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samedi, 06 juin 2020

Mai 68 : une révolution de la société ouverte contre la France

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Mai 68 : une révolution de la société ouverte contre la France

par Pierre-Antoine Plaquevent

Ex: https://strategika.fr

Pierre-Antoine Plaquevent est auteur et analyste politique. Ses travaux portent plus particulièrement sur les domaines du soft power et de l’infoguerre ainsi que sur ceux de la philosophie politique, de la géopolitique et de l’étude comparée des religions et des idéologies. Ses articles sont régulièrement repris par des sites d’analyse et de prospective ainsi que par les principaux médias de la réinformation francophone. Depuis janvier 2020, Pierre-Antoine Plaquevent est à l’initiative de la création de Strategika dont il est le directeur de publication. Il est par ailleurs le créateur du portail métapolitique les-non-alignés.fr, pionnier de la réinfosphère depuis sa création en 2010.

Cet article intègre des passages de “La société ouverte contre la France”. Un essai politique inédit qui vient compléter la seconde édition de SOROS et la société ouverte, métapolitique du globalisme (éd. Culture & Racines, 2020) .

Alors que les États-Unis sont en train de connaitre une déstabilisation politique qui prend toutes les formes d’une révolution de couleur sur le sol américain, il est opportun de revenir sur les évènements et les forces qui déstabilisèrent la France en mai 1968. Une séquence historique qui s’apparente elle aussi, à bien des égards, à une pré-révolution colorée tant dans sa méthodologie que par ses conséquences politiques. Une période charnière marquée par le soulèvement d’une partie de la société civile (surtout la jeunesse) instrumentée par des intérêts étrangers à la France. Intérêts qui percevaient le redressement politique effectué par le général de Gaulle comme une menace pour l’ordre international qui se mettait alors en place.

A notre époque de crise structurelle où la plupart des personnalités politiques qui prétendent relever la France de la débâcle se réclament du général de Gaulle, il est important de bien comprendre quelles furent les forces qui déstabilisèrent la France à l’époque. Forces toujours actives de nos jours dans la déconstruction de la nation et désormais dans l’élaboration de solutions politiques frauduleuses et de faux « CNR ». CNR qui n’ont de « national » et de « résistant » que l’habillage cosmétique et médiatique destiné à détourner le débat public des vraies causes et des vraies solutions au naufrage politique organisé de la France.    

Mai 68, une pré-révolution de couleur contre la France gaullienne

Le 14 mai 1968, George Pompidou à l’époque Premier ministre déclarait devant l’Assemblée nationale que parmi les étudiants se trouvaient aussi : « (…) des individus déterminés, munis de moyens financiers importants, d’un matériel adapté aux combats de rue, dépendant à l’évidence d’une organisation internationale et dont je ne crois pas m’aventurer en pensant qu’elle vise, non seulement à créer la subversion dans les pays occidentaux, mais à troubler Paris au moment même où notre capitale est devenue le rendez-vous de la paix en Extrême‑Orient (NDA : guerre du Vietnam). Nous aurons à nous préoccuper de cette organisation, pour veiller à ce qu’elle ne puisse nuire ni à la nation ni à la République. »[1]

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Qu’entendait donc par une « organisation internationale » le futur Président de la République ?  D’autres membres haut placés du gouvernement formulèrent eux aussi l’idée que derrière l’agitation estudiantine agissaient des forces plus conséquentes qui avaient un intérêt stratégique à déstabiliser l’État français. Ainsi le ministre de l’Economie et des Finances Michel Debré qui déclarera dans ses mémoires : « Sur cette ébullition a coulé l’argent de l’étranger, notamment chinois, destiné avant tout à faire pièce aux mouvements soutenus par les Russes. Il y avait aussi les constantes intrigues israéliennes habilement montées dans le but d’affaiblir le Général condamné depuis la conférence de presse où il avait pris parti contre la politique d’Israël »[2]

De l’autre côté des barricades citons ici l’écrivain Morgan Sportès, à l’époque militant maoïste, qui éclaire lui aussi les coulisses de cette véritable révolution de couleurs anti-gaulliste que fût mai 68 : « Ce dont le sympathique et, dans une certaine mesure, naïf Cohn-Bendit ne se vante pas, c’est que depuis mars 68, il était suivi pas à pas par Paris-Match et RTL, entre autres, qui l’ont transformé en « star révolutionnaire ». Reportage-photos sur Cohn-Bendit dans sa cuisine, se préparant un café ; ou faisant joujou avec les enfants de son frère ; ou bien, comble de l’ironie, cliché en double-page le montrant en blouson, portant une valise de « bolchevique errant », devant la porte de Brandebourg, avec en légende : « Et maintenant il part prêcher l’anarchie dans toute l’Europe ». Cela, je le dis bien, dans Match, feuille de choux « gauchiste » s’il en est !!! C’est dans la voiture de Match, une ID 19, que Cohn-Bendit a quitté la France au milieu de mai 68, c’est dans la voiture de Match qu’il y est entré à nouveau : ses cheveux roux teints en noir. De la commedia dell’arte ! »[3]

Surtout, Sportès évoque l’époque où Cohn-Bendit se vantait d’avoir été approché par la CIA : « En juin 68 Cohn-Bendit déclare à Hervé Bourges : « Il semble que la CIA se soit intéressée à nous ces derniers temps : certains journaux et associations américaines, filiales et intermédiaires de la CIA, nous ont proposé des sommes importantes ; inutile de vous dire l’accueil que nous leur avons fait … »[4]

Pour l’historien et journaliste Eric Branca, cette influence souterraine de la CIA fût bien réelle et prit la forme de manipulations de l’opinion publique qui rappellent les méthodes employées par les révolutions de couleurs de nos jours sur d’autres théâtres d’opération : « L’exemple le plus frappant est la rumeur, mise au point en 1966 par des officines de communication liées au département d’Etat, selon laquelle de Gaulle n’allait pas se contenter de renvoyer chez eux les GI’s présents sur notre territoire, mais qu’il s’apprêtait à ordonner le rapatriement des corps de soldats américains tombés en 1944 pour la libération de la France ! L’image terrible de ces Français déterreurs de cadavres annonce le mensonge, tout aussi monstrueux, forgé en 1991 par des officines analogues, pour discréditer Saddam Hussein dont les soldats débranchaient, soi-disant, les couveuses des nouveaux-nés de Koweït City… »[5]

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Pour comprendre pourquoi la subversion freudo-marxiste[6] et l’État profond « américain » convergeaient en mai 68 afin de déstabiliser le régime du général de Gaulle il faut rappeler le contexte géopolitique du moment mais aussi l’œuvre politique accomplie par de Gaulle à l’époque.  Le général de Gaulle positionne alors la France comme puissance d’équilibre entre les trois grandes forces géopolitiques de l’époque : 1/ USA/OTAN ; 2/ URSS/pacte de Varsovie, 3/ mouvement des non-alignés (qui regroupait les pays qui refusaient le bipolarisme géopolitique Occident / Socialisme).

Dans le cadre de cette politique non-alignée, de Gaulle se confronte aussi directement à l’Euro-mondialisme incarné à l’époque par des personnalités comme Jean Monnet. De Gaulle n’est pas anti-européen mais il a une vision de l’Europe qui n’est pas supranationale et surtout, il s’agit d’une Europe qui a une limite géographique et une cohérence historique. Deux visions de l’Europe se confrontent alors : une vision nationale de l’Europe que défend De Gaulle et une vision supranationale et « euromondialiste », celle de Jean Monnet et plus généralement de la technocratie et de la finance internationaliste. C’est aussi l’époque où la France, désormais puissance nucléaire, se propose d’incarner une troisième voie entre capitalisme et communisme, cela même dans le domaine économique. Ainsi par exemple en août 1967, quand le gouvernement français légiférait sur l’intéressement des salariés aux bénéfices de l’entreprise : « la participation des salariés aux fruits de l’expansion devenait obligatoire dans les entreprises de plus de 100 salariés ».[7]

C’est surtout une période de tension internationale majeure avec la « guerre des six jours » (1967), crise durant laquelle de de Gaulle dénoncera l’attitude expansionniste d’Israël et tiendra sa célèbre conférence de presse durant laquelle il parlera des Juifs comme « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur »[8]. Citation qui lui vaudra de nombreuses attaques, y compris de la part de personnalités conservatrices comme Raymond Aron qui écrira un livre entier sur cette question intitulé : « De Gaulle, Israël et les Juifs »[9]. Livre dans lequel il commente ainsi le discours de Gaulle : « Le général de Gaulle a, sciemment, volontairement, ouvert une nouvelle période de l’histoire juive et peut-être de l’antisémitisme. Tout redevient possible. »[10]

Un essai dans lequel la dénonciation d’un antisémitisme gaullien sert de fil conducteur aux propos fort peu modérés du grand stratégiste adepte du réalisme politique et qui tranchent avec le style habituel : « Pourquoi le général de Gaulle a-t-il solennellement réhabilité l’antisémitisme ? Afin de se donner le plaisir du scandale ? Pour punir les Israéliens de leur désobéissance et les juifs de leur antigaullisme occasionnel ? Pour interdire solennellement toute velléité de double allégeance ? Pour vendre quelques Mirages de plus aux pays arabes ? Visait-il les États-Unis en frappant les juifs ? (…) »[11]           

Des positions qui pourraient aussi s’expliquer par le rôle que jouait Raymond Aron en tant que relais des intérêts stratégiques atlantistes en Europe, notamment au sein du Congrès international pour la liberté de la culture (CILC) fondé à Berlin-Ouest en 1950 et qui avait son siège à Paris. Une organisation politico-culturelle qui visait à contrer l’influence du bloc communiste sur la culture et le débat d’idées et qui était financé par la CIA.[12]

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Rappelons à ce sujet que jusque dans les années 60, la France avait été un soutien indéfectible de l’État sioniste, l’appuyant à des moments clefs de son histoire comme lors de la crise de Suez en 1956 face à l’Égypte nationaliste de Gamal Abdel Nasser ou encore comme soutien technique clandestin au projet israélien d’arme atomique. Une coopération nucléaire que stoppera le général de Gaulle afin de réorienter la politique étrangère de la France vers un rééquilibrage entre les différents pôles de puissance de l’époque.

La France, rescapée de la débâcle de 1940 et de la Seconde Guerre Mondiale, en crise politique récurrente sous la IV – ème République, tentait maintenant sous De Gaulle d’élaborer une politique de puissance basée sur la dissuasion nucléaire, le réalisme politique (par exemple en considérant la Russie et la Chine sur le temps long, au-delà de leurs systèmes idéologiques réciproques) ; une politique marquée par un refus de la bipolarité hérité du système de Yalta (où la France ne fût pas conviée) et surtout par le renforcement des institutions internes de la France. Malgré l’abandon tragique des pieds-noirs et des harkis qui en reste la tâche principale, la Vème République telle qu’était en train de l’élaborer Charles de Gaulle constituait une forme de troisième voie française et de restauration nationale menée par le légalisme et l’intelligence politique.

Cette France-là posait un sérieux problème à l’hégémonie américaine sur l’Occident, de plus la politique gaullienne d’équilibre au Moyen-Orient constituait un frein à l’expansionnisme d’Israël. L’État national-gaulliste constituait dès lors un régime politique antagoniste qu’il s’agissait de déstabiliser par tous les moyens possibles. Pourtant, dans ce contexte de plein emploi et de croissance économique de la fin des années 60, comment attaquer, voire abattre un adversaire solide et théoriquement de son propre camp ? Qui plus est un allié ayant reçu la légitimité historique de la « croisade des démocraties » contre le fascisme grâce au gaullisme de guerre. C’est là que vont rentrer en jeux de nouvelles façons d’affaiblir un État, de nouvelles « technologies politiques » encore balbutiantes à l’époque mais qui seront ensuite systématisées avec l’efficacité qu’on leur connaît de nos jours.

Comme par exemple l’utilisation d’une contestation étudiante pilotée et encadrée par des acteurs politiques liés à l’étranger par leurs intérêts voire par leur origine.

Le judaïsme politique d’extrême gauche et la société ouverte

J’ai déjà évoqué dans mon étude la figure d’Aryeh Neier, président de l’Open Society Foundations et directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW) de 1993 à 2012. Aryeh Neier fût auparavant l’un des créateurs du groupe Students for a Democratic Society (SDS), l’organisation étudiante américaine la plus importante parmi les groupes de l’extrême gauche radicale américaine des années 60. Son trajet est à bien des égards significatif et représentatif de toute une génération de meneurs politiques de la gauche étudiante qui allaient progressivement monter dans l’échelle sociale et passer de l’action directe et de la contestation radicale à une action politique et une influence de bien plus grande envergure au sein d’organisations non-gouvernementales ou d’institutions politiques plus classiques. Ce sera en France le cas de la plupart des meneurs les plus médiatiques de mai 68 passés du « col Mao au Rotary » selon le titre du livre de Guy Hocquenghem qui y rappelle que : « Ce n’est pas la droite, c’est le gauchisme qui a tué le communisme, et discrédité la gauche pendant 10 ans après Mai 68, par un long travail de sape. »[13] Comme aux États-Unis, les meneurs du mai 68 français allaient connaître des carrières à succès dans les domaines politiques (Daniel Cohn-Bendit), intellectuel (Alain Finkielkraut), médiatique (Serge July) ou dans celui de l’ingérence humanitaire à spectacle type Soros (Bernard Kouchner). Là encore, comme aux États-Unis à la même époque, les leaders français de mai 68 devenus hommes d’influence de la société ouverte étaient pour beaucoup d’entre eux d’origine juive. Parmi ceux-ci on citera le plus emblématique d’entre eux Daniel Cohn-Bendit mais aussi Alain Geismar, « secrétaire général du SNE sup, puis membre actif de la Gauche prolétarienne »[14] ; Henri Weber, futur cadre du parti socialiste (décédé récemment du coronavirus), il fondera avec Alain Krivine le mouvement trotskiste des JCR (Jeunesse Communiste Révolutionnaire), ancêtre de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) et du futur NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) ; Robert Linhardt, « chef de l’UJCML (Union de la Jeunesse Communiste Marxiste-Léniniste) »[15]; Benny Lévy, figure centrale du maoïsme en France sous le pseudonyme de Pierre Victor, « chef de la Gauche Prolétarienne, co-fondateur de Libération et secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre » qui passera selon l’expression de son biographe de « Mao à Moïse »[16]mais aussi entre autres « André Glucksmann, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut »[17].

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Comme l’explique le consultant en stratégie et animateur du blog communautaire « Le Monde juif », cette forte présence juive parmi les cadres de la gauche radicale pose question : « La question méritée d’être posée. Y aurait-il eu un mai 68 sans les juifs ? Ou adressée différemment : qu’est-ce qui a fait que les Juifs se sont engouffrés dans ce mouvement ? Y aurait-il un rapport avec 1917 où il est désormais établi par les historiens que la proportion de juifs chez les révolutionnaires bolchéviques est largement supérieure à une hypothétique normale statistique ? »[18]

Pour l’animateur de ce site très informé sur les questions relatives à l’histoire et à l’actualité de sa communauté, cet engagement révolutionnaire est un trait saillant de l’histoire juive contemporaine : « Lors de la révolution russe, le Rav Moshé Shapira (futur Roch Yéchiva de la Yéchiva de Beer Yaakov en Israël, à ne pas confondre avec son homonyme, futur maître de Benny Lévy à Jérusalem) racontait que certains jours, les centres d’études de Vilna se vidaient complètement. Qu’il n’y avait plus d’élèves. Ces jours, c’est lorsque Trotsky (ou Lev Davidovitch Bronstein) venait à Vilna parler de révolution. »[19]

Au-delà des diverses raisons sociologiques de cet engagement de groupe, l’auteur évoque aussi le messianisme juif comme une raison possible de cette omniprésence de militants juifs au sein des mouvements révolutionnaires : « Une première piste se dessine : les juifs auraient succombé parce qu’ils seraient intrinsèquement, culturellement (ce qui revient au même diront certains) révolutionnaires. Qu’ils ne se satisfont pas d’une situation acquise, bloquée ou stagnante. Que la notion de progrès est inscrite explicitement dans le message juif, que ce soit à travers les notions de Tikoun (réparation du monde), de Hidouch (innovation perpétuelle dans l’interprétation des textes et du monde) ou encore de messianisme (dont la traduction en hébreu ne renvoie à aucun concept véritablement traditionnel, sinon celui de Gueoula mais qui signifie Délivrance et ne peut être assimilé totalement à l’espérance messianique). Qu’ils sont fidèles à une certaine tradition prophétique systématiquement opposée au pouvoir en place : qu’on se souvienne de Samuel face au roi Saül, de Nathan face au roi David ou bien après de Chamaï face à Hérode. »[20]

41qW2Tz2WJL._SX334_BO1,204,203,200_.jpgUne matrice religieuse du globalisme que nous avons déjà traité dans un chapitre précédent de notre étude sur les philosophies politiques de la « société ouverte » en abordant les travaux du chercheur juif Michael Löwy, un spécialiste du messianisme politique et de la mystique de la fin de l’État dans le judaïsme. Michael Löwy y démontre les liens qui unissent l’utopie cosmocratique avec certaines récurrences religieuses archaïques issues du judaïsme chez des auteurs et des militants que l’on n’imaginerait pas être des personnalités religieuses au sens que ce terme recouvre dans l’acception commune. Un état d’esprit qu’il décrit comme « utopique/millénariste moderne ».

En 1988, à l’occasion du vingtième anniversaire de mai 68, ce sera le journal le monde qui publiera un article intitulé « Le mouvement de mai 68 fut-il une “révolution juive” ? »[21]. Dans le même esprit, Daniel Cohn-Bendit (lui-même issu d’une famille juive) expliquait déjà en 1975 dans « Le Grand Bazar » : « les juifs représenteraient une majorité non négligeable, si ce n’est la grande majorité des militants »[22]. En fait plus que de l’ensemble des militants il s’agissait surtout des cadres et leaders des mouvements étudiants à être issus de la communauté juive et principalement de la communauté ashkénaze[23].

D’autres vétérans politiques de cette époque ont à leur tour évoqué cette question. Par exemple le documentariste Jacques Tarnero, chercheur à la Cité des sciences et de l’industrie, spécialisé dans l’étude du racisme, de l’antisémitisme et l’Islam. Jacques Tarnero fut aussi « membre du Mouvement du 22-Mars, en 1968, à la faculté de Nanterre. Il a également été président de la Commission d’études politiques du CRIF – Conseil représentatif des institutions juives de France ».[24] 

Voici comment il décrit le contexte de l’époque : « A Nanterre, beaucoup de leaders étudiants d’extrême gauche étaient juifs, enfants de déportés, de communistes, résistants, FTP, MOI parfois. Dans les groupes trotskistes de la JCR la dominante était très nettement ashkénaze sans que cette appartenance n’ait eu à l’époque une quelconque importance. Quelques blagues juives circulaient mais les identités d’origine avaient peu d’importance par rapport à ce qui les transcendait : faire la Révolution. » [25]

Mais la guerre des six jours allait réveiller les identités en sommeil et chasser les nuées évanescentes de l’idéalisme internationaliste abstrait : « Quand brutalement, en mai 67, le colonel Nasser fait monter la tension en interdisant le canal de Suez aux israéliens et en leur fermant le détroit de Tiran, c’est une déclaration de guerre non dite qui fut faite. Le Raïs ne jouissait pas d’un très grand capital de sympathie dans l’hexagone qui avait la mémoire du soutien égyptien au FLN. Au foyer de la cité universitaire je restais collé à la télévision, voir les foules arabes de l’Atlantique au golfe persique, communier dans le même désir de destruction de l’État juif. Les étudiants arabes affichaient leurs sympathies symétriquement opposées. Beaucoup d’entre eux étaient des copains proches. On se mit à se regarder avec méfiance et hostilité. Le manichéisme simplificateur des gauchistes faisait de la cause arabe la cause juste tandis qu’Israël était supposé être dans le mauvais camp, du côté impérialiste. » [26]

La menace de submersion de l’État juif par la coalition arabe allait dès lors catalyser la jeunesse juive de France et pousser une partie de celle-ci à partir en Israël pour participer à l’effort de guerre : « La perception de la menace devint intense quand s’est affirmé l’encerclement d’Israël par la coalition arabe. Je ne me supportais pas restant à Paris. L’idée d’une menace radicale sur Israël était une douleur constante, inimaginable. Je me disais que je ne pourrais rester en vie si Israël venait à être détruit. J’allais m’inscrire à l’Agence juive pour partir en Israël. Je n’étais pas seul, beaucoup d’étudiants de Nanterre-la-rouge firent le même voyage. Je me souviens d’une foule disparate qui parfois exprimait d’autres sentiments que celui de la solidarité. Certains voulaient surtout aller casser de l’arabe. Des milliers de jeunes, juifs et non-juifs partirent d’Europe, des Etats unis, d’Amérique latine, l’été 67, aider l’Etat juif, travailler dans les kibboutz pour remplacer les soldats restés au front. »[27]

Une expérience que l’auteur nous décrit comme une étape existentielle, quasiment une initiation et le passage d’un état à un autre sous la forme d’une véritable anamnèse identitaire : 

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« Je réussis à partir le dernier jour de la guerre, le 12 juin 67 comme “mitnadev”, volontaire, avec deux autres garçons de la cité universitaire dans le dernier avion autorisé à partir car De Gaulle avait décrété l’embargo sur les vols. J’arrivais en fin de journée à Lod l’aérodrome situé à côté de Tel Aviv. C’était mon premier séjour en Israël. Je savourais cette première respiration. L’air d’Israël m’était familier. Il faisait nuit et la chaleur était moite. Je retrouvais des scènes à peine évacuées de ma mémoire : les soldats en armes, des voitures blindées garées sur la piste, les phares peints en bleu. Il faisait chaud dans le hangar où des femmes vinrent nous servir à boire des jus de fruit, un peu comme si nous étions des rescapés alors que c’était nous qui venions à leur apporter de l’aide. Ce renversement des rôles me surprit mais la fraternité de cet accueil était d’un réconfort extrême. J’étais affecté au kibboutz Beth Keshet en haute Galilée. Les collines de Galilée me rappelaient des paysages d’Afrique du Nord. Des pins, des lauriers roses et une incroyable odeur de maquis. Israël m’était spontanément, intime, par la chaleur, la lumière, le cosmopolitisme, les hommes en chemise blanche, sans cravates, les couleurs, les odeurs, les palmiers, les oliviers, les senteurs de jasmin, les soldats en armes, les arabes à Jérusalem, les chars d’assaut que l’on croisait sur les routes. Je retrouvais une appartenance, une évidence. Je retrouvais un « chez moi » évident, immédiat et déjà connu. (…) Laïc, agnostique, athée, je ne sais toujours pas, j’étais submergé par l’émotion en voyant puis en touchant le Mur. Qu’est-ce que je retrouvais ? Une identité dissimulée, une mémoire exhumée ? Était-ce idolâtre de savourer l’instant de cette rencontre entre ces pierres inanimées et l’âme qui s’en dégageait ? Je chantais l’Hatikva et je pleurais en fredonnant la, la, la, la-la, ne connaissant pas les paroles en hébreu. Je ne trouve pas dans mes souvenirs, avoir éprouvé d’émotion politique aussi intense. »[28]

En 1967, une partie de cette jeunesse juive de gauche qui se soulèverait un an plus tard contre le patriarcat et l’autoritarisme gaulliste allait ainsi communier et se régénérer aux sources de son identité pérenne plusieurs fois millénaire et connaitre l’effervescence d’un romantisme guerrier autrement plus galvanisant que la seule contestation étudiante.

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Ainsi, comme nous l’avons déjà vu[29], que ce soient les théoriciens de la déconstruction occidentale comme les membres de l’École de Francfort, par exemple : Max Horkheimer, Theodor W. Adorno, Walter Benjamin, Henryk Grossmann, Leo Löwenthal, Siegfried Kracauer, Erich Fromm, Friedrich Pollock, Franz Leopold Neumann ; certaines des figures les plus importantes de l’Open Society comme George Soros ou Aryeh Neier ; ou encore les principaux meneurs politiques de mai 68, de nombreux théoriciens, leaders d’opinion et hommes d’influence juifs ont dans leur héritage familial cette forme de messianisme millénariste sécularisé qui vient se confronter régulièrement avec les forces conservatrices des populations non-juives au sein desquelles ils leur faut vivre. C’est la question du judaïsme politique que nous avons précédemment évoqué dans un chapitre dédié et qu’il convient d’aborder de manière froide et critique, comme tout autre objet d’étude, de la même manière que des chercheurs juifs comme Zeev Sternhell, Léon Poliakov ou les penseurs de l’Ecole de Francfort étudient, dissèquent et déconstruisent l’histoire politique et culturelle de la chrétienté.

Un judaïsme politique aujourd’hui partagé entre juifs de gauche internationalistes, cosmopolites et « sorosiens » face aux juifs de droite conservateurs et sionistes, partisans d’une alliance de circonstance avec les conservateurs occidentaux dans le cadre d’un national-conservatisme pan-occidentaliste qui se confronte à la fois aux institutions internationales et aux ennemis géostratégiques des États-Unis et d’Israël.[30]


[1] Intervention de Georges Pompidou lors de la séance du 14 mai 1968

http://www2.assemblee-nationale.fr/15/evenements/2018/mai...

[2] Michel Debré, Mémoires, tome 4, “Gouverner autrement, 1962-1970”, Albin Michel, 1993.

Voir aussi : Éric Branca, L’Ami américain, Washington contre de Gaulle, 1940-1969 ; Perrin, 2017.

[3] LE MAI 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler, Morgan Sportès
http://www.comite-valmy.org/spip.php?article497

[4] Ibidem et aussi les reportages-radio de Jean-Pierre Farkas : 1968 le pavé, PHONURGIA NOVA, 1998. Enregistrement 1968.

[5] Géopolitique de « l’ami américain » Jean-François Fiorina s’entretient avec Eric Branca
https://notes-geopolitiques.com/geopolitique-de-lami-americain/

Voir aussi : Eric Branca, L’ami américain, Washington contre de Gaulle, 1940-1969 (Perrin, 2017)

[6] Mai 68 et l’attaque globale contre la personnalité autoritaire, Pierre Antoine Plaquevent
https://strategika.fr/2020/05/24/mai-68-et-lattaque-contre-la-personnalite-autoritaire/

[7] https://www.upr.fr/dossiers-de-fond/de-gaulle-et-l-europe/

Voir aussi : « La société ouverte contre la France » in « Soros et la société ouverte, métapolitique du globalisme » (éd. Culture & Racines, 2020) .

[8] Conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_presse_d...

http://akadem.org/medias/documents/3-conference-degaulle....

[9] De Gaulle, Israël et les Juifs, Raymond Aron 
https://fr.wikipedia.org/wiki/De_Gaulle,_Isra%C3%ABl_et_l...

[10] Ibidem

[11] Ibidem

[12] Qui mène la danse – La CIA et la guerre froide culturelle, Frances Stonor Saunders, Denoël, 2003

[13] Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Guy Hocquenghem, éd. Agone, 2003

[14] « Mai 68 et les juifs : une évidence ? »
http://lemondejuif.blogspot.com/2008/04/mai-68-et-les-jui...

[15] Ibidem

[16] De Pierre Victor à Benny Lévy : De Mao à Moïse ? Philippe Lardinois, éditions Luc Pire
« « De Mao à Moïse » : Benny Lévy détestait la paronomase rituellement utilisée pour décrire sa vie. Il corrigeait : « De Moïse à Moïse en passant par Mao. » Car devenir juif aura été la grande affaire de sa vie. »

Voir : Mais qui est donc Benny Lévy ?

https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20131003.OBS9679/ma...

[17] « Mai 68 et les juifs : une évidence ? »
http://lemondejuif.blogspot.com/2008/04/mai-68-et-les-jui...

[18] Ibidem

[19] « Mai 68 et les juifs : une évidence ? »
http://lemondejuif.blogspot.com/2008/04/mai-68-et-les-jui...

[20] Ibidem

[21] Le Monde, Un colloque de la revue ” Passages ” Le mouvement de mai 68 fut-il une ” révolution juive ” ?, 12 juillet 1988

[22] Daniel Cohn-Bendit, Le Grand Bazar, Éditions Belfond, 1975

[23] Yair Auron, Les juifs d’extrême gauche en Mai 68, Éditions Albin Michel, Paris, 1998 et Yair Auron, We are all German Jews: Jewish Radicals in France During the Sixties and Seventies, Am Oved (with Tel-Aviv University and Ben-Gurion University), Tel-Aviv, 1999

[24] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Tarnero

[25] « Spécial guerre des six jours. Jacques Tarnero : ma guerre des six jours »
http://www.crif.org/fr/tribune/Special-guerre-des-Six-Jou...

[26] Ibidem

[27] Ibidem

[28] Ibidem

[29] « Mai 68 et l’attaque globale contre la personnalité autoritaire »
https://strategika.fr/2020/05/24/mai-68-et-lattaque-contr...

[30] Voir : Multipolarité et société ouverte : le réalisme géopolitique contre l’utopie cosmopolitique. Pluriversum vs universum, Pierre Antoine Plaquevent
https://strategika.fr/2019/12/18/multipolarite-et-societe...

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dimanche, 15 mars 2020

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Soros, Erdogan et les armes d’immigration massive contre l’Europe et la Russie - Rédaction Strategika

 
Amicalement, 
 
Pierre-Antoine Plaquevent

samedi, 25 janvier 2020

Dossier Strategika : Notre-Dame, Al Aqsa et le troisième Temple. La géopolitique des religions

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Dossier Strategika : Notre-Dame, Al Aqsa et le troisième Temple. La géopolitique des religions

Dossier exclusif (60 pages)

« Je présente mes condoléances à l'Imam caché », c’est ainsi que l’Ayatollah Khamenei, Guide suprême de la Révolution islamique, s’adressait à la nation iranienne au moment de rendre hommage au général Qassem Soleimani tué le 3 janvier dernier par un raid américain.[1] De son côté, le secrétaire d'État des États-Unis Mike Pompeo emploie régulièrement des images bibliques pour illustrer l’action de son administration, comparant par exemple Donald Trump à une nouvelle Esther venu délivrer le peuple juif de Haman, ce Vizir de l'Empire perse. Un ennemi antique des juifs qui renvoie dans la mémoire collective juive à l’Iran actuel.[2] Benjamin Netanyahu évoquait à son tour ces références vétéro-testamentaires lors d’une déclaration conjointe avec le secrétaire d'État américain Mike Pompeo en mars 2019 : « Nous célébrons Pourim, quand, il y a 2500 ans, d’autres Perses, menés par Haman, ont tenté de détruire le peuple Juif. Ils ont échoué ; et aujourd'hui, 2 500 ans plus tard, une nouvelle fois, les Perses dirigés par Khamenei tentent de détruire le peuple Juif et l'État Juif. »[3]

Pour cette longue mémoire juive qui traverse l’Histoire, la reconstruction du Temple de Jérusalem et la reprise des sacrifices à Yahvé en son sein constituent des éléments clefs du projet géopolitique de la droite religieuse israélienne. La reconquête du mont du Temple obsède et galvanise l’aile la plus religieuse du sionisme religieux depuis la guerre des Six Jours en 1967 mais constitue le cœur de son agenda théopolitique depuis bien plus longtemps.

Pour le chercheur occidental contemporain le phénomène religieux est généralement considéré comme un élément possible du bilan géopolitique (de par l'étude des représentations idéologiques des acteurs géostratégiques) mais rarement comme un élément central de l'analyse des rapports de force entre les puissances. Pourtant des penseurs politiques de la hauteur de vue d’un Carl Schmitt ont montré de quelle manière les conceptions politiques découlent généralement de concepts et de notions religieuses plus anciennes. C'est le domaine de la théopolitique ; domaine qui est un champ du savoir essentiel pour appréhender la nature profonde des conflits qui déchirent l'humanité contemporaine.

Toutes les puissances suivent et instrumentent un agenda religieux. La République française elle-même possède son propre fond religieux si l’on se réfère aux déclarations d’un Vincent Peillon qui affirme :

« L’idée que la République est areligieuse est une idée fausse. Très tôt après l’échec de la Constitution civile du clergé, votée en juin 1790, les jacobins, inquiets du mouvement des prêtres réfractaires et de l’importance, en vis-à-vis, du mouvement anticlérical, ont mis en œuvre l’idée d’un ‘‘culte civique’’[4] et d’une “religion de l’avenir” », et il ajoute que « La Révolution est en elle-même un projet de régénération. Avec ce projet de régénération, on fait émerger dans l’histoire profane une conception empruntée au vocabulaire religieux, qui désigne tantôt la naissance spirituelle du baptême, tantôt la nouvelle vie qui doit suivre la résurrection générale. La révolution de 1848 mais aussi la Commune utiliseront à nouveau ce vocabulaire. L’évêque constitutionnel de Lyon, Lamourette, ne s’y était pas trompé, lorsqu’il interprétait déjà la Révolution comme opérant une régénération christique des cœurs ».[5]

Emmanuel Macron fera lui aussi référence à plusieurs reprises à des éléments de langage religieux, évoquant une « transcendance » qui « nous dépasse et qui restera ». Transcendance en laquelle il dit croire même s’il ne croit pas au dieu personnel chrétien : « Je ne suis plus sûr de croire en un Dieu. Oui, je crois en la transcendance. (…) J'assume la dimension de verticalité et de transcendance, et en même temps elle doit s'accrocher à de l'immanence complète, à du matériel. Je ne crois pas à une transcendance éthérée. ».[6] C’est justement à cette transcendance immanente que le régime républicain aura recours pour tenter de juguler symboliquement le soulèvement populaire le plus long de l'histoire de France contemporaine : la révolte des Gilets jaunes.  

En partant de l’exemple de l’incendie de Notre-Dame et de ses suites, la présente étude traite des manipulations politiques du sacré au cours de l’histoire récente. Au travers d’exemples historiques divers, ce dossier montre comment un pouvoir politique qui persécute une religion peut, lorsqu’il s’agit de conjurer une menace mortelle, réactiver ponctuellement et se réapproprier la charge sacrée de la religion qu’il entend par ailleurs soumettre voire éradiquer. Ainsi, l’incendie de Notre-Dame a permis de resacraliser la fonction présidentielle dans un moment de crise existentielle de la République et de pousser une partie importante des électeurs de droite à voter pour son parti lors des élections européennes de 2019 qui se tinrent un mois après l’incendie de Notre-Dame.

Cette étude éclaire aussi l’exacerbation des tensions actuelles et la montée aux extrêmes des USA et d’Israël face à l’Iran. Y est notamment exposée l’influence des courants millénaristes évangélistes qui viennent empêcher les tentatives d’isolationnisme et de réalisme politique de l’administration Trump. Des courants qui poussent celle-ci à la guerre avec l’Iran au nom de conceptions issues d’interprétations littéralistes de l’Ancien Testament.

Enfin, la dernière partie de cette étude trace la généalogie, sur la longue durée, de ce véritable judéo-évangélisme qui tente aujourd’hui d’inclure toute la chrétienté au sein d’un judéo-christianisme pan-occidental et qui cherche à faire épouser l’agenda géostratégique et théopolitique des États-Unis et d’Israël à l’ensemble des nations historiquement chrétiennes.

Ce dossier contient un article co-écrit par les deux auteurs au moment de l'incendie de Notre-Dame, texte fondu dans la présente étude qui fait désormais 60 pages.

La rédaction de strategika.fr

Plan et contenu du dossier :

Notre-Dame, Al Aqsa et le troisième Temple :
La géopolitique des religions

Pierre-Antoine PLAQUEVENT
Youssef HINDI

 I - L’incendie de Notre-Dame et la crise de la République 

  • Incohérences techniques et projet de remodelage de l’île de la Cité
  • Une diversion politique en pleine révolte populaire ?
  • Quelques parallèles historiques
  • Persécution de la religion et manipulation du sacré : l’exemple soviétique
  • La destruction du catholicisme et des églises : une tradition républicaine
  • Subvertir l’Église pour mieux la faire haïr
  • Le sacrifice propitiatoire de Notre-Dame pour régénérer la République
  • Destruction de la cathédrale et construction d’un temple maçonnique

 II - De la destruction de Notre-Dame à la reconstruction du Temple de Jérusalem

  • L’incendie de Notre-Dame, un châtiment divin contre le christianisme ?
  • L’incendie de la Mosquée d’Al Aqsa et le Troisième Temple de Jérusalem
  • L’Évangélisme sioniste et la fin de l’Histoire
  • Le Troisième Temple et la guerre mondiale des religions

III - Les étapes du judéo-christianisme, du Moyen-Âge à nos jours

  • Quand l’Église réhabilite les pharisiens, ennemis du Christ
  • La kabbale chrétienne, une arme de subversion contre l’Eglise
  • Un kabbaliste au Vatican
  • Le frankisme comme prolongement de la kabbale chrétienne
  • De Jacob Frank à Jean-Paul II via Adam Mickiewicz
  • La Franc-Maçonnerie et l’Église conciliaire
  • Vatican II et le judéo-christianisme
  • Jésus et la Vierge Marie dans la littérature juive et le Talmud
  • Jésus et la Vierge Marie dans le Coran
  • Jésus et les pharisiens dans les Évangiles

[1] http://french.presstv.com/Detail/2020/01/03/615234/Notre-... 
[2] https://www.washingtonpost.com/religion/2019/03/22/pompeo...
[3] https://embassies.gov.il/paris/NewsAndEvents/Pages/Declar...
[4] Albert Mathiez, Les Origines des cultes révolutionnaires, 1789- 1792, Genève, Slatkine, 1977, p. 14.
[5] Vincent Peillon, Une religion pour la République, 2010, Seuil, pp. 65-66.

Sur la généalogie de la religion de la République, voir : Youssef Hindi, La Mystique de la Laïcité : Généalogie de la religion républicaine, 2017, Sigest.
[6] https://www.lejdd.fr/Politique/macron-ce-que-lon-sait-de-...
Voir aussi : https://www.youtube.com/watch?v=WVg2iqTfnus

 

mardi, 14 mai 2019

Comprendre le marxisme culturel - Entretien avec Pierre-Antoine Plaquevent

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Comprendre le marxisme culturel

 
Entretien avec Pierre-Antoine Plaquevent :
 
1 De la terreur bolchevique au marxisme culturel
2 De Francfort à la Californie
3 La personnalité autoritaire
4 Kinsey report
5 Freudo-marxisme
6 Des universités américaines à Mai 68
7 Du social au sociétal
 
Faites un don : https://stratpol.com/don/
 
Achetez le livre de Pierre-Antoine Plaquevent : https://www.leretourauxsources.com/es...
 

lundi, 26 novembre 2018

Un livre fait le point sur la vision du monde de George Soros

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Un livre fait le point sur la vision du monde de George Soros

par Patrice-Hans Perrier
Ex: http://www.zejournal.mobi
Le journaliste Pierre-Antoine Plaquevent signe un ouvrage qui nous aide à comprendre les motivations du célèbre financier.

Le multimilliardaire George Soros et son Open Society attirent l’attention d’un nombre grandissant d’observateurs provenant de toutes les tendances politiques. On reproche à ce spéculateur d’utiliser sa fortune considérable, que certains évaluent à plus de 30 milliards de dollars US, afin de financer une pléthore d’organisations non gouvernementales (ONG) qui font la promotion de l’immigration de masse ou de l’abolition des frontières.

Une société-écran tentaculaire

Gérant le Soros Fund Management, basé à New York, ce financier d’origine hongroise a fondé l’Open Society Institute qui a été transformé, en 2010, en ces fameuses Open Society Foundations (OSF) dont il préside aux destinées. Wikipedia souligne que « l’OSF inscrit à l’origine son activité dans la lutte contre les discriminations, les droits des minorités et le droit à l’éducation ».

Un monde sans frontières

George Soros est un disciple de Karl Popper, un philosophe américain qui a lancé le concept d’« Open society », en prônant l’établissement d’un monde sans frontières où l’humanité pourrait s’épanouir, enfin délivrée du poids des conventions, de la morale ou de la permanence des cultures. Les idées de Karl Popper et ce qu’il est convenu d’appeler le « marxisme culturel » ont permis à George Soros de broder un véritable plan de subversion à l’échelle planétaire afin de pouvoir dissoudre tout ce qui pouvait constituer les contours d’une nation : frontières, culture et langue dominantes, mœurs, traditions, etc.

Financer la subversion

George Soros et son réseau des Open Society Foundations (OSF) ont déjà été pris la main dans le sac à financer plus de 50 organisations qui avaient appelé à manifester contre Donald Trump lors de la Women’s March du 21 janvier 2017. D’ailleurs, l’organisme Wikileaks a révélé, à la même époque, que l’organisation MoveOn.org, un des principaux moteurs de contestation contre l’administration Trump, avait aussi bénéficié d’importantes contributions provenant de l’OSF.

Un milliardaire indésirable

Outre l’Amérique du Nord, George Soros et ses fondations ont investi des sommes colossales afin de fomenter des révolutions de couleur aux quatre coins du monde. Cette façon de procéder, par l’entremise de sociétés-écrans, a fait en sorte qu’il finisse par être banni de son propre pays, la Hongrie.

De fil en aiguille, une masse de citoyens, prenant conscience du rôle joué par ce spéculateur mondialiste, a mis en branle une pétition afin qu’il soit banni des États-Unis. Les pétitionnaires, selon ce que rapportait RT France, dans son édition du 16 février 2017, dénonçaient, entre autres, le fait qu’il possède des machines à voter dans seize États américains.

La fortune ne sourit plus à M. Soros

Il semblerait que la « Roue de la Fortune » se mette à tourner en sens contraire pour M. Soros, selon ce que rapportait notre confrère Éric Pilon dans un article antérieur. En effet, George Soros croit qu’il est en train de perdre son pari, celui de créer un monde libéral, dépourvu de frontières. De fait, les peuples et certains de leurs leaders politiques se réveillent en n’acceptant plus les dictats du mondialisme et du multiculturalisme.

Un livre qui met en perspective le phénomène Soros

« SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme » est un ouvrage essentiel qui passe en revue les principaux éléments qui ont été exposés ci-haut et qui propose une analyse nous aidant à comprendre les principales motivations de ce curieux « philanthrope ». Des motivations qui vont bien au-delà de l’appât du gain.

En effet, comme nous l’explique son auteur, Pierre-Antoine Plaquevent, dans le cadre d’un entretien mené par Culture Populaire (www.cultpop.fr), les financiers de la trempe de George Soros agissent comme une sorte d’organisation transnationale. Cette institution hybride pourrait, à coup de milliards, finir par privatiser le monde de la politique tel que nous le connaissons. Pierre-Antoine Plaquevent estime que « ces gens-là ont les moyens de mener une « métapolitique du globalisme » qui chevauche les prérogatives des États, pour réaliser, par étapes, l’avènement d’un monde sans frontières ».

Voici la ou les sources de cet article : Entrevue avec l''auteur, WikipediaAmazonRTRT FRANCE, Influence WatchARTELe Temps et Le Québécois

Photo d'illustration: Niccolò Caranti, WikimediaCC BY-SA 3.0

SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme
Auteur : Pierre-Antoine Plaquevent

Éditeur: Éditions Le Retour au

- Source : Le Peuple (Canada)

dimanche, 14 octobre 2018

SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme

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SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme

Comprendre l’influence de Soros, c’est comprendre que de nombreux processus politiques antinomiques de notre temps ont souvent un dénominateur commun : l’appui, aussi bien financier que logistique et idéologique des fondations de la société ouverte...

Attention ! Ce livre est en prévente au tarif préférentiel de 22€ au lieu de 25€. Il sortira fin octobre 2018 et vous sera expédié dés réception. 


Georges Soros est l’une des personnalités les plus influentes de notre époque. L'activisme de George Soros, qui se considère lui-même comme « un chef d’État sans État », touche en fait tous les domaines et tous les continents.

Durant les dernières décennies, peu de nations ont été épargnées par l’action ou l’influence de son ensemble de fondations : l’Open Society Foundations. Partout où la souveraineté politique et la stabilité sociale sont attaquées, on retrouve la trace de Georges Soros, de ses réseaux, de ses militants, de ses milliards. Que ce soit au travers de l'immigration de masse, de la dépénalisation des stupéfiants, des nouvelles normes sociétales, de la promotion des théories du genre ou des révolutions colorées. Dans chacun de ces domaines, Soros œuvre avec une étonnante constance à la réalisation d’un même objectif : l'avènement d'un nouvel ordre politique international fondé sur la notion de société ouverte et la fin des États-nations.

L’auteur nous propose une radiographie détaillée de la méthodologie Soros et de ses divers champs d’action partout dans le monde. Au travers d’exemples très documentés, cette étude expose au grand jour les rouages internes des réseaux Soros. Une entreprise de décomposition des nations dotée d’une puissance et de moyens inédits dans l’Histoire.

Au-delà d’un travail d’enquête inédit, ce livre se propose d’exposer la philosophie politique qui anime cette action et d’en tracer la généalogie profonde. Le lecteur y découvrira comment la notion de société ouverte se rattache aux courants les plus puissants et les plus actifs de la subversion politique contemporaine.

Informations sur le livre
Prix : 25.00€
ISBN : 9-782355-120879
Format : 17x24cm

Sortie : octobre 2018
366 pages
Avant-propos de Xavier Moreau
Postface de Lucien Cerise


« L’étude menée par Pierre-Antoine Plaquevent dépasse la seule exposition des menées subversives de George Soros et de ses réseaux. Par l’exploration philosophique et historique des racines profondes du projet globaliste, son livre pose les fondations d’une pensée paléo-conservatrice française contemporaine. » 

- Xavier Moreau
Géopoliticien, écrivain et directeur de Stratpol.

« Pour tous ceux qui ne se résignent pas à ce que la folie collective devienne notre destin, il faut recommander l’ouvrage de Pierre-Antoine Plaquevent en tant qu’antidote à ce chaos mental et sémantique qui devient le symptôme de notre époque barbare et régressive. »
- Lucien Cerise
Docteur en philosophie, écrivain et conférencier.

« Il s’agit d’une étude approfondie que j’ai réalisée sur la méthodologie et l’idéologie des réseaux Soros et plus largement sur la notion de « société ouverte ». La société ouverte comme projet métapolitique de transformation et d’ingénierie social furtif ; un projet qui se rattache à un courant d’idées et de pratiques politiques qui modèlent et traversent toute l’histoire contemporaine. Ce premier livre politique se veut à la fois un travail d’investigation autant qu’un exposé de la philosophie politique du globalisme. »
- Pierre-Antoine Plaquevent
Auteur, analyste politique et animateur du site Les Non Alignés.

dimanche, 13 mai 2018

La société ouverte contre l’Europe et la Moldavie

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La société ouverte contre l’Europe et la Moldavie

par Pierre-Antoine Plaquevent

Ex: http://www.les-non-alignes.fr

Voici la version écrite d’une conférence donnée au cours du colloque : « L’Europe, une civilisation politique ? La politique pour éviter la guerre ». Colloque organisé par les éditions « BIOS » en partenariat avec les éditions « Le retour aux sources ». J’y intervenais aux côtés de Robert Steuckers, Tomislav Sunic, Alessandro Sansoni et Laurent Hocq. ERTV couvrait l’événement. 

Au cours de cette conférence j’ai rappelé l’importance (déjà évoquée début 2018) des rencontres non-alignées de Chișinău ainsi que la place de la Moldavie dans le contexte géopolitique actuel. J’ai ensuite développé les différentes technologies politiques employées afin de déstabiliser puis de recomposer les équilibres des régions convoitées par le globalisme. En fin de conférence j’ai évoqué quelques pistes qui pourraient nous permettre de concevoir nos propres outils de cyberpolitique ; ceci afin de contrer l’ingénierie métapolitique qui est employée contre les populations par les forces de la société ouverte. 

Je profite de l’occasion pour signaler à nos lecteurs, la parution prochaine d’un livre sur ces thématiques aux éditions du Retour aux sources. Il s’agit d’une étude approfondie que j’ai réalisée durant les derniers mois sur la méthodologie et l’idéologie des réseaux Soros et plus largement sur la notion de « société ouverte ». La société ouverte comme projet métapolitique de transformation et d’ingénierie social furtif ; un projet qui se rattache à un courant d’idées et de pratiques politiques qui modèlent et traversent toute l’histoire contemporaine. Ce premier livre politique se veut à la fois un travail d’investigation autant qu’un exposé de la philosophie politique du globalisme. A suivre prochainement …

Pierre-Antoine Plaquevent

Forum de Chișinău, une plateforme non-alignée contre le globalisme

L’événement métapolitique le plus important de la fin de l’année 2017 fût sans conteste le second forum eurasiste de Chișinău. Un colloque qui fera date, tant par l’appui que lui a apporté l’exécutif moldave que par la qualité de ses participants et de leurs interventions. De par la variété des intervenants et du public présent, on peut dire que populistes et conservateurs se sont retrouvées à Chisinau en décembre dernier afin de penser et de projeter l’alternative possible à la marche en cours vers le globalitarisme. L’ensemble des conférences et travaux du colloque sont disponibles sur le site moldave flux.md/fr dont Iurie Rosca est le rédacteur en chef ainsi que sur le site du saker : lesakerfrancophone.fr ou encore sur geopolitica.ru.

Igor Dodon, un président illibéral et continentaliste sous pression

Cet événement qui a reçu l’appui de l’exécutif moldave se tenait dans un contexte géopolitique difficile : la Moldavie s’efforçant de maintenir une position d’équilibre entre Est et Ouest, entre Union-Européenne et Union Eurasiatique malgré les tensions entre Occident et Russie. Le Président de la République de Moldavie, Igor Dodon, a ainsi évoqué le rôle stratégique que peut jouer la Moldavie en se positionnant comme interface géoéconomique et géostratégique entre l’Union Européenne et l’Union Eurasiatique.

Ainsi, après s’être défini comme « résolument souverainiste », Igor Dodon a rappelé lors de son discours inaugural la nécessité de revenir à la vision gaullienne d’une Europe-puissance et à l’axe stratégique Paris-Berlin-Moscou comme alternative à la construction européenne actuelle. Pour le président Dodon, la voie de l’indépendance pour une nation de la taille de la Moldavie passe par le multilatéralisme et le non alignement plutôt que par l’unipolarité et l’adhésion univoque à l’agenda occidental.

Le président Dodon a aussi évoqué la situation économique critique de la Moldavie qui se trouve face à une grave hémorragie de ses forces vives en direction de l’Union-Européenne. Une hémorragie qui ne pourra être freinée que par une relocalisation partielle de l’économie moldave.

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Dans cette perspective, Igor Dodon s’était prononcé en 2017 en faveur d’une annulation par son parlement de l’accord commercial signé avec l’Union européenne en 2014, espérant ainsi rétablir des relations économiques normalisées avec la Russie. Une position qui lui vaut d’être mis en difficulté par le parlement moldave où les élus pro-UE sont majoritaires.

La République de Moldavie se caractérisant par un régime parlementaire, le Président Dodon n’a qu’une  marge de manœuvre réduite mais il s’efforce par tous les moyens à sa disposition de maintenir la Moldavie dans une position d’équilibre entre Russie et UE.

Pour le Président  Dodon seul un patriotisme économique stratégique est en mesure de transcender les différences culturelles internes de la Moldavie et les tensions identitaires que pourraient être tenté d’attiser les forces de la Société Ouverte.

Peuplée d’une population russophone nombreuse et d’une grande minorité russe, la Moldavie peut connaître un scénario de type ukrainien : à savoir une agitation politique envers un président jugé trop proche de la Russie, agitation qui pourrait être suivi de provocations inter-ethniques attisées depuis l’étranger. L’équilibre politique moldave étant fragilisé par la question de la Transnistrie.

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Vlad Plahotniuc en compagnie d'Erdogan

Le rôle de l’oligarque Vlad Plahotniuc

Évoquons ici le rôle de l’oligarque Vlad Plahotniuc dans les manœuvres qui visent à destituer l’exécutif moldave. Un article du centre de presse de Donetsk résumait dans les grandes lignes la situation politique moldave :

« Récemment, la Cour constitutionnelle a décidé de suspendre les pouvoirs de l’actuel président de la Moldavie, Igor Dodon (NDA : le 5 janvier 2018). (…) La tension dans la république est liée à l’opposition entre le président pro-russe Igor Dodon, l’opposant Renato Usatii et le bloc politique pro-européen dirigé par Vlad Plahotniuc. L’oligarque Plahotniuc est, depuis décembre 2016 , le chef du Parti Démocrate. Il est intéressant de noter qu’en même temps, officiellement, il n’est pas membre du parti. Aujourd’hui, Vlad Plahotniuc n’occupe aucun poste au gouvernement, mais reste un homme qui contrôle pleinement l’économie, le pouvoir législatif et exécutif dans un petit État, sans aucune responsabilité en tant que fonctionnaire. »

Dans cette perspective les prochaines élections législatives qui devraient se tenir en novembre 2018 constitueront un test. D’après le centre de presse de Donetsk :

« Le rejet de Plahotniuc et de son gouvernement atteint 80 % selon les sondages. Dans de telles circonstances, la dernière chance pour Vlad Plahotniuc de rester au pouvoir sera de provoquer l’escalade du conflit en Transnistrie et de lancer un appel à l’UE et aux États-Unis pour qu’ils exigent une protection contre l’agression russe. »

Et l’article du centre de presse de Donetsk d’expliquer : « Il y a un an, la Moldavie était au bord d’une guerre civile entre citoyens pro-russes et pro-européens. Compte tenu de l’augmentation significative des sentiments pro-russes dans le pays ces dernières années, nous ne pouvons pas exclure le scénario ukrainien en Moldavie. »

Fractures géopolitiques et enjeux énergétiques

La Moldavie se trouve aujourd’hui sur l’une des lignes de fracture de la tectonique géopolitique contemporaine qui voit se confronter unipolarité et multipolarité. Petit État d’environ 4 millions d’habitants, la Moldavie est enclavée entre : la Roumanie à l’Est (Roumanie qui est une pièce majeure du « containement » de la Russie par l’Otan) ;  l’Ukraine occidentale au nord et l’Ukraine proche de la Russie sur ses frontières de l’Est. Une situation qui place d’emblée la Moldavie comme pivot stratégique des enjeux géopolitiques de la région.

Un autre facteur qui éclaire les enjeux régionaux se trouve être la présence massive de réserves de gaz dans le sous-sol moldave. Sur ce sujet, le Président Igor Dodon s’est à nouveau confronté à son gouvernement : en mars 2017, il a ainsi demandé de rendre public les dessous de la concession qu’aurait accordé le gouvernement moldave à la société américaine Frontera Resources International LLC. D’après cet accord, le gouvernement moldave céderait  une grande partie de son territoire (principalement dans la région autonome de Gagaouzie) pendant 50 années extensibles ; ceci afin de permettre à la société américaine d’effectuer des prospections visant à identifier les sources de pétrole et de gaz de schiste présentes dans le sous-sol moldave.

Lorsque l’on connaît les risques liés à l’extraction du gaz de schiste, les inquiétudes du président Dodon sont plus que légitimes à l’échelle d’un pays de la taille de la Moldavie. Dans ce domaine le ministère de l’écologie moldave, aurait par ailleurs évité de publier précisément la partie de l’accord relatif à la méthodologie d’exploration des sols. Une concession qui aurait de plus été accordée à la société Frontera, sans que les organes de la région autonome de Gagaouzie en aient été informés.

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Le Président Dodon et Poutine.

Il est important de noter que le fondateur de la société de prospection Frontera, Steve Nicandros, est l’un des membres importants de l’Atlantic Council, l’un des think-tanks atlantistes les plus influents. Un think-tank qui coopère régulièrement avec l’Open Society de George Soros sur ce qui touche aux affaires Est-européennes. Ce même Steve Nicandros est aussi à l’origine de la rencontre aux États-Unis entre l’oligarque Vladimir Plahotniuc qui contrôle l’opposition au président Dodon et Victoria Nuland, sous-secrétaire d’État des USA pour l’Europe et l’Eurasie jusqu’en 2017. Épouse du théoricien néo-conservateur Robert Kagan, Victoria Nuland est l’une des figures de proue et architecte du changement de régime advenu en Ukraine en 2014.

Moldavie / OTAN / Fédéralisme identitaire / Shismogenèse

C’est dans ce contexte que de très fortes pressions sont exercées sur la Moldavie afin de la faire adhérer à l’Otan. Là encore, Igor Dodon est en opposition avec son gouvernement : le ministre de la défense Eugen Sturza étant favorable à une intégration progressive de la Moldavie dans l’Otan là où Igor Dodon est – selon ses termes – opposé à « l’entrée de la Moldavie dans l’OTAN et d’autres alliances militaires, et à la participation de nos soldats et officiers à des opérations militaires à l’étranger ».

Sur cette question, un article de 2017 de Iurie Rosca nous offre une mise en perspective historique éclairante :

« Après avoir convaincu Saakachvili de mesurer son potentiel militaire avec celui de la Russie en 2008, l’aventure s’est conclue par la perte de deux parties du territoire national géorgien, territoires devenues des sujets de droit international et des protectorats de Moscou. Après avoir incité le nouveau régime de Kiev à des actions imprudentes en 2014, qui ont entraîné des hostilités militaires massives, des pertes humaines considérables, la prise de la péninsule de Crimée par la Russie et la sécession de facto des régions orientales du pays aspirant à Séparés de l’Ukraine, les stratèges américains ont atteint leur objectif : la Géorgie et l’Ukraine ont été amenés à détériorer leurs relations avec la Russie (au détriment de leurs propres intérêts nationaux) ce qui les a conduit au besoin de demander la protection américaine face au « danger russe ». »

Une manœuvre habile, qui s’insère dans un ensemble de procédés plus large comme le rappelle encore Iurie Rosca : « L’histoire montre que les stratèges anglo-saxons sont les maîtres les plus fins, les plus pervers et les plus expérimentés dans l’art de stimuler le nationalisme partout dans le monde, selon leur avantage impérial et au grand malheur des peuples aveugles, utilisés dans ces jeux géopolitiques sales et sanglants. »

S’appuyer sur des nationalismes « proxy » afin de miner l’homéostasie d’un État-nation ou d’un groupe constitué évoque aussi ce que le politologue Andrew Korybhko dénomme le fédéralisme identitaire.

Dans un article intitulé : « Fédéralisme identitaire : de l’unité à la scission » , il décrit la manière dont cette division et cette parcellisation organisée des Etats-nations constitue une caractéristique centrale de l’impérialisme contemporain. Il explique ainsi, qu’à l’opposé du mot d’ordre inscrit sur le grand sceau des Etats-Unis « E Pluribus Unum » (Un à partir de beaucoup), le mode d’exercice du pouvoir par le globalisme consiste en fait à éclater l’unité en multiplicité ; ce qui est très précisément l’idéal de la gouvernance globale et de la société ouverte.

On notera au passage que cette idée d’une division des grands ensemble jusqu’en leurs éléments constitutifs les plus minimes, constitue une tendance profonde de l’esprit post-moderne ; idée que l’on retrouve aussi dans la physique contemporaine et qui conduit à vouloir dissoudre le réel dans son ontologie même.

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La société ouverte contre les peuples natifs-européens

Ce fédéralisme identitaire évoque aussi la notion de shismogenèse. Un concept utilisé en ethnologie et qui fût théorisé par l’anthropologue Grégory Bateson, un auteur qui, tout comme Karl Popper, inspire les vues sociologiques de George Soros. Dans le livre « Underwriting democracy » – au sous-titre explicite « encouraging free enterprise and democratic reform among the Soviets In Eastern Europe » – George Soros explique l’influence qu’ont eu sur sa pensée les travaux de anthropologue Gregory Bateson.

Dans ses travaux d’anthropologie, Gregory Bateson a précisément étudié la manière dont des groupes humains au départ homogènes se séparent et se différencient. C’est en partie de ce domaine de recherche que sera tirée la technologie politique qui permet aux forces de la société ouverte de fracturer et de remodeler les nations et les groupes humains selon leur agenda. L’empire avance en divisant, en fracturant, en émiettant, en pulvérisant les peuples, les États et les valeurs qui les fondent.

Rappelons qu’après avoir servi dans le renseignement militaire américain durant la seconde guerre mondiale comme anthropologue au sein de l’OSS (l’ancêtre de la CIA), Gregory Bateson deviendra l’un des pères de la cybernétique, une discipline centrale de l’ingénierie sociale. (NDA : Dans l’étude à paraître aux éditions du Retour aux Sources, j’expose les liens qui unissent la notion de société ouverte avec le domaine de l’ingénierie sociale.)  

En conclusion il convient de rappeler que l’impérialisme contemporain peut avoir recours à différentes stratégies qui couvrent le plus large champ possible : depuis l’aide humanitaire et l’appui aux groupes minoritaires jusqu’à l’agression militaire pure et simple, en passant par toutes les nuances possibles de l’ingérence.

La Moldavie est en ce sens l’un des nombreux théâtres d’opération contemporain pour les forces de la société ouverte.

Que faire ? Métapolitique et influence stratégique 

Face à cette fracturation organisée de nos populations et de nos territoires, de notre sol, de notre sang et aussi de notre esprit par les divisions inter-religieuses exacerbées de l’extérieur, que faire ?

Il nous faut créer les outils de notre émancipation et de notre emprise sur le monde contemporain à l’exemple de la méthodologie mondialiste : instituts de recherches, outils d’influence médiatique ou bien encore, pourquoi pas, des chambres de commerce non-alignées qui mettraient en place les conditions de partenariats économiques – même de petite échelle au départ – ceci dans la perspective des nouvelles possibilités économiques qu’offrent les nouvelles routes de la soie et le développement de pôles économiques eurasiatiques.

Créer du politique là où les forces de la société ouverte veulent dissoudre le politique. En ce sens, la coopération Orient et Occident contre le Moloch globaliste est un impératif catégorique de notre temps. Le soutien mutuel et stratégique des forces hostiles à la marche forcée vers la société ouverte est fondamental. L’unipolarité déclinante est un animal malade qui n’admet pas « l’esprit du temps » de notre époque ; un esprit qui est celui du changement et du renouveau dans le recours à la Tradition. Le monde unipolaire – le vieux monde et son projet cosmopolitique réactionnaire et anachronique – est un animal malade mais encore dangereux : il cherche à allumer des incendies partout où il le peut, ceci afin de pallier à sa perte de légitimité et de contrôle. Face à lui, le monde multipolaire est encore dans les douleurs de l’enfantement. C’est à nous, non-alignés contemporains, de l’aider à naître par notre maïeutique métapolitique et par nos capacités d’anticipation et de perception des changements de civilisation qui sont en cours.

Par nos capacités à saisir et à comprendre les transformations silencieuses à l’œuvre dans le monde, transformations qui s’opposent à la logique de subversion planétaire de la société ouverte et de ses réseaux tout autant qu’au choc des civilisations qui en découle. Société ouverte et choc des civilisations qui se renforcent l’un l’autre et  participent ainsi d’une même stratégie de domination indirecte et furtive des populations par les forces anonymes du globalisme apatride. Globalisme qui use tantôt de l’une, tantôt de l’autre selon les nécessités stratégiques du moment.

Pierre-Antoine Plaquevent

jeudi, 10 mai 2018

Editions Bios, Colloque de Lille, 9 mars 2018 - Les interventions

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Editions Bios, Colloque de Lille, 9 mars 2018

 

Les interventions

Les éditions BIOS organisaient le vendredi 9 mars 2018  à Lille une conférence intitulée « L’Europe, une civilisation politique ? La politique pour éviter la guerre ! ».

L’équipe d’ERTV était sur place et vous propose aujourd’hui les interventions de Robert Steuckers, Tomislav Sunic, Pierre-Antoine Plaquevent et Alessandro Sansoni en vidéo.

Première partie: Intervention de Robert Steuckers

Deuxième partie: intervention de Tomislav Sunic

Troisième partie: intervention de Pierre-Antoine Plaquevent

Quatrième partie: intervention d'Alessandro Sansoni