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lundi, 01 août 2022

Le capitalisme woke: un Moloch ! 

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Le capitalisme woke: un Moloch ! 

par Klaus Kunze

Source: http://klauskunze.com/blog/2022/07/30/der-moloch-des-woke-capitalism/

Nous devons nous sentir seuls

L'union fait la force. La démocratie se nourrit de cette idée. C'est pourquoi nous devons nous sentir seuls, isolés dans la forêt. C'est la méthode des élites fonctionnelles qui nous gouvernent. Leur secteur médiatique crée à tout moment l'illusion que nous sommes seuls chez nous : mais la rue, les écoles et les universités, les gouvernements, tout cela leur appartient.

La spirale du silence, décrite scientifiquement par Elisabeth Noelle-Neumann, vise à rendre muet le centre de la société. Celui qui estime que ses opinions ne sont pas majoritaires les garde souvent pour lui. Il a peur de se faire remarquer ou d'être désavantagé.

Cela peut arriver à tout le monde : La police frappe à la porte pour des e-mails jugés inappropriés, pour des messages ou des commentaires du même acabit; on bloque des comptes bancaires, on résilie des assurances, on éloigne des personnes de la sphère politique, on leur retire en fait toute participation à la société. Or, le contrôle de nos peurs est perméable. Lorsque nous regardons à l'extérieur à travers les failles, nous ne sommes pas du tout seuls, surtout au niveau international. Il suffit de charger un petit outil dans le navigateur pour se retrouver en bonne compagnie.

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Le mariage d'amour entre la gauche culturelle et le capital financier

Le romancier et essayiste anglais Paul Kingsnorth (photo) est né en 1971 et a été "de gauche". Cela peut facilement arriver à des adolescents avant que la pensée autonome ne commence à s'émanciper. Aujourd'hui, il ne pense plus dans ces schémas droite-gauche poussiéreux dans lesquels notre système de domination politico-médiatique nous maintient prisonniers. Comme de plus en plus d'analystes, il considère que l'opposition entre les mondialistes et les penseurs nationaux est cruciale :

    La vision du monde que l'universitaire Eric Kaufmann appelle le modernisme de gauche est aujourd'hui celle des classes managériales professionnelles, des 10% supérieurs de la société et - ce n'est pas un hasard - de la classe bénéficiaire de la mondialisation. Par le biais de sociétés transnationales, du secteur universitaire et culturel, d'ONG, d'entités mondiales et régionales et d'autres collectifs au pouvoir généralement occulte, cette classe diffuse la triple idéologie du mondialisme au sein de ses propres nations et au-delà. Pendant ce temps, un mouvement populiste national se forme, largement construit autour d'une réaction des travailleurs et de la classe moyenne inférieure rétive à cette idéologie, autour de demandes d'autodétermination nationale, d'un certain degré de conservatisme culturel, de protection économique et de responsabilité démocratique.

    Paul Kingsnorth, Comment la gauche s'est fait avoir par le capitalisme, Les progressistes ont toujours fait partie de l'élite des entreprises, UnHerd 5.7.2022

Kingsnorth s'inscrit parfaitement dans la lignée des critiques non gauchistes du capitalisme financier mondialiste. "Les gauchistes et les capitalistes sont considérés comme des ennemis jurés. Autrefois, c'était vraiment le cas pour les anciens gauchistes et les capitalistes de la vieille école. Aujourd'hui, les nouveaux gauchistes font des mamours au capital financier multinational", avais-je écrit ici le 16 mai 2021, en citant Renovatio (de David Engels et allii) :

"L'idéologie mondialiste représente une synthèse d'éléments idéologiques néolibéraux, postmodernes et néomarxistes. Cette idéologie encore en gestation vise à organiser tous les domaines de la vie selon des principes économiques. En même temps, elle exige la dissolution des frontières et des liens qui sont considérés comme des restrictions à une liberté comprise principalement en termes économiques et qui sont donc rejetés".

Des plantes toxiques issues de la même racine

Kingsnorth continue de dérouler le fil de sa pensée :

    Et si l'idéologie du monde des entreprises et l'idéologie de la gauche "progressiste" n'avaient pas forgé un mariage de raison inexplicable, mais avaient jailli tout le temps de la même racine ? Et si la gauche et le capitalisme mondial étaient fondamentalement la même chose : des moteurs pour détruire les modes de vie habituels et les remplacer par la matrice technologique universaliste mondialisée qui se développe actuellement autour de nous ?

    Paul Kingsnorth, Comment la gauche s'est fait avoir par le capitalisme, Les progressistes ont toujours fait partie de l'élite des entreprises, UnHerd 5.7.2022.

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Cette matrice n'a plus rien à voir avec la promesse globale de liberté individuelle avec laquelle le libéralisme a commencé son cheminement il y a plus de 200 ans. Une fois que deux trains de pensée sont sur les rails de l'aliénation et de la destruction du lien social et de l'environnement naturel, ils arrivent nécessairement à la même gare de destination.

    Les Anglo-Américains ont inventé le terme "woke capitalism" (capitalisme éveillé) pour décrire le nouvel amalgame entre le programme alternatif de gauche et les exigences du capitalisme. Il a culminé dans le mouvement d'émancipation des minorités sexuelles et raciales et a démoli tous les bastions de la normalité traditionnelle. Pour ce faire, il s'appuie sur la méthode de la déconstruction.

    Klaus Kunze, Staatsfeind Liberalismus, 2021, ISBN 978-3-949780-03-5, chapitre "Der Kapitalismus erwacht", p.201.

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L'ancienne opposition entre l'idéologie de gauche et le capitalisme s'est dissipée. Aujourd'hui, ils marchent main dans la main vers le Meilleur des mondes.

    La gauche progressiste et le capitalisme mondial, loin d'être antagonistes comme certains d'entre nous le pensaient autrefois, se sont révélés être des adéquations utiles. Tous deux sont des projets utopiques totalisants. Tous deux se méfient du passé, s'impatientent des frontières et des démarcations et sont hostiles à la religion, aux "superstitions" et aux limites que la nature ou la culture imposent à l'individu humain. Tous deux aspirent à une utopie globale dans laquelle le monde vivra comme un seul homme, selon les rêves de Lénine et de Lennon. Si les 40 dernières années nous ont appris une chose, c'est que les rêves d'égalité universelle peuvent très facilement se transformer en rêves d'accès universel au marché. Ce n'est pas pour rien que les progressistes et The Economist sont tous deux en faveur de l'ouverture des frontières. Il y a une raison pour laquelle tant de hippies sont devenus des milliardaires de la technologie. Si vous vous êtes déjà demandé quel type de "révolution" est sponsorisé par Nike, encouragé par BP, propagé par Hollywood et Netflix et surveillé par Facebook et YouTube, vous trouverez la réponse ici.

    Paul Kingsnorth, Comment la gauche s'est fait avoir par le capitalisme, Les progressistes ont toujours fait partie de l'élite des entreprises, UnHerd 5.7.2022

Les entreprises mondiales sont les nouveaux maîtres de ce beau monde, et les masses amorphes constituent les briques qui construiront leurs besoins financiers. Oswald Spengler avait déjà disséqué la modernité et y avait vu

    "Des masses humaines qui, comme des dunes, sont emportées de l'une à l'autre, se répandent comme du sable meuble entre les pierres. C'est là que l'esprit et l'argent célèbrent leurs plus grandes et dernières victoires" [1] Dans la nouvelle idéologie, le déconstructivisme moderne, l'égalitarisme social, la politique identitaire antiraciste et l'humanitarisme mondialiste fusionnent avec les intérêts vitaux du capital financier. Il s'est emparé des motifs, idéologèmes et symboles émancipateurs et les a incorporés. Ils lui conviennent parfaitement. Un idéologème caractéristique est le mot anglais woke. Il signifie idéologiquement vigilant, c'est-à-dire méticuleux dans l'application rigide de la nouvelle idéologie.

    Klaus Kunze, Staatsfeind Liberalismus, 2021, ISBN 978-3-949780-03-5, chapitre "Der Kapitalismus erwacht", p.202.

De l'homme au consommateur sans cervelle

Ils avaient tous voulu libérer l'homme de ses dépendances : le libéralisme voulait le de la réglementation étatique et le marxisme de l'exploitation par les entreprises. L'étatisation de "l'exploitation" n'a toutefois pas permis d'obtenir une plus grande liberté.

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La protection à l'intérieur et à l'extérieur et la garantie des pratiques démocratiques sont, selon notre lecture, les principales missions de l'État. Après avoir largement supprimé ces fonctions originales de l'État, les gauchistes d'inspiration socialiste ont réduit ce qui reste de l'État à un organisme de redistribution financière. Il échoue dans toutes les autres tâches. D'un point de vue libéral, cet échec est bien sûr hautement souhaitable, car moins il y a d'État, plus le mondialisme financier a les coudées franches. Et les anciens gauchistes jouent avec jubilation le rôle d'idiots utiles :

    Dans l'effondrement tumultueux des années 2020, la gauche progressiste et le capitalisme d'entreprise n'ont pas tant fusionné qu'ils se sont révélés pour ce qu'ils ont toujours été : des variantes du même idéal moderne, construites autour de la quête d'une auto-création sans limites dans un monde post-naturel. Le philosophe canadien, étiqueté "Red Tory", George Grant, a déclaré un jour : "Les directeurs de General Motors et les partisans du professeur Marcuse descendent la même rivière dans des bateaux différents". De nos jours, ils ont quitté leurs bateaux séparés et descendent le fleuve ensemble sur un superyacht, tandis que le reste d'entre nous glose ou jette des pierres depuis les rives.

    Paul Kingsnorth, Comment la gauche s'est fait avoir par le capitalisme, Les progressistes ont toujours fait partie de l'élite des entreprises, UnHerd 5.7.2022

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George Grant.

C'est ainsi que les gauchistes d'aujourd'hui déconstruisent allègrement l'État, le peuple, les institutions, la culture, l'histoire, la morale et, pour finir, peut-être eux-mêmes. Si le "peuple" et la "femme" ne sont que des constructions, qu'est-ce que l'"être humain" de mieux qu'un consommateur sans cervelle ?

    Si la culture est si vide, si inutile, si déracinée qu'elle a oublié de faire autre chose que de se déconstruire elle-même ? Plus précisément, que se passe-t-il lorsque l'égalitarisme n'est pas l'instinct des pauvres, mais celui du pouvoir ? Que se passe-t-il si la destruction des frontières, des limites et des barrières profite à la grande technologie, au grand argent et à ceux qui boivent à leur robinet, et non aux petites voix qui ont soif dans les champs ? Et que se passe-t-il lorsque le gros argent utilise le langage des petites voix - le langage du nivellement - pour lier son travail dans de jolies boucles ? Nous y sommes. La gauche postmoderne, qui a conquis tant de hauteurs de la culture occidentale, n'est pas une menace radicale pour l'establishment : elle est l'establishment. La gauche progressiste, c'est le libéralisme de marché par d'autres moyens. La gauche et le capitalisme d'entreprise fonctionnent désormais comme une tenaille : l'un s'attaque à la culture et déconstruit tout, de l'histoire à l'"hétéronormativité" en passant par les identités nationales ; l'autre s'installe pour monétiser les fragments qui en résultent.

    Paul Kingsnorth, Comment la gauche s'est fait avoir par le capitalisme, Les progressistes ont toujours fait partie de l'élite des entreprises, UnHerd 5.7.2022

"Verortung" ou "ancrage local"

D'un autre côté, les libéraux, qui ont fusionné avec la gauche culturelle, aiment utiliser les "restes pourris" du pouvoir d'État [Heinrich Böll] pour nous diriger et nous réorienter :

    Mais c'est précisément dans le succès du libéralisme que se trouvaient les graines de son échec. Le projet de libérer l'individu de ses réseaux d'allégeance, de lieu, de famille et de culture, et de libérer la formidable machine déstabilisatrice du capitalisme, a créé une instabilité sociale qui ne pouvait être contrôlée ou dirigée que par la dernière institution encore existante : l'État. Une idéologie basée sur la protection et la promotion des libertés individuelles a conduit à l'ère d'un pouvoir étatique sans précédent dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Les gouvernements revendiquent désormais le droit de contrôler nos modèles de langage, de réglementer nos vies et nos affaires de manière de plus en plus radicale, de paralyser des sociétés entières au nom de la "santé publique" et même de légiférer sur les attitudes et les opinions acceptables et inacceptables.

    Paul Kingsnorth, L'ordre libéral est déjà mort, UnHerd 17.2.2022

La critique de la modernité industrielle et démocratique de masse était traditionnellement conservatrice. Comme on ne trouve aujourd'hui au buffet que de la bouillie de gauche, elle devrait être considérée aujourd'hui comme de droite, si une telle classification avait encore une quelconque importance.

Se cacher dans les bois, est-ce le plaisir du "promeneur des bois" ?

Nos réflexions ont cependant montré que les gauchistes d'aujourd'hui ne sont plus de gauche au sens où on l'entendait autrefois. Et la droite n'a rien de commun avec l'image de l'ennemi de "droite" contre laquelle notre Etat gaspille des milliards en moyens de propagande.

Paul Kingsworth insiste sur l'idée de retour, d'attention portée à ce qui a fait ses preuves :

    C'est une tradition que nous pourrions appeler le radicalisme réactionnaire : résistance à la puissance totalisante de la machine dans une perspective enracinée dans les trois P : [orig. : people, place and prayer) personnes, lieu et prière. Ni de gauche, ni de droite, ni d'ailleurs, c'est une tradition qui transcende tous les clivages modernes parce qu'elle est plus ancienne que toutes les autres. Elle va littéralement au fond des choses. C'est le rêve d'une opposition localisée et populiste à la modernité gigantesque et destructrice sous toutes ses formes.

    Paul Kingsnorth, Comment la gauche s'est fait avoir par le capitalisme, Les progressistes ont toujours fait partie de l'élite des entreprises, UnHerd 5.7.2022

Dans cette opposition, cette résistance, nous sommes tous des combattants. Sortez de vos forêts, vous qui vous taisez !

Note:

[1] Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident, p.1322.

 

dimanche, 31 octobre 2021

Nathalie Heinich: l'impact du militantisme sur la recherche scientifique

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Nathalie Heinich: l'impact du militantisme sur la recherche scientifique

Bernard Lindekens

Ex: Nieuwsbrief/Deltapers, n°162, octobre 2021

"Les sociologues ont toujours été la risée de tous : ils disent ce que tout le monde sait déjà d'une manière si compliquée que plus personne ne les comprend. C'est un mot d'esprit de l'inégalable et inimitable "Kaiman" dans De Tijd (1) mais, comme toujours, il contient une part de vérité.

Pourtant, il y a des exceptions. Prenez la Française Nathalie Heinich. Fille de journaliste, elle a fait ses études au lycée Périer de Marseille. Après une maîtrise de philosophie à la faculté des lettres d'Aix-en-Provence et un doctorat en sociologie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) après avoir soutenu une thèse en 1981, avec Pierre Bourdieu comme directeur, elle devient directrice de recherche au CNRS. Ses principales recherches portent sur la sociologie de l'art, l'identité, l'histoire et l'épistémologie des sciences sociales, ainsi que sur la sociologie des valeurs.

Si elle avait déjà joué le rabat-joie lors de l'euphorie du "mariage pour tous", en faisant entendre sa voix dissidente , elle en a récemment rajouté avec son traité: Ce que le militantisme fait à la recherche (2). S'appuyant sur un article de Jacques Julliard, elle soutient que nous sommes actuellement confrontés à la troisième "ère glaciaire" du monde académique, celle de l'islamo-gauchisme (après avoir subi le marxisme soviétique des années 1950 et le maoïsme des années 1970). Cet islamo-gauchisme n'est en fait qu'un activisme qui sent l'endoctrinement et dont le sociologue voit les racines dans le mouvement de la "sociologie critique", lancé jadis par Bourdieu, qui met l'accent sur l'"engagement" avant tout. La plupart d'entre nous connaissent la formule de Pierre Bourdieu selon laquelle "la sociologie est un sport de combat".

Cet activisme a énormément bénéficié de l'essor du mouvement postmoderniste, c'est-à-dire de la fameuse "French Theory" revisitée par les campus américains de littérature comparée. Pour cette "théorie", l'objectivité de la connaissance est en fait un mythe, qui a été démontré à plusieurs reprises. 

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Cette bouillie idéologique s'est répandue dans le monde universitaire à tel point "qu'elle est devenue la foi de la nouvelle génération d'étudiants - et parfois, malheureusement, des enseignants-chercheurs ou même des responsables d'appels à projets - dans l'idée que l'université n'a plus d'autre mission que de réveiller toutes les formes d'oppression ou de discrimination". "C'est en fait le terreau de tout le bazar "woke". Heinich ne porte cependant aucun jugement de valeur sur la légitimité politique de cette lutte, mais évoque la "confusion des arènes" néfaste lorsqu'il s'agit de l'importer dans les sciences sociales.

Le "militantisme académique" est et doit rester, selon elle, une contradiction dans les termes. Eh bien, essayez de dire cela à Lieven De Cauter, Ico Maly, Nadia Fadil et tutti quanti en Flandre..... La déconstruction de cet activisme académique est, dans un certain sens, le but de ce petit traité - par ailleurs habilement écrit. Appliquer ce langage du "pouvoir" - que cet activisme voit partout - à leurs propres méthodes, tel est le but, déclare-t-elle sans équivoque. Pour "ceux qui sont payés par l'État pour produire et transmettre des connaissances et qui utilisent ce privilège pour endoctriner les étudiants et diffuser des slogans et des platitudes, n'abusent-ils pas du pouvoir?", affirme-t-elle sans hésiter. "Abuser de ce privilège pour d'autres activités, n'est-ce pas en fait un détournement de fonds publics?". Des questions très pertinentes.

De l'autre côté de la barricade, on entend déjà les réponses qui fusent: la recherche n'est-elle pas forcément politique? Les chercheurs sont-ils moins subjectifs que vous et moi? Non, la réponse de Nathalie Heinich est sans ambiguïté. Mais il existe bel et bien une autonomie de la science, vaincue dans une lutte acharnée sur le terrain religieux, politique ou moral. Dans "La science comme profession et comme vocation", Max Weber, l'un des fondateurs de la sociologie, développe spécifiquement la nécessité de la "neutralité axiologique" qui doit régir le travail du chercheur. Pour Nathalie Heinich, cela ne fait que marquer une distinction stricte entre le laboratoire et la rue, entre la recherche d'un savoir dépouillé et l'engagement idéologique personnel.

C'est ainsi qu'apparaissent des thèses dont le but n'est plus de décrire, d'expliquer ou de comprendre un phénomène, mais de confirmer une opinion fondée sur un sentiment personnel. Il suffit de penser aux hideuses "études culturelles" américaines dans ce cas. La pire chose que j'ai jamais lue est un livre de Roshanak Kheshti sur Wendy Carlos, compositeur, entre autres, de la bande sonore du chef-d'œuvre de Stanley Kubrick, A Clockwork Orange. 

Le plus dramatique dans tout cela est que cette recherche militante ne prétend pas renoncer au scientisme, mais se considère au contraire comme parfaitement scientifique alors qu'elle ignore toutes les règles de la méthodologie. Comment cela fonctionne-t-il, demandez-vous ? Eh bien, nous partons d'un concept ("domination", "discrimination", "inclusion"), nous illustrons ensuite le phénomène avec quelques données ad hoc, et à la sortie nous trouvons le concept, sans aucune valeur ajoutée heuristique. "Où est la méthode hypothético-déductive pour confirmer ou éclairer une hypothèse ?", s'interroge la sociologue Heinich.

L'authenticité est revendiquée comme un accès privilégié à la vérité. Mais la connaissance scientifique - qu'il s'agisse des sciences humaines ou des sciences plus "dures" - se forme en se distanciant de l'expérience directe ou personnelle. La science n'est pas le prolongement subjectiviste de la réaction de X ou Y sur tel ou tel sujet. Ce malentendu dramatique est aussi le malentendu qui, aujourd'hui, dans le domaine culturel, suggère que seul un Noir peut traduire un poète noir et que seule une lesbienne peut interpréter une lesbienne au théâtre.

Nathalie Heinich livre des réflexions très intéressantes sur un activisme rageur qui traverse aujourd'hui la recherche universitaire. L'essence de son argument réside en fait dans la question de savoir si c'est à l'universitaire de montrer comment le monde devrait être au lieu d'essayer d'expliquer comment le monde est. Le premier est le travail du public, dit-elle. Le second, la tâche du chercheur.

Achetez ce petit livre !
 
Bernard Lindekens
 
(1) Kaiman, Van Zwanst, De Tijd, 27/03/2020.
(2) Nathalie Heinich, Ce que le militantisme fait à la recherche, 2021, Gallimard, Paris, 48 p. ISBN 978-2072955907. N° 29 de la série "Tracts".

10:44 Publié dans Actualité, Livre, Livre, Sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, sociologie, woke culture | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 23 septembre 2021

La cancel culture et la délégitimation de la mémoire : le "délire suicidaire" de l'Occident

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La cancel culture et la délégitimation de la mémoire: le "délire suicidaire" de l'Occident

par Giulio Battioni

Ex: https://www.lavocedelpatriota.it/cancel-culture-e-delegittimazione-della-memoria-il-delirio-suicida-delloccidente/

Les péripéties de la "cancel culture" abondent dans l'actualité. Les déclarations publiques et les manifestations sociales, souvent violentes et parfois grotesques, dominent la scène politique contemporaine dans le nouveau monde, en Europe et outre-mer. De la démolition des statues de Christophe Colomb et de Churchill à l'incrimination des œuvres de Shakespeare, Dante et Homère, des accusations contre la musique de Mozart aux inquisitions linguistiques et symboliques frappant les contes de fées, les poèmes et les œuvres d'art de toutes les époques. Un "délire suicidaire", comme l'a défini Ernesto Galli della Loggia, qui démolit l'image que l'Occident a de lui-même, délégitime sa mémoire et paralyse son action culturelle.

imccages.jpgPour les politologues, la cancel culture est un phénomène typique de la modernité tardive, une théorie élaborée par une "culture dominante" qui change de contenu en fonction du contexte social: dans les sociétés pauvres, elle tend à coïncider avec une culture conservatrice en matière de morale et de religion, encline aux valeurs nationales; dans les sociétés riches, comme le monde postindustriel, elle tend à prendre la forme d'une culture progressiste, libérale et "fluide", favorable aux idéologies de genre, au "mariage entre personnes de même sexe" et au mouvement LGBTQ, enclin à un multiculturalisme inconditionnel.

En bref, elle peut être définie comme une stratégie politique adoptée par des militants exerçant une pression sociale pour parvenir à l'exclusion culturelle d'un ennemi public accusé de paroles ou d'actes pas nécessairement accomplis et donc, à ce titre, stigmatisé et criminalisé.

Aujourd'hui, cette méthode de censure et de discrimination a pris les connotations du politiquement correct, un néo-langage de propagande qui conditionne le débat intellectuel et sa liberté d'expression.

Il s'agit d'une police de la pensée qui évoque toutes les formes de contrôle totalitaire des idées du vingtième siècle, de l'autodafé des livres dans l'Allemagne nazie à la persécution sanglante des dissidents par les communistes, de Lénine à Mao.

Les origines de ce "procès du passé" se trouvent dans la tradition française de la "terreur jacobine" et de la fureur iconoclaste de 68.

Selon Marc Fumaroli, c'est la "folie de 1968" qui a associé le nihilisme et l'anarchisme juvénile aux vagues successives du léninisme, du trotskisme et du maoïsme littéraires, en y ajoutant Freud revu et corrigé par Lacan, la déconstruction de Derrida et la théorie postmoderne de Lyotard.

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Le jacobinisme intellectuel parisien a ensuite été porté en triomphe sur les campus universitaires américains, dans un curieux aller-retour de ce côté-ci de l'Atlantique, avec les contradictions connexes de la démocratie américaine.

La culture "woke", après tout, le nouveau mot d'ordre du conformisme libéral, ne serait rien d'autre que l'appel aux armes des vieilles élites culturelles occidentales contre leur propre passé.

Sous le prétexte humanitaire de l'égalité et de la justice sociale, les nouvelles "oligarchies de la vertu" surveillent le politiquement correct de la pensée, incitant les masses à la violence contre les mots, les œuvres d'art, les monuments et les symboles de tous les temps. Le "rester éveillé" (Stay woke !) est la nouvelle haine déguisée par la démagogie de la lutte contre les discriminations raciales, coloniales et de genre, réelles ou supposées.

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Les apologistes de cette éternelle épreuve du passé, naturaliter occidentaux, méditerranéens, européens et américains, prêchent l'odium sui (la haine de sa propre culture) et la libération définitive des constructions de la civilisation bourgeoise, tout en oubliant ses avantages moraux et matériels.

Les enfants et petits-enfants des maîtres à penser de la contestation se revendiquent tiers-mondistes et anticapitalistes, accusant les pays riches d'exploiter les pays pauvres, tout en omettant les conquêtes morales et juridiques du vieux monde: liberté, droits de l'homme, égalité entre hommes et femmes, travail, démocratie.

En bref, la cancel culture est la nouvelle frontière du politiquement correct. Héritière de la guillotine révolutionnaire, elle constitue une nouvelle forme de censure, de plus en plus grave, qui ne provient pas d'une culture réactionnaire ou conservatrice, mais de la gauche radicale, libertaire et néo-communiste, et des mouvements de libération des "minorités opprimées". Ce n'est certainement pas le vieux moralisme victorien, ni le maccarthysme de la guerre froide, mais un nouveau mouvement né dans les bons salons de la culture et qui s'est ensuite répandu dans les rues américaines, avec Me Too et Black Lives Matter.

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Les effaceurs du passé ne se limitent plus à critiquer les opinions jugées non conformes aux totems et aux tabous de l'idéologie progressiste, mais visent directement l'élimination des œuvres et l'exclusion morale, sociale et civile de leurs auteurs. Les artistes, les journalistes, les écrivains, les professeurs, les scientifiques et les philosophes sont licenciés du jour au lendemain et condamnés à l'éloignement collectif.

Dans le même temps, le panthéon de notre culture est sacrifié à un esprit du temps, un bacchetton sanguinaire, hostile à toute impureté d'un passé dont on célèbre l'embrasement collectif. Et dans l'enfer des gommes s'achève toute la tradition classique, de la littérature à la musique en passant par les arts figuratifs.

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Si les Talibans et les islamistes de tout poil ont démoli les Bouddhas de Bamiyan et les trésors archéologiques de Palmyre, les nouveaux mauvais maîtres démolissent symboles et monuments au nom du Bien et du Progrès: Christophe Colomb n'est plus le grand navigateur qui a découvert le nouveau monde, mais le père de l'extermination des indigènes; Abraham Lincoln n'est plus le "grand émancipateur" de la guerre de sécession américaine, mais un suprémaciste blanc, coupable d'avoir réservé certaines épithètes aux Afro-Américains, un enfant de son temps; même Forrest Gump, un héros toujours prêt à défendre les handicapés, les malades et les vétérans de guerre, a été accusé de connivence avec le Ku Klux Klan.

En bref, la nouvelle censure frise le ridicule, surtout à l'étranger. Mais même en Europe, nous ne devons pas baisser la garde, étant donné le zèle négationniste qui a récemment frappé les Foibe, les fosses où les partisans titistes jetaient les cadavres des ressortissants la minorité italienne d'Istrie et de Dalmatie qu'ils avaient massacrés, et, partant, la mémoire historique de tous les Italiens.

Le procès du passé, avec la décontextualisation des actions, des comportements et des langages d'une période historique spécifique, conduit à une damnatio memoriae qui délégitime la culture et génère le désarroi des nouvelles générations. "Détruire les statues ne transformera pas le passé, cela le rendra moins compréhensible", a déclaré Abnousse Shalmani, un écrivain iranien en exil en Occident.

Effacer le passé, c'est mettre en danger l'avenir et la relation profonde que chaque culture entretient avec le temps. Si l'univers des valeurs de toute civilisation s'enracine dans le temps, l'effacement de la culture est une menace pour la culture qui vit et se nourrit de la mémoire. La haine du passé des nouveaux Goebbels du politiquement correct est à l'origine de l'incommunicabilité de notre époque et condamne l'Occident à son extinction. Restez éveillés !

lundi, 20 septembre 2021

Voici sept signes du virus "woke"

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Voici sept signes du virus "woke"

par Brett Sinclair

Covid n'est pas le seul virus qui balaie l'Occident, la politique woke sévit de manière obsessionnelle avec des variantes des plus virulentes, émergeant un peu partout, des salles de rédaction aux collèges. Comme l'une de mes connaissances y a lentement succombé, voici ce que j'ai observé. Certains traits semblent être extrêmement courants chez les personnes « wokes »

Woke étant désormais un terme courant pour ceux d'entre nous qui deviennent, à juste titre, exaspérés par les problèmes de justice sociale  (typique des grands consommateurs de médias occidentaux ou des récents diplômés universitaires). Souvent, nous pouvons voir cette obsession se manifester sous la forme d'un activisme de protestation agressif - pas seulement comme un passe-temps, mais à tous les niveaux sociaux, privés et professionnels de leur vie. C'est ça, une personnalité « woke ».

Bien qu'il existe des marqueurs physiques bien connus indiquant une personne woke (cheveux bleus ou violets, obésité, androgynie, barbe effilée chez l'homme, lunettes agaçantes), j'ai été pendant un certain temps un étudiant curieux de leurs habitudes et de leurs manières psychologiques, que j'ai également noté, avec les traits physiques, d'avoir des qualités universelles.

Jusqu'à récemment, j'avais supposé que ces traits de personnalité universels étaient la preuve d'un état existant chez la personne d'abord (c'est-à-dire un excès de confiance suffisant) qui la rendait vulnérable aux «idées wokes». Mais de plus en plus d'expériences anecdotiques m'apprennent que devenir woke, ou contracter le «virus woke», crée son propre type de psyché humaine chez l'hôte sans méfiance, qui est reconnaissable dans de nombreux cas observables. À mon avis, cette psyché est le résultat du virus de l'esprit, et pas nécessairement une qualité préexistante. Ainsi, si cela est vrai, cela signifie que l'éveil lui-même remodèle l'esprit.

Ces qualités sont :

  1. Suffisance. Une attitude absolue, inébranlable et arrogante et condescendante envers toutes les opinions non wokes. Bien qu'étant un trait en soi, il est lié au numéro 2.
  2. Manque d'introspection. Aucune trace de remise en question ou de monologue intérieur apparent. Aucun sens de l'équité ou de la compréhension de l'opinion relative.
  3. Colère à fleur de peau. Volonté non seulement d'exprimer son opinion en toute occasion, avec n'importe qui, même en infériorité numérique, mais de le faire avec colère. Une volonté de couper tout ami ou membre de la famille qui ne se conformera pas à la croyance woke.
  4. Athéisme nihiliste. Ils parlent beaucoup de science, tout en ignorant la science qui ne se conforme pas à leurs croyances. Ils ont tendance à supposer que vous êtes dogmatiquement religieux si vous n'êtes pas d'accord avec eux. Ils s'accrocheront à un nihilisme fortement négatif, croyant que tout est finalement sans espoir et que c'est de l'orgueil sardonique de croire en quoi que ce soit ou de faire quelque chose (ce qui est lié au numéro 6).
  5. Malhonnêteté. Ils sont prêts à être ouvertement malhonnêtes pour faire avancer leurs idées virales. S'ils perdent un point dans une dispute, ils passent à un nouveau point, sans jamais reconnaître qu'un point a été perdu. Lorsque tous les points d'attaque sont utilisés, les attaques personnelles commencent. Le passé est une ardoise vierge ouverte à la révision.
  6. Égocentrisme. Celui-ci m'a pris un certain temps pour le remarquer, mais il semble que vous ayez affaire à une infection-woke si la personne est devenue anormalement égocentrique et, dans la conversation, ne rend pas tant la pareille que de parler d'elle-même en termes toujours positifs ou auto glorifiants, souvent irréalistes. Ils peuvent également insérer l'apitoiement sur soi, cela semble généralement exacerber un besoin de recherche d'attention.
  7. Dépression, faible estime de soi, anxiété. Je n'ai remarqué cela que récemment, c'est probablement le résultat subconscient des numéros 4 et 6 en particulier. Tout véritable questionnement personnel sur le sujet révèle généralement de profondes inquiétudes et angoisses, et souvent des problèmes de santé mentale.

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Une expérience récente avec une connaissance, une femme d'âge moyen qui, grâce à un nouveau cercle d'amis, est passée de normale et apolitique à complètement woke, m'a permis d'étudier les changements (avec une horreur détachée) au fur et à mesure qu'ils se produisaient. Premièrement, elle a commencé à faire preuve d'un égocentrisme extrême, car ce nouveau groupe social de pairs est devenu important pour elle (je crois que c'était un « club de lecture »). Cela a commencé quand elle est devenue apparemment incapable de parler d'autre chose que d'elle-même. J'avais remarqué cette qualité chez d'autres amis wokes, et chez beaucoup d'entre eux, je me souviens qu'ils n'étaient pas comme ça auparavant, mais c'était la première personne adulte à faire cette transition lente sous mes yeux, alors j'ai sorti mon bloc-notes et pris des notes.

Elle est devenue quelque peu maniaque, très anxieuse, plus inquiétante et d'apparence moins saine. Parallèlement à cela, des remarques politiques béatement décontractées sont venues dans une conversation polie. Il va sans dire qu'il y avait les inévitables  messages Facebook sur la politique woke, ou sur elle-même, ou la combinaison idéale : des messages sur elle-même croisées woke. Mais rien de tout cela ne faisait partie de sa personnalité auparavant, bien que la politique woke soit avec nous depuis de nombreuses années maintenant. Cela a commencé pour elle avec un nouveau cercle de pairs qu'elle souhaitait visiblement impressionner et cela culmine actuellement avec ses amis et sa famille, qui envisagent sérieusement une intervention d'aide psychologique, non pas à cause de la constante signalisation-de-la-vertu, mais pour l'autre plus autodestructrice : les changements de personnalité.

Cela me rappelle la science de la psychopathie. J'étais très intéressé d'apprendre dans ma jeunesse, non seulement que les psychopathes ont essentiellement peu ou pas de sentiments émotionnels, et certainement pas d'empathie, mais aussi qu'ils existent parmi nous en grand nombre. Ils ne deviennent pas tous des serial killers, mais il y a des gens que vous connaissez qui sont des psychopathes que vous n'auriez jamais devinés parce qu'ils apprennent à imiter le comportement humain. En effet, un traumatisme grave durant la jeunesse peut créer une psychopathie, il peut donc s'agir d'une condition environnementale.

Je ne dis pas que les gens wokes sont des psychopathes (bien qu'ils partagent tous le narcissisme), je dis que des conditions psychologiques peuvent être créées, et que le monde moderne est impitoyable,  avec son consumérisme matérialiste rampant, son athéisme dogmatique et son système fabriquant une nouvelle psyché humaine, à la fois frêle et lourde et à sa manière perverse.

Observez la propagation du virus, observez et étudiez et espérez que vous êtes immunisé.

par Brett Sinclair,
Auteur, artiste, historien, éditorialiste et blogueur qui a travaillé pour plusieurs magazines nationaux au Canada et dans des médias internationaux.

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mercredi, 15 septembre 2021

Gouvernance environnementale et sociale : le capitalisme passe au rouge et au vert

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Gouvernance environnementale et sociale: le capitalisme passe au rouge et au vert

par Giulio Montanaro

Ex: https://www.centromachiavelli.com/2021/09/08/environmental-social-governance/

ESG est l'acronyme de Environmental Social Governance, un terme qui, selon le Financial Times, est utilisé sur les marchés des capitaux et par les investisseurs pour évaluer le comportement des entreprises et déterminer leurs futures performances financières.  L'une des personnalités les plus en vue du moment, Larry Fink, le PDG de Blackrock (photo), en parle avec beaucoup plus de ferveur. Blackrock est le plus grand fonds d'investissement du monde pour certains, le véritable gouvernement fantôme de la planète pour d'autres (des médias à Big Pharma en passant par le système bancaire, personne n'échappe à son contrôle).

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L'ESG est donc le nouveau critère de mesure du succès des entreprises, des activités à but non lucratif et des pays. Des milliards de dollars sont disponibles pour garantir que l'ESG prospère à l'avenir : "Pour prospérer à long terme", nous dit Fink, "toute entreprise devra non seulement afficher de solides performances financières, mais aussi démontrer comment elle peut contribuer positivement à la société. "Bloomberg Intelligence prévoit un boom des actifs ESG, les estimant à 50 000 milliards de dollars d'ici 2025, couvrant essentiellement un tiers du marché financier mondial : bienvenue dans l'ère du capitalisme éthique.

Il y a quelques jours à peine, la Deutsche Bank, le groupe bancaire allemand désormais le plus connu pour ses scandales liés à la corruption internationale et à la manipulation des marchés financiers, et qui avait déjà accepté en janvier de verser 125 millions de dollars au gouvernement américain pour éviter d'être poursuivi pour avoir manipulé le marché des métaux précieux, est revenue dans l'œil du cyclone.

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Comme le rapporte le Wall Street Journal, un cadre du DWS Group, le principal gestionnaire d'actifs qui gère actuellement quelque 900 milliards d'euros d'actifs pour le compte de la Deutsche Bank, s'est plaint que le groupe allemand, bien qu'il ait rassuré ses investisseurs dans son rapport annuel en affirmant que "l'ESG est au cœur de toutes les initiatives que nous entendons poursuivre à l'avenir", fait en réalité bien moins que se concentrer sur la planification et la réglementation du phénomène. Oliver Plein, responsable de la branche des produits ESG de DWS, confirme également que le groupe est "bien en retard : nous devons encore comprendre quelle est notre ambition et entamer le processus de transformation". Desiree Fixler, responsable de la durabilité chez DWS, a déclaré au conseil d'administration que l'entreprise "n'a pas d'ambition ou de stratégie claire, manque de politiques sur le carbone et d'autres questions et que les équipes ESG sont considérées comme des spécialistes plutôt que de faire partie du processus décisionnel". Un autre avertissement vient du Financial Times, qui rapporte que les controverses ESG ont déjà dévalué les entreprises américaines de près d'un demi-billion de dollars.

Des considérations qui ne semblent pas trouver de caisse de résonance dans le bureau de Larry Fink. Le PDG de "Blackrock" va jusqu'à prédire (ou peut-être - mieux - anticiper) qu'il n'y aura pas d'échappatoire à l'ESG dans l'avenir des entreprises. Au fil du temps, les performances financières passeront au second plan et la gouvernance environnementale et sociale sera le critère qui déterminera la valeur d'une entreprise : être "réveillé" ou ne pas l'être, en bref.

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Cela semble absurde, mais comment l'un des fers de lance de la mondialisation esclavagiste hypercapitaliste peut-il nous dire qu'à l'avenir, les revenus céderont la place à ce qu'on appelle le "Wokeness" ? En d'autres termes, que l'impératif catégorique de l'avenir des entreprises ne sera plus les bilans sains et les entreprises solides, mais les arcs-en-ciel éblouissants et les sociétés fluides ? En d'autres termes, pour recevoir des financements pour ses propres entreprises, sera-t-il indispensable d'avoir un activisme politique et entrepreneurial totalement déconnecté de toute logique économique et purement progressiste ? Oui, c'est et ce sera le sort qui nous attend. Stephen R. Soukup en parle longuement dans son excellent livre The Dictatorship of Woke Capital : How Political Correctness Captured Big Business, dans lequel, à partir d'un discours du sénateur républicain Tom Cotton, il dénonce la façon dont la gauche pousse les marchés à privilégier les objectifs politiques au détriment des objectifs entrepreneuriaux.

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Comme l'a également observé avec perspicacité Andrew Olivastro, de la Heritage Foundation, "il y a un nombre croissant de personnes qui veulent imposer leurs préférences politiques et culturelles au monde et utiliser votre argent pour le faire". Ce n'est pas la seule incohérence que souligne Olivastro dans son éditorial (dont je recommande la lecture) et il n'est pas le seul à émettre des doutes sur l'ESG. D'autres conspirateurs présumés, ennemis extrémistes de la liberté, portent les noms des universités de Harvard et de Stanford.

Comme le montre une étude publiée le 25 avril 2021 par le Harvard Law School Forum on Corporate Governance (par Peter Reali, Jennifer Grzech et Anthony Garcia), la poussée vers l'ESG (c'est-à-dire, fin du suspense, vers des investissements visant à financer des politiques soutenant la diversité, l'inclusion, l'égalité, l'environnement...) est de plus en plus forte. Harvard, le 12 mai 2021, a publié une autre étude de Richard Morrison, qui dénonce les risques de la théorie de la Gouvernance Sociale Environnementale comme la plus grande menace pour les actionnaires, met en évidence le fait qu'elle devient de plus en plus l'un des sujets à l'ordre du jour de l'ONU et du Forum Economique Mondial, souligne l'incertitude des paramètres et des objectifs, et avertit des très graves conséquences auxquelles nous risquons d'être confrontés dans les prochains mois.

Beaucoup plus précise, et de l'avis de certains, exacte et correcte, est l'analyse de la "Stanford Review" publiée le 16 juin 2021 par Jonah Wu, avec laquelle nous terminons cette pièce et que nous croyons pouvoir résumer en traduisant le dernier paragraphe de la recherche :

"L'ESG se dirige vers l'inconnu et est soutenue par d'immenses capitaux et une élite managériale libérale. Malgré leurs nombreux attributs admirables, beaucoup de ces politiques d'investissement manquent de rigueur et d'incitations pour les pauvres, et poussent de manière déraisonnable les entreprises vers le progressisme. Pour y pourvoir efficacement, il faut trouver une alternative qui modère la force du mouvement GNE : il est temps pour les conservateurs de créer leur propre GNE".

Giulio Montanaro

Polyglotte, découvreur de talents dans le monde de la musique électronique, conseiller créatif avec diverses expériences en gestion d'entreprise, chercheur indépendant et amoureux des médias alternatifs, Giulio Montanaro a fait ses débuts en tant que reporter en 2000, à Padoue, au sein du groupe éditorial "Il Gazzettino".

11:57 Publié dans Actualité, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, économie, woke culture, capitalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 27 août 2021

L'impérialisme intersectoriel et la guerre froide "woke" 

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L'impérialisme intersectoriel et la guerre froide "woke" 

Les États-Unis et leurs alliés atlantistes se préparent à une croisade progressiste mondiale contre tous les peuples et États qui n'acceptent pas la théorie intersectionnelle des genres, le mouvement LGBTQIXYZ+ et les autres doctrines insensées de la nouvelle foi de l'Occident. Bienvenue à Cold War Woke.

Par N. S. Lyons
L'impérialisme intersectoriel et la Guerre Froide Woke [1]

Ex: http://novaresistencia.org/2021/08/04/imperialismo-interseccional-e-a-guerra-fria-woke/

La nouvelle foi se prépare à une croisade mondiale

Le 16 juillet, le secrétaire d'État Antony Blinken envoie un télégramme aux ambassades américaines du monde entier avec de nouvelles instructions. Face à ce qu'il a décrit comme une menace croissante de forces autoritaires et populistes émanant de pays du monde entier, M. Blinken a exhorté les diplomates américains à "rechercher activement des moyens de faire efficacement pression sur ces pays pour qu'ils se conforment aux normes démocratiques et respectent les droits de l'homme", et a promis que "la défense de la démocratie et des droits de l'homme partout dans le monde n'est pas en tension avec les intérêts nationaux des États-Unis ou notre sécurité nationale. Il a précisé que cela devrait être vrai même pour les alliés et partenaires des États-Unis, affirmant qu'"il n'existe aucune relation ou situation dans laquelle nous cesserons de soulever des préoccupations en matière de droits de l'homme".

Le président américain Joe Biden a explicitement caractérisé sa politique étrangère comme une "bataille entre l'utilité des démocraties au XXIe siècle et les autocraties", et a décrit le monde comme étant à un "point d'inflexion" qui déterminera à l'avenir "qui triomphe, l'autocratie ou la démocratie, car c'est ce qui est en jeu". Et s'il a désigné la Chine et la Russie comme les plus grandes menaces pour la démocratie, il a également déclaré que "dans de nombreux endroits, y compris en Europe et aux États-Unis, le progrès démocratique est attaqué."

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Ce type de rhétorique a conduit de nombreuses personnes à décrire que Biden s'oriente vers une nouvelle compétition idéologique mondiale semblable à la guerre froide, et le télégramme de Blinken semble être une étape de l'opérationnalisation de ce projet dans la politique quotidienne des Yankees.

De nombreux Américains, et notamment de nombreux conservateurs américains, ont en mémoire une grande affection pour la première guerre froide (notamment parce qu'ils l'ont gagnée). Et l'idée de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme, notamment face aux nombreux abus autoritaires de la Chine, est désormais une passion bipartisane à Washington.

Mais ils doivent comprendre que, cette fois-ci, le "progrès démocratique" et les "droits de l'homme" auront souvent une signification très différente de celle que ces expressions avaient pendant la dernière guerre froide.

De nouveaux droits, de nouvelles normes et une nouvelle lutte mondiale

M. Blinken a réussi à indigner brièvement certains conservateurs américains lorsqu'il a publié une déclaration officielle, le 13 juillet, affirmant que l'administration Biden était "profondément dévouée à la lutte contre les injustices raciales dans le pays et à l'étranger", que "les pays ne devraient pas craindre un examen minutieux de leur bilan en matière de violations des droits de l'homme" et que les États-Unis "ont proposé une visite officielle du rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme" pour examiner de près le "racisme systémique" aux États-Unis.

Il a ajouté que: "J'applaudis également le Conseil des droits de l'homme des Nations unies qui a adopté aujourd'hui à Genève une résolution visant à lutter contre le racisme systémique à l'encontre des Africains et des personnes d'ascendance africaine dans le contexte de l'application de la loi. Je suis impatient de m'engager avec le nouveau mécanisme pour promouvoir la justice et l'équité raciales".

L'invitation de M. Blinken était en fait une réponse à la déclaration faite le 26 juin par le Haut Commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, qui faisait suite à l'achèvement d'un "rapport complet sur le racisme systémique", qui, sans surprise, a constaté que le sujet en question était bien ancré dans le monde entier, notamment dans la "surpolice des agences et des communautés noires" aux États-Unis. Dans sa déclaration, Mme Bachelet a critiqué l'Occident pour son "approche fragmentaire du démantèlement de systèmes enracinés dans des siècles de discrimination et de violence", a déclaré que "le statu quo n'est pas viable" et a appelé à une "réponse systémique de l'ensemble de la société" pour éradiquer le racisme systémique dans le monde entier et mettre en œuvre la "justice réparatrice" réclamée de toute urgence par la "mobilisation mondiale des personnes réclamant la justice raciale".

L'administration Biden n'aurait guère répondu autrement que par un soutien total et clair, bien entendu, puisque la lutte contre le spectre omniprésent du "racisme systémique" aux États-Unis est devenue un élément central de l'administration Biden.

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Et peu de responsables administratifs ont embrassé cette bataille avec autant de zèle personnel que M. Blinken, qui, dès son entrée en fonction, a non seulement installé un directeur de la diversité et de l'inclusion au département d'État (dans un nouveau poste particulièrement puissant, ne relevant que de lui-même), mais a désigné que chaque bureau du département nomme également un secrétaire général adjoint à la diversité et à l'inclusion - dans le but annoncé d'"intégrer la diversité et l'inclusion dans les activités du département d'État à tous les niveaux".

On peut supposer que cette incorporation est ce qui a déjà conduit à des innovations telles que l'encouragement des ambassades américaines à faire flotter des drapeaux Black Lives Matter dans le monde entier comme un pilier parmi d'autres d'une politique globale visant à "propager l'équité raciale dans le cadre de la défense de nos intérêts de sécurité nationale".

Le département d'État n'est pas le seul à avoir commencé à intégrer la "diversité et l'inclusion" à "tous les niveaux de service", bien sûr. Le secrétaire américain à la défense, par exemple, a ordonné au ministère de la défense d'"accroître le nombre de pays disposés à soutenir et à défendre les droits de l'homme des personnes LGBTQI+", faisant des considérations d'impact sur les droits LGBT un élément obligatoire de toutes ses (très nombreuses) décisions de passation de marchés et de financement dans le monde. Pendant ce temps, l'organisation sœur du département d'État, l'Agence américaine pour le développement international (USAID), s'est employée à sauver l'Ukraine des Russes en rendant le Donbass encore plus ridicule.

Et puisque nous parlons de ce genre de choses, la plupart des personnes mécontentes de l'invitation de Blinken aux inquisiteurs antiracistes de l'UNHRC semblent, curieusement, avoir manqué un autre développement sur un front similaire de la guerre culturelle mondiale.

Et ce malgré le fait que le département d'État souhaite vivement que vous sachiez que "le 23 juin, les États-Unis ont organisé, et 20 pays ont coparrainé, leur premier événement parallèle sur les droits humains des femmes transgenres, soulignant la violence et les obstacles structurels, juridiques et intersectionnels auxquels sont confrontées les femmes transgenres de couleur".

Donc vous avez ça. Mais un événement parallèle à quoi? En l'occurrence, la dernière section du CDH, au cours de laquelle les États-Unis ont fait des pieds et des mains pour aborder plusieurs "situations graves en matière de droits de l'homme" en contribuant à inaugurer le lancement du "Groupe d'amis du mandat de l'expert indépendant des Nations unies sur la protection contre la violence et la discrimination fondées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre" (GoF IE SOGI).

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En plus des États-Unis, le groupe inaugural SOGI comprend : L'Allemagne, l'Argentine, le Chili, l'Uruguay, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, le Costa Rica, le Danemark, la Grèce, la Finlande, l'Islande, Israël, l'Irlande, l'Italie, le Liechtenstein, le Luxembourg, Malte, le Mexique, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse.

Qui est cet expert indépendant qui a tant d'amis ? Il s'agit de Victor Madrigal-Borloz, Senior Visiting Research Fellow au programme des droits de l'homme de la Harvard Law School.

Après sa formation, le premier acte du groupe a été d'examiner un rapport produit pour le CDH par M. Madrigal-Borloz, intitulé "La loi de l'inclusion".

La "loi de l'inclusion" affirme que toutes les preuves "mènent nécessairement à la conclusion que tous les êtres humains vivent dans des sociétés sexuées traversées par des hiérarchies de pouvoir" et déclare que, puisque nous voulons tous "reconstruire mieux qu'avant" (reprenant inexplicablement le slogan de campagne de Biden), "l'adoption d'analyses intersectionnelles et sexospécifiques" est une "composante fondamentale de l'accomplissement diligent de la responsabilité [de tous les pays] en matière de droits de l'homme".

Il est essentiel que l'approche intersectionnelle permette de "reconnaître que la race est sexuelle et que le genre est racial, ainsi que les nombreux autres facteurs qui influencent la manière dont les droits d'une personne sont attribués". De plus, en prime, "la théorie du genre est également pertinente en tant qu'outil pour aborder, analyser et transformer les systèmes de masculinité violente".

Heureusement, cette analyse a déjà "imprégné les politiques publiques" et de nombreux États "reconnaissent désormais son importance." En effet, parmi les plus de 500 soumissions de commentaires inspectées par l'expert pour servir de base aux conclusions du rapport, toutes les soumissions provenant d'entités étatiques et non étatiques " soulignent uniformément l'importance des cadres, de l'analyse et de la diffusion dans les médias du concept de genre en tant qu'outil pour atteindre la justice sociale par le biais des politiques publiques.

Il est vrai que certaines "autres soumissions étaient haineuses ou contenaient des discours de haine et ont été exclues ad portas", et "elles ne feront partie d'aucune publication parrainée par le titulaire du mandat", donc certaines dissidences ont pu être exclues méthodologiquement, mais que pouvait faire d'autre un Expert indépendant? La tolérance est une affaire délicate.

Enfin, sur la base de son analyse intersectionnelle, l'Expert Indépendant déclare un nouveau "devoir fondamental de l'Etat" sur la base de son enquête approfondie: "Reconnaître que tout être humain a la liberté de déterminer les limites de son existence, y compris son identité et son expression de genre".

(Je ne pense pas que vous trouverez une description plus impeccable du libéralisme tardif que celle que j'ai esquissée auparavant, caractérisée par son cheminement incessant dans la poursuite de notre libération de toutes les frontières, d'ailleurs).

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Sur la base de cette conclusion, et en appelant tous les États à "défendre les droits de l'homme liés au genre et à la sexualité en tant que droits universels et inaliénables, indivisibles, interdépendants et intimement liés à tous les autres droits", le rapport recommande que "les États donnent accès à la reconnaissance légale de l'identité de genre" et "adoptent toutes les mesures nécessaires à cette reconnaissance" :

    - Basé sur l'autodétermination du demandeur ;
    - Il s'agit d'un simple processus administratif ;
    - Non lié à des exigences abusives, telles que des certificats médicaux, une opération chirurgicale, un traitement, une stérilisation ou un divorce ;
    - Comprend la reconnaissance et l'acceptation des identités non-binaires dans toute leur diversité et spécificité ;
    - Veiller à ce que les mineurs aient accès à la reconnaissance de leur identité de genre.

(Ce qui revient à dire, pour être clair, que les enfants de tout âge devraient avoir le droit humain de changer entièrement de sexe par auto-identification).

Les États-Unis et le reste du groupe SOGI ont immédiatement publié une déclaration soutenant et approuvant pleinement le rapport, notant qu'ils "aimeraient réaffirmer" que: "Comme le démontre clairement l'analyse approfondie fournie par le rapport, le genre est une construction sociale" ; que l'analyse intersectionnelle "s'est avérée fondamentale pour la conception et la mise en œuvre de politiques publiques inclusives" ; qu'ils soutiennent "l'importance de promouvoir la reconnaissance juridique du genre sur la base de l'auto-identification" ; et qu'ils "s'opposent à toute tentative de supprimer le genre des instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme et des processus législatifs".

J'espère que vous pourrez retenir au moins une leçon de toute cette salade faite de jargon intersectionnel sur la race et le genre: que le langage et les concepts doctrinaux idéologiques distinctifs de la Nouvelle Foi se sont déjà étendus bien au-delà de la cour de Harvard, ont traversé les océans et se sont maintenant, comme le dit le rapport, "infiltrés" profondément dans le monde par le biais d'institutions mondiales dirigées par l'élite financière, comme le Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

Les conservateurs en particulier sont typiquement dédaigneux de l'ONU en général, et du CDH en particulier (le président Trump a officiellement retiré les États-Unis du conseil en 2018, et après cela Biden l'a réintégré en tant qu'observateur), car ils le considèrent comme une scène de discussion inutile qui passe la plupart de son temps à critiquer les États-Unis et ses alliés, bien qu'avec peu d'effet pratique. C'est une erreur.

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Ce qui se passe ici, c'est la création et la consolidation permanentes de nouvelles normes qui cherchent à redéfinir ce qui est considéré comme la limite normale et acceptable des pratiques juridiques, politiques et culturelles des pays du monde entier. Le CDH n'a peut-être pas de pouvoir politique direct, mais c'est précisément l'ignorance ou le mépris flagrant du pouvoir de transformation à long terme des normes qui a conduit les conservateurs à perdre toutes les batailles culturelles auxquelles ils ont été confrontés jusqu'à présent. Pour une raison quelconque, les conservateurs - et maintenant les libéraux - ont toujours été pris par surprise par des normes apparaissant juste en dessous d'eux (progressivement, puis soudainement), même lorsqu'ils occupaient des positions élevées de pouvoir politique.

Entre-temps, sous l'administration Biden, Washington a adopté ce type de mécanisme de fixation de normes pour reconstruire le monde à sa nouvelle image idéologiquement renforcée.

Impérialisme intersectoriel

Néanmoins, tous les pays n'ont pas atteint un niveau complet de "sagesse" en ce qui concerne le prétendu droit absolu de chacun à pouvoir s'identifier comme étant de n'importe quel sexe ou même en ce qui concerne la prétendue nécessité d'une "transformation de toute la société" afin de surmonter les hiérarchies d'oppression.

L'expert international M. Madrigal-Borloz a également remarqué ce problème, et c'est pourquoi il produit, avec le groupe SOGI, un rapport complémentaire à "The Law of Inclusion", cette fois sous le titre "Exclusionary Practices".

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Ce document, qui doit encore être publié, "analysera la résistance à l'utilisation de la théorie du genre et les risques que cela engendre", notamment "l'interprétation progressive des critères relatifs aux droits de l'homme". Les exemples de cette "résistance" que le rapport va "déconstruire et confronter" comprennent, sans s'y limiter, les éléments suivants: Le récit d'un ordre "naturel" fondé sur le déterminisme biologique et l'idée connexe selon laquelle "la reconnaissance légale de l'identité de genre des enfants est censée menacer leur bien-être"; "les récits qui vont à l'encontre des approches car fondées sur les droits de supposées normes culturelles et religieuses" ; et la façon dont "le récit des valeurs traditionnelles est utilisé pour justifier la discrimination" ou même "qui cherchent à éliminer le cadre de genre des instruments et processus du droit international des droits de l'homme, [ou] des documents politiques et législatifs nationaux".

Probablement dans tout autre contexte, lorsqu'une ou plusieurs puissances extérieures tentent de "déconstruire" et de remplacer les "valeurs traditionnelles" et les normes "culturelles et religieuses" d'un autre peuple contre sa volonté, on parlerait à juste titre d'"impérialisme" (ou, parfois pire, de "génocide").

Néanmoins, le rapport sur les "pratiques d'exclusion" devrait être publié lors de la prochaine réunion de l'Assemblée générale des Nations unies à New York en septembre, et sera sans aucun doute approuvé par les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres membres progressistes du groupe SOGI - même si bon nombre de ces mêmes pays ressentent encore une forte résistance intérieure à toutes ces idées.

Que signifie tout cela, alors? En bref, que les batailles idéologiques de la guerre froide 2.0 ne se limiteront pas à des catégories similaires à celles qui semblaient (du moins dans un sens général) avoir caractérisé la première guerre froide. Ils ne tiendront même pas nécessairement compte des concepts classiques de "démocratie libérale" et d'"autoritarisme" ou d'"autocratie" qui nous sont familiers.

Au contraire. Il faut bien comprendre que l'administration Biden et ses partenaires de même sensibilité opèrent désormais selon un calcul idéologique très différent lorsqu'il s'agit de déterminer ce que doivent signifier la "démocratie" et les "droits de l'homme", même si ce calcul entremêle directement les ennemis idéologiques nationaux et internationaux, comme c'était le cas lors de la première guerre froide.

Dans cette vision du monde, pour qu'un État démocratique soit une "démocratie" légitime, il ne suffit pas qu'il dispose d'un gouvernement élu par le peuple à l'issue d'élections libres et équitables. Il doit également défendre les "bonnes" valeurs progressistes. C'est-à-dire qu'il doit être "réveillé". Sinon, selon les libéraux, cet État n'est pas une véritable démocratie, mais quelque chose d'autre. Le terme "populisme" est ici très utile: même si un État n'est pas encore autoritaire ou "autocratique" au sens traditionnel, il peut être sous l'emprise du "populisme", un concept mal défini et suffisamment vague pour englober le large éventail de sentiments et de tendances réactionnaires qui peuvent caractériser une "résistance" au progrès, fondée sur des "valeurs traditionnelles", etc. Et enfin, ils essaient de nous convaincre que le "populisme" est susceptible de mener à l'autocratie. Après tout, dans la vision post-libérale, si vous ne progressez pas vers la démocratie, vous reculez, sur le spectre binaire, vers l'autocratie.

De plus, tout comme dans la lutte entre le capitalisme-libéralisme et le communisme-autoritarisme pendant la première guerre froide, les "forces traîtresses" du populisme-autocratie sont présentes non seulement dans le "tiers-monde" indécis, mais rampent même à l'intérieur des véritables démocraties libérales - menaçant constamment de les faire basculer, comme des dominos, dans le camp opposé. C'est de là que viennent les avertissements publiés par Biden, comme celui qui affirme que "dans de nombreux endroits, y compris en Europe et aux États-Unis, le progrès démocratique est attaqué". Dans cette vision du monde, la lutte contre les soi-disant "forces du populisme-autocratie" au sein même des États-Unis ou de l'Europe n'est en rien séparée de la lutte contre la Chine, la Russie et les autres puissances internationales. Au contraire, les deux font partie de la même lutte.

Cela se reflète dans la similitude avec laquelle Biden (à titre d'exemple, il n'est guère le seul) se réfère à ses adversaires politiques nationaux. À titre d'exemple, il a récemment critiqué les nouvelles lois électorales de certains États américains en ces termes: "Nous devons nous demander si vous êtes du côté de la vérité ou du mensonge, des faits ou de la fiction, de la justice ou de l'injustice, de la démocratie ou de l'autocratie. C'est le nœud du problème."

Et, pour exacerber encore ce sentiment de peur et de division, il y a le fait que dans la vision du monde des libéraux 2.0, une démocratie ne peut pas simplement défendre certaines des "bonnes" valeurs. Non, il doit respecter toutes les valeurs jugées correctes par le nerd à l'esprit unique. Après tout, c'est la principale conclusion de l'"analyse intersectionnelle": toutes les injustices sont interconnectées, formant des systèmes d'oppression imbriqués les uns dans les autres. Ainsi, permettre à l'"injustice" d'exister n'importe où dans le monde signifie menacer la "justice" dans le monde entier.

L'intersectionnalité exige donc une libération totale de l'individu: il ne peut y avoir de pluralisme. Aucun peuple, aucun État, aucune culture, aucune société ne peut être laissé libre de décider ce qui est le mieux pour lui-même, car aucune "injustice", à quelque niveau que ce soit et où que ce soit, ne peut être autorisée à exister, car cela risquerait de polluer et de menacer l'ensemble du système.

La conclusion est inéluctable: la nouvelle foi doit être une foi missionnaire et évangélique. Par sa propre logique interne, par sa propre survie, elle doit marcher en avant pour convertir les peuples "infidèles" "non civilisés", et en même temps traquer les "hérétiques" chez elle.

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Les résultats d'un réveil de la guerre froide

Laissez-moi faire une petite prédiction: ce sera un désastre pour l'Occident.

Il existe encore de nombreux pays (en fait, la grande majorité des pays) qui croient que la théorie intersectionnelle du genre et les autres fruits de la nouvelle foi progressiste sont en fait de la pure folie. Ils sont également très attachés à leurs propres cultures et traditions.

Ainsi, même si vous êtes un fervent partisan des droits des LGBT, du féminisme ou d'autres idées progressistes, il convient de réfléchir aux conséquences pratiques de cet impérialisme intersectionnel. Si l'Occident veut faire de la conformité idéologique une condition absolue pour que l'on se rallie à son bloc démocratique, pour recevoir son aide ou même pour travailler en étroite collaboration avec lui (ce à quoi Blinken a fait allusion), alors la chose la plus probable à faire est que ces pays tombent dans les bras de la Chine et d'autres États "autoritaires" mais non missionnaires.

Pensez, par exemple, à l'Indonésie. C'est l'une des plus grandes démocraties du monde (avec un d minuscule) et aussi l'un des plus grands marchés émergents. Il se trouve également qu'il est géographiquement situé dans une position stratégique cruciale pour déterminer qui aura le contrôle de la mer de Chine méridionale contestée et du détroit crucial de Malacca. Malgré sa longue tradition de neutralité en matière de politique étrangère, elle est peut-être actuellement l'État le plus à même de modifier l'équilibre de la concurrence entre les États-Unis et la Chine pour emporter l'influence prépondérante dans la région indo-pacifique, et les deux pays le savent. L'Indonésie est également une nation pieusement islamique, et il est très peu probable qu'elle accepte la prédication intersectionnelle de la loi sur l'inclusion. Et elle n'est pas la seule à le faire.

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Il est ironique de penser qu'il n'y a pas si longtemps, l'Occident s'arrogeait des titres pompeux comme "bastion de la liberté" et répétait ad nauseum des idées comme la liberté d'expression, la liberté de pensée et la souveraineté démocratique dans ses discours de propagande. Aujourd'hui, l'Union européenne s'apprête à ajouter le "discours de haine" à la liste officielle des crimes réprimés par l'UE, tweeter des pensées "critiques à l'égard de la théorie du genre" est déjà un délit passible de prison au Royaume-Uni, et les États-Unis exposent leurs plans pour "éclairer" le monde sur les dangers des "microagressions oppressives".

Les croisés de la nouvelle foi progressiste sont prêts à marcher au combat contre les autocrates et leurs alliés populistes, et vous êtes soit avec eux, soit contre eux. Bienvenue à Cold War Woke.

Notes:

[1] Woke est un terme anglais dérivé du verbe "to wake", qui signifie "se réveiller". Woke serait une personne "réveillée" ou "excitée". Il est utilisé aujourd'hui par les mouvements progressistes comme BLM, le mouvement LGBTQI+, etc. pour désigner les personnes censées avoir une conscience sociale ou être sensibilisées aux problèmes des minorités."

mercredi, 21 juillet 2021

La moralinocratie de l’UE super-wokeniste : il est temps de prendre la guerre culturelle européenne au sérieux

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La moralinocratie de l’UE super-wokeniste : il est temps de prendre la guerre culturelle européenne au sérieux

Le monde globaliste, pour les quelques personnes qui aspirent à s’enrichir, est considéré comme une véritable corne d’abondance de satisfactions matérielles innombrables.

Par Alastair Crooke

Source: https://lesakerfrancophone.fr/ & Strategic Culture

À la fin du mois dernier, l’UE s’est effondrée dans une crise de nerfs affectiviste. Cela s’est produit lorsque Charles Michel, président du Conseil, a décidé d’inscrire au sommet un débat sur les LGBTQI et les valeurs de l’UE, en réaction à une lettre inquiète signée par 17 pays-membres. Le Premier ministre néerlandais Rutte a profité de ce moment pour «monter au nucléaire» (comme il l’avait promis auparavant), en déclarant avant le sommet : «Mon objectif est de mettre la Hongrie à genoux sur cette question». Et, lors du sommet lui-même, Rutte a menacé la Hongrie : ce pays doit «abroger» sa «loi anti-gay» (prétendument anti-gay) et « respecter les droits de l’homme fondamentaux ; ces exigences ne sont pas négociables, la Hongrie les accepte ou elle doit partir [de l’UE]. »

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Rutte a néanmoins reconnu : «Je ne peux pas les pousser dehors».  Il a simplement affirmé que la (prétendue) loi “anti-gay” d’Orbán «contredit gravement les valeurs que défend l’Europe», et a insisté sur le fait qu’elles n’étaient pas à débattre. Si l’UE n’agit pas maintenant, elle cessera d’être une union de valeurs et deviendra un simple bloc commercial, a insisté Rutte. Le débat a ensuite pris une tournure très personnelle et émotionnelle :

«Nous nous connaissons depuis huit ans, mais cela me blesse», a déclaré Xavier Bettel à Orbán dans la salle du sommet. Le Premier ministre luxembourgeois est marié à un homme et a été l’un des initiateurs de la lettre de protestation des 17 États. «Je ne suis pas devenu gay. Je le suis. Ce n’est pas un choix… Ma mère me déteste pour cela. Ce [projet de loi hongrois] est très mauvais. C’est stigmatisant», a-t-il déclaré, selon des responsables. «Je vous respecte, mais c’est une ligne rouge. Il s’agit de droits fondamentaux, du droit d’être différent».

Eh bien, voilà : la guerre culturelle, et sa compagne, – la guerre contre le “populisme”, – gronde, attisée désormais par un vent de tempête. Comme en Amérique, elle aura de profondes conséquences, et donnera lieu à de vives tensions internes.

Le début de cette “guerre” remonte aux années 1990, lorsque la Hongrie et la Pologne «ont mené l’Europe de l’Est dans la thérapie de choc économique, en poussant les réformes du marché au-delà de ce que leurs conseillers occidentaux exigeaient. Mais sur le plan culturel, les droites polonaise et hongroise ont choisi une voie plus conservatrice». En particulier, plutôt que d’ouvrir les frontières de son pays pour compenser le déclin démographique, Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a considéré la famille traditionnelle comme la voie royale pour stimuler la croissance nationale. Depuis 2010, qui a marqué le début du rôle d’Orbán en tant que Premier ministre, le nombre de mariages chez les Hongrois a augmenté de 89,5% ; et le taux de fécondité est en hausse.

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Ces deux États continuent néanmoins de se considérer comme profondément européens même s’ils se sont éloignés de la promotion par l’UE du cosmopolitisme comme finalité culturelle primordiale, à réaliser par l’ouverture des frontières et le mélange volontaire d’un grand nombre de peuples différents qui en découle.

Orbán est loin d’être le seul à adopter une position traditionaliste. À Rome, par exemple, le Vatican a pris l’initiative inhabituelle d’entreprendre une démarche diplomatique auprès du gouvernement italien concernant un projet de loi. Cette loi, connue sous le nom de “projet de loi Zan” (du nom du législateur militant pour l’homosexualité Alessandro Zan), a été approuvée l’année dernière par la Chambre basse du Parlement italien et fait depuis l’objet d’un débat acharné au Sénat. Le projet de loi qualifie explicitement la violence à l’encontre des personnes LGBTQI de crime de haine, l’assimilant à une attaque raciale ou antisémite, et prévoit des sanctions sévères en cas d’infraction. Le leader de la Ligue (le parti), Salvini, a déclaré que cette loi punirait ceux «qui pensent qu’une maman est une maman et qu’un papa est un papa». De nombreux Italiens ordinaires seraient d’accord.

Même les parents des élites progressistes sont inquiets, – comme en témoigne la démarche du Vatican, – car ils voient la communauté progressiste de méritocratie qu’ils imaginaient se métamorphoser en une sorte de « moralinocratie » super-wokeniste. Et ce n’est peut-être qu’une question de temps avant que les tests académiques ne soient abolis au nom de la lutte contre le racisme. «Alors comment diable êtes-vous supposé faire entrer votre fille à Oxford, si elle est blanche ? Payer un chirurgien wokeniste (à moins que l’assurance sociale couvre cette intervention) pour procéder à l’ablation de ses seins à l’âge de seize ans, – voilà la nouvelle ‘cool-attitude’». Abigail Shrier en parle dans son nouveau livre Irreversible Damage: The Transgender Craze Seducing Our Daughters. De nombreux parents sont au bord de la crise de nerfs.

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Et, comme en Amérique, les parents n’apprécient pas non plus que l’on enseigne à leurs enfants la Théorie critique de la race (TCR). Cette dernière est issue d’une école de pensée d’intellectuels marxistes de l’après-révolution russe désappointés du fait que la révolution communiste n’avait pas balayé l’Europe, comme Marx l’avait prédit. Cette “théorie de la race” révisionniste a actualisé Marx en transformant la lutte des classes en une lutte entre «ceux qui ont le pouvoir dans la société et ceux qui ne l’ont pas».

Les deux variantes marxistes s’appuient pourtant sur le même dualisme perturbateur de l’oppresseur contre l’opprimé, pour provoquer le conflit entre les couches de la société. Et c’est bien le cas : on apprend à une jeune génération en rupture et en désaccord avec ses parents, à considérer ceux-ci comme des racistes congénitaux.

La semaine dernière, l’UE a déclaré la guerre à ces angoisses parentales. Elle a pris le parti de la TCR et a brandi la cause des LGBTQI.

C. J. Hopkins, que Matt Taibbi a un jour décrit comme une version post-soviétique d’un écrivain самиздат (c’est-à-dire un écrivain si perspicace que, tôt ou tard, tant l’écrivain que ses lecteurs seront conduits en prison ! – ce qui, soit dit en passant, est un compliment de la part de Taibbi), a cherché à expliquer ce qui est en train de se passer.

Yves Smith, qui écrit sur le remarquable blog économique Naked Capitalism, développe la prophétie de Hopkins. Il écrit :

Alors que je commence à expliquer le travail de Hopkins à mes amis et voisins progressistes (encore) bien éduqués [à New York], je suis surpris, encore et encore, qu’ils soient sereinement inconscients de ce qui me semble si évident : la montée de la censure aux États-Unis – la censure des libéraux-progressistes ! … “Écoutez”, [écrit Hopkins en 2017, la première année de la présidence de Trump] “Je crois savoir ce que vous pensez. Mais ce n’est pas que les progressistes ne se soucient pas réellement des valeurs libérales-progressistes fondamentales, comme la liberté de la presse et de parole, – et tout le reste. C’est simplement qu’ils ont désespérément besoin que les démocrates reprennent la Chambre des représentants et le Sénat l’année prochaine, afin de pouvoir s’atteler à la mise en accusation de Trump…” “Le but de toute cette propagande [en particulier concernant le piratage russe] est de délégitimer Donald Trump”, “et de réaffirmer de manière prophylactique le monopole des classes dirigeantes néolibérales sur le pouvoir, la ‘réalité’ et la ‘vérité’.

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En pratique, le récit “la Russie a volé l’élection de Trump” a fait d’une pierre deux coups : l’un était contre Trump, l’autre contre Poutine. Pourquoi ? Eh bien, dans le capitalisme oligarchique, l’immense richesse de ce dernier est à la fois l’enclume et le marteau, sur lesquels sont forgés les récits occidentaux de la “réalité” politique. Ils “martèlent” chaque “réalité” successive. Ce n’est pas le cas en Russie et en Chine. Le pouvoir des dirigeants politiques l’emporte sur les machinations oligarchiques (ils vont à l’essentiel). Il n’en a pas toujours été ainsi. Sous Eltsine, les oligarques cosmopolites ont été à deux doigts de kidnapper littéralement la Russie, mais Poutine est entré en scène et à tout gâché. Les oligarques sont toujours tenus à distance.

Le thème principal de Hopkins est cependant la guerre contre le populisme (le sujet qui a tant absorbé les euro-élites lors de leur sommet du Conseil). Il pose la question suivante: Comment, et pourquoi, le capitalisme mondial incontrôlé a-t-il abouti à cette guerre contre le populisme ? «Le problème c’est [répond-il] … eh bien, le problème … c’est les gens.»

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Hopkins écrit, dans The Last Days of the Trumpian Reich :

Ce ne sont pas les gens riches et puissants comme eux [qui sont le problème], ni les gens dont ils ont besoin pour continuer à travailler, à consommer et à servir les intérêts de leurs prêts, mais … vous voyez, ce sont tous ces autres gens. Les gens de la classe ouvrière non éduqués, non-wokenistes. Des gens qui portent des armes et sont fanatiquement religieux. Les racistes, les théoriciens de la conspiration. Les déplorables. Les populistes, pour tout dire.

Des gens dont ils n’ont plus besoin. Ces gens ont été un problème récemment. Non seulement ils sont un frein au système, mais ils ont activement interféré avec lui, en votant pour le Brexit, en élisant Donald Trump, en refusant d’abandonner leurs valeurs traditionnelles et leurs idées dépassées (par exemple, la souveraineté nationale, la liberté d’expression et la biologie des mammifères), en refusant de se rallier à l’idéologie capitaliste mondiale , – ils sont vraiment une épouvantable plaie.

Yves Smith encore :

 Le paragraphe [ci-dessus] éclaire le travail de Thomas Frank et est éclairé par celui-ci, qui a si brillamment montré – surtout dans son chef-d’œuvre, “Listen : Liberal” – comment, depuis l’élection de notre premier président néolibéral en 1992 (qui était, de manière significative, l’année suivant l’effondrement de l’URSS), les démocrates se sont réinventés comme le parti de la classe libérale-progressiste, créative, professionnelle et gestionnaire : le parti de la méritocratie institutionnalisée, le parti, par-dessus tout, des gagnants. Alors, oui, comme une évidence, on a appris aux démocrates à être ouvertement hostiles aux “déplorables” de la classe ouvrière, comme Hillary Clinton les a officiellement nommés, à les considérer comme “une épouvantable plaie”, comme l’écrit Hopkins.

Et les déplorables sont vraiment un frein au système capitaliste mondial. (La plupart d’entre eux veulent des soins de santé gratuits, a-t-on jamais vu ça !) Beaucoup d’entre eux ont voté pour le socialiste Bernie Sanders, et, bien pire, bien pire, un plus grand nombre d’entre eux ont voté pour le “dictateur fasciste suprématiste blanc-nationaliste Nazi-Hitler » (comme l’a dit Glenn Greenwald !), c’est-à-dire Trump. Ils sont vraiment, – le fond du problème ici – des Losers avec un grand “L”.

Les progressistes, les bienpensants (comme les a appelés Thomas Frank), – les “gagnants”, donc,  – qui lisent le New York Times et le Washington Post, écoutent NPR et regardent MSNBC et CNN, qui sont allés dans de bonnes universités et ont obtenu toutes sortes de titres professionnels, sont certainement assez bien informés pour savoir que l’avenir est tout entier dans le capitalisme mondial. Et ils savent que, s’ils respectent les règles, le capitalisme mondial a une place pour eux. En outre, ils savent (ou pourraient facilement le comprendre) que le capitalisme mondial n’a pas de place pour les perdants de la vie. C’est juste de la merde puante, n’est-ce pas ?

Ainsi, lorsque la Reset, – le “Nouveau Normal” – a été dévoilé à Davos, des millions de personnes vivaient déjà une réalité dans laquelle les faits ne comptaient plus du tout, où des choses qui ne se sont jamais produites officiellement, – se sont produites. Et d’autres choses qui se sont manifestement produites ne se sont jamais produites ; pas officiellement dans tous les cas, c’est-à-dire qu’il s’agissait de théories du complot “d’extrême droite”, de “fake news”, de désinformation ou de ce qu’on veut du genre, même si les gens savaient que ce n’était pas le cas.

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Comment le Davos propose-t-il alors de faire passer l’humanité dans le “Nouveau Normal” ? Eh bien, peut-être que le Davos veut aller dans la direction opposée à la pureté épistémologique ? C’est-à-dire qu’il cherche à générer un grand nombre de réalités contradictoires, pas seulement des idéologies contradictoires mais de véritables réalités mutuellement exclusives, qui ne pourraient pas exister simultanément… ce qui pourrait quand même faire assez peur aux gens. Cela pourrait devenir la “page blanche” mentale sur laquelle pourraient être écrites les réalités délibérément fluides du genre cosmopolite et des identités auto-définies.

L’Élite oligarchique cherche maintenant à “dévaloriser” toutes les valeurs nationales restantes, à briser la cohésion nationale, – parce que son objectif logique n’est pas de créer une nouvelle idéologie (il n’en a pas besoin). Il s’agit plutôt d’imposer un ordre mercantiliste mondial unique, en commençant par la monétisation de toutes les “choses” possibles, puis leur “capitalisation” en nouveaux “actifs” financiers.

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Bien sûr, même le Reset a besoin de son récit. Il s’agit alors, – n’importe quel récit de l’establishment fait l’affaire (voyez ce “Reality Check de la BBC), – de mettre une ligne Maginot, une frontière idéologique défensive, entre “la vérité” telle que définie par les classes dirigeantes, et n’importe quelle autre contredisant leur récit.

Les “classes dirigeantes” accréditées (telle celle de Bruxelles) savent que leur succès est en grande partie rendu possible par leur enthousiasme pour les récits officiels. Leur espoir collectif est que le récit correct leur offre un espace sûr et durable. D’un côté de la ligne Maginot se trouve donc la société “normale”, l’emploi bien rémunéré, l’avancement professionnel et tous les autres avantages considérables de la coopération avec les classes dirigeantes. De l’autre côté, c’est la pauvreté, l’anxiété, la stigmatisation sociale et professionnelle, et diverses autres formes de souffrance et de discrimination.

De quel côté du mur voulez-vous être ? Chaque jour, d’innombrables façons, chacun d’entre nous se voit poser cette question et doit y répondre. Conformez-vous, et il y a une place pour vous à l’intérieur. Refusez, et … eh bien, bonne chance de l’autre côté.

Alors, à quoi ressemblera la “Conquête d’Absolument Tout” de l’oligarchie mondiale ? Un monde de consommateurs atomisés, dépouillés de leurs droits et de toute allégeance à la famille, au clan, à la nation, à la religion ou même à une appréciation culturelle significative.

Peu importe, un monde globaliste, pour les quelques personnes qui aspirent à y devenir immensément riches, est toujours considéré comme une véritable corne d’abondance d’innombrables satisfactions matérielles. Un tapis volant qu’ils seraient bien stupides d’abandonner. Et pourtant l’inquiétude monte, même chez les milliardaires. Le monde s’oriente vers de nouvelles directions bien incertaines. Jeter son dévolu sur les “Maîtres de l’Univers” pourrait finalement s’avérer n’avoir été qu’une chimère éphémère.

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Pour “le plus grand nombre”, bien entendu, le Reset technologique et robotique proclamé par les gens de Davos sera un lieu d’esclavage glorifié, vécu dans des déserts d’isolement social. Dans la mesure où certains parmi le grand nombre ont vu ce qu’un Reset technologique leur réserve, ils n’aiment pas ça. On y hume à plein nez le totalitarisme, le féodalisme technologique, – et ils ont commencé à s’y opposer. Ils sont alors … “populistes”. C’est-à-dire qu’ils deviennent un énorme problème pour leurs maîtres. Il n’est pas étonnant que le sommet du Conseil de l’UE ait été si houleux et si désemparé.

Alastair Crooke

Traduit par Dedefensa, relu par Zineb

vendredi, 02 avril 2021

Pourquoi les entreprises soutiennent l’idéologie woke

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Pourquoi les entreprises soutiennent l’idéologie woke

L’engagement des entreprises occidentales pour l’idéologie woke est une source de fantasme et de scénarios conspirationnistes. Génocide des blancs, matriarchie, il est facile d’assigner des objectifs sociétaux cachés à ces engagements.

L’idéologie woke ou nouvelle gauche repose sur le marxisme et le post modernisme. C’est en explorant ces bases qu’on peut en tirer une réponse plus simple, plus prosaïque mais surtout plus terrifiante.  

Disclaimer : les réflexions présentées dans cet article proviennent essentiellement d’une vidéo de Neuroposter, ex True Dilton. Vous pouvez regarder la vidéo originelle ici.

Politique et business, deux activités en théorie bien séparées dans le cadre libéral

Nous vivons, d’après les documents légaux censées poser le cadre des sociétés occidentales, dans une économie libérale de marché. Dans ce cadre, l’intérêt collectif est maximisé si on laisse les agents économiques maximiser leurs intérêts individuels.

Dans cette utopie, les agents économiques doivent évoluer les uns avec les autres sans entraves. Cette condition implique de réduire les interventions politiques dans l’économie.

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Dans son essai Qu’est-ce que la Liberté Hannah Arendt rappelait très justement que la liberté fut d’abord définie par le fait d’échapper à l’emprise de l’état, autrement dit à la politique. Cette condition est valable que l’on soit une personne physique ou morale (=une entreprise).

La puissance économique finit toujours par revendiquer le pouvoir politique

Pour comprendre l’origine de l’idéologie woke de la nouvelle gauche il faut toujours commencer par Marx. Selon le théoricien du communisme, les acteurs économiques puissants parviennent toujours à acquérir un grand pouvoir politique. Cette thèse fait plutôt consensus auprès d’historiens de tous bords politiques.

Selon cette grille de lecture, la fin de l’Ancien Régime ne doit rien à la révolte des prolétaires et des paysans. C’est la bourgeoisie qui s’est emparée du pouvoir en les utilisant pour liquider la noblesse dégénérée et surendettée.

Si on recoupe Marx et la théorie libérale classique nous pouvons identifier un problème plus que jamais d’actualité. Les acteurs économiques puissants finissent par s’immiscer dans les affaires politiques. Bien que ses interventions soient contraires aux principes de la démocratie libérale, elles sont conformes à la nature humaine. Les puissants veulent toujours dominer les faibles.

L’impuissance des états faces aux nouveaux géants du business

Les interventions des grandes entreprises dans l’arène politique démontrent que nous sommes sortis du cadre de la démocratie libérale. Les états ne prennent aucune mesure sérieuse pour corriger cette situation.  

Les états possèdent encore le monopole de la violence. Cependant, on peut se demander s’ils ont encore assez de capital politique pour intervenir. Bien que taxant et redistribuant à tours de bras, leur influence se réduit depuis plusieurs décennies.

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Dans l’économie de marché, l’individu dépend des entreprises pour sa subsistance. La majorité de la population active est salariée. Son approvisionnement et l’essentiel de ses commodités sont assurés par des entreprises privées. Pour conserver sa place dans ce système, l’individu doit ajuster son comportement aux règles édictées par les entreprises qui l’emploient, le nourrissent, le soignent, l’équipent, le protègent, le connectent au monde et à ses proches.

Pour un salarié, l’état n’est plus qu’un extorqueur d’impôts, de moins en moins capable d’assurer les services qu’il prétend maitriser. Les états, lents, procéduriers, archaïques, ne sont pas plus capables d’assurer leurs fonctions traditionnelles que de s’attaquer aux GAFA.

L’état n’est pas seul à avoir reculé. Le système d’intégration sociale non marchand, tel que décrit dans la nature des cultures par Heiner Mühlmann a disparu. Les acteurs privés ont pris la place de l’état mais aussi des relations communautaires locales de l’économie préindustrielle. Vous pouvez vivre enfermé dans votre logement, sans parler à vos voisins, sans interaction, des entreprises privées peuvent assouvir tous vos besoins, tant que vous payez.

L’individu est devenu l’unité sur lequel le pouvoir se doit d’agir

Les détenteurs de pouvoir ont bien compris que tout se joue au niveau de l’individu. Il est bombardé de publicités ciblées, de notifications et de suggestions de contenus calculées par de puissants algorithmes surveillant ses moindre faits et gestes. Ces dispositifs commerciaux sont très performants pour déclencher l’acte d’achat et fournir aux clients un flux constant de dopamine.  

Mais une fois franchi la porte de l’entreprise, le confort des univers de consommation laissent place à la pression pour la rentabilité maximale.

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Les entreprises soumettent leurs employés à des codes de conduite strictes. Port d’un uniforme (parfois ridicule), sourire et réponses calibrées face aux clients, langage interne, procédures à respecter, port des équipements de sécurité, pauses chronométrées etc. Depuis 2020, il faut ajouter les procédures contre la propagation du SARS-COV2. Une grande partie de ces comportements sont contre nature et pèsent sur les salariés.

Les entreprises qui emploient des milliers d’employés et servent des millions de clients possèdent ainsi un énorme levier de pouvoir, transformant l’action sur l’individu en pression collective. Les grandes entreprises, à commencer par les GAFA, ont bien conscience de cette opportunité et ne comptent pas la gâcher.   

Les entreprises savent qu’elles ont le levier du pouvoir en main

Pour aller plus loin, il faut encore revenir à Marx. Selon sa dialectique, toute société repose sur une idéologie. Elle est indispensable pour institutionnaliser et pérenniser un rapport de domination sous la forme d’un contrat social soutenable. L’Histoire semble donner raison à Marx.

Reprenons comme exemple la société française de l’Ancien Régime. A la fin de l’Empire Romain, l’instabilité et l’insécurité ont contraint les paysans et citadins à se soumettre à des seigneurs de guerre.

Pour institutionnaliser cette situation, le « contrat social médiéval » cher à Bainville fut instauré. Les nobles assuraient la sécurité, le tiers-état la production de richesse, et le clergé assurait l’encadrement spirituel et priait pour le salut des âmes.

La contrainte par la force est en pratique intenable à long terme. Pour perdurer le système instaura un cadre idéologique : le christianisme, la supériorité de sang des nobles et la divinité du Roi. L’Église pris en charge l’encadrement idéologique des habitants du moindre village. Ce système a perduré plus de 1000 ans.

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Les grandes entreprises ont pris une importance considérable, les GAFA pèsent plus que de nombreux états. Elles sont exactement dans la situation des seigneurs de guerre féodaux au début de leur règne. Elles ont la puissance financière et les leviers d’influences. Leurs détenteurs du pouvoir politique, les états des démocraties libérales, sont en déclins. 

Toutefois pour instaurer leur ordre, elles doivent institutionnaliser leur pouvoir pour le pérenniser et ne pas s’épuiser dans la coercition. Pour y parvenir elles ont besoin d’une idéologie.

L’idéologie woke, le meilleur outil de contrôle social depuis l’invention du christianisme

Pour expliquer ce choix, le mieux est d’analyser le cas de Robin DiAngelo, une consultante en business qui a inventé le concept de fragilité blanche. Son succès est considérable auprès des entreprises, elle d’ailleurs est devenue millionnaire.

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En façade son business est d’intervenir dans les entreprises pour apprendre aux employés à évoluer dans un environnement « diversifié ». Cependant cette explication ne résiste pas à l’analyse.

D’après la théorie de la fragilité blanche, la société occidentale ne reposerait pas sur le libéralisme des Lumière, mais sur l’idéologie de la suprématie blanche. Si une personne de race européenne rejette ou critique l’idéologie woke, elle est implicitement raciste, car elle refuse de remettre en cause ses privilèges.

Mais ce n’est pas tout, un blanc qui affiche son antiracisme l’est tout autant. En effet il croit être arrivé au bout du chemin de la rédemption et utilise son énergie pour signaler sa vertu au lieu de combattre son racisme intériorisé.

On peut toute de suite remarquer qu’il s’agit d’un raisonnement circulaire. En tout état de cause, le blanc est raciste, il doit être corrigé, surveillé et reformaté en permanence. Tout raisonnement circulaire est par principe non scientifique (argument de réfutabilité de Popper). S’il fallait une preuve de la nullité de sa formation, DiAngelo en personne avoue avoir fait des remarques déplacées durant ses missions de consulting.

La martingale de la lutte contre les discriminations

La société multiculturelle et multiraciale est globalement un échec. L’égalité de droit, la discrimination positive, les programmes d’aides scolaires et préscolaire, rien n’a pas permis d’éliminer l’écart de réussite entre les races. L’idéologie woke partage ce constat et propose de pousser la lutte contre les discriminations imaginaires jusqu’à l’absurde.

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Cependant, on peut remarquer que tous les non-blancs ne semblent pas touchés de même manière. Les juifs, les asiatiques, les indiens, mais aussi des Igbo, une ethnie africaine à haut QI, réussissent bien mieux que les blancs aux USA. Ces données ridiculisent la thèse du racisme systémique basé sur le taux de mélanine et apporte des éléments concrets en faveur d’un problème de moyenne d’intelligence et de culture inadaptée à la société capitaliste moderne.

Neuroposter a cité un article de Frank Dobbin et Alexandra Kalev publié dans le Harvard Business Review. Bien que constatant l’échec de la plupart des initiatives woke, ils ont identifié quelques programmes efficaces. Le moins qu’on puisse dire est que ces formules gagnantes sont très loin de ressembler au dressage proposés par DiAngelo.

Valoriser les candidats atypiques plutôt que menacer les recruteurs

Les premiers sont ceux mettant en avant un gain pour les recruteurs. Approchez un recruteur en lui faisant une offre. « Venez recruter les meilleurs étudiants noirs dans notre université ! », ainsi vous aurez bien plus de succès qu’en imposant des quotas ou menaçant de poursuites s’ils discriminent des candidats. Faire une offre très alléchante à un puissant est la base de toute négociation déséquilibrée.

Les seconds sont les programmes de mentorat. Ils permettent à des jeunes n’ayant ni réseau ni savoir-être d’avoir un mentor qui les aidera dans leurs choix et les aideront à rentrer dans les entreprises.

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Le troisième type est la mise en contact. Travailler au contact de la diversité permettrait de réduire les stéréotypes. Attention tout de même, en cas de discrimination positive si les recrutés sont incompétents l’effet sera terrible. Et nous savons ce que pense ceux qui ont passé leur enfance dans des quartiers enrichis par l’immigration sans filtre qui déferlent sur l’Europe.

Si on analyse avec un peu de recul ces programmes on se rend compte qu’ils sont surtout utiles pour aider des candidats de milieu sociaux modeste. En France 70% des recrutements se font sans publication d’annonce. Pour accéder à ce marché caché, il faut avoir du réseau et un savoir-être spécifique.

L’incroyable succès d’une méthode faussement inefficace

Posons les données du problème woke vis à vis des entreprises:

  • DiAngelo propose que les blancs soient corrigés et encadrés pour mettre fin à la suprématie blanche.
  • En pratique cela ne marche absolument pas et provoque même de la réactance contre productive
  • Les interventions qui discriminent efficacement les hommes blancs utilisent des leviers qui n’ont rien à voir avec l’antiracisme.

Pourtant cet échec apparent n’empêche aucunement DiAngelo d’avoir un succès remarquable auprès des entreprises !

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Pour comprendre ce paradoxe il faut s’exposer aux vapeurs de poppers en plongeant au plus profond des backrooms pour retrouver le Prophète de la religion Postmoderne, Sa Sainteté Michel Foucault.  Sa théorie du Pouvoir est une solution élégante au paradoxe du succès du wokisme. 

Dans Surveiller et punir, que j’ai déjà évoqué dans un précédent article, Michel Foucault décrit le remodelage psychique et physique des soldats par l’institution militaire. Et devinez comment cette dernière y parvient … En usant d’un outil simple, efficace et universel, la discipline.  

Au cours de sa formation le soldat est soumis à deux types de conditionnements. Le premier sont les activités dont l’intérêt militaire est évident (maniement des armes, renforcement physique, apprentissage des procédures). Le second prend la forme d’activités qui semblent n’apporter aucune aptitude utile sur le champ de bataille (corvées de nettoyage, chant collectif, marche au pas).

La discipline woke comme formatage des individus

A la fin du processus l’individu est transformé. Sa posture est droite et rigide, sa démarche conquérante. Son corps est affuté. Il use d’un langage spécifique et précis. Il connait parfaitement son équipement et les tactiques de combat. Mais pour être un soldat cela ne suffit pas. Le soldat se doit d’être obéissant et de faire corps avec ses camarades, aussi bien dans l’interminable attente entre deux engagements que sous le feu ennemi. C’est précisément le rôle des marches ridicules, des chants militaires et des corvées absurdes.

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Les armées ne forment ni des chanteurs ni des clowns, et DiAngelo ne fait pas fortune en proposant des outils pour une cohabitation interraciale harmonieuse. Les grandes entreprises qui font appel à DiAngelo ou qui reprennent ses concepts cherchent des outils pour institutionnaliser leur pouvoir. Le management de la fragilité blanche est une TECHNOLOGIE DISCIPLINAIRE pour formater leurs employés (et clients) et éliminer les potentiels récalcitrants.

Le woke comme technique de management visant les blancs et les hommes

Derrière les discours de management par l’enthousiasme, le monde du travail reste avant tout un espace de contrôle et d’obéissance. Open-space, benchmarking, scan des emails, revue de performance, video surveillance, géolocalisation, les entreprises investissent dans les technologies de surveillances, soucieuses de leur productivité.

Le woke est une technologie disciplinaire qui s’insère parfaitement dans la boite à outils du management. Il permet aux entreprises d’établir une structure mentale ouvrant la voie à des niveaux d’obéissance supérieurs.

Les départements d’inclusivités, les formations anti-discriminations, la standardisation et l’ajustement des pensées et des comportements, la surveillance constante, instillent chez les sujets exposés un renforcement des schémas mentaux d’obéissance.

Imaginez la scène dans une usine : une commande est en retard, vos employés commencent à grincer des dents. Il est temps de sortir votre joker. Vous n’emballez pas de glaces pour Ben & Jerry, vous luttez contre le racisme, vous pouvez bien faire quelques heures supplémentaires non rémunérées.

Vous commencez à ressentir la puissance de l’idéologie woke ? Ce n’est que le début.

Le woke est l’idéologie qui justifiera le règne des GAFA

Les fondements politiquement corrects et moraux du woke l’immunisent face à la critique, et DiAngelo a pris soin de fermer toute possibilité de critique via la circularité. La fragilité blanche est une thérapie comportementale visant à faire accepter une idéologie pérennisant une situation de domination. Elle vise précisément les éléments les plus récalcitrants de la société : les hommes blancs.

Quand les GAFAM soutiennent le woke, ils s’emparent d’un instrument disciplinaire couplé à une idéologie qui permet de s’inventer une fonction de protection des minorités.

Ce sont les chevaliers médiévaux, défendant la femme, le transsexuel et le petit racisé. Ils veulent se rendre indispensable à la société multiculturelle, et verrouiller l’échiquier politique pour contrôler la démocratie.

Pour agir sur le terrain ils financent et soutiennent un véritable ministère de la répression du vice et de promotion de la vertu. Des associations « urbaines » aux conseillers en diversité travaillant dans les entreprises, un vaste clergé est mobilisé pour dispenser sur le terrain des traitements individualisés pour soumettre les citoyens un à un. Ils assurent aussi la fonction d’inquisition, dénonçant, agressant et frappant d’anathème ceux qui refusent de se soumettre. 

Sécuriser leur position de domination est une urgence vitale pour les GAFA car les états s’inquiètent de leur pouvoir grandissant. Le passage de Jack Ma, fondateur d’AliBaba, en camps de rééducation doit faire frémir les dirigeants de Google. Si demain les USA décidaient de démanteler les GAFAM, ils en ont les moyens. Mais si après demain les GAFA s’érigent comme les garants d’une idéologie à laquelle la population est soumise, alors ils seront intouchables. Tant que cette idéologie parviendra à maintenir son système d’endoctrinement et de répression.

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jeudi, 18 mars 2021

Ecroulement militaire et « wokenisme » US

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Ecroulement militaire et « wokenisme » US

par Nicolas Bonnal

« Les forces armées américaines ne sont plus qu'un département d'aide sociale avec des drones. »

L’effondrement militaire américain est une évidence. On a même vu Hollywood s’en mêler avec le film 13 hours du cinéaste boutefeu Michael Bay qui montre la désorganisation et l’incapacité sur le terrain. De ce talentueux et lucide bouilleur d’images on recommandera aussi Gain and Pain et The Island qui explique comment on maintient des gens prisonniers (clones sans le savoir) dans une bulle d’extermination: en les maintenant dans l’enfance, et en leur faisant croire qu’il y a une épidémie au dehors…

Mais restons-en à la folie pentagonale. Il semble que Biden va encore être un plus gros cadeau que Trump pour les ennemis de l’empire – sauf si le gâteux s’effondre sur un bouton nucléaire pour en finir avec Poutine... On connait tous (sauf au Monde ou à Libé) les progrès des armes russes et chinoises. Une fois que la suprématie liée à la flotte et à l’aviation est terminée, que reste-t-il ? De la communication et du wokenisme. Les imbéciles auto-hypnotisés qui annonçaient que les généraux américains allaient remettre Trump au pouvoir (lui le louveteau de Wall Street, disciple d’Epstein, bon apôtre du vaccin, de Wall Street et de Netanyahou…) en seront pour leur grade. Les généraux sont des enthousiastes de la révolution des éveillés qui à coups de Reset, migrants ou de LGBTQ achève l’Occident…

L’armée US n’a donc plus grand-chose à voir avec le vieil Hollywood et John Wayne. Et cela commence à se savoir en Amérique. Le courageux Tucker Carlson en parle dans son journal télévisé (remplacera-t-il le gourou New Age Trump la prochaine fois ? Ce serait bien…). La revue Revolver.news écrivait  le 13 mars :

« Tucker Carlson n’a peut-être jamais servi dans les forces armées, mais il est en train de gagner de manière décisive une guerre de relations publiques contre l’armée américaine. Cela ne devrait surprendre personne, bien sûr. L’armée américaine perd la plupart des guerres qu’elle mène de nos jours.
» Pendant le long âge d’or de l’Amérique en tant que pays, l’armée s’abstenait généralement de faire de la politique et gagnait les guerres. Mais dans l’empire mondialiste américain en déliquescence, l’armée joue un rôle très différent. Protéger l’Amérique et gagner des conflits ne sont pas du tout le but de l’armée. Au lieu de cela, les forces armées sont devenues une peau de chagrin [dans le domaine qui est traditionnellement le sien de faire la guerre et de la gagner]. Cette institution autrefois formidable a été transformée en un véhicule pour les objectifs politiques intérieurs des globalistes et de la gauche. »

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Revolver.news parle alors de l’Afghanistan, de la brillante invasion et occupation de cet espace pas comme les autres qui fascina Kipling :

« L'objectif de politique intérieure de l'armée apparaît également dans la manière dont elle est utilisée. L'Amérique maintient 2 500 soldats en Afghanistan, qui sont inutiles pour contrôler le pays ou vaincre les talibans. Leur seul objectif est national, afin de permettre aux politiciens de Washington de se présenter comme durs face au terrorisme, favorables aux droits des femmes ou vaguement “pro-militaire”. Deux fois plus de troupes sont déployées autour du Capitole de Washington D.C., ostensiblement pour le “protéger” d'une “insurrection de droite”.

On avait vu il y a quelques années Lara Croft alias Angelina donner des cours de wokenisme aux généraux. Lucien Cerise en avait aussi très souvent parlé de cet OTAN comme organisme d’avancement sociétal…

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Biden en outre agit comme Sarkozy ou Hollande, chefs d’Etat des démocraties devenues folles. Il délaisse ses frontières et va porter la mort à l’autre bout du monde. Il laisse rentrer les migrants du Mexique (migrants venus du sud qui désolent aussi le bon président mexicain…), tout en voulant confiner indéfiniment ce qui reste du pays.

Revolver.news :

» Pendant ce temps, aucune troupe n’est déployée le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, même si des centaines de milliers de personnes traversent la frontière illégalement chaque année et même si la protection de la frontière a été l’obligation traditionnelle des armées permanentes tout au long de l'histoire de l'humanité. Pourquoi ont-elles disparu ? Parce que seules les armées concentrées sur les menaces étrangères protègent la frontière de leur pays. L’armée américaine est tournée vers l’intérieur. »

Et le courageux et anonyme journaliste d’enfoncer le clou :

« L'Amérique ne dépense pas $700 milliards par an pour décourager l'agression chinoise ou vaincre les talibans. L'Amérique dépense $700 milliards par an pour dire aux femmes qu'elles sont tout aussi bonnes que les hommes pour être soldats et marins. Elle dépense $700 milliards par an pour affirmer, contre toute évidence extérieure, que “la diversité est notre force”. Elle dépense $700 milliards pour soutenir les bilans des industriels de la défense et fournir une aide sociale de facto à la classe moyenne inférieure. Elle dépense $700 milliards pour permettre aux soldats transgenres de changer gratuitement de sexe. Réduire de moitié le budget de la Défense pourrait être l'approche la plus appropriée pour une “réforme de l'aide sociale”.

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Une belle définition de l’armée pour terminer :

« Après tout, les forces armées américaines ne sont plus qu'un département d'aide sociale avec des drones. »

Attention ce n’est pas nouveau : dans le brillant et libertarien recueil de textes Reassessing the presidency, Michael Levin et Ralph Raico ont montré le rôle destructeur des militaires dans la société. J’ai insisté sur ce point dans mon livre sur la comédie musicale (les comédies à base de marins et d’escales…). Les marins sont un instrument de déliquescence, un anti-modèle en Amérique et ailleurs, amenant bordels, bases, vices, passe-droits et ingénierie sociale. De ce point de vue le wokenisme est le couronnement de cette école de dégénérescence qu’on appelle l’Amérique, et qui effarait Baudelaire alors traducteur du visionnaire Edgar Poe. Mais on en a déjà parlé.

En attendant l’empire retourne sa violence contre sa population : voir l’Israël, l’Europe ou l’Amérique : comme on sait en temps de paix les suicides augmentent. Et comme ces imbéciles ne peuvent plus livrer (je ne dis pas gagner) de guerre, ils  exterminent leurs peuples. Céline encore et toujours :

« Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s’accomplit. »

Sources:

https://www.revolver.news/2021/03/the-pentagons-fight-wit...

Reassessing the presidency – Mises Institute (PDF gratuit).

Bonnal (Tetyana/Nicolas) - Céline, le pacifiste enragé ; la comédie musicale américaine (Editions Tatiana, Amazon.fr)

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