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samedi, 01 juillet 2017

Révolutions de couleur: une technologie perfide et les enjeux de l’avenir

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Révolutions de couleur: une technologie perfide et les enjeux de l’avenir

par Célestin Komov et Elena Bernard

Ex: http://zejournal.mobi

1. Révolutions de couleur

En cette année du centenaire de la Révolution d’Octobre, ses ennemis de longue date peuvent se targuer d’un bilan « formidable ». En plus de l’effondrement de l’URSS, ils ont su réaliser d’étonnants « progrès » en matière de révolutions lesquelles ont pris de belles couleurs et se comptent désormais par dizaines !

Il est vrai qu’il ne s’agit en réalité que de coups d’Etat. Mais les médias s’ingénient à les qualifier de révolutions. En Russie, des propos au sujet de futures perturbations, émanant de diverses personnalités, contiennent souvent un message plus ou moins latent qu’une nouvelle révolution pourrait être « aussi horrible » que la Révolution d’Octobre ! Certains libéraux, au contraire y appellent. Mais dans tous les cas, la réalité – historique et actuelle – se trouve totalement pervertie.

Voyons d’abord ce que représentent les révolutions de couleur. A leurs origines il y a des théoriciens. Les plus importants en sont Gene Sharp avec son concept d’« action non violente » et Joseph Nye, auteur de la théorie de « Soft power ».

Selon Joseph Nye, il faut que l’objet de votre domination soit poussé à vouloir ce que voulez vous-même. C’est-à-dire qu’il faut que les populations des pays dominés désirent du Coca-cola, des films de Hollywood, des objets prestigieux de consommation, etc. En même temps, ils doivent croire que tout cela ne peut être obtenu que par une économie de libre-échange, par la « démocratie », le pluralisme et autres « valeurs occidentales ». Il faut, naturellement, qu’ils croient que les Etats-Unis sont prêts à leur apporter le maximum d’aide pour y parvenir.

Un flux énorme de propagande a été déversé sur le monde pour bien enraciner ces idées : agences de presse, médias, cinéma, Internet, enfin les réseaux sociaux depuis 2008. Mais le pire arrive à l’étape suivante. C’est l’implantation dans différents pays de la « lutte politique non-violente » décrite par Gene Sharp dans plusieurs ouvrages dont « La politique de l’action non-violente » (1973).

Remarquez que ces démarches théoriques ne sont que du recyclage de mauvaise foi d’idées rebattues depuis bien des lustres (il suffit de penser à la « résistance non-violente » de Ghandi dont Sharp « s’inspire » ouvertement). Leur perversion intellectuelle, leur enfumage, leur novlangue ne sont comparables qu’aux farces pseudo-révolutionnaires qui en sont ressorties.

La théorie toute seule n’est cependant pas suffisante. Il fallait un appui des institutions. Pour appliquer les concepts de Sharp, on a mis en place un grand réseau d’organisations. Ce sont divers ONG, instituts, fondations, destinés à soutenir, à sponsoriser et à piloter les révolutions de couleur et autres changements de régime. Une partie importante d’elles est directement financée par les Etats-Unis (comme USAID ou NDI). D’autres sont privés, comme les Open Society Institutes de George Soros.

Depuis une vingtaine d’années, on compte à leur actif les révolutions en Yougoslavie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004), Kirghizistan (2005), Liban (2005)… A partir de 2011 le rythme s’accélère : Tunisie, Egypte, Libye, Syrie, à nouveau Ukraine, Brésil… Sans compter quelques avant-coureurs, comme la « révolution de velours » de 1989 en Tchécoslovaquie. Parmi de rares échecs il y a les révolutions avortées en Biélorussie (« révolution bleue », 2006), en Arménie (2008), en Iran (« révolution verte », 2009), en Russie (2011).

Parmi les institutions, une place de choix appartient au « Center for applied Nonviolent Action and Strategies » (CANVAS), créé à Belgrade en 2003. Le centre forme des centaines d’activistes qui travaillent ensuite sur le terrain. Ces activistes sont présents dans plusieurs dizaines de pays. La Russie est un de leurs objets d’intérêts privilégiés.

Le site de CANVAS laisse l’impression d’une organisation respectable qui met en avant son caractère strictement non-violent. Mais les conséquences de ses agissements ont été destructrices, sanglantes, parfois très sanglantes. Aussi, on peut remarquer que son action est d’une envergure impressionnante pour une modeste ONG serbe.

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Ils ont crée une véritable chaîne industrielle d’encadrement et de canalisation du mécontentement de masses ou de groupes de population. Les emblèmes singeant des symboles et des gestes des mouvements révolutionnaires historiques sont repris d’un pays à l’autre :

Les slogans exploitent les émotions et accentuent le pathos moral : « Marche de colère et de dignité », « Le pays est au bout du rouleau », « La démocratie est tuée », « Non à la corruption », etc.

Lors de l’Euromaïdan à Kiev, les conseillers serbo-américains ne se gênaient pas de réutiliser des tracts, des formules et des visuels déjà éprouvés lors des évènements de 2000 à Belgrade, de 2011 au Caire, etc.

Dans nos précédentes interventions, nous avons déjà parlé de l’absence totale de scrupules dans le choix des forces agissant sur le terrain. Les libéraux, les classes moyennes adossées à la bourgeoisie compradore, les partis d’extrême droite et les fascistes déclarés y font un bon ménage.

Les quatre composantes du scénario classique de révolution de couleur se présentent ainsi :

1- Les masses populaires exprimant leur mécontentement sont encadrées et menées par des structures constituées (par exemple, fans de foot, nationalistes, néonazis, etc.). Le thème de protestation glisse dans le sens souhaité par les organisateurs sans que les gens comprennent ce qu’il se passe.

2- Le noyau des protestataires est représenté par la bourgeoisie compradore et leurs serviteurs (intellectuels, artistes, blogueurs), qui partagent les valeurs du consumérisme. Souvent ils font partie des réseaux d’ONG pro-américaines. Ce noyau applique les instructions reçues par des réseaux sociaux.

3- Les structures d’Etat (forces d’ordre, médias, communications, etc.) sont discréditées, déroutées et paralysées, notamment par une pression sur les responsables qui ont leurs biens et leurs comptes à l’Occident.

4- Trahison d’une partie des élites au pouvoir.

La révolution colorée est ainsi une technologie qui permet de gérer l’énergie de la protestation sociale (souvent juste) pour la diriger dans le sens voulu par une puissance impérialiste extérieure. Ce n’est donc qu’une version modernisée des coups d’Etat d’extrême droite qu’organisaient jadis les Etats-Unis et leurs alliés pour renverser les gouvernements indésirables, essentiellement pro-soviétiques (Pakistan, Brésil, Iran, Indonésie, Chili…).

2. Révolutions classiques : différence fondamentale

Faute de mieux, nous appellerons « classiques » les révolutions qui ont façonné notre histoire, et qui sont aux révolutions de couleur ce que la tragédie est à la farce. Le temps étant limité, allons droit à l’essentiel.

Les révolutions historiques sont une culmination de la lutte des classes. Elles sont précédées par un processus lent d’accumulation de contradictions au sein de la société, de contradictions entre les anciennes classes dominantes, attachées aux anciens rapports de production, et des classes qui ont un projet de l’avenir cherchant à établir des rapports de production nouveaux. Si le passage du pouvoir d’une classe à une autre n’est pas prévu, s’il ne s’agit que du changement de dirigeants soutenus par tel ou tel groupe d’influence (comme c’est le cas dans les révolutions de couleur), il ne peut être question d’une révolution mais d’un putsch, d’une révolution de palais, d’un « changement de régime », etc.

Mais le plus important en l’occurrence c’est qu’une vraie révolution vise toujours le progrès de l’Homme et de la société, le passage de la société à un stade supérieur du développement. Certes, dans les conditions historiques réelles, lors d’un remue-ménage révolutionnaire se croisent différentes forces et différents intérêts. Mais les forces humaines – en particulier, les forces intellectuelles –, actives dans les noyaux même de la révolution sont nécessairement porteuses d’un projet progressiste.

Qu’en est-il dans les révolutions de couleur ? Il n’est pas difficile de voir que leurs noyaux sont composés uniquement des forces régressives. Sans parler de la présence et du rôle décisif des curateurs extérieurs.

Les organisateurs des révolutions de couleur, ainsi que toutes les forces réactionnaires, rêvent pour qu’au sujet des révolutions (vraies et fausses) règne la plus grande confusion. Et ils y travaillent sérieusement. Notez qu’en français la révolution, l’adjectif « révolutionnaire » garde toujours une connotation positive. Eh bien, ce n’est plus du tout le cas en Russie. Bien sûr, la campagne de dénigrement de la révolution d’Octobre, menée depuis la perestroïka, y a joué un rôle important, mais les révolutions de couleur y ont également beaucoup contribué.

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3. La Russie : après une « révolution » déjouée, danger de nouvelles perturbations

Les présidentielles en Russie auront lieu en mars 2018. Elles seront très certainement une occasion pour des perturbations « colorées ». En 2012 cela déjà été le cas. La seule chose qui a permis alors de contrer le coup d’Etat a été la création d’une vaste coalition « anti-orange » qui a su sortir dans la rue, au meeting du Mont Poklonnaya, une quantité de gens de plusieurs fois supérieure aux meetings « colorés ». A la tête de cette coalition se trouvait le mouvement Essence du temps et son leader Sergueï Kurginyan. La « révolution » a été déjouée et les protestations se sont progressivement dégonflées.

Les émeutes à venir risquent d’être encore plus virulentes et plus élaborées dans leur organisation. Depuis plus d’un an, l’on observe en Russie une alliance des libéraux et des nationalistes fascisants locaux. Les organisations comme CANVAS ont une grande expérience de travail avec des binômes de ce type. Ainsi, en Ukraine ils collaboraient de près tant avec les protestataires gauchisants qu’avec les fascistes avoués du Pravy Sektor et consort. Les premiers assuraient la partie pacifique du scénario, alors que les seconds passaient à l’acte après des provocations sanglantes.

Les attaques contre le pouvoir se multiplient et viennent non seulement de l’opposition libérale très peu influente et détestée, mais de différents côtés, y compris de l’intérieur même de l’élite en place.

Nous devons être prêts à réagir de manière ferme et efficace.

4. Stratégie des élites occidentales : vers le changement de l’ordre mondial

La stratégie du chaos, dont on entend beaucoup parler, est loin de se réduire à l’idée simple de créer le désordre dans le camp ennemi. Elle fait partie d’un projet qui vise une réorganisation profonde de l’ordre mondial. Plusieurs facteurs ont poussé les élites occidentales à envisager cette réorganisation. Notamment c’est le développement rapide de nouveaux grands concurrents (surtout de la Chine) ; le manque de forces pour entretenir la Pax Americana, confirmé par les guerres en Iraq et en Afghanistan (du coup, l’option est de remplacer l’ordre par le désordre) ; le risque de la revalorisation de la mémoire de l’époque de l’URSS dans les pays de l’Europe de l’Est et ailleurs dans le monde, etc.

Le principe d’inhibition du développement des concurrents potentiels n’est évidemment pas nouveau pour les Etats-Unis. Dans son livre Les 100 Ans à venir : Un Scénario pour le XXIème siècle (2009), George Friedman, fondateur de l’agence de renseignements STRATFOR a écrit :

Atteignant systématiquement ses objectifs stratégiques, les Etats-Unis avaient comme ultime but la prévention de l’émergence de n’importe quelle grande puissance en Eurasie. Le paradoxe réside, toutefois, en ceci : le but de ces interventions n’a jamais été d’accomplir [de développer] quelque chose – quelle que fût la rhétorique politique – mais d’empêcher quelque chose. Les Etats-Unis veulent empêcher la stabilité dans les régions où une autre puissance peut émerger. Son objectif était non pas de stabiliser mais de déstabiliser. (Notre traduction)

Le fond est toujours le même. Ce qui est nouveau, c’est la façon de procéder, les groupes d’appui, le discours, ainsi que l’envergure industrielle de l’action.

En ce qui concerne les groupes d’appui, il s’agit notamment du rôle qui est dévolu aux classes moyennes. Ainsi dans le rapport du Ministère de la défense de la Grande-Bretagne intitulé « Inégalité globale » (2007) on lit :

L’écart entre les riches et les pauvres ira probablement croissant et l’extrême pauvreté demeurera un défi global. (…). L’extrême pauvreté et l’inégalité des chances vont exacerber le sentiment de l’injustice parmi ceux dont les espérances avaient été frustrées, ce qui augmentera les tensions et l’instabilité. (…) Elles peuvent également conduire à la résurgence non seulement d’idéologies anti-capitalistes – éventuellement liées aux mouvements religieux, anarchistes ou nihilistes – mais aussi au populisme et à la renaissance du marxisme.

(…)

Les classes moyennes pourraient devenir une classe révolutionnaire, assumant le rôle dont Marx chargeait le prolétariat. (…) les classes moyennes du monde devraient s’unir et façonner les processus transnationaux selon leurs propres intérêts de classe, en utilisant leurs compétences, leurs accès aux savoirs et aux ressources.

(Cité d’après : Marshall, Andrew G. « Are We Witnessing the Start of a Global Revolution? », Global Research, January 27, 2011. http://www.globalresearch.ca/are-we-witnessing-the-start-..., notre traduction).

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Nous vous laissons apprécier l’art de l’argumentation sinueuse. Ne manquons pas de noter que par-delà les élucubrations on comprend que les classes moyennes sont incitées à récupérer et à détourner dans leur propre intérêt l’énergie du mécontentement de masses à l’échelle planétaire.

Certes les classes moyennes ne sont bonnes que pour le déclenchement des protestations. Lorsque la situation commencera à s’envenimer, d’autres forces, beaucoup plus énergiques (djihadistes, néonazis…) prendront le relais. Et l’affaire est en boîte, comme ce fut le cas en Ukraine, en Syrie, en Lybie, en Iraq ou au Mali.

Le travail sérieux sur l’adaptation militaire et politique des théories scientifiques du chaos a commencé à l’Institut de Santa Fe, créé en 1984 et spécialisé dans l’étude des systèmes complexes. Steven Mann, diplomate de haut rang et analyste politique, qui a travaillé sur le concept de criticalité auto-organisée, développé dans cet institut, écrit :

Le fait qu’à présent nous décrivons le monde en termes de criticalité ne nous renseigne pas encore sur utilisation qui peut en être faite. La recommandation que toutefois je peux donner, est que nous avons besoin d’être ouvert aux voies d’accélération et d’exploitation de la criticalité si c’est nécessaire pour nos intérêts nationaux, par exemple en détruisant l’armée iraquienne et l’Etat de Saddam. La clé est l’intérêt national et non pas la stabilité internationale. En réalité, nous mettons déjà en œuvre des approches politiques qui accroissent le chaos, que nous en soyons conscients ou pas, lorsque nous promouvons la démocratie, stimulons des réformes du marché et développons, par le biais du secteur privé, la communication de masse.

(Mann, Steven R., The Reaction to Chaos, in : Complexity, global Politics, and National security, Ed. by D.S. Alberts, T.J. Czerwinski. Washington: National Defense University, 1997. http://www.dodccrp.org/files/Alberts_Complexity_Global.pdf, notre traduction).

Résumons. L’Occident, mené par les Etats-Unis, a donc besoin de zones de chaos et de régression, sans lesquelles il n’arrive pas à asseoir son hégémonie. Mais l’Occident lui-même, n’est-il pas également dans le processus de chaotisation et régression ? Confusion de notions, destruction de l’éducation, perte de la mémoire historique, sans parler du social… Seulement c’est un processus plus lent et plus paisible.

Dans le cadre théorique développé par le mouvement Essence du temps cette décomposition lente porte le nom de Post-modernité. La Post-modernité est une adaptation à la vie sur les décombres de la Modernité qu’elle a détruite. Certains pays émergeants, la Chine en premier chef, se trouvent toujours dans la dynamique progressiste de la Modernité et sont ainsi regardés comme des concurrents très dangereux.

Pour continuer à régner, la Post-modernité fomente le chaos dans de vastes régions périphériques en y laissant monter des forces de la Contre-modernité, c’est-à-dire des agents de la régression accélérée (notamment, les islamistes ou les néonazis). Aussi, l’Occident compte sûrement de les utiliser un jour contre la Modernité restante (Chine et autres). C’est pour ces raisons-là qu’en luttant en façade contre l’Etat Islamique, la coalition occidentale les soutient en arrière-boutique.

Ce pourrissement à deux vitesses ne peut être dépassé que par un projet de Supra-modernité pour lequel milite l’Essence du temps. Au cœur de ce projet se trouve une idée progressiste de l’Homme dont nous parlerons dans la partie suivante, ainsi que l’expérience historique de l’Union Soviétique. Celle-ci doit être mise à jour et libérée de certaines faiblesses et erreurs qui ont fini par la conduire à sa chute.

5. Voie du dépassement : la gauche et l’humanisme prométhéen

Le fonctionnement des révolutions de couleur implique, comme nous l’avons vu la récupération des slogans et de postures de la gauche, jadis progressiste et révolutionnaire. L’imposture a un double effet : d’une part elle permet de capter l’énergie de protestation et d’autre part, elle souille et raille ces postures et ces slogans en désactivant ainsi leur potentiel offensif et unificateur. Les anciens militants n’en garderont qu’une grimace amère de désillusion.

En France il n’y a pas eu de révolutions de couleur (inutile, tout est déjà coiffé). Mais on a eu droit à Attali se positionnant à « gauche », à BHL lançant de grands cris en défense de la liberté et de la démocratie, au quinquennat Hollande, au brave Mélenchon et autres combattants pour toutes les meilleures choses. D’ailleurs on a eu aussi mai 68, précurseur des révoltes colorées (« ridicules événements estudiantins », disait Desproges. Avait-il tort ?).

Comme l’a écrit récemment Claude Zylmans dans un message collectif, « le néolibéralisme a défait la démocratie par la gauche ». Les élites et les intellectuels de l’Occident ont implanté un ver idéologique dans le corps des mouvements de gauche. C’est le ver de « liberté » personnelle et sociétale, de permissivité, du plaisir à court terme, du « bien-être » individuel ; des droits et libertés de consommation, de jouissance, de subversion, et enfin, de régression (mais pas celle du développement humain, de l’éducation, de construction de l’avenir…). Une autre question est de savoir d’où vient ce ver exactement, mais pareille enquête nous entraînerait trop loin.

La gauche des pays d’Occident est gravement intoxiquée par ce parasite. Celui-ci est en grande partie responsable de l’absurdité et l’incohérence des campagnes politiques des dernières années. Le sinistre sens fondamental de cette maladie est à chercher dans la vision de l’Homme qui domine aujourd’hui dans la société et qui a été imposée par les élites dirigeantes et les intellectuels qui les servent.

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Cette vision de l’Homme est profondément régressive. l’Homme, d’après elle, est foncièrement méchant, incorrigible et incapable à évoluer. Il est entièrement déterminé par ses instincts primitifs, par ses pulsions, par des impératifs de l’adaptation… En cela, entre les néo-libéraux, les néo-conservateurs, les fascistes d’hier et d’aujourd’hui, les écologistes et d’autres euro-gauchistes, il n’y a aucune différence.

En 1932, Léo Strauss, un intellectuel juif allemand, émigré aux Etats-Unis, influent surtout parmi les néo-conservateurs, dans une lettre au juriste nazi Carl Schmitt, a écrit : « Le fondement ultime du droit est le principe du mal naturel de l’homme, [et] parce que l’homme est mauvais par nature il a besoin d’être dominé. On peut établir la domination, c’est-à-dire les hommes peuvent être unifiés, mais uniquement dans l’union contre d’autres hommes » (source : http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/barack-...). L’élite, d’après Strauss, doit gouverner en manipulant les masses bêtes par le biais de « mensonges nobles ». [Est-on loin des pratiques des organisateurs des révolutions colorées ?]

Cependant, la gauche a connu jadis une toute autre vision de l’Homme. « L’histoire humaine n’est qu’un effort incessant d’invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création ». « Qu’est-ce que l’idéal ? C’est l’épanouissement de l’âme humaine. Qu’est-ce que l’âme humaine ? C’est la plus haute fleur de la nature ». « Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ». On doit ces mots à Jean Jaurès. Et si l’on regarde du côté de Marx, on découvre que pour lui, « l’émancipation humaine » était la véritable finalité de la société. Cette émancipation (qui n’est pas identique à l’émancipation politique), n’est autre qu’émancipation des capacités créatrices de l’Homme. C’est cela, selon Marx, « le saut du royaume de la nécessité au royaume de la liberté ».

L’humanisme qui croit en les capacités créatrices infinies de l’Homme est tout le contraire de celui qui prend appui sur le « bien-être » ou le « bonheur », somme toute philistins. Il y a peu de notions qui ont été manipulées, tiraillées et défigurées autant que celle de l’humanisme. Au point que les personnalités comme Bertrand Russell, Abraham Maslow ou Burrhus Skinner – de vrais apôtres de l’inégalitarisme et, en fin de compte, de la haine pour l’Homme, sont présentés comme de notables humanistes du XXe siècle.

Le mouvement EOT rejette cet « humanisme » dévoyé, qui cherche à cantonner l’Homme dans ces petites préoccupations, dans sa réussite et ses sentiments personnels. Il prône l’humanisme prométhéen, pour lequel l’Homme est un être libre et créateur, qui doit évoluer et s’améliorer, tant individuellement que collectivement. Pour cet humanisme-là, le développement, le progrès humain (et non simplement technologique) doit être le but de la société.

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Les révolutions de couleur, qui instrumentalisent le mécontentement social et démolissent ensuite des pays entiers, fonctionnent comme de puissants outils de régression. En même temps, d’autres outils sont mis en place au sein même des pays de l’Occident, par exemple la destruction de l’éducation, l’abrutissement médiatique ou l’industrie de divertissements. Ces outils sont efficacement exportés vers un pays comme la Russie. A cela s’ajoutent d’autres éléments extrêmement corrosifs, comme l’instauration de la législation relative à la justice de mineurs (loi de la fessée et autres) qui détruit la famille, qui lui impose un contrôle extérieur sous peine de retrait des enfants, et provoque la rupture de la continuité culturelle entre les générations. Or pareille rupture est un super-accélérateur de la régression. Il faut remarquer par ailleurs, que la régression est une condition préalable pour l’instauration de l’inégalité fondamentale dans la société. Les forces qui s’appuient sur la vision négative et régressive de l’Homme travaillent forcément pour une perspective d’une future société de castes, où la majorité, sera réduite à l’état quasi-animal. Les masses abandonnées aux instincts élémentaires, y seront manipulées et gouvernées avec une haine et un despotisme inouïs.

Pour contrer le danger de futures tentatives d’émeutes colorées (en Russie, les prochaines sont à attendre vers 2018, à l’occasion des présidentielles), pour éviter les écueils des dérives sociétales de la gauche, pour faire barrage à la destruction rampante de la société, l’Essence du temps a lancé un appel à la création d’une alliance de gauche conservatrice. Il est vrai que le terme peut laisser l’impression d’un oxymore. Mais il est à l’image de la situation politique actuelle, qui est paradoxale et inédite. Cette démarche apparaît comme une réponse à l’expansion de l’impérialisme globaliste qui utilise une certaine gauche servile comme une machine à embrouiller, à dérouter et à avilir l’Homme. La valeur des concepts de ce type ne se vérifie que dans la praxis. Sur le champ de bataille politique russe, cette valeur se confirme pleinement. Cependant, l’appel s’adresse également aux autres peuples, notamment aux Français. La lutte du XXIème siècle sera surtout une lutte pour l’Homme et la gauche conservatrice peut en devenir un appui solide.

Conférence à l’espace Maymana, le 24 juin 2017


- Source : Essence du temps

jeudi, 31 mai 2012

L’Ukraine boycottée ou la vengeance de l’Occident

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Bernhard TOMASCHITZ:
L’Ukraine boycottée ou la vengeance de l’Occident

L’Ukraine est menacée de boycott, non pas pour le sort infligé à Madame Timochenko mais pour l’orientation pro-russe du Président Ianoukovitch

Le prolongement des accords russo-ukrainiens sur la présence de la flotte russe en Mer Noire a heurté les Etats-Unis

Quelques semaines avant le début des matches pour la coupe européenne de football, l’Ukraine, pays hôte, est mis sous pression. Le président de la Commission de l’UE, Barroso, a renoncé à sa visite lors des matches, de même que plusieurs hommes politiques en vue d’Europe occidentale. Quant au ministre allemand des affaires étrangères, Westerwelle, il a adressé quelques remontrances au gouvernement de Kiev: “Le gouvernement ukrainien doit savoir que le chemin vers l’Europe passe par un pont qui repose sur deux piliers: la démocratie et l’Etat de droit”.

Le motif officiel de ces tensions croissantes est la détention de Ioulia Timochenko. L’ancienne première ministre a été condamnée l’automne dernier à sept années de prison pour corruption, parce qu’elle avait conclu un accord gazier avec la Russie, que les juges ont considéré comme défavorable à l’Ukraine. Ces accords ont entraîné une perte de quelque 137 millions d’euros. L’Occident a sévèrement critiqué ce jugement: il critique le Président pro-russe Viktor Ianoukovitch d’avoir voulu se débarrasser d’une adversaire mal aimée. “En infligeant une sentence sévère à l’encontre de Madame Timochenko, le gouvernement Ianoukovitch a rejoint la liste, toujours plus longue, des gouvernements qui utilisent le droit pénal pour l’appliquer à d’anciens dirigeants. Des anciens premiers ministres, des présidents, des ministres et des chefs de l’opposition —tous adversaires politiques de ceux qui sont au pouvoir— sont désormais traduits en justice ou menacés de poursuites judiciaires”, écrit Arch Puddington, vice-président de “Freedom House”, une boîte américaine spécialisée en propagande. Toute une batterie de nouveaux reproches ont fait déborder le vase: la “princesse du gaz” Timochenko se verrait refuser des traitements médicaux en prison, elle y serait maltraitée, etc.

Mais en fait cet assaut propagandiste et médiatique contre l’Ukraine, qui est un pays où la notion d’Etat de droit est différente de celle en vigueur en Occident, a d’autres motivations: il vise le Président Ianoukovitch. Il y a deux ans, quand celui-ci a battu le pro-occidental Viktor Iouchtchenko qui, aux côtés de Ioulia Timochenko, était la deuxième icône de la “révolution orange” soutenue par les Etats-Unis, la politique ukrainienne a changé de cap. Iouchtchenko avait voulu rejoindre l’OTAN: cette intention ukrainienne a été rayée de l’ordre du jour dès l’accession à la présidence de Ianoukovitch. Les relations avec la Russie se sont normalisées, alors qu’elles avaient été fort tendues jusqu’alors. Quand Ianoukovitch a prolongé le contrat de location des bases navales russes en Crimée, à Sébastopol, dont le terme était prévu pour 2017, il a en quelque sorte franchi une ligne rouge.

Dès l’accession de Ianoukovitch à la présidence, le 7 février 2010, le tir de barrage a commencé. Le publiciste américain Walter Russell Mead, habituellement modéré dans ses propos, écrivait, dès le lendemain, que la victoire de Ianoukovitch “constituait un nouveau camouflet à l’idée que le monde tout entier deviendrait rapidement démocratique”. Plus incisif fut le politologue new-yorkais Alexander J. Motyl au cours de l’été 2010 dans les colonnes de la célèbre revue “Foreign Affairs”. D’après Motyl, Ianoukovitch choisirait ses ministres comme un “patron” et privilégierait des hommes et des femmes issus de la minorité russe de l’Est de l’Ukraine, ce qui mettrait le “consensus national en danger”.

On ne s’étonnera guère que Motyl critique surtout le prolongement du bail de location des bases navales de la flotte russe de la Mer Noire. D’après lui, ce prolongement serait une décision irréfléchie, prise à la hâte, sans qu’il n’ait été tenu compte des “effets géopolitiques potentiels pour l’Ukraine”. En prolongeant ce bail, Ianoukovitch aurait “bradé” la sécurité de l’Ukraine en “livrant à la Russie, pour un certain temps, le contrôle informel de la Crimée, des voies maritimes incontournables et des ressources gazières qui la jouxtent”.

Pour les Etats-Unis, le prolongement du bail constitue un revers considérable pour leurs ambitions géopolitiques en Europe orientale. Même si l’adhésion de l’Ukraine n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour, Washington a désormais les mains liées jusqu’en 2042. Avec une base russe sur son territoire national, l’Ukraine n’adhèrera pas au Pacte nord-atlantique; quant à un rejet unilatéral du bail de la part de l’Ukraine, la Russie ne l’acceptera pas. De cette façon, les Etats-Unis éprouveront les plus grandes difficultés à contrôler ce que les géopolitologues de tradition anglo-saxonne nomment le “Heartland”, soit l’espace-noyau eurasien. En 1919, en effet, le géographe britannique Sir Halford J. Mackinder écrivait, suite à la première guerre mondiale, la révolution russe et l’occupation par les troupes allemandes de l’Ukraine après le traité de paix germano-soviétique de Brest-Litovsk: “Qui gouverne l’Europe orientale, domine l’espace-noyau. Qui gouverne l’espace-noyau, domine l’ïle mondiale (l’Europe, l’Asie et de nombreuses portions de l’Afrique). Qui gouvernne l’île mondiale, domine le monde”.

Les Etats-Unis avaient réussi à dominer momnetanément cet espace-noyau, auquel appartient au moins l’Ukraine orientale, grâce à la “révolution orange” qu’ils avaient mise en scène de l’automne 2004 au printemps 2005. A l’époque, l’ambassadeur des Etats-Unis en poste à Kiev, John Herbst, avait joué dans ce jeu un rôle déterminant. Les affaires étrangères américaines écrivent à son sujet: “Lorsqu’il était en fonction, il a travaillé à l’amélioration des relations américano-ukrainiennes et a contribué au déroulement d’élections présidentielles correctes (“fair”). A Kiev, il a vécu la “révolution orange”. Auparavant, John Herbst avait été ambassadeur des Etats-Unis en Ouzbékistan, où il a joué un rôle décisif dans l’installation d’une base américaine appelée à soutenir l’Opération ‘Enduring Freedom’ en Afghanistan”.

Les Etats-Unis n’ont pourtant pas réussi à maintenir sur le long terme l’Ukraine dans leur sphère d’influence. Cet échec s’explique pour plusieurs raisons: le duo Iouchtchenko/Timochenko s’est rapidement dissous; les conditions de vie des Ukrainiens n’ont pas pu être améliorées pour l’essentiel et la politique pro-américaine de Iouchtchenko a accentué le vieux clivage entre Ukraine de l’Est et Ukraine de l’Ouest. Mais cet échec n’exclut pas une nouvelle révolte colorée qui pourrait à nouveau changer la donne. Car n’oublions pas ce qu’écrivait Motyl il y a deux ans: “Si Ianoukovitch maintient le cours qu’il poursuit aujourd’hui, il pourrait provoquer une deuxième révolution orange”. Le cas Timochenko pourrait en donner le prétexte.

Bernhard TOMASCHITZ.
(article tiré de “zur Zeit”, Vienne, n°19/2012; http://www.zurzeit.at/ ).

jeudi, 29 décembre 2011

Wie westliche Mächte und Medien in Russland die nächste Revolution inszenieren

Weltkrieg? Wie westliche Mächte und Medien in Russland die nächste Revolution inszenieren

Russland und der Welt stehen gefährliche Zeiten bevor. Die schweren Umwälzungen, die nach dem sogenannten »Arabischen Frühling« funktionierende Länder wie Ägypten, Tunesien und Libyen inzwischen völlig destabilisiert haben, könnten jetzt bald auch Moskau ereilen. Die Massenproteste der letzten Wochen, vor allem in der Hauptstadt und in Sankt Petersburg, sind nach Meinung unabhängiger Beobachter schwerwiegende Beweise einer generalstabsmäßig geplanten Revolution, mit der man vor allem eins erreichen will: Den erstarkenden Wladimir Putin wegzukriegen, bevor er im März an die Macht kommt! Ernste Sorge: Man werde auch vor dessen Tötung nicht zurückschrecken. Denn es geht um die Weltherrschaft des 21. Jahrhunderts! Partei für die westlichen Mächte hat jetzt auch Michail Gorbatschow ergriffen: Er forderte gestern Putins Rücktritt.

Im direkten Visier des Westens stehen aktuell also nicht nur Syrien und Iran, sondern vor allem auch Russland. So sei es ebenso nicht ausgeschlossen, dass die USA und Großbritannien vor einem Anschlag unter Falscher Flagge nicht zurückschrecken werden, so USA- Journalist Webster Tarpley. Denn Russland ist zur Existenzfrage der anglo-amerikanischen Pläne geworden, die nun einmal vorsehen, Macht über die ganze Welt zu erlangen.

Mehr: http://kopp-online.com/hintergruende/deutschland/redaktion/weltkrieg-wie-westliche-maechte-und-medien-in-russland-die-naechste-revolution-inszenieren.html

dimanche, 20 juin 2010

"Weitere Revolutionen werden vorbereitet"

revOrangaIT.jpg"Weitere Revolutionen werden vorbereitet“

Ex: http://zurzeit.at/

Duma-Abgeordneter Markow über das Wesen der „Farbenrevolutionen“ und das Verhältnis Rußlands zu Europa und den USA

Herr Abgeordneter, inwiefern hat sich das Verhältnis zwischen Moskau und Washington verbessert, seit Barack Obama US-Präsident ist?

Sergej Markow: Barack Obama hat die Aggression gegen Rußland beendet und aufgehört, die Ukraine in die NATO zu holen, wo nur 15 Prozent der Bevölkerung für einen NATO-Beitritt sind. Auch hat Obama aufgehört, den Kriegsverbrecher (und georgischen Präsidenten, Anm.) Saakaschwili zu unterstützen, und aufgehört, Rußland auf dem internationalen Parkett offen zu kritisieren. Es ist eine gute Atmosphäre entstanden, aber es gibt noch keine konkreten Ergebnisse. Es gibt zwar Ergebnisse im Vertrag über die nukleare Abrüstung, aber dieser Vertrag ist für Obama wichtiger als für uns.

Wird nun die US-Politik zur Einkreisung Rußlands durch die NATO zu Ende sein oder wird sie unter vielleicht anderen Vorzeichen fortgeführt werden?

Markow: Die Zukunft ist offen. Die EU leidet derzeit unter einer Wirtschaftskrise, und ich glaube es gibt nur wenige, die in dieser Lage zu politischen Abenteuern bereit sind. Wir sind ja Befürworter einer strategischen Union zwischen Rußland und der EU, um gemeinsam ein großes Europa zu bauen. Es ist klar, daß Rußland und die Ukraine nicht Mitglieder der EU sein werden, aber was uns vorschwebt, ist eine wirtschaftliche europäisch-östliche Union, der Rußland, Weißrußland, die Ukraine, Aserbaidschan, Armenien und die Türkei angehören. Diese europäisch-östliche Union wäre kein Nachzügler, sondern ein Partner der Europäischen Union, und wir können Europa die Rolle eines wirklich wichtigen Spielers in der Politik zurückgeben.

Darüber hinaus können wir Europa seine wirtschaftliche Unabhängigkeit, vor allem was die Ressourcen betrifft, zurückgeben. Auch der anderen Seite möchten wir von der EU mehr moderne Technologie für unsere Wirtschaft haben. Wir wollen unsere Energieressourcen nicht nur für Geld verkaufen und diese Gelder auf den internationalen Finanzmärkten anlegen – nein, wir wollen unsere Ressourcen eintauschen. Jenes Land, das hier die Initiative ergreift, wäre dann ein wirklich führendes Land in der EU.

Aber die USA werden etwas dagegen haben, wenn zu einer Union zwischen Rußland und der EU kommen sollte, wie auch immer diese aussehen mag.

Markow: Hier gibt es die aggressive Politik Amerikas, die verhindern will, daß es eine strategische Vereinigung zwischen Europa und Rußland gibt. Aber gerade diese strategische Verbindung zwischen Rußland und Europa könnte ja auch zu einer Art Dreieck mit Amerika führen, weil Amerika schließlich auch auf christlichen Grundlagen gegründet ist. Wir sind nicht gegen Amerika, sondern wir sind nur dagegen, daß Amerika Europa dominiert. Wir wollen, daß Europa durch die Union mit Rußland selbständig und ein gleichwertiger Partner Amerikas wird, damit wir dann gemeinsam diese sogenannte europäische Zivilisation verteidigen können. Wir wollen Amerika nicht zerstören, aber wir wollen, daß Amerika für unsere allgemeinen europäischen Werte arbeitet.

Halten Sie es für möglich, daß es in den kommenden Jahren im postsowjetischen Raum zu von außen angezettelten Revolutionen kommen wird?

Markow: Diese Revolutionen werden jetzt vorbereitet in Weißrußland, in Pridnestrowje (die von Moldawien abtrünnige Republik Transnistrien, Anm.), im Iran, in Venezuela und vielleicht auch in der Türkei, wenn sich die Türkei weiterhin von Amerika entfernt. Und natürlich kann es noch mal den Versuch einer Farbenrevolution in der Ukraine geben und in gewissem Maß auch in Usbekistan. Weil die sogenannten Farbenrevolutionen die technologischen Revolutionen des 21. Jahrhunderts sind, wird es davon immer mehr geben. Im 19. Jahrhundert brauchte man für eine Revolution das Militär, im 20. Jahrhundert brauchte man politische Parteien und im 21. Jahrhundert braucht man für Revolutionen verschiedene Netzwerke: Man braucht Masseninformationsmittel, intellektuelle Kreise und öffentliche Meinungsbilder, die Einfluß nehmen.

Wie das Beispiel der Ukraine zeigt, beginnt es mit der Dämonisierung der gegenwärtigen Macht. Es wird ein Thema geschaffen, auf das die Netzwerke aufspringen und die optimale Zeit sind dabei Wahlen. 2004 war Janukowitsch der Wahlsieger, was die Organisation für Sicherheit und Zusammenarbei in Europa (OSZE) auch bestätigte. Aber dann kam im Zuge der Revolution Juschtschenko an die Macht, und damit wurde dem Land die Souveränität weggenommen.

Welchen Einfluß haben heute in Rußland eigentlich die unzähligen Stiftungen der USA oder die verschiedenen Organisationen des Herrn Soros?

Markow: Soros haßt Rußland, weil er keine Möglichkeit hat, Einfluß zu nehmen. Wenn man es so sagen will, dann haben die vielen kleinen russischen Sorose den großen amerikanischen Soros betrogen und deshalb mag er sie nicht mehr, weil er viel Geld verloren hat.

 
Das Gespräch führte Bernhard Tomaschitz.

Bild: Lizar

Sergej Markow
ist Abgeordneter zur russischen Staatsduma und außenpolitischer Sprecher der Partei „Einheitliches Rußland“.

 

mercredi, 05 mai 2010

L'ombre de la CIA sur Kiev

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SYNERGIES EUROPEENNES – BRUXELLES / ROME – décembre 2004

 

 

L’ombre de la CIA sur Kiev

 

Les Fondations Soros et Ford, la Freedom House et la CIA financent les “révolutions démocratiques” dans le monde

 

Le sort de la “révolution orange” en Ukraine, Monsieur James Woolsey y tient. Il ne peut en être autrement, puisqu’il est le directeur de la “Freedom House”, une organisation non gouvernementale américaine qui possède des sièges à Washington, New York, Budapest, Bucarest, Belgrade, Kiev et Varsovie. Elle se définit comme “une voix claire et forte qui veut la démocratie et la liberté pour le monde” et qui s’active “pour promouvoir les valeurs démocratiques et pour s’opposer aux dictatures”. Ce Monsieur James Woolsey dirige une brochette de politiciens, d’universitaires, d’industriels et d’intellectuels “transversaux”. Ce Monsieur James Woolsey a été, il y a quelques années, en 1995, le directeur de la CIA avant de s’occuper à “exporter la démocratie et la liberté dans le monde”. Grâce aux efforts d’innombrables activistes, issus de la “Freedom House”, et grâce à l’assistance économique, si charitable, d’autres organismes, comme ceux, bien connus, que sont les Fondations Soros et Ford, ce Monsieur James Woolsey  —dont les “honnêtes activités” s’étendent maintenant sur plus de soixante années—  peut désormais concentrer ses efforts dans “la lutte pour la liberté”, dans des pays meurtris et abrutis par une quelconque mélasse dictatoriale. Le palmarès de Woolsey et de ses amis est impressionnant : ils ont soutenu le “Plan Marshall” en Europe, favorisé la création de l’OTAN dans les années 40 et 50, multiplié leurs activités au Vietnam  pendant et après la guerre menée par ce peuple contre les Américains; ils ont financé Solidarnosc en Pologne et l’opposition “démocratique” aux Philippines dans les années 80.

 

Ce sont là les activités les plus médiatisées de cette “bonne” ONG et c’est sans compter les actions de “vigoureuse opposition aux dictatures” en Amérique centrale, au Chili, en Afrique du Sud ou durant le “Printemps de Prague”. Elle a aussi favorisé l’opposition à la présence soviétique en Afghanistan. Elle a excité les conflits inter-ethniques en Bosnie et au Rwanda. Elle s’est opposée à la “violation des droits de l’homme” à Cuba, au Myanmar, en Chine et en Irak. Elle s’est ensuite montrée hyper-active dans l’exportation de la “démocratie et de la liberté” dans les républiques de l’ex-URSS et dans l’ex-Yougoslavie post-titiste. C’est précisément dans cette ex-Yougoslavie, où le “mal” était personnifié par le Président Slobodan Milosevic, que notre ONG a peaufiné ses stratégies d’intervention, afin de les exporter ensuite en d’autres contrées, où le contexte est plus ou moins analogue. Notre bon Monsieur Woolsey a donc accueilli au sein de son organisation Stanko Lazendic et Aleksandar Maric, deux activistes serbes, peu connus de nos médias, mais qui ont joué un rôle-clef dans la chute de Milosevic. Ces deux personnages figurent parmi les fondateurs du mouvement étudiant “Optor” (= “Résistance”), aujourd’hui dissous, mais absorbé par le “Centre pour la révolution non violente” de Belgrade. Peu de temps avant la chute de Milosevic, le 5 octobre 2000, les militants d’Optor ont été invités en Hongrie, dans les salons de l’Hôtel Hilton de Budapest, où un certain Monsieur Robert Helvy leur a prodigué des cours intensifs sur les méthodes du combat non violent. Ce Monsieur Robert Helvy est un colonel à la retraite de l’armée américaine, vétéran du Vietnam. Robert Helvy a admis, face à la presse étrangère, avoir été, en son temps, engagé par l’Institut International Républicain, l’IRI, basé à Washington, afin de former les jeunes cadres militants d’Optor. Stanko Lazendic a révélé que le colonel était présent lors des séminaires : “Mais quand nous sommes allés là-bas, jamais nous n’avions pensé qu’il pouvait travailler pour la CIA. Ce qu’il a enseigné, nous l’avons appris d’autres personnes”.

 

Aujourd’hui, les méthodes qui ont été enseignées au tandem “Lazendic & Maric” pour le compte de la “Freedom House” sont en train d’être appliquées en Ukraine. Elles consistent à “exporter le Verbe démocratique” de maison en maison, d’université en université, de place publique en place publique. Un travail analogue s’effectue en Biélorussie, mais, dans ce pays, la mayonnaise ne semble pas prendre. En Ukraine, en revanche, les deux Serbes sont particulièrement actifs dans la formation et l’encadrement des militants et des cadres du mouvement “Pora” (= “C’est l’heure”), qui est inféodé à Iouchtchenko et a reçu la bénédiction de Madeleine Albright et de Richard Holbrooke, les deux stratèges de l’exportation de la “démocratie atlantiste”. La CIA, entre-temps, aide la “révolution orange” en marche depuis 2002 déjà, dès qu’elle a libéré 50.000 dollars pour créer la plate-forme internet de l’ONG qui s’oppose au duumvirat Kouchma-Yanoukovitch. Ensuite, elle a libéré 150.000 dollars pour créer un groupe de pression à l’intérieur du Parlement. Et encore 400.000 autres dollars pour former des candidats aux élections locales et des cadres syndicaux. Cette stratégie ressemble très fort à celle qui vient d’être appliquée en Géorgie, lors de la “révolution des roses”, où Washington à soutenu Saakashvili. Maric est arrivé mardi 30 novembre à l’aéroport de Kiev, sans donner d’explication quant à sa présence dans la capitale ukrainienne. Lazendic vient de confirmer, dans un interview, “que son compagnon n’avait pas été autorisé à entrer sur le territoire ukrainien”, “tant que ses papiers ne seraient pas tous en ordre”. La carrière ukrainienne de ce Monsieur Maric a donc été interrompue, en dépit de sa grande expérience de commis voyageur à la solde de Washington en Géorgie et en Biélorussie. Lazendic, lui, se vante d’avoir “fait des séjours démocratiques” en Bosnie et en Ukraine. Le mouvement “Pora”, “actif dans la diffusion des valeurs démocratiques et dans l’opposition aux dictatures”, est désormais privé des lumières du sieur Maric. Mais que l’on soit sans crainte, les “démocrates” peuvent toujours envoyer leur contribution financière au “mouvement orange”, via un compte de la “JP Morgan Bank” de Brooklyn, New York.

 

Siro ASINELLI,

Article paru dans “Rinascita”, Rome, 2 décembre 2004.

vendredi, 23 avril 2010

Kirgisistan: eine "umgekehrte" Farbenrevolution?

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Kirgisistan: eine »umgekehrte« Farbenrevolution?

F. William Engdahl / http://info.kopp-verlag.de/

Das entlegene zentralasiatische Land Kirgisistan wird von einem anscheinend sehr gut geplanten Aufstand gegen den post-sowjetischen Diktator, Präsident Kurmanbek Bakijew, erschüttert. Einiges deutet darauf hin, dass Moskau mehr als ein beiläufiges Interesse an einem Regimewechsel hegt und versucht, nach dem Muster der von Washington betriebenen Rosen-Revolution 2003 in Georgien oder der Orangenen Revolution 2004 in der Ukraine eine eigene Version einer »Farben-Revolution« zu inszenieren. Zumindest ist die Entwicklung von erheblicher strategischer Bedeutung für die militärische Sicherheit im Herzland, d.h. für China, Russland und andere Länder.

Die meisten Berichte über die Ereignisse der vergangenen Tage stammen von russischen Medien, die vermelden, der Premierminister habe gegenüber der von der Opposition ernannten Führerin der Übergangsregierung, Rosa Otunbajewa, seinen Rücktritt erklärt. Laut RIA Novosti hat die Opposition »die Lage im Griff«, Bakijew sei – so hieß es unmittelbar danach – an Bord seines Dienstflugzeugs mit unbekanntem Ziel aus der Hauptstadt geflohen.

Vordergründig war der Anlass für die Proteste die Entscheidung der bisherigen Regierung, die Tarife für Energie und Telekommunikation drastisch anzuheben; die Opposition warf der von den USA unterstützten autoritären Regierung Bakijew darüber hinaus zügellose Korruption vor.

Die vereinigten kirgisischen Oppositionsparteien verlangen jetzt den offiziellen Rücktritt des bisherigen Präsidenten Kurmanbek Bakijew und die Entlassung aller seiner entfernten Verwandten und Spießgesellen aus Regierungsämtern.

Das US-Außenministerium versucht verzweifelt, den Status Quo aufrecht zu erhalten und ruft die Opposition zur »Verhandlung« und zum »Dialog« mit der von den USA finanzierten Präsidentschaft Bakijew auf. Entgegen anderslautenden Meldungen erklärte das State Department, die Regierung von Präsident Kurmanbek Bakijew sei noch im Amt.

 

Geopolitische Bedeutung

Für Washington ist das winzige zentralasiatische und fünf Millionen Einwohner zählende Binnenland an der Grenze zu der politisch heiklen chinesischen Provinz Xinjiang von großer geopolitischer Bedeutung. Seit den Anschlägen vom 11. September 2001 unterhält Washington einen großen Luftwaffenstützpunkt in Kirgisistan, offiziell zur Unterstützung der Streitkräfte in Afghanistan. Militärisch gesehen verschafft dieser Militärstützpunkt mitten in Zentralasien dem Pentagon eine wichtige Ausgangsposition, denn von dort aus könnten Angriffe gegen China, Russland und andere Ziele geführt werden, einschließlich gegen Kasachstan, das sich zu einem zunehmend wichtigeren Energielieferanten für China entwickelt.

Bakijew war 2005 auf einer Welle von US-finanzierten Demonstrationen, denen man den Namen »Tulpen-Revolution« gab, an die Macht gekommen. Wie die Orangene Revolution von Washingtons handverlesenem Kandidaten Wiktor Juschtschenko in der Ukraine, der versprach, sein Land in die NATO zu führen, oder wie die Rosen-Revolution von Washingtons Zögling Michail Saakaschwili, war Bakijews Tulpen-Revolution von 2005 vom State Department finanziert und bis ins Detail inszeniert worden. Das Ganze ging so weit, dass die »Oppositions«-Zeitungen in einer mit amerikanischem Geld aufgebauten Druckerei gedruckt wurden.

Das Ziel der USA bestand darin, auch das Schlüsselland Kirgisistan in den eisernen Ring von US- und NATO-Stützpunkten zu integrieren, mithilfe dessen Washington die wirtschaftliche und politische Zukunft sowohl Chinas wie auch Russlands hätte diktieren können.

Der Rückschlag für die Orangene Revolution in der Ukraine bei den jüngsten Wahlen und die Wahl eines neutralen Präsidenten Wiktor Janukowitsch – der versichert hat, die Ukraine werde der NATO nicht beitreten – scheint nur der erste von vielen, im Stillen von Moskau unterstützten Schritten zu sein, um an der Peripherie zumindest wieder den Anschein von Stabilität zu erwecken.

Es ist nicht klar, in welchem Maß und ob überhaupt Washington in der Lage ist, den »eigenen« Mann, Bakijew, zu stützen. Gegenwärtig sieht es nach einer großen geopolitischen Niederlage für Washington in Eurasien aus. Wir werden die Lage weiter beobachten und darüber berichten.

 

Mittwoch, 14.04.2010

Kategorie: Geostrategie, Politik

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samedi, 20 mars 2010

L'ombre de la CIA sur Kiev

Archives de SYNERGIES EUROPEENNES - 2004

Siro ASINELLI:
L’ombre de la CIA sur Kiev

Les Fondations Soros et Ford, la Freedom House et la CIA financent les “révolutions démocratiques” dans le monde

or1.jpgLe sort de la “révolution orange” en Ukraine, Monsieur James Woolsey y tient. Il ne peut en être autrement, puisqu’il est le directeur de la “Freedom House”, une organisation non gouvernementale américaine qui possède des sièges à Washington, New York, Budapest, Bucarest, Belgrade, Kiev et Varsovie. Elle se définit comme “une voix claire et forte qui veut la démocratie et la liberté pour le monde” et qui s’active “pour promouvoir les valeurs démocratiques et pour s’opposer aux dictatures”. Ce Monsieur James Woolsey dirige une brochette de politiciens, d’universitaires, d’industriels et d’intellectuels “transversaux”. Ce Monsieur James Woolsey a été, il y a quelques années, en 1995, le directeur de la CIA avant de s’occuper à “exporter la démocratie et la liberté dans le monde”. Grâce aux efforts d’innombrables activistes, issus de la “Freedom House”, et grâce à l’assistance économique, si charitable, d’autres organismes, comme ceux, bien connus, que sont les Fondations Soros et Ford, ce Monsieur James Woolsey  —dont les “honnêtes activités” s’étendent maintenant sur plus de soixante années—  peut désormais concentrer ses efforts dans “la lutte pour la liberté”, dans des pays meurtris et abrutis par une quelconque mélasse dictatoriale. Le palmarès de Woolsey et de ses amis est impressionnant : ils ont soutenu le “Plan Marshall” en Europe, favorisé la création de l’OTAN dans les années 40 et 50, multiplié leurs activités au Vietnam  pendant et après la guerre menée par ce peuple contre les Américains; ils ont financé Solidarnosc en Pologne et l’opposition “démocratique” aux Philippines dans les années 80.

Ce sont là les activités les plus médiatisées de cette “bonne” ONG et c’est sans compter les actions de “vigoureuse opposition aux dictatures” en Amérique centrale, au Chili, en Afrique du Sud ou durant le “Printemps de Prague”. Elle a aussi favorisé l’opposition à la présence soviétique en Afghanistan. Elle a excité les conflits inter-ethniques en Bosnie et au Rwanda. Elle s’est opposée à la “violation des droits de l’homme” à Cuba, au Myanmar, en Chine et en Irak. Elle s’est ensuite montrée hyper-active dans l’exportation de la “démocratie et de la liberté” dans les républiques de l’ex-URSS et dans l’ex-Yougoslavie post-titiste. C’est précisément dans cette ex-Yougoslavie, où le “mal” était personnifié par le Président Slobodan Milosevic, que notre ONG a peaufiné ses stratégies d’intervention, afin de les exporter ensuite en d’autres contrées, où le contexte est plus ou moins analogue. Notre bon Monsieur Woolsey a donc accueilli au sein de son organisation Stanko Lazendic et Aleksandar Maric, deux activistes serbes, peu connus de nos médias, mais qui ont joué un rôle-clef dans la chute de Milosevic. Ces deux personnages figurent parmi les fondateurs du mouvement étudiant “Optor” (= “Résistance”), aujourd’hui dissous, mais absorbé par le “Centre pour la révolution non violente” de Belgrade. Peu de temps avant la chute de Milosevic, le 5 octobre 2000, les militants d’Optor ont été invités en Hongrie, dans les salons de l’Hôtel Hilton de Budapest, où un certain Monsieur Robert Helvy leur a prodigué des cours intensifs sur les méthodes du combat non violent. Ce Monsieur Robert Helvy est un colonel à la retraite de l’armée américaine, vétéran du Vietnam. Robert Helvy a admis, face à la presse étrangère, avoir été, en son temps, engagé par l’Institut International Républicain, l’IRI, basé à Washington, afin de former les jeunes cadres militants d’Optor. Stanko Lazendic a révélé que le colonel était présent lors des séminaires : “Mais quand nous sommes allés là-bas, jamais nous n’avions pensé qu’il pouvait travailler pour la CIA. Ce qu’il a enseigné, nous l’avons appris d’autres personnes”.

Aujourd’hui, les méthodes qui ont été enseignées au tandem “Lazendic & Maric” pour le compte de la “Freedom House” sont en train d’être appliquées en Ukraine. Elles consistent à “exporter le Verbe démocratique” de maison en maison, d’université en université, de place publique en place publique. Un travail analogue s’effectue en Biélorussie, mais, dans ce pays, la mayonnaise ne semble pas prendre. En Ukraine, en revanche, les deux Serbes sont particulièrement actifs dans la formation et l’encadrement des militants et des cadres du mouvement “Pora” (= “C’est l’heure”), qui est inféodé à Iouchtchenko et a reçu la bénédiction de Madeleine Albright et de Richard Holbrooke, les deux stratèges de l’exportation de la “démocratie atlantiste”. La CIA, entre-temps, aide la “révolution orange” en marche depuis 2002 déjà, dès qu’elle a libéré 50.000 dollars pour créer la plate-forme internet de l’ONG qui s’oppose au duumvirat Kouchma-Yanoukovitch. Ensuite, elle a libéré 150.000 dollars pour créer un groupe de pression à l’intérieur du Parlement. Et encore 400.000 autres dollars pour former des candidats aux élections locales et des cadres syndicaux. Cette stratégie ressemble très fort à celle qui vient d’être appliquée en Géorgie, lors de la “révolution des roses”, où Washington à soutenu Saakashvili. Maric est arrivé mardi 30 novembre à l’aéroport de Kiev, sans donner d’explication quant à sa présence dans la capitale ukrainienne. Lazendic vient de confirmer, dans un interview, “que son compagnon n’avait pas été autorisé à entrer sur le territoire ukrainien”, “tant que ses papiers ne seraient pas tous en ordre”. La carrière ukrainienne de ce Monsieur Maric a donc été interrompue, en dépit de sa grande expérience de commis voyageur à la solde de Washington en Géorgie et en Biélorussie. Lazendic, lui, se vante d’avoir “fait des séjours démocratiques” en Bosnie et en Ukraine. Le mouvement “Pora”, “actif dans la diffusion des valeurs démocratiques et dans l’opposition aux dictatures”, est désormais privé des lumières du sieur Maric. Mais que l’on soit sans crainte, les “démocrates” peuvent toujours envoyer leur contribution financière au “mouvement orange”, via un compte de la “JP Morgan Bank” de Brooklyn, New York.

Siro ASINELLI,
Article paru dans “Rinascita”, Rome, 2 décembre 2004.

mercredi, 24 décembre 2008

L'Agence US CANVAS organise les manifestations anti-Chavez

 

otpor_logo3.jpg

 

Ferdinando CALDA:

 

L’agence américaine CANVAS organise les manifestations anti-Chavez au Venezuela

Qui se profile donc derrière le mouvement étudiant qui, depuis des mois, manifeste au Venezuela contre le gouvernement de Chavez? Qui organise ces manifestations? Qui sont ces étudiants qui scandent leur slogans sur les places publiques pour protester contre un régime qu’ils qualifient de “dictatorial”?  La réponse est claire: c’est le “Centre for Applied NonViolent Action & Strategies” ou CANVAS.

CANVAS n’est pas autre chose qu’un avatar récent du mouvement OTPOR (qui signifie “Résistance”), un mouvement étudiant serbe qui, à partir d’octobre 2000, se profilait derrière toutes les manifestations hostiles au Président serbe Slobodan Milosevic et avait finalement provoqué sa chute, parce que sa politique était contraire aux intérêts de Washington. Le symbole de CANVAS est le même que celui d’OTPOR: un poing fermé en signe de révolte et de protestation. Simple différence: il est entouré de trois flèches signifiant le “recyclage”. Sur le site du Centre CANVAS, les responsables de l’organisation donnent la Serbie en exemple car OTPOR y a obtenu “une victoire de la guerre non violente contre Milosevic”, victoire “qui a finalement ouvert les portes à la démocratie et à la possibilité de forger un avenir meilleur pour le pays”.

Mais il ne faut pas oublier qu’avant d’arriver au Venezuela, le symbole du poing fermé d’OTPOR a d’abord transité par la Géorgie, où, à partir de novembre 2003, la dite “révolution des roses” a porté au pouvoir l’américanophile Mikhail Saakachvili, si sûr d’obtenir toujours le soutien de Washington, qu’il n’a pas hésité à attaquer la Russie en Ossétie du Sud, au mois d’août dernier. Dans le cas de la “révolution des roses”, ce sont les étudiants du mouvement “KMARA” (terme qui signifie “ça suffit!” en géorgien) qui ont téléguidé les protestations contre les prétendues embrouilles électorales du Président Edouard Chevarnadzé; eux aussi avaient pour symbole le poing fermé d’OTPOR, non plus blanc sur fond noir, mais bleu sur fond orange.

Les vétérans d’OTPOR ont également organisé un mouvement étudiant en Biélorussie, hostile au pouvoir en place. En effet, en novembre 2004, ces étudiants, rassemblés au sein du mouvement ZUBR (terme qui signifie “Bison” en biélorusse), ont protesté lors du référendum tenu pour prolonger le mandat du président Alexandre Loukachenko. A Minsk, toutefois, le mouvement n’a enregistré aucun succès. Outre en Serbie et en Géorgie, CANVAS se profile également derrière ce que ses organisateurs appellent eux-mêmes une “concrétisation parfaite de l’action stratégique non violente”, soit la “révolution orange” en Ukraine. En Ukraine, ce sont aussi les instructeurs de l’agence CANVAS qui ont instruit les jeunes du mouvement “PORA” (“C’est l’heure!”), pour qu’ils puissent porter en avant leur “lutte non violente” et réussir leur coup. En Ukraine, les élections présidentielles du 21 novembre 2004 ont vu s’affronter le premier ministre pro-russe Victor Yanoukovitch et le candidat de l’opposition Victor Iouchtchenko, plus proche des intérêts “occidentaux”. Fort des résultats des sondages, Iouchtchenko a immédiatement contesté les résultats des élections qui avaient donné l’avantage au parti du premier ministre Yanoukovitch. Ces élections furent d’emblée décrétées “frauduleuses”. Après de nombreuses journées de protestations et de manifestations, la Cour suprême d’Ukraine a invalidé les résultats électoraux et a ordonné que de nouvelles élections soient tenues le 26 décembre. Cette fois-là, Iouchtchenko, candidat pro-occidental, a obtenu la victoire.

Aujourd’hui, CANVAS opère sur deux “champs de bataille”: le Zimbabwé de Mugabe et le Venezuela de Chavez. Mais question: qui se trouve de fait derrière ces véritables mercenaires de la révolution fabriquée? Qui porte en avant et finance ces organisations protestataires, portées par des groupes très réduits d’activistes qui parviennent pourtant à déstabiliser tout gouvernement considéré à Washington comme “illégitime”? Quels sont les financiers de ces opérations médiatiques colossales, qui paie tous ces drapeaux, T-shirts, auto-collants et autres gadgets permettant une identification immédiate, de type publicitaire, du bon camp “révolutionnaire et démocratique”? Sur le site de CANVAS, on trouve tout de suite une piste car on y indique quelles sont les “organisations qui pourraient être utiles pour apporter aides et/ou soutiens aux mouvements non violents”. Ces organisations sont: “Albert Einstein Institution”, “National Endowment for Democracy” (NED), “International Republican Institute”, “National Democratic Institute for International Affairs”. Ces deux dernières organisations dépendent respectivement du parti républicain et du parti démocrate américains et reçoivent des financements du NED. Cette dernière est une organisation privée, créée en 1983 dans le but, lit-on sur le site, de “renforcer les institutions démocratiques dans le monde par le biais d’actions non gouvernementales”.

Les financements qui soutiennent le NED proviennent directement du gouvernement américain. Dans un entretien accordé au “Washington Post”, le 2 mars 2008, le Sénateur de l’Illinois, Barack Obama, promettait “d’augmenter substantiellement les fonds à accorder au ‘National Endowment for Democracy’ et aux autres  organisations non gouvernementales qui soutiennent les activistes qui militent dans les sociétés répressives”. Parmi les organisations non gouvernementales qui s’efforcent d’exporter la “démocratie” et dont parlait Obama dans son interview, il y a la “Albert Einstein Institution” (AEI), fondée en 1983 par Gene Sharp, un homme influent que beaucoup considèrent comme l’inspirateur des “révolutions colorées”. Sharp, dans ses livres, analyse en fait tous les instruments susceptibles de faire modifier ou chuter un gouvernement par le truchement de la lutte non violente. L’AEI se vante très ouvertement d’avoir eu de nombreux contacts avec les étudiants d’OTPOR. Ensuite, parmi bien d’autres choses avouées, on apprend qu’en avril 2003 deux consultants de l’AEI, Chris Miller et Robert Helvey (ancien officier de l’armée américaine), se sont rendus à Caracas pour rencontrer les représentants de l’opposition anti-Chavez. Le but de ces quelques journées de consultation, explique l’AEI, a été de “fournir à l’opposition démocratique vénézuélienne la capacité de développer une stratégie non violente pour réinstaller à terme la démocratie dans le pays”.

Parmi les autres organisations non gouvernementales particulièrement actives en ce domaine: la “Freedom House” (FH). “Que ce soit en Ukraine ou en Serbie’, lit-on sur le site, “la Freedom House a travaillé étroitement avec des groupes locaux, responsables des révolutions pacifiques et démocratiques. Au Venezuela, elle a travaillé avec ceux qui cherchent à défendre et à promouvoir les droits de l’homme dans une situation politique difficile”. Ce n’est donc pas un hasard si la Freedom House emploie deux membres d’OTPOR, les Serbes Aleksandar Maric et Stanko Lazendic, comme “conseillers spéciaux” pour l’Ukraine. A signaler également l’ “Open Society Institute” de Georges Sörös, qui fut tout particulièrement actif en Serbie et en Géorgie (avec l’ “Open Society Georgia Foundation”).

Comment agissent ces organisations pour culbuter les gouvernements considérés comme “peu démocratiques”? Les exemples de la Serbie, de la Géorgie, de l’Ukraine et, plus récemment, du Venezuela, montrent qu’elles ont une capacité notoire à organiser de véritables campagnes médiatiques internationales qui permettent au monde entier d’identifier immédiatement un “symbole” ou une couleur qui distingue, de manière totalement fabriquée, la “révolution” colorée et démocratique aux yeux de l’opinion publique mondiale. Elles sont aussi capables de produire des “sondages” qui suggèrent toujours que l’exécutif visé perd toute légitimité populaire.

Autre protagoniste dans ce champ d’action: la société américaine “Penn, Schoen & Berland Associates” (PSBA), qui s’est spécialisée, comme elle l’explique elle-même, dans l’art de “former la perception que le groupe, visant le pouvoir dans le pays en question, bénéficie d’une ample popularité”. La PSBA a été célébrée dans la presse américaine comme l’une des chevilles ouvrières majeures des mutations non violentes en Serbie, contre Milosevic, et comme un élément clef dans les bouleversements qui ont eu lieu ou devront avoir lieu en Ukraine et au Venezuela. En août 2004, la PSBA se distingue négativement en faisant montre d’un comportement emblématique qui explique toutefois fort bien les “modi operandi” du système mis au point à Washington. A l’occasion du référendum anti-Chavez, la PSBA a diffusé un “exit poll”, soit des résultats, alors que les urnes n’avaient pas encore été closes, en violation de la loi. Dans ces résultats purement fictifs, l’agence annonçait la victoire du “oui” et, par conséquent, la défaite du président Chavez, alors que ce dernier a finalement obtenu la victoire avec 58% des votes. La note diffusée par la PSBA risquait d’alimenter des tensions dangereuses pour la stabilité et la paix civile dans le pays.

Une autre société spécialisée dans les “sondages” se distingue généralement en Amérique latine: l’ “Ecoanalistica Opinion Publica” (EOP). L’EOP avait diffusé, au cours des jours précédant le vote référendaire vénézuélien, un sondage affirmant que 65% des Vénézuéliens étaient opposés à la réélection présidentielle illimitée. Malgré que ce sondage avait été “commissionné” plus ou moins trois mois auparavant, ces résultats ont été publiés seulement après que le Président Chavez ait formulé son intention de procéder à sa réélection.

Face à tous ces événements et si l’on songe aux enseignements de Gene Sharp qui sont fidèlement repris par CANVAS, on pourra repérer facilement la logique d’airain qui sous-tend l’ensemble de ces actions de déstabilisation. En fait, dès le moment où un gouvernement, quelque part sur la Terre, en vient à être considéré comme “illégitime”, tous les moyens “non violents” pour le déstabiliser deviennent “légitimes”. Le but évident de l’action lancée est alors de frapper ceux que l’on définit comme les “piliers de soutien du pouvoir”. Ces piliers sont la police, la bureaucratie, le système éducatif et les organisations religieuses.

En résumé, le gouvernement des Etats-Unis finance toute une série d’organisations non gouvernementales qui ont pour objectif de s’immiscer dans la politique quotidienne des Etats jugés non suffisamment démocratiques, dans le but évident de promouvoir des actions de déstabilisation contre les gouvernements retenus comme “illégitimes”.

Tout ce que les médias présentent comme des manifestations du peuple contre des gouvernements posés a priori comme “despotiques” et “corrompus” sont en réalité des actions téléguidées par une seule et même régie, soutenue par les même financiers.

Ferdinando CALDA.

(article paru dans “Rinascita”, Rome, 13-14 décembre 2008; traduction française: Robert Steuckers).