverain absolu parmi les souverains.
Les BRICS, tout comme l'UE, ont un potentiel économique et stratégique qui gêne la puissance américaine. La dilution de ces structures serait à l'avantage de Washington.
Les attaques contre le Venezuela et l'Iran sont des attaques contre les BRICS (tout comme les tracasseries à l'encontre de l'Inde), tandis que l'exportation du souverainisme vers l'Europe (tout comme le conflit en Ukraine) sont des chocs électriques infligés à l'UE et à l'UE et à la Russie (prises ensemble).

Il est donc naturel que, dans l'hypothèse où le conflit avec l'axe Russie-Chine s'épuiserait (bien qu'il y ait des signes contraires), les États-Unis soient de plus en plus enclins à porter des coups à l'autre alliance qui les gêne, à savoir l'UE.
Le problème est que le Groenland est stratégiquement situé à la fois dans la cour des BRICS (l'axe Russie-Chine et le contrôle de la route arctique) et dans celle de l'UE (étant un territoire appartenant à un État membre de l'UE).
Une attaque contre le Groenland aura des répercussions sur les deux structures avec lesquelles les États-Unis sont en conflit.
Pour l'instant, seuls les Européens ont réagi – et nous voyons qu'ils l'ont fait avec dureté – à l'idée américaine de contrôler le Groenland.
La solidarité des pays nordiques, mais aussi des pays baltes, avec le Danemark est également intéressante : la région baltique était l'une des plus engagées dans la guerre contre la Russie, une région où l'OTAN venait de s'installer... Voilà qui montre que les choses peuvent être relativisées.
Le refroidissement des relations entre les États-Unis et l'Europe sur la question du Groenland ne peut que profiter à l'axe Russie-Chine, qui, pour l'instant, ne ressent pas le besoin de s'immiscer...
Référence: https://www.boursier.com/.../le-general-nicolas-richoux...
16:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nicolas richoux, france, europe, affaires européennes, géopolitique, groenland, otan, états-unis, arctique |
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samedi, 10 janvier 2026
OTAN: tous à table pour oublier le Groenland

OTAN: tous à table pour oublier le Groenland
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/nato-tutti-a-tavola-per-dimenti...
Trump a certainement pris peur: les eurotoxico se sont réunis et ont envoyé un avertissement clair à Washington. On ne touche pas au Groenland. Bon, «on ne touche pas» est un peu excessif. On pourrait aussi y toucher, mais il faudrait en discuter un peu avant. Car il faut aussi comprendre les intérêts des Yankees. Qui sont certainement plus importants que ceux des 60.000 pêcheurs de crevettes groenlandais. Et les Danois ne comptent pour rien. On ne peut pas faire la guerre aux maîtres américains pour défendre les petits-enfants de la petite sirène.
Et peu importe que le Groenland ait été découvert par les Vikings. L'histoire ne compte pas face aux intérêts pour les terres rares.
Donc, on parle de défendre le Groenland, mais on est tout aussi prêt à le céder. D'ailleurs, nous sommes tous membres de l'OTAN, mais comme les cochons de la Ferme d'Orwell, certains sont plus égaux que d'autres. Et l'OTAN, en matière de cochons et d'égalité différenciée, n'a pas de rivale. On l'a vu également avec l'accord entre Israël, qui ne fait pas partie de l'OTAN, et la Grèce, qui en fait partie. Ensemble contre la Turquie, membre de l'OTAN. Et Rutte? Muet, bien sûr. Peut-être n'a-t-il pas encore compris le problème. Comme maintenant, avec le conflit entre les États-Unis et le Danemark. Rutte? Absent.
Autant dissoudre l'OTAN. Mais c'est une telle mangeoire que cela décourage toute intervention. Tout le monde se met à table et on se fiche du Groenland.
21:14 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, danemark, groenland, affaires européennes |
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vendredi, 09 janvier 2026
La question du Groenland intensifie les contradictions entre l’Europe et les États-Unis

La question du Groenland intensifie les contradictions entre l’Europe et les États-Unis
Source: https://mpr21.info/groenlandia-agudiza-las-contradiccione...
L’Arctique est devenue une voie d'évitement pour la Russie et la Chine, en raison du contrôle impérialiste sur les principales routes maritimes. Groenland, un territoire autonome du Danemark, a toujours été un maillon clé dans les plans de l’OTAN. Aujourd’hui, il occupe une place unique dans un nouveau théâtre d’opérations. C’est une base avancée dans le nord de l’Atlantique et un point d’appui pour la surveillance militaire de l’Arctique.
Bien qu’il ait déjà été l’objet de controverses politiques ces dernières années, l’île revient sur le devant de la scène suite aux déclarations d’un général français, Nicolas Richoux (photo), sur la chaîne de télévision LCI.

Ce général n'évoque pas seulement la fin de l’OTAN, mais il nous signale aussi que les contradictions entre les États-Unis et l’Europe ont atteint un point de non-retour. Pour la première fois, Richoux place les États-Unis du côté des adversaires. Il affirme que la pression militaire américaine sur l’île constitue une « ligne rouge » que les États-Unis ne peuvent pas franchir, même de manière rhétorique.
Il est possible que l’Europe doive non seulement envoyer des troupes en Ukraine, mais aussi au Groenland, car son rôle dans le théâtre d’opérations de l’Atlantique Nord a changé. Située à la croisée entre l’Europe et l’Amérique, le Groenland n’est pas un territoire neutre dans le paysage militaire. Il abrite des installations stratégiques, principalement américaines, liées à la défense antimissile et à la surveillance aérienne. Cependant, pour les Européens, l’île reste un territoire associé à un État allié, le Danemark, membre de l’OTAN, ce qui lui confère une forte valeur symbolique et politique.
Face à la possibilité d’une action militaire contre un territoire allié, Richoux a soutenu que l’Europe ne pouvait pas se contenter de simples protestations diplomatiques. Les signaux d’alerte d’une attaque devraient entraîner une réponse immédiate, y compris le déploiement de forces européennes. « S’il y a des indices, nous devons envoyer des troupes là-bas [...] Je pense que nous devrions lutter contre les Américains. S’ils nous attaquent sur le territoire d’un allié, ils doivent être considérés comme des félons historiques. »
Le général a affirmé que l’inaction remettrait en cause la crédibilité des engagements collectifs. Il a également souligné que permettre à un allié d’agir sans réagir sur le territoire d’un autre affaiblirait l’ensemble du système de sécurité mis en place depuis la Seconde Guerre mondiale.
Interrogé sur les conséquences pratiques d’une éventuelle annexion du Groenland par les États-Unis, Richoux n’a pas évité le sujet du conflit militaire. Il a déclaré qu’en cas de telle situation, l’Europe devrait accepter l’idée d’un affrontement direct, croyant qu’une attaque contre un territoire allié ne pourrait rester sans réponse.
Derrière cette apparition médiatique se cache une préoccupation de plus en plus profonde et répandue: les alliances occidentales ont disparu et de plus en plus de personnes envisagent la possibilité d’un affrontement militaire avec les États-Unis, et ce, pas seulement sur le plan économique et diplomatique.
20:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : états-unis, nicolas richoux, groenland, europe, affaires européennes |
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„Dans deux mois, nous nous occuperons du Groenland“: Mette Frederiksen prédit «la fin de l’OTAN» en cas d’annexion par les États-Unis

„Dans deux mois, nous nous occuperons du Groenland“: Mette Frederiksen prédit «la fin de l’OTAN» en cas d’annexion par les États-Unis
Menaces de Washington, avertissements de Copenhague et rejet clair de Nuuk: le débat récemment ravivé sur le Groenland pourrait mettre à rude épreuve l’alliance transatlantique.
Sophie Barkey
Source: https://www.berliner-zeitung.de/news/trump-in-zwei-monate...
Après les déclarations récentes du président américain Donald Trump concernant le Groenland, l’inquiétude refait surface au Danemark face à une éventuelle annexion américaine de l’île autonome de l’Atlantique Nord. Trump avait précédemment déclaré que les États-Unis «s’occuperaient du Groenland dans environ deux mois».


Note de la rédaction: L’intention de s’emparer du Groenland sans craindre de faire voler l’OTAN en éclats dérive bien évidemment d’une volonté bien arrêtée de contrôler les réserves de matières premières de cette grande île mais aussi de rapprocher les Etats-Unis d’un point névralgique de la défense russe, où se concentrent les bases de la péninsule de Kola, déjà menacée par la récente adhésion de la Finlande, jadis neutre, à l’OTAN. Il s’agit aussi de maîtriser totalement la double trouée GIUK (Groenland-Islande-United Kingdom) qui, pendant la seconde guerre mondiale, avait permis aux marines anglo-saxonnes d’approvisionner les armées de Staline. Pendant la guerre froide, l’objectif de l’amiral soviétique Gortchkov était de verrouiller cette trouée pour protéger la presqu’île de Kola et les ports de Mourmansk et d'Arkhangelsk, comme l’amiral allemand Doenitz voulait verrouiller cette même trouée pour empêcher l’approvisionnement des armées soviétiques. Les visées de Trump sur le Groenland semblent être une première étape : après le Groenland viendra l’Islande et les possessions norvégiennes de la zone atlantique/arctique, l’île Jan Mayen et les Spitsbergen. Les Etats-Unis sacrifient délibérément leurs alliés scandinaves (RS).
„Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de le faire“, a déclaré Trump dimanche à bord de son avion présidentiel Air Force One. „Nous parlerons du Groenland dans 20 jours“. Dans un entretien téléphonique avec le magazine américain The Atlantic, il a également souligné: „Nous avons absolument besoin du Groenland. Nous en avons besoin pour la défense.“
Mme Frederiksen réagit avec des mots très durs
La Première ministre danoise Mette Frederiksen (photo) a alors averti qu’une attaque contre un partenaire de l’OTAN signerait la fin de cette alliance militaire. Si les États-Unis décidaient de lancer une telle attaque, „alors tout serait fini“, a déclaré Frederiksen dans une interview avec la chaîne danoise TV2. Cela concerne l’OTAN et aussi l’architecture de sécurité après la Seconde Guerre mondiale. Son gouvernement, a-t-elle ajouté, fait „tout ce qui est en son pouvoir pour que cela ne se produise pas“.
Frederiksen a appelé les États-Unis à cesser leurs „menaces contre un allié historique“. Il est „absolument absurde de dire que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland“.
Le chef du gouvernement groenlandais, Jens Frederik Nielsen, a également rejeté les menaces de Trump avec fermeté. „C’en est fini maintenant“, a déclaré Jens Frederik Nielsen, chef du gouvernement groenlandais. „Plus de pression. Plus d’allusions. Plus de fantasmes d’annexion“, a-t-il écrit sur Facebook. „Nous sommes ouverts au dialogue. Nous sommes ouverts à la discussion“, a-t-il souligné. Cela doit se faire „par les canaux appropriés et dans le respect du droit international“.
Le débat sur le Groenland est ravivé
Peu avant, la commentatrice de droite Katie Miller avait publié sur la plateforme X une image du Groenland avec le drapeau américain et la brève légende „SOON“ („bientôt“). La provocation venait donc du cercle immédiat de la Maison Blanche, car Miller est l’épouse de Stephen Miller, chef adjoint du personnel pour la politique et conseiller en sécurité intérieure du président Donald Trump. À Copenhague, cette publication a suscité de l’agitation et de nouveaux débats sur le partenariat en matière de sécurité entre le Danemark et les États-Unis.
Depuis son entrée en fonction, Trump a régulièrement évoqué l’idée de prendre le contrôle du Groenland, ce qui a provoqué des tensions diplomatiques entre Washington et l’Europe. Le président américain justifie depuis son intérêt pour cette île danoise en évoquant des enjeux stratégiques pour la sécurité des États-Unis.
Les États-Unis disposent déjà de la base aérienne Pituffik, la présence militaire la plus au nord sur le sol groenlandais – un site stratégique dans la compétition géopolitique entre les États-Unis, la Chine et la Russie pour l’influence dans l’Arctique. Pékin et Moscou ont également, à une date récente, accru leur présence dans les eaux autour du Groenland. (avec AFP)
14:07 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, groenland, danemark, affaires européennes, atlantique nord, arctique, donald trump, états-unis |
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jeudi, 08 janvier 2026
Groenland: même la cheffe du gouvernement danois met en garde contre la fin de l'OTAN

Groenland: même la cheffe du gouvernement danois met en garde contre la fin de l'OTAN
Source: https://opposition24.com/politik/groenland-selbst-daenema...
Ce que le site web Opposition24 avait déjà mentionné est désormais confirmé par des sources officielles: les menaces du président américain Donald Trump à l'encontre du Groenland ne sont pas du théâtre politique, mais constituent un danger réel pour l'OTAN. Comme le rapporte ntv, même la Première ministre danoise Mette Frederiksen met ouvertement en garde contre le fait qu'une attaque des États-Unis contre le Groenland mettrait de facto fin à l'alliance militaire (source: ntv.de).
Trump a une nouvelle fois déclaré que les États-Unis avaient « absolument » besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. Il souhaite « s'occuper de cette question » dans les semaines à venir. Des déclarations qui ont depuis longtemps déclenché l'alarme en Europe. La cheffe du gouvernement danois qualifie le débat au sein de l'OTAN d'« absurde » et affirme sans ambiguïté : si les États-Unis attaquaient un membre de l'OTAN, « tout serait fini ». Elle ne fait pas seulement référence à l'OTAN, mais à l'ensemble de l'ordre sécuritaire mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

Le chef du gouvernement groenlandais, Jens Frederik Nielsen, rejette également avec véhémence les fantasmes d'annexion américains. Il a déclaré que son pays n'accepterait pas d'autres menaces ou tentatives de pression. Néanmoins, cet incident montre à quel point la situation est grave. Washington parle ouvertement de revendications territoriales sur une île appartenant à un allié, ce qui est sans précédent.
Cela confirme exactement l'analyse d'Opposition24: Trump est prêt à faire éclater l'OTAN si elle entrave ses intérêts stratégiques (cf.: https://opposition24.com/politik/trump-droht-mit-groenlan... ).
Alors qu'à Bruxelles, on parle encore de «dialogue» et de «discussions», la réalité est tout autre. Ceux qui sont prêts à ne pas exclure l'option militaire remettent en question toute la logique de l'alliance.

Le contexte géostratégique est particulièrement explosif. Le Groenland se trouve sur une trajectoire de missile potentielle entre la Russie et les États-Unis, dispose de matières premières précieuses et gagne énormément en importance en raison de la fonte des glaces. Le fait que Trump veuille placer cette région sous contrôle américain s'inscrit dans le cadre d'un nouvel impérialisme américain qui ne se sent plus lié par le droit international ou la loyauté envers l'alliance.
Alors que les responsables politiques allemands et européens réagissent encore de manière apaisante, la cheffe du gouvernement danois exprime ouvertement ce qui est en jeu. L'OTAN ne sera stable que tant que sa puissance la plus forte respectera ses propres règles. Si Washington les dénonce, il ne restera plus grand-chose de l'alliance.
16:41 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : états-unis, europe, affaires européennes, actualité, groenland, danemark, otan, donald trump |
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jeudi, 29 mai 2025
Wang Yi rencontre le ministre danois des Affaires étrangères pour approfondir la confiance politique réciproque entre les deux pays

Wang Yi rencontre le ministre danois des Affaires étrangères pour approfondir la confiance politique réciproque entre les deux pays
Article de Chen Qingqing (Global Times) - 19 mai 2025
Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a reçu son homologue danois Lars Løkke Rasmussen à Pékin pour marquer le 75ème anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Les deux hommes ont réaffirmé leur engagement à renforcer la confiance politique, la coopération verte et la stabilité des relations bilatérales, et la Chine a réaffirmé sa position de soutien au Danemark sur la question du Groenland.
SOURCE : https://giuliochinappi.wordpress.com/2025/05/21/wang-yi-i...
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a rencontré son homologue danois, Lars Løkke Rasmussen, lundi à Pékin. M. Wang a appelé à « approfondir la confiance politique et à promouvoir les liens » alors que les deux pays célèbrent le 75ème anniversaire de leurs relations diplomatiques, selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.
Selon certains experts, la visite du ministre danois confirme la tradition de dialogue stratégique entre la Chine et le Danemark et envoie un signal fort de bonne volonté mutuelle, soulignant l'importance que les deux parties attachent aux relations bilatérales, en particulier en cette période cruciale du 75ème anniversaire.
Dans un contexte de turbulences et d'incertitudes croissantes à l'échelle mondiale, les deux nations ont exprimé leur volonté de renforcer la coopération, d'approfondir les liens et la confiance mutuelle dans divers domaines, afin d'apporter stabilité et certitude aux relations entre la Chine et le Danemark et, plus largement, aux relations entre la Chine et l'Union européenne.
Au cours de la réunion, M. Wang a rappelé que « les deux parties se sont toujours respectées mutuellement en se traitant sur un pied d'égalité », en construisant et en développant un partenariat stratégique global basé sur une « coopération mutuellement bénéfique, guidée par des initiatives vertes ». Il a exhorté à « maintenir l'esprit originel de l'établissement des relations diplomatiques » et à profiter de l'occasion du 75ème anniversaire pour « maintenir des échanges de haut niveau, renforcer la confiance politique mutuelle et promouvoir la poursuite du développement des relations ».

Wang Yi a réitéré le respect total de la Chine pour la souveraineté et l'intégrité territoriale du Danemark dans la question du Groenland, exprimant l'espoir que Copenhague continue à soutenir la position légitime de Pékin sur les questions liées à sa souveraineté et à son intégrité territoriale.
Le ministre a fait référence aux assurances répétées de l'administration américaine selon lesquelles elle garantirait le contrôle de Washington sur le Groenland, considéré comme stratégique pour des raisons économiques et de défense, en ouvrant de nouvelles routes maritimes dans l'Arctique à mesure que la glace fond, comme l'a rapporté CBS News le 4 mai. Le Premier ministre du Groenland a réagi durement à ces menaces en déclarant en mars: "Nous ne sommes pas à vendre et nous ne pouvons pas être simplement vendus".
« La position chinoise exprime l'espoir que les deux parties aborderont de manière respectueuse et équitable leurs intérêts et préoccupations fondamentaux respectifs, afin d'approfondir la confiance et de promouvoir une coopération pratique dans divers domaines », a déclaré Dong Yifan, associé de recherche à l'Académie Belt and Road de l'Université de la langue et de la culture de Pékin, au Global Times.
Song Luzheng, chercheur à l'Institut chinois de l'université de Fudan et résidant en France, a souligné que la Chine et l'Europe ont longtemps entretenu un fort élan de coopération. Il a noté que les politiques tarifaires américaines à l'encontre de l'Europe ont en partie poussé les pays européens à renforcer leurs liens avec la Chine. Song a également souligné que la référence directe à la question du Groenland dans les discussions entre Wang Yi et Rasmussen impliquait implicitement les États-Unis, l'île étant devenue un point de friction entre Washington et Bruxelles.
Au second semestre, le Danemark prendra la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. « La Chine souhaite intensifier le dialogue et la coopération avec l'UE afin de promouvoir le développement stable des relations Chine-UE, et espère que le Danemark jouera un rôle positif dans ce sens », a déclaré M. Wang.
En tant que membre du Conseil européen, le Danemark « joue un rôle déterminant dans l'orientation de l'agenda de l'UE au cours des six prochains mois », a fait remarquer M. Dong, ajoutant que le renforcement du dialogue entre la Chine et le Danemark contribuerait, d'une part, à orienter la politique européenne à l'égard de Pékin de manière plus positive et rationnelle et, d'autre part, « démontrerait l'engagement de la Chine à développer les relations bilatérales et son soutien au Danemark dans son rôle proactif au sein de l'UE, tout en confirmant son soutien clair à l'intégration européenne ».
Les deux ministres ont ensuite échangé leurs points de vue sur des questions internationales telles que la crise en Ukraine. Selon un rapport de l'AFP, M. Rasmussen a qualifié de « franche » la discussion avec M. Wang sur le conflit ukrainien.
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mercredi, 26 février 2025
La question du Groenland

La question du Groenland
Ronald Lasecki
Source: https://ronald-lasecki.blogspot.com/2025/01/kwestia-grenl...
Avec une population de 56.000 habitants et sans armée propre, le Groenland ne réunit pas les conditions pour être un État indépendant. Avec une population de 6 millions d'habitants et une armée de seulement 83.000 hommes, le Danemark n'est pas en mesure de contrôler les 2,16 millions de kilomètres carrés du Groenland, situé à 2900 kilomètres de la métropole.
Pourquoi le Danemark est-il devenu une métropole coloniale ?
Le destin des petits États comme le Danemark n'est pas d'avoir un empire, mais d'être dans un empire. L'accession de Copenhague au rôle de capitale coloniale a été rendue possible par l'héritage historique particulier de la péninsule du Jutland, mais surtout par l'inclusion du Danemark dans la famille des États européens, à une époque où l'importance de l'Europe dans le monde était décidée par des puissances bien plus fortes que le Danemark. Le Danemark ne serait pas devenu un État colonial s'il ne s'était pas nourri de son héritage nordique et du pouvoir et du prestige de puissances telles que l'Angleterre, la France et l'Allemagne.

Pourquoi le Danemark a-t-il cessé d'être une métropole coloniale ?
Le crépuscule de la position impériale de la Grande-Bretagne - en particulier dans l'hémisphère occidental, où Londres a progressivement perdu des positions dans le nord du continent américain et dans le bassin des Caraïbes - a privé les possessions danoises de l'hémisphère occidental de la dépendance nécessaire à l'égard d'une puissance extérieure pour les soutenir. À son tour, l'échec des aspirations à la puissance de l'Allemagne au 20ème siècle a bloqué la possibilité d'émergence d'un centre de pouvoir qui pourrait combler le vide post-britannique en tant que point d'appui pour le Danemark.
Internationalisation de la question groenlandaise
Une amélioration de la position du Danemark au Groenland serait donc possible aujourd'hui sous réserve de l'émergence d'une telle constellation de forces extérieures susceptibles d'équilibrer la puissance de la bannière étoilée. Une mesure ad hoc pourrait consister à faire ce que Washington craint le plus: que Copenhague attire les capitaux chinois et l'armée russe sur la plus grande île du monde. En internationalisant ainsi la question groenlandaise, les États-Unis ne seraient plus seulement confrontés à leur protectorat danois, mais à deux de leurs plus sérieux rivaux dans le monde.
Création d'un empire européen
Une entreprise plus ambitieuse consisterait à créer une armée et une autorité politique unique et souveraine au sein de l'Union européenne. Les États-Unis, forts de 340 millions d'habitants, se heurteraient alors à une puissance européenne de 440 millions d'habitants. La capitale, la marine et l'aviation du Danemark ne suffiront jamais à défendre le Groenland, mais les mêmes moyens de l'Union européenne suffiraient déjà, quand, par exemple, la France est capable d'utiliser ses propres moyens nationaux, bien plus modestes, pour sécuriser efficacement ses possessions en Polynésie et en Amérique du Sud.
Créer une confédération eurasienne
En combinant les deux approches décrites ici, l'Union européenne devrait non seulement s'unir politiquement et militairement, mais aussi se rapprocher géopolitiquement des centres de pouvoir eurasiatiques afin de contrebalancer plus facilement la domination de la superpuissance nord-américaine. La Chine représente les ressources humaines, le capital et la technologie. La Russie, c'est un grand espace et des ressources militaires inébranlables. La Russie continentale et les eaux de l'Arctique russe sont les voies les plus courtes pour relier les deux centres de civilisation les plus importants aux confins occidental et oriental de l'Eurasie. Une alliance entre l'Union européenne, la Russie et la Chine et le renouvellement de la route de la soie au profit des trois partenaires est une conclusion qui s'impose d'emblée.
Il est bien sûr dans l'intérêt des États-Unis d'Amérique de ne pas permettre un tel scénario, car sa mise en œuvre réduirait considérablement l'influence de la bannière étoilée et les priverait de leur position d'hégémon mondial. Par conséquent, les empires eurasiens devraient signer un accord visant à supprimer l'influence des États anglo-saxons sur l'« île du monde » et à bloquer la pénétration anglo-saxonne sur notre continent commun. Pour commémorer l'éminent combattant de la liberté de l'Europe, ce concept pourrait être appelé la « Doctrine Jean Thiriart ».

Pourquoi être européen ?
Il serait toutefois nécessaire à ce stade de souligner pourquoi les Groenlandais (et potentiellement les Canadiens aussi), et surtout les Européens eux-mêmes, devraient choisir de faire partie de l'Empire européen plutôt que d'être une colonie des États-Unis ? Il faudrait souligner la différence entre l'héritage historique de l'Europe et celui des États-Unis. Comme l'a souligné un historien, les cultures européenne et nord-américaine sont toutes deux des cultures du temps linéaire, mais la première est une culture de la durée, qui s'exprime dans le rôle central de l'écriture, tandis que la seconde est une culture du changement, qui s'exprime dans le rôle accru des images.



Les États-Unis sont libéraux, tandis que l'Europe adopte un style politique plus "communautaire". Dans sa proposition au monde, l'Europe devrait donc opposer les droits des peuples aux droits de l'individu. Les Inuits du Groenland devraient être informés de ce que les militaires et les sociétés capitalistes yankees ont fait, au nom des droits individuels, aux Chamorros, aux indigènes des îles Chagos et aux représentants d'autres peuples dont les ancêtres se sont installés dans des lieux identifiés par Washington comme cruciaux pour la « préservation de la liberté dans le monde ».
La culture européenne de la durée s'accompagne d'une appréciation des institutions symbolisant la continuité historique et la primauté de la politique sur l'économie et de l'esprit sur la matière. Le Danemark et quelques autres pays européens sont encore des monarchies aujourd'hui. Contrairement aux cabinets danois, la personne du roi Frédéric X est très populaire parmi les Groenlandais et si le Danemark réussit à préserver le Groenland, c'est en grande partie grâce au roi. Dans le reste de l'Europe, les dynasties monarchiques devraient également être valorisées, ne serait-ce qu'en tant qu'institutions culturelles, tandis que la structure politique de l'Europe devrait être basée sur le modèle de l'Empire.

Le Danemark ne se voyait pas comme partie prenante dans le projet européen
Le problème est que le Danemark a toujours torpillé le projet européen. Adolf Hitler pensait que le plus grand soutien à son projet de reconstruction de l'Europe viendrait des pays nordiques, de l'Angleterre et des États-Unis. En réalité, ces peuples étaient déjà à l'époque à l'avant-garde du libéralisme et s'opposaient fermement au projet national-socialiste. Le patriotisme européen, quant à lui, s'est surtout manifesté chez les peuples du Sud, méprisés par Hitler : Italiens, Français, Belges, Espagnols.
Après la défaite allemande face à la coalition dirigée par les puissances anglo-saxonnes, le Danemark, menacé surtout par le Reich, devient un pilier de l'OTAN, une projection de l'influence anglo-saxonne, et une résistance à l'Union européenne qui exprime, entre autres, les aspirations d'émancipation de la France au 20ème siècle et de l'Allemagne au 21ème siècle. La série Borgen effraie les téléspectateurs non pas avec l'impérialisme américain, mais avec ce qui pourrait en protéger le Danemark et le Groenland : les investissements chinois au Groenland et la pénétration militaire russe dans cette région. Le Danemark préfère coincer la Russie dans la Baltique plutôt que de défendre cet espace maritime contre les Anglais et les Yankees.

L'Europe devrait se transformer en une tellurocratie
Pour stopper l'expansionnisme de la Bannière étoilée dans l'Arctique et au Groenland, le Danemark et l'Europe devraient changer leur code géopolitique et retrouver en eux leurs identités traditionnelles. Se libérer de l'individualisme pour devenir une communauté à base ethnique. Au lieu de poursuivre le changement pour le changement, ils devraient nourrir leur identité. Devenir les gardiens de leur patrimoine au lieu de le rejeter et d'en avoir honte. Les pays de l'Union européenne devraient cesser d'être occidentaux et se redécouvrir en tant qu'Europe. Ils devraient redécouvrir le noyau eurasien de leur esprit, de leur culture et de leur identité, s'enraciner à nouveau dans le continent eurasien et y puiser leur force vitale.
Ronald Lasecki
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mardi, 04 février 2025
Le Groenland, nouvelle frontière

Le Groenland, nouvelle frontière
Alexandre Douguine
L'initiative de Trump concernant le Groenland n'est pas seulement géopolitique, mais constitue la base d'un ordre post-étatique conduit par la vision que nous suggère la droite technologique sur la souveraineté, la technologie et la gouvernance alternative.
Les projets de Trump concernant le Groenland, comme cela a été établi, reposent sur des bases très sérieuses. Ce que l'on appelle la Right Tech, c'est-à-dire les oligarques de la Silicon Valley et principalement Peter Thiel, ont décidé de créer un nouvel ordre post-étatique dans le Grand Nord, basé sur des valeurs de droite radicale, sur le bitcoin, sur la démocratie directe et sur des expériences futuristes quant à la nature du temps. Tout cela doit être pris très au sérieux.

Au lieu de ricaner et de présenter des arguments d'arrière-garde, réfléchissons: ces mêmes trumpistes, avec le Groenland et la « République technologique », ont réussi à prendre le pouvoir aux États-Unis. Et maintenant, ils vont passer à autre chose. Mars, c'est ce que visait Elon Musk avec son geste étrange.
Il faut regarder vers l'avenir, ne pas creuser dans les impasses du passé. L'essentiel est qu'il n'y a plus de libéralisme dans le monde et qu'il n'y en aura jamais plus ; il n'y aura d'ailleurs plus de "Lumières" à proprement parler. Les "Lumières" ont été une diversion: nous avons abouti dans une impasse et nous devons en sortir rapidement.
Nous devons avoir un avenir de risque, c'est-à-dire libérer le monde intérieur, ce qui signifie réaffirmer la dignité et le pouvoir de l'âme immortelle.
Aux États-Unis, la guerre civile est terminée. La normalité a vaincu la dépravation. Dans l'Union européenne, la guerre civile est toujours en cours et la dépravation et le mensonge sont toujours au pouvoir. Combien de temps encore ?
Il y a un mystère du temps. La modernité se réfère au temps du Big Bang, qui s'écoule du passé vers l'avenir. C'est totalement faux. En réalité, le temps s'écoule du futur vers le passé. Il est attiré par le futur (causa finalis) et en est repoussé.

Heidegger l'explique clairement dans la dernière partie de Sein und Zeit [« L'Être et le temps »].
Il y a trois extases du temps. La plus importante est la troisième, la projection du Dasein dans l'avenir. L'Être (Sein) y est le futur.
Le passé est l'abstraction approximative du futur, une projection a posteriori du futur. Il n'y a pas de réalité autonome dans le passé. Husserl appelait cela l'adumbration, l'ombre projetée du futur, le retour en arrière.
Je pense que Peter Thiel a besoin du Groenland pour établir son laboratoire de travail dans le temps. Nick Land a des idées très intéressantes sur la nature du temps. La Tech Right contient quelques intrigues métaphysiques.
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dimanche, 02 février 2025
L’outre-mer danois d’hier à aujourd’hui

L’outre-mer danois d’hier à aujourd’hui
par Georges Feltin-Tracol
Les revendications étatsuniennes sur le Groenland rappellent que cette immense île arctique dépend encore du royaume de Danemark. En effet, cet État se compose de trois pays constitutifs: le Danemark proprement dit, le Groenland et, en Atlantique Nord, l’archipel des Féroé.
Le Groenland et les Féroé disposent de leur propre gouvernement et d’un premier ministre distinct de celui de Copenhague. Le lien avec la couronne repose sur un haut-commissaire nommé. En outre, le Groenland et les Féroé ne sont pas membres de l’Union dite européenne. En théorie, la convention de Schengen sur la libre-circulation des personnes ne s’y applique pas. Ces deux territoires dotés d’une large souveraineté interne représentent les derniers vestiges d’un domaine ultra-marin bien méconnu.



Longtemps, le Danemark fut une puissance scandinave et maritime de premier ordre. L’actuelle famille royale danoise de la branche cadette de la maison d'Oldenbourg, les Schleswig – Holstein – Sonderbourg – Glücksbourg, cousine avec les familles royales britannique et norvégienne. Souvent allié de la France, en particulier au temps de Napoléon Ier, le Danemark regarde plutôt vers l’Atlantique et la mer du Nord, lointaine réminiscence de l’empire nordique de Knut le Grand (985/995 – 1035) qui régnait sur le Danemark, la Norvège et l’Angleterre bien avant l’Union de Kalmar (1397 – 1438 ou 1448) regroupant le Danemark, l’Islande, la Norvège et la Suède. Avant de revenir à l’Écosse en 1468 – 1469, les îles Orcades et Shetland étaient danoises.
À partir de 1536 commence une longue période d’union personnelle entre le Danemark et la Norvège. Vers 1660 apparaît dans ces « royaumes – jumeaux » une structure étatique commune dans laquelle se pratiquaient les langues officielles danoise et allemande sans pour autant limiter l’emploi des autres langues vernaculaires.

Le Groenland devient danois en 1397 et l’Islande en 1536. Le traité de Kiel en 1814 contraint Copenhague à céder la Norvège à la Suède d’un certain général Bernadotte désormais connu sous le nom de Charles XIV - Jean. Ainsi la Norvège eut-elle des monarques d’origine française jusqu’en 1905, année de la séparation pacifique et de son indépendance nationale.

Le Danemark ne se contente pas des horizons boréaux. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des navires au service des compagnies commerciales coloniales privées parcourent les océans et fondent, le cas échéant, des postes marchands. La ville de Canton en Chine présente un quartier danois. Les Danois bâtissent vers 1618 au Bengale occidental en Inde Tranquebar et cinq autres comptoirs (dont Serampore) avant de s’emparer en 1756 des îles Nicobar en mer d'Andaman. En Afrique existe dans l’actuel Ghana la Côte-de-l’Or danoise, territoire que convoite la colonisation brandebourgeoise, c’est-à-dire de la future Prusse… Les Danois parcourent enfin la mer des Caraïbes et débarquent vers 1672 sur les îles Saint-Thomas, Saint-John et Sainte-Croix qui forment les îles Vierges danoises (à ne pas confondre avec leurs voisines, les îles Vierges britanniques). Ces trois îles antillaises relèvent alors de la Compagnie danoise des Indes Occidentales et de Guinée.

Scandinavie, Atlantique Nord, océan glacial Arctique, mer du Nord, Extrême-Orient, Afrique du golfe de Guinée et Petites Antilles, l’expansion coloniale du Danemark est incontestable. Pourtant, les dirigeants montrent assez tôt une lassitude envers ce domaine d’outre-mer qui pourrait, tôt ou tard, leur poser problème. Le Danemark choisit alors de vendre ses territoires ultra-marins. La Grande-Bretagne achète en 1845 Tranquebar, en 1850 la Guinée danoise pour environ 50.000 livres anglaises, et en 1868 l’archipel des Nicobar. En 1917, Washington acquiert pour un montant de vingt-cinq millions de dollars les îles Vierges qui deviennent un territoire non incorporé des États-Unis d’Amérique.
La disparition de l’outre-mer danois se poursuit ensuite au gré des événements historiques. Les visées étatsuniennes sur le Groenland ne sont pas récentes. En 2019 et en 2024, Donald Trump ne fait que reprendre de vieilles revendications. Forts de l’achat de l’Alaska en 1867, les États-Unis proposent cette année-là au Danemark de lui vendre le Groenland et l’Islande. En 1946, le président Truman offre cent millions de dollars pour acquérir le seul Groenland.


Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Groenland devient un point stratégique occidental crucial dans sa confrontation avec l’URSS. Les accords conclus avec le Danemark autorisent l’implantation de l’US Army qui y installe des missiles à têtes nucléaires. Territoire protégé dans le cadre de l’OTAN, le Groenland est de facto un protectorat des États-Unis. Libérée de toute tutelle danoise, Nuuk, la capitale groenlandaise, serait bien incapable d’adopter une neutralité complète. Plutôt que l’indépendance ou même l’intégration aux États-Unis, un statut d’État libre associé inspiré du cas de Porto Rico ne serait-il pas une solution plus réaliste ?

Membre fondateur de l’Alliance Atlantique, l’Islande est le seul État de l’OTAN à ne pas avoir d’armée. En 1940, les Britanniques envahissent l’île afin de pouvoir mieux coordonner la lutte sous-marine. Ils sont suivis l’année suivante par les Étatsuniens. Cette occupation favorise l’émancipation envers le Danemark lui aussi occupé par les Allemands. En 1944, le royaume d’Islande dont le souverain est le roi de Danemark est aboli en faveur d’une république indépendante. Cette situation aurait aussi pu concerner les Féroé. En avril 1940, Churchill déclenche l’opération Valentin et permet l’invasion britannique de cet archipel. Cette occupation militaire jusqu’en septembre 1945 est si paisible que des soldats britanniques vont trouver des épouses parmi les Féringiennes. Cependant, à la différence de l’Islande sous influence yankee, Londres y réaffirme la souveraineté danoise. Les Britanniques empêchent les indépendantistes féringiens de rompre avec le Danemark en échange de l’autonomie obtenue dès 1948.
Ces derniers temps, l’idée de l’indépendance redevient tendance au Groenland et aux Féroé où se pratique toujours la chasse à la baleine. Le gouvernement danois n’exprime aucune hostilité à l’égard de l’indépendance peut-être prochaine de ses deux territoires d’outre-mer à la condition sine qua non que les deux futurs États, nonobstant leur indépendance nominale, demeurent dans le giron occidental. D’ailleurs, leurs faiblesses démographiques et économiques en font dès à présent des proies géopolitiques faciles, d’où une surveillance sourcilleuse permanente de la part de l’Oncle Sam et de Sa Gracieuse Majesté.
GF-T
- « Vigie d’un monde en ébullition », n° 141, mise en ligne le 28 janvier 2025 sur Radio Méridien Zéro.
13:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : groenland, danemark, îles féroé, islande, atlantique nord, états-unis, histoire, europe, affaires européennes |
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jeudi, 30 janvier 2025
Le rapprochement surprise du Danemark avec Gazprom à propos de Nord Stream

Le rapprochement surprise du Danemark avec Gazprom à propos de Nord Stream
Source: https://report24.news/daenemarks-ueberraschender-schulter...
Le Danemark a donné son feu vert au géant énergétique russe Gazprom pour entreprendre des travaux sur le gazoduc endommagé Nord Stream 2. Une décision qui fait sensation en pleine période de sanctions occidentales contre la Russie. Cela pourrait également être lié aux ambitions de Trump concernant le Groenland.
L’Agence danoise de l’énergie a accordé à Nord Stream 2 AG, une filiale de Gazprom, l’autorisation d’effectuer des "travaux de maintenance" en mer Baltique. Officiellement, selon un rapport récent, il s’agit d’installer des obturateurs spéciaux aux extrémités ouvertes des tuyaux afin d’empêcher toute nouvelle fuite de gaz. Un argument environnemental tout à fait compréhensible – si ce n’était les implications politiques. Il y a encore quelques mois, Copenhague figurait parmi les plus virulents accusateurs de Moscou concernant les explosions qui avaient détruit le gazoduc en septembre 2022. Ce revirement intervient à un moment particulièrement sensible: le Danemark est actuellement en plein bras de fer diplomatique avec l’administration Trump au sujet de la souveraineté sur le Groenland.
L’Agence danoise de l’énergie estime que la quantité de gaz restante dans le gazoduc endommagé est d’environ 9 à 10 millions de mètres cubes. « Les travaux visent à éviter d’autres dommages environnementaux », indique le communiqué officiel. Ce rapprochement avec Moscou intervient à un moment remarquable. Alors que la Première ministre danoise Mette Frederiksen parcourt les capitales européennes pour obtenir du soutien contre les ambitions de Trump sur le Groenland, son pays ouvre la porte au conglomérat d’État russe, lequel est sous sanctions.
Pendant ce temps, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a confirmé des discussions sur un possible envoi de troupes au Groenland – une proposition que le Danemark rejette jusqu’à présent. Après tout, le Groenland ne fait pas partie de l’Union européenne, et le déploiement de troupes de l’UE sans l’accord du gouvernement autonome de la plus grande île du monde s’apparenterait de facto à une occupation.
Dès le départ, le gazoduc, d’un coût de 11 milliards de dollars, a été une pomme de discorde entre Washington et Berlin. Alors que les États-Unis ont toujours considéré le projet comme un instrument géopolitique de la Russie, l’Allemagne y voyait une infrastructure clé pour son approvisionnement énergétique. Une question se pose alors: la coopération surprise du Danemark avec Gazprom est-elle un coup tactique dans le jeu géopolitique complexe autour du Groenland ? Ou bien est-ce le signe d’une approche européenne plus pragmatique vis-à-vis de la Russie ? Après tout, la crise énergétique est loin d’être terminée – et le gaz russe pourrait apporter un certain répit.
Jusqu’à présent, le gouvernement américain ne s’est pas exprimé sur la décision danoise. Mais étant donné les efforts de Trump pour ramener Moscou à la table des négociations, la réaction de Washington pourrait bien être mesurée.
18:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : danemark, groenland, nord stream, mer baltique |
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mardi, 28 janvier 2025
Poker arctique: les États-Unis et la Chine se disputent l’avenir du Groenland

Poker arctique: les États-Unis et la Chine se disputent l’avenir du Groenland
Source: https://report24.news/arktis-poker-usa-und-china-ringen-u...
Au Groenland, une confrontation géopolitique se profile à l’horizon. Ce qui pourrait apparaître à certains comme une simple étendue glacée surdimensionnée devient le théâtre d’un jeu stratégique entre les grandes puissances mondiales. Washington et Pékin manifestent un intérêt croissant pour la plus grande île du monde.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: avec une population d’à peine 56.000 habitants et un PIB modeste de 3,4 milliards de dollars (en 2024), le Groenland peut sembler être un poids plume économique. Pourtant, cette immense île repose sur une poudrière géopolitique susceptible de bouleverser l’équilibre mondial des pouvoirs. Une lutte d’influence oppose les États-Unis, l’Union européenne, la République populaire de Chine et la Fédération de Russie.
Un sondage récent attire particulièrement l’attention: 57% des Groenlandais se disent favorables à une appartenance aux États-Unis. Une évolution qui provoque des inquiétudes à Copenhague, où le Danemark détient encore officiellement les rênes en matière de politique étrangère et de sécurité.

Deux routes maritimes potentielles traversant l’Arctique – le passage du Nord-Ouest longeant la côte nord-américaine et la route transpolaire au centre de l’océan Arctique – font de cette région un carrefour maritime d’importance croissante.
Alors que les États-Unis tentent de renforcer leur position, la Russie a déjà pris une longueur d’avance. Sa flotte de brise-glaces conventionnels et nucléaires dépasse de loin celle des Américains. Les nouveaux brise-glaces russes de la classe Projet 22220 peuvent traverser en continu des glaces atteignant 3,2 mètres d’épaisseur, soit plus de deux fois les capacités du plus puissant navire américain, l’USCGC Healy.
La coopération croissante entre la Russie et la Chine dans cette région aggrave encore la situation. La Chine, premier constructeur naval mondial, et la Russie, qui détient 53% de l’Arctique, ont uni leurs forces – une alliance qui fait retentir des alarmes à Washington.
Le gouvernement danois est face à un dilemme: d’un côté, il souhaite maintenir son lien colonial avec le Groenland; de l’autre, il manque des ressources nécessaires pour sécuriser efficacement la région et exploiter ses ressources naturelles. L’aide annuelle de 600 millions de dollars est à peine suffisante pour maintenir l’infrastructure de base.
La base spatiale américaine de Pituffik, anciennement connue sous le nom de Thule Air Base, avec ses 700 employés, constitue déjà un facteur économique important. Mais face à l’aggravation de la situation géopolitique, cela pourrait n’être qu’un premier pas vers une présence américaine renforcée.
Les parallèles avec l’histoire du canal de Panama, où la Chine a acquis une influence significative, sont pour les stratèges américains un avertissement. La région arctique, riche en terres rares et autres ressources naturelles, ne doit, selon eux, pas tomber entre de mauvaises mains. La question n’est plus de savoir si les États-Unis renforceront leur position au Groenland, mais comment. Que ce soit sous forme de protectorat ou autrement, les dés dans ce poker arctique ne sont pas encore jetés.
17:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, groenland, arctique, danemark, europe, affaire européennes |
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mardi, 21 janvier 2025
Trump et le Groenland

Trump et le Groenland
Par Joakim Andersen
Source: https://motpol.nu/oskorei/2025/01/11/trump-och-gronland/
Lorsque le futur président américain Donald Trump revendiqua à la fois le Groenland et le canal de Panama, sans exclure l'utilisation de moyens militaires, cela suscita une certaine surprise dans le monde entier. Le gouvernement français réagit notamment en déclarant que l'UE n'accepterait pas que des frontières soient modifiées par la violence. Les dirigeants du Danemark et du Groenland soulignèrent que le Groenland n’était pas à vendre. Cela soulève plusieurs questions intéressantes. D'une part, Trump est connu pour sa rhétorique « stratégiquement dramatique », qui fait partie de son « art de l'accord ». Ce qui commence par des menaces de violence et des discussions sur une vente pourrait bien se terminer par l'implantation de quelques bases militaires américaines supplémentaires au Groenland. D'autre part, cette déclaration suggère également une réelle volonté américaine de prendre le contrôle du Groenland, une idée que Trump a déjà abordée par le passé. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a commenté cette situation en affirmant que « l’Europe doit se réveiller », car nous entrons dans un nouvel ordre international caractérisé par le « droit du plus fort ». Vae victis.
Géopolitiquement, cela rappelle la faiblesse de l’Europe. L’Europe n’est pas un acteur sur la scène internationale, ce qui tient en partie aux fondements impolitiques qui servent de base à son unité politique. L’Europe réelle devrait être une communauté fondée sur autre chose que la bureaucratie et l’économie, comme l’ont écrit Jünger, Storey et Evola. Cela signifie que le projet eurocratique est devenu une menace pour les peuples européens et pour leur essence, au lieu de constituer un outil et une expression de celle-ci. Les dirigeants européens d’après-guerre ont largement été des vassaux de l’empire américain, agissant contre les intérêts de leurs propres peuples (voir Jordis von Lohausen).
Sous la présidence de Trump, cela prend une tournure plus aiguë. Nous nous retrouvons dans une situation où, par exemple, Macron représente fréquemment une ligne en politique étrangère qui laisse sous-entendre l'existence d'une force européenne, tout en soutenant une ligne intérieure de faiblesse européenne (en particulier en ce qui concerne la politique d’immigration). Comparé à cela, Trump est souvent favorable aux États-Unis sur le plan intérieur, mais pas toujours aussi bénéfique pour l’Europe sur le plan extérieur. Cela pourrait même, comme le prévient Barrot, signifier que la politique des États-Unis envers les États vassaux européens entre désormais dans une phase d’exploitation et de pillage plus ouvert. Un Europe forte est alors entravée par le politiquement correct et une idéologie hostile aux peuples, et le nœud gordien réside dans l’immigration massive et la légitimité déficiente qu’elle entraîne.

Qu'aucun des deux, le Danemark ni l’Europe, ne doive vendre le Groenland est évident. Cela est d’autant plus vrai qu’une majorité de Groenlandais eux-mêmes sont pour plus d’indépendance et pour une adhésion à l’UE. Le processus d’indépendance se poursuit depuis des décennies et le Groenland reprend progressivement sa souveraineté sur différents domaines. En même temps, le pays reste économiquement dépendant du Danemark: « L’État danois accorde chaque année un soutien financier au Groenland qui s’élevait en 2024 à 4,3 milliards de couronnes. De plus, l’État danois couvre directement des dépenses de plus d’1 milliard de couronnes pour des domaines tels que la défense, la police et le système judiciaire. » Plus d’un Groenlandais sur quatre vit d’ailleurs au Danemark. Les liens entre le Groenland et le Danemark sont considérables, que ce soit sur les plans économique, génétique, onomastique, historique ou religieux. Le paysage politique du Groenland ne semble pas non plus particulièrement compatible avec Trump et le MAGA.

Le parti au pouvoir, Inuit Ataqatigiit, est décrit comme socialiste et a notamment affirmé: « Inuit Ataqatigiit dit non à l’extraction et à l’exportation d’uranium et d’autres minéraux radioactifs… La nature arctique est la réserve alimentaire du Groenland, tout comme de nombreux autres peuples arctiques vivent encore largement de ressources naturelles. C’est pourquoi nous, habitants de l’Arctique, avons un intérêt particulier à ce que la nature arctique ne soit pas polluée par l’extraction d’uranium radioactif et d’autres matières premières toxiques, par des matériaux radioactifs provenant d’accidents dans les centrales nucléaires ou dans des navires à propulsion nucléaire, ou par le dépôt de déchets nucléaires. Nous pensons également que les grandes puissances mondiales doivent procéder à un désarmement surtout sur le plan des armements nucléaires. L’Arctique est et doit rester pacifique. » Le parti démocrate-socialiste Siumut est également très influent au Groenland. Politiquement, le Groenland appartient davantage à l’Europe qu’aux États-Unis.


La géopolitique n’est cependant pas tout. Il existe également des raisons mythiques et psychologiques profondes de ne pas rompre les liens entre le Nord scandinave et l’Arctique. Le Groenland possède de riches traditions et une mythologie fascinante. Il existe aussi une tendance eurartique dans l’inconscient scandinave, comparable au « Drang nach Osten » allemand, les peuples nordiques s'étant maintesfois orientés vers le Nord. On peut citer ici l’expédition d’Andrée, l’intérêt authentique d’Ossian Elgström (photo) pour les Inuits et les Samis, ainsi que les descriptions d’Evola sur l’origine polaire, sur Hyperborée et Thulé. Nous avons déjà écrit sur ce sujet, notamment dans mes textes sur Ödun et l’ours polaire et sur la mythologie antarctique. Notre tradition vient ultérieurement des chasseurs de mammouths dans l’Arctique, et rompre les liens avec l’Arctique équivaudrait, psychologiquement et mythiquement, à une sorte d’effondrement.
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jeudi, 16 janvier 2025
Le Groenland, une obsession américaine

Le Groenland, une obsession américaine
Binoy Kampmark
Ex: geopolitika. ru
L'histoire montre que les empires acquièrent des territoires de différentes manières. Les dynasties étendent leurs possessions par le biais de mariages, comme l'ont fait les Habsbourg. Ou les territoires sont pris par la force des armes ou volés par des traités trompeurs et des manœuvres douteuses. Ils peuvent également être achetés.
Les États-Unis ont étendu une grande partie de leur territoire en l'achetant et en se dotant ainsi d'un empire. L'acquisition de la Louisiane en 1803 pour la modique somme de 15 millions de dollars était audacieuse, opportuniste et extra-légale. Elle a également été initiée par un président américain qui avait romantiquement insisté pour que la jeune république se limite à des activités agricoles dans le cadre d'un modèle ne prévoyant que de petits exploitants. Mais Thomas Jefferson pouvait être rusé et diabolique, et la France, alors sous la férule de Napoléon Bonaparte, l'inquiétait : « Il n'y a qu'un seul endroit sur le globe dont le possesseur est notre ennemi naturel et habituel, et c'est la Nouvelle-Orléans ».
Bonaparte, dont les intérêts sont davantage tournés vers l'Europe, est prêt à céder le territoire pour une somme modique. Les indigènes, bien sûr, ne sont pas consultés. Jefferson, qui avait auparavant prôné la nécessité de respecter la Constitution avec une pieuse méticulosité, l'ignore lorsqu'il s'agit d'acheter des territoires, ce qui n'est pas explicitement autorisé par le document constitutionnel. C'est ainsi qu'apparaissent les premiers signes d'une présidence impériale.
En 1868, l'œil avide du gouvernement américain a montré que la conquête et le contrôle du continent ne se limitaient pas exclusivement à l'expansion vers l'ouest qui, selon l'observation hautaine de Frederick Jackson Turner, finirait par s'achever. Les désirs d'expansion se tournent vers l'Islande et le Groenland comme options possibles vers l'est.
Une publication du département d'État de 1868, éditée par Benjamin Mills Pierce, fait état d'un intérêt plus que passager pour les ressources de l'Islande et du Groenland, en mentionnant le traité par lequel le Danemark devait céder aux États-Unis le contrôle des îles de Saint-Thomas et de Saint-Jean dans les Caraïbes. Le rapport de 1868 encourage l'acquisition du Groenland pour deux raisons importantes : les opportunités commerciales promises par l'exploitation de l'abondance naturelle de « baleines, morses, phoques et requins, morues, saumons, truites et harengs » et la congruence politique de l'obtention d'un territoire flanqué « de l'Amérique britannique dans l'Arctique et le Pacifique ». Le Groenland pourrait ainsi « faire partie de l'Union » et diminuer l'influence britannique dans la région.
Le traité avec le Danemark concernant les Indes occidentales danoises rappelle que les choses ne seront pas faciles. L'acquisition de ce qui allait devenir les îles Vierges américaines était une idée du secrétaire d'État William Henry Seward, une initiative qui avait la bénédiction du département d'État américain. Le destin du traité a été mouvementé : le rejet initial du Sénat américain, principalement motivé par le soutien apporté par Seward au président Andrew Jackson lors de sa procédure de destitution, a été suivi par le rejet du Danemark en 1902. Des doutes subsistaient également quant à l'organisation d'un plébiscite pour les habitants de la région, le Danemark craignant ce que la vie sous la domination américaine pourrait réserver aux habitants noirs, dont on prédisait qu'ils auraient la réputation d'être peu généreux à l'égard des races de couleur.
La Première Guerre mondiale a finalement abouti au transfert officiel des Antilles danoises le 31 mars 1917, accompagné de 25 millions de dollars en pièces d'or, un résultat obtenu en partie grâce aux tactiques d'intimidation du secrétaire d'État américain Robert Lansing. Le secrétaire d'État n'a pas caché que l'une des intentions de l'occupation des îles était d'éviter qu'elles ne tombent aux mains des Allemands.

L'intérêt pour l'acquisition du Groenland s'est développé au cours de la Seconde Guerre mondiale. Une fois de plus, les inquiétudes concernant l'Allemagne sont au premier plan, étant donné qu'elle a occupé le Danemark sans incident en 1940. Les États-Unis ont alors construit la base aérienne de Thulé en 1943. À la fin de la guerre, l'administration Truman n'a pas réussi à séduire les Danois avec un prix d'achat de 100 millions de dollars, bien que la base ait continué à fonctionner sous le contrôle des États-Unis et avec la bénédiction du royaume.
Pendant le premier mandat de Donald Trump, l'obsession de l'achat du Groenland a refait surface comme le fait une éruption cutanée, et l'acquisition du Groenland a été comparée à « un contrat d'achat et de vente d'un grand terrain ». Le Danemark, a suggéré M. Trump, s'est retrouvé avec le Groenland « à perte, et stratégiquement, ce serait une bonne chose pour les États-Unis ».
Selon la plupart des comptes rendus, l'accord avait moins à voir avec la realpolitik qu'avec l'immobilier. Selon le récit de Peter Baker et Susan Glasser sur les événements du premier mandat de Trump, le Danemark recevrait en échange le territoire ignoré de Porto Rico. Ils suggèrent également que cette proposition audacieuse émane d'un vieil ami du président, Ronald Lauder, héritier de l'empire cosmétique Estée Lauder. Trump, dans son style typique, insiste sur le fait qu'il s'agit de sa propre idée.

Comme on pouvait s'y attendre, M. Trump a trouvé la première ministre danoise, Mette Frederiksen (photo), peu impressionnée, réticente et « désagréable ». Pour sa part, la première ministre danoise a déclaré que "le temps d'acheter et de vendre d'autres pays et d'autres populations est révolu. Restons-en là".
Le retour imminent de Trump à la Maison Blanche a ravivé de vieilles idiosyncrasies. Pendant la période des fêtes de décembre 2024, il s'est laissé emporter par des fantasmes jeffersoniens et a promis de reprendre le canal de Panama, qui, selon lui, est exploité illégalement, bien qu'aimablement, par « les merveilleux soldats de la Chine », ainsi que de faire du Canada le 51ème État, avec l'ancien joueur de hockey professionnel Wayne Gretzky installé comme gouverneur, et d'acheter le Groenland.
Le choix du président élu pour le poste d'ambassadeur des États-Unis au Danemark est apparemment basé sur la cour faite à Copenhague, tandis que Trump déclare que la propriété du territoire par Washington est une « nécessité absolue ». Le premier ministre du Groenland, Múte Egede, laisse entendre qu'un tel projet a peu de chances d'aboutir: "Le Groenland est à nous. Nous ne sommes pas à vendre et nous ne le serons jamais". En politique, il est dangereux d'être sans équivoque.

En avril de l'année dernière, la base aérienne de Thulé a changé de nom pour devenir la base spatiale de Pituffik, dans un souci de sensibilité culturelle qui a fait couler beaucoup d'encre. Le ministère de la défense a affirmé que ce changement reconnaissait mieux « l'héritage culturel groenlandais » et reflétait de manière plus appropriée « son rôle dans les forces spatiales américaines ». Le patrimoine culturel groenlandais joue un rôle mineur dans la vision impériale de la base, dont les forces spatiales américaines insistent sur le fait qu'elle « permet la supériorité spatiale » grâce à ses systèmes d'alerte aux missiles, à sa défense antimissile et à ses missions de reconnaissance et de surveillance aérospatiales.
En l'état, la possession du Groenland, au sens officiel, n'a guère d'importance, et la seconde administration Trump agirait sagement en laissant simplement les Danois s'occuper des glaciers et de leurs problèmes. Washington a déjà ce dont il a besoin, et même plus que ce dont il a besoin.
Publié à l'origine dans Counterpunch. Traduction : Àngel Ferrero.
Source : https://www.elsaltodiario.com/estados-unidos/groenlandia-...
13:02 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, donald trump, groenland, danemark, europe, affaires européennes |
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mercredi, 15 janvier 2025
Vers un grand espace trumpiste?

Vers un grand espace trumpiste?
par Georges Feltin-Tracol
Donald Trump n’est pas encore entré en fonction et il multiplie déjà les propositions-chocs. Friand de déclarations osées sur son propre réseau social ou sur celui de son nouvel ami Elon Musk, le futur 47e président des États-Unis montre une vraie constance dans ses prises de position géopolitiques.
En 2019, alors 45e locataire de la Maison Blanche, il avouait volontiers annexer le Groenland. Il aurait aimé l’acheter. La proposition suscita un mélange de stupeurs, de ricanements et de réprobations. En décembre dernier, l’homme d’affaires a réitéré sa demande qui n’est donc pas une plaisanterie.
L’océan glacial Arctique prend une valeur stratégique majeure. C’est le seul au monde où se font face les littoraux russe et étatsunien. Donald Trump sait que le territoire des États-Unis s’est largement formé grâce à des achats successifs de territoires. Le plus célèbre reste en 1804 quand la France de Napoléon Bonaparte vendit tout le bassin hydrographique du Mississippi, la grande Louisiane, pour 80 millions de dollars. Cette vente ouvrit la voie à la « conquête de l’Ouest » et au mythe mobilisateur de la Frontière. En 1819, cinq millions de dollars permirent l’acquisition de la Floride espagnole. En 1848, au terme d’une effroyable guerre d’agression, le traité de Guadalupe oblige le Mexique à céder aux États-Unis pour quinze millions de dollars tout le Mexique septentrional (Californie, Arizona, Nouveau-Mexique, Nevada) en plus du Texas déjà annexé. En 1867, Saint-Pétersbourg vend pour 7,2 millions de dollars l’Alaska et se prive d’être une puissance tricontinentale. En mars 1917, Washington donne 23 millions de dollars au Danemark pour posséder une part des Îles Vierges dans les Antilles.

Tous ces précédents historiques rendent donc plausibles les intentions marchandes de Donald Trump. Le Danemark serait encore sollicité. En effet, malgré un large statut d’autonomie interne, le Groenland reste un territoire danois. La plus grande île du monde après l’Australie conserve un lien ténu avec Copenhague. Cependant, dès 1985, un référendum autorisa la sortie de l’« Île verte » de la CEE (Communauté économique européenne). Membre fondateur de l’OTAN, le Danemark a fait de sa dépendance boréale un pivot indispensable pendant la Guerre froide. Jusqu’en 1992, on recensait deux bases militaires (seule se maintient celle de Thulé, renommé). Les prétentions étatsuniennes sur le Groenland sont fondées. Mais son rattachement aux États-Unis ne viendrait qu’après l’absorption du Canada.
Avant même son investiture, Donald Trump a avancé sa volonté d’augmenter les droits de douane de 25 % envers les produits canadiens et mexicains. Vice-ministresse et ministresse canadienne des Finances, Chrystia Freeland, a démissionné, le 16 décembre dernier. Craignant une guerre commerciale âpre et difficile, elle a refusé de cautionner la politique de Justin Trudeau qui aggrave le déficit. Ottawa a levé la taxe sur les produits et services jusqu’à la mi-février et entend offrir une chèque de 250 dollars canadiens aux travailleurs au printemps 2025. Cette distribution d’argent public s’apparente à un arrosage clientéliste dans la perspective d’élections législatives prévues en octobre.
Chantre du multiculturalisme, du wokisme et du financiarisme, Justin Trudeau sait que Donald Trump ne l’apprécie guère. Sa faible popularité auprès des Canadiens indique son déclin politique traduit par l’annonce de sa démission, le 6 janvier 2025. Redoutable bête politique, Trump ne se prive de se moquer du chef du gouvernement canadien qu’il qualifie de gouverneur ! Ces derniers temps, le futur président étatsunien a répété qu’il verrait bien le Canada devenir le 51e État des États-Unis et ainsi supprimer « une ligne artificielle », à savoir la frontière canado-étatsunienne. Si ce projet se réalise, les nouveaux États-Unis (avec le Canada donc) deviendrait un très vaste État avec 19.818.187 km² ! Un des avantages de la fusion du Canada et des États-Unis permettrait de redéployer les services douaniers et les unités de surveillance de frontières sur le flanc méridional en face du Rio Grande et de Cuba.
Comment se passerait cette intégration? Le Canada se fondrait-il en tant qu’ensemble étatique unitaire au risque de déséquilibrer les rapports internes (la Californie n’apprécierait pas de perdre son premier rang…) ou bien cette assimilation passerait-elle à travers les dix provinces et les trois territoires du Nunavut, du Nord-Ouest et du Yukon? La population canadienne de langue anglaise approuverait-elle d’ailleurs cette absorption?

On ignore en France l’existence de mouvements indépendantistes en Alberta, riche en hydrocarbures, au Manitoba et, plus anecdotique, dans le Saskatchewan. Comment réagiraient enfin les communautés francophones du Québec, d’Acadie et de l’Ouest en cas d’intégration par le grand voisin du Sud ? Il est fort plausible que l’hypothétique élévation du Canada en 51e État fédéré se fasse dans un cadre unitaire et indivisible. Pas sûr dès lors que Washington consente aux velléités sécessionnistes du Québec et des autres territoires canadiens-français. Maints responsables indépendantistes québécois ont prôné le continentalisme nord-américain.
L’intégration du Canada aux États-Unis ouvrirait la voie au rattachement du Groenland par l’intermédiaire du Nunavut. Les Inuits sont cousins des autochtones groenlandais. « Notre Terre » en inuktitut attirerait inévitablement une population du Groenland pour l’heure rétive à toute union avec l’Oncle Sam. Un parti indépendantiste d’extrême gauche assure le gouvernement autonome du Groenland. Quant aux Canadiens plus progressistes que les Étatsuniens, leur admission redonnerait bien des couleurs au parti démocrate.

Les Canadiens se moquent pour l’instant des intentions trumpiennes. Le premier ministre conservateur de l’Ontario, Doug Ford (photo), dont le frère, Rob, fut le maire sulfureux et stupéfiant de Toronto (2010 – 2014), a dès à présent menacé la Maison Blanche de représailles pour l’application de toutes mesures protectionnistes décidées par le futur président Trump. Il a même plaisanté en souhaitant acheter l'Alaska et en y ajoutant le Minnesota et Minneapolis. L’Ontarien aurait cependant intérêt à se taire s’il ne veut pas connaître une petite « révolution colorée » chez lui. En outre, un scandale mêlant finances et sexe arrive si vite de nos jours…

Le 21 décembre dernier à Phoenix en Arizona, Donald Trump évoquait l’avenir du canal du Panama. Il critiquait des tarifs de passage onéreux pour les navires étatsuniens. Il s’offusquait de la présence de travailleurs chinois. Ainsi visait-il indirectement le projet chinois de construire au Nicaragua un canal transocéanique concurrent. Fort du succès du canal de Suez inauguré en 1869, le Français Ferdinand de Lesseps propose de construire un canal dans la partie la plus étroite de l’isthme centraméricain. En 1889, les États-Unis rachètent les droits de sa compagnie pour un montant de quarante millions de dollars, puis incitent la bourgeoisie locale à se révolter contre la Colombie. Le Panama devient indépendant en 1903. Un an plus tard, la constitution panaméenne reconnaît aux États-Unis le droit d’intervenir militairement et octroie une région de 1432 km² de part et d’autre du canal. En 1977, Jimmy Carter signe un nouveau traité qui accorde la souveraineté du canal au Panama malgré la présence de six bases militaires US. Le 31 décembre 1999, le Panama acquiert la pleine souveraineté sur tout le canal. Entre-temps, le 20 décembre 1989 commençait l’opération « Juste Cause ». George Bush père ordonnait l’invasion militaire du Panama et l’arrestation du général Noriega accusé de trafic de drogue, largement aidé par la CIA et d’autres officines de l’État profond yankee.
La déclaration de Donald Trump a soulevé un formidable mécontentement populaire au Panama dont la population garde en mémoire cette intervention militaire inique. Les manifestants brandissent des affiches grossières à l’encontre de Trump. Il sera très difficile au prochain secrétaire d’État de convaincre les dirigeants du Panama de rendre le contrôle du canal à moins que les États-Unis s’engagent dans une nouvelle aventure armée comme Trump l’a laissé entendre. Il préconise enfin de changer le golfe du Mexique, vraie « Méditerranée méso-américaine », en golfe de l’Amérique.
Sceptique envers l’utilité de l’OTAN qui forme un grand espace euro-atlantique intégré, y compris avec le Canada et le Groenland, Donald Trump a compris que le XXIe siècle sera le temps des États-continents. Si l’apport démographique du Canada et du Groenland demeure relatif (375.750.000 habitants), les nouveaux États-Unis d’Amérique du Nord et de l’Arctique disposeraient d’une formidable étendue ramassée (21.984.273 km²) avec des ressources minières, énergétiques et agricoles peu exploitées. Les projets d’expansion de Donald Trump ne sont pas à prendre à la légère. Son ambition expansionniste pourrait-elle finalement réconcilier un mouvement trumpiste qui se divise à propos de la question brûlante de l’immigration entre la base MAGA nativiste et les oligarques de la High Tech, Elon Musk en tête ?
GF-T
- « Chronique flibustière » n° 139 mise en ligne sur Synthèse nationale, le 14 janvier 2025.
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dimanche, 12 janvier 2025
Groenland: Scène géopolitique d’un bras de fer entre les États-Unis et l’Union européenne

Groenland: Scène géopolitique d’un bras de fer entre les États-Unis et l’Union européenne
par Elena Fritz
Source: https://www.pi-news.net/2025/01/groenland-geopolitische-b...
Depuis sa victoire électorale, Donald Trump a à plusieurs reprises évoqué l’idée que le Groenland devrait devenir une partie intégrante des États-Unis.
Autrefois une île isolée et silencieuse, le Groenland devient de plus en plus le centre d’un jeu d’échecs géopolitique qui attire l’attention des États-Unis et de l’Union européenne. Sa position stratégique et ses ressources naturelles abondantes en font une cible convoitée, et cette lutte d’influence ne restera probablement pas sans conséquences pour l’Europe.
Les autorités locales groenlandaises, qui œuvrent depuis des années à une autonomie progressive vis-à-vis du Danemark, perçoivent cet intérêt croissant de Washington comme une opportunité. D’éventuels investissements américains pourraient aisément remplacer l’aide financière annuelle de 500 millions d’euros que le Danemark accorde à l’île. Mais il ne s’agit pas uniquement d’argent: la question porte sur le pouvoir, l’influence et l’indépendance. Chaque dollar investi par les États-Unis se traduit par une perte de contrôle pour Copenhague.
L’administration Trump avait déjà laissé entendre par le passé son intention de valoriser le Groenland sur le plan stratégique, que ce soit par des contrats d’exploitation des vastes ressources naturelles de l’île ou même par un achat pur et simple de celle-ci. Bien que cette dernière hypothèse semble irréaliste, le message est clair : les États-Unis considèrent le Groenland comme une position clé, tant sur le plan économique que militaire.

Bruxelles sur la défensive : l’UE peut-elle garder le Groenland ?
Toutefois, l’Union européenne ne compte pas rester les bras croisés face à ce bras de fer. Bruxelles n’aura d’autre choix que d’offrir des fonds supplémentaires au Groenland afin d’éviter son rapprochement avec Washington. Le problème ? L’UE a peu à offrir en comparaison des investissements américains ou des garanties de sécurité stratégiques proposées par les États-Unis.
Le Groenland détient les plus grandes réserves de terres rares hors de Chine – des ressources indispensables à la production de technologies de pointe et aux énergies vertes. De plus, les réserves pétrolières de l’île sont estimées à 110 milliards de barils. Bien que l’extraction soit coûteuse et techniquement complexe, un financement adéquat et des compétences spécialisées permettraient d’exploiter ces richesses. Alors que l’UE tarde à agir, les investisseurs internationaux, en premier lieu les Américains, sont déjà sur le pied de guerre.
Danemark : le grand perdant
Pour le Danemark, cette évolution pourrait avoir des conséquences désastreuses. Le développement économique du Groenland grâce aux investissements étrangers renforcerait considérablement les mouvements indépendantistes locaux. Une éventuelle séparation du Groenland représenterait un coup dur pour Copenhague, tant sur le plan symbolique qu’économique.
En parallèle, le Danemark pourrait se retrouver engagé dans une guerre commerciale avec les États-Unis. Les géants pharmaceutiques danois, qui réalisent chaque année des milliards d’euros de chiffre d’affaires sur le marché américain grâce à leurs produits amaigrissants, pourraient devenir une cible pour Washington. La politique de lutte contre l’obésité prônée par l’administration Trump pourrait servir de prétexte pour imposer des taxes ou des droits de douane sur les entreprises danoises. Face à cette menace, Copenhague aurait peu de moyens de défense, étant trop dépendante des revenus générés aux États-Unis.
Conclusion : l’Europe dans une impasse
Les événements autour du Groenland illustrent une fois de plus la faiblesse de l’Europe sur la scène géopolitique mondiale. Alors que Washington agit avec fermeté et poursuit résolument ses intérêts stratégiques, Bruxelles apparaît hésitante et réactive. Pour le Danemark et l’UE, le Groenland devient le symbole d’une perte d’influence dans un monde de plus en plus dominé par la politique de puissance.
Le cas du Groenland montre que l’Europe est reléguée à la périphérie géopolitique, tandis que les États-Unis continuent d’étendre leur emprise. Et Bruxelles ? Elle préfère se concentrer sur des questions idéologiques et bureaucratiques, tandis que l’avenir se joue à ses portes.
14:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géopolitique, actualité, groenland, états-unis, donald trump, danemark, europe, affaires européennes, zone arctique, arctique |
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jeudi, 09 janvier 2025
L’appétit de Trump

L’appétit de Trump
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/lappetito-di-trump/
Trump semble avoir un appétit considérable… Si bien que, peu avant son entrée en fonction au Bureau Ovale, il sème la peur à grande dose. Mais pas chez les Russes ou les Chinois, qui pourtant le regardent avec beaucoup de méfiance. C’est aux Européens, ses alliés/ses subalternes, qu’il inspire de la crainte.
Et c’est précisément vers eux qu’il semble diriger ses appétits, toujours plus manifestes et imposants.
Selon le Tycoon, donc, le Groenland, cette grande île subarctique, doit bientôt devenir américaine. Le fait qu’elle continue, officiellement, à faire partie du Danemark ne l’intéresse pas. Pas plus que le fait que ce petit royaume soit un allié des États-Unis. Le Groenland représente une nécessité stratégique pour Washington. Point final.

Ensuite… le Canada. Trudeau a fait son temps. Mais il a également dû s’en aller, emporté par des scandales de toutes sortes.
Très bien, dit Trump. Il est temps d’en finir avec cette fiction du Commonwealth. Avec ce Canada qui appartient, officiellement, à la Couronne britannique. À un roi lointain, sans importance.
Le Canada est américain. Et, par conséquent, il doit pleinement intégrer les États-Unis.
Les grands médias italiens, et les experts qui pontifient du haut de divers podiums, présentent ces sorties soudaines de Trump comme les signes d’une sorte de folie. Une preuve, selon eux, de l’inadéquation de l’homme à occuper une fonction aussi élevée.
Je me permets de ne pas être d’accord. Car, certes, Trump ne respecte en rien les canons habituels de l’expression politique et diplomatique. Et il a, sans aucun doute, une forte tendance au personnalisme et à l’excentricité. Toutefois, il n’est pas fou. Et, en réalité, il a une vision bien claire de l’Amérique et de son rôle international.
Et cette vision ne lui est pas propre.
Car Trump représente véritablement l’Amérique. Celle, profonde, qui est très éloignée des canons conventionnels et des stéréotypes auxquels nous avons été, pendant trop longtemps, habitués. Et ces stéréotypes correspondent davantage à des élites, ou si l’on préfère, à des cercles internationaux fermés. Américains seulement de nom, en réalité autoréférentiels et éloignés du peuple. De tout peuple, et en particulier du peuple américain.

Ce peuple, lui, se reconnaît dans Trump. Et dans ses déclarations, même les plus extrêmes. C’est l’Amérique profonde, celle qui travaille et qui produit. Celle qui n’a rien à voir avec la haute finance de Wall Street.
Une Amérique que nous ignorons. Que nous ne connaissons pas et ne comprenons pas. Tout comme, pour elle, nous autres Européens sommes des étrangers. Voire de véritables aliens.
Cette Amérique semble désormais arrivée au pouvoir aux États-Unis. Et décidée à faire sauter les vieux schémas de la politique internationale. Des schémas remontant à la Seconde Guerre mondiale, et peut-être même à des époques antérieures.
Sera-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Difficile à prévoir. Tout comme il est difficile, pour l’instant, de savoir si Trump aura la force et la détermination de mener ce changement jusqu’au bout.
Une chose est toutefois certaine: il représente la seule nouveauté marquante dans un paysage politique stagnant et sclérosé comme l’est, depuis longtemps, celui du prétendu « Occident ».
19:21 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, états-unis, groenland, canada, donald trump, politique internationale |
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dimanche, 29 décembre 2024
La guerre de l'Arctique

La guerre de l'Arctique
par Pierluigi Fagan
Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-guerra-artica
Le Groenland est la plus grande île du monde et correspond à 22% du territoire des États-Unis, soit à peu près la superficie additionnée de l'Italie + la France + l'Espagne + l'Allemagne + la Pologne + le Royaume-Uni, avec seulement 60.000 habitants. Elle fait partie du Royaume du Danemark mais dispose de pouvoirs autonomes étendus.

Selon un rapport de l'US Geological Survey, 13% des ressources pétrolières et 30% des ressources gazières mondiales, ainsi que de l'or, des rubis, des diamants, du zinc, du fer, du cuivre, des terres rares et beaucoup d'uranium, se trouvent dans le sous-sol (entre la terre ferme et les fonds marins) pour une valeur totale estimée à environ 400 milliards d'USD, soit une année de PIB pour le Danemark.
Les États-Unis y possèdent déjà plusieurs bases militaires non divulguées, à l'exception de celle, bien connue, de Pituffik, qui est le centre de l'ensemble du réseau de protection de l'espace (NORAD). Au-delà des ressources, certes substantielles, il ne fait aucun doute que le principal poids stratégique de l'île glacée est d'ordre géostratégique, puisqu'elle fait partie du pôle Nord et qu'elle en contrôle l'accès pour tout le Sud-Ouest.
Pour le pôle Nord, limitrophe de la Sibérie, les Chinois envisagent de développer leur route de la soie polaire, alternative stratégique pour éviter les détroits d'Asie du Sud-Est (alors Bab el-Mandeb, Mer Rouge, Suez) et aussi raccourcir le temps de traversée vers l'Europe.
Je rappelle que les États-Unis ne sont considérés comme une nation polaire qu'en raison d'une partie (nord) de l'Alaska, qui était autrefois une terre russe achetée par les Américains (en 1867). Le sous-sol du pôle Nord est quant à lui crédité d'énormes réserves de pétrole, de gaz, de palladium, de nickel, de phosphate, de bauxite, de terres rares, et j'en passe.

Bien sûr, tout ce battage autour du Grand Nord suit les mesures et les prévisions sur la fonte progressive des glaces que les hauts commandements stratégiques des grandes puissances mondiales semblent croire, mais ils ne suivent pas les canaux actifs des négationnistes du climat, les seuls à savoir réellement ce qu'il en est. Cette ligne est activement financée par l'entourage de Trump, qui donc quand cela l'arrange nie, quand cela l'arrange achète par anticipation ce qu'il nie par ailleurs. Dans ces réseaux de nouvelles qui sont pour beaucoup invérifiables et apparemment contradictoires, plusieurs fake news sont repérables.
En 1991, un forum de consultation, de coordination et de coopération - le Conseil de l'Arctique - a été créé par les États membres de l'Arctique, à savoir le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège et le Royaume-Uni : Le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Russie, la Suède et les États-Unis. En mars 2022, les pays occidentaux ont suspendu leur participation en raison de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Suite au renoncement à la neutralité historique et à l'adhésion à l'OTAN de la Suède et de la Finlande, ces pays sont désormais tous membres de l'OTAN (à l'exception, bien sûr, de la Russie).

Ce dernier virage scandinave n'est certainement pas dû à la crainte face à l'hypothétique convoitise des Russes pour les élans, les rennes et les lichens scandinaves, mais plutôt à l'alignement stratégique des perspectives concernant le conflit -certain- à venir ou au moins le "différend chaud"qui s'instaurera avec l'Arctique pour objet. En particulier, avec la Finlande et accessoirement la Suède, toutes deux désormais dans l'OTAN, l'une des bases russes les plus importantes dans l'Arctique, la péninsule de Kola, est directement menacée. Avec une quarantaine de navires, les Russes peuvent se targuer d'avoir la plus grande flotte de brise-glaces au monde, et leur présence en direction du pôle est bien organisée et continuellement renforcée.
Il y a quelques jours, Trump a relancé l'idée d'acheter l'île du Groenland, une idée que les Américains poursuivent depuis 1867 et que Trump lui-même avait mise sur la table lors de sa première présidence. Il a ensuite déplacé l'ambassadeur qui se trouvait en Suède, soit l'homme qui avait évidemment piloté, avec des arguments intéressants et convaincants, la renonciation de Stockholm à l'histoire de sa neutralité qui durait depuis deux siècles. Ce diplomate est l'un des fondateurs de PayPal et donc un membre décisif de la PayPalMafia (Thiel, Musk, Nosek, Levchin), ainsi qu'un « jeune leader mondial » élu par le Forum économique mondial. Chaque jour un peu plus, ce groupe prend une fonction stratégique dans l'administration Trump; à quelles fins ? L'avenir nous le dira.

'Trump veut acheter le Groenland' est un titre pour les journaux et les émissions télévisées, l'affaire est cependant bien moins absurde. Les Américains peuvent acheter une partie (Nord) ou la louer pour 99 ans ou avoir des permis de construction et d'exploitation limités ou envenimer le conflit d'autonomie entre les indigènes et le Danemark en soutenant les souhaits d'indépendance ou en se proposant comme médiateur qui peut « rendre tout le monde heureux », c'est-à-dire surtout les États-Unis. La partie qui intéresse les États-Unis se trouve dans le nord, tandis que la population inuit, par ailleurs peu nombreuse, se trouve dans le sud.

Les Inuits sont la population dont le taux de suicide est le plus élevé au monde. Les noyer sous les dollars ne les rendra pas heureux, mais en bref, cela les aidera peut-être.
La question est d'ailleurs la dénégation la plus flagrante de la Doctrine Monroe puisque l'île fait en fait partie de la plate-forme nord-américaine.
Le retour de la Doctrine Monroe s'est également traduit par la mise sur la table, de manière synchronisée, d'une nouvelle question panaméenne. Comme nous l'avions anticipé dans notre article publié quelques jours après l'élection américaine, la ré-annexion hégémonique de l'ensemble du continent aux intérêts et aux souhaits de Washington constitue l'épine dorsale de la vision stratégique de la nouvelle administration.
Cette vision, contrairement au rejet obstiné et irréaliste de la présidence précédente, semble considérer l'évolution multipolaire de l'ordre mondial comme acquise, alors autant compacter son propre pôle et le faire sur des bases solidement géopolitiques (pôle américain) et non idéalistes (États-Unis+UE=Ouest/Occident). Qu'on le veuille ou non, le « groupe Trump » fait preuve d'une logique géostratégique solide et articulée.
Pour toutes ces raisons qui viennent d'être évoquées et pour l'élasticité des nombreuses solutions possibles, je prendrais l'opération pour faite, en perspective, nous verrons bien combien et comment.
20:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, danemark, groenland, europe, affaires européennes, donald trump, états-unis, doctrine de monroe, géopolitique, arctique, inuit |
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samedi, 28 décembre 2024
Trump veut Panama et le Groenland. L’hypocrisie yankee est terminée, la souveraineté n’est plus un droit

Trump veut Panama et le Groenland. L’hypocrisie yankee est terminée, la souveraineté n’est plus un droit
Augusto Grandi
Source: https://electomagazine.it/trump-vuole-panama-e-groenlandia-lipocrisia-yankee-e-finita-la-sovranita-non-e-un-diritto/
Il n’est pas encore installé à la Maison Blanche mais Trump a déjà commencé à menacer plusieurs pays. En dehors des habituelles polémiques avec la Chine, le président revenu aux affaires a annoncé son intention d’imposer des droits de douane sur les produits canadiens et mexicains, c’est-à-dire sur les importations des deux pays avec lesquels les États-Unis ont signé un accord commercial allant dans une direction opposée.
Jusqu’ici, on reste dans le domaine économique. Incorrect, mais uniquement économique.
Les vrais problèmes commencent avec Panama. Car Trump veut la souveraineté sur le canal et des tarifs plus bas. À Panama, la réaction a été plutôt négative, et le président a précisé que l’indépendance et la souveraineté de l’État ne sont pas négociables. « Chaque kilomètre carré du canal et des zones environnantes restera sous le contrôle de Panama », a-t-il déclaré. La réponse de Trump ne s’est pas fait attendre : « Bienvenue au canal américain ». Pas vraiment un geste amical.
Mais le président yankee ne s’arrête pas là. Il veut aussi le Groenland, car cela représente une « nécessité absolue ». Dommage qu’il y ait également des habitants sur l’île. Le Premier ministre, Múte Egede, a assuré que le Groenland n’est pas à vendre et ne le sera pas non plus à l’avenir.
D’ailleurs, si Israël peut envahir Gaza, la Cisjordanie, la Syrie sans que l’Occident collectif ne daigne au moins protester, pourquoi Washington devrait-il respecter la souveraineté d’autres pays ? Au moins, Trump met fin à l’hypocrisie et annonce au monde que le deux poids, deux mesures est devenu officiel. Et ceux qui ne se plient pas seront envahis si cela convient aux États-Unis. Bien sûr, cela ne s’applique pas à la Chine et à ses revendications...
23:04 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : donald trump, panama, groenland, états-unis |
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