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mardi, 01 février 2022

L'être humain comme masse à disposition de l'Etat : réflexions philosophiques sur la biopolitique

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L'être humain comme masse à disposition de l'Etat : réflexions philosophiques sur la biopolitique

Par Alexander Markovics

Depuis plus de deux ans, les Allemands se trouvent dans un état d'urgence qui n'en finit pas. Au vu de la violation quotidienne de la Constitution par de nouvelles "mesures", il est difficile de dire si nous vivons dans une démocratie de plus en plus tyrannique ou dans un totalitarisme aux allures démocratiques. Il semble donc d'autant plus nécessaire de s'arrêter, de remettre en question son fonctionnement, pour pouvoir ensuite lui opposer une résistance d'autant plus efficace.

Le pouvoir législatif a été remplacé, les yeux fermés, par le pouvoir exécutif qui prend sans cesse de nouvelles mesures. La séparation des pouvoirs est suspendue, et avec elle la démocratie. Les médecins et les virologues financés par l'État nous font peur 24 heures sur 24 en nous annonçant de nouvelles variantes de COVID qui seraient encore plus contagieuses, afin de faire adopter par le monde politique toujours plus de mesures visant à mettre les citoyens sous tutelle. Est souverain celui qui décide de l'état d'urgence, savait déjà Carl Schmitt. Aujourd'hui, les experts de la santé, sous la forme des médecins, donnent l'illusion de la souveraineté.

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Jamais dans l'histoire les hommes n'ont été aussi isolés. L'isolement total est érigé en devoir civique suprême. La dimension sociale et culturelle de notre vie est perdue, nous sommes ramenés à la "vie nue" et nous végétons comme les détenus d'un goulag ou d'un camp de concentration. L'État acquiert ainsi un pouvoir sur l'homme et introduit une forme d'oppression à faire pâlir de jalousie le fascisme et le communisme. Discrètement, une nouvelle ère est entrée sur la scène de l'histoire : l'ère de la biopolitique.

Cette nouvelle ère a surtout deux accoucheurs : la médecine et la science modernes. Manifestée tout d'abord par les respirateurs artificiels, qui peuvent maintenir l'homme dans un état de suspension entre la vie et la mort, la vie humaine a été séparée en une vie nue, simplement existante, et une vie déterminée par les sentiments et la culture. Notre situation actuelle est déterminée par le fait que l'état végétatif de l'homme suspendu à un appareil respiratoire a été étendu à l'ensemble de la vie sociale. L'épidémie a transformé du jour au lendemain notre vie en un immense camp de concentration ou goulag, le seul autre lieu dans l'histoire où la "vie nue" est devenue la "nouvelle normalité". Elle ne consiste plus qu'à travailler et à mourir.

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Comme l'a démontré le philosophe italien Giorgio Agamben, membre de la Nouvelle Gauche, dans son livre Homo sacer, une biopolitique qui a pour but de préserver la vie nue peut à tout moment se transformer en thanatopolitique, une politique de la mort. Nous le voyons non seulement aux nombreux décès liés aux nouveaux "vaccins" ARNM, mais aussi au fait que toute notre vie est soumise aux statistiques. La menace du triage dans les hôpitaux nous montre que l'on fait à nouveau la distinction entre les vies qui valent la peine d'être vécues et celles qui ne le valent pas. Aujourd'hui, ces "vies qui ne valent pas la peine d'être vécues" sont les retraités des maisons de retraite, qui ne peuvent même plus mourir entourés de leurs proches, et le nombre de suicides qui augmente de manière alarmante, notamment chez les jeunes et les personnes souffrant de problèmes psychiques. Le "lockdown" fait donc lui aussi des victimes, qui sont littéralement passées sous silence.

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L'ennemi que nous devons combattre n'est pas visible à l'œil nu. Il est invisible, plus précisément en nous. C'est pourquoi nous nous retrouvons, selon Homère, dans un polemos epidemos, la guerre civile. La politique devient ainsi une guerre civile mondiale contre le virus, qui se concentre aussi de plus en plus sur la lutte contre les supposés collaborateurs de l'ennemi. Les opposants à la vaccination sont caricaturés comme les ennemis de la société ouverte, les opposants aux mesures sont déshumanisés et ridiculisés. La rhétorique martiale des "task forces", qui évoquent constamment une guerre, et les généraux camouflés du groupe "Gecko" en Autriche, qui n'hésite pas à recourir à la violence contre sa propre population, sont des signes de la guerre civile qui se déroule. Dans ces conditions, il est étonnant qu'il n'y ait pas encore eu de pogroms contre les personnes non vaccinées.

Non seulement notre vie est restreinte, mais les gens sont rendus étrangers les uns aux autres. Le port permanent de masques ne nous rend pas seulement étrangers les uns aux autres, il fait aussi de nous des personnes différentes. On ne nous définit plus par notre visage ou notre personnalité (persona = masque en grec), mais par le code QR du passeport vert. En fait, le "social distancing" obligatoire conduit à un nouveau transfert de la vie humaine dans la virtualité, le développement de la 5G a été radicalement accéléré par l'épidémie, le "métavers" nous est vanté par des entreprises technologiques américaines comme un substitut à de nombreuses formes de vie interpersonnelle. L'homme perd ainsi non seulement la communauté, mais aussi progressivement son moi, qui est décomposé en de plus en plus d'aspects de la personnalité et de pulsions. La biopolitique marque ainsi la fin non seulement du peuple, mais aussi de l'homme en tant que tel.

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La mort marque considérablement notre vie. C'est pour cette raison que le philosophe allemand Martin Heidegger parlait de l'existence humaine comme d'un être à la mort. Si nous ne comprenons pas la mort comme faisant partie de la vie et si nous la fuyons, nous vivons de manière inauthentique, non authentique, et nous nous retrouvons dans la vie nue. La peur s'empare de nous à ce moment-là, la panique nous gagne et nous ne pouvons plus décider de notre vie. Mais il est également possible de faire face à la mort. Nous engageons alors un combat inégal avec elle, nous comprenons la mort comme faisant partie de notre vie, dont nous avons certes peur, mais qui devient une partie de notre monde. Nous pouvons ainsi vivre de manière authentique, comme nos ancêtres, toujours conscients du fait que l'arbre devant nous peut tomber et nous abattre, mais nous pouvons nous y préparer et organiser notre vie en toute confiance. La réflexion sur la mort nous conduit vers la liberté et nous éloigne de l'absence de liberté de la dictature biopolitique.

 

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Imbolc, la triple déesse Brigit et l'incubation du printemps

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Imbolc, la triple déesse Brigit et l'incubation du printemps

Marco Maculotti

Ex: https://axismundi.blog/2018/02/01/imbolc-la-triplice-dea-brigit-e-lincubazione-della-primavera/

Derrière le masque chrétien de la Chandeleur et de Sainte Brigitte, le début du mois de février nous ramène à d'anciennes festivités préchrétiennes concernant la triple déesse et l'anticipation de la renaissance imminente de la nature.

Illustration : Laura Ramie, "Brigit".

La fête d'Imbolc qui, dans le calendrier celtique était équidistante de Samhain et de Beltane, marquait le début du printemps et présentait, comme nous le verrons plus loin dans cet article, des correspondances remarquables avec la fête romaine des Lupercales, également célébrée en février [1].

Imbolc est généralement dérivé du mot irlandais signifiant "dans le giron", en référence à la gestation des moutons, ce qui indique qu'il s'agissait à l'origine d'une fête pour la traite des moutons, puisque c'est à cette époque que les agneaux naissent et que les moutons produisent du lait. De plus, la fête du mouton est une "épiphanie" traditionnellement printanière, puisque la saison estivale naît sous le signe du bélier, un animal fertile et viril dont les caractéristiques évoquent le réveil énergique de la nature endormie en hiver. Christophe Levalois écrit à ce propos [2] :

cfebd901e99b81ec017d8db53beff033.jpg"Le signe du Bélier commence le 21 mars, c'est-à-dire à l'équinoxe. Le loup, animal typique de l'hiver, le précède. Cette période voit la transformation du loup en Bélier. La nature devient prolifique, de stérile et froide. Elle est toujours stimulée par la même force, mais sous un aspect différent".

Si nous reviendrons sur le loup plus loin dans cette étude, il faut noter que, selon Jean Markale [3], le terme bolc signifie également "sac", en référence à un récipient mythique servant à contenir symboliquement les vivres de l'année. Il peut aussi évoquer l'idée d'une "bosse" et du "souffle" qui la provoque. Selon cette dernière interprétation, Imbolc serait alors la fête du "souffle de vie", et le gonflement des pis de la brebis serait la manifestation visible de l'action rénovatrice de ce souffle.

La fête d'Imbolc était marquée par des banquets et des rites de purification. Nous avons déjà mentionné la correspondance fonctionnelle avec les Lupercales romaines, célébrées le 15 février, qui étaient également des rites de purification en vue de l'arrivée du printemps. D'autre part, tout le mois de février du calendrier celtique était consacré aux purifications et aux exorcismes, une coutume à considérer en relation avec le complexe mythique de la "crise hivernale": en attendant le printemps, la frontière qui sépare le monde des vivants de celui des morts est encore instable, pas encore "bien définie". D'où la nécessité de prendre les mesures rituelles nécessaires pour s'assurer que les esprits des ancêtres ne nuisent pas à la récolte de l'année suivante [4].

Selon l'avis autorisé de l'historien français des religions Georges Dumézil, en cette période clé du calendrier agricole [5] :

" Un lien nécessaire et troublant s'est également établi entre deux autres mondes, celui des vivants et celui des morts [...] ces journées remettaient rituellement en cause les schémas mêmes de l'organisation sociale et cosmique".

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John Waterhouse, "A Song of Springtime", 1913.

La triple déesse Brigit

Néanmoins, le complexe rituel-calendrier d'Imbolc ne se limitait pas au 2 février, mais s'étendait aux jours qui le précédaient et le suivaient immédiatement. C'est en effet le 1er février que l'on célébrait la fête de Brigit (ou Brigid), la déesse au triple visage qui fut plus tard "christianisée" en sainte Bridget (qui est toujours fêtée à cette date). L'abbaye de Kildare, où la sainte, deuxième patronne de l'Irlande, aurait exercé ses fonctions spirituelles à vie, a été construite sur un ancien sanctuaire celte consacré à la déesse Brigit, où était pratiqué un culte féminin du feu, qui n'est pas sans rappeler celui des Vestales romaines [6].

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Brigit combinait les fonctions culturelles [7] et guerrières d'Athéna/Minerve avec celles de garante de la fertilité et de l'abondance : ainsi, en tant que triple déesse, elle couvrait les trois fonctions présentes dans toutes les cultures traditionnelles indo-européennes depuis Dumézil. Brigit était considérée comme faustique à la fois en tant que donneuse d'inspiration poétique et de pouvoir de guérison (première fonction), et en tant qu'aide sur le champ de bataille, similaire aux Valkyries germano-nordiques (deuxième fonction), et enfin en tant que garante de la prospérité des champs et du bien-être économique de la communauté (troisième fonction).

Nous pouvons en déduire l'existence d'un culte archaïque, probablement lié à ce que Mircea Eliade a appelé le "fond néolithique", caractérisé par un système religieux et social orienté différemment de celui des Celtes historiques, à partir de Jules César ; un système cultuel dans lequel une Grande Mère était responsable de toutes les fonctions religieuses et sociales.

Brigit avait les épithètes Belisama ("celle qui brille") [8], Sulis (la déesse des sources), Brigantia ("la plus haute, la plus haute") et Bricta ("brillante"). Les Romains la vénéraient non seulement comme épigone de Minerve, mais aussi en relation avec la déesse Victoria et - fait unique - elle fut la seule déesse celte à être absorbée dans le panthéon romain avec l'épithète Epona, protectrice des chevaux. En raison de sa polyvalence et de sa particularité de brillance et de proéminence, Brigit/Belisama peut être considérée à juste titre comme l'équivalent féminin de Lugh/Belenos, qui l'a peut-être remplacée avec l'avènement de l'âge des métaux, selon le schéma interprétatif de Bachofen, Gimbutas et autres [9].

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La version "christianisée" de la fête, la Chandeleur, était également maintenue comme la fête de la lumière et de la purification. Le pape Innocent a attesté que les femmes romaines célébraient ce jour-là la fête des lumières, "dont l'origine est tirée des contes des poètes", et qu'elles veillaient et chantaient des louanges toute la nuit en tenant des bougies allumées.

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Bien sûr, avec la diffusion du christianisme, les fonctions de Brigit ont été absorbées par la Vierge Marie (elle aussi étant vierge et mère), et la correspondance est parfois claire - comme dans la poésie irlandaise médiévale, où la déesse est appelée "la Marie des Gaels" [10]. Pourtant, Robert Graves poursuit dans son énorme étude intitulée La Déesse blanche :

    " [...] dans certaines régions de Grande-Bretagne, St Bridget a conservé sa caractérisation de muse jusqu'à la révolution puritaine, exerçant ses pouvoirs thérapeutiques en grande partie par des incantations poétiques près des puits sacrés. " [11]

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John Waterhouse, "Lamia", 1909.

Il convient également de noter ce que la Legenda Aurea de Jacopo da Varagine [12] dit de la Chandeleur, à savoir que l'Église voulait sanctifier l'ancienne fête païenne de Perséphone, au cours de laquelle "les Romains offraient des sacrifices à Februus, ou Pluton et aux autres dieux infernaux". On notera donc que dans le calendrier romain, février était considéré à la fois comme la période dédiée à la Purification et - pour ainsi dire - comme le "mois des morts", puisque son étymologie dérive de februus, "celui qui purifie", qui est, comme nous l'avons vu, une épithète d'Hadès/Pluton, seigneur des morts et des enfers [13] et de Februa, déesse de la purification d'origine sabine assimilée à Junon.

Il est superflu de rappeler ici le mythe de l'enlèvement de Perséphone/Proserpine par le dieu des enfers : nous nous contenterons de souligner l'inévitable correspondance fonctionnelle entre cette jeune déesse méditerranéenne qui, destinée à rester quatre mois (la saison hivernale) dans l'Hadès avec son mari, revient dans le monde des vivants avec l'arrivée du printemps, et la Brigit celte célébrée à Imbolc, fête qui, comme nous l'avons dit, marquait le début de la saison des fruits et des fleurs dans la "roue de l'année" celtique. Lorsque Brigit retourne dans son village, l'herbe reverdit, les fleurs s'épanouissent et les pis des vaches se remplissent de lait. Une autre divinité féminine très proche de Brigit, peut-être même une hypostase de celle-ci, canonisée en Sainte Agathe, est la patronne des nourrices et protège les jeunes mères en couches : sa fête est le 5 février, donc également dans le " temps mythique " consacré à la purification et lié au retour de la Lumière dans le monde [14].

Comme pour la fête nordique dédiée à Lussi (plus tard Sainte Lucie [15]), lors de la fête de Brigit, on allume des bougies et on fait cuire des friandises spéciales, des crêpes rondes liées à la symbolique de l'abondance, mais aussi à celle du "gonflement" évoqué plus haut, dû au processus de levage.

Cela nous ramène à l'idée de "souffle", et nous ne pouvons pas être surpris de constater que le 3 février, juste après la fête de la déesse Brigit et Imbolc, on célébrait une fête qui fut ensuite canonisée en la fête de Saint Blaise, dont le nom dérive selon toute probabilité du germanique blasen, "vent", et donc en référence à la fois au (dernier) vent froid de l'hiver, et au "souffle de l'esprit", lié à "l'inspiration divine" [16]. Et si nous avons déjà souligné que Brigit était considérée comme la déesse de l'inspiration poétique, nous pourrions peut-être aller plus loin en mettant Blaise en relation avec une ancienne divinité germano-norroise dont le nom présente des ressemblances suspectes avec celui de Brigit. Nous parlons de Bragi, le dieu de l'esprit, dont le nom indiquait qu'il était la dieu de la poésie.

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Idun et Gragi par le peintre Nils Blommer

Nous parlons de Bragi, la divinité de la poésie, considérée par certains comme une hypostase d'Odin/Wotan en sa qualité de possesseur de l'inspiration poétique. D'autre part, Wotan est également considéré, depuis l'étymologie, comme le dieu du "vent impétueux" (d'où son rôle de chef de "l'armée sauvage" ou "chasse sauvage" [17]), et évidemment de l'inspiration divine (proto-germanique *wōđaz, identique au latin vātēs, "voyant"). L'idée de splendeur est également implicite dans le nom de Bragi - braga est utilisé pour faire référence à l'éclat des aurores boréales [18] - et cela en fait également une sorte de pendant masculin de la déesse Brigit. 

Ajoutons que, si l'on ne voulait pas se référer à une étymologie germanique, on pourrait considérer que la fête de Saint-Blaise dérive de la transcription française du breton bleiz (gallois bleidd), signifiant "loup". Dans toutes les versions de la légende de Merlin (qui, comme Odin/Wotan, est une "épiphanie" de l'hiver saturnien), le loup est son fidèle compagnon; ce n'est que dans les contes plus "christianisés" que l'animal disparaît, pour être remplacé par un ermite nommé Blaise [19].

Le loup se retrouve également, comme nous l'avons vu, dans les Lupercales romaines, une fête au cours de laquelle les membres d'une confrérie spécifique, les Luperci, se vêtaient de peaux de loup et effectuaient une course purificatrice autour du Palatin, pour éloigner les mauvais esprits de l'hiver et favoriser ainsi l'abondance des troupeaux et des champs pour l'année à venir. L'expulsion (également en février) de Mamurius Veturius, le "dieu cornu de l'année", double de Mars et démon de la végétation, dont l'immolation symbolique devait assurer le retour du printemps, était également liée à ce rituel calendaire complexe [20].

Le loup n'est pas étranger à ce rituel complexe composé de rites de purification, d'attente du printemps et d'"expulsion" des esprits des morts et des dieux infernaux/hivernaux. Selon une croyance qui a émergé de temps à autre dans les procès de sorcellerie au cours des siècles, la figure mythique du loup-garou, présente dans presque toutes les traditions folkloriques européennes, est en fait à mettre en relation avec les soi-disant "combats rituels" menés en esprit par ceux-ci contre les démons et les sorciers. Selon le célèbre "Lycanthrope de Livonie", dont Ginzburg rapporte le témoignage au procès, les loups-garous se considéraient comme des instruments et des aides de Dieu ("les chiens de Dieu") et l'enjeu des combats extatiques menés contre les démons et les sorciers, à l'instar de la tradition frioulane des benandanti, était la fertilité des champs [21] :

    "Les sorciers volent les pousses de céréales, et si vous ne parvenez pas à les arracher, la famine arrive. "

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Dans ces croyances folkloriques, qui remontent aux XVIIe-XVIIIe siècles, nous pouvons identifier les vestiges d'une très ancienne tradition chamanique, qui avait probablement déjà été dissimulée sous sa forme ésotérique à un stade intermédiaire, afin de développer un ésotérisme (farces de fraternité masculine sur le modèle des Lupercales, mascarades de Krampus et autres).

Outre le loup, un autre animal avait une certaine importance à cette époque dans le calendrier agraire-rituel de l'Europe antique: l'ours, qui se réveillait de son hibernation et sortait de sa tanière, marquant officiellement le début du printemps... ou le retardant de 40 jours. Dans son étude Le Carneval, Claude Gaignebet rappelle un célèbre dicton populaire qui était répandu dans toute la zone d'influence celtique [22] :

    gaignebet_01.png"Quand la Chandeleur arrive, nous sortons de l'hiver ; mais s'il pleut ou si le vent d'hiver souffle, nous y entrons. "

Ce proverbe est lié à une croyance, répandue dans toute l'Europe, selon laquelle le 2 février, l'ours (ou, selon les versions, tout autre animal hibernant, ainsi que l'Homme sauvage [23]) sort de sa tanière pour vérifier les conditions météorologiques. Si le ciel est clair, l'ours retourne dans sa tanière d'hiver: c'est le signe que l'hiver durera encore 40 jours [24]. S'il est superflu de souligner la valeur ésotérique et symbolique du nombre 40 dans toutes les traditions sacrées (pensez aux 40 jours que Jésus a passés dans le désert, ou aux 40 jours et 40 nuits du déluge universel), nous voudrions insister sur le fait qu'aujourd'hui encore, avec la coutume de la quarantaine, la valeur de cette période bien déterminée comme période d'incubation s'est en quelque sorte maintenue, ce qui est parfaitement logique si l'on considère que le conte de l'ours tombe précisément à Imbolc.

En d'autres termes, le 2 février, l'hiver se termine et le printemps commence virtuellement : et pourtant, les fruits de la nouvelle saison, bien que déjà virtuellement formés, restent encore sous terre, sous les neiges hivernales/fernales, couvant comme l'ours et les autres animaux hibernants en attendant l'explosion finale du printemps. Comme le souligne Markale [25], "les quarante jours de l'ours signifient tout simplement que si le ciel est encore clair, c'est-à-dire l'hiver, dénudé de tout, la purification effectuée par l'hiver n'est pas terminée: d'où la nécessité d'une nouvelle quarantaine". D'où la nécessité d'une nouvelle quarantaine", d'où, ajoutons-nous, la nécessité d'une purification rituelle des membres de la communauté, qui se trouve avoir lieu à Imbolc.

Dans le calendrier chrétien, cette période calendaire-rituelle a été avancée d'un mois avec l'institution du Carême (du latin quadragesima dies, " quarantième jour "), période de purification qui anticipe une autre renaissance, celle du Christ mort sur la croix [26]. Pourtant, même au Moyen Âge, alors que le christianisme ne s'était pas répandu jusqu'aux zones rurales, le pivot du système calendaire populaire, puisqu'il sanctionnait le passage de la saison froide à la saison tempérée, était [27] :

    " [...] le 2 février, date la plus précoce possible du carnaval, jour où l'ours ou l'Homme sauvage est sorti de sa grotte pour vérifier le début du printemps. "

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Il faut noter que l'interchangeabilité entre l'Homme sauvage et l'ours dénote le caractère "médian" et "hybride" que cet animal a toujours eu dans les cultures chamaniques; il s'agit d'une tradition partagée par les Esquimaux, les Amérindiens, les souches ethniques celtes-norvégiennes-germaniques, les Lapons et les peuples d'Asie du Nord, corroborée, entre autres, par la posture érigée de l'ours et l'utilisation quasi humaine de ses appendices [28].

indartioex.jpgEn conclusion, un lien entre l'ours et un système de culte matriarcal peut également être identifié dans la figure de la déesse celte Artio, dispensatrice d'abondance, qui est étymologiquement apparentée à Artémis dans sa fonction de "Dame des animaux" (potnia theron). Artémis était également appelée Trivia (Séléné dans le ciel, Artémis sur terre et Hécate dans le monde souterrain), et il existait un sanctuaire d'Artémis à Brauron où les jeunes filles athéniennes âgées de cinq à dix ans étaient envoyées pour servir la déesse pendant un an, période pendant laquelle elles étaient appelées arktoi ("petits ours").

"Sous la forme d'ours, Artio et Artémis apparaissaient [...] à la frontière entre la culture et la nature, entre l'espace discipliné et la forêt, entre l'homme et la bête, entre la vie et la mort, et pour cette raison ils protégeaient aussi les femmes en couches " [29] - une autre caractéristique qui les rapproche de la Brigit/S. Agatha célébrée les jours de la naissance de la déesse. Agatha a célébré pendant les jours d'Imbolc. En effet, Diane/Artémis, vierge et mère comme Brigit, était également considérée comme une déesse de l'accouchement: pour preuve, le nom Artemidorus, "don d'Artémis", était courant en Grèce.

Notes :

[1] Voir Modena Altieri, Lupercalia : les célébrations cathartiques de la Februa et Maculotti, Métamorphoses et batailles rituelles dans le mythe et le folklore des populations eurasiennes.

[2] Christophe Levalois, Il simbolismo del lupo. Arktos, Turin, 1989, p. 36.

[3] Jean Markale, Le christianisme celtique et ses survivances populaires. Arkeios, Rome, 2014, p. 179.

[4] Sur la " crise solsticiale ", cf. Maculotti, Cycles cosmiques et régénération du temps : les rites d'immolation du " roi de l'année ancienne ", Le substrat archaïque des fêtes de fin d'année : la valeur traditionnelle des 12 jours entre Noël et l'Épiphanie, Cernunno, Odin, Dionysos et autres divinités du " soleil d'hiver ", De Pan au diable : la " diabolisation " et la suppression des anciens cultes européens.

[5] Georges Dumézil, La religione romana antica. Rizzoli, Milan, 1977, p. 306.

[6] Jean Markale, Prodiges et secrets du Moyen Âge. Arkeios, Rome, 2013, p. 140.

[7] Le glossaire de Cormac dit : " Brigit, fille du Dagda, la poétesse, c'est-à-dire la déesse vénérée par les poètes en raison de la grande et illustre protection qu'elle leur accorde " (Robert Graves, The White Goddess, Adelphi, Milan, 2011).

[8) C'est ainsi qu'on l'appelait dans la région de l'Italie du Nord, et surtout à Mediolanum. L'actuel Duomo de Milan a été construit sur l'ancien temple de Belisama ; d'où la caractéristique de la cathédrale, toujours en vigueur aujourd'hui, d'arborer à son point culminant une statue de la Madone au lieu de celle du Christ, un cas unique dans toute l'Europe. Robert Graves la rattache à Belili ""Déesse blanche des Sumériens", plus ancienne qu'Ištar et déesse non seulement lunaire mais aussi arboricole, ainsi que déesse de l'amour et du monde souterrain [...] Mais surtout Belili était une déesse du saule et une déesse des puits et des sources" (Graves, op. cit., p. 67). Cela la relie effectivement à une autre épithète de Brigit, Sulis.

[9] Sur Lugh, cf. Maculotti, La festività di Lughnasadh/Lammas e il dio Celico Lugh. Pour la théorie de Bachofen, cf. J.J. Bachofen, The Mothers and Olympic Manhood. Histoire secrète du monde méditerranéen antique. Publié sous la direction de J. Evola. Mediterranee, Rome, 2010.

[10] Graves, op. cit. p. 452.

[11] Cité dans Wikipédia, entrée "Brigid of Ireland" : "Analysant le culte lié au puits de Sainte Brigitte à Liscannor (Lios Ceannúir) dans le comté de Clare, Sharkey écrit dans son livre The Celtic mysteries, the ancient religion : "De nombreuses fontaines et sources ont été sacrées depuis des temps immémoriaux. Malgré l'évolution des objets de dévotion et des rituels, l'acte d'invoquer la source de vie n'a jamais été oublié. Cette fontaine était autrefois sacrée pour la déesse mère Bridget qui guérissait grâce au pouvoir du feu et de l'eau. Dans le christianisme, la déesse a été transformée en sainte Brigitte, patronne du foyer, de la maison et des fontaines sacrées". Cette fontaine, qui est un exemple typique des puits sacrés irlandais dont la tradition remonte aux cultes celtiques, est la destination d'un pèlerinage le dernier dimanche de juillet [c'est-à-dire - ajouterions-nous - juste avant Lughnasadh, la fête de Lugh, dieu de la Lumière et, donc, l'égal de Brigid/Belisama]. "A l'appui de sa réinterprétation anthropologique de la figure de la sainte, Sharkey rappelle quelques épisodes des légendes populaires irlandaises, selon lesquelles elle aurait été brûlée à l'aube du 1er février lors de la fête d'Imbolc, épisode qui rappelle un ancien rituel celtique. C'est ainsi que la nouvelle Brigit devint la patronne du foyer, de la maison, des fontaines et des guérisons". Dans cette optique, Brigit semble peut-être fonctionnellement liée à la Giöbia ou Giubiana qui, dans le nord de l'Italie, est encore brûlée dans un feu de joie au cours de la dernière semaine de janvier ; à cet égard, voir Maculotti, Il substrato arcaico delle feste di fine anno : la valenza tradizionale dei 12 giorni fra Natale e l'Epifania.

[12] Markale, op. cit. Christianisme, p. 180.

[13] Sur la valeur " positive " des dieux des morts et du monde souterrain, cf. Maculotti, Divinités du monde souterrain, de l'au-delà et des mystères.

[14] Ajoutons que le 15 février, dans le calendrier romain, on célébrait également Junon, déesse de l'accouchement, et donc en ce sens homologue de Brigit/S. Agatha.

[15] Cf. Maculotti, Lussi, la "Luminosa" : il doppio pagano e "oscuro" di Santa Lucia.

[16] Markale, op. cit. Christianisme, p. 181.

[17] Nous avons déjà parlé ailleurs de Wotan comme chef de l'"Armée sauvage" et d'autres variantes de la mythologie ; cf. Maculotti, I benandanti friuliani e gli antichi culti europei della fertilità et Mollar, I "Ghost Riders", la "Chasse-Galerie" e il mito della Caccia Selvaggia.

[18] Mario Polia, "Furor". Poésie de guerre et prophétie. Il Cerchio - Il Corallo, Padoue, 1983, p. 38.

[19] Markale, op. cit. Prodigi, p. 83.

[20] Dumézil, op. cit. p. 196.

[21] Carlo Ginzburg, Storia notturna. Una decifrazione del sabba. Einaudi, Turin, 1989, p. 130. Sur ce sujet, cf. Maculotti, Metamorphosis and ritual battles in the myth and folklore of Eurasian populations.

[22] Claude Gaignebet, Le Carnaval. Payot, Paris, 1974, p. 17.

[23] Massimo Centini, L'uomo selvatico. Oscar Mondadori, 1992, p. 93.

[24) Cette croyance populaire est encore vivante aujourd'hui, bien qu'à la manière particulière de notre époque. Dans le célèbre film "Groundhog Day" (1993) de Harold Ramis, Phil Connors (joué par Bill Murray) joue le rôle d'un présentateur météo de la télévision qui doit se rendre dans la petite ville de Punxsutawney, en Pennsylvanie, pour faire un reportage sur le traditionnel "Groundhog Day", un jour férié célébré aux États-Unis et au Canada le 2 février, en même temps qu'Imbolc/Candelora. Là encore, la sortie de la marmotte (Marmota monax) de son terrier serait liée à l'arrivée du printemps (ou à son retard de 40 jours) : la tradition veut que si la marmotte sort et ne voit pas son ombre parce que le temps est nuageux, l'hiver sera bientôt terminé ; si, au contraire, elle voit son ombre parce qu'il fait beau, elle sera effrayée et retournera dans son terrier, et l'hiver se poursuivra pendant encore six semaines. Cette tradition est dérivée d'une rime écossaise : "Si le jour de la Chandeleur est clair et lumineux, il y aura deux hivers dans l'année".

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[25] Markale, op.cit. Christianisme, p. 178.

[26] Sur le Carême, cf. Le Carnaval et le Carême : significations et héritages traditionnels.

[27] Jean-Claude Schmitt, Religion, folklore et société dans l'Occident médiéval. Laterza, Bari, 1988, p. 35.

[28) L'idée de frontières perméables entre le corps humain et l'ursidé est sans doute très archaïque, certainement paléolithique, en effet "on n'expliquerait pas autrement sa diffusion dans tout l'hémisphère nord, de l'Europe à l'Amérique du Nord" comme un personnage privilégié de la tradition mythique, sous les traits de l'initiateur de l'humanité aux mystères chamaniques [Paolo Galloni, Cacciare l'orso nelle foreste medievali (ovvero, degli incerti confini tra umano e non umano) in Atti e Memorie della Società Pistoiese di Storia Patria]. 

[29] Germana Gandino, L'orso nelle tradizioni celtiche e germaniche. In Rivista Storica Italiana, année CXXVI - fascicolo 111, Edizioni Scientifiche Italiane, décembre 2014, p. 726.

Bibliografia:

  • J.J. Bachofen, Le madri e la virilità olimpica. Storia segreta dell’antico mondo mediterraneo. A cura di J. Evola. Mediterranee, Roma, 2010.
  • Alfredo Cattabiani, Lunario. Dodici mesi di miti, feste, leggende e tradizioni popolari d’Italia. Mondadori, Milano, 2002.
  • Massimo Centini, L’uomo selvatico. Mondadori, Milano, 1992.
  • Georges Dumézil, La religione romana antica. Rizzoli, Milano, 1977.
  • Claude Gaignebet, Le Carneval. Payot, Paris, 1974.
  • Paolo Galloni, Cacciare l’orso nelle foreste medievali (ovvero, degli incerti confini tra umano e non umano) in Atti e Memorie della Società Pistoiese di Storia Patria. 
  • Germana Gandino, L’orso nelle tradizioni celtiche e germaniche. In Rivista Storica Italiana, anno CXXVI – fascicolo 111. Edizioni Scientifiche Italiane, dicembre 2014.
  • Carlo Ginzburg, Storia notturna. Una decifrazione del sabba. Einaudi, Torino, 1989.
  • Robert Graves, La Dea Bianca. Adelphi, Milano, 2011.
  • Christophe Levalois, Il simbolismo del lupo. Arktos, Torino, 1989.
  • Jean Markale, Il cristianesimo celtico e le sue sopravvivenze popolari. Arkeios, Roma, 2014.
  • Jean Markale, Prodigi e segreti del Medioevo. Arkeios, Roma, 2013
  • Mario Polia, «Furor». Guerra poesia e profezia. Il Cerchio – Il Corallo, Padova, 1983.
  • Alwyn e Brinley Rees, L’eredità celtica. Antiche tradizioni d’Irlanda e del Galles. Mediterranee, Roma, 2000.
  • Pierre Saintyves, I santi successori degli dei. L’origine pagana del culto dei santi. Arkeios, Roma, 2016.
  • Jean-Claude Schmitt, Religione, folklore e società nell’Occidente medievale. Laterza, Bari, 1988.

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La Chandeleur ou la journée des crêpes

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La Chandeleur ou la journée des crêpes

Dirk Dox

Source: Nieuwsbrief nr 1 - Louwmaand 2022 - Traditie - nieuwsbrief@traditie.be

 
"Il n'y a pas de bonne petite femme si pauvre qu'elle ne réchauffe point sa poêle le jour de la Chandeleur".

Il existe de nombreuses hypothèses sur l'origine de la Chandeleur et la tradition de la cuisson des crêpes. Dans nos régions, le 2 février était autrefois l'un des deux jours où la population rurale pouvait changer d'emploi ou de ferme. On le célébrait le soir avec une sorte de gâteau de foyer, qui s'est ensuite transformé en crêpes. 

On dit aussi que les crêpes, de par leur forme ronde et leur couleur dorée, rappellent le disque du soleil, évoquant ainsi le retour du printemps, ce qui expliquerait pourquoi on fait des crêpes à la Chandeleur, période de l'année où les jours ne cessent de rallonger. C'est également à cette époque que les semailles d'hiver ont commencé. Les restes de farine de la récolte précédente étaient donc utilisés pour fabriquer ces crêpes, symbole de prospérité pour l'année à venir. Selon la tradition, quiconque mange des crêpes à la Chandeleur aura une année prospère. Il est certain que cette coutume trouve ses racines dans des traditions connues dans toute l'Europe. 

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L'Empire romain célébrait la fête des Lupercales, une fête de purification qui se tenait dans la Rome antique du 13 au 15 février, c'est-à-dire à la fin de l'année romaine, qui commençait le 1er mars. En 494, les "bougies" ont été associées à la Chandeleur par le pape Gélase Ier, qui a été le premier à organiser des processions aux flambeaux le 2 février. Dans les églises, les torches ont ensuite été remplacées par des bougies bénites dont la lueur devait éloigner le mal et rappeler que le Christ est "la lumière du monde". D'où le nom de "Messe de lumière", Lichtmis. La "Fête de la Chandeleur" française et le "Candlemas Day" anglais font référence aux bougies.

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Les Celtes célébraient Imbolc le 1er février. Ce rite en l'honneur de la déesse Brigit (dans l'église, Sainte Brigitta !) célébrait la purification et la fertilité de l'hiver à venir. Les agriculteurs portaient des torches et marchaient en procession dans les champs, suppliant la déesse de purifier la terre avant de semer. 

Dans de nombreux pays, la tradition veut que l'on conduise une charrue attelée dans les champs au printemps pour demander une bonne année ou une bonne récolte. Autrefois, il s'agissait d'une procession aux flambeaux, mais au Luxembourg, la tradition actuelle du Liichtmëssdag est une fête à laquelle les enfants peuvent participer. Par petits groupes, ils parcourent les rues l'après-midi ou le soir du 2 février, avec un bâton enflammé ou une lanterne artisanale à la main, pour chanter une chanson traditionnelle (de préférence "Léiwer Härgottsblieschen") dans chaque maison ou magasin. ... Ils espèrent recevoir en retour une récompense sous forme de bonbons ou de monnaie (auparavant bacon, petits pois, biscuits).

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La fête de la Lichtmis annonce également le printemps. La lumière du jour est déjà plus longue d'une heure et un dicton dit : "Le soleil à Lichtmis nous apporte le printemps plein de fleurs et de joie". Ce jour est également important pour les apiculteurs car, selon le calendrier populaire, un ciel clair à la Chandeleur prédit une année favorable pour les abeilles.

Célébrez-vous également cette fête de la lumière ? N'hésitez pas à partager vos expériences avec nous sur Facebook ou sur info@traditie.be, ou à nous tenter avec des photos de vos gâteaux au tournesol !


 
La fête de Lichtmis (= la Chandeleur)
 
Benny Vangelder

Le 2 février, les chrétiens célèbrent la Chandeleur. Cette fête tombe quarante jours après Noël et, selon la tradition juive, une femme devait se purifier et purifier son enfant dans le temple quarante jours après avoir accouché. Mais la fête des lumières a aussi des racines païennes. Après tout, la fête païenne des lumières était la célébration du retour de la lumière après la période hivernale, l'introduction du printemps, mais aussi la purification par le feu. Je me souviens qu'enfant, j'allais cueillir des brindilles de saule au printemps. Introduire les brindilles, c'est introduire la nature renaissante. Et, bien sûr, la crêpe...

La fête lupercalienne à Rome : Cupidon et les personnifications de la fertilité rencontrent les Luperci déguisés en chiens et en chèvres -(Christie's, LotFinder : entrée 5582111 (vente 5688, lot 47, Londres, 3 juillet 2012). Dans les textes latins, la Chandeleur est appelée Festa cereorum, c'est-à-dire "fête des chandelles". c'est-à-dire "fête des chandelles" (cereus est "bougie de cire" - notez la ressemblance avec cer, ker, c'est-à-dire "créer", mot racine que l'on retrouve dans le nom de la déesse Cérès), cf. l'anglais Candlemas.

La fête de la lumière était à l'origine célébrée au début du mois de février, mais comme d'autres fêtes païennes, il s'agit d'une période plutôt que d'un moment. Elle s'inspire très probablement des Lupercales, une fête romaine au cours de laquelle les gens marchaient dans les rues avec des torches et chantaient à tue-tête. De cette façon, les dernières forces obscures ont été chassées et la lumière a été ramenée. Il s'agissait d'une fête en l'honneur de Lupercus, un dieu loup vieux romain - égal à Faunus - qui était le dieu des troupeaux et de la fertilité.

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Lors de leur festin, les Luperci, jeunes hommes déguisés en loups (c'est-à-dire en loups-garous), accomplissaient un rituel de purification - selon d'autres, un rituel de mort et de renaissance - symbolisant le retour de la Lumière. Ils ont également frappé les passants avec des fouets, avec lesquels ils voulaient provoquer la fécondité. Ces fouets étaient faits de bandes de peau d'une chèvre abattue, que l'on appelait Februi, d'où le nom Februarius pour le mois au cours duquel la fête avait lieu. Une autre explication est que les chiens étaient poursuivis dans la ville avec des torches enflammées attachées à leur queue. Dans le nom Lupercalia, nous trouvons le mot lupus ("loup") - notez la ressemblance avec lux ("lumière"), qui est encore mieux perceptible en grec : lykos ("loup") et lykè ("lumière").

Dans la Rome antique, Februarius était, selon la plupart des sources, le mois de purification par excellence (februa signifie "purification" ou "expiation") et la période pendant laquelle les gens se purifiaient de leur culpabilité envers les dieux par des sacrifices lors de processions aux flambeaux (sacrifices expiatoires). Il s'agissait des "Ambularia", des processions solennelles auxquelles participaient des milliers de personnes. L'événement principal des festivités faisait référence au vol de Proserpina par Pluton, après quoi Cérès est partie à la recherche de sa fille kidnappée à la lueur des torches.

Plus tard, selon un décret du pape Gelagius/Gélase (492), cette fête païenne est devenue une fête chrétienne en l'honneur de la purification de Marie. Ainsi, la transition s'est faite de la déesse romaine Cérès à la mère chrétienne Marie. Les torches ont été remplacées par des bougies qui ont été brûlées en l'honneur de la Vierge Marie. Dans un sermon de Grégoire le Grand, nous lisons : "Depuis plusieurs années, nous avons adopté cette cérémonie des anciens, le 2 février, en l'honneur de la Bienheureuse Marie".

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Beda Venerabilis/Bède le Vénérable (725) se félicite alors du succès de cette transition: "Le jour de février consacré à Marie, tout le peuple se rend en procession aux églises en chantant des hymnes. Tous ont des bougies allumées à la main. Le cardinal Baronius (1538-1607) a écrit ce qui suit à ce sujet: "Comme nos saints ancêtres n'ont pas pu éradiquer complètement cette coutume, ils ont décrété qu'en l'honneur de la Vierge Marie on devait porter des bougies allumées. C'est ainsi que l'on fait maintenant en l'honneur de la Sainte Vierge ce qui se faisait autrefois en l'honneur de Cérès. Et ce qui a été fait avant pour Proserpina, est fait maintenant pour la louange de Marie".

Les Ambularia susmentionnés étaient des processions de feu typiques que l'on retrouve dans toute la zone indo-européenne, soit avec des torches, soit avec des récoltes illuminées, soit avec des rouets en feu. Sachant que les processions étaient populaires parmi les peuples romanisés et le chant parmi les peuples germaniques, la combinaison des deux était un mouvement tactique pour christianiser les coutumes païennes en les transformant en processions de louange.

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La recherche de Proserpine par Cérès est probablement plus connue dans sa version grecque, dans laquelle Hadès, le dieu des enfers, enlève Perséphone. Elle est recherchée par sa mère Déméter, la déesse de l'agriculture et des récoltes. Au cours de ses recherches, Déméter arrive à Éleusis, où elle se morfond pendant un an. Pendant ce temps, les cultures se fanent et les gens meurent. Zeus intervient et ordonne à Hadès de libérer Perséphone. De cette façon, Déméter peut être à nouveau réunie avec sa fille. Mais Perséphone a mangé une grenade sacrée dans le monde souterrain et est donc obligée de passer une partie de l'année avec Hadès. À Éleusis, un temple a été érigé en l'honneur de Déméter et le culte des mystères éleusiniens est né.

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L'anthropologue écossais J. G. Frazer (1854-1941) donne l'explication suivante: "Déméter est la récolte mûre de cette année, et Perséphone le grain qui en est extrait et semé en automne pour apparaître au printemps. La descente de Perséphone aux enfers serait donc une représentation mythique des semailles, sa réapparition au printemps représenterait la germination du jeune grain. Ainsi la Perséphone d'une année devient la Déméter de l'année suivante". On retrouve ici la même représentation cyclique de la Vierge et de la Mère que j'ai déjà explicitée dans un article précédent sur "Le Père, le Fils et la Vierge". Bien sûr, il ne faut pas faire des mythes une simple explication naturaliste des phénomènes. Le fluide divin qui émane et est présent de manière plus immanente lorsque la nature revit, et se retire, pour ainsi dire, lorsque la nature meurt, en est aussi une représentation et une métaphore. Cette interaction entre Dieu(x) et la nature, dans laquelle les deux se distinguent et coïncident également, peut servir de représentation concrète en ce qui concerne la renaissance et la mort, la création et la destruction, l'ordre et le chaos, comme la plupart des tournants rituels de l'année.

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Voilà pour le contexte chrétien et classique de la fête des lumières. Chez les Celtes irlandais, en l'honneur de la déesse Bridget, début février, avait lieu Imbolc, la fête de la purification par le feu. Le nom Imbolc apparaît pour la première fois dans le récit irlandais médiéval Tochmarc Emire, dans lequel le personnage principal Emer l'utilise pour indiquer le début du printemps. C'est l'époque où les premières brebis étaient traites et, dans un dictionnaire du Xe siècle, Imbolc est donc traduit par "lait de brebis". Un autre nom pour la fête est donc Oimelc. Imbolc s'étendait du coucher du soleil du 31 janvier au coucher du soleil du 2 février. Le feu sacré qui y était allumé n'était pas accessible aux hommes et à Killdare, même les prêtresses s'y consacraient. Cela rappelle beaucoup la déesse romaine Vesta et ses vierges vestales, qui gardaient également le feu sacré. Ces prêtresses celtiques étaient appelées Korrigan. Le sanctuaire païen de Killdare est ensuite devenu un couvent et les prêtresses païennes sont devenues des religieuses. 

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Les gens dansaient autour des feux de printemps d'Imbolc et les cendres de ces feux étaient dispersées dans les champs et les vergers d'arbres fruitiers. Ils fabriquaient également un lit à partir d'une gerbe de céréales en l'honneur de Bridget. Imbolc était également lié à la fête des semailles (voir ci-dessous), au cours de laquelle les derniers grains de la récolte précédente étaient transformés en une croix de Brigid. Cette croix pré-chrétienne contenait la force vitale du grain et symbolisait le champ de blé. De nos jours, Imbolc est principalement célébré par les sorcières Wicca ou modernes, qui allument leurs bougies artisanales en l'honneur de Bridget et tressent une croix de Brigid. Mais dans les îles britanniques, c'est encore aujourd'hui un véritable festival folklorique. Bridget était si importante qu'elle est devenue Sainte Brigitta, dont la fête tombe le 1er février et est célébrée en Irlande, au Pays de Galles et en Australie. 

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Dans la tradition germanique, nous trouvons un contraste frappant entre le loup (Fenrir) et la lumière (Sun, Sunna). Le loup avale le soleil pendant le Ragnarök. La fête des lumières a été instituée pour chasser le loup et libérer le soleil. Pensez au Petit Chaperon rouge (le soleil), qui, dans la version de Grimm, est libéré du ventre du loup par le chasseur (Odin, dans sa manifestation plus jeune sous le nom de Widar). Le soleil qui est avalé par Fenrir pendant le Ragnarök sera remplacé après le Ragnarök par sa fille, le nouveau soleil (le cycle éternel de régénération). 
 
Vafthrudnismal (47) :
Une fille portera Alfrodul,
avant qu'elle ne tue Fenrir ;
C'est alors qu'on chevauchera, quand les devins mourront,
Cette jeune fille aura les manières de la mère.

imaidunges.jpgOn trouve également dans les mythes nordiques une variante de l'enlèvement de Perséphone dans les mythes grecs. C'est l'enlèvement de la déesse Idun par le géant Thjazi, déguisé en aigle. Comme les pommes d'or d'Idun ont également été volées par ce dernier, les dieux vieillissent rapidement et la nature commence à dépérir. Le libérateur de la déesse du printemps n'est pas ici un chasseur ou Odin mais Loki. Il emprunte la toile de faucon de Freyja et se transforme en faucon. Il s'envole ensuite vers le monde des géants, où il trouve Idun seule dans la maison de Thjazi. Loki la transforme en noix et s'envole vers Asgard avec la noix dans ses griffes. Thjazi, cependant, voit cela et se transforme en aigle, après quoi il se lance à sa poursuite. Les Ases voient les deux oiseaux s'approcher et allument un grand feu derrière les murs d'Asgard. Loki et Idun parviennent à atteindre Asgard à temps, mais Thjazi ne peut pas ralentir assez vite à cause de son énorme vitesse et fonce par-dessus le mur directement dans le feu. Il est ensuite tué par les Ases et ses yeux sont placés comme des étoiles dans le ciel par Odin.

Cependant, je voudrais faire un commentaire sur ce parallèle. Les deux mythes (le grec et le scandinave) traitent de l'enlèvement de la déesse qui sera ensuite sauvée. Mais là où le grec fait une connotation claire avec la création des saisons et où Perséphone reste avec sa mère pendant une demi-année, et avec Hadès pendant une demi-année, ce n'est pas le cas avec Idun. Après le sauvetage d'Idun, le géant Thjazi est tué et il n'y a pas de retour cyclique d'Idun dans le monde des Dieux et le monde des géants respectivement. Le mythe souvent cité pour expliquer les saisons est celui de Freya à la recherche de son mari Odr. Les raisons du départ d'Odr dépassent le cadre de cet article. Son départ la rendit si triste qu'elle partit à sa recherche. Quand Freya a quitté Asgard, l'automne et l'hiver ont rapidement commencé. Elle finit par retrouver Odr sous un laurier. Pendant leur voyage de retour à Asgard, le printemps est venu, puis l'été.

Retour à la fête des lumières. L'expulsion de l'hiver est symbolisée par la combustion d'un mannequin (cf. Thjazi), une coutume qui a encore lieu aujourd'hui lors du carnaval. En Frise, l'incendie d'une poupée en l'honneur de Wodan était connu à la date du 21 février. C'est ce qu'on appelle les Biikenbrennen.

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La fête des lumières coïncide avec le carnaval, la fête populaire au cours de laquelle le chariot en forme de bateau est tiré dans les rues. Grâce aux températures plus douces du printemps, les rivières sont à nouveau navigables. L'historien romain Tacite décrit deux fêtes sacrificielles, dans Germania à propos de la déesse Nerthus, et dans ses Annales à propos du général romain Germanicus, qui mentionne la fête de Tamfana. Les dates, cependant, ne sont pas mentionnées. Jan de Vries affirme que la fête sacrificielle de Nerthus tombait au printemps, et celle de Tamfana en automne. 

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En ce qui concerne Nerthus, le raisonnement est que, selon la description de Tacite, le prêtre remarque quand la déesse est sur son île. La présence de Nerthus dans la forêt sacrée peut peut-être indiquer le bourgeonnement des feuilles au début du printemps. Et parce que de telles fêtes sacrificielles en l'honneur d'une déesse se retrouvent également chez d'autres peuples indo-européens au printemps. La fête de la déesse mère Nerthus, qui a voyagé de son île sainte vers le monde profane et a été transportée à travers les champs sur un chariot représentant un bateau, a très probablement eu lieu au printemps. Les Romains avaient une fête similaire où Cérès était tirée à travers les champs, et après la christianisation, la même chose est arrivée à la statue de la Mère Marie. Lors de la fête germanique du sacrifice en l'honneur de Nerthus, il y avait également des processions aux flambeaux et des sacrifices sous forme de nourriture et de boisson et parfois d'animaux. 

Concernant Tamfana (ou Tanfana), Tacite décrit que le général Germanicus a perturbé la fête du sacrifice de Tamfana. En outre, Tacite donne deux indications quant aux moments, à savoir la mort de l'empereur Auguste (qui a eu lieu le 19 août 14 après J.-C.) et la pleine lune la nuit de l'attaque de la tribu des Marches. Les nuits avec une pleine lune qui conviennent le mieux à l'année 14 AD, après le 19 août, sont le 28 septembre, ou le 27 octobre si nécessaire. Donc autour de l'équinoxe d'automne et/ou de la fin de la récolte. Ces deux fêtes sacrificielles de printemps et d'automne rappellent le Disablot scandinave, librement traduit par "Sacrifice aux déesses". Ces fêtes sacrificielles avaient lieu à la fois en automne, lorsque l'automne devenait hiver, c'est-à-dire à la fin de la période des récoltes, et au printemps. A Uppsala en Suède, il y a toujours le Disting. Il s'agissait à l'origine d'un "événement" de trois jours composé d'une foire annuelle, d'une Assemblée (Thing) pour tous les Suédois en combinaison avec le Disablot et qui se tenait quelque part vers la fin du mois de février/début du mois de mars. Après la christianisation de la Suède, cette foire annuelle a été déplacée à la Chandeleur. 

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Petit hôtel au foyer pour la fête de Disablot en Scandinavie.

Les peuples baltes connaissaient la déesse du feu Gabija ou aussi Panike. Ce dernier était appelé Ponyke par les Prussiens et Uguns Mate par les Lettons. Notez la relation étymologique entre les ouguns et le dieu du feu indien Agni. Gabija était la déesse du foyer et est similaire à la Vesta romaine ou à la Bridget anglo-irlandaise. Gabija était aussi la déesse du blé, comme Déméter ou Cérès. Pendant la christianisation, elle a fusionné avec Sainte Agathe. Agatha de Sicile aurait empêché une éruption de l'Etna alors qu'elle priait. Elle est invoquée pour la guérison des brûlures. La fête de son nom tombe le 5 février, trois jours seulement après la Chandeleur. Les Romuva contemporains (c'est-à-dire les païens lituaniens) célèbrent toutefois une fête dédiée au dieu du tonnerre Perkunas au début du mois de février. Pour eux, la fête des lumières est dédiée au feu sacré qui est apporté par la foudre céleste.

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Le char de Sainte-Agathe de Catane (Sicile).

Le retour du soleil était et est célébré par la cuisson de crêpes, ces délices ronds et jaunes qui représentent le soleil. La Chandeleur est également connue sous le nom de "crêpes de la Vierge", une fête célébrée dans  toutes les couches de la population et pour laquelle on dit : "Aussi pauvre que soit la femme, à la Chandeleur elle réchauffera sa poêle". Dans certaines régions, la cuisson des crêpes a été remplacée par la cuisson de boules d'huile ou de beignets aux pommes. 

La fête des lumières est également appelée la fête des semailles ou des labours. Pendant cette période, il fait déjà assez chaud pour semer à nouveau. La terre vierge du printemps, qui n'a pas encore été ensemencée, est déchirée à l'aide d'une charrue sacrée. Dans le sillon était ensuite saupoudré un peu de grain de la récolte précédente pour s'assurer que la prochaine récolte serait aussi bonne. Remarquez que la fête des semailles de février, dans la roue de l'année, est directement opposée à la fête de la moisson d'août. Ces deux fêtes sont très étroitement liées : semer et récolter, ou créer et tuer, sont les deux faces d'une même pièce. La fête des semailles précède donc la fête du printemps, la renaissance de la nature. La fête de la moisson, qui était aussi une fête d'automne (cf. l'anglais harvest), la mort de la nature, précède la fête de la mort. La mort est également représentée par une faux de fauchage.

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Si nous gardons tous ces faits à l'esprit, et que nous les regardons à partir de la tradition germanique/nordique, alors la Marie de la fête des lumières chrétienne dans notre fête des lumières païenne n'est autre que la déesse à laquelle on sacrifiait à l'époque ; les Disen en Scandinavie comme Idun et Freya. La poupée que nous brûlons est le géant Thjazi. Le fait que Marie soit portée dans les champs est une continuation du culte des champs de la Déesse Mère comme Nerthus ou Ceres. (Notez que lors des fêtes de la moisson, c'est alors la vieille femme qui est la mère du blé comme Holle, Perchta, et, qui sait, probablement Tamfana aussi...). En février, la nature commence à renaître et c'est pourquoi on apporte de jeunes brindilles dans la maison, on en frappe les arbres pour réveiller la nature, ou sur les fesses des femmes pour réveiller leur fertilité. L'hiver a été chassé, le printemps arrive, les jours s'allongent, la lumière revient et le nouveau soleil, la fille d'Alfrodul, gagne en force. 

Sources :

- De Vries, J. (1994). Edda. (goden- en heldenliederen uit de Germaanse oudheid)/ingeleid, vertaald en geannoteerd door Jan de Vries. Ankh-Hermes – Deventer.
- Barnet, M. (1998). Goden en mythen van de Romeinen. ADC - Nazareth
- Trouillez, P. (2019). De Germanen en het Christendom. (een bewogen ontmoeting in de 5de – 7de eeuw). Omniboek – Utrecht.
- Van Gilst, A. (2012). Van Sint Margriet tot Sint Katrien. (oogst en herfst in ons volksleven). Aspekt – Soesterberg.
- Vermeyden, P. & Quak, A. (2000). Van Aegir tot Ymir.(personages en thema’s uit de Germaansen en Noordse mythologie). Sun – Nijmegen.
 

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lundi, 31 janvier 2022

Parution du n°447 du Bulletin célinien

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Parution du n°447 du Bulletin célinien

2022-01-BC-Cover.jpgSommaire :

Entretien avec Jean Guenot

Céline dans France-Soir (1946-47) 

Entretien avec Oskar Hedemann

Inénarrable Roussin

Suspicion et mauvaise foi. C’est ce qui caractérise l’article de Philippe Roussin sur l’affaire des manuscrits retrouvés. Il tance les ayants droit et loue le receleur. Selon lui, il n’y eut d’ailleurs pas de recel puisqu’il n’y eut pas de vol ! Explication : les manuscrits furent « abandonnés » [sic] par Céline. Spécieux. Tout juste si Roussin ne le suspecte pas d’avoir laissé ouverte la porte de son appartement lorsqu’il s’enfuit le 17 juin 1944. Peu importe que celui-ci ait écrit : « On ne va rien toucher à l’appartement on reviendra… l’on ne peut pas dire que l’on ne reviendra jamais. » Si Céline avait été propriétaire (et non locataire) de l’appartement rue Girardon, Roussin serait-il aussi péremptoire ? Ce qui l’insupporte, c’est que, dans cette affaire, l’écrivain soit considéré comme un volé, et donc une victime. Logique : si l’écrivain n’a pas été volé, les ayants droit  n’avaient  aucune raison  d’ester en justice. Ce que Roussin omet soigneusement de préciser, c’est que si François Gibault et Véronique Chovin ont déposé plainte, c’est parce que Thibaudat refusait obstinément de restituer ces manuscrits qui leur appartiennent. Et entendait décider seul de leur sort : en l’occurrence, en faire don à l’Institut Mémoire de l’Édition (IMEC) dont il est proche. Par ailleurs, le fait que ce recel ait privé Lucette d’une joie certaine ne préoccupe nullement Roussin. Pas davantage le fait qu’à la fin de sa vie, elle avait un pressant besoin d’argent, ayant à rémunérer plusieurs personnes qui s’occupaient d’elle en permanence. Thibaudat, lui, se considérait comme le dépositaire des manuscrits, ce qui l’a autorisé à les garder par devers lui pendant des années. Le conseil des ayants droit, Jérémie Assous, n’a pas tort de dire que le journaliste de Libé est comparable à quelqu’un qui aurait gardé pendant des décennies dans son salon une toile de maître volée. Mais, de toute évidence, le droit moral et patrimonial des héritiers, Roussin n’en a cure. Mieux : il leur fait un procès d’intention en subodorant qu’ils pourraient garder sous le boisseau des textes compromettants, ce qui est saugrenu, connaissant l’objectivité du biographe qu’est Gibault. Roussin, auteur d’un livre sur Céline de 800 pages, a-t-il jamais éprouvé pour l’écrivain « une admiration sans bornes », à l’instar de  Taguieff et Duraffour  qui  nous firent  cette  confidence dans leur livre obèse ? Sûrement pas. On comprend même, entre les lignes, que Céline ne mérite pas, selon lui, le statut de « plus grand écrivain français du XXe siècle » qu’on lui accorde généralement. Et de citer complaisamment l’appréciation de Houellebecq  qui  le considère  comme  « un auteur  ridiculement  surévalué ». Venant de la part de quelqu’un dont le style est aussi plat qu’une limande, cela prête à sourire. Quant à Roussin, il estime qu’il faut rendre grâce à ceux qui ont “recueilli” ces manuscrits pendant des décennies. Et qu’il faut, en revanche, juger âprement les ayants droit qui ont eu le front de déposer plainte. Il importe surtout de condamner, une fois encore et toujours, les fautes dont Céline s’est rendu coupable. Et de ressasser ad libitum les éléments du procès qui lui est intenté depuis près de 80 ans. C’est qu’il s’agit pour Roussin de conjurer « le mauvais vent d’hiver maurrassien de l’époque ».  De la part d’un fonctionnaire, on pouvait s’attendre à davantage de réserve. L’ironie de l’histoire étant que cet article soit publié sur un site internet placé sous l’égide de Maurice Nadeau qui prit fait et cause pour Céline lorsqu’il était exilé.

• Philippe ROUSSIN, « Déshonneur et patrie : retour sur l’affaire Céline », En attendant Nadeau, 15 décembre 2021 [https://www.en-attendant-nadeau.fr/2021/12/15/deshonneur-patrie-affaire-celine].

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Marc Laudelout 

Céline à hue et à dia 

 

Louis-Ferdinand Céline est un immense écrivain. Il fut aussi antisémite et souhaita la victoire des forces de l’Axe. Deux raisons pour lesquelles il est légitime pour beaucoup de le honnir. Mais ce n’est pas suffisant pour certains qui, ajoutant la diffamation à la détestation, l’accusent d’avoir été un vil délateur, un auxiliaire de la police allemande et un partisan du génocide. Sans apporter aucune preuve formelle et contredisant ainsi les spécialistes intègres de l’écrivain : « Ses pamphlets ne présentent pas d’appel au meurtre explicite » (R. Tettamanzi) ; « Céline n’avait pas voulu l’holocauste et n’en avait pas même été l’involontaire instrument » (F. Gibault) ; « Les mesures que Céline préconise contre les juifs se suffisent à elles-mêmes, sans qu’on aille jusqu’à lui prêter une idée ou un désir d’extermination » (H. Godard).

 

D’autres enfin, pour enfoncer le clou, affirment que c’est un écrivain surévalué. Dans cet ouvrage, Marc Laudelout, éditeur du Bulletin célinien depuis 40 ans, épingle ces anticéliniens rabiques. Il évoque aussi diverses interférences littéraires, dresse le portrait de quelques figures (dont les « céliniens historiques ») et explore quelques faits liés à la biographie ainsi qu’à la réception critique de l’œuvre.

 

Un volume broché de 412 pages,  25 € frais de port inclus.

Exemplaire dédicacé sur demande.

 

Mode de règlement : chèque (bancaire ou postal) à l’ordre de M. Laudelout. Ou par virement bancaire sur le compte LCL du Bulletin célinien à Lille : IBAN : FR59 3000 2082 3100 0019 5794 L60 (BIC : CRLYFRPP).

Dans ce cas, il est recommandé de nous adresser un courriel signalant ce virement.

 

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L'idée de la désintégration des États-Unis fait son chemin dans les masses.

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L'idée de la désintégration des États-Unis fait son chemin dans les masses

Vladimir Mikheev

Ex: http://www.elespiadigital.com/index.php/noticias/politica/36486-2022-01-14-00-23-27

Au moins une centaine, sinon plus, de nouveaux États apparaîtront au cours des cent prochaines années, a prédit le blogueur américain Jared Brock dans son billet du 16 novembre 2021 sur le portail d'opinion libéral Medium. La force motrice du séparatisme, étant donné que la multiplication des sujets de droit international sera causée par la fragmentation de pays grands et complexes, et génèrera des contradictions irréconciliables.

Comme justification, l'auteur a cité le fait qu'il existe dans le monde "650 groupes ethniques majeurs, quelque 9800 catégories culturelles et ethno-linguistiques". Dans le même temps, j'ai ajouté 108.000 "sociétés enregistrées au registre public" (dont les actions sont négociées en bourse), qui souhaitent acquérir leurs propres parcelles de terrain et devenir totalement indépendantes.

Même si cette dernière thèse fait écho à l'idée de Klaus Schwab de concentrer les pouvoirs du gouvernement mondial dans les sociétés transnationales, l'idée de Brock la contredit essentiellement: ce sont les Etats qui resteront les détenteurs de la souveraineté.

Pour eux-mêmes

La divination la plus importante de l'oracle autoproclamé était l'affirmation que les États-Unis d'Amérique allaient bientôt se désintégrer ... en 12 états. Ils sont nommés par leur nom.

Les États occidentaux de Washington et de l'Oregon deviendront la Cascadie, dont les frontières seront déterminées par la biorégion du même nom (Cascadia Bioregion). La nouvelle formation comprendra la province canadienne de la Colombie-Britannique, les mégapoles telles que Seattle, Portland et Vancouver devenant des structures d'appui.

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L'Utah, havre mormon, changera son nom en Deseret et reprendra une partie du Nevada. Par ailleurs, il est apparu le 7 décembre que les responsables de l'Utah - malgré le boycott diplomatique des Jeux olympiques et paralympiques en Chine officiellement annoncé par les États-Unis - enverront leur délégation dans l'Empire céleste pour tirer les leçons de l'expérience.

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"La Nouvelle-Angleterre deviendra le fournisseur mondial de myrtilles, de sirop d'érable et d'aventures de ski en hiver", prophétise le blogueur à la manière de Cassandre. "New York (douzième économie mondiale) sera la première ville-État dont les gratte-ciel seront complètement submergés en raison de la hausse du niveau des mers" .

La région des plaines, composée des États de l'Iowa, du Kansas, du Minnesota, du Missouri, du Nebraska, du Dakota du Nord, du Dakota du Sud (bassin du Mississippi Nord), "continuera à nourrir le monde comme une commune agricole géante, qui grouillera probablement de libertaires amateurs de bitcoins "souverains"".

Dans le Sud profond (les États de l'Alabama, de la Géorgie, de la Louisiane, du Mississippi et de la Caroline du Sud), les minorités vont commencer à partir, les "coloureds" vont créer un État appelé "République de Nouvelle Afrique". Les Blancs, se sentant comme des invités indésirables, se précipiteront pour chercher une résidence permanente en Floride et ainsi, selon la prophétie de Brock, plonger les anciens "États du coton" dans un chaos total.

Le paradis des oranges, la Floride, n'est pas mentionné comme un État potentiel sous le toit de l'Amérique. Mais la dynamique communauté hispanique, qui donne le ton et le rythme du développement économique (parfois avec une légère brume de narcotiques), peut se permettre de peser le pour et le contre d'un voyage en solitaire. Les relations privilégiées avec de nombreux pays d'Amérique latine peuvent compenser la rupture des liens avec Washington et Wall Street.

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Les séparatistes les plus désespérés vivent, selon Brock, en Californie, la cinquième économie mondiale (devant la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, l'Inde et des centaines d'autres en termes de PIB). Selon les sondages, rappelle l'auteur, 32% des Californiens "soutiennent déjà le Calexit (par analogie avec le Brexit)".

 Wikipedia cite deux groupes de citoyens en colère parmi les forces motrices: le California National Party et le California Freedom Coalition. Mais en premier lieu, cela concernerait... le gouvernement russe. Ils font référence à une publication de la BBC qui aurait identifié des hackers et des trolls russes de Saint-Pétersbourg qui ont promu l'idée de l'indépendance de la Californie et du Texas sur Twitter.

Même s'il y a des haters de Thatcher et de Nuland dans la ville sur la Neva, pour qui la désintégration de la Fédération de Russie en petites principautés similaires serait la base idéale pour un nouvel ordre mondial s'il existe une "usine à trolls" et un groupe de "vengeurs du peuple" prêts à répondre à une agression hybride de leur propre initiative. L'Occident est contre la Russie - qu'est-ce que les fonctionnaires ont à voir là-dedans ?

La vérité est que des tendances centrifuges sont observées depuis longtemps au Texas. La majorité hispanique pourrait proclamer, toujours selon Brock, "la République du Texas, qui aura la onzième armée du monde, la dixième économie, son propre réseau électrique et suffisamment d'énergie solaire et éolienne pour être un exportateur net d'énergie propre".

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Quant aux fréquentes mentions dans les médias sociaux de la probabilité d'une désintégration des États-Unis dans des formations proto-étatiques, la principale source d'inspiration et les fantasmes sauvages ne sont pas du tout présentés au public par des "bots du Kremlin", mais par des politiciens américains, ainsi que par de simples citoyens inquiets.

Des vues inconciliables du bien et du mal

Un événement marquant a été la publication en 2020 d'un livre du professeur de droit Frank Buckley, dans lequel il déclarait sans ambages que l'Amérique était mûre pour la désintégration, et ce pour de nombreuses raisons.

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En juillet 2020, le magazine Newsweek a tracé l'avenir de l'Amérique du Nord, clairement divisé selon les partis. Les États républicains fusionnent avec les provinces canadiennes conservatrices. L'auteur, apparemment préoccupé par l'identification du genre, prédit que si le mariage homosexuel et l'avortement sont interdits dans la zone rouge (le rouge est la couleur des républicains), dans la zone bleue (le bleu est la couleur des démocrates), n'importe qui pourra se marier.

Récemment, l'un des séparatistes texans, Joe Shehan, a été cité dans la presse. Il estime que la séparation de l'État du reste des États-Unis est subordonnée à la tâche de créer un "havre de sécurité" qui puisse empêcher l'État de sombrer dans le chaos.

On entend des motifs similaires dans la déclaration du journaliste et analyste américain Eric Best : "L'Amérique se désintègre. Ils risquent le chaos et peut-être le totalitarisme, et alors un nouvel État apparaîtra". Son pronostic semble un détail piquant : le moment viendra très vite où les résidents américains voudront fuir le pays, mais il sera trop tard, car les frontières seront déjà fermées.

Le 1er décembre, le chroniqueur de Bloomberg Max Hastings a suggéré que la probabilité d'un effondrement des États-Unis est plus grande aujourd'hui qu'il y a vingt ans. L'argument en faveur de cette conclusion était les résultats d'un récent sondage réalisé par l'Université de Virginie. Il s'est avéré que 52 % des électeurs de Donald Trump sont désormais "plutôt" favorables à ce que les États rouges, contrôlés par des gouverneurs républicains et des majorités républicaines dans les législatures locales, déclarent leur souveraineté en tant qu'États indépendants. La proportion de partisans démocrates qui rêvent d'isoler les États bleus est légèrement inférieure : 41%.

Cependant, le "grand schisme" qui a divisé les États-Unis en deux communautés irréconciliables continue de corroder le pays, qui a toujours été un conglomérat d'unions rivales : financières, industrielles, commerciales, politiques, ethniques, raciales, culturelles, etc.

En 2004, lorsque Barack Obama a fait ses débuts sur la scène politique, il a affirmé, du haut de la tribune des délégués du Congrès démocrate : "Il n'y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice. Il y a les États-Unis d'Amérique. Ce passage astucieux est compréhensible, car tout homme politique visant le pouvoir suprême, la présidence, doit réfléchir à la manière de se calmer et de ne pas ostraciser les électeurs qui votent pour son adversaire".

Quatre mandats présidentiels se sont écoulés et une nouvelle anomalie a poussé les gens à dire tout haut ce qu'ils auraient préféré taire. "Nous vivons dans une nation fondamentalement divisée", a prévenu l'ancienne première dame Michelle Obama lors de la convention virtuelle du parti démocrate de 2020. "Si vous pensez que ça ne peut pas être pire, croyez-moi, ça peut."

Il est peu probable que les républicains contestent cette thèse. Rien d'étonnant à ce que, selon l'ancien président américain Donald Trump, qui effraie ses ennemis en envisageant de revenir à la Maison Blanche, "nous nous battons pour la survie de notre nation et de la civilisation elle-même". Les enjeux sont plus élevés que jamais et on ne peut que souscrire aux conclusions de l'auteur de l'article diffusé par l'empire médiatique Bloomberg : "Il y a deux concepts mutuellement exclusifs de bonté et de justice dans le pays".

Le point de non-retour a-t-il été dépassé ou pas encore ?

Grâce aux efforts non coordonnés, mais unifiés dans leur nature et leur objectif, des républicains et des démocrates pour saper le fragile consentement social, le système est devenu fou. L'Amérique a atteint une bifurcation dans la route. Une sorte de bifurcation sur la route. Ce terme, comme l'écrivent les experts, implique un état critique du système, où il devient instable face aux fluctuations et où l'incertitude surgit : l'état du système deviendra-t-il chaotique ou passera-t-il à un nouveau niveau d'ordre supérieur ?

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Les tendances centrifuges s'accélèrent. Sans interférence externe. Ils se développent avec des levures maison. Charles R. Kesler, professeur d'administration publique au Claremont McKenna College, dans son livre The Crisis of Two Constitutions, cite cet épisode : "Il y a plusieurs années, j'ai vu un autocollant sur une voiture : (USA), Try it, try it again". (Si au début ça ne s'enlève pas, essayez, essayez encore)".

Rappelant l'expression "guerre civile froide [c'est-à-dire sans fusillade]" que tout le monde a reprise, le professeur Kesler souligne qu'il s'agit d'une "situation malsaine". L'observation est banale par rapport à une autre déduction : "Au cœur de notre guerre civile froide, l'Amérique est de plus en plus divisée entre deux cultures rivales, deux constitutions" (deux modes de vie).

Tout au long de son histoire centenaire, la société a toujours connu un équilibre du pouvoir en constante évolution entre intégrateurs et séparatistes. Lorsque le conflit entre les tendances centrifuges et centripètes a pris de l'ampleur et a dépassé le point de bifurcation, il y a eu soit la formation d'un puissant État composite complexe (l'Empire romain à l'apogée de sa puissance en tant que modèle), soit la désintégration en parties distinctes (l'Empire britannique dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale).

Aujourd'hui, les attaches et la charpente elle-même craquent, maintenant sous un même toit une puissance multinationale hétérogène, autrefois fière d'être un creuset de centaines de nationalités, qui a absorbé les talents et les compétences de nombreux immigrants en quête d'une vie meilleure.

Mais ... l'amalgame transnational et interracial dans des conditions de croissance rapide du racisme noir, comme il s'est avéré, n'est pas assez fort. Le modèle économique néolibéral ne garantit pas la fuite des emplois vers la Chine et le Mexique. Poussés par le culte de la réussite personnelle et l'ivresse du consumérisme, les emprunts hypothécaires et scolaires sont grevés de dettes à vie. Et la guerre pour le pouvoir au sein de la classe politique est menée avec une cruauté barbare : il y a une chasse aux sorcières, les monuments aux anciennes idoles s'écroulent et à leur place se dressent des personnages étranges comme George Floyd, un drogué et voleur condamné à six reprises.

L'Amérique vivra-t-elle jusqu'à la fin du siècle ? Probablement, mais dans un format institutionnel différent. Et seulement s'il est possible de redécouvrir un dénominateur commun à des intérêts hétérogènes. Sinon, les prédictions de Cassandre sur les Américains à l'esprit alarmiste se transformeront en "catastrophe géopolitique" pour la plupart d'entre eux. Ces cycles historiques ont été interprétés de manière prophétique par Gabriel Derzhavin : "Tout ce qui est grand sur terre se répand comme de la fumée : aujourd'hui le lot est tombé sur trois, demain il tombera sur d'autres".

Analyse : Les États-Unis risquent de répéter le sort de la défunte URSS

Alexander Sadovnikov

Qu'est-ce qui est le plus grave : une pandémie ou la dette nationale américaine ?

À la veille de la nouvelle année, la banque danoise Saxo Bank a présenté ses "10 prédictions chocs" pour l'année à venir. Son directeur des investissements, Steen Jakobsen, a décrit l'essence du "choc" annoncé au public : "Le thème principal des prédictions pour 2022 est la révolution. La tension monte dans nos sociétés et nos économies, qui souffrent d'inégalités. Et compte tenu de l'incapacité du système actuel à résoudre ce problème, ainsi que de notre besoin de nous tourner vers l'avenir d'un point de vue fondamental, la seule question est de savoir quand et comment cela se produira".

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Le pronostic de révolution n'est pas surprenant, puisque la société occidentale est très fragmentée et composée de groupes conflictuels irréconciliables de diverses sortes de minorités, de champions des valeurs familiales traditionnelles, de partisans d'idéologies gauchistes et conservatrices, et tout cela est multiplié par des nationalités raciales insolubles et des contradictions en matière de propriété. Et ces contradictions menacent de se transformer en une forme armée agressive.

Saxo Bank prédit une révolution dans la prise de conscience des jeunes sur les médias sociaux : "Les jeunes vont quitter les plateformes Facebook pour protester contre l'utilisation des données personnelles à des fins lucratives. La tentative de Meta, la société mère de Facebook, de les faire revenir en utilisant le Metaverse n'aboutira pas. À bien des égards, Facebook va soudainement se retrouver au milieu d'une guerre culturelle entre les jeunes de moins de 40 ans et les adultes de plus de 40 ans".

Selon les auteurs des prévisions, le "programme vert" sera radicalement adouci au profit du développement de la production traditionnelle d'hydrocarbures, le pétrole et le gaz, en raison du risque de troubles sociaux causés par la hausse des prix de l'alimentation et de l'énergie. Parmi les autres prédictions, citons une solution au problème du vieillissement, le rôle dans les ventes de musique d'une nouvelle plateforme numérique basée sur la technologie blockchain de NFT, une course aux armements basée sur l'hypersonique, la militarisation de l'espace, etc.

Saxo Bank prévoit une crise constitutionnelle après les élections de mi-mandat aux États-Unis. "Après les élections de mi-mandat, les États-Unis seront perplexes quant à la confirmation ou non des résultats définitifs des élections au Sénat et à la Chambre, ce qui conduira à un scénario dans lequel le nouveau Congrès ne pourra pas se réunir pour sa première réunion le 3 janvier 2023. Joe Biden gouvernera par fiat et la démocratie aux États-Unis sera gelée car même les démocrates s'opposeront à la Cour suprême".

Les analystes de Saxo offrent également des perspectives extrêmement négatives pour le marché financier international en raison de l'extrême volatilité des actifs américains. "Les rendements du Trésor américain vont augmenter et le dollar américain va chuter pour se prémunir contre une 'crise existentielle' de la première économie mondiale et de l'émetteur de la monnaie de réserve mondiale". En conséquence, "les marchés mondiaux peuvent être couverts par une puissante onde de choc". Nous allons décrypter ci-dessous ce que cela signifie en langage clair.

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Nos prévisions :

Tout ce que Saxo a écrit sur les États-Unis n'est pas un jeu d'esprit ou de l'"humour noir". En fait, l'année 2024 est déjà proche, que le Trésor américain a surnommée la "date X". C'est au cours de cette année que la "pyramide de Mavrodi" s'effondrera à la manière américaine. Le fait est qu'à la "date X", les paiements d'intérêts sur la dette nationale américaine atteindront un trillion de dollars et dépasseront tous les nouveaux emprunts pour en assurer le service. En d'autres termes, une pyramide dont la dette s'élève à 32.000 milliards de dollars devient insolvable. La Fed ne peut pas résoudre ce problème, même si elle investit tous ses actifs dans la pyramide.

Il ne peut y avoir ici que deux solutions, et les deux ne sont pas les pires : une forte dévaluation du dollar d'un facteur 10 ou plus de la valeur nominale, ou en général un défaut de paiement, c'est-à-dire le refus des États-Unis d'honorer leurs obligations financières. Il y aura alors un "effet domino" : toutes les grandes banques, les fonds de pension et les compagnies d'assurance, qui ont investi massivement dans les obligations d'État, feront faillite, puis la production s'arrêtera et les licenciements massifs commenceront.

Les prix de tous les biens, et en particulier des denrées alimentaires, augmenteront fortement. Mais surtout, une guerre civile commencera aux États-Unis, car les salaires, les avantages et les pensions seront arrêtés et il y aura des pénuries d'absolument tous les biens. En raison de l'appauvrissement total de la population, les affrontements raciaux sous forme de batailles entre gangs blancs, noirs et de couleur deviendront monnaie courante. Ils vont simplement tuer pour des marchandises dans les magasins, car il y a une abondance d'armes à feu dans le pays.

Le sort des alliés des États-Unis, qui sont en même temps les principaux détenteurs des obligations de la dette nationale américaine, ne sera pas enviable non plus. Tous sont dans une rêverie paniquée. Au cours des dernières décennies, les États-Unis ont pris l'habitude non pas de produire, mais d'acheter tout ce qui leur plaît dans le monde entier, uniquement en imprimant des dollars. Par analogie avec la bombe atomique, ce billet vert a sa masse critique et elle a déjà été atteinte.

Le premier à faire faillite sera le Japon, qui est le plus grand détenteur d'obligations américaines et qui a sa propre dette nationale de 15.000 milliards de dollars. Le système financier de l'Union européenne s'effondrera, car les pays de la zone euro ont également bien investi dans les obligations d'État américaines, et ce malgré le fait que la propre dette de l'UE ait dépassé 18.000 milliards d'euros. L'Allemagne, qui est le premier bailleur de fonds de l'UE, a investi massivement dans la dette publique américaine. Puisqu'il n'y aura plus d'argent allemand gratuit, la Pologne, les pays baltes, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, habitués à recevoir des aides, feront faillite ou sombreront dans un profond marasme financier.

Aujourd'hui, les États-Unis tentent frénétiquement de juguler l'inflation. Les Américains paient de plus en plus cher dans les stations-service et les supermarchés. Sur l'année, les prix des denrées alimentaires de base ont augmenté de 10,5 %, tandis que les prix de l'essence ont augmenté de 51 %. Aujourd'hui, les rayons vides s'ajoutent à l'inflation galopante due à la crise de la logistique. Il y a des navires avec des marchandises dans les ports, mais il n'y a personne pour les décharger ou les transporter. La pandémie a considérablement réduit l'emploi de la population, qui a atteint un point critique. L'effondrement du secteur du transport routier a déjà été qualifié d'Armageddon, car il n'y a pas assez de chauffeurs routiers. Il y en a certes 100.000 mais ce n'est pas suffisant. Dans les ports, il se passe quelque chose d'inimaginable, les navires sont surchargés, car il n'y a pas d'ouvriers pour effectuer les transbordements. Aux États-Unis, l'époque de la fin de l'URSS approche, avec ses guichets vides et ses énormes files d'attente.

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Que peuvent faire les États-Unis pour retarder l'Armageddon ? Le pire, c'est qu'ils peuvent déclencher une grande guerre qui, comme ils le croient, va tout bouleverser. L'Amérique, comme l'air, a maintenant besoin d'une sorte de crise internationale majeure, dans le contexte de laquelle ses problèmes de dette sembleront insignifiants. Et dans le contexte de l'augmentation des dépenses militaires, il est tout à fait logique de déclarer une dévaluation. De ce fait, on assiste à une montée de l'hystérie anti-russe et anti-chinoise. L'Ukraine ou Taiwan peuvent servir de déclencheurs.

Le drame du Kosovo: le berceau de la Serbie est devenu une enclave musulmane

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Le drame du Kosovo: le berceau de la Serbie devenu enclave islamique

Enric Ravello Barber

Source: https://www.enricravellobarber.eu/2022/01/el-drama-de-kosovo-la-cuna-de-serbia.html#.YfVml_jjKUk

Erdogan a donné le coup d'envoi de ses activités diplomatiques de 2022 par une visite en Albanie. Le premier ministre turc cherche à consolider son influence dans le pays musulman des Balkans face aux timides tentatives de l'Italie de retrouver son ancienne présence traditionnelle dans la région, interrompue sous le communisme et pendant le régime pro-chinois d'Enver Hoxha.

La puissance croissante de l'Albanie dans la région n'est pas perdue pour les Etats de la région. Le Kosovo, berceau et terre sainte des Serbes, est devenu un territoire à majorité albanaise et musulmane. conséquences de la substitution démographique. La logique conduira à la création d'une Grande Albanie, bientôt rejointe par la zone à majorité albanaise de Macédoine du Nord, qui deviendra un Etat musulman, lié à Washington et Ankara sur la fragile scène des Balkans.

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Kosovo, une histoire mouvementée

On trouve au Kosovo des vestiges culturels remontant à la période néolithique, ce qui laisse supposer une population importante et un degré de civilisation significatif dans la région dès les premiers temps.

Les peuples indo-européens de la branche illyro-thrace sont arrivés sur le territoire entre le IVe et le IIIe siècle avant J.-C., et le monde romain s'est imposé à cette population, ce qui a eu un effet d'acculturation important sur la région. Après la chute de l'Empire romain d'Occident, le Kosovo actuel a fait partie de l'Empire romain d'Orient, que les historiens appellent à tort l'Empire byzantin.

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Le Kosovo, qui jouxte l'Albanie et la Macédoine, a été l'un des premiers lieux d'implantation des Serbes dans les Balkans aux Ve et VIe siècles. Les Serbes étaient l'une des tribus slaves qui peuplaient la région des Balkans à cette époque, devenant l'élément ethnique majoritaire, bien qu'en symbiose avec le substrat illyrien-latin.

Soumis à ce qu'on appelle l'Empire byzantin (en réalité l'Empire romain d'Orient), les Serbes se sont convertis au christianisme orthodoxe. En 850, ils sont devenus sujets du premier Empire bulgare. Les Bulgares étaient un peuple des steppes apparenté aux Hongrois qui a conquis une partie de la région des Balkans au IXe siècle, laissant peu de traces, seulement le nom et l'appellation de la Bulgarie actuelle, dont les habitants ne descendent pas principalement de ces Bulgares, mais sont slaves par leur ethnie, leur langue et leur religion orthodoxe, et donc étroitement apparentés aux Serbes et aux Russes.  Après la chute de l'éphémère empire bulgare, la région a été reconquise par Constantinople (la capitale de l'empire byzantin), mais les différents royaumes serbes ont commencé à lutter pour leur indépendance, faisant du Kosovo la plus forte zone de résistance serbe à la domination impériale.

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La Serbie a connu son apogée sous les Nemanides et le règne de leur tsar, Douchan, à la fin du XIVe siècle, ce qui en a fait l'État le plus important des Balkans. Le Kosovo, cœur du royaume serbe, a vu se multiplier les monastères, trésors architecturaux, déclarés sites du patrimoine mondial, dont Pec, qui symbolise l'autorité suprême de l'Église orthodoxe serbe. À l'époque, les Serbes étaient majoritaires dans la région, bien qu'il y ait de petites communautés de Grecs, de Bulgares et de Allemands-Saxons.

L'invasion turque, qui a eu lieu après la chute de Constantinople (aujourd'hui Istanbul), a atteint le Kosovo à la fin du XIVe siècle.  Pour arrêter l'avancée turque, une coalition chrétienne dirigée par Lazare Hrbeljanovic est formée, qui comprend des Serbes, des Valaques, des Albanais (l'Albanie n'est pas encore musulmane), des Hongrois et des Serbes. Les Turcs ont progressé rapidement sur le territoire des Balkans et la guerre s'est déroulée dans le champ dit du Kosovo. Les chefs des deux armées, le prince serbe Lazare Hrebeljanovic et le sultan turc Moura, sont tués, mais les troupes turques parviennent à disperser les troupes chrétiennes épuisées. 

Selon la tradition serbe, le prince Lazare et la noblesse serbe, qui avaient été faits prisonniers, ont choisi de mourir plutôt que de se convertir à la foi musulmane, préférant la mort dans la liberté à la soumission et à la servitude.

Cette défaite est encore présente dans le cœur de chaque Serbe, et transforme pour eux le Kosovo en un lieu mystique, hors du temps, présent dans la mémoire de chacun d'entre eux. Le Kosovo est la terre sainte où, après avoir connu la puissance et la gloire, les Serbes sont tombés en esclavage.

Pour les Serbes, le Kosovo n'est pas seulement un espace géographique, c'est un territoire métaphysique auquel les Serbes se sentent liés, après plus de six cents ans, par un serment qui proclame le culte des héros et incarne le mystère de la mort et de la résurrection de la nation serbe.

Substitution ethnique : l'albanisation du Kosovo

Pendant la soumission à l'Empire ottoman, le Kosovo était inclus dans la "Roumélie", qui englobait la partie de l'Europe soumise au sultan.  Logiquement, durant ces années, l'islamisation du territoire a commencé, et c'est à ce moment-là que les Albanais et les Bosniaques - deux peuples européens - ont commencé à embrasser le Coran. 

Le XVIIe siècle voit le début de la guerre entre les Turcs et le Saint Empire romain germanique, qui est déterminé à rendre ces terres à la civilisation européenne. Les contre-offensives turco-musulmanes continues s'accompagnent de terribles pillages, viols et incendies. La répression turque visait principalement les Serbes, dont 30.000 d'entre eux, menés par le patriarche orthodoxe Arsenije III, ont été contraints de se réfugier en Autriche, lors de cet épisode de leur histoire que les Serbes appellent encore la Grande Migration. C'est alors, sous la protection des Turcs, que les Albanais ont commencé à arriver en masse, modifiant la composition ethnique du Kosovo.

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Au 19ème siècle, un certain sentiment nationaliste albanais kosovar régnait dans la région.  En 1912, après la première guerre des Balkans, le Kosovo a été reconnu internationalement comme une province de la Serbie nouvellement libérée, et le pourcentage de Serbes dans la région dépassait les 50 %. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la région est passée sous la souveraineté albanaise, mais à la fin du conflit, elle est revenue à la Serbie, qui est devenue l'une des républiques fédérées de Yougoslavie, mais à cette époque, le pourcentage de Serbes était déjà tombé à 25 %.

Contrairement à une idée reçue, le "coup de grâce" contre les Serbes a été donné par le régime du maréchal Tito, qui a interdit le retour des réfugiés serbes dans la région, alors qu'il cherchait à se rapprocher de l'Albanie dirigée par le maoïste Enver Hoxha. Tito a encouragé la naissance d'Albanais kosovars en devenant le parrain d'un septième enfant né dans une famille albanaise kosovare. Le résultat de cette politique d'inversion démographique a été que, dans les années 1990, le pourcentage de Serbes dans la région est tombé à 10% ; dans les années 2000, les actions terroristes de l'UCK ont ramené ce chiffre à 8%.

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UCK : narco-guérilla albanaise kosovare

En 1998, les guérilleros de l'UCK (Armée de libération du Kosovo) ont commencé leur activité armée et leurs actions étaient principalement axées sur le meurtre de civils serbes. Cette organisation terroriste, aux méthodes mafieuses, n'a pas fait de distinction claire entre son activité armée et la criminalité de droit commun. L'UCK serait l'un des maillons les plus importants de la route de la drogue de l'Afghanistan vers l'Europe occidentale via la Turquie et les Balkans. Les liens de l'UCK avec le trafic illégal de voitures et surtout avec le trafic dégoûtant d'organes humains sont bien connus.

En 2008, le procureur serbe chargé des crimes de guerre a enquêté sur des dizaines de rapports concernant des prisonniers serbes capturés par des chefs terroristes de l'UCK, qui ont ensuite fait partie du gouvernement kosovar, tout en étant accusés de trafic d'organes. Le bureau du procureur serbe a reçu des informations du Tribunal de La Haye selon lesquelles des dizaines de Serbes emprisonnés par les Albanais au Kosovo ont été emmenés en Albanie en 1999 et tués, leurs organes prélevés et vendus à des trafiquants internationaux. L'ancien procureur en chef du Tribunal de La Haye, Carla Ponte, a publié un livre sur ce sujet intitulé The Hunt, dans lequel elle note que les victimes serbes ont été capturées de préférence après les bombardements "libérateurs" de l'OTAN dans la région. Une Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a accusé Hashim Thaci, chef de l'UCK, d'avoir été à la tête de ce réseau criminel. Thaci a été élu deux fois président du Kosovo indépendant.

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Le Kosovo est l'épicentre des mafias en Europe

Dans son livre El G9 las mafias del mundo, Jean François Gayraud, expert criminologue, met en garde contre le danger de la montée en puissance de groupes narco-terroristes tels que la guérilla albanaise de l'UCK, un facteur qui menace la paix et la stabilité du monde. Son diagnostic est sans équivoque : "La plus grande symbiose entre l'État et la mafia a lieu dans un pays qui n'existe pas encore : le Kosovo, nous avons laissé émerger une petite Colombie au cœur de l'Europe".

Le Kosovo est devenu le principal foyer de traite des êtres humains, de traite des blanches, de trafic de cigarettes, de voitures volées et de trafic de drogue en Europe.

Plusieurs représentants de ses autorités ont été arrêtés sur la base d'accusations criminelles, comme son ancien premier ministre, Agim Ceku, qui a été détenu à la frontière macédonienne-bulgare lorsque les autorités colombiennes l'ont expulsé de leur pays où il a été déporté par la sécurité locale à la demande du gouvernement de Belgrade qui veut le traduire devant des tribunaux internationaux.

Les États-Unis sont derrière l'instabilité dans les Balkans

Le XXe siècle a été le témoin d'un conflit géopolitique constant : l'instabilité dans les Balkans provoque de l'instabilité et des conflits dans toute l'Europe.

La chute du Mur a entraîné un nouveau scénario international, le "danger communiste" a disparu, le parapluie américain est devenu inutile et un rapprochement entre l'Europe de l'Ouest et de l'Est est possible ; l'équilibre est rompu et l'hégémonie militaire américaine peut être remise en question.

Avec la vieille et infaillible tactique du "diviser pour régner", les stratèges du Pentagone n'ont pas été insensibles à l'éclatement des conflits dans la zone la plus sensible de notre continent où passent les zones d'influence des puissances européennes : Slovénie-Croatie (influence allemande) ; Serbie-Bulgarie-Macédoine (influence russe), en plus de la traditionnelle amitié franco-serbe. Ce qui aurait pu être un point d'union entre les pays européens est devenu un point de confrontation guerrière.

Washington a introduit un élément qui allait complètement déstabiliser la région: l'islamisme politique. Alors que l'islam existait dans la région en tant que religion, c'est le soutien des États-Unis qui l'a transformé en un élément politico-idéologique. Les États-Unis ont utilisé l'islamisme de la même manière qu'ils l'ont fait en Tchétchénie contre la Russie et par le biais du Maroc contre l'Espagne. Cette action du Pentagone s'est traduite par un soutien à la création du premier État musulman d'inspiration islamiste en Europe: la Bosnie-Herzégovine; et plus tard par un soutien clair à la séparation du Kosovo de la Serbie, et à son inclusion dans la Grande Albanie, en tant que deuxième État musulman sur le sol européen (l'Albanie communiste était à majorité islamique, mais pouvait difficilement être qualifiée d'État musulman). La création de cette "dorsale verte" - Albanie-Bosnie - avec des alliances tactiques et idéologiques avec la Turquie, à l'époque fidèle à la politique de Washington, a rompu l'équilibre des Balkans et a créé de façon permanente une zone d'instabilité, la transformant en un nid de frelons.

La Russie et les identitaires européens du côté de la Serbie

La Serbie est, avec la Bulgarie, le grand allié permanent de la Russie, trois pays slaves de religion orthodoxe et aux liens culturels forts. Dans les récentes crises des Balkans, la Serbie a également bénéficié du soutien inconditionnel de pays comme la Roumanie (latine et orthodoxe) et la Grèce (hellénique et orthodoxe). Mais le soutien le plus puissant vient sans aucun doute de Moscou.

La Russie a soutenu diplomatiquement la Serbie, envisageant même une éventuelle réponse militaire Moscou-Belgrade à la proclamation unilatérale d'indépendance du Kosovo. Cependant, le Kremlin n'a pas voulu prendre une telle mesure qui l'aurait ouvertement confronté aux États-Unis. La non-intervention de la Russie au Kosovo a eu son pendant géopolitique en Géorgie, où, à l'été 2008, Moscou a arrêté militairement et avec force l'attaque de la Géorgie contre l'Ossétie du Sud, reconnaissant l'indépendance de ce nouvel État, qui est l'étape préalable à sa réunification avec l'Ossétie du Nord, soit comme une autre région de la Russie.

La percée militaire de la Russie sur le grand échiquier a marqué un nouveau rapport de force. Depuis lors, la Russie a soutenu encore plus ouvertement la position des Serbes au Kosovo, tant sur le plan diplomatique que logistique. Dans les circonstances actuelles, il semble probable que Moscou s'impliquera plus fortement dans une éventuelle nouvelle confrontation entre Albanais et Serbes au sujet de la domination du Kosovo.

En Europe occidentale, il convient de noter le soutien que tous les partis identitaires ont apporté à la Serbie et à la population serbe chrétienne de la région. Lors des pires moments de la crise du Kosovo, les déclarations des dirigeants de ces partis, notamment du FPÖ autrichien et du FN français, étaient claires. Ajoutez des actions et des réponses concrètes, comme l'initiative française Solidarité Kosovo, qui apporte de la nourriture, des soins médicaux et des jouets aux enfants serbes depuis 2011, avec des antennes dans plusieurs pays européens.

Pour ceux d'entre nous qui croient en l'émancipation européenne, la question du Kosovo est toujours d'actualité.

L'amputation de l'Ukraine est à la Russie ce que l'amputation de la Catalogne serait à l'Espagne

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L'amputation de l'Ukraine est à la Russie ce que l'amputation de la Catalogne serait à l'Espagne

Par Juan Manuel de Prada

Ex: https://kontrainfo.com/la-amputacion-de-ucrania-es-para-rusia-como-seria-la-de-cataluna-para-espana-por-juan-manuel-de-prada/

Lorsque les médias de crétinisation de masse évoquent l'Ukraine, ils négligent souvent un détail sans importance. L'ensemble du Levant ukrainien jusqu'à Kiev ne fait pas seulement partie de la Russie, il en est le berceau historique. En même temps que le démantèlement de l'Union soviétique, des dirigeants ineptes comme Eltsine ou des marionnettes d'intérêts étrangers comme Gorbatchev ont permis que leur patrie soit démembrée et mise en vente ; c'est ainsi que l'indépendance de l'Ukraine a été proclamée, où, outre les territoires occidentaux annexés par les Soviétiques, il y avait des régions fondées par les Russes, dans la nuit des temps, puis gagnées dans un grand bain de sang sur l'envahisseur turc.

L'amputation de l'Ukraine est aussi douloureuse pour la Russie que l'amputation de la Catalogne le serait pour l'Espagne ; et il est encore plus douloureux que la Russie doive accepter que, sur des terres qui ont été son berceau historique, l'OTAN installe des bases militaires et place des missiles dirigés vers Moscou.

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Pour calculer l'humiliation que subit la Russie, nous ferions bien d'imaginer que demain la Catalogne, profitant de notre effondrement économique, déclare son indépendance avec le soutien de puissances étrangères qui, en plus d'imposer un gouvernement fantoche, placeront des missiles à la frontière, visant le territoire espagnol. La Russie subit patiemment cette humiliation, mais ose avertir que l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN aurait de "graves conséquences".

Toute personne saine d'esprit peut-elle décrier la demande de la Russie de garanties minimales pour sa sécurité ? Si les États-Unis ont le "droit" de placer à la frontière russe des missiles nucléaires qui pourraient volatiliser Moscou en un clin d'œil, la Russie ne pourrait-elle pas, en toute équité, en placer autant à Cuba ou au Venezuela ? Qui, soit dit en passant, ne sont pas limitrophes des États-Unis et n'en sont pas non plus le berceau historique. La servilité pitoyable du Dr Sánchez, qui est autant un larbin et un lèche-bottes des États-Unis qu'Aznar l'était dans le passé, mérite une mention séparée.

Le Dr. Sánchez a toléré les attitudes les plus hostiles du Maroc (de l'appropriation des eaux territoriales à l'envoi massif de "réfugiés") sans recevoir aucune aide de l'OTAN ; aujourd'hui, cependant, il envoie une frégate dans la zone de conflit, dans le plus pur style sepoy. Combien de manifestations le Dr. Sánchez dirigerait-il si cette frégate avait été envoyée par un gouvernement présidé par Aznar ou Rajoy ? Et comme les États-Unis ne le laissent même pas mettre les pieds sur la table, le pauvre bougre ordonne à ses publicitaires de le filmer en train de se ridiculiser au téléphone, tel un Gila habillé par Emidio Tucci.

Soljenitsyne avait raison lorsqu'il écrivait : "Il n'y a aucun espoir pour l'Occident ; en fait, nous ne devons jamais y compter. L'abondance excessive et une atmosphère polluante d'impudeur ont atrophié sa volonté et son jugement". C'est pourquoi nous devons toujours nous souvenir de la prophétie du moine Philothée : "Byzance est la deuxième Rome ; la troisième sera Moscou. Quand elle tombera, il n'y en aura plus".

L'axe géopolitique Iran-Chine-Russie converge - l'Inde s'y joindra-t-elle ?

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L'axe géopolitique Iran-Chine-Russie converge - l'Inde s'y joindra-t-elle?

Par Alfredo Jalife Rahme

Source: https://kontrainfo.com/converge-el-eje-geopolitico-iran-china-y-rusia-se-incorpora-india-por-alfredo-jalife-rahme/

Les visites des dirigeants des quatre grandes puissances eurasiatiques - Russie, Chine, Inde et Iran - ont été activées. Avant la fin de l'année 2021, le tsar Vladimir Poutine a effectué une visite triomphale en Inde (https://bit.ly/3rLH7Uf).

Le nombre de fois où Poutine et le mandarin Xi Jinping se sont rencontrés a déjà été oublié.

Aujourd'hui, Poutine rendra visite à son homologue chinois à l'occasion de l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Pékin.

Il y a quelques jours, le nouveau président chiite de l'Iran, Ebrahim Raisi, a rendu visite à son homologue russe, au moment même où l'Iran s'est tourné "vers l'Est" alors que les puissances de l'UE et de l'OTAN lui ont bloqué l'accès à la partie orientale de la Méditerranée (à l'exception des côtes de la Syrie et du Liban).

Un "rectangle géostratégique eurasien" transcendantal est configuré, où la Russie entretient des relations optimales avec les trois autres puissances : la Chine, l'Inde et l'Iran. Les relations de l'Iran avec les trois autres piliers sont également excellentes, seules la Chine et l'Inde (qui, elle, est sur le point d'être séduite par l'axe anglo-saxon pour être jetée dans le feu d'une guerre contre Pékin (https://bit.ly/3Iv2CQ9)).

La consolidation du "rectangle géostratégique eurasien" sera graduelle. Après le spectaculaire "accord stratégique" de 25 ans entre la Chine et l'Iran, le choc entre le grand projet de la route de la soie et l'idée de grande réinitialisation anglo-saxonne a donné le ton à un nouveau partenariat stratégique de 20 ans entre la Russie et l'Iran, dont l'objectif principal, d'un point de vue financier, est de renverser le système bancaire SWIFT dominé par les États-Unis et, d'un point de vue géo-économique et géopolitique, de converger avec les aspirations de l'Organisation de coopération de Shanghai (https://bit. ly/2W3XhMX), l'Union économique eurasienne, les 15-RCEP (https://bit.ly/3tOAFyJ) et les BRICS, selon le célèbre géopoliticien brésilien Pepe Escobar (https://bit.ly/35lEstf), qui tient grâce aux projets financiers de la Chine (CIPS) et de la Russie (SPFS), pour éviter l'asphyxie par SWIFT.

Depuis cinq ans, aucun président iranien n'a rencontré son homologue russe. Aujourd'hui, le président iranien a qualifié sa présence au Kremlin de "moment décisif" dans la relation bilatérale, alors que Téhéran poursuit ses négociations triangulées à Vienne avec Biden pour chercher à remédier à la rupture provoquée naguère par Trump qui avait dénoncé l'accord nucléaire, des négociations par ailleurs entravées par les intrigues insidieuses de son ancien allié et désormais ennemi Netanyahu (https://bit.ly/3tQXamx).

Le ministre iranien des affaires étrangères, Amir Abdollahian, a défini la cosmogonie géopolitique de l'Iran comme une "politique centrée sur le bon voisinage, avec une approche politique asiatique tournée vers l'Est et une diplomatie centrée sur l'économie".

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Dans son vibrant discours à la Douma, le président Raisi a rappelé qu'"aujourd'hui, la stratégie de domination a échoué, les États-Unis sont dans leur position la plus faible et la puissance des pays indépendants connaît une croissance historique", grâce au "concept de résistance", en tant qu'"élément central des équations de dissuasion", qui a "hissé le drapeau du nationalisme, de l'indépendance et du développement scientifique", malgré toutes les sanctions étouffantes. À l'issue de la visite très médiatisée de M. Raisi en Russie, les exercices militaires trilatéraux Russie/Chine/Iran dans le golfe d'Oman ont immédiatement débuté. Le Global Times, le porte-parole officieux du Parti communiste chinois, a annoncé la fin de l'exercice militaire de trois jours dans le Golfe d'Oman entre les marines de la Russie, de la Chine et de l'Iran (https://bit.ly/3tQTaT3). C'est la deuxième fois que cet exercice militaire trilatéral a lieu alors que les États-Unis affrontent simultanément la Chine dans le détroit de Taïwan et la Russie en Ukraine/mer Noire/Biélorussie.

Le golfe d'Oman est très sensible, car il relie le détroit d'Ormuz, super-stratégique, où transite un tiers du pétrole mondial, au nord de l'océan Indien.

Lors du sommet Poutine-Raisi, la signature, il y a 20 ans, entre la Russie, l'Iran et l'Inde, du "Corridor multimodal Nord-Sud (https://bit.ly/3fOcWqf)" de 7200 kilomètres, qui forme les trois piliers du "rectangle géostratégique eurasien", a-t-elle pris forme ?

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