Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 15 novembre 2012

Syrie : Erdogan/Netanyahu, même combat ?

Netanyahu-Erdogan.jpg

Syrie : Erdogan/Netanyahu, même combat ?

Louis DENGHIEN
 
 

Lundi, des chars israéliens ont riposté à la chute d’un obus de mortier syrien sur le Golan occupé. Ces tirs israéliens, apparemment les troisièmes en 48 heures, n’auraient fait aucune victime, alors que selon des sources militaires  le précédent incident aurait touché une position d’artillerie syrienne.

Des obus politiques

Quoiqu’il en soit, on a l’impression que Tel-Aviv  marche dans les pas d’Ankara. Il nous semble d’ailleurs que Netanyahu est dans la même démarche qu’Erdogan : ses obus sont politiques, au sens de la politique intérieure. Au moment où la tension repart sur la frontière de Gaza, le tandem Netanyahu/Barak se veut le défenseur intransigeant de la sécurité israélienne, et en ce qui concerne le Golan, le message (les obus) est destiné autant à l’opinion israélienne (sollicitée d’ici deux ou trois mois pour des législatives anticipées) qu’à Bachar al-Assad. Et, tout comme son alter ego (et allié objectif) Erdogan, Netanyahu ne veut pas la guerre, mais sauver ou maintenir la face, diplomatiquement et politiquement. C’est bien pourquoi, comme sur la frontière turque, les obus n’annoncent aucune opération militaire majeure. Le fait est que ni Damas ni Tel-Aviv n’ont intérêt à un embrasement en l’état actuel des choses.

Cette évidence n’empêche pas certains analystes français – tendance idéologie dominante – de parler de provocation et de stratégie de la tension de la part du pouvoir syrien : ce dernier, en mauvaise posture intérieure, tenterait d’effrayer ses voisins par un esquisse ou une menace d’extension du conflit. Ca conforte la thèse mainstream, un peu fatiguée mais irremplaçable pour notre caste médiatique, du caractère dangereux et diabolique du pouvoir syrien. Mais ça ne correspond pas à la réalité.

Soldats syriens dans un quartier d’Alep, photographiés le 12 novembre : ceux-là, et aussi la grande majorité des Syriens, ne sont pas touchés par la propagande de l’OSDH et de l’AFP, qui mouline à vide depuis des mois…

Triple échec militaire, diplomatique et politique de l’opposition

D’abord, le dit pouvoir n’est pas aux abois :

-Militairement, il a contenu partout les soi-disant offensives de la rébellion : à Alep et Maarat al-Numan, par exemple, il continue de regagner du terrain, ce que reconnait d’ailleurs l’article de l’AFP de ce mardi matin ; et, faisant fi des gesticulations d’Erdogan, il poursuit ses opérations dans le secteur frontalier nord-est, bombardant notamment le poste-frontalier de Rass al-Ain.

À Damas, les scribes de l’OSDH et de l’AFP ont bien du mal à entretenir la fiction d’une nouvelle bataille, en transformant des attentats à la bombe, des assassinats ciblés et des incursions et tirs de mortiers sporadiques à Tadamone, à Harasta et dans la périphérie sud de la capitale en une nouvelle offensive décisive de la rébellion. On ne prend pas Damas avec quelques centaines de desperados, quand plusieurs milliers ont échoué en juillet/août dernier.

Il est vrai que le patron de l’OSDH Rami Abdel Rahmane (marchand de jeans à Coventry dans le civil) est plein de ressources, et trouve presque toujours quelque chose pour relancer sa machine propagandiste. Ainsi, voici quelques jours, il annonçait la « prise » de trois nouvelles villes frontalières par les milices kurdes. Tout est dans les mots : d’abord, il faut vraiment beaucoup agrandir une carte satellite de le Syrie pour qu’apparaissent enfin les « villes » en question : Ar Darbasiyah et Amouda sont en fait de petites bourgades effectivement situées sur la frontière turque, à quelques kilomètres à l’ouest de la ville (une vraie ville, elle), de Qamichli, capitale de fait du « Kurdistan syrien« . Ensuite, rien de nouveau sous le soleil : on sait bien que Damas a négocié un retrait de cette région au profit des milices du PYD kurde-syrien, qui s’opposent très concrètement, à Alep et dans plusieurs secteurs frontaliers avec la Turquie, aux opérations de l’ASL et des islamistes. L’armée et l’administration de Damas restant présentes dans les grandes villes d’ar-Raqqah et d’al-Hassake, et continuant à mener des opérations en certains ponts de cette frontière nord-orientale, notamment dans le secteur de Tal al-Abyad, poste-frontière situé à une cinquantaine de kilomètres au nord d’ar-Raqqah, ou encore, on vient de le voir, à Rass al-Aïn.

Ca ne veut pas dire que la montée en puissance du PYD, allié au PKK, ne pose pas de problème ou de question à l’unité de la Syrie, mais c’est un problème qui doit être négocié après que sera atteint l’objectif prioritaire : l’éradication de la rébellion « atlanto-islamiste ».

Au-delà du « buzz » propagandiste quotidien, on en revint toujours à cette « vérité structurelle » : tout simplement, les distorsions, exagérations et mensonges peuvent fournir à la grande presse française – apparemment la meilleure cliente de l’OSDH – sa ration quotidienne (encore que bien anémiée depuis des semaines) de titres sensationnels et pro-opposition, ils n’en sont pas moins impuissants à transformer la réalité. Et la réalité, c’est que les bandes armes ne peuvent atteindre aucun objectif majeur, ni le conserver quand par hasard ils l’ont atteint ; tout au plus peuvent-ils s’accrocher, au prix de pertes sensibles, à leurs positions : on le voit sur les deux principaux front du moment, à Alep et à Maarat al-Numan, où ils reculent « irrésistiblement » et subissent des saignées.

-Diplomatiquement, la situation du gouvernement syrien n’est pas aussi mauvaise que le disent (et le rêvent) les haut-parleurs – syriens et occidentaux – de l’opposition : la nouvelle Coalition nationale de l’opposition (englobant et maquillant un CNS démonétisé) a sans surprise été reconnue par les divers émirs et roitelets du Golfe, ainsi que par les Américains et leurs principaux suiveurs européens. Mais la Ligue arabe n’a pu, elle, masquer des dissensions à ce sujet : l’Algérie et l’Irak ont exprimé des « réserves » sur la légitimité de cette opposition repeinte à grands frais par le Qatar ; et l’on sait que d’autres pays arabes, comme le Liban, la Mauritanie, voire Oman et le Yémen, sont eux aussi réservés quant à la politique syrienne de la Ligue, quoique plus discrètement. Et que le Qatar et l’Arabie séoudite n’ont pu empêcher Morsi, en Égypte,de se rapprocher de l’Iran.

Et, de toute façon, les gesticulations de Doha n’impressionnent pas la Russie qui a tout de suite demandé à la nouvelle structure de négocier avec Bachar, ce qu’elle a aussitôt refusé.

-Enfin, et on serait tenté de dire surtout, l’opposition radicale a perdu politiquement en Syrie : son radicalisme religieux, sa dimension étrangère, son indifférence nihiliste aux dégâts qu’elle cause partout où elle est en situation de le faire, lui ont aliéné une bonne part de ses  soutiens populaires initiaux. Même des opposants déterminés au régime ont commencé à entrevoir que les bandes armées (la vraie opposition de terrain depuis longtemps) ne sont plus dans une stratégie de révolution, mais de djihad et de terrorisme : sous l’empire des faits, le nihilisme et le fanatisme religieux ont remplacé le projet politique, si tant est qu’il ait jamais fait l’objet d’un consensus entre l’opposition exilée et les différents groupes armés.

Tout cet article pour dire, ou plutôt pour redire, que, en dépit de tout ce qui peut être dit ou écrit par les nomenklaturistes des médias français, l’opposition syrienne manipulée par les émirs et les néoconservateurs transatlantiques est dans une impasse totale. Et qu’elle ne peut que continuer à mener, mécaniquement, qu’une guerre de déclarations, d’annonces et de non événements, en parallèle avec la guerre d’attentats et de coups de mains de ses « troupes » sur le terrain. Les soldats syriens, la majorité du peuple syrien , et bien sûr le gouvernement syrien se moquent des communiqués de l’OSDH, des articles de l’AFP et même des gesticulations diplomatiques de l’Occident.

Louis Denghien sur Infosyrie

Lire Philippe Muray

Muray-clope.jpg

Lire Philippe Muray

dir. Alain Cresciucci

Lire Philippe Muray

En librairie le 18 Octobre 2012
ISBN 2-36371-0413
Format 125 x 195 mm
Pages 286 p.
Prix 23 €

LES ESSAIS

Philippe Muray (1945-2006), partout cité sur Internet, court, désormais, le grand risque d'être réduit à une caricature de pamphlétaire ou comique Bobo. D’où l’urgence de rétablir la vérité à son sujet : loin de se revendiquer comme critique, Muray s’est, au contraire, essayé au roman. Parce que seul le roman se saisit de la réalité vivante. Problème : le monde avait changé, la « réalité » même n’était plus qu’une fiction. Usant de divers registres, armé de connaissances jusqu'au cou, il avoue multiplier les angles de vue pour tenter de circonscrire la véritable nature de notre monde : un monde bien loin de Balzac, avec ses agents d'ambiance, ses techniciennes de surface, son obsession de la fête et surtout du Bien. C'est l'histoire du "roman" murayien que raconte Lire Muray à l'aune de son expérience picturale (La Gloire de Rubens), de sa saisie de l'Histoire entre Hegel et Braudel (Le dix-neuvième siècle à travers les âges), de son rejet de la "comédie" du monde partagée avec Céline, Baudelaire et Balzac, sans oublier sa fascination pour le phénomène d' « indifférenciation » née de la désacralisation (Entretiens avec René Girard) qui dissimule une violence sans précédent. La place de Muray dans le "débat" ou plutôt le "non débat intellectuel", l'aspect très particulier de son esprit satirique, toujours épris d'authenticité, sans oublier un glossaire de ses "concepts" phares achèveront d'éclairer le lecteur sur le "code" d'interprétation à donner à son langage et à son discours.

LES AUTEURS

 

Alain Cresciucci : Professeur émérite à l’université de Rouen, ses recherches portent sur le roman et les romanciers français contemporains : Antoine Blondin (Gallimard) ou Les désenchantés (Fayard)

François-Emmanuel Boucher : est directeur du Département d'études françaises du Collège militaire royal du Canada et doyen associé de la Division des études supérieures et de la recherche. Cofondateur du groupe Prospéro sur « Le politique du roman contemporain », il est l’auteur d’un ouvrage sur la rhétorique révolutionnaire et réactionnaire au tournant du XVIIIe siècle : Les révélations humaines.

Jérôme Couillerot : Doctorant en philosophie du droit à Paris II-Assas (Institut Michel Villey).

Laurent de Sutter : FWO Senior Researcher en théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussel. Enseignant aux Facultés Universitaires Saint-Louis. Auteur de (Pornostars – Fragments d’une métaphysique du X De l’indifférence à la politique, PUF ; Deleuze – La pratique du droit, il dirige la collection « Travaux Pratiques » aux P. U. F.

Guillaume Gros : Historien (Framespa-Grhi, Toulouse 2) est l’auteur d’une biographie de Philippe Ariès (Presses Universitaires du Septentrion, 2008) et d’un essai sur François Mauriac (Geste éditions, 2011).

Hubert Heckmann : Ancien élève de l’ENS Ulm, il est maître de conférences à l’Université de Rouen

Alain-Jean Léonce : travaille dans le commerce équitable. Il prépare un essai sur Muray.

Isabelle Ligier-Degauque : Maître de conférences en arts du spectacle à l’Université de Nantes, elle a publié Les Tragédies de Voltaire au miroir de leurs parodies dramatiques : d’Œdipe à Tancrède, (Champion, 2007).                                                                         

LES POINTS FORTS

-Toute la vérité sur la « fausse » image de Philippe Muray, devenu auteur mondain malgré lui.

-A la recherche des sources d’inspiration cachées du grand « contemporain ».

-La naissance d’un genre romanesque hybride, tourné vers le monstrueux d’une société fictive. 

(Re)devenir des unités impériales

aufmarsch-der-landsknechte-a18310669.jpg

(Re)devenir des unités impériales
 
Il apparaît clairement qu'avant d'être un type d'organisation politico-territoriale ou une création historiquement déterminée de l'état, l'empire est avant tout une conception qui ouvre un éthos, une dimension de l'âme (...) On doit avoir conscience que ce dernier ne peut s'offrir comme une voie intérieure et être pleinement vécu qu'à la condition de partir du néant, qu'aucun passage ne soit préalablement ouvert. Dans le monde actuel, il est donc possible d'être un empire tel que Peter sloterdijk le définit, à savoir une "idée mythomotrice" de l'Europe, une image qui fait bouger nos âmes et met en forme nos consciences. L'imperium renferme en lui-même non seulement l'histoire, mais l'essence même de l'Europe.Slodertijk nous dit encore que l'Europe est puissance ou n'est pas (...) L'Europe est empire ou n'est pas. L'empire est la quintessence, la force qui fait bouger l'aventure historique des peuples européens. Donc, le véritable défi consiste à réinventer soi-même et à recréer une forme impériale pour le XXIème siècle. (...) Il s'agit, comme le dit Sloterdijk, d'imaginer des "rêves lucides" qui constitueraient des visions entraînant notre volonté et qui nous pousseraient à prendre notre destinée en mains. Etre "unité impériale" signifie exactement être porteur, devenir l'incarnation de cette idée, de cette forme, de cette force mythomotrice. Faire de l'empire une idée-force ne signifie pas simplement prendre une position politique mais se trouver une direction à soi-même, s'ouvrir de nouvelles voies, créer de nouveaux parcours, suivre une loi intérieure quand il n'y en a plus à l'extérieur, et être éventuellement prêt à justifier cette revendication. Cela signifie être les soldats d'une figure institutionnelle qui n'existe pas, qui n'existera peut-être jamais plus, mais qui pourra également nous amener vers un changement nécessaire de polarité, si elle est intériorisée.(...) L'ennemi en moi est plus dangereux que l'ennemi en lui-même. Il ne peut y avoir aucun empire dans l'avenir si nous ne pouvons d'abord réaliser l'impérium en nous-mêmes. L'objectif est donc d'être "unités impériales". Ici, la figure de l'empire apparaît comme la parfaite synthèse d'un héritage historique, d'un objectif politique et d'un parcours d'autoréalisation. Ces mêmes notions se retrouvent également dans le mystère Gibelin du Graal, qui dans son essence la plus authentique, témoigne d'une quête royale de dépassement de soi, en direction d'une vitalité spirituelle renouvelée et d'une plénitude sacrée. (...) Dans ces temps de nihilisme proclamé, l'impérium apparaît alors comme une voie héroïque à parcourir. L'unité impériale est donc le soldat de l'empereur, d'un empereur qui n'existe pas, qui dort peut-être dans le Kyffhäuser, qui existera peut-être demain...ou pas, mais qui a été intériorisé pour devenir une dimension du coeur, du cerveau, de l'esprit. L'unité impériale, c'est celui qui se voit comme un élément constitutif de quelque chose de plus grand, d'une idée, d'un projet, d'une communauté et qui agit donc en réseau, avec une impersonnalité active. C'est celui qui sait se tenir à sa place, qui marche et qui combat à côté de tant d'autres, proches et lointains, avec agilité et pragmatisme, loin de toute tentation individualiste, narcissique ou d'improvisation. Comme le dit Artaud, l'unité impériale est un "anarchiste couronné", un souverain de lui-même qui fonde cette souveraineté sur l'intériorisation d'un principe et sur une totale fidélité à celui-ci. (...) La sentinelle de l'empire (...) attaque, c'est l'avant-garde conquérante d'une machine de guerre productrice de sens. Elle est autocentrée mais exploratrice, prête à enfoncer l'étendard d'une nouvelle implantation. L'exubérance est toujours expansionniste. toute force active tend à la conquête, à déborder de ses confins, à se faire de l'espace. (...) Exubérant est celui qui plante son propre drapeau, celui qui donne un sens au monde qui l'entoure. Et c'est ainsi que mètre après mètre, jour après jour, tranchée après tranchée, inexorablement on "re-prend" tout.
 
Adriano Scianca: "Casapound une terrible beauté est née" ("Tout se réapproprier"), Editions du Rubicon, 2012, p: 205-209


Si l'homme du point zéro (...) savait conjuguer son choix directionnel de réintégration avec les idéaux d'un empire intérieur, s'il savait se concevoir lui-même comme un homme de l'empereur, tout en agissant éventuellement dans l'isolement le plus complet, dans le silence de sa propre intériorité ou même dans le bruit du monde, s'il savait se concevoir comme l'un de ces gardes-frontière aux confins de l'empire qui prennent la décision d'agir même en l'absence totale d'ordres, ne serait-ce pas le premier vrai pas vers une reconstruction intégrale ? On aime imaginer cet homme qui se relève des courants au nom de l'idée cosmique de l'empire, comme unité impériale. Unité comme élément de base, capable d'agir en autonomie ou en relation avec les autres. Ce sera l'homme en possession de lui-même, mais qui saura écouter le cosmos, l'homme qui, dans l'esssentialisme, saura choisir une direction, donner un cap à sa liberté retrouvée.

Flavio Nardi: "Devenir unités impériales" ("Divenire unità imperiali"), in Orion n°237, juin 2004, p: 50 (Cité in Adriano Scianca, "Casapound une terrible beauté est née", Editions du Rubicon, 2012, p: 206)

00:05 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : saint empire, lansquenets, idéal, casa pound | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Conferenza su Louis-Ferdinand Céline di Andrea Lombardi

Conferenza su Louis-Ferdinand Céline

di Andrea Lombardi

Fiera del libro di Milano, 2012

L’en­ne­mi prin­ci­pal s’ap­pelle modé­ran­tisme

daumier-bourgeois-750.jpg

L’en­ne­mi prin­ci­pal s’ap­pelle modé­ran­tisme

par Philippe Baillet

Ex: http://www.catholica.presse.fr/

Cet ou­vrage col­lec­tif inau­gure une pro­met­teuse col­lec­tion dont les pre­miers titres se pro­posent d’ana­ly­ser, dans une pers­pec­tive plu­ri­dis­ci­pli­naire et en fai­sant lar­ge­ment appel à des au­teurs étran­gers, trois at­ti­tudes pro­duites par la si­tua­tion mi­no­ri­taire au­jourd’hui propre aux membres des re­li­gions éta­blies en Eu­rope. Outre le mo­dé­ran­tisme, sont visés le com­mu­nau­ta­risme, avec sa ten­ta­tion de la contre-​so­cié­té, et le plu­ra­lisme re­li­gieux conju­gué à l’es­prit de concur­rence.

[Note : cet ar­ticle a été pu­blié dans Ca­tho­li­ca, n.​98]

La culture du refus de l’en­ne­mi. Mo­dé­ran­tisme et re­li­gion au seuil du XXIe siècle1  : cet ou­vrage col­lec­tif inau­gure une pro­met­teuse col­lec­tion, la « Bi­blio­thèque eu­ro­péenne des idées », dont les pre­miers titres se pro­posent d’ana­ly­ser, dans une pers­pec­tive plu­ri­dis­ci­pli­naire et en fai­sant lar­ge­ment appel à des au­teurs étran­gers, trois at­ti­tudes pro­duites par la si­tua­tion mi­no­ri­taire au­jourd’hui propre aux membres des re­li­gions éta­blies en Eu­rope. Outre le mo­dé­ran­tisme, sont visés le com­mu­nau­ta­risme, avec sa ten­ta­tion de la contre-​so­cié­té, et le plu­ra­lisme re­li­gieux conju­gué à l’es­prit de concur­rence.
<br />
D’em­blée, il faut fé­li­ci­ter les res­pon­sables de cet ou­vrage d’avoir su dé­ga­ger la pro­blé­ma­tique du mo­dé­ran­tisme de la gangue de l’his­toire de la dé­mo­cra­tie chré­tienne, fran­çaise ou non, pour lui res­ti­tuer toute sa pro­fon­deur sur le long terme. Ils ma­nient aussi bien la loupe que la longue-​vue, s’in­té­res­sant à la fois au proche et au loin­tain. L’in­ti­tu­lé des trois par­ties com­po­sant l’ou­vrage (His­toire – Concepts – Pers­pec­tives) est à cet égard très par­lant et plei­ne­ment jus­ti­fié.
Au lieu de se li­mi­ter à la des­crip­tion ou à la dé­non­cia­tion des tra­duc­tions pra­tiques du mo­dé­ran­tisme dans le champ po­li­tique ou re­li­gieux, il s’est agi d’abord de mettre en re­lief un état d’es­prit, une at­ti­tude de­vant la vie, voire une phi­lo­so­phie im­pli­cite. En deçà des ava­tars po­li­tiques (Sillon, dé­mo­cra­tie chré­tienne, par­ti­ci­pa­tion à la construc­tion de l’Eu­rope) ou re­li­gieux (théo­lo­gie mo­der­niste, ins­tru­ments du com­pro­mis et de la » ré­con­ci­lia­tion »), c’est l’es­sence du mo­dé­ran­tisme et de l’iden­ti­té mo­dé­rée — dont le ca­rac­tère mou­vant, dif­fi­cile à sai­sir, n’al­tère en rien la ca­pa­ci­té de nui­sance — qui consti­tue l’objet de l’ou­vrage. En effet, « de­puis la po­li­tique mo­derne, la culture du refus de l’en­ne­mi […] a pris forme avec une fi­gure par­ti­cu­lière, celle du mo­dé­ré » (Jean-​Paul Bled, « Pré­sen­ta­tion », p. 10). La culture en ques­tion est le pro­duit de « l’es­prit tran­sac­tion­nel qui pré­vaut dans l’im­mense ma­jo­ri­té du monde ca­tho­lique » (Gilles Du­mont, « Pro­blé­ma­tiques du mo­dé­ran­tisme », p. 17), es­prit dont l’au­teur sou­ligne bien qu’il peut prendre au moins trois formes : la col­la­bo­ra­tion avec les « struc­tures de péché », au nom de l’en­trisme et des bonnes in­ten­tions vi­sant à com­battre et rec­ti­fier le mal de l’in­té­rieur ; l’op­ti­misme niais qui pré­tend sa­voir dé­cryp­ter la réa­li­té (l’en­ne­mi est bien là, et même mas­si­ve­ment, mais en fait c’est un ami qui s’ignore) ; enfin, op­tion plus sub­tile et plus rare, le quié­tisme, qui prend dans ce cas la forme du re­trait du monde dans le jar­din de l’in­té­rio­ri­té, l’aban­don à la Pro­vi­dence étant censé pal­lier tout le reste.
Mais avant toute en­quête his­to­rique, c’est la ré­flexion phi­lo­so­phique qui doit dé­mon­trer en quoi le mo­dé­ran­tisme est une dé­for­ma­tion ou une ca­ri­ca­ture de la mo­dé­ra­tion ou, mieux, de cette qua­li­té émi­nente que le grec ou le latin nom­mait tem­pé­rance. Celle-​ci est étroi­te­ment as­so­ciée au sens de l’har­mo­nie et de la me­sure, non celui de M. Ho­mais, mais en tant que la tem­pé­rance « c’est la convic­tion que le seul ab­so­lu c’est l’uni­vers, conçu comme ce qui est tel que tout puisse y être conte­nu de ma­nière har­mo­nieuse sans qu’au­cune des par­ties ne puisse pa­raître en consti­tuer la fin propre et être culti­vée comme telle sans in­tem­pé­rance » (Claude Polin, « Mo­dé­ra­tion et tem­pé­rance : conti­nui­té ou an­ti­no­mie ? », p. 25). Pour l’au­teur, la tem­pé­rance n’a plus sa place dans le monde mo­derne, quand s’ef­face tou­jours plus la conscience de l’ordre du monde et du monde comme ordre, quand un pro­mé­théisme en­core très lar­ge­ment do­mi­nant mal­gré les aléas du « pro­grès » en­seigne en­core et tou­jours qu’il n’y pas d’autre ordre que celui constam­ment créé et re­créé par l’homme. Mais Claude Polin est un phi­lo­sophe qui sait aussi ob­ser­ver les ma­ni­gances de la po­li­tique. Ainsi quand il taille aux po­li­ti­ciens mo­dé­rés, en rap­pe­lant leurs deux règles de base, ce cos­tume si bien ajus­té qu’on le voit déjà sur le dos d’un cer­tain pré­sident-​vi­brion : « La pre­mière est de pré­sen­ter comme no­va­trices et ré­vo­lu­tion­naires des idées qui ne fassent peur à per­sonne, en tout cas pas au plus grand nombre, et la se­conde de se tenir aussi près que pos­sible de son concur­rent et de ses dis­cours (au point que la confu­sion de­vienne pos­sible), tout en se pré­sen­tant comme son ir­ré­duc­tible ad­ver­saire » (p. 31).
Avec Péguy, ce sont sur­tout les clercs au sens propre du terme qui font les frais de la cri­tique, par­fois très in­ci­sive, à la li­mite même de l’in­vec­tive quand l’écri­vain ca­tho­lique se moque de l’ap­pa­rence phy­sique des re­pré­sen­tants du « parti dévot », ces théo­lo­giens mo­der­nistes dont il dit : « Parce qu’ils n’ont pas le cou­rage d’être d’un des par­tis de l’homme, ils croient qu’ils sont de Dieu » (cité p. 35 par Laurent-​Ma­rie Poc­quet du Haut-​Jus­sé, « Péguy et les mo­dé­rés »). Pour Péguy, le théo­lo­gien mo­der­niste est « l’homme qui tremble. C’est l’homme dont le re­gard de­mande par­don d’avance pour Dieu ; dans les sa­lons » (ibid., cité p. 39). Bien qu’il faille se gar­der de gé­né­ra­li­ser sur la puis­sance plas­ma­trice des idées et des vi­sions du monde, force est de consta­ter que le mo­dé­ran­tisme, et tout spé­cia­le­ment le mo­dé­ran­tisme en ma­tière re­li­gieuse, pro­duit sou­vent des types hu­mains im­mé­dia­te­ment re­con­nais­sables jusque sur le plan phy­sique : mé­lange de mol­lesse et de suf­fi­sance, air com­pas­sé et plain­tif, di­gni­té et sé­rieux de com­mande sur le mode des huis­siers an­non­çant, parmi les ors de la Ré­pu­blique, l’en­trée du pré­sident de la Chambre dans la salle des séances. Que l’on songe par exemple à un Louis Schweit­zer, an­cien pré­sident-​di­rec­teur gé­né­ral de Re­nault-​Nis­san, membre de la fa­mille du cé­lèbre mé­de­cin, mu­si­co­logue et théo­lo­gien pro­tes­tant, à pré­sent à la tête de la Halde (Haute au­to­ri­té pour la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions et pour l’éga­li­té). Il suf­fit de re­gar­der un ins­tant un per­son­nage comme ce­lui-​là, par ailleurs ri­chis­sime, pour sai­sir ce que si­gni­fie la sub­ver­sion ins­tal­lée, dans ses meubles, « fai­sant au­to­ri­té », mais se don­nant tou­jours pour équi­li­brée, im­par­tiale, au-​des­sus des pas­sions et des fac­tions. Chez ce genre de mo­dé­rés, il est évident que mo­dé­ra­tion rime avec tar­tu­fe­rie.
Tou­jours dans le cadre des tra­duc­tions his­to­riques du mo­dé­ran­tisme, l’en­quête se pour­suit par un ar­ticle (de Chris­tophe Ré­veillard) sur la par­ti­ci­pa­tion des ca­tho­liques à la construc­tion de l’Eu­rope, un autre (de Paul-​Lud­wig Wei­nacht) sur le même thème en lien avec les chré­tiens-​dé­mo­crates al­le­mands, et un troi­sième (de Mi­guel Ayuso) mon­trant com­bien, pour l’Es­pagne res­tée « dif­fé­rente » jusqu’à la fin du fran­quisme, l’eu­ro­péi­sa­tion a été sy­no­nyme de sé­cu­la­ri­sa­tion ac­cé­lé­rée. Ce sont là, en effet, au­tant d’exemples d’hé­té­ro­ge­nèse des fins : les rêves d’Eu­rope « ca­ro­lin­gienne » en­tre­te­nus par les ca­tho­liques mo­dé­rés ont dé­bou­ché sur un es­pace-​Eu­rope ou­vert à tous les vents, théâtre de tous les mé­langes, simple pré­lude au mar­ché mon­dial dé­ter­ri­to­ria­li­sé.
La par­tie la plus pro­pre­ment po­li­to­lo­gique et théo­rique de ce re­cueil ap­pa­raît, lo­gi­que­ment, comme im­pré­gnée de la leçon de Carl Schmitt, par­fois aussi de son « dis­ciple » fran­çais, Ju­lien Freund. Qu’il s’agisse du refus d’ad­mettre la pos­si­bi­li­té de l’en­ne­mi (Jerónimo Mo­li­na Cano), du refus du conflit (Teo­do­ro Klitsche de la Grange) ou en­core de l’ami ex­té­rieur et de l’en­ne­mi in­té­rieur (G. Du­mont), plu­sieurs des grands thèmes chers au maître de Plet­ten­berg re­viennent ici, avec une in­sis­tance sur l’en­ne­mi in­té­rieur et le cli­mat de guerre ci­vile lar­vée, tous deux consub­stan­tiels à la dé­mo­cra­tie mo­derne. Le der­nier au­teur cité sou­ligne la gra­vi­té en­core plus forte de la né­ga­tion de l’en­ne­mi en mi­lieu chré­tien, dans la me­sure où le refus du conflit est aussi né­ga­tion de la pré­sence agis­sante du Mal. Il in­tro­duit ainsi aux deux contri­bu­tions de na­ture théo­lo­gique, l’une (de Claude Barthe) por­tant es­sen­tiel­le­ment sur le do­maine moral, l’autre (d’Ans­gar San­to­gros­si) sur cer­taines dé­marches œcu­mé­niques comme exer­cices de mo­dé­ran­tisme.
Ap­pa­rem­ment sans lien avec le mo­dé­ran­tisme et la culture du refus de l’en­ne­mi, les contri­bu­tions de la der­nière par­tie en­tendent ou­vrir des pers­pec­tives de re­cons­truc­tion, comme s’il s’agis­sait de prendre acte de l’écrou­le­ment dé­fi­ni­tif des grandes struc­tures so­cio-​his­to­riques (Etat, na­tion, peuple) et de voir à par­tir de quoi il est pos­sible de re­bâ­tir. En fait, c’est par leur conte­nu « ra­di­cal » qu’elles gardent une re­la­tion pa­ra­doxale avec le thème do­mi­nant de l’ou­vrage. Tel est no­tam­ment le cas de la longue et ori­gi­nale contri­bu­tion de Ber­nard Wicht (« Re­belle, armée et ban­dit : le pro­ces­sus de res­tau­ra­tion de la cité »), en quête de ré­ponses chez des pen­seurs qui ont dû mé­di­ter sur des si­tua­tions de crise pro­fonde : Pla­ton, Ma­chia­vel ou en­core Ernst Jünger écri­vant son Trai­té du Re­belle six ans seule­ment après la dé­faite de l’Al­le­magne nazie. Par ailleurs, un thème au­quel Schmitt s’était in­té­res­sé, celui du ka­te­khon, « ce qui re­tient » ou « re­tarde » la venue du « mys­tère d’ini­qui­té », re­vient dans la der­nière contri­bu­tion (de Ber­nard Mar­cha­dier). Selon l’in­ter­pré­ta­tion de l’au­teur, il y a ana­lo­gie entre la Sa­gesse, la Vierge et la Cité, le mal re­te­nu étant l’ano­mie, « le dé­rè­gle­ment de toutes choses dans la cité hu­maine » (p. 130).
Quant à l’ar­ticle conclu­sif de Ber­nard Du­mont (« La po­li­tique contem­po­raine entre grands prin­cipes et lâ­che­tés »), il se ter­mine par une in­ter­ro­ga­tion sur la ca­pa­ci­té des dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales à ab­sor­ber in­dé­fi­ni­ment des contra­dic­tions de plus en plus criantes, y com­pris par l’en­tre­tien dé­li­bé­ré d’un « désordre éta­bli » per­met­tant au Sys­tème de se poser en ul­time re­cours et moindre mal.
Après cette pré­sen­ta­tion dé­taillée, il im­porte de faire une ré­serve de ca­rac­tère for­mel et de sug­gé­rer une piste de re­cherche, peu ex­plo­rée dans l’ou­vrage, sur les ori­gines du mo­dé­ran­tisme, en France du moins. La ré­serve porte sur le nombre de contri­bu­tions. L’ou­vrage au­rait gagné en co­hé­rence et en clar­té, évi­tant che­vau­che­ments et re­dites, avec moins de contri­bu­tions, mais plus four­nies. Il faut ce­pen­dant rap­pe­ler qu’il trans­crit les in­ter­ven­tions et cer­tains dé­bats d’un col­loque. Si l’im­pres­sion gé­né­rale qui se dé­gage est que le sujet a été abor­dé sous de nom­breuses fa­cettes, il res­te­rait à consi­dé­rer la so­cio­lo­gie des mo­dé­rés, quelle que soit l’époque où l’on peut à bon droit par­ler d’eux (de­puis la fin du XVIIIe siècle, pé­riode de leur ap­pa­ri­tion, jusqu’à la ré­cente et ac­tuelle po­li­tique d’ « ou­ver­ture » de la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle à de pseu­do-​op­po­sants), de même que la ques­tion d’une dé­li­mi­ta­tion confes­sion­nelle pré­cise du mo­dé­ran­tisme. Par exemple, le mo­dé­ran­tisme doit-​il être consi­dé­ré comme un phé­no­mène in­terne au ca­tho­li­cisme eu­ro­péen ou à l’en­semble du chris­tia­nisme du Vieux Conti­nent, et seule­ment ainsi ? Le terme de mo­dé­ran­tisme a-​t-​il en­core un sens lors­qu’il s’ap­plique à des choix po­li­tiques qui n’ont plus qu’un lien très lâche avec l’hé­ri­tage chris­tia­no-​ca­tho­lique de l’Eu­rope ?
Toute la dif­fi­cul­té pour cer­ner le sujet nous pa­raît venir du fait que les mo­dé­rés et le mo­dé­ran­tisme évo­luent tou­jours à la fron­tière de la so­cio­lo­gie et de la psy­cho­lo­gie. Comme l’avait bien vu Abel Bon­nard dans son livre de 1936, les mo­dé­rés sont, en France du moins, les restes de l’an­cienne so­cié­té ; so­cio­lo­gi­que­ment, ils se re­crutent assez sou­vent, à date plus ré­cente, parmi les an­ciennes élites (chez les des­cen­dants des no­tables de robe, par exemple). Mais le mo­dé­ran­tisme, lui, est un état d’es­prit, qui dé­borde de beau­coup les mi­lieux des conser­va­teurs hon­teux for­mel­le­ment ca­tho­liques. Cet état d’es­prit n’en doit pas moins avoir une his­toire, bien que celle-​ci soit dif­fi­cile à re­tra­cer. La piste de re­cherche que nous sou­met­tons, dans le sillage de Bon­nard, se li­mite à la France et consiste à sug­gé­rer que l’ori­gine des mo­dé­rés re­monte à la vie de so­cié­té au XVIIIe siècle, la­quelle, en France, « s’est si­gna­lée par une spé­cieuse ac­ti­vi­té de l’es­prit, et c’est par là qu’elle a pu être aussi fu­neste dans ses suites qu’elle était fas­ci­nante dans ses ma­ni­fes­ta­tions »2 . La brillante for­mule de Bon­nard — « La France est le pays où les dé­fauts des sa­lons sont des­cen­dus dans les rues »3  — nous pa­raît pou­voir rendre compte de plu­sieurs traits propres au phé­no­mène des mo­dé­rés et du mo­dé­ran­tisme : l’im­por­tance des in­tel­lec­tuels dans les rangs mo­dé­rés ; la sur­es­ti­ma­tion par ces mi­lieux de l’in­tel­li­gence dis­cur­sive et ra­tio­ci­na­trice, au dé­tri­ment de l’in­tui­tion in­tel­lec­tuelle im­per­son­nelle et de la force de ca­rac­tère ; la va­ni­té des mo­dé­rés, qui, comme di­sait Bon­nard, « com­plique » leur fai­blesse et la rend « très nui­sible » ; leur per­ma­nent com­plexe d’in­fé­rio­ri­té en­vers les opi­nions sub­ver­sives, en ce que celles-​ci leur pa­raissent tou­jours té­moi­gner d’une plus grande éner­gie, cette éner­gie qui leur fait tant dé­faut ; leur in­gué­ris­sable pué­ri­li­té, eux qui se laissent gui­der, sous pré­texte de briller, par « la croyance en­fan­tine que ce qu’ils ébranlent du­re­ra tou­jours »4 .
A tous ces titres et à quelques autres, mo­dé­rés et mo­dé­ran­tisme ap­pa­raissent donc, tou­jours en bor­nant la ré­flexion à la France, comme stric­te­ment in­dis­so­ciables de la pré­do­mi­nance dans notre pays de la men­ta­li­té bour­geoise et in­di­vi­dua­liste.
Au bout du compte, qu’ils soient for­mel­le­ment chré­tiens ou non, ca­tho­liques ou non, ce dont souffrent avant tout les mo­dé­rés fran­çais, c’est de ce que l’on pour­rait ap­pe­ler un « dé­fi­cit d’in­car­na­tion ». En ce sens, le mo­dé­ran­tisme, por­teur de la culture du refus de l’en­ne­mi, est bien l’en­ne­mi prin­ci­pal de toute ten­ta­tive au­then­tique de res­tau­ra­tion de la cité, puisque celle-​ci passe né­ces­sai­re­ment, comme l’a bien vu Ber­nard Wicht, par l’ap­pa­ri­tion, par la lente et si­len­cieuse af­fir­ma­tion d’une nou­velle sub­stance hu­maine, donc par une vé­ri­table ré­vo­lu­tion an­thro­po­lo­gique.

  1. . Ber­nard Du­mont, Gilles Du­mont et Chris­tophe Ré­veillard (dir.), La culture du refus de l’en­ne­mi. Mo­dé­ran­tisme et re­li­gion au seuil du XXIe siècle, Presses uni­ver­si­taires de Li­moges, Li­moges, 2007, 150 p., 20 €. []
  2. . Abel Bon­nard, Les Mo­dé­rés. Le drame du pré­sent [1936], Edi­tions des Grands Clas­siques, 1993, p. 99. []
  3. . Ibid., p. 101. []
  4. . Ibid., p. 111. []

00:05 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, modérantisme, modérés, bourgeois, bourgeoisie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La Turquie menace l’Union Européenne et l’ENI italienne

Andrea PERRONE:

La Turquie menace l’Union Européenne et l’ENI italienne: intolérable!

 

Ankara veut entrer dans l’Union Européenne mais sa politique dite “néo-ottomane” cherche à empêcher les pétroliers italiens de l’ENI d’exploiter des gisements au large de Chypre!

 

chypre-gaz-400-de-haut_0.jpgLa Turquie réclame que l’Europe fasse un pas décisif et prenne des décisions immédiates pour faire accéder définitivement la Turquie à l’UE mais, simultanément, elle menace une importante société pétrolière européenne, l’ENI italienne, parce que celle-ci s’apprête à signer des accords avec Chypre pour exploiter les gisements de gaz au large de l’île. Pour le gouvernement d’Ankara, les mesures visant à favoriser le plus rapidement possible l’entrée de la Turquie dans l’UE devraient être prises au terme de l’actuelle présidence cypriote. De plus, la Turquie compte entrer dans le club des Vingt-Sept d’ici 2023. Ce langage fort a été tenu par le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, flanqué de son ministre des affaires européennes, Egemen Bagis, dans les colonnes du quotidien turc “Hurriyet”: “A la fin de la présidence cypriote, nous attendons une avancée décisive de la part de l’UE. L’UE a actuellement une attitude contraire à ses propres intérêts. Elle doit se ‘repenser’ et accélérer le processus d’adhésion de la Turquie”, a conclu le ministre. “Nous avons dit qu’avant 2023, la Turquie devrait être un membre à part entière de l’UE”, a ajouté Bagis dans ses réponses au journaliste de “Hurriyet”, mais nous n’avons pas l’intention d’attendre jusqu’à la fin de l’année 2023”.

 

La République de Chypre va bientôt céder la présidence de l’UE à l’Irlande: ce sera en décembre de cette année. Le 31 octobre, Recep Tayyip Erdogan a lancé un avertissement aux technocrates de Bruxelles, en affirmant que si l’UE ne garantit pas l’adhésion d’Ankara pour avant 2023, la Turquie retirera sa candidature. Erdogan fixe ainsi pour la première fois une date-butoir pour l’adhésion définitive de son pays à l’UE. “Je ne crois pas qu’ils se tiendront sur la corde raide aussi longtemps”, a précisé Erdogan lors de sa visite récente à Berlin où il a répondu aux questions des journalistes allemands, “mais si nous retirons notre candidature, l’UE y perdra et, en bout de course, l’UE perdra la Turquie”.

 

Pour notre part, et nonobstant la croissance continue du PIB turc, qui frise aujourd’hui les 9%, nous ne pensons pas, à l’instar des derniers sondages, que les Européens et les Turcs souffriront tant que cela si Ankara s’éloigne de l’UE. Il nous semble plus intéressant d’observer les turbulences que crée le gouvernement turc lorsqu’il déclare se tenir prêt à réviser les accords actuels permettant à l’ENI de travailler sur territoire turc si l’entreprise pétrolière italienne forge un accord avec Chypre pour exploiter les gisements gaziers au large de l’île. Le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, créateur de la nouvelle politique “néo-ottomane” vient d’annoncer dans un communiqué: “Comme nous l’avons déjà envisagé à maintes reprises, ..., les entreprises qui coopèrent avec l’administration grecque-cyptriote seront exclues de tous les futurs projets turcs dans le domaine énergétique”. Le contentieux qui oppose l’ENI à la Turquie, suite à l’accord prévu entre l’entreprise italienne et Nicosie, remonte déjà au 30 octobre 2012, immédiatement après que le gouvernement cypriote ait annoncé la concession de quatre licences d’exploitation de gaz, tout en précisant qu’il en négociera les termes de partenariat avec les Italiens de l’ENI, les Sud-Coréens de Kogas, les Français de Total et les Russes de Novatek. Aujourd’hui, le ministre des affaires étrangères turc a invité les entreprises et les gouvernements de ces quatre pays à “agir selon le bon sens”, les incitant à ne pas oeuvrer dans les eaux cypriotes et à retirer leurs offres.

 

Le ministre turc de l’énergie, Taner Yildiz, sûr de lui, a déclaré hier selon le quotidien “Hurriyet” qu’il était prêt à revoir tous les investissements de la société pétrolière italienne en Turquie, si celle-ci scelle un accord avec Chypre pour exploiter les gisements de gaz des eaux cyptriotes. “Nous soumettrons à révision leurs investissements en Turquie si l’ENI est impliquée”. Déjà au cours de ces derniers mois, Ankara avait protesté à plusieurs reprises auprès du gouvernement cypriote, qualifiant d’“illégales” toutes éventuelles activités d’exploitation au large de l’île et envoyant dans les eaux cyptriotes des militaires, des sous-marins et des navires de guerre. De son côté, Chypre est déforcée car elle est divisée en deux depuis l’été 1974, lorsque les troupes turques ont envahi l’île et occupé sa partie septentrionale, en réponse à un coup perpétré par des éléments philhellènes à Nicosie, qui voulaient réaliser l’ENOSIS, l’union de Chypre à la mère-patrie grecque. Depuis lors, l’île ne s’est plus jamais recomposée et les deux entités, nées des événements de 1974, ont continué à vivre séparément, hermétisées totalement l’une par rapport à l’autre mais en paix, en dépit d’une colonisation forcée favorisée en totale illégalité par la Turquie, qui a incité une fraction de ses concitoyens à prendre possession de la partie nord de Chypre.

 

Andrea PERRONE.

( a.perrone@rinascita.eu ; article paru dans “Rinascita”, Rome, le 6 novembre 2012; http://rinascita.eu/ ).